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Licence eden-19-7-4118347-7-91470340-6118173 accordée le 18

décembre 2018 à 4118347@7.com


Ça (

c 'est la Martinique
Ç) by Léona GABRIEL-SOIME
Tous droits de reproduction, même partielle,
réservés pour tous pays, y compris l'U.R.S.S.

Licence eden-19-7-4118347-7-91470340-6118173 accordée le 18


décembre 2018 à 4118347@7.com
par Léona GABRIEL-SOÏME
Henry LEMERY
Ancien Sénateur de la Martinique
Ancien Sous-Secrétaire d'Etat à la Marine Marchande
Ancien Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
Ancien Vice-Président du Conseil des Ministres

P R É F A C E

Chère Compatriote et Amie,

'AI lu votre manuscrit avec un trèç vif plaisir, et avec l'émotion que je ressens chaque fois qu'un
J
compatriote comme vous, ou qu'un étranger comme « LAFCADIO HEARN », évoque la beauté de
notre île magicienne et les traits si particuliers et si séduisants de sa population.
E n relisant les chansons plaintives ou satyriques de votre livre et les commentaires dont vous les accom-
pagnez, j ' a i revu en pensée, nos vertes montagnes, nos pitons audacieux, nos mornes onduleux. Je me suis
laissé bercer aux murmures des eaux de nos rivières et de nos ravines, au chant des filaos et des fougères
de nos forêts.
J'ai reconnu le visage de ma ville natale «SAINT-PIERRE » avec sa fièvre de travail et de plaisirs, sa
turbulence laborieuse et gaie. J'ai cru entendre encore dans la gloire des matins dorés, les marchands
offrant le « corossol-doudou », les cocos frais, et remplissant l'air de leurs appels, de leurs propos, de
leurs chants et de leurs rires.

Je vous félicite de faire revivre tout cela, d'avoir ressuscité tant de vieilles chansons du folklore
martiniquais, ces chansons p'olitiques qui furent les cris de ralliement des partis comme la « MONTAGNE
EST VERTE » en l'honneur de VICTOR SCHŒLCHER, Député qui siégeait au Groupe qu'à l'Assemblée
on appelait la «MONT AGNE». Et la montagne était verte, couleur d'espérance ; ou comme «LA DEFENSE
KA VINI F O L L E » qui dénonçait la démence du Docteur L 0 7 ' A et les polémiques de son journal
< LA DEFENSE COLONIALE ».

Je vous félicite de faire revivre en même temps des complaintes amoureuses telles que :
« TUEZ MOIN... BA MOIN NINON » (Tuez-moi, ou rendez-moi Ninon). Ou encore cet « ADIEU FOU LARD...
ADIEU MADRAS » qui a fait le tour du monde p a r la Radio. Et j'admire les chansons nouvelles dont
votre beau talent a enrichi notre art populaire et traditionnel : « MALADIE D'AMOUR » qu'on a voulu
vous voler et qui a fait les délices de PARIS. « P E T I T E FLEUR FANEE », ou « A SI P A R E » (A ce qu'il
paraît) où s'exhale la plainte mélancolique de la femme trahie, restée fière et qui entend dominer la
tristesse des abandons, laissant le père indigne et l'amant volage à son égoïsme et à son ingratitude.
Pendant que vous étiez en Afrique où la carrière de votre mari vous avait entraînée, tous ces airs
chantaient en vous. Vos pensées, vos souvenirs, vos réflexions, vos rêveries vous ramenaient sans cesse à la
MARTINIQUE, notre doux pays.
Cette nostalgie invincible, je la connais bien ma chère compatriote et amie, vous l'exprimez avec poésie
dans votre livre. Elle est au cœur de tous ceux qui, nés dans notre île enchantée, vivent loin d'elle.
Votre livre sera pour tous un ami cher qu'on voudra toujours avoir près de soi.

LEMERY.
Robert ATTULY
Conseiller Honoraire à la Cour de Cassation
Commandeur de la Légion d'Honneur
Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer

A l' Auteur de
" ÇA ! C'EST LA MARTINIQUE "

APRES la lecture des chansons tirées du folklore martiniquais, ou créées p a r la muse de Madame Léona
GABRIEL, toute parfumée et vibrante d'inspiration créole, et des vivants commentaires qui relient,
comme une harmonieuse guirlande, ces appels d'espoir et d'amour, ces cris de la colère ou du dépit, ces
accès déchirants de détresse sentimentale, arrachés par la dure peine quotidienne à des coeurs simple-
dévorés de passion ou accablés p a r le malheur, après ces évocations émouvantes, les hommes de ma
génération n'ont plus qu'à fermer les yeux pour se souvenir, pour ressentir profondément en eux, avec
une douloureuse ferveur, l'appel du passé, pour entendre les voix de leur lointaine jé unesse, qui montent
délirantes, du carnaval échevelé de «SAINT-PIERRE >, qui raillent ou exaltent les incidents politiques de
notre jeune démocratie ; qui élèvent sur un air de mélopée, les premières revendications plaintives des
travailleurs en grève pour leur pain et le pain de leurs enfants ; pour écouter ces voix de leur Jeunesse
chanter la grâce onduleuse et provocante des gracieuses et fragiles « Doudou », disparues, reines fugitives
et insouciantes d'un j o u r infidèles tour à tour ou délaissées, trompeuses ou trompées ; pour recueillir ces
voix, ces sanglots qui lamentent la disparition tragique de la ville anéantie sous la lave et le fèu du
« MONT-PELE », de la ville ardente où battait le cœur de notre petite île.

Soyez remerciée, Chère Madame Léona, prêtresse d u souvenir martiniquais, d'avoir à jamais fixé, dans
un beau livre, aux évocatrices illustrations, pour le bonheur mélancolique des vieux, pour l ' nchantemenl
des jeunes de chez nous, le charme éternel de notre île de soleil, de son peuple naïf, mobile et pathétique.

Robert ATTULY:
Gilbert GRATIANT
Professeur Agrégé d'Anglais
Poète

LE SENS DE CET ALBUM

i 9 6 0 . • • C'est l'année où la MARTINIQUE s'affirme 1...

Consciente de sa personnalité proclamée 1... Elle s'affirme pour se survivre et revivre 1... Elle se maintient
sélectivement en évoluant.

S'affïrmer, c ' e s t se battre contre toutes les forces de désagrégation comme d'aliénation. Madame Léona
GABRIEL-SOIME tient vaillamment sa place dans cette indispensable bataille que nous sommes quelques-
u n s a mener et qui tend à conserver la MARTINIQUE à elle-même. Cendres de l'oubli, successions des
générations, assaut des modes récentes, voilà tout ce qui menace la vieille MARTINIQUE précieuse à nos
cœurs, indispensable à notre originalité.

Il ne s'agit pas de souhaiter que tout démeure f i g é ; le monde marche et nous devons marcher avec lui,
mais ce qu'il g a d'essentiel dans nos traditions, nos manières de faire et de sentir, doit être maintenu
sous peine d'assister à une uniformisation des comportements qui serait en somme un appauvrissement.
Contre cet appauvrissement, Léona GABRIEL-SOIME, témoin et l'une des animatrices de la riche geste
d6 la MARTINIQUE traditionnelle, apporte sa contribution.
Son domaine est la chanson, sa province la musique populaire, son langage le créole irremplaçable ici.
S'imagine-t-on la MART,NIQUE sans chansons et surtout sans cette sorte de chanson qui est marquée
dans sa musique p a r le rythme africain marié à la mélodie classique, le tout donnant naissance aux airs
créoles, dont la biguine, air à danser, est le tupe?... Imagine-t-on la MARTINIQUE sans l'humour tradi-
tionnel qui transforme un fait divers en épopée joyeuse, sans cet esprit critique qui fait passer les travers,
les fautes et les crimes devant ce tribunal qu'est le carnaval?... A-t-on bien noté que toute notre histoire
locale est mise en chansons toujours actuelles et conservées de la sorte à l'état vivant dans une manière
de contemporanéité constante ?... Imagine-t-on une MARTINIQUE qui cesserait de chanter à longueur
de j o u r et à largeur de nuit les hauts faits et les méfaits de l'amour fidèle ou volage avec cette nuance de
sentimentalité appuyée ou au contraire de philosophie bon enfant qui chemine ici avec la peine et les
joies nées des rapports sentimentaux ?...
Tout cela, on le retrouve : paroles créoles, commentaires anecdotiques (trop rares à mon sens), musique
fidèlement notée, images types de nos paysages et de nos gens dans l'album de Léona SOIME. Aux classiques
du vieux folklore de SAINT-PIERRE et de FORT-DE-FRANCE,-elle a ajouté sa propre contribution dont
certaines œuvres comme « LA GREVE BARRE MOIN > sont devenues à leur tour classiques, enrichissant
notre fonds commun. Je regrette toutefois certaines omissions : Où est le fameux « COLBI MONTE » ?...
Où est le délicieux « GADE CHABINE-LA » ou certaines versions de « LA DEFENSE KA VINI FOLLE »
où il était fait allusion à un certain « DOCTEUR COCO CICI » ?... Ces réserves faites, je tiens à souligner
la magnifique leçon de vie et d'optimisme que nous donne notre auteur, au niveau de l'individu.
Elle refuse de collaborer avec le temps dans le travail destructeur de ce dernier. Cet acte de foi dans un
passé maintenu à h a u t e u r du présent par la volonté et la sérénité est une belle chose.
La mémoire aidant, voilà que sont sauvés du désastre et de l'oubli, un passé récent et un passé moins récent.
On ne lit pas sans émotion l'évocation de la vie de cette petite bande d'amis qui furent les ardents de
l'avant-première guerre, utilisateurs et créateurs des chansons dont le rythme anime le bel ouvrage
que voici.

Pour les chansons, l'optimisme, le combat et le portrait fidèle :


LA MARTINIQUE dit « MERCI » à Léona !

Gilbert GRATIANT.
Albert ADREA
Poète
H o m m e de Lettres

A Madame Léona GABRIEL-SOÏME


Auteur de "ÇA! C'EST LA MARTINIQUE"

Madame,

DOIS-JE vous dire, après les nombreuses et distinguées appréciations d'hommes et de femmes sensibles
vénérant les choses belles de la jeunesse, après ces appréciations sincères qui ont souligné de leurs
louanges, vos émissions à la Radio de : « ÇA ! C 'EST LA MRTIN-IQUE », dois-je vous dire encore que
c'est avec une bien vive et douce émotion que j'ai parcouru, savouré les pages manuscrites de votre
charmant et précieux ouvrage... Qui 1 mon émotion est grande, en vous écrivant ces lignes, et ce n'est
que la nostalgie qui guide m a plume, ma plume déjà si élégiaque ; et la pauvrette ne se montrera peut-être
pas digne de l'honneur que vous lui faites en lui demandant quelques remarques judicieuses.
Je me permets cependant d'affirmer que «ÇA ! C'EST LA MARTINIQUE », votre recueil de chansons de
SAINT-PIERRE et de FORT-DE-FRANCE, venues de l'esprit gouailleur, satirique et grand enfant de nos
« SONSON », de nos « TI-FI », de nos «MATADORS» et de nos « TIT-TANE » est bien la MARTINIQUE 1...
Par ces chansons et votre prose toute pleine des harmonies de la muse antillaise que vous incarnez, je
revois mon île en sa beauté native.
Je respire les parfums de nos saisons de fruits. que des brises colportent p a r monts et vaux, p a r les
sentiers où musent les jolies «ZAZA »... tandis que dans les « F o n d s » quelques «Narcisses» d'ébène,
quelques « Nymphes » brunes comme la sapotille, confient au miroir des sources les charmes dévoilés de
leur édénienne beauté t...
J'entends chanter tous les clochers, toutes les voix d'un cher autrefois ! et des refrains subtils, spirituels,
langoureux, suggestifs, vont jusqu'au plus intime de mon coeur, réveiller le souvenir, le goût, l'arôme des
mangues divines, des trop rapides jours heureux de ma prime jeunesse.:. E t c'est une exquise nostalgie
qui me vole une larme de regret !...
Si je ne craignais pas, Madame, d'être incongru, d'abuser des instants que vos lecteurs devraient employer
entièrement, amplement à parcourir le domaine des souvenances que vous leur avez ouvert si gracieu-
sement, j'aurais essayé de vous dire longuement, tout le bien que avez fait au « Folklore » de notre
« MADIANA ».
« ÇA 1 C'EST LA iUARTINIQUE », c'est bien la lWARTINIQUE d'avant les fantaisies plus ou moins
saugrenues de notre époque où les vedettes des affaires, égarent nos exquises « ORIGINALITES » !...0 méli-
mélo des originalités rocambolesques ! «O calalou » /
Néanmoins, permettez-moi, Madame, et bien chère « MUSE », d'offrir à votre ouvrage un « bleuet » cueilli
au petit domaine où je cultive, pendant mes rares moments de récréation, les fleurs d'une «MUSE» aux
falbalas surannés qui font sourire nos muses modernes.
Je ne sais pas chanter, à la manière éloquente et « couleur locale » de quelques bardes des ANTILLES,
les charmes, les grâces de mon pays. Aussi je vous prie de me pardonner si je ne vous présente pas la
« fleurette », enrubannée, comme il sied en la belle occurrence !...
La poésie, vous le savez, Madame, est chose du cœur et de l'âme. Tout ce qui vient du cœur, du tréfonds
de notre être, est sincère et parfois excellemment agréable.
Votre grande bienveillance trouvera sans doute harmonieuse ma <<SAPOTILLE », et elle sera bien accueillie
en la compagnie de ses sœurettes, certes, plus pimpantes... plus «couleur locale »... car aucune combinaison
fantaisiste n'a enlevé à leurs corolles les faveurs offertes par le soleil des ANTILLES, cet amoureux ardent
et prodigue.
Avec mes salutations distinguées, veuillez agréer, Madame, l'humble, hommage de ma très respectueuse
admiration.
Albert ADREA.

FORT-DE-FRANCE, le 30 MAI 1958.


Georges MENNECHEY
Attaché de Préfecture
Publiciste

AVANT-PROPOS

C4 ! C'EST LA MARTINIQUE ! ■
Tel est le titre de l'ouvrage que présente Madame Léona GABRIEL-SOIME.

Tirée de l'inspiration des meilleurs poètes et musiciens martiniquais, cette revue rétrospective fera date
dans l'histoire du folklore musical de notrè pays, par l'excellence de sa présentation et la qualité des
sentiments qu'elle exprime.

Au moment où., dans la confusion des esprits et l'opposition des intérêts, le monde traverse une de ces
crises de conscience dont le dénouement peut être fatal pour la paix et la liberté des peuples, au moment
où tout ce qui représente une vale'ur morale ou spirituelle (et j'entends aussi bien toute production de
l'intelligence dans le domaine artistique) subit les assauts furieux et répétés d'une «VOGUE » musicale
d'origine étrangère dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle représente une menace et un danger pour
notre culture française faite de clarté et de mesure, un livre de ce genre parait, à une heure aussi
cruciale, comme un rempart contre la. barbarie et lú révélation d'une PERSONNALITE MARTINIQUAISE
qui trouve sa raison d'être dans le maintien et la survivance de notre folklore musical par où l'âme créole
s'affirme et s'exalte dans sa forme la plus originale et la plus harmonieuse.,

Puisse cette anthologie recueillir l'audience la plus large auprès de toutes les couches du peuple marti-
niquais dont le destin est, certes, d'évoluer dans le cadre des apports des diverses civilisations qui l'entourent
mais sans jamais rien perdre ni renier de la manière de vivre, de sentir et de s'exprimer d'une civilisation
qui lut, comme le disait naguère notre illustre compatriote HENRI LEMERY, la plus humaine et la plus
douce de toutes 1...

Oui ! la chanson créole doit survivre pour que notre petit pays soit toujours à la hauteur de son destin et
si ceux qui, avec Léona GABRIEL, Vic-tor CORIDUN, Léon APANON, STELLIO, Marius LANCRY, sans
oublier notre populaire « SAINT HILAIRE » et l'orchestre du « SELECT TANGO », dernier bastion du
folklore musical martiniquais, continuent ici et ailleurs à le vouloir, envers et contre tous, avec ce courage,
cette énergie et cette obstination qui font l'admiration générale, la MARTINIQUE restera toujours la
MARTINIQUE belle, libre, fière, généreuse et artistique.

Georges MENNECHEY.
20 MAI 1959.
Victor CORIDUN
Professeur de Musique
Musicographe et Folkloriste
Auteur de « Le Carnaval de Saint-Pierre - Martinique »
(24 p a g e s de texte, 53 p a g e s de musique) (1929-1930)

CONSIDÉRATION SUR LA CHANSON


ET LA DANSE MARTINIQUAISE

Chère Madame et amie,

OUS avez bien voulu me communiquer le manuscrit de « ÇA !- G?EST LA MARTINIQUE », œuvre pleine
v de joie délirante, d'amour et d'entrain, de souvenirs fous, inoubliables, que dis-je, i m p é r i s s a b l e œuvre,
comme vous le dites vous-même, écrite non avec votre esprit (grammaire et réthorique comprises), mais
avec votre cœur aimant, sensible et généreux, me demandant de consigner, ô louable modestie ! mes petites
observations de Folkloriste épris de toutes les manifestations où vibre librement l'àmè de notre doux pays.
Aussi, je vous remercie beaucoup de votre geste affectueux et souhaite que votre ouvrage retienne l'attention
des lecteurs et des musiciens s'intéressant à la vie martiniquaise. , -,
Vous avez bien fait de montrer le rôle que vous avez joué depuis plus d'un, demi-siècle à faire chanter
notre peuple dans les plaisirs, dans le malheur comme dans le travail. ■
■■ ■' ' ' '.
Je vous félicite d'avoir retracé avec vérité et sincérité l'atmosphère des bals pùblics, de n'avoir point
oublié les « conteurs » dans les veillées mortuaires, et surtout d'avoir ressuscité un peu de cette existence
prime-sautière de notre «SAINT-PIERRE, LÀ CAPITALE TANT REGRETTEE », dormant avec ses fins
lettrés, ses bardes, ses musiciens et son peuple bon enfant sous les cendres de la « PELEE »...
Evidemment, j'aurais mieux aimé trouver vos chansons classées selon un ordre plus rationnel :
« CHANSONS POLITIQUES, CHANSONS D'AMOUR, CHANSONS SATIRIQUES, CHANSONS DÈ
SOLDATS, CHANSONS DE LABEUR ». ' 1
Ma nomenclature ne doit point vous effrayer, car le cœur n'en a pas besoin. Il convient de laisser ces
choses compliquées aux savants et vous confier seulement à nos affinités et à nos- émotivités.
Je voudrais prolonger votre ouvrage afin de montrer notre identité de vues et la justesse de vos relations.
J'hésite à le faire sans vous avoir préalablement demandé une bienveillante hospitalité.
J'ouvre mon manuscrit «FEJfMES », une contribution à l'histoire des ANTILLES, terminé en 1956.
Fort-de-France. Je grimpe l'ancienne rue du Pavé j u s q u ' a u bal public « Le Casino des Frères Loulou »...

CHEZ TERPSICHORE...

Sa majesté Trombonne émultionne l'âme


Et frissonnent les chairs, et rugissent les nerfs...
Et rythmes envoûteurs nivelant les partenaires,
Mordus à petits coups par les pointes de flamme...
Et la tornade souffle, oppresse, clame
Clarinette canaille éveillant les enfers ;
Crincrin aigri, rageur; « Tit bois», enclume et fers
Et le violoncelle, essoufflé, brâme et pâme...
A la porte du Temple, un géant, a tempo
De son gourdin noueux écrémant le Troupeau
Introduit le fidèle en sacerdoce, intègre...
Alors que les cossus font leur gémissement...
Les filles et garçons de haute ou basse pègre
Comblent rue et trottoirs d'un lourd déhanchement.
13 Janvier 1956.
CARNAVAL MARTINIQUAIS

LiUX-pointAntilles Françaises, et particulièrement à la Martinique, les réjouissances du carnaval ne finissent


le Mardi-Gras. Elles durent encore une journée et une nuit, le mercredi des Cendres étant
consacré du culte des obsèques de sa dignité carnaval.
Cortège, polka-marche, chants appropriés, musique de clarinette, trombonne et violoncelle : c'est le
«Vidé», femmes vêtues en «diablesses» (jupes noires, corsage et vêtements de tête blancs, le visage
saupoudré de farine de froment), hommes en costume noir de cérémonie, coiffures blanches (une serviette
de table de préférence), le visage également poudré de blanc ; sa majesté : une poupée géante (une sorte
de mannequin) portée au bout d'une perche, accoutrée comme l'est ordinairement une personnalité —
h o m m e ou femme, fort connue dans la ville ou le village — (le bois-bois) qui s e r a brûlé, et les cendres
jetées à tous les vents, sur la place principale de la ville (la savane de Fort-de-France) ou sur une éminence
a s s e z éloignée du village.
A 2 heures du matin, au «SELECT-TANGO », bal public du Boulevard où jouent les maestros, la clarinette
lance son co-co-ri-co f E t les lampes de s'éteindre... Et la mazurka lente, amoureuse, langoureuse, de se
poursuivre dans la pénombre... C'est la «NUIT»... Vaval se m e u r t ! Vaval est morf/... Puis, c'est. la,
biguine finale...

LE POETE

Tous feux éteints, le bal public enrage, écume..


Le carnaval se meurt... le vacarme s'accroît...
Sauterie effrénée en un lieu trop étroit
Où Je trombonne expire à grands éclats d'enclume...
Et l'orgie apaisée, — ainsi veut la coutume
L'on reprend en clochant le dur chemin de croix
Les uns criant encor, d'autres en désarroi
Se traînant hébétés, sous leur poids d'amertume !...
Une fille esseulée, — une belle des bourgs !
Jupon noir, fichu blanc, lente, marche à rebours
« Viens avec moi ! »... lui dit un passant en goguette !
Silencieusement, elle va vers la mer
Où donc finir la nuit ?... Plus de tendres guinguettes
Il ne reste qu'un port : Le lendemain amer !...

Victor CORIDUN.

Encore une fois merci de m'avoir donné l'occasion de parler de notre Pays, de refaire le pèlerinage de nos
plaisirs d'antan, de nous rappeler la délicate amitié de nos camarades disparus qui, à tous instants, furent
pleins de zèle incomparable.
Bonne chance et bon succès 1
Victor CORIDUN.
FORT-DE-FRANCE, le 5 MAI 1959.
Note
de
l'Auteur

Je ne suis pas une romancière. Je


demande au lecteur de ne s'attendre à
trouver dans ce recueil aucun raffine-
ment de style, aucun raccourci saisissant
de ces formidables sondages du cœur
humain.

En écrivant ce recueil composé unique-


ment d'une partie de mes émissions à
« RADIO-MARTINIQUE », où chaque
samedi et accompagnée par l'orchestre
« SAINT-HILAIRE », je faisais entendre
« ÇA ! C'EST LA MARTINIQUE ! », j'ai
voulu faire mieux connaître à mes jeunes
compatriotes, aux métropolitains, à
l'étranger qu'il intrigue et émerveille
notre petit pays qui fut autrefois un
petit paradis.

J'ai écrit ce recueil pour que vivent la chanson martiniquaise, la musique martiniquaise. Ces
chansons sont en grande partie du vieux folklore, puis celles que j'ai composées de 1916 à ce
jour. Stockées dans mes souvenirs d'enfant, d'adolescente et de femme, je les ai chantées toute
ma vie sans aucune défaillance de mémoire.

Quant aux textes, ce ne sont que des récits vrais de certaines de nos coutumes, de nos mœurs, de
nos traditions. Ce sont des récits sans fard, sans artifice, un pur métal sans alliage, des récits
tout nus.

Je n'ai peut-être pas plu à tous les auditeurs de « RADIO-MARTINIQUE » puisqu'un Monsieur
que je ne connais pas ou que je connais trop bien, qui signe « PETIT CLOWN » dans le journal
« L'INFORMATION », m'a traitée d'imbécile et de nullité.

Comme je plains ce pauvre petit, tout petit pitre !


Un petit Monsieur qui, sous l'anonymat, insulte une femme !
Aussi je ne peux que revenir à l'axiome qui veut que :
Les chiens gueulent, hurlent, jappent, la Caravane passe !

Aux lecteurs de juger !

Léona GABRIEL-SOIME.
MŒURS - COUTUMES - FOLKLORE

Du Tit-Collet à la M a t a d o r
par L é o n a GABRIEL

L e s c o u t u m e s , les m œ u r s , le f o l k l o r e d e se r a t t a c h a n t a u c o r s a g e , s ' a g r a f a i t s u r enfants qui n'ont pas eu leur petite chaîne


m o n pays, c'est p o u r moi u n u n i v e r s la c e i n t u r e à l a h a n c h e g a u c h e . et l e u r p e t i t e m é d a i l l e g r a v é e à la d a t e
plein de b e a u t é s q u e je n e v o u d r a i s p a s C'était un événement pour une jeune de leur naissance, don de leur m a r r a i n e .
v o i r t o m b e r e n r u i n e s !... fille d e q u i t t e r le « T I T - C O L L E T » p o u r le j o u r de l e u r b a p t ê m e .
J e s u i s d o n c les é m i s s i o n s d e M m e A. prendre la g r a n d e robe-peignoir. Elle E n « T i t - C o i l e t », la j e u n e fille p o r t e
B E R T R A N D , et c'est peinée, vexée, q u e g a r d a i t p o u r t a n t la t ê t e à d e u x bouts, sa p e t i t e c h a î n e p l a t e a v e c s o n m é d a i l l o n
je constate combien, parfois, elle est m a l s i g n e d e sa s a g e s s e , d e sa p u r e t é . o u sa m é d a i l l e . S e s a n n e a u x c r é o l e s u n
r e n s e i g n é e !... peu plus g r a n d s que ceux de son enfance.
C'est p o u r cela q u e je fais cette mise Nos tissus de fins b r a c e l e t s dits esclaves e n c e r c l e n t
a u point, je sais q u e je v a i s f a i r e des L a G r a n d e - R o b e , t o u t c o m m e le « T I T - leurs poignets.
mécontents, je sais d'avance ce qui C O L L E T » ou la jupe, é t a i t en coton- L a j e u n e f e m m e p o r t a i t la c h a î n e de
m ' a t t e n d , m a i s les a u d i t e u r s d e l ' é m i s s i o n nade, en satinette à g r a n d s ramages, en t o u s g e n r e s , de t o u t e s g r o s s e u r s , c h a î n e
« L e fil d ' A r i a n e » s a u r o n t q u e d a n s c e l l e satin broché, en m a d r a s ou en paillakas chenille, forçat, c h a î n e plate, la t o r s a d e .
d u 2 m a i d e r n i e r , o n a b e a u c o u p dit, de la G U Y A N E . P o u r l e s c é r é m o n i e s , c ' é t a i t la c h a î n e
m a i s r i e n o u t r è s p e u d e ce q u i é t a i t , d e Elle était taillée en décolleté c a r r é p a r dite de sûreté longue de d e u x m è t r e s
ce q u i est... d e v a n t p o u r les jeunes, en c œ u r discret c i n q u a n t e ; e l l e f a i s a i t t r o i s f o i s le t o u r
Les t ê t e s p o u r les p e r s o n n e s â g é e s . E n t e n u e n é - d u cou et d e s c e n d a i t j u s q u ' a u c r e u x de
gligée, a v e c t ê t e à d e u x ou trois bouts, l ' e s t o m a c o ù v e n a i t se r e p o s e r l a g r o s s e
Il n ' y a j a m a i s e u d e t ê t e s à quatre attache g a r n i e de pierreries, s u p p o r t a n t
on n e p o r t a i t p a s d e j u p o n , m a i s la che-
bouts à la M A R T I N I Q U E . d e c h a q u e côté, d e gros p o m p o n s f r a n -
mise assez l o n g u e avec, à l ' o u r l e t d u bas,
g é s c o m m e u n e b a n n i è r e d ' e n f a n t de
Têtes à deux bouts de p e t i t s p l i s o u b o r d é e d ' u n e b r o d e r i e
a n g l a i s e d é p a s s a n t la r o b e d o n t la t r a î n e M a r i e , e t le g r o s m é d a i l l o n d a n s l e q u e l
Les têtes à d e u x bouts, e n f o u l a r d p o u r ou q u e u e r e l e v é e s u r le côté d r o i t laissait o n p l a ç a i t l e p o r t r a i t o u les c h e v e u x d e
v o i r les c h a u s s u r e s d é c o l l e t é e s o u m o n - l'être a i m é ou de l'enfant mort. Broches,
s'habiller, en m o u c h o i r en t e n u e négligée,
é t a i e n t p o r t é e s p a r les j e u n e s e t les t a n t e s , à t a l o n L o u i s X V o u les p a n t o u f l e s bracelets gros ou petits, b a g u e s de toutes
v i e i l l e s filles. b r o d é e s avec m i - t a l o n s ou sans. f o r m e s , c o m p l é t a i e n t les b i j o u x d e l ' é l é -
gante.
T ê t e s à trois b o u t s Le j u p o n P o u r l e s f e m m e s e n j u p e , les b i j o u x
r u t i l a i e n t d e p u i s la t ê t e c a l e n d é e ou n é -
Les têtes à trois bouts étaient portées L e j u p o n était fait d ' u n g r a n d v o l a n t en gligée o r n é e de trois grosses broches ou
p a r les f e m m e s m a r i é e s o u p a s . b r o d e r i e anglaise ou en b a t i s t e d'Ecosse. cabochons, u n e un peu plus grosse devant.
En m a d r a s p o u r les plus f o r t u n é e s , en à petits plis coupés p a r des e n t r e - d e u x u n e d e c h a q u e côté reliées e n t r e elles
m o u c h o i r ou coco z'aloye p o u r les plus de Valenciennes ou en volants de satin à p a r une chaînette. Les gros a n n e a u x for-
p a u v r e s . Si les c o c o s z ' a l o y e s é t a i e n t f a - petits plis é g a l e m e n t et de la m ê m e cou- m a n t p a n i e r s , le c o l l i e r c h o u x d e s i x à
briqués en F r a n c e ou ailleurs, p a r contre l e u r q u e le f o u l a r d . h u i t r a n g é e s , la c h a î n e g o u r m e t t e ou
les m a d r a s n o u s v e n a i e n t d e s I N D E S , O n n e p i q u a i t p a s la r o b e c o m m e p o u r c h a î n e plate, de g r o s b r a c e l e t s et des
nous a p p o r t a n t leur o d e u r de curry indien le n é g l i g é . L a t r a î n e é t a i t e n v o y é e s o u s bagues de toutes formes complètent
p a r l a q u e l l e o n les r e c o n n a i s s a i t . le b r a s d r o i t p a r la m a i n d r o i t e et légè- l'équipement.
r e m e n t m a i n t e n u e à g a u c h e p a r la m a i n T o u s ces c o s t u m e s , ces a c c o u t r e m e n t s
Têtes calendées gauche, laissant dépasser la splendeur d u é t a i e n t p o r t é s s u r t o u t p a r les g e n s d e la
jupon. c a m p a g n e o u e n v i l l e p a r les g e n s d e
Les têtes calendées, j ' i g n o r e les calen- Le f o u l a r d c l a s s e m o y e n n e , l e s b o n n e s , les D â s .
d r é e s , se p o r t a i e n t e n c o s t u m e d e c é r é - L a b o u r g e o i s i e de chez n o u s s'est t o u -
m o n i e s p a r les f e m m e s e n r o b e - p e i g n o i r . L e f o u l a r d t o u j o u r s de t o n o p p o s é à la
r o b e , é t a i t e n soie n a t u r e l l e d i t f o u l a r d - j o u r s h a b i l l é e e n s u i v a n t les m o d e s d e
Les m a d r a s é t a i e n t choisis à petits car- P a r i s , m ê m e q u a n d les j o u r n a u x m e t t a i e n t
reaux aux couleurs variées ou à petites Carton, ou en pointes de satin, de velours
ou de dentelle pailletée. d e u x m o i s à n o u s a r r i v e r e t se c o i f f a i t
b a n d e s . L e s c a r r e a u x e t les b a n d e s r o s e s
L e f o u l a r d s ' a t t a c h a i t d e r r i è r e le cou d e c h a p e a u x s i g n é s p a r f o i s d e n o m s de
étaient peints avec un mélange de gomme
s u r l a r o b e . P a r d e v a n t , il é t a i t b i e n t i r é g r a n d e s modistes de l'avenue de l'Opéra.
arabique délayée dans de l'eau et du
et r e t e n u à la c e i n t u r e de la robe. A la m a i s o n , la b o u r g e o i s i e s ' h a b i l l a i t
j a u n e de chrome. Des spécialistes m u n i e s
en r o b e - p r i n c e s s e . V a g u e d e v a n t et au
de petits p i n c e a u x et de p e t i t s bois taillés
f i n s r e m p l a ç a i e n t les c a r r e a u x e t les La j u p e dos e n f o r m e de r e d i n g o t e . D e u x l a r g e s
ceintures cousues au-dessus des hanches
b a n d e s r o s e s a v e c ce m é l a n g e e t l a i s s a i e n t L a jupe était faite avec cinq ou six
sécher. s ' a t t a c h a i e n t en u n n œ u d p a p i l l o n s u r le
m è t r e s d e tissus. D e u x h a u t e u r s d e v a n t devant.
C'était un véritable travail d'artiste que arrivaient a u x pieds et d e u x h a u t e u r s E n n é g l i g é o u c h e z elles, l e s f e m m e s
de f r o i s s e r le m o u c h o i r en m u l t i p l e s p e - d e r r i è r e avec q u a r a n t e c e n t i m è t r e s de
t i t s p l i s p o u r a t t a c h e r la t ê t e c a l e n d é e . e n r o b e - p e i g n o i r , e n j u p e , p o r t a i e n t la
p l u s q u ' o n a r r o n d i s s a i t p o u r les f a i r e r e - gaule ou leurs robes défraîchies. On
D e c h a q u e côté. e n u n t o u r n e m a i n , le j o i n d r e les d e u x m o r c e a u x d u d e v a n t . p o u v a i t l e s v o i r c h e z elles, f a i s a n t l e u r
mouchoir formait d e u x petites oreilles sur B o r d é e de gaz ou de coton, la j u p e
lesquelles s'attachaient deux petites nattes m é n a g e o u r e p a s s a n t l e u r l i n g e , le c o r -
n ' a v a i t r i e n d e s e m b l a b l e a v e c ce q u e n o s s a g e r e j e t é s u r la jupe, en b r a s de che-
de cheveux. Une plus grosse natte souvent jeunes d'aujourd'hui font avec deux mè- mise.
o r n é e d'épingles ou de b a r r e t t e s en or t r e s de tissus, c'est-à-dire la c a r i c a t u r e
é t a i t a t t a c h é e d e r r i è r e l a t ê t e s u r le m o u - Bijoux des b o u r g e o i s e s
des jupes de nos aïeules.
choir. P e n c h é e l é g è r e m e n t s u r le côté. Pas d'étalage de gros bijoux ou très
la t ê t e c a l e n d é e des j e u n e s n ' a v a i t r i e n LA C H E M I S E (pour la jupe) p e u chez la b o u r g e o i s e de chez nous. P o r t é
d e l a t ê t e p o u r les p e r s o n n e s â g é e s . D e d ' u n e f a ç o n discrète, le collier de p e r l e s
couleurs plus sombres, avec très p e u de E n p e r c a l e o u e n c o t o n p o u r la m a i s o n fines (du vrai, pas du toc), des d o r m e u s e s
j a u n e , e l l e a v a i t la f o r m e d ' u n e c h a u d i è r e o u l e n é g l i g é , l a c h e m i s e p o u r les c é r é - ( b o u c l e s d ' o r e i l l e s en d i a m a n t ) , d e s b r o -
e t e n p o r t a i t 'le n o m . monies était en batiste r i c h e m e n t brodée. ches, des b a g u e s en d i a m a n t s qui p o u r -
P o u r les c o s t u m e s e n j u p e , l a t ê t e c a - Un large décolleté garni de trous-trous, r a i e n t r i v a l i s e r a v e c c e u x p o r t é s p a r les
lendée était beaucoup plus volumineuse. laissait passer u n petit r u b a n de satin stars actuelles.
Les cheveux formant derrière une papil- ou de velours de couleurs vives, ou p o u r
l o t t e d a n s u n p a p i e r d e c o u l e u r v i v e ou les p l u s f o r t u n é e s , u n e c h a î n e t t e en or. Les M a t a d o r s
dans un gros billet de banque. Mais oue De petites manches légèrement bouf-
fantes avec des b o u t o n n i è r e s où étaient O n a p p e l a i t « M a t a d o r ». l a f e m m e
l ' o n s o i t j e u n e s filles, j e u n e s o u v i e i l l e s
f i x é s les g r o s b o u t o n s - c l o u s e n or. aisée, a y a n t p a r f o i s p i g n o n s s u r rue, u n e
f e m m e s , en t e n u e négligée, la t ê t e é t a i t cassette r e m p l i e de b e a u x bijoux, un
f r o i s s é e e n d e u x b o u t s e n s e r r a n t les
cheveux. c o m p t e e n b a n q u e . C ' é t a i t s o u v e n t la
Les bijoux f e m m e la m i e u x e n t r e t e n u e q u ' o n dési-
Les c o s t u m e s de c h e z n o u s O n a d o r e les b i j o u x à l a M A R T I N I Q U E , g n a i t d u n o m d e « M a t a d o r ».
e t r a r e s s o n t les M a r t i n i q u a i s e s e t d e
L a j e u n e fille, j u s q u ' à d i x - h u i t a n s , q u e l q u e classe d e la société q u ' e l l e s Léona GABRIEL.
p o r t a i t la r o b e « T I T - C O L L E T ». L e c o r - soient, qui n ' o n t pas p o r t é d e boucles
sage, a u g r é d e l a f a n t a i s i e d e l a m o d e , d'oreilles créoles. Les oreilles des filles
se r a t t a c h a i t à l a j u p e f r o n c é e à l a t a i l l e sont, d ' u n e f a ç o n g é n é r a l e , p e r c é e s dès (Cet article a été publié p a r « Les N o u -
s u r u n e c e i n t u r e . U n p a n n e a u d e la j u p e l e u r p l u s j e u n e â g e . R a r e s a u s s i s o n t les v e l l e s » de F o r t - d e - F r a n c e en j u i n 1961.)
S t a t u e de
Victor Schoelcher

Il a tracé
le b o n h e u r
de ses enfants

Photo F.-Rose Rosette


QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES !

C'est du bateau et en abordant les côtes de la MARTINIQUE qu'on peut mieux les admirer.
Elles semblent au premier abord s'avancer à votre rencontre, comme un dessin audacieux et
séduisant d'angles saillants, de courbes, de crêtes, de chemins clairs où règne l'ombre des
grands arbres les bordant.
Bacchanales de couleurs éclatantes et de blancheur d'écume qui flottent et jaillissent parmi
l'écroulement incessant des verdures.
Tandis que tout là-haut, près du ciel et devant la ligne superbe des cimes, le soleil étale partout
ses rameaux d'or !...
« QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES !»
Et ce sont elles que nos ancêtres ont offertes en hommage de leur reconnaissance à notre grand
Libérateur « VICTOR SCHŒLCHËR » dans cette immortelle chanson.

« LA MONTAGNE EST VERTE »


(Folklore)
Et
voici
la Maudite

Photo F . - R o s e R o s e t t e
QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES ! (suite)

Et voici la « MAUDITE »... « LA P E L E E » tout de suite reconnue dans sa masse imposante,


dans sa gravité souveraine.
Des nuages sombres et mouvants la coiffent, on se croirait devant une de nos belles capresses
coiffée d « En tit tête foula » que le vent déplace et remue de tous côtés.
Tout au long, une végétation luxuriante dissimule toutes traces de ruines et SAINT-PIERRE
est à ses pieds, gardant jalousement, ensevelis sous ses cendres, ses trente mille enfants qui y
dorment à jamais.
L'aspect du pays est désolé. De loin en loin, une route qui tourne, soit d'un côté soit de l'autre,
laisse pénétrer le regard vers des m u r s écroulés, dans un enchevêtrement de vallons déserts
où retentissent des volettements de vent, et encore plus loin, des traces de vestibules ou de
terrasses dallées.
Pareilles à des bergers géants, voici les ombres magnifiques des « PITONS DU CARBET ». Sur
un bleu angélique, ils s'étendent dans toute leur largeur, frappés par le soleil, pareil à une
verge d'or.
Un silence religieux plane, troublé p a r les cris des oiseaux blottis dans leur nid et réclamant
leùr pâture. L'étroit ruban de chemin accroché à des hauteurs vertigineuses, surplombe des
précipices. On voit passer et repasser ses lacets dans des escarpements toujours plus hauts, dans
un paysage élysé.en de fougères arborescentes et de « campêches » géants, parmi les hauts
cierges admirablement décoratifs des glycéas en fleurs.
D'autres décors forestiers se succèdent à perte de vue dans le lointain bleu et rose. La r u m e u r
assourdie d'une musique monte de la vallée, c'est une vieille mazurka de notre folklore que
chantent les charbonniers, une plainte ou un cri de joie qui s'échappe d'un cœur exultant
ou meurtri !

«SOIGNEZ I BA MOIN »
(Folklore)
Pareilles
à des bergers géants,
voici les ombres
magnifiques
des « Pitons du Carbet »

Photo F.-Rose Rosette


QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES ! (suite)

« NOS MORNES ». Perpétuel enchantement, aussi changeants que la mer, qui se drapent dans
l'étoffe du jour, jaspée, mauve, rose, jaune et verte et qui s'y fondent en douceur comme un
pastel de Boucher ou de Roussel John.
Entre la route et les mornes, des champs de canne qui vous enserrent entre leurs bataillons
compacts et dans les traces desquels, sarcleurs et sarcleuses ne cessent de crier, de gesticuler.
de chanter pour se donner du cœur à l'ouvrage.
« QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES ! »
Celle du « VAUCLIN »', bien majestueuse dans ses assises. Sans le soleil, la campagne du
« VAUCLIN » ne serait qu'une contrée rude et sauvage. La tristesse de la montagne aux jours
de grisaille évoque plutôt de légendaires malédictions.
Elle est pourtant bien sage dans sa masse imposante. Un chemin assez large y conduit, bordé
de petites cases recélant brodeuses spécialisées, sorciers à « séances », invoquant Satan ou
Belzébuth. Un souffle chaud et capiteux monte des jardins et l'ombre des arbres fait des
arabesques mobiles sur la blancheur des pierres.
«QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES !»
«NOS MORNES» !... «GROS MORNE»... « V E R T - P R E » ! Contrées riantes, si vivantes dans
la v.ariété de leurs cultures. Nos mornés... Tous nos mornes se chevauchant, dorant ou
bleuissant au soleil. Nos mornes !... Leurs forêts, leurs rocs, leurs savanes, où l'esprit pétille
comme un frais et bon « mabi », avant de s'envoler sur les ailes de la chanson.

« M A N Z E JOSEPHINE»
(Folklore)

Transcription de Victor CORIDUN.

1er COUPLE-T 2e COUPLET


La rue Dauphine ni en la cou. Pè Léopold déclaré nous
Dans la cou a ni en vié case : Mes amis, faut z'ott couté moin
Cé la case manzè Joséphine Piss grand toujou montré pitit
Tireuse de cartes, machan'ne mabi Pas man-yin coq Joséphine' là
En tit coq dgim'm marré pa patte Si la jounin cé en tit coq
Dépi l'Angélus ka sonné Lan nuit, cé en chouval à z'ailes
Kapété en cocorico Cé Ii Joséphine ka monté
Qui ka réveillé tout' là rue a. Pou . aille trouvé mussieu « Satan»,
1er REFRAIN
2e REFRAIN
Manzè Joséphine... tit coq' là
Qui dans la cour' a, chè ! Manzè Joséphine... tit coq' là
Manzè Joséphine... tit coq' là Qui dans la cou' a, chè !
Qui dans la cour' a Manzè Joséphine toute la ville Saint-Pierre con'naît' ça
Moin déjà ni beu épi saindoux Tit coq' là ce Belzébuth, fé i disparaître
Poivre épi l'ail pou moin ça roussi coq' là (bis). Pou nous pas brûlé coq' là (bis).
Tandis que les petites bonnes,
p i m p a n t e s , élégantes,
p a n i e r ail bras,
se r e n d a i e n t ail m a r c h é

Photo Benoit-Jearmette, Sucer L. Bucher


COMME ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE !

Belle ! au delà de tout ce qu'on peut écrire ou raconter.


Qu'elle était belle !... au temps pas si éloigné où on pouvait dire, sans se tromper, que dans
aucun pays, la nature n'avait a u t a n t gâté ses enfants.
Comme elle était belle ma MARTINIQUE !... A Fort-de-France où, dès l'aube, la nature se
réveillant aux baisers du soleil, la ville se remplissait des cris des coolies balayant les rues
en se chamaillant, en s'injuriant et en s'invectivant. puis la marchande de corossol-doudou
de cocos en cuillère, invitant les dormeurs à se réveiller dans le sommeil pour manger un
doudou bien doux ou boire un coco bien frais. Puis vers six heures, la marchande de mabi,
appelant au mabillage, au décollage et, vers sept heures, l'invitation à se régaler d'acras, pois,
choux et morue... Tandis que les petites bonnes pimpantes et élégantes, panier au bras, se
rendaient au marché...
« COMME ELLE ETAIT BELLE... MA MARTINIQUE ! »
Avec ses « commères » (en France, ce sont des tantes). De l'homme, ils n'ont que le sexe.
Nos commères, « COUCOUNE », «CHERUBIN », « FERNAND », «ETIENNE », tous vendeurs
au marché. Rois de la bonne humeur. Mais aux prises avec quelqu'un, en colère, aucun rapide
rie coulait avec plus de fracas, de précipitation, que le fleuve de paroles violentes et désor-
données qu'ils lançaient, les ponctuant parfois d'une forme d ' h u m o u r qui n'était certes pas à
la portée de n'importe qui.
Ils avaient la spécialité, au temps du carnaval, de se déguiser en femme et s'occupaient de
la vente des chansons.
Et nos vendeuses de sucreries rodant autour des écoles, faisant la joie des enfants avec, leur
rengaine ; et leurs bonhommes en s u c r e : «Moin ni PAUL, moin ni PAULINE», « Moki ni
A L B E R T , m o i n n i A L B E R T I N E », « Moin ni JACQUES, moin ni JACQUELINE », « Moin ni
AB
m
niO
noi,M
N
IAB
teLE»,tout cela e n chantant :
L a rivière
s'écoule d o u c e m e n t
el s'étend c o m m e une rue d'eau
parsemée
de grosses roches ventrues

Collection Benoit- Jeannette, Succr L. Bucher


COMME ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE ! (suite)

Comme elle était belle... ma MARTINIQUE ! quand, chaque lundi, dès cinq heures, commençait
le défilé des lavandières des grandes maisons, se dirigeant vers « LA GROSSE ROCHE ».
Tout le long de la route. ce n'étaient que des racontars pimentés, les petits milans du pays, les
faits saillants quotidiens qui s'achevaient par des éclats de rire.
Une d'entre elles entonnait une chanson, improvisait des paroles dont les dernières syllabes
étaient reprises en chœur. D'autres fois, un détail observé sur le champ, un incident de la
route fournissait de thème à la rengaine.
Et voici « LA GROSSE ROCHE », la rivière s'écoule doucement et s'étend comme une rue
d'eau parsemée de grosses roches ventrues ayant parfois l'aspect de bras enlacés, d'étangs
ruisselants de lumière où sillonnent plus ou moins abondants écrevisses et petits poissons.
La matinée s'écoule dans une ambiance de gaieté et de bonne humeur. Sur les roches les plus
plates, s'installent les lavandières à l'ombre des arbres étendant leurs branches comme des
parasols. On lave... Deux laveuses se disputent pour un rien, pour un morceau de savon égaré,
elles ont les yeux exhorbités et des gestes de malédiction... mais cela aussi finira dans un éclat
de rire. Une autre, avant de se mettre à l'ouvrage, allaite un enfant de teinte indécise. Partout
c'est une orgie de couleurs, d'âcres senteurs indéfinissables.
Midi !... Vite on prépare u n creux au pied d'un arbre et on allume u n petit feu d'herbes et de
menus branchages desséchés pour faire griller la morue du repas qui consiste au traditionnel
« F é r o c e » d e s lavandières (mélange de farine de m a n i o c d'avocat, dé morue, rôtie, le tout
a r r o s é d ' h u i l e e t d e p i m e n t s c o n f i t s d a n s d u v i n a i g r e .

tout appelez-le comme vous voulez... c'est le petit feu, le pété pied, l'alolo, le
fobilardouen tit sec, m a i s c'est toujours du soleil en bouteille qui pousse à 'la chanson
n o s t a l g i q u e >e t berceuse.

« PACOTILLE » (Bigui ne)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Pas pali
Colon
QU'ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE !

Qu'elle était belle... ma MARTINIQUE bien aimée où se sont écoulées mon enfance, mon
adolescence et ma jeunesse ! Que de souvenirs qui montent en gerbes dans mon vieux coeur !...
Que ça faisait mal de la quitter, de s'expatrier, et c'est avec une chanson qu'on avait retenu
ceux qui voulaient partir, chercher... Quoi ?... Fièvre ou fortune lors du percement du canal
de « PANAMA ».

« PAS PATI COLON » (Mazurka)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
J ' a i gravi
les sentiers
accrochés
a u x pilons
QU'ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE ! (suite)

MA M A R T I N I Q U E J O L I E !... MA P E T I T E I L E BIEN-ALMEE ' ... c h a n t é e , vantée, exaltée p a r


t a n t de nos é c r i v a i n s : « F E R N A N D YANG-TING », « SALA VIN A », « L A F C A D I O », « P A U L
BOYE », « M A R T H E O U L L I E », « A U G U S T E J O Y A U », « A D R E A », « G I L B E R T G R A T I A N T »
et t a n t d ' a u t r e s !...

« G I L B E R T G H A T I A N T » à qui j e s u i s h e u r e u s e d ' a d r e s s e r le t é m o i g n a g e de toute m o n


a d m i r a t i o n p o u r son p o è m e « P E A N MAUVE » qui m e s e m b l e a v o i r été é c r i t p o u r moi t o u t e
seule. Ce p o è m e q u e j ' a i m e t a n t il r e d i r e , ce p o è m e qui sait faire d é f i l e r d e v a n t m e s yeux tous
les p l u s l o i n t a i n s s o u v e n i r s de m a j e u n e s s e , tel le film d ' u n p a y s i n c o n n u , avec ses h a u t s
et ses bas, ses d o u c e u r s et ses a m e r t u m e s .

Ce p o è m e qui s a i t m e f a i r e r e f a i r e le m ê m e voyage... q u e les a u t r e s ! P a r c o u r i r les m ê m e s


sentiers... q u e les a u t r e s ! à t r a v e r s les m ê m e s v a l l o n s délicieux, f r ô l a n t les m ê m e s précipices,
g r i m p a n t les m ê m e s m o r n e s . . . q u e les a u t r e s ! Ces m o r n e s qui s e m b l e n t t o u c h e r le ciel, avec
les m ê m e s é b l o u i s s e m e n t s , les m ê m e s fatigues, les m ê m e s d é c e p t i o n s , les m ê m e s regrets...
q u e les a u t r e s !

Ce p o è m e q u e j ' a i m e t a n t à d i r e t o u t bas, t o u t d o u c e m e n t , c o m m e u n e p r i è r e q u e m a r m o n n e un
t o u t petit e n f a n t à sa m a m a n !

« PAEAN MAUVE »

J'ai marché, moi ton fils, sur la traîne étalée


De ta robe qui baigne en l'écume salée
Des mers. Et j'ai froissé les plis de ta tunique
Alors que tu dormais sous la tente des nuits
Tes deux bras dépliés dans la fraîcheur des rêves.
J'ai foulé les cailloux roulant le long des routes,
J'ai gravi les sentiers accrochés aux pitons,
J'ai patrouillé sous bois, mains libres et sans bâton,
L'âme exempte d'effroi, le cœur exempt de doute.
Je connais tout cela, moi le rêveur errant,
Le plus humble de ceux qui chantèrent pour toi,
Marcheur obscur, courbé sous la vivante loi
D'amour universel et d'éternels tourments.
Et pourtant par ta grâce insigne... « 0 Martinique » !
L'enfant grêle devint l'athlète, le marin.
Mon âme s'est mêlée à ton âme... ma mère !
Et je me suis creusé ma couche dans tes plaies
Pour panser ton chagrin d'une piété plus vraie
Et pour mieux exécrer ta déchéance amère.
Vois !... Je pose à tes pieds embrassés ma supplique.
Sois bonne a u t a n t que belle et moins riche que douce,
Terre où mon cœur fera ressusciter la mousse,
Terre à qui j'appartiens... « Ma glaise » !... « 0 Martinique » !

Gilbert GRATIANT
Ma Martinique jolie !
avec sa r e n g a i n e n a t i o n a l e
si m o n d i a l e m e n t
connue !

Collection Benoit-Jeannette, Succ: L. Bûcher

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QU'ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE ! (suite)

Ma Martinique jolie 1... son climat, sa flore, son patois, son folklore que nous, de la vieille
garde, nous avons tant de mal à défendre, à vouloir qu'il vive !...
« LEON APANON », « LANCRY », « VICTOR CORRIDUN », « SAINT-HILAIRE »,
« GEORGES MENNECHEY », et t a n t d'autres de tous ces vieux bardes, qui voudraient garder
à notre patrimoine national et artistique ce qui est à lui !
Et c'est de tout cœur que je m'associe à eux et c'est avec tout ce qui me reste de force, de
nerfs, de courage, de cœur, que je défends ce folklore tant aimé, malgré l'âge qui, chaque
jour qui vient, râpe un peu plus le velours, fane la soie, forme les rides qui annoncent la
décrépitude ; malgré les soucis, les ennuis de toutes sortes, malgré la vie elle-même, malgré
tout et tous, le cœur reste débordé de cette fortune incalculable que personne ne peut ni
prendre, ni taxer, même pas les Contributions... Ma bonne humeur !
Ma MARTINIQUE JOLIE... avec sa rengaine nationale et mondialement connue !

«ADIEU FOULARD !... ADIEU MADRAS ! »


(Folklore)
S'arrèter devant
une touffe de b a m b o u s
et ij g r a v e r
d e u x noms enlacés
dans un petit c œ u r
QU'ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE ! (suite)

Ma MARTINIQUE aimée !... Ma petite île chérie !... Qu'il était doux de s'aimer sous ton ciel
bleu !... Marcher à deux sur tes routes ensoleillées, s'arrêter pour cueillir de cette plante grasse
dont le nom varie selon la contrée, sur laquelle deux noms seront inscrits, qu'on enfermera
avec précaution entre les feuilles d'un livre et sur lesquelles pousseront des racines blanches,
fines et fragiles, si l'amour est sincère !...
S'arrêter devant une touffe de bambous et y graver deux noms dans un petit cœur. Se dire
tout bas les mots les plus tendres, les plus doux, avec des accents de sincérité indéniable,
subir le charme, l'ivresse de l'heure, des caresses qui font tout oublier ! Croire ! Croire à
l'amour qui ne finira jamais !... Dans un vertige se laisser tout prendre ! Et puis, après !...
Quand les montagnes, le ciel, le paysage tout entier disparaissent sous un nuage gris !... Quand
le vent hurle dans les gorges des montagnes !... Quand la nature semble revêtir ses habits de
deuil !... Quand on se tord les mains de désespoir, le cœur plus lourd qu'un bloc de marbre !...
Quand croyant être aimée pour toujours, on s'est donnée à l'amour !... Quand on a fait le
don de soi à un homme, un lâche qui a fui devant la perspective de s'entendre appeler PAPA
par, un petit être irresponsable des folies d'amour de ses parents, et qui paie ce qu'il n'a
pas commis 1...
Quand les larmes brûlantes vous sillonnent le visage et qu'on berce tout doucement son petit
pouendormir...
'lr rien n ' e s t plus apaisant pour la Martiniquaise que cette berceuse !...

MOIN, DODO ! »
Les c h a m p s d ' a n a n a s
étendaient partout
leur p a r t e r r e
de v e r d u r e
QU'ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE ! (suite)

Les vieux m a n g u i e r s t o r d a i e n t l e u r s b r a n c h e s n o u e u s e s a u - d e s s u s de la t u r b u l e n t e et l i m o n e u s e
rivière du G R O S - M O R N E . Les c h a m p s d ' a n a n a s é t e n d a i e n t p a r t o u t l e u r p a r t e r r e de v e r d u r e
q u e s u r p l o m b a i e n t les p a i n s de s u c r e s u c r é s et p a r f u m e s .
Les b r u i t s m o n o t o n e s des m a c h i n e s de l ' u s i n e se c o n f o n d a i e n t avec les m u r m u r e s de la rivière.
Les jeunes p o u s s e s des g l y c é r i a s r i a i e n t d a n s le m a t i n rose, et d a n s les nids en réveil p a s s a i t
c o m m e un g r a n d s o u p i r a m o u r e u x . Le b r û l a n t soleil de j u i l l e t i n o n d a i t la c a m p a g n e de sa
l u m i è r e de feu. T o u t s e m b l a i t d a n s la n a t u r e c a l m e et serein, m a i s p a s l ' â m e t o u r m e n t é e
de la « P A U V R E C O U L E E ».

« COULEE »
( Folklore )
O m b r a g é e de quenettiers,
bordée de goyaviers,
la r i v i è r e r o u l a i t
des e a u x j a u n â t r e s
QU'ELLE ÉTAIT BELLE MA MARTINIQUE ! (suite)

Après une période pluvieuse, le soleil s'était enfin montré, étalant partout ses rayons bien-
faisants sur tout le pays.
Rentrée dans son lit, la petite rivière de « RIVIERE PILOTE » ombragée de quénettiers,
bordée de goyaviers où se poursuivaient les colibris en robes de velours moirées d'or, roulait
des eaux jaunâtres.
La nature tout entière semblait se réveiller aux baisers de son bel amant le soleil.

Assises sur deux grosses roches plates, les pieds trempant dans l'eau, deux laveuses s'affairaient
devant un tas de linge de toutes couleurs, et les bla-blas, les petits potins, les petits cancans
circulaient. On se lamentait sur le changement de la vie, et les patati, les patata se déversaient
suivis d'éclats de rire excités par le piment de leurs propos et puis c'était la chanson qui rythme
le mouvement des mains, des doigts lançant les jets de mousse savonneuse qui s'étalaient
sur la rivière en faisant des ronds qui s'élargissaient et disparaissaient, emportés par le courant.
Et ce sont les regrets du bon vieux temps renfermés dans cette lascive mazurka.

« DOUDOU... VINI DANS BRAS DOUDOU' OU »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)

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Dans les
plus h u m b l e s
chaumières
c o m m e dans les
plus aristocratique s
demeures
LES FÊTES D E CHEZ NOUS

Les fêtes de chez nous... NOEL. JOUR DE L'AN. PAQUES. PENTECOTE. 14 JUILLET.
ARMISTICE. FETES DE COMMUNES... Toutes ces fêtes qui se déroulaient autrefois dans
notre pays, avec un éclat particulier. NOËL... avec ses magnifiques soirées qui commençaient
dès le premier décembre et dès le coucher du soleil violet et pourpre, qui descendait lentement
sur le pays.
Quand les hibiscus rouges le long des routes semblaient des lampes allumées dans les feuillages
verts... Quand la lune commençait à promener son disque argenté au-dessus des arbres, quand
commençaient à clignoter les mille feux des étoiles qui sillonnaient le ciel.
Quand de partout, dans les plus humbles cases comme dans les plus aristocratiques demeures,
sous les lustres rutilant de lumière électrique comme dans la case éclairée par les faibles
reflets des lampes à pétrole, d'un lumignon ou d'une bougie, les familles autour de la table
familiale, chacun tenant en mains son petit recueil de Noël, on entonnait en chœur ces chants
d'amour et d'espoir, et qu'au loin arrivaient les accords d'un orchestre attaquant cette
piquante biguine.

« AH ! Ml RORO » (Biguine)
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Q u a n d dans le b r o u h a h a
de la fête,
on e n t e n d a i t les cris
des m a r c h a n d e s
de pistaches bien grillées
NOËL D'AUTREFOIS... NOËL DE CHEZ NOUS

Q u a n d les r u e s de la ville p r e n a i e n t l ' a s p e c t de boites c o q u e t t e s , d ' é c r i n s c a p i t o n n é s de soie, de


v e l o u r s qui l a n ç a i e n t de d r o i t e il g a u c h e les feux des p i e r r e r i e s q u ' i l s r e n f e r m a i e n t ; q u a n d
d a n s le r e m o u s de la foule qui c i r c u l a i t en c h a n t a n t , m é l a n g e a n t le p r o f a n e au sacré, les
c a n t i q u e s t r a v e s t i s en b i g u i n e s a u x m o t s lestes et a u d a c i e u x !

Q u a n d d a n s le b r o u h a h a de lu fête on p e r c e v a i t les cris des m a r c h a n d e s de P A T E S ! P A T E S !


P A T E S ! P A T E S ! t o u t c h a u d s !... Des m a r c h a n d e s de p i s t a c h e s bien grillées ! ! !... Q u a n d de
p a r t o u t é c l a t a i e n t les c h a n t s p a s s i o n n é s de ces c a n t i q u e s qui m o n t a i e n t d a n s les p a r f u m s et
s o u l e v a i e n t j u s q u ' a u ciel le « P E T I T J E S U S » né d a n s de la paille !

Q u a n d d a n s la C a t h é d r a l e en liesse, é c l a t a n t e de l u m i è r e qui e n g l o u t i s s a i t les f o r m e s et les


c o u l e u r s d a n s des m i r o i t e m e n t s et d e s r e f l e t s si é c l a t a n t s , qu'ils t r a n s m u a i e n t à c h a q u e i n s t a n t
des v e r t s t e n d r e s e n ocre clair, des g r i s en rose, des o m b r e s bleues en o m b r e s rouges. Q u a n d
d a n s la foule qui se b o u s c u l a i t et s ' e n t r e m ê l a i t , q u i s ' é n i v r a i t de l ' o d e u r de l ' e n c e n s et de la
m y r r h e qui s ' é c h a p p a i t des f u m é e s m o n t a n t des e n c e n s o i r s !

Q u a n d d a n s u n b r u i t de t o n n e r r e d é c h a î n é , g r o n d a i e n t les a c c o r d s de l'orgue a c c o m p a g n a n t les


c h œ u r s des petites filles de l ' O u v r o i r !

Q u a n d d a n s un silence religieux t e l q u ' o n e n t e n d a i t les f r o i s s e m e n t s des robes de soie, de


satin, a r b o r é e s p o u r la c i r c o n s t a n c e , on é p r o u v a i t u n e s e n s a t i o n de rêve t r o u b l é e p a r les a c c o r d s
de cette p r o v o q u a n t e biguine, c o m m e si Dieu l u i - m ê m e en a v a i t d o n n é le signal !

« GADEZ ! MADAME LA !» (Biguine)


( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a G A B R I E L )
Q u a n d les cloches
de la Cathédrale,
dans un f r a c a s
indescriptible,
carillonnaient
la naissance
du « Petit Jésus »
NOËL D'AUTREFOIS... NOËL DE CHEZ NOUS (suite)

Q u a n d les cloches de la C a t h é d r a l e , d a n s un f r a c a s i n d e s c r i p t i b l e , c a r i l l o n n a i e n t la n a i s s a n c e
du « P E T I T J E S U S » et p u i s le « I T E MISSA E S T » de la m e s s e de m i n u i t !

Q u a n d les p o l i s s o n s d u p a y s se f a u f i l a i e n t telles des c o u l e u v r e s d a n s la c o h u e et s ' a m u s a i e n t ,


leurs petits p a q u e t s d ' é p i n g l e s à la m a i n , à a t t a c h e r les robes des vieilles f e m m e s les u n e s
aux autres !

Q u a n d r u g i s s a i e n t des cris d ' e f f r o i , de colère des fidèles q u i en v o u l a n t se s i g n e r p l o n g e a i e n t


les doigts d a n s les b é n i t i e r s et se f a i s a i e n t p i n c e r p a r les petits c r a b e s , les « T o u l o u l o u s » j e t é s
lit p a r les m a l v e i l l a n t s g a m i n s '...

N O Ë L D ' A U T R E F O I S !... N O Ë L D E CHEZ NOUS ! N O Ë L des r a g o û t s de porc, du b o u d i n


bien p i m e n t é , des pois d ' a n g o l e é p i lit g r a i n e s c h o u x d u r s a d a n ' i ! N O Ë L d u c l a s s i q u e
« V e r m o u t h Noilly » ! N O Ë L des « et c a l e r a » p e t i t s p é t a r d s , tits folibards, tit alôlô, tit sec,
tit pété pied !...

N O Ë L de la belle h u m e u r de la j e u n e s s e ! du s o u r i r e de la j e u n e s s e ! d u b a d i n a g e , d e s p l a i s a n -
teries de la j e u n e s s e ! N O Ë L de c h e z n o u s où d a n s les m a i s o n s r i c h e s ou p a u v r e s on e n t e n d a i t
les m ê m e s c l i q u e t i s de vaisselle et de v e r r e r i e s , le m ê m e t i n t a m a r r e , t o u s ces b r u i t s qui
e n v e l o p p a i e n t le p a y s e n t i e r , d o m i n é p a r les é c l a t s de t y p i q u e s o r c h e s t r e s .
N O Ë L DE C H E Z NOUS !... N O Ë L D ' A U T R E F O I S !... Q u a n d le Casino « RAGOE » é c l a t a i t
de l u m i è r e !

Q u a n d u n e foule active et c u r i e u s e de b a d a u d s s t a t i o n n é e d e v a n t la p o r t e , r e g a r d a i t a v e c
envie e n t r e r les c o u p l e s ! Q u a n d d a n s des cris g u t t u r a u x les g a m i n s d u voisinage et de p a r t o u t
e n c e r c l a i e n t l ' E t a b l i s s e m e n t en d a n s a n t avec des gestes et des c o n t o r s i o n s q u i s o u l e v a i e n t les
rires de la foule a m u s é e , t a n d i s q u e d a n s la g r a n d e salle, j u c h é s u r l ' e s t r a d e , l ' o r c h e s t r e avec
« A D I D I », « C R E S T O R », « R O M U L E »,' « P I E R R E E D R A G A S », « L E O N A P A N O N »,
« I S A M H E R T V E I L L E », se d é m e n a i t d a n s la gaieté violente de ce vidé '...

« EDAMISE OH ! » (Vidé)
(Folklore)
La savane de F o r l - d e - F r a n c e ,
le 14 Juillet
et le 11 Novembre,
c'était un bouquet de v e r d u r e
en vêtement de lumière
Les Fêtes de Chez Nous... JOUR DE L'AN

JOUR DE L'AN... Ce jour où chacun espère en une année meilleure, où la nature est comme
une paix divine, où sous le clair de lune, les glycérias tout le long des routes agitent leurs
branches toutes ruisselantes de gouttes d'argent !...
Ce jour où la coutume veut qu'on ne doit pas se réveiller brouillé, fâché avec qui que ce soit.
Ce jour où on doit jeter le voile de l'oubli sur les petites brouilles, les petits malentendus, les
petits cancans qui n'en valaient pas la peine, mais pour lesquels on s'était juré une haine féroce !
Au Jour de l'An, morte la haine ! Rien que de l'amour plein le cœur, on se réconcilie en
trinquant et en buvant le traditionnel vermouth !...
LES FETES DE CHEZ NOUS !... 14 JUILLET... 11 NOVEMBRE... attendues dans une fièvre
intense. La Revue du matin avec ses soldats astiqués, reluisant comme des sous neufs, la
Musique Militaire battant une charge assourdissante !... Partout aux arbres, aux pylônes
électriques, des faisceaux de drapeaux tricolores et tout le long des allées se dressaient les
petites baraques ayant l'air de guinguettes, artistement décorées de feuilles de cocotiers, de
bougainvilliers et où on dégustait: punch à l'orgeat, au lait, à la grenadine !...
Plus loin, dans cette allée des soupirs si chère aux amoureux, c'étaient les jeux de toutes
sortes : CERBI, BONNETEAU, ROUGE ET NOIR, et un peu plus loin, les chevaux de bois,
les manèges où grands et petits se donnaient à cœur joie !...
La Savane de FORT-DE-FRANCE, le 14 JUILLET et le 11 NOVEMBRE, c'était un bouquet
de verdure en vêtement de lumière, un admirable galop de joie et de jeunesse et l'orchestre
municipal installé sous le kiosque mettait la foule en délire -par cette désordonnée biguine !

M A L A D I E D ' A M O U R !... P I C H E M I M I N E » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)

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Après
la Semaine Sainte
passée dans la prière
et le recueillement
Les Fêtes de Chez Nous... SAMEDI GLORIA

SAMEDI GLORIA !... Cette belle coutume de chez nous, comme tant d'autres qui faisaient
son charme et son pittoresque, et qui sont à jamais disparues, chassées par une civilisation
standardisée !...

Rares sont les fidèles qui en continuent la tradition. C'est à « RIVIERE PILOTE », la commune
où je suis née, que je vais revivre avec vous le souvenir d'un « SAMEDI GLORIA ». En ce
temps-là, le Sud possédait des rivières que le déboisement n'avait pas encore asséchées et à
la moindre pluie, elles grossissaient, sortaient de leur lit et envahissaient le bourg. Les deux
rivières, la grande et la petite, faisaient jonction à la rue principale, la « Grande-Rue », où
on ne circulait plus qu'en barques, au grand amusement des enfants, inconscients des dangers
et des malheurs.

Après la Semaine Sainte passée dans la prière et le recueillement, les cloches envolées et
remplacées par les « RARA », criant dans les rues les Offices et les Ténèbres, c'est dans la
joie qu'on attendait leur retour, annonciateur du «GLORIA IN EXCELCIS DEO » !...
Dès l'aube et surgissant de toutes parts, du bourg, des pentes, des hauteurs, on voyait une
foule de gens courant vers les rivières. Vite, on se déshabillait à l'ombre des arbres bordant
les rives, dans la gamme infinie des verts, ayant pour cadre des feuillages dorés ou cramoisis.
En costume de bain à col marin, cachant bien les mollets (on était bien loin du bikini), en
r o b e o u s i m p l e m e n t u n m a d r a s a u t o u r des reins, on criait, on gesticulait, on fredonnait, on
chanatatindsiqueelsoel,li resplendissant, montait lentement en apothéose dans le ciel bleu.
Enuneseucldrieojei, de bonheur, on acclamait les cloches qui, dans un joyeux carillon,
e b r a n l a i e n t l ' a i r , et on se j e t a i t a l'eau pour se laver de toutes les souillures du péché.
Etc'étaitunplain-chant d'amour qui fusait de cette belle mazurka.

« GRAND TOMOBILE » (Mazurka)


(Folklore)
L u n d i de P â q u e s
C'est le d é p a r t
p o u r l'anse P o i r i e r
Les Fêtes de Chez Nous... LUNDI DE PAQUES

LUNDI DE PAQUES... C'est le départ pour l'Anse « POIRIER », et dès cinq heures, c'est un
défilé interminable, dans le chemin qui borde le canal et qui conduit à « POIRIER ». Tout le
long de la route, la canne déferle jusqu'aux abords, vous enserre entre ses bataillons compacts,
surchauffe l'air des fonds et le rend plus rare.
De toutes parts, les insectes crient dans leur trou. Un petit crabe, un touloulou s'aventure
au dehors et précipitamment rentre dans son abri. Les herbes humides qui vous frôlent
exhalent une odeur moite.
Et voici le « POIRIER ».- Au loin sur la colline, dominant la mer, se dresse la maison grise des
« CONNIER », avec son toit aux tuiles rouges et délavées.
La plage bordée de raisiniers semble par endroits appartenir au domaine des fées. Sur les
rochers, de ci de là, semées dans la mer comme les dés d'un Titan Gigantesque, les mousses
vertes étalent leur tapis de peluche. Tout chante l'éveil de la nature dans la joie,
le bonheur et l'amour.
Calme et transparente, la mer laisse voir de place en place, sur le fond blanc de Sable, quelques
bancs de rochers couverts d'algues brunes, immobiles, sous lesquels se cachent les vigneaux
(bigorneaux)..
Un groupe d'enfants se dépêche vite d'aller en faire le ramassage. Belle journée ensoleillée, la
plage semble reposer quiètement au milieu de la belle nature. Les oiseaux chantent dans les
r a i s i n i e r s e t c'est sur toute la plage un plain-chant d'amour et -de bonheur.

P E T I T E F L E U R FANEE » (biguine)
(Parolesetmusique d e Léona GABRIEL)
Tandis que les enfants
b a r b o t t e n t s u r la plage
d a n s les lames
qui !j vienne ni m o u r i r
Les Fêtes de Chez Nous... LUNDI DE PAQUES (suite)

Enfin, derrière un petit bois touffu formé de raisiniers, se trouve une excavation où s'installent
les mères de famille. Sortant des paniers les victuailles, on apprête le repas du midi qui
consiste en un fameux « MATOUTOUT CRABES », mais tout d'abord, c'est le vermouth et
la baignade.
On nage, on fait la planche, tandis que les enfants barbotent sur la plage, dans les lames qui
y viennent mourir.
Midi !... Petits punchs, et c'est le déjeuner en commun. Chaque famille fait un cercle, tous
assis sur le sable fin. On jacasse, les mots sortent des bouches comme des bulles de savon
^ irisées, mots légers, fragiles et radieux qui font rire jusqu'aux larmes.
Et puis, c'est la sieste à l'ombre des arbres dont certaines de leurs branches s'étendent en
éventail. Le réveil : encore la baignade, puis les préparatifs du retour chez soi, dans la joie
de la bonne journée qui s'achève. T o u t le long de la route on chante. Une jeune fille improvise
un orchestre avec une bouteille sur laquelle elle frappe avec une fourchette, une autre a collé
sur un peigne un morceau de papier fin et en tire un son nasillard.
On danse en marchant, on marche en dansant. Il n'y a plus que la danse qui réjouit le cœur
mieux que le vin et l'amour, la danse qui dissipe les peines du corps, les déceptions, la faim
et le reste.

« BA MOIN EN TI BO !... DOUDOU ! » (Biguine)


(Folklore)

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Eti cé belles matadors
nous a ?
Où sonl-elles
nos belles matadors ?
Les Fêtes de Chez Nous... SÉLECT TANGO

Les fêtes de chez nous où nos belles filles rivalisaient de chic, d'élégance. Dans des chatoiements
de couleurs, dans des mouvements de jupons bien empesés, dans des glissements de pieds
finement chaussés, dans les rires, les propos, tout un brouhaha de conversations ininterrompues,
elles s'en allaient bras-dessus, bras-dessous, jolies, élégantes, nos belles Martiniquaises, nos
« matadors », parées de leur plus riche parure, les madras rouges, verts, jaunes, chiffonnés en
tête trois bouts... Foulards attachés, foulards au vent, elles se dirigeaient vers le bal « TIT
TANE » du « SELECT-TANGO », leur bal préféré.
Le soleil à son déclin rougissait le paysage et faisait étinceler l'eau du canal « LEVASSOR »
comme un miroir d'or.
« SELECT-TANGO » rutilait de lumière, des bruits de voix, des cliquetis de vaisselle et
de verreries, des m u r m u r e s de plaisir qui se confondaient dans un tumulte brillant qui
enveloppait toute sa grande salle en u n bourdonnement sourd, confus, qui se mêlait aux
harmonies de l'orchestre.
« SELECT-TANGO », dernier bastion du dernier et typique orchestre du pays. « SELECT-
TANGO» transformé en UNIS-PRIX ». «SELECT-TANGO» qui comme le Casino « BAGOE »
a fermé ses portes sur tout ce qui faisait la joie, le bonheur de ses habitués. « SELECT-
TANGO » à qui je rends un dernier hommage dans cette émouvante biguine.

« ADIEU ! SELECT» (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Assis au clair de lune,
dans la lumière tamisée
de l'astre de la nuit qui,
c o m m e dans une oasis idéale,
suggère une idée de p a i x
et de sécurité

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Les Belles Histoires... LES CONTES MARTINIQUAIS

Les belles h i s t o i r e s d e c h e z nous... Les c o n t e s m a r t i n i q u a i s q u ' o n r a c o n t e au l o n g d e s veillées, non


s e u l e m e n t en ville m a i s d a n s les c o i n s les p l u s r e c u l é s d e s c a m p a g n e s .
Assis au c l a i r d e l u n e , d e v a n t les c a s e s b i e n a l i g n é e s q u i d o n n e n t u n e i m p r e s s i o n de p r o p r e t é et
a u t o u r d e s q u e l l e s s ' é t a l e n t d e s c h a m p s d e c a n n e s à s u c r e , d e m a ï s . d e b a n a n i e r s d o n t les f e u i l l e s
f r i s s o n n e n t au m o i n d r e souffle d u v e n t .
D a n s la l u m i è r e t a m i s é e de l ' a s t r e d e la n u i t q u i , c o m m e d a n s u n e o a s i s i d é a l e , s u g g è r e u n e i d é e de p a i x
et de s é c u r i t é . C h a c u n r a c o n t e sa p e t i t e h i s t o i r e q u ' i l p r é t e n d p a r f o i s v é r i d i q u e ou p a r f o i s c ' e s t un
« T r o i s fois b o n n e s c o n t e s » « T o u t ' c o n t e s , b o n p o u c o n t é ». Et on r a c o n t e . . . les h i s t o i r e s , les c o n t e s .
les t i m e s - t i m e s , b o i s sec... s e s u c c è d e n t d a n s u n e f r a n c h e gaieté, d a n s u n e h i l a r i t é d é s o p i l a n t e .
Il ne faut p a s s ' é t o n n e r d e la g a u c h e r i e et d e l ' é t a t i n f o r m e d e s c o n t e s , q u a n d on r é a l i s e les c o n d i t i o n s
p r a t i q u e s d a n s l e s q u e l l e s ils s o n t nés et se s o n t c o n s e r v é s .
En é c o u t a n t ces c o n t e s , ces h i s t o i r e s de c h e z n o u s , on a l ' i m p r e s s i o n q u e l e u r o r i g i n e é t a i t s i m p l e et
belle, g â t é e à f o r c e d ' ê t r e r e t r a n s m i s e p a r des m a l a d r o i t s ou d e s b a v a r d s .
Les c o n t e s de c h e z n o u s ne p e u v e n t p a s ê t r e c o m p r i s s a n s n o t r e m i l i e u , la s e n s i b i l i t é p a r t i c u l i è r e il
l a q u e l l e ils r é p o n d e n t , le c l i m a t d e s s o i r é e s oÙ elles se d é r o u l e n t , les c h a n t s q u i s o u t i e n n e n t ces h i s t o i r e s .
A le lire, tel c o n t e p a r a î t b a n a l ou i n c o m p r é h e n s i b l e , m a i s le f o n d révèle une histoire charmante
c o m m e celle qui s u i t :
HISTOIRE DE SIBELMON

Un j e u n e h o m m e d u n o m de « S I B E L M O N », fils u n i q u e d ' u n e r i c h e f a m i l l e , n'avait comme seule


o c c u p a t i o n q u e la c h a s s e et, en p a r t i c u l i e r , la c h a s s e a u x o i s e a u x .
B r u t a l , a u t o r i t a i r e , m é c h a n t , t o u t se p l i a i t d e v a n t ses d é s i r s et ses c a p r i c e s . Il p a r t a i t seul d a n s la
c a m p a g n e ou b i e n il se f a i s a i t a c c o m p a g n e r p a r u n c a m a r a d e d u n o m d e « P O L Y C A R P E », j e u n e
h o m m e p a u v r e , d o u x , t i m i d e , t r a v a i l l e u r , q u i é t a i t a d o r é de la p l u s belle fille d u p a y s . Ils d e v a i e n t
se m a r i e r b i e n t ô t . « S I B E L M O N » en c o n c u t u n v é r i t a b l e d é p i t c a r lui a u s s i a i m a i t la b e l l e e n f a n t et
il d é c i d a d e la m o r t d e « P O L Y C A R P E "».
A p r è s a v o i r r u m i n é l o n g u e m e n t s o n f o r f a i t , « S I B E L M O N » i n v i t a « P O L Y C A R P E » à u n e p a r t i e de
c h a s s e . C a c h é d a n s u n f o u r r é , il a b a t t i t s o n c a m a r a d e q u i m o u r u t s u r le c o u p . Sa f i a n c é e , folle d e
d o u l e u r , m o u r u t à s o n t o u r et s o n â m e a l l a r e t r o u v e r celle de « P O L Y C A R P E » a u p a r a d i s d e s a m o u r e u x .
« S I B E L M O N » c o n t i n u a il c h a s s e r et p r e n a i t p l a i s i r à p l u m e r et il r ô t i r ses v i c t i m e s s u r u n p e t i t feu
d e b o i s f a i t de b r i n d i l l e s et à les m a n g e r v o r a c e m e n t .
Mais le « B O N D I E U » a v a i t c h a n g é l ' â m e d e « P O L Y C A R P E » en u n bel o i s e a u a u p l u m a g e l u i s a n t d e
vert, de d o r é , le b e c et les p a t t e s d ' u n b e a u r o s e c o r a i l .
U n m a t i n q u ' i l é t a i t à la c h a s s e , « S I B E L M O N » a p e r c u t v o l e t a n t s u r les b r a n c h e s t o u f f u e s d ' u n g r o s
a r b r e u n b e l o i s e a u d o n t il n ' a v a i t j a m a i s vu le s e m b l a b l e . Il p a r a i s s a i t g r a s et d o d u ; sa c h a i r ,
p e n s a - t - i l , d o i t ê t r e s u c c u l e n t e . Il le v i s a , m a i s ô s u r p r i s e ! le bel o i s e a u se m i t à lui c h a n t e r :

VISE ! VISE ! MOIN BIEN, SIBELMON !


(Tiré d'un conte du folklore)
Mi no u a i m a i t
à se r e n d r e le soir
an crépuscule
s u r la plage
Les Belles Histoires de Chez Nous... LA LÉGENDE DE NINON

Une autre légende de chez nous, est la légende de « NINON » qui a hanté bien souvent le
sommeil des jeunes filles.
« NINON », cette brune à peau de sapotille, aux yeux propres à damner un Saint, « NINON »
sage, gentille, « NINON » la désirée de tous les galants de son bourg natal.
Quand elle se promenait dans les rues, dodelinant sa petite tête de Madone, sont port de
Reine, sa démarche altière, on s'arrêtait pour la regarder et l'admirer.
Entre toutes autres distractions, « NINON » aimait à se rendre le soir, au crépuscule, sur la
plage et là, abandonnant ses vêtements, elle se laissait glisser, nue, dans l'eau tiède et tranquille.
Et chaque soir, à la même heure, comme à un rendez-vous d'amour, « NINON » s'éloignait de
la rive et rejoignait une barque qui se balançait doucement au gré des flots et où l'attendait
une Sirène qui la charmait de sa voix mélodieuse et captivante, tout comme autrefois celles qui
habitaient les rochers escarpés, entre l'Ile de « CAPRI » et la côte d'Italie, attiraient les voya-
geurs par la douceur de leur chant, les faisaient périr et les dévoraient.
Le jour où « NINON » en confidences, annonça à la Sirène qu'elle était fiancée à un jeune
homme et qu'ils devaient se marier bientôt, ce jour-là, elle signa son arrêt de mort. On ne revit
jamais plus c NINON » qui a disparu à tout jamais sous les flots, emportée par la jalouse Sirène.
Depuis, à la tombée du jour, on entend dans le lointain, son fiancé inconsolable qui chante :

« TUE MOIN... BA M O I N N I N O N » ( B i g u i n e )
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
La récolte
de la c a n n e
à sucre
Les Belles Histoires de Chez Nous... LA V E N G E A N C E D ' H O N O R I N E

Nos contes... Nos histoires... Nos légendes... On les vit quand c'est raconté dans un cercle vraiment
attentif, avec des yeux qui luisent dans la nuit.
D'abord, on ne les parle pas seulement avec la langue, mais aussi avec les mains, avec les jambes,
avec tout le corps. On mime la scène qui doit se dérouler, on se contorsionne pour essayer tels gestes.
on dessine dans l'air des courses dans les petits chemins herbeux. Les branches qu'on écarte ou
écrase en rampant vers la victime désignée.
Et toutes ces gesticulations expressives, ces harmonies imitatives donnent une certaine saveur aux
contes, aux histoires, aux légendes des nuits martiniquaises.
Parmi ces légendes, il v a celle de la « REVOLUTION DU SUD » qu'on nomme plus habituellement
«LA VENGEANCE D'HONOHINE ».
« LA VENGEANCE D'HONORINE »
Bleu comme le manteau de la « VIERGE MARIE », le ciel était doux et l'océan infini des arbres ondulait
doucement, dans l'harmonieux accord de tous ces verts mêlés.
Tout semblait paisible, des rayons de soleil glissaient entre les feuilles pour se poser sur l'herbe où
se hâtaient des insectes pressés de se cacher. Le vent léger comme un souffle faisait osciller les flèches
des cannes à sucre et éparpillait les duvets qu'il emportait dans sa course folle.
Rien ne laissait prévoir le drame qui allait éclater, et qui suit :
« HONORINE » était l'esclave la plus favorisée de la famille C... Seize ans, propre, gentille, belle fille,
elle gardait les enfants de ses maîtres qu'elle vénérait... Elle assurait également le service de la table.
Cependant, malgré toutes les gâteries de sa maîtresse, elle gardait toujours au fond du cœur un peu
d'amertume, de chagrin, car à chaque fin de service, sa belle maîtresse lui désignant les plats il
emporter, lui disait d'un ton méprisant :
«MI POU OU EPI CE CHIEN A» ! (Voilà pour toi et les chiens !...)
Les champs de cannes brûlent, la révolte s'approche de l'habitation C... Le maître debout, sur
le perron, en un geste de défi, se croise les bras et regarde venir ses anciens esclaves entraînés p a r des
meneurs ivres de sang et d'alcool et qui réclament sa tête.
M. C... n'a eu que le temps de crier à sa jeune esclave : « HONORINE » ! sauve ta maîtresse ! Et c'est
l'horrible carnage... Le sac de la maison, les meubles, le linge jetés au hasard de leur fureur déchaînée
sur un foyer pareil à un feu de la « SAINT-JEAN ».
Dans une sorte de labyrinthe composé de branches d'arbres et de débris de toutes sortes,
« HONORINE » a aménagé une cachette où elle fait entrer sa maîtresse et ses deux enfants. Mais un
problème lui reste à résoudre. Comment les ravitailler ?... « HONORINE », au fond d'un vieux seau,
a déposé un plat contenant quelque nourriture, plat qu'elle a recouvert d'épluchures afin de le
dissimuler aux regards de tous ceux qu'elle est susceptible de rencontrer et de pouvoir leur dire qu'elle
va apporter à manger à ses bêtes.
Le trajet n'est pas très long. Elle arrive au labyrinthe, dépose le seau et se redresse vivement. Un
souvenir lancinant, mortifiant, lui traverse l'esprit. Elle croit entendre sa belle maîtresse lui dire ces
mots qui lui font si mal au cœur : «MI POU OU EPI CE CHIEN A !». Alors, elle se baisse, écarte les
broussailles, tend le plat sorti du seau et en juste revanche du sort, lui dit : « MADAME ! MI POU
OU EPI CE COCHON A ! »...
Et la révolte continue au loin, tout au loin, et comme un plain-chant arrive sur les ruines de
l'Habitation C... ce chant d'esclave :

« POVRE ESCLAVE ! »
( Folklore)
Saint-Pierre
té ni
en Régina
cété en c r è m e
à la vanille
Les Belles Histoires de Chez Nous... LA PETITE RÉGINA

Et puis c'est l'histoire de la petite « REGINA » dont le père était le Roi des jeux de toutes
sortes : SERBI... BACCARA... BONNETEAU... PASSE-PASSE... ROUGE ET NOIR... C'est avec
ses jeux qu'il nourrissait sa nombreuse famille, et quand à sa mort accidentelle, sa veuve se
retrouva seule avec ses huit enfants, « REGINA » qui était l'aînée et qui avait seize ans, dit un
soir à sa mère pour la consoler : « Nulle crainte, Maman ! pour l'avenir, moin caille prend
succession papa moin !... »

«REGINA» (Biguine)
( Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Aline pillé !
Aline volé !
Aline volé robe
lan maijé
Les Belles Histoires de Chez Nous... LA PAUVRE ALINE

Et voici la macabre histoire de la « PAUVRE ALINE ».


Comme deux pigeons, ils s'aimaient d'amour tendre. Cela durait depuis cinq ou six ans, puis
un beau jour, il la quitta et alla travailler dans une autre commune. Là, il fit la connaissance
d'une belle jeune fille et oubliant l'autre, la demanda en mariage.
Notre petit pays ne sait pas garder de secret et un jour, la maîtresse abandonnée connut son
malheur. Elle eut vite fait de partir, pour se rendre compte, car comme SAINT THOMAS elle
voulait voir pour croire... Elle vit et crut...
Déguisée, maquillée, j u s q u ' à ne pas être reconnaissable par son amant, elle se plaça comme
bonne chez la mère de la future mariée.
A quelques jours du mariage, Aline vola la robe de la mariée, ensuite le voile et se rendit dans
la petite chambrette qu'elle avait louée à dessein.
Là, elle fit appeler son a m a n t qui, sans méfiance, se rendit au rendez-vous. Sans un reproche,
sans une plainte, manifestant la joie de le revoir, elle lui offrit un petit punch ! Sitôt le punch
bu... l'homme tomba foudroyé, mort.
Le traînant péniblement, elle le coucha bien exposé sur le lit. Puis elle s'habilla avec la robe
de la mariée qu'elle avait volée, mit le voile et se coucha à côté du cadavre de son amant, après
avoir bu à son tour son punch également empoisonné.
C'est ainsi qu'on les trouva tous les deux et dans une suprême étreinte, comme le dit la chanson.

« ALINE PILLE... ALINE VOLE » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
S u r la plage
où tous les m a r i n s
se sont r e n c o n t r é s

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AU FIL D E L'EAU

Combien de marins... Combien de capitaines qui sont partis joyeux ! a dit le poète...
Et en pensant à tous ceux de chez nous, à tous nos braves marins-pêcheurs qui, eux aussi, sont
partis et ne sont jamais revenus !... Comment ne pas rendre un ultime hommage à la mémoire
du regretté « DOCTEUR CHARRON » parti lui aussi avec ses frères, ses compagnons, et qui
ne sont jamais revenus.
« DOCTEUR CHARRON » que je ne peux nommer sans émotion.
« DOCTEUR CHARRON » qui a entraîné dans la mort, tous les jeunes malades qu'il soignait
- a v e c tant de dévouement à l'Hôpital Civil !... L'OURS... MASPEL... SOSTHEME... HOMERE...
et tant d'autres qui se sont laissé m o u r i r de désespoir, de chagrin après la disparition en mer
de leur Docteur.
Combien de marins... Combien de capitaines qui sont partis joyeux !
Le soleil disparaissait déjà au loin dans la mer, et sur la plage l'ombre discrète des cocotiers
s'allongeait démesurément.
Une dernière lueur du jour finissant inondait le pays entier. Les formes du paysage s'estom-
paient de plus en plus dans l'ombre où s'agitaient, pressés, gesticulant, les pêcheurs autour
des barques échouées sur la plage. La nuit vint. D'un bord à l'autre de l'horizon s'étalait un
papillotement de lumière infinie. Les étoiles brillaient au ciel où « LA GRANDE OURSE »,
« LA PETITE OURSE », « LE DRAGON » , « LE SEXTANT» semblaient organiser un jeu de
cache-cache déréglé.
TROIS HEURES DU MATIN... Sur la plagé où tous les marins se sont rencontrés, plane un
silence religieux, trouble p a r le bruit des canots raclant le sable... Puis, c'est l'embarquement des
agrès, lé panier contenant les casse-croûtes, le traditionnel « Pété pied », et c'est le départ à la
rame ; au large on larguera les voiles et... A DIEU VAT !...
Alors des poitrines de ces gars remplis d'espoir et de confiance s'éleva ce chant cadencé par
. les balancements du canot.

BANN LA MEDIA »
(Folklore)
Un petit vent
faisait merveille
dans les voiles
AU FIL D E L'EAU (suite)

Un petit vent soutenu faisait merveille dans les voiles et les canots filaient grande largue.
Soudain, il se leva si impétueusement qu'il fallut réduire les voiles qui sautaient et claquaient
furieusement contre les mâts.

Les canots semblaient devenir lourds et lents. Des houles s'avançaient pressées les unes après
les autres, couvrant à présent la mer sur toute son étendue. Pour comble d'infortune, la chaleur
était devenue intolérable. Les menaces du temps se précisaient de plus en plus, faisant redouter
un orage qui fatalement devrait éclater. Des cumulus annonciateurs de ces terribles orages
s'amoncelaient tels des édredons géants sur la mer d'humeur grise.
Une épuisante torpeur que couronnait le solennel et tragique fracas du tonnerre, semblable
à des centaines de chariots furieux roulant sur une eau vitrifiée, écrasait les pêcheurs.
Et comme s'ils s'étaient donné le mot, les gros nuages noirs dans le ciel crevèrent avec ensemble
et le vent, comme une belle femme vêtue d'une robe neuve, peu soucieuse de ne pas se
mouiller, s'éloigna lentement. Les houles et les vagues se précipitèrent en désordre à sa suite.
Le silence revint doucement sur la mer qu'il recouvrit de sa quiétude. Les marins-pêcheurs
poussèrent un « o u f » de soulagement et tout en se disposant à la pêche, entonnèrent cette
biguine comme un triomphal chant de victoire.

« JEUNESSE BO CANAL » (Biguine)

( P a r o l e s et musique de Léona GABRIEL) :


Sûrs que les canots
tels des c h e v a u x
qui connaissent leurs écuries
iront sur la plage
à leur place habituelle
AU FIL DE L'EAU (suite)

La pêche a été presque miraculeuse. Les canots regorgent de gros poissons : Thons, Daurades.
Tazars, Békunes, Requins, etc... et sur la mer qui semble grésiller affluaient des poissons
volants, des coulirous, des balarous, qui accompagnaient les canots dans leur course lascive.
Après tant d'heures exténuantes, une béate et féerique lassitude qui est un des plus sûrs
bienfaits de la nature, s'était emparée des pêcheurs qui voguaient presque sans souci de la
direction, sûrs que les canots, tels des chevaux qui connaissent leurs écuries, iraient sur la plage
à leur place habituelle.
Et heureux, satisfaits, dans un joyeux élan, les pêcheurs donnèrent de la voix à cette belle
biguine.

« TIT JEANNE » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
P r è s du D i a m a n t ,
la m e r semble
se n o u e r
et se d é n o u e r
dans ses lames
NOS PETITS BATEAUX D'AUTREFOIS

Comme ils sont loin... Nos petits bateaux d'autrefois qui suivaient majestueusement les côtes dentelées

Le «RUBIS », sur la ligne MARIN - FORT-DE-FRANCE, faisant escale à SAINTE-ANNE, à SAINTE-


LUCE, au POIRIER où il prenait les passagers de RIVIERE-PILOTE, au DIAMANT, aux ANSES
D'ARLETS, enfin à FORT-DE-FRANCE.
Le « RUBIS » que j'ai le plus en mémoire, puisqu'il me rappelle son sympathique Capitaine, ami de
mes parents, le Capitaine «CLAUDE ».
Le «RUBIS» élancé, aux proportions élégantes, donnait l'impression d'être capable de bien tenir 'la
mer, réunissant à la fois deux grandes qualités : robustesse et légèreté !...
Pareil à une bulle de savon traversée p a r le soleil, le jour se lève lumineusement diapré. L'air est
doux et les arbres qui bordent la plage du « MARIN », d a n s toute la gamme des verts, frissonnent
sous les caresses de l'astre d u jour.
6 heures. C'est le cri strident de la sirène appelant les passagers... Dans une bousculade ininterrompue,
les passagers embarquent leurs marchandises : paniers de fruits, de légumes de toutes sortes, des sacs
de cacao, de pistaches, de charbon, des pots à fleurs en racine de fougère de toutes formes et de toutes
dimensions, des paniers caraïbes, des caisses de crabes.
6 heures 1/2. Un dernier appel de la sirène et le « RUBIS » quitte le quai du « MARIN ». Les passagers
s'installent à qui mieux mieux !... On se salue, on se reconnaît, on fait connaissance et les bavardages
commencent, ne manquant guère de prétextes. Une dame, l'air pincé et dédaigneux, genre marquise
d'autrefois, semble vouloir mettre une barrière faite de préjugés et de sottises entre elle et ces braves
femmes du peuple, qui parlent, racontent, commentent, interrogent, tantôt explosant d'un fou-rire,
tantôt se déchirant 1 âme avec une sorte de complaisance destructive en se rappelant leur malheur,
déballant pêle-mêle tout ce qu'elles ont accumulé d e bonheur ou de tourments au cours de leur existence.
Dans ce caquetage, les confidences jaillissent en flots passionnés, les faits saillants de la vie quotidienne
non sans relief, les situations invraisemblables, les aventures insoupçonnées, tout est étalé au grand jour.
Le « RUBIS > a p r i s le large. L'air palpite dans un effeuillement de gigantesques pétales et le ciel
d ' u n bleu vompact les nuanee de reflets azurés et la mer, avec ses écumes blanches, ses embruns, ses
haletementstapesur le bateau avec le bruit énorme d'un « UT » étiré inlassablement sur une immense

A p h a q u e s , e s c a l e a r r i v e n t d ' a u t r e s p a s s a g e r s q u i se m ê l e n t a u x p r e m i e r s e t l e s m ê m e s s c è n e s d e
s u r p r i s e s o u d ' a t t e n d r i s s e m e n t s r e c o m m e n c e n t . P r è s d u « D I A M A N T » , l a m e r s e m b l e s e n o u e r e t s e

d é n o u e r d a n s s e s l a m e s . L e « R U B I S » d e v i e n t p o u s s i f en r e m o n t a n t l e c o u r a n t , t a n g u e l é g è r e m e n t a u

g r a n d e f f r o i d e s i n h a t i i t u é s d e s v o y a g e s .
u n c l É a n t s ' é l è v e . . . C ' e s t u n e j e u n e f i l l e q u i , d a n s c e t t e m a z u r k a , r e n d h o m m a g e à l a b e a u t é

d e s o n p a y s : , ; . .

«PAS NI PAYS PLUS BELLE» (Mazurka)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
On s'extasie
d e v a n t la beauté
de certains coins,
de certaines anses,
de certaines plages !
NOS PETITS BATEAUX D'AUTREFOIS (suite)

Tout le long de la côte, les maisons, les jardins, les plages défilent à toute vitesse devant
les yeux des voyageurs. On s'extasie devant la beauté de certains coins, de certaines anses, de
certaines plages où on s'est amusé un jour de « Pâques » ou de « Pentecôte ».
Et voici la rade de Fort-de-France. Un soleil éclatant flotte lumineux dans le bleu du ciel et
semble creuser un puits d'or dans la mer.
Non loin du « RUBIS » et presque dans son sillage, des barques rentrant de la pèche glissent
doucement, fendant l'eau avec un frisson de taffetas remué. Et dans l'air, des chuchotements,
des rires, des soupirs glissent aussi avec les barques sur les flots caressants.
La sirène du « RUBIS » jette un appel grave et prolongé pour annoncer son arrivée. Le quai,
de haut en bas, grouille de monde dans un fouillis chamaré et sur le fond d'un ciel bleu
métallique qui semble tendu entre les toits des magasins de la rue du « Bord de Mer ».
Une chaleur intense et lourde inonde les passagers qui, le « RUBIS » accosté, se hâtent de le
quitter, chargés de valises et d'objets hétéroclites. Les transporteurs, hommes et femmes, cher-
chant à se frayer leur route, le sourire aux lèvres, lancent des réparties insolentes qui font
rire la foule. Ils bousculent tout s u r leur passage, emportant les paniers, les sacs qui, posés
sur leur tête, oscillent de tous côtés.
Le quai se vide lentement de tout ce peuple bon enfant et la vie martiniquaise se baigne
amoureusement dans la douceur ardente de cette biguine :

« MANZE MARIE » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEI,)

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S os petits b a t e a u x
d'autrefois
Le « Pionner »
parmi tant d'autres
NOS PETITS BATEAUX D'AUTREFOIS (suite)

Nos p e t i t s b a t e a u x d ' a u t r e f o i s ! « T o p a z e », f r è r e d u « Rubis », f a i s a n t le t r a j e t F O R T - D E -


FRANCE - SAINT-PIERRE par CASE-PILOTE, BELLEFONTAINE, CARBET.
Le « H o r t e n » a s s u r a n t le voyage d u n o r d avec a r r ê t à S A I N T - P I E R R E , a u P R E C H E U R , à
G H A N D ' H I V I E R E , à B A S S E - P O I N T E , a u L O R R A I N , a u MARIGOT, à S A I N T E - M A R I E , à
T R I N I T E , a u R O B E R T , a u F R A N Ç O I S et a u VAUCLIN.
« S A I N T - P I E R R E » où se d r e s s e la « P E L E E » avec sa f a n t a s t i q u e v o i l u r e de r o c h e r s b l a n c s
tel u n v a i s s e a u - f a n t ô m e de plein j o u r .
T o u t le long de la côte, on voit les f a ç a d e s des m a i s o n s p e i n t e s en j a u n e , vert, rouge, rose,
q u e l q u e s - u n e s g a r d e n t e n c o r e l e u r c r é p i d ' a u t r e f o i s et un g r a n i t é q u e l ' a i r s a l i n n ' a p u e n t a m e r .
B o r d a n t la plage, s e m b l a n t p r o t é g e r les m a i s o n s é p a r p i l l é e s deci-delà, des c o c o t i e r s g é a n t s d o n t
les feuilles étincellent c o m m e des c r i s t a u x de l u s t r e s , l a i s s e n t p a s s e r l i b r e m e n t la l u m i è r e d o n t
les b i s e a u x m u l t i p l i e n t le f r é m i s s e m e n t du soleil d a n s la m e r .
Balancés p a r les pentes, des c h a m p s de m a ï s , des v e r g e r s de p o m m e s - c a n n e l i e r s , d ' o r a n g e r s
des c h e m i n s , des t o u f f e s de c a n n e il s u c r e l a n c e n t vers le ciel, l e u r b l a n c p a n a c h e .
Des p e t i t s c h e m i n s d ' h e r b e s l u i s a n t e s c o n d u i s e n t vers des m a i s o n n e t t e s b l a n c h e s de c h a u x ,
s u p e r b e m e n t d r e s s é e s a u s o m m e t d e s collines. S u r des r o c h e r s , t o u t en h a u t , on d é c o u v r e des
petites chapelles, s a n c t u a i r e s de p e t i t s f o r m a t s , à l ' i n t é r i e u r d e s q u e l l e s b r û l e n t des cierges et
des bougies, d o n t le v e n t fait v a c i l l e r les f l a m m e s et qui c l i g n o t e n t c o m m e des étoiles. Une
l u m i è r e v e r m e i l l e b a i g n e t o u t le p a y s a g e , v e r n i s s a n t les c o u l e u r s , b a d i g e o n n a n t les c h a p e l l e s et
les collines de r a y o n s m y s t i q u e s qui les c e r n e n t d ' a u r é o l e s et e x a l t e n t u n p o u r p r e et u n bleu
divin d a n s la r o s a c e de l e u r p o r t e .
D e v a n t u n e m a i s o n n e t t e d u littoral, u n e fille j e t t e des g r a i n s a u x poules, e n l a n ç a n t d ' u n e voix
bien t i m b r é e cette p i q u a n t e b i g u i n e :

« TIT Z A Z A » (Biguine)
( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a GABI?IEL.)
Nos petits b a t e a u x
d'autrefois
assurant
de leur possible
exactitude
les s e r v i c e s c ô t i e r s
d e l'Ile
NOS PETITS BATEAUX D'AUTREFOIS (suite)

Nos petits bateaux d'autrefois assurant de leur possible exactitude les services côtiers de l'île.
Nos petits bateaux tant regrettés. « PIONNER » envoyé jeune encore au cimetière des bateaux.
« ELLA » disparu on ne sait où ni comment. « FLORENCE » vendu à ce qu'il paraît dans le
Pacifique. « CAYUGA » acheté par quelqu'un du pays qui en fit une salle de cinéma puis un
pitt pour les combats de coqs. « MOUTTET » Dieu sait où. « MADININA », paix à son souvenir
car comme le dit le poète, il a vécu ce que vivent les roses...
Nos petits bateaux à jamais disparus comme tant de choses de chez nous !... Pendant ce temps
les années passent !... Mais, moi ! Je préfère la sensation terrifiante de bateau sans port, sur
lequel n'agit plus le propulseur, qui prend de plus en plus d'eau de toutes parts, à la malheureuse
facilité qu'on a aujourd'hui, à la MARTINIQUE, de mépriser ce qu'il eut fallu aimer.
Si vous le répétez, je dirai comme dans ce « LAGUIA » :

« POU QUI LANGUE OU LONGUE CON ÇA ? » (Laguia)


(Folklore)
I k a rivé !
I k a rivé !
PAYSAGE ET SOUVENIRS

Le soleil n'était pas encore très h a u t dans le ciel de la MARTINIQUE, et même avant qu'une
lueur n'ait annoncé de quel côté il se lèverait, que dans la rue du « Bord de Mer », longeant
la nouvelle jetée, des claquements de mains, des cris, des appels étaient lancés par une foule
d'hommes et de femmes, vêtus de haillons sordides et qui pointaient le doigt vers un point
minuscule qui se dessinait presque imperceptible au loin sur la mer bleue, frôlant le « Rocher
du Diamant ».
« I KA RIVE ! I KA RIVE ! 1 KA RIVE ! »
Piaffant, gesticulant, criant, ils fêtaient l'arrivée du bateau venant d'AUBAGNE.
Le bateau est mouillé et déjà les chalands l'ont encerclé. A sa proue flotte le drapeau de la
« FRANCE », car sa cargaison vient d'AUBAGNE, près MARSEILLE ; le ventre gonflé de
poteries de toutes sortes : faitouts de toutes grandeurs, jusqu'aux plus petits qui feront la joie
des enfants. Casseroles au verni aveuglant, pots de chambre de toutes dimensions que nous
désignons plus poétiquement des noms de : « JULES », « ANTOINE », « AUGUSTE »... Terrines
« Canaries à quat'z'oreilles ».
Le transbordement des poteries au chaland est fait rapidement par des hommes. Les chalands
se glissent lentement vers la rive. Un câble est lancé, saisi par des dizaines de mains. Aucune
ne semble faire un effort et pourtant, poussés par le flux et le reflux, les chalands s'approchent
doucement. Deux grosses pièces de bois sont abattues sur la berge et forment passerelles sur
lesquelles en un va-et-vient continu circuleront les déchargeuses de « dàubannes ».
Une passeuse entonne un chant dont les dernières syllabes sont reprises en choeur.

« SAC CAFE » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
I)e la r i v e
au bateau
une large passerelle
est jetée
PAYSAGE ET SOUVENIRS (suite)

Un a u t r e b a t e a u est signalé c o m m e celui d ' A l ' B A G N E . Les y e u x fixés s u r la « Vigie », des


f e m m e s d e b o u t d e v a n t l ' e n t r é e de la « C o m p a g n i e G é n é r a l e T r a n s a t l a n t i q u e » a t t e n d e n t le signal
qui l e u r p e r m e t t r a de s'y e n g o u f f r e r p o u r p r o c é d e r à son d é c h a r g e m e n t . E n effet, si A u b a g n e
reste en r a d e celui-ci a c c o s t e r a a u x q u a i s de la T r a n s a t .

Le b a t e a u glisse l e n t e m e n t et c ' e s t la d i s t r i b u t i o n des p a n i e r s ou m a n n e s d a n s l e s q u e l s elles


m e t t r o n t le c h a r b o n d o n t ses p a n s e s s o n t gonflées.

De la rive a u b a t e a u , une large p a s s e r e l l e est j e t é e et p e n d a n t p l u s i e u r s j o u r s ce ne s e r a q u ' u n


va-et-vient de ces f e m m e s d o n t les robes, le visage s e m b l a b l e a u x « m a s q u e s gros sirop » du
c a r n a v a l , a u r o n t p e r d u l e u r c o u l e u r n a t u r e l l e . Mais le gain é t a i t b e a u p o u r l'époque, q u a n d on
pense qu'elles g a g n a i e n t j u s q u ' à d e s v i n g t - c i n q f r a n c s p a r j o u r !

Aussi étaient-elles les m e i l l e u r e s c l i e n t e s des b i j o u t i e r s et a u x j o u r s de fète, p a r é e s c o m m e des


châsses, elles r u t i l a i e n t de belles p a r u r e s , m a r c h a i e n t en se d a n d i n a n t , s a n s souci de l ' a p p e l l a -
t i o n « F e m m e c h a b o n tè ! » q u e les p o l i s s o n s l a n ç a i e n t s u r l e u r passage.

A ces p r o v o c a t i o n s , elles r é p o n d a i e n t p a r la r e n g a i n e à la m o d e :

« DOUDOU !... QUI JOU ! » (Biguine)


( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a G A B R I E L )
Des monticules de légumes
de toutes sortes
s'étage nie ni dans des «
des p a n i e r s posés d é l i c a t e m e n t
sur la torche qui protégeait
le cuir chevelu
PAYSAGE ET SOUVENIRS (suite)

La traction automobile a anéanti le portage et a fait disparaître un bien joli spectacle qui se
déroulait sur nos routes où, dès l'aube, quittant leurs cases à une vingtaine de kilomètres,
les hommes aux champs ou à l'usine, des femmes descendaient en ville vendre les produits de
leur habitation.
Des monticules de légumes de toutes sortes s'étageaient dans des « trays » posés délicatement
sur la torche qui protégeait le cuir chevelu.
Dans un balancement rythmé, elles descendaient dans des vallons, remontaient de l'autre côté
sur le flanc des coteaux, s'éloignaient le long des crêtes pour disparaître dans des creux et
ressurgir, grimpant des collines abruptes, dans des mouvements acrobatiques, comme une sorte
de ballet bien réglé.
Tout le long de la route, s'étalaient des champs, des vergers de manguiers, de cerisiers,
d'orangers, des chemins luisants, des touffes de longues cannes dressant leurs flèches vers le ciel.
Sans souci de la fatigue, heureuses de goûter l'heure matinale, grisées par le grand air frais et
parfumé de. mille senteurs, elles trottinaient, roulant des fesses, avec la chanson aux lèvres.
Qu'il faisait bon vivre dans mon pays, ce pays d'un peuple enfantin, à l'âme légère, qui se
satisfaisait de peu, qui était heureux de vivre dans une nature généreuse, sous le grand
soleil régénérateur.
Mais le veau d'or a tout remplacé !... Fort-de-Franèe est devenu une ville où la folie agite ses
grelots !... Nulle part, la ruée vers les millions n'a atteint un tel paroxisme !... On fonce dans
la vie en bousculant les autres, on lasse les tehdresses les plus sincères, on décourage les
a f f e p t i o n s les plus profondes !... Que faire ?... C'est un mauvais vent qui souffle sur le pays.

« MAUVAIS VENT » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Et ces silhouettes,
je ne peiuv les r e t r o u v e r
que dans nies souvenirs d'enfance,
d a n s Ines souvenirs
de Rivière-Pilote
où je suis née
SILHOUETTES MARTINIQUAISES

Et ces silhouettes, je ne peux les retrouver que dans mes souvenirs d'enfance, dans mes souvenirs de
«RIVIERE-PILOTE» où je suis née, car ce qui remonte à l'enfance et à la jeunesse reste gravé plus
sûrement dans la mémoire, que ce qui date de l'âge mûr.
En ce dimanche du huit décembre, la fête de la commune bat son plein. Le petit bourg couché au
pied des montagnes qui l'encerclent en entonnoir, brille des mille feux de ses lampions, de ses lanternes
vénitiennes aux couleurs de toutes sortes. Ces montagnes au pied desquelles coulent, paresseuses, les
rivières, entre les berges gazonnées de vert cru sur lesquelles les enfants aiment tant à se rouler.
Le cimetière avec sa Grande Croix où l' c HOMME-DIEU » étend ses bras et ses mains clouées, les
toits de tuiles rouges des petites maisons qui l'entourent, l'Eglise si aristocratiquement perchée sur
ses trente-six marches, tout cela forme un tableau calme, riant et délicieux.
Tout en haut du bourg, dans les rues aux drôles de noms « MACATA » et autres qui montent, des
maisons modestes, tranquilles, offrent a u x regards des passants, les détours solitaires et riants de leur
grande cour plantée d'arbustes de toutes sortes, de fleurs de toutes variétés.
Une langueur tiède émane de la terre échauffée p a r les derniers rayons du soleil couchant. Soudain
une violente clameur s'élève du côté de la petite place de l'Eglise, sous le gros manguier qui étale
dans toute sa splendeur, ses branches touffues de feuilles vertes.
La clameur grossit, coupant court à toutes conversations, en même temps qu'un piétinement sourd de
troupeaux en marche se fait entendre.
Des cavaliers endimanchés, faisant cliqueter leurs éperons, se rendent à la « Brocantagerie », qui n'est
qu'une sorte de tromperie voulue, acceptée. C'est aux plus malins ou aux plus couillons !... Les vieilles
bêtes dopées retrouvent, la vigueur de leur jçunesse, les tumeurs sont si bien camouflées qu'elles se
confondent avec les parties saines de l'animal, et ce sont des discussions interminables entre les
dupeurs et les futurs dupés, chacun vantant les qualités indéniables, le trot, le galop, la prestance de
son haridelle.
L a « Brocantagerie » terminée, chacun retourné chez soi, les malins contents, les imbéciles mécontents,
t a n d i s q u e de loin arrive la musique r y t h m é e d e cette mazurka, avec un a r t et un sentiment admirables :

« MADIANA » (Mazurka)
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Le vidé qui va d é f e r l e r
avec un bruil
de t o n n e r r e
s u r la ville e n d o r m i e
DIMANCHE DE CARNAVAL A FORT-DE-FRANCE

J e ne sais plus quel a u t e u r a dit q u ' a v e c la d i s p a r i t i o n de S A I N T - P I E R R E , le c a r n a v a l é t a i t


m o r t à la M A R T I N I Q U E .
E h bien ! n o n ! Certes, p e n d a n t q u e l q u e s a n n é e s , on a p o r t é le deuil de la ville m o r t e . Qui a u r a i t
pensé au c a r n a v a l d u r a n t les a n n é e s qui ont suivi la c a t a s t r o p h e !
Mais la vie continue... elle ne s ' a r r ê t e j a m a i s !...
1906 a vu s ' o u v r i r un c a r n a v a l b r u y a n t et a n i m é .
« DIMANCHE 5 HEURES ! »
L ' a u r o r e se lève il p e i n e à l ' h o r i z o n et a u « CASINO BAGOE », il la Société de G y m n a s t i q u e
« LA F R A N Ç A I S E », a u « B L E S S E BOBO », rivière « L E V A S S O R », un peu p a r t o u t le bal
s ' a c h è v e s u r la m ê m e note.

« O MADIANA » (Vidé)
( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a G A B R I E L )

Puis c'est le vidé ! Le vidé qui va déferler avec un bruit de tonnerre sur la ville endormie '...
Que de scènes pittoresques et amusantes qui se déroulaient. J'ai vu des vieilles, livre de messe
et chapelet en mains, se dirigeant vers la Cathédrale pour assister il la première messe, se
jeter ou se laisser emporter dans le tourbillon de ce « VIDE » qui va faire le tour de la ville.
Et puis, voici le « Vidé » de la « Gymnastique » plus sélect et plus aristocratique que le « Vidé »
de « BAGOE ». Les danseurs et les danseuses ont rajusté leurs masques, ils ne veulent pas ètre
reconnus mais suivent avec la même turbulence, la même gaieté, ce « Vidé » dont le trombonne
ébranle l'air et fait passer dans les membres un courant d'ivresse, que chatouille cette biguine.

«VINI OUE COULI A » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Et voici
les cou penses
de cannes !
Les Négriers !
DIMANCHE DE CARNAVAL A FORT-DE-FRANCE (suite)

Les vidés ont fait jonction à la « CROIX MISSION ». Ils vont p r e n d r e la rue « FRANÇOIS-ARAGO »,
ensuite la rue « VICTOR-HUGO » jusqu'à la savane où ils se disloqueront, tandis que les cloches de la
Cathédrale sonnent l'Angélus et appellent les fidèles à la prière.
Un silence religieux plane alors sur la ville, tout ce qui fait sa gaieté, sa beauté, sa bonne humeur,
toute sa belle jeunesse dort.
Trois heures de l'après-midi :
Un grondement sourd s'élève. A la rue LAMARTINE, une ribambelle de petits garçons habillés en
clowns, en pierrots, méphistos, diablotins, Georges GRANGENOIS en tête, il n'a pas dix ans et c'est
le chef ! De sa longue queue (il a réclamé dix mètres à sa couturière) il balaie la rue en faisant tinter
ses grelots. D'autres enfants sont peinturlurés de la tête aux pieds et tout ce petit monde saute,
gesticule, hurle.
Surgissant de la rue « Ernest-Renan », voici une bande de colombines, arlequins, polichinelles qui,
dans une bacchanale de couleurs éclatantes, bras dessous, bras dessus, chantent.
Et voici sur la « Levée » une autre bande d'une cinquantaine qui ont arboré des costumes les plus
hétéroclites : vieux pardessus décolorés et élimés, des combinaisons de jupons et de vestes de pyjama
veufs de leurs boutons. L'un d'eux t r a î n e après lui, attachée à une corde, une vieille casserole rouillée,
qui fait à sa suite un bruit infernal. Un autre s'est coiffé dignement d'un gibus haut de cinquante centi-
mètres déniché dans les réserves aux vieux souvenirs et porté p a r ses ancêtres vers 1848.
Et puis, voici les « nègres gros sirop » le corps enduit de coltar, les paupières peintes en rouge, de
grandes bouches tracées avec du blanc, ils exécutent des pas nerveux au son d ' u n tambourin et d'un
chacha. Leurs membres se détendent comme projetés p a r des décharges électriques. Le rythme
. s'accélère et en même, temps les mouvements et la gymnastique des danseurs.
Une immense ovation s'élève de la foule des badauds. Et voici les coupeuses de canne à sucre avec
leurs robes de vives couleurs bariolées, leur chapeau bacoua sur la tête, tenant d ' u n e main une longue
c a n n e avec s a flèche en panache, et d e l'autre elles brandissent un coutelas en bois, avec lequel elles
v o n t m i m e r la coupe de la canne, et la journée s'achèvera p a r le grand vidé qui conduira la foule en
d é l i r e vers le bal « Tit-Tane > de cinq . à sept" en jetant aux façades des maisons ce chant de vidé
comme un triomphal c h a n t de victoire :

« LA PEAU CANNE » (Vidé)


( P a r o l e s et musique de L é o n a G A B R I E L )
Saint-Pierre
a v a n t la c a t a s t r o p h e
L a ville,
h a u t e en c o u l e u r s
SAINT-PIERRE

SAINT-PIERRE... La ville haute en couleurs, où chaque chose prend un éclat particulier, sous
le soleil qui l'éclairé si généreusement. Ce soleil semblable à une mer d'or, entourée de nuages
rouges prenant forme de bêtes d'apocalypse et qui se penche sur la ville comme s'il écoutait
les battements lents d'un grand coeur !...
SAINT-PIERRE... à la vie débordante de mouvements, d'aventures, de poésies !...
SAINT-PIERRE... de la joie, du rire, du plaisir, de l'amour, de la gaieté, se réveille en ce
matin de carnaval sous l'arc immense de ses verdures, tel un trait d'union radieux entre le
bleu éblouissant de la mer et l'azur tendre du ciel.

Partout, c'est le grand nettoyage. Les établissements de bal sont comme des ruches en révolte,
on se démène, on jacasse, on chante en astiquant, on décore, on pavoise, on s'assure de la
bonne marche des lampions et p e n d a n t tout le temps de ce carnaval pour lequel vit ce peuple
assoiffé de plaisirs... SAINT-PIERRE vivra dans cette atmosphère de gaieté, de bonne h u m e u r
qui fait oublier toutes les tares matérielles et tout ce qu'il y a de laid, de pauvre et de banal
dans la vie.

On chansonne, on chante avec grâce, avec passion, et on écoute ce chant dont on jouit comme
d'une caresse.

« MOIN DESCEN'N SAINT-PIERRE » (Biguine)


(Folklore)
Toutes les lumières
de Suint-Pierre
palpitent
SAINT-PIERRE SAMEDI SOIR DE CARNAVAL

Toutes les lumières de SAINT-PIERRE palpitent. Des promeneurs vont et viennent, jouissant
de la tiédeur alanguissante du soir, chargée du parfum des lauriers roses et des senteurs
marines. Un souffle chaud et capiteux monte des jardins et l'ombre des plantes rares et des
arbustes s'étageant sur les balcons des maisons, fait des arabesques sur la blancheur des
pierres et des galets, tandis que les habitués des bals, bras dessus, bras dessous, se dirigent
vers l'établissement de leur choix.
A la rue « DAUPHINE », au « PALAIS CRISTAL », cette clameur perçante qui déferle de la
clarinette de « CIRYQUE » et du trombonne de « LUDGER LIBON » paraît s'apaiser et
remonter dans un crescendo inouï.
Rue « BOUILLE », dans la rue baignée par la lumière laiteuse d'une pleine lune, le bal de
« BEGOA » brille de mille feux. Le chant de la clarinette des frères « CERAN » vibre et crépite
sur les maisons, sur la rue, où chaque note frappe comme une balle, tandis que le trombonne
d' « ANTOINE LIBON » gronde, rugit, hurle, tempête sur cet air satyrique et si bien cadencé.

« BAN'N Z'ARROIS OU LA RUE DES BONS ENFANTS »


(Folklore)
Quartier du Fort
Rue Victor-Hugo,
ail « C o r b e i l l e F l e u r i e »,
parée c o m m e une corbeille
de f l e u r s
à une jeune mariée
SAINT-PIERRE SAMEDI SOIR D E CARNAVAL (suite)

Au « FORT », rue « VICTOR-HUGO », à la « CORBEILLE FLEURIE », parée comme une


corbeille de fleurs qu'on offre à une jeune mariée, la lumière émerge des fenêtres et enveloppe
comme une caresse les maisons aux persiennes vertes et aux murs couverts de mousse, tandis
que la clarinette de « MASSI » et le trombonne d' «HOMERE MONDA» lancent leur salut
au carnaval.

Dans la même rue, un peu plus loin, c'est le « GRAND BALCON », avec la clarinette de l'autre
frère « CERAN » et le trombonne de « BONIFACE » qui déchirent l'air comme un galop joyeux
dans quelque prairie céleste.
Encore un peu plus loin, dans cette même rue « VICTOR-HUGO », voici le « Théâtre Muni-
cipal » à côté du « Pensionnat », et c'est partout le même entrain, la même gaieté, la même
joie de vivre ce carnaval dans cette célèbre mazurka.

« YAYA MOIN NI L'AGENT » (Mazurka)


(Folklore)
Tandis que la « P e l é e » m a j e s t u e u s e et yraue,
pareille à une belle f e m m e
au sourire de « »
se dresse de son air tranquille et semble dire
il « S a i n t - P i e r r e » étalé il ses pieds :
« Devine ou je te dévore ! »
SAINT-PIERRE SAMEDI SOIR D E CARNAVAL (suite)

Et voici la rue « SAINT-JEAN-DE-DIEU », où se dresse en communion de profane et de sacré


chez « BEBE FAIS », juste en face de l'Eglise du Centre, ce qui fait que, quand on passe dans
l'après-midi, dans cette rue de « SAINT-JEAN-DE-DIEU », on reçoit, dans une oreille, les
chants vespéraux de l'Eglise et dans l'autre les accents de la clarinette d' « ALPHONSE
POULOUTE » et du trombonne d' « OCTAVE » qui modulent une biguine jusqu'à la rendre
comparable aux soupirs de la brise ou aux doux chuchotements d'une voix amoureuse qui met
en délire le bal « TIT TANE ».
C'est au « FRANC-CHORISTE », place du « MOUILLAGE », qu'on danse au son de la clarinette
d' « ISAMBERT » et du trombonne de « FAUTELAU ».
C'est chez « CHAROLI », à la « GRAND'RUE » du Fort, presqu'en face de la grande savane où
tout près coule la « ROXELANE » dans sa féerie nocturne.
La « ROXELANE » noble et douce dans l'inoubliable lumière du soir.
SAINT-PIERRE comme subissant un pressentiment, signe avant-coureur du malheur !
SAINT-PIERRE, en ce carnaval de 1900, se dépêche de vivre, de danser, tandis que la
« PELEE » majestueuse et grave, pareille à une belle femme au sourire de «SPHINX », se
dresse de son air tranquille et semble dire à SAINT-PIERRE étalé à ses pieds, dans toute
sa splendeur: «DEVINE OU J E T E DEVORE-».

« MARIE-CLEMENCE » (Biguine)
(Folklore)
Saint-Pierre vibrait !
Saint-Pierre jouissait !
comme une sorte de génie irrésistible
semblant cadencer la marche haletante
du temps

Licence eden-19-7-4118347-7-91470340-6118173 accordée le 18


décembre 2018 à 4118347@7.com
1901... D I M A N C H E D E C A R N A V A L A S A I N T - P I E R R E

Comme s'ils savaient le peu de carnaval qu'il leur resterait à vivre, malgré le cœur étreint
d'un pressentiment d'inquiétude, d ' u n rien d'angoisse qui les frôlaient, les Pierrotins, en ce
dimanche de carnaval 1901, semblaient faire comme des provisions de plaisirs, de joie, de
gaieté qu'ils garderaient jusqu'au « PARADIS DU BON DIEU ».
Dès deux heures de l'après-midi, du Fort au Mouillage, les rues étaient envahies par une foule
de masques de toutes sortes, de déguisés de toute nature qui allaient et venaient en improvisant
des chansons ou en chantant celles du jour.
Ils marchaient en dansant et les mouvements de leur corps semblaient se livrer à quelque
« DIEU » inconnu. Dans le désordre rythmé de cette voluptueuse danse faite de sang et de
rêve, dans cette demi-extase de l'âme et du désir, SAINT-PIERRE vibrait, SAINT-PIERRE
jouissait comme une sorte de génie irrésistible semblant cadencer la marche haletante du temps.
On semblait atteindre un autre monde et toutes les folies de ce carnaval de 1901, se résolvaient
dans un grand accord sonore, brutal, rayonnant, sorti de cette dynamique biguine.

« L'ESTOMAC EN BAVAROISE » (Biguine)


(Folklore)
En bel lit f e m m e
con Régina
ou ka d o m i
en c h a m b r e garçon
1901... DIMANCHE DE CARNAVAL A SAINT-PIERRE (suite)

Il suffisait d'un rien, d'un jour de carnaval où la lumière s'effrangeait, pour que les femmes
prennent une grâce tendre, délicate dans le mouvement des toilettes fraîches et laissant derrière
elles comme un sillage de volupté et de désirs.
Que d'immenses destinées d'hommes et de femmes qui se nouent un jour de carnaval, des
pures et des impures !... Que de vœux, que de promesses, voire même des serments qui naissent
de la griserie du carnaval !
Personne n'y résiste et « REGINA » la petite écolière n'a pas su résister à l'appel de ses sens :

«REGINA COCO » (Biguine)


(Folklore)
Quand cé gros bateau a
ka jeté l'ancre
dans la rade la
1901... DIMANCHE D E CARNAVAL A SAINT-PIERRE (suite)
1
Qui pourrait dire ceux qui ont été pris p a r la suite de ces fragments d'aventures et de plaisirs !... Que
de drames naissaient, insoupçonnables, en cette seconde de feu qu'était le carnaval de SAINT-PIERRE !...
Que d'hommes mariés, sérieux, pères de famille vertueux, qui ont reniflé vers « cé tit tanes Saint-Piè a »,
si jolies, si belles, si gracieuses et qui sentaient si bon.
L'histoire du bossu n'est pas une légende, elle a été vécue et la voici :
Monsieur « Albert » habitait cette fameuse rue « Bouillé » avec sa digne épouse. Un soir de carnaval,
avec son autorisation, il alla en célibataire s'amuser chez « BEBE FAIS ». Dans l'atmosphère du bal,
les heures de la nuit livraient le plus p u r de leur enchantement. M. Albert, grisé, dansa avec une
belle capresse à peau de sapotille et en devint amoureux fou.
Mais, o hasard !... Que de tours tu sais nous jouer !... Cette jeune capresse habitait dans cette même
rue « Bouillé », juste en face de la maison où vivait sans souci et sans inquiétude sur la fidélité
conjugale de son époux... « Madame Albert ».
Comment faire p o u r visiter sa dulcinée, sans éveiller l'attention de sa femme, toujours sur son balcon
à la tombée du jour.
Mais, à. la Martinique, plus que partout ailleurs, et pour les choses de l'amour, les hommes sont roués,
astucieux, hypocrites, ils sont fertiles en imagination et le truc a été vite trouvé :
Chaque soir au crépuscule, les voisins intrigués voyaient venir un bossu, le feutre rabattu sur les yeux
et qui, délicatement, tournait la poignée de la porte de la belle capresse et se glissait comme une
anguille à l'intérieur.
Ce manège durait depuis quelque temps déjà, intriguait les enfants si espiègles du voisinage. Ils s'en
amusaient et avaient décidé de toucher à la bosse pour qu'elle leur porte bonheur. Alors, un soir, une
bande de galopins, surgissant de tous les coins de la rue e Bouille », comme un essaim d'abeilles,
entourèrent le bossu, s'aggripèrent à sa bosse faite de vieux chiffons qui dégringolèrent dans la rue.
Madame Albert, sur son balcon, se t o r d a i t de rire mais se redressa, figée, indignée, blessée, en
reconnaissant dans le faux bossu, son cher mari si fidèle, si gentil, si vertueux.
L'histoire ne dit pas ce qu'elle fit... Mais nous savons que dès le lendemain tout Saint-Pierre chantait :

« BOSSU A BOSSU C O OU » (Biguine)


(Folklore)
Et dans ce lupanar de la «liouette Labadie»,
tous dans un mème frémissement
des sens, du cœur,
gardaient leur passion de la chanson,
de la danse, passions vivaces
aux longues et dures racines
19°1... DIMANCHE D E CARNAVAL A SAINT-PIERRE (suite)

L'atmosphère du carnaval à SAINT-PIERRE, dans sa tiédeur et ses sortilèges, contribuait à


créer une sensualité délicate sous le signe de laquelle elle se plaçait d'ailleurs !...
A la « ROUETTE LABADIE », rendez-vous de toute une jeunesse avide de vivre, des chansons
délicieuses de spontanéité, de malice et de cocasseries y naissaient !... C'était aussi le point de
départ des sobriquets donnés aux uns et aux autres ! Sobriquets plus ou moins fielleux, acides,
parfois gentils : « ADRIENNE LA T E T E DE SANGSUE », « JULIA LAPIDAILLE », « SUZANNE
COULEE » ! Des « tits » de toutes sortes : « TIT MACAQUE », « TIT SIROP », « TIT BIDON » !
Des noms d'oiseaux aux plus gentilles : Tit « SISI », « AVANT MERLE PONNE » aux plus
rouées !... Et dans ce lupanar de la « ROUETTE LABADIE », tous dans un même frémissement
des sens, du cœur, gardaient leur passion de la chanson, de la danse, passions vivaces aux
longues et dures racines.

«LA ROUETTE LABADIE » (Mazurka)


(Folklore)
Saint-Pierre !
Les traits si simples
et si h a r m o n i e u x
de ses j a r d i n s
1901... DIMANCHE D E CARNAVAL A SAINT-PIERRE (suite)

SAINT-PIERRE avec son peuple insouciant et optimiste se croyait au-dessus des dangers tout
en sentant que les dangers auraient sa peau !...
Les horizons pouvaient s'effondrer, les océans se soulever, la « PELEE » montrer son cœur
de sang... SAINT-PIERRE chantait... SAINT-PIERRE dansait tout en se doutant qu'un jour il
subirait le plus effroyable des destins.
SAINT-PIERRE en proie à son carnaval, à ses rêves, peut-être à des peurs maudites, aux
défaites de ses amours secrètes dont personne ne saura jamais rien, sinon les fantômes ou
le démon... SAINT-PIERRE vivait son avant-dernier carnaval.
Le charme de SAINT-PIERRE agissait sur tout son peuple, sur les étrangers, sur les voyageurs
de passage qui adoraient son exotisme, son pittoresque, les traits si simples et si harmonieux
de ses jardins, de ses fontaines, de ses places, son ciel bleu et nu sur la tête, sa terre nue sous
les pieds et aussi l'âme nue de son peuple qui, u n peu brigand, faisait l'amour aussi bien que la
guerre, buvait, bâfrait et savait m o u r i r en chantant...

« L'ECHELLE POULE » (Biguine)


(Folklore)
Dans les fonds,
la lumière s'irise
sur les c o t e a u x
et plus loin
« La Pelée »
1902... CARNAVAL DE SAINT-PIERRE

SAINT-PIERRE se réveilla en ce dimanche de 1902, pour vivre son dernier carnaval. Le ciel
d'un bleu de métal, à l'éclat presque insupportable, laissait passer les rayons d'un soleil éclatant
se projetant tel un phare sur la ville.
Dans les fonds, la lumière s'irise sur les coteaux et plus loin sur la « PELEE » et crée des
transparences verdâtres.
Sur les plages, les cocotiers étalent leurs feuilles vertes, leurs feuilles sèches, d'un or tenace
pour peu qu'un coup de soleil les éclaire, les faisant ressembler à des flambeaux un jour de
liesse ou de retraites.
Tout ce qui auparavant accaparait l'esprit et les sens, retrouva son authentique indépendance.
SAINT-PIERRE se sent jeune, retrouve à l'aube de son carnaval de 1902, la fraîcheur, la
naïveté, le naturel de son peuple, mais aussi son insolence et son cynisme. SAINT-PIERRE se
sent neuf et s'abandonne comme à un rêve éveillé qui prend une ampleur vague et exquise.
Jamais on n'avait vu un tel faste, un tel déchaînement de joie, d'ivresse, une telle débauche de
toilettes aux couleurs vives et variées.
Le soleil qui commence à se glisser sur la ville tire de la haute muraille montagneuse qui la
borde, des rouges, des mauves, des verts dont le changement et la magnificence ne cesseront
qu'à la nuit. Dans les rues prises d'assaut par masques, et badauds, les promeneurs dont la
marche lente s'arrêtait et refluait sans cesse, gênaient la circulation.
On percevait nettement comme un grondement d'orage déchaîné et hurlant dans les oreilles.
C'étaient les gaietés de la foule dont les huées et les rires soufflaient avec sa clameur de
t e m p ê t e battant la côte.
D e toutes parts, arrivaient le plain-chant des masques et les. accords de cette insolente biguine.

« AGOULOU PAS CALE GUIOLE OU » (Biguine)


(Folklore)
Et voici
les diables
19°2... CARNAVAL D E SAINT-PIERRE (suite)

Soudain un grondement sourd pareil au rugissement du lion dans le désert, enveloppe la ville.
Ce sont les diables, les diablotins qui sans cesse deviennent plus nombreux, grouillent tels des
fourmis dont un coup de bêche a détruit le nid.
Dans des pirouettes, des trémoussements, des gambades, le papa diable, le chef ou le roi
« Belzébuth ou Satan » fait tinter les clochettes accrochées à son volumineux chapeau en forme
de casque où miroitent des boules de verroteries de toutes couleurs, des petites glaces de poche
de toutes formes. Il tient d'une main, comme sceptre royal, un bâton sur lequel est suspendu
en essaim, une énorme grappe de grelots qui carillonnent comme les attelages des rouliers
d'autrefois et un double triangle de métal qui résonne comme une cloche fêlée.
De l'autre main, il fait tourner, virevolter, sa longue queue avec laquelle il frappe passants,
masques, promeneurs, diables et diablotins.
Les chants et les mouvements sont exécutés en cadence :
« BOMME DU RYZ A T E DOUX... HAUSSE
« CRIC ! CRAC ! BRISEZ ! CRASEZ ! BI APOLO ! »
Ils gesticulent, sautent, gambadent, pirouettent, cabriolent avec une joie délirante. On croirait
leurs jarrets munis de ressorts. Le jeu des bras brandissant des haches et des coutelas à la
lame brillante, est impressionnant. On les croirait de véritables armes alors qu'ils sont faits
en bois.
Et voici les diables du « MOUILLAGE » qui se heurtent en bataille rangée à ceux du « FORT ».
L e s gestes des adversaires deviennent inquiétants et il arrive à la force armée de s'interposer
p o u r calmer l'ardeur de ces échappés de l'enfer.
Lesmasquesle,sdiables et les diablotins sont rentrés chez eux, sortis de la bataille les yeux
p o c h é s , l e s vêtements en lambeaux, fatigués et saouls de cette griserie qui s'infiltre dans tous
l e s p o r e s d e l a u r corps, saouls des joies du carnaval, saouls d'alcool, saouls de la fameuse
b i g u i n e d o n t l a m u s i q u e leur arrive en flots désordonnés :

« CELESTIN ! ROI DIABLE DERO » (Biguine)


(Folklore)
Saint-Pierre
avec sa brise de m e r
qui r a b a t sur la ville
le bruit de ses orchestres
i902... CARNAVAL D E SAINT-PIERRE (suite)

SAINT-PIERRE avec son théâtre où se produisaient toute l'année les meilleurs artistes de
PARIS, musiciens ou comédiens.

SAINT-PIERRE avec sa brise de mer qui rabat sur la ville le bruit des orchestres de tous ses
bals, la pétarade de ses trombonnes, les notes stridentes de ses clarinettes, les chants langoureux
de ses violoncelles, le glin-glin assourdissant de ses chachas, SAINT-PIERRE dans le flon-flon
de ses bals est heureux de sa gourmandise satisfaite qui salue l'épanouissement du soleil
d'artifice de son carnaval.

Les rues de SAINT-PIERRE aux alentours des bals sont envahies par une foule de gens qui se
proposent, qui se bousculent, qui s'entremêlent.
Dans les maisons, des fenêtres éclairées s'éteignent, des fenêtres éteintes se rallument. Plus
loin, la mer avec son bleu intense reflétant toutes les lumières de SAINT-PIERRE et les bruits
de ses vagues s'écrasant sur la plage comme un énorme « DO. RE. MI. FA. SOL. LA. SI. » étiré
inlassablement sur une immense corde de violoncelle préludant cette fameuse biguine :

« CE CON ÇA OU YE... BELLE DOUDOU » (Biguine)


(Folklore )
Diablesses
du Mercredi des Cendres
E n t e r r e m e n t de Vaval
1902... CARNAVAL DE SAINT-PIERRE (suite)

SAINT-PIERRE a vécu son ultime carnaval sans y apercevoir un signe quelconque de son
destin maudit, sinon quelque appel vers une halte ménagée à ses épreuves, levant parfois les yeux
vers la montagne où le soleil inaugurait ses jeux, où se multipliaient des aspects d'arc-en-ciel.
« LA PELEE » au spectacle d'une beauté grandiose, sauvage et magique, semblait si calme,
si tranquille sur ses assises, qu'on avait l'impression que là, la vie ne pouvait que tourner
rond... Hélas !

SAINT-PIERRE semble ne plus éprouver le sol, marchant déjà sur les nuages de plain-pied.
Rien ne paraissait plus facile à ce peuple que d'aller avec équilibre au-devant de la mort.
Sur SAINT-PIERRE, le crépuscule achève de mourir et le carnaval continue dans la nuit,
effaçant les traits de notre misère, en exaltant l'expression de notre grandeur dans cette belle
biguine :

«MARKA! MARKA ! ÇA OU FE A PAS BIEN » (Biguine)


( Folklore)
Saint-Pierre
se réveille
en ce m a t i n d'avril 1902,
en pleine effervescence
électorale
SAINT-PIERRE... AVRIL 1902

S A I N T - P I E R R E se r é v e i l l e en ce m a t i n d ' a v r i l 1902, en p l e i n e e f f e r v e s c e n c e é l e c t o r a l e . De g r a n d s
n o m s v o l e n t d a n s l ' a i r c o m m e des c o n f e t t i s u n j o u r de 14 j u i l l e t , a u m o m e n t des b a t a i l l e s , c a r ce
p e u p l e i g n o r e les p a r t i s , c h a c u n a s o n i d o l e , a i m e u n h o m m e , v é n è r e u n h o m m e et vote p o u r u n h o m m e !
César LAINE, ALLEGRE, DEPHOGE, Dr QUESNAY, Amédée KNIGTH, Victor SEVERE, F e r n a n d CLERC,
Z O N Z O N , G e o r g e s L A G U A R I G U E , A m é d é e D E S P O I N T E S , A S S E L I N , H U R A R D , S A I N T E - L C C E , et t a n t
d ' a u t r e s de ces belles f i g u r e s d e c h e z n o u s p r e s q u e t o u t e s d i s p a r u e s .
Que de luttes vives et a r d e n t e s , f r a t r i c i d e s p a r f o i s e n t r e ces h o m m e s , t o u s r é p u b l i c a i n s , qui s ' e n t r e -
d é c h i r a i e n t s a n s p i t i é . L a s c i s s i o n H U R A R D - D E P R O G E de t r i s t e m é m o i r e .
Les i n j u r e s les p l u s s a n g l a n t e s q u ' i l s se r e n v o y a i e n t , les c o u p s r u d e s et t e r r i b l e s q u ' i l s se p o r t a i e n t
p o u r a s s u r e r à l e u r p a r t i la p r é d o m i n a n c e p o l i t i q u e d a n s le p a y s et d a n s les A s s e m b l é e s é l e c t i v e s ,
f a i s a n t s u r t o u t , d e s luttes é l e c t o r a l e s , d e s luttes p e r s o n n e l l e s , des r i v a l i t é s n é e s d e s c o n f l i t s d ' i n t é r ê t s
d i v e r s o u d e la b r i g u e p o u r les f o n c t i o n s p u b l i q u e s , é c a r t a n t la p o l i t i q u e p o u r ne f a i r e p l a c e q u ' a u x
s e u l e s q u e s t i o n s d e p e r s o n n e , e x c i t a n t les p a s s i o n s et les s e n t i m e n t s de la m a s s e . . .
Mais la p o l i t i q u e n ' e n l e v a i t a u x P i e r r o t i n s , ni l e u r gaieté, ni l e u r b o n n e h u m e u r , ni l e u r joie de v i v r e
q u ' i l s ne s a v a i e n t p a s si c o u r t e , et s o r t i s des m a n i f e s t a t i o n s é l e c t o r a l e s , ils se r u a i e n t à l ' a s s a u t d u
« G A R D N E H » i n s t a l l é s u r la g r a n d e p l a c e d e la s a v a n e d u « F O R T » avec, à côté, les « M O N T A G N E S
R U S S E S ».
L e C i r q u e « G A R D N E R » d o n t la p r i n c i p a l e a t t r a c t i o n é t a i t la « P E T I T E L U L U », u n e g a m i n e d e
c i n q à s i x ans, h a u t e c o m m e t r o i s p o m m e s , a v e c s o n p e t i t t u t u f r o u f r o u t a n t , c o u l e u r d e d r a g é e s d a n s
la l u m i è r e b i z a r r e d e s p r o j e c t e u r s . L a « P E T I T E L U L U » v i r e v o l t a n t , t o u r n o y a n t a v e c g r â c e s u r la
c o r d e r a i d e ou, f a i s a n t d e s c a b r i o l e s o u d e s d é m o n s t r a t r i o n s g r a c i e u s e s s u r s o n t r a p è z e .
L e m o i s d ' a v r i l r a m e n a à S A I N T - P I E R R E les b r i s e s t i è d e s , les f l e u r s et les v e r d u r e s s u r le g a z o n
é l a s t i q u e des r o u t e s v e r t e s .
Le s o l e i l d e s c e n d a i t r o u g e s u r la ville. L ' a c t i v i t é d e S A I N T - P I E R R E si v i v a n t c o n t i n u a i t , r e n d a n t
c o m i q u e s des s c è n e s de r u e s q u i se d é r o u l a i e n t c o m m e t o u j o u r s en p é r i o d e é l e c t o r a l e e n t r e les p a s s a n t s ,
m a r c h a n d s , m a r c h a n d e s de d e n r é e s d e t o u t e s s o r t e s , de s u c r e r i e s , d e f r u i t s , d e b o n b o n s , m a r c h a n d s
a u x o p i n i o n s d i f f é r e n t e s qui se p r o v o q u a i e n t , s ' i n s u l t a i e n t , s ' i n j u r i a i e n t , a r r i v a i e n t a u x c r é p a g e s de
c h i g n o n s ou b i e n , l ' u n e p a s s a n t p r è s de l ' a u t r e , les m a r c h a n d e s , d a n s u n g e s t e p r o v o q u a n t , r e t r o u s s a n t
l e u r s r o b e s , u n s o u r i r e d é d a i g n e u x et m é p r i s a n t s u r les lèvres, c h a n t a i e n t c e t t e c h a n s o n de l e u r p a r t i :

« LA DEFENSE KA VINI FOLLE»


( Folklore)
Saint-Pierre !
Ce f u t le t o u r
de Saint-Pierre disparu
sous une t r o m b e de feu
SAINT-PIERRE APRÈS LA CATASTROPHE

L'axiome qui veut que le malheur des uns fasse le bonheur des autres n'a jamais été plus
véridique !
SAINT-PIERRE était devenu une caverne d' « ALI BABA » non pas avec quarante voleurs
mais avec des milliers de voleurs !...

C'était le pillage systématique, on marchait sur les ruines encore fumantes de la ville morte !
On piétinait les cadavres, cherchant l'emplacement des maisons cossues où on savait trouver
argent, bijoux, argenteries et bon nombre de pauvres, de gueux de la veille du 8 MAI étaient
devenus quelques jours après riches, opulents bourgeois, roulant voiture, ayant pignons sur rue.
Les sinistrés le savaient, les connaissaient peut-être ces hyènes, ces chacals qui, sortis de toutes
parts, même des îles anglaises environnantes, se ruaient à l'assaut des ruines, et les sinistrés
avaient composé cette rengaine faite de dépit et de colère et qu'ils chantaient à tout bout
de champ.

« VIVE VOLCAN » (Biguine)


(Folklore)

Licence eden-19-7-4118347-7-91470340-6118173 accordée le 18


décembre 2018 à 4118347@7.com
On m a r c h a i t
s u r les r u i n e s
encore f u m a n t e s
d e la ville m o r t e .1
SAINT-PIERRE APRÈS LA CATASTROPHE (suite)

Comme un coup de foudre, jetant la terreur et la consternation, l'anéantissement de SAINT-


PIERRE et de ses trente mille habitants jeta le pays entier dans un état de prostration et de
désolation incommensurable. Après l' « USINE GUERIN » ensevelie sous la lave de la « P E L E E » ,
ce fut le tour de SAINT-PIERRE disparu sous une trombe de feu.
Plus de rire !... comme dans la chanson du « CLOWN » de « LEO DANIDERFF » !... Plus de
chant ! Plus rien que des larmes, du chagrin et le deuil partout.
Mais au-dessus de tout planait le souvenir de ce SAINT-PIERRE si vivant, si gai, si bon enfant,
de ce SAINT-PIERRE à jamais disparu !...
On se remémorait tout ce qui faisait son charme, les scènes ou propos surpris, les visages, les
traits qu'on ne verra plus, ses attractions les plus sensationnelles, les petits potins, les petits
cancans aussi piquants que piments dans lozis !...
On se rappelait « COLBI * et sa nacelle ! Les « MONTAGNES RUSSES », le « CIRQUE
GARDNER » où il n'y avait pas bien longtemps, voltigeait si gracieusement la « PETITE
LULU ».
On se rappelait « LA COMETE » décrivant son ellipse allongée dans le ciel.
« L A COMETE» faisant son apparition grandiose et projetant sa longue queue, comme une
belle chevelure de « SIRENE » dans le ciel rutilant des mille feux de ses étoiles.
« LA COMETE » annonciatrice des malheurs qui avait inspiré aux PIERROTINS cette mazurka,
comme u n adieu à la vie !

« LA COMÈTE »
(Folklore)
Saint-Pierre
r e n a i t de ses cendres.
Le temps, ce g r a n d guérisseur,
ce g r a n d démolisseur,
avait passé !
SAINT-PIERRE APRÈS LA CATASTROPHE (suite)
Sur les collines rocailleuses, grises et nues, les arbres s'accrochaient au sol aride. Le soleil
descendait rouge au loin dans la mer et sur les raisiniers longeant la plage prenait un ton de
cuivre et l'air du soir, dans ce magnifique paysage, devenait plus vif. Les villages bâtis en hâte
pour les sinistrés étaient comme des sortes de minuscules succursales de SAINT-PIERRE.
Et le temps, ce grand guérisseur, ce grand démolisseur avait passé, jetant le calme et l'apai-
sement dans le cœur de ces malheureux.

La vie continuait, car on supporte avec fermeté les peines inévitables de la vie en se résignant
à souffrir ce qu'on ne peut empêcher.
On entendait fuser les rires, on chantait, on critiquait sur un petit air sorti on ne savait d'où !
Les distributions de vivres, de vêtements étaient prises à partie, critiquées.
Je me souviens d'un vieil homme sinistré qui, faute de chaise, s'asseyait sur le pas de la
porte de sa case et qui inlassablement chantait cette complainte qu'il avait lui-même composée :

« GADE ÇA ! GADE ÇA ! GADE ÇA ! »


(Folklore)
Saint-Pierre
après la catastrophe.
. L'esprit de S a i n t - P i e r r e
r e s t e r a à j a m a i s inoublié !
SAINT-PIERRE APRÈS LA CATASTROPHE (fin)

L ' e s p r i t de S A I N T - P I E R R E r e s t e r a à j a m a i s inoublié et les c h a n s o n s de S A I N T - P I E R R E si


c a u s t i q u e s , si p i q u a n t e s , si s p i r i t u e l l e s , r e s t e r o n t à j a m a i s inégalables.

Les c h a n s o n s de S A I N T - P I E R R E é t a i e n t p r i s e s s u r le vif d ' u n mot, d ' u n geste, d ' u n fait divers


b a n a l où t o u t d e v e n a i t u n s u j e t de c h a n s o n , de p l a i s a n t e r i e , o u m ê m e de c o m p l a i n t e s p o u r les
c œ u r s sensibles.

Q u e l q u e t e m p s a p r è s la c a t a s t r o p h e , F O R T - D E - F R A N C E , à l ' i n s t a r de S A I N T - P I E R R E , a
s o r t i q u e l q u e s c h a n s o n s , p a r f a i t e s i m i t a t i o n s de celles de la Cité d i s p a r u e et qui, s a n s a v o i r
a u t a n t de p i m e n t , a v a i e n t assez de c h a r m e , d ' e n t r a i n , p o u r n o u s faire s e n t i r et p a r f o i s o u b l i e r
la lente et p a t h é t i q u e coulée d u t e m p s : les r u m e u r s de l ' à m e , le g r a i n de la vie, e x a l t é s p a r
ce c h a n t de grève :

«MANMAN !... LA GREVE BARRE M O I N »


( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a G A B R I E L )
La « Roxelane »
semble être aspirée
p a r le m o n s t r e
q u i la d o m i n e
Les Belles Rivières de Chez Nous... LA R O X E L A N E

Quand je suis revenue dans mon pays, après de longues années d'absence, je dirai même
d'exil, c'est avec une profonde amertume, un gros chagrin, que j'ai retrouvé à la place de nos
belles et turbulentes rivières, des ruisseaux qui coulaient, minces filets d'eau dans un lit profond
couleur de grenade éclatée. « MODERNISME »... « DEBOISEMENT »... m'a-t-on dit !
La « ROXELANE », la belle « ROXELANE » semble être aspirée par le monstre qui la domine.
Les bords de la « ROXELANE », rendez-vous des amours heureuses, des saisons de brûlantes
douceurs ! Les bords de la « ROXELANE » où l'on entendait à la tombée du jour, des voix
indistinctes, des bruits confus, le flux et le reflux de la vie battre, comme on entend la mer
dans une « corne » de lambi, sans la voir, où on avait l'impression de fondre sous la chaleur
d'une onde voluptueuse, où sous le ciel constellé d'étoiles, on retrouvait le parfum des acacias,
les senteurs agrestes qui se levaient avec la poussière de la route la surplombant et tout près
du pont, la petite chapelle votive où les Pierrotins allaient prier la VIERGE MARIE, tandis que
dans SAINT-PIERRE rutilant de lumière, les bals s'ouvraient aux accents de cette valse :

« M A PETITE ILE ! MES AMOURS ! » (Valse)


(Paroles de Léona GABRIEL. Musique du folklore)
« La C a p o t e » oÙ, sur la berge,
on avait l'impression
de se t r o u v e r
d a n s un paysage de ciel,
d ' e a u et de roches !
Les Belles Rivières de Chez Nous... LA CAPOTE

S u r cette côte « N O R D - E S T » et à q u a t r e k i l o m è t r e s de la mer, « LA C A P O T E » s o r t a n t a u


pied de la m o n t a g n e « M O N R O Y », t r a v e r s e la « P R O P R E T E », le b a s s i n « COQ » de l' « A J O U P A
B O U I L L O N », a r r o s e l ' u s i n e « V I V E » a v a n t de se j e t e r d a n s la m e r .
« LA C A P O T E » a v a i t subi elle a u s s i les effets d u d é b o i s e m e n t . Elle é t a i t loin, la belle r i v i è r e
q u e j ' a v a i s c o n n u e , « LA C A P O T E » où t o u t e s les lignes du p a y s a g e d é l i v r a i e n t le r e g a r d e n le
c o n d u i s a n t vers l'eau, la belle flore a u x a l e n t o u r s ou l'espace.
« LA C A P O T E » où s u r sa berge on a v a i t l ' i m p r e s s i o n de se t r o u v e r d a n s u n p a y s a g e de ciel,
d ' e a u et de roches, q u i s e m b l a i t ê t r e u n e c o m p l a i s a n c e , u n a c q u i e s c e m e n t a u x b a i s e r s , à la
p a r t i c i p a t i o n a f f e c t u e u s e à l ' a m o u r , o ù o n h u m a i t les s e n t e u r s q u i c i r c u l a i e n t d a n s cette g r a n d e
t r o u é e de « LA C A P O T E » et o ù f l o t t a i t a u loin d a n s l ' a i r de la n u i t la m u s i q u e de cette
mazurka :

« TONY ! TONY ! » (Mazurka)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Le « L o r r a i n »
où se terre
« L a Grange »
Les Belles Rivières de Chez Nous... LA G R A N G E

La rivière du « LORRAIN » ou « LA GRANGE » si brutale dans ses débordements est aussi


devenue un petit format de ce qu'elle était.
« LA GRANGE », cet extraordinaire paysage qui ne ressemble à nul autre, avec sa beauté
sauvage et mélancolique dont aucune description ne saurait rendre la grandeur, où le ciel pur,
l'immense paysage vert qui s'étend d'elle, la ligne brillante de la rivière luisant au soleil et au
loin sur l'horizon, la silhouette blonde de l'Eglise du « LORRAIN » dressée vers la mer, comme un
bateau prêt à cingler vers le large, tandis que dominant tous les bruits de cette belle nature,
un orchestre au loin attaque cette biguine :

« MANMAN CORINE » (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
La Rivière blanche !
S u r les berges la bordant,
les a r b r e s v e r d o y a n t s
s e m b l e n t élever vers le ciel
un cantique d'actions de grâce !
Les Belles Rivières de Chez Nous... LA LÉZARDE

Sous un ciel très haut où naissait un scintillement de gris, de rose, de bleu, de vert, un vrai ciel
martiniquais couleur de temps, couleur de rien, « LA LEZARDE » ayant elle aussi subi les
outrages du déboisement, coule doucement, tranquille, comme lasse d'une bonne fatigue, reflétant
le soleil qui en descendant boit le bleu de l'azur.
Sur les berges la bordant, les arbres verdoyants semblent élever vers le soleil un cantique
d'actions de grâce où se mêlent les parfums des fleurs sauvages et l'ombre douce des
feuillages légers.
Sur le pont qui la traverse sur la route nationale, à longueur de journée, c'est un va-et-vient
continu de véhicules de toutes sortes, des femmes qui, chargées de trays de légumes, de fruits
de toutes sortes, ne résistent pas à la tentation de se raconter leurs petites histoires, toutes leurs
petites histoires à la queue leu leu, sans truquage, sans malice, exprimant ainsi la monstrueuse
accumulation des vies supportées par ces femmes qui, sur la grande route, marchent en faisant
onduler leur croupe et en chaloupant au rythme bien cadencé de ce vidé :

« FIF I N E ! ÇA OU NI ? MOIN MALADE ! » (Vidé)


Joli coin
de chez nous
Les Belles Rivières de Chez Nous...
LA GRANDE ET LA P E T I T E RIVIÈRE DE RIVIÈRE-PILOTE

C'est s u r t o u t le « SUD » qui a été la g r a n d e v i c t i m e d u d é b o i s e m e n t .


A « R I V I E R E - P I L O T E », ce b e r c e a u de m o n e n f a n c e , les d e u x rivières, « LA G R A N D E E T LA
P E T I T E », j a d i s si t u m u l t u e u s e s , si r a p i d e s , où les e n f a n t s se b a i g n a i e n t sous l'œil i n q u i e t et
a t t e n t i f des p a r e n t s , e n é v i t a n t les b a s s i n s p r o f o n d s p a r e n d r o i t s ne s o n t d e v e n u e s , elles aussi,
q u e de m i n c e s filets d ' e a u à p e i n e c a p a b l e s d ' a b r e u v e r les a n i m a u x d o m e s t i q u e s .
Les a r b r e s q u i les b o r d e n t , m a n i f e s t e m e n t a b a n d o n n é s , se s o n t étirés et é m a c i é s et n ' o n t plus
de r a m u r e s v e r t e s q u ' à l e u r s o m m e t , m e t t a n t à j o u r les b u i s s o n s o ù l ' h e r b e s e r v a i t a u t r e f o i s de
litières a u x a m o u r e u x .
Et les p a u v r e s l a v a n d i è r e s d u p a y s o n t d u m a l à t r o u v e r le m o i n d r e f o n d d ' e a u s u f f i s a n t p o u r
l a v e r l e u r linge. Seuls les e n f a n t s , p o u r t a q u i n e r les g r e n o u i l l e s , s ' a r r ê t e n t e n c o r e a u x b o r d s de
ces r i v i è r e s e n t o u r é e s de rocailles, de f a u s s e s c a s c a d e s desséchées, de p e t i t e s m a r e s d ' e a u v e r t e
d o n t les m o u s s e s qui les e n t o u r e n t , la m é l a n c o l i e d o d e l i n a n t e d u c r o a s s e m e n t des c r a p a u d s ,
tout concourt à donner une sensation d'engloutissement.
De la r o u t e , ces r i v i è r e s n e s o n t m ê m e p l u s visibles et f o n t p e n s e r à u n p r o f o n d t r o u d ' o m b r e
q u e la g r a n d e l u m i è r e d u m a t i n i l l u m i n e q u a n d m ê m e à t r a v e r s les b r a n c h a g e s d e s s é c h é s en
i l l u m i n a n t a u s s i le b o u r g d ' o ù f u s e n t les a c c e n t s de cette b i g u i n e :

« MES AMIS ! MOIN AINMIN MADELON »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Et voici la plus belle !
L a belle des belles !
Notre Levassor.
Les Belles Rivières de Chez Nous... LA RIVIÈRE LEVASSOR

Et voici la plus belle !... la belle des belles ! notre « LEVASSOR » qui, elle, n'a pas changé du
tout et qui garde malgré le modernisme, son odeur de terre, de pourriture, de parfums de
funérailles, qui à force d'habitude n'incommode plus les habitants des deux avenues qui la
bordent.

« L'aut'bô canal », où les barques des pêcheurs se reposent comme des lézards au soleil, dans
une boue compacte, noire comme du charbon, dévorée partout de moisissures et des troncs
d'arbres charroyés par les crues, feutrés de vert par la mousse et qui étalent leurs branches
noires et dépouillées qui font songer à des monuments funéraires.
« L'aut'bô canal », à la tombée du jour est en proie aux enfants sur qui veillent leurs mères
assises par terre ou sur les troncs des arbres et qui se chamaillent à grands bruits.
Les gosses jouent aux billes le plus souvent. Suivant la qualité des coups, les mères se mêlent
aux parties admiratives ou moqueuses. Une gaieté débordante, un vacarme effroyable
excité par la présence et l'attention des grandes personnes, montent de cette foule enfantine,
tandis que de l'autre coté du canal, sur le boulevard « ALLEGRE », les nombreuses boîtes à
« COCO MERLO » ouvrent la radio ou le pick-up et font monter bien au-dessus des toits, l'air
de cette dynamique biguine :

« BA MOIN TIT BRIN D' L'EAU ! SOUPLE » (Biguine)


(Folklore)
Jolies plages
de chez nous :
Sainte-Anne.
Jolies Plages de Chez Nous... PLAGE DE SAINTE-ANNE

Jolies plages de chez nous ! faites de contrastes, de lumière et qui semblent un paradis fait
exprès pour les amoureux.
Jolies plages de chez nous, où les heures s'écoulent si merveilleuses qu'elles effacent les chimères,
les abandons, les déceptions !...
Plage blonde de « SAINTE-ANNE » qui montre ses ourlets de palme et d'écume blanche et qui
apparait comme un trait d'union radieux entre le bleu éblouissant de la mer et l'azur du
firmament.
Où sous le ciel lumineux et vaste, un nuage cotonneux dérive avec lenteur, où le décor surgit
multicolore, bariolé d'ombre et de flaques ensoleillées, où les cocotiers reflètent dans la mer
leurs images renversées.
JOLIES PLAGES DE CHEZ NOUS !... où on savoure intensément l'allégresse qui gonfle le cœur
et met des battements dans la gorge, tandis que d'un ciel invisible et lointain descend l'harmonie
de cette valse :

«L'INFIDELE OU L'AMOUR LILY»


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Jolies plages
de chez nous :
Le Poirier.
Jolies Plages de Chez Nous... PLAGE DU POIRIER

Plage du « POIRIER » !... où tout le long de la route qui longe le canal où remontent les
brochets, les mulets cherchant leurs pâtures dans les détritus ménagers qui descendent vers la
mer, le soleil rougit le paysage et fait étinceler l'eau du canal comme un véritable miroir d'or.
Où aux abords déferlent les champs de canne en bataillons compacts et où les herbes humides
qu'on piétine exhalent une odeur moite.
« PLAGE DU POIRIER » !... qui, bordée de raisiniers, semble par endroits appartenir au domaine
des fées. Où les rochers de-ci de-là dans la mer ressemblent à des dés d'un titan gigantesque.

« PLAGE DU POIRIER » !... qui semble reposer quiètement au milieu de la belle nature
troublée par les cris des enfants qui s'ébattent dans les lames qui viennent y mourir, tandis
que d'une maison tout en haut de la colline la dominant, arrivent les accords de cette
mazurka :

« DOUDOU ! PAS REMPLACE MOIN ! »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Jolies plages
de chez nous :
Le D i a m a n t .
Jolies Plages de Chez Nous... PLAGE DU DIAMANT

Dans le limpide firmament qui plane sur la plage du « DIAMANT », dans ce limpide firmament
immense, mystérieux et sans fin, l'astre de feu se lève grandiosement et perce les nues de ses
rayons d'or.
« PLAGE DU DIAMANT » si bruyante les lundis de « PAQUES » ou de « PENTECOTE », où la
mer semble se gonfler et soupirer d'amour.
« PLAGE DU DIAMANT » emplie de chuchotements, de rires, de soupirs, où la mer semble se
nouer et se dénouer dans ses lames, cependant que d'un orchestre au loin arrivent les premières
notes de cette belle biguine :

« MOIN BELLE ! MOIN JEUNE ! DOUDOU ! »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Le crépuscule
s'appesantit
doucement
sur la plage
Jolies Plages de Chez Nous... PLAGE DE L'ANSE MADAME

Le crépuscule s'appesantit doucement sur la plage de « L'ANSE MADAME » ! ...


Par dessus les petites maisons blotties sous l'ombre des cocotiers, des bananiers et des
manguiers, le ciel mauve, strié de bandes pourpres, arrondit son dôme fragile.
Un dernier rayon de soleil filtre obliquement à travers les arbres, badigeonnant de taches d'or
les murs des maisons, et partout, s'étend l'amicale douceur du soir tombant.
Appuyés sur les canots retournés quilles en l'air, des groupes de femmes bavardent et content
des histoires et leurs caquetages et leurs rires éclaboussent le silence.
Suspendus à des piquets plantés dans le sable, les filets aux mailles brunes étincelantes encore
de gouttes d'eau, sèchent, battus par la brise.
Le lèchement répété des vagues s'écrasant sur la plage trouble seul le calme crépuscule et
tandis que l'ombre commence à bleuir le paysage, un orchestre au loin attaque cette biguine :

«OU KE SONGE» (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Plage du Carbet
où l'ombre des cocotiers
s' allonge
démesurément
Jolies Plages de Chez Nous... PLAGE DU CARBET

« PLAGE DU CARBET » où l'ombre des cocotiers s'allonge démesurément, où sur la mer d'un
bleu métallique les lames se poursuivent hautes et pressées, cahotant les barques ancrées près
du rivage.
« PLAGE DU CARBET », si animée aux jours de fête et de vacances, où les enfants, comme
des essaims d'abeilles, l'occupent entièrement et si joyeusement et où, à la tombée du jour, à
l'heure flambante où l'ombre ramassée des êtres et des choses rampe et plane impitoyablement
sur le pays entier, où dans le chuchotement du ressac, son chant monte et couvre le bruit des
soupirs, des baisers des amoureux qui s'y promènent en cadençant cette biguine que lance
au loin un orchestre :

« FEMME QUI DOUX »


( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a G A B R I E L )
Plage de Saint-Pierre
qui semble accablée
s o u s le f a r d e a u
d'une insurmontable
torpeur
Jolies Plages de Chez Nous... PLAGE D E SAINT-PIERRE

Plage de « SAINT-PIERRE » qui semble accablée sous le fardeau d'une insurmontable


torpeur !...

Plage de « SAINT-PIERRE » ou de la terre pénétrée de la chaleur monte comme un vaste ronron-


nement de béatitude !... où l'on sent que l'air embrasé devait être plein de vibrations, chargé
d'innombrables fermentations ! Où l'invisible travail de la nature, malgré les catastrophes et
les malheurs, s'acharne et bouillonne sourdement et qui retrouve ses joies défuntes, ses parties
fines défuntes, ses amours et ses plaisirs défunts dans cette vibrante biguine :

«GRAND GUIALE A»
(Folklore)
La Saint-Louis !
J e u x de toutes sortes
installés d a n s cette
Allée des Soupirs
qui portent si bien son n o m !
Nos Fêtes Communales... SAINT-LOUIS, F Ê T E D E FORT-DE-FRANCE

Nos communes fêtent leur Saint Patron. Un peu partout, on prépare les réjouissances, une de nos
vieilles traditions, pas tout à fait perdues comme tant d'autres, mais totalement disparues à « FORT-
DE-FRANCE ».
« 25 AOUT »... La Saint-Louis d'autrefois où la savane enguirlandée d'ampoules électriques de toutes
couleurs de fleurs, de feuillages, de d r a p e a u x , n'était plus qu'un grouillement humain indescriptible !
Où s'étalait comme une p r a i r i e de m a d r a s noués en tête trois bouts, de foulards carton au vent ou
attachés, de robes éclatantes et bariolées, de chapeaux à fleurs, où les femmes arboraient des toilettes
neuves et des bijoux d'or massif qui jetaient une note de gaieté p a r m i les vêtements clairs ou sombres
des hommes !
« LA SAINT-LOUIS »... petites paillottes pavoisées richement à qui enlèvera le p r e m i e r prix de bon
goût ! Petites paillottes rutilantes de lumière avec leurs bouteilles de sirop de toutes teintes : orgeat,
grenadine, menthe verte, sorbets de goyave, d'ananas, de crème au chocolat, au café, de lait de coco.
4: LA SAINT-LOUIS », manèges, jeux de toutes sortes, rouge et noir, baccara, bonneteau, serbi, installés
dans cette allée des soupirs qui portait si bien son nom, où les couples marchaient en titubant,
lèvres jointes.
Cette allée des soupirs où on se sentait comme dans un bain de jouissance, de sourires, de larmes, de
rêves fous, de projets à court terme et de désespoirs saisonniers !
« LA SAINT-LOUIS » avec ses batailles de confettis, ses courses de bicyclettes où triomphait toujours
mon vieux camarade E d m o n d NELLY, ses courses de chevaux, de canots, de pirogues et où le soir, sur
la mer d'un bleu turquoise, éclataient en gerbes de diamant et dans le ciel constellé d'étoiles, des feux
d'artifices.
« LA SAINT-LOUIS » L.., Le bal au grand marché où l'orchestre scandait nos danses endiablées, biguines,
mazurkas, quadrilles avec le fameux « pilir » ! d'un bout à l'autre de ces nuits de réjouissances et de
- folies où l'on dansait jusqu'au jour d a n s une frénésie sans fin, ces danses qui exprimaient les passions
qui font bouillonner le sang martiniquais et qu'excitait cette biguine :

« EN NOUS MONTER LA RUE FOSSE »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Des raisiniers
à la route qui m è n e
à Sainte-Marie
et traverse la ville,
la fête bat son plein
Nos Fêtes Communales... FÊTE DE TRINITÉ

Des raisiniers jusqu'à la route qui mène à « SAINTE-MARIE », et traverse la ville, la fête bat
son plein et tout le long, les échopes brillent des mille feux de leurs lampions, de leurs lanternes
vénitiennes qui reflètent leurs lueurs multicolores dans la mer réfléchissant à son tour le
ciel étoilé.

De tous côtés, vont et viennent de belles filles en toilettes chatoyantes offrant des taches claires
et luisantes.

Dans une impatience fébrile, on attend l'ouverture du bal au marché couvert. D'un groupe, une
voix bien timbrée lance une chanson reprise en chœur et on ne se lasse pas de regarder ces
gens simples qui ne résistent pas au rythme des chansons et des danses, qui en marchant
agitent leurs mollets, fléchissent leurs jambes, se mettent en mouvement bien cadencé et jusqu'à
ce bébé d'un an à peine, chevauchant le flanc maternel, qui se trémousse comme sa mère,
comme tout le monde au rythme de cette mazurka :

PASSAGE TRACE (Mazurka)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Sainte-Marie !
On se croirait
dans un paysage
édénique
Nos Fêtes Communales... FÊTE DE SAINTE-MARIE

15 A O U T Fête de « S A I N T E - M A R I E », fète a u s s i de la « V I E R G E M A R I E » !...

« S A I N T E - M A R I E » n ' a r i e n à e n v i e r à sa voisine « T R I N I T E », p u i s q u e , là aussi, c ' e s t une


d é b a u c h e de joie, de gaieté, p a r m i les belles toilettes des f e m m e s , des paillottes pavoisées.
O n se c r o i r a i t d a n s u n p a y s a g e é d é n i q u e !...

Mais, p a r - d e s s u s t o u t il y a la d a n s e . P e r s o n n e ne se p r i v e de d a n s e r et la d a n s e d a n s n o t r e p a y s
n ' e s t p a s o b t e n u e p a r la science ni p a r la c o n t r a i n t e m a i s p a r l ' é p a n o u i s s e m e n t t o u t n a t u r e l de la
vie. Chez n o u s on d a n s e c o m m e on r e s p i r e , c o m m e o n dort, c o m m e on a i m e , c o m m e on c h a n t e !

Chez n o u s la d a n s e est l ' e x p r e s s i o n la p l u s s p o n t a n é e de la joie i n t é r i e u r e et p e r s o n n e ne s a u r a i t


r é s i s t e r a u c h a r m e de cette e n s o r c e l a n t e b i g u i n e :

«MUSSIEU LOULOU»
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Le L a m e n t i n !
Les fêtes p a t r o n a l e s
qui se d é r o u l a i e n t
dans une a t m o s p h è r e
paradisiaque
Nos Fêtes Communales... F Ê T E DU LAMENTIN

Les fêtes patronales du « LAMENTIN » qui attiraient tant de villageois par l'excentricité de
ses attractions, de ses échopes où trônaient de belles filles provocantes, gracieuses et rieuses,
ses bals qui occupaient des nuits entières, ses beuveries des débits pavoisés qui dégénéraient si
souvent en batailles sanglantes !
Fêtes patronales du « LAMENTIN » qui se déroulaient dans une atmosphère paradisiaque qui
faisait oublier aux jeunes leurs amours, leurs déceptions, leurs craintes, leurs jalousies, aux
vieux leurs années, à tout ce peuple gai, spontané, turbulent, sympathique, les brutalités de la
vie dans l'ivresse de ces inoubliables nuits qui duraient jusqu'au moment où l'orchestre des
coqs lançait leur salut cuivré à l'aube et que se mouraient les dernières notes de cette
désordonnée biguine :

ALEXANDRE PATI (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
(rondeuu !
Q u a r t i e r du L a m e n t i n
où nulle p a r t
la fête n'a été
plus brillante
Nos Fêtes Communales... FÊTE DE LA GONDEAU

E t voilà « G O N D E A U » ! c o m m u n e ou q u a r t i e r d u « L A M E N T I N ». « G O N D E A U » où n u l l e
p a r t , la fête n ' a été p l u s b r i l l a n t e , p l u s gaie, p l u s e x c i t a n t e , m a i s a u s s i p a r f o i s p l u s s a n g l a n t e !...

« G O N D E A U » où r o u l e le t a m b o u r qui a n n o n c e « LAGUIA » ou la « H A U T E T A I L L E » !...

Le t a m b o u r c h e v a u c h é p a r u n g a r s q u i t a p e s u r la p e a u de m o u t o n t a n é e et bien t e n d u e t o u t
e n le r a p a n t avec le talon. Un a u t r e g a r s d e r r i è r e lui, avec d e u x p e t i t s b â t o n s , t a p e en c a d e n ç a n t
la d a n s e et en f a i s a n t des c o m m a n d e m e n t s t a n d i s q u e les d a n s e u r s de t o u s âges p r e s s é s les u n s
c o n t r e les a u t r e s , d a n s u n e n c h e v ê t r e m e n t de longs b r a s et des j a m b e s de t o u t e s teintes, d a n s de
b r u s q u e s d é t e n t e s de j a r r e t s d a n s e n t ce « LAGUIA » qui s ' a c h è v e r a b r u y a n t , c o m m e la
r a y o n n a n t e a p o t h é o s e de la joie et de l ' a m o u r .

« LA FETE GONDEAU »
( P a r o l e s et m u s i q u e de L é o n a G A B R I E L )
Case-Navire !
L ' a i r est r e m p l i
de musique,
de rires, de chants
Nos Fêtes Communales...
F Ê T E D E SCHOELCHER, CASE-PILOTE, BELLE-FONTAINE

Et la fête continue dans toutes les communes de l'île : « SCHOELCHER », « CASE-PILOTE »,


« BELLE-FONTAINE ». C'est un peu partout la même ambiance de gaieté, de joie exubérante.
Chaque commune déploie les mêmes fastes, les mêmes luxes extravagants de places enguir-
landées, de paillotes illuminées.
Le ciel d'un pourpre royal scintille d'étoiles avec tout le charme mystique des bougies
d'anniversaires.

L'air est rempli de musique, de rires, de chants, de détonations de pétards qui font sursauter
bêtes et gens.
Dans ces communes du littoral ruisselantes d'électricité et de musique, les petites cases bordant
les plages ont fait peau neuve et sous la voûte des cocotiers entre-croisés au-dessus des chemins
rouges et verts, on respire la joie, la quiétude et la paix.
Les merles tracent des traits de feu dans l'air et les petites chapelles construites sur les rochers
au loin ont le même style sympathique que les cases et rutilent des lumières tremblotantes des
cierges et des bougies allumés.
Sur les plages, les marins-pêcheurs accordent toute leur activité aux astiquages et aux pavoi-
sements des barques qui prendront part à la course à la rame ou à la voile, qui se disputera
avec t a n t d'acharnement.

Etlebal public du marché s'ouvrira aux accents de cette biguine :

« M I E N B A G A I L L E QUI CHAUD! QUI DOUX!»


( P a r o l e s et musique de Léona GABRIEL)
Sur la plage du Carbet
l'ombre discrète
des cocotiers
s'allonge démesurément
Nos Fêtes Communales... FÊTE DU CARBET

Le soleil disparaît déjà au loin dans la mer, et sur la plage du « CARBET » l'ombre discrète
des cocotiers s'allonge démesurément.
Une dernière lueur du jour finissant inonde le pays et les formes du paysage s'estompent de
plus en plus dans le crépuscule.
Soudain, d'un bout à l'autre de la commune, s'étale un papillottement de lumières infinies. Sur
les places, la foule grouille autour des paillottes, des marchandes de sucreries, de gâteaux de
toutes sortes, autour des jeux, tous ces jeux qui sont les principales attractions des fêtes
patronales, et autour desquels les joueurs excités, passionnés, énervés, se ruent avec des gestes
désordonnés et parfois menaçants. Ces jeux par lesquels ils semblent vouloir construire un
monde enchanté, comme pour s'évader de l'autre bêtement rétréci par les convenances, les
défenses, les stupides préjugés et toutes les absurdités des uns et des autres. Ces jeux qui
dégénèrent si souvent en tueries et quand (appelez-le comme vous voulez) la malchance, la
poisse, la guigne, s'y mêlent et qu'ils ont tout perdu ! Eclatant de colère et de rage, ils offrent
comme enjeu n'importe quoi !... leur chapeau de paille ou de feutre dont ils étaient si fiers
et qui les rendaient si botzé ! Ils offrent leur chemise et offriraient leurs femmes s'ils le
pouvaient, tandis qu'au loin arrivent les accords de cette mazurka :

TINA... TINA (Biguine)


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)

Licence eden-19-7-4118347-7-91470340-6118173 accordée le 18


décembre 2018 à 4118347@7.com
Saint-Pierre !
La fête c o m m u n a l e qui réveille
chez ceu.r qui l'ont c o n n u e
et qui vivent encore
tant de souvenirs
Nos Fêtes Communales... F Ê T E D E SAINT-PIERRE

Et voilà « SAINT-PIERRE » ! Sa fête communale qui réveille chez ceux qui l'ont connue et qui
vivent encore tant de souvenirs !...

Tout comme ailleurs, c'est une débauche de lumière, de paillottes fleuries. Des bandes de jeunes
filles, plus belles, plus aguichantes les unes que les autres, se promènent bras dessus-dessous,
à travers les rues. Une d'entre elles raconte une histoire avec une surabondance verbale
inépuisable et puis chante des refrains que les autres reprennent en chœur.
En dépouillant l'histoire de ces refrains, il ne nous reste le plus souvent qu'une légende qui erre,
piétine, s'égare, se grossit d'éléments hétérogènes. Quant à l'inspiration du leit-motiv, elle est
souvent terre à terre, prend à partie certaines personnes et ces refrains ont presque toujours
un caractère méprisant et insultant sans pour cela être méchant car souvent il s'agit seulement
de rire ensemble d'une bonne farce qui a été jouée à quelqu'un.
Mais on ne fête pas « SAINT-PIERRE » sans évoquer ses vieilles chansons et quand le bal
public commence, c'est avec u n cri de joie qu'on accueille la clarinette qui module cette vieille
biguine comme un rappel des beaux soirs des fêtes patronales de la «VILLE MORTE».

« ETI TINTIN »
(Folklore)
« Le P r ê c h e u r »
que semble d o m i n e r
« La Pelée »
d o n t le cône se découpe
à l'horizon
Nos Fêtes Patronales... FÊTE DU PRÊCHEUR

Et voici le « P R E C H E U R » q u e s e m b l e d o m i n e r la « P E L E E » d o n t le cône se d é c o u p e à
l'horizon.

Au pied de la m o n t a g n e , c ' e s t c o m m e u n p a y s a g e d ' a s t r e s m o r t s e n v e l o p p é et p é n é t r é d u beau


silence de la n u i t , t a n d i s q u e le « P R E C H E U R » r u t i l e de l u m i è r e et des b r u i t s de la fête.
Des m a r c h a n d e s de s u c r e r i e s , de g â t e a u x , d e v a n t leurs é v e n t a i r e s , o f f r e n t l e u r s d o u d o u c e s a u x
p a s s a n t s avec l e u r p l u s g r a c i e u x s o u r i r e et l e u r s q u o l i b e t s qui n ' o n t r i e n à e n v i e r à ceux des
titis p a r i s i e n s .
L a R a d i o et les p i c k - u p d é v e r s e n t des a i r s q u i f o r m e n t u n e sorte de c a c o p h o n i e q u e d o m i n e n t
les cris s t r i d e n t s des c l a r i n e t t e s , l a n ç a n t cette b i g u i n e :

« STEPHANE !... L'HOMME AUX TROIS COULEURS !»


(Folklore)
Le « M o r n e - R o u g e » !
La fête qui déverse
sur le pays e n t i e r
le sourire de la l u m i è r e
et l'invitation de la vie
Nos Fêtes Patronales... FÊTE DU MORNE-ROUGE

Au « MORNE-ROUGE », la fête patronale commence par les cérémonies religieuses.


Dans l'Eglise en liesse, la Grande Messe est célébrée grandiosement et les hymnes, les psaumes,
les cantiques semblent monter au ciel dans les parfums des fleurs, de l'encens et des cierges
allumés à tous les hôtels.

La Messe terminée, c'est la ruée vers les places où se trouvent paillottes, courses en sac, tirs
aux canards, jeux de baquets, mâts de cocagne. Ces mâts de cocagne enduits de savon et où
sont suspendus en essaim, jambons, saucissons, boîtes de sardines, paquets d'allumettes,
tablettes de chocolat, et qui font la joie des petits et des grands, puis les manèges pris d'assaut
e-t le bal public au marché où l'on dansera jusqu'au jour.
« Cinq heures » ! Les cloches de l'Eglise sonnant l'Angélus, ébranlent l'air et les premiers feux
du soleil levant ont fait taire tous les bruits de la fête.

Des restes de gouttelettes de rosée bleue sont accrochés haut dans les ramures immobiles.
Le firmament ressemble à la nappe bleue d'une prairie de vitrail où pâture un troupeau
moutonneux de nuages d'argent et nous révèle la beauté du ciel, tandis qu'au loin, dans la
campagne environnante qui étale partout sa splendeur, le tambour gronde encore avec un bruit
de tonnerre pour ce « LAGUIA » qui clôture la fête en déversant sur le pays entier le sourire de
la lumière et l'invitation de la vie.

DOUDOU ! MOIN KA MANDE OU PADON ! (Biguine)


(Folklore)
« Grand-Rivière » !
De la terre moite
monte une odeur
âcre et tiède
Nos Fêtes Patronales... FÊTE DE GRAND-RIVIÈRE

« GRAND-RIVIERE » fête sa Patronale. Le clocher de l'église pointe sa flèche sous le ciel d'un
bleu métallique et dispense aux campagnes environnantes le chant sonore et doux de ses cloches.
Le jour baisse insensiblement. Les derniers rayons du soleil couchant coiffent les cimes lointaines
des montagnes et de la terre moite monte une odeur âcre et tiède.
« GRAND-RIVIERE » fête sa Patronale, pareille à celle de toutes les autres communes. Le bourg
rutile de lumière et comme partout ailleurs, de belles filles de toutes teintes, au charme
étrange, avec le même visage lisse, les mêmes prunelles fauves, la même bouche voluptueuse
et charnue, le même ovale allongé, vont et viennent avec une joie puérile qui leur met le
rire aux lèvres, agrandit leurs yeux, éclaire leur face, et dans le bruit de la fête qui commence,
les accords d'un orchestre de bal, montent éclatants et sonores, préludant cette vieille valse de
notre folklore.

«NOTRE PETIT PARADIS»


(Paroles du refrain de Léona GABRIEL. Musique du folklore)
Le Macouba !
D'autres jeunes
battent des m a i n s
Nos Fêtes Patronales... FÊTE DU MACOUBA

Le soir tiède et léger, traversé d'une brise fraiche accourue du large et chargée d'une acre
senteur marine, enveloppe « MACOUBA » qui fête aussi sa patronale.
La foule circule lentement, admirant les paillottes illuminées et les jeux de toutes sortes.
Des garçons suivent des filles, l'esprit tendu vers les convoitises charnelles, s'efforçant de les
séduire, de leur plaire, de se mêler à elles. C'est une atmosphère étrange de passion qui flotte
dans l'air, un immense besoin de tendresse qui fait palpiter la chair, et dans le bal public qui
commence, dans la douceur tiède cui monte de la terre, ils dansent tandis que d'autres jeunes
battent des mains, pointent en cadence à rudes claquements de paumes les mouvements si bien
rythmés de cette mazurka :

« MOIN OLIVIA »
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Basse-Poiiite !
L'horizon s'obscurcissait
d'ombres mauves
s u r Basse-Pointe
Nos Fêtes Patronales... F Ê T E DE BASSE-POINTE

L'horizon s'obscurcissait d'ombres mauves sur « B A S S E - P O I N T E ». Le vent chassait un


t r o u p e a u de n u a g e s b l a f a r d s à t r a v e r s le ciel et v a p o r i s a i t sans a r r ê t u n e p l u i e f i n e et tiède
q u i n o y a i t le p a y s a g e .

Le soleil a g o n i s a n t e f f l e u r a i t l ' a r ê t e des m o n t a g n e s a u loin et d ' u n c o u p l ' o b s c u r i t é p r i t


p o s s e s s i o n de la terre. Les f e u x s ' a l l u m è r e n t , r o u g e o y è r e n t de p a r t o u t et les p r e m i è r e s étoiles
t r o u è r e n t de l e u r s p o i n t e s d ' o r la v o û t e d u ciel.

Les d é t o n a t i o n s de p é t a r d s se m u l t i p l i a i e n t , les cris des e n f a n t s c o u r a n t p a r t o u t , émerveillés,


les j u r o n s des j o u e u r s a p r è s u n c o u p m a n q u é et, d o m i n a n t t o u s ces b r u i t s , l ' o r c h e s t r e du
bal j o u a n t c e t t e b i g u i n e :

« CHARLOTTE BOSSE A COCO »


(Folklore)
Le Marigot
Les m o r n e s assaillis
p a r sa belle flore
r é s o n n e n t de mille
joyeuses c l a m e u r s
Nos Fêtes Patronales... F Ê T E DU MARIGOT

Une atmosphère de fête, de libations, règne sur « MARIGOT ». Les basses-terres qui traînent
dans la mer leurs pinces de vase, les mornes assaillis par sa belle flore, résonnent de mille
joyeuses clameurs !
La fête ne commence vraiment et comme partout, qu'à la fin de l'après-midi. La joie, l'anima-
tion mettent une sourdine jusqu'à cet instant-là. De minute en minute l'expectative devient plus
ardente, l'impatience croît et après ce répit d'attente, les sons, les odeurs et la lumière se livrent
à un ballet vertigineux. Les langues dégourdies babillent des propos pimentés et l'école
communale où s'est installé le bal public est prise d'assaut par toute cette jeunesse du
« MARIGOT » qui se sent comme électrisée par les accords de cette biguine :

« TIT BOURRIQUE »
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)

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« Le L o r r a i n » !
« Le L o r r a i n »
au bord du rivage
sans h a v r e
Nos Fêtes Patronales... F Ê T E DU LORRAIN

Le « LORRAIN » au bord du rivage sans havre, n'offre pas, comme les autres communes
côtières, le décor des filets de pêche séchant au soleil, des barques reposant sur le sable fin.
La mer toujours en furie, aux heures des brutalités très fréquentes, emporte tout !...
Sur la Place du Marché, le spectacle des paillottes décorées de palmes et de drapeaux, des
branchages rouges et jaunes, des lianes et des fougères, est imposant et convie à la gaieté, aux
sourires et à l'entrain naturel, ce petit monde secoué de rires sonores, des interpellations.
Dominant la rumeur des conversations, arrivent à eux comme un rafraîchissement que leur
cœur altéré n'avait jamais connu, les accords de cette biguine :

« PAS COUTE MENTEUR »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
C'est une b a c c h a n a l e
de lumière
et de couleurs
qui e n v e l o p p e n t
le pays e n t i e r
Nos Fêtes Patronales... FÊTE DU ROBERT

Et voici le « ROBERT » qui, dans toute sa splendeur, fête aussi sa Patronale.


C'est une bacchanale, une débauche de lumière et de couleurs qui enveloppent le pays entier.
De la terre pénétrée de chaleur monte comme un vaste ronronnement de béatitude. L'air embrasé
et plein de vibrations semble chargé d'innombrables et secrètes fermentations.
Sous l'immense splendeur du ciel s'étale le spectacle du « ROBERT » rehaussé d'éclatantes
lumières.
Au milieu de la baie, sur les eaux d'un bleu profond, les barques pavoisées de drapeaux, de
fleurs de bougainvilliers, se balancent avec lenteur et au-delà jusqu'à l'horizon, la mer étend
sa nappe scintillante et déroule sa longue houle régulière et profonde.
Le spectacle de la baie est féerique. Un radeau pavoisé aussi de fleurs, de drapeaux, de lanternes
de toutes couleurs, et sur lequel un orchestre est installé, se balance doucement.
A voir cette baie du « ROBERT », on a l'impression de recueillir des témoins d'une beauté
antérieure, charriés dans un fleuve de vulgarités et d'insipidités, comme un beau rève émerge
de la nuit d'un amnésique.
Sur la place, les petites paillottes sont aussi féeriques et une foule compacte s'y presse pour
déguster sirops de toutes couleurs, jus de fruits de toutes sortes mais surtout « ALOLO » a.
Plus loin, des petites tables où sont installés les jeux de welto, baccara, rouge et noir, serbi,
tous ces jeux qui font de la plupart des joueurs des déplumés.
Puis, c'est la maison d'école, transformée en salle de bal et où l'orchestre lance les premières
notes qui semblent jeter aux étoiles, cette vieille et ensorcelante biguine :

«CE JEUNESSE ACTUELLEMENT A »


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Le « Vauclin » !
La m e r p a r t o u t si m e r v e i l l e u s e m e n t belle,
si é t e r n e l l e m e n t jeune,
se soulève et s'abaisse l e n t e m e n t
c o m m e le sein d ' u n e f e m m e
haletante d ' a m o u r
Nos Fêtes Patronales... F Ê T E DE PARTOUT

Nos fêtes communales dans le SUD comme dans le NORD, restent toutes pareilles et c'est dans
la même ambiance, et avec le même éclat qu'elles se déroulent.
Au « SAINT-ESPRIT », à « DUCOS », au « FRANÇOIS », c'est partout les mêmes paillottes
étincelantes comme des étalages de bijouterie, le même pavoisement de lanternes vénitiennes
de toutes couleurs, de lauriers fleuris qui cueillent les lumières et éblouissent le regard de
leurs chatoiements irisés.
Au « VAUCLIN », au « DIAMANT », à « SAINTE-LUCE », au « MARIN », à SAINTE-ANNE »,
la mer partout si merveilleusement belle, si éternellement jeune se soulève et s'abaisse lente-
ment comme le sein d'une femme haletante d'amour. Tout le long de ses amoureuses plages,
indolemment abandonnées aux baisers de la mer les barques des pêcheurs paraissent flotter au-
dessus d'elle, glissant dans l'espace comme des papillons blancs sur une immensité de bleuets !...
A «RIVIERE-SALEE », «PETIT-BOURG», «RIVIERE-PILOTE », on plie bagages, on démé-
nage, et les bruits de la fête, les cris des marchandes de toutes sortes, les jacasseries féminines,
la musique larmoyante des chevaux dé bois, des phonos à court de disques rabachant les mêmes
morceaux, partout nos « FETES COMMUNALES » s'achèvent.
E t c ' e s t f i n i !.:. nos fêtes communales s'achèvent, laissant au cœur des souvenirs inoubliables
q u e l ' o n g a r d e , que l'on conserve, que l'on retrouve avec des joies d'amour, de volupté et la
g r i s e r i e d e c e t t e -gouailleuse rengaine :

« DU FEU PRIS EN TETE MADAME LA »


(Folklore)
Il f a u t m e t t r e un P,
a dit le j o u r n a l « I n f o r m a t i o n »,
sur notre folklore.
Mais p o u r q u o i pas sur 1848, puisque le temps
a couvert tous ces haillons du passé.
Mais l'histoire est là
NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS ou UN «P» PARTOUT, SUR TOUT

Dans un journal local, j'ai lu ces jours derniers avec beaucoup de tristesse et de peine cette phrase :
« Nous devons mettre un « P » sur la musique martiniquaise, et dire « ADIEU » à nos biguines et à
nos mazurkas ! »
Je ne fais, certes, pas un crime il mes jeunes compatriotes de vouloir évoluer, mais pourquoi ce « P »
sur notre musique, sur nos danses, sur tout ce qui faisait le charme, la beauté de notre pays.
Mettre un « P » sur notre folklore, sur notre patrimoine musical, c'est aussi mettre un « P » sur toutes
nos traditions, sur toutes nos coutumes, sur tout ce que nos ancêtres nous ont inculqué de générations
en générations et que, jalousement, nous avons toujours gardé.
En y pensant encore, je sens une douce torpeur m'envelopper et voici que je rêve... Je rêve et là,
devant mes yeux, dans une sarabande effrénée, je les vois tous debout, brandissant leurs instruments
en signe de protestations. Les voici ceux de « SAINT-PIERRE » ! « CYRIQUE, LUDGER LIBON, LES
FRERES CERAN, ANTOINE LIBON, MASSI, HOMERE MONDA, BONIFACE, ALPHONSE-POULOUTE,
OCTAVE, ISAMBERT, FArTELEAU », et plus près de nous, suivant les autres dans ce «DEBOUT
LES MORTS ! » voici :
« ADIDI, ROMULE, PIERRE EDRAGAS, ALEXANDRE STELLIO, EDGARD AUGUSTIN, MARIUS
LANCRY, CRESTOR. »
Et voici les vivants qui entrent dans la danse : « VICTOR CORIDUN, LEON APANON, ISAMBERT
VEILLE ». Et voici « SAINT-HILAIRE » qui garde au fond du cœur, la dernière vision de tout ce qu'il
ne verra plus.
« Nous devons mettre un « P » sur la musique martiniquaise et dire « ADIEU » à nos biguines et à
nos mazurkas... Mais il faut mettre aussi un « P » sur tout ce qui reste du vieux passé. »
Fort heureusement que l'histoire est là qui répond et l'histoire, malheureusement, pour beaucoup, ne
s'efface pas !...
Il faut mettre un « P » sur nos musiques, sur nos danses, D'ACCORD ! mais aussi sur l'histoire de
notre pays ! Il faut mettre un « P » sur 1848 ! puisque le temps a couvert tous ces vieux haillons du
passé. « OUI ! » l'histoire est là ! et elle dira que les ennemis du folklore martiniquais, ce sont les
Martiniquais eux-mêmes, seuls les Martiniquais ! Mais en attendant voici une vieille chanson de
« SAINT-PIERRE » :

«VIEUX VIANNE»
(Folklore)
Belles das de chez nous.
Das ! a u x a n n e a u x p a n i e r s
Das ! a u x colliers c h o u x
NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS ou UN «P» PARTOUT, SUR TOUT (suite)

Et puisque nous sommes en train de mettre un « P » sur notre folklore ! Puisque nous devons dire
« ADIEU » à nos biguines et à nos mazurkas ! Puisque nous devons mettre un « P » sur tout ce qui
faisait de notre « MARTINIQUE », de notre belle « MADININA »... la plus belle perle des « ANTILLES » !
Profitons de cette distribution de « P » et d' « ADIEUX »... et disons un dernier « adieu » aux
disparues de longue date... à nos « DAS ».
Nos « DAS » !... Belles « DAS » de chez nous ! sensibles et vivantes, aimables et accueillantes. « DAS »
de chez nous dont le c œ u r contenait tout ce qu'un c œ u r féminin peut contenir de pitié, de douceur
tendre, de dévouement et de courage.
« DAS » de chez nous qui ont gardé avec le même soin jaloux, les mêmes attentions, la mère, la fille
de la mère, la petite-fille de la grand-mère.
«DAS» naïves, au cœur simple comme celui des bébés dont elles avaient la garde ! «DAS» aux
esprits d'élite, aux délicatesses et aux élégances d'affection sans pareille.
« DAS » de chez nous, confidentes des peines, des chagrins, des soucis, des infortunes.
«DAS» de chez nous ! « DA PAULIN E », « DA N ANIE », « DA CONSTANCE », « DA CAMILLE »,
« DA AGNES », « DA LUCIENNE », « DA LAURENCE ».
« DAS » de tous les noms féminins du calendrier.
« DAS » qui ont guidé nos premiers pas ! qui ont vu nos premières dents ! qui se croyaient largement
payées p a r la douceur de l'existence qui leur était faite.
« DAS » de chez nous qui n'attendaient rien en échange de ce qu'elles donnaient !
« DAS » de toutes les fêtes, de toutes les joies, « DAS » parées comme des châsses, vêtues de leurs plus
beaux atours. «DAS» aux anneaux p a n i e r s ! « D A S » aux colliers choux ! « D A S » qui, de générations
en générations, portaient les enfants au baptême, les conduisaient à leur Première Communion ! et
plus tard, avec quelle arrogance, quelle élégance, quelle fierté, quelle distinction, soutenaient les longs
et vaporeux voiles des mariées !
« DAS » de chez nous, pour qui l'affection ne se payait qu'en affection, qui savaient conserver leur
tendresse, leur attachement jusque dans la mort !
« DAS » de chez nous qui, avec tous les vieux airs de notre folklore berçaient les pleurnicheries, les
chagrins de nos petits pour les e n d o r m i r :

« SI PITIT YCHE MOIN PAS LE FAIT DODO !»


( Folklore)
La bibliothèque « Schoelcher »
où tous ceu.v qui d e s c e n d a i e n t
en ville p o u r la p r e m i è r e fois
se signaient,
la p r e n a n t p o u r une église
PETITS FAITS... PETITS RIENS MARTINIQUAIS

Il y a des gens qui adorent les départs et les arrivées des bateaux et qui se rendent à la
« Transat » au premier signal comme ils vont à la messe au premier son de cloche !
MOI ! J'adorais les arrivées des petits yachts faisant le trajet « Petit-Bourg, Fort-de-France,
Lamentin, Fort-de-France », qui arrivaient « VOUCKOUM ! VOUCKOUM ! », débarquant le flot
bruyant des campagnards traînant après eux ou juchés bien en équilibre sur leur tête : sacs,
paniers remplis de légumes, de fruits de toutes sortes, et se rendant au marché.

Ces petits yachts « SALLERON MAROTEL » qui mettaient tant d'animation, t a n t de joie mais
aussi tant de vociférations à leur arrivée comme à leur départ ! dans ce petit coin du carénage.
Ce qui m'amusait et que je guettais, souvent cachée derrière un arbre, sur la savane, c'était le
passage de ces campagnards devant la bibliothèque « SCHOELCHER » où tous ceux qui
descendaient en ville pour la première fois, se signaient, la prenant pour une église. D'autres
passaient la grille et s'agenouillaient en un pieux recueillement troublé par le rire des passants
qui leur criaient : « Cé pas en l'église ! cé en case livres ! »
Et les rires les accompagnaient jusqu'au marché. Souvent l'un d'eux se retournait vexé et
lançait des injures du p u r cru martiniquais et on entendait les injuriés outrés qui leur criaient :
« Cé bien ça ! Tiré chique ba nègre, i k a mandé' ou course courL! », tandis que je marchais
vite vers une maison d'où s'échappaient les accords de cette valse de notre folklore :

«PETITE REINE DES TROPIQUES»


(Paroles de Léona GABRIEL. Musique du folklore)
Ces chemins, ces coins
qui d o n n e n t le p a i n blanc
et avec l ' a m o u r d u r
de la femelle,
la p r o f o n d e joie de vivre
PETITS FAITS... PETITS RIENS MARTINIQUAIS (suite)

Dans le soir tiède, d'une douceur qui caresse la chair, le crépitement aigre d'une mandoline se
fait entendre et un chanteur glapissant à la lune, debout devant le marché et entouré de
badauds, lance en un trémolo langoureux, une biguine de sa création.
La voix du chanteur plane sur la r u m e u r des conversations, le klaxon des autobus déversant
leurs marchandises. C'est un tohu-bohu fracassant, un feu d'artifice de sons qui se
fondent en un accord unique, ininterrompu, voluptueux, douloureux, le chant de l'àme martini-
quaise ! Puis, le chanteur sourit ! retrousse un peu les lèvres pour montrer ses dents blanches
et se tourne de droite à gauche vers les badauds, offrant ainsi ses chansons imprimées sur du
papier de toutes couleurs.
« QUI EN VEUT ? »... C'est cinquante francs ! Cinquante francs ! Et dire qu'il n'y a pas si
longtemps, pour moi, « COUCOUNE », « CHERUBIN », « ETIENNE », nos braves « commères »
vendaient les miennes cinq sous sur lesquels j'avais trois sous, juste de quoi payer à mon
copain, mon ami, Jean Saint-Louis, le papier sur lequel il me les imprimait.
« PETITS FAITS... PETITS RIENS » dans ce pays où la nature a tant gâté ses enfants, dans
ce pays où les herbes poussent plus hautes que partout ailleurs, où les cris des oiseaux sont
plus purs, ce pays où la nature, semble-t-il, a voulu rassembler ses charmes les plus étranges
et les plus bucoliques à la fois.
Ce pays où se sentait le bonheur, si je ne m'abuse, plus durable et meilleur que tous les bonheurs
décrépits, tissés de mélancolie, de regrets ou de peur triste et jalouse.
Ce pays où on savait aimer sans points factices d'exclamation, sans guillemets prétentieux, où
les baisers ponctuaient seuls les babils sans phrase mais non sans ivresse !
Mais à quoi bon tous ces regrets inutiles, oublions ! oublions ! et écoutons cette vieille rengaine
de notre folklore qui nous aidera à retrouver les chemins où l'oiseau chante, où la fleur sourit.
Les chemins qui conduisent vers les agrestes travaux, les chemins pétris de noble, d'honnête
réalité, les chemins qui donnent le pain blanc et avec l'amour dur de la femelle, la profonde
joie de vivre, le sourire de la pensée la plus profonde !

TANT PIS POU ÇA QUI PAS NI DOUDOU (Biguine)


(Folklore)
Eu.r et moi !
E u x ! ce sont mes copains !
Les copains
de m a t u r b u l e n t e jeunesse !

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EUX... ET MOI

« EUX» !... ce sont les copains, les miens, les copains de ma turbulente jeunesse !... Les copains que
j'aime tant à retrouver dans mes souvenirs, quand seule avec moi-même, je les fais défiler devant mes
yeux tel un film, avec tout ce que comporte ce film de beau, de gentil, d'affectueux, de sincère, de
gracieux et même de douloureux.
C'était bien avant la guerre 14/18, le football commençait à prendre de l'extension ici et quelques
jeunes décidèrent de fonder un Club.
Dans une vieille cour aux murs délabrés de la rue Ernest-Renan, les deux frères Moyse louèrent
une chambre. Comme ameublement, deux lits de camp, une table boîteuse, deux chaises et leurs
vêtements accrochés çà et là aux h a s a r d s des clous branlants.
Ils furent d'abord quelques-uns, peut-être une dizaine, puis d'autres vinrent plus nombreux se joindre
à eux et dès six heures du soir, tous ces jeunes, ivres de liberté, de joie, de plaisirs, de soleil,
remplissaient la vieille cour.
Les liens de camaraderie amicale se resserrèrent entre les membres du trépidant Club tout en laissant
une grande liberté à chacun.
On discutait foot-ball, on commentait les faits saillants du jour, on ignorait la politique, on parlait du
passé et du présent, mais jamais de l'avenir qui semblait réservé, muré comme s'il ne devait pas arriver.
Le folklore de mon pays, c'est pour moi un univers plein de beautés que je ne voudrais pas voir
tomber en ruines ! Et comment le vivre, le revivre, sans évoquer tous ces copains dont la plupart de
ceux qui vivent encore, ne sont plus maintenant que des patriarches qui font danser sur leurs genoux
leurs petits-enfants.
Mes copains !... L'équipe du fameux Club : AUGUSTE et CASTELLY MOYSE, PELLIERE et JO, NENEL
DONATIEN, BERNARD SARDABY, ANTONY et CHARLES PETERS, ERNEST TAVIERE, MATHURIN,
ROBARD, RAPHAËL RAMIN, LEONARD DUILLET, JULES et ALBERT PARIS, GABRIEL AUGUSTIN,
EUGENE FERDINAND, ROLAND GRANGENOIS, RICHARD et MANO POURTOUT, RENE TI-I-TAMING,
ANTONY DILON, FORDANT, BIENSEANT, et tant d'autres encore. C'est avec un beau sourire que
j'évoque votre souvenir à tous et le souvenir des beaux soirs passés dans cette vieille cour, où nous
retrouvions la fraîcheur, le naturel, la naïveté, et aussi l'insouciance, l'insolence et un peu le cynisme
de nos vingt ans, tandis qu'éclataient, égrenées comme des perles sonores au fond d'un vase de cristal,
les premières notes de cette vieille mazurka de notre folklore :

«MOIN KE MONTE SAVANE PERINNELLE' A»


(Folklore)
Dans cette ambiance
on avait alors le sentiment
de s'arracher
à une légende romantique
pour se ramener
vers la vie brève
EUX... ET MOI (suite)

Comme la vie en ce temps-là était belle et comme on était heureux de vivre dans cette vieille
cour et comme on s'y amusait de tout et d'un rien, car les amusements s'avéraient souvent
puérils et bêtes, à peu près toujours les mêmes !
Lorsqu'un campagnard demandait le plus court chemin pour telle ou telle rue, invariablement
on l'aiguillait au rebours de la bonne direction. Cette plaisanterie était devenue tellement une
habitude qu'elle ne parvenait plus à divertir personne. On ne la continuait que par routine.
D'autres fois, on liait ensemble deux chats par la queue, et de rire et de se tordre devant
l'inutilité de leurs efforts, de la bataille qu'ils se livraient. Et la peur folle d'un pauvre chien
à la queue duquel on fixait une vieille casserole de fer blanc, et on pratiquait une foule de
plaisanteries du même genre comme d'accrocher avec une épingle, recourbée, un morceau de
chiffon au dos d'un copain qui s'en allait, fier comme Artaban, sans se douter qu'il lui était
poussé une queue au dos.
Ils poussaient leurs taquinerie à l'extrême et les marchandes des rues, les disgraciés de la
nature, en savaient quelque chose. D'Auguste, pété boyaux ! jusqu'à Caca diable en passant
par Julie mi la croix, Couli bouffi, Pomme tê ! Tout le monde y passait.
Ce n'était pas bien méchant, mais simplement le jeu de grands gosses. Et dans cette ambiance,
on avait alors le sentiment de s'arracher à une légende romantique pour se ramener vers la vie
brève et à l'appel des mandolines étranglant cette biguine :

« LUTIMA »
(Folklore)
Q u a n d la lune
p o u d r é e de frais
tout en h a u t du ciel,
éclairait
la ville e n d o r m i e
EUX... ET MOI (suite)

J'ai toujours eu une certaine prédilection pour les copains, car avec eux, jamais d'histoires,
jamais de cancans si chers aux femmes de chez nous.
La plupart d'entre eux faisaient de la guitare et de la mandoline : « ANTONY PETERS,
RICHARD POURTOUT », guitaristes « AUGUSTE MOÏSE, ANTHENOR, CHARLES PETER »,
les mandolinistes, etc... Attirée vers eux, surtout par la musique, seule avec eux aux soirs de
pleine lune, quand le ciel était pur, lumineux, d'une richesse infinie d'étoiles, quand la lune
poudrée de frais tout en haut du ciel, éclairait la ville endormie, nous partions en groupe,
guitares et mandolines en tête, et c'était, mêlées aux valses, aux biguines, aux mazurkas de
notre folklore, toutes les nouveautés parisiennes, de la « P E T I T E TONKINOISE » aux « BORDS
DE LA RIVIERA ».

La partie chant m'appartenait !... On s'arrêtait devant les maisons amies où l'on donnait des
sérénades, des aubades ! encore une de nos vieilles coutumes presque complètement disparue,
et la tournée s'achevait à minuit et on se quittait, heureux de la bonne soirée écoulée et en
jetant aux étoiles cette belle biguine :

DOUDOU MOIN DANS BRAS MOIN (Biguine)


(Folklore)
1914 !
Puis la g u e r r e vint
avec tout son cortège de désolations,
et d é m a n t i b u l a
le club de mes copains.
Un d é p a r t de soldats.
EUX... ET MOI (suite)

Puis la guerre 14/18 vint avec tout son cortège de désolations et démantibula le « CLUB ».
On vit partir « EDOUARD SIMON », mon bon Edouard si regretté, Edouard, jeune avocat plein
de talent, à peine à son début de carrière, puis « GABRIEL AUGUSTIN », « PIERRE EDRAGAS »,
et tant d'autres encore qui ne revinrent jamais, tombés face aux « BOCHES ».
Dès le premier soir de leur incorporation, il y eut comme un voile de deuil sur la vieille cour.
Puis, l'entrée de Pierre EDRAGAS détendit les esprits. Pierre, un peu le boute-en-train du
« CLUB », Pierre qui avait toujours une bonne farce à faire, une bonne histoire à raconter,
nous raconta sa petite histoire :
Incorporé à « ROCHAMBEAU », on avait rassemblé tous les soldats dans la cour pour l'appel
et on avait placé un illettré à côté d'un lettré chargé de lui rappeler son nom et de lui faire
répondre « PRESENT » à son appel.
Soudain on appela « HIPPOLYTE JEAN-MARIE » ! « HIPPOLYTE JEAN-MARIE » ! Personne
ne répondit. Mais Pierre sursauta en jetant les yeux sur le livret de son voisin et lui dit vive-
ment : Cé ou « HIPPOLYTE JEAN-MARIE », réponne « PRESENT » ! Mais l'autre, indigné,
furieux, lui répondit : Qui « PRESENT » ! Qui « PRESENT » ! case en man moin, cé tit Popo
yo ka crié moin, cé pas pièce « PRESENT » ! Et Pierre jubilant attrapa son trombonne et nous
lança cette mazurka :

LA NUIT (Mazurka)
(Folklore)
Moi ! à 30 ans.
Non ! je ne les regrette pas.
On ne regrette
que les choses m o r t e s
et m a jeunesse, à 75 ans,
est bien vivante en moi.
EUX... ET MOI (suite)

Il ne faut pas croire et comme l'a prétendu un journal local que je regrette ma jeunesse !...
On ne regrette que les choses mortes !... Et ma jeunesse est bien vivante en moi !
Aucun regret, aucun désespoir, aucun sentiment d'avoir vieilli ou d'être inutile ne m'a jamais
envahi.

J'ai toujours laissé les contradictions se résoudre dans les dessous de ma conscience et c'est
souvent, lorsque je sens mes membres autant que les songes enchaînés, que je joue le mieux
ma partie de Liberté.
Dans mes bilans, j'ai toujours su faire apparaître, et à l'encre rouge, ce compte des Pertes et
Profits, que tant d'êtres ne savent ni reconnaître, ni évaluer.
Notre CLUB n'était pas exempt de critiques malveillantes, mais pour nous les ON DIT, autant
en emportait le vent !
Nous savions que dans notre petit pays, et c'est toujours pareil, on ne va jamais au fond des
choses. Respectez le qu'en dira-t-on, et faites ce que bon vous semblera, en cachette, à l'abri
d'un voile discret, nul n'y trouvera à redire.
Nous nous moquions donc de tous les qu'en dira-t-on. Nous riions comme des fous de toutes
les critiques et nos rires moqueurs saupoudraient comme un vin léger les détails crus, les
réflexions audacieuses auxquelles nous savions répondre par un air de biguine comme celui-ci :

MAYOTTE... MA FI... PAS PLEURE


(Folklore)
Si la Martinique r e d e v e n a i t
ce qu'elle était !
Revoir F o r t - d e - F r a n c e
avec ses, à peine,
vingt mille h a b i t a n t s !
SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ÉTAIT

Il est gênant d'avoir, comme moi, une mémoire de tonnerre de DIEU !


Il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas ça ! Moi, je trouve qu'il est bien plaisant quand on
peut remonter loin, très loin, et je crois aussi que lorsqu'on arrive à un certain âge on voit
mieux de loin que de près, surtout quand l'ceil a trainé sur des tas de choses parfois dégoutantes
et laides mais souvent lumineuses et nettes, des tas de choses fixées définitivement dans la
boîte-magasin des souvenirs.
«SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE E T A I T » !...
Revoir Fort-de-France avec ses à peine vingt mille habitants. Fort-de-France où nulle existence
au monde ne paraissait aussi enviable que celle que l'on y vivait. Vie facile et belle où une
jeunesse compacte, unie, serrée, roulait comme un fleuve de gaieté par ses rues. Une jeunesse
qu'on sentait travaillée par un flot de gentillesse et désireuse de les exprimer, toutes à la fois.
Cette belle jeunesse avec sa figure bienveillante, qui brillait comme de gros sous neufs et aussi
brillante que cette valse :

«VALSE IVRE... VALSE D'AMOUR»


(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Revoir ce m a r c h é
où on r e t r o u v a i t
une sensation de f r a î c h e u r ,
une o d e u r de vacances
SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ÉTAIT (suite)

Si la Martinique redevenait ce qu'elle était !... Revoir ce marché où on retrouvait une sensation
de fraîcheur, une odeur de vacances, un festin des yeux ! Revoir les belles gueules de « YAYA
LANDES », «NINISSE », « APPOLINE », «Mme BALTHAZAR » et de tant d'autres de nos
marchandes si affables, si aimables et qui vous accueillaient avec tant de gentillesses.
Revoir ces lots de légumes, de fruits bien étagés, qu'on vendait par tas, on ignorait les kilos,
des tas d'ignames de toutes sortes pouvant nourrir dix personnes pour dix sous, le tas de
patates pour deux sous, les mangots à cinq, six pour un sou, l'avocat à deux pour trois sous
suivant la grosseur, le bel ananas pour trois sous. Entendre les cris de nos marchandes de
poissons à l'autre bout de ce même marché qui gueulaient les coulirous, les macriaux, les
balarous à trois sous pour cinq livres et le thon à cinq sous pour trois livres. Et en face, le
marché de viande où le kilo de filet mignon se vendait deux francs, le reste et dès deux heures
de l'après-midi, à huit ! à huit ! à huit ! à huit sous le kilo tandis qu'un vieux phono à cornet,
dans une maison en face, lançait cette vieille mazurka de « SAINT-PIERRE » :

« RATE LA »
(Folklore)
Revoir la r u e Saint-Louis
avec ses m a g a s i n s !
Ses m a g a s i n s sans éclats, sans néon,
qui p o r t a i e n t les noms de
« « «
« F o r b a s », « Molinard », etc...
SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ÉTAIT (suite)

Si la Martinique redevenait ce qu'elle était !... Revoir la rue « SAINT-LOUIS », avec ses
magasins, les grands aussi modestes que les petits. Ses magasins sans éclats, sans néon, qui
portaient les noms de : « CAILLA VET », « DOLIVET », « SANS PAREIL », « VINCENT »,
« FORBAS », «MOLINARD ».

Ces magasins avec leurs marchandes aussi gracieuses que les patronnes, ces marchandes qui
n'affichaient pas de sourires commerciaux ou de commande pour vous accueillir, mais un
sourire instinctif, naturel, sincère et de bon aloi. Ces marchandes qui, sans impatience, sans
acrimonie, sans rage, gentiment vous descendaient des étagères et vous déballaient les belles
pièces de tissus indiennes, de satinette à 10, 12 et 14 sous le mètre, les petites pièces de mada-
polam de 10 mètres sans apprêt pour 4, 5 francs. Les véritables madras, pas les coco z'aloye,
avec leur vague odeur de carry indien à 2 fr 50, les foulards carton dont se paraient nos
belles matadors à 2, 3 et 5 francs.
Et dans cette même rue « SAINT-LOUIS », nos bijoutiers aux vitrines rutilantes d'or et de
pierreries : les « CRISOLIA », « DANIEL », « VALBON », « LAMY », qui vous offraient, payables
10, 20 francs par mois et en toute confiance, des forçats du plus gros à 325 francs jusqu'au
plus petit à 75 francs et les grandes chaînes dites de sûreté, de 2 m 50 de long, avec leur grosse
breloque à pompons frangés comme une banière d'enfants de « MARIE », et leur gros médaillon
où l'on gardait bien cachée et recouverte d'une toute petite mèche de cheveux, la photo du
bien-aimé. Ces bijoux que nos matadors étaient si fières de montrer, d'étaler, le samedi soir,
au bal « LOULOU », chez le gros « BAGOE » et qui tintaient avec un bruit de cristal de Baccara
quand « ADIDI » scandait du cri de clarinette cette belle biguine :

« QUAND SANGSUE COLLE .. PAS DECOLLE »


(Folklore)
Revoir ces petites cases
baignées d ' u n e
l u m i è r e douce

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SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ÉTAIT (suite)

Si la Martinique redevenait ce qu'elle était ! Revoir les « TERRES SAINVILLES » avec ses
petites rouettes, ses petites impasses, ses petits sentiers boueux où l'on s'y perdait si facilement
et où les fourmis allaient à la file comme pour un enterrement. Revoir le dédale de ses petites
ruelles où les gosses nus ou dépenaillés s'amusaient, ces gosses qui connaissaient si bien les
noms des habitants de ce quartier et qui, rieurs ou gouailleurs, vous renseignaient si gentiment.
Revoir ces petites cases où flottait une odeur de friture ou de confitures, ces petites cases
baignées d'une lumière douce et diversement colorée suivant que le soleil donnait dans l'un ou
l'autre des petits carreaux rouges, verts, oranges ou bleus qui cernaient les petites fenêtres.
Revoir ce petit peuple querelleur, batailleur, insolent, à la répartie vive et pimentée, ce petit
peuple à la mauvaise réputation, qui ne faisait rien posément, avec modération, qui avait l'air
de partir à l'attaque même quand il s'agissait d'un enfant à torcher ou à corriger ou d'un
bouton à recoudre.
Ce petit peuple chez qui tout était excessif, de ses démonstrations affectueuses à ses colères,
mais qui au fond était si simple et si bon enfant, si spirituel parfois et si gai, qui avec n'importe
quel sujet improvisait une chanson, une rengaine qui pétillait comme un frais et bon mabi et
comme cette si piquante biguine :

«LA PEAU FROMAGE »


(Folklore)
Si la Martinique r e d e v e n a i t
ce qu'elle était !
Revoir S a i n t - P i e r r e
vivant d a n s toute
sa s p l e n d e u r !
SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ÉTAIT (suite)
Si la Martinique redevenait ce qu'elle était ! Entendre dès cinq heures et demie l'appel strident des
sirènes du « HORTEN », du « RUBIS », du « TOPAZE » appelant les passagers du Nord et du Sud. Et
un peu plus loin, au Carénage, les sirènes des yachts du « PETIT-BOURG », « LAMENTIN » qui
rentraient, « VOUKOUM » ! « VOUKOUM » ! au quai.
Si la Martinique revenait ce qu'elle était, revoir « SAINT-PIERRE » bien vivant dans toute sa splendeur.
Revoir « SAINT-PIERRE » où chaque chose prenait un éclat si particulier. « SAINT-PIERRE » à la
vie débordante de mouvements, d'aventures, de poésies, qui chantaient dans le sang. Revoir ce
«SAINT-PIERRE» du rire, du plaisir, de l'amour, de la gaieté, qui savait si bien faire oublier les tares,
toutes les tares matérielles et tout ce qu'il y a de laid, de pauvre, de banal dans la vie. Revoir défiler
dans ses rues, ces petits cabriolets « MAMAN ! PREND DEUIL » au trot de l'unique et fringant petit
cheval. Revoir ces petits bonshommes dans des caisses servant de canots, rôder autour des bateaux,
le long des courriers, attendant les sous que leur jetaient les passagers, les touristes dans la mer,
pour le plaisir de les voir plonger, se démener, se battre pour repêcher ces sous qu'ils mettaient dans
leur bouche qui leur servait de porte-monnaie.
Revoir le roi « BEHANZIN » suivi de sa cour, de ses nombreuses femmes-épouses, de son porteur de
chasse-mouches d'un côté, et de l'autre le porteur de son parapluie, son grand parasol bariolé et frangé
de toutes les couleurs. « BEHANZIN » conduisant son fils « WANILO », élève du Lycée de « SAINT-
PIERRE », à la distribution des prix. Revoir le jardin botanique avec son lac formant trois petits
îlets et la petite yole servant à p r o m e n e r les amoureux.
Revoir au coin de la fameuse rue des « BONS Z'ENFANTS » cette petite marchande de beignets de
carnaval, aussi jolie que gracieuse, qui offrait ses beignets aux passants. Ces beignets enveloppés dans
un grossier papier jaune où la graisse faisait des taches transparentes, si transparentes que l'on pouvait
contempler les beignets avant de les manger.
Enfant, j'adorais ces beignets de carnaval, mais, hélas ! j'ai depuis fumé trop de cigarettes pour pouvoir
retrouver leur goût, en admettant qu'on me servit les mêmes, et les regrets de ne jamais voir la
Martinique redevenir ce qu'elle était, augmentent avec cette nostalgique biguine :

« FOLIE DOUCE »
(Paroles et musique de Léona GABRIEL)
Si la Martinique r e d e v e n a i t
ce qu'elle était !
Contentons-nous de ce qui nous reste.
Ses m o n t a g n e s bleues ! vertes ! rouges !
qui bercent d a n s leurs combes
le silence et la Peux !
SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ÉTAIT (suite et fin)

Et la vie continue ! Plongeant les uns dans l'oubli de tout, dans l'oubli d'eux-mêmes.
Les autres, riches de leurs souvenirs qui dureront jusqu'à la tombe ! Riches des souvenirs de
leurs vieilles affections, de leurs vieilles amitiés.

Ces vieilles affections, ces vieilles amitiés d'enfance, de jeunesse, contractées à l'époque des àmes
sincères et des cœurs sans détours et qui vivent encore des souvenirs communs d'un lointain
passé.
Car, hélas ! les amitiés d'aujourd'hui sont exactement comme ces fleurs, qu'on retrouve entre les
pages d'un livre et qui conservent leur finesse et leur parfum, mais qu'on ne pourrait toucher
ni rendre à la lumière sans qu'elles ne tombent en poussière.
SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ETAIT !... Hélas ! contentons-nous de ce
qui nous reste ! Ses montagnes bleues, vertes, rouges, qui bercent dans leurs combes le silence
et la Paix, où l'odeur des feuilles mortes met au cœur des rêves d'ambre, et écoutons ce brillant
« LAGUIA » qui nous fera oublier pendant quelques minutes nos chimères, nos abandons, nos
misères et nos déceptions.

« EULALIE ! MOIN LE MO ! »
(Folklore)
C'est fini !
et a d m i r o n s ces d a n s e u r s .
Ce s o n t des p r o f e s s i o n n e l s
d e ce c o r p s d e b a l l e t
qui relève du g r a n d art.
C'EST FINI...

C'est fini !... Le crépuscule s'étend partout sur la campagne où l'air doux et lénifiant, chargé
de parfums, grise le cœur !
Sous les grands arbres qui jettent leur ombre, sur le terre-plein d'une case au toit de paille et
sur laquelle on lit « DEBIT DE REGIE », des gens simples, bons, raisonnables, se contentent du
peu de joie qu'il leur est donné de se réunir là après les durs travaux des champs.
Soudain l'un d'eux chevauche un tonneau vide de fond, remplacé d'un côté par une peau de
mouton tannée et bien tendue. La foule grossit de plus en plus. L'homme assis sur le baril tape
avec les mains en chantant et avec le talon rape le tambour. Un autre accroupi derrière lui
frappe avec deux petits bâtons sur le baril vide à une vitesse déconcertante et donne de la voix.

Soudain deux danseurs se dressent l'un devant l'autre, les talons frappent le sol en cadence,
les bras se raidissent en avant, tous les muscles sont tendus, ceux de leur visage sont figés
dans un rictus qui découvre toutes leurs dents. Le mouvement s'accélère. Le batteur de petits
bois fait des commandements et lance des phrases qui font rire et qui lui sont personnelles.
D'autres danseurs entrent dans la danse, l'exaltation gagne de plus en plus les membres
nerveux. De temps en temps, un danseur se détache du groupe et sans rompre le rythme de
l'ensemble, parcourt quelques mètres par saccades et avec des détentes de jarrets prodigieuses.
Tout est rigoureusement ordonné. Ces danseurs sont des professionnels de ce corps de ballet qui
relève du grand art et rien ne semble plus révélateur de l'âme cachée de ces hommes dansant
leur frénétique et pathétique « LAGUIA » sur l'air de la fameuse aventure de l'écolière « IDA ».

« Z'AFFE CO... IDA ! »


( Folklore)

Note d u t r a n s c r i p t e u - : l e s c h a n s o n s de cet o u v r a g e ont été chantées par Léona GABRIEL (alias Mme Léona SOIME) et
r e c u e i l l i e s d u 3 a u 31 j a n v i e r 1966.
TABLE DES MATIÈRES
PREFACES ET AVANT-PROPOS
Henry LEMERY 7
Robert ATTULY 8
Gilbert GRATIANT 9
Albert ADREA 10
Georges MENNECHEY 11
Victor CORIDUN 12

NOTES DE HAUTEUR 14

DU TIT-COLLET A LA MATADOR 15

QU'ELLES SONT VERTES NOS MONTAGNES !


La Montagne est verte 17
Soignez i ba moin 19
Manzè Joséphine 21

COMME ELLE ETAIT BELLE MA MARTINIQUE !


A si paré 23
Pacotille 25
Pas pati Colon 27
Paean mauve 29
Adieu foulard !... Adieu madras ! 31
Dodo ! dodo !... Yche moin, dodo ! 33
Coulée 35
Doudou... vini dans bras doudou' ou 37

LES FETES DE CHEZ NOUS


Ah ! mi Roro 39
Gadez ! Madame là ! 41
Edamise oh ! 43
Maladie d'amour !... Pichemimine 45
Grand Tomobile 47
Petite fleur fanée 49
Ba moin en ti bo !... doudou ! 51
Adieu ! Sélect 53

LES BELLES HISTOIRES...


Visé ! visé ! moin bien, Sibelmon ! 55
Tué moin... ba moin Ninon 57
Povre esclave ! 59
Régina 61
Aline pille... Aline vole 63

AU FIL DE L'EAU
L'année ta la... bann la Média 65
Jeunesse bo canal 67
Tit Jeanne 69

NOS PETITS BATEAUX D'AUTREFOIS


Pas ni pays plus belle 71
Manzè Marie 73
Tit Zaza 75
Pou qui langue ou longue con ça ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
PAYSAGE ET SOUVENIRS
Sac café 79
Doudou !... qui jou ! 81
Mauvais vent 83

SILHOUETTES MARTINIQUAISES
Madiana 85

DIMANCHE DE CARNAVAL A FORT-DE-FRANCE


Vini ouè couli a 87
La peau canne 89

SAINT-PIERRE
Moin descen'n Saint-Pierre 91
Ban'n z'arrois ou la rue des bons enfants 93
Yaya moin ni l'agent 95
Marie-Clémence 97

1901... DIMANCHE DE CARNAVAL A SAINT-PIERRE


L'estomac en bavaroise 99
Régina coco 101
Bossu a bossu co' ou 103
La rouette Labadie 105
L'échelle poule 107

1902... CARNAVAL DE SAINT-PIERRE


Agoulou pas calé guiole ou 109
Célestin ! roi diable dérô 111
Cé con ça ou yé... belle doudou ' 113
Marka ! Marka ! ça ou fè a pas bien 115

SAINT-PIERRE... AVRIL 1902


La Défense ka vini folle 117

SAINT-PIERRE APRES LA CATASTROPHE


Vive Volcan 119
La Comète 121
Gadé ça ! Gadé ça ! Gadé ça ! 123
Manman !... la Grève barré moin 125

LES BELLES RIVIERES DE CHEZ NOUS...


Ma petite île ! mes amours ! 127
Tony ! Tony ! 129
Manman Corine 131
Fifine ! ça ou ni ? moin malade ! 133
Mes amis ! moin ainmin Madelon 135
Ba moin tit brin d' l'eau ! souple 137

JOLIES PLAGES DE CHEZ NOUS...


L'infidèle ou l'amour Lily 139
Doudou ! pas remplacé moin ! 141
Moin belle ! moin jeune ! doudou 143
Ou ke songé 145
Femme qui doux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
Grand guiale a . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
NOS FETES COMMUNALES...
En nous monter la rue Fossé 151
Passage tracé 153
Mussieu Loulou 155
Alexandre pati 157
La Fête Gondeau 159
Mi en bagaille qui chaud ! qui doux ! 161
Tina... Tina 163
Eti Tintin 165

NOS FETES PATRONALES...


Stéphane !... l'homme aux trois couleurs 167
Doudou ! moin ka mandé ou padon 169
Notre petit paradis 171
Moin Olivia 173
Charlotte bosse à coco 175
Tit bourrique 177
Pas couté menteur 179
Cé jeunesse actuellement a 181
Du feu pris en tête madame là 183

NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS OU UN « P » PARTOUT, SUR TOUT


Vieux vianne 185
Si pitit yche moin pas le fait dodo 1 187

PETITS FAITS... PETITS RIENS MARTINIQUAIS


Petite reine des Tropiques 189
Tant pis pou ça qui pas ni doudou 191

EUX .. ET MOI
Moin ké monté savane Périnnelle'a 193
Lutima 195
Doudou moin dans bras moin 197
La nuit 199
Mayotte... ma fi... pas pleuré 201

SI LA MARTINIQUE REDEVENAIT CE QU'ELLE ETAIT


Valse ivre... valse d'amour 203
Rate la 205
Quand sangsue collé... pas décollé i . . . . . . . . . . . . . . . . 207
La peau fromage 209
Folie douce 211
Eu!a)ie ! moin lé mô ! 213

C'EST FINI...

Z'affè cô... Ida ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215


ACHEVÉ D'IMPRIMER SUR LES PRESSES
DE L'IMPRIMERIE LA PRODUCTRICE
34, r u e H e n r i - C h e v r e a u — Paris-20e
LE 27 MAI 1966

D é p ô t légal n° 85 — 2e t r i m e s t r e 1966
Prix : 50 F
Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès
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