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Exposé sous le thème :

LA LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES


AUX FEMMES : ANALYSE DE LA LOI 103.13

Master Sciences Juridiques –S1


Module : Droit Pénal Spécial

Préparé Par : Encadré par le professeur :


RAOUF Boutaina EL HILA Abdelaziz
TEACHE El Mehdi

Année universitaire :
2021-2022
Plan :

Introduction

I- Les Nouveautés Juridiques de la loi 103.13

A- Les apports au niveau législatif


B- Les apports au niveau institutionnel

II- L’effectivité de la loi 103.13 :


A- Mémorandum du CNDH :
B- Réformes potentielles :

Conclusion

Bibliographie
Introduction :

Le droit pénal est l’étude de la réaction répressive de l’Etat, face à un


comportement criminel positif ou négatif, individuel ou collectif, ayant
occasionné un trouble à l’ordre social. De ce fait la summa-divisio générale et
spéciale du droit pénal, dans sa conception générale constitue la branche du droit
qui s’intéresse aux principes généraux du phénomène criminel, à l’étude de
l’infraction, du délinquant, et du lien de causalité entre les deux, le lien qui permet
d’asseoir la responsabilité pénale. Dans sa conception spéciale le droit pénal
correspond à l’étude de chaque infraction ou incrimination et ses éléments
constitutifs, il constitue un catalogue des infractions, où sont étudiés les éléments
qui composent chaque infraction, les règles procédurales, les peines applicables,
et éventuellement les circonstances qui l’entourent et qui peuvent atténuer ou
aggraver sa sanction.
Selon l'Organisation des Nations Unies (1993), la violence envers les femmes
regroupe « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou
pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles
ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation
arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ». Dans
le même sens, la loi n° 103-13 définit les violences faites aux femmes dans son
article premier comme « tout acte matériel ou moral ou abstention fondés sur la
discrimination en raison du sexe entraînant pour la femme un préjudice corporel,
psychologique, sexuel ou économique
Conscient de l’évolution qu’a connait le Maroc en matière de développement
des droits de l'Homme, qui a été confirmé par l'adoption de la constitution de
juillet 2011. Cette dernière a accordé une place assez importante aux droits de
l'homme conformément à la Déclaration universelle des droits de l'homme, faisant
prévaloir les conventions internationales ratifiées par le Maroc sur les législations
nationales. Et notamment l'engagement du Maroc à harmoniser ces lois avec les
dispositions desdites conventions. En effet, Le Maroc a fait des grands efforts
pour développer et renforcer son arsenal juridique national, notamment dans le
domaine de la protection des droits des femmes et de la lutte contre les violences
à leur encontre, et en faire un arsenal juridique compatible et conforme aux
accords internationaux et aux dispositions de la Constitution.
À cet égard, la loi n° 103.13 relative à la lutte contre la violence à l'égard des
femmes a été élaborée, publiée au Bulletin officiel le 12 mars 2018 et entrée en
vigueur le 13 septembre 2018. Cependant, la nouvelle loi repose sur les principes
de base adoptés pour lutter contre le phénomène de la violence à l'égard des
femmes, à savoir : la répression des auteurs de violences, la Prévention contre la
violence, la protection des victimes de violence, la prise en charge des victimes
de violence
Dans ce contexte la question qui se pose est de savoir dans quelle mesure la
nouvelle loi a réussi de lutter contre les violences exercées à l’égard des
femmes ? Quelle est donc l’efficience de la loi 103.13 ?
Pour répondre à cette problématique il est opportun de traiter en premier lieu les
fondements juridiques de la loi 103.13, avant de mettre l’accent sur l’efficacité de
cette dernière.

I- Les Nouveautés Juridiques de la loi 103.13 :


La loi relative à la lutte contre la violence à l'égard des femmes comprend un
ensemble de dispositions juridiques qui protègent les femmes victimes de
violences et sanctionnent les auteurs de violence (A), ainsi d’établir des
mécanismes de protection et de prévention (B).
A- Les Apports au niveau législatif :
D’ailleurs il sera judicieux de citer brièvement quelques nouveautés de la loi
103.13, parmi les plus importants de ces dispositions :
 La définition d’un cadre conceptuel précis et rigoureux qui aidera les
acteurs à distinguer et déterminer les actes et les comportements inclus dans
le champ de la violence faite aux femmes, en définissant la notion de
violence et ses différentes formes ;

 L’instauration des mesures de prévention et la fourniture des protections


nouvelles aux victimes, mais la loi oblige les victimes à engager des
poursuites pénales pour obtenir une protection, ce que peu d’entre elles sont
en mesure de faire ;

 L’émission d’injonctions restrictives qui interdisent à une personne accusée


de violences de contacter, d’approcher ou de communiquer avec la victime.
Mais celles-ci ne peuvent être émises que dans le cadre de poursuites
pénales ou après une condamnation pénale ;
 L’Incrimination de certains actes considérés comme des violences portant
atteinte aux femmes ;

 L’incrimination d’harcèlement sexuel, avec des peines plus aggravées


notamment lorsque l'acte est commis dans certaines circonstances et par des
personnes particulières ;

 L’aggravation des peines dans certaines formes de violences, quand


l’auteur est le mari, le divorcé ou le prétendant ou bien quand la victime est
mineure ou une personne en situation de handicap ;

 La pénalisation de certains actes mais avec de nombreuses restrictions, dont


certaines sont dégradantes (l’expulsion du domicile conjugale, la
dilapidation des biens communs, le mariage forcé…)

 Le harcèlement sexuel est puni de 1 à 6mois de prison, sans en apporter la


moindre définition, et quel que soit le sexe de l’auteur

 L’incrimination de la complicité et l’aide à toutes les infractions de


violences contre les femmes
 Adoption de mécanismes institutionnels de coordination entre les
différentes interventions dans le domaine de la lutte contre les violences
faites aux femmes, le ministère public, la sureté nationale, la gendarmerie.

B- Les Apports au niveau institutionnel :


Dans le cadre de l'activation de la loi relative à la lutte contre les violences
faites aux femmes, le Conseil de gouvernement le 28 mars 2019 a approuvé le
décret d'application de cette loi publiée au bulletin Officiel n°6774 du 2 mai
2019.
Il s'agit d'un décret qui traite d'un ensemble de situations organisationnelles
qui portent principalement sur les dispositifs de prise en charge des femmes
victimes de violences, notamment :
 La constitution du Comité National pour la prise en charge des femmes
victimes de violences et ses conditions de fonctionnement ;
 La Formation de cellules centrales et décentralisées pour prendre en charge
les femmes victimes de violences au niveau des tribunaux, ainsi que les
secteurs chargés de la justice, de la santé, de la jeunesse et des femmes, la
Direction générale de la sécurité nationale et le Haut commandement de la
Gendarmerie Royale
 Compléter la création du comité régional et local de la prise en charge des
femmes victimes de violence.

Après avoir relater les différents apports de la loi 103.13, il nous semble judicieux
de procéder à son analyse quant à son effectivité (II)

II- L’effectivité de la loi 103.13 :


La loi 103.13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes, a sollicité
beaucoup de débats après son adoption. D’ailleurs, le Conseil National des Droits
de l’Homme (CNDH) a publié un mémorandum donnant son avis sur cette loi
(A), ce qui nous pousse à se demander s’il n’existe pas d’autres réformes
potentielles (B), afin de rendre cette loi plus efficiente.
A- Mémorandum du CNDH :
« Le CNDH est une institution nationale, pluraliste et indépendante, chargée de
connaître toutes les questions relatives à la défense et à la protection des droits de
l'Homme et des libertés, à la garantie de leur plein exercice et à leur promotion
ainsi qu'à la préservation de la dignité, des droits et des libertés individuelles et
collectives des citoyennes et citoyens... »
Si on procède à la lecture de la loi, le premier point qu’on peut remarquer, c’est
que la loi 103.13 est une loi très incomplète, dans le sens où le législateur ne s’est
même pas donné la peine d’écrire l’article bien comme il le faut, au complet, et
s’est contenté de se confier aux dispositions du code pénal, surtout par rapport aux
chapitres 2 et 3 relatifs aux dispositions pénales, et à la procédure.
Or, un texte de loi, doit être complet, précis et concis, d’ailleurs c’est ce qui fait
la différence entre un texte juridique et un texte publié dans un journal.
De plus, le législateur n’a pas défini les violences faites aux femmes en tant que
l’une des formes de discriminations, et inclure la question du genre.
Tout au long de la loi, le législateur ne mentionne que la femme victime de
violence, sans préciser qu’on entend par la femme celle qui a atteint l’âge de la
majorité et inclure même « la fille » mineure, toutefois, peut-être la vision du
législateur était différente dans le sens, où souvent dans des situations où la partie
est une mineure on a tendance à protéger la partie la plus vulnérable.
De plus par rapport à la question du viol, le CNDH recommande d’éliminer la
notion de défloration comme étant une circonstance aggravante, et abrogé les
articles 488 ainsi que l’article 490 du code pénal, vu qu’il constitue une entrave
objective au dépôt des victimes de plaintes relatives au viol.
Le CNDH réclame aussi d’incriminer les actes prévus dans les articles 3 et 5
relatifs à l’exploitation sexuelle et à la corruption de la jeunesse, abstraction faite
de la relation entre la victime et l’auteur de l’infraction.
En matière de preuve, la charge de preuve d’harcèlement sexuel doit incomber
à l’accusé lorsque ce dernier dispose d’une autorité sur la victime dans les sphères
professionnelles ou scolaires.
La loi 103.13 a instauré des mesures de prévention et des fournitures des
protections nouvelles aux victimes, mais la loi oblige les victimes à engager des
poursuites pénales pour obtenir une protection, ce que peu d’entre elles sont en
mesure de faire !
De plus l’émission d’injonctions restrictives qui interdissent à une personne
accusée de violence de contacter, d’approcher ou de communiquer avec la
victime. Mais, celles-ci ne peuvent être émises que dans le cadre de poursuites
pénales ou après une condamnation pénale. En outre, ces injonctions peuvent être
levées si les époux de réconcilient, ce qui ne peut qu’alourdir sur les femmes pour
qu’elles renoncent à de telles mesures.
Par rapport aux dispositions du code de travail, on doit inscrire dans la loi 65.99
relative au Code du travail le droit de la travailleuse victime d’actes de violence
énoncés par la loi 103-13 de bénéficier, en contrepartie de la production de
l’ordonnance de protection émise à son profit, d’une réduction ou d’un
aménagement des horaires de travail ou d’un transfert à un autre lieu de travail.
B- Réformes potentielles :
Par rapport à la violence conjugale, pourquoi ne pas donner la possibilité aux
victimes de demander l’émission d’une injonction restrictive sans engager
d’autres procédures judiciaires, telles que des poursuites pénales ou un divorce,
des injonctions restrictives civiles comme dans de nombreux autres pays, comme
le Liban et la Tunisie.
De plus, le Tribunal doit prendre en considération toutes les formes de preuve
dans les affaires de violences conjugales et établir que le témoignage d’une
victime devant le tribunal constitue un élément de preuve suffisant pour parvenir
à verdict de culpabilité.
Sans oublier obligatoire d’assister financièrement les victimes, d’ailleurs, elle ne
définit pas clairement le rôle d gouvernement dans l’octroi d’un soutien et de
services aux victimes de violences conjugales, notamment la fourniture d’un
refuge, de soins médicaux, d’un soutien psychologique, de conseils juridiques et
d’une assistance téléphonique d’urgence !
Il faut aussi inclure les prestataires de services d’assistance juridique, de services
sociaux et de service de santé pour assurer la prise en charge des besoins
immédiats des femmes confrontés à la violence, ou sur le durcissement des
sanctions prévues par la loi contre les autres d’actes violents.
Par rapport au droit du travail, le législateur octroi à la femme un congé de
maternité quand elle donne naissance à un enfant, et n’octroi pas un congé de
paternité à l’homme. Or un enfant est la responsabilité des deux parents, ce qui
sous-entend que c’est à la femme de prendre en charge son nouveau née ! La
violence, peut même être d’ordre discriminatoire, dans le sens où même l’absence
de parité constitue une violence !
Conclusion :

La loi 103.13 est la preuve que notre législation essaie par tous les moyens de
protéger les femmes de toutes formes de violence possible.
D’ailleurs, c’est la continuité de la politique envisagée par SM le ROI
MOHAMMED VI, depuis son arrivé au trône, il a modifié une plénitude de texte
de loi, à savoir le statut personnel, qui a permis à la femme la possibilité de
demander le divorce, juste parce qu’elle ne se sent pas dans la possibilité de
continuer dans ce mariage, chose qu’elle lui a permis d’arrêter toutes les formes
de violences qu’elle a pu subir avant 2004.
De plus le nouveau modèle de développement est aussi l’affirmation que le
Maroc s’engage vers une politique d’égalité et de parité entre les deux sexes.
Toutefois, le véritable problème au Maroc ne se trouve pas au niveau des textes
juridiques. mais plutôt dans l’implémentation de la législation, dans le sens où, eu
égard des réformes potentielles pour mettre en œuvre une stratégie scinder en un
progrès dans sa globalité, le Maroc souffre d’une précarité par rapport à la
mentalité de ces citoyens et citoyennes, chose qui nous pousse à se demander :
Avant de changer la législation, ne semblera-t-il pas judicieux de modifier la
mentalité à travers un système d’éducation qui se base non pas sur le résultat mais
plutôt le capital humain en lui-même ?
Bibliographie :

- Dahir n° 1-18-19 du 5 joumada II 1439 (22 février 2018) portant


promulgation de la loi n° 103-13 relative à la lutte contre les violences faites
aux femmes

- Guide juridique des femmes victimes d’infractions ou de violation de droit,


précis pratique réalisé dans le cadre du partenariat avec le Ministère de la
Justice, l’association Jossour FFM et la clinique de droit relevant de la
FSJES Agdal-Rabat.

- L’égalité femmes-hommes dans les droits économiques, sociaux et


culturels, analyse et commentaire issus de la 1 ère université organisée par
l’association Jossour Forum des Femmes Marocaines et ses partenaires.

- Violence à l’égard des femmes : connaitre et combattre regards croisés en


Science Humaines et Sociales.

- Rapport général du nouveau modèle de développement.

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