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DIVERSITÉ DE MODÈLES AGRICOLES : UNE COMPARAISON EST-ELLE

POSSIBLE ?

Philippe Baret

GREP | « Pour »

2015/3 N° 227 | pages 199 à 206


ISSN 0245-9442
DOI 10.3917/pour.227.0199
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-pour-2015-3-page-199.htm
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dossier 199

Diversité de modèles agricoles :


une comparaison est-elle
possible ?
Philippe BARET
Université de Louvain

Complexification des enjeux de l’agriculture

N
ourrir le monde. Si c’est bien un aspect du métier d’une partie des
agriculteurs, c’est aussi un slogan un peu trop simple pour rendre
compte de la diversité et de la complexité des systèmes alimentaires
contemporains. La production agricole s’inscrit dans une logique marchande
articulée à des options politiques. Nos systèmes contemporains sont encore
marqués par le choix posé après la seconde guerre mondiale d’une augmenta-
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tion de la productivité et d’une baisse des prix par unité de produit. La rente
nouvelle créée par les progrès techniques qui ont permis d’augmenter les ren-
dements, a été essentiellement transférée aux consommateurs et aux citoyens ;
aux consommateurs, en mettant à disposition une nourriture abondante et à
bas prix ; aux citoyens, en leur léguant les impacts de cette agriculture nou-
velle sur l’environnement et la santé.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, la valeur ajoutée liée à la qualité des
produits (lait à haute valeur fromagère, diversité des qualités des céréales ou
des fruits) a été en partie perdue par l’agriculteur au profit d’une standardi-
sation des produits à la demande de l’industrie de la transformation. C’est
maintenant au sein de cette industrie agro-alimentaire que se construit, par
des procédés technologiques, la valeur ajoutée des produits. Beaucoup de pro-
duits sont aujourd’hui interchangeables (notamment les matières grasses) en
amont de l’industrie alimentaire, ce qui contraint l’agriculteur conventionnel
à augmenter sa production pour compenser la baisse des marges poussée par
une logique de compétition mondiale et une perte de pouvoir de négociation.
À ces éléments essentiellement économiques et technologiques, se sont ajou-
tées des questions écologiques nouvelles. La modernisation de l’agriculture a
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accentué son impact sur les écosystèmes à la fois à l’échelle locale (pollution
des nappes phréatiques, contribution à la baisse de la biodiversité, etc.) et à
l’échelle globale (dérèglement climatique, perturbations du cycle de l’azote,
etc.). Ces enjeux se discutent à la fois en termes d’impact sur l’équilibre des
écosystèmes, de l’échelle locale à l’échelle planétaire, et en termes d’épuise-
ment de ressources non renouvelables (énergies fossiles ou nucléaires, phos-
phores, etc.). L’ensemble de ces éléments constitue un nouvel agenda pour
les systèmes alimentaires auxquels participe l’agriculture (De Schutter and
Vanloqueren 2011).

Une diversité d’options


Cette complexification des attentes par rapport aux productions agricoles
et aux systèmes alimentaires ouvre le champ à une réflexion sur la diver­
sité des options pour l’agriculture. Alors qu’à la fin du XXe siècle le modèle
basé sur l’usage des intrants externes (notamment engrais azotés) et de varié-
tés répondant aux mieux à ses apports de fertilisants semblait être le seul et
unique possible pour « nourrir la planète », la compréhension des limites de
ce modèle (en termes d’usages des ressources et d’impacts) a mis en avant
la pertinence de modèles dits alternatifs comme l’agriculture biologique. En
effet, si on prend au sérieux les enjeux nouveaux d’une agriculture qui doit
produire dans le respect des limites de la planète et les questions de santé
publique, de gestion du territoire, d’autonomies alimentaire et énergétique
nationale ou locale et d’inégalités sociales, la nécessaire comparaison de dif-
férentes options pour produire, transformer et consommer de la nourriture,
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est une question politique d’importance. La difficulté est de construire cette
comparaison en partant d’un déséquilibre initial et historique d’équipement
des différents modèles (Vanloqueren and Baret 2009) et en acceptant la
complexité des dimensions à prendre en compte alors même que certaines
d’entre elles sont peu documentées, faute d’investissement en recherche
autour des formes d’agriculture dites alternatives. Il s’agit donc d’opérer
une comparaison en situation de transition et dans un cadre incertain. Cela
implique de travailler à la fois sur la comparaison elle-même mais également
sur le cadre.

Principes et difficultés d’une comparaison1


Les difficultés d’une approche comparative sont les incertitudes, les biais et la
nécessité d’évaluer non seulement un existant mais également un potentiel.
Les incertitudes sont liées à l’absence de données ou à l’insuffisance de don-
nées, mais aussi au degré de complexité des objets à étudier. Un système com-
binant plusieurs cultures sur la même parcelle est plus difficile à évaluer qu’un
système mono-spécifique. Le niveau d’intégration du système peut ajouter

1 Pour quelques précisions méthodologiques voir l’annexe 1.

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à cette incertitude : comment estimer les flux de fertilisants, et notamment


l’utilisation de la matière organique, quand ceux-ci sont réalisés à l’inté-
rieur de l’exploitation et sont donc moins bien documentés que des achats
externes ?
Les biais sont générés par une sous-estimation ou une surestimation systéma-
tique des valeurs. Si, par exemple, les expérimentations en céréales sont tou-
jours réalisées dans des conditions optimales, leur extrapolation aux situations
réelles conduira à une déception (Finger 2010). De même, la mise en avant
de systèmes idiosyncratiques, très intensifs à très petite échelle et réalisés dans
des conditions économiques très particulières (comme l’expérience du Bec
Hellouin), peut conduire à une surestimation des potentiels de production et
des performances économiques de systèmes similaires de plus grande taille et/
ou généralisés à grande échelle.
Dans des systèmes en cours de développement, comme l’agriculture bio-
logique, une autre question est celle du potentiel par rapport à la situation
actuelle. On peut faire l’hypothèse qu’en termes de productivité, le système
conventionnel n’est pas très éloigné de son optimum en fonction des moyens
techniques disponibles aujourd’hui.
On peut opérer une comparaison des incertitudes/biais/potentiel sur une
approche parallèle de l’enjeu des impacts en agriculture conventionnelle et de
l’enjeu de la productivité en agriculture biologique. En effet, ce système a béné-
ficié d’effort de recherche important, et la majorité des ressources humaines et
financières de la recherche en agriculture biologique ont été mobilisées pour
y soutenir l’innovation. Le fait que le modèle conventionnel évolue vers une
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simplification des pratiques (monoculture, spécialisation des races animales,
standardisation des outputs) qui rendent l’évaluation du progrès technique
relativement simple et précise, tend à renforcer l’idée que le potentiel de ce
modèle est très proche de ce que l’on mesure dans les meilleures conditions
d’essai aujourd’hui. Par contraste, des systèmes alternatifs, comme l’agricul-
ture biologique, sont basés sur une conception agroécologique du système
d’exploitation qui accorde de l’importance au maintien d’un niveau de com-
plexité élevé (association de cultures, interaction avec la biodiversité sauvage,
rotations longues, etc.) et à la contextualisation des pratiques. L’évaluation
de leur performance est donc plus difficile. Si on ajoute à cela le fait que
les modèles en agriculture biologique ont peu bénéficié d’investissements en
recherche, privée ou publique, il est clair que la connaissance de leur perfor-
mance est plus limitée. Il est donc probable que, pour au moins une partie
de leurs dimensions, les systèmes en agriculture biologique n’ont pas encore
atteint leur optimum. La question est donc de comparer des systèmes conven-
tionnels bien maîtrisés et étudiés de façon intensive et des systèmes en agricul-
ture biologique complexes, très contextualisés et peu étudiés, non seulement
en termes de performances actuelles mais surtout en termes de dynamiques
potentielles.

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Une double porte d’entrée : productivité et impacts


Il est d’usage de discuter les incertitudes, les biais et le potentiel des diffé-
rents types d’agriculture avec l’unique porte d’entrée de la productivité selon
un principe implicite : l’agriculture doit avant tout produire pour nourrir la
planète et assurer la compétitivité du pays. La démonstration du caractère
simpliste de ce postulat dépasse le cadre de ce papier mais il a été discuté par
d’autres (Dreze, Sen, and others 1991). Le fait reste : quelles que soient les
arènes, la question de la productivité est première.
Son articulation avec la durabilité, notamment environnementale, permettrait
d’enrichir le débat. En effet, la question peut être d’une certaine façon retour-
née : on interroge toujours l’agriculture sur sa capacité à nourrir l’ensemble de
l’humanité, mais que sait-on sur les impacts de l’agriculture conventionnelle,
sur le risque qu’elle fait courir en termes de destruction des bases même des
systèmes alimentaires que sont le sol, l’eau, la biodiversité ? Ces impacts sont
aussi l’objet d’incertitudes, de biais et demandent également une approche
dynamique. Dans les travaux souvent cités de Rockstrom (2009) ou Foley
(2011) sur le futur du système planétaire, un élément marquant est l’absence
de données sur des compartiments clés comme le cycle du phosphore ou la
pollution chimique. Par-delà l’enjeu environnemental largement médiatisé,
l’impact de l’agriculture sur la santé individuelle et publique et sur l’accrois-
sement des inégalités sociales peut s’inscrire dans le même questionnement.
Si on veut être cohérent avec l’agenda du XXIe siècle décrit au début de ce
papier, il s’agit donc bien d’investir avec la même exigence les questions de
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productivité et de soutenabilité, avec toutes les difficultés que cela représente
pour les différentes options à comparer !
Différentes techniques permettent d’estimer les impacts d’une technologie :
analyse du cycle de vie, approche multicritère... Pour la plupart, elles obligent
à un moment à une pirouette méthodologique pour articuler l’élément positif
(le rendement dans une pensée conventionnelle) et l’élément négatif (l’impact
environnemental dans le même type de pensée). Une façon complémentaire
de penser cette articulation est d’utiliser le concept de découplage. Dans ce
cas, effet positif et impact négatif sont intégrés dans le même indicateur.

Intensité du découplage
Si on schématise, l’évolution du rendement au fil du temps dans des sys-
tèmes conventionnels et biologiques et leur impact environnemental respectif
(figure 1), on constate que les gains de productivité de l’agriculture conven-
tionnelle ont été couplés avec un impact environnemental majeur alors que
la productivité des systèmes en agriculture biologique n’a, par construction,
pas ou très peu d’impact sur l’environnement. La promesse actuelle des sys-
tèmes conventionnels est de maintenir ou d’augmenter les rendements en
diminuant les impacts. On parlera en France de « double performance » et

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dans le monde anglo-saxon de sustainable intensification (Pretty, Toulmin, and


Williams 2011). Cette promesse permet d’illustrer le concept de découplage.

Si on se limite à deux dimensions assez classiques, le rendement et l’impact


environnemental (par exemple, en termes d’émissions de carbone), les tra-
jectoires de l’agriculture conventionnelle et de l’agriculture biologique sont
très distinctes. Une dynamique quasi exponentielle a marqué l’évolution des
rendements en agriculture conventionnelle au cours du XXe siècle avec un
triplement du rendement des principales céréales (blé, riz, maïs) à l’échelle
mondiale (Huang, Pray, and Rozelle 2002). De façon classique, le taux de
croissance des rendements a commencé à diminuer dès le dernier tiers du
XXe siècle et des études récentes indiquent un plafonnement dans les années
récentes (Finger 2010 ; Ray et al. 2013). Trois trajectoires sont possibles pour
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le futur de l’agriculture conventionnelle : soit une stabilisation des rende-
ments (P+conv), soit une augmentation (P0conv), soit une diminution (P–conv). Cette
diminution serait soit liée à des facteurs exogènes (non-maîtrise des pressions
parasitaires ou climatiques), soit volontaire pour diminuer l’impact environ-
nemental. En effet (figure 1 B), l’impact environnemental a suivi une trajec-
toire parallèle au gain de productivité (voir notamment (Tilman et al. 2002))
et s’est fortement accru au XXe siècle, atteignant des niveaux qui deviennent
socialement inacceptables. L’objectif est donc de réduire cet impact et de pas-
ser donc d’une trajectoire I+conv à une trajectoire I–conv.
La question clé est celle du découplage. Ce découplage est réalisé si l’aug-
mentation des rendements se fait sans augmentation de l’impact. Pour le
moment, une augmentation de rendement en agriculture conventionnelle
demande plus d’intrants et donc un impact en termes de changement clima-
tique (P+conv -> I+conv). Si, par des moyens techniques ou organisationnels, on
peut mettre en place une stratégie de maintien des rendements (P0con) sans
impact environnemental (I0conv) ou même, pour les plus optimistes tenant du
modèle More with less sur une combinaison où le rendement continue à aug-
menter et l’impact environnemental diminue (P+conv -> I–conv), on réalise alors un

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découplage : le progrès technique n’est plus corrélé avec un impact croissant


sur l’environnement.
De façon plus réaliste, la diminution de l’impact environnemental obligera
probablement à un compromis en termes de rendement selon un équilibre
mesuré par le ratio I/PI. Le découplage se mesure par ce ratio comme, par
exemple, le nombre de grammes de carbone émis par litre de lait. Dans un
système totalement neutre environnementalement, ce ratio liant impact et
productivité tendra vers zéro. Son niveau est dépendant d’au moins trois
dimensions : une dimension intrinsèque à la plante ou à l’animal (quel que
soit le mode de production, une vache émet du méthane), une dimension
technologique (choix d’un engrais organique ou de synthèse avec des effets
différents sur le cycle de l’azote) et une dimension systémique (mode d’orga-
nisation du système). Le potentiel de l’agriculture biologique pour réaliser ce
découplage est, par construction, plus élevé que celui de l’agriculture conven-
tionelle.

Conclusion
Mettre en œuvre un cadre nouveau de comparaison conjointe des atouts et
des impacts est une démarche stimulante intellectuellement et nouvelle d’un
point de vue politique car elle demande une approche systémique assez éloi-
gnée des mécanismes d’ajustement sur les quantités et les prix qui ont marqué
l’histoire de la PAC. Elle demande un investissement en recherche pour, à
la fois, affiner les méthodologies d’évaluation et générer les données néces-
saires aux comparaisons en tenant compte de la diversité des dispositifs et des
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contextes. Au vu de la complexité des systèmes et des impacts, une approche
purement quantitative et modélisatrice ne pourra rendre compte totalement
de la réalité. La mise en œuvre d’approches qualitative et participative peut
contribuer à la fois au cadrage (en déterminant notamment les éléments clés
à évaluer quantitativement) et à la collecte d’information (Chambers 1994).
Prendre au sérieux la comparaison entre les différentes trajectoires pour les
agricultures et les systèmes alimentaires auxquelles elles participent, est un
enjeu de moyen terme qui nécessite non seulement des moyens mais aussi un
engagement des différents acteurs pour explorer de nouvelles approches.

Bibliographie
Chambers, Robert. 1994. “The Origins and Practice of Participatory Rural Appraisal.” World
Development 22 (7): 953-69.
De Schutter, O., et G. Vanloqueren. 2011. “The New Green Revolution: How Twenty-First-
Century Science Can Feed the World.” Solutions 2 (4): 33-34.
Dreze, Jean, Amartya K. Sen et al. 1991. Hunger and Public Action. Oxford Clarendon. http://
www-wds.worldbank.org/external/default/WDSContentServer/WDSP/IB/2013/05/13/000445
729_20130513114834/Rendered/PDF/770690JRN0WBRO0Box0377291B00PUBLIC0.pdf.

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Finger, Robert. 2010. “Evidence of Slowing Yield Growth–the Example of Swiss Cereal Yields.”
Food Policy 35 (2): 175–82.
Foley, Jonathan A., Navin Ramankutty, Kate A. Brauman, Emily S. Cassidy, James S. Gerber,
Matt Johnston, Nathaniel D. Mueller, et al. 2011. “Solutions for a Cultivated Planet.” Nature
478 (7369): 337-42. doi:10.1038/nature10452.
Huang, JK, C Pray, and S Rozelle. 2002. “Enhancing the Crops to Feed the Poor.” NATURE 418
(6898): 678-84. doi:10.1038/nature01015.
Pretty, J., C. Toulmin, and S. Williams. 2011. “Sustainable Intensification in African Agricul­
ture.” International Journal of Agricultural Sustainability 9 (1): 5–24.
Ray, Deepak K., Nathaniel D. Mueller, Paul C. West, and Jonathan A. Foley. 2013. “Yield Trends
Are Insufficient to Double Global Crop Production by 2050.” http://dx.plos.org/10.1371/
journal.pone.0066428.
Rockstrom, Johan, Will Steffen, Kevin Noone, Asa Persson, F. Stuart Chapin, Eric F. Lambin,
Timothy M. Lenton, et al. 2009. “A Safe Operating Space for Humanity.” Nature 461 (7263):
472–75. doi:10.1038/461472a.
Tilman, D., K. G Cassman, P. A Matson, R. Naylor, and S. Polasky. 2002. “Agricultural Sustain­
ability and Intensive Production Practices.” Nature 418 (6898): 671-77.
Vanloqueren, Gaëtan, and Philippe V. Baret. 2009. “How Agricultural Research Systems Shape
a Technological Regime That Develops Genetic Engineering but Locks out Agroecological
Innovations.” Research Policy 38 (6): 971-83. doi:10.1016/j.respol.2009.02.008.

Annexe I

Les sous-entendus de la comparaison


Agriculture conventionnelle/Agriculture biologique
L’équation la plus simple pour comparer deux systèmes agricoles est de mesurer
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les quantités produites par unité de surface et les prix par unité de produit. Ce
type de modélisation s’accorde avec une vision macro-économique de l’agri-
culture où la finalité principale serait de fournir une quantité de produits agri-
coles toujours plus importante à une population mondiale croissante. Cette
vision est pour le moins très simplifiée car, d’une part, comme l’a montré
notamment Armatya Sen, la question de la faim et de l’alimentation mondiale
n’est pas une question de production insuffisante mais bien en lien étroit avec
les inégalités économiques. D’autre part, l’approche basée sur les quantités de
produits et leurs prix s’inscrit dans une vision économique néolibérale qui a
conduit à considérer les produits alimentaires comme des matières premières
au même titre que les métaux ou le pétrole. Si tel est le cas, la course au prix
le plus bas par la mise en concurrence des différents producteurs fait partie
de la dynamique du modèle. Le couple quantité-prix est lié à une approche
macroéconomique à large échelle, nationale, européenne ou mondiale. Il est
aussi la porte d’entrée naturelle d’une approche de l’agriculture qui part de
la parcelle comme unité élémentaire, une parcelle sur laquelle on optimise la
production d’une plante, le plus souvent une céréale. L’objectif est alors de
maximiser le rendement par un choix approprié de variété et de technique
culturale. C’est l’approche « parcelle d’essai » qui guide la communication de

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la plupart des chercheurs, des semenciers et des fournisseurs d’intrants à la


recherche de la combinaison optimale pour optimiser une variable de sortie
principale : le rendement. À une échelle plus micro également, le prix est
souvent présenté comme l’élément principal de l’articulation entre le consom-
mateur et le produit. Le consommateur rechercherait le produit alimentaire
au prix le plus bas. Le couple quantité-prix est donc un élément dominant du
débat sur l’agriculture. Il présente pourtant des limitations claires : 1) le prix
n’intègre pas les coûts liés aux externalités négatives, aux subsides, aux condi-
tions sociales ; 2) si la majorité des consommateurs accepte le prix le plus
c’est en partie sous l’influence d’une publicité agressive et d’un manque de
transparence sur les modes de production et leurs impacts environnementaux,
sociaux et éthiques ; 3) le prix est souvent présenté comme émergeant du jeu
de l’offre et de la demande dans un marché en concurrence parfaite avec une
information égale et honnête des différents acteurs alors que des jeux de pou-
voir, d’influence et des logiques de cartel caractérisent un marché alimentaire
mondial très oligopolistique.
Le bio a son potentiel devant lui, le conventionnel est proche de ses limites
asymptotiques.
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