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L’agrément bancaire

Master Sciences juridiques – S3


Droit bancaire

Réalisé par :
SOUHAILA ROUDANI

Encadré par :
Professeur HICHAM LAKHSSASI

Année universitaire :
2021/2022
Introduction

L’essor considérable des activités bancaires et la forte bancarisation atteignant un taux de 78


% de population1 mettent en lumière la place importance qu’occupe le secteur bancaire dans
l’économie.
En effet, les établissements de crédit assurent une fonction majeure de financement de
l’économie à travers l’octroi de crédits aux entreprises et aux ménages. 2Ils endossent
également la casquette d'organismes de dépôt et mettent à la disposition de leur clientèle
divers moyens de paiement. Outre cette triade de services habituels de collecte de l’épargne et
de distribution de moyens de paiement et de crédits qui constituent les activités bancaires à
proprement dit telles que prévues par l’article premier de la loi bancaire3, l’offre bancaire s’est
considérablement diversifiée et comprend aujourd’hui la vente de services additionnels,
principalement les produits d’assurances et les services d’investissement...4
L’activité bancaire emporte des risques importants dont les retombées peuvent être
considérables sur l’environnement financier, et nécessite par conséquent une réglementation
exhaustive et proactive et une intervention étatique à travers la mission de supervision
bancaire dont est investie Bank Al-Maghrib.
Ce processus de maîtrise des risques liés au secteur bancaire démarre dans un premier temps
par la restriction de l’accès à la profession bancaire.
En effet, l’exercice d’activités bancaires est conditionné par l’obtention d’un agrément
délivré par le wali de Bank Al-Maghrib, et ce après avis du comité des établissements de
crédit 5, ce qui atteste de la subsistance du monopole bancaire dans la législation marocaine.
L’obligation d’obtention d’un agrément concerne en sus des établissements de crédits, les
associations de micro-crédit, les banques off-shore, les établissements de paiement6, les
banques participatives7, et récemment les sociétés de financement collaboratif réalisant des
opérations de catégorie « prêt » ou de catégorie « don ».8
Ainsi, la raison d’être de l’agrément bancaire ne se justifie plus en ce qu’il répond au souci
d’empêcher les établissements pouvant présenter des fragilités, ou représenter une menace
pour la stabilité du système financier, d’accéder au marché bancaire9 à travers un contrôle en
amont des éventuels acteurs du secteur bancaire.

1
Tableau de bord du système bancaire - Juin 2020, Bank Al-Maghrib, p. 1
2
BONNEAU Thierry, Droit bancaire, LGDJ, 14 e édition, Paris, 2021, p. 27
3
Dahir n° 1-14-193 du 1er rabii I 1436 (24 décembre 2014) portant promulgation de la loi n° 103-12 relative aux
établissements de crédit et organismes assimilés
4

5
Ibid.
6
Article 34 de la loi n° 103-12 relative aux établissements de crédit et organismes assimilés
7
Article 60 de la loi bancaire
8
Article 8 de la loi n° 15-18 relative au financement collaboratif
9
Guide relatif à l’évaluation des demandes d’agrément Banque centrale européenne, septembre 2017, p. 7
De ce fait, plusieurs interrogations sont soulevées quant à la procédure et aux critères de
délivrance de l’agrément bancaire.
I- Rigidité des conditions d’accès à la profession
bancaire :

L’accès aux activités bancaires est soumis à des conditions rigoureuses prévues par la loi
bancaire et par les circulaires n° 5/W/15 du wali de Bank Al-Maghrib relative aux documents
et renseignements nécessaires pour l’instruction de la demande d’agrément et n° 20/G/2006
relative au capital minimum des établissements de crédit tel quelle a été modifiée par la circulaire n°
8/W/16.

A- Les conditions tenant à la forme et au capital social :

La délivrance de l’agrément est tributaire du respect des conditions prévues à l’article 34


alinéa 2 de la loi bancaire. Dans un premier temps, la forme juridique de la personne morale
demanderesse doit être en adéquation avec l’activité envisagée : les établissements de crédits
doivent être constitués sous la forme de société anonyme à capital fixe ou de coopérative à
capital variable, les établissements de paiement peuvent prendre la forme de société a
responsabilité limitée ou celle de société anonyme. L'uniformisation de la forme juridique des
établissements bancaires présente un enjeu majeur, dans la mesure où elle contribue à unifier
et renforcer la supervision ainsi que le contrôle du secteur bancaire marocain.
La banque centrale exige également la libération intégrale du capital dont le montant doit
être égal au moins à un capital minimum dont le montant est considérablement élevé, et ce en
ce que le capital social constitue un gage de stabilité financière et de résistance de l’institution
bancaire aux chocs économiques. Ainsi, les établissements de crédit agréés en qualité de
banque doivent justifier à leur bilan d’un capital effectivement libéré ou d’une dotation
totalement versée d’un montant minimum de 100Mdh et de 200Mdh lorsque la banque fait
appel public à l’épargne.
Les établissements de crédit agréés en qualité de sociétés de financement doivent justifier à
leur bilan d’un capital effectivement libéré ou d’une dotation totalement versée d’un montant
minimum de 50 Mdh pour les sociétés de crédit immobilier et les sociétés de crédit-bail ou les
opérations de crédit autres que celles visées par le présent article, de 40 Mdh pour les sociétés
de cautionnement, 30 Mdh pour les sociétés d’affacturage, 20 Mdh pour les sociétés de crédits
à la consommation et 1Mdh pour les sociétés de cautionnement mutuel.10
Les établissements de paiement doivent, quant à eux, justifier d’un capital effectivement
libéré ou d’une dotation totalement versée d’un montant minimum de 6 Mdh pour les sociétés
agréées pour effectuer exclusivement des opérations de transfert de fonds et de 10 Mdh pour
les sociétés agréées pour offrir les services de paiement prévus a l’article 16 de la loi
bancaire.11
10
Article 2 de la circulaire n° 20/G/2006 relative au capital minimum des établissements de crédit tel qu’elle a
été modifiée par la circulaire n° 8/W/16.
11
Article 3 bis de la circulaire n °20/G/2006 relative au capital minimum des établissements de crédit tel qu'elle
a été modifiée par la circulaire n° 8/W/16.
Cet exigence de libération d’un capital minimum élevé allant d'1 Mds a 200 Mdh constitue
un gage de sécurité financière. Par ailleurs, en vue d’assurer cette sécurité et stabilité
économique, l’actif de la banque doit effectivement et à tout moment excéder le passif
exigible d’un montant au moins égal au capital ou à la dotation minimum. 12

B- Conditions tenant à l’actionnariat et à la gouvernance de


l’institution :

Parmi les conditions de l’agrément, celles relatives à la gouvernance sont sans doute les plus
volumineuses.13 Bank Al-Maghrib exige la communication d’extraits de casiers judiciaires
des fondateurs, des apporteurs de capitaux, des administrateurs et des dirigeants, ainsi qu’un
curriculum vitae exhaustif censées permettre à BAM d’évaluer s’ils satisfont aux exigences
d’honorabilité, de connaissances, d’expérience et de compétences. En effet, le législateur
marocain interdit la création, la direction, l’administration, la gestion ou la liquidation d'un
établissement de crédit à tout personne ayant fait l’objet de condamnation irrévocables pour
des infraction au droit des sociétés ou d'abus de sociaux14, et prévoit également la situation
d‘incompatibilité, et ce à travers les dispositions de l’article 44, en vertu duquel, il est interdit
de cumuler une fonction de direction, avec des fonctions similaires dans toutes entreprises
lorsque l’établissement demandeur fait appel public à l’épargne ce qui est propice à assurer
leur disponibilité, nécessaire à une direction effective de l'activité.
Bank Al-Maghrib évalue également si les moyens humains, techniques et financiers dont
dispose l’établissement demandeur sont suffisants pour réaliser les activités pour lesquelles

l’agrément est demandé. Dans sa demande de l’agrément, l’institution demanderesse doit

couvrir les activités qu’elle compte réaliser, les extensions planifiées, ainsi que les moyens
dont elle dispose et qu’elle prévoit de dédier à la réalisation dudit projet. 
Les demandes d’agrément pour l’exercice d’une activité de banque participative doivent être
accompagnées, en sus des éléments précités, des informations ayant trait au dispositif de
conformité aux avis du Conseil supérieur des Ouléma ainsi qu’au dispositif de gestion des
dépôts d’investissement et de traitement de leurs titulaires. 

II- Les procédure relatifs à l’agrément bancaire :

12
EL FTOUH Reda Mokhtar, Analyse et évaluation comparative des conditions de l’agrément bancaire en droit
marocain
13
Ibid.
14
Article 38 de la loi bancaire
A- La délivrance de l’agrément :

L’instruction de la demande d’agrément est assurée par le comité des établissements de


crédit, présidé par le wali de Bank Al- Maghrib et où siègent un représentant de la Bank Al-
Maghrib et deux représentants du ministère des finances, il est décidé d'accorder ou de refuser
l’octroi de l’agrément bancaire dans un délai maximum de 120 jours à compter de la date
dépôt de l’ensemble des documents et renseignements nécessaires pour l’instruction des
demandes d’agrément pour l’exercice d’une activité à caractère bancaire requis par la
circulaire n°5/W/15 en date du 20 mai 2015.
Bank Al-Maghrib peut réclamer toutes informations ou documents complémentaires en
rapport avec la demande d’agrément et les caractéristiques de l’activité ou de l’opération
ciblées.
La décision portant agrément ou refus doit être motivée et notifiée par le wali de Bank Al-
Maghrib a l’établissement demandeur.
La décision portant agrément est publiée au Bulletin officiel et copie en est communiquée au
ministère chargé des finances et a l’association professionnelle dont relève l’institution
postulante.
Cette décision peut être totale ou peut ne porter que sur une partie des activités pour
lesquelles l’agrément est sollicité.

C- Retrait de l’agrément :

L’importance de l’agrément bancaire est d’autant plus grande qu’hors les personnes morales
ayant obtenu l’agrément de Bank Al Maghrib, l’exercice des activités des établissements de
crédit est interdit. A défaut d’être agréée, toute personne exerçant l’une de ces activités est
passible d’une peine d’emprisonnement allant de trois mois à un an. Suivant le retrait de
l’agrément, la personne morale concernée est radiée de la liste des établissements de crédit et
n’est plus autorisée à exercer l’une de leurs activités.
Dans ce sens, l’article 52 de la loi bancaire dispose que le retrait de l’agrément est prononcé
par le Wali de Bank Al-Maghrib dans plusieurs situations, notamment à la demande de
l’établissement de crédit lorsque celui-ci n'a pas fait usage de son agrément dans un délai de
douze mois à compter de la date de notification de la décision portant agrément, ou dans le
cas où il n’exerce plus son activité depuis au moins six mois, ou encore s’il ne remplit plus les
conditions au vu desquelles il a été agrée, il en est de même lorsque la situation de
l'établissement de crédit est considérée comme irrémédiablement compromise, ainsi, le retrait
d’agrément peut être prononcé à titre de sanction disciplinaire. 15
Concernant le dernier cas, l'article 178 de ladite loi précise que le retrait d’agrément peut
être prononcé lorsque la mise en garde ou l’avertissement prononcé à l’encontre de
l’établissement demeurent sans effet. Force est de constater qu‘en dehors du cas où la
86‫ ص‬،2007 ،‫ الرباط‬،‫ دار ابي قرقار‬،‫ الوجيز في القانون البنكي المغرب‬،‫ الشرقاوي المالقي عائشة‬15
demande de retrait de l’agrément émane de l'établissement de crédit lui-même, le Wali de
Bank Al Maghrib doit obtenir l'avis de la commission de discipline des établissements de
crédit, et ce conformément aux dispositions de l’article 52 de la loi bancaire. Il en est de
même, que le renouvellement de l’agrément est exigé à chaque fois que la banque connait des
changements modifiant substantiellement son organisation institutionnelle. A titre d’exemple,
lorsqu'une opération de restructuration fusion/absorption, changement dans le contrôle de la
banque ou dans la nature des opérations qu’elle réalise ou vise à réaliser. Dans ce sens,
l’article 50 de la loi 103-12 précise que si Bank Al Maghrib estime lors d’un examen d’une
demande d’octroi d’agrément ou d’une demande de fusion- absorption entre deux ou plusieurs
établissements de crédit ou organismes assimilés, que l’opération envisagée peut constituer
une violation des dispositions relatives aux opérations de concentration économiques prévus
par la loi régissant la concurrence, la BAM sursoit à statuer sur la demande et requiert l’avis
du conseil de la concurrence pour connaitre des pratiques contraires à la loi régissant la
concurrence. Ce dernier disposera d’un délai d’un moi pour transmettre son avis à la BAM à
compter de la date de réception de la demande dudit avis.49 Est exigé également, l’octroi d’un
nouvel agrément, à l'occasion d’un changement affectant la nationalité, le contrôle d’un
établissement de crédit, ou encore la nature des opérations qu’il effectue habituellement.

Bibliographie

 EL FTOUH Reda Mokhtar, Analyse et évaluation comparative des


conditions de l’agrément bancaire en droit marocain

 BONNEAU Thierry, Droit bancaire, LGDJ, 14e édition, Paris, 2021


2007 ،‫ الرباط‬U،‫ دار ابي قرقار‬،‫ في القانون البنكي المغرب‬U‫ الوجيز‬،‫ المالقي عائشة‬U‫الشرقاوي‬ 

 Tableau de bord du système bancaire - Juin 2020, Bank Al-Maghrib

 Guide relatif à l’évaluation des demandes d’agrément Banque centrale


européenne, septembre 2017

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