Vous êtes sur la page 1sur 53

ORGANISME NATIONAL DE CONTROLE

TECHNIQUE DE LA CONSTRUCTION DU CENTRE


AGENCE BEJAIA
LA CONSTRUCTION SUR SOLS GONFLANTS
I . INTRODUCTION
Certains sols argileux soumis aux variations de la teneur en
eau, peuvent augmenter ou diminuer de volume. Ces
phénomènes cycliques de gonflement retrait provoquent des
contraintes parasites dans les structures et au niveau des
fondations. Ces contraintes engendrent des dommages dans les
bâtiments, les autoroutes, les pavages, les pistes d’aéroport et
dans les structures légèrement chargées.
Le gonflement des sols naturels est spécifique à certains sols
argileux et principalement lié aux variations de leur teneur en
eau. Les variations de volume de ces sols argileux ne sont pas
seulement proportionnelles aux fluctuations de la teneur en eau,
c’est à dire de ces cycles pluviométriques et des déficits
hygrométriques, facteurs climatiques, mais elles dépendent
également pour une large part de la nature minéralogique des
argiles qui composent ces sols.
• Les structures légères et particulièrement les
logements individuels, sont rarement conçus pour
résister ou s’adapter aux cycles successifs de
gonflement et des tassements argileux sensibles, qui
accompagnent les cycles de pluies et de sécheresse.
• Les pressions de gonflement développées par le sol
sous une semelle de fondation peuvent atteindre de 0,20
à 0,50 Mpa et l’ampleur des mouvements de 5 cm à 20
cm, c’est à dire des valeurs pour les quelles les
bâtiments courants ne sont pas adaptés.
II . ASPECT MINERALOGIQUE DES SOLS ARGILEUX :
Les particules argileuses sont douées de propriétés colloïdales ce
qui explique la diversité du comportement de l’argile. Ces minéraux
argileux ont en général une structure cristalline feuilletée. Ces
minéraux sont classés en familles, espèces et variétés :
Les trois (03) familles les plus connues sont :
• La kaolinite
• L’illite
• La montmorillonite
Les roches de cette dernière famille peuvent
absorber beaucoup d’eau dans des proportions
considérables en donnant lieu à des gonflements
importants, car les liaisons d’un feuillet à l’autre sont
faibles et l’eau pénètre facilement entre les feuillets.
Les principaux facteurs influant sur le gonflement
sont :
• La nature minéralogique
Avec un indice de gonflement de 0,50, les
montmorillonites sont les plus gonflantes puis
viennent les illites et les kaolinites.
• La structure des matériaux
Un matériau non remanié présentera des
caractéristiques de gonflement plus importantes
qu’un matériau remanié.
II. 1- Reconnaissance et Quantification des sols gonflants :
II.1. 1- A l’échelle régionale pour l’étude géologique :
Une telle cartographie peut être envisagée au fur et à mesure de
la connaissance de ces zones potentiellement gonflantes.

• II.1.2- A l’échelle microscopique par l’étude minéralogique :


Ce type de diagnostic est généralement associé soit à une étude
géologique exhaustive, soit à une étude géotechnique où l’en
cherche la confirmation de résultats par une identification
minéralogique. Les minéraux argileux gonflants (montmorillonite,
illite) ayant des formes et des assemblages très caractéristiques,
ainsi que les propriétés minéralogiques très spécifiques.
Plusieurs méthodes sont couramment employées :
- diffractométrie par rayon X,
- microscope à balayage électronique.
II.1.3 - Par Caractérisation du sol :
Dans la littérature technique, il existe plusieurs règles
d’identification et de classification. Il y’a celles qui sont
basées sur un seul paramètres et d’autres sur la
combinaison de deux (02) ou plusieurs paramètres,
évidemment plus le nombre des paramètres combinés
est grand plus la prévision de potentiel de gonflement
est meilleure ( SNETHEN 1977 )

IP (%) Potentiel de gonflement


15 Faible ou nul
15 –30 Modéré
35 Élevé
WL (%) Classification du taux de
gonflement

0 - 20 Non gonflant

20 - 35 Faible

35 – 50 Moyen

50- 70 élevé

70 - 90 très élevé

90 Extra élevé

Potentiel de GONFLEMENT en fonction de wL


WL (%) IP (%) Classification du
gonflement
20 – 49 15 – 24 Faible à moyen

50 – 70 24 - 46 élevé

70 46 très élevé

Potentiel de GONFLEMENT en fonction de Wl et IP


IP (%) W (%) WL (%) Classification

18 15 20 - 35 Faible

15 – 28 10 -15 35 – 50 Moyen

25 – 41 7 – 12 50 - 70 élevé

45 11 70 très élevé

Evaluation du potentiel de gonflement en fonction de IP ; WL et W


III. Mesure de la pression de gonflement :
La pression de gonflement d’une argile se détermine en
laboratoire à l’essai oedométrique. L’échantillon est placé dans la
membrane oedométrique et la mesure de la pression de gonflement
se fait avec soulèvement nul. C’est à dire qu’au fur et à mesure du
développement du processus de gonflement au sein de l’argile suite
à l’hydratation progressive, on surcharge l’échantillon pour
empêcher toute variation de volume et ce jusqu’à l’équilibre.
La contrainte finale qu’il aura fallu placer sur l’échantillon
après l’hydratation complète est appelée pression de gonflement.
ESSAI A L’OEDOMETRE
ESSAI A L’OEDOMETRE: Argile gonflante
• L’amplitude du gonflement pourra se mesurer sur le
terrain par un suivi topographique de piquets
gradués implantés sur la surface concernée. Cette
méthode est longue et nécessite plusieurs mois de
lecture

• Les essais doivent s’effectuer sur des échantillons

intacts.
III.1- Essai oedométrique :
C’est un essai d’analyse du comportement du sol
sous l’action d’une contrainte verticale avec blocage des
déformations latérales. Il permet de tracer l’évolution du
tassement vertical en fonction des incréments de
contrainte. Le déchargement de l’échantillon par paliers
permet également le suivi du gonflement des argiles.

- La pression de gonflement du sol ’g correspondant à la


pression maximale que l’on doit maintenir sur le piston d’un
oedomètre pour maintenir constante le volume d’une éprouvette
saturée sous l’effet d’une contrainte ’ verticale donnée.
• III.1.1- Quelques paramètres de déformation de sol :

P’ = 1 ( ’1 + ’2 + 3’) : contrainte moyenne


3
v = ( 1 + 2+ 3) : déformation volumique
• 1 : déformation verticale
• Q = ( ’1 - ’3) : déviateur des contraintes
• Cc : Indice de compression, c’est la valeur absolue de la
pente rectiligne d’une courbe oedométrique.
Cc = e1 – e0
Log ( ’1 / ’0)
• Cg : Indice de gonflement, c’est la valeur absolue de la pente de la
partie rectiligne du début de déchargement.
• Cg = e – emin

Log ( ’v / ’v max ) ’1
’3 ’2
III.1.2- Modèle de ZERVOYANNIS:
Le modèle de ZEROYANNIS permet l’obtention
du rapport Cc /Cg en fonction de l’indice de
plasticité.

• Cette corrélation est plus fiable pour des indices


de plasticité IP variables de 20% à 40%.

Cc /Cg = 2 + 0,77. IP
III.1.3- Retrait :
Contrairement au gonflement engendré par une
augmentation de volume, une dessiccation entraîne un
tassement des sols gonflants sans qu’il y’ait eu la
moindre modification aux contraintes totales appliquées.
L’incidence de ce phénomène sur les ouvrages se
manifeste par des tassements différentiels excessifs
qui provoquent des fissures difficiles à traiter à cause de
l’effet cyclique.
IV.1 Classification du gonflement :
La vulnérabilité des ouvrages sur sols gonflants est en
fonction du potentiel de gonflement qui se manifeste suivant
les valeurs du soulèvement total prévisionnel.

Soulèvement Classement Groupe


Total

0 - 0.50 cm Très bon site 1

0.50 - 1.50 cm Bon site 2

1.50 - 5.00 cm Site moyen 3

5 - 10 cm Mauvais site 4

Supérieur à 10 cm Très mauvais site 5


IV.2 Les sols gonflants et la construction :
Avant de donner quelques dispositions constructives permettant
d’éviter le gonflement sous les fondations, il y’a lieu de citer
quelques pratiques qu’il ne faut pas faire pour aboutir à un bon
comportement de la construction.
Les Dix (10) Erreurs à Éviter :
1 – Éviter absolument les variations de la teneur en eau du sol de
fondations, même dans le voisinage des constructions. La pratique
courante sur chantier qui consiste à arroser le sol afin d’y faciliter
l’exécution des excavations change sa teneur en eau. Par
conséquent, il est important de laisser la fouille ouverte pour
permettre l’évaporation totale de l’eau et ne pas couler
immédiatement la fondation.
2 – Ne jamais faire confiance au seul calcul d’équilibre des
fondations, car le phénomène de gonflement est très hétérogène et reste
toujours différentiel dans la réalité.
PROBLEME D’EQUILIBRE ENTRE LES FORCES TRANSMISES ET
LES REACTIONS AU NIVEAU DU SOL.
3 – Éviter la pose des drains prés des fondations :
Les sols gonflants sont souvent argileux et imperméables ce qui
pose la difficulté de leur drainage par simple gravité.
4 - La rigidification des fondations et de la structure à elle seule
ne suffira pas.
Des dispositions constructives supplémentaires doivent être
prises pendant la conception et la réalisation de l’ouvrage. Il est à
signaler que certaines pressions de gonflement atteignent plusieurs
centaines de Kpa et parfois aucune structure courante en béton
armé ne peut accepter les moments de flexion qui en résultent.
5 - Les fondations sur puits fondés à un niveau non gonflants
sans protection sur le fût ne sont pas acceptables :
En effet, les forces de frottement latéral qui naîtront sur les parois
donneront les mêmes résultats sauf si des précautions particulières
ont été prévues pour éliminer ces frottements.
6 - Faire une bonne conception du réseau d’assainissement
intérieur :
- Éviter la disposition des salles d’eau au centre de la construction
mais plutôt aux endroits les plus proches du réseau d’évacuation
des eaux usées et celui de l’ AEP.
- Toutes les pentes aux alentours du bâtiment doivent être
nettement orientées vers l’extérieur et aucune stagnation des eaux
.
ne doit être tolérée
7 - Les canalisations d’évacuation doivent être conçues en
matériaux souples et flexibles supportant les déformations
engendrées par le gonflement.
Ne jamais lier les réseaux divers (alimentation et évacuation), à
la structure du bâtiment. Ces derniers doivent être indépendants de
la construction pour qu’ils ne soient pas entraînés par le
mouvement de la structure en cas de gonflement.
8 - Faire un dimensionnement adéquat des réseaux afin
d’assurer une bonne circulation des eaux, il y’a lieu de respecter la
hiérarchie dans le dimensionnement du réseau des eaux usées
ainsi que les pentes d’écoulement.
9 - Intervenir rapidement pour la réparation des fuites du
réseau d’AEP ou d’assainissement.
10 - Éloigner les espaces verts et les plantations par rapport aux
ouvrages notamment ceux à grande consommation d’eau.
V- RECOMMANDATIONS RELATIVES A LA
CONCEPTION DES OUVRAGES :
- Les constructions implantées sur des sols gonflants doivent
être capables de dissiper l’énergie due aux mouvements de
gonflement de manière à limiter le transfert de cette énergie dans
les éléments non structuraux comme les cloisons.
- Néanmoins, il est intéressant de classer les solutions en
fonction du degré de gonflement exprimé en centimètre (cm) de
soulèvement.

- Les présentes dispositions demeurent préventives, elles


n’annulent pas les effets du gonflement des argiles, mais elle le limite.
Cependant, les solutions définitives existent mais leur coût reste une
contrainte insurmontable pour les constructions légères du type RDC
ou (R+1.)
V.1- Prescriptions techniques générales :
La construction sur les sols réputés gonflants nécessite la prise en
compte des règles élémentaires suivantes aux fins de minimiser les
effets néfastes :
• Suppression de toute arrivée ou retrait d’eau (Drainage
périphérique associé à un système de collecte d’eau souterraine
dans le cas des sites en pente).
• Pas de plantations ni d’espaces verts susceptibles d’avoir une
influence au niveau des fondations.
• Éviter les flux de chaleur (fours).
• Pas de rupture de canalisation, en particulier au passage entre
la construction et l’extérieur.
• Éviter les fuites accidentelles (fuites de réservoir).
• Imperméabilisation des abords périphériques avec une liaison
souple à la construction.
• Pose d’une membrane imperméable sous les remblais
éventuels servant d’assise aux dallages inférieurs.
a - Solution Type S1
• Cette solution adaptée aux constructions sur sols
faiblement gonflants, consiste à réaliser l’ouvrage d’une
manière tout à fait courante en étanche issant les sales
d’eau et en les surélevant de 20cm par rapport au
niveau du sol.
• Cette dernière disposition vise à augmenter les pentes
d’écoulement.
• Néanmoins, toutes les recommandations concernant la
bonne conception et la bonne réalisation doivent être
scrupuleusement respectées.
TRAITEMENT DU TYPE S1
b- Solution Type S2 :
• Il s’agit de la substitution de sol en profondeur par un
remblai peu perméable et insensible à l’eau. Ce
remblai doit être compacté par couches successives
d’épaisseur maximale 30cm jusqu’à atteindre un indice
CBR de 20 à 30.
• Le remblai débordera de 1m au minimum des limites de
la construction et sera sur élevé de 20 cm par rapport
au terrain naturel.
• Avant de remblayer, couvrir l’excavation par un film en
polyane qui assurera la fonction d’une membrane
étanche du moins pendant le compactage du remblais.
Traitement du type S2
c- Solution Type S3 :
• Cette solution prévoit un remblai inerte plus important (1,50m à
2m) surélevé de 20 à 40 cm par rapport au niveau de chaussée.
• Un vide sanitaire est prévu en infrastructure. Les fondations
doivent être reliées par un réseau de longrines assez rigides
dimensionnées en flexion. Le remblai doit être fini par des pentes
vers l’extérieur comme s’il s’agissait des pentes évacuant les eaux
de pluie dans une terrasse.
• Le vide sanitaire doit avoir une hauteur suffisante pour permettre le
décoffrage.
• Toutes les autres précautions prévues dans la solution S1 doivent
être vérifiées.
TRAITEMENT DU TYPE S3
VI. TYPOLOGIES DES FISSURES DUES AU GONFLEMENT
DIFFERENTIEL :
Quand une fondation posée sur un sol gonflant dont la teneur
en eau est modifiée, elle commence un mouvement ascendant
entraînant avec elle toutes les parties de la structure qu’elle
supporte directement.
Les conséquences du gonflement différentiel d’un sol sont
reconnaissables à travers la typologie des fissures qu’on
observe et qui affectent les constructions de manière
systématique en présence d’eau. Autrement dit, les
conséquences de ce mouvement différentiel sont des fissures
obliques touchant le panneau de façade quand il s’agit d’une
fondation de rive ou deux (02) à quatre (04) panneaux quand il
s’agit d’une fondation d’angle ou centrale.
• Il y’a lieu de préciser que ces fissures sont
caractérisées par leur inclinaison à 45 degrés par
rapport à l’horizontal. Elles se caractérisent également
par leur convergence systématique vers l’endroit ou
le sol a été humidifié.
• Quand le potentiel de gonflement n’est pas
important, les déplacements différentiels qu’il engendre
peuvent être absorbés par la structure sans pour
autant affecter les cloisons par une quelque fissuration.
VI. 1 AUTRES CONSEQUENCES DU GONFLEMENT DE SOLS :
D’autres conséquences peuvent être observées à la suite d’un
gonflement du sol sous une construction. Les conséquences ne sont
pas toujours systématiques et se résument comme suit :
• Les portes et fenêtres ne ferment plus.
• (Cette conséquence est aussi observée à la suite d’un tassement).
• Gonflement et fissuration du plancher bas.
• Difficultés dans l’évacuation des eaux vannes à cause de la
pente d’écoulement qui devient quasi nulle suite au gonflement.
• Une fissuration dans les cloisons éloignées de la source de
gonflement due au mouvement général de la structure.

Il est clair que le traitement de ces effets n’aura aucun sens


tant que l’origine de cette pathologie n’est pas éliminée.
TYPE DE FISSURES DUES AU GONFLEMENT
FISSURES INCLINEES SUR LES CLOISONS.
VI.2 REMEDES : (Résumé)
• Exiger des études de sol détaillées.
• Maintenir un taux d’humidité naturel du sol par protection extérieure
(Drainage périphérique, imperméabilisation, étanchéité anticapillaire).
• Recherche de niveau d’assise de fondations insensible aux variations de
température et d’humidité (un ancrage min de 1,50 m sous réserve
d’atteindre le bon sol.)
• Assurer une meilleure rigidité de l’ouvrage (infrastructure)
dimensionnement sous l’action des pressions de gonflement.
• Éviter les dallages sur terre pleine, privilégier les vides sanitaires avec
voile périphérique étanche ou la substitution de sol.
• Adopter un système d’évacuation (AEU- DEP) souple.
• Proscrire la proximité des arbres et arbustes D > hauteur de l’arbre.
• Prendre en considération les phénomènes de solifluxion engendrés par le
retrait- gonflement des sols dans les terrains en pente.
VII. Conclusion
Le gonflement des sols est un phénomène fort complexe qui fait
intervenir un grand nombre de paramètres. Les désordres qui en résultent
sur les constructions sont parfois irréparables et leur reprise en sous œuvre
est souvent lourde et coûteuse. A cet effet, la prise en compte de ce
phénomène au stade de la conception de la structure et l’étude
géotechnique détaillée avec mesure des différents paramètres Physico-
mécaniques gouvernant le comportement du sol est une nécessité absolue.
- Les méthodes de traitement développées dans les laboratoires
de recherche sont d’une application limitée et se chiffrent à des coûts
élevés.
- L’application des dispositions constructives énumérées
précédemment contribue également à la réduction voire l’annulation des
effets du gonflement des argiles sur les constructions.
QUELQUES DTAILS CONSTRUCTIFS
Extraits du guide BRGM sur la
Construction Économique sur Sols
Gonflants

Vous aimerez peut-être aussi