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Umm Leila : le Journal de la Détermination

Mon histoire débute au cours de ma cinquième année de mariage. Je me considérais à l’abri de la


polygynie d’autant plus que j’avais préalablement discuté de ce sujet avec mon époux et qu’il me dît, je
cite : « Je ne suis pas intéressé par la polygynie pour le moment ». Je sais, je sais, j’aurais du retenir le
‘pour le moment’ mais je ne l’ai pas fait et il a fini par se remarier. J’étais profondément amoureuse de
mon époux. Il m’a rendue heureuse en me faisant son épouse, la mère de ses enfants, son amie et son
soutien et ce fut ainsi jusqu’à ma cinquième année de mariage. Que s’est-il donc passé ? Il m’informa
qu’il souhaitait épouser une autre femme. Je demande à Allah de ne plus avoir à endurer ce genre de
douleur à l’avenir. Ce qui suit sont mes notes journalières pendant cette période difficile.

21 Août :

Je ne supporte plus ma vie, mon mariage. Je n’en veux plus. Pourquoi l’ai-je épousé ? Je ne peux plus
continuer. Je n’aime plus être avec lui. Je ne veux même plus qu’il me touche. Comment a-t-il pu me
faire cela, me blesser de la sorte ? Nous étions des amis, nous étions proches. Pourquoi, pourquoi ? Je
pensais qu’il m’aimait. Je pensais qu’il prenait soin de moi, qu’il voulait être avec moi tout le temps que
nous passerions sur cette terre. Maintenant je ne suis plus assez bien. Maintenant j’ai l’impression qu’il
veut se détourner de moi et aimer une autre femme. Que lui ai-je fait pour qu’il me fasse cela ? Que
vais-je faire ? Je ne sais comment survivre au jour qui vient. Je suis malade. Je suis fatiguée. Je n’ai plus
d’énergie. Je ne prends plus plaisir à le voir ou l’entendre. Pourquoi m’a-t-il fait cela ? Pourquoi ?

1er Septembre :

Il est venu à moi aujourd’hui et m’a dit qu’il ne voulait pas ‘ruiner’ la famille. Mais nous sommes
détruits ! Il n’y a plus de famille. C’est mort. Mon amour pour lui est mort. Je ne cesse de pleurer. Je
souffre terriblement à l’intérieur. Je souris à mes enfants comme si tout allait bien et joue avec eux
comme si rien n’avait changé. Je suis sure que mes enfants savent que quelque chose ne va pas avec
maman. Pourquoi a—t-il fait cela ? Qu’ai-je fait de mal en tant qu’épouse pour qu’il ait besoin de me
remplacer par une autre ? Peut être n’est-il plus attiré par mon corps… Pourquoi l’ai-je épousé ? Oh Allah
aide moi. Je ne supporte plus la douleur. Un jour ici, un jour là, ça ne s’arrête pas. Cela ne fait que
s’amplifier. Que suis-je supposée faire ? Je ne supporte plus de voir son visage. Je l’ai tant aimé.
Pourquoi me déteste-t-il ? Quel est mon problème ?

11 Octobre :

Tu es un journal occasionnel. J’ai été si déprimée que je ne pouvais même pas tenir un stylo pour écrire.
J’aimerais que tu puisses me parler et me dire que tout se passera bien, que cette agonie va disparaître.
Je suis si fatiguée. Je sais que c’est ce qu’il souhaite. L’autre jour, il a préparé le dîner, mis les enfants au
lit et offert un cadeau. C’était une bague. Elle avait trois anneaux. Il dit qu’un anneau était pour lui, un
pour moi et le troisième pour Allah. Il dit que nous serions toujours ensemble Insha Allah. J’ai mis la
bague à mon doigt et il l’embrassa en disant combien il m’aimait et combien je l’avais rendu heureux.
J’ai fondu en larmes et lui ai dit qu’il était un menteur et qu’il ne m’aimait pas et que d’ailleurs il ne
m’avait jamais aimée.

19 Octobre :

Combien de temps s’est-il écoulé depuis qu’il m’a dit qu’il voulait se remarier ? Tout juste deux mois ? Et
voilà que je suis encore en train de pleurer de douleur d’avoir été si blessée. Je me sens mieux en
essayant de le cacher et en continuant à vivre comme si de rien n’était. Je ne lui parle plus et je suis
sure qu’il pense que tout va bien et que je surmonte la situation. Je n’ai plus d’énergie pour débattre
avec lui maintenant. Je suis vidée. J’aimerais avoir une amie à qui parler et qui comprendrait ce que je
suis en train de traverser. Les gens et leur mariage réussi… Où est ma foi ? Pourquoi gâcherais-je ma vie
à me soucier de lui ? Même si cela devait se produire et que je devais rester, j’ai encore ma personne,
mes enfants et le mariage qui me lie à lui. Mais ce n’est pas assez. Je ne veux pas le partager. Je lui
donne toute ma personne et lui ne me donne que 50% ou moins encore.

21 Janvier :

Je sais que ça fait longtemps que je ne t’ai pas écrit. J’y ai pensé mais j’avais peur. Je n’aime plus trop
écrire. Cela me blesse parfois davantage que cela ne m’aide. Néanmoins j’ai décidé de faire un vrai effort
vis-à-vis de ma relation. La chose la plus difficile au monde pour le moment est d’admettre que je l’aime
encore. J’essaie de faire appel à ma raison et de donner un sens à ce que je dis. Mes émotions me tuent
lentement. Je dois être forte et affronter la réalité, ou la vérité, quelle qu’elle soit.

3 Février :

Aujourd’hui, il a pris mes mains et murmura dans mon oreille comment il m’avait aimée et adulée. Il dit
qu’il ne tolérerait jamais qu’un autre homme ne me touche. Il dit que je l’ai rendu tellement heureux et
satisfait en tant qu’homme. Il souleva mon visage et me regarda dans les yeux ; il me caressa les joues
de ses pouces, rapprocha mon visage tout près de lui et dit : « Tu m’as façonné. » J’ai pleuré un long
moment. Comment puis-je laisser cela m’échapper ?

16 Février :

Constante dans mes efforts.

22 Mai :

Aujourd’hui, nous avons eu une conversation téléphonique. Il m’a demandé ce que je ressentais face à la
polygynie. Tu sais, beaucoup de choses se sont passées depuis la dernière fois que je t’ai écrit. Nous
avons eu des temps difficiles et nous avons perdu notre logement. Aussi avons-nous déménagé, il s’est
installé chez sa mère et moi chez la mienne. Cela fait trois mois que nous sommes séparés. Je pense que
c’est une des meilleures choses qui me soit arrivée. J’ai senti que c’était l’occasion de me vider la tête et
de clarifier si je voulais encore de lui ou pas. Il me manque tellement. Cela été plus difficile que ce que
j’imaginais. Son contact me manque. C’est ce qui m’attendait si je venais à divorcer, non ? Donc, la
question est : qu’est ce que je veux réellement ? Depuis que je suis éloignée de lui, je me sens devenir
plus forte, trouvant en moi la force d’affronter ma vie et mon mariage. Je ne peux le changer. Allah l’a
créé ainsi et qui suis-je pour dire que Sa création est défectueuse ? C’est ainsi que durant les quelques
dernières semaines, mon unique préoccupation était le Jour J. Il fallait que je prenne La décision finale
qui mène mon mariage à la réussite.

28 Mai :

Cher journal,
J’ai relu mes dernières notes et j’ai ri. Je ne t’ai pas raconté ce qui est ressorti de la conversation
téléphonique, n’est-ce pas ? Comme je l’ai déjà dit, il m’a demandé ce que je ressentais face à la
polygynie à présent. Sais-tu ce que j’ai répondu ? « Laisse-moi encore un peu de temps pour en savoir
plus à ce sujet ». Il s’est moqué de moi et a dit que j’étais en train de fuir la question. Mais il a dit : «
D’accord ». Donc, tu vas me demander où j’en suis maintenant… Nous sommes sur le point
d’emménager dans notre nouveau logement et les choses vont revenir à la normale : je vais être à
nouveau une ‘épouse’. J’en suis impatiente. Etre sa ‘femme’ me manque. Peut être qu’Allah m’a fait
traverser tout cela pour me faire prendre conscience que je ne veux pas vivre sans lui. Quoiqu’il en soit,
j’ai décidé de me battre pour la réussite de mon mariage. Que penses-tu de cela, livre indiscret ?

30 Juin :

J’avais peur de t’écrire… Mais j’en avais besoin car il me semble que je tourne en rond dans ma bulle de
satisfaction. Ma relation avec mon époux a beaucoup progressé. Nous nous aimons davantage et il me
semble qu’il m’aime véritablement mais qu’il ne l’exprime pas parce que je le fais. Il le montre
maintenant, il est plus affectueux. Je pense que ce changement d’attitude est du à ma compréhension et
à l’acceptation du fait qu’il puisse se marier à plus d’une femme s’il le souhaite. Je me surprends moi-
même à écrire cette phrase sans ressentir la moindre douleur, ce qui était impensable il y a un an. Mais
maintenant, il me semble que j’ai dépassé le stade des pleurs et de la colère. Je ne compromettrai pas
mon ticket pour le Jannah alors que mon époux désire une chose Halal. Je m’interdis également de voir
grandir mes enfants sans la présence d’un père. C’est pour cela que j’ai réussi à changer mon point de
vue sur certaines choses. Mes yeux sont fatigués.

9 Juillet :

Il fait nuit. Il me semble qu’il y a un engagement particulier entre moi et mon mari. Cela m’effraie
quelque peu car je ne veux pas qu’il disparaisse mais qu’il se renforce. Je suis fatiguée d’être celle qui a
constamment besoin d’être rassurée sur l’amour. J’ai tellement de choses à gérer dans ma tête que je
me sens parfois déprimée. Presque rien ne se passe comme je le veux, que ce soit dans ma maison ou
dans ma tête. J’aimerais tellement être une bonne musulmane mais j’arrive juste à faire ma Salat
(prière). J’ai essayé tellement de méthodes dans l’espoir d’installer le Tahajjud dans ma vie. Elles ont
toutes échoué. Que puis-je faire d’autre ? Sans le Tahajjud, je n’y arriverai pas. Je suis fatiguée.

12 Juillet :
Aujourd’hui fut un jour de plus où j’ai nettoyé, astiqué la maison, baigné les enfants… Par moments,
cette routine me pèse, mais je m’y habitue. Il n’ya pas de stress ou, au moins, il y en a moins qu’avant.
Rabiah est en train de pleurer. Je dois voir ce que je peux faire pour elle.

18 Juillet :

Aujourd’hui, j’ai perdu le contrôle de ma frustration et l’ai déversée sur Hasanah parce qu’elle ne
connaissait pas la couleur jaune. Quand j’ai crié sur elle pour quelque chose de si stupide, je me suis
sentie petite et pitoyable. Je me suis excusée auprès de Hasanah et ai continué à lui enseigner les
couleurs. L’incident m’a fait prendre conscience que je devais me contrôler. Je sais que cela s’explique en
partie par le fait que je dorme dépossédée de mon époux, mais cela ne me donne pas le droit de me
décharger sur ma fille. Mon objectif est donc d’améliorer ma patience et de faire en sorte que la colère
ne fasse plus partie de ma vie. Je me sens tout à fait capable d’y parvenir. J’ai déjà fait des progrès
significatifs surtout par rapport à mon époux. Nous ne nous sommes plus disputés depuis qu’il a cohabité
avec sa mère. J’ai plus que jamais appris à contrôler ma langue. Je ne dis plus spontanément ce qui me
vient à l’esprit mais je prends le temps de juger si cela vaut la peine d’être dit ; si tel est le cas, j’attends
d’être capable de l’exprimer sans colère et au moment propice. J’aime ma famille et ma vie. Il est temps
de dormir.

27 Juillet :

Je cherche une amie à qui parler. J’ai besoin de me débarrasser de certains sentiments qui ont tendance
à me faire rechuter. J’essaie d’être la meilleure à tous les niveaux et parfois ça me dépasse. A l’aide !
Quoiqu’il en soit, j’ai rédigé mon mantra :
MES INTENTIONS
Que la colère fasse partie de mon passé et non de mon avenir.
Que la patience soit mon armure.
Que le sacrifice soit ma force.
Que la douleur soit mon alliée.
Que La connaissance soit ma base.
Que la parole douce soit mon bouclier.
Que l’humilité soit ma dignité.
Mon avenir
Mon armure
Ma force
Mon alliée
Ma base
Mon bouclier
Ma dignité
MES INTENTIONS
Je suis confiante et pense être capable de m’y tenir. J’essaie de façon active chaque jour. Chaque point
relevé est une faiblesse de ma part. Il y a tellement à faire que parfois je me dis qu’il vaudrait mieux ne
rien faire. Comme je l’ai dit, j’aimerais avoir quelqu’un à qui me livrer. Je n’ai pas d’autre sujet en tête.
Je me sens dépassée. Mon époux dirait : ‘pas autant que moi !’ Chaque jour est une bataille pour
progresser ; mais comment faire si tu ne sais pas quel chemin emprunter ?

7 Août :

Dernièrement, mon époux a été convoité dehors. Je me sens désemparée et blessée. Je garde le silence
et parfois je sens que je ne devrais rien lui demander. Je fais de mon mieux pour ne pas le questionner
quand je sens que ce n’est pas le bon moment. Ce que je désire le plus au monde est d'être la meilleure
épouse possible, mais parfois c’est la chose la plus difficile à faire. A plus tard.

11 Août :

Je me sens utilisée. Ce n’est pas sa faute. Je pense qu’il a tout fait pour être honnête et rester avec moi.
Je me sens si bouleversée. Je n’ai personne à qui parler et qui serait en mesure de comprendre. Je
ressens de la jalousie, de l’amertume, de la colère, de la tristesse, de la solitude et… ma foi est faible. Il
est là, à l’extérieur, en train de chercher d’autres femmes, désirant aimer une autre femme. Une partie
de moi sent encore qu’il m’a utilisée. J’étais la jeune fille naïve qui est tombée amoureuse de l’homme
charmant. Je ne pense pas qu’il m’ait voulu dans son cœur. Je ne sais pas quel genre d’amour il éprouve
pour moi. C’est horrible de penser cela, de l’écrire. Il souhaitait épouser quelqu’un de plus âgé.
Maintenant, il la recherche. Je ne supporte plus cette ‘connerie’. Je souhaiterais que partir résolve le
problème mais ce n’est pas le cas donc j’essaie de tenir en équilibre entre l’amour et la haine. Aucune
aide, que du sacrifice de la douleur de mon coté seulement. Comment peut-on comprendre et accepter
que l’homme que l’on aime souhaite en aimer d’autres ? Je n’y arrive pas. J’essaie et j’échoue. Je refuse
de pleurer. Il ne mérite pas mes larmes. J’espère qu’il vaut cette souffrance. J’aimerais trouver un
soutien dans cette lutte. La vérité est qu’il est un homme sous l’emprise de ses envies et ses désirs. Mes
larmes, ma souffrance, mes blessures, je ne peux rien y changer. J’ai fait ma vie. Je veux le détester. Je
sens que ce serait plus simple. Je suis fatiguée. Je veux réagir. Je veux me donner toute entière à mon
époux. Mais je ne pense pas en être capable. Lui ne se donnera pas entier. Il offre sa raison, ce qui
semble me manquer.

14 Août :

Le combat d’aujourd’hui a tout simplement été d’éviter de sombrer. Je veux être plus forte. Je veux me
distancier par rapport à ma douleur. Pourquoi dois-je souffrir autant ? Je ne le veux plus. Je suis si
effrayée, si effrayée. Si tourmentée. Je suis déprimée, seule, triste et en colère. J’ai besoin de force. Où
puis-je la puiser ? Comment puis-je traverser cette épreuve sans y perdre mon âme ? J’ai besoin de
réponses, d’éclaircissements. Je suis fatiguée d’essayer de me convaincre moi-même. Je suis effrayée
des changements que cela pourrait apporter. Pourquoi devrait-il épouser quelqu’un qui ne pratique pas le
Deen (religion), quelqu’un que j’ai peu de chances d’apprécier ? Il est peut-être plus simple pour lui
d’épouser une de ces mécréantes, mais quels changements va-t-elle opérer sur lui ? Comment puis-je
rivaliser avec l’allure de ces femmes ? Je fais de mon mieux pour m’habiller et me comporter de façon
‘sexy’ mais est-ce le plus important dans ce monde ? Pour lui je ne suis plus qu’une vieille et
inconfortable chaussure. J’ai toujours rêvé d’avoir une magnifique relation amoureuse. Cela me fait mal
d’abandonner ce rêve. Je sais pourquoi cela est si difficile : je combats contre moi-même. Si je
combattais quelqu’un d’autre, je pourrais fuir. Mais je ne peux me fuir moi-même. Là maintenant, je
m’en veux de l’aimer encore, de le vouloir. Je vais essayer de vivre les choses au jour le jour, de gérer
chaque pensée douloureuse après chaque pensée douloureuse. Je suis une femme forte. Je suis une
personne forte. Cette épreuve ne me dirigera pas. Elle ne me contrôlera pas. Je gagnerai cette bataille.
Je me tiendrai à distance de moi-même quand cela sera nécessaire. Je vais me laisser expérimenter la
douleur pour mieux savourer la joie. Je ne vais pas le repousser mais me rapprocher de lui. Je ne vais
pas fermer les yeux et me détourner ; au contraire, je vais regarder et marcher droit devant. Oh Allah,
aide-moi à nourrir mes rêves, mes objectifs et …moi-même. Je trouverai les réponses en moi et en Toi.
Vis comme si tu allais mourir demain Leila. Aime comme si tu allais mourir demain.

16 Août :

Il dit : « Tu ne dois pas te faire de souci»


« Pourquoi ? »
« Je suis ton époux. Je suis ton amoureux » (souviens toi de cela Leila.)
Aujourd’hui je vais beaucoup mieux, c’est certain.
J’ai hâte que tout cela se termine. Je dois dépasser cela. Peut-être ai-je besoin de plus de temps. Mais je
ne peux être sure de rien tant qu’il ne l’a pas fait et que je ne suis pas face à la réalité.
Aaaahhhhhhhhhhhhhhh. Seules deux choses peuvent m’aider : mon amour pour Allah et mon amour
pour lui.
A plus tard.

19 Août :

J’écris pour te dire que je me porte très bien. Faire beaucoup de Du’a m’a aidé et rechercher refuge
auprès d’Allah quand je commence à me sentir négative également. Je sais que mon évolution intérieure
est encore fragile mais ça fait du bien de ne plus s’inquiéter autant. Il m’arrive encore quelquefois de me
dire que je ne supporte pas le poids de cette épreuve. Mais je dois évoluer et accepter les choses telles
qu’elles sont en Islam. Je ne vaux pas la moitié de Aisha (radi’a Llahou ‘anha) et elle a eu des co-
épouses. Alors comment pourrais-je imaginer que je suis trop bien pour en avoir ? Je continue à penser
que j’ai besoin de quelqu’un à qui parler quand je fléchis. Je poursuis mes efforts pour progresser. Ce
que je n’arrive toujours pas à accomplir c’est le Tahajjud. Je gagnerai cette bataille. Je reviens.

29 Août :

J’ai un poids sur le cœur que je suis condamnée à porter. Je suis fatiguée. Je ne veux plus rien ressentir.
Je suis fatiguée. J’espère ne plus avoir à revivre cela. Je souffre encore mais je suis plus forte dans la
gestion de la souffrance. J’essaie d’être là pour lui. Je le suis. Je suis effrayée. Qu’arrivera-t-il quand il
sera remarié et que je dormirai seule ? Que se passera-t-il quand il dira « Je t’aime », sachant qu’il le dit
également à quelqu’un d’autre ? Tout ce que je veux est sentir son amour, sentir sa présence. J’essaie
de ne pas laisser mes craintes me submerger mais c’est difficile. Comment suis-je supposée ne pas
remettre en cause mes capacités à lui plaire? Je veux être douce et aimante mais je ne supporte pas les
pics de douleurs qui m’agressent quand je deviens plus douce. Que se passera-t-il quand il commencera
à aimer quelqu’un d’autre ? Que deviendront ces sentiments pour moi ? J’ai commis tellement d’erreurs
avec lui. Il préférera quelqu’un d’autre à cause de cela.
4 Septembre :

J’essaie de clarifier ma vision de ma vie future telle que je la souhaiterais. J’aimerais tellement accomplir
encore. Ma priorité est d’apprendre mon Deen et d’augmenter mes ‘Ibadats. Il y a encore des choses que
j’aimerais faire à la maison : j’ai fait beaucoup d’efforts pour son entretien.
A plus tard.

7 Septembre :

Il est tard et je viens juste écrire pour exprimer quelques sentiments. Je pense que je gère mieux la
jalousie. Je cherche refuge auprès d’Allah contre Satan à chaque fois que cela est nécessaire. Je suis en
train de retomber amoureuse de mon époux. Plus fort. Je meurs d’envie d’être près de lui et de l’aimer
encore plus. Il a dit quelque chose l’autre jour qui m’a fait un grand bien. Il a dit qu’il voulait que cette
épreuve soit à surmonter en famille. Cela m’a fait du bien car j’ai senti qu’il se souciait de notre famille.
Je continue à espérer qu’il saura faire face aux responsabilités que ses choix impliquent. J’ai trouvé un
certificat de mariage qu’il s’est procuré et j’ai ressenti de la tristesse. Insha Allah, je vais poursuivre les
efforts entrepris. Les choses vont globalement bien aujourd’hui, ce qui paradoxalement m’inquiète pour
l’avenir. Car par le passé, à chaque fois que je me suis sentie bien, quelque chose est venu me briser le
cœur. Je ne dis pas que cela arrivera inéluctablement… Quoiqu’il en soit je continuerai dans le sens de
l’effort.
A plus tard.

16 septembre :

Je veux t’écrire mais je ne trouve pas mes mots. Emotionnellement, je me sens comme si j’avais
parcouru une partie d’un long tunnel noir ou gravit une montagne de douleur. Mais j’appréhende le
moment où tous ces sentiments me reviendront en pleine face. Je suis si déprimée que la seule chose
qui m’aide à tenir est mes enfants. Je mets tout en œuvre pour être la meilleure malgré la situation
même si je souffre.
Petit mémento pour les moments de rechute :
1) La vie n’est qu’adaptation : la douleur initiale finit par s’apaiser avec le temps.
2) Il t’aime, t’a aimée et t’aimera toujours Insha Allah.
3) Ce n’est pas une attaque personnelle. Il l’aurait fait à quiconque il aurait épousé.
4) Ces actes ne te définissent pas.
5) Aisha (Radi’a Llah ‘anha) avait des co-épouses et était une épouse 100 fois meilleure que toi.
6) Les hommes sont différents et aiment différemment.
7) Comment être jalouse d’une femme qui n’aura qu’une part de ce que tu as eu pendant des années ?
8) Tout a une fin.
9) Tiens le coup pour tes filles.
Ne laisse pas les doutes et les craintes mener ta vie, te contrôler, ou te rendre malade. Tu es une femme
Musulmane qui veut tout mettre en œuvre pour accéder au Jannah. Donc, ne limite pas ta vie à cet
homme. Tu ne fais pas un avec lui mais tu es une partie d’un tout. Tu n’as pas besoin de lui pour être
une bonne et appréciable personne. Il te rend meilleure mais ne t’es pas indispensable. Essaie de te
construire en tant que femme et mère. Par la volonté d’Allah, tout va changer. Le fait que ton époux
suive un instinct qu’Allah a mis en lui prouve simplement que nous sommes constitués différemment et
que nous ne pouvons pas toujours en saisir les nuances. Ce qui blesse aujourd’hui ne blessera pas
demain. Personne ne peut t’empêcher d’être quelqu’un de bien, une bonne mère et même une bonne
épouse. Tu es ta propre ennemie dans ce domaine. Ne laisse personne guider ta conduite. Quand tu
souffres, rappelle-toi qu’avec le temps la souffrance s’apaise. La perfection n’existe pas dans ce bas
monde et tu ne l’atteindras pas dans ton mariage. Abandonne tes rêves illusoires. Laisse les clichés en
dehors de ta vie. Sois une femme qui vit sa vie en adorant Allah et accepte la vérité. Brise les idées
fausses qui te confinent dans l’obscurité. Respire les roses là où il n’y en a pas. Aime aussi fort que tu es
capable de détester. Tu es toi-même. Personne ne te définit. Tu es toi.

Epilogue

Je suis mariée depuis neuf ans. J’ai fait de mon mieux à l’époque pour combattre mes émotions. Comme
vous avez pu le lire, j’ai souvent souhaité trouver une amie pour livrer et évacuer mes sentiments. J’ai
senti que les sœurs qui m’entouraient ne comprendraient pas ce que j’étais en train de traverser et me
regarderaient avec condescendance en me disant qu’il est Haram de réagir de la sorte et d’avoir des
pensées négatives envers la polygynie. Donc j’ai préféré tout garder pour moi et j’avoue avoir reçu une
grande leçon. Notre volonté est très forte. Souvent nous doutons de nous même et pensons que nous ne
réussirons jamais à traverser une épreuve. Mais je sais aujourd’hui que je contrôle ma volonté. Je décide
de mes sentiments, de mes émotions, de mes pensées. Je choisis de changer.

La situation de chaque femme est différente mais nous ressentons globalement toutes les mêmes
émotions face à la polygynie. Tu nourris des sentiments de trahison, de blessures, de colère, de jalousie
et de perte de confiance. La question « Pourquoi ? » retentit dans ta tête constamment. Je ne pourrais
dire à aucune femme ce qui est le mieux pour elle. J’ai entendu dire que certaines femmes ne sont pas
faites pour la polygynie. Je crois que la polygynie, comme toute autre chose, est ce que tu en fais. Et
avec l’aide d’Allah, tu peux dépasser les moments difficiles et faire de ta vie une vie saine et heureuse.
Je veux mourir en Musulmane et mon objectif est le Jannah donc je dois prendre cette épreuve et en
faire mon passeport pour le Jannah. Insha Allah j’y parviendrai.

Ma relation avec mon mari est aujourd’hui merveilleuse. Chaque jour, chaque mois, chaque année, nous
nous rapprochons. Je vois clairement ce qu’il ressent pour moi maintenant. J’ai profité de cette épreuve
pour étudier la polygynie et la Fitrah de l’homme (sa nature). Je commets encore des erreurs mais je
peux affirmer que je ne perçois plus le fait d’être une co-épouse comme une insulte, al Hamdoulillah.

Donc au final j’aime toujours profondément mon époux. Je suis toujours très heureuse d’être son
épouse, la mère de ses enfants, son amie et son soutien.

Neuf ans de mariage.

Source: Joural intime de Umm Leila

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