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FÉDÉRATION DES COOPÉRATIVES

D’ACTIVITÉ ET D’EMPLOI

blématique et enjeux

D. LA GESTION DE LA RUPTURE DU CONTRAT

Fiche D9
La cession du fonds
de commerce et
d’une activité en CAE

L’ESSENTIEL
§ Le fonds de commerce d’un entrepreneur salarié est composé
d’éléments qui lui appartiennent en propre et d’éléments d’actifs qui
appartiennent à la coopérative.
§ Il est cependant douteux que la CAE soit propriétaire du fonds de
commerce dans la mesure où la clientèle appartient à l’entrepreneur
salarié.
§ En outre un fonds de commerce est exploité par un commerçant, une
qualité que n’a pas l’entrepreneur salarié.
§ La cession d’un fonds de commerce est soumise à un régime juridique
particulier.
§ La cession par un entrepreneur salarié d’un fonds de commerce passe
par la reconstitution de l’unité de ce fonds. Divers procédés sont
envisageables
D. La gestion de la rupture du contrat

Fiche D9 La cessation du fonds de commerce et d’une activité en CAE

Problématique et enjeux
Le fonds de commerce désigne l'ensemble des éléments mobiliers corporels
(matériel, outillage, marchandises) et incorporels (droit au bail, nom
commercial, enseigne, droit de propriété industrielle, etc.) qu'un commerçant
rassemble et organise en vue de la recherche et de l'exploitation d'une
clientèle, et qui constitue une entité juridique distincte des éléments qui la
composent.
Bien que le fonds de commerce soit l'élément essentiel de l'actif professionnel
du commerçant, il ne fait pas l'objet d'une définition légale et son régime
1
juridique reste très parcellaire . C’est ainsi que l'article L. 141-5, alinéa 2, du
Code de commerce, qui définit l'assiette du privilège du vendeur d'un fonds de
commerce, se borne à distinguer les divers éléments qui entrent dans sa
composition.
L'idée de base est toutefois toujours la même : le fonds de commerce est un
bien distinct des éléments qui le composent. Le fonds subsiste malgré les
modifications intervenues dans sa composition.
Le fonds de commerce peut faire l'objet de nombreuses opérations juridiques :
vente, nantissement, apport en société, etc. Il peut également être géré de
multiples manières : gérance, location-gérance par exemple.
La cession d’une activité exercée en CAE, et plus particulièrement la cession du
fonds de commerce soulève beaucoup de difficultés car le fonds de commerce
appartient à la CAE. Mais par détermination de la loi certains de ses éléments
restent la propriété de l’entrepreneur salarié au point que l’on peut douter de
l’existence même d’un fonds de commerce dont il manquerait certains de ses
éléments essentiels, notamment la clientèle. Pour autant l’ensemble des
éléments affectés à l’exploitation, que ces éléments appartiennent
juridiquement à la CAE ou à l’entrepreneur, représente une valeur économique.
Il est légitime qu’un entrepreneur salarié qui cesse son activité veuille vendre
le fonds de commerce (les éléments du fonds sont le fruit de son travail), ou
puisse le récupérer s’il souhaite exercer son activité sous un autre statut
juridique.

1
C. com., art. L. 141-2 s., R. 141-1 s. ; C. rur., art. L. 311-1 s. ; L. n° 96-603 du 5 juill. 1996, art. 22.

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D. La gestion de la rupture du contrat

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1 | À RETENIR 1 Éléments du fonds de commerce


1.1 Éléments incorporels
1.1.1 Clientèle
La clientèle est l'élément essentiel du fonds de commerce, sans laquelle celui-
ci ne saurait exister. Tous les autres servent à la réunir et à la retenir. Sa
protection se confond avec celle du fonds de commerce.
On distingue généralement la clientèle qui s'adresserait à un commerçant pour
des raisons de confiance ou d'habitude, de l'achalandage, qui correspond à la
clientèle passagère, précaire, liée uniquement à l'emplacement du fonds, à la
situation du commerce.
L’article L. 7331-2 du Code du travail dispose que le CESA doit prévoir « Les
conditions dans lesquelles sont garantis à l'entrepreneur salarié ses droits sur
la clientèle qu'il a apportée, créée et développée, ainsi que ses droits de
propriété intellectuelle ».
Selon l’article 13 du CESA type, l’entrepreneur salarié « est propriétaire, dès la
conclusion du présent contrat, de tous les droits sur la clientèle, objet du projet
professionnel développé ».
La clientèle du fonds de commerce, élément essentiel de celui-ci, appartient
donc à l’entrepreneur lui-même et non à la CAE.

1.1.2 Signes distinctifs


Ce sont les signes qu'utilise le commerçant pour se faire connaître et reconnaître
par la clientèle, existante ou potentielle : nom commercial, enseigne, marque et, avec
le développement du commerce électronique, nom de domaine.
En pratique ces signes servent à constituer la clientèle et à la retenir. En
pratique beaucoup de CAE considèrent ces signes comme le prolongement de
la notion de clientèle et décident qu’ils appartiennent à l’entrepreneur salarié.
D’autres CAE décident que ces éléments sont un prolongement des droits de
propriété intellectuelle qui appartiennent à l’entrepreneur salarié (V. ci-
dessous). Selon l’article 13 du CESA type l’entrepreneur salarié « demeure
propriétaire de la dénomination de l'activité et de toute marque commerciale,
brevet, dessin ou modèle qu'il/elle viendrait à créer ou à inventer et des droits
acquis aux fins d'exploitation ».
Le CESA type prévoit également que l’entrepreneur salarié « garantit à la CAE
de l'exécution des formalités relatives à la recherche d'antériorité auprès de
l'INPI quant à la disponibilité de toute marque commerciale, brevet, dessin ou
modèle qu'il/elle viendrait à créer ou à inventer aux fins d'utilisation dans le
cadre du développement et de l'exercice de son activité ».

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1.1.3 Créations intellectuelles


Les droits reconnus aux inventeurs sur leurs œuvres (brevet d'invention,
dessins et modèles, obtentions végétales, voire droits de propriété littéraire et
artistique, en particulier le droit d'auteur) sont des éléments susceptibles de
faire partie d'un fonds de commerce.
Les bases de données constituées par l’entrepreneur salarié sont également
protégeables à un double titre :
• au titre du droit d’auteur (article L. 112-3 du Code de la propriété
intellectuelle), à condition de démontrer une originalité dans son
architecture ou dans sa présentation ;
• au titre du droit sui generis régi par les articles L. 341-1 et suivants du
Code de la propriété intellectuelle qui confèrent aux producteurs de
bases de données des droits spécifiques d’interdiction d’extraction et de
réutilisation de leur base de données. Le critère de protection n’est plus
alors l’originalité mais les investissements financiers, matériels ou
humains substantiels consentis pour la constitution, à la vérification ou
à la présentation du contenu de la base de données.
L’article L. 7331-2 du Code du travail dispose que le CESA doit prévoir les conditions
dans lesquelles sont garantis à l’entrepreneur salarié ses droits de propriété
intellectuelle. La rédaction de ce texte laisse penser que les droits de propriété
intellectuelle appartiennent à l’entrepreneur salarié (le texte parle de « ses droits
de propriété intellectuelle »). Certains de ces droits ne peuvent d’ailleurs appartenir
qu’à une personne physique (cas du droit d’auteur). Mais tel n’est pas le cas du droit
d’exploitation. Le CESA doit donc prévoir une clause qui « garantisse » à
l’entrepreneur le droit d’exploiter une œuvre ou une base de données. Beaucoup de
CAE considèrent que la totalité des éléments du droit de propriété intellectuelle ou
industriels appartiennent à l’entrepreneur salarié. L’article 13 du CESA type précise
ainsi que l’entrepreneur salarié « demeure propriétaire » de ces droits.

1.1.4 Droit au bail


Lorsque le commerçant est locataire des lieux où est exploité le fonds, les droits qu'il
tient du statut des baux commerciaux sont compris dans son fonds de commerce.
Or le titulaire du bail peut être la CAE lorsqu’elle l’a directement contracté ou
l’entrepreneur salarié lorsqu’il exerce son activité dans un lieu affecté pour lequel il a
conclu un contrat de location (V. Fiche B3 « Locaux d’exercice de l’activité »).

1.1.5 Créances et dettes


En principe, les créances et les dettes de l'exploitant, les contrats qu'il conclut pour
l'exploitation ne font pas partie du fonds de commerce et ne se transmettent pas
avec celui-ci. Mais ce principe comporte des dérogations légales : contrat de bail,
contrat de travail (C. trav., art. L. 1224-1 s.), contrat d'édition, dette d'impôt. Parfois,
la réponse est plus nuancée. Ainsi, une clause de non-rétablissement du précédent
commerçant peut faire partie du fonds et être cédée, à condition d'avoir été insérée
2
dans l'acte de cession du fonds et expressément acceptée par le cessionnaire .

2 er
Com. 1 avr. 1997, n° 95-12.025.

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1.1.6 Licences et autorisations administratives


Les licences et autorisations administratives sont parfois des éléments du
fonds de commerce et peuvent être comprises dans sa transmission. Mais leur
régime est varié.
Les unes ont un caractère personnel (carte professionnelle) et ne se
transmettent pas. Elles appartiennent donc à l’entrepreneur salarié. D'autres
ont un caractère réel et peuvent être incluses dans un fonds. Tel est le cas, par
exemple, des licences des débits de boissons, qui, en cas de vente de fonds, se
trouvent comprises dans les éléments cédés, sauf convention contraire.

1.1.7 Fonds de commerce sur le domaine public


La loi du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites
entreprises vise à faciliter l'utilisation du domaine public dans le cadre de
certaines activités commerciales. À cet égard, elle pose le principe qu'« un
fonds de commerce peut être exploité sur le domaine public sous réserve de
l'existence d'une clientèle propre » et institue une autorisation d'occupation
3
temporaire du domaine public pour l'acquéreur ou l'héritier d'un tel fonds .

1.2 Éléments corporels


1.2.1 Matériel et marchandises
Le matériel est le mobilier commercial servant à l'exploitation du fonds de
commerce, notamment à l'agencement d'un magasin, d’un bureau ou plus
généralement d’un local où la clientèle est reçue. Ce sont également les outils
et les machines qui servent à l’exploitation d’un commerce industriel.
Les marchandises peuvent être définies comme tous les objets destinés à la
vente, voire à la location. On distingue, en règle générale, les matières premières
ou matériaux devant être transformées ou incorporés dans des produits finis
directement destinés à la vente. Leur distinction, en général facile, présente de
nombreux intérêts juridiques (vente, nantissement) et fiscaux.
Quels qu’ils soient ces éléments appartiennent juridiquement à la CAE. Ce sont des
immobilisations qui font l’objet d’amortissement quand leur valeur excède 500 euros
(V. Fiche B5 « Immobilisations : traitement, financement et cession »).

1.2.2 Immeubles
Les immeubles affectés à l'exploitation et dont le commerçant est propriétaire
4
ne font pas partie du fonds de commerce. La solution est générale et absolue .
Il en est ainsi même si l'immeuble est l'élément principal attractif de la
clientèle, comme c'est souvent le cas pour des fonds hôtelier par exemple.

3
L. n° 2014-626 du 18 juin 2014, art. 72 ; CGPPP, art. L. 2124-32-1 à L. 2124-35.
4
Cass. com., 31 mars 2009, n° 08-14.180.

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2 Conditions d'existence
d'un fonds de commerce
2 | À RETENIR
2.1 Activité commerciale
Un fonds n'est commercial que s'il a pour objet l'accomplissement d'une activité
commerciale, c'est-à-dire d'actes de commerce à titre de profession habituelle
(achat pour revendre, etc.). Ainsi, seul peut normalement être propriétaire d'un
fonds de commerce un commerçant, personne physique, ou personne morale,
plus particulièrement une société commerciale immatriculée.
Dans le cas d’une CAE, c’est bien la coopérative qui exerce juridiquement
l’activité commerciale, pas l’entrepreneur personne physique puisque l'article L.
7332-5 du Code du travail dispose que « La coopérative d’activité et d’emploi
est responsable des engagements pris vis-à-vis des tiers dans le cadre de
l’activité économique développée par l’entrepreneur salarié associé » et que
l’article R. 7331-2 précise que « La coopérative d'activité et d'emploi assure
l'ensemble des obligations légales, réglementaires et contractuelles inhérentes
à l'exercice de l'activité économique de chaque entrepreneur salarié avec lequel
elle conclut le contrat d'entrepreneur salarié ».

2.2 Clientèle
2.2.1 Controverse
Les éléments qui composent un fonds de commerce et qui en font la valeur
sont variables d'un fonds à l'autre, donc d’un entrepreneur à l’autre. Mais au-
delà de cette diversité, un élément commun est toujours nécessaire : la
clientèle.
Pour être propriétaire d'un fonds de commerce, encore faut-il être
personnellement titulaire de la clientèle que l'on exploite. C'est ce qui explique,
par exemple, que le gérant d'un débit de tabac, considéré comme un préposé de
l'Administration, ne puisse prétendre à la propriété d'un fonds de commerce, à
moins qu'il exerce en même temps une autre activité indépendante, par
exemple s'il exploite un débit de boissons.
Dans le cas d’une CAE nous avons vu que l’entrepreneur salarié est propriétaire
de la clientèle par décision de la loi. Faute de clientèle la plupart des CAE
considèrent qu’il n’existe pas de fonds de commerce.

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3 La transmission du fonds de
commerce : éléments juridiques
3 | À RETENIR
Ce paragraphe rappelle que la vente d’un fonds de commerce est un acte (un
contrat) soumis à des conditions de fond et de forme juridiquement très
encadrées. Il faudra en tenir compte lorsque seront abordées les questions de
la cession de l’activité ou du fonds de commerce de l’entrepreneur salarié (V.
ci-dessous, §4).
Le fonds de commerce peut être transmis à titre onéreux, que ce soit dans le
cadre d'une vente, d'un apport en société, mais également à titre gratuit,
5
notamment dans le cadre d'une transmission successorale .
Nous nous limiterons, dans cette fiche, à la présentation de la transmission du
fonds à titre onéreux. Les deux opérations les plus courantes sont la vente et
l'apport en société. Il existe également des règles spéciales en cas de transfert
du fonds de commerce dans un patrimoine fiduciaire ou d'affectation de celui-
ci dans un patrimoine professionnel affecté, qui correspond à l’hypothèse où le
commerçant a opté pour le dispositif de l'entrepreneur individuel à
responsabilité limitée (EIRL). Dans les lignes qui suivent, c'est principalement la
vente du fonds de commerce qui sera évoquée.

3.1 Formation du contrat


3.1.1 Conditions de fond
La vente du fonds de commerce est soumise aux conditions générales de
validité des contrats : capacité des parties, consentement valable, objet certain
et cause licite. Parfois, l'acquéreur obtient l'annulation du contrat pour
réticence dolosive en cas de silence gardé par le vendeur sur une information
déterminante à son consentement, par exemple l'absence de délivrance d'une
6
autorisation administrative nécessaire à l'exploitation du fonds .
L'opération suppose également que soient remplies les conditions de validité
propres au contrat de vente. En d'autres termes, il faut un accord des parties
sur la chose et le prix. Le prix, en particulier, doit être réel et sérieux, l'absence
de ces qualités entraînant en principe la nullité absolue du contrat.

3.1.2 Conditions de forme


Au jour de la cession, le vendeur et l'acheteur visent tous les livres de
comptabilité tenus par le vendeur durant les trois exercices comptables
précédant celui de la vente, ce nombre étant réduit à la durée de possession du
fonds si elle a été inférieure à trois ans, ainsi qu'un document présentant les
chiffres d'affaires mensuels réalisés entre la clôture du dernier exercice et le

5
C. com., art. L. 141-2 s., R. 141-1 s.
6
Cass. com, 19 févr. 2008, n° 06-22.014.

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D. La gestion de la rupture du contrat

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mois précédant celui de la vente. Ces livres font l'objet d'un inventaire signé par
7
les parties et dont un exemplaire est remis à chacune d'elles .

3.1.3 Information des salariés


Il existe un droit d'information préalable des salariés en cas de vente de fonds
de commerce à la charge du propriétaire du fonds (ou de son exploitant lorsque
ce dernier n'en est pas le propriétaire). Le non-respect de celle-ci peut être
sanctionné par une amende civile dont le montant ne pourra excéder 2 % du
8
montant de la vente .

3.2 Obligations des parties


3.2.1 Obligations du vendeur
L'obligation de délivrance constitue, comme dans le droit commun de la vente,
9
l'obligation principale mise à la charge du vendeur du fonds . Le critère
essentiel de la délivrance tient à ce que l'acheteur doit être mis en mesure
d'exploiter la clientèle comprise dans le fonds. En cas de défaut de délivrance,
l'acquéreur est fondé à demander la résolution de la vente ou la réduction du
10
prix de vente .
Il est également tenu d'une obligation de garantie des vices cachés et
d'éviction. La garantie légale la plus importante est la garantie d'éviction du fait
personnel, qui contraint le vendeur à ne pas se rétablir dans des conditions
telles qu'il pourrait conserver ou reprendre aisément tout ou partie de la
clientèle cédée. Elle est souvent complétée d'une clause de non-
rétablissement.

3.2.2 Obligations de l'acheteur


Comme tout acheteur, l'acquéreur d'un fonds de commerce est tenu de prendre
livraison du fonds vendu et de payer le prix convenu. Le paiement du prix subit
l'influence de règles spéciales édictées pour assurer la protection des
créanciers du vendeur de fonds de commerce et celle du vendeur à crédit.
Ainsi, le droit d'opposition accordé au créancier du vendeur oblige à différer le
paiement entre les mains du vendeur jusqu'à l'expiration du délai d'opposition.
En général, il est prévu que le prix sera versé entre les mains de l'intermédiaire
chargé de la vente ou du rédacteur de l'acte qui le conservera pendant la
période durant laquelle ce prix est indisponible.

7
C. com., art. L. 141-2.
8
C. com., art. L. 141-23 à L. 141-32 et L. 23-10-1 à L. 23-10-12.
9
C. civ., art. 1604.
10
C. civ., art. 1610.

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D. La gestion de la rupture du contrat

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3.3 Protection des droits des créanciers sur le fonds


de commerce
3.3.1 Protection des créanciers du vendeur
Le fonds de commerce est souvent la valeur la plus importante du patrimoine
d'un commerçant, parfois la seule. Son aliénation constitue un réel danger pour
les créanciers qui risquent d'être privés de cet élément d'actif en même temps
que du prix de vente. Les articles L. 141-12 et suivants du Code de commerce
prévoient un efficace mécanisme de protection en leur faveur. Il consiste à
rendre le prix de vente temporairement indisponible entre les mains de
l'acquéreur ou d'un tiers. En général, il est prévu que le prix sera versé entre les
mains de l'intermédiaire chargé de la vente ou du rédacteur de l'acte qui le
conservera pendant la période durant laquelle ce prix est indisponible, qui est
celle pendant laquelle les créanciers du vendeur (donc le cas échéant de la CAE)
du fonds peuvent former opposition.

3.3.2 Publicité
Ce système de protection repose également sur une publicité particulière de la
vente afin d'en avertir les créanciers qui peuvent faire opposition au paiement
du prix ou pratiquer une surenchère. Cette publicité, réglementée par les
articles L. 141-12 et L. 141-13 du Code de commerce, vise « toute vente ou
cession de fonds de commerce, consentie même sous condition ou sous la
forme d'un autre contrat, ainsi que toute attribution de fonds de commerce par
partage ou licitation ». Il s'agit traditionnellement d'une double publicité : dans
un journal d'annonces légales dans l'arrondissement ou le département dans
lequel le fonds est exploité et au Bulletin officiel des annonces civiles et
commerciales (BODACC).
Le défaut de publication n'entraîne ni la nullité ni l'inopposabilité de la vente. Il n'a
d'incidence que sur la libération de l'acquéreur. Celui qui paie son vendeur, sans
avoir effectué toutes les publicités ou avant l'expiration du délai de dix jours ouvert
aux créanciers pour faire opposition, n'est pas libéré à l'égard des tiers.

3.3.3 Protection des créanciers inscrits


Les créanciers pouvant bénéficier d'une inscription sur le fonds de commerce
sont, d'une part, le vendeur à crédit, qui bénéficie du privilège du vendeur de
fonds de commerce, d'autre part, les créanciers bénéficiant d'un nantissement
conventionnel ou judiciaire sur le fonds.
Par ailleurs, les créanciers inscrits sur le fonds bénéficient d'un droit de
surenchère du dixième qui doit être exercé à peine de déchéance dans la
11
quinzaine de la notification de purge qui leur est adressée .

3.3.4 Privilège du vendeur


Ce privilège pour le paiement du prix de cession du fonds est subordonné à deux
conditions : il n'a lieu que si la vente est constatée par un acte authentique ou sous

11
C. com., art. L. 143-13 et L. 143-14.

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seing privé dûment enregistré et doit être publié au greffe du tribunal de


commerce dans le ressort duquel le fond est exploité ; à peine de nullité,
l'inscription doit être prise dans les 30 jours de la date de l'acte de vente.
Il ne porte que sur les éléments du fonds énumérés dans l'acte et dans l'inscription.
À défaut de désignation précise, il ne porte que sur certains éléments incorporels :
l'enseigne, le nom commercial, le droit au bail et la clientèle.
Il garantit le principal et deux années quelconques d'intérêts impayés et non
prescrits. Il procure un droit de préférence qui prend rang au jour de la vente et
qui est opposable aux autres créanciers. Il confère également un droit de suite
et des garanties accessoires régies par des règles communes à tous les
créanciers inscrits.

4 La cession d’une activité en CAE


À NOTER
Compte-tenu des contraintes légales précédemment exposées il est difficile de
L’article 3 bis de la loi n° 78- trouver une solution qui présente une sécurité juridique totale lorsque
763 du 19 juillet 1978 prévoit l’entrepreneur souhaite céder son activité, et donc le fonds de commerce. Les
que les cessions d'actifs quatre ébauches de solutions que nous proposons ci-dessous sont
immobilisés d'une Scop au exploratoires. De nombreux risques juridiques, économiques et fiscaux n’ont
bénéfice d'une ou plusieurs pas été étudiés.
sociétés n'ayant pas la qualité
de coopérative sont soumises à Lors de l’arrivée d’un entrepreneur, ou en cours d’exécution du CESA, il faut
une procédure administrative éviter de lui assurer que le fonds commerce pourra être valorisé et cédé lors de
prévue au I de l'article 25 de la la rupture du CESA. Si l’entrepreneur envisage un tel projet il est nécessaire
loi n° 47-1775 du 10 septembre d’étudier le dossier et le projet longtemps avant la date de son exécution. En
1947. Lorsqu'elles portent sur tout état de cause, chaque situation étant particulière il est indispensable de
moins de la moitié de l'activité prendre conseil auprès d’un professionnel du droit.
ou des actifs de la société, ces
opérations sont soumises à
une déclaration effectuée dans 4.1 Solution 1 : transfert conventionnel de la clientèle à la
des conditions prévues par voie
réglementaire. Une cession CAE pour permettre la cession du fonds de commerce
isolée ne devrait pas conduire à La loi prévoit que la clientèle appartient à l’ESA. Rien ne semble s’opposer à ce
la mise en œuvre de la
qu’un avenant au CESA cède la clientèle à la CAE. Dans ce cas le produit de
procédure, mais ce serait le cas
cette cession net des impôts, taxes et droits d'enregistrement, viendra créditer
si la CAE devait faire face à
plusieurs sorties simultanées. le résultat de l'activité cédée au profit de l'entrepreneur. Il faut toutefois
remarquer que l’opération est compliquée car elle nécessite une double
cession : la cession de la clientèle par l’ESA (laquelle n’est pas considérée

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comme le fonds lui-même mais un des éléments de ce fonds), puis la cession


du fonds par la CAE avec l’ensemble de ses éléments au repreneur de l’activité.
4 | À RETENIR La cession sera soumise à des droits d'enregistrement tels que prévu par
l'article 719 du Code général des Impôts :
« Les mutations de propriété à titre onéreux de fonds de commerce ou de
clientèles sont soumises à un droit d'enregistrement dont les taux sont fixés à :

• Fraction n'excédant pas 23 000 € : 0% (Un minimum 25€ est dû)


• Fraction supérieure à 23 000 € et n'excédant pas 107 000 € : 2%
• Fraction supérieure à 107 000 € et n'excédant pas 200 000 € : 0,60%
• Fraction supérieure à 200 000 € : 2,60% »
Ce texte envisage la mutation d’un fonds de commerce ou d’une clientèle. Il est
possible que la cession de la clientèle par l’entrepreneur à la CAE soit elle-même
assujettie à ce droit d’enregistrement, de sorte que le droit devrait être payé deux
fois.
S'ajouteront également des droits d'enregistrement locaux prévus par les
articles 1595 et suivants du CGI. La mutation de fonds de commerce étant, de
plein droit, exonérée de TVA, seules les marchandises neuves vendues dans le
cadre de la cession seront assujetties à la TVA en application de l'article 723 du
CGI. Elles sont ainsi exclues de l'assiette de calcul du droit de mutation.
La coopérative d'activité ou plus précisément la section analytique de l'activité
cédée, sera imposée sur la plus-value réalisée par la cession du fonds de
commerce. Cette plus-value intégrée au résultat fiscal de la CAE sera soumise à
l'impôt sur les sociétés. Toutefois l'article 238 quindecies trouvera à s'appliquer dès
l'instant où l'activité, constituant une branche autonome d'activité pour la CAE, aura
été exercée depuis plus de 5 ans dans la coopérative d'activité et que le montant de
la cession sera inférieur à 300 K€. Les autres conditions posées par l’article 238
quindecies semblant être remplies par toutes les CAE (vigilance à avoir pour les
SCIC), la plus-value de cession serait ainsi exonérée d'impôt.
Tel ne sera pas le cas si l'activité est exercée depuis moins de cinq ans, auquel
cas la plus-value sera imposée à l'impôt sur les sociétés dans les conditions
des plus-values à court terme et réintégrée dans le résultat fiscal de la CAE.
L'entrepreneur pourrait récupérer le résultat de la cession sous forme de
rémunération.
Le résultat net d'impôt et de taxe généré par la cession sera affecté à la section
analytique de l'entrepreneur. Pour permettre à l'entrepreneur de récupérer ce
résultat, la coopérative d'activité et d'emploi n'a pas d'autre choix que de lui
verser une rémunération exceptionnelle (au titre du variable) soumise à
cotisations sociales qui ouvrent des droits sociaux. Les sommes ainsi versées
sont soumises à l'impôt sur le revenu personnel de l'entrepreneur.
Mais un autre obstacle peut contrarier cette solution si la CAE est une SCOP : les
plus-values de cession doivent être affectées à la réserve légale et au fonds de
développement. En effet, l’article 32 de la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978 prévoit
que les plus-values réalisées à l’occasion de la cession de fonds de commerce ou
de branche d’activité n'entrent pas dans les excédents nets de gestion et ne

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peuvent faire l'objet d'aucune distribution aux salariés : « Ces plus-values sont
affectées à la réserve légale et au fonds de développement ».

4.2 Solution 2 : l'entrepreneur vend sa clientèle à son successeur


Si le droit commercial ne connaît pas la cession de clientèle par une personne
n’ayant pas la qualité de commerçant, l’article 720 du Code général des impôts
prévoit que :
« Les dispositions du présent code applicables aux mutations de propriété à titre
onéreux de fonds de commerce ou de clientèles sont étendues à toute convention
à titre onéreux, ayant pour effet de permettre à une personne d'exercer une
profession, une fonction ou un emploi occupé par un précédent titulaire, même
lorsque ladite convention conclue avec ce titulaire ou ses ayants cause ne
s'accompagne pas d'une cession de clientèle. Les droits sont exigibles sur toutes
les sommes dont le paiement est imposé, du chef de la convention, sous quelque
dénomination que ce soit, au successeur, ainsi que sur toutes les charges lui
incombant au même titre ».
En l’absence de disposition contraire du droit civil, du droit commercial et du
droit du travail il est donc envisageable de conclure une convention de cession
de clientèle à titre onéreux entre une personne exerçant une profession et une
personne désireuse de lui succéder.
Dans ce cas la CAE n’intervient pas dans l’opération de cession de la clientèle.
En revanche la CAE devra céder au repreneur les actifs immobilisés par la
coopérative (outils, matériel, matériaux, stock etc.).
La fiscalité relative à la cession de fonds de commerce s’appliquerait à ces
deux opérations dans la mesure où l'article 720 du CGI étend les dispositions
applicables aux cessions de fonds de commerce à toute convention à titre
onéreux ayant pour effet de permettre à une personne d'exercer une
profession, une fonction ou un emploi occupé par un précédent titulaire, même
lorsque ladite convention ne s'accompagne pas d'une cession de clientèle.
Ce texte a été conçu pour permettre l'application des droits de mutation aux
opérations qui produisent des effets comparables à ceux d'une cession de
clientèle, sans en avoir les caractéristiques juridiques : conventions de
présentation de successeur conclues entre membres de certaines professions
libérales (profession médicales et paramédicales notamment), transferts de
concessions de service public…
L'application de l'article 720 du CGI est subordonnée aux conditions
cumulatives suivantes :

• l'opération doit procéder d'un accord contractuel intervenu entre l'ancien


et le nouveau titulaire de la profession, de la fonction ou de l'emploi ;
• la convention doit être conclue à titre onéreux ;
• l'activité exercée par le successeur doit être identique à celle qui était
exercée par le précédent titulaire ;
• la convention ne doit pas entrer dans les prévisions d'une autre
disposition fiscale.

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5 décembre 2021
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D. La gestion de la rupture du contrat

Fiche D9 La cessation du fonds de commerce et d’une activité en CAE

L’entrepreneur salarié supportera toute la fiscalité des plus-values de cession.


Le montant de la cession par la CAE des actifs immobilisés générera un produit
entrant dans le chiffre d’affaires de l’activité de la coopérative constituera
concomitamment une charge inhérente à leur sortie de son actif. Si le résultat
de cette opération est excédentaire, le bénéfice généré pourra être versé à
l’entrepreneur par sa transformation en rémunération variable.
En tout état de cause la CAE peut donner mandat à l’entrepreneur pour céder
les actifs en même temps que la clientèle.

4.3 Solution 3 : l'entrepreneur « sort » son activité de la


coopérative pour pouvoir vendre son fonds de commerce
Cette solution apparait comme une alternative aux deux précédentes. Il
s’agirait ainsi pour l’entrepreneur de s’immatriculer au registre du commerce et
des sociétés, comme entreprise individuelle ou en société et d’exercer cette
activité quelques temps sous ce statut avant de céder son fonds de commerce.
La CAE cèderait à l’entrepreneur les actifs immobilisés (ou le cas échéant les
parts de la société créée). L’unité du fonds de commerce serait ainsi
reconstituée, l’entrepreneur en serait propriétaire et pourrait le céder.

4.4 Solution 4 : l’activité est transmise à un successeur


dans la CAE
Cette solution est simple dans son principe. Il s’agirait d’une écriture interne,
consistant à enregistrer une charge sur la section analytique du repreneur et
un produit sur la section analytique du cédant.
Une convention soumise au droit général des obligations permettrait de régler
l’ensemble des termes de la vente. La teneur et l’ampleur de la responsabilité
de la coopérative, qui fait office de garante de la transaction, restent difficiles à
apprécier.
La plus-value étant convertie en résultat sur l’activité du cédant, ce dernier la
récupéra sous forme de rémunération soumise à cotisations sociales.

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