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Cancers des voies aérodigestives supérieures

Farid Boudjenah

Les objectifs pédagogiques


Prérequis :
Anatomie et histologie des voies aéro digestives supérieures.
L’objectif général
Diagnostiquer une tumeur des voies aérodigestives supérieures
Les objectifs spécifiques :
Connaître l'épidémiologie et l'anatomopathologie des cancers bucco-pharyngo-laryngés,
sinusiens et rhinopharyngés.
Connaître les moyens thérapeutiques, les modalités évolutives des cancers de la voie aéro-
digestive supérieure et leur pronostic.
Savoir évoquer un cancer bucco-pharyngo-laryngé.
Connaître les signes d'appel d'une néoformation nasosinusienne bénigne ou maligne et savoir
qu'une image d'ostéolyse évoque avant tout un processus néoplasique.
Savoir qu’une néoformation ou une ulcération peut évoquer un cancer de la cavité buccale ou
de l’amygdale.
Savoir qu’une dysphagie haute peut être à l’origine d’un carcinome de l'hypopharynx.
Connaitre les signes d’appel du Cancer du cavum et ses modalités thérapeutiques

Sommaire :
I. Introduction
II. Les cancers de la cavité buccale :
III. Les cancers de l'oropharynx
III.1. Cancer de l'amygdale
III.1.1. Carcinomes
III.1.2. Lymphomes malins
III.2. Cancer du voile du palais :
IV. Les cancers de l'hypopharynx
V. Les cancers du larynx
V.1. Cancer de l'étage glottique
V.2. Cancer sous-glottique
V.3. Cancer sus-glottique (bande ventriculaire et épiglotte)
VI. Les cancers des fosses nasales et des sinus
VI.1. Cancer de l'ethmoïde
VI.2. Cancer du sinus maxillaire
VII. Cancer du cavum
Références :
Les cancers des voies aéro digestives supérieures

I. Introduction :
Les cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) sont une entité qui se voie
isolement mais qu’il faut toujours rechercher un cancer synchrone ou métaphore avec les
cancers des autre voies digestives et respiratoires tant, les caractéristiques épidémiologiques
sont similaires. C'est dire l'intérêt du bilan pré-thérapeutique, et du suivi post thérapeutique.
Ces cancers représentent 75% des cancer de la tête et du cou et touchent essentiellement
l'homme (95 % des cas) avec un âge maximum de fréquence entre 45 et 70 ans. Le tabac,
l’alcool et l‘infection à papillomavirus constituent les principaux facteurs de risque pour ces
cancers. (1) Sur le plan histologique, il s’agit le plus souvent de carcinome
épidermoïde plus ou moins différencié. Ils s'accompagnent souvent d'adénopathies sauf
pour le cancer glottique. Les organes de prédilections des métastases sont le poumon, le
foie, l’os et le cerveau.(2)

II. Les cancers de la cavité buccale :


La cavité buccale comprend le palais dure, les gencives, la langue mobile et le plancher
buccal. En général, ces cancers représentent 5% de toutes les tumeurs de la tête et du cou et
environ la moitié de ceux-ci se produisent spécifiquement dans la cavité buccale. Sur les 615
000 nouveaux cas de tumeurs de cavité buccale rapportés dans le monde en 2000, 300 000
étaient des carcinomes épidermoïdes de la cavité orale. C’est la sixième cause de mortalité
liée au cancer.(3)
Signes d'appel
 Leucoplasie (plaque blanche plus ou moins granuleuse visible sur la muqueuse)
inquiétant le patient ou découverte par le dentiste.
 Certaines lésions muqueuses chroniques, susceptibles de dégénérer comme le lichen
plan.
 Ulcérations en regard des dents, rebelles aux soins.
 Glossodynies, gêne buccale, douleur, dysarthrie, très rarement otalgie reflexe.
 Hypersialorrhée et dysphagie odynophagie sont tardives
 Adénopathie sous- mentonnière ou sous- maxillaire dure plus ou moins fixée de
découverte parfois fortuite.
Examen clinique : inspection et surtout palpation
 Stade de début : induration d’une leucoplasie ou d’une leucokératose doit faire
craindre un cancer
 Stade confirmé : lésion sous forme d’ulcération ou de bourgeonnement et surtout
induration signant l’infiltration.
 La palpation des aires ganglionnaires est systématique.
Diagnostic : fait appel à la biopsie qui affirme le diagnostic. Il s'agit le plus souvent d'un
carcinome épidermoïde plus ou moins différencié.
Traitement(4)
But : obtenir une guérison et éviter les complications et les récidives.
Moyens :
Médicaux :
Supplémentations vitaminiques.
Chimiothérapie anti cancéreuse.
Chirurgie : chirurgie de la lésion avec une marge de sécurité (1 cm) et curage ganglionnaire.
Radiothérapie externe ou curiethérapie.
Autres : soins dentaires.
Indications ; le traitement de ce type de cancer ne se conçoit que dans des protocoles
associant chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. Le plus souvent, il consiste en une
exérèse large de la lésion associée à un curage ganglionnaire et une irradiation
complémentaire avec dose totale maximale de 65 à 75 Grays.
La curiethérapie interstitielle peut être proposée pour des tumeurs de petite taille à distance
de la gencive.

III. Les cancers de l'oropharynx


III.1. Cancer de l'amygdale
Il est fréquent (15 % des cancers ORL). Il s'agit essentiellement de carcinomes (85 à 90 %).
Les lymphomes malins se voient dans 10 à 15 % des cas du fait de la richesse de cet organe
en formations lymphoïdes. Tout le problème de ce cancer est de le différentier une
hypertrophie bénigne surtout chez l’enfant. (5) (6)
III.1.1. Carcinomes : ils ont les mêmes caractéristiques épidémiologiques que les cancers
des voies aérodigestives supérieures avec fréquence des formes avec positivité PCR aux
génomes d’HPV à plus de 93% des cas, ce qui a motivé dans la nouvelle classification TNM
2016, l’introduction le statut HPV16 (P16). (7)
Les signes d'appel : ils peuvent égarer, avec une pharyngite allergique ou de reflux
résistante aux traitements :
 Odynophagie ou discrète gêne pharyngée unilatérale apparaissant à la déglutition,
 Otalgie unilatérale ne cédant pas aux traitements habituels.
Ces signes persistants doivent attirer l'attention chez un homme de la cinquantaine, de
surcroît, alcoolo-tabagique.
 Adénopathie sous-angulomandibulaire, dure et plus ou moins fixée, le plus souvent
indolore et découverte fortuitement par le malade, pouvant être isolée.
 Rarement trismus par extension locorégionale aux ptyrégoides.
Examen clinique : il comprend l'inspection et la palpation qui doivent être systématiques :
Tantôt il montrera à l'évidence, au niveau de la loge amygdalienne, une tumeur
bourgeonnante ulcérée avec infiltration profonde, saignant au contact, indurée au toucher
Ailleurs, le diagnostic est moins évident lorsqu’il s’agit d’une tumeur de petite taille, cachée
derrière le pilier antérieur, au fond d'une crypte amygdalienne ou atteignant le sillon
amygdaloglosse ou le pôle supérieur de l'amygdale qui est de diagnostic encore plus
difficile.
La tumeur ne sera reconnue qu'à la palpation : induration localisée souvent douloureuse.
Diagnostic : la biopsie, facile à ce niveau, affirme le diagnostic et la forme histologique de
la tumeur.
Le bilan pré thérapeutique et traitement : avant de prendre une décision thérapeutique,
un bilan d’extension local et locorégional par une TDM amygdalienne et cervicale à la
recherche d’atteinte mandibulaire, palais osseux ou ptérygoïdes et pour rechercher des
ganglions métastatiques éventuels.
Le traitement doit être discuté au sein d’un comité multidisciplinaire. Il associe le plus
souvent une chirurgie d'exérèse (buccopharyngectomie avec évidement ganglionnaire
cervical uni ou bilatéral) suivie d'une radiothérapie. Parfois une chimiothérapie néo
adjuvante ou post opératoire est indiquée.
Le pronostic reste sévère en dépit des progrès thérapeutiques : lié aux récidives
locorégionales ou générales. Ceci impose une surveillance rigoureuse (tous les 3 mois
pendant 2 ans, puis tous les 6 mois pendant 5 ans).
III.1.2. Lymphomes malins
Les lymphomes malins non hodgkiniens (LMNH) de l'amygdale représentent 50 % des
lymphomes malins des VADS. Les localisations oropharyngées des autres lymphomes
malins (Hodgkin, plasmocytomes, kahler…) sont très rares. Les LMNH se voient à tout âge
mais avec un maximum de fréquence vers 60 ans. La prédominance masculine n'est pas
aussi nette que dans les carcinomes. L'influence des facteurs locaux n'est pas évidente.
Les signes d'appel : il faut se méfier d’une hypertrophie unilatérale de l’amygdale,
quelquefois d'aspect pseudo phlegmoneux, avec gêne pharyngée et voix étouffée. La
présence d’une adénopathie cervicale révélatrice ou concomitante, ferme, mobile, ou
polyadénopathies et déjà un stade avancé mais non péjoratif.
Le diagnostic : il est histologique sur la biopsie de la tumeur amygdalienne ou d’un
ganglion (de préférence sur un tissu non fixé pour étude cytogénétique). Dans la plupart des
cas une technique d’immuno histochimie est nécessaire.
Un bilan général pré thérapeutique concernant l’extension régional et général s'impose.
Clinique (autres ganglions, foie, rate)
Radiologique : TDM du thorax et de l'abdomen, échographie hépatique. Il permet de classer l'affection en
stades, selon Ann Arbor :
 I envahissement limité aux VADS
 II envahissement ganglionnaire sus-diaphragmatique
 III envahissement ganglionnaire sous-diaphragmatique
 IV envahissement disséminé
Hématologique (NFS, myélogramme, biopsie osseuse)
Immunologique
Le traitement fait appel à la polychimiothérapie (6 cycles de chimiothérapie : adriamycine,
bleomycine, vinblastine, et dacarbazine) complétée éventuellement par la radiothérapie
suivant des modalités variables. Le pronostic dépend du stade. Dans les formes localisées la
survie à 5 ans est de 40 à 50 %.(8)

III.2. Cancer du voile du palais :


Il s’agit en règle générale d’un carcinome épidermoïde. Certains sont une transformation
maligne d’une tumeur des glandes salivaires accessoires. L'alcoolo-tabagisme, les lésions
leucoplasiques sont des facteurs favorisants.(3) (9)
Les signes d'appel : ils se manifestent par une odynophagie haute, une otalgie réflexe, un
changement du timbre de la voix et dans la moitié des cas une ou plusieurs adénopathies
cervicales dures plus ou moins fixées, souvent bilatérales.
Examen clinique : l’ulcération ou le bourgeon induré du voile mou est de diagnostic facile,
en revanche certains aspects sont trompeurs pharyngite localisée au voile. Voir fig.1.

A B

Figure 1 : Carcinome épidermoïde de la luette, 1A avant et 1B après chirurgie. (10)


Diagnostic : il fait à la biopsie directe.
Le traitement : il fait appel avant tout la radiothérapie, intéressant la tumeur et les aires
ganglionnaires, à 70 à 75 Grays après mise en état dentaire.
La chirurgie, très mutilante, s'adresser aux tumeurs de taille réduite (T1 et T2) ou en
rattrapage après échec de la radiothérapie. Le curage ganglionnaire bilatéral est
systématique.
Beaucoup plus rarement, il peut s'agir d'une tumeur épithéliale, d'origine salivaire, comme le
carcinome adénoïde kystique (cylindrome) de pronostic réservé du fait de récidives locales
et de métastases à distance.(11) (10)
III.3. Cancer de la base de langue
Il s'agit en règle générale d'un carcinome épidermoïde bien différencié, infiltrant et
lymphophile, de haute gravité. Le lymphome malin non hodgkinien est également possible
mais très rare à ce niveau du fait de la présence de l’amygdale linguale. Souvent, l’extension
locale est déjà à un stade très avancé du fait de sa position.
Les signes d'appel : ils se manifestent par une dysphagie ou une odynophagie, une
sensation de corps étranger pharyngé, une otalgie réflexe, une dysarthrie ou par une
adénopathie cervicale très fréquente, souvent bilatérale du fait de la position médiane de la
tumeur.
Examen clinique : le diagnostic est souvent tardif meme si l’examen est aisé en demandant
au patient de tirer la langue ou de la palper. : il suffit de demander au patient de tirer la
langue et de palper la base de langue qui visualise la tumeur ou trouve une induration de la
base de langue en arrière du V lingual, à la palpation.
Diagnostic : il est affirmé par la biopsie effectuée en laryngoscopie indirecte ou en
laryngoscopie directe pour un bilan d’extension et faire une pan endoscopie.
Le traitement : un bilan d’extension loco régional et à distance est nécessaire. Le traitement
fait appel souvent à la radio-chimiothérapie et parfois associée à une chirurgie très mutilante
par les troubles de la déglutition et de la parole qui peuvent être majeurs et nécessiter une
laryngectomie totale de nécessité.
Le pronostic : est très sombre du fait du retard diagnostique, de l'extension locale et
régionale due à la lymphophilie dans les ganglions cervicaux bilatéraux.

IV. Les cancers de l'hypopharynx


Fréquent et de pronostic grave du fait de son évolution insidieuse et de son caractère
lymphophile, le cancer de l'hypopharynx est presque toujours un carcinome épidermoïde
bien différencié. Ce cancer peut toucher plusieurs structures comme les vallécules, la région
des trois replis et surtout le sinus piriforme. Leurs épidémiologies répondent aux règles
générales des cancers des VADS avec un âge de 50 à 60 ans, de sexe masculin à 95 % des
cas.
Les signes d'appel sont classiques :
 Gêne pharyngée ou odynophagie latéralisée puis dysphagie haute progressive
jusqu’à l’aphagie.
 Otalgie réflexe unilatérale,
 Adénopathie cervicale du territoire II ou III de caractère métastatique.
Laissée à elle-même, l’évolution peut être émaillée par l’installation d’une dysphonie et
d’une dyspnée laryngée progressive par envahissement laryngé et/ou d’une altération de
l'état général avec amaigrissement.
L'examen clinique : l'examen de l'hypopharynx du patient ne pourra se faire par le praticien
généraliste que s’il est équipé d’un nasofibroscope ou avoir un miroir de laryngoscopie
indirecte. Sinon l’adresser lau spécialiste ORL qui constatera la tumeur ulcéro-
bourgeonnante du sinus piriforme, associée le plus souvent à une immobilité laryngée
unilatérale.(12)
Le diagnostic : ne sera affirmé que par la biopsie par laryngoscopie en suspension en milieu
spécialisé qui indiquera la nature maligne de la tumeur : carcinome épidermoïde.
Le traitement : ne se conçoit que dans une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP)
et après un bilan d’extension précit.(12) Il associe chimiothérapie, radiothérapie à la
chirurgie. La chimiothérapie néo-adjuvante peut être utilisée dans un but de préservation
d’organe afin d’éviter une laryngectomie totale. En cas de régression tumorale importante la
radiothérapie est proposée. En cas d’absence de réponse à la chimiothérapie le traitement est
chirurgical : pharyngolaryngectomie totale avec évidement ganglionnaire bilatéral en un
temps avec trachéostomie définitive et une mutilation vocale. Ce traitement chirurgical est
toujours complété par une radiothérapie ou une chimio radiothérapie concomitante.(13)
Le pronostic reste réservé malgré les progrès thérapeutiques. En effet, les récidives
locorégionales et à distance ou l'apparition d'une deuxième localisation assombrissent le
pronostic avec 20 % de survie à 5.(14)

V. Les cancers du larynx


Le cancer du larynx et de fréquence égale à celle du cancer de l'hypopharynx avec lequel il
se partage les caractéristiques épidémiologiques avec la présence en plus du reflux gastro
œsophagien et les laryngites chroniques dans les facteurs de risque mais avec un meilleur
pronostic surtout pour le cancer glottique, car peu lymphophile.(15) (16)
V.1. Cancer de l'étage glottique
Le tabac est le premier facteur de risque de ce cancer à prédominance masculine (90%). Il
s'y ajoute un facteur pathologique local qui est la laryngite chronique et dysplasie avec ses
différent stades, induite ou favorisée par l'irritation tabagique, le biofilm et le malmenage
vocal. Il s'agit la plupart du temps de carcinomes épidermoïdes bien différenciés.
Les signes d'appel
 La dysphonie est le maître symptôme : elle est précoce, progressive et permanente.
Ailleurs, elle se manifeste par une modification d'une dysphonie préexistante chez un
fumeur porteur d'une laryngite chronique.
 La dyspnée laryngée se voit beaucoup plus tardivement.
 La gêne pharyngée ou la dysphagie avec otalgie s'observent dans les formes évoluées
localement avec extension vers l’hypopharynx..
 L'adénopathie cervicale au début est très rare dans ce type de cancer.

2) Examen clinique : Toute dysphonie ou enrouement laryngé qui dure plus de trois
semaines nécessite la pratique d’une laryngoscopie. « Loi de Semon » Cet examen ne peut
être fait que par la disponibilité d’un miroir de laryngoscopie indirecte ou d’un
nasofibroscope permettant de visualiser la lésion tumorale glottique malgré le reflexe
nauséeux.
3) Diagnostic : L'examen clinique est toujours complété par une laryngoscopie directe en
suspension sous anesthésie générale et microscope ou optique. Cet examen permettra le
bilan d'extension locorégionale, de poser l'indication thérapeutique, et une biopsie affirmera
le diagnostic. Le bilan sera complété par une TDM du larynx dans un but de bilan
d’extension et pré thérapeutique.
4) Traitement : (17) (18)
• Simple cordectomie endoscopique simple ou laser ou radiothérapie externe pour un
cancer de la corde vocale mobile. Le pronostic est excellent : 95 % de survie à 5 ans.
• Laryngectomie partielle ou subtotale reconstructive, pour les cancers plus étendus,
• La chimiothérapie néo-adjuvante peut être utilisée dans un but de préservation
d’organe lorsque le traitement chirurgical est une laryngectomie totale. En cas de
régression tumorale importante la radiothérapie est proposée. En cas d’absence de
régression tumorale après chimiothérapie le traitement est une laryngectomie de
rattrapage.
• Laryngectomie totale nécessite la confection d'une trachéostomie définitive avec une
mutilation vocale nécessitant l’apprentissage de voix œsophagienne ou la mise en
place d'une prothèse phonatoire).
Le pronostic reste favorable même dans les éventualités des cancers évolués (50 % de survie
à 5 ans).(19)
V.2. Cancer sous-glottique
Il est très rare 1% des cancers laryngés. En dehors des cancers glottiques envahissant la
sous glotte qui se manifestent par la dysphonie, le cancer sous glottique stricte, reste
longtemps asymptomatique et son premier signe est la la dyspnée. Ce signe n’apparait que
tardivement lorsque la tumeur envahit presque toute la circonférence laryngée. Le premier
geste pouvant être une trachéotomie salvatrice suivi du traitement effectif après une biopsie
et confirmation histologique. Le traitement est radiochirurgical : laryngectomie totale et
curage ganglionnaire jugulo carotidien et médiastino recurrentiel bilatéral suivie de
radiothérapie. Le pronostic est peu favorable du fait de l'extension fréquente au corps
thyroïde, des récidives au niveau trachéal ou de l’envahissement médiastinal du fait de sa
lymphophilie.(20) (21)
V.3. Cancer sus-glottique (bande ventriculaire et épiglotte)
Il possède les mêmes caractéristiques épidémiologique, thérapeutique et pronostique que les
cancers hypopharyngés. Les signes d'appel sont souvent tardifs, moins évocateurs : gêne
pharyngée et dysphagie. La dyspnée se voit en fin d’évolution lorsque la tumeur envahit
presque toute la circonférence laryngée ou atteinte récurentielle bilatérale.
Le traitement est radiochirurgical : laryngectomie totale ou horizontale sus-glottique
associée toujours à un évidement ganglionnaire cervical, complétée par une radiothérapie
sur le lit de la tumeur et les aires ganglionnaires. Le pronostic dans la littérature montre 30 à
60% de survie à 5 ans.(22) (23)

VI. Les cancers des fosses nasales et des sinus


Les cancers des cavités nasosinusiennes sont rares. Ils se développent principalement dans le
sinus maxillaire (60%-70%) et moins fréquemment dans la cavité nasale (12%-25%),
l’éthmoïde (10%-15%) et les sinus sphénoïde/frontal (1%). Ils touchent principalement les
hommes d’âge moyen (55-65 ans) et ont certains produits chimiques et virus comme
principaux facteurs de risque. La multiplicité tissulaire de cette région explique leur grande
variété histologique où les carcinomes occupent la première place. Ils sont peu
lymphophiles.(24)
IV.1. Cancer de l'ethmoïde
Epidémiologie : représente 20% des cancers des cavités nasosinusiennes et 50% est
représenté par l’adénocarcinome. Le sex-ratio est de 2,8 homme pour 1 femme et l’âge
moyen est de 56 ans. Il est particulier sur le plan des facteurs prédisposant puisqu’il n’y a
pas d'influence de l'intoxication alcoolo-tabagique contrairement aux autres cancers des
VADS et présence de facteurs professionnels. Ils sont représentés par les professions du bois
pour l'adénocarcinome ethmoïdal qui figure au tableau des maladies professionnelles ainsi
que d’autres professions intéressant le nickel, les nitrosamines, le goudron de houille,
l’amiante...(25) (26)
Les signes d'appel selon l’envahissement des structures avoisinantes ou non les signes
d’appel peuvent être :
Syndrome nasal : l'obstruction nasale unilatérale est souvent accompagnée d'une rhinorrhée
mucopurulente parfois sanguinolente. L'épistaxis, le plus souvent spontanée, unilatérale,
répétée, constitue une alarme qui amène le malade à consulter.
Syndrome ophtalmologique : Les signes ophtalmologiques sont expliqués par les rapports
anatomiques étroits entre les cavités nasosinusiennes et les parois supérieure, interne et
inférieure de l'orbite avec les sinus. Il peut s’agir d’un œdème de la paupière supérieure avec
dacryocystite ; une exophtalmie isolée ; ptôsis, paralysie oculaire ou une diplopie.
Syndrome neurologique : Les douleurs, rares au début, peuvent prendre l'allure d'une
véritable névralgie faciale symptomatique. L’envahissement intra crânien peut se manifester
par des signes d’hypertension intra crânienne et par des signes déficitaires.
Examen clinique :
La rhinoscopie antérieure ou mieux une nasofibroscopie peut montrer une masse
bourgeonnante, hémorragique, ou un banal polype réactionnel, unilatéral, cachant une lésion
plus haut située : polype sentinelle.
L'examen de la cavité buccale, de la face et de la région orbito-oculaire : peut visualiser une
extension.
L'examen cervical, à la recherche d'une adénopathie est généralement négatif.
L’examen des paires crâniennes (I, II, III, IV, V et VIème paire crânienne qui peuvent être
paralysées)
Diagnostic :
Le diagnostic est posé sur la biopsie sous contrôle endoscopique. L'examen histologique
montrera soit un adénocarcinome le plus souvent ou beaucoup plus rarement un
estésioneuroblastome (tumeur nerveuse de la plaque olfactive). Autres tumeurs peuvent etre
retrouvées (un mélanome, un lymphome...).
Le bilan d'extension est essentiellement réalisé par la TDM du massif facial en coupes
coronales et axiales permettant de préciser la topographie de la masse et l'extension aux
régions voisines (face, orbite, base du crâne et endocrâne). L’IRM est réalisée pour donner
les caractéristiques de la tumeur et visualiser l'extension tumorale dans l'orbite ou
l’endocrâne).
L'évolution est marquée par un envahissement locorégional et plus rarement métastatique.
L’extension locorégionale se fait vers l'orbite, l'endocrâne (de mauvais pronostic), la fosse
infratemporale avec ses deux régions (fosse temporozygomatique et ptérygomaxillaire), les
autres sinus, la cavité buccale et la face. L’extension vers les ganglions est rare alors que
l’extension à distance est relativement rare au début et se fait vers le poumon, l’os et le
cerveau.
Le traitement est radiochirurgical : se fait après un bilan d’extension et RCP
Exérèse large de la tumeur par voie endoscopique ou par voie combinée ORL et
neurochirurgicale, associée dans tous les cas à une radiothérapie complémentaire en dehors
de certaines formes radiorésistances (mélanome). La chimiothérapie a des indications
limitées : tumeurs très étendues, récidives, certaines formes histologiques.
Résultats Survie à 5 ans de 40 à 50 % influencée par l’envahissement à l’endocrâne.(26)
(27)

IV.2. Cancer du sinus maxillaire


Le cancer du sinus maxillaire est relativement rare avec une incidence de 0.2% des cancers
et seulement 1.5% des cancers tête et cou. Par contre, il est le plus fréquent parmi les
cancers des cavités nasosinusiennes. Il est favorisé par les infections nasosinusiennes
chroniques et apparaît essentiellement chez le sujet âgé de 55-65 ans.
Du fait qu’il se développe dans une cavité, il reste longtemps asymptomatique et peut se
manifester par :
Un début algique prédominant ou isolé : douleurs dentaires, névralgie faciale localisée au
nerf sous-orbitaire avec anesthésie à ce niveau, algie faciale de type vasomotrice : il s'agit
donc d'une névralgie faciale symptomatique typique,
Un tableau de sinusite maxillaire aiguë ou chronique avec rhinorrhée fétide sanguinolente.
Des signes bucco-dentaires : ulcération gingivale hémorragique, bombement alvéolaire ou
au niveau du palais dure.
Une tuméfaction de la fosse canine et de la joue.
La biopsie trouve un carcinome épidermoïde dans 70 à 80% des cas.
L'examen clinique, le bilan et le traitement sont similaires au cancer de l’ethmoïde avec plus
d’envahissement de la cavité buccale, l’orbite et la joue. Le pronostic est plus mauvais de
30-50%. (28)

VII. Cancer du naso pharynx : se conférer chapitre correspondant.


Les cancers du cavum ou du nasopharynx sont des tumeurs malignes dominés par les carcinomes épidermoïdes
surtout de type indifférencié « undifferentiated carcinoma of nasopharyngeal type : UCNT » dans 90% des cas.
D’autres types de cancer peuvent se voir et notamment les lymphomes malins non Hodgkiniens et les
rhabdomyosarcomes chez l’enfant. Les UCNT ont une incidence variable, intermédiaire pour le Maghreb et le
Bassin méditerranéen, très élevée pour l’Asie du Sud-Est et faible (<1/100 000) dans les pays occidentaux. Ils
ont une relation avec le virus Epstein-Barr (EBV) et des altérations génétiques.

Les signes d’appel les plus fréquents sont la présence d’adénopathies cervicales, de signes otologiques,
rhinologiques ou neurologiques pour les formes évoluées. Le diagnostic repose sur la rhinoscopie avec biopsie.
Le bilan d’extension fait appel à l’imagerie moderne par tomodensitométrie (TDM), imagerie par résonance
magnétique (IRM) et Tomographie par émission de positon (PET-scan).

Les cancers du nasopharynx sont classés selon la classification TNM de l’Union internationale contre le cancer
(UICC). [15-20]

Le traitement de référence est essentiellement la radio chimiothérapie.

Références :
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