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Cours de Procédure civile Dr DIATTA Thomas, SES

2020-2021

COURS DE PROCEDURE CIVILE

Objet du cours :
Ce cours a pour objet de permettre aux étudiants de se familiariser aux règles procédurales
applicables en cas de conflits ou de litiges. Elles sont relatives à l’ouverture, au déroulement et à
l’issue du procès civil.
Chapitre I- La saisine de la juridiction civile
Lorsque survient une contestation sur le plan civil entre des particuliers, le droit les exhorte à
saisir une juridiction qui va trancher leur litige. Par-là, le droit offre la faculté de saisir un juge
(Section I). Ce droit s’exerce de façon particulière (Section II).
Section I- Le droit de saisir un juge
Saisir le juge a été érigé en un droit : le droit d’agir en justice (Paragraphe I) qui obéit à des
conditions d’existence (Paragraphe II).
Paragraphe I- Le droit d’agir en justice ou l’action en justice
L'action en justice est l’une des composantes majeures du procès civil au même titre que
l'instance ou que l'acte juridictionnel, piliers sur lesquels est édifié le Code de procédure civile. Le
droit d’agir en justice ou l’action justice fait l’objet de définition (A) et d’une classification (B).
A- La notion d’action en justice
L’action en justice fait l’objet de plusieurs définitions (1) et revêt un certain nombre de
caractères (2).
1- Les définitions de l’action en justice
Il n’y a pas de définition légale de l’action en justice en droit sénégalais même si elle est
abondamment utilisée par les textes, les articles 1-2 et 29 al. 2 du CPC. L’essentiel des définitions
existantes, chez nous proviennent de la doctrine qui distingue l’action en justice du droit
substantiel (a) et de la demande en justice (b). Cependant, en droit français, il existe une
définition légale de la notion (c).
a- L’action en justice et le droit substantiel
Une partie de la doctrine retient la confusion entre les deux : théorie de la confusion ou
unilatéraliste et une autre admet leur séparation : théorie de la séparation ou dualiste.
La théorie de la confusion a eu comme figure de proue Demolombe qui disait que «
l'action, c'est le droit lui-même mis en mouvement… ». Mais, cette théorie a été remise en cause
du fait qu’il peut y avoir un droit sans action et une action sans droit. De même, des conditions
sont à respecter dans la mise en œuvre de l’action en justice.
Un plaideur a un droit subjectif sans action s’il perd son procès sans examen au fond.
C’est le cas de la prescription et de l’obligation naturelle. Il peut y avoir une action sans droit
lorsqu’on agit sans que notre droit ne soit en cause. Par exemple, le recours pour excès de pouvoir
et le cas du ministère public agissant comme partie principale pour protéger l’intérêt général (cas
de la nullité absolue d’un mariage).
Concernant les conditions d’exercice, les règles qui s’appliquent sont différentes. En effet,
l’exercice de l’action appelle au respect de certaines conditions (délai, forme, assignation, etc.)
alors qu’il n’en est pas de même pour la mise en œuvre du droit.

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La théorie de la séparation a été portée par, notamment Motulsky et Vizioz qui voient en
l’action en justice un droit subjectif permettant à son titulaire d'invoquer à son profit l'impérativité
d'une norme. Selon eux « L’action est le droit pour l’auteur d’une prétention d’être entendu sur
le fond de celle-ci afin que le juge la dise bien ou mal fondée, pour l’adversaire, l’action est le
droit de discuter le bienfondé de cette prétention ».
b- L'action en justice et la demande ou la défense en justice Deux
théories ont été construites.
La première dite celle de la confusion est animée, notamment par Georges Wiederkler et
Jacques Héron. Selon eux : il n’y aurait d’action que s’il y a formation d’une demande. Il n’y
aurait pas d’action non plus sans défense qui en est inséparable. Ces auteurs proposent de la sorte
d’assimiler l’action à la demande. Ainsi, l'action ne peut exister sans les actes processuels
(demande ou défense) permettant au plaideur d'agir.
Cette théorie a été contestée car confondant l’action en justice et son exercice qui dépend
entièrement du plaideur, qui peut agir ou non. La demande matérialise son intention. C'est ainsi
que selon R. Morel, adepte d’une seconde théorie dite de la séparation, la demande est l'acte
d'ouverture des hostilités ou celui qui permet de saisir le juge. Elle suppose alors un auteur
(demandeur), un destinataire (le juge), un contenu (prétention et moyen, une date) une forme
fixée (assignation requête etc.) et produit des effets. En revanche, selon lui, l'action n'est pas un
acte juridique mais seulement le fondement de la recevabilité des prétentions manifestées du
demandeur.
Ainsi, l’action renvoie aux problèmes de recevabilité des prétentions et la demande à la
validité d’un acte juridique. La demande peut être valable et l'action est irrecevable ou l'action
peut exister alors que la demande est nulle. c- La définition légale de l’action en justice en
droit français
Elle est opérée par le Code de procédure civile qui voit l’action en justice comme un droit
reconnu à une personne de saisir le juge pour lui soumettre ses prétentions afin qu’il apprécie leur
bienfondé. Cette définition s’est fortement inspirée de la théorie de Motulsky.
Ainsi, l'action est un droit fondamental. Elle désigne la prérogative en vertu de laquelle
chacun peut être entendu par un juge pour lui présenter une prétention et obtenir de lui une
décision sur le fond, relative à cette prétention. C’est la traduction d’une jurisprudence ancienne,
issue du Code de Justinien, enseigne que « Nul ne peut se faire à soi-même justice ». Il est alors
posé le principe de dessaisissement de l’individu de son droit à se rendre justice au profit d'une
entité tierce à qui incombe ce devoir de protection juridictionnelle. En contrepartie, l'accès aux
tribunaux est une liberté publique dont personne ne peut être privé.
3- Les caractères de l’action en justice
L'action en justice présente trois caractères. Elle est facultative (a), libre (b), et en principe
gratuite (c). a- Le caractère facultatif
Cela traduit une idée très simple que le titulaire du droit d’agir n’est pas tenu d’exercer
son droit d’agir en justice. Etant maître de l’opportunité d’agir en justice, il jouit d’une faculté de
principe de se désister de son action ou d'y renoncer unilatéralement.
Cependant, dans certains cas particuliers, il peut y avoir habilitations législatives d'autres
personnes que les parties à saisir un juge, ou possibilité pour le juge de se saisir d'office. b- Le
caractère libre

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Exercer l’action en justice est une liberté reconnue à tout individu. Il en résulte qu’il ne
peut pas y avoir de responsabilité civile du titulaire du droit d’agir dont l’action a été rejetée. Il
n’y a pas alors de faute s’il use de son droit légitimement. Dans le cas contraire, il y aura abus de
droit.
L’abus de droit est la limite de la liberté du justiciable. Il est caractérisé par les juges. En
ce sens, la jurisprudence retient « un acte de malice ou de mauvaise foi, ou au moins une erreur
grossière équipollente au dol »1. L’abus est souverainement apprécié par le juge du fond qui
devra en caractériser les circonstances particulières. Une action ne saurait en effet être engagée
pour nuire à autrui, retarder l'issue d'une condamnation inéluctable ou être exercée avec
imprudence ou légèreté en délivrant assignation dénuée du moyen pertinent.
L’abus de droit d’agir peut donner droit à l'allocation de dommages intérêts.
c- Le caractère gratuit
La justice est un service public qui obéit au principe de gratuité. Le juge n’est pas payé
par les paries même si elles payent, en principe, de droits de timbre et d'enregistrement perçus sur
les actes judiciaires. Mais le recours au juge a nécessairement un coût : les dépens et d’autres
frais.
Les dépens sont des frais juridiquement indispensables à la poursuite du procès et dont le
montant fait l'objet d'une tarification, soit par voie réglementaire, soit par décision de justice. Ils
comprennent, notamment les indemnités dues aux témoins, les honoraires des experts, les
émoluments dues aux officiers ministériels (frais engagés auprès de ces personnes, par exemple
pour signifier un acte ou établir un constat) et les frais de traduction des actes lorsque celle-ci est
rendue obligatoire par la loi ou par un engagement international. Les dépens sont des frais
répétitifs. Selon l’article 81 CPCS : « Toute partie qui succombe est condamnée aux dépens ». Si
le demandeur se désiste de sa demande, ou s'il en est débouté, il supporte les dépens. Le
législateur organise parfois l'imputation du poids des frais d'instance. Les auxiliaires de justice
peuvent être personnellement condamnés au paiement des dépens s'ils ont accompli des actes ou
procédures en dehors des limites de leur mandat et s'avérant injustifiés, ou artificiels.
A côté des dépens, il y a d’autres frais, tels que les honoraires d'avocat, ou les frais de
déplacement… Ces frais sont en principe irrépétibles, c’est-à-dire ils ne peuvent pas faire l'objet
d'un remboursement. Cependant, leur remboursement peut intervenir sur le fondement de l'article
81 CPCS. En effet, la partie qui a exercé son recours hors délai ou dans un but manifestement
dilatoire est condamnée au paiement de tous les frais exposés par l’autre partie. De même, dans
toutes les autres instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie qui
a succombé à payer à l’autre partie une somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non
compris dans les dépens. Il tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie
condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il
n’y a pas lieu à cette condamnation.
Cependant, pour éviter que ces frais ne puissent empêcher le plaideur d’accéder à la
justice, des palliatifs ont été trouvés. On peut à cet égard citer le système d’assistance judiciaire
institué par le décret 1911, le protocole d’accord conclu le 7 avril 2005 entre le ministère du
Budget, le ministère de la justice et le barreau du Sénégal, l’arrêté mettant en place les
commissions ad hoc et sous-commissions.
B- La classification des actions en justice

1 - Civ. 2e, 9 mars 2000. 3

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Elle s’opère suivant la nature (1) ou l’objet de l’action (2).


1- La classification fondée sur la nature du droit
On distingue l'action réelle, l'action personnelle (a) et l'action mixte (b).
a- L'action réelle et l'action personnelle
L'action réelle mobilière ou immobilière vise la réalisation ou la protection d'un droit réel
(propriété, usufruit, servitude, sûreté réelle). L'action personnelle tend à la reconnaissance ou la
sanction d'un droit personnel. Exemple : actions en paiement, en réparation d'un préjudice etc.
L'intérêt de la distinction réside dans la détermination de la compétence territoriale ou
d'attribution du juge. Pour l'action réelle, le tribunal territorialement compétent est celui du lieu
de situation de la chose, notamment immobilière. Pour la compétence d´attribution, le TGI est
toujours compétent. Pour l'action personnelle ou réelle mobilière, le tribunal territorialement
compétent est celui du domicile du défendeur. La compétence matérielle dépend de la valeur du
litige.
b- L'action mixte
Elle concerne à la fois un droit réel et un droit personnel. Pour ce type d'action, le
demandeur peut choisir soit le tribunal du domicile du défendeur soit celui de la situation de
l'immeuble. Exemple : action en résolution d'une vente d'immeuble pour défaut de paiement du
prix.

2- La classification fondée sur l'objet


Elle met l’accent sur la distinction entre actions mobilières et actions immobilières.
L'intérêt de la distinction réside dans la détermination de la compétence du juge mais aussi dans
la capacité d'ester en justice. L'action immobilière est considérée comme un acte de disposition
alors que celle mobilière est vue comme un acte d'administration.
Par ailleurs, les actions réelles immobilières se subdivisent en actions pétitoires et en
actions possessoires. L'action pétitoire tend à protéger le droit de propriété et ses
démembrements. Il y a trois types d'actions pétitoires :
- l'action en revendication de propriété
- l'action confessoire protège un droit réel démembré ou accessoire
- l'action négatoire tend à établir qu'un bien n'est pas grevé d'un droit
d'usufruit ou de servitude.
L'action possessoire protège la possession ou la détention2. Il y en a trois :
- la complainte : action dirigée contre les troubles actuels, troubles de fait ou
de droit.

2 - En droit français, la loi n°2015-177 du 16 février 2015 relative à la modernisation et à la simplification


du droit et des procédures dans le domaine de la justice et des affaires intérieures a supprimé les actions possessoires.
Cette réforme est venue entériner la pratique dans laquelle les actions possessoires étaient largement délaissées au
profit de l’action en référé. Le Décret n°2017-892 du 6 mai 2017 a supprimé les articles 1264 à 1267 du code de
procédure civile.

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- la dénonciation de nouvel œuvre : action dirigée contre les troubles


éventuels et futurs. - la réintégrande : action ouverte en cas de dépossession violente ou
par voie de fait3. Paragraphe II- Les conditions d’existence de l’action en justice
Il existe des conditions positives : l'intérêt à agir et la qualité pour agir (A) et une
condition négative qui consiste à ne pas perdre l'action (B)
A- Les conditions tenant à la personne du plaideur
Il s´agit des conditions dites subjectives ou positives prévues à l'article 1-2 du CPC.
1- L'intérêt à agir
C'est l'avantage matériel ou moral que l'on espère obtenir en saisissant le juge. Il doit
revêtir certains caractères pour être recevable : être sérieux, légitime et personnel.
a- Un intérêt sérieux et légitime
Pour être sérieux, l'intérêt doit être né et actuel, c'est à dire ne pas être éventuel ou
hypothétique. En fait, une personne ne peut saisir le juge pour un dommage qui ne s'est pas
encore produit. Ainsi les actions préventives : actions provocatoires ou de jactances et actions
interrogatoires sont irrecevables. Mais les actions déclaratoires sont admises.
L'action provocatoire consiste, par une mise en demeure, à contraindre une personne qui
prétend avoir un droit à prouver ses prétentions en justice sous délai ou de se taire pour toujours.
L’action interrogatoire a pour but de forcer une partie (ou un tiers) à prendre position sur une
situation juridique donnée. L’idée est soit de lever une incertitude, soit de forcer la partie ou le
tiers qui bénéficie d’un délai pour agir à prendre une décision immédiate 4. L'action déclaratoire
consiste à obtenir un jugement, sans condamnation, afin que soit déclarée judiciairement
l’existence ou l’inexistence d’un droit ou d’une situation juridique. C’est l’exemple des époux qui
saisissent un tribunal, en dehors de tout litige, pour connaître la loi applicable à leur régime
matrimonial. Il en est de même en matière de détermination de la nationalité.
Pour être légitime, l'intérêt doit être protégé ou reconnu (exclusion des prétentions
illicites et immorales) par la loi conformément à l'article 1-2 du CPC. Si situation juridique n'est
pas prévue par la loi, la personne concernée ne peut demander pas au juge de la faire respecter.
C'est l'exemple de l'action en réparation du concubin en droit sénégalais, l'action pour une dette
de jeu ou de pari. b- Un intérêt personnel
Il traduit l'idée selon laquelle chacun doit défendre en justice ses propres droits et non
ceux d'autrui. C'est une matérialisation de la règle posée par l'article 29 al.1 du CPC « nul ne
plaide par procureur ». C'est un principe d'interdiction applicable à toute personne.
Cependant, il est assorti d'une exception : la représentation en justice. Cette représentation
peut revêtir deux formes : représentation ad agendum et représentation ad litem.
La représentation ad agendum permet d'agir à la place d'autrui pour défendre ses droits
(Ex : le mari qui agit pour sa femme mais aussi le parent qui défend son enfant).
La représentation ad litem est celle qui se fait souvent par le ministère d'un avocat. Selon
le dernier alinéa de l’article 29 CPC, en matière civile et commerciale, les parties pourront dans

3 - La voie de fait désigne, en droit pénal, une violence « légère » commise à l'encontre d'une personne, sans
provoquer de lésion corporelle. La voie de fait, en droit administratif français, correspond à une mesure ou une action
gravement illégale de l'administration, qui porte une atteinte grave à une liberté individuelle ou conduit à une
extinction du droit de propriété (V. Tribunal des conflits, 17 juin 2013, Bergoend c./ Société ERDF Annecy Léman).
4 - En droit français, cette action est notamment autorisée dans le code civil depuis l'ordonnance n° 2016- 5
131 du 10 février 2016 qui crée trois actions interrogatoires permettant de lever le doute : en présence d'un pacte de
préférence, en cas d'incertitude sur les pouvoirs d'un représentant, en cas de possibilité d'une action en nullité.

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les conditions fixées par le par la loi, agir et se défendre elles-mêmes verbalement ou par
ministère des avocats. Ainsi, la représentation peut être obligatoire ou non. Elle n’est pas
obligatoire, si les parties peuvent présenter directement leur cas au juge. Cette faculté n’est
seulement offerte que dans certaines matières telles que, par exemple, les procédures devant le TI.
Il en est de même en en matière sociale devant le TT, le salarié peut se faire représenter par un
collègue de la même branche d’activité ou par un représentant syndical.
Cependant, dans certains cas, le ministère d’avocat s’impose : procédure de désaveu ;
procédure devant la CS sauf en matière de litige individuel de travail ou en matière électorale ou
en matière de recours pour excès de pouvoir. Le ministère d’avocat est aussi obligatoire pour les
personnes morales de droit privé sauf les sociétés nationales ou d’économie mixte.
2- La qualité à agir
Condition s'ajoutant à l'intérêt, c’est le pouvoir de figurer dans un procès comme
demandeur ou défendeur. Elle suppose que celui qui agit possède un titre ou un droit particulier
pour pouvoir intenter l'action. Cependant, il n'existe pas de cloison étanche entre intérêt et qualité
à agir mais on peut les distinguer selon la sanction applicable (la fin de non-recevoir). Si le défaut
d'intérêt peut être relevé d'office par le juge, ce n'est pas le cas pour le défaut de qualité. Pour
cerner la qualité à agir, il faire le départ entre l'action des particuliers de celle des groupements.
Pour les actions des particuliers, on distingue les actions banales des actions attitrées.
Les actions banales sont celles ouvertes à tout intéressé. Ici, il y a confusion entre intérêt et
qualité à agir. C'est le cas de l’action en nullité absolue. Les actions attitrées sont celles dans
lesquelles la loi réserve le droit d'agir aux personnes qu'elle détermine. Par exemple l'action en
divorce est seulement exercée par les époux ; l'action en recherche de paternité seulement exercée
par l'enfant ; l'action sociale exercée par les dirigeants et par les associés ; l'action en exécution du
contrat est seulement exercée par les parties même si la loi admet parfois qu'un tiers au contrat
puisse agir contre une partie au contrat. C'est le cas de l'action oblique qui permet au créancier
d'agir contre le débiteur de son débiteur négligent.
S’agissant de l'action des groupements ayant la personnalité morale de droit privé,
ceux-ci peuvent agir s'ils ont un intérêt personnel, dans ce cas ils ont qualité à agir. Il en est
autrement s'il s'agit de défendre l'intérêt collectif qui est celui pourquoi la personne morale a été
créée. L'intérêt collectif n'étant pas personnel et directe, les groupements n'ont en principe pas
qualité à agir. Cependant, leurs actions sont recevables dans certains domaines : défense d'un
intérêt professionnel ou défense de grandes causes.
Concernant la défense d'un intérêt professionnel, l'article L15 du Code du travail
reconnaît la qualité à agir aux syndicats professionnels pour la défense de la profession
représentée. Il y a aussi les associations professionnelles (art. L28 du CT).
S’agissant des actions en défense des grandes causes, elles appartiennent en principe
aux associations mais il leur faut une habilitation légale spéciale car aucune disposition générale
ne leur confère la qualité à agir. Jouissent d'une habilitation par le Code de l’environnement, les
associations de défense de l'environnement et de la nature. Aujourd’hui, les associations de
consommateurs agrées sont également habilitées à agir en justice en défense d’un intérêt collectif
par la loi 2021-25 du 12 juin 2021 sur les prix et la protection du consommateur5.

5 - V. Art. 142 de la loi de 2021.

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B- Les conditions ne tenant pas à la personne du plaideur


Elles sont dites conditions négatives ou objectives : ne pas perdre le droit d'action.
L’action peut être perdue parce qu’elle n’a pas été exercée : ceci emporte le respect de délais (1)
ou perdue parce qu’elle a été exercée : il s’agit d’une absence d’une solution au litige (2).
1- L’observation de délais
Celui qui agit en justice doit respect des délais de rigueur : les délais de prescription (a)
et de forclusion (b).
a- La prescription
C'est l'écoulement d'un temps qui fait perdre le droit d'action. Elle touche le droit d'action.
En droit commun, le délai est de dix (10) ans. Cependant, en matière commerciale, il est de 5 ans.
La prescription a un point de départ qui ne court pas si l'action n'a pas pu être exercée. En
fait, le délai court à partir du jour où le demandeur a connu ou aurait dû connaître les faits. De
même, le délai court à compter du lendemain du jour où l'obligation est exigible.
La prescription peut être suspendue ou interrompue. La suspension est un temps d'arrêt
dans l'écoulement du délai. Si la cause de suspension disparaît la prescription reprend son cours
compte tenu du délai passé (Ex. de suspension : force majeur et incapacité). L'interruption peut
anéantir les délais déjà accomplis. Le délai recommence à courir depuis le début de la cessation
de la cause (Ex. de cause d'interruption : la citation en justice). b- Le délai préfix ou la
forclusion
C’est la sanction civile qui, en raison de l'échéance d’un délai légalement imparti pour
faire valoir ses droits en justice, éteint l'action dont disposait une personne pour le faire
reconnaître.
Concrètement, c’est le respect de délai pour pouvoir continuer l’action en justice. Il en est par
exemple ainsi lorsqu'une partie à un litige a laissé passer le délai pour faire appel ou pour se
pourvoir en cassation. Ce délai touche le fond du droit en constatant son extinction. Le délai est
préfix quand la loi le dit. Le délai de forclusion court pour la durée fixée par la loi à compter de
l'événement légalement fixé.
2- L’absence de solutions préexistantes au litige
L’action ne doit pas être déjà exercée par le plaideur à travers la transaction (a) ou la
saisine du juge ayant déjà rendu une décision ayan l'autorité de la chose jugée (b).
a- la transaction
Par elle les parties renoncent à leur droit d'action. C'est un mode contractuel de règlement
des litiges.
b- L'autorité de la chose jugée
Elle s'oppose à ce qu'une affaire concernant les mêmes parties pour les mêmes faits et
ayant le même objet puisse être rejugée. C'est une présomption de vérité attachée à la décision par
laquelle le juge a tranché un litige. Cependant, toutes les décisions n'ont pas cette autorité
(décision en matière gracieuse, ordonnance de référé, décision avant dire droit...).
Section II- La mise en œuvre du droit de saisir le juge
Cette mise en œuvre se matérialise à travers les actes de saisine (Paragraphe I) d’une
juridiction compétente (Paragraphe II).

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Paragraphe I- Les actes de saisine de la juridiction compétente


Ces actes permettant d’exercer le droit d’agir peuvent provenir aussi bien du demandeur
que du défendeur. Il s’agit des demandes en justice (A) et des moyens de défense (B).
A- Les demandes en justice
La demande se définit comme l'acte par lequel une personne soumet au juge une
prétention. Compte tenu du moment de leur formulation, on oppose d'un point de vue
chronologique la demande initiale, dite aussi demande introductive d'instance (1), et les
demandes incidentes (2).
1- La demande initiale
C'est la demande par laquelle un plaideur prend l'initiative d'un procès en soumettant ses
prétentions au juge. Introduisant l'instance, elle peut revêtir plusieurs formes (a) et produire des
effets (b).
a- la forme de la demande
Il peut s'agir d'une requête, assignation mais aussi d'autres moyens légaux.
 La requête
C'est le mode de saisine normale du TI. Sa validité dépend des mentions obligatoires et de
l'inscription d’un délai d'ajournement. Ce délai est celui qui sépare le jour de l'introduction de la
requête de celui de l'audience. Il permet au défendeur de se préparer.
 L'assignation
C'est un acte d'huissier par lequel le demandeur cite son adversaire à comparaître devant le
tribunal. Elle est, en principe, utilisée devant le TGI et exceptionnellement devant le TI. A peine
de nullité, elle doit comporter certaines mentions (juridiction saisie, date et heure de l'audience,
objet de la demande et les moyens juridiques). Une copie de l'assignation est notifiée par
l'huissier au défendeur : on parle de signification.
Pour les personnes physiques on a : signification à personne, signification à domicile,
signification à parquet, signification à mairie. Pour les personnes morales, par exemple la société
commerciale, elle est assignée à son siège social ou au domicile du représentant légal. Pour l'Etat,
il est assigné en la personne de l'agent judiciaire de l'Etat ou en ses bureaux. Cependant, la
signification doit être faite entre 6 h et 19 h. De même, elle est exclue pour les jours de fêtes
légales, sauf si le juge l’autorise lorsqu'il y a péril en la demeure.
 Les autres moyens :
Nous avons d'abord la requête conjointe, l'acte commun par lequel les parties soumettent
leurs prétentions au tribunal. Ensuite, il y a des moyens spéciaux à certaines matières ou à
certaines juridictions. Devant le TI, il y a : la déclaration écrite ou verbale du demandeur au
greffe ; devant le TGI : comparution volontaire des parties ; devant le TT : déclaration écrite faite
au greffe.
b- Les effets de la demande
Entre les parties, la demande entraîne création d'un lien juridique d'instance, dont il
résulte pour elles des obligations. Le défendeur a ainsi l'obligation de comparaître selon les
modalités requises devant la juridiction concernée.
En outre, la demande conserve les droits du demandeur. Elle entraîne interruption des
délais de prescription et des délais de forclusion. L'effet interruptif se produit à la date de la
citation, quelle qu'en soit la forme, et avant même qu'elle ait été portée à la connaissance du
débiteur. Cet effet est-il acquis même en cas de citation devant un juge incompétent ou si l'acte

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introductif d'instance se trouve être annulé en raison d'un vice de procédure ? Il n’est pas de
réponse en droit sénégalais
Elle vaut mise en demeure du débiteur, ce qui engendre les conséquences suivantes : elle
fait courir les intérêts moratoires (Ces intérêts constituent une somme d'agent payée, après mis en
demeure, en cas de retard dans l'exécution d'une opération portant sur une somme d'argent dont le
montant est connu). En matière de référé-provision, ils courent même dès l'assignation (les autres
assignations en référé ne produisent pas cet effet). Elle rend le droit litigieux.
A l’égard du juge, la demande créée une obligation fonctionnelle en ce qu'il doit statuer
sur elle. Cette obligation correspond à l'interdiction du déni de justice. Il a le devoir de rendre une
décision, même s'il s'agit d'un constat d'incompétence. En outre, le montant de la demande permet
de déterminer la compétence d'attribution du tribunal.
2- Les demandes incidentes
Est qualifiée d'incidente toute demande formée en cours d'instance, se greffant sur la
demande initiale. Elles entretiennent avec la demande introductive d'instance un lien assez étroit.
Il y en a plusieurs (a) et elles partagent le même régime juridique (b).
a- Les différentes demandes incidentes
Il y en a trois. On peut les classer en demandes émanant des parties et en demandes
provenant des tiers. Elles sont introduites en cours de procès.
 Les demandes incidentes émanant des parties
- la demande additionnelle, par elle une partie (demandeur ou défendeur)
va en cours d'instance modifier ses prétentions initiales. Tant que les débats ne sont pas
clos, elle peut être formulée.
- la demande reconventionnelle : elle émane du défendeur et lui permet de
tenter de renverser la situation en sa faveur en formulant une demande pour se défendre
en attaquant. Concrètement, il contre-attaque en sollicitant un avantage autre que le rejet
de la prétention du demandeur initial. Par exemple, il demande l’annulation d'un contrat
en réaction à une demande d'exécution des obligations contractuelles ou il demande le
divorce pour faute aux torts du demandeur.
 La demande incidente provenant des tiers : l'intervention
Par cette demande un tiers devient partie au procès. Elle est visée par l’article 195 CPC.
L’intervention ne peut être le fait que d’une personne qui n’avait pas la qualité de partie en
première instance. Elle est volontaire ou forcée.

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Dans l'intervention volontaire6, le tiers intervient soit pour appuyer les prétentions d'une
partie en vue de conserver ses droits (intervention accessoire), soit pour émettre ses propres
prétentions contre l’une des parties (intervention principale). Il faut préciser que l’article 195 CPC
ne fait pas la distinction entre l’intervention accessoire et l’intervention principale. Mais, dans les
faits elle s’impose.
Comme par hypothèse cet intervenant formule sa prétention en cause d’appel, la déclarer
recevable aurait pour effet de priver celui contre qui la demande de l’intervention est dirigée d’un
degré de juridiction. C’est pourquoi il serait justifié de déclarer irrecevable l’intervention
volontaire principale. Pour faire valoir ses droits éventuels, l’intervenant doit faire tierce
opposition et non passer par la voie de l’intervention principale (volontaire).
Dans l'intervention forcée un tiers est mis en cause par l'une des parties. Cette partie peut
chercher à rendre opposable à un tiers le jugement à rendre et l’empêcher d’utiliser la tierce
opposition. Elle peut aussi chercher à obtenir la condamnation du tiers à sa place.
L’article 195 CPC ne dit rien sur l’intervention forcée. Mais a priori, à la question de
savoir si l’intervention forcée est recevable ou non en cause d’appel, on devrait répondre par la
négative pour la même raison qui justifierait l’irrecevabilité de l’intervention volontaire
principale.
b- Le régime juridique des demandes incidentes
Il se rapporte aux règles de compétence et à la forme de la demande incidente. 
Les règles de compétence
Pour la compétence d'attribution, le tribunal compétent pour connaître d'une demande
initiale va parfois le demeurer pour connaître des demandes incidentes alors qu'il ne serait pas
normalement compétent.
Concernant la compétence territoriale, même s'il existe une clause attributive de
compétence territoriale, le juge saisi demeure compétent pour connaître des demandes incidentes.
La clause est neutralisée.
 La forme et recevabilité des demandes incidentes
Concernant la forme des demandes incidentes, comme les moyens de défense, les
demandes incidentes sont formées par voie de conclusions7, sauf la demande en intervention
forcée faite, en général, par assignation.
S’agissant de la recevabilité, les demandes incidentes ne sont recevables que si et
seulement si elles se rattachent aux prétentions originaires par un lien suffisant. A défaut, elles
sont rejetées par le juge.

6 - Paragraphe 2– De l’intervention volontaire : Article 195 : « Entre parties ayant toutes constitué avocat
l’intervention est formée par simple acte contenant les moyens et conclusions, avec offre de communiquer les pièces
justificatives. 9
Entre parties dont l’une d’elles ou aucune d’elles n’a constitué avocat l’intervention est formée par assignation qui
contient les moyens et conclusions ».
Article 196 : « L’intervention ne peut retarder le jugement de la cause principale quand elle est en état ».
7 - En procédure civile, les conclusions sont un document qui contient l'exposé des moyens de fait ou de
droit sur lesquels se fondent les prétentions et les défenses des parties. Le mot désigne à la fois le contenant et le
contenu. Les conclusions récapitulatives résument et donnent le montant à indemniser. Les moyens sont arguments
présentés (pour fonder les prétentions et les défenses) contre la décision de justice contestée. Un moyen peut être
divisé en plusieurs branches. Dans le jugement qu'il rend, le juge doit répondre par des "motifs" à l'ensemble des
moyens invoqués.

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B- Les moyens de défense


On a : l’exception de procédure (A), la fin de non-recevoir (B) et la défense au fond (C).
1- Les exceptions de procédure
Elles sont prévues à l’article 110 et suivants CPC. Ce sont des moyens tendant soit à faire

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déclarer la procédure irrégulière ou éteinte, soit à en suspendre le cours. Ici, le défendeur fait
valoir un moyen de procédure qui n’empêche pas le demandeur de reprendre la procédure ou de
la continuer. Pour être recevable, l’exception doit être soulevée avant toute défense au fond (in
limine litis) ou avant toute fin de non-recevoir. Les exceptions de procédure sont présentées par
ordre hiérarchique : d’abord la péremption d’instance et l’exception de caution, puis celle
d’incompétence, suivies des autres présentées simultanément (dilatoire, immunité,
communication de pièces, litispendance, connexité, nullité).
- La péremption d’instance, elle permet de déclarer l’extinction d’une instance
lorsqu'aucune diligence n’a pas été accomplie par une partie pendant 2 ans 8. On sanctionne
l’inertie d’une partie qui est restée 2 ans sans accomplir un acte. L’exception de péremption ne
peut pas être relevée d’office par le juge. Elle n’éteint pas l’action mais seulement l’instance.
- L’exception de non-versement de la cautio judicatum solvi, c’est la caution
versée par le demandeur non citoyen d’un Etat qui intente une action contre le défendeur citoyen.
C’est une garantie au paiement des frais de justice et des dommages intérêts auxquels il pourrait
être tenu envers le défendeur si sa demande est rejetée.
- Les exceptions d’incompétence. Elles tendent à dénier à un juge toute
compétence pour se prononcer sur une affaire. Elles peuvent être soulevées par les parties ou
d’office par le juge.
- L’exception d’immunité. La partie assignée ou citée en matière civile,
commerciale ou sociale alors qu’elle jouit de l’immunité juridictionnelle en raison des
conventions internationales sur les relations diplomatiques et consulaires ou d’accords de siège et
d’établissement en vigueur peut, sans être tenue de comparaître, se voir reconnaître le bénéfice de
ladite immunité sur l’intervention du ministère public (Article 116-1 CPC).
- L’exception dilatoire constitue un moyen par lequel une partie demande au juge
de surseoir à statuer. Elle a vocation, pour le plaideur qui l’invoque, à suspendre la procédure.
C’est un obstacle temporaire à la poursuite de l’instance et obligent le juge ou l’autorisent à
suspendre l’instance jusqu’à l’expiration d’un certain délai. Il en ainsi par exemple : du délai
d’option successorale, du bénéfice de discussion ou de division, du délai d’appel à un garant (Art.
117 et s. CPC), du criminel qui tient le civil en l’état.
- L’exception de non-communication de pièces (Art.126 CPC). - Les exceptions
de litispendance et de connexité.
Il y a litispendance lorsqu’une demande est pendante devant deux juridictions, également
compétentes pour en connaître. Le renvoi peut être demandé. Si les deux juridictions sont du
même degré, le renvoi est demandé au tribunal saisi en dernier lieu. Si les deux juridictions sont
de degré différent, le renvoi est demandé à la juridiction de degré inférieur.
Il y a connexité lorsque deux demandes pendantes devant deux juridictions ont un lien de
connexité. Le renvoi peut être demandé à l’une des juridictions. Si les juridictions sont de degré
différent, le renvoi est forcément demandé à la juridiction de degré inférieur.
- L’exception de nullité, elle sanctionne l'irrégularité d'un acte de procédure. Il peut
s’agir d’un vice de forme ou d’une irrégularité de fond.

8 - Art. 240 CPC modifié par le Décret n° 2013-1071 du 6 août 2013.


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2- Les fins de non-recevoir


Ce sont des moyens de défense tendant à déclarer une demande irrecevable sans examen
au fond pour défaut de qualité, d’intérêt, ou extinction du droit d’agir. La fin de non-recevoir est
un obstacle définitif à l’action en justice contrairement à l’exception de procédure, obstacle
temporaire à la procédure. Il est deux types de fin de non-recevoir : une fin de non-recevoir de
fond qui peut être soulevée à toute hauteur de la procédure et une fin de non-recevoir de forme
qui doit être soulevée in limine litis.
3- Les défenses au fond
Elles consistent à faire rejeter la prétention du demandeur après examen au fond de celle-
ci par le juge. Pratiquement, c’est la contestation de l’existence ou de l’étendue d’un droit
invoqué par le demandeur. Ces moyens invoqués à toute hauteur de la procédure, et même pour la
première fois en appel, sont formulés dans des conclusions responsives à la demande initiale.
Suivant que la procédure est orale ou écrite, les conclusions peuvent être ou non formulées
directement à l'audience.
Paragraphe II- La saisine d’une juridiction compétente
La compétence est l’aptitude d’une juridiction à connaître d’une affaire. Elle est
déterminée selon deux critères : la matière concernée (compétence d’attribution ou matérielle)
(A) et la situation géographique de la juridiction (compétence territoriale) : (ratione loci) (B).

A- La compétence d’attribution
Dite compétence ratione materiae, elle est fixée suivant la matière ou le montant du litige.
Elle varie d’une juridiction à une autre. Est nulle toute convention ayant pour objet ou pour effet
de déroger aux règles de compétence d’attribution9.
1- Les juridictions du fond
Il sera étudié la compétence des TI, des TGI, des TT, des TC et des CA.
a- Le Tribunal d’Instance
Il est compétent, en matière :
- civile et commerciale, pour toutes les actions personnelles ou mobilières, en
dernier ressort (exclusion de l’appel), jusqu’à la valeur de 300 000 f ; en premier ressort (à charge
d’appel) jusqu’à la valeur de 2 000 000 f.
- de baux à usage d’habitation pour tout litige en premier ressort quel que soit sa
valeur et de baux à usage professionnel si le montant du loyer mensuel est inférieur ou égal à
100.000 f.
- de statut personnel, sauf pour l’adoption, l’action en recherche de paternité (elle
n’appartient qu’à un enfant légitime), l’établissement ou la contestation de filiation.
- de succession,
- de saisie-attribution pour la demande d’autorisations, de main levée ou nullité ; de
contestation de saisie vente et saisie des récoltes sur pied (6 semaines avant la maturation), saisie
sur débiteurs forains, le tout en tenant compte du montant du litige.

9 - Art. 114-1 CPC.


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En matière civile et commerciale et de statut personnel, les instances sont introduites


par requête écrite et signée du demandeur ou de son mandataire, soit par comparution volontaire,
faisait l'objet d'un procès-verbal dressé par le juge. b- Le Tribunal du Travail
Il a quatre domaines de compétence fixés par l’article L229 du CT travail :
 Les litiges individuels entre employeurs et employés relatifs : au contrat de
travail, au contrat d’apprentissage, aux conventions collectives, aux conditions de
travail, au régime de sécurité sociale.
 Les litiges entre employeurs résultant du droit du travail. La qualité
d’employeur est en cause. C’est le cas du litige de débauchage de salariés.
 Les litiges entre travailleurs d’une même entreprise lors du travail. Exemple,
le litige relatif au partage d’une prime.
 Les litiges entre les institutions de sécurité sociale (C.S.S et I.P.R.E.S) et les
bénéficiaires (employés) et ou leurs assujettis (employeurs). Il s’agit des litiges
nés à l’occasion de l’application du régime de sécurité sociale.
Par ailleurs, les actions récursoires des entrepreneurs contre les tâcherons relèvent
également de la compétence de cette juridiction. En outre, le TT est compétent lorsqu’une
collectivité locale ou un établissement public est en cause, sans qu’il soit besoin d’observer les
préalables prescrits en matière de procès contre ces personnes morales10.
Le Tribunal du travail statue en premier et dernier ressort, sauf du chef de la compétence
et lorsque le taux du litige ne dépasse dix fois le montant du salaire mensuel ou lorsque la
demande a pour objet la remise de pièce pour l’employeur.
Tout travailleur ou employeur, peut directement saisir le TT par requête écrite adressée
au Président de cette juridiction. Le Président du tribunal cite les parties à comparaître les 5
jours de la réception de la requête. Les parties comparaissent ou se font représenter.
c- Le tribunal de commerce
Il juge les affaires relatives aux actes de commerce (achat de marchandises pour les
revendre, lettres de change, opérations de banque, engagements nés à l’occasion du commerce),
aux sociétés commerciales et aux entreprises en difficultés : la cessation des paiements, le
redressement et la liquidation judiciaires des entreprises.
Il connait, en premier ressort, de toutes les demandes dont le taux du litige excède
10.000.000 f CFA et en dernier ressort, si ce montant n’est pas dépassé. L’instance devant le
tribunal de commerce est introduite par assignation sauf comparution volontaire des parties.
L’assignation peut se faire sur support papier ou par voie électronique.
L’installation ou la suppression de ce tribunal dépend de l’activité commerciale dans une
région. Son siège et son ressort sont fixés par voie de décret. Dans les régions où il n’y a pas ou
pas encore de TC, les affaires commerciales sont exceptionnellement jugées par les TGI et les TI.
d- Le Tribunal de Grande Instance
Il rend ses décisions en premier ressort (à charge d’appel devant une cour d’appel). En
matière civile et commerciale, est de sa compétence tout ce qui ne relève pas des TI, des TT et
TC. Il connait aussi pour le contentieux fiscal et administratif de pleine juridiction (responsabilité
administrative). En Appel, il connait des jugements rendus par les TI en premier ressort.

10 - V. Art. 729 CPC.


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Les instances en matière civile et commerciale sont introduites par assignation sauf
comparution volontaire des parties. Toutefois, dans les actions purement personnelles (ex :
action en nullité, rescision, résolution) et les actions réelles mobilières (ex : action en
revendication) le tribunal peut être saisi par voie de déclaration au greffe dont il est délivré
récépissé. En matière administrative ou fiscale, c’est la même procédure qu'en matière civile
sous réserve du recours préalable prévu aux articles 729 et suivants du CPC.
e- La Cour d’Appel
Elle rend toujours ses décisions en dernier ressort.
En dernier ressort, elle est juge d’appel des jugements rendus en premier ressort par les
TGI, les TT et les TC.
En premier et dernier ressort, elle statue sur les litiges relatifs aux élections des conseils
municipaux, départementaux, d’Ordres professionnels et des membres des chambres des métiers
ou de commerce.
Par ailleurs, lors des élections du Président de la République et des députés, elles veillent
au déroulement des opérations de vote, à la régularité du scrutin, au recensement des votes et
procède à la proclamation des résultats provisoires. Elles reçoivent le serment des magistrats, des

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avocats et des notaires.


Elles sont saisies par l'acte dressé au greffe de la juridiction ayant statué en premier
ressort en matière correctionnelle et sociale et l'exploit d'huissier pour les jugements rendus en
matière civile et commerciale. Également, la saisine est possible par arrêt de renvoi de la Cour
Suprême. Les arrêts rendus en toutes matières par la CA peuvent faire l’objet d’un pourvoi.
2- Les juridictions suprêmes
Elles concernent la Cour Suprême (a) et la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (b).
a- La Cour Suprême (CS) Compétences juridictionnelles
Compétence générale. Elle se prononce sur les pourvois en cassation pour incompétence,
violation de la loi ou de la coutume dirigés, notamment contre les arrêts et jugements rendus en
dernier ressort par toutes les juridictions.
Compétences spéciales. Elle est juge de l'excès de pouvoir des autorités administratives.
La CS a aussi d'autres compétences. En effet, elle se prononce sur les demandes en révision, de
renvoi d'une juridiction à une autre, les règlements des juges, les prises à partie, les contrariétés
de jugements et les poursuites de magistrats.
Une compétence spéciale est dévolue à des commissions juridictionnelles fonctionnant
auprès de la Cour suprême. Elles sont chargées de statuer sur les demandes d'indemnités
présentées par les personnes ayant fait l'objet d'une détention provisoire ou sur les recours formés
par les officiers de police judiciaire ayant fait l'objet d'une décision de suspension ou de retrait
d'habilitation.
Compétence consultative
La Cour suprême a enfin une compétence consultative.
b- La Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA)
Elle a des domaines de compétence qui se subdivisent en attributions non juridictionnelles
et en attributions juridictionnelles.
Les attributions non juridictionnelles : Ici, la CCJA ne tranche pas des litiges.
Soit elle donne un avis soit elle intervient comme centre d’arbitrage.
S’agissant de la compétence consultative, cela lui permet de donner un avis sur certaines
questions lorsqu’elle en est saisie, au besoin. Son avis est obligatoire sur les projets d’Actes
uniforme avant leur présentation et adoption par le Conseil des Ministres. Sur toute question
touchant à l’application ou à l’interprétation du Traité, des Règlements pris pour son application
et des Actes uniformes, elle peut être aussi saisie pour avis aussi par tout Etat membre, le Conseil
des Ministres ou les juridictions nationales saisies. Ses avis ne lient pas celui qui en a fait la
demande. S’agissant de sa compétence en matière de procédure d’arbitrage, sans trancher les
litiges par elle-même en la matière, elle joue le rôle de centre d’arbitrage en recevant la requête et
en organisant l’arbitrage. A cet effet, elle nomme ou confirme les arbitres, fixe les frais
d’arbitrage et est informée du déroulement de l’instance. Elle examine les projets de sentence sur
lesquels elle ne peut proposer que des modifications de pure forme. Enfin elle se prononce sur
l’exequatur des sentences demandé. Le Président de la Cour ou son délégué accorde l’exequatur.
Le contentieux de l’interprétation et de l’application du droit OHADA
La CCJA assure l’interprétation et l’application commune du Traité, des Règlements pris
pour son application et des Actes uniformes. A ce titre, elle demeure juge de cassation des
décisions rendues en dernier ressort par les juridictions nationales dans toutes les affaires relatives
au droit OHADA, sauf en matière pénale. En matière de cassation, elle évoque et statue sur le

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fond. Elle connait aussi du recours en annulation des décisions rendues par une juridiction
nationale de cassation en violation de sa compétence. Si la cette dernière décide que cette
juridiction s’est déclarée compétente à tort, la décision rendue par cette juridiction est réputée
nulle et non avenue.
D’autres voies de recours extraordinaires sont également ouvertes devant elle. Il y a la tierce
opposition ; la demande en interprétation du dispositif d’un arrêt de la Cour en cas de contestation
sur le sens ou la portée dudit dispositif ; le recours en révision de l’arrêt (motivée par la
découverte d’un fait de nature à exercer une influence décisive et qui, avant le prononcé de l’arrêt
était inconnu de la Cour et de la partie qui demande la révision).
B- La compétence territoriale
Elle est dite compétence ratione loci. Il est un principe, celui de la compétence du tribunal
du domicile du défendeur (1) qui connaît des exceptions (2). 1- Le principe de la compétence
du for du domicile du défendeur
Ce principe est posé par l’article 34 al. 1 du CPCS. Ce principe vise aussi bien les
personnes physiques que morales. Si pour les personnes physiques, l’on parle toujours de
domicile, pour les personnes morales on évoque la notion de siège social, à l’exception de l’Etat
et des collectivités publiques (agence judiciaire de l’Etat).
La personne physique est assignée à son domicile, c’est-à-dire au lieu de son principal
établissement. S’il n’est pas connu, ce sera fait à sa résidence. A l’impossible, le demandeur
pourra saisir son tribunal ou celui de son choix s’il demeure à l’étranger (règle subsidiaire de
compétence territoriale).
La personne morale de droit privé est assignée à son siège social. S’il existe un siège
social réel, il sera pris en compte. Si elle possède plusieurs succursales, on prend en compte l’une
d’entre elles à une double condition : que l’établissement jouisse d’une autonomie suffisante par
rapport au siège social et que le litige ait un lien avec l’établissement.
Cependant, il peut exister des difficultés, on peut faire jouer la théorie des gares
principales qui permet de saisir le tribunal du siège de l’établissement de la personne morale dont
l’exploitation est à l’origine du litige.
De même, il peut y avoir pluralité de défendeurs. Dans ce cas, si le lieu est distinct pour
chacun des défendeurs, en raison de l’unité du litige, le demandeur peut choisir la juridiction de
l’un des défendeurs. La clause attributive de compétence produit ses effets lorsqu’elle existe sauf
indivisibilité entre les demandes formées contre tous les défendeurs.
Par ailleurs, il ressort de l’article 114-3 CPC : « En matière contentieuse, le tribunal peut
relever d’office son incompétence territoriale si le litige est relatif à l’état des personnes ou si le
défendeur ne comparaît pas. Il relève d’office son incompétence territoriale si une règle d’ordre
public est violée, notamment lorsque la règle trouve sa source dans l’organisation des voies de
recours ». En outre, en matière gracieuse, il peut relever d’office son incompétence territoriale.
2- Les dérogations au principe
Elles proviennent soit de la loi soit d’une convention des parties au procès qui peuvent
valablement modifier les règles de compétence territoriale, sauf s’il s’agit de règles d’ordre public

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telles que celles qui ont leur source dans l’organisation des voies de recours 11. Elles revêtent soit
la forme d’une option de compétence accordée au demandeur (b) ou d’une compétence exclusive
donnée à une autre juridiction (a).
a- L’option de compétence
Elle permet au demandeur de choisir entre plusieurs juridictions. Il dispose de cette
possibilité.
La permission peut découler de la loi :
- pour les contestations relatives aux fournitures, travaux, locations, louages
d’ouvrage ou d’industrie : il peut choisir le juge du lieu où la convention a été
contractée ou exécutée, si l’une des parties y est domiciliée
- en matière d’action mixte : il peut saisir le tribunal du lieu de situation
l’immeuble ou celui du domicile du défendeur.
- en matière d’aliments et de contribution aux charges du mariage : il
peut saisir son tribunal. S’il y a plusieurs défendeurs, le tribunal du domicile de l’un
d’eux peut être saisi (pension d’aliments).
- en cas d’élection de domicile pour l’exécution d’un acte : il peut saisir le
tribunal du domicile élu ou celui du domicile réel du défendeur.
- pour la demande en réparation de dommage causé par un délit, une
contravention ou un quasi-délit : il peut saisir le tribunal du lieu où le dommage s’est
produit.
En matière commerciale : il a le choix entre le tribunal du domicile du défendeur et celui
du lieu où la promesse a été faite et la marchandise livrée ou celui du lieu de paiement.
La permission peut résulter, par ailleurs, d’une convention : la clause d’élection de
domicile : une stipulation contractuelle par laquelle les parties déclarent élire domicile dans un
lieu désigné afin de permettre l’exécution d’un contrat mais aussi les formalités procédurales
entre les parties. C’est une clause très prisée dans les contrats internationaux en ce qu’elle permet
de faire de la loi de la ville choisie, loi du contrat. Elle est admise en droit sénégalais et sur le
fondement des dispositions de l’article 15 du Code de la famille sénégalais qui dispose « Pour
une affaire ou activité déterminée, les parties peuvent convenir d’un lieu qui produira les effets
du domicile ou seulement certains d’entre eux ». Le domicile visé est indépendant du domicile
réel, choisi en vue d'une ou plusieurs circonstances déterminées. Il peut d’agir d’une étude de
notaire, un cabinet d’avocat ou une étude d’huissier. Il n’a aucun lien concret avec, que ce lien
soit personnel, familial ou encore professionnel.
b- La compétence exclusive conférée à une autre juridiction
C’est le cas où la loi attribue la compétence territoriale à un tribunal différent de celui du
défendeur sans possible véritables dérogations. Ainsi, est compétent :
- en matière d’action réelle immobilière : le tribunal de la situation de l’immeuble
litigieux et de l’un d’eux si plusieurs sont en cause.
- en matière successorale : tribunal du lieu où est ouverte la succession (lieu du
dernier domicile du défunt). Ce principe est valable seulement jusqu’au partage.
- en matière de faillite, le juge où la demande originelle est pendante.
- en cas de divorce ou de séparation de corps, le tribunal de la résidence de la
famille au jour où la requête initiale est présentée.
11 - Art. 114-2 CPC.

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En en matière d’assurance, le tribunal du domicile de l’assuré pour les litiges concernant


le règlement des indemnités, sauf la faculté pour l’assuré de saisir le tribunal du lieu où s’est
produit le fait dommageable.
En matière de travail, le tribunal du lieu d’exécution (art. 202 CT). Mais pour le contentieux de
la résiliation du contrat du travail (indemnité de licenciement, arriérés de salaire), le salarié
demandeur peut aussi opter pour le tribunal où il a sa résidence habituelle.
La compétence exclusive peut aussi résulter d’une convention : la clause attributive de
compétence ou de juridiction. Cette clause résulte d’une disposition insérée dans un contrat par
laquelle les parties conviennent de confier le règlement d’un éventuel litige à une juridiction
déterminée, en principe non compétente pour en connaître au regard des textes de loi applicables.
C’est une extension de la compétence d’une juridiction au-delà des limites légales. Par le biais de
la clause attributive de compétence, les parties peuvent donc, sous certaines conditions, déroger à
certaines règles de compétence territoriale. Lorsque la clause est valablement conclue, elle
s’impose aux parties et aux tiers qui viennent aux et actions d’une partie, mais pas à ceux qui n’y
sont pas intéressés. Cependant, les parties peuvent décider d’y renoncer.
En cas de saisine de la juridiction territorialement compétente, l’on peut alors opposer une
exception de procédure. La juridiction choisie peut toutefois relever d’office son incompétence
territoriale si une règle d’ordre public est violée, notamment lorsque la règle trouve sa source
dans l’organisation des voies de recours

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