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Adsorption en traitement de l’air

par Pierre LE CLOIREC


Professeur, Responsable du Département Systèmes Énergétiques et Environnement
École des Mines de Nantes

1. Approche des mécanismes.................................................................... G 1 770 - 2


1.1 Transfert gaz-solide ..................................................................................... — 2
1.2 Quelques équations d’équilibre ................................................................. — 2
1.3 Adsorption multicomposée ........................................................................ — 4
1.4 Paramètres influant sur l’adsorption ......................................................... — 4
1.5 Capacités et énergies d’adsorption et de désorption ............................... — 4
1.6 Cas spécifiques de l’hydrogène sulfuré..................................................... — 4
1.7 Cas des cétones ........................................................................................... — 6
2. Adsorbants mis en œuvre...................................................................... — 6
3. Adsorption et adsorbeurs dynamiques.............................................. — 6
3.1 Écoulement. Pertes de charge dans un milieu poreux ............................. — 6
3.2 Courbes de percée....................................................................................... — 7
3.3 Capacités d’adsorption................................................................................ — 7
3.4 Modélisation des courbes de percée ......................................................... — 7
4. Mise en œuvre des adsorbeurs ............................................................ — 10
4.1 Adsorbeurs................................................................................................... — 10
4.2 Données pratiques de dimensionnement et de fonctionnement ............ — 10
4.3 Sécurité et sûreté du procédé..................................................................... — 12
5. Régénération des charbons actifs....................................................... — 12
5.1 Réactivation des charbons actifs................................................................ — 12
5.2 Régénération thermique in situ.................................................................. — 12
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. G 1770

armi les technologies utilisables en traitement d’air, les procédés mettant en


P jeu des phénomènes de transfert et d’interactions d’un composé présent
dans une phase gazeuse avec une surface d’un matériau poreux sont largement
utilisées. On les retrouve dans la purification des gaz et de l’air ainsi que des
liquides. En effet, ces procédés d’adsorption permettent d’éliminer dans une
phase gazeuse un grand nombre de molécules polluantes comme les composés
organiques volatils (COV), les molécules odorantes ou encore les dioxines et les
furannes. Leur mise en œuvre s’applique à de larges gammes de concentrations
allant d’émissions à fortes teneurs (quelques grammes par mètre cube) à des
ambiances hyperdiluées de quelques microgrammes par mètre cube. Le dimen-
sionnement des installations s’effectue pour des débits d’air à traiter pouvant
aller de quelques mètres cubes par heure jusqu’à 50 000 m3 · h−1 pour des
systèmes modulaires.
La réglementation récente (arrêtés du 2 février 1998 et du 29 mai 2000),
concernant les niveaux de rejets dans l’atmosphère, implique la mise en œuvre
de technologies de traitement d’air fiables et performantes ce qui place les pro-
cédés par adsorption parmi les techniques attractives et opérationnelles dans un
grand nombre d’applications industrielles. En effet, ils présentent des avantages

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certains en termes d’efficacité de traitement, de rusticité et de facilité de fonc-


tionnement ce qui les rend particulièrement intéressants en traitement de l’air.
L’objectif de cette présentation spécifique est d’aborder les concepts et les
technologies de l’adsorption en traitement de l’air. Ainsi les points suivants
seront particulièrement développés :
— les mécanismes de transfert gaz solide ;
— les adsorbants les plus utilisés ;
— les procédés d’adsorption en traitement d’air ;
— la désorption et la régénération.

1. Approche des mécanismes 5

qe (mol · kg–1)
Pour une approche plus complète, le lecteur pourra se reporter 4
aux références [1] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [J 2 730].

3
1.1 Transfert gaz-solide
2
Le terme d’adsorption est utilisé pour décrire les phénomènes de
transport du composé dans la phase gazeuse, de transfert dans la
porosité et d’interaction avec le solide. La figure 1 illustre les diffé- 1
rentes étapes du processus.
Les mécanismes mis en jeu dans ce processus peuvent être
détaillés de la manière suivante : 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
1 – Transport de la molécule de la phase gazeuse vers le solide ; Ce (mol · m–3)
2 – Accumulation dans la couche limite ;
20 °C 40 °C modèle de Langmuir
3 – Diffusion dans le volume poreux du matériau ;
60 °C 80 °C
4 – Adsorption en surface. Cette réaction est exothermique et pro-
voque donc un dégagement de chaleur. On rencontre soit une inter- Figure 2 – Isothermes d’adsorption du toluène sur charbon actif
action de faible énergie (liaison de Van der Waals) appelée physi- microporeux. Comparaison des valeurs expérimentales et calculées
sorption, soit une liaison de type covalente (chimisorption) ; par le modèle de Langmuir

5 – Diffusion en surface ;
6 – Conduction thermique au travers du solide ; 1.2 Quelques équations d’équilibre
7 – Convection thermique dans la phase gazeuse.
Lorsque les concentrations dans le matériau et dans le fluide sont Le transfert fluide solide a été largement abordé. On pourra se
constantes, on dit qu’il existe un équilibre entre les phases. reporter, par exemple à l’article [J 2 730] Adsorption. Considérations
théoriques. Nous présentons ici quelques équations d’équilibre et
quelques données adsorption de polluants présents dans l’air.
■ Le modèle d’équilibre de Langmuir prend en compte un équilibre
entre la surface et un polluant dans la phase gazeuse :
7
bq m C e
q e = -------------------- (1)
1 + bC e
6 1
2 avec Ce concentration dans la phase gazeuse à l’équilibre
3 (mg · m−3),
4
capacité d’adsorption à l’équilibre (mg · g−1 ou
5
qe
mol · g−1),
qm capacité maximale d’adsorption (mg · g−1 ou
mol · g−1),
b constante d’équilibre (m3 · mg−1 ou m3 · mol−1)
fonction de la température [équation (12)].
La figure 2 présente un exemple de ce modèle, et un ensemble de
Figure 1 – Représentation schématique des phénomènes données de modélisation pour des composés organiques volatils
d’adsorption dans une structure poreuse sont regroupées dans le tableau 1.

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(0)

Tableau 1 – Paramètres de l’isotherme de Langmuir pour l’adsorption de différents COV sur charbon actif
microporeux à base de noix de coco
Composé qm (mol · kg−1) b0 (m3 · mol−1) − ∆HL (kJ · mol−1) R2 (T = 20 ˚C)

1,2-Dichloroéthane ...................................... 5,32 1,63 × 10−7 47,5 0,942


Acétate d’éthyle ........................................... 4,41 1,36 × 10−9 60,6 0,938
Acétone ........................................................ 5,92 2,28 × 10−5 31,4 0,976
Éthanol ......................................................... 8,46 5,98 × 10−5 28,7 0,963
Méthyléthylcétone....................................... 5,06 1,27 × 10−6 42,7 0,931
Méthyléthyldioxolane ................................. 3,58 2,79 × 10−7 45,2 0,945
Toluène ........................................................ 4,60 4,06 × 10−7 45,5 0,980
R constante molaire des gaz (R = 8,32 J · mol−1 · K−1)
∆HL enthalpie d’adsorption issue du modèle de Langmuir (J · mol−1) [équation (12)]

(0)

Tableau 2 – Données paramétriques de l’équation de Freundlich pour deux types de charbons actifs
Grains de charbon actif Fibres de carbone activé
Composé kF kF
1/n 1/n
(mg1−1/n · m3/n · g−1) (mg1−1/n · m3/n · g−1)
Acétate d’éthyle ........................................... 696 0,19 253 0,187
Acétone ........................................................ 587 0,45 37 0,374
Benzène ........................................................ 250 0,20 283 0,147
Chloroforme................................................. 315 0,202
1,2-dichloroéthane ...................................... 1 198 0,32
Dichlorométhane ......................................... 900 0,53 138 0,320
Disulfure de carbone ................................... 139 0,206
Isopropanol .................................................. 661 0,26
Éthanol ......................................................... 184 0,254
Méthanol ...................................................... 630 1,00 255 0,161
Méthyléthylcétone....................................... 663 0,24
Tétrachloroéthylène .................................... 700 0,175 679 0,216
Toluène ........................................................ 298 0,09 298 0,143
Trichlororéthylène ....................................... 427 0,141

■ L’équation d’équilibre de Freundlich est une approche empirique : W0 volume des micropores accessibles au composé
(m3 · g−1),
qe = k F C e1 / n (2)
E énergie caractéristique de l’adsorption (J · mol−1
avec kF et 1/n paramètres caractéristiques du couple polluant – ou J · mg−1),
matériau et fonction de la température.
ξ variation de l’énergie potentielle des molécules
Ce modèle est largement utilisé. Quelques valeurs sont pro- adsorbées (J · mol−1 ou J · mg−1).
posées à titre d’exemple dans le tableau 2.
Le volume d’adsorbat W est estimé en supposant que le composé
■ Le modèle d’équilibre de Dubinin-Radushkevich est basé sur la
adsorbé est à l’état liquide :
théorie du potentiel formulée par Polanyi. Dubinin et Radushkevich
ont proposé, en considérant l’adsorption comme un remplissage
volumique de l’adsorbant, de relier le volume d’adsorbat W au qe
potentiel ξ [9] par la relation : W = ------ (4)
ρ

 ξ
2
W = W 0 exp –  --- (3) avec ρ masse volumique du COV liquide (g · m−3).
E
Des résultats de l’application du modèle sont présentés dans le
avec W volume de composé adsorbé (m3 · g−1), tableau 3.

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carboxyliques, amines, soufre, halogène...) induisant des effets de


(0)

Tableau 3 – Paramètres de l’équation polarisabilité plus ou moins marqués. Des études importantes ont
de Dubinin-Radushkevich pour l’adsorbtion été entreprises afin de déterminer des relations quantitatives entre
de différents COV sur charbon actif microporeux la structure moléculaire et les paramètres d’adsorption (capacité
d’adsorption, énergie d’interaction) [10] [11]. La forte réactivité de
W0 E Coefficient certaines molécules peut donner lieu à des réactions d’oxydation à
Composé la surface de l’adsorbant qui joue alors le rôle de catalyseur (§ 1.6) et
(cm3 · g−1) (kJ · mol−1) de corrélation
(§ 1.7). Un mélange de composés va impliquer une compétition
1,2-Dichloroéthane .......... 0,514 18,9 0,969 d’adsorption entre les divers composés et réduire les capacités uni-
taires d’adsorption. Une concentration forte (> 0,5 g · m−3) donne
Acétate d’éthyle............... 0,482 15,8 0,974 des capacités d’adsorption élevées, mais exige généralement une
Acétone ............................ 0,454 15,4 0,954 régénération in situ du matériau poreux du fait de sa saturation
rapide. L’adsorption est aussi particulièrement efficace pour l’élimi-
Éthanol ............................. 0,506 13,1 0,943 nation de composés présent dans l’air à l’état de traces.
Méthyléthylcétone........... 0,508 16,9 0,992
Méthyléthyldioxolane ..... 0,425 12,4 0,978
1.4.3 Humidité et température de l’air
Toluène ............................ 0,511 13,3 0,986
L’influence de l’humidité de l’air est à concevoir comme une com-
pétition entre la molécule d’eau et le composé à adsorber. Classi-
Des variantes à ce modèle ont été proposées par Dubinin- quement, on peut utiliser le charbon actif jusqu’à une humidité
Astakhov qui considèrent l’exposant, caractérisant l’hétérogénéité relative (HR) comprise entre 70 à 80 % pour des concentrations (C)
de la porosité, comme un paramètre variant de 1,5 à 3. moyennes relativement faibles (20 < C < 1 000 mg · Nm−3). Cepen-
dant, il convient en fait d’évaluer le ratio entre la concentration en
eau et celle du polluant dans le rejet gazeux.
Exemple : une humidité importante pour piéger des traces de sol-
1.3 Adsorption multicomposée vant sera néfaste. Par contre, une humidité relative forte face et une
concentration élevée (C > 10 g · Nm−3) de polluant n’aura aucun effet.
La méthode la plus simple pour prédire les équilibres d’adsorption Du fait de l’exothermicité de la réaction d’adsorption, celle-ci est
multicomposée est d’utiliser les données des isothermes mono- moins efficace lorsque la température augmente. Il est toujours inté-
composées. Longtemps, l’équation de Langmuir étendue a été la ressant d’effectuer l’opération d’adsorption à une température la
plus employée car elle fournit pour le composé i une expression plus basse possible, ce qui permet d’augmenter les capacités
analytique et explicite : d’adsorption. Des températures inférieures à 40 ˚C sont préconi-
sées.
q mi b i C ei
q ei = -------------------------------- (5)
1 + ∑ b j C ej
j
1.5 Capacités et énergies d’adsorption
D’autres modèles, tels que la théorie de la solution vacante ou la et de désorption
théorie de la solution adsorbée idéale (SAI), permettent d’obtenir
une bonne prédiction de l’adsorption de mélanges gazeux. On
pourra se reporter aux publications et ouvrages explicites sur ce Les capacités d’adsorption peuvent être déterminées à partir des
sujet donnant les logiciels de calcul notamment à [7]. courbes isothermes d’adsorption ou calculées à partir des courbes
de percée. Le tableau 6 présente quelques données.
Les énergies d’adsorption et de désorption sont déterminées par
1.4 Paramètres influant sur l’adsorption différentes méthodes calorimétriques [12] [13] [14]. À partir de ces
valeurs, il est possible via des bilans massiques et énergétiques de
déterminer les températures atteintes lors de la phase d’adsorption
1.4.1 Surface spécifique et diamètre des pores (§ 3.4.2) ou encore d’évaluer l’énergie à mettre en œuvre pour la
de l’adsorbant régénération (§ 5). Un ensemble de données est présenté dans le
tableau 4.

La capacité d’adsorption d’une molécule à éliminer est propor-


tionnelle à la surface spécifique de l’adsorbant. Plus la surface est
importante, plus grande sera la quantité de molécules adsorbées. Il 1.6 Cas spécifiques de l’hydrogène
convient d’utiliser un adsorbant majoritairement microporeux (dia-
mètre de pore < 2 nm) pour la plupart des applications en traitement
sulfuré
de l’air afin d’obtenir une bonne adsorption. En effet, d’un point de
vue purement mécanique, il faut que le diamètre du pore soit
supérieur à la taille de la molécule pour que celle-ci puisse diffuser L’hydrogène sulfuré, omniprésent dans les émissions odorantes,
rapidement dans le volume poreux et atteindre le site d’adsorption. peut être éliminé par adsorption physique avec une capacité
d’adsorption de l’ordre de 3 % en masse [15]. Ce processus se tra-
duit généralement par une oxydation par l’oxygène de l’air, catalysé
par les différentes matériaux utilisés comme le charbon actif, les
1.4.2 Structure et concentration du polluant zéolithes, les oxydes métalliques... À température ordinaire, on
obtient la formation de soufre élémentaire et d’eau suivant la
L’adsorption va être fortement influencée par les dimensions du réaction :
composé à piéger (surface, volume), mais aussi par les groupe-
ments fonctionnels de la molécule (alcools, aldéhydes, cétones, acides H2S + 1/2 O2 → 1/8 S8˚ + H2O

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Tableau 4 – Énergies moyennes d’adsorption à saturation et de désorption de solvants sur un charbon actif
microporeux à base de noix de coco obtenu par analyse thermique gravimétrique couplée à une analyse
calorimétrique différentielle à balayage
Énergie d’adsorption Énergie de désorption
Composé organique volatil int (kJ · mol−1)
– ∆H ads ∆Hdés (kJ · mol−1)

Acétaldéhyde ............................................................... 48,5 52,6


Acétate d’éthyle ........................................................... 61,2 70,4
Acétate d’isopropyle ................................................... 68,5 78,7
Acétone ........................................................................ 50,6 55,2
Butylamine ................................................................... 74,9 85,6
Chloroforme................................................................. 50,5 56,3
Cyclohexane ................................................................ 55,4 65,1
Dichlorométhane ......................................................... 48,6 53,2
Éthanol ......................................................................... 48,6 54,7
Éther isopropylique ..................................................... 62,2 70,5
Formaldéhyde............................................................. 42,3 49,3
Heptane ........................................................................ 72,9 70,4
Hexane ......................................................................... 61,4 78,7
Méthanol ...................................................................... 40,8 85,6
Méthyléthylcétone....................................................... 56,2 65,5
Méthyléthyldioxolane ................................................. 70,9 56,3
Méthylisobutylcétone ................................................. 67,6 68,5
Pentane ........................................................................ 57,9 73,2
Propanol ...................................................................... 50,0 60,1
Tétrachloroéthylène .................................................... 70,2 67,3
Toluène ........................................................................ 63,1 71,4
Trichloroéthylène ........................................................ 65,6 54,7
Triéthylamine............................................................... 81,9 70,5

H O H O H O H O
O2
H3C C C CH3 H 3C C C CH3 H 3C C C CH3 H 3C C + C CH3

H O OH O OH O OH

HO H O O O

O C C CH3 H3C C C CH3 + H2O

H 3C

H O
O2
H 3C C C CH3

O OH

O O O
O2
H 3C C C CH3 2 C CH3
H2O
OH

Figure 3 – Mécanisme probable d’oxydation de la méthyléthylcétone, d’après [17]

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Cette réaction d’oxydation favorise largement l’élimination de


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l’hydrogène sulfuré. Ainsi si l’on estime à 3 % la capacité d’adsorp- Tableau 5 – Gamme de valeurs de caractéristiques
tion de H2S, des taux d’élimination totale de 60 % pour des émis- de charbons actifs
sions gazeuses d’équarrissages et de plus de 90 % sur des évents de
stations d’épuration ont été obtenus du fait de la formation de soufre Paramètres Gamme de valeurs
natif.
Taille (mm) :
– poudres .......................................................... 0,1 à 0,5

1.7 Cas des cétones – grains, bâtonnets extrudés........................... 0,5 à 5


– fibres .............................................................. 0,01
Degré de vide ................................................... 0,3 à 0,5
Akubuiro et Wagner [16] [17] ont proposé un mécanisme probable
d’oxydation des cétones adsorbées sur charbon actif. Les cétones Masse volumique apparente (kg/m3) :
s’oxydent généralement pour former des hydroperoxydes, insta-
bles, se décomposant pour former des acides carboxyliques, des – noix de coco, houille..................................... 500 à 600
aldéhydes et des dicétones. Un exemple est présenté (figure 3) pour – bois, tourbe.................................................... 250 à 350
la méthyléthylcétone.
Masse volumique particulaire ............(kg/m3) 700 à 1 000
Ces réactions, du fait de la formation de sous produits d’oxyda-
tion non désorbables, provoquent une altération des capacités Diamètre des pores (nm) :
d’adsorption. Akubuiro [17] mesure des chaleurs de réaction de 310 – macropores.................................................... > 50
à 620 kJ · mol−1 pour les systèmes cétone/charbon actif. Le risque
d’inflammation du filtre de charbon actif est alors possible ((§ 4.2) et – mésopores ..................................................... 2 < d < 50
(§ 4.3)). – micropores..................................................... < 2
Volume poreux.....................................(cm3/g) 0,1 à 0,7
Surface poreuse (SBET) (m2/g) :
2. Adsorbants mis en œuvre – non activé ...................................................... 2 à 80
– activé .............................................................. 500 à 2 000

■ Charbons actifs Cendres...................................... (% massique) 3 à 10


Humidité .................................... (% massique) 3 à 30
L’adsorbant le plus utilisé en traitement d’air est certainement le
charbon actif que l’on utilise en grains, en bâtonnets extrudés ou,
plus récemment, sous la forme de tissus ou de feutres [9] [11].
Quelques caractéristiques physico-chimiques de charbons actifs L’alumine activée est produite par un traitement thermique à par-
sont présentées dans le tableau 5 [18] [19]. tir de la bauxite (Al2O3, 3 H2O). Sa surface est fortement polaire et a
un caractère acide et basique, du fait du caractère amphotère du
■ Zéolithes métal. Elle est habituellement utilisée comme desséchant, mais est
fortement concurrencée par les tamis moléculaires.
L’unité de base d’une structure zéolitique est le tétraèdre TO4,
dans lequel T est l’élément silicium (Si) ou aluminium (Al). La for- Des matériaux adsorbants commerciaux ayant une matrice orga-
mule générale est Mx/n[(AlO2)x(SiO2)y] · m H2O, où M est un cation nique macroréticulée sont aussi utilisables du fait de leur surface
échangeable. Les zéolithes les plus communes sont : spécifique de 700 à 1 400 m2/g et de diamètres de pores compris
entre 0,5 et 1,3 nm.
— de type A avec comme formule brute :
[Na12{Al12Si12O48} · 27 H2O]8 ;
— de type X et Y comme la faujasite :
(Na2, Ca, Mg)29{Al58Si134O384} · 240 H2O.
3. Adsorption et adsorbeurs
Les tétraèdres sont arrangés sous la forme d’octaèdres tronqués
dynamiques
(unité de sodalite ou cage β) ayant un diamètre d’environ 0,6 nm.
Les structures des zéolithes de type A, X et Y sont générées par un
La mise en œuvre d’un adsorbant s’effectue généralement sous la
assemblage de 4 ou 6 unités de sodalite pour former des cages de
forme de filtre c’est-à-dire d’un lit fixe garni de particules au travers
grands diamètres d’ouverture (cage α) et permettre la séquestration
desquelles circule l’air à traiter. L’approche cognitive et dimension-
de molécules [12]. Les zéolithes sont utilisées comme desséchant de
nelle de ce type de réacteur implique l’étude de l’écoulement du
l’air. Dans le cas d’émissions chargées en polluants, des zéolithes
fluide dans le garnissage et des transferts de masse et de chaleur.
désaluminées hydrophobes, dont le rapport Si/Al est important et
compris entre 100 et 1 000, sont alors mises en œuvre. Le diamètre
de cage est de 1,1 à 1,3 nm et leur ouverture est comprise entre 0,42
et 0,74 nm. 3.1 Écoulement. Pertes de charge
■ Quelques autres adsorbants dans un milieu poreux
Le silica gel est un acide silicique colloïdal partiellement dés-
hydraté de composition chimique SiO2, n H2O. Il possède des surfa- Lors de l’écoulement du fluide dans le milieu poreux la perte
ces spécifiques de 300 à 800 m2/g et des diamètres de pores de 2 à d’énergie se traduit par une différence de pression entre l’entrée et
14 nm. Il est largement utilisé pour la dessiccation de l’air. la sortie de l’adsorbeur. Cette perte de charge ∆P peut être calculée

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par des modèles classiques comme celui de Carman – Kozeny – 3.4 Modélisation des courbes de percée
Ergun (cités par [8] [20] [21]) :

∆P ( 1 – ε0 ) 2 ( 1 – ε0 )
------- = 4 ,17 ---------------------- S 2 µ U 0 + 0 ,29 ------------------- S ρ U 02 (6) Il existe dans la littérature de nombreux modèles disponibles
H ε 03 ε 03 pour décrire les courbes de percée. Deux modélisations sont pré-
sentées.
avec H hauteur de lit (m),
U0 vitesse dans l’adsorbeur supposé vide (m · s−1),
S surface spécifique volumique (m2 · m−3), 3.4.1 Temps de percée. Modèle d’Adams – Bohart
ε0 degré de vide dans le lit (sans dimension),
µ viscosité dynamique du fluide, L’équation (7) donne le temps de percée en fonction de paramè-
tres opératoires de l’adsorbeur [15] :
ρ masse volumique.

N0
t p = -------------- ( H – z 0 ) (7)
3.2 Courbes de percée C0 U0

avec tp temps de percée (h),


L’air à traiter traverse l’adsorbant et le polluant est éliminé par
transfert de la phase fluide dans le solide poreux. La portion de gar- C0 concentration initiale (mg · L−1),
nissage où se tient le transfert de matière est appelée zone de trans-
fert ou front d’adsorption. En fonction du temps, cette zone se U0 vitesse dans le réacteur supposé vide (m · h−1),
déplace dans l’adsorbeur pour atteindre la sortie du lit. En fin de
cycle, la concentration de sortie (C) est égale à celle de l’entrée (C0)
N0 capacité d’adsorption dynamique (mg · L−1),
et le lit est complètement saturé. L’ensemble du phénomène est
illustré par une courbe de percée (figure 4) [22].
H hauteur de garnissage (m),

z0 zone d’adsorption (m).


3.3 Capacités d’adsorption
Cette équation très simple permet de donner quelques règles
générales quant à l’influence de paramètres opératoires sur les
À partir des courbes de percée, des données de capacité temps de percée :
d’adsorption moyenne ont été déterminées pour du charbon actif
(tableau 6). — ce temps de percée est inversement proportionnel à la concen-
tration initiale ;

— la vitesse de passage du fluide : on utilise la vitesse U0 dans le


réacteur supposé vide, c’est-à-dire le rapport entre le débit volumi-
C0 C0 C0 C0 C0
que Qv et la surface A de l’adsorbeur (U0 = Qv/A). Plus cette vitesse
Temps est faible, meilleure est l’adsorption. Par contre, pour un débit
0
donné, il est intéressant de travailler avec des vitesses élevées afin
de minimiser le diamètre du lit. Des vitesses comprises entre 1 000
et 2 000 m · h−1 sont généralement admises ;

— la hauteur d’adsorbant : il est bien évident que la hauteur


d’adsorbant donne la durée de vie du système. On travaille très sou-
z
C /C 0 vent avec des hauteurs de lit comprises entre 2 et 3 m afin d’éviter
1 une trop forte perte de charge et un tassement ou une fluidisation
des grains d’adsorbants.

Zone de transfert
Les paramètres de l’équation, c’est-à-dire la capacité d’adsorption
dynamique (N0) et la hauteur de front ou zone de transfert (z0) sont
déterminées expérimentalement. Dans le cas d’applications indus-
trielles d’un tel modèle, N0 est de l’ordre de 90 % de la valeur de la
0,05 capacité d’adsorption définie en réacteur statique (§ 1.2) et z0 est de
0 quelques centimètres.
tp Temps

Zone saturée Zone d'adsorption


3.4.2 Modélisation des transferts de matière
tp temps de percée
et de chaleur

Figure 4 – Courbe de percée et principe de la saturation d’un filtre Le lecteur pourra se reporter aux références [23] [24].

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(0)

Tableau 6 – Adsorption de vapeur de différents solvants sur du charbon actif en système dynamique,
T = 20 ˚C, P = 1 atm [15]
Capacité maximale d’adsorption Capacité maximale d’adsorption
Composé Composé
(%) (%)
Acétaldéhyde .................................. 7 Diéthylcétone.................................. 30
Acide acétique ................................ 30 Dioxyde d’azote .............................. 10 (*)
Acétone ........................................... 15 Dioxyde de soufre .......................... 10
Acétylène ........................................ 2 Disulfure de carbone...................... 15
Acide acrylique ............................... 20 Éthanol ............................................ 21
Acétate d’amyle.............................. 34 Éther de butyle ............................... 20
Acétate de butyle............................ 28 Éther d’éthyle ................................. 15
Acétate d’éthyle.............................. 19 Éthylène .......................................... 3
Acétate de méthyle ........................ 16 Éthyl mercaptan ............................. 23
Acétate d’isopropyle ...................... 23 Eucalyptol ....................................... 20
Acide bromhydrique ...................... 12 Formaldéhyde ................................ négligeable
Acide butyrique .............................. 35 Heptane ........................................... 23
Acide caprylique............................. 35 Hexane ............................................ 16
Acide chlorhydrique....................... 12 Iode.................................................. 40
Acide fluorhydrique ....................... 10 Iodoforme ....................................... 30
Acide formique ............................... 7 Isopropanol..................................... 26
Acide iodhydrique .......................... 15 Méthanol ......................................... 10
Acide nitrique ................................. 20 Méthyléthylcétone ......................... 25 (*)
Acide palmitique ............................ 35 Méthylisobutylcétone .................... 30 (*)
Acide propionique.......................... 30 Méthyl mercaptan .......................... 20
Acide sulfurique ............................. 30 Naphtalène ..................................... 30
Acide valérique............................... 35 Nicotine ........................................... 25
Acryaldéhyde.................................. 15 Nitrobenzène .................................. 20
Alcool amylique.............................. 35 Nonane............................................ 25
Ammoniac....................................... négligeable Octane ............................................. 25
Benzène........................................... 24 Ozone .............................................. Décomposition (*)
Butane ............................................. 8 Pentane ........................................... 12
Butanol ............................................ 30 Phénol ............................................. 30
Butylène .......................................... 8 Propane ........................................... 5
Butyne ............................................. 8 Propylène ........................................ 5
Butaraldéhyde ................................ 21 Propyl mercaptan ........................... 25
Camphre.......................................... 20 Propyne ........................................... 5
Chlore .............................................. 15 Pyridine ........................................... 25
Chloroforme.................................... 40 Scatole ............................................ 25
Chlorure de butyle.......................... 25 Sulfure d’hydrogène ...................... 3 (*)
Chlorure d’éthyle............................ 12 Tétrachlorure de carbone .............. 45
Chlorure de méthylène .................. 25 Trioxyde de soufre, oléum ............ 10
Crésol .............................................. 30 Toluène ........................................... 29
Crotonaldéhyde .............................. 30 Xylène ............................................. 34
Décane............................................. 25
* Possibilités de réactions (oxydation ou hydrolyse)

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La mise en place de ce modèle prédictif s’appuie sur les équations − ∆HL enthalpie d’adsorption issue du modèle
suivantes : de Langmuir (J · mol−1),
— cinétique de transfert par une force motrice linéaire : T température,
∂q
------ = k g ( q e – q ) (8) ε degré de vide du lit,
∂t
ρg masse volumique de la phase gaz (kg · m−3),
7 ,38 × 10 – 8 U 0
avec ind  0
k g = -------------------------------------- exp ∆H ads ------------ – 1 ,694 × 10 – 4
,45
(9) ρlit masse de charbon actif par unité de volume du lit
d p2  RT  (kg · m−3).
— bilan matière sur le lit : Les conditions initiales appliquées sont :
∂C ∂C ∂q C(z, 0) = 0 q(z, 0) = 0 T(z, 0) = T0
ε ------ + U 0 ------ + ρ lit ------ = 0 (10)
∂t ∂z ∂t
∂C Les conditions aux limites s’écrivent :
avec ε ------ accumulation dans l’espace intergranulaire,
∂t C(0, t) = C0 T(0, t) = T0 ∂C ( H , t ) ⁄ ∂z = 0
∂C
U 0 ------ accumulation de matière dans le courant gazeux,
∂z La méthode de résolution numérique est basée sur une discré-
∂q tisation spatiale de ces équations permettant, à l’aide de la méthode
ρ lit ------ accumulation de matière dans le solide ; des différences finies, de se ramener à un système d’équations dif-
∂t férentielles ordinaires. Le système résultant est alors résolu par une
— bilan énergétique : méthode à pas multiples, utilisant un algorithme de différentiation
rétrograde.
T- + ρ ( C + qC ) ∂-----
U 0 ρ g C pg ∂-----
T ind ) ∂
- = ρ lit ( – ∆H ads
q 4h 0
------ – ---------- ( T – T 0 ) (11)
lit ps pa La capacité thermique de l’adsorbant et les énergies d’interaction
∂z ∂ t ∂ t D
adsorbant/adsorbat sont mesurées par calorimétrie différentielle à
avec balayage couplée à un analyseur thermogravimétrique (§ 1.5). Le
coefficient global h0 de transfert de chaleur gaz/milieu extérieur a
∂T été estimé à partir de l’évolution de la température lors du chauffage
U 0 ρ g C pg ------ flux d’énergie transporté par le du lit par un flux d’air chaud.
∂z courant,
Un exemple d’application de cette modélisation pour l’élimina-
∂T
ρ lit ( C ps + qC pa ) ------ flux d’accumulation d’énergie dans tion de toluène à forte concentration par un filtre pilote garni de
∂t l’adsorbant, grains de charbon actif est présenté sur la figure 5.

ρ lit ( – ∆H adsind ) ∂ q
------ flux de chaleur libéré par l’adsorption,
∂t
4h 0 1
---------- ( T – T 0 ) pertes de chaleur à la paroi ; C /C 0
D
— équilibres d’adsorption par la relation de Langmuir (§ 1.2) inté- 0,8
grant l’influence de la température :
0,6
– ∆H
q m b 0 exp  --------------L- C e
 RT 
0,4
q e = ---------------------------------------------------------- (12)
– ∆H
1 + b 0 exp  --------------L- C e
 RT  0,2

avec C concentration,
0
Cpa capacité thermique molaire de l’adsorbat 0 10 20 30 40 50 60
(J · mol−1 · K−1), Temps (min)
Cpg capacité thermique massique de la phase gaz 100
(J · kg−1 · K−1), ∆T (°C)
Cps capacité thermique massique de l’adsorbant 80
(J · kg−1 ·K−1),
D diamètre de la colonne (m), 60
R constante molaire des gaz,
U0 vitesse du fluide dans le réacteur supposé vide 40
(m · s−1),
dp diamètre de la particule (m), 20
q concentration dans le solide (mg · g−1),
qe concentration dans le solide à l’équilibre (mg · g−1), 0
0 10 20 30 40 50 60
h0 coefficient global de transfert de chaleur gaz/ Temps (min)
paroi (W ·m−2 · K−1), Cote de mesure dans le lit :
kg coefficient global de transfert (s−1), 4 cm 12 cm 20 cm
t temps (s), Modèle
z position dans la colonne (m),
Figure 5 – Comparaison expérience – modélisation pour l’adsorption
– ∆H ads
diff enthalpie différentielle d’adsorption (J · mol−1), de toluène sur un charbon actif microporeux (C0 = 99 g · m−3 ;
– ∆H ads
int enthalpie moyenne d’adsorption (J · mol−1), U0 = 500 m · h−1), d’après [23] [24]

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Cette approche a été étendue avec succès à des systèmes plus


(0)

complexes de traitement de l’air chargé par deux composés diffé- Tableau 7 – Caractéristiques de dimensionement
rents. En outre, la présence d’eau dans la porosité de l’adsorbant ou et de fonctionnement d’un filtre à charbon actif traitant
dans l’air à traiter peut être prise en compte par l’adjonction d’une de l’air chargé par un solvant chloré
équation complémentaire intégrant le transfert (adsorption et/ou
Données initiales :
désorption) de l’eau.
– débit à traiter .............................................. 5 500 à 7 500 m3 · h−1
– concentration initiale ................................. 3 000 mg · m−3

4. Mise en œuvre – température ................................................ 20 à 40 ˚C

des adsorbeurs – humidité relative ........................................ 50 à 70 %

Caractéristiques de l’adsorbeur :
– hauteur de lit .............................................. 1,9 m
4.1 Adsorbeurs – diamètre...................................................... 2,8 m
– surface de l’adsorbant ............................... 6,15 m2
– volume d’adsorbant................................... 11,67 m3
S’il existe quelques technologies utilisant des lits fluidisés ou des Paramètres opératoires :
lits circulants, la mise en œuvre des adsorbants est généralement
sous la forme de lits fixes garnis d’un adsorbant au travers desquels – vitesse de passage ..................................... 890 à 1 220 m · h−1
circule de manière ascendante le fluide à traiter. Le schéma de prin- – temps de séjour.......................................... 5,6 à 7,6 s
cipe est présenté sur la figure 6.
Adsorbant :
Afin d’illustrer le propos, un exemple de filtre adsorbant indus- – type d’adsorbant ........................................ Charbon actif
triel, utilisé en traitement d’air, est présenté sur la figure 7. microporeux
– taille des grains extrudés .......................... 3 mm
Les caractéristiques de dimensionnement et de fonctionnement
d’un exemple de filtre industriel utilisé pour l’élimination d’un sol- – surface spécifique ...................................... 1 100 m2 · g−1
vant chloré sont données dans le tableau 7. – masse d’adsorbant..................................... 5 000 kg

La procédure de fonctionnement comprend, pour un cycle de Adsorption :


fonctionnement, les étapes présentées sur la figure 8. – capacité d’adsorption choisie ................... 5 à 7 % (masse)
– durée d’adsorption (de cycle) ................... 2 h
Régénération :
– fluide caloporteur....................................... Vapeur

Sortie vers
– pression relative......................................... 0,5 bar
la cheminée – quantité de vapeur utilisée........................ 1 300 kg · h−1
– temps de désorption.................................. 1 h
– consommation de vapeur ......................... 3,7 à 5,2 kg · kg−1
solvant récupéré
– temps de séchage et de refroidissement.... 1 h environ

Fluide Condenseur
caloporteur
4.2 Données pratiques
Adsorbeur de dimensionnement
et de fonctionnement
Sortie
solvant
Décanteur Le dimensionnement d’un filtre adsorbant pour le traitement de
l’air s’effectue en fonction de trois principaux paramètres
indépendants : le débit d’air à traiter, la nature du polluant, la
concentration des composés à traiter.
Évent Dans ce paragraphe seront précisés quelques éléments de dimen-
sionnement pratiques, à savoir, la surface de filtration, la hauteur de
Entrée air à traiter couche du matériau adsorbant et enfin la puissance du compresseur
ou du ventilateur à mettre en œuvre.
Le débit volumique d’air à traiter Qv est fonction de la vitesse de
passage dans le fut vide U0 et la surface du filtre A soit :
Figure 6 – Schéma de principe d’un système d’adsorption-désorption
in situ par fluide caloporteur Qv = AU0 (13)

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Concentration Débit
initiale (C0) volumique (Qv )
Sortie air Entrée vapeur pour
traité la régénération
Calcul du flux massique
F = Q /C 0

Durée de cycle Quantité adsorbée (q)


choisie (t ) q = Ft

Adsorbant
Capacité d'adsorption Consommation d'adsorbant (CC )
N0 CC = N0q

Masse volumique
Volume de l'adsorbeur (V )
apparente de
V = CC /ρa
Plancher perforé l'adsorbant ( ρa )

Entrée air
à traité Surface du réacteur Hauteur de couche (H )
(A ) H = V /A

Figure 9 – Algorithme des séquences de calcul pour la détermination


Sortie vapeur de la hauteur de couche d’un adsorbeur, d’après [1]
et régénérat

Généralement, le temps de contact est compris entre 0,1 à 5 s. Il


est fonction de la concentration et de la vitesse d’adsorption du sol-
vant.
Figure 7 – Schéma d’un adsorbeur industriel utilisé
pour le traitement, par du charbon actif, d’air chargé d’un composé La deuxième possibilité de calcul de la hauteur de couche est de
volatil chloré définir la durée du cycle d’adsorption connaissant la capacité
d’adsorption du système en dynamique (§ 3.3). Les séquences de
calcul présentées sur la figure 9 peuvent être utilisées.

2 heures La puissance réelle du ventilateur ou du compresseur se calcule


par la formule suivante :

Adsorption Q v ρ air g∆h Q v ∆P


P u = ----------------------------- = --------------- (15)
r dt r dt
Refroidissement
Désorption Attente avec Pu puissance théorique électrique (W),
Séchage

Qv débit volumique (m3 · s−1),


Figure 8 – Procédure des cycles d’adsorption-désorption
rdt rendement mécanique – électrique (0,3 à 0,5),

Le choix dépend à la fois de la nature du polluant et de sa concen- g accélération de la pesanteur (g = 9,81 m · s−2),
tration en entrée et en sortie de l’adsorbeur. De façon générale, on
ρair masse volumique de l’air à la pression et à la
peut prendre une vitesse U0 de 500 à 600 m · h−1 soit 0,140 à
température donnée (kg · m−3),
0,170 m · s−1. Dans le cas de composés très bien adsorbés, des
vitesses de 1 000 à 2 000 m · h−1 (0,28 à 0,56 m · s−1) peuvent être ∆h perte de charge dans le système (m d’air),
retenues.
∆P perte de charge (Pa).
La hauteur d’adsorbant dans le réacteur est définie à partir de
l’appréciation soit du temps de séjour, soit de la capacité d’adsorp- Le paramètre important à calculer est la perte de charge globale
tion liée à la durée de cycle. La nature, la concentration et la vitesse du circuit. Elle peut être fractionnée en plusieurs parties :
de passage U0 vont imposer un temps de contact moyen θ de l’air
dans le réacteur supposé vide comme précédemment : — la perte de charge due au lit granulaire calculée par la formule
de Carman Kozeny Ergun définie précédemment (§ 3.1) ;
V H — la perte de charge de friction due à l’écoulement dans la
θ = ------- = ------- (14)
Qv U0 tuyauterie ;
— les pertes de charge singulières dues aux organes déprimogè-
avec θ temps de séjour (s), nes (venturi, diaphragme...), aux coudes, vannes...
V volume de l’adsorbeur supposé vide (m3), Ces calculs sont aisément effectués en utilisant les abaques ou les
Qv débit volumique (m3 · s−1), formulaires donnés dans les livres de référence [8] [25]. Les pertes
de charge étant additives, ∆h est la somme de ces trois valeurs
H hauteur de garnissage (m). reprenant le circuit complet de l’air dans l’installation.

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4.3 Sécurité et sûreté du procédé apport de chaleur. Différentes voies sont envisageables soit en utili-
sant une source de chaleur externe et un fluide caloporteur, soit par
chauffage intrinsèque de l’adsorbant. Cependant, quelle que soit la
Les adsorbeurs sont généralement des procédés sûrs. Cependant technologie utilisée, le système comprend toujours un ensemble
quelques points particuliers sont à souligner pour éviter des inci- d’opérations comme cela a été montré sur la figure 6.
dents, voire des accidents lors du fonctionnement de filtres à char-
bon actif.
Lors de l’utilisation de charbons actifs, composés réducteur, il 5.2.1 Utilisation d’un fluide caloporteur
n’est pas envisageable d’adsorber des oxydants sous peine d’une
réaction intense d’oxydo-réduction avec un important dégagement
de chaleur pouvant entraîner des dégâts sur le filtre. 5.2.1.1 Utilisation de vapeur d’eau
De même lors de traitement d’air chargé par de fortes concentra- La régénération à la vapeur d’eau est la solution la plus couram-
tions de solvants, la réaction exothermique d’adsorption conduit à ment utilisée dans le cas du traitement des solvants. Elle consiste à
des augmentations locales de température pouvant enflammer le faire passer de la vapeur surchauffée entre 105 et 140 ˚C au travers
lit. Cela est particulièrement vrai lors de l’adsorption de cétones du garnissage puis à condenser l’ensemble et à séparer l’eau et le
donnant sur le charbon des peroxydes qui en se dégradant libèrent solvant qui doivent être bien sûr immiscibles. L’adsorbeur est
de fortes quantités de chaleur ((§ 1.7) et (§ 3.4.2)). Il convient cepen- ensuite refroidi et séché avant réutilisation (figures 6 et 8). La
dant de noter que ces accidents se produisent en présence d’air, consommation de vapeur est comprise entre 3 et 14 kg · kg−1 de
c’est-à-dire en excès d’oxygène, pour des concentrations d’environ COV récupéré.
100 g · Nm−3 pour les cétones et des taux supérieurs à 200 g · Nm−3
pour les solvants combustibles. En cas d’accident, le lit doit être Le tableau 8 donne des exemples de consommation pour diver-
aspergé d’eau ou même noyé. ses variétés de charbon actif. En se référant à des exemples indus-
triels, on obtient une consommation moyenne de 3,5 à 5 kg · kg−1 de
solvant récupéré [15].

5. Régénération des charbons Il est possible de récupérer de la chaleur pour améliorer le bilan
thermique global de l’installation. Si elle est facile à mettre en
actifs œuvre sur un site possédant un circuit vapeur, cette régénération
par la vapeur d’eau peut présenter quelques difficultés :
— son utilisation ne peut s’effectuer que pour des fluides immis-
La régénération des adsorbants est une opération économique- cibles. Dans ce cas, la séparation peut cependant être parfois com-
ment intéressante, mais ne peut s’appliquer qu’à certains polluants plexe du fait de formation d’azéotropes avec l’eau ;
volatils. Elle s’effectue soit chez le producteur d’adsorbant, soit in
situ lorsque l’on traite de l’air chargé par des composés organiques — il est souvent nécessaire de traiter l’eau de condensation qui
volatils que l’on veut récupérer et recycler. solubilise toujours un peu de solvant ;
— une décomposition des solvants chlorés est possible impli-
quant quelques problèmes de corrosion et de solubilisation dans
l’eau. Il convient aussi de se méfier d’une possible polymérisation
5.1 Réactivation des charbons actifs avec certains solvants comme le styrène.

La méthode la plus simple de régénération consiste à réactiver les 5.2.1.2 Utilisation d’un gaz chaud
matériaux saturés dans un four statique ou un four tournant chez le
producteur de charbons actifs. L’opération est réalisée à des tempé- La régénération par un gaz chaud (air ou gaz inerte) permet d’évi-
ratures comprises entre 900 et 1 200 ˚C en présence d’un oxydant du ter les problèmes d’hydrolyse. Les séquences d’opérations unitaires
type vapeur d’eau ou CO2. Ce type de réactivation s’applique à des sont identiques aux précédentes : système de chauffage du filtre,
charbons actifs saturés par des composés organiques. Les polluants condenseur, récupérateur. Du fait de la faible capacité thermique
sont désorbés et dégradés en CO2 et H2O. Si des composés miné- des gaz (1 kJ · kg−1 · K−1 pour l’air ou le diazote), cette approche
raux sont présents dans l’adsorbant, ils se retrouveront sous la nécessite la mise en œuvre d’un volume important de gaz de
forme d’oxydes qui risquent de boucher l’accès à la porosité. La balayage et implique une dilution du désorbat dans le gaz vecteur
réactivation donne une perte de charbon estimée entre 5 et 20 % (figure 6).
[15].
Ce type de régénération est utilisé dans le cas du traitement
d’émission gazeuse de cabine de peinture. Un cylindre tournant
(2 tr · h−1) rempli de zéolithes hydrophobes permet de capter les sol-
5.2 Régénération thermique in situ vants sur les 3/4 environ de son volume. 1/8 est en phase de régéné-
ration par un gaz chaud (concentration × 10), l’autre 1/8 est en phase
de refroidissement avant de rentrer dans la zone d’adsorption. Les
La réaction d’adsorption étant exothermique, la régénération in solvants récupérés sont généralement envoyés dans un incinéra-
situ des matériaux poreux préalablement saturés peut se faire par teur, le rotor servant alors de concentrateur.
(0)

Tableau 8 – Exemples de consommation de vapeur pour la régénération de solvants adsorbés (kg vapeur d’eau par
kg de solvant récupéré) [1]
Charbon actif Tétrachlorure de carbone Perchloroéthylène Trichloroéthylène Toluène Chlorobenzène
Noix de coco ....................... 3,5 7,3 4,8 9,8 7,6
Extrudé de tourbe............... 6,3 7,0 8,7 12,8 13,9
Extrudé de bois................... 3,4 3,1 4,1 6,0 5,5

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5.2.2 Régénération à pression réduite


(0)

Tableau 9 – Quelques paramètres de fonctionnement


d’une unité semi-industrielle d’adsorption-désorption
Une régénération, qui pourrait être qualifiée de douce, consiste à par effet joule pour le traitement d’un effluent gazeux
mettre le filtre en dépression. Cette réduction de pression va chargé par un mélange d’éthanol et d’acétate d’éthyle
déplacer les équilibres solvant – solide et permettre de récupérer les
polluants désorbés après condensation dans un piège à froid ou un Phase Phase
Paramètre
piège cryogénique à azote liquide. L’opération peut être accélérée d’adsorption de désorption
par un léger chauffage du matériau de l’ordre de 40 à 50 ˚C. Cette Vitesse................................. (m · h−1) 500 2
technologie ne s’applique qu’à des composés organiques très volatils
Temps de séjour .......................... (s) 9 270
et/ou très peu retenus sur le matériau poreux, c’est-à-dire lorsque
l’énergie de désorption est faible (§ 1.5). Concentration d’entrée ...... (g · m−3) 1,5 –
Concentration de sortie .. (mg · m−3) < 20 80 000
Exemple : il est donné par la désorption de charbon actif chargé en Température de désorption .......(˚C) – 150
hydrocarbures légers du type vapeur d’essence. Une application est le
traitement des évents gazeux lors des remplissages des camions de Température du piège à froid ....(˚C) – − 40
livraison dans les dépôts d’essence qui sont envoyés sur une colonne
de grains de charbon actif ou sur un réacteur garni de tissu de carbone
activé. Après saturation de l’adsorbant, le réacteur est mis sous une Un calcul économique du fonctionnement d’une telle unité, basé
pression réduite comprise entre 200 et 500 mm de mercure. Les sur les bilans massiques et thermiques, donne un prix de revient du
vapeurs sont récupérées dans un absorbeur alimenté par de l’essence solvant récupéré du même ordre de grandeur que ceux trouvés
liquide. pour la régénération vapeur.

5.2.3.2 Régénération par infrarouge


5.2.3 Chauffage intrinsèque du matériau Une autre technique possible pour désorber les polluants saturant
des adsorbants est de chauffer ces derniers directement par infra-
rouge. Cette technique a été utilisée avec succès sur des zéolithes
L’utilisation d’un chauffage direct de l’adsorbant doit permettre un hydrophobes saturées en composés organiques volatils tels que des
bilan énergétique meilleur et un facteur de concentration supérieur. solvants de peinture. Dans le même type d’application, on trouve le
chauffage de tissus de carbone activé.
Le concept repose sur la production de chaleur nécessaire à la
désorption au cœur du garnissage poreux saturé.
5.2.3.3 Chauffage par induction électromagnétique
L’induction électromagnétique [28] [29] permet un échauffement
5.2.3.1 Chauffage par effet joule intrinsèque de l’adsorbant sans contact électrique avec celui-ci. La
production de chaleur est provoquée par des courants de Foucault
Le lecteur pourra se reporter aux références [26] [27]. induits par un champ magnétique alternatif traversant ce corps.
Le procédé consiste à placer une colonne d’adsorption, chargée
Le matériau est utilisé comme une résistance électrique et est de charbon actif à base de noix de coco, dans un solénoïde, c’est-à-
chauffé par un courant électrique alternatif, ce qui implique une dire un tube métallique en spirale. Lorsque le filtre (diamètre
intensité dans l’adsorbant et donc un chauffage par effet joule. Ce 1,20 m) est saturé, on applique sur cet enroulement un courant
haute fréquence (> 1 kHz) qui génère un champ magnétique et des
type de régénération s’applique particulièrement bien aux tissus et
courants de Foucault qui vont chauffer les grains de charbon actif
aux feutres de carbone activé ou aux graphites poreux expansés entre 100 et 200 ˚C. Lorsque les COV sont désorbés et condensés
présentés sous la forme de monolithe. Après saturation, le filtre est dans un piège à froid, il est alors possible de les récupérer ou de les
chauffé par effet joule et le désorbat, poussé par un fluide inerte du incinérer si ce système de destruction est choisi.
type diazote, est envoyé dans un piège à froid. Les solvants sont
alors condensés et peuvent être récupérés pour être éventuellement 5.2.3.4 Désorption par chauffage par des micro-ondes
recyclés. Les micro-ondes sont aussi utilisables pour chauffer des adsor-
bants. Il faut mettre en œuvre un générateur haute fréquence et un
Une unité semi-industrielle utilisant des tissus de carbone activé guide d’ondes pour focaliser le faisceau sur le matériau à chauffer.
a été développée pour l’adsorption et la désorption d’émissions Cette technologie est utilisable pour des colonnes garnies de grains
gazeuses chargées en éthanol et en acétate d’éthyle. Le tableau 9 de charbon actif, mais aussi pour des présentations plus récentes
regroupe des paramètres de fonctionnement de l’unité. comme les tissus ou les feutres de carbone activé.

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Environnement G 1 770 − 13

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