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Lapurdum

Euskal ikerketen aldizkaria | Revue d'études basques |


Revista de estudios vascos | Basque studies review 

6 | 2001
Numéro VI
Aurélie Arcocha-Scarcia (dir.)

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/lapurdum/1127
DOI : 10.4000/lapurdum.1127
ISSN : 1965-0655

Éditeur
IKER

Édition imprimée
Date de publication : 1 octobre 2001
ISBN : 2-84127-156-0
ISSN : 1273-3830
 

Référence électronique
Aurélie Arcocha-Scarcia (dir.), Lapurdum, 6 | 2001, « Numéro VI » [Linean], Sarean emana----an 01 juin
2009, kontsultatu 01 mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/lapurdum/1127 ; DOI:10.4000/
lapurdum.1127

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Propriété intellectuelle IKER UMR 5478


1

Articles - Idazlanak

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2

Pour une critique contextuelle des


« petites littératures » Bernardo
Atxaga : l'invention de l'écrivain
basque
Ur Apalategi

1 S'arrachant peu à peu à « l'emprise originelle des instances politiques et nationales


qu'elle a contribué à instituer et à légitimer »1, la littérature, considérée comme champ
sociologique transnational, tente continuellement de faire oublier cette paternité
encombrante (la nation est une création littéraire) qui la leste et la diminue autant,
sinon davantage, qu'elle la glorifie. Pourtant, le processus d'autonomisation de la
littérature se réalise paradoxalement nation par nation. « La conquête de la liberté de
l'ensemble de l'espace littéraire mondial s'accomplit donc à travers l'autonomisation
de chaque champ littéraire national : les luttes et leurs enjeux se délivrent des
impositions politiques pour ne plus obéir qu'à la seule loi spécifique de la littérature » 2.
Autrement dit, la dénationalisation (l'universalisation) de la littérature a partie liée
avec la constitution d'un espace national. Ceci explique sans doute l'horreur de l'extra-
littéraire, a fortiori dans les littératures des nations fragiles ou sans Etat, encore
ombilicalement rattachées à leur raison d'être première, la raison nationale.
2 La littérature basque fait partie de ces éternels aspirants à l'autonomie vis-à-vis du
champ politique national. De ce fait, elle partage avec les autres aspirants une même
angoisse existentielle. Sans doute pourrait-on thematiser cette « angoisse » de la façon
suivante : la pratique de la littérature littéraire repose matériellement sur la pérennité de
la langue nationale ; or, la survie de la langue dépend de celle de la nation (et, plus
concrètement, de la mise en place d'institutions étatiques telles que le système
éducatif, producteur du lectorat) ; par conséquent, les écrivains aspirant à l'autonomie
de leur art doivent d'abord se battre pour la survie de la nation, ce qui est, on s'en
doute, en totale contradiction avec leur souhait initial d'autonomisation littéraire. C'est
dire la difficulté d'une critique littéraire contextuelle appliquée à ces petites traditions
littéraires extrêmement soucieuses d'assurer leur faible autonomie acquise à dures

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peines et sans cesse remise en question. En effet, toute entreprise critique de ce type
risque à tout moment de dévoiler la vérité à peine cachée de l'hétéronomie plus ou
moins grande dans laquelle vit l'institution littéraire. Les représentations de la
littérature que les écrivains des nations du « tiers-monde littéraire » essaient de
propager dans la société – et par l'entremise desquelles ils font un travail
d'autosuggestion destiné avant-tout à eux-mêmes – résistent mal au regard contextuel.
Mais c'est précisément la fragilité de telles institutions sociales, l'issue incertaine du
combat qu'elles livrent qui en rend l'étude précieuse.
 
Un acteur de la vie littéraire basque
3 Bernardo Atxaga (de son vrai nom, Joseba Irazu Garmendia) est né en 1951 à Asteasu,
petit village de moyenne montagne de la province de Guipuzcoa, au Pays Basque
d'Espagne. A l'époque où il commence à publier ses premiers écrits en euskara (1972), le
régime franquiste en place interdit toute manifestation culturelle en langue basque. La
prudence impose à beaucoup d'écrivains espagnols (non seulement basques) le choix
d'un pseudonyme pour pouvoir publier leurs œuvres. Au milieu de l'effervescence
idéologique qui s'étend à tous les secteurs de l'opposition au régime, la « littérature
sociale » ou « engagée » vit ses heures de gloire. Mais, déjà, de nouvelles générations
d'auteurs ayant eu accès à la « bibliothèque universelle » et s'en étant nourris viennent
frapper à la porte. Des courants et des groupes littéraires se forment qui entendent
délivrer la littérature de son asservissement militariste. Parmi ces derniers on trouve,
au Pays Basque, le groupe Pott dont Atxaga est précisément l'un des fondateurs. Atxaga
fait volontairement dérailler le train de la littérature basque de la voie toute tracée du
réalisme ou de l'allégorie politique en y introduisant le surréalisme, l'oulipisme et
autres courants avant-gardistes. Puis, délaissant la stratégie élitiste mise en œuvre
jusque-là (à coup de manifestes et d'œuvres hermétiques), Atxaga se tourne au cours
des années 80 vers la littérature pour enfants (seul véritable marché littéraire
bascophone grâce à l'introduction de la langue basque dans le système éducatif de la
Communauté Autonome Basque), genre moins prestigieux mais lui permettant de se
professionnaliser. Atxaga conçoit la professionnalisation comme le meilleur moyen
d'affirmer l'autonomie de l'activité littéraire face à l'omniprésence du discours
politique (toutes tendances confondues) qui se constitue autour de ce que l'on nomme
déjà « le problème basque ». Le destin littéraire d'Atxaga se voit bouleversé par
l'attribution du Prix National de Littérature d'Espagne (1989) à son œuvre Obabakoak
(rédigée en langue basque et traduite pour l'occasion) et la consécration internationale
qui s'ensuit (l'œuvre sera traduite dans plus de vingt langues). La littérature basque
tient en lui son premier auteur universel et en voit sa légitimité renforcée au sein de
l'espace social basque. Les années qui suivent ce changement de statut spectaculaire
verront la reconfiguration totale de la problématique littéraire de l'auteur,
reconfiguration s'accompagnant d'une réorientation stylistico-thématique parallèle.
4 On se propose ici de travailler à une interprétation de la problématique existentielle du
personnage-type du corpus atxaguien (postérieur à cette date charnière) qui tienne
compte de la modification contextuelle de la situation d'énonciation dans laquelle de
trouve l'auteur. A cet effet, la production littéraire de l'auteur sera considérée comme
l'objet d'un discours polyphonique (celui de l'auteur, celui des divers récepteurs –
journalistes, critiques –, le nôtre) dont l'enjeu est bien d'en fixer le sens.

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Problématique de l'auteur dénationalisé
5 Le personnage atxaguien récurrent du corpus des années 90, développant une
philosophie personnelle imprégnée d'individualisme, a préféré la solitude (idéologique
et relationnelle) à l'embrigadement3. Il se situe dans un entre-deux spatial (d'un côté
Barcelone, ou d'autres endroits de la géographie espagnole pouvant symboliser le
marché littéraire espagnol et/ou international, et de l'autre la littérature basque, tour à
tour et métonymiquement symbolisée par Bilbao, Irurzun, Asteasu ou le village
imaginaire d'Obaba). Les rapports qui unissent le personnage à chacune des deux
parcelles de cet espace sont d'ordres divers mais ont pour trait commun leur caractère
ambigu, ambivalent et insuffisant. En effet, le personnage finit toujours par refuser sa
fidélité à quelque parcelle de l'espace que ce soit. L'affirmation de son individualité
souveraine mais douloureuse l'emporte sur une fidélité spatiale liée à un sens collectif
et à une protection communautaire. Souffrance et stratégie s'associent dans la
tentative permanente du personnage d'échapper à l'obligation de choisir entre les deux
camps sans en pâtir les graves conséquences (l'ostracisme et la mort) qui lui sont
promises.
6 Il s'agit maintenant de mettre en relation cette problématique avec la situation
positionnelle dans laquelle Atxaga évolue. La spécificité absolue de la position de
l'écrivain résulte de sa double inscription simultanée dans des champs sociologiques
concurrents. Il aurait pu laisser le soin à un traducteur professionnel de traduire son
œuvre en espagnol, ce qui aurait fait de lui un auteur s'inscrivant exclusivement dans
le champ littéraire basque et bénéficiant d'une traduction à titre d'auteur « étranger ».
Au lieu de cela, il a préféré prendre en charge la traduction de sa propre œuvre, ce qui
fait de lui un auteur de plein droit du champ littéraire espagnol 4. La double inscription
sociologique d'Atxaga n'est pas sans conséquences sur le travail d'interprétation de ses
œuvres. On peut considérer qu'à partir du roman L'Homme seul l'auteur semble avoir
pris définitivement conscience qu'il s'adresse simultanément à deux publics aux
caractéristiques opposées. L'assurance qu'il a acquise de voir dorénavant chacune de
ses créations traduites et publiée par les maisons d'édition espagnoles modifie
radicalement sa proprioception positionnelle antérieure de simple auteur basque. Le
découpage symbolique dichotomique de l'espace (Barcelone/Pays Basque) et la
situation topologique intermédiaire et ambiguë du personnage central, caractéristiques
de la problématique bi-culturelle qui est celle de l'auteur s'inscrivant dans deux
champs littéraires concurrents, contraste nettement avec l'unicité de l'espace et la
situation dominante du personnage central dans une œuvre telle que Mémoires d'une
vache, écrite à une époque ( 1990) où l'auteur se perçoit encore comme appartenant
exclusivement au domaine littéraire basque. La suppression de l'adjectif « basque » (le
titre de la version originelle basque de l'œuvre est « Mémoires d'une vache basque »)
lors de la traduction tend à prouver que le livre fut conçu pour un destinataire basque
et que l'écrivain a jugé préférable, devant la perspective de le publier en espagnol (puis
en français et en d'autres langues5), d'éviter des lectures réductrices de l'œuvre et de
favoriser le processus d'identification du lecteur espagnol, puis international, au
personnage principal.
7 A partir de la prise de conscience par l'écrivain de sa double inscription sociologique,
on peut considérer que les conditions de l'énonciation littéraire ont changé. La

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modification de la nature de l'un des trois termes formant le triangle énonciatif mis en
lumière par la pragmatique (destinateur/œuvre/destinataire) provoque une altération
sensible de l'essence même de la communication littéraire. Chacun des motifs d'une
œuvre s'adresse consciemment à deux lectorats aux caractéristiques opposées. L'auteur
sait que chacune des lignes qu'il rédige sera ensuite « traduite » par lui-même et
parviendra à un second lectorat6 ayant des caractéristiques opposées à celles du
premier et « recevant » le texte avec un « horizon d'attente » formé par un héritage
intertextuel radicalement différent. Il est loisible de penser que chaque motif inséré
par l'auteur dans la trame de son œuvre est chargé non pas d'une intentionnalité
unique (comme dans le cas des œuvres écrites pour un seul lectorat homogène) mais
d'une intentionnalité double ou multiple découlant de la prise en compte au moment
créateur de la présence d'un destinataire double ou multiple. C'est ce que nous
nommons la pluri-intentionnalité du motif littéraire. Cela entraîne une interprétation
double et réversible qui peut s'appliquer au passage de la nouvelle Reflexiones un tanto
francesas dans lequel le narrateur-écrivain dénonce la conception nationalitaire de la
littérature qui prédomine dans la plupart des pays :
[...] dans la plupart des pays du monde le Ministère de l'Éducation conçoit la
littérature comme littérature « nationale », et oblige des millions d'écoliers à
étudier une histoire de la littérature qui est toujours celle de l'Espagne et seulement
celle de l'Espagne, ou celle de la France et seulement celle de la France, en réduisant
au silence les cours où l'on enseignait l'Histoire de la Littérature Universelle. 7
8 Si la remarque s'applique au monde littéraire espagnol ou au marché international –
dans lesquels le produit Atxaga a été vendu sous l'étiquette « nouvelle Espagne,
exotisme rural basque » – ne doutons pas qu'elle s'applique également (dans l'esprit et
l'intention de l'auteur) au monde littéraire basque auquel l'auteur reproche le même
travers. Les acteurs de la vie littéraire basque commencent à comprendre, au moment
de la publication du texte, que celui par qui le reclassement est arrivé mène en quelque
sorte une double vie et risque par cette attitude de réduire à néant le gain symbolique
collectif que sa consécration individuelle a supposé pour eux-mêmes. Le ressentiment
et la jalousie s'installent au cœur de la relation qui unit Atxaga à son domaine littéraire
originel. L'auteur déclare à plusieurs reprises, et dans divers médias, qu'il refuse de
devenir un « écrivain national »8, qu'il ne se sent pas disposé à sacrifier son parcours
individuel au profit d'une littérature basque ayant grandement besoin du capital
symbolique que représente désormais l'écrivain internationalement consacré qu'il est
devenu. Cette réticence d'Atxaga n'est pas sans rappeler celle du militant à la retraite
Carlos – « homme seul » – qui prend le soin de spécifier, au cours d'un entretien avec
Jone – le membre féminin du couple d'activistes qu'il héberge dans la cave de sa
boulangerie –, que sa décision est ponctuelle et qu'elle ne signifie en aucune façon qu'il
continue à se sentir membre de l'organisation clandestine :
« Actuellement, je vous cache, d'accord, parce que, quand on me l'a demandé, il m'a
semblé que je devais le faire. Mais ce n'est pas une décision qui vaut pour l'éternité.
Il se peut que la prochaine fois je refuse. Il faut que vous vous mettiez ça dans la
tête. Moi, je ne fais pas partie de l'organisation »9
9 Atxaga refuse de se sentir lié de manière exclusive au domaine littéraire basque en
vertu d'un supposé contrat moral tacite et on lui en tient rigueur. Il devine que la
relation que l'organisation – la littérature basque – entend soudainement approfondir
avec lui est intéressée. Le monde littéraire basque compte profiter de la position
acquise par lui sur le marché espagnol afin d'assurer et de consolider son propre
reclassement à l'intérieur de l'espace social basque. Carlos impute à l'activiste Jone un

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raisonnement qui rend bien compte de la nature intéressée de la sollicitude dont il fait
l'objet de la part de l'organisation :
« Il s'en faut de très peu pour que cet homme ne revienne dans l'organisation, et
c'est pourquoi il a accepté de nous cacher, Jon et moi. Et ce serait pour nous une
aubaine s'il arrivait à faire le pas, parce qu'il dispose de la meilleure cachette du
monde, un hôtel situé à quelques kilomètres de Barcelone dans un endroit
pratiquement désert. Un succès magnifique qui résoudrait beaucoup de problèmes
d'infrastructure ».10
 
Entre engagement et compromission
10 L'auteur s'interroge, tout au long de la décennie, sur la nature du lien qui l'unit malgré
tout à la littérature basque. Carlos perçoit la mission d'hébergement qu'il doit mener à
bien comme une épreuve libératrice après laquelle sa conscience ne lui posera plus de
problèmes et il pourra s'intégrer pleinement à une vie barcelonaise nouvelle (il projette
d'apprendre le catalan et de se défaire de sa personnalité actuelle, conditionnée par son
appartenance passée à l'organisation). Autrement dit, Atxaga nourrit le secret espoir
que s'il arrive à régler une fois pour toutes le problème de sa prétendue dette envers la
littérature basque, il pourra s'intégrer pleinement à la vie littéraire espagnole ou
internationale (symbolisée par Barcelone)11.
11 L'intrusion inespérée d'un tiers élément dans le rapport sadomasochiste qui unissait
l'auteur autonomisant à une petite tradition littéraire dominée par une conception
engagée de la littérature provoque inévitablement la jalousie collective à l'égard d'un
auteur désormais accusé par certains de ses confrères de s'être laissé séduire par
l'« autre ». Dans le quotidien Egunkaria, la journaliste Ines Intxausti commentant une
intervention récente de l'auteur à la télévision basque destinée aux hispanophones 12
souligne l'aisance de l'auteur conscient de s'adresser à l'ensemble de la population du
Pays Basque (bascophones et non-basccophones confondus), et compare cette aisance à
la tension qui se lit sur son visage chaque fois qu'il s'adresse à la seule communauté
bascophone :
[...] il ne semblait pas qu'il fût aussi mal à l'aise que le jour où il répondit aux
questions de J. Garzia et de H. Etxeberria [sur le canal bascophone]. Et le problème
ne résidait nullement [...] dans l'identité des ces deux présentateurs, mais dans la
présence de cette audience basque qu'une relation d'amour – désir – haine unit à B.
Atxaga. [...] Enfin, il allait être écouté [sur le canal hispanophone] par ceux auxquels
il désirait s'adresser. Et non par les jaloux de toujours qui ne pouvaient s'empêcher
d'éprouver du ressentiment [...].13
12 Des propos plus récents de l'écrivain Pako Aristi traduisent le désenchantement d'une
littérature basque qui se voit progressivement délaissée par l'artisan majeur de son
reclassement sociologique. L'article commente la parution du recueil Horas extras
(Madrid, Alianza, 1997) qui n'a été écrit que dans sa version castillane. Aristi s'y déclare
surpris par la manière dont Atxaga décrit le Pays Basque, manière qu'il qualifie de
froide et plus propre de quelqu'un qui est de passage que de quelqu'un qui y habite et
qui sent les choses qui s'y déroulent. Constatant que le livre a été conçu pour le lectorat
espagnol dans son ensemble, il déplore le fait qu'Atxaga ne fasse pas grand cas de la
présence au Pays Basque (où le livre sera lu par les deux communautés qui coexistent
difficilement) d'une communauté bascophone qui est porteuse d'une vision différente
de la réalité et qui souffre habituellement d'un lourd silence médiatique dans les
médias hispanophones. Selon Aristi, les hispanophones du Pays Basque ne montrent

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aucun intérêt pour ce qui est produit en langue basque, mis à part pour ce qui touche à
B. Atxaga. La déception n'en est que plus grande :
13 Je pense qu'il est actuellement le seul pont interculturel au Pays Basque, et c'est
pourquoi son conformisme m'est douloureux : au lieu d'aider les hispanophones à
découvrir une autre réalité, il les confirme dans leurs opinions antérieures [...]. Je ne
sais si cela en est la cause, mais il me semble que les écrits, idées ou propositions de B.
Atxaga ne sont plus tellement commentées au sein de la communauté bascophone, ces
derniers temps14
14 Il n'est pas difficile d'établir une chronologie sommaire mais éclairante de ce processus
d'éloignement : Obabakoak (1989) fut rédigée en langue basque, puis expressément
traduite par l'auteur, assisté dans cette tâche par d'autres écrivains-traducteurs, à
seule fin de la présenter au Prix National de Littérature d'Espagne ; Mémoires d'une vache
(1991), fut écrite d'abord pour un destinataire bascophone, ce que les plaintes
postérieures de l'auteur concernant l'accueil frileux réservé à l'œuvre par le lectorat
basque prouvent sans peine ; en 1993, Atxaga publie le roman L'Homme seul dont il écrit
simultanément les deux versions ; en 1996, pour l'œuvre Un Homme nommé Sara, fait
jusque-là inédit, la publication de la version en castillan précède la publication de la
version en langue basque ; enfin, en 1997, Atxaga publie le recueil de nouvelles Horas
extras qui est manifestement destiné, comme Aristi le souligne (voir supra), au lectorat
hispanophone du Pays Basque ou du reste de l'Espagne. En réalité, Atxaga est à la
recherche d'une motivation réelle pour continuer à écrire en langue basque :
Ce serait formidable de trouver un filon, c'est-à-dire de trouver une raison
solidement fondée qui justifierait que l'on continue à écrire en basque. 15
15 Comment apprécier, après avoir connu la douceur du « statut d'écrivain hispanique
traduit dans le monde entier », l'étroitesse et l'inconfort d'une littérature basque
incomplètement structurée et dont l'autonomie sera toujours fragile tant que l'assise
sociolinguistique de la langue basque ne sera pas stabilisée ?
16 Toutefois, il faut se garder de conclure que l'écrivain trouve dans la position qu'il lui
échoit d'occuper au sein du paysage littéraire espagnol ce à quoi il aspirait réellement.
Dans la nouvelle Reflexiones un tanto francesas, l'auteur poursuit son auto-analyse par
l'entremise d'une fable16. À la question « quel est l'animal le plus cruel ?  », les insectes
(animaux les plus faibles, symbolisant l'écrivain) répondent sans hésiter qu'il s'agit des
moutons (dont les insectes sont la pâture) et à la question « quel est l'animal qui se
caractérise par sa bonté ?  » ces mêmes insectes répondent sans hésiter que cet animal-
là est le tigre (qui venge les insectes en pourchassant le mouton). Cet apologue sert à
exprimer le paradoxe de la position atxaguienne dans l'espace social : du point de vue
purement subjectif et relatif qui est le sien, l'auteur ne peut s'empêcher de penser que
le marché littéraire espagnol (le tigre) lui a rendu un grand service en court-circuitant
l'emprise que la littérature basque (le mouton) soumise à l'influence du champ
politique avait sur lui (insecte fatigué par tant d'années passées à défendre l'autonomie
de la littérature). Nonobstant, Atxaga ne se fait guère d'illusions ni sur la manière dont
il s'est laissé séduire par la littérature espagnole ni même sur le rôle que celle-ci lui
réserve. Les réflexions que le personnage d'écrivain de la nouvelle développe montrent
la façon dont l'auteur s'identifie avec clairvoyance aux écrivains du tiers-monde
auxquels on assigne un rôle précis dans le système littéraire international :
[...] « exotique ». C'est ce que, littérairement parlant, le Premier Monde exige du
Second ou du Tiers-monde : qu'il soit exotique.17

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17 N'oublions tout de même pas qu'Atxaga a été récompensé pour une œuvre, Obabakoak,
qui se présentait, entre autres – et bien que cet aspect de l'œuvre soit d'un intérêt
secondaire –, comme une exploration du passé ethnographique du Pays Basque, comme
une approche littéraire de l'inconscient collectif de la communauté bascophone.
L'auteur, lui, ne semble pas avoir oublié que c'est Obabakoak (œuvre néo-ruraliste) qui a
reçu le Prix National et non L'Homme seul. Ses textes-essais de 1997 (recueillis dans
Horas extras) démontrent, si besoin était, qu'il en a tiré des leçons. L'euphorie
consécutive à l'attribution du Prix et à l'adaptation à sa nouvelle vie d'écrivain
internationalement reconnu étant passée, il entreprend une analyse sereine et
désenchantée du rôle qui lui échoit. Esquissant une théorie de la structure du marché
littéraire mondialisé, Atxaga brosse le portrait sans concessions de l'écrivain-type d'un
pays littérairement (et souvent littéralement) pauvre. Celui-ci se doit d'être le fier
représentant des spécificités locales dont il ferait la matière première de ses œuvres.
Mais les exigences du premier monde littéraire ne s'arrêtent pas là, puisque l'auteur
« périphérique » se voit interdire l'accès à certains genres, chasses gardées des
écrivains du « centre » :
Il serait encore plus surprenant que le marché éditorial européen, ou bien le public
lui-même, acceptent qu'un de ces écrivains fasse les mêmes choix que les écrivains
de la métropole. « Nous avons déjà des romans intellectuels, des romans
sophistiqués, des romans avant-gardistes », dirait la métropole, « ce dont nous
avons besoin c'est d'une littérature de la mémoire, de nouvelles de la marge. Un
peu d'exotisme, s'il vous plaît, ou à défaut, de la littérature revendicative, l'histoire
de la grande souffrance qui vous est infligée par votre dictateur ». 18
18 Admirable tentative d'objectivation que celle à laquelle se livre Atxaga. L'auteur, dont
le Cycle d'Obaba va à l'encontre de l'idée même d'exotisme – Obabakoak doit être lue
comme une violente diatribe contre l'idéologie culturaliste et non comme une
exaltation nostalgique de quelque essence identitaire collective, inconsciente ou
archaïque (selon les goûts) – comprend, avec dépit, que son œuvre n'a pas
nécessairement été récompensée pour les bonnes raisons et que « la reconnaissance des
capitales littéraires se fait au prix d'une extraordinaire annexion de l'œuvre excentrée
aux intérêts centraux »19. Il en résulte qu'Atxaga ne semble destiné à occuper, au sein
de la vie littéraire espagnole, qu'une position dominée et périphérique de représentant
patenté de la parcelle basque de l'identité plurielle de l'Espagne contemporaine. Lui qui
s'est battu deux décennies durant, au sein de la littérature basque, contre une
conception nationalitaire de la littérature en tant que vecteur de l'identité collective se
retrouve de nouveau enfermé dans une catégorie nationale. D'un côté, le monde
littéraire basque prétend faire de lui le héros et le héraut du reclassement collectif de
l'institution, de l'autre le monde littéraire espagnol entend le confiner à ce rôle
d'écrivain « national » qu'il abhorre :
Longtemps l'on a soutenu que celui qui est basque est nationaliste, partant que
l'écrivain basque est forcément nationaliste. Cet amalgame a été recherché, de façon
intéressée, des deux côtés de la tranchée. Eh bien, je n'y souscris pas. 20

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BIBLIOGRAPHIE
APALATEGUI, U., La Naissance de l'écrivain basque. L'évolution de la problématique littéraire de Bernardo
Atxaga, Paris, l'Harmattan, 2000, 299 p.

ARISTI, P., « Ordu estrak », in quotidien Egunkaria 5 septembre 1997, Andoain (Guipuzcoa).

ATXAGA, B., Obabakoak, Paris, Christian Bourgois, 1990 (Donostia-San Sebastián, Erein, 1988, pour
la version originelle en langue basque).

ATXAGA, B., Mémoires d'une vache, Paris, Gallimard, 1994 (pour la version originelle en langue
basque, Behi euskaldun baten memoriak, Iruñea-Pamplona, Pamiela, 1991).

ATXAGA, B., L'Homme seul, Paris, Christian Bourgois, 1995, (pour la première édition en langue
basque, Gizona bere bakardadean, Iruñea-Pamplona, Pamiela, 1993).

ATXAGA, B.. « Yo no soy el escritor nacional de Euskadi », La Revista, 21-7-1996, Madrid.

ATXAGA, B., Horas extra, Madrid, Alianza, 1997.

BOURDIEU. P., Les Règles de l'art, Paris, Seuil, 1992.

CASANOVA, P., La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999.

INTXAUSTI, 1., « Bernardo Atxaga Forumean », in quotidien Egunkaria 9 septembre 1997, Andoain
(Guipuzcoa).

V1ALA, A., Naissance de l'écrivain, sociologie de la littérature à l'âge classique, Paris, Éditions de Minuit,
collection Le Sens commun, 1985.

NOTES
1.  Pascale Casanova. La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999, p.60.
2.  Ibid., p.61.
3.  Le roman paradigmatique de la production atxaguienne des années 90 porte un titre
éclairant – L'Homme seul (Paris. Christian Bourgois. 1995) – et narre le devenir incertain d'un
ancien militant de l'ETA, reconverti dans l'hôtellerie à Barcelone et qui met sa situation en
danger lorsqu'il décide, sans avertir ses associés – également activistes à la retraite –, d'héberger
des militants en fuite dans la cave de la boulangerie de l'hôtel.
4.  Tel n'est pas le cas. par exemple. d'A. Lertxundi – finaliste du Prix National de Littérature
d'Espagne 1994 – qui explique qu'il préfère recourir à un traducteur afin de pouvoir consacrer
entièrement son temps à la création (en langue basque).
5.  Il est utile de souligner que les traductions dans les langues autres que l'espagnol (français,
anglais, etc.) se font à partir de la version castillane des œuvres effectuée par l'auteur, faute de
traducteurs qualifiés pouvant le faire à partir du texte originel en langue basque (et. sans doute
également. en raison de l'inexistence d'un rayon « littérature basque » dans les librairies, ce qui
pousse les éditeurs à préférer l'étiquette, plus commerciale, de « domaine hispanique »).
6.  Il serait préférable d'employer l'expression d'“écriture répétée” ou le terme de réécriture
(bien que son emploi soit ici équivoque) afin de bien rendre compte du fait que chacun des deux
destinataires lira un texte qui lui est destiné, qui a été créé en fonction de sa présence, et non un
texte s'adressant primitivement à un autre lectorat et qui par la suite a été traduit.

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7.  B. Atxaga, “Reflexiones un tanto francesas”. in Horas extra, Madrid. Alianza. 1997. p.85 (nous
traduisons).
8.  “Yo no soy el escritor nacional de Euskadi”. La Revista, 21-7-1996. Madrid, p. 16-23.
9.  B. Atxaga, L'Homme seul, op. cit., p.44-45 éd. française (nous soulignons).
10.  Ibid., p.43.
11.  Barcelone présente l'avantage – face à sa concurrente Madrid – d'être en même temps la
capitale littéraire espagnole (en raison de sa concentration éditoriale) ainsi qu'une capitale
littéraire dénationalisée (en raison de son passé artistique cosmopolite). Elle est. pourtant, le lieu
pouvant le mieux symboliser la place d'Atxaga sur l'échiquier littéraire mondial.
12.  La Télévision basque (Euskal Telebista. ETB) possède deux chaînes généralistes : l'une diffuse
en basque, l'autre en espagnol.
13.  I. Intxausti, “Bernardo Atxaga Forumean”, Egunkaria 9 septembre 1997. Andoain, p.33.
14.  P. Aristi, “Ordu estrak”. Egunkaria 5 septembre 1997. Andoain. p.2 (nous traduisons).
15.  Ibid.. p.30 (nous traduisons toujours).
16.  B. Atxaga. “Reflexiones un tanto francesas”, in Horas extras, op. cit., p.77-78.
17.  B. Atxaga. “Reflexiones un tanto francesas”. in Horas extras, op. cit., p.93 (nous traduisons).
18.  B. Atxaga. “Horas extras”. in Horas extras, op. cit., p.43.
19.  P. Casanova, La République mondiale des Lettres, op. cit., p.226.
20.  In entrevue “Yo no soy el escritor nacional...”. op.cit.. p. 23 (nous soulignons)

INDEX
Thèmes : littérature
Mots-clés : écrivain contemporain, Atxaga Bernardo (1951-), littérature basque, biographie
d’écrivain, critique littéraire
Index chronologique : 20e siècle

AUTEUR
UR APALATEGI
Maître de Conférences (Etudes basques) à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour
ur.apalategui@univ-pau.fr

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Joannes Etxeberriren Eliçara


erabiltceco liburua-z
Isaac Atutxa

 
0. Atarikoak
1 Jarraiko lerroetan Joannes Etxeberri Ziburukoak idatzi eta gurera heldu den
liburuetako baten aurkezpena egin nahi izan dugu. Liburu hau Eliçara erabiltceco liburua
da eta idazle honek idatzi eta argitaratu direnetan hiru-garrena dugu. 1
2 Mendeetan zehar, hiru lekukotasun desberdin eman ahal izanagatik, guk bi baizik ezin
izan ditugu aztertu, 1665.ekoa eta hurrengo urtekoa, 1666.ekoa.
3 Lantxo hau hiru atal nagusitan banatu dugu. Lehenean, lekukotasun desberdinen
araketa sakona egiten da. Nahaste haundia izan da itxura guztien arabera hiru
argitarapen desberdin behintzat izan baitirelako. Guk aurkitu ditugun lekukotasun
hauen ale desberdin guztiak aztertu eta lortutako emai-tzak eskaintzen ditugu. 2
Bigarren atalean, eskuartean ditugun bi lekukotasu-nen erkaketari ekin diogu
lekukotasun desberdinon filiazioa lortu nahiean. Hirugarren atalean, azkenik, eta
liburuaren lekukotasun desberdinak inpri-matu ziren garaiak aintzat harturik, liburuak
argia ikus zezanerako jarraitu behar zuen ibilbidea gogoan izaki, zenbait bitxikeria
bibliografikoz aritu gara, liburuaren beraren egituraketari buruzkoa esaterako.
 
1. Eliçara-ren lekukotasun desberdinak
1.1. Zuzeneko tradizioa

4 Hau da gugana heldu den Etxeberri Ziburukoaren hirugarren eta azken liburua 3.
5 Jusef Egiategi eta Aita Larramendik ez dute beren lanetan aipatzen (ezagutzen ez omen
zutelako ?). Badute, haatik, J. C. Adelung eta J. S. Vater-ek aipamenik. Izan ere, honela
diote Mithridates liburuan (1809 : 23) : « Elicaria (sic) Erabiltceco Liburia (Biscayea). Pau in
Bearn, 1666, 24 ».4

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6 Behin, L.L. Bonaparteren Eskuizkribuak-Argitarapenak liburua (1989) arakatzen


geundela, hurrengo bi aipamenok irakurtzeko aukera izan genuen :
352. UN PATRIOTE. Recueil des quelques Eclaircissemens
Relatifs au paiss et peuple Basque. Par... Dedié a son Altesse
Le Price Napoleon. Bayonne le 24 Février 1866.
Cuaderno, 41 hoj., 23,5 cm. MICROFILM 2 C 27
Proc. : ADN m/s B-95
352bis. (NOTA bibliográfica sobre Joanes Etcheberry).
2 hoj., 27 cm.
Proc. : ADN m/s B-105.MICROFILM 2 C 27
7 Euskaltzaindiako Azkue Bibliotekako Bonaparte Printzearen eskuizkribuen
mikrofilmetan bilatu eta han aurkitu genuen, UN PATRIOTE honen 41 orrien ondoren,
Joannes Etxeberri Ziburukoaren Noelac eta Eliçara erabiltceco liburuaren aipamen
bibliografikoz osatutako bi orri. Lehen orriak Noelacen hiru argitarapen desberdinen
berri daukagu. Bigarrenean, Eliçara ren lekukotasun bati buruzko xehetasun hauek
ditugu :
Eliçara erabiltceco liburua, Ioannes Etcheberri Dotor theologoac eguiña. Eta Iaun
Noble Bertrand de Etchaus Toursco archipizpicu Digneari dedicatua.
Bigarren aldian imprimatua.
Paven Ioannes Desbaratz Erregueren imprimatçaillea baithan 1666.
pag., titre non compris 1 à 506 et avec la table 517. au revers de la page du la
tablefin se trouve : Iesusen Compagniaco aita batec D'etcheverry doctor cenaren
adisquideac marinelen favoretan arrats guztiez eguin behar examena. : Aita harc
berac Iesus Christori gurutcearen aitcinean contricionezco orationea. - ces deux
morceaux, en vers, ne sons point paginés ; ils occupent 11 pages en sorte que le
total, sans le frontispice et le revers du frontispice est de 1 a 528. L'approbation, en
latin, est donnée à Sare de 22 mai 1635 et signée P. de Atchular curé de Sare, P de
Guillentena curé D'Itsatsu. Ce quiune distance de 31 ans entre la 1 re et la 2e édition,
et l'auteur était mort en 1666.
174 mana — 202 JEcen — 226 Haren — 266 Ecen — 304 Içatu — 326 Guinenean — 348
ikhisteco — 376 arren.
8 Pertsona honen ustez, lehen argitarapenetik bigarrenera 31 urte igaro dira, bitartean
Etxeberri bera ere hil egin zaigularik. Ez da, haatik, ohartu 1665.eko argitarapenaz,
ezezaguna zaiolako ziurren. Honek Joanes Desbaratz inprimatzaileari ere ez ote
zitzaion gauza bera gertatu pentsarazi digu.
 
1.1.1. 1636. urteko lekukotasuna

9 Vinsonen sailkapenaren arabera hiru argitarapen desberdin ezagutu izan ditu liburu
honek mendeetan zehar. Hona hemen balizko lehen argitara-penaren aipamen
bibliografikoa (1891 -8 : 76) :
« 17a.- Eliçara erabilceco liburua Ioannes Etcheberri Dotor Theologoac eguiña eta
iaun Noble Bertrano de Etchaus Tursco Aphezpicu digneari dedicatua. Bordelen,
Guillen Millanges Erregueren imprimatçaillea baithan 1636. »
10 Vinsonek dioenez, aipamen hau M. Pierquin de Gembloux-ek egiten du bere Histoire
littéraire liburuan, baina berak zalantzatan jartzen du Pierquin honen lana « insuffisant,
désordonné et inexact » delako.
11 Hau da, izan ere, Pierquin de Gembloux jaunaren aipamena :
12 « Etcheberri Joannes, Eliçara erabillceco liburna, etc, in-18, Bordelen Guillen Milanges
Erzegueren, imprimatcaillea baith an 1636, p. 542 ». (1958a : 264). Gehigarrietan ere

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aipamen berbera dugu. Eta bai, baliteke Pierquin-en lana « insuffisant, desordonne et
inexact » izatea ; baina, dirudienez, begibistan izan du argitarapen hau. Bere neurria
(in-18) eta bere orrialde kopurua (542) ere ematen dizkigu. Eta ezagutzen diren beste bi
argitarapenak ez datoz bat bi datu hauekin. Baliteke, bestalde, Pierquin de Gembloux
berak ere beste non-baiten jaso izana datuok.
13 Urkixo jauna ere ezagun diren bi argitarapenez landako beste hiru-garren baten aldeko
zen. Berak Joanes Etxeberri Sarakoaren eskuizkribuak aurkitu Zarautzen
frantziskotarren komentuan eta argitara eman zituen 1907.ean. Denak ditugu Las obras
bascongadas del doctor labortano Joanes Etcheberri izenburua duen liburuan bilduak. Hona
hemen Urkixoren ustea (1907 : 149-150) :
El autor de Hatsapenac cita constantemente a Etch., abreviatura evidente de
Etcheberri, sin darnos ningún detalle que nos indique el libro o libros a que se
refiere. He podido sin embargo comprobar que todas las formas verbales que el
Doctor de Sara atribuye a su homό-nimo de Ziburu, se encuentran en la siguiente
obra, que me ha sido confiada por el entusiasta vascόfilo M. Hiriart, Bibliotecario de
la villa de Bayona : ELICARA | erabiltceco | Libvrva. | IOANNES ETCHEBERRI | Dotor
Theologoac | eguiña. | Eta iaun Noble Bertrano | de Etchavs Turfce,| Archiphizpicu
dignea-| ri dedicatua. | (floron) | BORDELEN, | I. Mongiron Milanges, | Erregueren
Imprimat- | çaillea baithan. 1665. |
Este libro se imprimiό por primera vez en 1636 y se reimprimiό en 1665 y en 1666 :
M. Julien Vinson declara no haber visto mas que la segunda y tercera de estas
ediciones ; y reproduce, sous toute réser-ve, las indicaciones de M. Pierquin de
Gembloux (Histoire littéraire), acerca de la de 1636.
Los Rudimentos nos prueban no obstante, que además de las dos ediciones conocidas,
existiό otra tercera, de la que tomό sus citas Joannes de Etcheberri ; por lo que no
parece aventurado asegurar que la afirmaciόn de M. Pierquin de Gembloux es
exacta.
En efecto : el Doctor labortano no se sirviό de la ediciόn de 1665, que tengo a la
vista ; ni de la de 1666, según puede verse por la carta que transcribo a
continuaciόn, de la que se deduce que la paginaciόn dada por el manuscrito no
corresponde a la del ejemplar del Eliçara, que se conserva en el British Museum : es
pues evidente que existiό, por lo menos, una ediciόn de este libro que no ha llegado
hasta nosotros.

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14 Ukaezina da, bada, orrialde batetako desoreka edo aldea dagoela Hatsapenac- eko eta
1666.eko edizioaren arteko aipamen hauetan.
15 Pentsa zitekeen, haatik, alde hau Joanes Etxeberri Sarakoak 1666.eko edizioan falta
diren 3-4 orrialde zenbakiak kontuan izan eta horren ondorena izatea (baina orduan
aldea 2 orrialdetakoa dateke, ez batekoa), argi erakusten baitzaigu lau adibideotan
edizio batetik besterako aldea orri bakarrekoa dela.
16 Izan dugu Eliçara erabiltceco liburua- ren bi edizio ezagunak (1665 eta 1666.ekoak) eta
Escuarazco hatsapenac latin ikhasteco liburuan Joanes Etxeberri Sarakoak ezarri dituen
Eliçara- tik hartutako aipamenak aztertzeko aukera eta argi ikusi dugu Sarako
midikuaren aipamenok zuzenak badira (eta ez dugu bestetara pentsatzeko arrazoirik)
zilegi dirudiela, Eliçara erabiltceco liburua- ren bi ezagunez gain, 1636.eko (Pierquin de
Gemblouxek defendatzen zuenez) edo beste urte batetako argitarapena ere izan dela
aitortzea.
17 Jarraian konparaketa horren emaitzak eskainiko dizkigu, bost zutabetan bananduak.
Lehenean, Etxeberri Sarakoak Eliçara- tik hartu duen adibidea dugu ; bigarrenean,
hirugarrenean eta laugarrenean 1665, 1666 eta Etxeberri Sarakoaren beraren liburuan
adibide hori agertzen den orrialde zenbakia ; bos-garrenean, azkenik, J. Urkixok
Etxeberri Sarakoaren lanak bildu dituen Las obras bascongadas liburuaren orrialde
zenbakia. Hona hemen datuok5 :

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18 Argi erakusten zaigu bost zutabeotan zehar, liburuan aurrera egin ahala, orri bateko
diferentzia areagotu (hiru-lau orrialdetako aldera helduz) edo laburtu egiten dela eta
orrialde zenbakien arteko desberdintasuna ez dagokiola, beraz, Eliçara- ko 3-4 orrialde
zenbakien faltaren eraginari. Badirudi, bada, Etxeberri Sarakoak gurera heldu ez den
Eliçara erabiltceco liburua- ren argitarapen desberdin bat erabiltzeko aukera izan zuela.
Are, pentsa liteke, 1666kotik gertuen izaki, urte honetakotan oinarri zitekeela
berankorragoren bat.
 
1.1.2. 1665. urteko lekukotasuna

19 Irakurri ahal izan dugun bibliografiak, lagundu beharrean, kasu honetan, nahastu egin
gaituela esan behar dugu. Beti bezala, J. Vinson hartu dut abiapuntu eta bere Essai... -n
irakurria da jarraian azaldu nahi duguna. Hau da Eliçara erabiltceco liburua- ren bigarren
argitarapen honen lehen aipamena (1891-8 : 77) :
« 17b.- ELICARA | ERABILTCECO | libvrva. | ioannes ETCHEBERRI | Dotor Theologoac |
eguiña. | Eta iaun Noble BEKTRANO I deEtchavs Turfce, |Archiphizpicu dignea- |ri
dedicatua. | (fleu-ron) | BORDELEN, | I. Mongiron Milanges, | Erregueren Imprimat-|
çaillebaithan. 1665.
Pet. in-8 — (lxvj)-435 p. ; signatures : aux fts préliminaires de un a six pieds de loup ;
pus A p. l, B p. 16 < 17>, C p. 25, D p. 41, E p. 49, etc.
— Le texte mesure 86 mm de hauteur sur 42 de justification.
Je connais trois exemplaires de cette édition, dont un complet. Un des deux autres
est à la Bibliothèque municipale de Bayonne (n° 3822).
Coll. : p. (i-ij) titre, (iij-vj) dédicace, (vij) approbations de MM. Guillentenea et
Axular (Sare, 16 mai 166 (sic), (viij-ix)) vers latins a l'éloge de l'auteur signé d'Iharce,
(x-xiv) vers français, signes Casabielhe, (xv) vers basques signés J. Claverie, (xvj) vers :
harc berac <hari> berari, (xvij-xviij) vers de Tristand de Aphezte, (xix) vers : harc berac
<hari> berari, (xx) division du livre, (xxij-xl) calendarioaz eta demboren contuaz «  du
calendrier et du compte du temps », (xlj-xlv) tableaux de l'épacte, de la lettre
dominicale et des fêtes mobiles de 1665 à 1683, (xlvj-lxvj) calendrier ; — p. l-82<4>,
première partie (devoirs du chrétien), premier traité (prières quoti-diennes, en
vers) ; p. 82<5>-134, deuxième traité (doctrine chrétien-ne, en vers) ; p. 135-166,
troisième traité (de la confession, en prose) ; p. 167-423, deuxième partie (heures,
en vers ; les psaumes de la péni-tence sont aux p. 316 et suiv. ; aux p. 368 a 423 est la
dévotion à Marie) ; p. 425-435, table.
<Commencement des p. 81 Duçun othoi, 192 7. Hargatic, 273 Eta Ifraelen, 346
Bartholome, 403 3. Laurguitu.> »
20 <> artean jarri ditugu J. Vinsonen beraren zuzenketa eta gehiketak, hain zuzen ere bere
Essai... -ren bigarren alean jarri dituenak (aip. lan. : 544). Zuzenketa eta gehiketon
artean, honako aipamen berri hau jarri du :

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« 17 b, c — Eliçara, etc.


Edition conforme à la précédente, sauf ce qui suit :
Pet. in-12 — (lxvij) - 435 p.
P. (vij) approbations de P. de Archular. P. de Guillantena (22 de mai 166 (sic), (viij-ix)
vers latins signes « I. Ihartius in Curia Baionenfi caufarum Patrunus », (x-xiv) vers
français, signés : I. D. Casabielhe, s r de Chabatenea, de Saint-Jean-de-Luz ; (xv) vers
basques signés : lean Claveria, Apezac ;...(xvij-xviij) vers de Tristan de Aphezte,
Apphesac ;... (xx-xxi) division du livre ; (xxij-xxxix) Calendarioaz, etc. ; (xl) blanc ; (xli-
xliii) tableaux de 1665 à 1683 ; (xliv-lxvij) calendrier ; (lxviij) blanc ; — 1-82 première
partie, pre-mier traité, 83-135 deuxième traité ; 135-166 troisième traité ; 167-423
deuxième partie (ps. de la pénitence aux p. 316-344, la dévotion a Marie aux p.
368-423) ; 425-435 table.
Le texte a une justification de 42mm sur 98 de hauteur (chiffres et signatures
compris).
Erreurs de pagination : 117 pour 107, 30 pour 130, 178 pour 187, 303 pour 203, 149
pour 249, 369 pour 359, 374 pour 363.
Commencement.des p. 81 Duçun othoi, 192 7. Hargatic, 273 Eta Ifraelen, 346
Bartholome, 403 3. Laurguitu.
Signatures : préliminaires : un à six pieds de loup aux p. i. xvij. xxv, xlj ;— A p. 5, B p.
21, C p. 29, D p. 45, etc, jusqu'à Mm (demi-feuille contenant les quatre derniers
feuillets de la table).
Sur quatre exempl. de cet ouvrage et de cette édition que j'ai eus entre les mains,
deux avaient à la p. 220 la réclame harran en petit texte ; les deux autres avaient
hartan en texte ordinaire. A part cela, les quatre volumes étaient identiques. »
21 Bibliografia irakurri eta eman genuen hurrengo pausua iturrietarakoa izan zen.
Baionako Museoan, urte honetako ale bat izan zitekeelakoan, hara jo eta argitarapen
honen ale baten fotokopiak lortu ahal izan genituen. Handik lasterrera, Baionako
lankide dugun Txarles Bidegain etorri zitzaigun han liburuarekin batera dagoen
eskuizkribu baten berri emanez. Eskuizkribuak honela dio :
22 Comparaciόn de las dos ediciones de 1665 de « Eliçara erabiltceco liburua » de Joanes
Etcheberri :

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23 Eskuizkribu honetan eta J. Vinsonen Essai... -n agertzen diren datuak (aipatu berri
ditugunak) konparatzen baditugu, argi ikusten da eskuizkribu hori J. Vinsonen bi tomo
desberdinen kopia bat dela ; are, erakutsi ditugun 1665. argitarapeneko datuak (77.
orrialdekoak) eskuizkribuaren ezkerraldeko zutabean agertzen dira. Essai... -ren
bigarren alean (gehiketa eta zuzenkete-na) 17bc izenburu pean agertzen dena da
eskuizkribuan eskuma aldeko zuta-bean duguna.
24 Eskuizkribu hau edo Vinsonen datuen aurrean, bestalde, zera komen-tatu behar dugu :
1. T. I. (Vinsonen bibliografiako lehen alea), p. 77, n° 17a jartzen du ezkerraldean ; T. II
(bigarrena, « Additions et corrections »), p. 544, n° 17bc, eskumaldean.
25 2. « Petit in-8° »z mintzo da ezkerraldean eta « petit in-12 » bestean. Neurriak ere
desberdin dira (86 mm x 46 mm ezkerraldean eta 98 mm x 42 mm eskuman ; kasu
honetan, ordea, orrialde zenbaki eta zeinadurak barne).
26 3. Ezkerraldean « je connais 3 exemplaires de cette édition » dio ; eskumaldean « sur 4
exemplaires de cet ouvrage... »
27 4. Eskuizkribuan agertzen ez den arren, liburuan, zuzenketa eta gehi-keten alean,
« Edition conforme à la précédente, sauf ce qui suit : » jarri zuela ikusi dugu.
28 Zenbat ale desberdin izan ditu Vinsonek eskuartean 1665.eko edizio-koak ? Zergatik
jartzen du 17.b (eskuizkribuan 17a jartzen da) eta 17b, c bestean ? Zergatik mintzo da
« Edition conforme à la précédente » denak 1665.ekoak badira ? Ez ote da izango,
eskuizkribua eta Essai...-ko datuen arabera, 1665. urtean Eliçara erabiltceco liburua- ren bi
argitarapen desber-din izan zirela, eskuizkribuaren izenburuak berak dioenez ? Lehen
argitara-pena 17b izendatu zuen Vinsonek eta honen datuak jarri zituen Essai... -ren
lehen alean. Bigarren alean (gehiketa eta zuzenketenean), aldiz, 17b, c izendatzen du
aurkitzen duen edizio berri hori, berori ere 1665. urtekoa. Ezin du 17c izendatu 1666.
urteko izendatua baitu horrela.
29 Baionako Museoan lortu genuen alera itzuliz, zera aipatu : lehen 16 orrialdeak faltu
ditu (lehen plegua, beraz). Liburua aztertu eta bertan aurkitu ditugun datuak J.

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Vinsonek eskuizkribuan eta Essai... -ko bigarren aleak (17bc aipamena) jarri dituenekin
bat datoz erabat.
30 Desberdina izan zitekeen 1665.eko argitarapenik bilatzen jarraitu eta Donostiako Koldo
Mitxelena Kulturgunera abiatu ginen, hemen baitago orain garai batean Gipuzkoako
Foru Aldundiko Julio Urkixo liburutegia. Hemen ere, 1665.eko ale bat dago eta beronek
lagundu zigun Baionakoak ez zuena osotzen. Alearen azala J. Vinsonek egin zion Julio
Urkixori eskuz, azken honek aitortzen duenez.6 Ale honetako datuak ere Vinsonen 17bc
argitarape-narekin datoz bat.
31 Eskuizkribuan irakurri ahal izan dugunez, Vinsonek 17b argitarape-neko ale bat
Baionako Udal Liburutegian zegoela (3.822 zenbakiduna) adie-razten zuen. Berriro ere,
bada, Baionarantz abiatu ginen Udal Liburutegian izan zitekeen alea aztertzen. Ez
genuen, ordea, 3.822 zenbakidun ale hori aurkitu. Lehenik Txarles Bidegain eta
beranduago niri neuri adierazi digutenez, lapurrek behin baino maizago egin dute
bisita liburutegi honetara eta baliteke, besteren artean, ale hau ere eramana.
32 Dena den, Pierres Lafitte zenaren funtsak hemen daude orain, eta funtsotan, 64.
zenbakiaz, Eliçara erabiltceco liburua- ren 1665.eko ale bat dago. Hau da aztertu ahal izan
dugun hirugarrena. Honek ez du azalik falta ; bai, ordea, P. Axular eta P. Guillentenaren
« Approbatio theologorum » -i dago-kion orrialdea, J. Iharcius-en « Epigrammata in
lauden autoris » -i dagozkion biak eta I. D. Casabielheren « A Monsieur de Etcheverry
docteur en Theologie » bertsoen lehen orrialdea ; lau orrialde, guztira. Amaieran ere,
435-436. orrialdeak falta ditu ; 435.a aurkigarriaren azken orrialdeari dagokiona eta
436.a zuriz dagoena. Dena den, liburuaren amaieran 24 orrialde (hamabi-reneko plegu
bat, beraz) gehitu zaizkio liburuari geroago, berriro koadernatu aurretik. Orrialde
hauetako lehenetan, eskuz idatzi dira hasieran falta diren 4 horiek (P. Axular eta P. de
Guillentenaren baieztapenaren ondoren, parentesi artean eta zirriborratuta, « tire de
l'edition de 1666, laquelle est copié et corrigée... » dakar. Azken bi hitzak ez dira-ondo
ikusten eta 1666.eko data zuzendua dago azken 6aren gainean 5 bat jarri dutelarik).
Liburu hau Pierres Lafitteren funtsetan dagoela kontuan izanik, baliteke eskuz
idatziriko gehike-ta guztiak berak egin izana.
33 Beste ohar bat ere egin beharrean aurkitzen gara. 1665. urte honeta-ko hiru aleetako
25. orrialdeko azken bertsoa eta 26.eko lehen biak hauek dira :
Arren bada çuc kegaira
Itfas gaitcean guerthatu
Ohi direnetaric.
34 Pierres Lafittek (berau izan baldin bada zuzenketa eta prestaketak egin dituena) kegaira
zirriborratu eta honako hau idatzi du :
Arren bada çuc beguira
gaitçaçu gaitzetaric
35 lau bertsook, beraz, honela uzten dituelarik :
Arren bada çuc beguira
gauitçaçu gaitzetaric
Itfas gaitcean guerthatu
Ohi direnetaric.
36 1666. urteko argitarapenean, ordea, hiruzpalau bertso hauen tokian honako zortzi
hauek ditugu :
Arren bada çuc gaitçatçu
Beira etfaietaric

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Eta halaber gaitçatçu


Itfaffo gaitzetaric ;
Gal efteçagun vntcia
Etfaien efcuetan ;
Eta gal gure arimac,
Ifernu gorrietan.
37 Eskuz idatziriko Axular eta Guillentenaren baieztapena ere « Nos infra scripti jussu
Illustrisimi ac Reuerendissimi Domini Domini nostri Episcopi Bayonensis alteriti legimus librum
hunc Cantabrico Neru ( ?)… » hasten den bitartean, 1665 eta 1666.eko argitarapenetakoa « 
Approbatio Theologorum. Perlegimus hunc librum ad ecclesiam geftatorum...  » -ez hasten
zaigu.
38 Ikus dezakegunez, bada, zenbait desberdintasunen aurrean aurkitzen gara. Pierres
Lafittek berak nahita eginikoak ala aurrean izan duen ezezagun zaigun argitarapen
baten ondorioz eginikoak ?
39 Funtsezko arazoak, haatik, bere hartan jarraitzen zuen : 1665.ean bi argitarapen
desberdin izan direnentz erabakitzea. Uste genuen (eta uste horretan jarraitzen dugu)
Julien Vinsonen liburutegia aurkitzea garrantzitsua izan zitekeela, norbaitek
izatekotan, berak izan baitzitzakeen 1665.eko bi argitarapen desberdinen aleak (baldin
eta bi izan badira). Liburutegi honen aztarnak jarraitzen hasi ginen eta Henri
Lacomberen artikulu batean (1927 : 63) « Julien Vinson laisse plusieurs travaux inédits :
nous espérons qu'ils seront publiés par M. Paul Vinson, qui s'intéresse aux études
basques et garde la riche bibliothèque de son père. » irakurri ahal izan genuen. Hemen
eta han galdetzen hasi eta J. Vinsonen liburutegia ez baina H. Lacomberen liburute-
giaren berri eskaini ziguten. Hau Donibane Lohitzunen zegoen, M. Josefa Lanuza
Telesforo Monzon izan zenaren alarguntsarenean, azken hauek H. Lacomberen arrebari
erosia 1948.eko otsailean.7
40 Liburutegi honetan izugarrizko altxorra dago eta bertan Eliçara- ren 1665.eko lau ale
desberdin aurkitu ditugu. Eskuizkribuen artean, Vinsonenak, Dodgson eta
Lacomberenak ditugu eta azken honenak aztertuz, agian, libu-rutegiaren jatorriaren
berri izan genezake.
41 Eliçara-ren lau aleetara itzuliz, hona labur-labur bakoitzaren egoera :
1. Azala ondo gorde du baina hurrengo 19 orrialdeak, nonbait galduak zituela, eskuz
berridatziak dira. 407. orrialdetik aurrera ere, eskuz berridatzi dira falta direnak.
42 2. Bigarren ale honek lehen 16 orriak (plegu bat) falta ditu eta 17. orrialdean hasten da
(qq zeinadura daraman orrialdea). 412. orrialdetik — aurrera era falta dira eta ez dira,
kasu honetan, eskuz berridatzi.
43 3. Honek lehen 6 orrialdeak falta ditu (« Approbatio Theologorum » -ez hasten da) eta
falta dituenak eskuz berridatzi dira, amaierako aurkigarria bezala.
44 4. Hau da osorik dagoen ale bakarra. Kontrazalean, eskuz idatziriko « J. P. Arbelbide
ptre... ou Hasparren, Basses-Pyrénées » dakar.
45 Dena den, laurak ere, J.Vinsonek 17bc atalean jarri duenari dagozkio.
Izan dugu, azkenik, Eliçara erabiltceco liburua- ren 1665.eko zortzi-garren ale baten berri.
8
Hau Chicagoko The Newberry Library-n dago, Luis Luziano Bonaparte Printzearen
funtsetan. Hona zer dioen Samantha Kahn Herrick-ek idatzi zigun gutunak :
I have examined Bonaparte Collection number 1181 (Etcheberri : Eliçara erabiltceco
liburua. 1665) and have compared it with Vinson's description of the 17a and 17bc
editions wich you included in your letter.

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Bonaparte 1181 corresponds in almost every respect with Vinson's description of


the 17bc edition...
46 1665. urteko zortzi ale desberdinek, bada, ez dute alde nabarmenegi-rik erakusten eta
denak datoz bat J. Vinsonek 17bc atalean eman dizkigun datuekin. Jarri duen « edition
conforme à la précédente » hori jarri ez balu, hiru ale aztertu, 17b atala idatzi eta
geroago, laugarren bat aurkitu zuenean, berriro 17bc atala idatzi zuela pentsatuko
genuen, baina ezarri ditugun 17b eta 17bc atalak eta eskuizkribua ikusita ez genuke,
aho betez, 1665. urtean edizio bakarra izan dela baieztatuko.
 
1.1.3. 1666.eko lekukotasuna

47 Hona, orain, hirugarren argitarapenaren Vinsonen aipamena :


« 17 c- ELIÇARA | Erabiltçeco | libvrua. | ioannes etcheberry | Dotor Theologoac |
eguiña. | Eta laun Noble BERTRAND |DE ETCHAVS Turfco, |Archiphizpicu digneari |
dedicatua. | Bigarren aldian Imprimatua. | (fleuron) | PAVEN, | Ioannes Desbaratz, |
Erregueren Imprimatçaillea | Baithan. 1666. »
48 Hau ere in-8 txikia erakoa da, (ij)-64-517-(xj) orrialdetakoa. Zeinadurak : aurretikoetan
a p. (i), a ii p. 1, e p. 17, i p. 33, 6 p. 49 ; testuan A p. 1, B p. 17, C p. 33, D p. 49, e.a.
Neurriak : 50 mm 5 x 96 mm.
49 British Museum-ean lortu genituen argitarapen honen ale oso baten fotokopiak. Beste
ale batenak Urkixo liburutegian, baina azken 100 orrial-deak falta ditu. Chicagoko
Newberry Library-tik ere bidali digute argitarapen honen ale baten fotokopia bat, baina
oso zaharkitua dago eta orrialde mordoa falta du, dituenak ere oso egoera txarrean
daudelarik. Ez gara ezertarako baliatu azken ale honetaz. Sancho El Sabio Fundazioak
ere urte honetako ale baten kopia bat du.
50 Eliçara erabiltceco liburua- ko 1666.eko argitarapenak, bestalde, 1665.ekoak ez dakartzan
bertso batzuk ditu. Azken pleguko (513. orrialdean hasten dena) taula 517.
orrialderaino besterik ez da heltzen. Honek zera esan nahi du, plegu erdi bat erabil
zitekeela, baina osoa zein erdia erabili (16 edo 8 orrialde) amaieran zenbait orrialdek
zuriz geratu behar zuen. Orri zurioz baliatu zen edizio honen prestatzailea bertso berri
batzu sartzeko ; Etxebe-rrirenak ez diren bertsoak. Bertso hauen egilea (edizioaren
prestatzailea ere ote ? Guk baietz uste dugu) nor izan zitekeen pentsatzen hasi eta zera
ikusten genuen hasieran :
« IESVSEN COMPAGNIACO
Aita Batec
D'etcheuerry Doctor cenaren
Adifquideac »
51 Argi genuen, bada, Jesusen Konpaniakoa eta Etxeberriren adiskide zena. Bi datuok eta
Paben argitaratua delakoa kontuan izanik izen bat etorri zitzaigun burura : Bernardo
Gazteluzar. Bera ere, Lafitte jaunak dioskunez (Lafitte, 1974a : 9), ziburutarra zen eta
Jesusen Konpanian sartua. Konpaniak Paben zuen ikastetxean bizi eta hil zen.
52 Gazteluzar 1619.ean jaio zen eta 1701.eko apirilaren 15ean hil, Paben. Litekeena da,
beraz, Etxeberrik eta Gazteluzarrek elkarren berri iza-tea ezezik adiskide izatea ere.
53 Vinson ere, bere garaian, Gasteluzar izan zitekeen ustekoa zen (Vinson, 1908 : 671). Ez
digu, baina, Vinson jaunak uste horren arrazoirik ematen.
54 Guk, ordea, uste horiek areagotu eta baieztapen bihur ditzaketen zergatiak ditugu :
1. Eliçam erabiltceco liburua- n agertzen diren Etxeberrirenak ez diren bertsoak IESVSEN

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COMPAGNIACO Aita Batec sinatzen ditu. Eguia catolicac liburua, BERNARD GASTELUÇAR
JESUS-en COMPAIGÑIACO AITAC. Antz handia dute, bada, bi testuak.
55 2. Gazteluzarrek darabiltzan bertso-neurriak aztertzean, itzulitako bertsoez landa,
bospasei neurri erabiltzen dituela erakusten digu Lino Akesolok (1983 : 17), launako
bertsotan, puntukide bigarrena eta laugarrena dituelarik : 9/8, 9/8 ; 8/8, 8/8...
56 3. Pierres Lafittek, bestalde, Gazteluzarren bertsogintzaz ari dela (1974b : 170 hh),
neurtitzak aztertzean zera diosku, nahiz eta bi lerrotan jartzen dituen 17 silabako
bertsoak (9 eta 8 silaba) neurtitz bakartzat dugula bi zatitako esangune hori, lehen
zatiak ez baitu rimarik.
57 Hamasei neurtitz forma aurkitzen ditu Gazteluzarren Eguia catolicac liburuan eta
hamalaugarrena, 17 silabatakoa, 9 x 8 formakoa, maizenik erabilia dela dio, neurtitz
forma hau delarik, hain zuzen ere, gure bertsootan agertzen dena.
58 4. Badakigu, gainera, Etxeberri Ziburukoarekin batera, Ziburukoa,itsasaldeko semea
beraz, izanik bertso asko eta asko duela marinelei eskainia.Guk aztergai ditugun bertso
hauek ere « Marinelen favoretan » eginak dira.Gazteluzarrek berak Eguia catolicac
libumaren « Abisua » atalean honela dio(Akesolo, aip. lan. : 31) :
Denbora hautan, hañitzek hañitz liburu eder argira eman tuste ; ezta, bada, hau
bertzeak baño ederragoa ; bañan nola berze gauzetan bezala, debozionean gustu
diferenteak baitire, iduritu zait hañitz deboten artean, batzuek huntan gustu
hartuko dutela, gustiz mariñel debotek ; eta hek prinzipalki konsideraturik,
deliberatu dut liburu hunen egitera.
59 5. Gure bertsook eta Gazteluzarren Eguia catolicac liburuko III.partekoak konparatzen
baditugu, antz-antzekoak direla ikusiko dugu. Are,zenbait pasarte berdin berdinak
dira :
Eliçara : « Ceren triftetu baitçaitut » (32. bertsoa)
Eguia catolicac : « Ceren zu tristetu zaitudan » (106. or.)
Eliçara : « Helas Iauna ! helas Iaincoa ! » (41. bertsoa)
Eguia catolicac : «  Helas, Jauna ! Helas Jainkoa ! » (107. or.)
60 6. Lino Akesolok, Gazteluzarrek darabilen euskara aztertzen duelarik(Akesolo, 1983 : 18
hh.), puntu hauek azpimarratzen ditu, besteak beste :
• Gazteluzarrek ez daki ‘ukhan’ erabiltzen, ‘izan’ edo ‘izatu’ beti.
• Bitik gorako zenbakiekin ez du inoiz aditza singularrera bialtzen.
• Futuroko adizkietan, -nen bukatu beharrean -ren ere egiten du. Bertsoaren puntuak
eskatzen zuelako egin du hori, noski.
• ‘Gusti’ esekin darabil, ez ‘guzti’.
• Jainkoa bi eratara du : ‘Jainko’ eta ‘Jongoiko’.
61 Bost puntu hauen adibide ugari aurkitu ditugu Eliçara- ko bertsoetan eta, aipatu
ditugun arrazoi guzti hauek kontuan izanik, zilegi iruditzen zaigu bertsoon egilea Aita
Bernardo Gazteluzar dela baieztatzea.
 
1.2. Zeharkako tradizioa
1.2.1. « Egan » aldizkaria

62 Joanes Etxeberriren hirugarren liburu hau da ezezagunena jendea-rentzat. Izan ere,


bilatzen saiatu bagara ere, ez dugu bertso sorta bat besterik aurkitu liburu eta

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aldizkarietan. Berau, A. Irigarai jaunak Egan aldizkarian argitaratu zuena da (1958 :


27-30).
63 Eliçara liburutik jasotako bi bertso sorta desberdin dira. Lehena « Calendarioaz edo
demboren contuaz tratatua » izenburua daramana. Honetatik, II, III eta IV. buruak
bildu ditu. Bigarren bertso sorta lehen parte-ko III. tratatutik (« Hirur garren tratatua.
Cofessatceco antcea laburqui ») hartua dugu. Bere izenburua « Manamenduen arauez
cofeffatceco antcea » da.
64 A. Irigarai berak « oraiko graphian emanak, itzez itz » direla dioen arren, ez da hau
erabateko egia, zenbait hitzetako grafia aldatu —zuzendu esango nuke— egin baitu
(‘onetz’, ‘aftietan’, ‘finhezte’, ‘haritu’...-ren ordez, ‘onets’, ‘aztie-tan’, ‘sineste’, ‘arritu’,
e.a.).
65 Argi dago, bestalde, bi bertso sorta hauek 1666.eko argitarapenetik direla jasoak eta ez
1665.ekotik. Irigarai jaunak ezarri duen lehen bertso sortako IV, burua honela hasten
da :
« IV. BURUA. I Exemplua, Epacta-k eta illabeteak hogoi eta hamarretara ardiasten
eztutenekoa.
Iakin nai dut 1673-ko urtearen buruillean zenbat garren egunean izanen den illargi
berria. Konda zazu bein Epacta eta da amabi, gero konda zazu illabetea martxotik
asten... »
66 Joanes Etxeberriren Eliçara erabiltceco liburua- ren 1665.eko argitarapenera jotzen baldin
badugu, bertan (1665 : xxviij) « Iaquin nahi dut 1635. go vrthearen burullean, cembat garren
egunean içanen den illhargui berria » aurkituko dugu, 1666.ekoan, aldiz (1666 : 26), « 
Iaquin nahi dut 1673co. vrthearen burullean, cembat garren egunean içanen den illhargui berria
 ». Argi erakusten du pasarte honek, bada, A. Irigarairen testuak azken argitarapen
honetatik jasoa izan behar duela eta ez 1665.ekotik.
 
2. 1665.eko eta 1666.eko lekukotasunen arteko
erkaketa
2.1. Hutsa Eliçara erabiltceco liburuan9

67 Hauek dira transmisio prozesuan gertatutako hutsen artean esangu-ratsuenak. 10


68 a. duplografia arrunt bezala har genitzakeenak

69 Hitz osoa soberan dagoen adibideak :

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70 • 213 orrialdea1995L lerro zenbakia

Iefus Chrifto gure iaun eta/aita feme, airequin eta iain- B


ø feme, çurequin eta Iain C
co fpiritu fainduarequin ba-/tean, mende gzutietaco
mendetan bici eta aguintcen due-/coren merecietara.

71 • 348 orrialdea

b. Iauna çaren gure aldera, vr- c. Iauna çaren gure aldea,


vrrical-
rricalmendutfu, mendutfu.
Eta barkha dieçaguçu. Eta barkha dieçaguçu.
Iauna çaren gure aldera vr- Iauna çaren gure aldera
vrrical-
ricalmendutfu, mendutfu.
Eta barkha dieçaguçu. Eta entçun gaitçatçu.
Iauna çaren gure aldera vr-
ricalmendutfu,
Eta entçun gaitçatçu.
379 2498L pag.

72 • 420 orrialdea 8320 bertso zenbakia

5. Ohore duçu handia/Oraño andre garbia,


Ceren Archangeluena/Çaren andre guehiena,
Ikhus açu ene pena/O andre bihotz berena ama. B
O andre bihotz berena ø C

73 b. Haplografiatzat har genitzakeenak

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74 c. Ordenaren aldaketaz gertatzen direnak

75 • 179 orrialdea 3200 bertso zenbakia

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1. Ceri elkhar gana çaizco/Ene etfaiac billtcen,


Ceri errabiaturic ene/Contra alt chatcen B
/ Ene contra altchatcen C
2. Erraten dutela ecen/Guztiz vtci nauçula,
Eta çure baithan ceren/Fidatu eztudala.

76 • 185 orrialdea IZ1 bertso zenbakia

b. 3. Benedictionea c. 3. Abfolutionea
Mana çaçu iauna bedinca Mana çaçu iauna bedinca
gaiten. gaiten.
3. Abfolutionea 3. Benedictionea
Spiritu fainduaren gratiac Spiritu fainduaren gratiac
argui detçala gure beguiac argui detçala gure beguiac
eta bihotçac. eta bihotçac.

77 • 372 orrialdea IZ3 bertso zenbakia

b. Pfal. 18 c. Coeli enarrant. Pfal. 18


Coeli enarrant
1. Ceruec dute iaunaren 1. Ceruec dute iaunaren
Declaratcen gloria, Declaratcen gloria,
Eta içargorec haren Eta içargorec haren
Efcuaren aldia. Efcuaren aldia.

78 • 376 orrialdea IZ3 bertso zenbakia

b. Pfal. 23 c. Domini eft terra, Pfal. 23


Domini eft terra,
1. Munduco bafter guztiac 1. Munduco bafter guztiac
Dire iaun onarenac, *Dire iaun onarenac,
Han bici diren guztiac Han bici diren guztiac
Ere orobat harenac. Ere orobat harenac.

79 d. Ordezkapenez gertatzen direnak, jarriko ditugun gehienak edo lectio facilior edo huts
paleografiko bezala hartuak izan ditzakegularik.
80 lectio facilior

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81 Huts paleografikoak

82 Jarraian, eta huts komun eta huts banatzaileei ekin aurretik, bi kontu bitxi aipatu nahi
ditugu, lekukotasun desberdinek jarraitu duten lehen pista emango digutenak.
83 • «  Iainco bat denari bere perfectioneen gañean, orenac Aftelehenecotz » bertso sortan, 9
bertso ahapaldi ditugu ; lau bertso ahapaldi-ko, pareak hoskide direlarik. Hona
bigarrena :
Duçu ceure içatea,
Nihoren gañic içatu
Gabe lehen haftea
84 6887. bertsoa falta da bi edizioetan. Zorionez, bertso hori zein den azaltzeko gai gara,
Noelacen ere errepikatua agertzen baita. Are, atal luze bat errepikatzen da bi liburuetan.
Izan ere, E 352-362 orrialdeetan « ASTECO EGUN guzitetaco orenac. Iaincoari orenac
gutçaz arduraren gañean Igandecotz » ditugun 64 ahapaldi (256 bertso) errepikatuak
ditugu N 178-191 orrialdeetan, liburu honen hirugarren partearen hasieran.
85 Hona bertsoak :

Noelac Eliçara erabiltceco liburua


Iongoico bakhotcha Iongoico bakhotcha, çure
Cantatcen tut çure orenac Cantatcen tut orenac,
Arren entçun tçatçu ceure Arren entçun tçatçu ceure
Laudorio çucenac. Laudorio çucenac.
O Iaun handia, ceurenez
Duçu ceure içatea, Duçu ceure içatea,
Nihoren ganic içatu Nihoren gańic içatu
Gabe lehen haftea. Gabe lehen haftea.

86 • Ama Virginari eskainitako «  Myfterio goçoffoac » bertso sortan, 7 bertso ahapaldi


ditugu ; sei bertso ahapaldiko, pareak hoskide direlarik. Laugarren bertso sortan (3
zenbakiz hasten dena) honela dugu :
3.Bañan are guehiago
Placer hartu cinduen,
Ceure feme ederraz noiz

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7880 Ere erdi bai tcinen,


Eguiteco obra onen.
87 Hemen ere bertso bat falta da, 7881 .a hain zuzen.
88 8.400 bat bertsoz osotutako liburua dugu Eliçara erabiltceco liburua eta eskuartean
darabiltzagun bi edizioetan 6887 eta 7881. bertsoak falta dira. Dena da posible, eta
hemen berdinen arteko jauzi edo homoioteleutonez ger-tatutako jauzi baten aurrean
izan gaitezke ; eskuzko tradizioan oso arrunta izan zitekeena.

89 Hau honela izaki, jarraiko bideak posibleak dira :


90 Hau da, lekukotasun batek bestea irakurri duela edo biak goragoko bat irakurri dutela.
Baina gaitzes daitekeena bakoitzak bere aldetik goragoko lekukotasun independienteak
irakurri dituztela, oso zaila baita bi edizio desberdinek erakutsi ditugun bezalako adibi-
deetako jauziak bi toki jakin hauetan egitea.
91 Jarraiko adibideaz mintzatuak gara dagoeneko. Izan ere, lehen parteko II. Araldeko I.
buruan, 7. atala « Arrantçaileen othoitçac » izenburua duena dugu. 1665.eko edizioak
honela dio :
Arren bada çuc kegaira
Itfas gaitcetan guerthatu
Ohi direnetaric.
92 1666.ekoan, aldiz, honako zortzi bertsook ditugu :
Arren bada çuc gaitçatçu
Beira etfaietaric
Eta halaber gaitçatçu
Itfaffo gaitzetaric ;
Gal efteçagun vntcia
Etfaien efcuetan ;
Eta gal gure arimac
Ifernu gorrietan.
93 Pierres Lafittek honela zuzendu du 1665.eko edizioa :
Arren bada çuc beguira
gaitçaçu gaitzetaric
Itfas gaitcean gerthatu
Ohi direnetaric.
94 Manual devotionezcoa n , bigarren liburuan, 142. orrialdeak « Guardiaco othoitcez »
izenburupeko « Bigarren guardiacoac » ahapaldiak honela dio :
O Iongoico uholdetic Noe beguiratua,
Ceren bakharric munduan aurkhitucen iuftua.
Eta ez berriz punitceco hain garrazqui mundua,
Holtz adarra lekhucotçat emanic aguindua.
Arren bada çuc beguira gaitçatçu caltetaric,
Itfaffoan prefentatu ohi tuenetaric.

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95 Baliteke, bide desberdinok ikusita, adibide honetan ere aurreko bietan gertatu dena
gertatu izana ; hots, iturri den lekukotasunean bertso bat falta izan eta, ondorioz,
aieruz, zuzendu nahi izana. Argi dago 1665.eko leku-kotasunean ez dela bertso hori
osatzeko edo birjartzeko ahaleginik egin. Pierres Lafittek « gaitçaçu gaitzetaric » gehitu
du. Manualeko adibideari jarraiki, aditzean bete betean joko luke, gero « gaitzetaric »
jarri badu ere. Ez dirudi egokiena denik Manuala eta jarraiko bertsoko « Itsas gaitcean »
kontuan baditugu. 1666.eko lekukotasuna da gehien aldentzen dena ; gure ustez urru-
negi joan dira aieruan (hona beste aldaketa kontziente bat), jatorrizko testuan ez
leudekeen elementu berriak sartuz (etsai, arima, ifernu...).
96 Are, aztertu ditugu Etxeberriren hiru liburuak eta ez dugu behin ere aurkitu (adibide
honezaz aparte) ‘ifernu’ hitza ‘gorri’ izenondoaz lagundua. Aurkitu dugu ‘beltz’
izenondoaz, ez, ordea, ‘gorri’ az. Eta ‘gorri’ izenondoa bera ere ‘billus’ edo ‘zeru’
lagunduz baizik ez da ageri. Aldaketa kontziente baten aurrean geundekeen froga berri
bat : 1666.eko lekukotasunan, amaie-ran gehitu diren bertso berrien artean, « Aita harc
berac Iesus Christori Gurutcearen aitcinean Contricionezco Orationea » bertso sortaren
barnean (23 ahapaldi dira, lau bertsotakoak, pareak hoskide direlarik) zazpigarren
bertso ahapaldiak honela dio :
Iauna ; ezbacindu
ceruric cure adifquideentçat,
Eta ez iffernu gorriric
çure etfai gaixtoentçat.
97 Ikus ditzagun orain jarraiko bi adibideok :
98 • 153 orrialdea 1474L lerro zenbakia

b. Erraçu ala marchandifa c. Erraçu ala marchandifa


faltcean ala contratu falfoiragatean faltcean ala contratu falfo
iragatean. iragatean.
Communaren ontaffunac Hamarren primitiac ezti-
artificioz neure eguin tut. tut vngui pagatu.
Hamarren primitiac ezti-
tut vngui pagatu.

99 • 161 orrialdea 1654L lerro zenbakia

b) Gauça contrarioac anoco c) Gauça contrarioac ahoco


placera gatic ian içatu tut placera gatic ian içatu tut,
eta gaizqui aurkhitu naiz. eta gaizqui aurkhitu naiz.
Soberacintcurrari emana Hargatic gauaz liçundu
içatu naiz icatu naiz eta amets defonheftac
Hargatic gauaz liçundu eguin tut.
içatu naiz, eta amets defon-
heftac eguin tut.

100 Oso esanguratsuak dira, bietan berdinen arteko jauzi bat izan eta 1666.eko edizioan ez
baitira 1665.ekoan agertzen diren lau lerro agertzen. Edizio honetaz aipatu ditugunak
aipu, 1665.ekoan agertuz, zera adierazi beharko lukete, lekukotasun honek ez duela

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1666.ekoa irakurri (inprimatze datak berak ere argi uzten du hori, nahiz eta inprenta
oinok, maiz, fidagarrie-giak ez izan), honetan hartan ez dauden bertsoak baititugu.
Honela, jarraiko bidea ezaba liteke :

101 Jarraian huts banatzailetzat har genitzakeen adibideak azalduko ditugu. Ez gaude ziur,
1666.eko lekukotasunan agertzen diren eskuhartze kontzienteak, ikusi dugunez,
askotxo baitira ; beraz, baliteke jarraiko zenbait adibide aldaketa kontziente eta ez huts
izatea. Eman ditzagun, haatik, adibideok :
102 • v orrialdea xliij lerro zenbakia

Afcoc ohoratu çaitu/Ceure orientean B


Cenec C
Nic aldiz eguiten çaitut/orain occidentean

103 • xxxv orrialdea IZ2 lerro zen

III. Hirugarren exemplua/Epamac Illhabeteac, eta B


Epactac C
Illhabetheco egunec, hogoi eta hamarren contua
chitcen dutenecoa.

104 • xxxviij orrialdea 476L lerro zenbakia

Efteiac concilioaz deuecatuac dire, abendoaren lehen igandetic B


Afte hec C
Trufaniarańo edo erregueen beftaraño

105 17 lerro lehenago dugun « Aste hec dire Pentecoste ondoco... » horren ondorioz
egindako hutsa, zalantzarik gabe.
106 • 5 orrialdea 61 bertso zenbakia

b. Egun oro behar gare c. Egun oroz behar dugun


Iguçu mantenua Iguçu mantenna
Eta guc berceri leguez Eta guc berceri leguez
Hutfen barkhamendua. Hutfen barkhamendua.

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107 ‘Gure Aita’ da eta 56. orrialdean errepikatua dugu. Kasu honetan, bi lekukotasunetan
irakur daiteke « Egun oro behar gare,/ Iguçu mantenua ». Beraz, argi dago irakurketa
zuzena Brena dela.
108 • 9 orrialdea 143 bertso zenbakia

b. Milla efquer darozquiçut c. Milla efquer daroz


Hartaracotz gratiez, Hartaracotz gratiez
Lehenecotz gratiez, Lehenecoez
berriro iffuriez. Berriro iffuriez.

109 Argi dago Bren irakurketaren hutsa perikopa bereko ‘gratiez’ horren erakarpenez
gertatutako ordezkatzea dugula.
110 • 14 orrialdea 249 bertso zenbakia

b. O Spiritu gratia. c. O Spiritu Saindua,


Sainduen ithurria, Sainduen ithurria,
Nauçun othoi vrricari, Nauçun othoi vrricari.
Guztiez billucia. Guztien billucia.

111 Hutsa, bada, hiru bertso goragoko ‘gratia’ horren erakarpenpez gertatutakoa dateke.
1665.ekoa aldaketa kontzientea bada, agian, jarraian ‘Sainduen’ izan eta ez duelako
‘Saindua/Sainduen’ jarri nahi izan.
112 • 57 orrialdea 1144 bertso zenbakia

b. Hirur çathi eguiten du c. Hirur çathi eguiten du


Guero faindu hoftia, Guero faindu hoftia,
Hirur cathi iaunac eguin Hirur çathi iaunac eguin.
Emaufen oguia : Içar çuen, oguia :
Limofnari içateco Limofnari içateco
Eguidaçu gratia. Eguidaçu gratia.

113 • 60 orrialdea 1213 bertso zenbakia

b. Iefus mintçatuco çure c. Iefus mintçatuco çaie


Gaichtoei afferreric ? Gaichtoei afferreric ;
Guarda naçaqueçu othoi, Guarda naçaçu othoi.
Hequin fententiaric. Hequin fententiatic.

114 • 69 orrialdea 1388 bertso zenbakia

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Guertha eztaquidan neure


Arimaren caltean,
Bañan aitcitic probetchu
Eta ontaffun handitan B
Handi aberatfean C

115 • 76 orrialdea 1546 bertso zenbakia

Cuec guida naçaçue/Har chidor meharrean B


Bide chigor C
Efquer dieçuçuedan/Itçul ceru gañean.

116 • 157 orrialdea 1566L lerro zenbakia

Errachquiago çuagogea hartceagatic eta ez... B


çuc gogoan C
gauça bera bietan aiphatceagatic ceren biac
batetara billtcen baitire

117 • 179 orrialdea 3200 bertso zenbakia

b. Ceri elkhar gana çaizco c. Ceri elkhar gana çaizco


Ene etfaiac billtcen, Ene etfaiac billtcen,
Ceri errabiaturic ene, Ceri errabiaturic.
Contra alt chatcen. Ene contra altchatcen.

118 • 179 orrialdea 3205 bertso zenbakia

Erraten dutela ecen/Guztiz vtci nauçula,


Eta cure baithan ceren/Fidatu e tudala B
ez naicela. C

119 • 214 orrialdea 2027L lerro zenbakia

Iauna beguira dieceçu ceure çerbitçariei, eta


ceure obrei, eta guida etçatçu hequin femeac B
hequiñ C
Jarraian datorren « hequiñ » horren ondorioz.

120 • 312 orrialdea 2274L lerro zenbakia

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Mintçatuco naiz içare arimaren behaçunean, B


ene C
eta erranen dut eznaçaçula condemna.

121 • 317 orrialdea 6110 bertso zenbakia

Aäpaldion dacufaçun/Leguez dut laceria,


Nauçun beraz vrricari/O iongoico eftia B
Handia C

122 • 318 orrialdea 6148 bertso zenbakia

Aparta çaquizquidate/Beraz etfai azpreac B


goffeac C
Ecen iaun onac entçuntic/Ene auhen trifteac.

123 • 319 orrialdea 6164 bertso zenbakia

Gloria duela iaunac/Bai halaber femeac B


aitac C
Nola oraño fpiritu/Amudioz betheac.

124 • 353 orrialdea 6872 bertso zenbakia

Ordanez darozquigutçu/Içar cheheac bitzten B


arraitfuac C
Gau belceco illhunbetan/Hetçaz guida gaitecen.

125 • 370 orrialdea IZ2 bertso zenbakia

Domine Deus nofter B


Domine Dominus nofter C

126 • 393 orrialdea 2585L lerro zenbakia

Maria faindua
Gutçaz othoitz eguiçu
Iaincoaren ama faindua
Gutçaz othoitz eguicu.
Eta halaberce guztietan B
Eta hala ondoco guztietan C

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127 • 403 orrialdea 7931 bertso zenbakia

b. Ea cein cen ecin c. Ea ceiñ cen norc deraque


Guineraque damua, Gaineraquo damua,
Ikhuffi cinduenean, Ikhuffi cińduenean.
Habean itçatua Habean
Ardiats dieçadaçu Ardiats dieçadaçu
Bekhatuen dolua. Bekhatuen dolua.

 
3. Eliçarari buruzko zenbait kontu bibliografiko
128 Ez dugu uste Eliçara erabiltceco liburuan zuzenketak egiteko auke-rarik izango zuenik
Joanes Etxeberrik.11Ez da 1636.eko agiango edizio horren alerik ezagutzen eta 1665.ean
(ezagutzen den lehen edizioaren argita-rapen data) hila da. Urte honetako edizioa ez da
bat ere jagona eta, dirudie-nez, zuzentzailea ez zen zuhurregi ibili.
129 Liburuaren eskaintzak direla eta, Eliçara erabiltceco liburua Bertrand Etxauz Turs-ko
apezpikuari eskainia da. Eta liburu honetan, Manuale an ez bezala, azalean ere agertzen
da. Honela dio 1 zenbakidun orrialdean :
DEDICATIONEA
IAVN NOBLE, BERTRAND
DE ETCHAVS,
SORBONACO DOCTOR
Iaquintfun, Turfco Archiphizpicu digne,
erregueren predicari famatu, & Confeiller cuhurrari.
130 64 bertso dira eta beraietan zehar ikusiko dugu Etxeberri Ziburukoak dion begirunea
Bertran Etxauzi. Benetan ederrak dira bertsook.
 
3.1. Inposaketa modua : plegu eta zeinadurez12

131 1665.eko edizioa in-8 txikia formatokoa da ; plegu mota aldetik 13zera esan behar da, hau
zortzireneko plegu oso (21, 336 orrialde betez) eta erdiak (beste 21, 168 orrialdez)
tartekatuz eratua dela ; guztira, 504 orrialde.
132 Liburu bera hasi aurretiko orrialde guztiek zeinadura mota desberdi-na zeramaten.
Kasu honetan 6 otso hanka, Vinsonen terminologia erabiliz (1891-8 : 544).
133 Aipatu ditugun aurretiko orrialdeetako lau azkenak (qqqqqq zeina-dura duenaz hasi
eta zuriz dagoena kontatuz) liburuaren 4 lehen orrialdeekin batera plegu erdi bat
osotzen dute. Horrexegatik hasten da A zeinadura 5 zenbakia daraman orrialdean eta
ez 1-arenean.
134 Zortzireneko pleguak lau zeinadura eraman behar ditu plegu erdirai-no ; bi
laurenekoen kasuan. Eliçara- ren edizio honetan ez da hau betetzen. Bestalde, 164, 284
eta 292 orrialdeetako deiak ere ez dira agertzen.
135 1666.eko edizioaren zeinadura sistema oso erregularra da eta zeina-dura guztiak
agertzen dira. Zortzireneko pleguetan dago eratua (lau zeinadu-ra izan beharko lukete
pleguko eta ez hiru, beraz) ; aurretiko orrialde guztiek lau plegu osotzen dute (64

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orrialde) eta liburuak berak 33 plegu zortzireneko (528 orrialde). Guztira, bada, 592
orrialde dira.
136 Azken pleguko (513. orrialdean hasten dena) taula 517. orrialderaino baino ez da
heltzen. Honek zera suposatzen du, plegu erdi bat erabil zitekeela, baina osoa zein erdia
erabili (16 edo 8 orrialde) amaieran zenbait orrialdek zuriz geratu behar zuen. Orri
zurioz baliatu da edizio honen presta-tzailea bertso berri batzu sartzeko ;
Etxeberrirenak bereak ez diren bertsoak.
137 Komentatu nahi genukeen zertxobait dago, bestalde. Mende honen hasieran
nolabaiteko eztabaida gogorra izan zen euskararen munduan ihardun ziren bi
hizkuntzalariren artean, Vinson eta Dodgsonen artean hain zuzen. Kasua da Vinsonek
bere Essai... -n Londreseko British Library-n Joanes Etxeberriren Eliçara erabiltceco
liburua- ren 1666.-eko edizio oso bat zegoela zioela. Dodgsonek hori ezeztatu egiten du
edizio horrek 3 eta 4 orrialdeak falta dituela esanez (1907 : 486). 14 Gogor erantzun zion
Vinsonek (1908 : 671) liburua bere osotasunean gordetzen zela erakutsiz. Honetarako,
besteak beste, zeinaduren arrazonamendua jarriz. Hona Vinsonek zioena :
Le volume est complet, et très complet, [1666.ekoaz mintzo da] et je le prouve :
1. par le nombre des pages. Il comprend 2 p. r. ch. pour le titre dont le v e est blanc,
deux p. chiffrées 1-2, soixante p. chiffrées 5 a 64, 517 p. chiffrées 1 à 517 et onze p.
non chiffrées, ce qui fait en tout 64+ 528. Or 64 et 528 divisés par 16 donnent
exactement 4+33 ; le volume donc contenir exactement quatre et trente-trois
feuilles ; la signature a doit être à la p. I des préliminaires, e à la page 17, i à la page
33, o à la page 49 ; A doit être à la page 1, B à la page 17 ; C à la page 49, et la
dernière KK à la page 513, ce qui est exact. Donc le volume est com-plet, la feuille
préliminaire a ayant ses huit feuillets.
2. par les signatures. Dans cette édition, les feuilles sont signées par les trois
premiers feuillets a, aij, aiij, etc, B, Bij, Biij, etc. Or le titre n'ayant pas de signature
conformément à l'usage, aij est au feuillet paginé 1-2 ; aiij au feuillet 5-6 ; Donc, 5-6
suit exactement l-2 et il n'y a aucune lacune entre ces deux feuillets.
138 Geroagoko gutun batean Dogsonek Vinsonek arrazoi zuela onartu zuen (1908 : 793-794).
Argi dago, bada, zein garrantzitsu den plegu eta zeinaduren sistema liburu baten
eraketan, urte askotako liburuetan batez ere, urteak joan urteak etorri orrialdeak galdu
eta bestelakoak pasatuak direnetan.
 
3.2. Edizioez

139 Ez dugu 1636.eko edizio posible horren alerik ezagutzen ; are, l666.eko edizioan
« Bigarren aldian Inprimatua » dakar. Guk uste dugu datu hau aintzat hartzekoa dela,
bere aipamenik inork egiten ez badu ere.
140 Argi dago 1666. urtean (30 urte besterik ez dira igaro 1636.az geroz-tik) jakin egin
behar zuela Ioanes Desbaratz jaunak argitaratzear zuen liburuaren aurreko argitarapen
eta berrargitarapenen berri. Are, edizio honen prestatzailea Aita Gazteluzar izan bazen,
honek ere jakin egin behar izan zuen 1665.ekoa lehena hala bigarrena izan zen.
141 Itxuren arabera, bada, 1636.eko argitarapenaren kasuan, edizio fan-tasma baten
aurrean izan gintezke. Hau da, obra eta edizio desberdinen aleak ditugu, baina
ondorioztatu diren data eta tokia ez datoz bat ezagun ditugun edizioekin. Baldin eta
edizio fantasma bat izan ez bada, Gilen Milangesek inprimatua da. Inprimatzailea
ezezik, editorea ere izango zen, baina, Manual- aren lehen edizioan aipatu bezala,

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Etxeberrik berak ere egingo zituen bere ahaleginak edizio horretarako diru-laguntzak
biltzen.
142 Kontuan hartzekoa da, gainera, Aita Lino Akesolok dioenez (1989 : 219), 15 Bertrand
Etxauz bai Enrike bai hurrengo errege Luis XIH.ak aholku-lari eta erresumako
erremusinari nagusi izendatu zutela, eta argi dago, gure ustez, bai Joanes Etxeberrik bai
bere garaikideek Bertrandengana jo beharko zutela diru bila beren liburuak argia ikusi
ahal zezaten.
143 1665.eko edizioa I. Mongiron-Milangesenean dago inprimatua. Hau ere, gure ustez,
inprimatzailearen beraren kargu.
144 1666.eko edizioa Paben, Joanes Desbaratzen moldiztegian dago inpri-matua. Joanes
Desbaratz, Pierreren semea da eta 1655-1687 urte bitartean ihardun zuen inprimaketa
lanetan. Edizio honen prestatzailea ez zen, haatik, bera izan ; edo ez bera bakarrik,
bederen.
145 Aipatua dugu edizio honen azken hamaika orrialdeetan datozen bertsoak Bernardo
Gazteluzarrenak direla. Guk uste dugu Gazteluzar bertsoon egilea ezezik, edizioaren
prestatzailea ere izan dela. Are, editorea ere izan zitekeelakoan gaude. Ez bera, baina
bai berak ikasi zuen Pabeko jesuiten ikastetxea.
146 Etxeberri Ziburukoa bera ere bertan ikasia zen eta, egilearen izen ona eta liburuak
izango zukeen arrakasta kontuan izanik, ez dugu uste ikastetxe honek liburu honen
edizio berri bat argitaratzeko aukera galduko zuenik, Gazteluzar aurretik dela, jakina.
147 Edizioa, bestalde, oso jagona da eta aldaketa ugari ditu aurrekoarekin konparatuz,
1665.ekoarekin. Aldaketok « Calendarioaz edo demboren contuaz tratatua » atalean
dira nabarmenen. Hona hemen 1665 eta 1666.ekoa-ren arteko desberdintasunik
nabarmenenak :

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1665.eko edizioazioa 1666.eko edizioa


1 .- « Mundua eguin cenac du 6833 » « Mundua eguin cenac du 6863 »
2.- « Vholde haundiac 3428 » « Vholde haundiac 3458 »
3.- « lefus Chrifto fortu cenac 1645 » « lefus Chrifto fortu cenac 1666 »
4.- « laquin nahi dut 1635. go vrthearen « laquin nahi dut 1673co vrthearen burullean,
burullean, cembat garren egunean içanen den cembat garren egunean içanen den illhargui
illhargui berria. » berria. »
5.- « Nahi baducu bada iaquin, 1642. co. vrtheco « Nahi baducu bada iaquin, 1680co. vrtheco
marchoan noiz içanen den illhargui berria,... » marchoan noiz içanen den illhargui berria,... »
6.- « Iaquin mahi duçu 1639. garren vrthean, « Iaquin nahi duçu 1677 garren vrthean,
Abendoan cembat garren egunean, içanen den Abendoan cembat garren egunean, içanen den
illgargui berria » illhargui berria »
7.- « laquin eçagun bada aurthen, 1635.garren « laquin eçagun bada aurthen, 1673 garren
vr-thean Aprillaren çortcian cembat daitequen vrthean Aprillaren çortcian cembat daitequen
illharguia çahar. » illharguia çahar. »
8.- « Nahi baduçu iaquin 1635.garren vrthean, « Nahi baduçu iaquin 1673. garren vrthean,
aphirillaren hamaffeian, illharguia, cein cenz Aphirillaren hamaffeiean, illharguia, cein içanen
cahar edo cembat egun cituen [...] Aphirillaren den çahar edo cembat egun icanen tu, [...]
beraz hamaffei garreneam. illharguiac cituen Aphirillahren beraz hamaffei garrenean,
haffi cela. hogoi eta hamar egun, eta egun illharguiac içanen tu, hogoi eta hamar egun, eta
berrean illhargui berria haffi cen. » egun berean illhargui berria haffi coda. »
9.- « lkhas cagun vrtheberean 1636. « Ikhas agun vrtheberean 1673 Aphirillaren
Aphirillaren, çortci garrenean cembat eguin çortci garrenean cbat eg ditusqueen illharguiac
citu en illharguiac, [...] hamabi egun cituen [...] hamabi egun ditusque Aphirillaren çortcian
Aphirilloren çortcian illharguiac çahar cela. » illharguiac çahar içanen dela. »

148 Ikus dezakegunez, bada, 1665.eko edizioan taulak baizik aldatu ez diren bitartean,
1666.ekoan taulak ezezik aurreko data mordoa ere aldatu egin da. Al-datu egin du
edizioaren prestatzaileak, edizio urtea aldatze honek sortzen zituen aldaketak
konponduz. Honexegatik diot edizio jagon baten aurrean gaudela.
149 1665.ekoan, tamalez, zentzurik ez duen zenbait kontu dago eta eskuizkri-bua edo
1636.eko agiango edizio hori bilatu artean ezin izango dugu jakin zer den Etxeberri
Ziburukoak idatzia eta zer moldiztegietan gehitua edo aldatua.
150 Jarri dugun 8. adibidean « 1635.garren vrthean, Aphirillaren hamaffeian, illharguia,
cein cenz » dakar. Baina datuok ez datoz bat 7. adibideko « aurthen, 1635.garren
vrthean Aprillaren çortcian cembat daitequeen illharguia çahar » hauekin. Are, 9.
adibidean « vrtheberean, 1636. Aphirillaren, çortci garrenean cembat egun citu en
illharguiac » agertzen da eta azkenean ez dakigu zein den aurtengo urte hori, 1635.a ala
1636.a. Badakigu, jakin, onespen datak 1635.ekoak direla eta 1635.a dela onartu beharko
dugu.
151 Zer gertatzen da, bada ? 1665.eko edizioaren prestatzailea ere aldaketak egiten saiatu
eta dena nahastu duela ? Jatorrizko testuan, eskuizkribuan, ere horrela zegoela eta
Etxeberri bera nahastu zela ?
152 Bi edizioei dagokien datu kronologikoak direla eta,16 zibilizazio ezberdinek hala noa.
egipziarrek. txinarrek. indioek. arabeek eta idazle zenbait. nola Diogene Laerziok. eta
Diodoro Siziliarrak munduaren adi-nari buruz dituzten usteak agertzen dizkigu. Ororen

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ustetan lehen aintzinate honek 6100 bat urte inguru ukan zituen. Giristinoek. aldiz.
bstela kontatzen zuten. esate baterako. Leizarragak bere Kalendrera- n (1571) hau
izkribatzen du : Munduaren hastetik hunedrano 5539 urthe » izan dugu Euskaltzaindiak
1990. urtean argitaratu zuen Joanes Leizarragaren Testamentu Berria- ren argitarapena
eskuartean erabiltzeko aukera, eta Kalendrera- ri dagokion atalean, 1.378. orrialdean
honako datuok ditugu :

153 Datuok, haatik, ez datoz bat arestian J. Etxeberrik erakutsi dizkigunekin.


154 Desadostasun honek eraginda, jatorria zein izan zitekeen bilatzen hasi ginen.
Horretarako, Bilboko Elizbarrutiko Gotzaintzak 1976.ean argitaratu zuen Euskal-Biblia
hartu eta « Asiera » liburuan datozen datu kronologiko guztiak ordenatu eta zenbatu
ondoren zera ediren genuen : Jangoikoak mun-dua sortu zuenetik Uholdera 1656 urte
igaro zirela, J. Leizarragaren Kalendrera- n dugun urte kopuru bera. J. Etxeberrik
erabilitako iturria zein izan zitekeen galdetu genion geure buruari eta zenbait adiskide
jarri genituen erantzunaren bidean. Hauetariko batek eman zigun erantzuna, irakurri
zuen liburu batean aurkitu datu kronologikoak eskainiz. (Derragun, aurrera egin
aurretik, eguneango Bibliak, oro har, latinez idatziriko Vulgata jarraitzen dutela eta
honek jatorrizko hebraierazko Biblia. K. a.-ko II mende inguruan, ordea, LXXtarrek
grekora itzuli zuten Biblia, berau Alejandriako Biblia ize-nez ezagutu izan delarik.
Mendeetan zehar, bi ereduak erabili izan dira.)
155 Liburu hau Wernerius Rolewinck-en Fasciculus temporum da. Gizon hau alemaniar monje
kartuxaria izan zen, Wesfalian 1425.ean jaio eta Colonian 1502.ean hil zena. Liburua
Colonian bertan inprimatu zuen Arnold Therhoernen-ek 1474.ean. Lortu ditugun
fotokopiak 1993.ean Leongo Unibertsitateko Argitarapen Idazkaritzak eta Leongo
Errege Kolegiatako San Isidoro Katedraren berrargitarapenekoak dira.
156 Hona zer dioen Rolewinck-ek 5. orrialdean :
Por otra parte, la postura de Orosio y de Beda se basa en los 3.184 años que, según
los Setenta, discurrieron desde la creaciόn del mundo hasta el nacimiento de
Abraham. Sin embargo, los hebreos tienen 1236 años menos, ya que, de acuerdo con
las Biblias corregidas según la doctrina hebrea, sόlo 1948 años pasaron desde Adán
hasta el nacimiento de Abraham. Los setenta intérpretes coinciden bastante con los
hebreos, [f.1v] hasta la destrucciόn del templo, que recibe generalmente el nombre
de destierro de Babilonia.
Los años siguientes no se conocen a partir de Escritura canόnica, sino a partir de
otras historias tanto de los judίos como de los gentiles. Y de nuevo en este punto
hay diferencias, pero no muy grandes. Asί pues, haciendo el cόm-puto, de acuerdo
con Beda, desde la creaciόn del mundo hasta el nacimiento de Cristo transcurren
5199 años, y esta es la postura universal de la Iglesia. Sόlo falta uno para los cinco
mil doscientos años.
157 5.199 urte hauei 1635 (Eliçara erabiltceco liburua- ren baimen eta onespenen urte datak)
gehiturik, 6834 urte genituzke, eta Joanes Etxeberrik « Mundua eguin cenac du 6833 »
dio.17
 

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4. Hondar hitzak
158 Derragun, bukatu aurretik, eta Eliçara erabiltceco liburuaren lekuko-tasun desberdinei
gagozkiola, zilegi dirudiela hiru lekukotasun desberdin behintzat izan direla aitortzea,
tamalez, bi baizik ezin izan baditugu geurega-natu ere. Izan ere, erakutsi denez, argi
dago 1665. eta 1666.ekoak izan direla eskuartean erabili baititugu. Eta hirugarren bat
ere hor legoke, hala erakusten baitute Pierquin de Gemblouxen aipamen
bibliografikoak eta Julio Urkixok argitaratutako Joanes Etxeberri Sarakoaren
eskuizkribuetan aipatutakoek, besteak beste.
159 1665.ean bi lekukotasun desberdin izan zitekeenekoaz, aldiz, aitortu dugu J. Vinsonek
« edition conforme à la précédente...  » jarri izan ez balu, bat bakarra izan dela uste izango
genukeela, baina baieztapen horrek berorrek utzi gaitu zalantzatan.
160 Eskuartean erabili ahal izan ditugun bi lekukotasunen arteko erkaketa eta aldakien
azterketak, bestalde, zera erakutsi digute, ezaba daitekeela batak bestea irakurri
izanaren posibilitatea. Baita bakoitzak bere aldetik goragoko lekukotasun
independienteak irakurri izana. Gure ustea, bada, biak goragoko bere irakurri
dutenekoa da, hemen ere hirugarren lekukotasun horren aldeko froga berria dugularik.
161 Hirugarren ataleko bitxikeriei dagokienez, azkenik, zeinaduren kontuak argi erakutsi
digu 1666.eko lekukotasuna bere osotasunean heldu zaigula.

BIBLIOGRAPHIE
ADELUNG, J. C.-VATER, J. S., 1806-1817, Mithridates oder allgemeine Sprachenkunde mit dem Vater
Unser als Sprachprobe in bey nahe fünfhundert Sprachen und Mundarten. Berlin, in der Vossischen
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NOTES
1.  Joannes Etxeberri Ziburukoaren hiru liburu inprimatu eman zaizkigu : Noelac bigarrena eta
gaur mintzagai dugun hau hirugarrena. Hiru liburuon xehetasun gehiago nahi duenak jo beza,
esaterako. Vinsonen Essai... ra (1891-8). Patxi Altunaren Manual devotionezcoaren edizio kritikora
(1981) edo I. Atutxaren Noelac- i buruz-ko artikulura (1999) edo doktorego tesira.

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2.  Edozein testukritika liburutakoari jarraiki (guk J. Lakarraren « Testukritikaz : I.


Stemmarantz » (1988) eta A. Blecuaren Manual de crίtica textual (1988) lanak ditugu lagungarri),
recensioaren fon-tes criticae fasean geundeke. Izan ere. fase honetan « argitaratzaileak iturri
guztiak behar ditu eza-gutu eta erabili bere lanean... Iturriez kanpo, argitaratzaileak ezin izango
ditu ahaztu delako obra horren aurreko edizioak (baldin badira) edota hari buruzko ikerketak.
bereziki testuari buruzkoak izaki » (Lakarra. aip. lan. : 119).
3.  Joseba Lakarrak dioenez (1988 : 120) « testua gureganaino irits dakiguke a) zuzenean edo
zeharka.b) eskuizkribuz edo inprimaturik eta c) lekukotasun bakarrean edo gehiagotan ».
4.  Badu F. Michelek ere liburu honen aipamenik bere Proverbes basques- en . Hona dioen :
« XVI.L'annee suivante (1666.a), parut a Pau un volume in-24. sous le titre d'Eliçan erabilceco
liburia(Livre qu'on doit porter dans l'église) : nous ne le connaissons que par la citation fautive
qu'en faitle Mithridates. »
5.  Julio Urkixok 87 jarri duen arren (1907 :169), zenbaki zuzena 97 de
Oraingoan ere, gaizki jarri du J. Urkixok zenbakia : 75 jarri beharrean 71 dager.
Berriro, 83 jarri du 91 jarri beharrean.
Bedago, bestalde, desberdintasun bat Urkoxoko jaunak aldarazi zituen bertsoak eta Elicara
erabiltceco liburua-n datozenen artean. Ahapaldiko bigarren bertsoan, ‘Bide chogor meharrean’
agertzen den bitartean, Julio Urkixok ‘Har chogor meharrean’ ezarri du.
6.  J. Vinsonen Essai... -ren hiru edizio desberdin erabili ahal izan ditugu eskuartean. 1984.ena
Gipuzkoako Foru Aldundiko Seminario de Filologίa Vasca Julio de Urquijok argitaratu zuena da J.
Urkixoren oharrez osotua dagoena eta 17.b liburuari dagokion oharretan agertzen da Eliçara
erabiltceco liburua- ren argitarapen honen azalaren kontua.
7.  Lacomberen artxiboari buruzko datu zehatzak nahi dituenak jo beza J. A. Arana Martijaren
« Georges Lacomberen artxiboa » artikulura (1997 : 49-77). Aranak dioenez. Lacomberen
liburutegia Bergarako Olaso Dorrera ekarri da eta gela berezi batean ordenatuta kokatu.
bitartean liburu eta dokumentu guztiak katalogatzen ari direlarik.
8.  Ikus V. Collins-en Attempt... (1894).
9.  Hutsaren (eoria erabiltzearen zergatiez ikus I. Atutxa (1999 : 274-275).
10.  Derragun huts guztien zerrenda osoa I. Atutxaren doktorego tesiko eranskinetan aurki
daitekeela. Bestalde. aipatu jarriko ditugun adibide guztietan agertzen den lehen zenbakia
orrialdeari dagokio-la, bigarrena bertso zenbakiari. ondoren 1665.eko adibidea (B) eta azkenik
1666.ekoa (C).
11.  Ezagun dugun Noelacen 1645eko lehen lekukotasunean. esaterako, espreski mintzo zaigu
Etxeberri kontu honetaz. Hona zer dioen liburuaren azken lerroetan : « Iracurtçaillea. excufatuco
nauçu baldin impreffionean cembait falta edireten baduçu, ecen eznintcen neroni lekhuaren
gañean ».
12.  Bi lekukotasunen zeinadura guztien zerrenda-erkaketa ikusi nahi duenak jo beza I.
Atutxaren doktorego tesira.
13.  Inprentako konposaketa moduei buruzko xehetasun gehiagotarako ikus Moll, 1984.
14.  Artikulu honetan Leizarragaren aditz sistemaz mintzo den arren. amaieran leku egiten die
Eliçara erabiltceco liburua- ri buruzko hitzoi.
15.  Artikulu honen izenburua « Beltran de Etxauz-en L584ko gutuna » da eta jatorria honako
hau : Karmel. 1988-1.5-7.
16.  Agusti Chaho. esaterako. oso kezkati azaltzen zen kronologia kontu hauen aurrean. Hona zer
dioen P. Urkizuk (1991 : 358) : « Chahori kronologia arazoak beti kezka handia eman zion eta. adi-
bidez, Paroles d'un voyant liburuan (« Les chroniques egyptiennes donnent 6128 ans. les
chroniques chinoises 6100 ou 6157 ans. la chronologie indienne 6204 ans. Diogène Laίerce compte
6138 ans et Diodore le Sicilien 6081 ans. La chronologie arabe donne pour l'Age primitive ou pour
l'Age ancienne 6174 ans. (J. A. Chaho. Paroles d'un voyant. 2. arg.. Paris. J. Laisné. 1839.
276-277) ») zibilizazio ezberdinek hala noa, egipziarrek, txinarrek, indioek, arabeek eta idazle

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zenbait, nola Diogene Laerziok, eta Diodoro Siziliarrak munduaren adinari buruz ditutzen usteak
agertzen dizkigu. Ororen ustetan lehen aintzinate honek 6100 bat urte inguru ukan zituen.
Giristinoek, aldiz, bestela kontatzen zuten, esate baterako, Leizarragak bere Kalendrera-n (1571)
hau izkribatzen du : Munduaren hastetik hunedrano 5539 urthe »
17.  Baimen eta onespen datak 1635.eko maiatzekoak dira. Beraz. argi dago Etxeberri 1634 urte
ingu-ruan hasiko zela liburu hau idazten. eta honela 6.833 urte hauek genituzke.

INDEX
Thèmes : littérature, philologie
Index chronologique : 18e siècle
Mots-clés : Etcheberri de Ciboure Ioannes, littérature basque, écrivain classique

AUTEUR
ISAAC ATUTXA
Deustuko Unibertsitatean dotoregaia
i.atutxa@euskalnet.net

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« Joseba Sarrionandia : isiltasuna,


irekitasuna eta irakurlea »
Aitzpea Azkorbebeitia Aldaiturriaga

« Idazten dudalarik, idatzi egiten naiz.


Irakurtzen duzularik irakurri egiten zara »
Joseba Sarrionandia, Hitzen ondoeza
 
I. Joseba Sarrionandiaren lanaz eta bere garrantziaz
hitz bi : harreraren nondik norakoak
1 Joseba Sarrionandia « gure artean den poeta handiena » dela irakurri nuen behin Pako
Aristiren eleberri baten1. Bada, baieztapen kategoriko samarra izan arren, nik neuk ere
beste horrenbeste esango nuke eta poeta han-dia ez ezik, narratzaile handia ere badela
gaineratuko nuke. Izan ere, Sarrionandiaren poesia-bildumen ondoan bere narrazio-
bildumak ere ahanztezinak dira, eta berdin testu laburrez osatutako miszelanea-lanak
ere. Horrekin guztiarekin batera entsegutzat har daitezkeen lanak ere aipatu beharra
dago, bai eta, azkenik, hainbat eta hainbat idazleren itzulpenak ere 2.
2 Begibistakoa denez, literatur genero ezberdinak3 landu dituen idazle honen lana
benetan zabala da, benetan itzela euskal letren munduari eginda-ko ekarpena. Horrela,
ez da harritzekoa makina bat idazlek haren oinorde-kotzat aitortzea euren burua.
Beraren hizkera eredugarri gerta zitzaion askori eta beraren testuak literaturaren
unibertsoan barneratzeko makulu4. Harago joanda, Sarrionandiak bere lehen poesia-
bilduman agertutako literatur plan-teamendua (Izuen gordelekuetan barrena-ko lehen
poeman kasu, « Bitakora kaiera » hartan) manifestutzat jo izan zuten hainbat idazlek,
G. Markuletak aitortu legez (1990b : 3).
3 Era berean, Iurretako idazleak literatur trasmisore legez jokatutako paper funtsezkoa
hainbat egilek onartua izan da, J. R. Madariagak besteak beste : « Sarriri esker,
literaturaren palazio handiaren zenbait gela eder desku-britu nuela aitortu behar dut »
(1995 : 40).

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4 Esan liteke, hortaz, erreferente bihurtu zela belaunaldi oso batentzat eta, are gehiago
esanda, oraindik ere halaxe dela : Sarrionandia maisutzat daukate hainbat poeta
gaztek, zeintzuek zintzotasunez aitortzen duten bera dela « gehien irakurri, errezitatu
eta kopiatu dugun idazlea » (Harkaitz Canoren esanetan, 2000 : 16) eta berari esker
maitemindu zirela literaturaz (ikus Gari Berasaluzek idatzitakoa, 2000 : 56). Era berean,
zinez esangura-tsua da abeslari gazteek ere Igorretako idazlearen testuetara jotzea
euren abestiak musikatzeko orduan (Hau da ene ondasun guzia diska-liburuan jaso-
takoak horren froga dira, eta ez bakarrak gainera).
5 Ezbairik gabe, Euskal Literaturara abanguardien haize berritua ekarri zuen Pott
Bandaren partaide hau bizi-bizirik dago gure artean ; bestela esanda, hemen dago
gartzelatik ihes egin zuenez geroztik han - nonbait -badago ere 5.
6 Sarrionandiaren bizitza-peripezia aipatu berri dut eta, hona heldurik, beronek
idazlearen inguruan zabaldutako misterio-kutsua ere aipatu beharra dago. Izan ere,
gartzelan jaio eta klandestinitateko urte luzeetan haziz joan den mitoak irakurle asko
eta asko gatibatu ditu. Horixe da, hain zuzen, idaz-le honen garrantzia agerian uzten
duen beste alderdi bat : alegia, idazleen artean bezala irakurleen artean ere daukan
harrera benetan zabala.
7 Harrera horren erakusle da, hasteko, bere lanek izandako salmenta arrakastatsua.
Azken lanari bagagozkio, adibidez, gogoratzekoa da Hau da ene ondasun guzia diska-
liburuak 1999ko Durangoko Diska eta Liburu Azokan izan zuen salmenta itzelaren
ondorioz Sarrionandia « azokako errege » izendatua izan zela (ik. Errasti, 1999). Edo
gogoratu, bestela, bi urte lehena-goko Azokan Hitzen ondoeza salgai atera eta bi asteren
buruan agortu zela.
8 Hasierako lanetara jauzi bat eginez pareko harreraz hitz egin genezake. Horixe dute
erakusten, esaterako, Narrazioak bildumak izandako berrargita-rapen ugariek.
9 Salmenta-datuekin batera kontuan hartzekoak dira, halaber, M.J. Olaziregik (ik. 1993,
1996, 1997) gazteen irakurketa-zaletasunen inguruan egindako inkesten emaitzak.
Ikerketa horretan agerian geratu denez, gazteek oso gogoko dute Sarrionandia eta
irakurri ere, gogoko dutelako irakurtzen dute (eta ez irakasleek behartuta edota haien
gomendioei jarraikiz). Eskola zirkuitoetatik kanpo kokatzen den irakurketa eta
zaletasuna da beraz. Harrera zabal horren zioez galdezka hasiz gero, neurri handi baten
testutik kanpoko faktoreek — faktore estratestualek — bultzatu dutela pentsa
genezake ; alegia, harrera hori arrazoi soziologikoetan, sikologikoetan nahiz
ideologikoetan oinarritzen dela. Honela, gartzelarekin batera jaiotako idazle
militantearen figurak badirudi miresmena ernarazi zuela — duela — hainbat eta
hainbat irakurlerengan, bere harrera bultzatuz (ik. Epaltza, 1994 : 22).
10 Gorago iradoki dugunez, gartzelatiko ihesak gure idazlearen inguruko mitoari jaiotza
eman zion, erbestealdiko urte luzeetan zehar haziz joan dela-rik mito hori,
klandestinitatearen xarmak elikatuta (horrenbeste hazi non, Pako Aristiren iritziz,
Sarrionandia « totem » bihurtzen ari garen : ik. 1999). Mitoak mito eta ‘totem’ak
‘totem’, argi dagoena da nolabaiteko lotura afek-tiboa dagoela Sarrionandiarekiko
irakurle-talde zabal baten aldetik eta horrek baina ez horrek bakarrik, laster ikusiko
dugunez — baduela zerikusirik bere harrerarekin. Zentzu honetan aintzat hartzekoa da
Hnuy illa nyha majah yahoo poesia-lanak — poesia nahiko gutxi irakurtzen den gure aro
honetan izugarrizko salmenta izan zuela 1995.eko Durangoko Azokan salgai atera
zenean eta aintzat hartzekoa da, halaber, orduko hartan X. Mendigurenek egindako

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adierazpena : « liburua erosten dutenek bere kalitatearengatik ez ezik, idazlearekiko


harreman sentimentala daukatelako erosten dute »6.
11 Nolanahi ere, ohar batzuk egin nahi nituzke idazle militantearen figu-ra horren edota
mito erromantiko horren eraginaz. Hasteko, eragin kontrae-sankorra izan duelakoan
nago. Izan ere, egia bada ere miresmena ekarri duela irakurle-talde baten aldetik, egia
da ere bazterketa ekarri duela beste irakurle batzuen eta zenbait instantziaren aldetik,
J. Gabilondok inoiz aipatu duenez (1993 : 37-38) eta B. Atxagak berak salatzen zuenez
Groenlandiako lezioa-n, non gure idazlearen « Gereziak jateko sasoia iritsi da » poema
jaso baitzuen « isilketaren aurka » egiteko asmoz7.
12 Bestalde, eta sekula irakurri dudanaren aurka, ez dut uste Sarrionandiaren harrera
figura edota mito horrek bakarrik bultzatzen eta hortaz azaltzen duenik. Ur
Apalategiren esanetan (1998 : 70), « Sarrionandia, Atxagaren obra handia argitaratzen
den urte horretan, askoz ere sartuago dago helduentzako literaturaren merkatua
osatzen duen irakurlego zabal eta herrikoian, popularitate hori gaizki-ulertu batetik
badatorkio ere ». Eta azken adierazpen hau honela zehazten du egileak (14. oin-
oharra) :
Nahiz eta. Izagirrek bezala eta horretan Atxagarengandik urrunduz, Sarrionandiak
Euskal Herriak lorturiko normalizazio politikoa gutxietsi eta hortaz euskal
idazlearen konpromisoa ez absurdutzat jo, garbi dago idazle klandestinoa miresten
duen irakurlegoaren zati handi batek ez dituela ulertu Sarrionandiaren benetako
ibilbide eta mezu literarioak eta presondegitik ihes egitea lortu duen militante-
idazlearen mito erromantikoa gehiago axola zaiola.
13 Alabaina, ene ustez ‘mitoa’k eraginik eduki badu ere, ezin ditugu fak-tore
endotestualak inondik ere ahaztu ; hots, testutik kanpo geratzen diren halako
arrazoien ondoan, testu-barnekoak ere funtsezko gertatzen dira. Zalantza barik,
testuek eurek liluratu gaituzte irakurleok eta ‘gatibatu’ egin gaituzte, dela bere
hizkeragatik (bazterretako euskalkietatik edaten duen hiz-kera samur eta liriko
horrengatik)8, dela eskaintzen zaizkigun mundu literario berriengatik, dela umore eta
ironiagatik, dela beste hamaika arrazoirengatik.
14 Egiazki, ugariak dira oso testuok eurok gure irakurketa bultzatzeko — harrera
bultzatzeko, finean — agertzen dituzten eragileak (edo « estrategiak », irakurketa-
ekintzaren garrantzia aldarrikatzen duen Harrera-Teoriaren formulazioari
bagagozkio9). Adibide zenbait hautatzearren, funtsezko estrategiatzat jo ditzakegu
Sarrionandiaren testuetako hasierak eta amaierak (irakurleon arreta bereganatu eta
gure partehartzea biziki bultzatzen baitute), testuen nahiz bildumen izenburuak (Hnuy
illa nyha majah yahoo bezalako izenburu bat ez ote da deigarria edozein
irakurlerentzat ?)10, aurreikuspen-estrategiak, epigrafeak (Sarrionandiarengan hain
ohikoak diren epigrafe apokrifoak barne), irudi grafikoak (gogoratu, adibidez, arestian
aipatutako poesia-bildu-man zehar han-hemenka agertzen diren eta, hain zuzen,
izenburuarekin estuki lotuta dauden zaldien irudiak) eta baita testuen arteko
harremanek eratutako amarauna ere. Testuartekotasunez ari garela, gainera, bi
motatakoak bereizi beharko ditugu : tradizioaren onarpena eta idazketaren izaera
soziala iradokitzen duten beste egile batzuen testuekiko harremanak batetik eta,
bestetik, Sarrionandiak bere testuen euren artean zabaldutako barne-testuar-tekotasun
jolasak, zeintzuen bidez argi geratzen den gure idazlea keinuka ari zaiola bere
irakurleari : beraren testuen artean zabaldu dituen kohesio-hari hauei heldu eta testu
batetik bestera mugitzera gonbidatzen du bere irakurlea, jolastera azken finean. Eta
irakurlearekiko jolas hori bultzatzea dute helburu, preseski, beste hainbat eta hainbat

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estrategiak ere, luze joko ez badigu orain-go honetan aipatzeke utzi beharko
ditugunak11.
15 Izan ere, hizpidetzat har genitzakeen estrategia guztien artean bati heldu eta
erreparatu nahi diot lan honetan, batetik leku benetan funtsezkoa betetzen duelako
Sarrionandiaren lanean eta beronen harreran (irakurlea bere testuen muina eta
protagonista bihurtzen duenez gero) ; eta, bestetik, gure idazlearengana eta bere
bizitza-jarrera nahiz mundu-ikuskerara hurbiltzen lagun gaitzakeelako. Testuotan
nonahi — baina azkenengoetan nabarmenkia-go — agertzen diren hutsune edota zuloez
ari naiz.
 
II. Hutsuneak Sarrionandiaren lanean : komunikazio
inplizituaren mekanismoa eta bere fruituak.
16 Harrera Teoriari jarraikiz, testu batek informazio bat ematen ez due-nean edota
erdizka ematen duenean hutsuneak eratzen dira. Alabaina, hutsune bat ez da edozein
informazio ezaren ondorioz eratzen (idazleari ezi-nezko zaio-eta guztia kontatzea,
zehaztea, deskribatzea) ; aitzitik, irakurleok falta den hori ‘betetzera’ beharturik
gaudenean eratzen dira (gure irudimen eta hausnarketaren laguntzaz kontatu ez
zaiguna asmatuz, zehaztu edo deskribatu ez zaiguna geuk irudikatuz, etab.). Horrela
gertatzen da, adibidez, eten-puntuekin nahiz kapitulu eta istorioen bukaeretan —
bukaera ‘irekiak’ deiturikoetan — sortzen direnekin.
17 Alta, hutsuneek oso egiteko garrantzitsua betetzen dute irakurketa-ekintzan,
ezinbestekoa egiten dutelako gure partehartzea. Eta partehartze horri esker, hain
zuzen, irakurri ahal ditugu testuak, A. Manguel-ek Irakurketaren historia bat lanean
irmoki gogorarazten digun legez : « testu bat bukatugabea delako irakur daiteke
bakarrik, hots, lekua uzten diolako irakur-learen lanari » (1998 : 115) 12.
18 Sarrionandiaren testuetara etorriz, han-hemenka egingo dugu topo hu-tsuneekin eta
halakoetan beharturik egongo gara berauek betetzera : « Hemen ez dago udaberririk »
narrazioaren erdian kontatzen ez zaizkigunak geure gogoan irudikatzera, adibidez,
edota « Antzerki zaharren batetako pertso-naia » istorioaren bukaera asmatzera edota
« Harriak eta herriak » poema esanguratsuak bukaeran zuzendutako galderaren
erantzuna geure baitan bila-tzera, eta abar. Inoiz goitik behera hutsunez eratuta
dagoen testurik ere eskai-ni digu idazleak, hutsuneetan bertan dagoelarik, preseski,
testuaren mamia. Horren adibide daukagu Hitzak eta ideiak aldizkarian agertutako
« Bernard Detxepare » testua :
Biarnoko gartzelan, XVIgarren mendean, gartzeleroa heldu zen, giltzporra
zaratatsuarekin, eta esan zuen :
‘Bernard Detxepare, libre’
‘........... ?’
‘Ez zara ba zu Bernard Detxepare ? Libre zaude’
‘........... ?’
‘Erreginak hala agindu du, kanpora !’
‘............... ?’
‘Hala agindu da, zure gauzak bildu eta zoazela’
‘........... ?’
‘Zer ba ?’
‘.......... ?’ (Hitzak & ideiak, 3. zb.. 8. or.)

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19 Zer esaten digu testu honek ez bada, hain zuzen, esaten ez diguna ? Idazleak esan ez
eta, ondorioz, elkarrizketan sortutako hutsuneok zerbait komunikatzen digutela
nabarmen egingo zaigu irakurleoi berehala eta, horrela, testuak agertzen ez dituen
erantzunak bilatzeari ekingo diogu, elkar-rizketa osatzearekin batera — hutsuneak
betetzearekin batera — testuaren mamira heltzeko.
20 Hizpide daukagun adibidean testuak esaten duena baino gehiago esaten ez duena da
irakurlearentzat adierazgarri ; bestela esanda, mezua esplizituki esandakoan baino
gehiago esan gabe geratutakoan dago, esanda-koaren atzean isilik geratu den
inplikazio-multzoan. Begibistakoa denez, komunikazio inplizituaren mekanismoa du
oinarri-oinarrian testuak eta bera-ren emaitza dira, halaber, bertako hutsuneak.
21 Bada, hain zuzen ere, gorago aipatutako hutsune-mota guztien artean hauexek dira —
komunikazio inplizituaren ondorioz sortutako hutsu-neak — Sarrionandiaren lana
eskuartean hartuta azpimarratu nahi nituzkee-nak, beraren bereizgarri baitira (azken
lanetan gero eta gehiago, gainera) eta idazlea nahiz bere poetika ulertzeko estrategia
ezin funtsezkoagoa, jarraian ikusiko dugunez.
22 Komunikazio inplizituaren mekanismoa ulertzeko beharrezkoa zaigu Pragmatikak
ezarritako « esaten dena »/ « komunikatzen dena » banaketa gogoan hartzea (ikus
Grice 1975, Levinson 1983, Sperber & Wilson 1986, Escandell 1993) ; alegia, edozein
komunikaziotan ezberdindu beharra dago hiztunak edota idazleak « esandakoa »
(enuntziatuaren eduki esplizitua edo esplikatura) batetik eta, bestetik, « esan nahi
diguna », hots esandako horren bidez komunikatu asmo diguna (eduki inplizitua edo
inplikatura13). Lehenengoa agerikoa den bitartean, bigarrena geuk — entzule nahiz
irakur-leok — ondorioztatu behar dugu, eragiketa kognitibo konplexu-samar baina aldi
berean automatikoa abian jarriz : entzun nahiz irakurri dugunetik — ’esandako’tik —
bere inplikazioak eratortzen ditugu inferentzialki, hots, dau-kagun informazioa esan
nahi zaigunari buruz eraikitzen ditugun hipotesiekin deduktiboki konbinatuz 14.
23 Eman dezagun adibide bat. Hitzen ondoeza-ko « Bihar » testuan honelaxe dio idazleak :
« Bihar, etzi, atzo da ». Hiru aditzondo hauek osatzen dute testua, besterik gabe : horixe
da testuak esplizituki agertzen diguna. Baina testu horren aitzinean idazlea denboraren
igarotze azkarra ari dela ira-dokitzen igerriko dugu irakurleok. Eta « iradoki » diot
idazleak ez baitu espli-zituki halakorik esan (« zein azkar igarotzen den denbora » edo
antzekorik) ; aitzitik, guk ondorioztatutako ‘mezua’ da, guk eratorritako inplikatura,
horre-tarako aditzondook jasotzen dituzten denbora-kontzeptuei buruz daukagun
informazioa jokoan jarriz eta testuan daukaten hurrenkera aintzat hartuz.
24 Asko eta asko dira komunikazio inplizituan dautzan testuak Sarrionandiaren lanaren
barruan, bai prosa-lanetan, bai poesia-lanetan. Askotan umorea dute lagun eta
kritikaren bat edota salaketaren bat aditzera ematea helburu. Halaxe gertatzen da,
adibidez, « auto » eta « kritika » hitzekin jolasten duen « Autokritika » testuan (Hitzen
ondoeza-tik) :
Autokritika, badakizue zer den. Autotik autora, norbere autoa frenatu gabe,
martxan, leihotik burua apur bat aterata beste autoaren txoferrari ahalik eta irainik
harrigarrienak jaurtitzea.
25 Testuak esplizituki irudikatzen diguna auto-gidarien haserre-jarrera bada ere,
irakurleok aise somatzen dugu harago jo behar dugula, sakonean beste zerbait ari
zaigula hor komunikatzen (benetako autokritika egin behar-rean kritika besteari
egiteko daukagun joera ari dela ausaz idazlea salatzen).

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26 Laburbilduz, orduan, komunikazio inplizituan dautzan testuen aur-rean irakurleok


bertan esplizituki esaten zaigunetik harago goaz, gainditu egiten dugu maila horretan
egindako irakurketa — irakurketa literala, nahi bada — inplikaturak eratorriz egindako
irakurketari eusteko. Hau guztia argi ikusten da testu metaforikoen kasuan (metaforak,
azken buruan, inplikaturen trasmisioa muturrera daramaten komunikazio-bide bat
baino ez baitira, pragmatikak erakutsi duenez). Hnuy illa nyha majah yahoo bildumako
« Harriak eta herriak » poeman, esate baterako, inork gutxik ulertuko du Sarrionandia
harriez ari dela. maila esplizituan horretaz hitz egiten badigu ere ; aitzitik, irakurketa
literal hori albo batera utziko dugu, baliogabetu egingo dugu inplikaturak eratorriz
erdietsi dugun irakurketa metaforikoa hobesteko (nazioaren inguruko gogoeta, hain
zuzen).
27 Alabaina, Sarrionandiak komunikazio inplizituaz egiten duen erabilera hain da
aberatsa non sarritan bi mailak ezkonduz egindako jolasa proposatzen digun. Jolas
honen bidez testuak bi irakurketa ametitzen ditu : alegia, honelakoetan irakurleak ez
dauka irakurketa literala zertan alboratu, zentzuzkoa baita maila esplizituan esaten
zaiona (komunikazio metaforikoan ez bezala) eta, hortaz, litekeena da irakurlea
irakurketa horrekin geratzea. Baina gerta daiteke aldi berean testuak horrekin batera
— alegia, hori baliogabetzeke — inplizituki beste zerbait ere iradokitzen duela susmatu
eta bigarren irakurketara jauzi egitea. Honelakoetan, eta irakurketa biak zilegi direnez,
komunikazio bikoitzaz hitz egingo dugu15.
28 Adibide bezala Hitzen ondoeza-ko « Tiroa » hitz-sarrera ekar deza-kegu gogora :
Zane Greyren Spirit of the Border nobelan tiro berak zarata desberdina egiten du.
24garren atalean, tiroa jotzen duenaren lekutik ‘Crack !’ da tiro hotsa. 25garren
atalean. tiroa errepikatzen denean, entzuleen ikuspegitik, tiroak ‘Spang !’ egiten du.
29 Maila esplizituan geratuz gero, testuak onomatopeien inguruko bitxikeria bat
eskaintzen digula pentsa dezakegu. Alabaina, esaten zaigun horren inplikazioak
eratorriz, testua ikuspegiaren garrantziaz ari dela erabaki genezake. Izan ere, edozein
gauza — tiro bat, kasu — ezberdin ikusten da norberaren ikuspegiaren arabera.
Beherago ikusiko dugunez, gainera, bestea-ren ikuspegia ezagutzeko premiaren
iradokizuna Sarrionandiaren ikuskeraren ardatzetariko bat dateke.
30 Bi maila komunikatiborekin jolasteko joera hori benetan indartsua da Hitzen ondoeza
lanean, horrenbeste non ia testu gehienen aurrean zalantzatan geratuko garen
irakurleok esanahi anitz eta ezkutuak somatu ahala (hainbat adibideren artean ikus
« Baloia », « Dortoka », « Elefantologia », « Jeikitzeko ordua », « Kanta »,
« Klandestinitatea », « Nokauta », « Otsoaren ingurukoak » eta « Sartzen »). Aurreko
prosa-lanean ere, Han izanik hona naiz izenekoan, baziren ageriko esanahiaren atzean
bes-telakoren bat iradokitzen zuten testuak. Orduko hartan, gainera, idazleak modu
nabarmenagoan iradoki zigun bigarren irakurketaren aukera hori, tes-tuen bukaeran
agertutako ritornelloen bidez (zehazkiago : « han izanik hona naiz », « honuntz etorri
nintzen » eta « haizeak eraman dezala » esaldien bidez) testuek maila esplizituan
esandakotik harago jotzera eta inplikaturak eratort-zera gonbidatzen baitzigun.
31 Komunikazio bikoitzaren erabilera Sarrionandiaren prosa-lanetan ez ezik, poesian ere
funtsezkoa da, bereziki bere azken lanean. Hnuy illa nyha majah yahoo bildumako adibide
argi zenbait hautatzearren, « Solas meteoro-logikoa », « Zaurituarekin lubakian » edota
« Ezagutzen duzu negua ? » poe-mak aipa genitzake hemen. Azken honetan, adibidez,
maila esplizituan haurt-zaroko gertakizun baten oroitzapena izan litekeena kontatzen
zaigu, alegia, « elurtzan barrena irten » den protagonista-umeari gertatutakoa eta

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honek senti-tutakoa : zuritasunaren erdian galdu egiten da eta isiltasunak inguraturik


bel-durtzen ; erori eta zutitzean ordura arte berea izandako guztia (futboleko baloia eta
aittittek egindako egurrezko ezpata) galdu egin duela konturatuko da. Eta horregatik,
amamak aurkitu eta etxera eramandakoan, negar egingo du.
32 Bada, irakurketa literal horrekin batera testuak beste irakurketa bat ere — metaforikoa,
nahi baduzue — ametitzen duelakoan nago. Zehazkiago esateko, testua azken finean
bizitzaz ari dela uler genezake, haurtzaroa atzean uzteak dakarren galera-sentsazioaz
eta mundura ateratzeak ematen duen bel-durraz. Izan ere, haurtzaroa den mundu
eroso eta babestutik — etxetik — mundu zabalera ateratzen garelarik (inozentziaren
aro horrek suposa deza-keen guztia galduz, umeak baloia eta ezpata galdu bezala)
galdurik sentituko gara mundu zabal horretan, erreferentziarik gabe zuritasunaren
erdian eta, orduan, munduaren eta bizitzaren hutsa sentituko dugu, « dena elurra
bezain zuria eta esanahirik/gabea egin » go zaigula.
33 Poema honetaz ari garela, gainera, « Atabala eta euria » narrazioa-rekin daukan
harremana azpimarratzea ezinbestekoa da16. Bertan kontatzen zaizkigun gertakizunak
parekoak dira (han ere atabala jo etajo ari den ume txikia euri artera ateratzen da,
baina irristatu eta erori egingo da, atabala galduz, eta orduan negarretan hasiko da,
amamari deika) eta parekoa da, hala-ber, gertakarion azpian soma daitekeen esanahi
metaforikoa. Bada, zentzu honetan, gogoratzekoa da Atabala eta euria bildumari izena
ematen dion narrazio honek Latorrizko danborra eleberri eta filmearekin harreman
inter-testual aberatsa daukala — eta ez bakarrik izenburuan — eta harreman honi
eutsiz gero, hain zuzen ere, indarra hartzen duela proposatutako bigarren ira-
kurketak. Izan ere, Giinter Grass-en elaberrian eta bere gainean Volker Schlondorff-ek
moldaturiko filmean haurtzaroa utzi nahi ez duen umearen istorioa kontatzen da
preseski, nagusien mundura igaro nahi ez duen Oscarren istorioa. Horrela, hiru urte
betetzerakoan Oscarrek bere burua eskaileretatik behera botako du eta ondorioz ez da
haziko, ume txikia izango da betirako eta munduan barrena ibiliko da bere danborra
etengabe joz, Sarrionandiaren narrazioan umea atabala jo eta jo ari den bezala.
34 Edozelan ere, eta poemara itzuliz, agian badago beste irakurketa bat ere egiterik :
aipatu dugun galera zentzu pertsonalagoan uler genezake, Sarrionandiaren
bizitzarekiko lotura estuagoan. Azken finean baserria uztea sorlekua uztea ere bada,
herria uztea, « besterritik besterrira » ibiltzeko, Sarrionandiaren beraren hitzetan
esanda (ikus « Faroaren talaia », Hnuy bil-duman).
35 Ikusi berri dugunez, komunikazio bikoitza prosazko testu labur nahiz poemetan ez
ezik, narrazioetan ere ageri zaigu (hain modu nabarme-nean ez bada ere).
Aipatutakoekin batera, Atabala eta euria bildumako « Eguzkiak ortze urdinean
nabegatzen » gogora genezake. Bertan unikor-nioaren bilaketa kontatzen zaigu maila
esplizituan. Haatik, maila inplizitura etorrita badirudi idazlea bizitzaz ari dela, gu ere
zerbaiten bila bizi garela iradokiz. Izan ere, eta Sarrionandiak « Post scriptum » -ean
azaltzen digunez, bizitza « egiaren eta zorionaren bilaketa epiko bat da ».
36 Komunikazio bikoitza bezala, Sarrionandiaren lanetan hain ohikoa den ironia eta
paradoxa ere komunikazio inplizituaren mekanismoaren fruitu dira. Halakoetan ere,
« kanta diezaiogun sehaska kanta bat gure herriaren sehaska hutsari » bertsoaren
aurrean adibidez (« Poesiaren gauza galdua », Hnuy bilduman), beharturik gaude
esplizituki esaten zaigunetik harago joaten (nola, zertarako edota zergatik kantatu
sehaska kanta bat baldin eta sehaska hutsik badago...). Sarritan, inplikazioak

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eratortzeko gonbidapena umorearen eskutik iristen zaigu (« Ortodoxia » : « Ortodoxiek,


esate baterako, ortopedien laguntza etengabea behar izaten dute », HO).
37 Agerian geratu denez, komunikazio inplizituaren estrategia (bai eta bere emaitzez
sortzen diren hutsuneak) benetan garrantzitsua da gure idazlearen testuetan, bereziki
azkenengoetan (Hitzak & Ideiak aldizkarian agertu berri diren testuek ere ildo hori
jarraitzen dute). Honek, garapen baten zantzuak aditzera emateaz gain,
Sarrionandiaren azken aldiko testuen bereiz-garri ere badela pentsatzera garamatza.
38 Bada, ondorio honetara heldurik, estrategia horren zergati eta zioez itaundu beharko
genioke geure buruari. Labur erantzuteko, hutsuneen oinar-rian eta komunikazio
inplizitu nahiz bikoitzaren erabileraren oinarrian bi planteamendu daude ene aburuz,
Sarrionandiaren poetika ulertzeko funtsez-koak diren bi planteamendu hain zuzen :
isiltasuna batetik (edo zehazkiago : isiltzearen eta hitz egin nahiaren artean erdigune
bat topatu beharra) eta irekitasuna bestetik.
39 Gatozen, bada, lehen planteamendura.
 
III. Isiltasunaren eta hitz egin beharraren arteko oreka
40 XIX. mendeaz geroztiko hainbat autorerengan bezala, Sarrionandiarengan ere
erroturik dago isiltasunerako joera, isiltzeko nahia eta beharra. Horrela, bere
literaturak — lehen lanetatik bertatik hasita — ateak irekiko dizkio isiltasunari. Izan
ere, horixe da Sarrionandiaren iritziz literatu-raren eginbeharra : « literatura,
isiltasuna letretara itzultzea da » (« Letratzea », HO- n).
41 Egiaz, Izuen gordelekuetan barrena eta Narrazioak bilduman ezku-taturik zegoen
idazlearen ahotsa, nahiago izan bailuen isildu bere 'ni'az hitz egin baino. Bernardo
Atxagak ezin hobeto zioenez Narrazioak lanari buruz ari zela, « ixiltasunak inguratzen
du nire lagunaren literatura. Ez da mintza-tzen, kasu, bere buruaz, ez du balore
unibertsaltzat hartzen bere bizitza pribatua, bere intimitatea » (1983 : 140-141).
42 Halaxe da hasierako lanetan eta halaxe, halaber, hurrengoetan ere : isildurik jarraituko
du Sarrionandiaren ahotsak. Idazle kritikoa izanda ere — adibide bat jarriz — ez dio
ekingo bere testuetan ageriko kritikak jaurtiki-tzeari. Beraren ‘ni’ak ere isildurik
dirau : ez du hitz egiten bere bizitza-espe-rientziez (Gartzelako poemak bildumako
zenbait poematan salbu), ez da mintzatzen, adibidez, berak sofritutako torturaz 17 ezen,
bere hitzetan, « sofritu ondoren deskribatzen entseiatzen denak sentiberatasun merkea
elikatzen ari delako zentzazioa du eta isildu egiten da » (Marginalia, 28. or.).
43 Horrekin batera, bere egoera pertsonalak isiltzera behartzen duela pentsa genezake.
Izan ere, exiliatuak barneraturik dauzka urruntasuna eta distantzia eta, are latzagoa
dena, bere buruarekiko distantzia ere gorde behar du (gogoratu « Propostas para a
definição do exilio » poema)18. Ulertzekoa da, orduan, isiltasunaren bidetik abiatzea
« isildu beharrekoak esan ahal dire-nak baino gehiago direnean », Ruper Ordorikari
zuzendutako gutunean idaz-leak aitortzen zuen legez (M, 134. or.).
44 Horrexegatik, hain zuzen ere, leku eta denbora urrun eta zehazga-beetan kokatu ditu
bere narrazioak. Alegia, Joseba Sarrionandia : irakurketa proposamen bat lanean azaldu
nuenez, gure idazlearen narrazio-bildumetan kronotopo indeterminatua da nagusi.
Esan nahi baita : bere istorioen kokale-kutzat inguruko eta egungo errealitatea hautatu
beharrean idazleak nahiago izan du horri bizkarra eman eta Edorta Jimenezek (1989a :

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8-9 eta 1997) « ez-denbora eta ez-lekua » deituriko eremuan barneratu, bai bere
literatura, bai gu.
45 Hautapen horren oinarrian arrazoi literarioa dagoke batetik. Hau da, horrelako eremu
bat sinesgarriagoa da irakurlearentzat eta idazlearentzat ere irudikatzeko errazagoa 19.
Baina, bestetik, joera horren azpian disidentzia-jarrera bat ere badagoela pentsa
genezake. Hau da, inguruko errealitateari bizkarra emanez, inguruko errealitateaz
mintzatu beharrean isilduz, idazleak muzin egiten dio errealitate horri.
46 Eta horregatik ere, errealite horretatik eta bertako blagan erortzeko arriskutik
aldentzearren alegia, isildu egingo du bere ahotsa eta saihestu egin-go ditu kritika
esplizituak. Izan ere, idazleak badaki bere ahots kritikoa ingu-ruko errealitatean
altxatuz gero, kontu handiz ibili beharko duela zarataren eta espektakuluaren
zibilizazioan integratuta ez geratzeko. B. Atxagak ere arrisku horretaz ohartarazten
gintuen Narrazioak lanari egindako epilogoan : « atx ! edo ai ! esanez, edo protesta
eginez, ez da ezer suntsitzen, sisteman inte-gratzea baizik ez da lortzen » (1983 : 141).
47 Horregatik, idazleak nahiago du isiltasunaren bidetik abiatu bere ahotsa zarata
publikoan integratuta geratu ez dadin, nahiago du inguruko errealitateari bizkarra
eman bertako blagan erori baino.
48 Egiaz, egungo gizartean zarata nagusi delarik, beharrezkoa da isiltasuna, Sarrionandiak
maiz adierazi duenez :
Lehenago igual zarata apur bat behar zen lantzean behin isiltasuna eten ahal
izateko. Gaur egun isiltasun apurrak behar dira noizean behinka ez gortzeko. zarata
hain etengabea betikotu ez dadin (HO, « Zarata »).
49 Baina isiltzea ez da mututzea, mintzatu nahi ez izatea baizik. Bestela esanda, isiltasuna
beharrezkoa bada ere eta idazlearen lekua hortxe badago ere (« zarata publikoaren
bazterrean (...), isiltasunaren mugaldetik hurrean » M, 123. or.) aldi berean idazleak
hitz egiteko beharra sentitzen du. Inork baino hobeto daki ezin dela mutu geratu
errealitate mingarriaren aur-rean konformismoan eta konplizitatean erori nahi ez
badu, literatura itsu eta axolagabearen sarean erori nahi ez badu.
50 Sarrionandiak behin baino gehiagotan aitortu digu bere lanetan zehar idazteko beharra
sentitzen duela, inkomunikazio-sentsazioa eta konek-tatzeko ezintasunaren sentsazioa
izugarria izanda ere. Coleridge-ren marinel zahar hura legez, jendeak entzuteko —
irakurtzeko — astirik edota asmorik ez daukala jakin arren, kontatzeko beharra
sentitzen du, ‘kantatzeko’ beharra (bere lanetan maiz agertu metafora erabiliz) nahiz
eta tinta ikustezinez ari dela igerri (‘zitroi urez’, bere hitzetan 20), nahiz eta ia
bakardadean ari dela somatu :
Gure egunetako marinelentzat ere halabeharrezkoa da kondatzea eta kantatzea,
soinuarekin, edo soinurik gabe, lagun artean edo ia bakardadean (MZ, 8. or.)
51 Eta poesiaren nahiz literaturaren boterea ezdeusa dela jakinda ere, idazten jarraitzeko
gogoa eta asmoa agertzen du (eta beste idazle eta poetak ere horretara deitzen ditu 21),
idazle legez ere22 erresistentzia planteatuz (nori ez datorkio burura Juan Gelmanen
« Confianzas » poema hura : « ‘con este poema no tomarás el poder’ dice/‘con estos
versos no harás la Revolución’ dice/(...) Se sienta a la mesa y escribe » 23).
52 Baina, orduan, nola lotu isiltzeko eta aldi berean hitz egiteko behar-ra ? Bada, hain
zuzen, isiltasunaren bidez mintzatuz, ez esatearen bidez esa-nez, mututasunean
erortzeke. Horregatik dira bere testuak diren modukoak, komunikazio inplizitu eta
bikoitzaren bidez esplizituki ezer esan gabe mintzatzen ari da-eta. Izan ere, eta gorago

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azaldu dugunez, esaten ez den horretan — inplikaturan — dago testuak komunikatzen


duena, testuaren mezua, salaketa, kritika edo dena delakoa ; hots, esandakotik geuk,
irakurleok eratorritakoan.
53 Argi dagoenez, beraz, Sarrionandiak irakurleari ematen dio hitza, berari irekitako
testuak idazten dituelarik, horrela idazlan kategoriko eta dogmatikoetatik urrunduz.
Horixe da, irekitasuna, hizpide daukagun estrate-gia nagusi honen azpian dagokeen
bigarren planteamendua, lehenago propo-satu dugunez.
 
IV. Irekitasuna, testuon oinarrian : irakurlea
protagonista bihurtzen denean
54 Komunikazio inplizituaz eta bikoitzaz baliatzearen ondorioz Igorretako idazlearen
testuek — azkenak bereziki, berriro diot — esanahi ugarirekin jolasten dute. Bestela
esanda, polisemikoak dira, ‘alde ugarita-koak’ baliozko liburuek izan behar duten
bezala24. Ondorioz testu irekiak dira, irakurketa — eta irakurle — ezberdinei irekita
daudelako.
55 Gorago ikusi dugunez, maila komunikatibo birekin jolastearen ondorioz (literal eta
meforikoarekin edota esplizitu eta inplizituarekin) testuek irakurketa bikoitza
onartzen dute sarritan (hirukoitza ere inoiz). Beste batzutan, berriz, bertso edo poema
batzuek irakurketa literal ugari ere onartzen dituzte, hain zuzen inplikatura aberatsa
daukatelako. Hnuy bildu-mako « Zer egin » poemaren ondoko ahapaldia horren adibide
da :
Paradisura biderik ez da, Paradisurik ez da.
baina saioaren sasoia da
Lohi ditzagun Europako horma zuriak
gure hatzamar marka fitxatuez,
ekin dezagun haurren sinestearekin
derrota ezagunak baino harantzago
56 Inplikazioei esker, « haurren sinestearekin » bertsoak irakurketa literal ezberdinak
onartzen ditu eta, ondorioz, ahalpaldia era ezberdinetan ira-kur daiteke. Batetik,
haurrak iñozoak izan ohi dira eta beraien siñesteak ere berdin. Eta, beraz, aurrera
jarraitzea ere iñozoa dela uler genezake : zentzugabea dela, ironikoa dela « ekin
dezagun » hori.
57 Baina, bestalde, haurrak tolesgabe bezain xaloak dira eta xaloak direlako beraientzat
dena da posible. Horregatik tematiak ere badira, ilusio tematia daukate. Zentzu honi
helduz, ahapaldiak azken finean errresistentzia-ren ideia agertzen duela uler genezake,
alegia haurren xalotasun eta ilusio temati hori geureganatuz aurrerajarraitzeko
gonbidapena agertzen duela.
58 Zein irakurketari heldu ? Irakurleak dauka hitza, nork bere irakurketa egin beharko du.
Nolanahi ere — eta goragoko oin-oharrean ira-doki dugunez — aintzat hartzekoa da
Sarrionandiak hainbat poema eta testu-tan saiatzearen eta ekitearen aldeko jarrera
agertzen duela (nahiz eta ez modu itxi eta itsu baten, baizik eta zalantzak eta
ekibokazioak onartuz eta ekiteko-tan bidea hori dela azpimarratuz : « ekiteko orduan,
zihurgabetasun eta zalant-za kontzientziarekin ekin behar da » dio argi eta garbi HO-ko
« Ezbeharrak » testuan). Bigarren irakurketaren haritik gogora bedi, halaber,
erresistentzia-ren eta inozentziaren arteko loturaren ideia « Txabi Etxebarrieta eta gu
ordu-koak » poeman (Hnuy bilduman) ere agertzen dela eta ideia horretaz mintzo dela

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egilea baita Marginalian ere, zehazki Juan Gelman poeta argentinarra-ren lanaren
gainean egiten duen iruzkinean.
59 Sarrionandiaren lanean zehar (eta modu argiagoan Hnuy illa nyha majah yahoo eta Hitzen
ondoeza lanetan zehar) eurrez aurkituko ditu irakur-leak irekitasun adibideak (ikusi,
esaterako, Hnuy bildumako « Intxortakoak » eta « Geografia » poemak, bereziki
bukaerak). Irakurketa ezberdinak egiteko aukera horrek honez gero izan du erantzunik
irakurleongandik. Esan nahi baita, dagoeneko egin izan diraeta proposatu izan dira
irakurketa ezberdinak zenbait poemaren inguruan ; esaterako, « Herri proiektua »
poemaren ingu-ruan. Gogora dezagun bukaera :
Eta finean.
euskal herria.
San Agustinenak eta faltsua/egia
frogak pasa ondoren, bene benetako herria dadinean
asmaketa ahaztuko dugu.
Estatu tekniko bat utzi eta ikurrinak sukaldeko trapu bihurtuko ditugu,
euskal herriak izatearenekin batera
ez izatearen abantailak izan ditzan (Hnuy, 31. or.)
60 Poema honen aitzinean Jon Kortazar irakasle eta literatur kritika-riak ondoko
irakurketa proposatu du :
‘Herri proeiktua’ (sic) deituriko poeman eratzen da nolabaiteko etorkizuna. baina
batek baino gehiagok uste zuenez, gerlari zaharrak normaltasunera itzuli nahi du
(1997 : 110 ; letra etzana neuk jarria da).
61 Nik neuk, berriz, bestelako irakurketa bat egingo nuke. Ene ustez poemak zalantza
agertzen du, eraikitzen ari omen garen nazioaren inguruko zalantza, eta nolabaiteko
interesik eza halako estatu tekniko artifizial baten lorpenean. Izan ere, eta beste testu
batzuk gogoratuta, badirudi Sarrionandiari ez zaiola atlasean agertzeko moduko estatu
hutsala eraikitzea interesatzen. Nazioaren ideia bera ere (eta bere zutabe gertatu ohi
den planteamendu esentzialista eta batasunzalea) zalantzan jarri izan du behin baino
gehiago-tan25. Geure irakurketaren arabera, abertzaletasun-teoriak baino garrantzi-
tsuago deritzo norberaren ekimenari, ekimen independentistari, euskaldun legez
irauteko egindako ahaleginari azken buruan. Horrexegatik, estatu tek-nikoa ‘izatea’
lortutakoan ere, « asmaketa ahaztu » beharko genuke ‘izatetik’ harantzago geratzen
diren sakoneko arazoei eta eginkizunei lotzeko eta lanean jarraitzeko (lanean
abertzaletasun kitsch-aren ereduarekin zerikusirik ez daukan Euskal Herria eraiki
asmoz, lanean euskaldun legez era natural baten bizitzeko moduaren bila).
62 Komunikazio inplizituaren estrategiara itzuliz, egia da beraren ondorioz sarritan
testuak anbiguoak gerta dakizkigukeela, erdiesanez beteak, ilunak inoiz. Zalantza
barik, halako testuen aurrean irakurle bakoitzak bere irakurketa egin beharko du. Eta
horixe da, hain zuzen, Sarrionandiaren xedea, dena delako ‘mezua’ edo afirmazioa
ezarri beharrean, nahiago baitu irakur-leari hitza eman :
Afirmatzen ari naizenean galdetzen ari naiz. (...) Ez uste izan ene izkribuetan, zeuk
zerbait utzi gabe, ezer aurkituko duzunik. Nik buztinezko untzi bat ematen dizut,
zeu zara bete behar duzuna » (NENH, 18-19. or. ; letra etzana neuk jarria da).
63 Egiaz, inplikazioz jositako testuak eskaintzen dizkigunez (eta dizkigulako) irakurleok
behartuta gaude testuek diotena berpentsatzera, esplizituki esaten zaigunaren gainean
gogoeta egin eta, nork bere inplika-zioak ateraz, testuok — untziok — betetzera. Edo
alderantziz esanda : hain zuzen irakurleari eman diolako hitza behar dute bere testuek
irekiak izan. Horregatik dira galderak hain funtsezko bere lanean. Nonahi aurkituko

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ditu-gu : Hnuy bildumako lehen poema, adibidez, galderen gainean eraikita dago goitik
behera eta « Harriak eta herriak » poema (Sarrionandiaren nazioaren gaineko ikuskera
ulertzeko benetan garrantzitsua den poema, arestian esan dugunez) galdera batekin
bukatzen da, hots, poema irekirik utzi du idazleak geuk bila dezagun erantzuna.
64 Galderak Sarrionandiaren testuetan daukan balio, funtzio eta zentzua oso ondo azaldu
du idazleak berak Hitzen ondoezako « Galderak » testuan (ohartu, bidenabar, galdera
batekin bukatzen dela testua) :
Galdera ez da ez egia ez gezurra, baizik eta aidean utzitako gogoeta.
Galdera, jarraipena eskatzen duen egitura gramatikal osatu bakarra da.
Galderak beste zeozertara eramaten du beti.
Galderaren esanahia izan ditzakeen erantzun guztietan dago, erantzun
ezinetik gezurreraino.
Galdera hegaztiaren hegalkadaren antzerakoa da, galderetan desira
artikulatzen da, baina batzutan jo eta iltzatu egiten dira hegaztiaren hegalak.
Galdera. eguneroko lengoaiaren aspektorik poetikoena da ?
65 Galderek bezala, Sarrionandiaren testuek ere ‘beste zeozertara ematen dute’,
jarraipena eskatzen diote irakurleari, bere partehartzea bultza-tuz. Azken batean,
irakurleok bere testuen muinean jarri gaitu Igorretako idazleak, beren protagonista
bihurtuz. Baina, zergatik ? Hau da, orain arteko lerroetan agerian geratu da
komunikazio inplizituaren eta bere fruitu diren estrategien nagusitasuna eta agerian
geratu da, halaber, estrategia horiek erabilita idazleak isiltasunaren bidez mintzatzea
lortzen duela eta mintzatu, modu irekian : bere ahotsa ezarri beharrean irakurleari
bere ahotsa jartzera bultzatuz. Hona heldurik, orduan, beste urrats bat eman beharko
genuke eta idazleak irekitasun hori zergatik bilatzen duen hausnartu, zergatik eman
dion hitza irakurleari. Erantzuna Sarrionandiaren jarrera literario eta ideologikoan
dagoela uste dut, guztia bere ikuskeraren emaitza eta islada dela. Ondorengo atalean
ikuskera hori irudikatzen ahaleginduko gara.
 
V. Sarrionandiaren ikuskerara hurbilduz
66 Sarrionandiak berak Ni ez naiz hemengoa liburuko « Izkiriatzea eta dogmatismoa »
lanean azaldu zuenez Roland Barthesen adierazpen batzuen haritik, idazleak bere
lanari ekiterakoan kontraesan sakon bati egin behar dio aurre. Izan ere, idazleak
antidogmatikoa izan nahi duelarik ere, idazlana dogmatikoa da berez, esandakoa
finkaturik geratzen baita lengoaiaren bidez, lengoaia bera sistematikoa eta hertsia
izanik.
67 Sarrionandiarengana itzuliz, nik esango nuke kontraesan hori gain-ditzeko, hain zuzen
ere, eman diola hitza irakurleari, horregatik bultzatzen duela irakurlea bere ahotsa
jartzera idazleak berea ezarri ordez : ez duelako dogmatikoa izan nahi, ez duelako
Errealitatearen interpretaziorik eman nahi, ez eta Egia bailiran egiten diren
baieztapenik ezarri ere. Horrelako asmorik inork balu ere, gainera, zentzugabea bezain
ezinezkoa litzatekeela ondo daki gure idazleak. Aspaldi erakutsi zion itzalak (Narrazioak
bilduman idazleare-kin solasean aurkitu genuen itzal hark) maiuskuladun egiarik ez
dagoela. Egia subjektiboa da, norberaren esperientziari lotuta dago beti eta, ondorioz,
anitza da, eta berdin errealitatea ere : ugariegia eta aldakorregia da bere osotasunean
hauteman ahal izateko (ik. NENH, 106 eta 200. or.). Igorretako idazleak ondo ohartarazi
legez, errealitatea ez da ‘bat eta bakarra’ :

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Gizajendeak izugarrizko joera du edozer gauza bat eta bakarra izan behar delako
pentsabideruntz. Erlijio bat, besteak sineskeriak. Errealitate ekonomiko bat, eta
bera, gainerakoa irrazionala. Benetako hizkuntza bakar bat, besteak dialektoak.
Programa politiko bat. beste guziak atzerakoikeriak edo utopiak. Bizimodu bakarra
munduan, kontsumozko gizartean, gainerakoa primitiboa edo marginala...
(« Bat eta bakarra », HO-n)
68 Orduan, errealitatea anitza eta aldakorra delarik, errealitatea azal dezaken Sistema
Nagusi bat ez dagoelarik (dela filosofikoa, dela ideologi-koa), irekitasuna beharrezkoa
bihurtzen da. Sarrionandiaren esanetan, « errea-litatea irekia bada, ez dugu hertsi
behar gure pentsamendua » (NENH, 106. or.). Horrexegatik interpretazioen eta
baieztapen eztabaidaezinen ordez, erdiesanez eta anbiguetatez jositako testu
polisemikoak eskaintzen dizkigu Sarrionandiak, geuk erator ditzagun inplikaturak eta
geuk interpreta dezagun errealitatea. Erantzunak eman ordez galderak planteatzen
ditu erantzunak geuk bila ditzagun. Edozein afirmazio erlatibizaturik eta zalantzak
inguratu-rik uzten du, badakielako eta onartu ere egiten duelako « gauzak argiak eta
garbiak ez direla » (ikus HO-ko « Ausardia »). Galderekin batera, paradoxak ere
lagunduko dio horretan. Izan ere, paradoxak errealitatearen ‘aurpegi’ ezberdinak
jasotzen ditu eta bildu egiten ditu itxuraz kontraesankorrak diren alde ezberdin horiek.
69 Azken buruan, paradojaren eskutik errealitatea modu manikeistan ikusteko joeraren
aurka egiten ari da idazlea. Alegia, gure egungo gizartean — eta baita gure eguneroko
bizimoduan ere — errealitatea bitan banatzeko joera nagusi da, alde bati ‘ona’ irizten
diogularik eta besteari ‘txarra’. Pentsabide hau muturrera eramanez, ‘bestea’
satanizatu egin ohi dugu, gainera. Bada, Sarrionandia maiz mintzatu da halako
pentsaera eta jarreraren aurka (ikus « Satanizazioaren argudioa » NENH-n), « hau ALA
bestea » auke-ra faltsua dela ohartaraziz (HO-ko « Aukerak » testua irakurtzeko oso
gomen-dagarria da zentzu honetan). Jarrera manikeista eta bandozaleetatik urruntzeko
(ik. « Bandoak », HO-n) eta bestearen ikuspegia ezagutzeko pre-mia azpimarratu izan
du sarritan (gogoratu lehen jasotako « Tiroa »), horre-tarako ‘deabruaren abokatua’ ren
papera bete behar bada ere :
(...) Eztabaida daitezkeen gaietan badira gutienez bi alde edo gehiago. eta zeozer
ulertu nahi duenak bi aldeen eta beste guzien arrazoiak ulertu behar ditu. Bere
aldearen eritzia baino ezagutzen eta ametitzen ez duena ez da gauza arazoa
ulertzeko.
Arrazoi balu ere, bere ideiak benetakoak balira ere, bere burua besteen ikuspegian
imintzen ez duen artean, arrazoirik aski ez du eta bere egia faltsua da, bere alderdia
baizik ezagutzen ez duelako edo, hobeto esan, bestea ezagutu ezik. bere aldea bera
ere ezagutzen ez duelako.
Edozein arazotan bestearen ikuspegia ezagutzea beharrezkoa da. Eta kontrako
ikuspegirik ez balitz, asmatu egin beharko litzateke. deabruaren abokatu papera
eginez, eztabaida librea izan dadin. (...)
(« Deabruaren abokatua », HO-n)
70 Dakusagunez, jarrera itxietatik urrundu egiten da Sarrionandia, bizitzaren edozein
alorretan. Euskal nazioaren arazoaz daukan ikuspegia, adi-bidez, irekia da benetan :
pluraltasunaren alde mintzatzen entzungo diogu (gogoratu gorago jasotako « Nazioa »
testua, kasu), pluralean mintzatzen (‘Euskal Herriei’ buruz beti), guztiontzako espazioa
eskatuz (ik. HO-ko « Arkitektura ») eta sektarismoaren eta hiperabertzaletasunaren
aurka eginez (irakur bitez HO-ko « Auzolana » eta « Gorabertzaletasuna », besteak
beste).

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71 Irekitasun hori lemazaintzat harturik, Sarrionandiak bizkarra ema-ten die ‘dotrinei’


(« latinezko mezekin » ez baikoaz inora, berak dioskunez HO-ko « Latinezko mezak »
testuan) eta bizkarra ematen dio, halaber, jeneralaren berbaldiari agureak erakutsitako
bideskatik abiatzeko :
Maniobra gogorrak egin erazi zizkiguten eta gero iladan jarri ginen, desfilerako.
Jeneralaren aurretik formazioan pasatu behar genuen. Arenga eta ordena artean
abiatu ginen. martxan. bat bi ! bat bi ! eskuin ar ! bat bi !...
Jeneralaren paretik pasatzean, batbatean, bestaldean agure bat ikusi nuen martxa
militarraz axolatu gabe han aldamenean bideska batetik zihoana. astiro, herrenka,
kanta debekatu bat erdikantatuz...
Formazioa abandonatu eta agure haren atzetik abiatu nintzen, berehala konprenitu
bait nuen beste hura zela ‘ene jenerala’.
(« Jenerala », HO-n)
72 Sarrionandiaren idatziek nabarmen egiten dute idazleak ez dituela dogma eta
ortodoxiak batere maite. Aitzitik, behin baino gehiagotan — eta esparru ezberdinetan
— erakutsi du nolabaiteko jarrera heterodoxo eta disidentea. Eta jarrera horren eskutik
kritikaren beharra azpimarratu du sarri-tan, bere testuak ere horretara jarriz.
Hipokresia, adibidez, bere kritiken jomuga izan da behin baino gehiagotan, gure
gizartean eta eguneroko bizi-moduan zabaltzen den hipokresiatik hasi eta hizkuntzan
habia egin duen hipokresiaraino. Izan ere, eta gure idazleak behin eta berriro salatu
duenez, erabileraren erabileraz — eta bereziki botereek egin duten hizkuntzaren era-
bileraren ondorioz — hitzek euren jatorrizko esanahia barik, ideologiaz kargatutako
bestelako esanahiak ezkutatzen dituzte, esanahi faltsutuak eta hipokritak sarri.
Horregatik badiosku « ondoezik » daudela hitzak, guk geuk egunero darabiltzagun hitz
asko eta asko ere erabat lizunak direla26.
73 Alabaina, kritikak norberaren baitan hasi behar du bere bidea. Beste modu baten
esanda, autokritikaren beharra Sarrionandiaren aldarrika-penetako bat bihurtu da
azken urteetan. Eta autokritika diogunean, benetako autokritika esan nahi dugu (eta ez
‘autokritikaren’ mozorroarekin bestearen-gana zuzendu ohi dena, gorago
« Autokritika » testuan idazleari entzun dio-gunez). Edo alderantziz esanda : beti
arrazoia daukala pentsatzen duenaren jarrera inmobilista ez du gogoko Sarrionandiak.
Horregatik maiteago ditu « erloju inperfektoak », euren zehaztasun falta eta guzti 27.
74 Honek guztiak, azken buruan, pentsamendu kritikoaren beharra aldarrikatzera darama
idazlea, oraingoan ere benetako pentsamendu kritikoa-ren beharra :
Utopia erlijioso dotrinazaleak ahuldu ondoren, utopia sozial dogmatikoak ere
ahuldu dira. Ez da teorizazio unibertsal itxien sasoia eta, kateximak alde batera
utzita, pentsamendu kritiko konplexua indartu behar da. Filosofiak eta politikak
artearen irekitasun eta aukera aniztasun dute.
Hala esaten da. eta hala errepikatzen da, eta egia izango da, baina badirudi hori
esatea eta horixe erritualki errepikatzea dela gure 'manual debotionezko' berria.
(« Manualak », HO-n)
75 Bada, hain zuzen ere, ‘manual’ bat eskaini beharrean gure pentsa-mendu kritikoa
benetan eta praktikan bultzatu nahi duelako idazten du Sarrionandiak idazten duen
bezala, bere ahotsa ezarri beharrean geure ahotsa jartzera bultzatuz : horregatik daude
bere testuak galderez josita, erdiesanez eta paradoxez, horregatik dira anbiguo eta
polisemikoak, horregatik daukate oinarri-oinarrian komunikazio inplizitu eta bikoitza,
horrek guztiak behartu egiten gaituelako irakurleok gogoeta egitera, guztiaren gainean
hausnarketa egitera. Eta guztiaren gainean diodanean esan nahi dut baita idazleak
berak dioenaren gainean ere, ezen lehen ikusi dugunez berak esandakoa ere

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berpentsatu beharrean egongo baikara askotan, erlatibizaturik eta zalantzak


inguraturik uzten duelako, guztia galdera bihurturik.
76 Egiaz, bere testuak diren bezalakoak direlako (oskol eta guzti hela-razten dizkigulako,
Hitzen ondoeza-ko sarreran aipatzen den ipuina gogora-tuz) nork bere irakurketa egin
beharko du, norberaren baitan begiratu eta norberaren iritzi eta aurreritziak
errebisatuz28. Eta horrela, eta horri guztiari esker, « irakurtzen duzularik irakurri
egiten zara », lan honen hasieran jasotzen genuen Sarrionandiaren aipura itzuliz.
Ezbairik gabe. irakurleok badugu Sarrionandiari zer eskertu.

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NOTES
1.  Pako Aristi. Urregilearen orduak. Erein. Donostia. 1998. 100. or.
2.  J. Sarrionandiaren lan horien guztien zerrenda « Bibliografia » atalean aurkitu dezake
irakurleak. Liburu bakoitzaren erreferentzia bibliografikoaren ondoan bakoitzari dagokion
laburdura ere zehaz-tu dugu bertan. lan honetan zehar laburdura horiez baliatuko baikara
askotan gure egilearen testue-tako aipuak eskaintzeko orduan.
3.  Goian aipatutako literatur generoen zerrendan aurki beste bat gehitu beharko dugu :
eleberriarena. Izan ere. Joseba Sarrionandiak l999ko deialdiko Jaka Beka eskuratu zuen hain
zuzen orduko hartan proiektua baino ez zen eleberri bat aurrera eramateko asmoz.
4.  X. Mendigurenen esanetan, « Sarrionandiaren lehenengo ipuinen — « Maddi. indazu
kamamila ». « Enperadore eroa » — eta Narrazioak (1983) bildumaren eragina berebizikoa izan zen
gerokoengan. bai lexiko hautaketan. bai exotismorako joeran. liburu argitaratuetan bezala edo
are gehiago ipuin lehiaketetara aurkezten diren lanetan ikusten denez » (1993b : 100).
5.  Ezaguna denez, 1980. urtean atxilotua eta espetxeratua izan zen Joseba Sarrionandia, etakidea
zelako akusaziopean. Bost urte beranduago, baina, 1985.eko uztailaren 7an zehazki, gartzelatik
ihes egin zuen Imanol abeslariak eskainitako kantaldiaren ondoren bafle baten ezkutaturik. San
Fermin egun ospetsu hartaz geroztik ezkutuan bizi da gure idazlea, « besterririk besterrira »
dabil, « moilarik moila » (bere hitzak dira : ikus Hnuy 131. or. eta 129. or.) eta hor nonbaitetik
idazten digu, klandes-tinitatetik.
6.  Ikus A.E. 1995. Adierazpena guk itzuli dugu euskerara.
7.  Erein. 1998. 38-39. or. Nolanahi ere. urte luzeetan zehar literatur sistema ofizialaren
bazterrean bizi izan ondoren badirudi gauzak aldatzen ari direla. Zentzu honetan esanguratsua
da — eta poztekoa — Sarrionandiak l999ko deialdiko Jaka Beka eskuratu izana.
8.  Sarrionandiaren hizkera landua eta honez gero konfundigaitza bere testuen harreraren
eragile — funtsezkoenetakoa gertatu da beraren gaineko artikulu. erreseina nahiz azterketetan

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alderdi aipatuena eta azpimarratuena izateak darakutsan legez (besteren artean ikus Aldekoa
1998. Butron & de Pedro 1990, Epaltza 1994. Ibargutxi 1987, Jimenez 1989a eta 1997. Kortazar
1982 eta 1997a, Landa 1990. Markuleta 1990b. 1992b eta 1993a. Uribe 1997. ZZEE 1985).
9.  Teoria honen arabera literatur fenomenoa ez da bukatzen idazleak testua idaztean. irakurleak
berau irakurtzean baizik. Irakurketa-ekintza horretan. hain zuzen ere. jasotzen du testuak bere
funtsa eta zentzua. testua ez baita ezer irakurle batek eskuartean hartzen eta irakurtzen ez badu.
Ulertzekoa denez, orduan. irakurketa-ekintza hori hain funtsezkoa izanda. testuek irakurketa
hori bultzatzen duten mekanismoak dauzkate beren baitan. Bestela esanda. idazlea irakurleon
partehartzea eragiten saiatzen da. horretarako estrategia zenbaitez baliatuz.
10.  Izenburu ahoskaezin eta ulertezin horren esanahiaz ikus Azkorbebeitia 1997.
11.  Goian aipatutako estrategia horien guztien azterketa luzeago baterako ikus Azkorbebeitia
1999a.
12.  Aipuaren itzulpena gurea da.
13.  P. Gricek (1957 eta 1975) inplikazio mota bi ezberdindu zituen : hitzen esanahitik beretik
erator-tzen dena batetik (« konbentziozko inplikazioak ») eta. bestetik. « elkarrizketazkoak ».
hau da. testuin-gurutik eratortzen direnak (ez bakarrik testuinguru linguistikotik.
Pragmatikarentzat testuingurua zerbait zabalagoa baita : konstrukto sikologiko bat non
munduari buruz daukagun ezagutza onartua edota asuntzioak biltzen diren). Lan honetan
inplikaturaz aritzean (alegia. inplikazio-multzoaz) bigarren hauen zentzuan arituko gara eta.
horrela. lerrootan aurrera eskainiko dugu beraren adibi-derik. Konbentziozko inplikazioen
adibide bat eskaintzearren. berriz. Sarrionandiaren beraren « Klaseak » testu umoretsua ekarri
nahi dut gogora (Hitzen ondoeza lanetik) : « Estudianteena da sektorerik iraultzaileena, klaserik
gabeko gizartean bizi nahi luketelako ».
14.  Eragiketa hori. baina. ez da uste bezain matematiko eta objektiboa. Izan ere. maiz
inferentziak egiteko orduan nork bere iritzi eta aurreritziak ere tartekatzen ditugu eta
'esandakoa'ren inplikazioak eratorri beharrean nork bere ondorioak ateratzen ditugu. Arrisku
honetaz oso modu argigarrian (eta umoretsuan) ohartarazten gaitu Sarrionandiak berak
« Ikuspunduak » testuan (ikus HO-n).
15.  Alegorian ere irudiak kateatzearen ondorioz testua bi mailen artean mugitzen da — erreala
eta figuratiboa — eta. horrela. alegorian ere posible dira bi irakurketa. Zentzu honetan alegoria
eta guk ‘komunikazio bikoitza’ deitu duguna parekoak lirateke. Parekoak bai. baina ez dira
berdinak. Izan ere. komunikazio bikoitzaren kasuan testua ez dago irudi-kateak osatuta. Bestalde
(eta aurrekoaren ondorio da hau) irakurlea libreagoa da esanahiak eratortzeko orduan ; edo
alderantziz esanda, testu alegorikoan bigarren irakurketaren zentzua ezagunagoa eta
definitiboagoa egiten zaio irakurleari. halako testuen oinarrian dauden irudiek esanahi
kodifikatuagoak ematen baitizkiote aditzera.
16.  Lan honen hasieran Sarrionandiaren ohiko estrategien artean aipatu dugun ‘barne-
testuartekota-suna’ren adibide argia daukagu. beraz, baina ez bakarra (besteak beste. irakur
bitez Ifar aldeko orduak bildumako « Oroitzera eseri » narrazioa eta Hnuy illa nyha majah yahoo
liburuko « Ahots hurrin eta hautsia » poema ; ohartu. gainera, oraingoan ere bi testuok
esplizituki esaten zaigunetik harago jotzera bultzatzen gaituztela, bientzat parekoa den bigarren
irakurketa bati atea irekiz : izan ere, biak ala biak ez ote dira inplizituki gizabanakoon pasibitate
eta inmobilismoa salatzen ari... ?).
17.  Torturatua izan zela ez zekienak edo jakin nahi ez zuenak irakur beza Marginalia. 29. or.
18.  Erbesteak Sarrionandiarengan eta bere lanean daukan proiekzioa dela-eta irakurtzeko zinez
gomendagarria da K. Izagirreren « Breve glosa del exilio Sarrionandiano » lana (ik. 1997a).
19.  Sarrionandiak berak aitortu izan du halakorik : « Agian ez gara gai mundu erreal zabalegi eta
konplexuegiaren mapak egiteko. Aisago deskubritzen eta marrazten dugu terra incognita
imjinario bat. non eta geu garen autore. milaka egile eta desegileren manupean bizi gareneko
territorio mugagabe eta konfliktiboa baino » (Marginalia, 146. or.).

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20.  Ik. « Laket zait zitroi urez izkiriatzea ». Hnuy. 32. or.
21.  Ik. « Poesiaren gauza galdua ». Hnuy, 107-108. or.
22.  Argitu dezadan ‘ere’ horren zentzua : Sarrionandiak idazle legez ez ezik. indibiduo legez ere
erre-sistentzia planteatzen du bizitzaren esparru ezberdinetan. bere lanetan behin eta berriro
agertzen den bidaiaren metafora hemen kokatzen delarik gure irakurketaren arabera (ik.
Azkorbebeitia 1996 eta 1997). Labur esateko. ‘bidaiatzea’ da garrantzia daukana. portura iristea
baino : lortu nahi dugunaren bila abiatzea. saiatzea, ekitea. lortuko ote dugun ez badakigu ere.
23.  Juan Gelman. Poesía. Casa de las Américas. Cuba. 158-159. or.
24.  Sarrionandiaren beraren iritzia da : « Baliozko liburuek behintzat ez dute mezu konkretu
bakar-rik. alde ugaritakoak eta erabilgarriak dira » (« Irakurraldiak ». HO).
25.  Gogora dezagun. adibidez. HO-ko « Nazioa » izeneko testuan idazleak adierazitakoa :
« Nazioaren definizioak arraza. hizkuntza. geografia edo borondate ‘batasunaren’ ideian
oinarritzen ziren. Gaur egun diren nazio gehienak. ostera. anitzak, zatituak eta gatazkatsuak dira
berez. Eta eskerrak, ezen eta zenbait abertzaleren kontzepto batasunzale estuak haintzat hartuez
gero euskal naziorik ez litzateke iadanik posible ».
Nazioaren inguruko Sarrionandiaren pentsaera nahiz jarrera dela-eta. ikus. baita ere. Hnuy bildu-
mako « Harriak eta herriak » poema.
26.  Irakur bedi. adibidez. Aberria. Demokrazia. Zibilizazioa zein Bakeaz Hitzen ondoeza-n idatzita-
koa eta baita « Lengoaiaren boterea eta beste » testua ere. Marginalia-n.
27.  « Bada jende asko erloju geldiaren antzerakoa dena. Badakizu erloju geldiak ordu esaktoa
marka-tzen duela egunean bi aldiz. Erlojua hamarrak eta laurden markatuz gelditu bada.
hamarrak eta laur-denak diren unean erloju geldiak ere benetako ordua markatzen du.
Erloju geldia bezalakoa den jendea ez da bere zeretik mogitzen. Ez du ez aurrera ez atze-ra
egiten. egonean igurikatuko du bere ordua seinalatuz. harik eta denborak arrazoia eman arte. Eta
berea benetako orduarekin ados datorren unean ‘arrazoia nuen. begira !’ esanen dizu...
Eta hor geratzen dira heurenean geldirik. heuren hamar eta laurdenetan. heuren esaktota-sun
elbarrian.
Gainerako erlojuak ez dira egundo hain esaktoak. segunduak aurrera edo minutuak atze-ra
dabiltza. eta ez dira agian benetako orduarekin ia inoiz erabat egokitzen.
Baina laketago zaizkit erloju inperfektoak. ttipi-ttapa beti hor ari direnak. zehaztasun falta eta
guzi » (« Erloju geldiaren paradoxa ». HO-n).
28.  Koldo Izagirreren esanetan. « Sarrionandia practica con humor e ironía la tergiversación. el
contrasentido. el antiaxioma. Con ello logra sacarnos de nuestra seguridad. de nuestra moral de
cámara : atenta directamente contra los cimientos de nuestros tópicos y. muchas veces. aquel
juego conceptual que en una primera lectura nos hace sonreír. queda en nuestro recuerdo como
pregunta inquietante o como posibilidad abrumadora » (1997b : 71).

INDEX
Thèmes : littérature
Index chronologique : 20e siècle
Mots-clés : critique littéraire, écrivain contemporain, littérature basque, Sarrionandia Joseba
(1958-)

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Nz-bait izenordain zehaztugabeen


jatorriaz
Ricardo Etxepare

NOTE DE L'AUTEUR
Eskerrak eman nahi dizkiet artikulu honen idazketan lagundu didatenei : Joseba
Lakarra. Bernat Oihartzabal. Georges Rebuschi eta Xarles Videgaini. Haietariko inor ere
ez da, jakina, hemen esa-ten denaren erantzule.
 
0. Sarrera
1 Izenordain zehaztugabeen eremuak euskaraz nor/zer galderazkoak 1 eta haien gainean
eraikitako zenbatzaileak biltzen ditu (EGLU I, 87-103 ; EGLPB, 58-67) : norbait/zerbait
gisako existentzialak, edonor, zernahi beza-lako unibertsalak eta inor/ezer
polaritatedunak2. Eremu hau, orohar, bereziki egongaitza eta aldakorra da
diakroniaren aldetik (ikus, gainbegiratu orokor baterako, Haspelmath, 1997, seigarren
kapitulua). Lan honek euskarazko nor/zer-bait – en gisako izenordain zehaztugabe
existentzialen jatorria trata-tzen du, eta hipotesi berri bat defendatzen : nor/zer + bait
formak adjunktu funtzioa betetzen duten perpaus erlatibo libreetarik heldu direla.
Hipotesi honen arabera, forma horien azpian honelako egiturak izango genituzke 3 :

(1) a. ...bainan zuek trublatzen zaituztenak, ekarriren du kondemnazioa,


nor ere baita hura (Leizarraga, Gal 5, 10)
b. ...bainan zuek altaratzen zaituztenak ekarriko du horren pena, nor ere
baida hura (Hnd. Ibidem)

2 Biak latinezko « qui autem conturbat vos, portabit iudicium, quicumque est ille »-ren
itzulpenak.
3 Batetik besterako bidea (hau da, balio unibertsaleko perpaus erlatibo libreetarik balio
existentzialeko izenordain mugagabeetarainokoa) tipologian ondo bermatua dago (ikus

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3.atala), eta hipotesiak euskaraz izenordain zehaz-tugabe existentzialek erakusten


duten forma aldeko ugaritasuna zehazki mugatzeko bidea ematen du. Garrantzi
haundia izango dute, hipotesi honen justifikazioan, izenordain zehaztugabe
existentzialen jatorriaz arduratu diren ikerlari bakanek (Lafon, 1944, 1966 eta 1973 ;
Trask, 1997) aintzat hartu ez dituzten eta itxura batean osoagoak ematen duten forma
historiko batzuk, hala nola norbaita, zerbaita edo noizbaita bezalakoak.
 
1. Nz....-bait formak ahozko eta idatzizko tradizioan
4 Gauza jakina da norbait/zerbait gisako formen esparruak aldaera ugari dauzkala ahozko
nahiz idatzizko tradizioan. Atal honetan, aurkitu ahal izan ditudan aldaera guztiak
bildu ditut. Aldaera guztiok lau egitura oroko-rretan bil daitezke. Egitura hauek
atalburuan ematen ditut.
 
1.1. [[NZ [(PL) [KASUA/POSPOSIZIOA]]] [ BAIT]] formak

5 Honelakoetan aipatuenak (Lafon, 1966) Dechepare-k dakarzki :

(2) a. Norc baytere amoria niri daraut muthatu (VII, 7)


b. Norc vaytere eguyn deraut malicia handia (XIII, 31)

6 Horiez gain, Añibarrok noribait ere dakar (EL2 137). Nortzu formekin lotuak dira
XlX.mendean Bizkaiko autoreengan agertzen diren nortzukbait (Astarloa II, 194 eta
Uriarte Marll, 60) eta Juan Jose Mogelen nortzuibait, hemen ematen duguna 4 :

(3) Egija da emen [...] ez dakigula iñok bere ziur ziur grazijaan aurkituten
garianik, Jangoikuak nortzuibait agertu edo errebelatu ez badautsee
(Mayatz 51)

7 Gipuzkoan, Agirre Asteasukoaren etsenpluak ere baditugu :

(4) Nai nuke nork ere bait begi onez ekustea, gizonai ederra iritsitzea
(Eracusaldiac, III, 552)

8 Kasua tartean agertzen duten etsenpluez gainera, badira ere pospozi-zioa tartean
agertzen dutenak. Horietako batzuk egun ere ohikoak dira (non-bait, noizbait, nolabait
eta norabait), baina ez guztiak : Azkuek zertazbait (R-bid) « de algo, de quelque chose »
eta zetanbait (B-mañ) « por algo, en busca de algo ; pour quelque chose, en quête de
quelque chose ». Horiekin batera nondikbait eta nondik-baitetik ere badugu (OEHtik) :

(5) a. Lar-abere asko zan orduan erori/Alere sortu dira nondik bait iori
(Izt, Condaira, 195)
b. Nondikpaitik aditu dut « j'ai entendu de quelque part » (Dv, Hiztegia)

 
1.2. [[NZ [(B)ERE [BAIT]]]

9 Nola-rekin, baditugu nolarebait, nolerebait (Azkuek Gipuzkoan bilduak) eta nola (b) erebait
eta nulerebait (Azkueren arabera zubereratikoak). Non- ekin : nunerebait, nonberebait« 
seguru aski » esan nahi dutenak (Añibarrorengan) eta nunerebait « nonbait (lekuzkoa) »

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(Beovide, AsL 205). Mendiburuk noraerebait dakar eta Urte-k (Hiztegia I, 501), Agirre
Asteasukoak eta Beovide-k noizerebait. Horra exenplu gisa (6) :

(6) Noiz-ere bait biur gaitezen gerengana, nere kristauak (Eracusaldiac, III,
343)
Forma hauen sailean sartzen dira baita ere Leizarragaren cembaterebeit,
cembatrebeit, eta ceimbaitrabeit :
(7) a. Eta egon guentecen hiri hartan cembatrebeit egun (Apostoluen Acteac
16, 12)
b. Igorrac cembaiterebeit gende Ioppera... (Apostoluen Acteac 11, 13)
c. Eta cembaitrabeit egunean buruan... (Apostoluen Acteac 24, 24)

 
1.3.[[NZ [-KO [-A]]] BAIT]]]

10 Azkuek nolakoabait (AN, BN, G, L...) ematen du hiztegian « régulier, passable, de qualité
quelconque » esanahiarekin. Baita zelangoabait ere ( bait-sarreran, esangura adierazi
gabe).
 
1.4. [NZ [(ERE) [BAITA]]]

11 Bere morfologian (266. Sarrera, 192.orr.), eta hiztegian ere bai, ohiko norbait/zerbait,
norbeit/zerbeit eta norbaist/zerbaist – en ondoan, Azkuek nopaita (B) eta zepaita (B-mu)
ere jasotzen ditu. Nopaitxe aldaera ere jasoa dago (OEH : Ortuzar, Voc, 141, V-ger), eta
gaur egun bizirik dirau gutxienez Bermeon, zepaitxe -rekin batera (Bilbao, 1998).
Bermeoko euskaraz idatzitako De la Quadraren 1784ko dotrinan (Bilbao, 1998) norbaita
aurkitzen da :

(8) iñoc norbaita ilten dabenian... (Doctr.54)

12 Zerbaita forma, bere aldetik, ez da guziz arrotza testuetan : Juan de Zumarragaren


gutunean agertzen da (A Tovar, E. Otte & L. Michelena, 1981 ;Sarasola, 1983) :

(9) mjlla ducat bidalduco ditugula urte onetan njc uste : orayn vere cerbayta
voa...

13 Juan Ortiz de Velascoren itzulpenean cerbayta hori egungo zerbait arrunta da 5 :
« ...pienso que enbiaremos este mill ducados. Tanbien ba algo agora... »
14 Norbaita/nopaita eta zerbaita/zepaita formez gainera, nunbaita eta nospaita ere aurkitzen
dira6. Añibarro-k nunbaite dakar Esku Liburuan. Nunbaita Urquizuren bertsoetan (1737)
agertzen da (OEHaren nonbait2 sarreratik) « seguru aski » ren esanahiarekin :

(10) orra nun doian erruki baga/odolezko iturriia/nunbaita oorain


amaituko al dau/bere betiko egarriia

15 Azkuek, Euskalerriaren Yakintzan nunbaita be (B-l) eta nunbaite be (B, Alt) jasotzen ditu
« jakina, noski, bai horixe » -ren esanahiarekin, eta hiz-tegian berriz nunebeita (S)
« noski, seguru aski » ren adierarekin baita ere, mende honetan Eskualduna aldizkaritik
hartua7 :

(11) Berantto orai mahatsez mintzatzeko, erranen dü nunebeita irakurzale


batek beno haborok (Eskualduna, 17-XI-1905)

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16 Noizbaita- ri dagozkion aldaerak ere badira : Olaetxearen dotrinan (1740) eta Zuzaetaren
idazkietan (XVIII. mendearen bukaeran). Olaetxearen exenplua, hauxe (OEH, noizbait
sarrera, 847.orr.) :

(12) Nos baita bearra egin lei domeka eta jaiegun bearrik ez egiteko esanta
dagozanetan ?
Eta Zuzaetarena :
(13) Azkenik dauko obligaziñoia nosbaita emaztiaren konsejuba artu eta
bere esana egiteko

 
2. Egungo izenordain zehaztugabe existentzialen
sorreraz bi hipo-tesi : Lafon (1944, 1966, 1978) eta
Trask (1997)
17 Azkue izan zen lehenbizikoa ohartzen (edo ohartarazten) norbait/zerbait formetako -bait
atzizkia menpekotasuna markatzeko baliatzen den bait- flexio-aurrizki berbera izan
zitekeela (Morfologia Vasca, I, 529, sarrera). Azkuerentzat, deigarri egiten zen
izenordainei lotzen zaien atzizki horrek aldaera dialektal bat duenean, adizki jokatuari
lotzen zaion aurrizkiak ere aldaera bera izatea. Honela, -baist (Azkuek B, hau da bizkai-
koa) eta -beit (Azkueren arabera S, hau da Zubererari dagokiona) - bait orokorragoaren
aldaerak baldin badira, adizki jokatuari lotzen zaien aurrizkien kasuan eremu
bertsuetan aldaera berberak aurkitzen ditugu8.
18 Lafon-ek Azkueren ohartarazpena aintzakotzat hartu eta urrutiago eramanaz aurrizki-
atzizkien identitatearen tesia proposatu zuen (1944, 481-491.orr. ; 1966 ; 1973,
43-45.orr.). Lafon-en arabera, bait funtsean baiezkotasuna azpimarkatzeko erabiltzen
den bai forma librearen kidea da 9. Bait forma, adizki jokatuari nahiz izenordainkiari
lotzen ahal zitzaien. Ikuspegi honetan, norbaitago eta norbait dago biak ere *nor bait dago
zaharrago batetik heldu dira, zeinetan bait formak alde batera edo bestera egin
zezakeen, baiezko tasuna izenordainkiari edo adizki jokatuari (eta beraz, proposizioari)
eratxekiaz. Bait, egun, izenordainkiaren edo forma jokatuaren parte da, baina haren
behinolako izaera librea izenordain zehaztugabeen aintzineko zenbait formatan ere
igar daiteke. Honela, esate baterako, Dechepare-k nork bait ere dakar, ohikoa dugun
norbaitek - en aldean (ikus 1.1. atala). Asumituaz flexioari (eta beraz, kasuari) dagozkion
morfemak sintagma « itxi » egiten dutela zemahi ondoko operazio
morfologikorentzako, Dechepare-ren forma horiek bait oraindik bere eskuko zen garaia
jasotzen dute, Lafonen iritzian10.
19 Trask-ek (1997, 197-198.orr.) Lafon-ek ez bezala, bait forma jatorrian adizki jokatuari
dagokiola proposatzen du. Harentzat, nor/zer formak galderazkoak nahiz mugagabe
hutsak izan zitezkeen, baina mugagabeko formek bait- aurrizkia galdetzen zuten beti
adizki jokatuan. Delako egoera hartan, *nor baitzen bezalako hurrenkerak bestelako
zatiketa baten bidetik interpretatzen hasi ziren : norbait zen gisa, alegia. Hortik egungo
mugagabeak11.
20 Bai Lafon-ek eta bai Trask-ek gogoan duten ustezko aurreko egoeran, euskarazko nor
eta zer bezalako galdera hitzek berezko balio zehaztugabea dute, eta beregainki
jokatzen dute sintaxian. Hau propietate tipologiko arrunta da, munduko hizkuntza
askok erakusten dutena (ikus, besteak beste, Cheng, 1991 ; Bhat, 2000).

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21 Lafonen eta Trask-en hipotesiak ez dira hein berean moldatzen bildutako mugagabeen
aldaeren aurrean. Har esate baterako 1.1. ataleko kasuak, kasu marka nor/zer- en eta
bait partikularen artean agertzen direnekoak :

(14) Nork bait ere amoria daraut muthatu

22 Lafonentzat, Dechepareren etsenplu honek bait partikula bere eskuko zen garai bat
ematen digu aditzera. Egungo termino sintaktikoak erabiliaz, esan genezake bait,
baiezkotasuna adierazten duen bai- rekin lotua dena, maila proposizionaleko buru
funtzional bat dela, edo gisa horretako buru bati lotua dela (Laka, 1990 - en zentzuan).
Nork horrenbestez, buru hori baino gorago dago. Lakari jarraituaz buru hori Sigma
izendatuko dugu :

(15) [SSint Norki [SSint baitere [IP ti amoria daraut muthatu]]]

23 (15) eko egitura guziz hipotetikoa da noski, baina maila proposizionaleko morfemek
haien semantikarekin zer ikusia duen posizio sintaktiko bat hartzen badute, (15) ezin
da urrutiegi ibili behintzat nork eta bait- en elkarrekiko kokapenari dagokionean. Trask-
en hipotesian, ordea, hasiera batean adizki jokatuari lotua den aurrizkiak
izenordainarekin bat egiten bukatu behar luke. Bat egite hori bide morfologiko
ohikotik egiten baldin bada, handik sortzen den forma konplexuak ezin du kasu marka
bere baitan hartu. Nolabait esateko, Decheparerena bezalako kasuetan bait- aurrizkia
bide erdian gelditu da : adizki jokatutik urrutiegi eta izenordainarengana txit ailegatu
gabe.
24 Bata zein bestearen hipotesiak, bestalde, zer esanik ez dute 1.4.-ko (nopaita/zepaita)
formei buruz.
 
3. Euskarazko izenordain zehaztugabeak tipologiaren
argitan
25 Haspelmath (1997)-ek, gaur arte gai honen inguruan egin den lanik zabal eta osoenean,
izenordain zehaztugabeak kasurik gehienetan deribaturiko formak direla defendatzen
du, galderazko izenordainen edo izen mugagabe sinple baten eta indar
kuantifikazionala eratxekitzen dion partikula baten elkarketaz eratuak. Euskararen
izenordain zehaztugabeen sailari begiratzen badiogu, jeneralizazioa ezin zuzenagoa da :

(16) EsistentzialakPolaritatedunak Unibertsalak-1 Unibertsalak-2Nor- bait i -


hor / ne -hor nor - nahiedo-nor(<*e-nor, Mitxelena, 1985)

26 Tipologiaren aldetik, izenordain sinpleei ezartzen zaizkien partikula edo emendailu


horiek bi iturburu nagusi dute : lehena, zehazkabetasuna adierazten duten perpaus
osoen gramatikalizazioa da ; bigarrena, galderazko izenordainaren edo izen mugagabe
sinplearen denotazio egituran mailakatze bat eragiten duten foko partikulak dira 12. Bi
iturburu hauen adibide gisa, hona hemen bi kasu, lehena Lituanierari dagokiona,
bigarrena Serbo-kroazierarena (Haspelmath, 1997, 131 eta 138.orr.) 13 :

(17) a. kaz-kas (kazin-kas, kazno-kas) « norbait » < kas zino kas « nork daki
nor »
b. i-ko « edonor » < i - « ere » + -ko « nor »

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27 Lituanieraren kasuan, gramatikalizaturiko perpaus nagusi oso bat haren menpekoa zen
(edo haren menpekoaren barnean) zen galdera hitzaren aurrizki bilakatu da. Bigarren
kasuan, euskarazko ere-ren kide den zerbait galdera hitzari zuzenean lotzen zaio
izenordain zehaztugabe unibertsal bat eratzeko.
28 Bi prozedura hauek predikzio desberdinak egiten dituzte euskarazko izenordain
zehaztugabe existentzialen izaerari eta jatorriari buruz. Lehen bideari segituez gero,
nor/zerbait sailaren azpian gramatikalizaturiko perpaus osoak ditugu. Bigarren bideari
jarraituez gero, -bait jatorrian behintzat mailakatze balioa zuen foko partikula bat da,
nor/zer galderazkoei lotzen zitzaiena.
29 Horrekin lotua dago bigarren problema bat : Azkuek eta Lafonek bait aurrizki-atzizkien
artean ikusi uste izan zuten kidetasuna zinezkoa bada, zer egiten dugun itxuraz
osoagoa den -baita atzizkiarekin. Azkue-Lafon-en bide-tik abiatuta, bi aukera daude
bakarrik : edo bait- aurrizkia jatorrian baita- da eta adizki jokatuen aurrean (eta
euskalki gehienetan, hitz bukaeran) bokala galdu du, edo -baita atzizkiak badu
erantsizko zerbait, oraindik identifikatu ez duguna, eta oinarrizko forma adizki
jokatuekin aurkitzen duguna da.
30 Lehen problema sailari gagozkiola, bigarren hipotesia besterik gabe bazter daitekeena
da. Nor/zer galderazkoaren ondoan datorrena ez da maila-katze funtzioa duen foko
partikula bat, baizik eta konplementatzaile bat, pro-posizio mailako menpekotasun
erlazio bat adierazten duen zerbait, Azkuek eta Lafon-ek ikusi zuten bezala 14.
Honenbestez argi dago izenordain zehaz-tugabeen jatorriari begiratuez gero, lehen
hipotesiari jarraiki behar gatzaiz-kiola, eta ez bigarrenari. Honek, edozein kasutan ere,
ez digu bigarren arazoa konpontzen, alegia konplementatzailearen eta izenordain
zehaztugabeak sortzen dituen atzizkiaren azpian baita dagoen, ala -baita atzizkia eta
bait- au-rrizkia bereizi behar ditugun. Ohar gaitezen gramatikalizazioaren bidetik
jotzen badugu, bukaerako - a hori gramatikalizazio prozesuan karriaturiko elementu
bat izan daitekeela, jatorrian bait atzizkitik berezia dena. 3.1. ata-lean lehen
posibilitatea tratatuko dut laburki. 3.2. atalean, bigarrena eta hobetsiko dudana.
 
3.1. Litekeen baita- aurrizkiaz

31 Bait- aurrizkiaren eta -bait atzizkiaren azpiko forma baita bada, ez da beharbada
burugabea biak balizko bai eta batetik heldu direla pentsatzea 15. Adizki jokatuei lotzen
zaien aurrizkiari dagokionean, ez dirudi fonologikoki problema haundiak sortzen
dituenik : baita, baitu forma jokatuen azpian honelako prozesu bat izango genukeen :

(18) *bai eta da> *baita da> *baitaa> baita


*bai eta dadu> *baita dadu> *baitadau> *baitau>baitu

32 Bait- forma laburragoa bilakaeraren emaitzak ahalbideraturiko segmentazio berri baten


ondorio izango litzateke.
33 Azpiko eta-ren presentziak esplika lezake zergatik bait -ek berez denborazko balioa izan
dezakeen Lafon-ek aspaldi nabarmendu egitura batzuetan (Lafon, 1966, 683-686 ;
Oihartzabal, 1987) :

(19) zu jin báit, eginik duket « pour votre arrivée, je l'aurai fait » (Lafon,
1966, 683.orr.)

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34 Bait- beste aldetik, bitxia da menpekotasun erlazio oso desberdinak markatzen


dituelako (kausalak, moduzkoak, denborazkoak, Lafon, 1966 ; Oihartzabal, 1987). Jakina
da juntagailuak subordinazioari dagozkion men-pekotasun erlazioak ahalbideratzen
dituztela, behin diskurtsuan txertatuez gero (Culicover eta Jackendoff, 1997 ; edo
Rebuschi, 2001, juntaketa eta subordinazioaren arteko mugak desegiten dituen ikuspegi
baterako), eta men-pekotasun erlazio hauek askotarikoak izan daitezkeela. Bait- en
azpian baieta- dagoen ala ez berariazko azterketa merezi duen kontua da, nere irudiz,
baina ez dut uste izenordain zehaztugabe esistentzialen jatorria argitzeko orduan argi
gehiegi egiten digunik. Batetik, ez dugu batere lekukotasunik konplementatzaile gisa
funtzionatzen duen bait- aurrizkiari dagokion azpiko forma baita dela erakusten
duenik. Pentsatzekoa da hala ere, delako -baita atzizkia, bere osotasunean mantendu
bada izenordainen sailean, arrastoren bat utziko zuela baita ere adizki jokatuen
dermioan. Baina ez dugu bakar bat ere.
 
3.2. Gramatikalizazioaren hipotesia

35 Bildu ditugun aldaera guziak elkarrekin jartzen baditugu eta haien ele-mentuak forma
bakar batean biltzen, ateratzen den emaitza ezagun egiten zai-guna da. Nor/zer
absolutibo batetik abiatuez gero, honakoa :

(20) Nor/zer... (forma guziek dutena) = >


Nor/zer ere... (1.2. formetatik) = >
Nor/zer ere bait... (1.1, 1.2, 1.3) = >
Nor/zer ere baita (1.4. ko formek erakusten duten akabuko bokala erantsiaz)

36 Baina, noski, azken forma hau erlatibozko libre bat da, nor/zer galderazkoen gainean
eratutakoa. Hona, esate baterako, kasu eta preposizio desberdinak agertzen dituzten
izenordain zehaztugabeei (1.1. formak) dagozkien (edo legozkiekeen) ale batzuk 16 :

(21) a. Nor ere baita ez da sarthuko « Quel qu'il soit, il n'entrera pas »
(Duvoisin- en hiztegitik) 17
b. Nola ere baita, bada fikzionez, bada egiaz, Krist predikatzen da « en
quelque manière que ce soit » (Leiç., Phil 1)
c. Non ere baita« quelque part qu'il soit » (Pouvreau, Hiztegia)

37 Tipologikoki, egitura hauek oso iturburu ohikoa dira izenordain zehaz-tugabeentzat.


Haspelmath-en arabera (1997, 129-139.orr.), gramatikalizazioz eratu diren izenordainek
hiru iturburu nagusi dituzte : lehen iturburua, berak ez dakit zer gisako zehaztugabeak
(ingelesez dunno type) deitzen dituenak sortzen dituena da 18. Honelakoetan perpaus
nagusi oso bat zehazkabetasuna adierazten duen aurrizki bilakatzen da. Perpaus hori
jakingabetasuna adie-razten duena izaten da. Horrelakoak aurkitzen dira esate
baterako Ingeles Zaharrean (22a), Bitarteko Goi Alemanieran (Middle High German,
(22b)), eta egungo errumanieraz, dialektalak diren formetan (22c) (Haspelmath, 1997,
131.orr.) :

(22) a. nathwa « norbait » <ne wat hwa « ez dakit nor (k) »
b. neizwer « norbait » <ne weiz wer « ez dakit nor (k) »
c. nestine « zenbait » <Latinezko nescio quis « ez dakit nor (k) »

38 Bigarren iturburua, nahi/gogo- ren presentzia erakusten duten izenor-dain


zehaztugabeak sortzen dituena da (want/please type) : nor/zer bezalako izenordainkiei

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lotuak agertzen diren hainbat atzizki nahia, gogoa edo atse-gina adierazten duten
elementuak dira, normalki aditz lexikalizatuak (Haspelmath, 1997, 132. orr.). Hauek
erlatibo libreetarik heldu dira. Kasu ezagunak dira gure artean latinezkoak (23a), eta
espainolezkoak (23b). (23c) errumanierako forma dialektal bat da :

(23) a. qui-vis edo quilibet« inor »<qui« nor » + vis« nahi duzun » edo libet


« atsegin den »
b. cualquiera« edozein, zernahi »<cual« zein » + quiera« nahi duen »
c. cine-va« norbait » (cine« zein » + va<vrea« nahi du »)

39 Euskarazko zernahi- k, dakigunez, iturburu bera du19.


40 Azkenik, Haspelmath-ek « it may be » type indefinites deitzen duenen saila dago. Hauek
predikazio kopular baten gainean eraikitako erlatibo libree-tarik heldu dira. Erlatibo
libre hauek euskarazko nor/zer/zein ere baita formen kide garbiak dira. Adibidetzat,
frantsesezko (24a), errusierazko (24b) eta hebraierazko (24c) :

(24) a. Qui que ce soit« zein ere baita »


b. kto nibud« inor, norbait »<kto ni budi (kto« nor », ni« ere »budi« baita »)
c. mi-se-hu« norbait » < « nor ere baita »

41 Euskarazko nor/zerbait formak beraz, sail honi legozkioke : azpian predikazio kopular
bat duten erlatibo libreetarik eratorritako izenordain zehaztugabeen sailari alegia.
Aipatzekoa da (zernahi-ren gramatikalizazio patroi bertsuari jarraikitzen zaiolarik),
forma hauetan zehazkabetasuna adierazten duen partea atzizkia dela, espero litekeen
bezala. Honek (ikus azken atala) zernahi eta zerbait sailak edonor eta inor sailetatik
bereizten ditu. Lehenbizikoen kasuan, gramatikalizazio prozesuak, erlatibo libreetarik
abia-tuaz, atzizkiak sortu ditu, erlatibo libreetan nor/zer izenordainkiak erlatiba-
tzearen markaren edo aditz-izenaren (zernahi-ren kasuan) aurretik doazelako 20. Edonor
eta inor – en sailak, aurrizkien bitartez eratuak, lite-keena da gramatikalizazio prozesu
baten emaitza ez izatea, baizik eta izenor-dainkien gainean zuzenean eraikitako
formak21.
42 Gramatikalizazio prozesuaren azpian dauden erlatibo forma hauek berehala
esplikatzen dute aurreko hipotesietan zail gertatzen ziren aldaera batzuk. Batetik,
norbaita/zerbaita bezalakoak, erlatibo librearen adizki jokatua oso-rik gordetzen duten
formak dira. Nolakoabeit bezalakoak, beste alde, nolakoa baita erlatibo libreari dagozkio.
Horrelakoak ere arruntak dira tradizio litera-rioan22 :

(25) a. Zelangoa baista amea, alangoa oi da alabea (RS, 35)


b. Nolako baita nihor bera baitan, hala iujeatzen du kanpotik (SP Imit II 4, 2)

43 Kasua tartean agertzen duten egiturak, -bait (a) formek oraindik erlatibozko librearen
barne egitura gordetzen duten egoera jasotzen dute. Nolerebait bezalako formak
mailakatze partikula (ere) gorde duten erlatibo libreetarik eratorritako forma
fosilizatuak dira.
44 Esan behar da, kasu marka tartean agertzen duten etsenpluetan, kasua perpaus
nagusiko flexioak ezartzen duela. Kasu marka galdera izenordainari atxikia erakusten
duten izenordain guztiak behinolako perpaus oso baten egi-tura morfologikoa besterik
gordetzen ez duten forma lexikalizatuak dira. Begiak antzeko gramatikalizazio
prozesua jasan duten nornahi/zernahi for-metara itzultzen baditugu, iduri du kasu

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menpekotasun hau, adizki jokatua bera galdu baino lehenagokoa izan zitekeela (OEH,
nornahi sarrera, nork nahi den azpi sarrera) :

(26) a. Fideletaric nork nahi den Iainkoa bere aita dei ahal dezake
partikularki (Leiç., Ins E 4v)
b. nork ere nahi den egin lezan (Samper)

 
3.3. Bokalaren erorikoaz

45 Hau guztia zuzena baldin bada, egungo formak norbaita/zerbaita formetarik sortuak
dira, bukaerako bokala erori ondoren. Bokalaren eroriko hau ondo ordezkatua dago
adizki jokatuen bukaerako - a ren kasuan (ikus Mitxelena, FHV, 131-132 ; De Rijk, 1981).
46 Hori horrela bada, baina, predikzio garbi bat egiten dugu : espero dugu
gramatikalizazio prozesuan bitarteko egoera bat aurkitzea, zeinetan bokala hitzaren
azken posizioan gertatzen ez denean, forma osoena aurkitzen baitugu. Bizkaialdeko
idazleengan (gogora nopaita/zepaita formak bizkaie-raz aurkitzen direla bakarrik)
aurkitzen ditugun alternantzia bitxi batzuk bitarteko egoera horren adierazle izan
litezke. Ez Juan Antonio Moguelek, ez Zavalak, ez eta Vicenta Moguel-ek ere ez dute
zerbaita bezalako formarik agertzen, baina bai, itxura batean, haietatik eratorritako
zerbaitako forma :

(27) a. Bizi naizala banaiz zerbaitako ; illtzen banazute, ez ezertako (V


Moguel, Ipui Onak, 96)
b. Bizi nazala banaz zerbaitako ; ilten banozue ez ezetako (Zavala, Alegiak,
532)
c. Aita seme batzuk juan dira sabaira, aita katu aundijaz ta semia bere bai
zerbaitakuan (JA. Moguel, Peru Abarka, 61)

47 Ildo berean, Azkuek ez du zelanbaista edo zelanbaita aldaerarik jasotzen, baina bai
haietatik eratorriak ematen duten zelanbaistako eta zelanbaitako « cosa buena,
apreciable, magnífica ; chose bonne, appréciable, magnifique ». Honako etsenpluan
bezala (B-l) :

(28) Zelanbaitako belarritako urrezkoak ekarri deutsaz osabeak Habanatik

48 Halaber zenbaitan (AN-Ond), bestela ere aurkitzen zail ez dena :

(29) Guk elkarrekin zenbaitan broma pixka bat ere izaten genuen (Lizaso,
Jose JoakinMitxelena gogoan, 42.orr.)

49 Eta beste horrenbeste nolabaitan (OEH, « de alguna manera ») formarekin, nolabaita-ren
arrastorik aldean ez duena :

(30) Ustegabeko erasoa nolabaitan gaindu naiean (Tomás Agirre, Uztaro,


18.orr.)

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4. Gramatikalizazio prozesuaz
4.1. Izenordain zehaztugabeak : sailkapen bat eta inplikazio
erlazioak

50 Aspaldi xamar, Edmonson-ek (1983), polaritatedun adizki laguntzaileen hizkuntzarteko


distribuzioa aztertu ondoren, hizkuntzek izenordain funtzioak eta izenordain formak
nola uztartzen zituzten irudikatzen zuen diagrama bat proposatu zuen. Diagrama
honetan, polaritatedun laguntzaileak agertzen diren kontestuak adierazten dira,
halako moldez non izenordain bat funtzio horietako batean ager badaiteke, orduan
ezkerreko funtzio guztietan ere agertu ahal izango baita :

(31) ezezkoak > galderazkoak > baldintzazkoak > konparaziozkoak

51 Haspelmath-ek (1997), 40 hizkuntzetako izenordain zehaztugabeak xehero aztertu


ondoren, eta beste 100 hizkuntzetako datuak kontsideratu ondoren, dimentsio bitako
diagrama baten bidez ordezkatzen du Edmonson-en dimentsio bakarreko diagrama 23 :

52 Haslpemath-en arabera, (32) ko mapak izenordain zehaztugabeen hizkuntzarteko


distribuzioaren berri ematen digute. Batetik, (32) n adierazten diren kontestuak dira
hizkuntza guztietan izenordain zehaztugabeak baimen-tzen dituztenak. Bestetik, eta
hau da Haspelmath-en kontribuzio tipologiko handiena, izenordain jakin batek (forma
jakin bateko izenordainak) funtzio bat baino gehiago betetzen badu, direlako funtzioak
elkarren ondoan egon behar dute mapa horretan. Hizkuntzen arteko diferentziak
forma eta fun-tzioaren uztarketari dagokionean, ez dira beraz zoriaren baitakoak,
baizik eta hein handi batean mugatuak. Ez dago, esate baterako, Haspelmath-ek aztertu
hizkuntzetan, kontestu ez-espezifikoetan eta zeharbidezko ezezkoetan agertzen den
izenordain zehaztugaberik, galderazkoetan ere agertzen ez denik. Egon daiteke, hala
ere, ezezkoetan eta zeharbidezko ezezkoetan agertzen den izenordain bat,
galderazkoetan agertzen ez dena. Hizkuntzek modu batean edo bestean banatzen dute
mapak adierazten duen funtzio eremua, baina banaketa lerroak ez dituzte sekula
bereizten ondoz ondo edo marra batez lotuak diren kontestuak. Euskarak, gure
egunean, honelako banaketa bide du (Haspelmath, 1997, 75.orr.) :

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53 Haspelmath-ek proposaturiko mapak predikzio batzuk egiten ditu gramatikalizazio


prozesuaren zer-nolakoaz ere : mapak erakusten dituzten ondo-kotasun erlazioak
izenordain forma posible guztiak agortzen badituzte, gramatikalizazio bideak erlazio
horiek ere obedituko ditu. Izenordainek aur-reikus daitekeen modu batean eskuratuko
dituzte funtzio berriak : hain zuzen ere ondoan (eta marra batez loturik) dauden
funtzioetara lerratuaz. Haspelmath-en arabera horixe da gertatzen dena. Ikertzen
dituen gramatika-lizazio prozesuetan ez dago ezinezko ezein eremuri dagokion
bitarteko formarik. Aldiz, gramatikalizazio prozesuaren emaitza desberdinak espero
litekeen modukoak dira. Hautu libreko interpretazioa duten erlatibozko libreetarik
eratorritako izenordainen kasuan honako taula ematen du adibide gisa (148.orr.) :
54 (34) espezifikoa ez-espezifikoa galdera/baldintza gonbarazioa hautu librea

55 (34) ko taulak erakusten dituen gramatikalizazio bideek bi ezaugarri dituzte : (i) funtzio
desberdinen ondokotasuna ez dela hausten (forma bakoitzak (32)-eko diagraman
loturik agertzen diren funtzioak hartzen ditu) ; eta (ii) funtzioen etengabeko zabaltze
bat baino areago, funtzio desberdinetarako lerratze bat dagoela, jatorrizko funtzioak
atzean uzten dituena.
56 Euskararen kasuan, erlatibozko libreetarik eratorritako norbait/zerbait formak hautu
libreko balioa izatetik kontestu ez-espezifikoak eta gal-dera/baldintzazkoak
besarkatzen dituen eremuan baimenduak diren formak izateraino iritsi dira, balio
existentziala dutenak. Honetan, euskarazko norbait/zerbait frantsesezko quelque – ren
kide dira (lehenak izenordainak izanik, bigarrena determinatzailea bada ere).
Frantsesezko quelque ere (Haspelmath, 1997, 139.orr.) erlatibo libre baten
gramatikalizazioaren emaitza da. Hona frantses zaharreko kasu batzuk (Foulet, 1928,
190-191.orr.) :

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(34) Mes quel samblant qu'el en feist


li chevaliers samblant n'en fist (La Chastelaine de Bercy, 53-4)

57 XII.mendetik aurrera, quel (adjektibo balioarekin) eta que konplementatzailea elkarren


ondoan agertzen hasten dira, guziz bat egin gabe, esapide ohiko batzuetan. Esapide
horietan arruntena, a quel que paine « zein ere neke egiten baita, kosta ahala kosta ».
XII. mendean bertan, badira etsenplu bakan batzuk non quel... que hurrenkerak osagai
bakarra osatzen duen :

(35) an quelque leu que vos ailliez « nora ere joaten baitzara, edonora
zoazela ere » (Chrestien de Troyes, Li Contes del Graal, Perceval, 597-9)

58 Euskaraz bezala, frantsesezko quelque erlatibo libre batetik dator, eta hautu libreko
izenordain zehaztugabe izatetik izenordain zehaztugabe existentziala izatera pasatu
da.
59 Nola pasa dira baina, quelque eta norbait- en gisakoak existentzial izatera ?
 
4.2. Gramatikalizazioaren eragileez

60 Lehen begiratuan, iduri luke izenordainaren bukaerako forma jokatuen ahulezia


fonologikoa, eta haien ondorengo galerak – bait atzizkia sortu zutela. Behin hartaraz
gero, hurrengo pausua bait- en aurretik zegoen flexio marka ororen (Kasu marka nahiz
deklinabide atzizkien) kanporatzea izango zen. Kanporatze honen arrazoia
morfologiaren antolaketa orokorraren baitan dago, eta honela eman daiteke
(Haspelmath, 1993, 291.orr. ; ikus baita ere Bybee, 1985, 40.orr.) :

(36) Flexioa Deribazioaren Kanpoan Egon Beharraren Printzipioa


Morfologikoki konplexua den hitz bat hobetsia da flexio hizkiak deribazio
hizkiak baino urrutiago baldin badira errotik edo hitz oinetik

61 Delako hobespen printzipioa24, bestalde, ez da aspaldiko unibertsal ezagun baten


birformulazioa baizik :

(37) Deribazioak eta flexioak biak ere erro edo hitz oinaren ondoan edo
aitzinean badaude, deribazio hizkia beti dago erro edo hitz oinaren eta
flexioaren artean (Greenberg, 1963 : 28. Unibertsala)

62 Prozesu honen emaitza egungo formak dira. Bait-ek, atzizki bihurturik, flexio atzizki
guziak kanporatu ditu izen oina jo arte, nor, zer, non eta noiz forma trinkoei lotuaz 25.
63 Alabaina, bizkaierazko forma osoagoek erakusten dute (hain zuzen ere adizki jokatua
gorde dutelako) segmentu fonologia ez dela aldaketaren eragilea izan. Kontutan hartu
behar dugu baita ere, delako gramatikalizazio prozesuak ez duela ekarri ezabarazi duen
egitura sintaktikoaren desagertzea. Norbait eta zerbait, biak nor(ere) baita eta zer(ere)
baita egituretatik heldu zaizkigu (jatorrizko formak ezabatu dituen gramatikalizazio
prozesu baten bidez), baina egitura horiek berak ez dira desagertu, produktibo izaten
segitzen dute literatura klasikoan. Honek ez du hemen defendaturiko gramatikalizazio
prozesua baliogabetzen. Forma gardenagoak eman duten bestelako
gramatikalizazioetan, zernahi/nornahi kasuetan esaterako, antzeko gauza gertatzen da :
nornahi eta zernahi – ren ondoan haien iturburua ematen duten nor nahi den, nor nahi

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baita ditugu, eta gramatikalizazio prozesuak hemen ere antzeko bitarteko formak eman
ditu (OEH, nornahi sarrera) :

(38) a. Fite du garaitzen noren nahi konbata (Harizmendi, 50)


b. Bazekien, nurk nahi bezin ongi (Larreguy, I 357)
c. Tranze batean nori nai gerta dakikeo argala izatea (Agirre Asteasukoa,
Eracusaldiac III 295)

64 Ber gauza gertatzen da euskarazko norbait/zerbait-en antzeko bidea egin duen


frantsesezko quelque-rekin. Lehen esan dugun bezala (3.2. atala), quelque forma balio
kontzesiboko erlatibo libre batetik heldu da. XII. mendetik aurrera galdera izenordaina
eta konplementatzailea elkarrekin lotuak agertzen hasten dira. XVII. menderako, bi
elementuen lotura guziz burutua dago, eta quelque determinatzaile huts bezala
erabiltzen da. Hori horrela delarik, XVII. mendeko idazleek quelque-ren azpian ustez
dauden balio kontzesiboko erlatibo libreak enplegatzen segitzen dute, Molière-n
perpaus honek erakusten duen bezala (Brunot eta Bruneau, 1949, 479.orr.) :

(39) Quelle violence que je me fasse (George Dandin, III, 7)

65 Erlatibo libreetarik abiaturiko lerratzea inolako segmentu fonologikorik galdu ez duten


forma osoagoen baitan gertatu da, eta jatorrizko forma uneoro « gogorarazi » behar
zuten erlatibo libre kontzesiboen aitzinean. Hau da, izenordainen azpiko formak
garden bihurtzen zituzten elementuak mantendu dira, baina ez dute gramatikalizazioa
galarazi. Haspelmath-ek berak (1997, 136.orr.) ez du garbi ikusten nola gertatu den
lerratze hori. Bistan da, hala ere, fonologikoki izenordainak forma ahulduak direla,
segmentu fonologiaren aldetik ez bada, bai segmentuaz gainekoaren aldetik.
Haspelmath-entzat, erlatiboen gramatikalizazioaren oinarrian batera gertatzen diren
bi fenomeno daude : lehena, erlatibozko formen mailakatze balioaren galera da, berak
« esanguraren ahultzea » deitzen duen prozesuaren bitartez azaltzen duena. Adibide
gisa, jarri ditzagun ondoz ondo izenordain zehaztugabe existentziala, eta ustez haren
azpian dagoen erlatibo librea :

(40) a. Norbait ekar dezakezu


b. Nor ere baita ekar dezakezu

66 Hautu libreko erlatiboak eskala pragmatiko baten azken maila adierazten du. Norbait
existentzialak, berriz, ez. Biek partekatzen dute ez-espezifikotasuna. Hautu libreko
erlatibo bat balio existentzialeko izenordain bilakatzen denean, esan daiteke
gramatikalizazioa semantikoki mailakatze funtzioaren (foko tasunaren) galerari zor
zaiola, eta fonologikoki (hona hemen bigarren feno-menoa) fokoak berez eskatzen duen
azentuaren galerari. Galeraren ondoan, mailakatzeak suposatzen zuen multzo jakin
baten gaineko zenbaketa ahal-mena galtzen da. Gelditzen den zenbaketa ahalmena
existentzial huts batena da. Hau jakina, gramatikalizazio prozesuaren parte bat
besterik ez da. Ez dakigu, esate baterako, nola integratu ziren forma hauek perpaus
egituran argumentu xoil gisa, jatorrian adjunktuak zirelarik. Atal honek, bistan da,
ikerketa luzeagoa behar du.
 
4.3. Zer zegoen zerbait izan baino lehen

67 Hemen aurkeztu dugun gramatikalizazio prozesuak berehalako galdera pizten du :


norbait/zerbait bezalako izenordainak euskarak aspaldi gabe bil-dutako gaiak badira,

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zerk betetzen zuen izenordain horiek egun betetzen duten espazioa ?


Leizarragarengana jotzen badugu, norbait/zerbait-en ondoan edozein (bat) ere aurkitzen
dugu balio esistentzialarekin baiezko per-pausetan. Izenordain zehaztugabeen
sistemaren bilakaerak azterketa serios bat behar duen alorra da, artikulu honen mugak
guziz gainditzen dituena. Litekeena da, hala ere, balio esistentziala ere bazuen edozein
(bat)-ek egungo norbait/zerbait-en funtzioak betetzea. Hemen besterik gabe, edozein (bat)
existentzial balioko etsenplu batzuk emango ditut, OEHtik hartuak.
(41) a. Baina are erranen du edozeinek...« Quelqu'un dira » (Leiç. Iac, 18)
b. Baina baldin edozeinek uste badu ezen desohore duela « Si quelqu'un... » (Leiç.
Cor 7,36)
c. Zen bada fariseutaric edozeinbat Nikodemo deitzen zenik (Leiç. Io 3,l)
d. Fikotze bat zuen edozein batec landatua bere mahastian (Leiç. Lc 13,6)

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NOTES
1. Nor/zer bezalakoak euskaraz ez dira segurenik berez galderazkoak. Nor/zer formek indar
zenba-tzaile aldakorra dute. batzutan unibertsal gisa (a). bestetan galdera izenordain gisa (b) eta
bestetan berriz izenordain anaforiko plural gisa jokatzen dutelarik (c) :
(i) a. Nork bere herria maite du
b. Nork maite du bere herria ?
c. Nor oinez nor autobusez etorri zen/ziren
Etxepare-k (2001. agertzekoa) nor/zer elementuen zenbatasun ahalmena sintaktikoki mugarritua
dela proposatzen du. hau da. nor/zer- en zenbaketa ahalmen askotarikoak perpaus egituran
gauzatuak diren tasun kuantifikazional diferenteekin asoziatuak izatearen ondorio direla.
Beghelli (1995). Beghelli eta Stovvell (1997) eta Szabolcsiren (1997) lanen izpirituan. Aurrerakoan
nor/zer formak. ohi bezala. galderazkoak direla emango dut, irakurketa errazte aldera.

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2. Existentzialen sailean sartu behar dira baita ere nor edo nor, nor edo hura edo nonor- en gisakoak.
Badirudi. testuaren lekukotasunari begiratzen badiogu behintzat (OEH-ek ematen duena) forma
hauek besteak baino berriagoak direla. Zaharragoak diren izenordainen jatorriaz jarduten garen
bitartean bazter utzi daitezke beraz.
3.  Bi exenpluok George Rebuschi-k helaraziak dira.
4.  Erreferentzia guztiak Orotariko Euskal Hiztegitik hartuak dira. besterik esaten ez bada.
5.  Sarasolak bere iruzkinetan hauxe dio : « la- a de cerbayta. clarísima en el manuscrito, no
acertamos a explicarla si no es por lapsus de escritura » Mitxelenak. Tovar-ek eta Otte-k (1981)
berriz, « çer-bayta. con una-a inexplicable » diote. Artikulu honetan defendatzen den hipotesiaren
arabera, ez da miresteko forma bat, baizik eta Azkuek jasotako zepaita- ren kidea.
6.  OEHak ere norabaita bat ematen du. Salbatore Mitxelenarengandik jasoa. Hala ere, zaila da
jaki-tea hemen norabait eman duen forma osoago bat dugun ala nonbaiten gisako forma bat.
Zeinetan bukaerako-a hori izenordainaren barneko adlatiboa errepikatzen duen. Norabaitera
bezalako forma pleonastikoak ez dira bestela ere ezagungabeak :
(i) Jolasak norabaitera eraman ezbaditu (Agirre, Garoa, 162.orr.)
7. Lhande-k honen jatorria garbi zuen (1926) : nunebeita<non ere beita. Berez, laburtu gabeko for-
mak ere aurkitzen ahal dira. Euskal Herriko Atlasaren Antologiak non ere beita dakar, « seguru
aski » esanahiarekin, Urdiñarbeko (Zuberoa) hiztun bati hartua : ... hori entzüna düzu nun ere
beita... (169. orr.). Ikus 3.atala.
8.  Hitzez hitz : « Es caso muy curioso y digno de notarse que bait cuando, en vez de prefijo
conjuntivo [adizkiari lotzen zaiona]... es sufijo graduativo [izenordainei lotzen zaiena], tiene las
mismas variantes baist (B) y beit (S) ». Euskal Herriko Atlasak Azkuek jaso gabe utzi zituen
antzeko aldae-rak jasotzen ditu Zuberoan : nuispaist (Sohüta, Altzai eta Altzuriikun) eta nuspatx
(Santa Garazin). Eskerrak Xarles Videgaini datuengatik. Diccionario de Autoridades-ek eta OEHak
nuizpaizt jaso-tzen dute. Ikus 16. oharra.
9.  Aipamena Vasconiana izenburupean agertutako artikulu bildumatik egiten dut : « le suffixe –
bait est certainement apparente a ba, bai‘oui’. L'adjonction de bait a un interrogatif indéfini
soulignait sa valeur affirmative et lui ôtait tout caractère interrogatif. » (683.orr.). Gavel-ek ere
antzeko intui-zioa izan omen zuen, garbiki azaldu ez bazuen ere (688.orr).
10.  « Les deux sintagmes norbait dago‘quelqu'un demeure’ et nor baitago‘celui qui demeure’ sont
deux formes différenciées d'un type plus ancien où bait pouvait indifféremment. avec valeur
affirmative dans les deux cas. s'ajouter au pronom ou au verbe. Dès l'époque des plus anciens
textes. bait est soude soit a l'un soit a l'autre. Mais il reste quelques traces du temps oùbaité tait
une particule indépendante. Ainsi. l'ergatif de norbait... est chez Dechepare nork bait ere, ou c'est
nor qui porte la marque du cas... » (688.orr.)
11.  « The indefinites like norbait‘somebody’ have an obvious origin. Originally, it seems, the
interrogatives were also used as indefinites, and were marked in this function by the presence of
the prefix bait- on the finite verb. But sequences like *nor baitzen‘it was somebody’ were
reanalysed as norbait zen, with the affix being transferred from the verb to the pronoun. » (1997.
197-198.orr.)
12.  Hau Haspelmath-en hautua da. Ez da errez ikuspegi hertsi honen bitartez euskarazko edo-nz
izenordain zehaztugabeen gisako formen berri ematea. Haspelmath bera ere ohartzen da (1997,
164-166.orr.), baina aldi berean kausitzen du berak azterturiko hizkuntza gehienetan disjunkzioa
nahi izan bezalako aditz batetik eratorria nahiz balio eskalarra duen partikula batetik eratorria
dela (komunzki, euskarazko « behintzat »-en ordaina dena). Galderazkoen forma duten
izenordain zehaz-tugabeei buruz (e.g. Txineraren kasua, Li (1992)), berriz. galdera hitzen aldean
izenordainek izaera konplexua dutela defendatzen du. horretarako zero-deribazioa behar badu
ere. Klima-ren (1966) analisian ez bezala, beraz. Haspelmath-entzat izenordainak galderazko
formetarik eratorriak dira. Izaera konplexukoak ez diren izenordain zehaztugabe bakarrak berak
generikoak deitzen dituenak dira (182.orr.), « pertsona », « gauza », « lekua » edo « denbora »

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bezalako kontzeptuak adierazten dituz-ten izen soilak zenbait hizkuntzatan izenordain


zehaztugabe gisa baliatzen ahal direnak (frantse-sezko rien bezalakoak). Agian hemen sartu
beharko genuke euskarazko deus ere (cf. Mitxelena. 1965). Haspelmath-en ustea, galderazkoen eta
forma bereko izenordainen arteko erlazioari dagokionean ez zait aski oinarritua iruditzen, eta
izenordainen iturburu posibleez ari garenean kontutan hartzeko zerbait da. Ez dut uste hala ere
lan honen gaia. bere zehatzean. ukitzen duenik.
13. Hona hemen bigarren tipoaren exenplu gehiago. (Haspelmath, 1997, 138. orr.)
(i) Alemaniera wer auch immer = edonor wer « nor », auch « ere »
Serbo-kroaziera i-ko = edonor -ko « nor ». i- « ere »
Indonesioa siapa-pun = edonor siapa- « nor ». -pun « ere »
Gooniyandia ngoorndoo-ngaddaya = norbait -ngaddaya « ere »
Sanskritoa kas cana = edonor cana « ere »
Japoniera nani-mo = ezer ez -mo « baitaere »
nan-demo = ezer/deus -demo « ere »
Hindi/Urdu koii bhii = inor koii « nor (zehaztugabea) » bhii « ere »
14.  Inork esan lezake baita-k baduela eiterik aski baita lokailuarekin, eta hau ez dagoela urrutiegi
mailakatze funtzioa duen ere – tik. Antzekotasunaren azpian mamizko deus ere ez dagoela garbi
aski uzten dute honako hiru datuek : (i) baita aditzondoak ez du baista edo beita aldaerarik : (ii)
baita-k ez du sekulan, guk dakigunez, mailakatze funtziorik izan, bere baitarik : eta (iii) baita eta
ere elka-rrekin agertzen direnean ordena baita... ere da, ez ere... baita, baina azken hau da nolerebait
ize-nordain konplexuetan aurkitzen duguna.
15.  Jakina, honek behartzen gaitu – baist aldaeraz galde egitera. Konbikzio haundirik gabe
mintza-tuaz. baist – en azpian bai ez eta egon liteke (cf. baizik<*bai-ez-ik eta baizen > *bai-ez-en,
Lafon. 1957-58, 242-tik aurrera).
16. Nor – en kasuan behintzat, ere – rik gabekoak ere badira (OEH) :(i) Nor baita txarrena,/ hark
dik hark hobena (Zalduby. RIEV 1909, 228)
17.  Baita Pouvreau ere, bere hiztegian : Nor ere baita « quel qu'il soit ». Eta Urte, gramatikan :
Norerebaita... « Qui que ce soit... » (Gramatika, 75)
18.  Bide horretatik abiatuak iduri dute iparraldeko nik dakita nor/zer/non/zenbat bezalakoak. -a
galderazkoarekin. Eskerrak B. Oihartzabali oharragatik.ek zeinein (BN-aezk) jasotzen du hiztegian
« cualquiera : quelconque ». zein+nahi+den – etik. bere ustetan.
19.  Azku
20.  Hemen kontutan hartu behar da ere euskaraz juntagailuak klitizatzen direnean atzetik
egiten dutela. cf. edo-ren joera juntadura moztuetan (bihar-edo joango da) eta – ta atzizkia
orohar. Eskerrak B. Oihartzabali ohar honengatik.
21.  Trask-en ustetan edonor nor edo nor formatik heldu da. laburbidez. Hipotesiak gutxienez
problema bat du. eta da nor edo nor eta edonor formek ez dutela zenbatasun balio bera (baina ikus
4.3.atala).
22.  Esan behar da testuan ematen ditudanak ez direla egitura libreak. korrelatiboak baizik.
Asumituko dut forma libreak ere izan zirela edo badirela. hiztegiek aipatzen ez badute ere.
23.  Termino batzuk ez dira beharbada identifikatzen errez : « zeharbidezko ezeztapena »-z
(Haspelmath-en « indirect negation ») adierazi nahi dugu ezeztapena eta harekin loturiko
izenordaina perpaus berean agertzen ez diren kasua, hainbat hizkuntzatan izenordain berezi bat
behar duena. Adibide gisa, hungariera (Haspelmath, 1997, 33) :
(i) a. Nem lát-t-am sem-mi-t
ez nekusan ezer ez
b. Nem hisz-em, hogy vala-ki lát-t-a volna
dut-uste Konp inork ikusi duen
Non ezeztapena dagoen perpaus berean agertzen den izenordain zehaztugabea eta ezezko
formarik ez duen menpeko perpaus batean agertzen dena bi izenordain sail diferenteri

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dagozkion, formalki.
« Irrealis ez-espezifikoa » terminoaz, berriz, subjektu baten menpeko espazio mental edo
denbora-moduzko batetik kanpo erreferentziarik ez duen izenordaina (Fauconnier, 1985).
hizkuntza askotan ere forma berezia galdetzen duena. Haspelmath-en kontestu guztiak lau
bitariko tasunen laguntzaz karakteriza daitezke (1997, 119.orr.) :
(ii) Hiztunaren ezaguna vs. hiztunaren ezagungabea
(iii) Espezifikoa vs. ez-espezifikoa
(iv) Mailakatzerik erakusten duena vs. mailakatzerik erakusten ez duena
(v) Ezeztapenaren menpekoa vs. ezeztapenaren gainekoa
Mapako loturak halako moldez daude eratuak non tasun bera duten funtzioek maparen eremu
jar-raitu bat osatzen baitute.
24.  Haspelmathen arrazoia. (24) antolaketa printzipio hertsia baino hobespen printzipio gisa
hartzeko, gramatikalizazio prozesuan sortzen diren forma pleonastikoak dira. Kontsideratu esate
baterako Georgieraren izenordain zehaztugabeen (edonor/zer sailari dagozkionak) bilakaera
histori-koa :

Non ra- gure zer -en ordaina den eta – me izenrodain zehaztugabea sortzen duen partikula. Forma
zaharretan. euskaraz bezala, partikula hori kasu marken ondoren dator (s-. -d-. -is- eta – iti- kasu
markak dira). Bitarteko formak pleonastikoak dira. kasu marka me-ren aurretik eta ondoan
agertzen direlarik. Forma berriek flexioa kanpoan dute. Haspelmath-en arabera. lexikoaren
antolaketa mor-fologiko hertsi batek ez du forma pleonastikoen presentzia esplikatzen. Euskaraz
forma pleonasti-koak ere agertzen dira. flexioaren kanporatze prozesuan : nondikbaitik. norabaita,
nonbaiten. Halere ohar gaitezen ez dugula * norkbaitek. *noribaiti edo *nortzubaitzu bezalakorik.
Agian ez da kasua-litatea. georgieraren kasuan ere genitibo eta instrumentaleko formak aldaera
pleonastikorik ez sor-tzea gramatikalizazio prozesuan zehar. Litekeena da forma pleonastikoen
presentziak maila deribazional eta flexiboaren arteko bereizketa ez kolokan jartzea. baizik eta
maila flexiboan bertan dauden linearizazio arauen laxatzea erakustea.
25.  Interesgarria da, hartara, egungo norabait/nonbaitera alternantzia, adlatiboaren azpian
lokatiboa dagoela erakusten duena. Hau bestalde ere ikusten da zubererazko deklinabidean.
inesiboko – a morfema posposizionala ager baitaiteke adlatiboan : oihaniala, etxilat > etxialat (B.
Oihartzabali zor diodan oharra).

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INDEX
Index chronologique : 20e siècle
Thèmes : linguistique
Mots-clés : basque (langue), diachronie, grammaticalisation, morphosyntaxe, syntaxe

AUTEUR
RICARDO ETXEPARE
(CNRS, IKER, UMR 5478)
r.etxepare@iker.cnrs.fr

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Epaiketa eta Endogamia Nafarroako


Margaritaren Le Miroir de l'âme
pécheresse-n [Arima Bekatariaren
Mirailan]
Koldo J. Garai

NOTE DE L'AUTEUR
Testu honen aurretiko ahozko bertsio ingelesa Rhetoric Society of Americako
bederatzigarren biur-tekariko kongresu nazionalean irakurri nuen. Kongresu horrek,
2.000ko Maiatzaren 28an Washingtonen antolatu zena, « Professing Rhetoric »
« Erretorika Irakatsiz » zeukan izena. Horren aurretik, ingelesezko aurreko bertsio
idatzia Jane Donawerth doktorearen Errenazimenduko idazle emakumeen gaineko
mintegirako prestatu nuen, mintegi hori 1999ko Ekainean antolatu zen College Parkeko
Marylandeko Unibertsitateko Ingeles departamenduan. Berari nire eskerrik minenak.
Gajoak testu honen aldaki guztiak irentsi behar izan ditu ; kontutan izanik unibertsitate
espainolek ez dutela erretorika praktikorik irakasten, hots, ez dutela onuragarritzat
hartzen artikuluak idazten irakastea (eta ez nabil bibliografia konbentzioez), andre
doktore dotore horrek egin behar izan duen lana ez da hutsaren hurrengoa izan ; hala
ere, noski, artikuluak huts egin dezanean esanonekoa izan ez naizelako izan daiteke.
Antzeko egoeran egon izan dira nire bidaide eta hauspo emaile diren Ana I. Morales eta
Ricardo Etxepare, baina gainera Ana I. Moralesek itzuli egin ditu ingelesetik euskarara
ia-ia aipu guztiak musu truke (inoiz ez hobeto esana), beraz, literatura ona gure
itzultzai-lerik onenetakoak emana dastatzeko aukera izango dugu artikuluan. Azkenik
(baina ez gutxienik), eskertu gura nuke Aurelia Arkotxa, lana erabat zokoratuta
zegoenean, ingelesez irakurri eta euske-raz emateko beta eta moien eman didalako.
To Jane Donawerth and Jeanne Fahnestock,
thanks.

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1. Sarrera
1.1. Artikuluaren alderdi zabalak

1 Gurako nioke nire lanari abia eman berez duen itzala baino esparru zabalagoan kokatuz
eta holan iradokiz inoizkorako asko interesatzen zaizkidan zenbait ikerlerro ; hots
ikerlerrook ez dira artikuluan bertan landuko baina esparrua definitzen langa lanak
egingo dituzte. Ikerlerro horiek hurrengo kontzeptuen arteko hartu emana dute lan-
hazitzat : ahozkotasunaren eta ida-tzizkotasunaren arteko harremanak. Horren harian
susmo batek narabil haus-nar azken aspaldi honetan eta hauxe da : hamaseigarren
mendeko Europa kontinentalak ez ote zuen « ahozkotasuna » maila askotatik ezabatu
nahi izan. Argi dago honegaz guztiaz ahozkotasuna literaturari baino zerbait sakona-
goari lotzen ari natzaiola, edota, literatura gure ingurune akademikoan ulertu ohi den
kontzeptu txiro, kanoniko eta handigura hori baino gauza sakonagoa eta errotikoagoa
dugula.1
2 Orain goazen mailarik maila ikusten zer esan gura dudan « hozkota-suna » ideiarekin.
Adibidez maila politikoan, estatu berri isomorfoek nazio ahulagoak eta tarteko
lurraldeak antolatzen zituzten unitate geopolitiko eta judizialak kendu egin zituzten,
Nafarroako erresumak pairatu zuen bezala. « Ahozkotasuna » esan diodana berdindu
liteke Inperioak ahalbidetzen zuen heterogeneitate Machiaveliarrarekin, hots, lekuan
lekuko itunak agintzeare-kin, mendetasun maila diferentedun erresuma txiki eta
bestelako antola-kuntza geopolitikoei bidea eginez. Heterogeneitatea ahozkotasunari
lotzen zaio eta isomorfismoa idatzizkotasunari.
3 Maila judizialean, dedukziozko definizio geopolitiko berri honek ezabatuko zituen
tokian tokiko parlamentuetako lege, ohitura eta foru guzti, identitate eta
partikulartasunak ezabatuz, goitik behera emanda zetorren orokortasunaren alde. 2
Dedukzioa idatzizkoari lotzen diot, eta indukzioa ahozkotasunari, Adrian Celayari
jarraituz ; esaterako Euskal Foruak indukti-boak lirateke tipikoki. 3 Era honetara, alde
batean heterogeneitatea, partiku-lartasuna eta indukzioa ahozkotasunarekin lerratzen
ari naiz, eta, bestean, isomorfismoa, orokortasuna eta dedukzioa idatzizkotasunarekin.
Erlazio hauek berez, gehiagorik gabe, ez dira zertan onartu, maila espekulatiboari
baitagozkio, baina intuitiboki zuzenak dirudite.
4 Apur bat aurrerago azartuko naiz eta irudikapen mailari edo maila sinbolikoari eutsiko
diot —hots, kultur ekoizpenetan gizartearen kontzeptua-lizazioak nola ageri diren
ispilaturik— eta proposatuko dut irudia ahozkota-sunarekin lerra daitekeela eta
itzulpena idatzizkotasunarekin. Esan dezagun hamaseigarren mendean hipotesizatzen
ari naizen ahozkotasunaren kontrako erasoa intelektualek eta erreformistek eratu
zuten mugimendu ikonoklastan gauzatu zela. Berbarako, Erasmusen Copia
(Ugaritasunaz) hizkuntza idatzia-ren nahikotasunaren goraipatze bezala irakur
dezakegu, katolikoek erabili ohi zuten irudien bidezko indoktrinazio sinbolikoaren
kontra. Irudia, eta areago sinbolotzat hartu beharreko irudia, hitzetara ekartzen erraza
ez izan arren, horrek ez dio kontaketarako ahalmenik kentzen, narratibogarritasunik
kentzen, Mieke Balek ondo ageri duenez.4 Beraz, irudien kontrako mugi-menduak
arrazoimena erretorikaren bidez gidatuko dela suposatzen du. bai alde heuristikoan bai
alde hermeneutikoan. Hori horrela izango bada, hots, hitzak irudia ordezkatuko badu,
beste eskakizun soziokulturalik ere gauzatu beharko da : biztanleriaren parte handi

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batek alfabetaturik behar du egon eta, gainera, testu idatziak eskura egon behar dira
larguro. Hain zuzen horixe zen erreformisten eskakizunetako bat, Bibliara bitarteko
hermeneuta edo ekle-siastiko barik heltzeko eskubidea, eta testuaren lehentasuna
liturgia eta sakra-mentuen gainetik ; bi sozio-kultur eskakizunok ezinezkoak izango
ziratekeen ez balitz XIV mendetik zetorren informazioaren demokratizazioagatik —
burgesak unibertsitateetara sartzen hasi zirenekoa—, eta ildo beretik, inpren-tagatik.
Hemendik dator ba biztanleria alfabetatzeko grina hori.5 Noan orain artikulu honen
funtsezko hipotesia aipatzera.
 
1.2. Azterbideak eta azterburuak

5 Artikulu honetan Nafarroako Margaritaren Le Miroir de l'âme pécheresse : Discord étant en


l'homme par contrarieté de l'esprit et de la chair bertsozko obra erlijioso protorreformista
aztertuko dut. Obra horretan arima-ren eta Jainkoaren arteko erlazioak azaltzen
zaizkigu. Testuko narratzailea eta pertsonaia nagusia arima da : arimak kontatuko
dizkigu Jainkoagazkoak, familiaren barruko erlazio gisa formulatuta.
6 Lan honi heltzean nire ustea zen XVI mendean Europako Mendebaldean aldaketa bat
gertatzen ari zela emakumeari leporatu ohi zitzaion rolean, ama roletik emaztearen
rolera doan aldaketa, alegia. Roelkerrek (1968) dioskunez, ingurune erreformistan
emakumeek plaza-kontuetan esku hartze zabalagoa izango zuten inguru katolikoan
baino, eta honek eman lezake muturrean bertan gezurtatzen duela proposatzen ari
naizen rolen aldaketarekin emakumeek estatusa galdu izana ; alabaina Belseyk (1985)
dioenez, rolen atontze berri honetan emakumeek luzaroan estatusa galdu arren,
aldaketok berok ahalbideratuko zuten garaiko emakume batzuek zerbait askeago
jarduteko profitatzeko moduko zirrikiturik eta pitza-durarik asko.
7 Rolen aldaketa hau eskuz esku letorke esparru politikoan gertatu zen Absolutismoaren
ezarpenarekin. Bestela esanda, loturik datorkigu Europako Mendebaldeko herrialde
gehienetan XVI mendean suertatu zen beste alda-keta bati, hots, norbanakoaren eta
botere egituraren arteko harremanen definizio berriari. Izan ere, ikerketa honek
erakusten du Europako XVI mendean, ezkontza jaun-basailu edo jaurespen erlaziotzat
hartzen zela, eta, horretara, ez zela pentsaezina senar-emazte, aita-alaba, lurjabe-
maizter, errege-menpeko eta Jainkoa-arima bikoteak erlazio mota bat eta beraren
aldakitzat jotzea.
8 Jainkoa-arima erlazioa bi halakora izango da metaforikoa maila orokorrenean, bi
metafora iturri erabiliko baititu batik bat : a) familia barruko hartu-emanak, eta b)
epaiketaren irudia. Azkenengoari dagokionez, esan dezadan testuan badela harako
pribatizatze edo etxeratze prozesu bat, arima-ren epaiketa plaza-lekuan gertatzetik
etxe barruko arazo bilakatuko duena, hots, epaiketa izatetik senar-emazteen arteko
erlazioa izatera. Lehengoari dagokionez, bada azpi metafora bat ere : familia
patriarkalean erlazio hierar-kikoak baino ez du balio, hau da, bakoitzak aita-
lehenarekin edo patriarkare-kin dauzkan hartu-emanen araberakoak6. Bestela esanda,
norbanakoa buruz buru eta banaka definitzen da aitarekiko. Bertikalismo honek azpian
duen beste metaforak familia patriarkala bi elementuko giza gorputz bezala ematen
digu aditzera, elementu biok burua eta giza gorputzaren beste edozein atal direlarik.
Hori esanda, aurrera dezadan nire azterketarako familia patriarkalaren erlazioen
esparru metaforikoari eutsiko diodala. Bestalde, sendi erla-zioen emakera horiek nire

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hipotesi nagusian aipatuko ditudan kontzeptu erre-torikoen ordezkapenaren


testuinguruan ere ikertuko ditut.
9 Lan honetako hipotesi nagusia hauxe da : Nafarroako Margaritaren Le Miroir de l'âme
pecheresse obran, fedea-karitatea kontzeptuek berdinta-suna-errukia kontzeptuak
ordezkatuko dituzte, egokitasunaren edo adekua-zioaren kontzeptua ezabatzearren.
Edenen (1997) Ciceroren Topicaren anali-siari jarraituz, berdintasuna legea instantzia
partikularretara egokitzeko prozesu gisa definituko dut. Gure kasuan hauxe gertatzen
da : berdintasuna edo egokitzapena gertatu ordez, berdintze lana egin ordez, goikoak
karitate obra bat egingo dio fededunari. Labur eman, errukiaren ordez karitatea izango
dugu, eta egokitzapenaren ordez, berriz, fedea. Halan da eze, elkarren buruz buru
dauden erlazio funtzioak berdintasuna vs. jaurespena izango direla. Erlazio funtzioen
ordezkatze hori familia patriarkalaren esparru meta-forikoaren bidez agitzen da.
Beherago ikusiko ditugu funtsezko erlazio hauek astiroago.
10 Azkenik, esan beharra daukat kontzeptu batzuen azterketa erretorikoak oso sendo
oratuko diola linguistika kognitiboari. Azken hogei urteotan erre-torikako alderdi berri
bat sortu da linguistika kognitiboa oinarri hartuta, begiratuz eguneroko hizkuntzan
zelan metaforizatzen dugun mundua. Aipatu metodoa erabili gurako nuke testuaren
azpian datzan sare kontzeptuala argitzeko. Bide nabar, zenbait konparazio egingo ditut
katolikoen sare kon-tzeptualarekin, eta horretarako baliatuko naiz Bernard
Etxepareren Linguae Uasconum Primitiae obran bekatu eta bekatari kontzeptuez neuk
behinola batean eginiko azterketaz.
 
1.3. Testuaren inguru historikoaz

11 Testua inportantea da arrazoi zenbaitengatik. Hasteko, testuaren bera-ren ekoizpenean


esku hartu zuten autoreen garrantzia historikoagatik : Nafarroako Margarita egilea
izan zen, geroagogarrenean Ingalaterrako Elizabeth Ia izango zena eskuizkribuaren
itzultzailea izan zen, Catherine Parr Ingalaterrako Henry VIIIaren orduko emaztea
itzulpenaren emendiogilea edo zuzentzailea izan zen, eta Bale jakitunak editatu eta
argitaratu zuen A Godly Meditacyon of the Christen Sowle izenburuaren pean bere
erbesteratze germaniarrean.
12 Nire azterketan ardatza izango den edo testu nagusi gisa erabiliko dudan aldakia
Elizabethek Gabon Zaharretako opari eman zion Parreri. Garai horietan Gabon
Zaharretan opariak egiten ziren, opariok bat etorri behar izaten zutelarik emaileak
gizartean hartzen zuen lekuarekin ; adibidez, apez-pikuei zilarra oparitzea bazegokien
ezingo zuten urrezkorik oparitu. Deccoruma zaintzeak edo egoki izate horrek zeukan
zailtasuna era honetara areagotzen zen Elizabethen kasuan : Elizabethen ama zendua
Ana Boleyn izan zen, adulterioagatik kondenatua eta exekutatua izan zen. Hamaika
urteko neskatoa zen Elizabethek oso gaitz izan zuen Gabon Zaharretan saritzat zer
hauta jakitea : alde batetik iturri ofizialek sasikumea zela esaten ziotelako — argudioa
honetara dator : bere ama adulteroa baldin bazen, erregea ez zen popertza bere aita
izango, beste edonor izan zitekeen, eta beraz ez zen printzesa—, baina bestetik, bere
burua sasikumetzat ez bazuen jotzen, bere aita Erregea zen eta Erregina bere
amaordea ; alaba gaitzetsia, baina erregina-ren alabaordea eta printzesa, hala ere.
Beraz, gabonsaria hautatzearekin bere burua definitzen eta ezagunera ematen zebilen.

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13 Ingalaterrako egoera ideologiko-politikoaz jardungo dut hurren. Ezagun denez, Henri


VIIIa Anglikanismoaren fundatzailea izan zen. Anglikanismoa Katolizismoaren aldakia
baitzen, erregea eta bere agindupe-koak dendatu ziren doktrina kontuetan Erromatik
lar ez urruntzen, eta oso gogor aritu ziren heretikotzat jotzen zen bestelako
erreformismoa zapaltzen7. Aitzitik, orduko erreginaren gortean, Catherine Parrenean,
Erreforma ageriago ala ezkutuago, babesten eta bultzatzen zen. Ingalaterran, areago
gabiltzan garaitik aurrerantzean, hiru gorte zeuden, erregearena, erreginarena eta
Walesko printzearena, bakoitzak bere botere eta eragin ingurua zuelarik. Hortaz,
orduko erreginak ere bere gortea zuen, eta gorte hori erreformista zen, nahiz eta
erregearen gortea katoliko anglikanoa izan. Guztiarekin ere, Erreginaren babesa
gorabehera, Balek, gure autorearen editoreak erbestera joan behar izan zuen.
14 Noan azaltzera orain zein den Elizabethek testuarekin zeukan harre-mana. Ana Boleyn,
Elizabethen ama, Henri VIIIaren emazte eta, honez, Ingalaterrako erregina izan baino
lehen, Henri zortzigarrenaren arrebaren gela laguntzailea edo azafata izan zen, hura
Frantziara ezkondu zenean Margaritaren nebarekin, François Frantziako erregearekin
alegia. Dirudienez Ana Boleyn eta Margarita lagun minak izan ziren, bi-biok
baitzituzten kezka erreformistak. Margaritaren sasoietan, Elizaren ustelkeria eta honen
errefor-maren beharra hizpide arrunta zen intelektualen artean, beranduagora bilaka-
tuko zen sarraskietarako atxakia. Margaritak testua idatzi zuenean Sorbonak hasieran
galazo egin zuen hura argitaratzea, gero baina, Maroten bitarte-kotzaz, baimendu egin
zuten. Litekeena da Margaritak kopia bat Boleyni erregalatu izana, eta halan, urteak
aurrera, Elizabethek amaren liburutegian aurkitzea. Emakumezkoek egin ohi zituzten
bezuza tipikoak brodatuak izaten ziren : hariaren kalitateak eta erakutsitako
« kaligrafiak » ispilatu beharko zuen damaren gizarte maila. Brodatuaren pareko
izango zen Elizabethek egingo zuen itzulpena. (Nota bene kritika feministarako, josi-
idatzi erlazioa alfabeti-zazioarekin eta ekoizpen kulturalarekin loturik).
15 Beraz, Elizabethen Gabonsari hautaketa ezin hobea izan zen, Margaritaren testua
protorreformista izanik, Parren gustukoa izango zelako, eta beste aldetik, itzulpena
bete-betean sartzen zenez hezkuntza humanistan, Elizabeth esaten zebilelako bera ere

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bazela gauza erregina izateko, edo behintzat formazioa bazuela jesarleku horretarako.
Gainera, bere etxeko libu-rutegian aurkitutako eskuizkribuaren bitartez Margarita
aiputan hartzeagaz, iragan Frantsesa inbokatzen zebilen eta horrekin bere balizko
indar politikoa, hain zuzen, Gisatar katoliko fanatikoen kontrakoa izan litekeena,
Nafarroa etxean babesa harturik.8
16 Testu honen nabarmentasunerako beste arrazoi bat egileak sortu zueneko baldintza
historiko eta biografiakoetatik atera daiteke, batez ere irakurketa feminista egitekotan.
Margaritak bere borondatea murriztu eta mozturik zuen alde bitatik : bere neba
Frantziako erregea zen, François I Valoisko, eta bere senarra Henri Labriteko,
Nafarroako erregea. Margaritaren lekua, esateko, hegi bikoa da, arreba den aldetik bere
nebari bidea eman behar diola irakatsi baitzaio, eta emazte den aldetik, bere
senarraren « laguntzailea » izaten. Gogoan izan beza irakurleak Nafarroako erresuma,
geografia ezabatua zen aldetik, Europako « nazio » berrien eta botere absolu-tistaren
eraketarako argudioen guda-zelaietako nagusienetakoa zela, eta beraz, zein posizio
argalean zegoen Margarita (eta, hala ere, zenbatetan ez ote zen bera egon bitartekari
nazioarteko arazoetan).9

17 Testuaren iturriei nagokiela, hiru aldaki izan ditut begien aurrean :


1/ Ingalaterrako Elizabeth I erregina izango zenak hamaika urte zituela eginiko
ingeles itzulpenaren autografoaren edizio gaurkotua Marc Shellek paratua (1993)
Elizabeth's Glass.
2/ Balek 1548an argitaratu zuen itzulpenaren lehen edizioa A Godly Medytacyon of
The Christen Soule izenarekin. Lehen edizio argitaratu hori Brown Unibertsitateak
egindako edizio elektronikoaren bitartez lortu dut ; edizio hori « Women Writers
Project » en dago The Renaissance Women Online Collection orrian. (Ikus bukaerako
erreferentzia bibliografikoak).
3/ Le Miroir de l'âme pécheresse jatorrizko frantsesa XIX mendeko edizio batetik atera
dut : Early Modern French Women Writers bilduman Minnesotako Unibertsitateko
Electronic Text Research Centerrek (ETCR) berriro argitaratu zuena. (Ikus
bukaerako erreferentzia bibliografikoak).
18 Beraz, bi itzulpen eta jatorrizko bat. Hiru testu horietatik nik aipatu dudan lehenari
jarraitu diot batik bat (1993koari alegia). Bilaketa konputeri-zatu zenbaitetarako
1548koari begitu diot. Eta azkenik, jatorrizko frantsesa azpian izan dut interpretazioak
fidelak ote ziren egiaztatzeko.

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19 Zeren nabilen edukiaren oinarriko egiturari begitutzen, testu aniztasun honek ez luke
arazo larregirik sortu behar, bestera baino, dugun testuaren ulertzea aberastu beharko
luke. Oinarrizko testutzat ingelesezko eskuizkri-buaren edizioa darabildanez,
artikuluaren gorputzean ageri diren aipuak edizio horretatikoak izanen dira. Alabaina,
ia beti dakartzat edo frantsesezko jatorrizkoaren hemeretzigarren mendeko edizioa
edo ingelesezko lehen edizio inprimatua, neure erruz leudekeen txarto ulertuak zuzen
daitezentzat.
 
2. Ethos : Emakumea eta San Augustin
20 Aristotelek bere Erretorikako lehen liburuan azaltzen du nola pertsua-siorako indarra
edo burutara emateko indarra hiru alderditan jar daitekeen10. Hasteko, igorlearen
aldean11 hemen hizlariaren irudi edo autoritatea edo ethos-a lantzen da. Horixe egiten
da, adibidez, egunkarietako albisteen hasie-ran berri agentziaren izena aipatzen
denean, Agencia Efe edo dena delakoa. Bigarrenik, indarra mezuan bertan edo logos-ean
jartzen denean, esaterako egunkarietan informazioak berri objektibotzat ematen
zaizkigunean, halan direlakoan, hots, entzuleria unibertsalari zuzenduak balira
bezala12. Eta hiru-garrenez entzuleriaren iritzian edo pathos- ean oinarritzen denean
pertsuasio-rako indarra, iritzi artikuluetan « denok dakigu » bezalako formulekin
lortzen dena, kasurako. Orain bada, Margaritak zelan eraikitzen duen bere ethos- a
behatuko dugu.
21 Margaritak aitzinsolasean dio lanaren egilea emakumea dela, zientzia-rik eta
ezagutzarik bakoa, desioaz baizik ez horniturik.bUstezko apaltasuna-ren topikoaz gain
—CAPTATIO BENEVOLENTIAE arrunta dirudiena—, ohar gaitezen ezagutza eta desioa elkarri
kontrajarrita aurkezten dituela. Alde batetik, testuan bada generoagazko lotura
inpliziturik : desioa femeninoa da, eta ezagutza, berriz (nahiz eta kasuan bezala absente
egon) maskulinoa. Halan da ze emakumeak desioa daukala, eta aldiz gizonak ezagutza
behar lukeela. Lehen pauso honetan autoreak geure sinpatia bereganatzen jardun du ;
hurrengoarekin bere autoritatea eraikiko du.
22 Dio autoreak gizonak ez duela ezaguerarik, hain zuzen fedea norbera-ganatu baino
lehen ez baitago ezagutzarik lortzerik. Hementxe dator kritika feministarako
interesgunea, hain zuzen fedea lortzeko desioa behar delako, eta desioa, gero ikusiko
dugunez, nolakotasun femeninotzat joko duelako testuak. Autorearen deskripzioan,
jakituria edo egiaren iturri bakarra jainkoa da, baina gizonak ez dauka bereganatzeko
edo jasotzeko jarrerarik, emaku-meaz bestela (eta hemen generoen portaera-rolez gain,

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tartean daude, halaber, genero horiei harreman sexualetan suposatu ohi zitzaizkien
rolak ere). Beraz, gizonak egia jaso ezin duenez, egin lezakeen gauza bakarra egiaren
birmol-daketa da, hots, erretorikan jardutea. Halan da ezen, autoreak rhapsodo ezja-
kinaren papera harturik errebelazioa egin zaion profetaren gisa azalduko zaigula.
Fedea hiru mailatan iradokiko du autoreak : maila sexualean, jakintza mailan eta maila
erlijiosoan : hiruretan, fedea desioarekin berdinduz gero, harrera aktibotzat jorik.
23 Orain goazen astiroago izenburuan agindutako San Augustinen testuingurura.
Margaritak baieztatzen du gizonak Fedea baino lehenago ez duela « ontasunaren
ezagutzarik, Jainkoaren botere eta jakituriaren berririk. Egia ezagutu bezain laster,
orduantxe du [gizonak] bihotza maitasunez eta karitatez beterik » :
« ...knowledge of the goodness, of the wisdom and of the power of God. As soon as
he knoweth the truth, then is his heart full of love and charity. » c
24 Bertute augustindarrak — fedea, itxaropena eta karitatea, (edota paulindarrak,
filologiak zuen erreformisten testuinguru historikoan pertinenteagoak izan litezke eta)
— testu osoan zehar ageri dira. Honen aurrean badira gogoan hartzeko hausnar-bide
garrantzizko bi : alde batetik erretorikak edo antzinate greko-latindarreko tradizio
literarioko erlazioek kristau tradizioan lituzketen kideak eta, bestetik, hermeneutika
abiagunea izendatuko dudana, hots, zelako jarrera izan behar duen testuari hurbiltzen
zaionak.13
25 Harreman erlazioen kidetzea : ÆQUALITAS
26 Eragin paulindarrak alde batera utzirik, nire abiapuntuko suposamen-dua da San
Augustinen bertute teologikoak eurenez kontzeptu erretoriko batzuen moldaketa
direla, izan. Har dezagun ÆQUALITAS kontzeptua, konpa-razioa denez gero,
antonomasiazko erlaziotzat jo baitezakegu. Cicerok bere Topican ÆQUALITAS kontzeptua
hiru erlaziotan zatitzen du :
pietatea edo zeruetako jainkoekiko erlazioa,
errespetua edo joandakoen izpirituekikoa, eta
justizia edo hauzutasuna edo gizakien artekoa.
Hirukote hori erraz berrantola daiteke honetara :
fedea : azpikoagandik goikoarenganakoa,
karitatea : goikoarengandik azpikoarengana, eta,
esperantza : berdinen artekoa.
27 Ohar gaitezen nire kidetzea ez dela guztiz biribila. Erretorikako hiru-kotean ekile
bakarra gizakia zen. Hirukote kristauan agentzia alda daiteke baldin eta hierarkia
errespetatzen bada. Bestela esateko : berridazketa kris-tauan azpiko maila sortu da, eta
goiko maila, berriz, soildu. Dena den, testu honen arazo nagusira artez garamatzan
kontu inportantea zera da, pietatea desagertu egin dela, hain zuzen irudi katolikoetan
Mariak pertsonifikatuko duena14. Cicerok eman berdintasunaren definiziotik gure
bigarren kidetzera dagoen aldea hauxe da : fedeak pietatea ordezkatu du 15. Orain noan
seinala-tzera testuan dauden harreman-funtzioak :
arimaren fedea jainkoarenganako,
graziaren emaria eta
Jesusen karitatea arimarenganako.
28 Horiexek dira arima-jainkoaren arteko hartu-emanen arauak testuan. « Harreman
funtzio » terminoarekin bi agenteen arteko hartu-emanen kontzeptualizatzea adierazi
gura dut. Hartu-eman horrek bakoitzaren funtzioa definitzen du erlazioan bertan, eta/
edo kide batengandik bestearengana truka daitekeen objektuaren nolakotasuna. Kasu
honetan objektu bezala kontzeptualizatzen den trukaketarako gaia grazia da, objektu

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hori jasotzeko hartzaileak erakutsi behar duen jarrera fedea da, eta objektu hori
ematen duenak bere azpikoari erakusten dion jarrera karitatea da.
 
2.1. Abiagune Hermeneutikoa : fedea-desioa

29 Augustinek bere Kristau Doktrinan Eskrituren ulerkuntza sinpatiko-rako, hots,


Eskriturak irakurri aurretik noraezeko den gogo-jarrera lortzeko, arako bertuteak
proposatzen ditu : fedea, esperantza eta karitatea16. Margaritak ere berdin, gogo-
bihotzen argitze jainkotiarrari loturik darabiltza beti bertuteok, hau da, bestela
ulertezina zatekeen ezagutzari loturik. Lehen aipatu testukira itzultzeko, badakusagu
zelan genero biak ala biak ere ezjaki-nean dauden baturik, eta elkarrekin
harremanetan jarriak fedea dela medio ; fedeak ematen baitu ezagumendua. Labur
esan, gizona erretorikaren jabe da, baina ez du ezagumendurik, emakumeak, berriz, ez
daki erretorikarik baina desioa dauka. Desioak azpian daukan irudi-eskema 17
ontziarena da : bada iturburu bat, desiratutako gaia isurtzen duena, eta bada hartzaile
bat, desira-tutako gaiaz betetzeko prest dagoena. Bestalde, emakumeari sexu harrema-
netan egotzi izan zaion rola hartzaile (pasibo)arena izan da. Desiratzea objektu bat
hartzeko prest eta irrikatan egotean datza ; hortaz, fedea sexualki ulerturik desioa da.
Ikuspegi tradizionalean gizonaren rola aktiboa izanik, horrek berorrek eragotzi egiten
dio Jainkoaren jakituriak argitua izatea. Margaritak liburuaren hasieran bere generoa
aipatzen zuen bere burua apaltzeko, baina hara non arrazoi berberak balio duen
oraingoan egilea goresteko.
30 Testua hasi bezala bukatzen da, Jainkoaren maitasuna ulertzeko edo adierazteko
idazleak duen ezintasunaren gaineko hausnarketa erretorikoarekin18. Augustinek
esaten zuen ebanjelizatzailearen elokuentzia edo etorria nahikoa ez zenean, erretorika
libururik onena Biblia bera zela, eta beraz gomendatzen zuen hura buruz ikasi eta
hango hitzekin hitz egitea, zeren Bibliak izan behar baitzuen inon den erretorikarik
egokiena edo audientzia guztiei « egokituena » (Septuagintaren azalpen mitikoa) 19.
Beraz, Margaritak ere berdin egingo du : « Ez dut ezagutzarik (...) Adierazteko biderik
ez (...) », baina, halan eta ere « zeren hain nagusi onaren ontasuna isilduko lukeenak
bekatu egingo bailuke..., erdu, beraz, nigana O Paul zorionekoa... ».
« I have no knowledge (...) The impossibility of the declaration (...), » but yet « ...for
he that would hide the goodness of so good a master should commit a
sin...Therefore come, O happy Paul... »d
31 Edolan ere, autoreak hasi bezala eman dio amaiera aitzinsolasari, maitasuna eta
« desiratzeko esperantza » ezein gizonen jakituriatik bereiztuz eta aldenduz : « ...gure
bihotza, maitasuna eta esperantza bultza ditzagun desiratzera inongo gizonak ikusi,
igarri edo pentsatu ezin duen hori... »
« ...to draw our hearts, love, and hope to desire this which no man also can either
see, feel, or think... »e
32 Labur dezadan : heuristikaren aldetik, INVENTIO edo sorkuntzaren aldetik alegia, bertute
agustindarrek eta topikoek eginbehar bertsua dute. Topikoak argudioen jesarleku
izendatu ohi ziren ; (filosofia edo lege) arazo baten inguruan argudioak bilatzeko
hausnar-bideak izan ohi ziren. Topikoek hermeneutika edo interpretazioaren aldetik
(legea) desanbiguatzeko balio zuten ; hots. testuko balizko kontraesanak argitzeko. San
Augustinen bertuteek ere berdin egiten zuten —nahiz eta iturrien trantsitibitateari
buruz ez dudan baieztapen zehatzik egin, Cicero dut gogoan— baina, autoritatearen
kontzeptuarekin loturik, bazuten ordain moralik. Zuzen interpretatzeko testuari

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erabateko autoritatea aitortu behar zaio eta irakurleak bere burua testuaren azpitik
ezarri. Horrela irakurleak sortu dituen hipotesiak testuaren hurrenkerak arteztuko
dizkio, testuan bertan ez baitago kontraesanik, eta txarto ulertuak irakurlearen
erantzukizuna baitira. Testuaren autoritatea onartzeko fedea behar da, esaneko
ikaslearena alegia, hartzeko pronto dagoenarena. Sorkuntzaren aldetik ere berdin,
idazteko abiapuntua eta argudioen jesarleku edo eragilea karitatea izan behar da ;
idatziko dugun testuak baino gutxiago dakien bati irakastea da helburua. Ekintzen
munduan ere berdin : gure ekintzak Jainkoaren nahira makurtu behar dira eta
horretarako gure borondatea malgua izan behar da (hauxe da erreformazaleek
berreskuratu nahi duten kontzeptua). Maila biok, intelektuala edo epistemikoa eta
pragmatikoa edo jokaerena, lotuta daude bai « testamentu » hitzaren polisemiaren
bitartez, bai kristauen jainkoa jainko intelektual bezala ulerturik.
33 Baina, gure testurako, batez ere Etxeparek aurkezten digun eszenare-kin
kontrastatzeko, funtsezko suertatzen zaiguna zera da, borondatearen
kontzeptualizazioa bekatuaren arazoari loturik. Hurren ikusiko dugu nola.
 
3. Epaiketa eszena : legea eta barkamena
34 Sarreran esan dudan bezala, Margaritaren obra osorako metaforasorburu nagusiak bi
dira : familiarteko harremanen eszena eta epaiketaren eszena. Metafora sare biok
harreman- funtzioaren bidez josi zaizkio elkarri, kontratuaren ideiaren bitartez.
Kontratua apurtzen bada, berba jaten bada, bekatua izan zein krimena izan, legea
aplikatu egin beharko da. Bai katolikoen eta bai erreformisten ikuskeran gizakiak bere
izaeragatik beragatik huts emango du, eta bekatu hori garbitzeko borondatezko keinu
bat egin behar du. Katolikoen kasuan keinu hori norabidea adatze bezala
kontzeptualizatuko da, ama birjinagana bihurtzea, alegia. Bestela esan, legea hautsi
izana barkatzeko mesedea eskatuko zaio Jainkoari Mariaren errukia edo pietatearen
bitartez. Bestalde, erreformisten irudian, bekatariak borondatea malgutu behar du
Jainkoarenarekin bat etor dadin ; bekatariak bere borondatea Jainkoaren testamentura
ekarriz gero, malgutasun horrekin fedea erakusten dio Jainkoari eta hark karitatezko
obra bat egingo du gizaki hori salbatzeko graziaren opariarekin.
35 Hori halan denentz ikusteko, zati honetan epaiketaren irudiaren alderdi batzuk
aztertuko ditut, Etxeparek eskaintzen dizkigun lorratzei eutsita. Aztertu behar
ditugunak hiru arlo hauetan sartuko ditut : zelan kontzeptuali-zatzen dugun legea eta
zelan ageri den legea kontzeptualizatuta erlijio testue-tan, zein eginkizun edo rol
hartzen duten erlijio testuetako pertsonaiek epai-ketaren eszenan, eta zeintzuk diren
aurreko sailean landu ditugun erlazio-funtzioei aplika dakizkiekeen propietateak.
 
3.1. Legearen kontzeptualizazioa eta azterketa kognitiboa

36 Linguistika kognitiboaren mugimendua laurogeigarren hamarkadan hasi zen 20. Eta hasi
zen metaforari so eginez, esanez metafora ez zela ez lite-rarioa soilik ez arbitrarioa
sortzez, ordea gure eguneroko hizkeran metaforak erabili ohi ditugula oharkabean.
Baina oharkabean egote horrek ez dituela desmetaforizatzen ; katakresiak ez dakarrela
halabeharrez metaforaren desa-gerpena, metaforaz ez ohartzea baino. Halan da ze
hizkuntzalariok heldu zirela erakustera zelan eguneroko hizkerak oinarriko metafora
kontzeptualak dituen, zeintzuen bitartez hedapen semantikoa eta polisemia gertatzen

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diren. Oinarriko metafora kontzeptualen azterketa Lakoff eta Johnsonen eskutik etorri
zen21. Esan daroadan legez, oinarriko metafora kontzeptualak eguneroko hizkuntzan
erabili ohi ditugun kontzeptuen sarea sustatzen duten metaforak dira 22. Halaxe
erakusten dute honako adierazpideek, esaterako : « ez dut bat ere argi ikusten kontu
hori, » edota « azalpen iluna eman zigun » edota « begi-bistakoa da », edota Bermeoko
kantan bezala « egije da...neuk ikusi dotelakon », non egia erreferentea begizko
ohartzeari lotzen zaion, eta ez entzumenari, adibidez, eta abar 23. Adierazpen guzti
horien azpian dagoena JAKITEA IKUSTEA DA metafora dugu.24
 
3.1.1. Zuzena vs. okerra

37 Orain begira diezaiegun legearen eremuan erabiltzen diren berba ez-tekniko batzuei
beste hizkuntza batzuetan : ingelesezko « right(s) », edo frantsesezko « droit(s) », edota
espainolezko « derecho(s) ». Honek erakusten digu etimologia, polisemia eta hedapen
semantikoa (metaforikoki) motibaturik daudela ; har dezagun kontuan zelan dauden
loturik bai etimologikoki bai semantikoki directum eta rectus : zuzena, legea eta eskoia.
Euskaraz « zuzenbidea » daukagu, baina baita « gizon arteza » edo « gauzak zuzen » edo
« bide okerretik doa hori » edo « okerreko samatik » bezalako adierazpideak ere :
okerrak eta zuzenak zama axiologikoa daukate, hau da, legea ona bada « zuzena »
izango da, eta gure ekintzak txarrak badira « okerrak » edo « makurrak » edo
« bihurkeriak » izango dira. Bestalde, oraingoz aipatu besterik ez baina, gorde dezagun
gogoan gerorako zuzentasunarekin eta okertasunarekin batera datozela zurruntasuna
eta malgutasuna : zuzena denari zurruntasuna suposatzen zaio, eta okerrari, behintzat
momenturen batean, malgutasuna. Lotura hauek gero azalduko ditudan korrelazio
metaforakaz daukate zer entenidurik.
 
3.1.2. Bidea eta Legea

38 Aurrekoarekin batera, badakigu euskeraz legeaz jarduteko « bide » esparrua


darabilguna. Esate baterako « zuzenbidea », « eskubideak » edo « bidezkoa » egunero
erabiltzen ditugun esapide metaforikoak dira. Etxeparek adibidez :
« Beccatore guira eta mira eztaquigula / Balinetan vide gabe acusatu baguira ».
39 Nola lotzen diren legea eta bidea arazo korapilotsuagoa da ; alde bate-tik bidea bizitzari
lotzea arras arrunta da, behintzat Europako mendebaldean, BIZITZA BIDAIA DA ( LIFE IS A
JOURNEY Lakoff & Turner 1989) oinarriko meta-fora kontzeptualaren bitartez 25 :

• Bizitzan helburuak daude, bidaiako helmugak bezala,


• Bizitzak hasiera bat dauka, bidaiaren abiapuntua bezalakoa,
• Bizitzan gertaerak suertatzen dira, bidaian bezala,
• Eta azkenik bizitzan denbora igaro doa, bidaian lekuak igaro doazen legez.
40 Helburuak eta helmugak lotuta badaude, bidea helburu horietaraino heltzeko modua
izango da. Beraz, hemendik lotu daitezke bidea eta legea, biak dira zerbaitetarako
modu ; bidea « modu » edo « kera » bezala ulertu behar da lehenago, eta legea
prozedura bezala, eta biak lotu26. Gure kulturan eta hizkuntzan bizitza bide bezala
aditzera ematen digun oinarriko metafora kontzeptuala daukagulako, hain zuzen, uler
ditzakegu « bizitza/bizimodu txarra » = « bide txarra » bezalako kontuak. Behin kultura
batean legea eta bidea bateraturik egonez gero, biek izan ditzaketen propietateak
lotzeko ere jauzi txiki bat baino ez dago : bidea arteza edo zuzena, eta legea ere arteza
edo zuzena, bidea okerra edo makurra eta abar. Gainera —eta hau inportantea izango

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zaigu aurrerago azalduko dudan volitioaren esparrurako— bideari eutsi ala bidea uztea
borondatezko ekintzak dira. Beraz, « bide » esparruari begiratu ahal diogu testuan
diren legeari buruzko metaforak azaleratzeko, eta ikusteko zeintzuk diren termino
horren azpian izendatutako kontzeptuak. Etxeparerengandik hartutako adibide batzuk
emango ditut, honako esanahi hauek ageri dituztenak : zuzena, aukera, baimena,
zilegia, [in]justizia, antza denez27 :
• Erregueren aduocatu videzco eta nobleari
• Eta orduyan çuc ydaçu indar eta gratia / Beccatuyez vqheyteco vide dudan doluya /
Perfectuqui eguiteco neure confessionia / Neure beqhatuyez oroz dudan varqhamenduya
• Herri orotan gauça oroz eztu vere paria / Othoyce bat baneguyon larradala eguia / Biderican
liçatenez nynzan haren gracian
• Hiri eguin vadaraye bidegabe handia / Ieyncoari gomendezac eure gauça gucia / Harc orori
emanen dic bere merexituya
• Horla erraytia errax duçu erho bocen vadaquiçu / çure pena dioçunoc nonbayt handi
videytuçu.
• Nic oguenic eznuyela honguiguitez verceric / Bidegabec haritu nu vide eznuyen leqhutic /
Erregueri gayzqui saldu guertuz oguen gaberic.
• Nic vaycitut offensatu bide eztudan veçala
• Nola dugun cerbiçacen hanbat gure exaya /Iangoycua desconoci gure saluaçalia / Eta oroc
eçagucen dela videgabia
• Pensa othoy nola gauden bi bideren erdian / Salua bano damnaçeco perileco punduyan /
Ehor fida eztadila othoy vanitatian
• Secretuqui minçaceco othoy bide ydaçu
41 Etxepareren poemak ikertu nituenean, ikasi nuen legea gainditu behar-reko oztopo edo
langa gisa ageri dela testuan ; salbaziorako bidea lotuta dago zabaldu edo itxi egiten
den atearekin, eta bidean aurki genitzakeen oztopoak bide hori itxi diezagukete :
« Orotaric cerraturic daude paussu guciac ». Hau ulertzeko bizitza bidaia bezala hartu
behar da, eta bidaiaren bukaeran atea edo itzulinguratu beharreko gunea. Baina
ikuspegi osoago bat jadesteko epai-keta horretan Jainkoak eta Mariak eta bekatariak
berak zein rol hartuko duten aztertu beharko dugu. Alabaina, hori baino lehenago
legearen kontzeptuali-zazioaren azken alderdia ikertu behar dugu.
 
3.1.3. Zurruntasuna eta malgutasuna : korrelaziozko metaforak

42 Korrelazio metafora Joseph Gradyren Foundations of Meaning doktorego tesitik


maileguan harturiko kontzeptua da. Gradyk, linguistika kogniti-boak metaforari eman
izaten zion garrantzia eta lehentasunari jarraiki, oinarriko metafora-lehengaiak
aztertu ditu bere tesian. Hasteko bereizi ditu alde batetik tradizioan luze
eztabaidatutako metaforak (Akile legoi bat da), eta bestetik « inflazioak gora egin du »
diogunean, adibidez, azpian legokeen gehiago gora da oinarriko metafora
kontzeptualak bezalakoak, zeinetan kantitatea altueraren arabera kontzeptualizatzen
den. Zehatzago esan, lehen aipatu ditudan oinarriko metafora hauetarako bi eratako
motibazio iturri bereiztuko ditu : alde batetik antzekotasuna —eta era horretara Gradyk
gaurko ikuspegitik berreskuratu nahi izan du arbuiatua izan den baina
Aristotelerengandik datorkigun tradizio bat—, eta, bestetik, korrelazio meta-forak 28.
Korrelazioz eraikitako oinarriko metafora gure esperientziaren bi esparru lotzeko
gertatzen den metaforari esaten zaio29. Esaterako, « trigonometria total egiten zait
aldats gora oso » esapidean, aldats bat igokeran dugun esperientzia eta arazo bati aurre

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egikeran dugun esperientzia lotzen ditugu, eta beraz, mundu fisikotiko adierazpena
mundu intelektualari aplikatzen diogu30. Beste adibide batzuk « astuna » edo « latza »
izan daitezke, eta abar.
43 Bidearen metaforak salbazioarekin eta legearekin batzandukeran bi tasun
bereganatzen ditu : malgutasuna edo biguntasuna, eta zurruntasuna edo
urrikalgaiztasuna. Gure kasuan zurruntasun fisikoa sentitzen dugun modua litzateke
bestelako zurruntasun moral edo psikologikoak adierazteko sorburua (Grady 1998).
Biguntasun eta malgutasunaren kontzeptuak gure eguneroko esperientzian oinarri
harturik lotzen ditugu : gauza bat biguna da guk egin diezaiokegun presioari
erresistentziarik jartzen ez dionean. Antzera, gauza bat malgua dela diogu gure
presioaren pean forma aldatzen duenean. Esperimentu txiki hau egin dezakegu :
« hartu nuen alanbre bat, saiatu nintzen okertzen, eta azkenean lortu egin nuen...Zelan
zegoen alanbrea nik hartu baino lehenago ? » Erantzun automatikoa « zuzen » izan ohi
da, nahiz eta berez alanbre okerra bihurtzen saia nintekeen. Joera hori segurutik
formen hierarkia kultural bati lotuta dago : suposatzen dugu hasierako forma zuzena
dela, eta eratorria (hots, indar egin eta gerokoa, edo higatua, etab.) okerra. Beraz
zuzenak zurruna dakar eta okerrak malgua.
44 Bestalde, « egitarau edota ordutegi malgua » daukagula esan ohi dugu, edota halako eta
holako erakundea oso zurruna (edo zorrotza) dela31. Holako adierazpenen oinarriko
metafora kontzeptuala, oso maila orokor batean, hauxe da : ERAKUNDEAK EGITURA FISIKOAK
DIRA (Grady 1997). Erakunde eta entitate abstraktuak beratasun fisikoaren arabera
ulertzeak badu bere parekorik esparru erretoriko-forentsean equitas bezala. Izan ere,
Eden aipatu dudanean nioen legez, equitas delakoaren bidez lege orokorra errealitatera
makurtu edo kasu konkretuari egokitzen zaio. Justizia kontu-liburu, balantze eta
matematikaren arabera kontzeptualizatzen dugu. Ildo horretatik, kontu matematikoen
finkotasunari emaitzen zurruntasuna dagokio, eta kontu-liburuaren emaitza
epaiketako epaiarekin lotzen dugu, hots, akusatuak jabegoan bildutako bekatu edo
krimenei dagokien zigorrarekin. Legea izatez zurruna da (cf. dura lex, sed lex) baina
legearen aplikazioa edo egokitzapena —equitas edo hauzutasuna edo berdintasuna,
alegia— malgua da, eta berdin errukia, gupida eta barkazioa.
45 « Biguna » Ama Birjinari egotzitako adjektibo tipikoa izango da euskal literaturan ere,
cf. J. J. Mogelen « Ama biguna » eta paradigma unibertsalago batean xamur adjektiboa
ere. Xamurtasuna ere malgutasunari edo presiopean forma aldatzeari dago lotuta.
Hemen gako hitza « sentibera » litzateke, eta ziur aski erreakzionatzearen ideia ere oso
lotuta egongo da. Erreakzioa edo erantzunezko portaera sentimenduarekin edo
sentibera izatearekin erlazionatzen da ; forma aldaketa, berriz, kanpoko estimulu baten
aurreko erreakzio mota bat da, haragi malgu edo xamurraren kasuan bezalaxe.
Ezagutzen ez ditudan arrazoiengatik, malgutasuna estuago lotzen zaio forma
aldaketari, eta xamurtasuna, aldiz, sentiberatasunari.
 
3.2. Azken epaiketako Pertsonaien rolak

46 Judizio Jeneralaren eszena nagusietan, ama bigun hori legea gainditzeko bidexkak oso
ondo ezagutzen dituen abokatu bilakatuko zaigu. Etxepareren hitzetan ostera ere,
« Ceru eta lur ororen erreguina dignia | Beqhatoren aduocata eta confortaria ». Bere
funtzioa equitas eta mesedea da, hots, egokitzearena. Orain goazen begiratzera

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sofistikazio handixeagoarekin Etxepareren hurrengo pasarteari, zati honetan


pertsonaia nagusien eginkizunak erabat zehazturik ageri baitzaizkigu :
Beccatoren saluaceco ieyncoac eguin cinducen / Bere buruya eguin dici iuge
iusticiaren / çu misericordiaren refugio cinaden / Nola berac iustician ecin salua
liçaque / çure misericordiaz remedia litecen / Balinetan eguiazqui çugana gin valite
47 Etxepareren lerro hauetako metafora-sorburua estasi edo egoera juridiko-erretorikoa
da. Bertan Jainkoaren eta Mariaren rolak azaltzen zaizkigu argi eta garbi : aurrenarena
epailea, hurrenarena abokatua. Alde batean, Jainkoak bere burua izendatu eta egin du
epaile. Bestean, Jainkoak Maria egin du errukiaren (mesedearen) aterpe, eta bere burua
epaile. Hori horrela izanik, ez zen ba errazago izango Jainkoak berak, hots, epaileak
berak bekataria zuzenean salbatzea halako sotilkerietara jo barik ? Horri erantzuteko,
kontuan har dezagun justizia edo zuzentasuna zurruna dela zuzena delako, zeren
biguna eta malgua balitz okerra bailitzateke, goian ikusi dugun bezala. Legea zurruna
denez, ezin du barkatu, ezin da makurtu, eta barkamena beharrezkoa da salbaziorako.
Edozein kasutan, zurruntasuna versus barkaberatasuna bikoteak ematen diguten irudi
orokorra kontzeptu oinarrikoago batzuetan datza :
• Zuzentasuna errukiaren (mesedearen) kontrakoa da
• Salbatzea barkatzea da
• Beraz, barkatzea legea ez ezartzean datza
• Hortaz, bat salbatua izateko beharrezkoa da legea saihestea
• Legea saihesteko modua ararteko baten bitartekotza eskatzea da
• Legea bideko oztopo edo langa bezala ikusten da, eta arartekoa berriz, hesi horren
itzulingurua nola egin edo legearen gainetik nola pasatu dakiena da (esan nahi baita,
hesiaren beste aldera heltzeko, Zerura, segurutik).
• Jarduera honetan esku hartzen duten propietateak biguntasuna versus zurruntasuna izan
daitezke. Interesgarria da ikustea nola propietate fisiko horiek proiektatzen diren giza
ezaugarrietan eta nola erlazionatzen den barkaberatasuna biguntasunarekin
48 Deskribatzea falta zaigun azken pertsonaia bekataria bera da. Goiko testukian oso argi
ageri zaigu zein den salbaziorako baldintza : « çugana gin valite ». Esapide horren
azpian dagoen kontzeptualizazioa dendatuko naiz argitzen hurren. Har dezagun
Etxepareren honako pasartea :
O andere gloriosa eta ama eztia / çutan dago beqhatoren sperança gucia
| Ni çugana nyatorqueçu beqhatore handia | Arimaren saluacera çu çaquiztan valia.
49 Berriz ere « zugana », hots, adlatiboa eta mugimenduzko aditz bat. Definizioz guraria
erakusten duten aditzak lekuz aldatzeko aditzak dira, mugimenduzkoak ; eta hori
jazartzen zaio subjektu-objektuaren berezko nola-kotasunari32. Guraria eta norabidez
aldatzearen arteko harremana honetara eman daiteke : INTENTZIOA NORABIDEZ ALDATZEA da
eta INTENTZIOA NORABIDEA DA.33 Honi loturik esan genezake norabide bezala
kontzeptualizatutako intentzioa korrelaziozko metafora dela. Hori sendo baieztatzeko
pareko adibideak aurkitu beharko genituzkeen, esaterako IN-TENDERE joera (preposi-
zioaz) bideratua bezalakoak alegia.
50 Ikus dezagun beste adibide bat, adlatiborik eta mugimenduzko aditzik erakusten ez
duena :
çutan dago beccatoren remedio gucia | Sperança ossagarri eta salua-menduya / çuc
guibela demaçuna nola vayta galduya / çure gomenduyan dena halaver da salbuya.
51 Alde batetik « gibela » bera badago metaforikoki erabilita —edo, hobeto esan,
metonimikoki erabilita, esparru beraren barruan gertatzen baita proiek-zioa—, nahiz

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eta hiztunak holakotzat ez jo : maila fisikoko organoa « atzea » esateko erabili da 34.
Baina gainera, edozein hiztunek badaki atzea edo gibela eman esapideak « bazter utzi »
esan gura duela. Beraz, laguntzarik ez ematea edo atentziorik ez ematea, atzea edo
gibela ematea baldin bada, atentzioa ematea gorputzaren aurrealdean egon behar da
kokaturik, agian aurpegian bertan (« aurre egin » etab.). Atentzioa zuzen daiteke, eta
lotuta egon behar du zuzen daitezkeen zentzuei. Iritzi batean ezingo genuke
atentziorik erakutsi zuzendu ezin diren zentzuetan oinarri harturik, usaimenari edo
dastamenari loturik, alegia. Ohar gaitezen adibidez zelako esapideetan ageri den
« begi » hizkia : « begi ederrak egin », « begiramen»  begirune », « norbaiten begira
egon » etab eta hauetako zenbaitetan ageri den atentzioari edo zentzu zuzenduei
loturiko esanguraren bat. Interesgarriro, atentzioak badu zerikusi etimologikorik
intentzioarekin. Beraz : INTENTZIOA NORABIDEA DA, NAHIA NORABIDE ALDAKETA DA, eta
ATENTZIOA AURPEGIAREN (EDO GORPUTZAREN AURRE ALDEAREN) NORABIDEA DA. Eta zer egin behar
du bekatariak testuinguru katolikoan ? Ama birjinagana bihurtu bideari utziz, eta abar.
Intentzioa erakutsiz gero Andre Mariak bilatuko dio zirrikituren bat legeari
itzulingurua egiteko, Jainkoa biguntzeko, edo, bestela esanda, mesede edo errukiaren
bitartez epaiketa irizpideak aldatzeko.
52 Irudi hau bat dator generoaren bereizketarekin : legea zurruna eta maskulinoa da, eta
malgua edo biguna edo errukia femeninoa da. Mirailaren jomugetako bat eskema hau
aldatzea izango da. « Helas, Jesus ona ! Ikusten zenuela nire itsutasuna, eta nire
beharrean ezingo nukeela gizonengandik laguntzarik izan, nire salbaziorako bidea
zabaldu zenuen. O zein ontasun eta eztitasuna ! Ba ote da aitarik alabarentzako, edo
bestela, nebarik arrebarentzako, Berak egin duena inoiz egingo lukeenik ? (...) Helas !
Zeuk maite izan duzu. O karitatea, sutsu eta sugartsua, zu ez zara batere laxoa
maitatzen ; guztiak maite dituzu, bai horixe, baita zure etsaiak ere, eta irainak barkatu
ez eze, zeure burua eskaintzen duzu heriotza, gurutze, neke, min eta oinazean (euren
salbamen, libertate eta askatasunaren alde) « 
« Alas, good Jesus ! Thou seeing my blindness and that at my need I could have no succor of
men, then didst Thou open the way of my salvation. O what goodness and sweetness ! Is
there any father to the daughter, or else brother to the sister, which would ever do as He
hath done ?f (...) Alas ! Thou hast loved her. O charity, fervent and inflamed, Thou art not
slack to love ; Thou which lovest everybody, yea, and also Thy enemies, not only forgiving
them their offenses but also to give Thyself (for their salvation, liberty, and deliverance) to
the death, cross, travail, pain, and suffering.g
53 Testu honetan bide zabalari edo zabalduari buruzko aipua dugu. Kontratu apurtuaren
sare kontzeptualean atea itxita dago, eta itxita egon behar da arimak bere duen
bekaturako isuriagatik. Baina, kasuan Katolikoekin gertatu ohi zenaz bestera, Jesusek,
eta ez Mariak, zabaldu du atea. Holako ontasunerako zioa honetara ematen da :
konparatzen dira Jesusen arimarekiko hartu emanak, karitatea dela medio, familia
artekoekin : aita alabaganako, eta neba arrebaganako.
54 Ingurune katolikoan Mariaren biguntasunak bekatariaren bolizioa erakartzen zuen,
Etxepareren adibidean ikusi dugunez ; beraz, ekintzaren noranzkoa bekatari
maskulinotik (defektuz) ama-abokatu-femeninoarenga-nanzkoa zen. Margaritaren
testuan, ordea, alde batetik, katolikoen genero rolak aldatu dira —orain maskulinoa
goian da, Jainkoa, eta femeninoa behean, arima—, eta, bestalde, ekintzaren abiagunea
ere aldatu da. Orain goitik beherakoa izango da, Jesusengan hasi eta arimarenganaino,
eta Jainkoaren karitate-maitasuna aita-nebek alaba-arrebei lieketenarekin parekatzen
da. Bi kokaguneen arteko erlazio-funtzioa karitatea izateak erakusten du oso dela

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garrantzizkoa erlazio-egituraren mailaketa mantentzea ; hots, familia harremanak


jaun-basailu esparruaren arabera ulertu behar direla.
55 Harremanen esparrua birdefinitzeak badakar besterik ere, hots, arimaren eta Jainko-
epailearen arartekoak ezabatzea, Jainko-aita-senarrarekiko familia harremanen alde ;
berba batean, sarreran esan dugunez, espazio judizialaren pribatizazioa daukagu : « Ez
diot inori eskerrik eman beharrik zeuri baino...[ez bakarrik zuk] barkatu dizkidazulako
nire bekatuak, baizik eta graziaren opari artez graziatsua eman didazulako ».
« I ought to give no thanks for my salvation but only unto Thee... have forgiven me
my sins, but also given unto me the right gracious gift of grace. »
56 Ez da bakarrik legea arima batentzat beren-beregi malgutu dena, arimarentzako
berebiziko lege-malgutzea alegia, eta hartara salbuespena egin dela (mesedea-errukia),
eszena katolikoan gertatu ohi zen legez ; harreman berri honetan trukaketa bat ere
badago, hots, bekatuak graziaren truke. Hori azaltzeko ikusi behar dugu senitarteko
harremanak zeintzuk diren zalduneria testuinguru batean.
 
4. Familia harremanak
57 Aurretik argi ikusi dugunez, istorioaren narratzailea arima da —arimaren generoa
femeninoa delarik, eta gogoan erabilirik ingelesak posesiboez aterantz ez daukala
gramatikazko generorik (euskerak bezala), oso itzultzaile trebea agertu da Elizabeth
jatorrizkoa horrela bihurturik—arimak autobio-grafikoki kontatuko dizkigu bere gora
beherak35.
58 Esana dago, halaber, Mirailak azpian dituen metafora esparruak bi direla, bata
epaiketarena eta bestea familia patriarkalarena. Epaiketaren eszena ez da bere
osotasunean inoiz irudikatzen testuan, baina bekatua dagoenetik, batez ere bekatua
legearen haustura bezala hartu ezkero, epaia suposatua da ; suposatua bai —eta aipu
ugari eginda gainera—, baina margotua ez testu honetan. Zelanbait esan, Margaritaren
irakurleek gogoan izango zuten epaiketaren irudia, oso ezaguna egingo baitzitzaien, ez
da, ordea, hori Margaritaren asmoa. Berez, Margaritarenean, epaiketa familia
esparruaren barruan suertatuko da, arestian aipatu dudan pribatizazioaren bitartez,
eta hori posiblea da, alde batetik, familia patriarkala jaun-basailu esparru
metaforikoaren arabera ulertuz gero, bekatua legearen haustura izan beharrean, ituna
apurtzea legez hartzen delako, otseinak ugazabarekin duen harremana bertan behera
uztea bezala hartzen delako. Esatea legez, katolikoen usterako Maria euren ama bazen,
erreformisten arimaren ahaidetzea Jainkoarengana hedatuko da : « ze epaiketa ari dira
horiek, baldin epailea gure aita baldin bada ! » esanez bezala. Ez zaizkio Jainkoari epaile
lanak ukatzen, baina bai legeari leporatzen zaion zorroztasun itsu hori (itsutasunak
hain zuzen ez egokitzea esan nahi du, ingurukoak edo zirkunstantziak aintzakotzat ez
hartzea alegia). Gainera jaun-basailu erlazioa errazago ekar daiteke merkatal itun
batera, eta horixe izango da elestatuko naizen azken eszena. Halan da ezen idazlea
zuzenean hasiko dela familiaren esparruan esangura eraikitzen, baina betiere familia
patriarkala jaun-basailu botere harremanak kautan harturik. Ikus dezagun nola.
59 Testuaren eman moduak edo hurrenkerak antolaketa honi jarraitzen dio :
1/ Arimak bere burua aurkezten du, (bataioaren eszenan)
2/ Arima bere lagunartearen arabera definituko da, eta (Familia harremanak 1)
3/ Arimak duen jokaera bere lagunekiko eta lagunaren erantzuna bere ekintzekiko.
(Familia Harremanak 2)

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4.1. Sendiarekikoak : Jainkoagandik Arimaganakoak

60 Erreskadan eman ditudan hiru ataletako lehenari dagokion poema zatiak arimaren
nolakotasuna Jainkoarenarekin erkatuta erakutsiko digu. Lehen parte hori, arimak bere
burua aurkezten duenekoa, alde batetik orain arterainokoarekin apur batez landu
dugun arren (« Helas, Jesus ona... »), geratzen zaiguna beranduagorako utziko dugu,
artikuluaren akabutarako, hain zuzen kontratuaren eszenarako. Hala ere, esan dezadan
nahikoa arrunta dela arimaren merezimendu gutxia Jainkoak egiten dion begi
ederrarekin erkatzea. Aitzitik, bere osotasunean hartuta, poema honek itzulia emango
dio eskema horri, eta arima goratuta lotuko da hain zuzen Jainkoarekin dituen
harremanetan oinarriturik, hurrengo arauri jarraituz : zenbat eta maila altua-gokoak
izan zure « ezagunak » halan eta maila goragokoa izango zara zeu ere. « Laguna » sen-
ide bezala ulertu behar da testu osoan ; lagunak, garai horretan, maila sozio-
ekonomikoekin daude lotuta, zelako maila halako lagunak, eta, atsotitzak dioen bezala,
kontrakoa ere bai, hots, lagunek ematen dute maila eta prestigioa. Beraz, testuan
ageriko diren Jainkoaren ekintzek Jainkoaren ontasuna erakusteko ez ezen, arimaren
estatus soziala azpimarratzeko ere balio izango dute.
 
4.1.1. Ohorea eta endogamia

61 Aristokraziaren endogamia ohoreari buruzko kontzeptuaren ondorioa baino ez zen.


Malinak (1993) azaldu bezala bi ohore mota zeuden : metatu ahal zen ohorea edo
eskuratua eta metatu ezin zena edo jaiotzatikoa. Gizonezkoek ohorea metatu ahal zuten
izen onarekin batera, itzalaren bitartez, ekintza gogoangarrien bitartez eta abar.
Horrek luzarora diru iturria ere handituko zuen, baina printzipioz dirua eta ohorea ez
zeuden guztiz lotuta. Metatu ezin zen ohorea bat jaio zen familiaren itzalari lotua
zegoen. Emakumeek azken mota hau bakarrik zuten, eta ohore hori, nolabait esan,
euren himenean zegoen kokatuta. Emakumeek ohorea galdu baino ezin zutenez egin
himena urratzearekin batera, saiatu beharko ziren ohorea galtzen eurek baino ohore
handiago zuen norbaitekin, baina noski, behin gizonak aginduz gero jabe egingo ziola
damari, hau da, aginduta bere ohorean damak ere parte izango zuela. Malinak
errekurtso iturri mugatuko gizarte Mediterraneorako azaltzen duenez, hura « gora »
egiteko moduetako bat zen, ezkontza politika alegia. Ondorioz, emakumeak edo euren
familiaren baitara ezkontzen ziren —ohore kantitate berari behintzat eusteko—, edo
goragoko mailetarantz begira jartzen ziren « humanitatea » edo « kondizioa » hobe-
tzearren. Mailarik goren gorena erregea zen, aita izena eraman ohi zuena (horregatik
goi mailako handikiek euren artean mintzatzean « anaia » edota « ahizpa » eta abar
erabili ohi zuten).36
62 Halaxe azal daitezke Margaritak erakusten dituen endogamiako edo intzestuzko
harremanak : arima, emakumezkoa den aldetik, dendatzen ari da bere jaiotzatiko ohore
kantitatea erakusten, bere « odolaren balioa ». Arimaren ohorea berreskuratzeko
bideak Jainkoarekin dituen hartu-emanetara eramango gaitu, arimak litekeen eta
harremanik estuena daukala litekeen eta izakirik gorenenarekin.
63 Sendiarekiko harremanei aipua goiko testuan, aitak alabari edota nebak arrebari dion
maitasunaren konparaketan mamitzen zen : « Ba ote da aitarik alabarentzako, edo bestela,
nebarik arrebarentzako, Berak egin duena inoiz egingo lukeenik ? » Oraingotan berriz,
bigarren aldian, zenturioi erroma-tarrak Jesusi etxera joateko eskatzen zioneko aipu

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Biblikoarekin batera datorkigu. Berriz ere, dikotomia merezi dena vs. jasotzen dena
erkatuz lortzen da ; merezi dena ezezagun bati legokiokeena da, eta jasotzen dena,
aldiz, etxeko bati emango zitzaiona ; honen helburua ekintza Jainkoarengandik
abiatzen dela esatea da. Kontura gaitezen testuki honek karrajo edo igarobide lanak
egingo dituela, alegia pribatizatze prozesu honetan oraindik ere badela bitartekorik —
zenturioiak bere semearen ordez hitz egiten du—, eta Jesus ez dela oraindik etxean
hartua, hots, oraindik arima-Jesus harremana ez dela zuzena, azken emaitzan izango
den legez. Hala ere, etxerakotzeko ahalegina Jesusek egin beharko du : « zeren nahikoa
izan beharko bainuke (halako arris-kutik atera naizelarik) arrotz bati bezala zuzendua izan
nadin ; aldiz, zuk ama, alaba, arreba, eta emazte gisa erabili didazu arima (hala esatera ausartu
banadi) ».
« For it should suffice me (I coming out of such a danger) to be orde-red like a
stranger ; but Thou dost handle my soul (if so I durst say) as a mother, daughter,
sister, and wife (117.orr.). »h
64 Margaritaren bigarren zatiari buruz goian eman dudan ezaupide hura ardatza da :
arima goraltxatuko da Jainkoarekin dituen harreman eta tratuak direla bide. Areago,
arimak ohorea eskuratu du Jainkoak berak arimari erakusten dion jokamoldeagatik,
arima Jainkoak ama, arreba, alaba eta emazte balu bezala tratatuko baitu. Horregatik
dator Lukas 15 hurrengo para-grafoan : « Ni, Jauna, ogia eskatzeko on ez naizena, ez eta zure
bizilekua den leku goreneko atera hurbiltzeko ere ! O zer-nolako grazia den bat-batean zuk niri
adeia egin eta nire arima hain gora eramatea, non nire gorputzaren jabe sentitzen den. Pobre,
ezjakin eta ahula izanik, ene arimak zurekin aurkitzen du bere burua, aberats, jakintsu eta
sendoa zaren horrekin, zure izpirituaren erroilua eta berba santua idatzi dituzulako haren
bihotzean, (...) eta horrek zure semeaz ernaldu du ene arima... Horrenbestez, ontzat duzu ene
arimari ziurtatzea zure semearen ama dela, zu zeu aita bakar zaituen semearena ».
« I, Lord, I which am not worthy to ask bread, to come near the door of the right
high place where Thy dwelling is ! O what grace is this, that so suddenly Thou
vouchafest to draw my soul in such highness that she feeleth herself the ruler of my
body. She, poor, ignorant, and lame, doth find herself with Thee rich, wise, and
strong, because Thou hast written in her heart the roll of Thy spirit and holy word,
(...) which thing made her conceive Thy son... Therefore dost Thou vouchsafe to
assure her that she is mother of Thy son of whom Thou art the only father (1
18.orr.). »i
65 Erlazio espazioaren edo erlazioak gauzatzen diren espazioaren definizio berria
poemaren lehen zatian hasi zen. Jainkoa bizi zen lekua aipatzearekin, gora, eta
konparaturik arima bizi zen lekuarekin, behea. Kautan hartze-koa da ogibidea,
eginkizuna. lantokia eta lekua antzeko kontzeptuak zirela ; batek lanbidea zuen jaiotza
lekua eta mailaren araberakoa. « egoera » bat zen. Gainera bizilekuak (dwelling-demeure)
kasu honetan sunda edo kutsu mari-talak edo ezkontzazkoak ere baditu. Horri erantsi
behar zaio « lzpintuaren erroilua » arimaren bihotzean idaztea sexualki ulertu behar
dela ; gura horren hartze femeninoak (hau da, fedeak) Semea ernatzea ekarri zion.
Goazen asti-roago.
66 Zati horretan, esan genezake gizakiari buruzko kontzeptualizatukeran bi kontzeptu-
sistema daudela elkar gurutzaturik. Bata gorputza/arima dikoto-mia platonikoa da,
poema osoaren planteamenduak edo hari narratiboak dakarkigun bezala, bestea
bibliatikoa da, gizaki eta Jainkoaren trebetasun kognitiboak hiru alderditan banatzen
dituena : ulermena —bihotz-begiak, edo Aita—, komunikazioa —belarri-ahoak, edo
Semea—, eta ekintza —eskua, oina, atzamarra, zakila... edo Gogo Zaindua— Malinak

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1993an azaldu bezala (Ikus beherago). Elkar gurutzaketa hau Nahasketa Espazioan edo
Bateraketa Espazio Mentalean agitzen da, Turnerrek eta Fauconnierrek 1994tik aurrera
eman legez (ikus beherago). Jainkoaren kontzeptuak hiru kontzeptualizatze bide
horiotatik —ulermena, komunikazioa eta ekintza— osagarriak bilduko ditu, alabaina
Jainkoaren kontzeptua ez da horietako bakar bat ere. Pasarteak bi esparrutatik hartuko
ditu osagarriak. bai esparru biblikotik eta bai esparru platonikotik. baina. berriro ere,
era zehatz batera nahasturik dauzka esparruok, eta era hori ez da ez platonikoa ez
biblikoa. Orain begiratuko diegu trinkoegi aipatu ditudan bi ardatzoi banan-banan,
lehenago antropologiako ikarrari eta gero kognitiboari.
 
4.1.2. Gizakiari buruzko irudia Biblian : organoetatik ahalmenetarako bide
metaforikoa

67 Malinak (1993) diosku gizakiaren eta munduaren arteko elkareragike-taren eremuaren


mugak modu metaforikoan deskribatzen direla, giza gorputzaren atalen bidez. Bihotzaz
pentsatzen dugu (cf. gaztelaniaz concor-dia, recordar, acuerdo, cuerdo. denek dute
latineko cor =bihotza etimoa azpian) eta begiek informazioa ematen diote bihotzari ;
ahoa daukagu berba egiteko, eta belarriak besteen hizketa jasotzeko ; oinak eta eskuak,
berriz. gauzak egiteko. Modu abstraktuagoan, gizakiak ingurunearekin daukan elka-
reragiketa hiru eremutan banatzen da, Eremuok elkarren mugen barruan sar daitezke,
baina ondo bereizten dira bata bestetik : alderdi emotibo-kogniti-boa, adierazpen-
diskurtsoaren alderdia, eta ekintza-helburuen alderdia. Biblian. gizakiek borrokan
dihardute ingurune fisiko eta sozialean euren lekua lortzeko ; borroka hori euren
erreakzio barru-barrukoen arabera antze-maten da (begi-bihotzen bidez),
hizkuntzaren bidez adierazten (aho-be-larriez) edota kanporako ekintza bihurtzen
(oin-eskuez).
68 Malinak, Testamentu Berrian beste kasu interesgarri bat aurkitzen du. Oraingoan
azpiko motiboa Jesusen esperientzia da, eta Jesusek Jainkoarekin daukan harremana.
Jesusek Aita deitzen dio Jainkoari, hots, Ugazaba. Pasarte askotan ematen zaigu Aitak
egiten duenaren berri, eta bertan ikusten dugu Aitak hiru eremu horiexen arabera
betetzen dituela Jainko zereginak. Hala ere, zenbait pasartetan Jesus Aitarengandik
bereizten zaigu. Seme den alde-tik. eta halakoetan Aita begi-bihotzen eremu gisa
azaltzen da.37 Areago : Jainkoa den aldetik, Jesus, Seme gisa, Aitaren agerpidea da ;
Aitaren agertze hori aho-belarrien arabera deskribatzen zaigu. bete beharreko Hitza
dugu. Alabaina, gizona den aldetik, Jesusek hiru alderdiak ageri ditu, edozein giza-kiren
moduan. Bestela esanda, Jainkoa den aldetik Aitaren ahoa da, eta hiru alderdiak
dituenez gero, gizakia ere bada.
69 Azkenik, oin-eskuen alderdia Jainkoari aplikatzen zaionean Izpiritu Santuari dagokio
beti-beti. « Spiritus » berbak haizea esan nahi du. antzinateko energia iturririk
garrantzitsuena, giharren indarra alde batera utzita. Haize santuak jarduera. ekintza.
eraginkortasuna adierazten du beti (« Jaunaren eskua eurengan zegoen lErregeak 18:46,
etab. Jesusek Jainkoaren atzamarraren bidez egiten du ona, suzko mihiak hitz egitearen
faktitiboa dira). Malinaren ustez garai hartako fisikaren arabera, haizeak, urak eta suak
isurkien ezaugarriak zituzten. Beraz, Izpiritua isuri egin zitekeen, eta, hartara, gizakien
ahalmenen hiru alderdietan zabaldu bere eragina, ez bakarrik oin-eskuetan.
Laburbilduz. kristautasuneko Jainko Hirukoitzaren sustraiak hemen azaldutako
kulturaren hiru alderdien ereduan daude. Nolabait esan, gizakiaren osaeraren modeloa
Jainkoaren esperientziari aplikatzen zaio, eta, areago. Biblian azaltzen diren

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jainkozkotasunaren ideiek, oro har, gizakien gogo eraikuntzaren hiru alderdien


ereduan dauzkate erroak.38
 
4.1.3. Metafora kontzcptualetik bateraketa teoriara (Blending Theory)

70 Lehen esan dudan bezala, linguistika kognitiboak metaforaren ikerke-tari ekin zion,
ustez ezen horrela gizakiaren pentsatzeko mekanismoak idoroko zituela ; hots.
metaforek, batez ere eguneroko hizkuntzan ageri ohi ziren oinarriko metafora
kontzeptualek, zerbait esaten ziguten gizakiaren gogoaz. Azterketa egiterako
metodologikoki bi arlo edo eskupe (« domain ») postulatzen ziren : sorburua eta xedea.
Halan esan nezake « burtsa mariagora dabil » ; metafora horretan iturria edo sorburua
itsasoa da eta xedea burtsa ; itsasoak gora egiten du sei ordurik behin, eta burtsako
akzioek garestitu egiten dira honenbestero : garestitze hori garaiera bezala ulertzen
dugu lehen ikusi dugunez korrelazio metafora delako (kantitatea altuera bezala
ulertzea) ; gainera inplikazio batzuk ere badatoz sorburutik xedera. hots, burtsak
isurki-tasuna edo egonkortasunik gutxi izatea, edo behintzat akzioen balio gora eta
behera ibiliko dela beti, eta holakoak. Horrez gain, nire hizketakideak are gehiago gara
lezake metafora. urrats bat aurrera eta erantzun « bai baina zure diru ttanttak oraindik
sikutan dituzu » eta horrela esaten dit nik karuagotan erosi nituela ditudan akzio
apurrak eta oraindik ez dudala dirua berreskurat-zeko garaia. eta abar. Aldiz. ezingo
nuke ulertu egitura horretatik kanpo gera zitekeen beste edozein « metatbra ».
adibidez, « bai baina txaparrada datorkizu eta ez dira mazopak gero ». sorburu berari
dagokion arren ez zaio egokitzen gertaeraren topologiari eta. hartara. ulertezina da.

71 Metaforak aztertzeko eredu hau ondo zegoen sorburuko egitura eta topolo-giak ondo
zetozenean bat xedeko topologiarekin. hots, egituraren proiekzio analogiazkora
mugatzen zenean. Arazoa sorburuko arloko egitura eta xede-koa desberdinak zirenean
zetorren baina, eta are metafora sorberriak bere eskuko egitura sortzen zuenean.
72 Aurreko ereduaren muga deskriptiboak erakutsi zituzten adibideetako batzuk hauexek
izan ziren : « You are digging your own financial grave » (literalki « zeure finantza
hilobia ari zara egiten ») eta « this surgeon is a butcher » (« zirujau hori harakina
da »)39. Har dezagun azken adibidea ; iturria harakina da eta xedea zirujaua eta esan
nahi dugu zirujau hori oso baldarra dela eta « sarraskiak » egiten dituela. Baina berez
harakina ez da bere lanean baldarra ez zantarra, fin fina izan daiteke. Orduan nondik
datorkigu harakin bezala ezagututako zirujauaren baldartasunak eta abarrak ? Berez
sortzen den egitura batetik ; eta non sortzen da egitura hori ? Ba nahasketa espazioan.
Espazio hauek erdiko espazio mentalak edo gogo espazioak deitu ziren Fauconnierren
lanaren ildotik. Beraz. nahasketa espazioa edo bateraketa espazioa (« blending space »)
gogo-espazioa da, espazio horrek informazioa ekartzen du beste bi (behintzat) sarrera
espazio mentaletatik, baina bere eskuko egitura kontzep-tuala sortuko duelarik.

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Lehengo sorburu-xede terminoen ordez orain sarrera espazioak ditugu. Gainera


laugarren gogo espazio bat ere izango dugu espa-zio orokorra edo generikoa deritzona.
73 Lehengo eskupe edo arlo (domain) terminoaren ordez orain gogo-espazioa daukagu.
Gogo espazioa lekuan lekuko ulermenerako eraikitako kontzeptu mataza txiki samarra
da. Gogo espazioak pentsatukeran eta berba egikeran eraikiz daroatzagu ; elkarri lotuta
daude eta alda daitezke mintzaldia garatu ahala (Fauconnier, 1994 [1985]). Adibidez,
diodanean « 1991ko Larrunerakoa » gogo-espazioa sortu dut, eta gogo espazio horretan
Larrunera joan ginen lagunak daude. erabili genuen beribila, hartu genuen disgustua
goian teleferikoa ikustean, egin nuen komentarioa Lourdesko Pic du Jerri buruzkoa,
data, lekua eta beste. Horrez gain, « ibilaldi » arlotik egitura part-ziala eskuratuko du,
baina « ibilaldi » arloari lotutako ezagutzatik apur bat baino ez da gogo espaziora
esplizituki jasoko, bestelako egitura gehigarria defektuz eta jardunbide pragmatikoen
bitartez eskuratuko baita.
74 Espazio askoko ereduak sarrera espazio bi izateagaz sorburua eta xedearen ordez,
metafora eta analogia baino haragoko mekanismo kontzeptualak ikertu ahal ditu,
bestela esan, orokortasun maila handiago lortu du. Erdiko beste bi espazioak, esan
dudan bezala hauexek dira : espazio orokorra edo generikoa, zeinek sarrera espazio
biotan dagoen egituraren hezurdura dagoen, eta batera-keta espazioa, espazio aberatsa
da eta beste sarrera espazioetatik integratzen du aldi baterako egitura zehatza eta
lokala. Espazio honek beste bi espazioetatik proiektatu ez den egitura berria sortzen du
sarri.40

 
4.1.4. Margaritaren estrategia orokorra

75 Alde antropologikoa ikusita eta metodologia kognitiboa geureganaturik, itzul gaitezen


gure testukira. Alde batetik autoreak zabaltzen du arlo edo eskupe biblikoa zenturioiari
egindako aipuarekin (« ogia eskatzeko on ez naizena »). Esparru biblikoa informazio
iturrietako bat izango da, hau da, sarrera espazio bat. Jainkoa xedean edo bigarren
sarrera espazioan Jesusi dagokio lehen espazioan edo sorburuan, hala ere. konturatu

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gaitezen lehen sarrera espazioan zenturioia eta zenturioiaren semea dauzkagun


bitartean xedean arima baino ez daukagula. eta egokitze edo kidetze lanak penazak
izango ditugula :

76 Ohar bedi irakurlea berez Bibliako bertako idazleak emana digula oso meta-fora
landua : lehenbizi zenturioiak seme gaixoaren ordez hitz egingo zuen, baina eskaera
bukatzen dueneko bere buruaz ari dela dirudi : « Jauna ni ez naiz nor zu nire etxera
sartzeko baina esazu hitz bat eta osatuko naiz » (ez zen ba semea gaixorik zegoena ?).
Berez, ondinokarrenean ere. kideketa ez dut bere konplexutasun osoan eman, zeren
guk testuan irakurri duguna « ogia hartzeko ere ona ez naizena » izan denez, eta
horrek bultzatu baikaitu lehenago inguru liturgikoa imajinatzera, errito teofagikoa
alegia. eta hortik gero esparru biblikora.

77 Gure kulturan bai bekatua eta bai gaixotasuna zikina bezala ulertzen dira ; oinarriko
metafora kontzeptual hori daukagulako badakigu « gaixorik » dagoena arima dela, eta
beraz kideketa zenturioiaren semea eta arimaren artean ezarri behar dugula. Semea
arima baldin bada, semea dagoen etxea zerekin identifikatu eta gorputzarekin.
Katolikoen erritoetan komekatzeko orduan esaten dira berbok, ahoa etxeko atearekin
identifikatuz eta abar. Zenturioiak bere burua semearekin identifikatzean, eta behin
gure gogoan semea arimarekin bateratuta, berehala konturatzen gara zenturioia eta
etxea gauza bere direla, hots, gorputza ; zenturioiaren semea eta aita identifikatuz
zenturioia eta etxearen arteko metonimiazko lotura lantzen dugu ; esateko, metonimia
batek bestea dakar. Hau guztia testu biblikoan bertan emana zaigu, behin testua
katolikoen inguru teofagikoan kokatuz gero. Hartara, kontzeptuok bateraturik eclo
integraturik datoz testuan integrazioa bigarren aldiz gertatzen denerako, hau da,
testuko hariarekin bat egiten dugunerako.
78 Testuaren haria ez da eteten esparru biblikotik esparru platonikora igaro doanean.
gorputzaren eta arimaren arteko desberdintasuna jakint/at ematen duenean. Hori da
aurretik irakurleak zabaldurik duelako arima-Jainkoaren gogo espazioa, irakurlea

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saiatu baita Bibliako pasartea ordura arteko istorioarekin batera ekartzen. Beraz, ez da
bestelako ahalegin kon-tzienterik egin behar, baina ohar gaitezen esparru hori prest
daukagula (eta idazleak badaki) behar dugun informazioa hortik eskuratzeko. Idazleak
egiten duena oso sinplea da : hierarkiaz dugun ulermena esplotatuko du. Mendetasun
ez uniformearen kontzeptua ulertu eta azaltzeko mailaketaren irudia erabili ohi dugu.
Altuera boterearen hedadurarekin parekatzen da. Beraz, zenbat eta garaiago izan
belauna edo maila halan eta botere botere-tsuagoa. Halan da ze arima Jainkoak
beregana daramanez. oso leku garaira doala. eta leku altu horrek botere handia ematen
diola (eta honez. gorputza-ren « gainetik jarri da » edo nagusitu zaio).
79 Konturatu gaitezen zati honek zuen garrantzia ideologikoa zenbaterai-nokoa den, eta
zein erraz lortu duen idazleak. Guk orain arte daukagun irudia buruan komekatzeko
ordua da, hor sinestedunari objektu bat ematen zaio jateko. zelanbait Jesus
zenturioiaren etxera doala ; gorputza arimaren ontzia bezala ikusten denez (eta arima
isurki bezala), arimara heltzeko, esateko, ontzi horren barrura heltzeko ahotik sartu
behar. Margaritaren testuan irudi horren gainetik egingo dugu jauzi. trukaketarako
objektua grazia bera baita ogi sinbolikoaren ordez. horretara arima-isurki hori
Jainkoarengana eroana dela. Berba batean, sakramentuen ordez hausnarketa
proposatzen zen.
80 Hurren zatirik polisemikoena dator, graziaren oparia zertan datzan azalduko baitzaigu.
« Graziaz » ari dela badakigu kausalaren marka ikusi dugulako. Hizkuntzazko marka
bat antzemateak badu bere garrantzirik teoria honetan : hizkuntza markak espazio
mentalak zabaltzeko lorratzak bezala hartzen ditu Fauconnierrek. beraz hizkuntza
hartzaileak esangura eraiki dezan aztarrenak dira. Kausalaren marka hori irakurtzean
atzeko espazio batera. edo denboran aurretik agitu den gertaeraren batera itzuli behar
izan dugulako, nolabait esan, kausa ematen bazaigu lehenagotik eman zaiguna
ondorioa izango zen (leku garaira heldu izana alegia). Grazia honetan zetzan : arimaren
bihotzean izpirituaren erroilua eta berba santua idatzi da. Jainkoaz lehen esan dudanak
berdin balio du gizakiarengan bihotzak duen funtzioa ikusteko : ulermenaren eta
nahiaren egonlekua. Bestetara esan : arimaren nahian borondate bat idatzi da. Idazteak
badu zerikusirik denboran zehar irautearekin, idazten denak hantxe dirau, bihotzean
idazten bada. hots, oso sakon, oso sendo idatzita egon beharko da (konturatu gaitezen
kausa-ondorio inbertsioaz hemen. « You are digging your own grave » kasuan
bezalakoa). [daztea eskribauen eta baratarien kontua da, eta idazten dituzten
gauzetako bat testamentuak edo hilburukoak dira. Idatzia, noski, Hitza da. hots.
Eskriturak (testamentua. hilburukoa. ituna. etab). Hauxe berori ari ziren erre-formistak
errebindikatzen : eskriturei libreki hurreratu ahal izatea. Hitz hori Jainkoaren
borondatea bada. eta borondate hori neure borondatean idatzita haldin badut, neure
nahia eta harena bat izango dira. eta hori izan behar da komekatzeko modua. Honez
gain, Semea ernaltzea dago ; pentsa dezagun bide batetik hizkuntza erromantzeetan
« conceptiok » dituen bi esangurak. biologikoa eta intelektuala. Esparru biblikoan biek
bat egiten dute. hitzak ordain gorpuztua ere baduelako. Intelektualki « kontzebitzeak »
sexualki ernaltzearekin identifikatuko da, eta hortaz idazleak xedean demostratuko du
nola arima Jesusen ama den. Hori berez « double scope integration » da 41 : isuri
bikoitzeko bateraketa. bestelako bateraketa bezalakoa da, baina abantai-letako bat zera
da, behin bateratze espazioa sortu ezkero ere, itzul gaitezkeela sarrera espazioetako
edozeinetara berriro ere, baina orain bateraketa espazio-tik informazio eta egituraketa
berria eskuratuta. Eta hementxe utziko dut pasarte honen azterketa.

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81 Pasarte horren azterketak balio izan digu Margaritaren estrategia orokor bat
diseinatzeko.

82 Arin esatera, Margaritak Bibliako aipamena eta bere poemaren haria sendiaren barruko
harremanen arabera interpretatuko ditu biak. Beraz, Bibliako harremana
familiartekotzat jo daiteke, eta hortik bere haria ere, hots arima-Jainkoa ere familia
harreman gisa har daiteke. Horrela demostraturik uzten du berari interesatzen zaion
azken hau : Jainkoa eta arima ahaideak direna alegia. Familia harremanak ez datoz
inongo espaziotatik, baina irakurleok oso ezagunak ditugunez erraz eraiki genitzake
nahasketa edo bateraketa espazioan bertan ; gainera, gauzak errazteko, normalean
Bibliatiko aipame-nean badago familiarteko harremanen bat egotez.
83 Kontaerari nagokiolarik. esan beharra dago, arimak nozitu duen Jainkoaren
manipulazioaren bitartez, aldaketa ontologikoa gertatu dela, eta orain lortu duela
arimak Jainkoarekin ezkontzeko beharrezkoa zuen gorengo maila.
 
4.1.4.1. Arima Jesus-Jainkoaren Ama da

84 Jainkoak bere ariman idazten duen legez, eta Izpiritua hartzeko fedea eman dionez,
arima Jesusen ama bilakatu da, baina, denarekin ere, Aitaren alaba sortzez. Eskura
dauden metafora esparruetatik informazioa jadesteaz gain. edota hipotestu
biblikoetatik eszena berriak iradokitzeko, Margaritak autoritate hiblikoa erruz darabil
proba gisa (AUCTORITAS). Antzinako erreto-rika liburuetan bi eratako probak bereizten
ziren, artistikoak edo arteaz sortuak eta artetik kanpokoak edo sortu gabeak. Norbaiten
lekukotasuna, jainkoena barne edo « apostrofa », erretorikatik kanpo zegoen hau da, ez
zen arteaz sortua. Gogora ekar dezagun lehen azaldu dudan bezala Margaritak bere
burua erretorikarik ez zekien emakume ezjakin gisa aurkeztu digula, eta gainera San
Augustinek gomendatzen zuela elokuentzia edo etorri eskaseko hizlarientzat eskritura
buruz ikasi eta bertatik erabiltzea hizkera (zeina bai-tzen egon zitekeenik eta
egokiena). Honez, etorriaren ordez memoria behar dugu. baina memoria erudizioa da,
eta Margaritak erudizio itzela erakuste digu.

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85 Hemen. esatea legez, aipu bat bestearen barruan ageri digu : « Nire aita-ren nahia
egiten duena. hura da nire anaia eta arreba. eta ama » Mateo 12.
« Those that shall do the will of My father, they are My brethren and mother » j
86 Argudioa bat dator lehen emanikoagaz, Jainkoaren nahia edo ituna (testamentuak edo
hilburukoak gizakiak familia bilakatzen baititu. Nahia bietara ulertu behar da,
ondasunak ondorenei partitzen dizkien hilburuko testu gisa, eta borondate gisa.
borondateak dituen direkzionaltasun edo zuzenbide guztiekin.42
87 Arima Jainkoaren amaren izena (eta egoera) erabiltzen ari denez, errespetua erakutsi
behar dio etxeko Amari, Mariari. alegia. Malina antropologoak argitaratu zuen bezala,
Europako gizarte diadikoan emakumeak semeaz erditzearekin eskuratuko zuen etxean
boterea, bestela senarraren amaren pean bizi beharko zen. Behin gizonezko batez
erdituz gero hierarkia azpikoz gora jarriko zen.43 Uste dut testuinguru honetan ezarri
behar dugula Mariari egiten dion (azken) gorazarrea : Maria arimaren senarraren ama
da, baina arima Semeaz erditu denez, arima Mariaren dinakoa izango da aurre-
rantzean. Andre Maria Jesusen ama da gorputzez eta arimaz. baina hartuak ditu ohore
handienak, Jainkoak bera emanak : « Inongo gizonek eman uste izango balizu Jainkoak
berak baino gorazarre handiagokorik. blasfemia litzateke » :
« ...if any man should think to give thee greater praise than God Himself hath done,
it were a blasphemy (120). »k
88 Hauxe dugu testuko pasarterik ardatzena. Areago, usteak ematen dit hauxe dela
testuaren benetako helburua : Mariaren irudia doktrinetatik ezaba-tzea, sinesmena
sineskerietatik garbitzearren. Suposatu genezakeenez Mariak lekuan lekuko izena
hartzeari paganismoaren sunda igarriko zioten errefor-mazaleek, izen horren
aniztasunaren azpian legokeen politeismoagatik edo animismoagatik. Gainera Maria
artekarien paradigma da, eta erreformazaleek kristautasun zuzenagoa nahi zuten.
89 Arima Jesusen arreba eta anaia da
90 Semeak gure hautsekin bat egin duenez —berez, Aitak gugandik hain gertura jarri
duenez— : « deituko diogu gure ahizpa eta neba »
« ...then do we call Him sister and brother (p. I 18). » l
91 Hortaz, arima Jesusen ama izateaz gain, bere arreba ere bada : « orain bada. arimak
(zeinek Jainkoaren arreba dei bailiezaioke bere buruari) beharko du... ».
« Now, the soul (which may say of herself that she is the sister of God) ought.... »
92 Eta familia unibertsala ahotan hartuta, Aita bakarra daukagula eta, arimak (Jesus)
Jainkoari « neba » esango dio. Indartzeko argudioa Salomonen Abestitik edo Kantuen
kantatik ekarriko du aipu biblikoa44 : « Ezdutzuri neba deitzeko lotsarik edukiko, zeren
Salomonen bidez bere baladan esan baituzu. esanez. arreba neurea. zure begietako
baten eta zure ileetako baten begiratu gozoaz zauritu didazu bihotza » :
« ...I will not fear to call Thee my brother, for so hast Thou said by Solomon in his
ballad, saying. My sister. thou hast wounded my heart with the sweet look of one of
thy eyes and with one of thy hairs. »m
93 Jesusi ahizpa eta neba deitzea agian izan daiteke gorputza eta arimaren generoaz
diharduelako, baina ez dut erantzun errazik.
94 Arima Jainkoaren alaba da
95 « Honen ostean maitasun handiz adierazten duzu noia haren sortzea ez den besterik
harengana beti izan plazer duzun onginahia baino. eta ziurtatzen duzu (bera zaindu
zenuen) lehen eguna baino lehenagotik berarengan izan duzula zure maitasuna, eta

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zelan (maitasunaren bidez) zeuk sortu duzun, zeuk (bakarrik) oso ondo egin
dezakezun moduan (...) Orduan egiak sentia-razten dio benetako aitatasuna dela
zugan ».
« After this dost Thon declare with great love how her creation is only the good will
which it pleaseth Tliee to have always toward her. giving assu-rance that hefore her
first day (providing for her) Thou hast had Thy love in her, and how (through love)
Thou hast begotten her, as (alone) Thou canst do very well. (...) Then the truth
maketh her to feel that there is true paternity in Thee. » n
96 Jainkoaren aitatasuna, honetaz, bere arimagazko jokaeran datza, bere isuri
maitekorrean. eta areago, arimari gorputza eman dionez gero, izate fisi-koa eman ere.
Margaritak darabiltzan familia metafora guztietarik honixe irizten diot nik ilunena,
segurutik metaforarik onartuena delako. Gogoan erabil dezagun gizakiok kausazioa
sorrera bezala metaforizatu ohi dugula ; hots, sorburua gerokoaren kausa dela uste
dugu, eta, honen harian, egon zela joera bat hamaseigarren mendeko Europako
herrialde batzuetan erregea ia-ia kausa bezala ez bazen behintzat aginte printzipio
bezala ikustekoa.
97 Jainkoa kausa bada, eta kasua jatorria bezala ulertzen badugu, orduan Aita izan behar
du, hots, jatorria eta kausa. LEHENA KAUSA DA oinarriko meta-fora proposatu daiteke,
kausatzea termino sortzaileetan ulertzen dugula azal-duko ligukeena. Erraz jartze
aldera, esan dezagun zerrenda tenporala maila abstraktuagora metaforizatzen dela, eta
beraz lehen gertaera bigarrenaren kausatzat hartzen dugula. Kausazioa horrela
harturik kausazio erretorikoa edo hizketaldikoa da, non kausa baldintza nahikoa den
baina ez ezinbestekoa, geometrian gertatu denaren kontrara. Adibidez, « Hiri bi horiek
ahizpa bizkiak dituzu trafikoari dagokionez », esaldian familia erlazioek kausaren
arabera aterako dute esangura. Erabil ditzagun gogoan hurrengo predikazioak, « ama
berekoak », « aita bat dute », « lehengusuak dira », « ez du ematen ama bera dute-nik
ere ». etab.45 Hala ere. testuki honek diosku aitatasuna maitasunean datzala,
arrazoiketaren pisu guztia Jainkoak duen arimarekiko jokaeran datza, bere borondate
ona arimarentzako. Honek oparien trukaketarantz abiatuko gaitu, oparia maitasunaren
seinale bezala.
98 Geroago arimak « aita » deituko dio Jainkoari (119orr.). bi aldeko argu-dio bal gehituta :
Aita Gurearen bidez biei egiten die aipu : Eskrituren autori-tateari eta familia
unibertsalari. Bestalde, autoreak « alaba » hitza jartzen du Jainkoaren ahoan berari
deitzeko, berriz ere Eskrituren autoritatera joaz (Prov. 23). Eta atzera ere, « Helas. nire
aita zaharraren leinua hautsi baituzu, zalantza barik, alaba ordeko deitu didazunean
(121) »
« Alas. yea, for Thou hast broken the kindred of my old father, calling me daughter
of adoption (121). »o
99 Ezkontzak, etxe aldaketak. etxe berriko ugazaba jauna aitatzat hartzea dakar,
emakumeei inongo jabegorik izatea eragozten zien legeriaren arabera. Erromatarren
Deminutiori dago lotuta : behin ezkonduz gero. emakumeek bi aukera zituzten. aitaren
abizena eraman ala senarrarena. Aitarena eramatea erabakitzen bazuten, dibortziatu
ahal izango ziren (hots, aitarenera bueltatu). baina. senarra hilez geroz, ezin izango
zuten senarraren etxepartetik gozame-nik izan. Senarraren abizena eramatea
erabakilzen bazuten. gauza bera gertatuko zitzaien aitarekin. zelanbait esan, legez
euren senarren alaba bilakatuko ziren.
 

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4.1.4.2. Arima Jainkoaren emaztea da

100 Urrats honetan argudioak erreferentzia egingo dio ezkontzaren ingu-niko lege jokabide
bati. alegia. ezkontza kontratuaren agerkari moduan senar-emaztegaiek egin ohi zuten
opari trukaketari.46 Jainkoak arimari agindu dio haren egoera hobetuko duela, eta
agindu horrek berekin dakar Jainkoak arima emazte hartzea. Arimaren dotea, berriz,
haren bekatuak izango dira. Hortaz, Adanen alaba izanda, Jainkoaren emaztea izan
daiteke, eta bere egoera soziala hobetu. « Ontzat izan duzu arimari beste izen hat ematea.
eta emazte deitzea, eta hark zuri senarra deitzea, eta adierazi duzu nola askatasunez ezkondu
zaren berarekin. Bataioaren bidez zure ondasun eta aberastasunak berari ematea agindu duzu.
Hartu haren bekatuak, ez baitu hori baino, Adan bere aitak eman zizkionak ».
« It pleaseth Thee to give her another name, to call her Thy wife and she to call
Thee husband, declaring how Thou hast freely declared the marriage of her. By the
baptism Thou hast made a promise to give her Thy goods and riches. Thou dost take
her sins, for she hath nothing else, vvhich Adam her father did give her. » p
101 Arima Jainkoaren emaztea da Kantuen Kantari errenazimenduan ematen zitzaion
interpretazioa dela bide47 : « Eta, antzera, deituidazu emazte, eta erakutsi maite
nauzula, eta (benetako maitasun arduratsuaz) esadazu honela : Ene usoa, jaiki zaitez,
ene emaztea ».
« And likewise Thou dost call me wife, shovving that Thou lovest me, and call me
(by true jealous love), My dove, rise up my spouse. »q
 
4.2. Sendiarekikoak : arimagandik Jainkoagana

102 Arima lau bider segurtaturiko lekuan dago « kokatuta », baina arimak familiako lau
posizio horietan Jainkoarengana erakusten duen jarrerak kolokan jarriko ditu leku
horiek :
 
4.2.1. Arima umea eta Jainkoa aita

103 Margaritak seme galduaren parabola dakarkigu oraingoan. Parabola horretan etxe
bateko semeak etxe-partea eskatzen dio aitari eta badoa handik. Diru guztia gastatu eta
gero, denik eta lanik umilena hartzea besterik ez zaio geratzen : txerriak zaintzea. Bere
egoeraz gogoeta eginda, etxera itzultzea erabakitzen du, baina morroi, ez seme. Hala
ere, aitak ohore eta festa handiez hartzen du berriro. Parabola horretan bezala, gure
testuan ere arimak huts egin dio Jainkoari : « Eta irain egin dizudala ume galduak egin
zuen legez, haragiaren salerosketa ergelari jarraika ».
« Also that I have offended Thee as the prodigal child did, following the foolish
trade of the flesh. »r
104 Hemen generoaren egokitze interesgarria daukagu. Hasieran, Margaritak generoa
zehaztu barik aipatzen du Bibliako pertsonaia, « semea » esan beharrean « umea »
esanez. Gero ume horren bekatuak « haragiaren salerosketa » anbiguoaren bidez
deskribatzen ditu. Hori bi modutara uler daiteke, « salerosketa » hitza segun eta zelan
ulertzen dugun : edo prostitutaren sexu harreman ordainduak direla pentsatuz edo,
bestela, modu orokorragoan, merkatari munduzalearen negozioak.
105 Alabaina, parabolan bezala, aitak ez du bere umearen bekatua ikusiko. Hori
garrantzitsua da bai estasi legalaren ikuspegitik arlo politikoan (aitaren jarrera) eta bai
aitortzaren sakramentuaren arbuiapenaren aldetik, arlo erlijio-soan : « Non da, orduan,

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ni zigortuko nauenik, neure aitak ene bekatua ukatzen dionean ? Ez dago inongo gizona
kondena dezakeen epailerik, baldin eta Jainkoak berak gizon hori gaitzesten ez badu. Ez
naiz ondasunik ez izatearen beldur, Jainkoa dut-eta aita ».
« Where is he then that shall punish me when my father shall deny him my sin ?
There is no judge that can condemn any man, unless God himself would damn him.
I fear not to have lack of goods since I have God for my father. » s
106 Berriz ere, bertikala da erlazioa : ez dago bitartekaririk, ez abokatu eta ez abaderik.
 
4.2.2. Arima, Jainkoaren ama

107 Familia harreman hau poemaren bigarren zatiko kontzepturik landuenetako bat zenez,
hirugarren zati honetan ere testuak zenbait gogoeta interes-garri eskainiko dizkigu
arima eta gorputzaren arteko harremanez. Lehenago esan dudanez, arima manipulatuz,
arima eskutan erabiliz, Jainkoak leku berria ematen dio. Ukitze horrek arimari
dakarkion lehendabiziko aldaketa gorputzaren gainetik jartzea da (gorago aipu batean
ikusi dugunez). Arimak ezin du esan Jainkoaren alboan dagoenik, baina Jainkoaren
ekintzaren bidez gorputzaren jabe sentituko da. Garrantzitsua da gogoratzea frantsesez
arima femeninoa dela, eta gorputza, berriz, maskulinoa. Elizabethen itzulpenak ez du
gorputz maskulinoan aurkezten, baina argi eta garbi azpimarratzen du arimaren
femeninotasuna.
108 Arima eta gorputzaren arteko erlazioen beste alde interesgarri bat zera da, berriz ere
sexu harreman (debekatu) en bidez sinbolizatuta datozela. Jainkoak gorputzaren
barruan jarri du arima : « ez nagiaz lokartzeko, baizik eta batak eta besteak beste lanik
izan ez dezaten zeu zelan zerbitzatu pentsatzea baino »
« not for sleep with sloth but that both of them should have no other exercise but
only to think how to do some service unto Thee (118). »t
109 Aipu honek egoeraren konnotazio sexualak argiro ispilatzen ez baditu ere, poemaren
bukaeran autoreak modu esplizituagoan adieraziko du (ikus beherago, heriotzaren
beldurra dela eta). Garrantzitsua arima eta gorputzaren arteko harremanen norabidea
da, hots, batak bestearekiko vs biek Jainkoagana. Ziur aski sexua edo maitasuna erlazio
prototipikotzat har deza-kegu. Beraz, kide biek, arimak eta gorputzak, Jainkoa zaintzea
izango dute eginbehar, printze baten zaindariak balira bezala.
110 Baina orduan arimak huts egingo du eginbehar horretan : « Izan ere, zutaz ernaldu eta
erditu ondoren, arrazoimena utzi nuen albo batera ; eta neure borondatearen menpeko
bihurturik, eta zuri jaramonik egin gabe, lo geratu nintzen eta lekua utzi nion nire etsai
handiari : ezjakintasunaren gauean (lo bainengoen) nigandik ostu zintuen,
maltzurkeriaz, eta zure lekuan bere ume hila utzi zidan. (...) Nire etsaiak, nire
sentsualitateak (ni piztikeriazko lo zorroan nengoela) neugandik ostu zintuen, eta beste
ume bat eman zídan. bere baitan bizirik ez zuena. eta bekatua deritzona ».
« For after I have conceived and brought Thee forth, I left reason ; and taking
subject unto my own will, not taking heed unto Thee, I fell asleep and gave place to
my great enemy : the vvhich in the night of ignorance (I being asleep) did steal
Thee from me, craftily, and in the place she did put her child which was dead. (...)
My enemy, my sensuality (I being in my beastly sleep) did steal Thee from me and
gave me another child having no life in him, which is called sin...(p. 123). » u
111 Alde batetik, ama bi ditugu : arima, hots. benetako ama, eta sentsuali-tatea, ama
gaiztoa. Bestetik, lo geratu eta arrazoimena bazter uztea bekatua izan da, eta umea
galtzea horren ondorioa. Honen atzean dagoen dikotomia honako hau da : arima=

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arrazoimena vs. gorputza=animalia. Piztiazaletasunaren edo bestialitatearen


aipamenak interpretazio sexualera bultzatzen gaitu. Arimaren arrazoimena
eginbeharrak betetzearen aldeko indar nagusia izan beharko zen (gogoratu Platonen
irudian arima zaldi bik tiratutako karroza zela).48Alabaina, arima —hau da, agintaria—
lo geratuz gero, parte arrazoiduna desagertu egiten da. Ustez maitasunak bi alde ditu,
fisikoa eta espirituala. Seme ttipia maitasunarekin identifikatzen badugu, gorputza,
berriz, maitasun fisikoarekin, eta maitasun espirituala kontalariare-kin, harreman
batean alde espirituala lo geratzen denean horren emaitza maitasun fisiko hutsa izango
da. Hortik dator kontalariak sentsualitate deitzea arrazoimena edo alde espirituala lo
geratuz gero geratzen denari (« ma voisine, » « my enemy. »). 49
112 Lehenago esan dudanez, sexuak harreman prototipikoa irudikatzen du. Erlazioa
bektore bat da, eta badu sorlekua, norabidea eta zentzua. Desira eta intentzio
konnotazio nabarmenak direla medio, arima lo geratzeak gorputza-rekin erlazio
sexualak izatea esan nahi du, eta hortik sentsualitate etsai/auzo-kidea etortzea.
113 Ama bien arteko epaiketa Salomon epailearen eta ama bien pasarte biblikoa gogora
ekarriz konpontzen da, Seme-Jesus honek, bestalde, badu aztertu beharreko korolario
edo atxiki bat. Semea Elizarekin identifikatzen badugu gorputzaren metaforaren bidez,
ama egiazkoak hartutako erabakiak ispilatuko luke hamaseigarren mendeko Frantziako
lehen erreformatzaile intelektualek Eliza Katolikoaren aurrean hartutako jarrera, hau
da, Eliza Katolikoaren « irrazionaltasuna » kolokan jartzea, baina zatiketa saihestuz.
Nolabait esan, nahiago zuten amaizunari (sentsualitatea=imajinak ?) benetako
semearekin geratzen utzi, Seme-Eliza zatikatua ikusi baino. 50
 
4.2.3. Arima, Jainkoaren arreba

114 Arima nebaren kontra altxatzen da. Hemen gogoratzen den Bibliako pasartea 12
Zenbakiak da, Maria eta Aaron Moisesen kontra mintzatu zire-nean hura arrotz batekin
ezkontzeagatik, debekatua baitzegoen halakorik egitea. Kontalaria —arima— Aaronen
emazte Mariarekin identifikatzen da. Bibliako pasartean Maria eta Aaron kexu dira,
esanez Jainkoak eurei ere hitz egin ziela. Beraz, itxura batean auzia apurtutako legeren
bati zor bazaio ere, azpian bada legearen jabe nor den esateko norgehiagoka,
Jainkoaren boron-datea interpretatzeko lehia. Jainkoak erantzuten du, eta erakusten
Moisesekin daukan harremana eta beste profeta batzuekin daukana arras desberdinak
direla : besteengandik ostentzen bada ere, Moisesi aurrez aurre mintzo bai-tzaio.
115 Pasarte honetan arazoa interpretazioaren zuzentasuna da, hots, noraino daukagun
Jainkoaren hitzaren ezaguera zuzena. Jakina, korolario erlijiosoa inspirazioaren
jabegoaren arazoa da, eta interpretatzeko autoritatearena. Dakigunez, Moisesek
Egiptoko faraoiarekin berba egiten ez joateko eman-dako aitzakietako bat zera izan
zen, bera, Moises, hiztun ona ez izatea. Jainkoak esan zion Aaron anaia eramateko bere
ordezkari gisa. Gaia gehiago elaboratuz, esan dezakegu bigarren pasarte honek egia vs
erretorikaren arazo platonikoa aurkezten duela. Irakurketa metonimikoa eginez,
Aaronek Legean oinarritutako interpretazio rabinikoa ordezkatzen duela esan
genezake, eta Moisesek, berriz, interpretazio profetiko edo inspiratua : gnomismoa vs.
erre-belazioa, trebetasuna vs. inspirazioa.
116 Gure testura itzuliaz, arimak aukera egin behar du Aaron eta Moisesen artean :
erretorika vs. errebelazioa, abadea vs. profeta, eta, irakurketa biogra-flkoa eginez,
Henri senarra vs. François neba, beharbada. « ... zeren nik (hain leinu prestuaren ohorea eta

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jatorria ahazturik, eta baita nigana duzun neha portaera eztia ere) zure aurka altxatu nintzen
(nire hutsegiteak gogoratu barik, eta zugandik urrunduz) eta Aaron nebarekin elkar hartuta,
gertu egon nintzen zure lanen kontrako epaia emateko, eta hakarrik nengoencan ere marmarka
jardun nuen zure aurka. Horregatik damu handitan dago ene kontzientzia (...) Oh Jainko
eskuzabala, neha, eta Moises egiazkoa... »
« ...for I (forgetting the honor and adoption of so noble kindred, also Thy so sweet a
brotherly behavior toward me) did rise against Thee and (not remembering my
faults, but going far from Thee) did agree with my brother Aaron, willing to give
judgment against Thy works, and also grudging against Thee privily, which thing
causeth me to have a great remorse in my conscience. (...) 0 bountiful God, brother,
and true Moses...( 125.orr.). »v
117 Gogoan izan behar dugu oro har profeziak kolokan jartzen duela autoritate rabinikoa.
Hala ere, Numeroak 12-ko pasartean autoritatea profetari ematen zaio, eta, areago,
legeak ez du berarengan eraginik. Ohar gaitezen pasarte hau absolutismo politikoaren
erakuntzaren testuinguruan interpreta-tzen badugu, Moises-Erregearen identifikazio
bikoitzak zera dakarrela, Jainkoak berak hautatu duela bien artean eta ez herriak, edo
gorteak, edo zaharrek edo parlamentuak (hau da, Çiden ageri zaigun arazo bera,
ohoreen arteko gatazka). Gainera, ildo horretalik jarraiki, erregea kritikatzeak beka-
tuaren zama dakar, estigma. Guztiei eragiten dien legeak ez dauka indarrik
erregearengan, eta hark nahi bezala apur dezake.
118 Lehenago aipatu dudanez, bizitza errealean Margarita intrigetan ibili zen senar
deseredatuarekin bere nebaren kontra, Henriri Nafarroako erresuma berreskuratzen
laguntzeko. Testuinguru politiko honen berri eman nahi izan dut Margaritak testuan
aipatzen dituen « hutsegiteak » aztertzeko51.
119 Moises emakume arrotz batekin (eta arrotz baten alaba gainera) ezkondu zen, hau da,
ez zion endogamia tradizioari jarraitu.
120 Moisesek hilketa egin dezake zigorrik hartu gabe, baina gainerakoek ez.
121 Hauxe da proposatzen dudan irakurketa : emakume arrotzarekin ezkontzea beste herri
batzuekiko bake aliantza da, hots, sistema zaharreko errege/erreginek beren-beregi
debekatuta zeukaten ekintza politikoa. Aldiberean, horiexek ziren sistema zaharreko
aristokratek zeuzkaten eskubide biak : mendekurako eskubidea eta euren etxearen
interesen alde jokatzeko independentzia. Nobleak behin gortesau bihurturik, euren
kexua izango zen erabaki politiko inportanteak hartzerakoan sarritan errege/erreginak
bazter-rean uzten zituela. Baina Aaron Henrirekin identifikatu ahal bada, artean ez zen
gortesaua.
122 Testura itzuliz, arimak okerreko bidea hautatu du (erreotorika egiaren ordez ?), eta
horregatik deskomekatua da, gortetik kanpora botea : « Eta horrela dendetatik eta
jendearen bizilekuetatik egotzi ninduten (legentsu baten moduan) »
« And so was I put (like a lazar) from the tents and habitation of the people. (125). »
w

123 Eta ostera ere, barkamena iraina baino sendoagoa da : « Ulertuidazu orduan, eta
barkatu nire ezjakintasuna, zure arreba izateko bezain leinu handikoa naiz eta. »
« Thou shouldst not to such a good turn unto such a poor woman as I am (126). »
« Take my meaning then, and excuse mine ignorance, since I am of so great a
kindred as to be Thy sister (126). »
124 Hurren, arimak bere nebaren lurrak aitortuko ditu bere senipartetzat, eta onartuko du
etxe bakarra izan behar duela, nebarena alegiax. Horrela, kontalariak ezkontzaren

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gaiari helduko dio, eta hemen aipatu dugun auziari, hots, emakumeei bi eginbehar
moralen artean planteatzen zitzaien dilema : alde batetik gurasoei obeditu beharra, eta
bestetik euren senarren interesak zaindu beharra, senarrak gurasoen lehiakide izanik
lurraren baliabide muga-tuetan oinarritutako ekonomia batean.
 
4.2.4. Arima, Jainkoaren emazte

125 Oinordekoen jabegoa ziurtatzeko emakumearen sexualitatea zapaldu behar zuen


gizarte batean, emazte batek senarrari egin ziezaiokeen iraina, definioz, infidelitatea
zen52. Areago, testu honetan irain hori orain arte aipa-tutako beste guztiak baino
handiagoa da : « Amaren bat bere semeaz ezerta-rako arduratu baldin bada, inongo nebaren
batek arrebaren hutsegitea ezku-tatu baldin badu, sekulan ez dut ikusi (edo bestela
ikaragarrizko sekretua izan da) inongo senarrak emaztea barkatu izana emazteak iraindu eta
bera-rengana itzultzcan. »
« If any mother hath taken any care for her son, if any brother hid the fault of his
sister, I never saw it (or else it was kept wondrous secret) that any husband would
forgive his wife after she had offended and did return unto him (126). » y
126 Ereduzko portaeraren eta benetakoaren arteko konparazioa egiteko, testuak ez dio
emakumearen jokabideari erreparatzen, gizonaren erantzunari baino. Honela
karakterizatzen du senarra : « Euren gaitzaren mendekua har-tzeko, hainbatek emaztea
heriotzera kondenatzera bultzatzen zituzten epai-leak. Beste batzuek, emaztea bekatua egiten
ikusita, euren eskuez hiltzen zituzten. Beste batzuek (emazteen hutsegiteak azaleratzen ikusirik)
etxetik bidaltzen zituzten, euren lagunengana. Beste batzuek (emazteen gaizkieginak ikustean)
gartzeleratu egiten zituzten. Labur esateko, begiratu haien izakerei, euren azken helburua
zigorra besterik ez baita ».
« There be enough of them which for to avenge their wrong did cause the judges to
condemn them to die. Others, seeing their wives sin, did not suddenly spare their
own hands to kill them. Others also (seeing their faults appear) did send them home
again to their own friends. Others (seeing their ill deeds) did shut them in a prison.
Now, to speak short, look upon all their complexions, for the end of their pretense
is nothing else but punishment. »z
127 Horren guztiaren xedea edozein gizonen jokaera mesprezatzea da, Jainkoaren
portaerarekin alderatuta. Hamaseigarren mendeko Europan, Jainkoaren erreakzioa
tentelkeriatzat hartuko zuten. Beharbada Margarita hemen adierazten ari da
emakumearen ohorea ez dagoela bere himenean, desproportzio zoroa dagoela
bekatuaren eta zigorraren artean. Testuan hauxe da gertaeren hurrenkera : 1)
hutsegitea gauza jakintzat hartzen da, 2) gizonen ohiko erreakzioa erakusten zaigu,
senar pertektuarenarekin kontrastean, 3) senar perfektu horrek aurretik emandako
(eta beraz, galtzekotan diren) onda-sunak zerrendatzen dira :
128 Neu hautatu nau (hainbaten artean, ustez)
129 Duintasun handia eman dit, Jainkoaren emaztea izatea denik eta duin-tasun handiena
delako. Jainkoaren ondasun guztien erregina, ugazaba eta dama naiz, eta seguru nago
bai gorputzez eta bai arimaz (garai hartako hiru gauzarik garrantzitsuenak : itzala edo
maila, jabegoa eta segurtasuna).53
130 Ezkon harreman horretan arimak egiten duen lehenengo hutsegitea senarra utzi eta
beste « txarrago » bat hartzea da : « Bai. utzi zaitut, eta ahaztu, eta zugandik ihes egin. Neure
gogara joateko utzi zaitut. Bazter utzi zaitut txarrago bat hartzeko (...) Baina nora joan naiz ?
Tristura besterik ez dagoen leku batera (...) Neure borondate gaiztoaz utzi zaitut (...) Eta (neure

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burua zure maitasunetik hobeto apartatzeko) zure etsaia hartu dut, zein den deabrua, mundua
eta haragia »
« Yea, I have left, forgotten and run away from Thee. I did leave Thee to go at my
pleasure. I have forsaken Thee to choose it worse. (...) But whither went I ? Into a
place where nothing is but cursedness. (...) I have left Thee through my own ill will
(...) And (for the better to outdraw myself from Thy love) I have taken Thine enemy,
which is the devil, the world and the flesh (128).... » aa
131 Paragrafo anplifikatu honetan oraindik, gizonaren izena bera ere gorro-tatu izana da
hurrengo hutsegitea, eta konbentzioen arabera jokatu izana, zintzoz eta bihotzez
jokatu ordez : « Eta zugana izan behar nituen maitasun eta karitateari dagokienez, halako
moldez ito zizkidaten, non Jesus ene senarraren izena (lehen hain eztia zitzaidana) gogaikarria
zitzaidan, eta halako gorrotoa nion ezen askotan burlatan hartzen nuen. Eta (sermoi bat
entzutean) gizonen batek esaten baldin bazidan Predikatzaileak ondo dio, nik erantzuten nion,
Egia da. Baina nire hitzak hegaz joaten ziren, luma baten moduan. Eta ez nintzen inoiz elizara
joaten, itxuragatik ez bazen. Nire egite guztiak hipokresia baino ez ziren. nire gogoa beste leku
batzuetan zegoen eta. Zutaz entzuten nuenean ernegatu egiten nintzen, nahiago bainuen neure
gogara ibiltzea. »
« And as for the love and charity that I should have toward Thee, they did quench it
so that the name of Jesus my husband (which before I had found so sweet) was to
me tedious, and I did hate it so that oftentimes I did jest at it. And if any man (we
hearing a sermon) should say unto me, The preacher saith well I will answer, It is
true. But my words did flee away as a feather doth. And I went never to the church
but for manner's sake. All my deeds were but hypocrisy, for my mind was in other
places. I was annoyed when I heard speak of Thee, for I was more willing to go at
my pleasure (128) »bb
132 Maitasun eta karitatearen arteko lotura testuinguru augustindarrean jarri behar dugu
testuaren interpretazioaren bidez : biak dira jakituria eskuratzeko gogoeta baldintza. 54
Bestalde, garai hartako bizimodu erlijiosoaren aurkako kritika ere badugu hemen,
« kanporako » jokabidearen eta antzinako pentsaera paganoan hain errotutako
formulismoaren gaitzespenarekin. Labur esan, autoreak berak adierazten duenez,
hauek izan dira hutsegiteak : senarra gorrotatu, bertan behera utzi, harengandik alde
egin eta berori traizionatzea, zertarako-eta « beste bati emateko zure lekua », lehen
senide-harremanetan ikusi dugun modu berberean ia. Ondoren, senarraren erreakzio
posibleak zerrendatzen dizkigu, beti ere modu negatiboan, hau da, Jesusek halakorik
egingo ez zuela adieraziz.
• Emaztea burlatan hartu, jipoitu edo hil dezaten uztea
• Emaztea kartzelaratu edo etxetik bidaltzea
• Emazteari bere opari edo bitxiak kentzea
• Emazteari emandako etxe-lurrak kentzea
• Senarrak emaztea akusatzea epailearen aurrean
• Senarrak emazteari debekatzea sekulan bere aurrean agertzea edo bere etxera joatea
133 Horren ordez, hauek dira Jainkoaren baldintzak : « Ene alaba... »
• Zu arretaz entzun eta ikusi, eta zeure entzutea nigana jarri
• Jendearen jokamoldeak ahaztu (ezagun berrienak), eta (Adan) zure aita zaharraren etxea
134 Nire irakurketan, ohiko jokabidearen eta Jesusen erreakzioaren arteko kontraste honek
Legearen (rol maskulinoaren) eta erruki eta mesedearen (Mariak abokatu gisa daukan
rolaren) arteko dikotomia ordezkatzen du. Ez da zinpekoen epaimahairik edo
abokaturik behar ; nahikoa da arimak fiskalaren baldintzak betetzea : bere jatorria eta

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sustraiak ahaztea, batetik, eta oraingo kontratua betetzea, bestetik. Nire ustez, honek
guztionek indibidual-tasun urbanoaren eraketara garamatzacc. Testu honen helburua
Maria eta beste edozein ararteko ezabatzea delako hipotesia hurrengo paragrafoak
sendotzen du, diskurtsoak Mater Nutrix (beatitudeak) gogorazten duen tonu anbiguoa
hartzen duenean, gogoz kontra, arimak ez duelako kasurik egin nahi : « ... Negarrez hasi
zinen. Etorri nigana lanaz nekaturik zandeten guztiok. Neu nauzue zuok guztiok hartu eta ene
ogiaz elikatuko zaituzte-dana ».
« ...Thou beganst to cry : Come unto Me all ye which are weary with labor. I am I
that shall receive and feed you with My bread. »dd
135 Hurren gogoeta meta-narratibo interesgarria dator. Protagonistak, arimak, dio ez
dakiela ea horiek hitz hutsak diren ala benetan Jainkoaren berbak. Honek arima
zalantza momentu batean irudikatuko liguke. Aurretik sermoia entzutera joan zen
moduan, orain ere argi dago arima ez dagoela aurrez aurre hizketan Jainkoarekin.
Biblia irakurtzen ari da, baina maitasunik gabe irakurtzen : berriz ere San Augustinen
hermeneutika. Arimak irakurri dituen pasarteak aipatzen zaizkigu : mahasti
pozoitsuaren konparazioa, Shulamita arimarekin identifikatzen duen alegoria, eta,
azkenik, Jeremias (Jer. 3). Aurreko pasarteak maitasun barik irakurri dituen legez, hau
ere « bihotzean beldurra eta aurpegian lotsa » dituela irakurri du. Pasarte guztiek orain
arteko ideia bera azpimarratzen dute : Legeak zigor izugarriak ezartzen dizkio senarra
utzi duen emazteari, baina Jainkoak beste era batera jokatzen du, behin baldintzak
betez gero, jakina : « Nire borondatea zu obeditzera jarria zegoela jakin bezain laster, (nigan
fede bizia ezarri eta) zure gupida eta ontasunaz baliatu baitzinen, eta, horrela, zu Jauna,
ugazaba eta errege zinela (eta zure beldur izan behar nintzela) jakin nuenean (eta lehenago
ezkutatuko ninduzula, jendaurrean agerian jarri baino), ez nuen zure bila abiatzeko beldurrik
izan, eta, bilatuta, aurkitu egin zintudan ».
« For as soon as Thou knewest my will bowed to obey Thee, then (putting in me a
lively faith) Thou didst use Thy clemency and goodness ; so that after I knew Thee
to be Lord, master, and king (of whom I ought to have fear), then found I my fear to
be quenched, believing that Thou were so gracious, good, sweet, and pitiful [a]
husband that I (which should rather hide me than show myself) was not afraid to go
and seek for Thee ; and in seeking I found Thee. »ee
136 Esan dudanez, arimak bete beharreko baldintzak obedientzia agintzea eta Jainkoaren
autoritatea onartzea dira (maitasunik gabe irakurtzea testua-ren autoritatea
zalantzatan jartzea baitzen). Bere aginte eta lekuagatik beldur-garria izateko modukoa
bada ere, Jainkoak barruko ona eta handia dauka.
137 Gogoratu lehen esan dudana intentzioa eta norabidearen gainean, bai idazki
katolikoetan eta bai erreformazaleen artekoetan. Garaiko idazki kato-likoetan
bekatariak salbazioa lortzeko bete beharreko baldintza Mariarengana « bihurtzea »
zen. Paraleloki, bide bati jarraitzeak obeditzea esan gura du, eta bihurtzea, norabidea
aldatzea edo bidea uzteak, ordea, norberaren gogoa edo asmoa erakustea da. Maite
izatea, hortaz, norbaitengana edo zerbaitetara bihurtzea da, maite dugun objekturantz
egitea, alegia. Maitasuna funtzio bektorea da, norberaren borondatetik xede
baterantz55. Bihurtze hori garran-tzitsua da, hemen Jainkoa utzi eta besterik hautatzea
bezala aurkezten zaiguna azken batean Jainkoak gura duenaz bestelako zerbait gura
izatea baino ez baita. Infidelitatea eremu honetan norberaren nahiei jarraitzea bezala
ulertzen da, Jainkoaren nahiarekin jazargoan.
138 Horrenbestez, arimari egiten zaion akusazioa bere borondatea erabiltzea da. Hori
jatorrizko bekatuarekin erlaziona daitekeelakoan nago, jakitu-riaren arbolaren

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interpretazioari eutsiz gero. Horrexegatik esan dezakegu testu honetan ageri den
obedientzia konpromisoa paraleloa zaiola teologia katolikoan Mariarenganako bihurtze
gisa ageri den guraria. Diferentzia zera da, biguntasun edo malgutasunaren kontzeptua
zein puntutan sartzen den jokoan : bitarteko osagai batean katolikoentzat, eta
norberaren borondatean erreformatzaileen kasuan. Katolikoek arauaren salbuespenena
bilatzen dute ; erreformistek, ordea, borondate malgua. Hortaz, azkenen kasuan
harremana zuzena izan behar da. Hautatzearen bekatua bera obedientziari
kontrajartzen zaio, eta obedientzia ugazaba eta otseinaren edo jaun eta basailuaren
arteko kontratuaren zimentarria da.
• Arimak bekatua egin duen lau lekuetan laburbilduta, honakoa esan dezakegu :
• Alaba gisa, arimak aitagandik egin zuen ihes, eta senipartea xahutu zuen : burujabetza.
• Ama gisa, arima lo geratu zen, arrazoimena galdu eta piztikeria egin zuen gorputzarekin :
sentsualitatea.
• Arreba gisa, beste neba bat hautatu zuen, benetako mezuaren ordez hitz jarioa darabilena :
erretorika edo trebeziak.
• Emazte gisa beste jaun batzuk hautatu zituen : borondatea.
139 Honetara laburbiltzen zaizkigu arimak Jainkoarekin dauzkan senide harremanak : « O
ene salbagilea, feclearen bidez zurekin errotu eta batu naiz. A zelako batasuna, (fedearen bidez)
ziur bainago zutaz. Eta orain seme, aita, senar eta neba deitu ahal dizut. Aita, neba, seme,
senarra. O zelako opariak ematen dizkidazun izen horien ontasunaz. O, aita neurea, zelako
aitatasuna ; O, neba neurea, zelako nebatasuna ; O ume neurea, zelako gozamena ; O senar
neruea, zelako elkartzea ! Umiltasunez betetako aita, gure antza hartu-tako semea, fedeaz eta
karitateaz sortutako semea, azken muturreraino maite duen senarra. »
« O my savior, through faith I am planted and joined with Thee. O what union is
this, since (through faith) I am sure of Thee. And now I may call Thee son, father,
spouse, and brother. Father, brother, son, husband : O what gifts Thou dost give by
the goodness of those names. O my father, what paternity ; O my brother, what
fraternity ; O my child, what delectation ; O my husband, O what conjunction !
Father full of humility, brother having taken our similitude, son engendered
through faith and charity, husband loving in all extremity (133). » ff
140 Giltzarria fedea batasuna legez hartzea da, eta giltzarri halaber batasun horren alderdi
bakoitzetik eratorritako etekinak : aitatasunetik umiltasuna, nebatasunetik
antzekotasuna, fedea eta karitatearen bidetik gozamena ; eta elkarketatik maitasuna.
Fedea gurasotasun-haurtasun harremanaren alderdi bietan dago, hori berori izango da
geroko jaurespen erlaziorako gakoa. Erreparatu, bidenabar, ordena aldaketari :
lehendabiziko antolaeran harrema-nak antzeko tipoetan parekatzean datza segurutik
(aita-semea, mendera-kuntza ; senarra-neba, alborakuntza). Hona hemen bakoitzak
arimarekiko daukan eginkizuna : aitak alaba gazte buruarina defendatzea, nebak
arimari bere nahigabeetan laguntzea, semeak zahartzaroaren ahuldadean euskarria
ematea, eta senar zintzo eta leialak haren bihotz osoa betetzea. Honek. lotura batzuk
izan litzake azken judizioarekin.gg
 
5. Jaurespen harremana
141 Esana dut poema osoak sustrai hartzen duela bi metafora esparru nagusitatik : bata
epaiketa eszena eta bestea familiakoa. Azaldu dut epaiketa eszena Etxepare oinarri
harturik, eta adierazi dut zelan epaiketa bera ez den zuzenean deskribatzen
Margaritaren poeman, baina etengabe dagoela azpitik suposatua. Ikusi ditugu familia

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harremanak eta zelan erabiltzen dituen marga-ritak Bibliatiko aipuak irakurleak


nahasketa edo bateraketa espazioak sor litzan, eta halaber, epaiketaren eszena
etengabe suposatu egote horrek dakarren pribatizatze prozesua. Orain ikustera
goazena zera da, hain zuzen epaiketa eszenaren ordez eskaintzen zaigun itunaren
irtenbidea. Itunak bi alderdi ditu : merkatal alderdia eta jaun-basailu alderdia, bietan
maila ezber-dinen arteko berba ematea izango da, baina, halaber, objektuen edo
zerbitzuen trukaketa ere bai. Ituna testuan hasieran datorren bataioarekin ezartzen da,
eta ituna bermatzen da azkenean datorren zaldun-guda edo turnamentaren bitartez,
hain zuzen epaiketa eszena artezen ordezkatuko duen eszena.
 
5.1 Otsein-Ugazaben artekoak

142 Arimak bere ahuleziak azalduko ditu : alde batetik bekatu larregi egin ditu eta, bestetik,
indarrik bat ere ez du ezagutzarako. Gizakiaren izaera okerraren gaineko leku
komunak dira berauek. Hots, autoreak esango digu definizioz arima bekataria dela, edo
bestetara, bekatuak bere sustraiak giza ariman dauzkala barrenduta. Arima bekataria
izateaz gainera, ararteko eta artekarien hutsaltasunaz jardungo du gero « Ez da
gizonik, ez santurik, ez aingerurik zeinaren bitartez bekatariaren bihotza aldatuko
denik. »
« there is neither man, saint, nor angel for whom the heart of a sinner will
change. » (117.orr.).
143 Bitartean autoreak Jainkoaren eta arimaren arteko konparaketa Erdi Aroko jaun-
basailuaren esparruan kokatuko du, sendiko harremanak ez baitira jabe-mirabeen
artekoetatik bereizten ; hori bi eratara erakutsiko digu autoreak, alde batetik familia
barruko hierarkiaren azpimarratzeaz, hau guztia aurreko atalean ikusi dugu, eta
bestetik jaun-basailuaren harremana ugazabaren ontasunean oinarrituz. Testuak azal
eta zelai agertu behar du zerbitzariak ez duela zerbitzatzen, jaso baino. Testuinguru
honetan interpretatu beharko dira « jainkoaren grazia » bezalako kontzeptuak, eta
« lurreko har guztiz biluzia » bezalako adierazpideak : « Helas, zelako ugazaba baina !
Beragandik onik ez dut merezi, kontrara baizik, zerbitzari nagia izan natzaio eta... »
« Alas, what a master ! Without having deserved any goodness of Him but rather
served Him slothfully... »hh.
144 Esaldi honetan egitura hierarkikoa gorde da ; otseinaren kalitate faltak ugazabaren
kalitatea azpimarratzen du. Horrelako konparaketak ez dira berriak, gogoratu Mio
Çiden « como oviera buen vasallo si oviera buen señor. » Honek pentsamendu
magikoarekin lotzen gaitu, zeinetan uste baita lurreko gertakariak zeruko gertaeren
ispilu baino ez direla (ikus oharretan lehen emandako patriarkalismoari buruzko
aipua). Beraz, hortik hurrengo urra-tsean, goiko katenbegiko nolakotasunak beheko
katenbegikoek jasoko dituzte herentzian (Çiden kasuan), eta are hurrengo urrats
batean, herentzia hori ez onartzea izango da bekatu egitea (Margaritaren kasuan).
145 Goazen astiroago : « Helas, ene Jainkoa, ez zaitut bilatu, baina hegaz eta ihes egin dut
zugandik ; eta nigana zure azpira makurtzen zara orain, zer-eta lurreko har erabat
biluzia baino ez naizen honengana ».
« Alas, my God, I did not seek Thee, but fled and ran away from Thee ; and here
beneath Thou camest to me which am nothing but a worm of the earth all naked. » ii
146 « Lurreko har erabat biluzia »ren konparatzeak espazioaren kontzeptua erakusten du
era bitara. Manda batetik, Katea nagusiaren metaforari buruz Lakoffek eta Turnerrek

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egin ikerketei jarraiki (1989), harra bizidun ibiltarien arteko katenbegirik


beherengoena litzateke, baina, oroz gain, bizidun horiek guztiek elkarrekin duten
zerikusi handiena zera da, lurjabetzan oinarritutako gizartean dituzten lurrarekin
uztartutako hartu emanak. Lakoffek eta Turnerrek 1989an azaldu zuten zertan zen
« The Great Chain of Being Metaphor ». Katea horren arabera, izadiko izaki guztiak
hierarkikoki ulertzen ditugu ; horrek ez dakar popertza izakiak hierarkian batean
daudena berez, baizik eta gizakiok mendebaldeko kulturan halan ikusten dituguna.
Adibide klasiko bat jartzearren, « Akiles lehoi bat da », ez gabiltza Akiles, Iliadako
pertsonaia lehoi batekin sofistikatuki konparatzen —ezaugarri txikiagoak edo sememak
erkatuz Greimasen eskolaren arabera kasu—, baizik eta lehoi batez mendebaldeko
kulturan (Indoeuroparrean segurutik) gizakiok dugun irudia-rekin baino. Bide
honetatik, oso esanguratsua da euskal atsotitzetan lehoiaren ordez hartza agertzea :
« otsoak hartzari min legio » hierarkia horri erronka eginez (in « Izpazterreko
errefrauak »).56
147 Beste manda batetik, maila izpiritualean, lurra aireari jazartzen zaio, eta negatiboki
polarizatu, batik bat arimak « hegaz eta ihes asago zugandik » egin duenean. 57 Esaldian
zehaztu gabe lotu diren espazioak « azpira, » « nigana zatoz, » denak dira hizlariaren
ikuspegitikoak, eta hartu eman hierarkikoa azaltzeko hor jarriak.
148 Jaun-basailu erlazioak bataioaren bitartez sinbolizatzen dira : bataioan arimaren
« lagunek » eutsitako aginduak dira arimak eginbeharreko lanak. Bera zerbitzari txarra
izatea agerian azaldu da aginduok jan egin dituelako. Otseinaren eginbeharrak hauexek
dira :
149 (Zure nekaldiaren bitartez halakoa izatea nire haragiaren mortifikazioa
sentitzerainokoa senti dezadan.) Being such always through Thy passion to feel the
mortifying of my flesh
(Zeugaz beti egotea gurutzean, non herioa bera josi duzun -hala sines-ten baituteta
bertan hilik utzi) to be always with Thee in the cross, where Thou hast nailed (as I do
believe) and yielded death dead
(bekatuak oro ere utzi zenituen bezala, nik neuk sarri askotan bertatik eraitsi eta berriz
askatu baditut ere) and also all sin, which I have oftentimes taken down again and
untied.jj
150 Kontrakarra, ugazabaren betebeharrak hauexek dira :
151 (fedez eta sagaramenduz ni ohartaraztea) to warn by faith and sacraments
(otoitzez niri agirika egitea) to admonish me by preaching
(zure gorputz onurakoaren eta odol santuaren hartzeaz ni lasaitzea) to comfort me by
the receiving of Thy worthy body and holy blood
152 Betekizun hauen gabeziak batzuetan atxakia dira mirabearen alde, horrexegatik dio
arimak burua ateratze aldera : « Sarri askotan apurtu izan dut zugazko ituna, ezen nire
arima gaixoari sobera eman izan baitzaio jaten ogi txarra eta dotrina kaltegarria »
« Oftentimes have I broken with Thy covenant, for my poor soul was too much fed
with ill bred and damnable doctrine. »
153 Ohartu gaitezen bi betebeharron tankerak arras diferenteak direna : otseinaren
eginbeharrak gogo-kidetasuna (bestera esateko adiz-kidea izatea), laguntzioa eta
bekatua saihestea dira (berau dena delarik ere). Ugazabaren betekizunak, berriz,
apaiztasunari datxezkio : sagaramenduak eta dotrina. Horregatik hain zuzen ere
ugazabari ogi txarra eta dotrina kaltegarria lepo-ratzearen ustezko inkontsistentzia

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abadeen kontrako kritika bilakatzen da. Bi kide daude, kideok ez daude maila berean,
eta bi maila diferente horien artean kontratua ezartzen da bataioaren bitartez.
 
5.2. Zaldun-gudaren eszena : bekatuak eskaini grazia jaso

154 Heriotza da maitaleen arteko azken lotunea. Holako lotura bi lokarri moduren bitartez
aztertzen da testuan : heriotza-bizitza eta arima-gorputza. Maitasunak (Jainkoak) lotu
ditu heriotza eta bizitza elkarrekin. Gurutzearen misterioaren bitartez, heriotza ez da
gehiago atzen azkena. Holaxe lotu ditu maitasunak alde bi-biak : « bizitza hilez, eta
bizitza amairik gabea ». « Bizitza hilez » honek bizitza erreala esan gura du, eta
« amaigabeko bizitza » esapideak heriotzez osteko bizitza esan nahi du. Beraz,
Jainkoarenganako lotu desira honetan bi aukera ditugu : edo heriotza badator arimak
Jainkoa aurki dezan, edo Maitasunak arima itxuraldatzeko mirakulu mistikoa egin
beharko du.
 
5.2.1. Lotunea

155 Gurutzearen misterioa baino lehen heriotza zorrotza zen denongan, baina, « gorputza
eta arimaren arteko kopulazioa kautan harturik, euron ordena, maitasuna eta
adostasuna, tristezia gehiena bata bestearengandik aldentzean zetzan ».
« considering the copulation of the body and the soul, their order, love, and
agreement, where the extreme sorrow was in the departing one from another. » kk
156 Gorputz-arimen erlazioa elkarrekiko maitasuna zen (piztiazaletasuna edo zoofilia,
lehenago esan bezala) eta horregatik zitzaion heriotzari beldurra. Baina orain bi
kontzeptu ditugu gure helburuetarako interesgarri. Bata heriotzaren zorroztasuna (ley
severa, Quevedok): zurruna dena ez da Jainkoaren Legea Etxeparerengan bezala, baizik
eta lege naturala, eta lege naturalak dio arima eta gorputza elkarrengandik aldenduko
direla. Bigarrena zera da, Jesusek heriotzaren aurkako borroka irabazi zuenez gero,
berarekiko maitasuna sortarazi ziola arimari. Era honetara, arimak ez du areago egon
gura gorputzarekin ; zelanbait indartsuenarekin egon nahiago du. Behin zurruntasuna
legera igarota, eta gero legetik heriotzara, ez zaio jada beldurrik Judizio Jeneralari. ll
Hemen Jainkoa da oreka-haizutasunarekin (equitas-erru-kia) bat egiten dena. Horrekin
guztiarekin ere, autoreak gordeko du azpian kontu-liburuaren irudia eta bekatuen
gaindikinarena.
157 Katolikoen iruditeriatik ateratako beste ezaugarri bat bekatuen erakus-tea da.
Katolikoen psikologian bekatuak garbitzeko modu bat eurek plazara-tzean,
argitaratzean, begietaratzean zetzan ; iritzi publikoari erakutsiz, hone-tara ohore
kopurua, balio pekuniario gisa (prestigioa, boterea eta hortaz, bezeroak) lotsarekin
orekatzen zen. Testu honetan garrantzizkoa dena zera da, norberaren jokaeraren alde
isildua—hitzak eta gogoetak—erroilu batean idatziak balira bezala erakusten direla—
eta holan Jainkoak jakin badakiela azpimarratzen da. Ez da bekatuen garbiketarik
bekatuok publiko egitearen bitartez konfesioan edo aitortzan bezala, fidantza
kriminalaren ordainketa baino. « Charity does not offend justice and truth, »
« Karitateak ez dio irainik egiten zuzentasunari eta egiari » esaldiak esan gura du
zorren ordainketa esku-zabalak ez lukeela justiziaren kontra egingo (hots equitas-en
kontra), zeren zorra kitatzeko baldintza bakarra fedea edukitzea bai-bailitzateke (eta ez
pietatea edo errukia).

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158 Arimak berez irabazi du galera, baina Maria-mesedea zen bide judizial hura ez da
aurrerantzean. Ustezko oztopo hau gainditzeko bidea fedea da ; fedea, ezinezkoan
sinestea, hots, Jesusek ekintza gaiztoak bertute bihurtuko dituela sinetsi behar, eta
zeren bidez eta ezkontza itunaren bitartez. Fedea, beraz, oso tankera zehatz bateko
erlazioa da, equitas edo mesedearen oso bestelakoa, baina antzerako funtzioa beteaz.
Hara hemen arartekoa zen alde-tik aitortzaren kontrako erasoa : « Hortaz, O Jauna,
nork kondena nintzake, Bera (epailetzat emana zaidana) nire senarra, nire aita, eta nire
aterpea baldin bada ? »
« Then, O Lord, who shall condemn me, since He (which is given me for a judge) is
my husband, my father, and my refuge ? »mm
159 Epaiketa honetara dator :
• Aita epailea da ; alabaina, edozein aita onen jokaera naturala da bere umea inoiz ez
kondenatzea, betiere zuritzea eta defendatzea baino. Horixe litzateke gure egungo
terminoetan errugabetasun suposamendua.
• Akusatzailea Jesus da eta, aldi berean, bere erredentorea da. Areago, ez da bakarrik haren
akusatzailea, baizik eta haren legegizona (boze-ramalea) ere bai. Akusatu beharrean
eskusatu egiten du, eta beragatik mintzatu.nn
160 Europako hamaseigarren mendeko pentsamoldeak giza izaera defini-zioz gaiztotzat
zuen. Beraz, Jainkoagazkoak arima goraltxatu arren, bada isuri arazo bat garbitu
beharrekoa, arimak txarrerako eroria izatea, alegia. Autoreak dakarren irudia
turnamentarena da, Jesus eta Bekatuaren arteko zaldun-guda. Borrokaren ostean,
Bekatuk ez du indarrik (prestigiorik) inor infernuan edukitzeko, galdu ditu bere
bezeroak ohorearekin batera. Segituan autoreak metafora destolesten du :
Jesusenganako maitasuna bekatuarenga-nako eroria baino indartsuagoa da. Justa
eszena honetan, barkatu den bekatu bakoitza Jesusen gloriarakoa da (gloria
zaldunerian ulertzen den bezala), zenbat eta bekatu gehiago, orduan eta postura edo
apustu zailago « faborito » ez zenarentzat. Jesusek bekatuen zorra kitatzen du.
Trukaketak ezkontzan oinarritzen dira : bere ondasunak gure ondasunak dira Bataioan
agindu bai-tzizkigun ; bere merituak gure merituak dira bere karitateagatik, eta gure
bekatuek bere gloriarako balio diote. Puntu honetan, karitatea zuzentasunari edo
berdintasunari jazartzen zitzaion esaldi hura argituko da : fedea gure aldean da, eta
karitatea bere aldean da, eta bi-biek betetzen dute mesedeak edo errukiak dotrina
katolikoetan egiten duen rola. Fedeak (oparia jadesteko) karitatearen bitartez lotuko
ditu : « Otsein umila bere jabearekin. (...) Ezaguturik neurez ahula naizena eta
Jainkoarekin indar-indartsua... »
« the humble servant unto his master. (...) Knowing that as for myself I am weak
and with God I am right strong... »oo
 
Ondorioak
161 Margaritaren Mirailak Andre Marian emandako rola Jainkoagazko jaurespen erlazio
feudala bilakatzen du. ÆQUITAS edo berdintasunaren kon-tzeptua, legearen
zurruntasuna biguntzeko tarteko zoru bezala ulerturik, mesedearen edo errukiaren rol
femeninoa bilakatu zen ; Jainkoaren legea zurruna, Andre Mari biguna. Aitzitik,
Margaritaren irudi berrian malgutasu-nak arimaren borondatean egon behar du, eta
Jainkoarekiko erlazioak ispila-tzeko bi kontzeptu darabiltza : fedea arimarengandik
Jainkoarenganaino, eta karitatea Jaikoarengandik arimarenganaino.

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Equitas : legea berdintzea → epaiketa : mesedea-errukia vs. jaurespena : fedea-


karitatea
162 Epaiketa eszena familia harremanen eszena batera aldatuz gero, Margaritak Jainkoa
eskainiko du Aitatzat eta epailetzat, eta Jesus semea akusatzailetzat eta senartzat ; eta
arima emakumearekin identifikatzen da eurekiko harremanetarako : alaba, arreba, ama
eta emaztea.
163 Esango nuke Europako hamaseigarren mendeko goi mailetakoek ezkontza jaurespen
erlazio gisa ulertzen zela. Jesus-senarrak itzala irabaziko du bere emazte-arimaren
fedearen bitartez, eta arima-emazteak baliatu ahal ditu bere senar-Jesusen ondasun-
izenak. Atzean dautzan irudietako bat arimaren faboreagatik Jesusek eta Bekatuak duten
turnamenta da. Fedea jauntza-ren ezagutza da ; trukean jaunaren karitateak bekatuak
ordaintzen ditu. Ez da tartekorik, harremanak ez du bitartekorik.
164 Goi mailako aristokratentzako harreman biribilenak familiaren barru-koak ziren.
Emakumeak aitari obeditu behar zionez, eta begirunea zor nebari, baina, era berean
bere senarra ere zerbitzatu behar, bada emakumearentzat ere, segurutik lehian
leudekeen bi etxe desberdinen arteko tentsioa lasaituko zen baldin eta aita eta senarra
berbera baziren ; hartara etxe bakarra zen gobernatzeko eta tentsioa saihestuko zen.

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NOTES
1.  Oso eztabaida interesgarria zaigu, batez ere postkolonialismoaren atzaparretan erortzeko
arrisku bizian gauden guri euskaldunoi, Mark Turnerrek bere Reading Minds 1991ko lehen atalean
egiten duena : « Pretext : Professing English in the Age of Cognitive Science » [3]-24 orr. Guztiz
bat nator hangoarekin. Literatura ezin da botere jakin bat oinarrituko duen testu kanonikoen
erreskada izan, edo erreskada horren kontra eraiki daitekeen beste erreskada altematiboa ;
adibidez, eta horrelako bihurketarik gure literaturaren historian gerta baledi horrek izan
lezakeen onuragarritasun ideolo-giari garau bat ere kendu gura izan barik ere, Etxepare
aztertzetik hasi beharrean Milia Lasturkoagandik hasiko bagina bezala (Leizaolak legez) edota
Orixe aztertu beharrean Errose Bustintzaren ipuinak ikertuko balira (ailedi izan !). Ondino
erradikalagoak izan behar dugu : Literatura giza fakultate kognitiboa da, zeinaren bitartez
mundu posibleak eta horien esangurak erai-kitzen ditugun ; beraz, literatura pentsatzeko eta
arrazoitzeko mekanismoa da.
2.  Perelmanek eta Olbrects-Tytecak 1958ko euren liburu klasikoan (orain gutxi espainolera itzuli
da lehengoz) bereizten dute inkonpatibilitatea eta kontraesana. Jar bedi irakurlea Cicerok bere
Topican « anbiguotasuna » azaltzen dueneko kokaeran, hots, legea noiz eta zelan den anbiguoa. Bi
perpausen arteko kontraesanak sistema formalen bat eskatzen du, ez badago sistema formalik
kontraesana ez da existitzen. Inkonpatibilitatea aldiz zirkunstantzia kontingenteek, gertaera
partikularrek edo giza-kien erabakiek eraikitzen dute. Inkonpatibilitateak saihesteko hiru
hurbilketa azaltzen dituzte Perelmanek eta Olbrechts-Tytecak. Lehenak edo logikoak aldez
aurretik egon daitezkeen zailtasun eta arazoak ikustea litzateke, eta horrela legeak eta arauak :
aplikatuz alboratzen dira imajinatu diren inkonpantibilitateok. Honi dedukzioa deitzen diote.
Bigarrena da gizaki praktikoak egingo lukeena, arazoei aurre eginaz biderdiratu heinean, ez
lehenago, kontzeptuak berplanteatuz eta berrezarriz bakoitzean, behar den heinean bakarrik.
Lehen hurbilketa gizaki teorikoarena bazen, hau gizaki praktikoarena da, zeinak ez duen lar
agindu nahi, bada ezpada, egoera berrietara makurtu ahal izateko. Eta hirugarrena da gaixotasun
diplomatikoa deitzen diotena, arazoari aurre egiteko momen-tua atzeratzea edo arazoarekin
topo egingo den egoera edo kokagunea saihestea. Guri lehen biak interesatzen zaizkigu gure
ahozkotasun/idatzizkotasun dikotomiarako.
3.  Hau izaten da Celaya Ibarrak eman ohi duen dikotomia : lege idatzia = dedukzioa (lege
orokorra-ren interpretazioa kasu partikularrari aplikatu) vs. Forua = indukzioa (kasu
partikularretik lege orokorrera, askotan lege orokor hori hitzetaratu ere egin behar ez delarik).

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Ez nioke abaguneari igarotzen utzi nahi, foruaren azterketa erretoriko-literarioa egitea nori
dagokion galdetu gabe : abokatuei ?, historiagileei ? Ala literatur kritikoei ? Esan behar dut
ikaragarri eragin zidala eta didala abiapuntu honek nire ibilbide akademiko osoan. Adibidez
Ayalako foruari Celayak idatzitako sarrera edota Celaya Ibarra, A. Vizcaya y su fuero civil. Iruñea :
1965.
4.  Ikus Mieke Balen Narratology : Introduction to the Theory of Narrative (1985), (Espainolera ere
itzulita daukazue Cátedran) batez ere fokalizazioaz hitz egiteko erabiltzen duen « testua », zein
den erliebe batean ageri den kontaketa.
Bestalde lehen aipatu dudan Euskal Foruaren azterketa erretorikorako pertinentea dugu guztiz
Mark Turnerren The Literary Mind (1996) liburuko lehen atala : « Bedtime with Shahrazad » (3-11
or). Atal honetan Turnerrek parabolaren bidezko pentsabidea azaldu nahi digu ; halan da ezen
giza-kiok egoera irreal (iraganeko zein alegiazko) batetik orainaldiko egoera batera informazio
eta egitura beharrezkoenak proiektatzen ditugula. Proiekzio hori image-schema edo irudien
hezurdura soildua proiektatuz egiten da hein handi batean.
Bide honetatik Erdi Aroan exempla edo consejek zergatik zuten halako garrantzia igartzera hel
gaitezke, literatura didaktikotzat jo beharrean gnomiko bezala definituz. Adibidez, egia baldin
bada Erdi Aroko mundu muslimean, Granadan esaterako, vizir izatera zapatagin xume bat hel
zitekeela baldin eta literatur ahalmenik bazuen, honek agian erakuts lezake gizarte hartan
pentsaera paradig-matikoak (Aristoteleren paradeigma kontzeptuaren ildotik) lehentasuna
zuela.
Aristotelek paradeigma azaltzeko (enthymemari jazarrita) honako adibidea jartzen du : Iraganean,
persek Egipto inbaditu duten guztietan gero Greziari eraso diote ; gaur persek Egipto inbaditu
dute, beraz, goazen Pertsia erasotzera berandu baino lehen. Euskal Foruek ere arrazoibide
paradigmatiko honi emango ei liokete lehentasuna. Aristotelek dio paradigma indukzio bat dela,
eta ez doala ez aldetik orokortasunera, ez orokortasunetik aldera. baizik eta aldetik aldera,
berdinetik berdinera. gauza bi genus beraren barruan daudenean baina bi horietarik bat hobeto
ezagutzen denean. Hau da paradigma premisa partikularretik ondorio partikularrera doan
arrazoibidea da. lotura unibertsala esplizitu egon behar ez delarik. Eta honek analogia aztertzera
abiatzen gaitu.
5.  Gogoratu, bestela. kontrarreforman nori zuzendu zitzaion Axular bera : erdi mailako kultura
zuen biztanleria erabat alfabetatuari. ordurako ahozkotasuna iraganeko kontua zen seinale.
Bestalde, orainarteko paragrafootan eman ditudanak susmo eta senak gidatutako oldozketak
baino ez dira : aurre hipotesiok baliagarri izan dakizkiguke ahozkotasunaren eta
idatzizkotasunaren kontzeptuei hauspo handiagoa emateko. agian Ongek ematen duen analisiari
jarraituz : Oraliry and Literacy liburu klasikoan. (Patxi Salaberrik ere Ong darabil Axularren
gaineko bere tesian). Gainera Ong ezinbestekoa zaigu garai hauetako Euskal literaturari
dagokionez. zeren Ongek bere tesian Petrus Ramusen edo Pierre de la Raméeren dialektika
aztertu zuelarik bi azterbide atera baikeni-tzake : alde batetik Dialektika « egia bilatzeko »
mekanismoa da, Platonek egiten duen Sokrateren irakurketan behintzat, eta horretara.
ahozkotasunarekin loturik dago (dotrina katolikoak dauden bezalaxe). Baina bestetik
Ramusengandik abiatuko da XVIII mendean suertatu zen ikasketen gaineko ikuskeran
(« zientzietakoa naiz » vs. « letretakoa naiz » esapidearekin gaurdaino inmortaliza-tzen dutena
batzuk batzuk). Dialektikak Topika gisa ulerturik argumentuen bilaketaz eta ebaluatzeaz
ziharduen, gero Logikak bere gain hartuko zuen eginkizuna : diziplinen banaketa beraz honetara
lotzen da : zientzia edo « egia » alde batetik. eta humanitateak edo « forma » bestetik. Bide honi
eutsi-rik, joan gaitezke aztertzera ze alde zegoen Larramendik bultzatutako erreformaren eta
RSBAPek bultzatutakoaren artean.
6.  « Patriarkalismoa aitaren botera da, hau da, sistema familiar-soziala, ideologikoa eta politikoa
zeinetan gizonek erabakitzen duten emakumeek zein eginkizun bete dezaketen eta zein ez —dela
indarraren bidez, presio zuzenaz, erritualen bidez, tradizioaz, legeaz eta hizkuntzaz, ohituren

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bitartez, etiketaren bidez, heziketaz nahiz Ian banaketaz— eta zeinetan emakumea gizonaren
pean dagoen leku guztietan. Ez du nahitaez esan nahi inongo emakumerik botererik ez daukanik,
edota kultura jakin batean emakumeek ezin ditzaketenik izan nolabaiteko botere batzuk.
Esaterako, Crow tribu matrilinealean, emakumeek maila handiko eginkizun ohorezkoak betetzen
dituzte zeremonia eta jaialdietan. baina hilekoarekin daudenean ezin dute inorekin harreman
sozialik izan, eta objektu sakratu bilakatzen dira. Emakumeek eta gizonek fenomeno kultural
jakin bat konpartitzen dutenean oso gauza diferenteak esan nahi ditu genero bakoitzarentzat.
Gizonek beloak daramatzatenean — adibidez Ipar Afrikako Tuaregen moduan— urruntasun
horrek pertsona horren estatusa eta boterea areagotzeko balio du, baina nekez esan genezake
halakorik purdah jokabide kodepean bizi diren emakumeen gainean. Azken buruan banaketa
lerroa markatzen da beti, eta kultura guzti-guztietan markatzen da. modu diferenteetara bada
ere. »
« Era berean, patriarkalismoak ez du esan nahi aitaren boterea zuzenean semearengana pasa-
tzea. nahiz eta botere-erlazio hori garai batean ez zen zalantzan jartzen, esate baterako
feudalismoan edo familia victoriarrean. Alexander Mitscherlich psikoanalista alemanak arrastoa
jarraitu dio aita-seme erlazio horren gainbeherari. industrializazioaren presioetan, masa
produkzioan eta lan espe-zializazioan barrena : « lana » etxetik kanpora irten bezala eta gizartea
konplexuago eta zatikatuago egin ahala, aita familiarengandik urrun dagoen figura bihurtu zen,
hau da, garai batean zeukan aginte praktikoaren « mamia » galdu zuen. Hala ere. Mitscherlichek
dioenez, « gure gizartearen egitura patriarkala oso lotuta dago pentsaera magikoari. Honako uste
hau du oinarri : aita-seme, Jainkogizaki, arautzaile-arautuaren artean dagoen botere harremana
(ahalguztiduna vs ezindua) antola-mendu sozialaren printzipio naturala dela ». Ahalguztidun-
ezindu harreman hori batez ere gizonen eta emakumeen artean gertatzen da, eta gure
hezkuntzak, antolamendu sozialak eta « pentsamendu magikoak » oraindik daramate irudi
paternalista horren aztarna. » (Adrienne Rich. Of Woman Born. liburu klasikotik Ana I. Moralesek
itzuli eta moldatua).
7.  Oso esanguratsua da Anne Loken martirioa ; Anne Loken martirioaren berri segurutik ez zuen
Erregeak berak ere izan, errepresio mekanismoak bere bideak baitzituen. eta Erregearen jakinera
maila goreneko erreformazaleen kasuak baino ez baitziren helduko. Anne Lokek ingelesezko
lehen hamalaurkunak eratu zituen, Calvinen sermoien itzulpenekin batera ; hamalaurkunak edo
sonetoak liburua 1560an inprimatu ostean idatzi ziren atzealdeko orrietan (Jane Donawerthek
eta Linda Dovek eginiko transkripzioa in « University of Maryland. Course Packet #10. Course
name : English 719, Rhetoric and Early Modern Women's Writing. Instructor : Jane Donawerth. »
BelJean Printing. Beltsvilee MD, 1999) : Sermons of John Cal-/vin, vpon the Songe/that Ezechias made
af-/ter he had bene sicke, and / afflicted by the hand of/ God, conteyned in the 38. Chapi/ter of Esay. /
Translated out of Frenche / into Englishe, / 1560.
8.  De Guise eta Navarre etxeak elkarren etsai izango ziren Europako mendebaldeko gorte
askotan. Elizabethen ahizpa-erdia eta arerioa, Eskoziarren Mary erregina alegia, De Guise
etxekoa zen. Labriteko Joanak bere buruaren justifikazioa den gutun liluragarri bat idatzi zion
Elizabethi, eta hantxe diotsoz gauzak bion amen adiskidantzari eutsita : Memoires et poesies de
Jeanne d'Albret publies par le Baron de Ruble, Paris 1893., edota : Historie de nostre temps contenant un
receuil des choses memorables passees et publiees pour le faict de la religion et stat de la France despuis l
'edict de paciffication du 23 jour de mars, jusqu'au present, 1570. Tamalez gutun hori ez dago oraindik
euskeratuta, eta benetan mereziko luke, bai ikuspegi feminista batetik (adibidez, garaiko
emakume idazleen artean lehen pertsonako izenordearen erabilera ez ohikoagatik), eta bai
euskal literaturaren eskubide osoko testua delako, edo behintzat eskubide hori eztabaidatzen
hasi ahal izateko beste leku batzuetan egiten denaren argitan. Cf. Mary Eskoziarren erreginak
frantsesez idatzitako sonetoak nola ageri ohi diren Ingelesezko poesia antologietan.
9.  Hurren Nafarroako Margaritaren bizitzari buruzko azalpen bat eman gogo dut, beharrezko
uste ditudanak bakarrik. Oso nortasun konplexukoa zen bera, hamaseigarren mendeko Europako

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politi-kan pertsonalitaterik handienetakotzat jo izan da sarritan. Garaiko letren munduan ederto


ezaguna zen, poesiarako eta literaturarako zituen trebeziengatik. Gaur egun, ia-ia bakarrik
aipatu ohi da Heptameroiagatik (zein, euskaldunon lotsarako, ez baitago euskeratuta). Gehienetan
Mirraila aipatu ere ez da egiten.
Bere ama Savoyko Louise zen, eta hark irakatsi zion bere nebagazko deboziorainoko isuria ;
noraino eta, ume denboran, amak euren buruei « hirutasun santua » esateraino. Neba Frantziako
errege izango zen : Frantzisko lehena —Iztuetari sinestekotan, Irundar batek atxilotu zuena
Paviako gudan—zeinarengan Margaritak eragin handia izango zuen Frantziako tronura
heldutakoan.
Oraindik Angulemako Margarita zenaren lehen senarra, d'Alençon, ez zen itzal handiegikoa
gizartean, baina hura hiltzean, Margarita Normandiaren jabe egin zen : beraz, Margarita
Angulema eta Alentzonekoa ordurako.
Bere bigarren senarra Henri Albretekoa Labritekoa edo Lebrettekoa izan zen (« erbiño »). Henrik
Goi Nafarroatik alde egin behar izan zuen arrapalada batean, bere ama Catherina Foixkoarekin
batera, espainolek Erresuma inbaditu zutenean. Baina beti iritzi izan zion bere buruari
Nafarroako errege (eta susmoa daukat hizkuntzaz euskalduna zela, bere ondorengoak ez bezala,
gero aipatuko dudan aztarna bategatik) ; kontua da ze gortesau bilakatu ez ziren handikienetako
bat izan zela, bere bizitza osoa eman zuen Erresuma berreskuratu nahian, familiak Frantziako
gizarteko katenbegietan gora egitea bainoago. Enperadoreak, Karlos bosgarrenak, Paviako gudan
atrapatu zuen atxilo. Frantziako erregearekin batera ; baina Frantziskok ez bezala, ihes egitea
lortu zuen, oso era « gaskoi » batean : izarez osaturiko eskailera batetik jaitsiaz. Horren ondorioz,
alde batetik Henri gerrako heroitzat hartu zuten Frantzesek, baina, bestalde Parisen atzerritarra
zen, eta Frantsesek ez zuten ulertzen zergatik erabiltzen zuen errege bati zor zitzaion ponpa eta
parizta ; antza bere gorteak Parisen zuen gastua izugarria zen, eta agian hortik hedatuko zen
gero Frantziar literaturan ageri den gaskoiaren irudia. Irudi hori honakoan azter daiteke :
Poisson, Raymonden « Le poëte basque » antzezlana in Les oeuvres de mr Poisson. Divisées en deux
tomes. Seconde edition, corrigée & augmentée ... A Paris, Chez Thomas Guillain, 1687 (Bidenabar,
pare bat esaldi ageri dira hor euske-raz, eta horien gainean ez dut lan filologikorik ezagutzen).
Paviako gerraren ondorioz, Carlos V.ak urtebete izan zuen atxilo François la. Frantziako erre-gea
askatzeko diplomazia lanetan Margarita ibili zen. Erregea askatzeko eskakizunen artean, erre-
gearen seme biak trukean han geratu beharraz gain, Nafarroako auzia erabaki zen : Madrileko
itunean (1525) Frantziak Nafarroaren gaineko eskubideei uko egin behar izan zien, edo bestela
esanda, Françoisek ez zion Henriri lagunduko Nafarroa berreskuratzen. Guzti honetaz Henrik ez
zuen ezer jakin urte askoan —bestela Henrik Carlosekin bat egin zezakeen Françoisen kontra,
noski, eta horrek espainolak jarriko zituen Boderleren ateetan—, eta Margarita bera ere ezjakina
zen kontu horretaz, edo halan ziurtatu zuen berak behin eta berriro geroagogarrenean. Nafarroa
betirako zen galdua 1525eko Madrileko itunean, eta Labritarrak ezjakinean omen zeuden
horretaz. Henrik, urteak igarota, ez zion inoiz sinetsiko bere emazteari parte hartze guzti
horretaz ezer jakin ez ei izana, eta bikotearen hartu emana gaiztotuz joan zen aurrerantzean.
Margaritaren lekua oso zaila izango zen hortik aurrera : alde batetik hezia zen bere nebaren alde
egiteko, eta hala, bere nebari obeditzeagatik, ezkondu zen Henrirekin, baina, bestalde, bere
senarrak eragiten zion bere nebaren-gan indar egiteko Nafarroaren arazoan.
Margaritaren bideak eraginbakoak zirela ohartu ondoren, Henri zaharra bere lurraldeetara
gorde zen, eta ordutik aurrera bizitza osoa emango zuen Valoisko koroaren kontra azpitik
jokatzen. Honek aukera bi ekarriko zizkion Margaritari : edo bere senarraren atzetik joan eta
gortea utzi behar zuen (garai horretan gortea ibiltaria zen, baina beti ere Bordeletik iparraldean,
hots, Henriren lurral-deetatik kanpo), edo senarra utzi eta nebari jarraitu. Pentsa ezazue
« heziera oneko » etxandre baten-tzat zer zen hori. Bestalde, nahi baino gehiagotan zegoen bere
senarraren azpijokoen jakitun, konpli-zitateagatik epaitua izateko arriskuarekin, eta bere
senarrak Frantziako gortean zuen izan txarra ere jasan beharko zuen. Senarrarekin zegoenean,

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nebak traizioaren sunda hartzen zion, eta presioa ezarri. Nebarekin zegoenean, senarrak
abandonatua zela esaten zion. Esan bezala, senar-emazteki-koek hondoa jo zuten.
Margaritaren bizitzak ispilatzen du garai horretako goi mailako emakumeen ezbaia : euren aiten
etxaldea handitzeko trukaketa objektuak ziren, eta, hala ere, senarren laguntzaile zirelarik,
ezkondu berri ziren etxearen onura eta onerakoen bilatzeari buru belarri ekin behar izaten
zioten. Margarita bizi zen etxe biak elkarren arerio zirenez, ez zuen arreba-alaba ona eta, aldi
berean, emazte ona izaterik.
Margaritaren lehen umea emakumezkoa izan zen. Joana (Jehane) Labritekoa —guk aitortu eta
ikertu baino garrantzia handiagoa izango zuena euskal literaturan— eta gero galdutako beste bat.
Bikotearentzako Joana eztabaidagai eta liskarren iturburu ere izango zen : alde batetik lege
Salikoagatik ez zen Henrik nahiko zukeen primua, eta bestalde, erregearen aginduz, Joana
aitaren lurraldeetatik kanpo hezia zen, amaren lurraldeetan, Normandian hain zuzen. Gogoratu
euskal legeen jardunak agintariari eskatzen diola batzarretan egotea eta Herriaren lege eta
ohiturak ondo ezagutzea.
Erlijio arloan eta intelektualean, Margaritak lehen mugimendu erreformista babestu zuen. Bere
nebak hasieran ontzat hartu zuen, baina gero, erreformismoak egitura hierarkikoen kontra
egoteare-kin batera bere baitan daraman demokraziarako haziak atzez eraginda edo, gogor
jazarri zitzaion ; berez, gainera, Françoisek ez zuen Erromatiko urrunagoko aldentzerik behar,
zeren Erromak, Ingalaterran gertatutakoa Frantzian ere gerta zedin beldurrez, emanak
baitzizkion libertate franko Galikanismoaren bitartez. Aitzitik, Henrik bere lurraldeetan zuen
erlijio politika itzuri bikoa edo anbiguoa zen : legez edo teorian, erreformisten kontra zegoen,
berez edo praktikan, erlijio kontuetan ez zuen bere burua nahasi nahi. Jarrera honek lur neutrala
sortu zuen, bere alabaren garaian adierazpen askatasunera eramango zuena. Artean baina,
Margaritak nozitu behar izango zuen bere senti-kortasun erlijiosoak eta intelektualak ezin
gauzatzea bide politikoak urratu gabe egoteagatik. Kalbinismoak presio handia jartzen zuen
handikiengan —ustez buruen atzetik etorriko zela herri xehea— atera zitezen armairutik eta
erakutsi munduari zer pentsatzen zuten benetan. Margarita ez zegoen horren egoera orekatsuan
non senarrari eta nebari. bi-bioi. aurre egin ahal izan ziezaiekeen. baina guztiarekin ere. bestera
pentsatzen zuen giro disidentea bultzatu eta indartzea lortu zuen.
Margaritaren alabaren idazkien azterketan oinarriturik. eta Orthezko Akademiaren curriculu-
mari buruzko araudia kontuan harturik (Roelker 1968). Maroten Salmoen itzulpena aipatuko
nuke garai hartako pentsalari askeen ikur gisa. Oraindik ez dakit nola josi. baina uste dut garai
hartako ingurune intelektualerako giltzarri suertatu behar duela salmoen inguruko (adibidez
Jean Ezpondaren) meditazio lanek edota lan aszetikoek. Tamalgarria da Oñatiko
Unibertsitatearen gainean egindako lanek erakusten duten beldur postkoloniala (vasco edo
nazionalista dei ez ditza-ten) : Nire ustez hiru dira Euskalerrian kontutan hartu beharreko
gauzak garaiko mugimendu kultu-rala ulertzeko : Jesuiten sorrera (eta euren erlazioa
Frantziskotarrekin eta Agustindarrekin hezkun-tzari dagokionez), Orthezeko Akademiaren
sorrera eta Oñatiko Unibertsitatearen sorrera, azken biok elkarri loturik zeuden bandoekin
erlazionaturik : zein zen hiru instituzio horietan eskatzen ziren bete-behar akademikoak eta zein
zen ikasle sartu berriei sartu aurretik suposatzen zitzaiena. (Eskuragarriago gurako nuke
erreferentzia hauxe : Coudirolle, Joseph. Etude sur I'Academie d'Orthez, fin du XVIe et commencement
du XVIIe siecle.. J. Goude-Dumesnil. Orthez : 1885).
Lehen agindu dut azalduko nuela zertatik atera diodan susmoa Henri zaharra, Margeriteren
senarra eta Joanaren aita, euskalduna zela ; oso oinarri ahula da. baina ikerketarako abiapuntua
izan daiteke hala ere, eta arrazoia hauxe da : Karlos V.ak Henrigaz azpiko harremanetan
espioitzan aritzeko Martin Ezkurra arabarra (« Descuna » garaiko testuetan) izendatu zuen. Nik
uste dut Karlosek bazekiela zer egiten zuen euskaldun bat beste euskaldun batekin lotzean.
Berriz, bere ilobak. Henri IV.ak, ez zekien euskeraz. eta hori demostratuta dago, behin, bere
amaren izenean Behe Nafarroako matxinada bat zapaltzera joan zenean, hangoekin berba

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egiteko itzultzailea behar izan zuela dioelako testuak. Nik uste dut François Frantziako erregeak
ere bazekiela zer egiten zuen Henri zaharraren alaba. Joana, Normandian, amaren lurraldeetan,
eta ez aitarenetan, heztea agindu zuenean, hizkuntzari eta lege-ohiturei dagokienez. Beste iker-
bide interesgarri bat izan daiteke aztertzea zelan aldatu zuen herriaz zuen ikuskera Behe-
Nafarroako foruak agindukeran senarra bere buruaren gainetik jarri zuenetik Akademiako
araudiak eragin zituen arte.
10.  Erretorika. Lehen liburua. bigarren atala, 4, 5 eta 6 paragrafoetan ; 1356a-1356b bitartean.
Noski, ethos eta pathos gaur egungo narratologian ere landu izan dira. adibidez. Seymour
Chatmanek kontzeptu hauek bereizi zituen :
Benetako egilea, egile inplizitua edo suposatua eta narratzailea
Benetako irakurlea. irakurle suposatua eta narrazioak nori diotson edo hartzailea (narratee-a)
Chatman (1980). Story and Discourse. Apud David H. Richter (arg.). Narrative/Theory. 1996 : New
York. Longman Publishers USA.
11.  Michael J. Reddyk azaldu zuen zelan komunikazio prozesua ulertzeko erabiltzen duguna
kanala-ren metafora den : hots, igorlea, kodea edo mezua, eta hartzailea kontzeptuak
komunikazioa kanala balitz bezala metaforizatzetik datoz. Metaforek gertaera baten gainean argi
berria isurtzen dute. baina gertaera horren beste alderdi asko ezkutatu ere egiten digute. Esan
nahi baita askotan ahaztu egiten zaigula komunikazio prozesua ez dela igorle bat, mezua eta
hartzailea. horiek kanalaren metaforaren alderdiak baino ez direla. komunikazio prozesua askoz
ere gauza konplexuagoa dela eta segurutik informazioaren « trukaketarena » alderdirik
sinpleenetakoa dela prozesu horretan. Edo bestela esan, ahaztu egiten zaigu metafora bat
erabiltzen ari garela, eta metafora deskribatzen dihar-dugu. Komunikazio prozesurako erabili ohi
den kanalaren metafora hori folk teoria edo herri ikuskera da (eta ziurrenik komunikazioaz
mintzatzeko erabil dezakegun bide bakarra ere bai). Ikus Michael J. Reddy « The conduit
metaphor : A case of frame conflict in our language about language » adibidez bilduma honetan :
Ortony, Andrew (arg.) Metaphor and Thought. 2.ed. Cambridge University Press. 1993. Espainolera
itzulita dagoen Lakoff eta Johnsonen Metaphors We Live Bx ( Metaforas de la vida cotidiana) horretan
ere zeharka azalduta dago.
12.  Ikus Perelman eta Olbrecths-Tyteca horretaz.
b.  Si vous lisez ceste oeuvre toute entiere,
Arrestez vous, sans plus, à la matiere,
En excusant la rhythme et le langage,
Voyant que cest d'une femme l'ouvrage,
Qui n'a en soy science, ne sçavoir,
Fors un desir, que chacun puisse voir
Que fait le don de DIEU le Createur,
Quand il luy plaist justifier un coeur :
1548ko ediziotik : IF thu do throughly reade thys vvorke (dere frynde in the lorde) marke rather
the matter than the homely speache therof, consyderynge it is the stodye of a woman, whych
hath in her neyther connynge nor scyence, but a fervent desyre that yche one maye se, what the
gifte of God the creatour doth whan it pleaseth hym to justyfye a hart.
Ohar bedi irakurlea itzultzaileak metri causa sartu duen lerro horrek daukan berdintasunaren
aldeko bindikaziozko itzalaz (batez ere kontutan harturik emakume batek diotsola gizon bati) :
« dear friend in the Lord » Jainkoagan lagun-senide-kide maitea.
c.  Quel est le coeur d'un homme, quant a soy,
Avant qu'il ayt receu le don de Foy.
Par lequel seul l'homme a la congnoissance
De la Bonté, Sapience et Puissance.
Et aussi tost qu'il congnoit Verité,
Son coeur est plein d'Amour et Charité

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1548 : For what is the hart of a Man. concernynge hys owne strength, before he hath receyved the
gift of faythe ? [*]Therby only hath he knowledge of the goodnesse, wysedome. and power of God.
And as sone as he through that fayth, knoweth pythely the truthe hys hart is anon full of charyte
and love.
13.  Gogoan izan Augustinen egin beharra, behin kristautasuna boterera heldu eta gero,
kristautasu-nerako zein iturri izan litekeen baliagarri epaitzea izan zela. bere Doctrina Christianan
ageri den bezala. Bestalde honek bere garrantzia ere badu zeren Erreformistek esango bailukete
San Augustin izan zela gauzak artez ikusi zituen azken katolikoa, hortik aurrerantzean
katolikotasunak bereganatu baitzituen lekuan lekuko sineste paganoak. Hau da, erreformistek
euren gain hartuko zuten eginki-zuna kristautasuna paganismotik garbitzea zen (pietatea zer zen
eta superstizioa zer zen bereiztea, alegia). hots, kristautasuna baino lehenagoko ohituretatik
begiratzea : horrelaxe ulertu behar da Joana Labritekok esaten zuen hura Euskalerriko eliza
guztiak kandeletatik libratu zituela, eta marko hori da lan honen hasierako paragrafoetan
ezartzen saiatu naizena ahozkotasuna eta idatzizkotasuna kontrajarri ditudanean testutik
haratago esparruetarako.
14.  Gogoratu Cicerok SUPERSTITIO gehiegizko pietate bezala definitzen zuela, eta horren harian
erre-formisten gainean lehenago aipatu dudana.
Bestalde, hemen eman ditudanak bidea laburtzeko izan dira, baina berez honek erretorikaren
ikerketa sakonagora eramango gintuzke, Augustinek berak ematen baitio pietateari legea
desanbi-guatzeko ahalmena, hots, aequalitas delakoaren eginbeharra : « Beraz, otzan bihurtu
behar gara erru-kiaren bidez, Eskritura Sakratuari kontra egin ez diezaiogun, de la ulertzen ez
dugunean eta gure bizioren bati eraso diola iruditzen zaigunean, dela ulertzen ez dugunean eta
bera baino jakintsua-goak eta arauak emateko egokiagoak garela iruditzen zaigunean. Aitzitik,
hobe genuke pentsatu eta sinestea idatzita dagoena hobea eta egiagoa dela guk geurenez pentsa
genezakeen edozein gauza baino, baita idatzita dagoen hori iluna denean ere ». Bigarren liburua,
VII atala, 9. Paragrafoa (ikus bibliografia darabildan bertsiorako). Argi dago Etxepareren lana
ulertzeko honekin batera aztertu behar dela.
15.  Berdintasuna bi eratara erabili dut : Aequalitas esateko (orain) eta equitas esateko (gorago).
Hauzutasuna erabili dut pasarte honetan, baina normalean equitas esateko erabiliko dudan berba
« berdintasuna » izango da. Kontuan har beza irakurleak termino teknikoa dela. hots, legea
instantzia partikularretara egokitzea.
16.  Augustinen lehen liburukia laburbilduko dut hurren. ikus dezagun zelan eralzen duen alde
hermeneutikoa jokabiderako arauetatik aterata. Nire iritzirako, lehen liburu honetan
hermeneuta-gaiaren gogo egoera prestatzen ari da.
Alde batetik, bere lehen liburuan Eskrituren irodoketa eta euren irakaspena bereiziko ditu :
ikerkuntza eta pedagogia alegia, edo bestelajarrita, hermeneutika eta heuristika (1, I-1). Gero
gauza eta zeinua bereiziko ditu : esaten du gauzak zeinuen bitartez ulertzen ditugula, hau da,
erreferente bakarreko berbak « gauzak » dira (egurra. harria, aberea), eta horien erabilera
metaforikoa « zeinuak » (1, II-2). Bigarren liburukiaren hasieran berriro jardungo du honetaz, eta
badirudi « gauzak » erreferente kontestuala duen bitartean, « zeinuak » simulazioren bat
suposatzen duela (simulazioa teknikoki hartuta).
Bigarren maila batean hasiko da bereizten desiragarri izan daitezkeenen artean eta bi multzo
egiten : erabiltzekoak eta gozatzekoak. Erabiltzeko gauzak gozatzeko gauzak lortzeko bide dira,
eta gozatzekoak halakoak dira berez : Aita, Semea eta Gogo Saindua ; batasuna, berdintasuna eta
bien bateratasuna (I, II-V). Alabaina, dio Augustinek (1, XXIII-22), erabiltzeko den guzti ez da
maitagarria. Gauza maitagarriak lau motatakoak izan daitezke — eta berriz goaz Ciceroren
œqualitas- era— : gure gainetikoak, gu geu eratzen gaituztenak, gure berdinak direnak, eta gure
azpikoak. Laurotatik merezi dutenak lehendabizikoak dira. Bi mailok XXXVI, 40-41 paragrafoetan
lotuko ditu, maila morala eta maila intelektuala (berez lotuta daudenak Jainkoaren definizio
intelektualarekin, Jakituria hutsa den aldetik) eta esango du zelan Eskriturak ulertzearekin

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maitasunaren arau bikoitza (Jaikoari eta lagun hurkoari) eraiki behar duen hermeneutagaiak.
Zelanbait esan, irakurtzeko jakin-mina izan behar da, eta idazkiari autoritatea aitortu behar zaio
(fedea) ; hori alde interpretatiboari dagokionez. Eta behin zerbait idoroz gero, aurkitutakoa
irakasteko karitatea beharko da. Hori guztia Jainkoarekiko maitasunak, hots, gozamenerako gure
gainetiko gauzari arimak dion desirak gidatuko du. Augustinek esango du (XXXVII-XL)
interpretazio erratu bat erratua dela jakin daitekeela aurreragoko testuarekin bat ez baldin
badator ; horren aurrean jokabide zuzena litzateke norberaren interpretazioa bertan behera
uztea. Lehenagoko inter-pretazio okerrari eutsiz gero, horrek fedea ahulduko dio hermeneutari
(hots, hermeneutak ez dielako Eskriturei behar besteko autoritaterik aitortuko). Baina maite eta
sinesten duenak esperantza izan lezake maite duenera inoiz heltzekoa. « Horrela, jakituria eta
profezia oro hiru gauzaren atzetik dabiltza ekinean, eta hauek dira : fedea, esperantza eta
karitatea ». Eta aurrerago : « Beraz, batek ‘bihotz garbiaz, kontzientzia onaz eta fede zintzoaz’
(Cor. I, 13 13.) ezagutzen duenean Jainkoaren aginduen xedea karitatea dela, eta Eskritura
Sakratuez ulertzen duen guztia hiru horiekin erlazioan jartzen duenean, orduan hel diezaieke
ziurtasunez liburu horiei ».
17.  « image-schema » apud Turner 1996. Ikus erreferentzia bibliografikoak.
18.  Danteren Komedia Jainkotiarreko azken stanzarekiko antzekotasuna ere nabarmena da,
baina horrek ez garamatza inora, lan honetan behintzat, askoz jota inefabilitatea leku arras
komuna zela esatera.
19.  Augustinek oroimena etorriaren gainetik jartzen du esplizituki.
d.  Donc. attendu qu'un sy tresgrand Apoustre
Comme saint Pol n'a voulu parler oultre,
Suyvant le trac de sa tressage eschole
Je me tairay ; mais, suyvant sa parole
(Bien que je sois fein, poudre, ordure et fange),
Ne puis faillir a rendre la louenge
De tant de biens, qu'avoir je ne merite,
Qu'il luy plaist faire a moy sa MARGUERITE.
1548 : Therfor come. O happy Paule, vvhych hast tasted so moche of the same svvete ho nye.
beynge blynded for the space of thre dayes, & rapte up unto the thirde haven. Now I besech the.
satisfye my ignoraunce & faulte. & tel me what in suche vysyon thu hast seane.
e.  O l'heureux don, qui fait l'homme DIEU estre, Pseau. 81
Et posseder son tant desirable Estre.
Helas ! jamais nul ne le peult entendre,
Si par ce don n'a pleu a DIEU le prendre.
Et grand'raison ha celuy d'en douter,
Si DIEU au coeur ne luy a fait gouster.
Mais vous, Lecteurs de bonne conscience,
Je vous requiers, prenez la patience
Lire du tout ceste oeuvre qui n'est rien,
Et n'en prenez seulement que le bien.
Mais priez DIEU, plein de bonte naïve,
Qu'en vostre coeur il plante la Foy vive.
1548 : He wylleth us also therin to esteme, that he neyther can declare nor yet name it, & so to
geve forth our hartes to pacyence & hope of that thynge whych never man yet coulde se, neyther
yet dyscerne, what though many through love for it hath dyed.
20.  Orduko hizkuntzalari ortodoxoek bakarrik begiratzen zioten joskerari, eta gustu txarrekoa
ematen zuen esanguraz jarduteak, baldin eta ez bazen ikuskera positibista edo formaletik.
Areago, metafora bezalako gauza komunak amandre ipuintzat hartzen ziren « zientziaren »
izenean, eta zientzia egiteko fisikaren erretorika erabili beharra zegoen. Batzuk-batzuek

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metaforaren existentzia ukatu eta guzti egin zuten, edo baldin bazen metaforarik ezinezkoa zela
horretaz zientifikoki hitz egitea esaten zuten.
Bernardezek badu liburu zoragarriro argi bat garaiko hizkuntzalaritzaren zorroztasun eta
mehartasun honetaz. Bere helburua oso bestelakoa da, hain zuzen zientziari (paradigma
estandarrari) zurruntasuna biguntzea, eguraldiaz diharduten zientzia fisikoen malgutasuna
aplika dakion testu mailako ikerketari (Kaosaren teoria), probabilitatearen aldagaia
igargarritasunari edo predikti-bilitateari erantsiz. Bernardezen liburu horrek ispilatzen ditu
artezen sintaxi arazoak ikertu nahi ez izan arren hizkuntzaz (modu zientifikoan) eta baita
literaturaz ere genbiltzanon arazoak. (Bernardez Metodologia v Epistemología del Texto. Cátedra.
Madrid : 1993). Penaz izan dute hizkuntzalari sortzaile edo generatiboek gure unibertsitateetara
sartzeko, baina behin sartuta aurrekoak bezala egon dira begi motzaz lagun hurkoaren lana
gutxiesten, batzuetan terminologia diferentean babes harturik, eta askotan euren formazioko
alde garrantzitsuenetako bat ukatzen : horrek ito egin ditzake hainbat ikerbide eta egitasmo.
Pentsatu behar duguna zera da, segurutik Newtonek aurrera egin zuela ez bere teoria
Ptolomeorena baino hobea zelako (hasieran ez behintzat), jendea zeruari begiratzeaz aspertu
egin zelako baino. Momentu honetan Euskal Herriak ditu inoizko hizkuntzalari eta ikerlari
bikainenak, gehienak atzerrian ibiliak gutxi asko, joera eta isuri ikaragarri aberatsekoak :
(harrigarriro, soziolinguistika eta euskera-lehen hizkuntzaren jabekuntza izan daitezke gutxien
landu direnetakoak). Batzuen eta bitzuen txokokeria eta sektarismoak gaindituz gero. eta
erakundeak inbertitzera ausartzen badira kanpokoen baimena edo kanpotiko ereduren baten
zain egon barik. uste dut munduari eman ahal izango diogula aurrerapenik eta ekarririk asko ;
bakarrik jarraitu behar diogu Kanten esapideari : Sapere aude.
21.  Lakoff eta Johnson, ikus bibliografia. Bada gaztelerara itzulpen bat ere, bost bat urte
beranduago atera zena Cátedra argitaletxean. Baina nire ustez liburu landuagoa eta mamitsuagoa
da Lakoff eta Turnerrena 1989 batez ere ikerketa literariorako (ikus bibliografian).
22.  Integratze Kontzeptualaren Teoria edo Bateraketa gogo-espazioaren Teoria (Fauconnier &
Turner I994tik aurrera) baino aurreko paradigma teorikoan (cf. adibidez Lakoff 1993) metafora
honelaxe definitzen zen : sorburu batetik ateratako egitura eta topologiak jomuga batera
proiektatzea. Proiekzio hori esparru diferenteen artean gertatu behar zen, esparru berean
gertatuz gero metafora barik metonimia baikenuke. Hizki larriaz idazten diren adierazpideak
X=Y tankerakoak dira, non lehen elementuak (xedeak) bigarrenaren (sorburuaren) egitura eta
topologiak bereganatzen dituen. Adierazpideok ez dira exhaustiboak, baina ahalik eta hizkuntza
naturaleko adierazpide metaforiko gehien azaldu behar dituzte. Oinarrikoago adierazpide bat
aurkituz gero, horixe genuke oinarriko metafora kontzeptuala.
23.  Oso aberasgarria litzateke Bonapartek agindutako itzulpen biblikoetan honako adierazpideak
aztertzea : mutuak askatu, herrenak zuzendu, itsuak argitu...eta abar. Zein dira esamolde horien
azpian leudekeen oinarriko metaforak ?
24.  Sweetserren (1990) liburuaren ekarririk garrantzizkoena hauxe litzateke : aurkitzea, baita
etimo-logian bertan ere, motibazio metaforiko bat aldaketa semantikorako, polisemiarako bezain
bestean ; hots, eboluzio semantikoa ez da arbitrarioa. Mundu fisikoarekiko esperientziatikoak
proiektatuz lortzen ditugu kontzeptu abstraktuak, eta bigarren metaforizatze batez hizkuntza-
egitateak. Ikusi, bestela, « evident » en etimologia KNOWING IS SEEING ( JAKITEA IKUSTEA DA)
metaforaren araura. Cf. « Begiaz eta egiaz » esamoldea. Euskeraz, hala ere, « aditu »ren polisemia
korapilotsuagoa da : entzun, usaindu, ulertu, ikusi. Beste kasu bat Iztuetak nola darabilen
« ulertu » aditza izan daiteke, Euskera esparru indoeuroparrean erabat sartzen ez den seinale,
baina guztiarekin, aldaketa semantikoa eta polisemia arbitrarioa ez dena. Oharmen aditzen
gainean ikus Iraide Ibarretxeren tesia : Ibarretxe-Antuñano, Iraide. 1999a. Polysemy and Metaphor
in Perception Verbs : A Cross-linguistic Study. PhD Thesis. University of Edinburgh.
25.  Honen sublimazioa « Neu naiz bidea eta bizitza » esaldian daukagu, zeinetan Jesusek modua
eta helburua dela baieztatzen duen ; berez integrazio kontzeptuala da. Ikus Turner 1996.

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26.  Honek gramatikan bertan ere badauka garrantzia. Ikus,adibidez, ingelesak berezkoa duen
« bide »- dun egituraren azterketarako : Goldbergen Construction Grammar. Chicago : 1996, eta
horren iker keta historikorako Michael Israelen « The Way Constructions Grow. » In : Adele
Goldberg (arg.) Conceptual Structure, Discourse and Language. CSLI. Stanford : 1996. Hor aztertzen
diren egiturak hurrengoaren tankerakoak dira : « hordirik bere bidea narrastu zuen gelatik
kanpora »( ?).
27.  Noski, euskeraren kasuan « bide » eremua zailtasunik ere badu, « bide » « antza denez »-ren
sinonimoaere kontsideratu beharko baikenuke. Halaber, aipatu dudan « bide »-ren beste esparru
semantiko hori ere, 'modu' edo 'kera' esanahiarena alegia. barruan hartu beharko zen. Ahalegina
ez datza hiru ulermoduak har zitzakeen kontzeptu zabal askoa aurkitzean, baizik eta hirurok
elkarrekin izan deza-keten bide metaforikoaren nondik norakoak zehaztean, hau da, aurkitu
behar da zein litzatekeen esperientzia fisikoarekin lotua dagoena (adibidez, « bide biren artean »
cf. LIFE IS A JOURNEY, BIZITZA BIDAIA DA, eta bidaia horretan erabakiak hartu behar dira, v.g.
« bidegurutzean » eta abar.). Andres Urrutiaren lanak ( »Olerkaria lege autuetan : Etxepareren
Linguae Uasconum Primitiae ikusmira juri-dikopean » In : Enseiukarrean. 12 (1996) : 36-55) alderdi
lexikalari eusten dio ; hala ere, legearen lexi-koa hitz teknikoez osaturik dagoen heinean
aztertzea oso bestelakoa da hemen azaltzen dendatzen naizen bidetik.
Honez aparte, argi dago Etxeparek, Margaritak bezala (edo Garci-Lassok bere bosgarren kantuan)
zerabilten hizkuntzaren polisemiaren barruan erabat aurreikusia zutela legearen ubera.
28.  Ez dut honetan lar luzatu gura. baina aipamentxo bat egin beharrekoa da. Antzekotasuna
diogu-nean ez gabiltza estrukturalista zaharrak ematen zizkiguten sema berrantolaketaren
gainean, antze-kotasun hau ez baita objektibista ; hauxe da kontua : kultura batek « lehoia »
modu batera dauka kontzeptualizaturik, adibidez errege bezala (berez legoia katu handi bat da,
ez errege, zeren gober-nuaren kontua, eta are monarkiaren anakronismoa, gizakiona baita).
Legoiaren kontzeptualizazio kultural horrekin bilatuko zaio antzekotasuna Akileri. Animalien
kontzeptualizazioan bere biziko garrantzia du « Izaeraren Katea Nagusiaren Metafora » eredu
kulturalak (Great Chain of Being Metaphor, Lakoff & Turner 1989). Eredu horren arabera,
izaeraren itxuran oinarriturik izaki horri gizakien jokaera batzuk leporatzen zaizkio : beraz,
itxura edo forma sorburua da eta jokaera, berriz, xedea. Honekin loturik, esan genezake euskal
zoologian legoiaren funtzio batzuk hartzak betetzen dituela.
29.  Santa Barbaran 2001eko uztailean egindako Linguistika Kognitiboko kongresuan Lakoffek
metafora bi neuronen arteko lotura bezala definitu du. Horrekin agertu duen jarrerak
konekxionismoare-kin bat egin du ; oso jarrera erradikala (ez ona ez txarra, baina bai bulartsua).
Zuzen ala oker dagoen, neurobiologiak esango digu (eta badirudi hein batean halan dioskula),
baina bada lotura bat Gradyren aurkikuntzekin ; Gradyk bi esperientzia maila zeharo
diferenteren arteko lotura aipatzen du, lotura horren nolakotasuna zelakoa den deskribatzen
denean helduko gara Lakoffen plantea-mendua epaitzeko tresneria izatera.
30.  Konkretutik abstraktura esango lukete batzuek, baina niri iruditzen zait « abstraktu »
terminoak esangura labainegiak dituela. Hizkuntzalari kognitiboek erabiltzen dutenean
« abstraktu » terminoa hauxe esan gura du : esperientzian zuzenean oinarritu bakoa.
31.  Berez, euskarak zorrotza eta zurruna bereiziko lituzke. Gai honen ikerketa litzateke
hizkuntzalari kognitiboen eginbeharra. Gainera ikerketa horrek etimologikoki bi terminoon
artean egon litekeen (susmoa da) parekotasunaren zergatia eman beharko luke. Etimologian
lexikogintza metaforak gidatzen duela argi ikus daiteke termino hauekin : moztu, mozkor, motil
(eta mutildu), motz.
32.  Hau oso gai korapilotsua da, saia nadin labur ematen. Berez, kausa indar-dinamikaren
arabera ulertzen dugu ; zelanbait esan, paradigma mekanizista, non gorputz batek beste bat
abian jartzen duen kontaktu fisikoaren bitartez, herri teoria da, edo bestela esan, txikitandik eta
gure esperientzian oinarritutakoa. Beraz, hortik zera dakargu, mugimendu guztik kausatua izan
behar duela. Berez mugitzen diren izakiek arazoa sortzen dute azalpen orokor honetan. eta

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hortik dator arima edo animaren asmatzea. Motu propio edo berez mugitzen denak animatua edo
arimaduna izan behar du. Eta arimari nahia edo intentzioa leporatu ohi zaio (azken batez Jainko
edo azken kausaren zati bat dira, eta abar). Hortaz arima berezko mugimenduaren, hots biziaren,
eta intentzioaren printzipioa da. Honi itzulia eman ahal zaio eta esan berez mugitzen denak
intentzioa duela.
33.  Horrelako Oinarriko Metafora kontzeptuala proposatzeko askoz ere datu gehiago beharko
nituzke. datuok hizkuntzatik eta kulturatik ateratakoak liratekeelarik. Beraz, NAHIA NORAMDEA DA
edo LIFE IS A FLUID ez dute maila epistemologiko bera. azken honen atzean ikerketa eta datu multzo
askoz ere handiagoa baitago. Beude neureak, hortaz. proposamen mailan eta besterenak maila
enpi-rikoan.
34.  Antzeko metonimia atsotitz honek erakusten du : « Behin Maria Elizara, eta bertan ipurdiaz
alda-rera ». Ipurdia aldareari emateak daukan esangurak argitzen du atsotitza. « Izpazterreko
Errefrauak. » In : Bonaparte Ondareko Eskuizkribuak, Bizkaiera. I. liburukia. Bilbo. Deustuko
Unibertsitatea, Euskal Ikaskuntzen Institutua, 1992, orr. 177-
f.  Las ! bon JESUS, voyant ma cecité,
Et que secours en ma necessité
Ne puis avoir d'aucune creature, Actes 4.
De mon salut avez fait l'ouverture.
Quelle bonté, mais quelle grand' douceur !
Est il pere à fille, ou frere à soeur.
Qui un tel tour jamais eust voulu faire,
Tant fust il doux, piteux et debonnaire :
g.  Sans vous aymer, las ! vous l'avez aymée.
O charitée ! ardente et enflammée,
Vous n'estes pas d'aymer froid ne remis,
Qui aymez tous, voire voz ennemis ; Roma.
Non seulement leur voulant pardonner
Leur grefve offense, ains vous mesmes donner
Pour leur salut, liberté, delivrance,
A mort et croix, travail, peine et souffrance.
35.  Hona hemen testuan familia erlazioei aipu egiten dieten lexiko item batzuk (1548ko ediziotik
atereak eta TACT programa erabiliz) :
fraternyte (1) ; brother (22) : brotherhede (1) ; brotherly (1) ; brotherlynesse (1) ;
syster (18) ;
mother (22) ;
father (33) ; pater (1) ; paternyte (3) ;
chylde (17) ; chyelde (2) ; doughter (6) ; doughters (1) ; doughterly (1) ; daughter (5) ; daughterly
(1) ;
spouse (11) ; husbande (12) ; husbandes (1) ; wyfe (13) ; mariyage (1) ; marry (1) ; marryage (1) ;
marryed (1) ; marye (1)
quene (3) ; kynge (6) ; kyng (1) ; lord (1) ; lorde (14) ; master (3) ; mastre (1) ; mastres (1) ;
36.  Ohorea ulertu beharko genuke arako merkatal iragarpen gisa edo hauteskundeetarako
propaganda bezala : boto emaile edo erosleen kopuruak zerikusi zuzena zuten prestigioarekin,
eta, luzarora, bote-rearekin ; kontrakoa ere suertatzen zen, menpekoak indartsuenengana jotzen
zuten babes eske ; luza-roan horrek diru sarrera ugarituko zuen. Zenbat eta lagun, lotura eta
« ukondo » gehiago eduki lekue-tan. halan eta boteretsuago bilakatu (edota boteretsua zen
seinale argiagoa izan). Izaera diadikoak esan gura du inguruneak ezagutzen duela norbanakoa ;
pertsona bati izena eta ezaguera inguruneak ematen dio. eta kokatuta dagoen familiaren
araberakoa da. Adibidez, Bermeon galdetzeko « zu nor zara » beti galdetuko dizute « nongoa
zara » —baldin eta uste badute herrikoa zarela—, hau da, zein familiatakoa zaren ari

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diragaldetzen, edo, horren ezean, zein herritakoa. Horregatik ezizenek abizen funtzioa betetzen
dute Bermeon, ezizena hurrengo belaunaldietara ere igaroko baita. Itzala edo omena (cf. nomen)
baten familiari besteek ematen zioten izenari lotua zegoen. Beraz, botereak gora egingo zuen
prestigioarekin batera, lekuetan izandako lotura eta ukondoekin batera, eta lagunen maila
sozialarekin batera.
h.  Bien suffiroit, saillant de tel danger,
De me traiter ainsi qu'un estranger.
Mais comme soeur mere (si dire l'ouse)
Traitez mon ame, et ainsi comme espouse.
i.  Moy, Monseigneur. moy. qui digne ne suis Luc 15.
Pour demander du pain. approchor l'huis
Du treshault lieu où est votre demeure !
El qu'est cecy ? Tout soudain en ceste heure
Daigner tirer mon ame en tell' haultesse
Qu'elle se sent de mon corps la maistresse !
Elle povrette. ignorante. impotente. Philip. 4.
Se sent en vous riche. sage et puissante.
Pour luy avoir au coeur escrit le rolle
De vostre Esprit et sacrée Parole.
En luy donnant Foy pour la recevoir.
Qui luy a fait vostre filz concevoir ;
En le croyant homme. DIEU. Salvateur. Roma. 5.
De fous pecheurs le vray restaurateur.
Parquoy daignez rasseurer qu'ell est Mere
De vostre filz. dont vous estes seul Pere.
37.  Malina 1993 : 79. Or
38.  Malina : 1993. Ikus bibliografia.
Malinaren analisiari nik alde kognitiboaren garapena baino ez nioke erantsiko, hots. LIFE IS A FLUID,
BIZTZA ISURKIA DA. Bilatu beharko genuke horrela gertatzen ez den kulturaren bat, eta, gainera,
saiatu ateratzen zelan oinarritzen den gure esperientzian arako kontzeptualizazioa. Bestela
erabat koherentea eta batera dator hurbilketa kognitiboarekin : adibidez, objektu fisikoak
metafori-zatzen dira ahalmen abstraktuei aipu egiteko, eta beste.
39.  Euskeraz honen antzekoren bat erabiliko genuke « zeure egur ( ?finantziero) en bila zabiltza
gero ». Arazoa euskarazkoarekin zera da, oso zaila dela zehaztea zein den iturria : gurutzerako
egurrak, norbera sutan erretzeko egurrak, ala garrotea ? Baina adibide hau honetara zetorren :
zuk zeure hilo-bia oso sakon egin arren horrek sorburuan ez zaituela heriotzara hurbiltzen,
metaforaren emaitzan jasotzen dugunaren kontrara.
40.  Mark Turner and Gilles Fauconnier (1995) « Conceptual Integration and Formal Expression ».
URL : osophy..htm Eskuratua : 01/08/29.
41.  « Les êtres humains ont une aptitude unique pour exécuter un genre très avance
d'intégration conceptuelle. Ce genre avance est appelé, en anglais, « double-scope integration »,
et en français, de manière inexacte, « l'integration bilatérale. » Lintegration « double-scope » est,
comme je propose, l'aptitude principale que nous utilisons pour innover. C'est la faculté mentale
qui caractérise le cerveau humain. C'est la faculté qui sous-tend d'autres facultés mentales
uniquement humaines. »
Mark Turner, 2000. « L'imagination et le cerveau » conference donnée au College de France, 11,
place Marcelin-Berthelot, Paris 5e, le mardi 6 juin 2000 a 14h30, dans la salle 2. URL : . Eskuratua :
01/08/30.

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j.  Quand en preschant, estendant voz bras, distes


Ceux qui feront le vouloir de mon Pere, Matth,12.
Mes freres sont. et ma soeur. et ma mere.
42.  Lehen Etxepare aztertu dugunean, deskubritu dugu borondatea bektore bezala ulertzen dela,
leku batetik besterako norabidearekin. Etimologiak berak erakusten digu in-tentzioa norabaiteko
joera edo isuria dela, Axularrek oso ondo zekien bezala. Atentzioa aurpegiari lotzen zaio, eta
direkzio-naltasun horretan norabide aldaketa erakusten du. Paradigma katolikoan « Amagana
bihurtzeak » borondatearen erakusle gisa ulertzen da, eta beraz, ordura arteko norabideaz
damua. Paradigma erre-formistan, ikusiko denez, borondate hori ezabatu behar da, borondatea
malgutu. (Cf. « Behor zahar-rari orgabidean nekez da irakasten », zergatik ?).
43.  Honen harian ulertu behar dugu « Aldats Dorrean » erromantzea, senarraren amaren ahotik
entzun dezakegunez :
« ...esan baebanan lehenengotatik jaubea/
izango ebanan Aldats Dorrean partea » (...) (amaginarrebak)
« Haurtxo txikiak deust sabelean ostiko/
Jaun zerukoak ahal dau semea sortuko » (emazteak)
...nahi dan seme nahi dan alaba
Aldats Dorrean partea izango jona » (amaginarrebak)
Ohar bedi irakurlea, « jona » eta ez « dona », hots, umeak izango dun parte, baina ez heuk.
k.  De cuyder mieux vous louer. c'esl blaspheme.
Il n'est louenge telle que de DIEU mesme.
l.  Quand vostre filz plein de divinite
A prins le corps dc nostre humanité Philip. 2.
Et s'est meslé avecques nostre cendre :
Ce que sans Foy nul ne pourroit entendre,
II vous a pleu de nous tant l'approcher
Qu’il s'est uny avecques nostre chair :
Qui le voyant (comme soy) nommé homme,
Se dit sa Soeur. et Frere elle le nomme.
Bien doit avoir le coeur ferme et asseur
Qui de son DIEU se peult dire la Soeur.
44.  Oso esanguratsua da zenbatetan ageri diren Kantuen Kantatiko aipuak.
m.  Je ne craindray de vous nommer mon frere.
Vous l'avez dit en lieu bien autentique.
Par Salomon. en vostre doux cantique
Disant : « Ma soeur. tu as navre mon coeur. Cantique 4.
Ta as navré mon coeur par la douceur
D'un de tes yeux et d'un de tes cheveux »
Testu aldakiak badira itzulpenean, segurutik Biblia diferenteak erabili diren seinale. I548an
argitaratutakoak halaxe dio : Well than, seynge ihat we have both but one falher. I wyll not feare
to call the my brother. For so hast thu reported it by Salomon in hys bellet.saynge. My syster and
spouse thu hast wounded my harte with the swete loke of one of thyne eyes. and with one cheyne
of thy necke.
n.  Apres. venez. par grand' dilection
Luy declarer que sa creation
N’est seulement que par le bon vouloir
Qu'il vous a pleu tousjours à elle avoir.
En l'asseurant qu'avant son premier jour. Ephe. 1.
La prevoyant y avez eu amour.

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Par celle amour engendrée l'avez.


Comme vous seul bien faire le sçavez :
45.  Azterketa oso eta agortzerainoko baterako ikus hobeto Tumerren tesia, batez ere bosgarren
eta bigarren atalak, « progeneration as Cause » kontzeptua : Turner, Mark. Death is the Mother of
Beauty. 1987.
o.  Helas ! ouy. car du pere maudit
Avez rompu la filiation
En me nommant fille d'adoption.
46.  Honen adibide asko eta asko Ibon Sarasolak Contribución...en argitaratutako gutunekin dauz-
kagu.
p.  Il vous plaist bien luy donner autre nom
Vostre Espouse la nommer. et de vous,
Vous appeller son mary et espoux :
Luy declarant comme de franc courage Osee. 2.
Avez juré d'elle le mariage.
Fait luy avez au Baptesme promesse
De luy donner vostre bien et richesse.
Ses maux prenez. car riens que peché n'ha.
Lequel Adam son pere lui donna.
47.  Bada Kantuen Kantari buruzko interpretazio bat Genesian galdutako paradisuaren
berreskuratzea bezala, bekatu-bertute berberen bidez. Eva erakarri zuen lurreko har-sugearen
ordez, Shulamitak Erregea maite du. Galdu zen ohorea berrezartzen da. Agian interpretazio hau
azal eta zabal ibiliko zen garaian. Baina are zuzenago diosku San Augustinek : « Our malady arose
through the corrupted spirit of a woman : from the incorrupted flesh of a woman proceeded our
salvation ». !, XIV.
q.  Pareillement espouse me clamez
En ce lieu là. monstrant que vous m'aymez,
Et m'appellez, par vraye amour jalouse,
Vostre Colombe, et aussi vostre Espouse. Cantique 2.
r.  Donc, à mon Pere ! où gist amour non feinte, Jaques 3.
De quoy fault il qu'en mon coeur j'aye crainte ?
Je recongnois avoir fait tous les maux
Que faire on peult ; et que rien je ne vaux,
Et que vous ay, comme l'enfant prodigue,
Abandonné, suyvant la folle ligue,
Où despcndu j'ay toutc ma substance,
Et tous voz biens recenz en abondance ;
s.  En lieu d'avoir par vous punition,
Vous m'asseurez de ma salvation.
Ou est celuy donc qui me punira
Quand mon peché mon Dieu luy niera ?
Juge n'est point qui puisse condemner
Nul. puis que DIEU ne le veult point damner.
Doute je n'ay d'avoir faute de biens,
Puis que Mon DIEU pour mon Pere je tiens.
t.  Et puis apres dens ce corps l'avez mise,
Non pour dormir. ne pour estre remise,
Mais pour tous deux n'avoir autre exercice
Que de penser à vous faire service :

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u.  Car vous ayant conceu et enfanté,


Laissant raison subjette à volunté,
Sans vous garder. je me suis endormie, 3. des Roys,
Et donné lieu à ma grande ennemie,
Qui en la nuict d'ignorance, en dormant,
Vous a robbé pres de moy : finement
En vostre lieu m'a mis le sien tout mort. (...)
Ma voisine. ma sensualité
En non dorrnir de beslialité
Privée m'a de vous par son envie,
En me donnant un autre enfant sans vie,
Qui est Peché, duquel je ne veux point.
1548ko edizioak « Ma voisine » mantentzen du : Sensualyte my neyghbour ( I beynge in my
beastly sleape) ded steale the from me, & gave me, an other chylde whych had no lyfe in hym,
named synne, whom I wyll not have, for I do utterly forsake hym.
48.  Gorgias.
49.  Termino horiexek erabiltzen dira gaur egungo gaztelanian maitelagunak aipatzeko.Bilakaera
semantiko horrek balizko polisemia batean izan lezake motibazioren bat, Sweetserren ildotik.
50.  Urteak aurrera igarota, hauxe izango dugu holako eztabaidetako argudio tipikoa, adibidez
Susanna Parr-en Apology Against the Elders 1659 (Graham et al. 1989).
v.  Car oubliant l'honneur du parentage,
L'adoption de sy noble lignage,
Vostre tant doux et fraternel recueil,
Montée suis contre vous en orgueil,
De mes forfaitz ne me suis recordée ;
Mais m'esloingnant de vous. suis accordée
Avec Aaron, mon frere, en trahison, Nomb. 12.
Voulant donner a voz oeuvres raison,
En murmurant de vous tout en secret
Qui me devroit donner un grand regret.
Helas ! mon DIEU . mon frere et vray Moïse,
51.  Nafarroako erregetza ez zen absolutista, ohituren menpekoa baizik (Foruak edo Common
Law). Beraz, indarren oreka zegoen parlamentuaren, hots, alde zibilaren, eta erregearen edo alde
mili-tarraren artean. Jakina denez, sistema honetan errege edo erreginak foruen zina egin behar
zuen koroa hartu ahal izateko. Foruen kontra zihoan legeren bat emanez gero, herriko sindikoek
esku hartuko zuten. Sindikoen zeregina herriaren usadioa gogoratzea zen, kolektibitatearen
nolabaiteko « disko gogorra » ziren ahozko sistema hartan. Errege edo erreginaren boterea
murrizteko modu bere-zia, hala ere, gerra kontuak mugatzea zen. Beren-beregi adierazita zegoen
errege/erreginak ezin zuela ez gerrarik egin ez bakerik sinatu « herriko hamahiru zaharren »
baimenik gabe.
w.  Ainsi je fuz mise, comme ladresse,
Dehors du parc du peuple et de la presse :
l548ko edizioan : For I became a lazar, so that whan any body shulde loke upon me, they myght
wele se that I had not bene wyse. And so was I put out from the tentes and tabernacles of the
people, bycause that a sycke bodye maye infecte them whych be in helthe
x.  I have done the evyll, and thu gevyst me good for it, I am thyne, and thu sayest, thu arte
myne. Even so I am, and wyll be so for ever. I feare nomore the great folyshenesse of Aaron, for
no man maye separat me from the. Now that we are brother & syster togyther, I care very lytle
for all other men. Thy landes are myne owne inherytaunce. [*]Lete us than kepe (if it please the)
but one hows-holde. Syth it have pleased the to humble thy selfe so moche, as to joyne thy hart

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with myne, in makynge thy selfe a levely man, I do ryght hartely thanke the And as to do it as I
ought, it lyeth not in my small power.
52.  Bestalde, interesgarria ere bada aztertzea noiz hasten diren gizonezkoak fideltasuna eta
ezkontza agintzen eta eskaintzen maitasun edo mesede sexualen truke, horrek aurreko egoera
libreago bat begietaratzen baitu (Tere Irastortza « Oihenarten Poemagintza. » In : Hegats :
Literatur Aldizkaria. 7(Abendua 1992) : 17-33). Gainera gauzakez ziren berdinak izango gizarteko
maila guztietan, hime-naren kontrola primuaren jabegoarekin baitago lotuta, hots,
aitatasunarekin (amatasuna ezin da zalantzan jarri eta).
y.  Si pere a eu dc son enfant mercy,
Si mere a eu pour son filz du soucy,
Si frere à soeur a couvert le peché,
Je n'ay point veu, ou il est bien caché,
Que nul Mary, pour à luy retourner,
Ayt à sa femme one voulu pardonner.
Ikus l548ko edizioa eta eskuizkribuan falta den bertsoa : « Aitaren bat errukitu bada... » : If anye
father have had anye pytie upon hys chylde. If anye mother have take anye care for her sonne. If
anye brother hav hyd the synne of hys syster, it is thu. I never sawe (or els it was kepte wonders
secrete) that ever husbande wolde througly forgyve hys wyfe, after she had hym ones offended,
and ded retume unto hym.
z.  Assez en est qui pour venger leur tort,
Par jugement les ont fait mettre à mort.
Autres. voyans leur peché, tout soudain
A les tuer n'ont espargné leur main.
Autres, voyans leurs maux trop apparentz,
Renvoyées les ont chez leurs parentz.
Autres. cuydans punir leur mauvais tour,
Enfermées les ont dens une tour.
Bref. regardez toutes complexions,
La fin n'en tend qu'à grands punitions.
Et le moins mal que j'en ay peu sçavoir,
C'est que jamais ilz ne les veulent voir.
Testuinguru zabalagoxea eman dut frantseseko bertsioan (aurreko oharrekoaren jarraipena da),
bide batez erakusteko maitasun motetan. irainetan eta iraindutakoaren erantzunetan ageri den
gradazioa.. « If any mother...I never saw it(...) that any husband... » 126
53.  Bidenabar, ingelesezko itzulpenean bada jatorrizkoan ez dagoen esaldi bat : : « Eta inongo
gizonek desira dezakeena baino gehiago eta hobearen jabe naiz » (« I have more and better than
any man can desire » (Elizabethek apropos sartutako aldakia ?).
a. a Laissé vous ay, oublié et fouy.
Laissé vous ay, pour suyvre mon plaisir ;
Laissé vous ay, pour un mauvais choisir
Laissé vous ay, source de tout mon bien,
Laissé vous ay, en rompant le lien
De vraye amour et loyauté promise.
Laissé vous ay ; mais où me suis je mise ?
Au lieu où n'a que malediction.
Laissé vous ay, l'amy sans fiction,
I.'amy de tous digne d'estre estimé,
L'amy aymant premier que d'estre aymé.
Laissé vous ay, ô source de bonté,
Par ma mauvaise et seule volunté.

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Laissé vous ay, le beau, le bon, le sage,


Le fort de bras et le doux de courage.
Laissé vous ay, et, pour mieux me retraireDeuter. 32.
De Vostre amour, ay prins vostre contraire.
C'est l'Ennemy, et le Monde, et la Chair,
Ohartu, bide batez, errosario kutsu zoragarriaz ; xehetasun hau bat dator nire tesiarekin, hau da,
testu honek Jesus kokatzen duela Mariaren leku tradizionalean.
b. b Hemen letra etzanaz nabarmendu ditudan bertsolerroak ez dira agertzen bi edizioetako
batean ere. Oharraren amaieran l548ko edizioko pasartea emango dut :
Et qui me suis de tous trois acointée,
Et de tous cas avec eux appointée.
Et propre amour, qui trop est faulse et feinte,
A charité de vous en moy esteinte,
Tant que le nom de JESUS mon espoux,
(Que par avant j'avois trouvé si doux)
Avois quasi en hayne et fascherie, Proverbe 2.
Et bien souvent en faisois moquerie.
Si l'on disoit en oyant un sermon :
Il a bien dit, je respondois : Ce a mon.
La parole s'en voloit comme plume.
A l'Eglise n'allois que par coustume.
Tous mes beaux faitz n'estoyent qu'hipocrisie,
Car j'avois bien ailleurs ma phantasie.
Il m'ennuyoit d'ouyr de vous parler ;
J'aymois bien mieux à mon plaisir aller.
Erkatu l548ko edizioarekin :
And so bounde, that no man coulde cause me to humble my selfe And as for the love & charyte
that I shul de have had towardes the, they ded quenche it so that the name of Jesus my hushande,
whych before I had founde so swete, was to me tedyouse & hatefull. So that often tymes I ded jest
at it.[*] And if any man (I hearynge a sermon) had sayd unto me, the preacher sayth wele. I wolde
afferme it but the worde went awaye from me, as a fether doth in the wynde. I went never yet to
the preachynge, but for maner only. All my dedes were playne hypocresye, for my mynde was in
other places. I was anoyed whan I hearde speake of the, for I was more wyllynge to go at my
pleasure.
54.  Uste dut honek harreman zuzena izan dezakeela katolikotasunak filologia judutik
bereganatutako Izenaren inguruko hermeneutikarekin (adb. Hillelen arauak edo notarikoia,
halaber Fray Luis de Leon, De los Nombres de Cristo.
c. c 1548ko edizioa : « My dere doughter harken, and se, and bowe thy hearynge towardes me.
Forget that straunge nacyon to whom thu dedyst ronne awaye and also the house of thyne olde
father, where thu has dwelled so longe Than shall the kynge full of all faythfulnesse, desyre thy
bewtie. »
d. d Venez à moy, vous tous qui par labeurMatth. 11.
Estes lassez et chargez de douleur ;
Je suis celuy qui vous accepteray,
Et de mon pain refectionneray.
Ohar gaitezen nire interpretazioak oinarri galdu duela 1548ko edizioari jarraitzeko bagina :
« ...than begannyst thu to crye lowder. Come unto me all yow whych are wearyly loaden with
laboure, for I am he that shall plenteously refreshe yow and feade yow with my breade of lyfe. »
e. e Car aussi tost qu'avez veu abaissée
Ma volunté soubz vostre obeissance.

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Avez usé de vostre grand’ clemence.


Mettant en moy une sy vive Foy,
Que vous sachant Maistre, Seigneur et Roy.
(De qui devois par raison avoir crainte)
Par vraye amour senty ma peur esteinte,
En vous croyant mary sy gratieux.
Bon, doux, piteux, misericordieux,
Que moy (qui tant me devoye cacher)
Ne craingniz point de vous aller chercher.
55.  Azterbide honek luzeegi joko luke artikulu honen helburuetarako, baina ezin utzi aipatu
barik hemen egin daitezkeen inferentziak. Maitasun neoplatonikoa daukat gogoan, non aurpegia
hain inportantea zen, eta horrek gaur egungo zenbait esapiderekin (« aurre egin diezaiogun
arazoari ») daukan erlazioa. Neure analisiaren arabera aurpegia asmo edo intentzioaren
korrelatiboa izango litzateke, hots, atentzioa (eta, ez dezagun ahaztu, « aurpegia arimaren
ispilua » ei da) :
« Hast thu turned thy face from me ? No, for thyne eye so swete ded penetrate my harte,
woundynge it almost to the deathe, and gevynge me remorse of my synnes ».
f. f O mon Sauveur, par Foy je suis plantée, Rom. 11.
Et par amour en vous, jointe et entée.
Quelle union, quelle bienheureté.
Puis que par Foy j'ay de vous seureté
Nommer vous puis par amour hardiment
Filz, Pere, Espoux et Frere, entierement Jean 1.
Pere. Filz, Frere et Mary : 6 quelz dons.
De me donner le bien de tous ces noms !
O mon Pere. quelle paternité !
O mon Frere, quelle fraternité !
O mon Enfant, quelle dilection !
O mon Espoux, quelle conjonction !
Pere, envers moy plein de mansuetude :
Frere, ayant prins nostre similitude ;
Filz, engendré par Foy et Charité ;
Mary, aymant en toute extremité.
g. g Or vous ay je, mon Pere, pour defense
Des folles de ma trop longue enfance.
Or vous ay je, mon Frere. pour secours
De mes ennuyz que je ne trouve courtz.
Or vous ay je, mon Filz, de ma vieillesse
Le seul baston, support de ma foiblesse.
Or vous ay je l'espoux sans fiction,
De tout mon coeur la satisfaction.
1548ko edizioa : Now have I the my father, for defence of my longe youth from wanton
folyshnesse. Now have I the my brother, for to socoure my sorowes wherin I fynde non ende. Now
have I the my sonne, for my feble age as an only staye. Now have 1 the a true, & faythfull
husbande, for the satis-fyenge of my whole harte.
h. h Las ! quel maistre, sans avoir desservy
Nul bien de luy, mais l'ayant mal servy,
1548 : O what a master is that, without deservynge any goodnesse of hym ? I served hym slouth-
fully,...

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i. i Helas ! Mon DIEU, je ne vous cerchois pas,


Mais vous fuyois en courant le grand pas ;
Et vous ça bas a moy estes venu, Jean 3.
A moy, qui suis ver de terre tout nud.
56.  Horregatik garrantzia handikoa da Rosslyn Frank eta Mikel Susperregiren lana. « Conflicting
Indentities : Non-commensurate Root Metaphors in Basque and European Image Schemata. » URL :
.
57.  Oso interesgarria da aspaldi batean Lloydek polarizazioaren gainean emandako azalpena ;
gainera garai aurre-Aristoteliarrekin jartzen du harremanetan (cf. Aristoteleren oposaketen
taula)
j. j Ce qu'ont promis mes amys au baptesme Psal. 118.
Et que depuis j'ay confermé moymesme
(Qui est sans fin de vostre passion Roma. 6.
Sentir en moy mortification, Psal. 43.
Estre tousjours avecques vous en croix,
Ou vous avez cloué. comme je crois.
Et rendu mortz la Mort et tout peché, Roma. 6.
Que souvent j'ay reprins et detaché).
k. k Car où la mort, avant le grand mystere
De ceste croix, estoit a tous austere, Ecclesiaste.
Et n'y avoit coeur qui n'en eust frayeur,
En regardant sa face et sa rigueur,
Veu I'union qui est de l'ame au corps,
Et l'ordonnance. et l'amour. et accordz.
Dont la douleur estoit du separer,
Extreme acces pour tout desemparer :
l. l 1548ko edizioan : Now syth that deathe is so plesaunt a lyfe, that she pleasith me more than
feareth me. than ought I to feare nothynge but the ryght judgement of God. All my synnes with
hys just (Fo.32.) balaunce shall be wayed & shewed openly. Thys that I have done, also my
thought and worde shall be better knowne, than if they were written in a rolle. And we maye not
thynke that charyte wolde offende justyce & truthe. For whoso ever doth lyve unfaythfully, shall
be ponnyshed in everlasytnge payne.
m. m Las, mon DIEU, non : car la Foy invisible Matth. 19.
Croire me fait, que tout mon impossible
Est tresfacile à vous, tant que mon Rien
Convertissez en quelque = de bien. Rom. 5.
Donc, Monseigneur, qui me condemnera ? Rom. 8.
Et quel Juge jamais me damnera,
Quand celuy là qui m'est donne pour Juge
Est mon Espoux, mon Pere et mon refuge ? Psal. 8, 9.
n. n 1548ko ediziotik : O redemer, here is a great love. We fynde but fewe suche men of lawe.
Swete Jesus Christ, it is unto the that I am a detter, yet dost thu both praye, and speake for me.
And moreover whan thu dost se that I am poore, with the abundaunce of thy goodes thu dost
paye my debte (...) O my father, dost thu vouchesave to be my judge, not wyllynge the deathe of a
synner. O Jesus Christ, true fysher, and saver of the sowle, frynde above all fryndes, so thu
beynge my man of lawe, de(Fo.33.)dyst excuse and speake for me, where thu couldest justly have
accused me. 1 feare nomore to be undone by any man for the lawe is satisfyed by the for all. My
swete spouse hath made the payment so habundaunt, that the lawe can aske nothynge of me but
is payed of hym. For as I beleve, he hath taken all my synnes upon hym, and hath geven me in
place of them, hys owne goodes in habundaunce.

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o. o Y a il rien qui me puisse plus nuire,


Si DIEU me veult par Foy a luy conduire ?
J'entens la Foy toute telle, qu'il fault, Ephes. 2.
Digne d'avoir le nom du don d'enhault :
Foy, qui unit par Charité ardente
Au Createur sa treshumble servante. (...)
Trop foible suis en moy, en DIEU tresforte (...)

INDEX
Thèmes : littérature, philologie
Mots-clés : critique littéraire, Marguerite d'Angoulême reine de Navarre (1492-1549), poésie
Index chronologique : 16e siècle

AUTEUR
KOLDO J. GARAI
English DepartmentUniversity of Maryland eta Hizkuntza eta Literaturaren Didaktika Euskal
Herriko Unibertsitatea
koldo@wam.umd.edu

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144

Euskalduna eta Piarres Lafitte


Amelia Hernandez

 
1. Eskualduna kazeta
1 Martial-Henry Berdoly Mauleko suprefetak Le Réveil basque astekari errepublikarra
kaleratu zuenean, 1886-ko abuztuan, Louis Etcheberry deputagai erregezaleak
Eskualduna argitaratu zuen, 1887ko martxoaren 15ean, Le Réveil Basquek hautesle
euskaldun guztiak erakarriko lituzkeen beldurrez1.
2 Izan ere, garai hartako politikariek ohitura zuten argitalpenenak kaleratzeko
hauteskundeetan botuak lortzearren.
3 Hala ere, Le Réveil Basque desagertu egin zen hauteskundeak burutu zirenetik gutxira,
1894ko uztailean, helburu politiko hutsarekin sortu baitzuten. Ostera, Eskualdunaren
arduradunek astekaria argitaratzen jarraitu zuten, 1944ra arte, adieraziz,
hauteskundeak jadanik amaiturik zeuden legez, politika pixka bat alde batera utziko
zutela eta laborari eta familien gaiak landuko zituztela 2.
4 Horrela, Eskualdunan euskal herrietako gertakarien berri eman zuten « Nouvelles du
Pays » atalean, nekazarien arazoez hitz egiten zuten « Laborarier » izenburupean eta
erreklutatu eta gerlarien egoeraz « Nouvelles militaires »-n3.
5 Dena dela, ez zuten politika erabat baztertu ; eskuindarraren batasuna bilatu zuten 4 eta
Errepublikaren pentsamoldeari aurka egiten jarraitu zuten.
6 Kutsu erlijiosoa nabaria zen Eskualdunaren ia berri guztietan, Elizaren inguruan
buruturiko ekintzak espreski aipatzeaz gain5. Izan ere, Eskualduna helburu politikoekin
sortu zutenean, xede horiek bat zetozen Elizaren pentsamoldearekin. Are gehiago,
Louis Etcheverry sortzailea, « politikaz, bihotz-bihotzez bonapartetiarra » 6 zena,
batzuetan kontra agertu zen Elizaren jokabidearen aurrean, errepublikazalea zelakoan 7
7 Era berean, Eskualduna ez zen mazoizalea, ezta juduen zalea ere :
« Asmatzen dituzten tzarkeriak gure eta erligioneko guzien kontra egiteko
framazondarrak juduen esku-makhil dire »8.

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8 Euskal herrietatik Ameriketarako emigrazioari buruz, Eskualduna n eten egitea


proposatu zuten, herriak hustu ez zitezen9. Horrekin batera, hirietako protesta sozialak
ez ziren Eskualdunaren gustukoak, komunistek sustatzen zituztelakoan :
« Polizak ez du buru egiten ahal gizon errabiatu horien. Gazeta gorriak berriz gizon
horier etsenplu onak emaite orde gehiago asalda-arazten dituzte » 10.
9 Laburbilduz, Javier Diaz Nocirekin batera esangu dugu Eskualdunak pentsamolde bat
finkatu zuela irakurleen artean11, oso handia izanda astekari horren hedapena eta
eragina herritarren artean, 8000 irakurle izatera helduz 1930, hamarkadaren hasieran.
10 Lafittek Eskualdunan 1921ean lehenengoz idatzi bazuen ere, Saint Pierre 1925ean
astekariaren gidari izendatu zutenean12 hasi zen Lafitte maitasunez idazten : 81
artikulu argitaratu zituen Saint Pierren bost urtetako zuzendaritzapean. Lafitteren
lankideak izen ziren Laurent Apestéguy, Jean Barbier, Louis Dassance, Dominique
Dufau, Pierre Duhour, Jean Elissalde « Zerbitzari », Jean Etchepare, Goyheneche, Julien
Héguy, Michel Iriart, Gratien Istilart, Piarres Lafitte, Leon Léon, Jules Moulier « Oxobi »
eta Maurice Otacéhé13.
11 Hala ere, 1929ko abuztutik 1933ko abendura arteko Eskualdunak jaso zituen Lafitteren
lan gehienak, zeren eta Michel Iriartek, Ustaritzeko erretora, « Ebanjelio » izenburuko
artikulua prestatzen baitzuen Eskualduna astekarirako eta 1929an hil zenean Lafittek
ekin zion14 lan horri.
12 1930ean Jean Saint Pierre Carthageko artzapezpikuaren laguntzaile izendatu zuten eta
Dominique Soubelet Eskualdunaren zuzendaritzarako aukeratu, kalonje bilakatzearekin
batera. Aurreko parragrafoan aipatu ditugun idazleei Xalbat Arotçarena gehitu zitzaien
lankide bezala15. Soubeletek astero idatzi zuen Eskualdunaren lehenengo orrialdean :
apezpikuaren hitzak goratu egin zituen, Espainiako Errepublika arbuiatu, soldado
frantziarrak adoretu, etab. Piarres Lafittek ia zenbaki guztietan idatzi zuen Ebanjelioz -
142 artikuluetatik, 128 ziren « Ebanjelioa » izenburudunak- eta liburu berriez
noizbehinka, P.L.-z sinaturik.
13 Soubeleten garaiko Eskualdunak Frantzia eta Italiaren arteko hitzarmenaren alde agertu
zen16, Hitlerek poterea eskuratu zuelakoaren beldur baitzen17. Tokiko politikaren
alorrean, Eskualdunan Ybarnégaray aurkeztu zuten euskal politiko eta hizlari hobezin
bezala, idealizaziora eramateraino :
« C'est devant une assistance fatiguée par de trop longs discours que notre député
basque Jean Ybarnégaray a fait entendre sa remarquable interpretation. Fermeté du
ton, logique du raisonnement, ironie mesurée, éloquence du débit, tout dans cette
intervention révéle le grand orateur »18
14 1937an Soubeletek zuzendaritza utzi zuen, gaixorik baitzegoen, eta Xalbat Arotçarenak
hartu, martxoaren 24an19.
15 Arotçarenarekin, eta Bigarren Mundu-Gerraren urteak zirelarik, astekariak bat egin
zuen Frantzian ezarritako Vichyko gobernu zein Pétainen pentsabidearekin : Révolution
Nationalaren alde agertu zen20 - « lana, familia eta aberria » leloari jarraituz-, frantses
guztiak Frantziaren batasunaren alde adoretu zituen21 eta Vichyko Milice Française
aintzat hartu zuen22.
16 Berriro ere Eskualdunak komunismoarekiko beldurra agertu zuen :
« Egungo-egunean, gehiago ezin ukhatuzko gauza ez othe da : komunista guri
bihotzeko phisu-minenen trenkatzerat doala... Komunistak mehatchatzen dituela
oro, bai Herria, bai familia, bai erlisionea, bai bakea ? » 23

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17 Arotçarenaren garai hartan Eskualduna Francoren alde ere agertu zen 24. Horrela,
Frankistek Bilbao hartu zutenean, honako lerro hauek argitaratu zituzten astekarian :
« Bilbaoko jendea alegera zen Francoren soldadoak ikustearekin... Zer atsekabe
guretzat eskualdunak ikustea, komunichtekin eskuz ikustea, tresna berak eskuetan,
Francoren soldadoen kontra... Bazutena arrazoinik aski komunizteri laguntza
emaiteko ? Hori bertzerik da. Guri hasteko ez iduri... Eskualdun guziak eman balire
Francoren alde, Gipuzkoakoak eta Bizkaiakoak, Alabakoak bezala guri iduri odol
gutiago izanen zela Espainian »25
18 eta itxaropentsu agertu zen Alemania Bigarren Mundu-Gerraren garaile suertatzeko
aukeraren aurrean :
« Beraz salbamenduraz heltzeko bide bakhar bat dugu... Bide eta athe bakhar bat, ez
biga : Alemaniaren bitoria... Zombat erresuma komunismoaren pozoin latzgarriak
pozoindaturik dauzkanak »26
19 Alemanenganako begikotasuna zela eta, Eskualdunaren irakurle asko kazetaren etsai
bilakatu ziren eta salmenten kopuruak beherantz egin zuen, 2.200 aletara helduz 27.
20 Era berean, Arotçarena Eskualdunaren zuzendari izendatzearekin, Lafittek asko gutxitu
zuen astekarirako lana : hamabost artikulu baino ez28.
 
2. Piarres Lafitteren estatus intelektuala
Eskualdunaren gainontzeko lankideekiko.
21 Eskualdunako Piarres Lafitteren eta garaiko lankideen emaitzak biltzearren, hona
hemen 1920. eta 30. hamarkadetako idazleen zerrenda eta astekarian argitaraturiko
artikuluen kopuruak :

29.Ez dugu Eskualdunaren 1920ko alerik topatu, ez Belokeko, ez Baionako ezta Euskal Museoko
liburutegietan ere.

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147

22 Laukiak erakusten digun legez, Eskualdunan idatzi zuten 28 idazleengandik 18ren


jaiotze data ezagutzen dugu. Hogeitabost urteko Pierre Larzabal izan ezik, guztiak ziren
Lafitte baino zaharragoak. Hala ere, artikuluen kopuruari begiratuz gero, ikusiko dugu
1940an bost idazlek baino ez zutela Lafitte gainditzen Eskualdinan argitaratzeari
zegokionez.
23 Argi dago, beraz, Lafitte ia gazteena bazen ere, intelektual emankorre-netariko bat izan
zela 1920. eta 30. hamarkadetako Eskualdunan.

BIBLIOGRAPHIE
EUSKALTZAINDIA : Piarres Lafitte-ri omenaldia, Bilbo, Iker, 1983.

HARITSCHELHAR, Jean eta beste batzuk : « Hommage à Pierre Lafitte », Bulletin du Musée Basque,
1986, 113-114 zkiak.

« Herria 25 urte », Herria, 1969.

LAFITTE, P. : Euskal literaturaz, San Sebastian, Erein, 1990.

NOTES
1.   Le Réveil Basqueren kontrako erasoak ugariak izan ziren Eskualdunan, batez ere hasierako
zenbakietan : “Egia Errepublikaren eta Erligionearen gainean”. “L'Autorité des chefs de famille”,
“La bonne foi du Réveil Basque”. Eskualduna, 1887ko maiatzaren 15a ; “Au Réveil Basque”.
Eskualduna, 1887ko irailaren 24a ; “Au Réveil Basque”. Eskualduna, 1887ko urriaren 21a ; “La colère
du Réveil Basque”, Eskualduna. 1889ko apirilaren 19a, etab.
2.  Eskualduna : “Gure irakurtzaleri”. Eskualduna, 1890eko apirilaren 4a.
3.  Eskualdunan armadarenganako itxaropena agertu zuten : “Après Dieu. notre unique espérance
pour le salut de la France est dans notre brave et admirable armée”, “Soldadoguaco lege berria”.
Eskualduna, 1887ko irailaren 17a. Gai berberari buruz : “Nouvelles militaires. La Mobilisation”,
Eskualduna, 1887ko irailaren 17a ; “Nouvelles militaires”, Eskualduna, 1887ko urriaren 14a ;
“Recrutement”, Eskualduna, 1887ko azaroaren 18a, etab.
4.  “ez zen xurien arteko batasunik : baziren erregetiarrak, bonapartixtak baieta errepublikano
girixtinoak. Erregetiarrek ez zuten erregegai bera sustengatzen, ez eta bonapartixtek
inperadoregai bera. Errepublikano girixtinoek kontra zituzten gorriak, hauiek erlisionerik ez
baitzuten nahi ; bai eta bertze xuriak, hauiek ez baitzuten uste izan zitakela errepublika onik”, “
Herria 25 urte”. Herria, 1969.
5.  “Nouvelles Religieuses”. Eskualduna, 1887ko irailaren 17a ; “Larressore”, Eskualduna, 1887ko
urriaren 28an ; “Hazparneko predikuak”. Eskualduna, 1888ko uztailaren 13a ; “Installation du curé
doyen”. Eskualduna, 1889ko apirilaren 5ean : “Nominations dans le clergé”. Eskualduna, 1893ko
urtarrilaren 13a ; “Une lettre de Léon XIII”, Eskualduna, 1893ko urtarrilaren 27a ; “Garizumako
lehen igandearen Ebanjelioa”. Eskualduna. 1894ko azaroaren 9a, etab.
6.  Lafitte, P. : Euskal Literaturaz, Erein, 1990. 225. or.

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148

7.  “Erromako politikaz duda azkar zonbait gora-behera”. Lafitte, R. Euskal literaturaz.... 225. or.
Ideia berbera agertu du Michel Oronosek Louis Etcheverryz : “Etcheverry, aux sentiments
bonapartistes bien marques, s'attaque même à l'Eglise qu'il juge trop républicaine”. Oronos. M. :
L'information religieuse en basque dans les publications du Pays Basque Nord, de la fin du Concile Vatican
II (8 décembre 1965) au Ve Synode romain (29 octobre 1977). Question pour une histoire future, Université
de Bordeaux. 1982, 73. or.
8.  “Juduak Frantzian nausi”. Eskualduna, 1891ko azaroaren 13a
9.  “Nouvelles du Pays. Conthseilu bat”. Eskualduna, 1887ko abenduaren 2a.
10.  “La grève”, Eskualduna, 1888ko abuztuaren l0a
11.  Díaz Noci, Javier : Euskal prentsaren sorrera eta garapena (1834-1939), Donostia, Eusko
Ikaskuntza, 1995,51. or.
12.   Eskualdunaren zuzendari izendatu zutenean Jean Saint Pierre astekariaren lehenengo
orrialdean idazten hasi zen, J.S.P.-z sinatuz. Polika eta ekonomia gaiak oinarritzat harturik
komentarioak egiteaz gain, herrietako gertakizunak eman zituen aditzera bigarren edo
hirugarren orrialdeetan.
13.  Aipatu idazleak Eskualdunaren azterketa lanean aurkitu ditugunak dira. Hala ere, “Herria 25
urte” artikuluan Donech, Larrieu eta Valence lankideak ere aipatzen dira Saint-Pierren garaikide
bezala, guk geuk orduko Eskualdunaren orrialdeetan aurkitu ez ditugunak.
14.  Xarriton, P. : Jean Etchepare mirikuaren (1877-1935) idazlanak. I Euskal Gaiak. 1984, Donostia,
Elkar, 351. or.
15.  “Herria 25 urte” artikuluan lankide gehiago aipatzen dute Soubeleten garaian idatzi zutenen
artean : Athor, Dirassar, Esperne, Etcheverry Milafrankako erretorea. J. B. Etcheverry, Iturbide.
Lompageu eta Olhagaray.
16.  “L'amitié Franco-Italienne”, Eskualduna 1932ko martxoaren 18a.
17.  “Sekulan ez du Frantziak orai baino armada azkar baten beharra izan. Alemaniak Hitler
nausijarriz geroztik, ez du bertzerik asmatzen baizik eta gerlaren berriz phiztea”, “Berriak,
Frantzia. Egon gaiten azkar” Eskualduna, 1933ko irailaren la.
18.  “Vibrante interpellation du député basque Ybarnégaray”. Eskualduna, 1934ko urtarrilaren
19a. Eraberean : “Il est de droite parce qu'il représente a la Chambre une foi et des traditions
comme il n'en fleurit qu'au Pays basque, a l'ombre dorée de ses sanctuaires. sous le signe d'une
piété sans apprêt. Sans trouble. simple et nue comme la pierre dépouillée de ses cimes",
Eskualduna, I932ko irailaren 30a.
19.  “euskalzale argitsu eta sutsua izan arren. Action françaisen pentsakeratik hurbil zegoena”,
Oronos, M.. aipatu liburua, 73. or.
20.  S. A. : “Bihotzez Marechalarekin”. Eskualduna 1942ko maiatzaren la.
21.  S. A. : “Hitz bakhar... bi sentsu”, Eskualduna, 1942ko urtarrilaren 23a ; S. A. : “Révolution
Nationale”, Eskualduna, 1942ko maiatzaren 19a ; S. A. : “Révolution Nationale”. Eskualduna 1942ko
abuztuaren 7a.
22.  S. A. : “Bihotzetik gure agurra igortzen diogu Baionan jarri berri zaukun “La Milice
Française” horri, esperantcha baitugu... gizontasuna... garbitasuna derauzkula gure choko
huntarat ekharten”, Eskualduna, 1944ko ekainaren 23a.
23.  S. A. : Eskualduna, 1937ko apirilaren 9a.
24.  “Eskualduneri Francoren hitzak”, Eskualduna 1937ko azaroaren 28a.
25.  “Auzo erresumetan”, Eskualduna 1937ko uztailaren 2a.
26.  S. A. : “Utz haurkeriak”, Eskualduna, 1942ko urriaren 16a.
27.  “Herria 25 urte... aipatu artikulua.
28.  Ikus Eranskina.

Lapurdum, 6 | 2001
149

INDEX
Thèmes : littérature
Mots-clés : écrivain contemporain, Lafitte Pierre (1901-1985), Eskualduna (journal)
Index chronologique : 20e siècle

AUTEUR
AMELIA HERNANDEZ
Universidad del Pais Vasco/EHU

Lapurdum, 6 | 2001
150

Et... le hérisson se réveilla : Passé et


présent de la littérature basque
Mari Jose Olaziregi

 
Le sommeil fut long, la bibliothèque brève ; Mais au
XXe siècle, le hérisson se réveilla.
Bernardo Atxaga (« J'écris dans une langue bizarre »)

1 Le réveil du hérisson, ce mystérieux animal qui se roule en boule et hérisse ses piquants
à l'approche du danger, sert parfaitement à symboliser le développement de la
littérature en langue basque. Comme Bernardo Atxaga le suggère dans son poème, il
s'agit d'un hérisson qui, après une trop longue léthargie, a heureusement réussi à
s'éveiller au XXe siècle. La période la plus intéressante et remarquable de notre histoire
littéraire se situe donc dans les cent dernières années, période qui fera l'objet de la
plupart des lignes qui suivent. D'où les rares références à notre passé littéraire le plus
reculé, car, depuis la parution en 1545 du premier livre en basque, le recueil de poèmes
Linguae Vasconum Primitiae de B. Etxepare, seuls 101 livres ont été publiés avant 1879,
dont quatre seulement peuvent être considérés comme strictement littéraires. De ce
fait, nous parlons d'une littérature tardive, d'une littérature qui n'a pas connu de
conditions socio-historiques fort favorables à son développement et qui a été liée, cela
va de soi, aux avatars de la langue qui la soutient : la langue basque.
2 Et puisque nous parlons de langue basque, il conviendrait de faire quelques précisions à
son sujet, dans le but de mieux connaître, voire d'aimer notre passé et notre présent
littéraires. Tout d'abord, rappelons que nous écrivons et percevons dans une langue très
ancienne, pré-indoeuropéenne d'après les experts ; même si la date exacte de son
origine reste inconnue, la plupart des anthropologues, des historiens et des linguistes
sont d'accord pour dire qu'au Néolithique on parlait déjà cette langue. Ensuite,
précisons qu'il s'agit d'une communauté linguistique très réduite, constituée à l'heure
actuelle par quelque 700000 individus habitant des deux côtés des Pyrénées. La
frontière politique qui divise aujourd'hui le Pays Basque, ou Euskal Herria, entraîne à

Lapurdum, 6 | 2001
151

son tour une situation légale différente. Si, depuis l'adoption de la Constitution
Espagnole de 1978, la langue basque a un statut de co-officialité, au même titre que
l'espagnol, dans les deux communautés autonomes de la zone espagnole, il n'en est pas
de même au Pays Basque français, où la langue basque ne jouit pas de ce caractère de
langue officielle. Les conséquences de cette inégalité sont facilement prévisibles : grâce
à l'instauration de modèles d'enseignement bilingues ou aux aides à l'édition en langue
basque, le panorama littéraire basque s'avère beaucoup plus fort et dynamique au Pays
Basque espagnol que dans la zone continentale.
3 Mais cela n'a pas toujours été le cas : les premières publications de notre histoire
littéraire ont quand même vu le jour dans le Pays Basque français. D'autres textes ont
suivi celui d'Etxepare et constituent des tournants importants dans le développement
de la littérature en langue basque : la traduction, en 1571, du Nouveau Testament et de
quelques écrits calvinistes réalisés par J. de Leizarraga ainsi que la parution en 1643 de
l'œuvre Gero de Pedro de Axular, considérée comme le fleuron de la prose ascétique en
notre langue. La publication de textes d'édification et de traductions se poursuit et, au
XVIIIe siècle, c'est au Pays Basque espagnol qu'il faut situer la renaissance des œuvres
et des auteurs. En 1765 sont fondés la Société Royale Basque des Amis du Pays et le
Royal Séminaire de Vergara. Soutenus par les idées de l'Illustration, des auteurs tels
que Francisco Javier Maria Munibe, Comte de Peñaflorida, ont éveillé et ravivé
l'ambiance culturelle de l'époque. Dans la période 1794-1808 nous voulons souligner le
niveau atteint par les activités liées à la langue. À ce moment-là, l'éminent linguiste G.
de Humboldt nous rend visite pour devenir ensuite le diffuseur du basque dans les
cercles européens. Beaucoup d'autres se succèdent ; à l'ombre du Romantisme, le Pays
Basque et notre ancienne langue attirent aussi l'attention de créateurs et de curieux,
tels que le poète anglais W. Wordsworth ou l'écrivain français P. Mérimée, qui choisit
un personnage basque, Carmen, comme héroïne de son célèbre roman.
4 Quoi qu'il en soit, c'est dans la dernière décennie du siècle précédent que nous
découvrons les premiers indices d'un esprit nouveau, un esprit qui bouleverse de fond
en comble l'avenir de notre littérature. Aussi assistons-nous à la fin de la
prépondérance des ouvrages d'édification et de formation religieuse, et l'éventail des
genres littéraires s'élargit : la trajectoire de certains poètes tels que Bilintx ou Etxahun
s'enrichit avec les apports de nouveaux auteurs tels que Arrese Beitia ; les récits,
notamment des romans, font irruption dans le panorama littéraire basque. La perte des
fors à la suite de la deuxième guerre carliste ( 1873-1876) a marqué le début de ce que la
critique a appelé la « Renaissance » de la littérature basque. C'est à cette époque-là
qu'avec Sabino Arana sont jetées les bases du nationalisme basque ; celui-ci à son tour
exerce son emprise sur toute la littérature basque du premier tiers du XX e siècle. La
suprématie de l'idéologie nationaliste a deux effets sur la production littéraire des
premières décennies du XXe siècle : d'une part elle est troublée par des objectifs extra-
littéraires et d'autre part elle passe à côté du mouvement moderniste européen qui a
tenté de bouleverser et le langage et les formes déjà éclatées de l'époque moderne.
Nous parlons des écrivains qui ont souscrit au manifeste lancé en 1930 par le poète E.
Pound : « Make it new ! » et dont les tons novateurs ne sont arrivés chez nous que le
siècle étant déjà bien entamé, vers les années 60. Le roman basque qui fait ses premiers
pas à la fin du XIXe siècle sous la plume de D. Aguirre essaiera de peindre un monde
idéalisé et essentialiste, éloigné des cités industrielles qui se sont formées dans le Pays
Basque. Il s'agit, en fait, d'un roman à thèse conçu autour de trois axes principaux : la

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152

foi, le patriotisme et son caractère basque. Voici le modèle qui subsistera jusqu'aux
années 50.
5 Parmi les autres genres, c'est sans doute la poésie qui l'emporte dans la première
moitié du XXe siècle. Forte d'une tradition littéraire bien plus formelle que celle de la
narration, la poésie post-symboliste qui trouve sa meilleure expression dans l'œuvre de
J. M. Lizardi, Lauaxeta et Orixe, a essayé d'explorer les possibilités expressives de notre
langue. La Guerre Civile espagnole (1936-1939) a fait des ravages dans la production
littéraire basque. Au grand nombre de pertes et d'exilés il faut ajouter la forte
répression exercée par les vainqueurs. Nous parlons d'une époque où les prénoms
basques ont été interdits, de même que les inscriptions en basque sur les pierres
tombales des cimetières ; une époque où les citoyens, l'administration, la culture sont
autant de milieux sur lesquels la censure du régime de Franco s'est exercée. On a
affirmé que la génération de l'après-guerre a été l'une des plus importantes pour la
littérature basque, car elle lui a offert ce dont elle avait le plus grand besoin : une
certaine continuité. La poésie a été le genre le plus cultivé, parmi d'autres raisons,
parce qu'il était plus facile de publier des poèmes isolés que des œuvres complètes et
que dans les années 1940-1959 l'activité éditoriale régulière était presque impossible.
Signalons, parmi les poètes de cette époque, Ion Mirande : il a transgressé l'esprit
religieux dissimulé dans la poésie basque jusqu'aux années 50. Hétérodoxe et nihiliste,
héritier de Poe et de Baudelaire et lecteur de Nietzsche, Mirande nous a aussi laissé un
roman, La filleule (1970), une sorte de version basque de Lolita de Nabokov. Aussi bien J.
Mirande que G. Aresti (1933-1975) appartenaient à ce qu'on est convenu d'appeler la
« Génération de 56 », génération qui a cherché à mettre à jour la littérature basque par
le biais de l'incorporation des propositions modernes des littératures européennes ; elle
a surtout tenu à débarrasser la littérature basque de son servilisme politique, religieux
ou folklorique, pour qu'enfin, la fonction esthétique du fait littéraire l'emporte sur
toutes les autres. Les événements qui se sont succédé au Pays Basque quelques années
plus tard, dans les années 60, (développement industriel et économique, consolidation
des écoles basques ou ikastolas, unification de la langue basque, activité politique
importante contre le régime de Franco qui censurait toute activité culturelle en basque,
campagnes d'alphabétisation en langue basque...), ont préparé un terrain propice à la
germination des nouveaux principes littéraires. On a dit qu'on a opposé à l'orthodoxie
culturelle en vigueur à l'époque une hétérodoxie culturelle et politique animée par des
auteurs tels que le poète G. Aresti, le remarquable philologue K. Mitxelena (1915-1987)
et le sculpteur J. Oteiza (1908). Après la publication de Maldan Behera [La descente] (1960)
qui présente l'empreinte évidente de la sensibilité d'Elliot, Gabriel Aresti s'est penché
vers la poésie sociale à la suite de la parution de Harri eta Herri [Pierre et Peuple] (1964).
6 Quant aux récits, le roman existentialiste Leturiaren egunkari ezkutua [Le journal secret de
Leturia] (1957) de Txillardegi marque le début de la modernité pour le roman écrit en
basque. Quelques années plus tard, en 1969, lors de la publication de Egunero hasten
delako [Parce que ça commence tous les jours], l'écrivain Ramón Saizarbitoria bouleverse de
fond en comble la donne romanesque : un roman expérimental proche du Nouveau
Roman français se substitue à la poétique existentialiste. Commence une nouvelle
période où la forme romanesque et l'expérimentation l'emporteront dans les univers
littéraires des auteurs de l'époque. Cet étalage formel bat son plein en 1976 avec la
publication de Ene Jesús [Oh ! mon Dieu], du même auteur. Dans les années 70, le plus
international de nos auteurs fait irruption dans le panorama de la littérature basque :
Bernardo Atxaga. Même si à ses débuts il a publié des ouvrages au goût post-avant-

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gardiste et de facture expérimentale, il a vite évolué vers des conceptions plus


fantastiques ou réalistes. Étant donné que nous nous occuperons plus tard de son
évolution littéraire, pour l'instant nous allons nous borner à compléter ce commentaire
en disant que vers la fin des années 70, tout comme dans les littératures contiguës, le
roman basque a récupéré le goût du conte. La prémisse post-moderne « tout est déjà
raconté mais il faut le rappeler » est à l'origine de beaucoup de textes des dernières
décennies.
7 Bien qu'il n'ait pas entraîné de bouleversement dans les paradigmes littéraires basques
de l'époque, le début de l'ère démocratique espagnole en 1975 a permis de mettre en
place des conditions objectives menant au plein développement de la littérature basque
en tant qu'activité autonome. Les données de ce nouveau panorama sont éloquentes :
actuellement on publie quelque 1500 nouveaux titres par an, il y a quelque 100 maisons
d'édition sur le territoire du Pays Basque, environ 300 écrivains, dont 10 % seulement
sont des femmes, et la narration est le genre le plus cultivé, en particulier le roman,
genre plébiscité par les lecteurs de la dernière décennie. D'un autre côté, à partir de
1981, on peut suivre des études universitaires de langue et littérature basque, ce qui
permet le renforcement de la critique académique ainsi que la parution de nouvelles
générations de chercheurs. On assiste à la consolidation d'événements importants, tels
que la Foire annuelle du Livre de Durango. Les traductions d'œuvres universelles en
basque connaissent un développement quantitatif et qualitatif inouï, au point que
j'oserais affirmer qu'à l'heure actuelle on est en mesure de lire en basque sans
problème des auteurs universels tels que Faulkner, Joyce, Kundera, Hasek, Skvoreck ?...
Ce ne sont que des indicateurs qui dessinent un panorama éditorial assez consolidé, où
la publication et la lecture de textes littéraires en basque a atteint des niveaux
inconnus jusqu'à présent. Sans aucun doute l'aspect le plus faible de notre système
littéraire est toujours le nombre réduit d'ouvrages écrits en basque qui sont traduits à
d'autres langues. Sur les 60 titres qui ont été traduits en différentes langues, l'œuvre de
B. Atxaga vient en tête non seulement à cause du nombre de langues dans lesquelles
elle a été traduite (Obabakoak peut se lire en 25 langues différentes) mais aussi grâce à
l'écho et au succès international connus par l'auteur. Malgré la remarquable
infrastructure éditoriale, médiatique et académique dont nous disposons aujourd'hui,
la littérature basque ne se montre toujours pas telle qu'elle est : une littérature en
quête de nouveaux lecteurs.
8 Reprenons cette courte révision de notre littérature contemporaine. Dans les années 70
la poésie sociale d'Aresti est remplacée par une poésie existentialiste, telle que celle de
X. Lete ou celle d'auteurs comme A. Urretabizkaia ou M. Lasa [Memory Dump] (1993).
D'autres auteurs sont partis de positions post-symbolistes pour évoluer vers un style
plus concentré et synthétique (J. M. Lekuona), ou bien vers l'instrospection
personnelle. (B. Gandiaga). K. Izagirre entame aussi sa trajectoire poétique dans les
années 70 : Itsaso Ahantzia [La mer oubliée] (1976) est un texte proche de l'esthétique
surréaliste, pour évoluer vers une poésie engagée en 1989, avec la parution de Balizko
erroten erresuma [Le royaume des moulins fictifs]. Pour sa part, J. Sarriaonandia, après le
recueil de poèmes riches de références culturelles Izuen gordelekuetan barrena [À travers
les cachettes de la peur] (1981), un voyage littéraire où il puisait surtout dans Kavafis,
Holan et Pessoa, il s'est approché aussi d'une poétique plus engagée dans Marinel
zaharrak [Les vieux marins] (1987) et Huny illa nyha majah yahoo (1995).

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9 Mais le livre qui a vraiment bouleversé la donne poétique de l'époque est Etiopia (1978),
de Bernardo Atxaga : ce livre a établi le canon de la poésie moderne parmi nous. La
parution de l'ouvrage a eu lieu à une époque où la poésie basque connaît sa période
d'avant-garde, grâce à la prolifération de revues littéraires qui ont joué le rôle de
plaque tournante pour beaucoup d'auteurs. Pour compléter cette présentation, il nous
reste à signaler que dans les années 80 nous assistons à une pluralité de tendances
poétiques, dont la consolidation de la poésie dite de l'expérience. Des poètes de la taille
de F. Juaristi (Denbora, nostalgia) [Temps, nostalgie] (1985), Galderen geografia [Géographie
des questions] (1997), A. Iturbide, J.K. Igerabide ou M. J. Kerexeta, vont combiner une
approche au symbolisme et à l'esthéticisme et le recours à l'expérience personnelle, en
tant que base de leur poésie personnelle. D'autres auteurs, tels que T. Irastorza, ont
publié des poèmes plus intimistes. Malgré la diminution du nombre d'ouvrages
poétiques publiés dans les années 90, d'autres auteurs se sont incorporés à notre
panorama : R. Diaz de Heredia (Hari hauskorrak) [Les fils fragiles] (1993), Kartografia
(1998) ou G. Markuleta. D'un autre côté, les écrivains groupés autour de la revue Susa,
auteurs d'une poésie rupturiste, underground pour ainsi dire, ont assisté à
l'élargissement de leur groupe initial de poètes (Izagirre, Aranbarri, Nabarro, Montoia,
Otamendi, Borda...) grâce à l'incorporation d'autres noms dans les années 90 (J.
Olasagarre, H. Cano, G. Berasaluze...).
10 Quant à la narration, genre nettement prépondérant dans les dernières décennies,
signalons que la prolifération de revues littéraires dans les années 80 a contribué au
développement du conte moderne du fait de leur brièveté. Les ouvrages de J.
Sarrionandia (Narrazioak) (1983) ou de Atxaga, notamment son excellent livre Obabakoak
(1988), nous emmènent à des mondes fantastiques et imaginaires, auparavant inconnus
dans la prose écrite de notre langue. Cette trajectoire du conte moderne s'est vue
confirmée par les narrations portant l'empreinte de Rulfo de I. Mujika Iraola dans
Azukrea belazeetan [Du sucre dans les prés] (1987), ou par le réalisme sale de X. Montoia.
Quoi qu'il en soit, comme il arrive dans la littérature espagnole de la fin du siècle,
l'activité littéraire basque a aussi tourné autour du roman dans les derniers temps. À
présent la narration est le genre qui connaît le plus grand succès, le plus grand prestige
et offre, bien sûr, la plus grande rentabilité éditoriale. Si nous devions présenter
brièvement les tendances et les auteurs les plus remarquables d'aujourd'hui, nous
devrions commencer par les auteurs qui adhérent au roman lyrique ou poétique ; celui-
là a commencé à proliférer à la fin des années 70 et parmi ses représentants se
comptent le texte intimiste et proche du « féminisme de la différence » des années 70 :
Zergatik Panpox [Pourquoi panpox ?], (Orain, 1995) de A. Urretabizkaia, ou les romans de
Juan Luis Zabala : Zigarrokin ziztrin baten azken keak [La fumée d'un mégot insignifiant]
(1985) et Kaka esplikatzen [Bag out] (1989). Ces ouvrages rappellent le goût pour le détail
symbolique de Hanhka ou le désespoir omniprésent dans l'univers de T. Bernhard. Un
autre genre romanesque qui foisonne chez nous ces derniers temps est bien le roman
policier sous ses divers aspects. Par ailleurs, si dans la plupart des romans publiés dans
les années 70 prédominaient la préoccupation linguistique et les modèles classiques
anglais du whodunit, à partir des années 80 d'autres éléments du thriller contemporain
et du roman noir américain s'y sont progressivement incorporés. Pour ne citer que
quelques titres intéressants, voilà le roman d'espionnage : Izua hemen [La peur ici] (1991)
de J.M. Iturralde ; l'excellent roman Ur uherrak [ De l'eau trouble] (Hiru, 1995) de A.
Epalza ; El hombre solo [L'homme seul] (1994), de B. Atxaga, thriller psychologique qui a
remporté plusieurs prix ; l'inquiétante histoire de mystère Katebegi galdua [Le maillon

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perdu] (1996) de Jon Alonso ou les romans à rebondissements Beluna Jazz (1996) et Pasaia
Blues (1999) de Harkaitz Cano.
11 Outre les caractéristiques signalées, le réalisme, l'observation de la réalité extérieure
règnent dans les ouvrages de narration les plus récents. Il s'agit d'un réalisme agrandi
par les nouvelles perspectives et points de vue, par leur rayonnement fabulateur ou par
le traitement formel. Ce regard vers l'extérieur est à l'origine de la prolifération des
romans autour d'événements historico-politiques importants pour notre histoire
contemporaine. En plus des romans réalistes signalés de B. Atxaga, nous avons les
dernières publications de R. Saizarbitoria : Los pasos incontables [Les pas incalculables]
(1998) et Amor y guerra [ Amour et guerre] ( 1999), où la mémoire joue le rôle d'axe
narratif autour duquel il écrit une sorte de roman de témoignage. Pour compléter ce
puzzle il faut parler de la trajectoire importante de certains auteurs tels que J.M.
Irigoien, qui a apporté des airs sudaméricains à nos romans (Babylone) (1998), ou encore
du perpétuel renouveau poétique qui est à l'origine de toute la production de A.
Lertxundi. Ses débuts néorréalistes (Goiko kale) (1973) ont évolué vers des univers
littéraires qui ne s'inspirent plus d'événements réels mais de simples conjectures
littéraires. Avec Lertxundi nous entamons un voyage littéraire, un voyage intertextuel,
qui se nourrit de différentes traditions poétiques. Les romans Las últimas sombras (1996)
[Les dernières ombres] et Un final para Nora (1999) [ Une fin pour Nora] en sont des
exemples.
 
Bernardo Atxaga (1951) : charmeur de lecteurs.

12 Il n'est peut-être pas très orthodoxe de parler de José Irazu Garmendia, connu sous son
nom d'auteur de « Bernardo Atxaga », comme d'un charmeur de lecteurs. Mais les mots
charme et séduction pourraient bien décrire à eux seuls le succès que connaît chez
nous notre auteur le plus universel. Étant donné l'incontestable mercantilisation de la
littérature, l'expression « l'auteur le plus lu » peut nous induire en erreur. Pourtant
Bernardo Atxaga est bel et bien l'auteur plébiscité par le public, l'auteur qui vend le
plus d'ouvrages écrits en basque, le plus apprécié par les autres écrivains ; enfin
l'auteur devant lequel s'incline la critique académique basque. D'ailleurs, tous ceux qui
ont assisté à l'une de ses lectures poétiques ou à ses conférences connaissent son
dévouement, son empressement envers ses lecteurs. Cette attitude artistique a
contribué à ce que la littérature de B. Atxaga fasse partie de nos vies. C'est pourquoi il
n'est pas rare aujourd'hui de lire des titres de presse évoquant l'un de ses ouvrages, ni
de voir des B.D. humoristiques montrant l'un de ses personnages. La phrase de la petite
chienne Shola dans Poèmes et Hybrides (« personne n'est apprécié chez soi ») n'est plus
vraie pour Atxaga. C'est aussi sans doute cet attrait et ce charme que suscite son œuvre
qui sont à l'origine du livre intitulé Le sourire de Bernardo Atxaga publié par Dinapiera di
Donato au Venezuela et de ce que le journal anglais The Guardian compte Atxaga parmi
les 21 meilleurs écrivains du XXe siècle.
13 En reprenant ses propres termes, nous pourrions présenter son œuvre littéraire comme
un inventaire qui comprendrait trois grands volets. D'un côté, les textes fantastiques
situés à Obaba. D'un autre côté, les romans réalistes qui prennent les personnages pour
trame narrative. Et enfin toute une série d'ouvrages où se manifeste son aspect d'avant-
garde, le plus innovateur : la littérature pour enfants et pour les jeunes, les alphabets
ou les ouvrages poétiques tels que Poèmes et Hybrides. Même si les dimensions de cet

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article ne nous permettent pas de trop nous occuper de chacun d'entre eux, nous
essaierons d'en préciser les principales caractéristiques.
14 Commençons par Obaba, cette géographie imaginaire qui confère son unité à tout un
cycle fantastique comprenant des contes et des récits publiés dans les années 80 tels
que Lorsqu'un serpent... (1984), Deux lettres (1984), le roman Deux Frères (1985), ou le
célèbre livre de récits Obabakoak (1988). Si ce topo littéraire a pour origine une berceuse
biscayenne, ses descriptions nous parlent d'un paysage affectif plus large, d'un paysage
relié au passé, à un monde ancien. Il s'agit d'une géographie vécue qui fuit toute
concrétisation topologique et dans laquelle règne la causalité magique, (cf. J.L. Borges).
Dans ce monde primitif les personnages se servent des animaux pour exprimer divers
malheurs ou diverses situations. C'est pourquoi il n'y a rien d'étonnant à ce que ses
habitants croient dur comme fer qu'un enfant puisse devenir un sanglier blanc, ni à ce
que les lézards verts soient des êtres dangereux qui pourraient faire des ravages dans
nos têtes s'ils réussissaient à s'y introduire par nos oreilles. Par le biais de ces
superstitions, si présentes dans notre tradition orale, Atxaga nous parle de sentiments
aussi universels que la peur, ou de la lutte perpétuelle entre la nature et la civilisation.
Ainsi, dans Obabakoak (1988), excellent livre traduit en 25 langues, qui a reçu de
nombreux prix, dont le Prix National de Narration- 1989, Atxaga nous présente un
voyage littéraire qui, à partir de motifs et d'éléments bel et bien basques (particuliers),
rend hommage aux maîtres universels du conte littéraire. Cet hommage littéraire est
rendu par le biais des citations de contes (par exemple, le célèbre Le serviteur du riche
marchand), des résumés (tels que ceux des contes de Tchekhov, Waugh et Maupassant
dans À propos des contes), des paraphrases aux transformations thématico-formelles
(telles que Wei Lie Deshang), des plagiats (comme dans le conte Torture par espérance de
Villiers de l'Isle Adam dans Une crevasse dans la neige gelée) des parodies, des imitations,
etc. Au cas où ces références ne seraient pas suffisantes, des titres tels que Margarete et
Heinrich, jumeaux (cf. G. Trakl) ou E. Werfell (cf. F. Werfel) nous parlent des racines
expressionnistes de certains contes du livre.
15 Dans le délicieux roman qui raconte les souvenirs de la vache Mo, Mémoires d'une vache
(1991), Atxaga annonce les caractéristiques de ses romans postérieurs : le réalisme et
l'utilisation de voix intérieures pour raconter le discours intérieur des personnages.
Traduit en 13 langues, le roman L'homme seul (1993), tourne bien autour d'un
personnage (Charles) et de l'impitoyable solitude qu'il éprouve. Hanté par les voix qu'il
entend au fond de son âme ainsi que par les souvenirs du passé, Carlos, ancien activiste
de l'E.T.A., ne défend plus les idéaux révolutionnaires d'antan. L'image surréaliste de la
mer glacée qui ne quitte jamais le protagoniste de cet inquiétant thriller traduirait
parfaitement l'angoisse qu'il éprouve en se sentant perpetuellement traqué. Tout
comme dans les romans de Pavese, dans L'homme seul le lecteur saisit l'impitoyable
sentiment de solitude qui entoure les personnages principaux. Quelques années plus
tard, en 1995, Atxaga publiait Ciels, roman court où l'on raconte le voyage de retour
d'une ancienne militante réinsérée de l'ETA, Irène. À nouveau nous avons affaire à un
personnage déçu et solitaire qui essaie de s'éloigner d'un passé qui le rend prisonnier.
Mais cette fois-ci c'est la littérature qui va permettre à Irène de s'éloigner de ce
sentiment de solitude qui la saisit. L'excellente anthologie poétique que comporte le
roman nous rappelle ce vers célèbre de E. M. Cioran : « Y a-t-il de critère artistique sans
s'approcher des ciels ? ». D'où l'importance accordée dans ce roman à la symbologie des
ciels : un ciel où se reflète parfois Irène et qu'elle désire « toucher ».

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16 Peu à peu nous arrivons au dernier grand volet de l'œuvre d'Atxaga, formé par ses
textes d'avant-garde. Nous y découvrons un auteur plus novateur et hardi, qui aime
faire des expérimentations avec des engins littéraires tels que les textes pour enfants,
les alphabets ou abécédaires, ou qui n'hésite pas à proposer des lectures poétiques
publiques à la manière de Dylan Thomas.
17 Comme nous l'avons dit plus haut, la publication du recueil de poèmes Etiopia ( 1978) a
marqué une date dans le développement de la poésie basque moderne. Il s'agit d'un
collage de livres de récits et de poèmes, organisés dans une structure circulaire. Deux
récits ouvrent et ferment le livre et, au milieu, imitant le célèbre texte de Dante, nous
trouvons neuf cercles de sable délimitant ce voyage littéraire vers Etiopia (Utopie). Et
c'est sur le sable que le temps oublie des montres cassées ; la mémoire, des lettres
jaunâtres ; la culture, un dictionnaire lilliputien et le courage, un bouclier rouillé (réf.
« À propos du sable »). En fait ce qui se dégage d'Etiopia, c'est bien la lassitude poétique
qui a précédé la fin de la modernité. Atxaga tente de bouleverser le langage poétique
corrompu et nous annonce l'arrivée de wagons pleins de silence qui luttent contre les
substantifs et les adverbes (réf. « Chronique partielle des années 70 »). Le protagoniste
est un apatride empreint de l'esprit Dada et qui cherche à imiter Rimbaud. Ainsi flâne-
t-il dans cette ville dramatique (et nettement expressionniste). Devenue un terrible
labyrinthe, la ville est peuplée d'anti-héros et de perdants (tels qu'explorateurs,
boxeurs) ou... de poètes suicidaires. Les camarades de voyage invoqués par le poète
(Nerval, Rigaut, Rimbaud ou Cravan) ont aussi cherché à fuir la Ville, c'est-à-dire, les
limites du langage.
18 Débarrassé des excès et de l'ornement, éloigné du dramatisme qui règne dans le livre
précédent, dans Poèmes et Hybrides (1990) Atxaga essaie de récupérer le sens essentiel de
la poésie. Pour ce faire, il déchire le langage topique dont la poésie se servait, en le
brisant à l'aide du dadaïsme et à l'aide d'éléments primitifs et enfantins. Humour et
tendresse président l'univers de l'auteur, mais c'est surtout le besoin de s'éloigner de
toute conception élitiste du travail poétique qui l'emporte. Les personnages de Poèmes
et Hybrides tels que Ainhoa avec sa robe fraise et vanille (réf. « Famille III »), la
« mystérieuse » Shola (réf. « Famille IV »), ou l'immigrant Ezekiel Masisi Dembele (réf.
« Chansons IX ») témoignent du regard humaniste et engagé d'Atxaga. Sa quête de
nouvelles possibilités expressives comprend des chansons, des lectures poétiques sous
forme d'inventaire (réf. Henry Bengoa Inventarium), voire des peintures, dont le charme a
fait de Nouvelle Etiopia (1998) un livre vraiment séducteur. De n'importe quel point de
vue qu'on l'observe, le réveil du hérisson s'avère extrêmement intéressant.

RÉSUMÉS
Ce court article essaie de réaliser une révision de l'histoire de la littérature basque et de
présenter un diagnostic de notre actualité littéraire. Pour ce faire, nous sommes partis de
quelques vers de l'écrivain Bernardo Atxaga dans lesquels il compare notre littérature à un
hérisson qui a vécu une trop longue léthargie, mais qui, heureusement, a réussi à s'éveiller au

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XXe siècle. Les caractéristiques de la langue basque, les débuts tardifs de notre littérature ou les
allusions aux divers cadres politiques où elle se développe, constituent des aspects qui peuvent
intéresser les lecteurs qui, ne parlant pas le basque, souhaitent découvrir notre littérature.
L'article résume en suite les tendances qui ont marqué le développement du genre poétique et de
la narration basques au XXe siècle. La Génération de poètes post-symbolistes de la décennie des
années 30, le relais de la poésie sociale à l'initiative de G. Aresti, ou l'irruption des idées post-
avant-gardistes à la fin des années 70, ne représentent que quelques arrêts dans notre itinéraire.
Quant à la narration, nous allons parler de la prépondérance de la poétique de mœurs dans la
première moitié du siècle, de l'irruption, dans les années 60, du roman moderne selon des
typologies aussi distinctes que le roman existentialiste ou le roman expérimental proche du
Nouveau Roman, du renouveau des récits courts, les contes, dans les années 80, ou du panorama
narratif actuel extrêmement varié. Nous complétons notre donne littéraire avec l'approche de
l'œuvre de notre auteur le plus international, Bernardo Atxaga.

This short article attempts to give an overview of the history of Basque literature and make a
diagnostic of our current literary scene. To that end, we have borrowed a few lines by the author
Bernardo Atxaga in which he makes a comparison between our literature and a hedgehog that
has been lethargic for too long, but has fortunately managed to wake up in the twentieth
century.
The peculiarities of the Basque language, the late awakening of our literature and the references
to the various political scenarios in which is has developed may be of interest to non-Basque
readers who want to become familiar with our literature. After a few introductory notes, the
article goes over the main currents that have shaped up the Basque poetic and narrative genres
throughout the twentieth century. The generation of post-symbolist poets in the thirties, the
social poetry of which G. Aresti is the main exponent, or the post-avanguard approach at the end
of the seventies are some of the steps that we have taken in our journey.
As far as the narrative production is concerned, the description of local customs (known as
costumbrismo) dominated the first half of the century, with modern novel bursting in in the
sixties with varieties ranging from existencial novels to experimental works close to the Nouveau
Roman, followed by the renovation of the short narrative genre, ie the writing of stories, in the
eighties, all of which has resulted in the current multicoloured narrative scene.
We complete this short description with a few ideas about the work of our most international
author, Bernardo Atxaga.
(...)

INDEX
Index chronologique : 20e siècle
Mots-clés : Atxaga Bernardo (1951-), écrivain contemporain, littérature basque, poésie
Thèmes : histoire, littérature

AUTEUR
MARI JOSE OLAZIREGI
(Université du Pays Basque. Vitoria)
mj.olaziregi@ehu.es

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Statut et évolution des lettres


basques durant les XVIIème et XVIII
ème siècles

Bernard Oyharçabal

NOTE DE L'AUTEUR
Cet article est une version augmentée et adaptée à un lectorat éventuellement non
bascophone ou hispanophone, d'un article à paraître en basque (Oyharçabal à par.), qui
synthétise et complète diverses études antérieures.

1 Si les premières publications en langue basque datent du 16 ème siècle, avec les poèmes
de B. Echepare (1545), la traduction du Nouveau Testament et de l'Instruction
chrétienne calvinistes (1571) par J. Liçarrague, le recueil de proverbes biscayens de
1596 et, de manière secondaire, la rédaction de petits catéchismes bilingues en Navarre
(Elso, 1561) et en Biscaye (Betolaça, 1596)1, la fixation d'une variété de langue écrite en
langue basque, qui servira de base à ce que l'on désigne sous le nom de labourdin
classique, ne se fit qu'au siècle suivant, essentiellement dans une zone
géographiquement bien délimitée, entre Sare et Saint-Jean-de-Luz. En effet, à partir de
1617, la publication d'ouvrages rédigés en labourdin connut un essor notable, et ce
dialecte donna alors aux lettres basques une assise significative, de telle sorte que les
ouvrages réalisés dans des variétés différentes au cours de ce siècle, que ce soit avec
Oihenart (1656) ou Tartas (1666, 1672), tinrent compte de cet apport 2. Pourtant, assez
rapidement, après que dans la seconde moitié du siècle la production d'oeuvres
nouvelles originales eut ralenti, cette impulsion s'affaiblit nettement, et cessa de
produire ses effets, si bien qu'au siècle suivant, en particulier durant sa première
moitié, fort peu de textes labourdins inédits furent publiés. Aussi considère-t-on que le
18ème siècle marque le déclin de cette tradition labourdine, en même temps qu'il se
caractérise par l'apparition d'un mouvement favorable aux lettres basques de l'autre
côté de la frontière, en Guipuzcoa surtout, sous l'impulsion de Larramendi, auteur de la

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première grammaire basque publiée (1729), et d'un dictionnaire trilingue appelé à


recevoir un large écho (1749).
2 Les historiens de la littérature basque ont principalement évoqué des raisons d'ordre
économique pour expliquer ces données : la prospérité de la côte labourdine au 17 ème
siècle aurait permis l'apparition et le développement d'une tradition locale dans la
sphère des lettres, et, inversement, la dégradation des conditions économiques au
siècle suivant, du fait de la chute de l'activité maritime consécutive au Traité d'Utrecht,
aurait entraîné le déclin des lettres labourdines. Parallèlement, le rôle nouveau et
prééminent joué par les auteurs du Guipuzcoa dans les lettres basques au cours de ce
même 18ème siècle devait être mis en relation avec le développement du commerce de
cette province avec le Nouveau Monde à cette époque.
3 Cette analyse est séduisante. Pourtant, elle repose sur une mise en correspondance
entre activité économique en Labourd et production d'ouvrages écrits en labourdin, à
laquelle la répétition a conféré peu à peu le statut de topique, mais dont la validité doit
être questionnée. On peut tout d'abord avoir quelques doutes quant à la pertinence
d'une démarche consistant à rendre compte des phénomènes de la vie socioculturelle,
certes significatifs, mais de portée ou d'incidence limitée du point de vue matériel, par
l'évolution des conditions économiques. Au surplus, il est fort douteux, en l'occurrence,
que les bases factuelles de ce rapprochement soient aussi bien assurées qu'on l'a
longtemps cru. Je voudrais par conséquent mettre en question ici cette vue, profitant
de la circonstance pour conduire une réflexion relative à la situation que connurent
durant cette période les provinces basques, tant aquitaines qu'ibériques, dans le
domaine culturel considéré dans ses aspects linguistiques.
4 J'examinerai principalement l'évolution des lettres basques dans les provinces basques
d'Aquitaine. Je montrerai en premier lieu qu'il ne semble pas que les changements
survenus dans le domaine économique, notamment en ce qui concerne l'activité
maritime, dans le Labourd des 17ème et 18 ème siècles, eurent un écho direct dans la
création et l'évolution de la production des écrits basques (§1). Dans un second temps,
je m'interrogerai sur le type de lectorat auquel les écrits labourdins de cette époque
étaient destinés, en mettant en évidence l'existence et l'importance dans la première
partie du 17ème siècle d'un lectorat bascophone moyennement cultivé ne lisant pas ou
difficilement le français (§2). Ceci me conduira à mettre en lumière un conflit
linguistique resté longtemps inaperçu, et qui surgit dans les années 1627-1635 dans
l'entourage de l'évêque de Bayonne et dont l'un des protagonistes majeurs fut J.
Etcheberri (§3). Je prolongerai cette réflexion en mettant en évidence un double
processus d'évolution du statut sociolinguistique des langues de l'écrit au cours des 17
ème et 18 ème siècles dans les provinces basques aquitaines : renforcement du français

comme langue d'accès à la connaissance et à la culture pour les couches intermédiaires


(§4), progression du basque comme langue associée à la première alphabétisation des
couches sociales moins favorisées. Cette double évolution explique le paradoxe de la
production d'ouvrages en langue basque en France durant cette période,
caractéristique d'une situation de diglossie littéraire : elle ne cesse de progresser en
quantité (nombre de publications, toutes catégories confondues), alors que l'on
observe, dès la fin du 17ème siècle, une absence presque totale de publications de textes
créés en basque (qui ne soient ni une réédition, ni une traduction ou une adaptation),
même dans le domaine des textes utilitaires (§5).

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5 Cette analyse m'amènera à considérer, dans une partie finale, la situation des lettres
basques dans les provinces ibériques durant cette période. Je montrerai d'abord que les
conditions matérielles pour le développement d'une production écrite dans les
provinces basques péninsulaires existaient bien avant le 18 ème siècle, et de façon
beaucoup plus évidente, en réalité, qu'en Labourd ou, à plus forte raison, en Soule. C'est
en raison d'une situation diglossique dissemblable, caractérisée par un positionnement
du castillan face au latin beaucoup plus précoce, que les lettres basques se trouvèrent
comme empêchées d'apparaître plus tôt en Biscaye, Guipuzcoa et Haute-Navarre (§6).
Je m'arrêterai ensuite sur les ambiguïtés du mouvement euska-rophile tel qu'il se
développa dans la seconde partie du 18ème siècle, en Guipuzcoa notamment, d'abord
avec Larramendi, puis bientôt chez les promoteurs des Lumières dans la péninsule, à
savoir les membres de la Real Compañia Bascongada de los Amigos del País. Cette ambiguïté
caractérise, en effet, une attitude du mouvement euskarophile qui se prolongera pour
l'essentiel durant les deux siècles suivants, sur les deux côtés de la frontière, jusqu'à
une date toute récente (§7). Je conclurai par quelques observations générales
complétant les remarques de cette introduction (§8).
 
1. L'évolution des lettres labourdines et l'activité
maritime en Labourd.
6 Comme nous l'avons rappelé dans les propos précédents, les historiens de la littérature
basque ont principalement cherché dans l'économie les facteurs expliquant l'évolution
des lettres labourdines. C'est surtout pour expliquer l'affaiblissement survenu au 18 ème
siècle que cette analyse a été proposée par Lafitte dès 1941 :
Le XVIIIe siècle est un moment de décadence pour le Pays basque français. La région se
trouve soudain dans la misère. Le traité d'Utrecht (1713) lui a fermé les portes du Nouveau
Monde : plus de débouchés pour ses multiples industries locales naguère florissantes. Le
malheur économique n'est pas favorable aux Muses (Lafitte 1941 : 43).
7 A la suite de Lafitte, la plupart des historiens de la littérature ont repris cet argument,
attribuant le déclin des lettres labourdines aux conséquences économiques du Traité
d'Utrecht, réputées néfastes pour les pêches labourdines : Mitxelena (1960 : 85),
Sarasola (1976 : 51), Villasante (1979 : 102), Sagarna (1984), Juaristi (1987 : 49), Urkizu &
autres (2000 : 233).
8 En affirmant que l'affaiblissement de l'économie labourdine, consécutif aux difficultés
de l'activité maritime, eut pour conséquence la baisse de la production d'ouvrages en
langue basque, on donnait à penser que la vigueur du secteur économique n'était pas
étrangère à l'essor et la vitalité des lettres basques dans la période précédente. De
même, une telle approche conduisait à considérer que ce type d'explication pouvait
rendre compte du fait que ce qui était observé en Labourd ne s'était pas produit à la
même époque dans les provinces ibériques. De ce point de vue, il est significatif que
Michelena (1960), et à sa suite Juaristi (1987), n'hésitent pas à rapprocher l'essor
premier des lettres guipuzcoanes au 18ème siècle du développement du commerce,
qu'exprime la création de la Real Compañía Guipuzcoana de Caracas 3 :
(1) La littérature labourdine ne se maintint pas au 17ème siècle au niveau qu'elle avait
atteint au siècle précédent. P. Lafitte voit en ceci le reflet des difficultés économiques qui
résultèrent du traité d'Utrecht pour la côte basque française. On pourrait ajouter, sans
établir pour cela une corrélation étroite entre des phénomènes d'ordre différent, que le
premier épanouissement littéraire survenu chez nous [outre-Bidassoa] est postérieur à

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l'expansion commerciale, dont la fondation de la Real Compañia Guipuzcoana de Caracas est


un bon indice (Michelena 1960 : 85).4
9 Pourtant, lorsque l'on analyse de plus près les fondements de cette analyse souvent
répétée, il ne semble pas qu'ils soient aussi bien établis qu'on pourrait s'y attendre. En
premier lieu, ainsi d'ailleurs que Michelena lui-même l'indique, il convient de garder à
l'esprit que les phénomènes que l'on veut associer sont de nature différente. S'il est
évident que la production d'ouvrages imprimés nécessite, comme toute production
sociale de cette sorte, l'existence des conditions matérielles adéquates, il s'agit de
conditions nécessaires, mais non suffisantes. On ne saurait en particulier négliger en
cette matière les effets de la situation de diglossie (ou, si l'on veut, en tenant compte du
latin, triglossique) existant dans les zones bascophones. En effet, l'une des
caractéristiques des sociétés diglossiques, ainsi que l'indique le créateur du terme de
diglossie lui-même (Ferguson 1959), est que la langue socialement infériorisée se trouve
exclue des usages socialement valorisés, à la définition desquels l'écrit contribue
grandement. Comme nous le verrons (infra § 6), le cas du Pays Basque ibérique illustre
parfaitement cette situation, car la production d'ouvrages au 16ème et 17ème siècles y fut
fort peu profitable à la langue basque, et se réalisa presque exclusivement au profit du
castillan.
10 Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne le labourdin, les éléments factuels sur lesquels
Lafitte se fondait il y a soixante ans pour poser son hypothèse s'avèrent très fragiles
lorsqu'on les examine à la lumière des travaux réalisés par les historiens depuis lors. En
effet, le parallélisme qu'il croyait pouvoir observer entre l'évolution de la production
d'ouvrages labourdins et celle de l'activité des ports de la côte du Labourd n'est en
aucune façon établi. En raison de l'habitude de découper le temps par siècles, on a
coutume d'opposer, en ce qui regarde les lettres labourdines, les 17 ème et 18 ème siècles,
le premier ayant été relativement productif et le second, au contraire, beaucoup moins.
Mais si l'on opte pour un découpage par demi-siècles, on observe que les auteurs
labourdins avaient commencé à montrer des signes patents d'essoufflement dès la
seconde moitié du 17ème siècle. En effet, durant cette période, le nombre de premières
publications originales baisse de manière significative (d'un tiers) par rapport au demi-
siècle précédent : on en compte six dans la première moitié du siècle, et quatre dans la
seconde (il n'y en aura qu'une durant la première moitié du siècle suivant) ; cf. Sarasola
(1976 : 182-183). Or, on ne voit pas dans cette évolution de parallélisme significatif avec
l'activité maritime et portuaire en Labourd. Celle-ci, selon Turgeon (1982), atteignit
d'ailleurs son apogée nettement avant la naissance de la littérature labourdine, dans les
années 1585, pour se maintenir à ce niveau élevé, malgré quelques variations
intermittentes, durant pratiquement un siècle et demi jusque dans les années 1735 :
La reconstitution de l'armement montre, en effet, que les pêches basques plafonnèrent dès
1580-90 pour se maintenir à des niveaux élevés jusqu'en 1730-40. (Turgeon 1982 : 08)
11 Ce décalage entre production d'ouvrages nouveaux et activité économique est encore
plus manifeste lorsque l'on observe les phases de décadence. Pour les lettres
labourdines, la chute se manifeste dès la seconde partie du 17 ème siècle et cette
production atteint son degré le plus bas dans la première partie du 18 ème siècle. Au plan
économique, par contre, c'est bien plus tard, au cours des années 1740, et non pas un
quart de siècle plus tôt, à la suite du Traité d'Utrecht, que les ports de Saint-Jean-de-
Luz et Ciboure connurent la crise durable qui les affecta au 18 ème siècle. L'absence de
parallélisme significatif entre l'évolution du secteur socio-économique en Labourd et la
production de textes basques est d'ailleurs évidente si l'on retient le critère de la

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démographie : c'est en effet à partir des années 1740, et durant toute la seconde moitié
du siècle, que l'on observe une dégradation considérable dans la zone de Saint Jean de
Luz (Darrobers 1994 : 86-91). Au contraire, en ce qui concerne les ouvrages labourdins,
les choses ont tendance à s'améliorer par rapport à la période antérieure : au cours de
la seconde partie du 18ème siècle, le nombre d'ouvrages publiés double (18 → 36), celui
des premières publications (y compris les traductions) également (6 → 12) ; et la même
tendance s'observe en ce qui concerne les textes de création, même s'il s'agit de
quantités peu significatives (1 → 3) ; cf. Sarasola (1976 : 182-3).
12 Il semble par conséquent que l'on se soit satisfait d'explications sans grands
fondements pour interpréter l'évolution des lettres labourdines. Remarquons
d'ailleurs, même si ceci à un caractère quelque peu anecdotique, qu'après l'impulsion
donnée par Materre, les lettres labourdines connurent leur apogée entre 1627 (année
de la publication du premier ouvrage d'Etcheberri de Ciboure) et 1643 (année de la
publication de l'ouvrage d'Axular). Durant cette période si prometteuse pour les lettres
labourdines, le Labourd connut pourtant des années fort difficiles, en raison de la
guerre franco-espagnole5. Les troupes du Roi d'Espagne, venues du Guipuzcoa,
envahirent et occupèrent toute la côte labourdine. Ciboure fut presque entièrement
détruite et toutes ses réserves pillées. Saint-Jean-de-Luz, Ascain, Urrugne furent
également occupées pendant un an (Nogaret 1925 : 138), et dans les années suivantes le
Labourd fut ainsi parcouru par des troupes en conflit spolié et presque ruiné tant par les
courses des ennemis que par le passage des gens de guerre lors du siège de Fontarrabie, indique
l'évêque (cf. Dupuy 1972). C'est pourtant dans ce contexte socio-politique si peu
favorable que les lettres labourdines connurent les années parmi les plus remarquables
de leur histoire.
13 Observons toutefois que l'évolution économique évoquée ci-dessus eut très
certainement une influence sur la place prise par le lectorat et les thèmes marins dans
les textes : ils sont suffisamment importants durant la première moitié du 17 ème siècle
pour justifier les compositions spécifiques (Arcocha-Scarcia 1999), y compris dans le
domaine des textes techniques, tel que celui des livres de navigation (Arcocha-Scarcia
2000), mais ils sont absents au siècle suivant dans l'écrit basque, de plus en plus associé
à la ruralité.
 
2. Le lectorat des écrits labourdins du 17ème siècle.
14 Au début du 17ème siècle, en dehors de la périphérie bayonnaise et de quelques
bourgades occitanophones dans la proximité de l'Adour, le basque est la langue de
communication ordinaire des trois provinces basques du nord, et le latin la principale
langue du savoir et d'accès à la connaissance. Le gascon, langue romane de prestige
dans cette région durant les époques précédentes (avec le castillan pour la Basse-
Navarre), avait cédé sa place de principale langue du droit au profit du français, bien
que dans certains usages au moins il maintint ses positions jusqu'au milieu du siècle 6 En
dehors des gens de robe et des gentilhommes fréquentant la Cour que de Lancre (1612
[1982 : 78]) évoque dans ses indications sur le Labourd, et qui sont élevés à la française
(idem), ou encore des gens d'armes ou des membres du clergé qui avaient eu l'occasion
de sortir du pays de manière durable, le français, langue du pouvoir et du droit, était
connu des cercles directement intéressés en ces matières, mais certainement ignoré ou
mal maîtrisé en dehors de ceux-ci, y compris parmi les personnes ayant eu une

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formation scolaire, lorsque du moins celle-ci était reçue localement. Le témoignage de


de Lancre concernant les difficultés liées à la langue qu'il rencontra lors de son séjour
en Labourd, et l'importance de l'interprétariat dans les procédures durant l'instruction
des procès de sorcellerie de 1609, montrent en effet que la connaissance du français
était limitée, par exemple, chez les membres du clergé 7.
15 Dans ce contexte, l'attitude adoptée par l'Evêché en matière linguistique prenait une
grande importance, car c'est sur lui que reposait principalement la formation des
esprits, et la surveillance de l'enseignement élémentaire dans les paroisses, lui même
étroitement associé à la catéchèse. De fait, l'apparition d'une tradition écrite en langue
basque était largement dépendante des choix linguistiques de l'évêché dans
l'organisation de sa pastorale et l'élaboration de la littérature correspondante.
16 A la suite du concile de Trente, et face à la menace protestante, qui n'était pas que
virtuelle dans les évêchés incluant des zones bascophones 8, cette question était plus
que théorique : il convenait de parvenir à un encadrement satisfaisant des populations
grâce à un contrôle étroit de l'instruction chrétienne et à sa généralisation 9. Ceci
impliquait évidemment l'emploi d'une langue accessible aux paroissiens, c'est-à-dire
l'emploi du basque dans les provinces basques.
17 Depuis 1598, l'évêque de Bayonne était B. d'Etchauz, qui savait le basque (de Lancre
rapporte qu'il fut en mesure d'interroger directement les prêtres sorciers en 1609),
comme d'ailleurs le béarnais, l'espagnol et le français. Il était par conséquent bien en
mesure d'apprécier pleinement, à la fois, l'importance et la difficulté de l'entreprise
d'adaptation linguistique à réaliser. Evêque politique (Boucher 2000, Pontet 2000), l'une
des actions qu'il convient sans doute de souligner dans son action pastorale est celle
d'avoir, non pas commandé, mais du moins parrainé la publication du premier ouvrage
catholique original en langue basque10 bien illustratif du type de textes qui seront
publiés dans les décennies suivantes en Labourd.
18 On peut assez bien se représenter le lectorat auquel les premiers auteurs labourdins
s'adressèrent, du fait, d'une part, de la nature de leurs écrits, d'autre part, par la
lecture de leurs témoignages. Leurs ouvrages sont tous constitués de textes religieux,
en prose ou en vers : dévotion, prières, édification morale, tel est l'unique registre que
connaissent les textes labourdins du 17ème siècle 11. Les lecteurs supposés sont des laïcs,
et en particulier ceux ignorant ou sachant peu le français et le latin 12 Materre nous
fournit cette indication dans son avertissement au lecteur :
(3) ...et comme il y en beaucoup au Pays Basque qui savent lire, mais qui n'entendent d'autre
langue que le basque, j'ai fait pour eux des oraisons et prières de dévotion en basque.
(Materre, Dotrina christiana, 1623 : Au lecteur)
19 Cette remarque, qui sera confirmée par un propos assez semblable d'Axular un quart de
siècle plus tard est importante. Elle souligne que dès cette époque les auteurs publiant
en basque en Labourd conçoivent leur lec-torat comme constitué de gens ne pouvant
lire qu'en basque13 (cas de figure qui, on le verra, ne se présente pas à cette époque dans
les mêmes conditions dans les provinces basques ibériques, où même la première
alphabétisation accompagnant la catéchèse se fait en castillan).
20 Nous n'avons pas de renseignements précis sur la formation du clergé labourdin de ce
temps, en matière linguistique notamment. On peut penser qu'une partie des prêtres et
notamment les curés en charge de paroisse, lesquels étaient en principe gradués,
avaient quelques connaissances en latin. Pour autant, il est peu probable que beaucoup
d'entre eux aient été en mesure d'exprimer dans un basque de même tenue ce qu'ils

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avaient appris en matière de religion, par le biais de langues ayant une longue tradition
écrite, car après les événements ayant marqué les dernières décennies du 16 ème siècle,
les Basques ne disposaient pas encore d'un modèle de langue qui fut réellement
disponible après l'échec de la Réforme. Belapeyre, auteur du premier catéchisme
souletin (1696), nous indique dans la préface de son ouvrage que cette difficulté était
réelle, puisqu'il évoque la tentative malheureuse d'un jeune prêtre qui en 1686 avait
traduit un catéchisme en souletin pour le diocèse d'Oloron. En effet, le clergé de Soule
dans sa majorité refusa cet ouvrage, parce qu'il était défaillant non seulement du point
de vue de la doctrine, mais également en ce qui concerne la langue :
(4) La plupart d'entre vous n'avez pas approuvé le catéchisme qu'un jeune prêtre de ce pays,
il y a peu, a traduit en basque, et vous ne voulez pas l'utiliser ; et il est sûr que si nous ne
reconnaissions pas que son auteur avait plus de volonté de bien faire que de connaissance en
théologie, beaucoup de fautes involontaires, et de termes de son ouvrage, impropres tant en
ce qui concerne le basque que la doctrine, se trouveraient dans une sévère condamnation ;
mais par bonté nous les tairons désormais ici, afin que celui qui avait celé son nom dans son
ouvrage ait moins de regrets. (Belapeyre 1696 : 20-21)14.
21 Peu après, au siècle suivant, les témoignages de Mendiburu, Larramendi et Cardaberaz
montreront que dans des circonstances analogues des difficultés comparables
apparurent aussi de l'autre côté de la frontière.
22 C'est dans ce contexte qu'il convient d'interpréter certains des propos de Materre,
initiateur par le biais de l'écrit du mouvement d'adaptation linguistique de la catéchèse
catholique dans le diocèse du Labourd. Dans son avertissement aux Basques il indiquait
qu'en réalisant son ouvrage son objectif était double : d'une part, il souhaitait instruire
les Basques en matière religieuse, d'autre part, il voulait leur montrer comment il faut
écrire et lire le basque (nola behar den euscara esquiribatu eta iracurtu). On aura
remarqué l'apparente contradiction existant entre ce second objectif, signalant une
absence de tradition écrite précédant sa propre publication, et le fait que Materre,
comme nous l'avons rappelé plus haut, indiquait s'adresser à un lec-torat ne sachant
lire qu'en basque, ce qui implique l'existence préalable de ce lectorat monolingue.
23 Ce serait certainement une erreur de croire que la contradiction résulte d'une
incohérence dans le propos, car on retrouve le même genre de considérations,
superficiellement contradictoires, chez Axular, une vingtaine d'années plus tard. Ce
dernier également déplorait le fait que la langue basque paraissait sommaire, pauvre et
étriquée (labur, eskas eta hertsi), n'osant pas apparaître en société(ez [...] iend'artean
ausart), au point que parmi les locuteurs du pays certains ignoraient comment le lire et
l'écrire (bere herricoen artean ezpaitaquite batçuec, nola esquiriba eta ez nola iracur), autant
d'indications paraissant pointer vers une absence de tradition et d'un public formé à la
lecture en basque ; alors que par ailleurs c'est précisément à l'intention d'un tel
lectorat, surtout pour ceux qui ne savaient que le basque (guztiz ere euscararic baicen
etciaquitenentçat),qu'il entendait écrire son ouvrage. Signalons que dans l'esprit
d'Axular, ce lectorat n'est pas constitué d'ignorants, mais de ce qu'on pourrait appeler
de petits lettrés : Je ne fais pas ce livre pour les grands lettrés. Et non plus pour ceux qui
ne savent rien (Eztut liburutto haur, letratu handientçat eguiten. Eta ez choil, deus eztaqui-
tenentçat ere)15.
24 Qui étaient ces lecteurs minimalement alphabétisés pour la lecture mais
fonctionnellement monolingues ?
25 Il ne pouvait guère s'agir que des gens appartenant aux couches populaires et
intermédiaires, celles que Chartier (1987 : 88) définit comme n'appartenant à aucune

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des trois robes, à savoir, paysans, compagnons et maîtres des métiers, marchands et
bourgeois retirés du commerce, qui avaient pu bénéficier de quelque instruction, sans
doute dans le cadre de l'enseignement des paroisses ou des classes privées, seules
formes d'instruction existant dans le Labourd de cette époque. Materre nous indique
que son lectorat incluait les marins, puisqu'il entend leur montrer comment il leur faut
prier durant leur séjour en mer :
(5) Comme je sais qu'il y a beaucoup de gens qui en Pays Basque naviguent en mer, je dois
leur montrer à eux également comment ils doivent adresser leurs prières et leurs oraisons à
Dieu. (Materre, Dotrina christiana, 1623 : 325)
26 Ce propos est d'ailleurs accompagné d'indications d'ordre pratique qui montrent qu'il
ne s'agit pas d'une figure de style. En effet, dans la partie de son ouvrage où sont
indiquées les prières des marins, Materre, s'adressant directement à ses lecteurs,
précise la manière dont il souhaite que son livre soit utilisé par les gens de mer :
(6) Le matin, lorque le temps le permet, vous, marins qui navi guez en mer, rassemblez-vous,
et mettez-vous à genoux (...). Et (...) que l'un d'entre vous dise d'une voix un peu haute et à
maintes reprises la prière que je mets ici : Et pendant ce temps que les autres y concentrent
leur esprit, qu'ils l'écoutent, ou bien que chacun la lise dans son livre en silence, car j'estime
qu'il n 'y aura aucun marin sachant lire qui n'aura point ce livre. (Materre, Dotrina
christiana, 1623 : 327-328)
27 Materre, comme on le voit, conçoit fort bien que parmi les marins embarqués sur les
navires labourdins certains pourront lire, et il ne doute guère du succès de son ouvrage
chez ces lecteurs16
28 Essayons de nous figurer comment ce lectorat avait pu se constituer. Il n'existe pas à
cette époque de collège17 dans les provinces basques aquitaines, et le mouvement en
faveur d'une généralisation des petites écoles sous l'impulsion à la fois du Roi et de
l'Eglise ne sera lancé que plus tard dans le diocèse du Labourd 18 C'est dans ces
conditions que les fils19 de famille qui n'étaient pas en mesure de sortir du pays pour
recevoir une formation plus solide pouvaient recevoir une instruction de base en
matière de lecture, voire de compte et d'écriture, et en dehors très certainement de
tout autre objectif lié aux belles lettres ou aux arts20
29 C'est à partir de ces éléments que l'on doit sans doute interpréter les propos de
Materre : ceux ayant reçu une éducation élémentaire sur place avaient acquis, après
une initiation première fondée sur le déchiffrement des prières latines qu'il fallait
apprendre par cœur, une compétence minimale en matière de lecture, mais ils étaient
généralement monolingues, et par conséquent il convenait pour ce public,
certainement relativement important dans la zone luzienne, de mettre en place
l'infrastructure linguistique utile au développement d'une bonne catéchèse 21 Pour
Materre, le basque a le statut d'un vulgaire roman, et les bascophones monolingues ont
besoin d'une langue écrite permettant leur instruction religieuse, d'où la nécessité de
créer un standard adéquat, comme cela avait été fait auparavant pour le français.
30 Il est important de noter ici que l'option en faveur de l'écrit basque n'est pas le résultat
d'un choix symbolique à base glosso-identitaire (contrairement sans doute à ce qu'il
adviendra bientôt avec Etcheberri, mais sans prolongement significatif). Il est plutôt le
produit de circonstances déterminées par la situation de diglossie latin vs basque,
caractérisant le domaine religieux à cette époque au nord de la Bidassoa. Au fur et à
mesure que cette modalité diglossique vieillira laissant peu à peu la place à une
diglossie basque vs français, la nature des écrits s'adaptera au lectorat concerné 22 : la
diffusion du français se réalisant depuis le haut vers le bas de l'échelle sociale, plus sa

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connaissance se répandra, plus, corrélativement, l'écrit basque sera réservé à un public


socialement défavorisé, avec toutes les caractéristiques de ce type de textualité.
 
3. Un conflit linguistique autour des textes Iabourdins
(1627-1635).
31 Dans le panorama linguistique dont nous avons fait l'esquisse dans les lignes
précédentes, et alors que les troubles entraînés par la Réforme n'étaient pas encore
oubliés en ce début du 17ème siècle, une certaine divergence de vue pouvait régner
quant à la politique linguistique que l'évêché devait encourager dans son action
d'éducation.
32 D'aucuns pouvaient considérer que l'orientation générale définie lors du concile de
Trente en faveur d'une instruction religieuse tenant compte de la réalité linguistique
avait ses limites, et qu'elle devait s'entendre comme devant s'incarner à travers les
langues ayant acquis un certain statut. N'était-il pas blasphématoire de transmettre la
parole divine dans une langue dépourvue de règles23 et de structure, barbare et grossière
24
, inusitée et impropre à être employée dans le domaine de la réflexion religieuse
comme dans celui des arts et des lettres ? D'ailleurs, qui était en mesure de garantir
qu'il existât dans ces langues des esprits en mesure d'apprécier valablement la
correction non seulement linguistique mais aussi doctrinale des textes offerts aux
populations ou des traductions effectuées ? On sait, par exemple, qu'au siècle précédent
Montaigne avait manifesté sa gêne à savoir que le Nouveau-Testament était traduit en
diverses langues, dont certaines lui paraissaient hors d'atteinte pour un contrôle
satisfaisant :
Je croi aussi que la liberté à chacun de dissiper une parole si religieuse et importante à tant
de sortes d'idiomes a beaucoup plus de danger que d'utilité. (...) Sçavons nous bien qu'en
Basque et en Bretaigne, il y ait des Juges assez pour establir cette traduction faicte en leur
langue ? (Montaigne, Essais, 1er liv., 56ème ch.)
33 Il ne faut pas se méprendre. Montaigne, et sans doute les opposants à la pastorale écrite
en basque du siècle suivant, ne sont pas hostiles à l'emploi des langues comme le
basque ou le breton à l'oral. Leur défiance porte essentiellement sur l'écrit 25 car en
preschant et parlant, l'interprétation est vague, libre, muable, et d'une parcelle ; ainsi ce n 'est
pas de mesme. (idem)
34 Entre 1690 et 1610 on assista à un renouvellement des cadres épisco-paux dans le
Royaume de France : entre 1585 et 1607 le corps épiscopal français fut entièrement
renouvelé (Suire 2000), et la Contre-Réforme s'accompagna d'un important mouvement
de reprise en main, et d'un renforcement des structures d'encadrement, entrepris par
le pouvoir royal en collaboration avec l'Eglise26 En Pays Basque, les nécessités de la
Contre-Réforme plaidaient en faveur d'une mise en pratique effective de l'orientation
tridentine, mais cette politique comportait deux objectifs qui pouvaient paraître
contradictoires sur le plan linguistique : d'une part, la généralisation de l'éducation
religieuse, et d'autre part l'assurance de la correction et de la conformité au dogme
dans cet enseignement. Le premier objectif impliquait un large usage de la langue
basque dans les zones bascophones des diocèses, notamment dans l'instruction, le
second objectif, par contre, plaidait plutôt pour l'emploi d'une autre langue, susceptible
de contrôle en dehors du clergé autochtone, et par conséquent non suspecte 27, bref, en
pratique, du français.

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35 Le premier ouvrage catholique post-tridentin fut donc à la fois un catéchisme et un


livre de prières et destiné à une large diffusion. Son auteur, E. Materre, était un
religieux franciscain ayant appris le basque tardivement, à l'âge adulte, après avoir déjà
publié un ouvrage en français et être venu en Labourd, peut-être à la suite des
désordres associés aux procès de sorcellerie, lors de la mise en place du couvent des
Récollets à Saint-Jean-de-Luz. Cette circonstance mettait l'ouvrage à l'abri de la
suspicion dont aurait pu être l'objet une production entièrement perçue comme
inaccessible à un regard extérieur.
36 Certes, la défiance aurait alors pu venir du clergé basque pour des raisons
linguistiques ; mais tel ne fut pas le cas. D'une part, lors de la première édition, en 1617,
l'évêque était encore B. d'Etxauz, et ce dernier pouvait juger par lui-même de la qualité
de la langue. D'autre part, il est probable que Materre, qui avait appris le basque à Sare,
et qui avait donc très certainement bien connu Axular (par ailleurs approbateur de
l'ouvrage), avait sollicité l'aide de locuteurs natifs, et s'était assuré auprès d'eux de sa
langue : son texte est d'ailleurs d'excellente facture et adapté à son objet. Bref, avec
Materre, prédicateur ayant fait ses preuves, était surmonté un obstacle que de Lancre
avait cru devoir mettre en évidence une demi-douzaine d'années plus tôt :
Cette forte petite contrée de Labourd, laquelle pour le défaut et difficulté de la langue ne
peut être fournie de bon prédicateurs, comme tout le reste de la France. (de Lancre, 6-2,
[1612] 1982 : 284)
37 Le succès de l'entreprise de Materre fut confirmé lorsqu'en 1623 une seconde édition,
augmentée, fut publiée avec le soutien du nouvel évêque, Claudius de Rueil, lequel
ignorait le basque, mais soutint néanmoins le projet, sans aucune opposition, semble-t-
il.
38 Pourtant, malgré ces débuts apparemment dépourvus de difficultés pour les textes
d'instruction religieuse catholique, très vite, dès la parution du second ouvrage de
doctrine catholique en basque, le Manuel de dévotion de J. Etcheberri (1627), on relève les
signes d'une crise centrée sur la question linguistique.
39 Etcheberri, docteur en théologie, est l'auteur de trois ouvrages en basque à caractère
religieux, tous trois en vers, qu'il publia en 1627, 1630 et 1636, dates des premières
éditions (celle du second ouvrage, toutefois, n'ayant pu être absolument confirmée à ce
jour). On sait par Oihenart qu'il était également l'auteur d'un dictionnaire et de
conjugaisons (peut-être un embryon de grammaire), mais ces derniers ont été perdus. A
n'en pas douter, il s'agit d'un auteur doté d'une solide formation intellectuelle.
40 Dans sa dédicace à l'évêque C. de Rueil du 1er livre de son Manuel de dévotion, il est fait
référence, pour la première fois, à un climat conflictuel surgi, selon toute
vraisemblance, à propos du statut de la langue basque (Oyharçabal, 2001). Chose
surprenante peut-être aux yeux de beaucoup aujourd'hui, Etcheberri invoque, devant
l'autorité religieuse à laquelle il s'adresse, le positionnement exemplaire de l'état en la
personne du Roi, lequel est présenté comme favorable à la diversité et à l'égalité
linguistique dans le Royaume. Cette revendication prend même un caractère en
quelque sorte per-formatif très remarquable, car Etcheberri, qui écrit sa dédicace en
basque, ne la traduit pas, et justifie cette abstention que d'aucuns pouvaient
probablement juger irrespectueuse28 :
(7) Vous n'aurez que de l'honneur, Monseigneur,
A écouter celui qui craintivement vous parle dans une langue étrangère,
Car, selon le dicton, l'honneur des rois

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Est d'avoir des sujets parlant beaucoup de langues.


Je vous tiens, quant à moi, pour plus important que le Roi,
Et vous avez sur moi plus une plus grande autorité.
Aussi, appréciez, vous aussi, l'honneur
D'un sujet vous parlant dans une langue étrangère.
(Etcheberri, Manual devotionezcoa, [1627] 1669 : 6-7)
41 Après cet hommage en forme de plaidoyer, Etcheberri fait une allusion directe à une
opposition de laquelle l'évêque l'a protégé, ce qui donne à penser, dans le contexte des
vers précédents, que cette opposition avait des motifs linguistiques. Au demeurant,
c'est par une véritable profession de foi en faveur du respect du plurilinguisme qu'il
conclut sa dédicace, en invoquant une nouvelle fois l'exemple du roi, lequel se doit de
respecter la diversité linguistique dans son royaume :
(8) Pour cela, je vous ai choisi comme patron de cet ouvrage,
Car vous avez condamné les médisants.
C'est à vous que je l'offre, de grâce, préservez-le,
Afin que la voix des envieux ne vous le souille point.
Le Roi doit défendre les gens,
Aussi bien ceux d'une langue, que les autres.
(Etcheberri, Manual devotionezcoa, [1627] 1669 : 6-7)
42 Qui étaient ces médisants et envieux qui, selon Etcheberri, avaient voulu souiller son
ouvrage et que l'évêque avait dû condamner ? Cette question a été discutée par P.
Altuna, éditeur contemporain du premier livre de l'ouvrage d'Etcheberri. Selon cet
auteur, ces propos font allusion à une querelle littéraire opposant Etcheberri à
Oihenart. Je doute que cette interprétation, développée également dans un article plus
récent (Altuna 1994), puisse être réellement soutenue (cf. Oyharçabal, 2001).
43 Certes, l'auteur souletin avait émis dans Art poétique basque de 1665 des critiques
relatives au mode de versification, et même à la langue, employés par Etcheberri, qu'il
estimait défaillants et trop enclins à des licences exorbitantes. Mais ceci n'explique pas les
propos que près de quarante ans plus tôt Etcheberri tenait dans la dédicace du premier
ouvrage qu'il publiait. Un examen attentif du texte de la dédicace montre sans
équivoque que la nature du conflit n'était pas littéraire, mais linguistique. Ce ne sont
pas les rimes d'Etcheberri, jugées fautives par Oihenart, ni les vices de ses vers en
matière de quantité syllabique, qui sont l'objet des critiques que l'évêque a dû faire
taire, mais, comme le montre clairement l'environnement textuel de la dédicace, la
réalisation même de ce type d'ouvrage en basque.
44 D'ailleurs, lorsque trois ans plus tard Etcheberri publiera ses Noëls, S. Hirigoiti dans un
compliment placé en tête de l'ouvrage, rendra hommage à l'action de l'auteur en faveur
de la promotion du basque. Par-delà les propos habituels attenant aux figures
rhétoriques des paratextes (Orpustan 1999, Oyharçabal 1999), nul doute que Hirigoiti
fait dans ces vers une allusion directe au conflit linguistique qui opposa Etcheberri à un
groupe hostile à la langue basque29 :
(9) Moi, en tout cas, je reconnais que nous sommes votre débiteur,
Que vous êtes la torche propre à nous sortir des ténèbres.
Ceux qui ignorent le basque peuvent s'en aller chacun dans son pays,
Résignés à ce qu'ils ne conduiront pas la langue basque à sa perte.
La langue basque qui, vieillie, allait tomber,
Entrée dans la maison Etcheberri, va renaître.
Celle qui, depuis longtemps, pour tous, était dépréciée,
Etcheberri l'ayant relevée, se situera au plus haut.

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Que les Basques viennent à moi pour l'honorer,


Car il a mis la langue basque au-dessus du français
(Etcheberri, Noelac [1630] 1645, édition d'Akesolo : 22)
45 Hirigoiti fait apparaître les opposants d'Etcheberri comme des erdaldun, autrement dit
des personnes ignorant le basque. Il les présente également comme étrangers au pays,
puisqu'il souhaite leur départ vers leur pays d'origine, ce qui pointerait vers un
entourage épiscopal ayant accompagné le prélat lors de sa venue à Bayonne, à moins
qu'il ne faille voir là un bannissement symbolique de Basques ayant adopté une attitude
hostile au basque dans cette circonstance30 Quoi qu'il en soit, il est probable que ce
groupe préférait qu'on utilisât des livres d'instruction religieuse rédigés en français,
puisque Hirigoiti félicite Etcheberri d'avoir fait triompher le basque sur l'erdara, terme
qui dans ce contexte désigne le français, comme on l'a indiqué dans la traduction 31.
46 Il n'est pas impossible que cette hostilité, dont rien ne montre, rappelons-le, qu'elle se
soit manifestée à la suite de la publication de l'ouvrage de Materre, ni de sa réédition,
quelques années plus tôt, ait été accentuée par la relative originalité de l'ouvrage, qui
pouvait passer pour excessivement audacieuse en ce temps de remise en ordre
religieuse32.
47 L'originalité du texte d'Etcheberri, qui se présentait comme un ouvrage d'instruction
religieuse, se manifestait non seulement par ses choix linguistiques (emploi du basque)
et stylistiques (recours à la versification), mais encore par le développement de thèmes
et l'emploi de représentations métaphoriques particulières, adaptés au lectorat du
Labourd côtier, et en particulier à celui des gens de mer.
48 Oihenart (1665) avait souligné les préoccupations pastorales d'Etcheberri, et il trouvait
dans celles-ci un motif d'indulgence à l'égard de ce qu'il considérait comme des
faiblesses littéraires :
le lui ay ouy dire au temps qu'il composoit ses Vers qu'il trauaillait principalement pour les
mariniers Lesquels les chantoint sur la mer ; Ce qui faict luger qu'il Escriuoit plus tost par Un
motif de Charitté que par aucune ambition, ou Vainegloire, Et quil auoit le zèle de profiter à
son prochain que doit avoir Un Veritable Ecclesiastique. (Oihenart 1665, L'Art poétique
basque)
49 Ces propos d'Oihenart confirment ceux d'Etcheberri lui-même, lequel indique avoir
écrit son manuel en vers afin de faciliter l'apprentissage des prières :
(12) Chrétien, j'ai mis en vers basques
Le manuel catholique durant mes temps de loisir.
Voyant, étant basque de naissance,
Que notre nation aime le chant,
Pour cette raison, volontairement, je l'ai disposé en vers
Afin qu'il soit plus vite appris et plus fréquemment dit.
(Etcheberri, Manual devotionezcoa, Avertissement au lecteur dévot, [1627] 1669 : 4)
50 Selon Mitxelena (1981), cette indication montre qu'Etcheberri écrivait à l'intention
d'un public analphabète ayant à apprendre les prières par cœur et qui trouvait sa tâche
facilitée par l'emploi de la versification. Cette pratique est d'ailleurs attestée au 17 ème
siècle en dehors du Pays Basque, comme le montre, par exemple, la publication en 1641
de La douctrino Crestiano meso en rimos, per poude èstre cantado sur dibérses ayres, è per atal
ajuda la memorio del popple de Toulouso, par Pierre Dupont (cf. Eygun 1992), ou la
traduction en vers du catéchisme de Ripalda par Juan de Almarza en Espagne vers 1650
(cf. Resines 1997 : 330)33.

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51 Pour autant, je ne suis pas sûr qu'en ce qui concerne Etcheberri il faille s'en tenir à
cette interprétation. Je crois même que d'une certaine façon elle masque les enjeux
réels qui étaient en cause dans le conflit dont Etcheberri et Hirigoiti portent
témoignage. En réalité, si Etcheberri se revendique d'un effort d'adaptation
linguistique motivé par le fait que son lectorat est bascophone, et qu'il est notamment
constitué de gens de mer, son écriture montre également qu'il aspire à plus. S'il entend
faciliter aux Basques l'expression de leur foi dans leur langue, il veut également
montrer que celle-ci est à même d'exprimer, avec la force et la tenue requises, les
sentiments attachés à cette foi. La langue d'Etcheberri révèle cette ambition, donnant à
son entreprise une dimension littéraire. En effet, la syntaxe qu'il emploie n'est pas celle
que l'on rencontre dans la tradition populaire, car elle est souvent fortement marquée
par des positionnements d'origine savante, directement inspirés du latin. Ce sont les
licences exorbitantes dénoncées par Oihenart. Comme on le sait, le latin permet de
dissocier librement les composants des syntagmes nominaux grâce à la concordance
flexionnelle. Ce recours est en principe exclu en basque où, contrairement au latin, les
composants périphériques des syntagmes nominaux ne sont pas porteurs des
désinences de flexion de la tête nominale, et où, par conséquent, les contraintes de
localité sont fortes à l'intérieur du syntagme nominal. Pourtant Etcheberri n'hésite pas
à violer ces contraintes et à recourir à ce procédé en tant que licence poétique à de très
nombreuses reprises, ce qui rend son texte, sinon difficile à la compréhension
immédiate, du moins passablement artificiel, effet que d'aucuns, tel Oihenart,
pouvaient juger malvenu, mais dont tout porte à croire qu'il était apprécié par d'autres
lettrés labourdins du temps comme Hirigoity, et en tout état de cause recherché.
52 Cette liberté d'Etcheberri à l'égard de certaines contraintes syntaxiques peut
difficilement être attribuée à son souci de s'adapter à un public analphabète et donc
peu au fait des usages de la versification latine. Elle est plutôt le signe d'un effort de
construction stylistique et d'une audace assumée en cette matière. On retrouve cette
liberté et cette audace dans la façon d'aborder les thèmes de son ouvrage. Citons un
exemple : dans la première partie de son Manuel de dévotion consacrée aux éléments de
base de la doctrine, la première personne peut référer au Christ, et la seconde personne
au lecteur. Etcheberri détourne ainsi le discours direct familier 34 de sorte que c'est le
Christ qui formule dans le registre lié à l'intimité la métaphore expliquant au lecteur ce
qu'est l'Eglise :
(13) Ecoute, encore ma parole
Pour savoir ce qu'est l'Eglise.
L'église est un arbre qui monte jusqu'aux étoiles
Son ombre abrite toute l'étendue du monde.
Le fruit en est la religion, mise en place par moi-même,
La chair les bonnes œuvres, la peau le rite.
Ne méprise en rien la peau
Car elle est la protectrice loyale du fruit
(Manual devotionezcoa, [1627] 1669, lre partie, vers 679-686 de l'édition d'Altuna)
53 Toute la doctrine est ainsi revue et exprimée à travers un très remarquable effort
d'adaptation culturelle, dont on peut penser qu'elle pouvait choquer certains esprits
orthodoxes, (voir un autre exemple de métaphore où la Trinité est comparée et
expliquée en suivant la distribution des rôles dans les navires, in Oyharçabal à par.).
 

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4. La progression du français comme langue de l'écrit


au 17ème et 18ème siècles.
54 Déjà au 16ème siècle, Scaliger avait noté que les Basques devaient parler quatre
langues35, en soulignant que c'était en particulier pour les besoins de la vie judiciaire
qu'il leur fallait savoir le français ; cf. Urkizu 1986. Au début du siècle suivant, le
français est avant tout la langue du pouvoir et de la loi dans ces provinces. Autour du
tribunal du bailliage de Labourd à Ustaritz, les gens de robe avaient constitué un
groupe influent qui n'hésitait pas, sem-ble-t-il, à abuser de la situation de diglossie,
puisqu'à la fin du siècle les procédures pénales pouvaient être conduites sans qu'aucun
interprète soit mis à la disposition des justiciables ignorant le français. Le témoignage
de cet abus nous est rapporté dans un arrêt de 1695 du Parlement de Bordeaux dans
lequel la Cour a enjoint audit Baillif de Labourd de se servir d'interprète dans les procédures
criminelles qu'il fera faire à l'avenir lorsque les accusés n'entendront pas la langue françoise ; cf.
Duvigneau-Légasse (1993 : 1, 91).
55 Il est difficile d'estimer la place qu'avait le français en Labourd, Basse-Navarre et Soûle
dans la première partie du siècle, en dehors de la sphère juridico-administrative. Le
latin était sans doute la langue de prestige et de référence principale en matière
culturelle. C'est par exemple en latin qu'Oihenart publie son importante étude
historique sur les pays basques en 1638, et qu'il édite la seconde édition en 1656. Bien
que ce soit le français qu'en dehors de son ouvrage historique il utilise comme
métalangue dans ses écrits théoriques relatifs au basque (orthographe, versification,
explicitation des proverbes et dictons), les références littéraires mentionnées par
Oihenart dans ses écrits littéraires ne montrent aucune inclinaison privilégiée envers
les auteurs français, qui sont cités en même temps que des auteurs gascons, italiens ou
espagnols, et bien sûr latins. Ceci vaut également pour Etcheberri de Ciboure 36. Le
prestige du latin dans l'éducation locale se prolongera encore jusqu'au début du siècle
suivant, puisque la première grammaire écrite en basque est une grammaire destinée à
apprendre le latin aux jeunes37.
56 Pourtant, dans la seconde moitié du 17ème siècle, la présence du français se fait de plus
en plus forte. Lorsque dans les années 1675, Bidegarai demande une subvention au
Parlement de Navarre pour publier un dictionnaire trilingue basque son argumentation
porte sur l'utilité de ces ouvrages pour apprendre le latin et le français, jugés tous deux
nécessaires :
Ce livre sera d'une grande utilité pour apprendre le latin et le fran-çois, deux langues qui
nous sont nécessaires, et les enfants par son moyen du dictionnaire réussiront et en un et en
l'autre, sans sortir du pays, et sans s'exposer aux despenses qu'on essuye d'ordinaire, en les
faisant étudier dans les autres provinces (Actes du 14/07/1676 du Parlement de Navarre ; cf.
Dubarat 1914).
57 Jusqu'à la mise en place du séminaire de Larressore dans les années 1735, il n'y a aucun
collège dans la province de Labourd elle-même et, ainsi que l'avait indiqué de Lancre au
début du siècle précédent, les jeunes doivent quitter la province pour bénéficier
d'études sérieuses, ce qui apparemment était assez fréquent, du moins dans les classes
aisées (Duvoisin 1861 : 35).
58 Au demeurant c'est en usant de l'argument linguistique, associé à sa dimension sociale,
que Daguerre, le fondateur du séminaire de Larressore, obtint du Duc d'Orléans en 1733
l'autorisation pour l'ouverture de l'établissement, eu égard à :

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173

l'utilité singulière qu'il y a d'y former pour l'état ecclésiastique de pauvres écoliers basques,
qui de là sont distribués dans les pays basques de ce diocèse et y enseignent les vérités et les
maximes de notre sainte religion pour la facilité qu'ils ont d'entendre et parler le langage ;
cf. Dubarat 1901 : CCCXLLVI.
59 Si la pénétration du français dans les milieux populaires dans le premier tiers du 18 ème
siècle reste assez limitée, en particulier dans les campagnes, comme l'indique la
citation ci-dessus, le français est devenu sans aucun doute le vulgaire de référence
principal dans le domaine culturel38, notamment dans les couches les plus aisées des
villes. On peut citer deux faits illustrant cette évolution : la mission du père Clément
Duhalde en 1734 à Saint-Jean-de-Luz, les propos de M. Harriet dans l'introduction à sa
grammaire de 1741.
60 L'anecdote de la mission de Duhalde est illustrative des changements intervenus depuis
le siècle précédent dans la distribution sociale de la partition diglossique français-
basque, dans les villes basques, dans le cas présent de Saint-Jean-de-Luz. De quoi s'agit-
il ? Dans les années 1734-1735, les édiles luziens et en particulier le maire Leremboure
souhaitèrent faire venir dans leur ville une mission, dirigée par Duhalde, un capucin
natif du village voisin d'Ascain, devenu un prédicateur prestigieux, et appelé père
Clément. L'organisation de cette mission se heurta à un certain nombre de difficultés
matérielles de telle sorte que divers documents écrits ont été conservés concernant cet
épisode, et en particulier le programme des journées de cette mission qui dura près
d'un mois (Duvoisin 1861 : 92-95 ; Nogaret 1925 : 79 ; et surtout Darrobers 1994 :
123-135). En effet, l'un des éléments intéressants de cette mission est qu'elle
matérialise dans son programme quotidien la partition diglossique qui s'impose dans le
premier tiers du 18ème siècle à Saint-Jean-de-Luz lors des solennités religieuses
importantes, avec un emploi du basque réservé aux actes destinés aux classes
modestes :
Le plan que nous suivons... étoit de donner un sermon en basque à six heures du matin en
faveur des artisans et des domestiques, une méditation en basque à huit heures pour
préparer à la confession successivement les filles, les femmes, les garçons et les hommes, un s
(econd) sermon en françois à dix heures, une conférence alternativement en basque et en
françois à deux heures de relevée, et un troisième sermon en françois vers les trois heures et
demi. (Lettre du père C. Duhalde du 31/07/1734 ; cf. Darrobers 1994 : 125)
61 Ainsi qu'on le constate, sont prévus en basque, les sermons de l'office de six heures
destiné aux artisans et aux domestiques, ainsi que la méditation de huit heures avant la
confession, acte de nature individuelle et intime, tandis qu'à dix heures, à une heure
convenant mieux à un public plus bourgeois, est programmé le prêche en français.
Illustration expressive de la distribution sociale liée à la diglossie à l'occasion d'actes
religieux solennels, qui montre la place acquise par le français comme langue de
référence culturelle des classes privilégiées à Saint-Jean-de-Luz au début du second
tiers du 18ème siècle.
62 La situation de la production des textes basques est alors assez proche de celle que
dénonçait Larramendi au-delà de la frontière, où la langue basque est celle qui est
réservée aux gens du commun39 :
(15) Et l'infamie est désormais arrivée au point d'utiliser ces prédicateurs [ne pouvant
prêcher en basque] pour que dans beaucoup de villages, de communautés moniales et de
confréries on tienne pour chose de moindre valeur ce qui se prêche en basque. Au prétexte
que le basque est seulement une langue pour les ruraux, paysans et gens pauvres.
(Larramendi, Corografía de Guipúzcoa : 305)

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63 Un autre témoignage de l'évolution des rapports polyglossiques et de la progression du


français tant à l'égard du latin que du basque en Labourd nous est offert par M. Harriet
quelques années plus tard. Ce dernier était notaire à Larressore, et nous est connu
comme l'auteur d'une grammaire (1741) rédigée en basque mais destinée à faciliter
l'apprentissage du français. C'est en quelque sorte l'équivalent du travail réalisé par
Etcheberri de Sare un quart de siècle plus tôt avec sa grammaire latine, bien que ni par
leur ambition, ni par leur contenu, les deux ouvrages ne puissent être comparés. Alors
qu'Etcheberri situe son ouvrage en faveur de l'éducation de la jeunesse basque dans le
cadre de la vieille diglossie, avec en perspective une promotion du basque comme
langue du savoir et de la culture, Harriet se place clairement dans une perspective
différente : il veut simplement faciliter l'aide à la lecture des livres écrits en français, et
insiste sur l'absence d'ambition de son travail qu'il associe à la modestie du public
auquel il s'adresse :
(16) La raison qui m'a amené à publier cet humble travail n'est rien d'autre que celle de
porter un peu d'aide aux Basques qui essaient d'apprendre le français. Ainsi, je ne fais point
ce modeste livre pour qu'il soit examiné en lui-même, mais pour que par son intermédiaire
les Basques qui ont le désir d'apprendre la langue française trouvent quelque aide et facilité,
afin de comprendre quelque chose des livres écrits par les personnes savantes et d'en tirer
quelque profit. (Harriet, Gramatica escuaraz eta francesez, 1741, Au lecteur)
64 Harriet s'adresse à un public alphabétisé, mais ne pouvant entendre que le basque, de
sorte qu'il offre les rudiments de grammaire française en usant du basque comme
métalangue. Ses propos montrent que pour le public plutôt modeste auquel il s'adresse
l'acquisition des savoirs avancés passe par la lecture en français qu'il faut donc
apprendre. La question de l'expression de ces savoirs en basque, qu'Etcheberri de Sare
avait posée un quart de siècle plus tôt, n'est pas évoquée.
65 L'extension de cette alphabétisation, dans les campagnes notamment, au cours de la
première moitié du 18ème siècle est encouragée par les autorités religieuses. Dans sa
préface à l'ouvrage rassemblant les lettres de la fondatrice de la maison de Hasparren
(1751), l'évêque de Bellefonds présentait ainsi la situation du Pays Basque dans la
première partie du siècle :
Le Pays Basque est situé sur les frontières de la France et de l'Espagne, dans les diocèses de
Bayonne, de Dax, d'Oloron et de Pampelune. Malgré le commerce avec ces deux royaumes, et
le passage continuel de toute sorte de personnes, on peut dire que la langue le rend presque
inaccessible aux étrangers ; il leur est presque impossible de l'apprendre ; elle n'a aucun
rapport avec une langue connue. Ce pays ne peut donc trouver de ressources que dans lui-
même pour l'instruction des peuples et l'éducation de la jeunesse. Peu de familles sont en
état d'envoyer leurs enfants ailleurs ; les personnes du sexe et les gens de la campagne y
seraient absolument sans secours, si des prédicateurs, des maîtres et des maîtresses du pays,
ne se chargeaient pas de les instruire dans leur langue. (Vie et lettres de Mme d'Etcheverry,
1751, Préface de l'évêque de Bellefonds)
66 Ce texte est intéressant en ce qu'il montre la part prise par l'église dans l'organisation
de l'alphabétisation (prédicateurs, maîtres et maîtresses sont assimilés en tant
qu'instructeurs). Cette instruction modeste est conçue comme s'adressant aux
populations les moins favorisées (femmes et gens de la campagne) qui n'ont pas les
moyens de faire former leurs enfants en dehors du pays, où ils pourraient apprendre le
français.
67 Dans la seconde partie du 18ème siècle, nous trouvons le témoignage indirect des effets
entraînés par la progression des langues de culture dans les populations intermédiaires
bénéficiant d'une scolarité plus avancée. Ces dernières sont perçues comme n'étant

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plus en mesure de lire des textes basques d'une certaine tenue, tels que, par exemple,
pour les Souletins, la traduction de l'Imitation de Jésus Christ, publiée dans ce dialecte en
1757. Dans sa dédicace à l'évêque d'Oloron, l'auteur indique d'une part, avoir réalisé sa
traduction pour faire connaître ce texte à ceux qui ne savaient que leur langue de
naissance (reprise de la conception traditionnelle du lectorat des textes basques), mais,
d'autre part, son espoir de voir son ouvrage utilisé à l'école pour que les enfants
basques apprennent à lire aussi bien qu'en latin et français 40. Maister est à ma
connaissance le seul auteur du 18ème siècle dans la sphère des dialectes orientaux à
poser, au moins implicitement, le problème de la lecture en basque pour un lectorat
bascophone mieux formé à la lecture en français, voire en latin. Il n'hésite pas,
d'ailleurs, à proposer que l'on use de sa traduction pour apprendre à ces enfants à lire
dans leur langue, de même qu'ils apprennent à lire en français et latin :
(17b) il semble que les enfants fréquentant l'école obtiendront ce bénéfice [tiré de la lecture
de l'Imitation], en apprenant à lire le basque, de même qu'ils apprennent le latin et le
français, et en conservant beaucoup plus facilement à l'esprit les saintes vérités qu'on leur
enseigne au catéchisme. (Maister, Jesus-Christen Imitationia, décicace à l'évêque
d'Oloron)
68 Il est possible que l'œuvre basque restée en son temps inédite de J. Eguiateguy, lui-
même étant enseignant en Soule, soit également à situer dans le contexte d'une prise
de conscience des problèmes de diglossie littéraire chez une certaine élite locale (en
l'occurrence peut-être spécifiquement sou-letine). Le titre de l'un de ses ouvrages (Le
philosophe basque, écrit dont la copie du manuscrit porte la date de 1785) et ses choix
linguistiques, largement marqués par l'influence de Larramendi, vont en ce sens, même
si cet essai, il est vrai mal engagé, demeura sans suite.
 
5. Dévalorisation de l'écrit basque au 18ème siècle.
69 Jusqu'au milieu du 17ème siècle, la présence sociale du basque en Labourd est
suffisamment forte pour que, lors de leur venue dans le diocèse de Labourd, des
membres du clergé non-natifs mais ouverts à l'altérité linguistique, apprennent en un
temps relativement court la langue et, avant de s'éloigner du Pays Basque pour
poursuivre leur carrière, deviennent des promoteurs efficaces du labourdin classique.
Ce fut, nous l'avons vu, le cas de Materre, initiateur de la tradition écrite labourdine ; ce
fut également celui d'un autre prêtre, S. Pouvreau, qui traduisit divers ouvrages en
basque, et qui est également l'auteur du premier dictionnaire à entrées basques
connu41.
70 Il est peu probable que ce fut là le seul fait du hasard, et il est significatif que cette
circonstance ne se renouvellera plus dans les lettres basques 42. Certes, à partir de la fin
du 18ème siècle, et tout au long des 19 ème et 20 ème siècles, nombreux seront les
scientifiques non basques qui s'intéresseront à la langue, mais aucun d'entre eux ne
devint un auteur basque comme purent l'être Materre ou Pouvreau. Plus jamais jusqu'à
une date toute récente la langue basque ne rencontrera un environnement social en
mesure de susciter des vocations ou des initiatives individuelles de cette nature.
71 Au cours du 18ème siècle, les conséquences attachées à la perte de prestige de la langue
basque se firent plus manifestes. La tentative quelque peu pathétique d'Etcheberri de
Sare, appelant la jeunesse du Labourd à s'engager dans la guerre du savoir et à cultiver
la langue basque ne rencontra guère d'échos. L'Assemblée du Labourd refusa de lui

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attribuer la subvention qu'il avait sollicitée pour publier sa grammaire latine écrite en
basque (1718). Etcheberri, qui était médecin, avait d'ailleurs quitté le Labourd pour le
Guipuzcoa, où ses travaux, en particulier un dictionnaire (perdu), eurent un certain
écho grâce à Larramendi qui en eut connaissance.
72 Durant la même période, et notamment au cours de la première moitié du 18 ème siècle,
l'alphabétisation de premier niveau s'étendit au sein de la population. Cette
alphabétisation eut pour effet d'accroître le lectorat basque potentiel car elle
s'effectuait au bénéfice des populations modestes. Toutefois, dans le même temps, la
diffusion du français progressa dans les couches intermédiaires, grâce en particulier à
l'amélioration de son enseignement dans les écoles. Ce double mouvement eut pour
conséquence de conduire à une dévalorisation de l'écrit basque. En effet, l'attitude et
les comportements antérieurs, déterminés par l'asymétrie propre aux rapports
diglossiques, et selon laquelle l'écrit basque s'adressait à ceux ne sachant que le basque,
n'avait pas disparu. On n'incluait pas dans la représentation sociale du lectorat
potentiel des textes basques, les lecteurs bascophones en mesure de lire le français. De
ce point de vue, l'attitude de Maister en Soule, souhaitant attirer un lectorat familiarisé
avec la lecture de textes français ou latins, était réellement atypique, ainsi que nous
l'avons indiqué dans le paragraphe précédent.
73 On a un exemple particulièrement net des conséquences de cette attitude avec
l'ouvrage publié par Lopez en 1782. Il s'agit d'une adaptation d'un ouvrage de A.
Rodriguez intitulé dans l'original castillan Práctica de la perfection Cristiana (1609). Le
titre de l'ouvrage basque, très certainement adapté d'une traduction française, comme
le donne à penser Lopez dans son avertissement43, indique qu'il s'adresse à ceux qui ne
savent que le basque (heuzkara bezik eztakitenen dako). Certes, Materre avait dit de
même, tout comme Axular, mais un siècle et demi plus tard la signification sociale de
cette restriction est toute autre, en raison des progrès du français parmi les couches
intermédiaires comme langue de l'écrit. Désormais ce genre de texte s'adresse aux gens
des campagnes de peu de moyens, et il convient de leur fournir des textes ni trop
longs44 ni trop onéreux. L'approbation de Philippes d'Abense, curé de Juxue, en tête de
l'ouvrage de Lopez le précise :
(19) il [le livre de Lopez] présente deux avantages, d'abord, il offre dans un livre qui n'est
point trop grand ce qui se trouve de plus profitable pour le peuple des villages dans un des
meilleurs des ouvrages de dévotion que nous ayons, et qui est quatre fois plus long, ensuite,
par sa briéveté il se trouve à portée d'achat des familles les plus pauvres. (Lopez, Alphonsa
Rodriguez (...) Aitaren Guiristhinho Perfeccioniaren praticaren pparte bat Heuzcarala
itçulia, 1782, Approbation de P. D'Abense).
74 L'auteur également insiste dans son avertissement sur le type de public qu'il vise en
réalisant cette adaptation basque :
(20) Concernant la longueur de l'ouvrage, (...) il était préférable de ne traduire en basque
qu'une partie de ce long livre, la meilleure pour les gens du commun, en délaissant les
autres ; car ainsi le livre sera plus court et moins cher, et par conséquent les gens pauvres
l'achèteront plus facilement, et ceux qui en tireront profit seront plus nombreux. (Lopez,
Alphonsa Rodriguez (...) Aitaren Guiristhinho Perfeccioniaren praticaren pparte bat
Heuzcarala itçulia, 1782, Avertissement)
75 Les conséquences de cette évolution sur la nature et la qualité littéraire des textes
basques sont également apparentes. Les textes correspondant à des créations
diminuent sensiblement comme on l'a dit plus haut, et les premières traditions écrites
renvoyant à des productions populaires apparaissent avec le développement d'un

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théâtre dramatique populaire en Soule au 18ème siècle. Bien que reposant sur l'écrit,
toujours manuscrit dans la tradition, ce théâtre possède les caractéristiques de la
littérature orale traditionnelle (absence d'autorité, fixation instable des textes laissant
libre cours aux remaniements, appropriation collective au travers de modes narratifs et
représen-tationnels ritualisés, etc.), et une indifférence assumée à l'égard des critères
habituels de l'esthétique littéraire de l'écrit. Les pastorales tragiques souleti-nes de
cette époque représentent ainsi une expression directe de l'évolution des rapports
diglossiques dans le domaine des lettres45 : la langue basque, langue de première
alphabétisation des populations46, peut être employée pour faire vivre dans de petites
bourgades et villages, en dehors de toute structure spécialisée et en marge des circuits
de diffusion classiques correspondant à l'imprimé47, un théâtre populaire dont le
répertoire était principalement fondé sur la thématique religieuse hagiographique ou
légendaire de la littérature populaire publiée en français.
76 Il n'est pas non plus exclu que les évolutions dialectales amorcées dans la seconde
partie du 17ème siècle, mais qui se marquent plus nettement dans les textes du 18 ème
siècle, traduisent également les modifications évoquées ci-dessus dans le paysage
géographique et social associé à l'euskara. En l'absence de forte tradition littéraire, il
est inévitable que la perception des différences dialectales à l'écrit soient ressenties de
manière aiguë, car la transcription les met en évidence. Aux difficultés de maîtrise du
code scriptural s'ajoutent celles qui peuvent correspondre à des différences
linguistiques proprement dites. De façon générale, malgré la forte empreinte du modèle
labourdin, vaillamment défendu par Etcheberri de Sare, ce standard fut bientôt
accompagné de variantes orientales, dans lesquelles progressivement l'empreinte bas-
navarraise se fit mieux sentir (Pikabea 1993). Je serais assez tenté d'associer cette
évolution à la perte de prestige et à une certaine ruralisation des textes labourdins et
de l'écrit basque en général (processus qui s'achèvera à la fin du 19 ème siècle avec
l'abandon du labourdin classique).
77 L'exemple de la mission du père Duhalde à Saint-Jean-de-Luz à la fin 1734, et que nous
avons évoqué plus haut, est de ce point de vue assez illus-tratif. Lorsque Duhalde
annonça son programme en indiquant que la mission compterait une douzaine de
personnes, et durerait un mois, il précisa qu'il n'y aurait que deux prédicateurs du
Labourd, dont lui-même (il ajoutait qu'ayant beaucoup oublié le basque, il ne serait pas
en mesure de prêcher dans cette langue), et que la plupart des missionnaires seraient
originaires de Soule ou de Basse-Navarre. Les conditions de réalisation de la mission
inquiétèrent les responsables luziens, qui devaient prendre en charge les frais de séjour
des missionnaires et ceux attenant aux coûts annexes. Ils suggérèrent donc au capucin
de réduire la durée de la mission, ainsi que le nombre de missionnaires. Pour justifier
ce second aspect de leur demande, ils arguèrent de la difficulté pour les Luziens à
comprendre des prédicateurs bas-navarrais en raison de l'écart dialectal, et
proposèrent de fournir eux-mêmes ces prédicateurs locaux :
Nous vous prions... de faire attention au langage des Prédicateurs Basques. L'idiome de
Basse-Navarre est Grec pour nous, nous ne l'entendons absolument pas et à supposer que
vous seriés en peine d'en trouver de ceux qui parlent à notre façon. Nous avons icy deux ou
trois dignes éclésiastiques qui rempliront ce devoir avec honneur et à la satisfaction de notre
peuple. (Lettre du maire Leremboure du 04/08/1734, Darrobers 1994 : 128)
78 La réponse du responsable de la mission fut sèche : il objectait que cette question
dialectale avait fait l'objet d'une discussion préalable, au cours de laquelle les Luziens
avaient indiqué que la différence d'idiome ne leur paraissait pas un obstacle à la

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compréhension. Il semble bien que la question de la distance dialectale ait été en


l'occurrence utilisée avec une certaine mauvaise foi pour appuyer une requête dont les
motifs étaient avant tout financiers48.
79 Cette instrumentalisation est toutefois significative d'une situation sociolinguistique où
ces arguments peuvent être avancés49.
 
6. La difficulté à naître des lettres basques dans les
provinces ibériques.
80 Dans la comptabilité des ouvrages basques rapportés par Sarasola 50 (1976 : 179), la très
faible production d'ouvrages basques outre-Bidassoa, à plus forte raison d'ouvrages
monolingues originaux, est frappante. La question se pose donc d'expliquer cette
carence, qui contraste avec le relatif dynamisme que l'on observe en Labourd.
Comment peut-on rendre compte de cette donnée ?
81 Il faut en premier lieu écarter toute explication qui se fonderait sur un manque de
moyens matériels ou humains, conséquence d'un quelconque retard socioculturel. A
vrai dire, ce serait plutôt le phénomène inverse. Les conditions objectives nécessaires
au développement d'une tradition écrite en langue vulgaire existaient bien dès le 16 ème
siècle dans les provinces basques ibériques, mais cette tradition se déploya
principalement, sinon exclusivement, au bénéfice du castillan, qui était devenu depuis
longtemps au sein de Royaume du Castille, y compris dans les provinces basques en
dépendant51, la principale langue de pouvoir, et même dans une certaine mesure de
diffusion du savoir52. Cette tradition s'était également imposée en Navarre, habituée
dès le 13ème siècle à recourir au roman dans la documentation juridique puisque le Fuero
general (dont la rédaction définitive date de 1266) est rédigé en navarro-aragonais 53
(Goyenetche 1998 : 418).
82 Pour ne prendre que l'exemple des imprimeries, on observe que c'est dans les
provinces ibériques que furent créés les premiers établissements en Pays Basque ou à sa
frontière. Bien avant que la première imprimerie fût créée à Bayonne, il y en eut à
Pampelune, Estella, Tudela, Bilbao, Saint-Sébastien54, mais en dehors des textes latins ce
fut essentiellement au profit du castillan55.
83 Plus significatif de ce phénomène est ce que l'on observe dans le secteur de l'éducation.
Nous avons vu que pour les Basques de France, il était nécessaire jusqu'au milieu du 18
ème
siècle de quitter le pays pour recevoir une éducation quelque peu avancée et
apprendre le français. Comparons cette situation avec celle que l'on rencontrait dans le
diocèse de Navarre, dans lequel il y avait également une proportion importante que de
bascophones, puisque, s'il contenait une partie de l'Aragon et le sud de la Navarre, tous
deux non bascophones, il incluait aussi toute la Navarre bascophone et la plus grande
partie du Guipuzcoa56.
84 De fait, en Navarre, la question de l'éducation prend un relief notable dès le milieu du
16ème siècle, d'une part, parce que de façon générale l'Eglise d'Espagne anticipe quelque
peu les réformes tridentines, et, d'autre part, parce qu'après la guerre de conquête du
début du siècle, qui avait débouché sur un conflit latent, les évolutions religieuses de
l'autre côté d'une frontière encore contestée, donnaient une grande importance à ce
problème57.

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85 Ce souci se manifesta en premier lieu dans l'enseignement, puisque l'année où


l'université d'Oñate était créée (1550), les Cortes de Navarre débattaient de l'utilité de
créer une université en Navarre (Vergara Ciorda 1991 : 37)58 . En fait certaines difficulté
surgirent et c'est en 1615 que naquit une première université à Irache et, peu après, en
1630, une seconde à Pampelune, sans compter le collège des Jésuites de Pampelune
(1580), les collèges séculaires59, et les écoles de grammaire60.
86 L'organisation de l'enseignement élémentaire également commença au 16 ème siècle,
l'objectif principal étant, comme généralement en France, l'instruction religieuse,
appuyée sur une maîtrise minimale de la lecture. Goñi Gaztambide (1947 : 282) souligne
ainsi que les écoles élémentaires se rencontrent au milieu du 16 ème siècle non seulement
à Pampelune, mais encore dans des villages et bourgades comme Muruzábal, Burlada,
Obanos, Belascoain et Artajona, ce qui suppose que dans la seconde moitié du 16 ème
siècle l'instruction primaire avait atteint un certain développement, même en dehors
de Pampelune.
87 Placées sous le contrôle de l'Eglise, certaines de ces écoles recevaient un financement
public, comme Belapeyre souhaitait que cela se fît en Soule. Laspalas Perez (1987 : 30)
dénombre dix-neuf paroisses de Navarre qui ont des écoles de premier degré ainsi
financées61.
88 D'autres correspondaient à des fondations privées comme à Azkoitia 62 ou Motrico, où,
en 1610, une somme fut versée afin de salarier un maître d'école pour enseigner aux enfants
de cette ville la doctrine chrétienne, lire, écrire et compter (Azpiazu 1998).
89 Tout indique que cet enseignement élémentaire se faisait en castillan. Il en était ainsi
bien sûr dans les collèges comme celui de Pampelune (Vergara Ciorda 1991 : 172-185),
mais également dans les degrés inférieurs ; cf. Goñi Gaztambide (1947 : 288). La coupure
sociale attachée à la diglossie pouvait ainsi s'exprimer à travers l'écrit ; on en a
l'illustration avec l'introduction dans les Fors du Guipuzcoa d'une ordonnance,
approuvée par décret royal en 1573, exigeant que les représentants aux juntes de la
province sachent lire et écrire, ce qui, en fait, signifiait qu'ils devaient savoir le castillan
(Goyhenetche 1998 : 211). Une quarantaine d'années plus tard (1613), les juntes de
Biscaye adoptent une disposition semblable précisant qu'il convient de savoir lire et
écrire en romance63, ce qui excluait de cette charge la majorité de la population, comme
le remarque Fernández de Pinedo (1974 : 67-77).
90 De façon symptomatique, parmi les textes administratifs rédigés en basque,
évidemment peu nombreux et de niveau très local, que l'on rencontre, les principaux
sont ceux qui résultent d'un échange de lettres entre municipalités des deux côtés de la
frontière. Les plus anciens connus, qui datent de 1616, renvoient à un courrier entre
deux responsables publics souletin et roncalais. Cette correspondance n'est que très
partiellement connue car non éditée, mais le peu que l'on en connaît exprime
clairement la cause du choix de langue et son caractère exceptionnel :
(17) Monsieur, comme vous ne comprenez pas le langage français, et comme je ne sais pas
écrire en espagnol, pour cette raison j'écris cette lettre en basque, avec l'espoir que vous
prendrez plaisir à lire en notre langage naturel. (cf. Lettre de Gabriel d'Etchart à Miguel
Ros, 1616, d'après la citation rapportée par Altuna & Miranda (1995 : 532)
91 Comme on le voit la langue basque vient en dernier recours. Il est implicitement
indiqué dans les propos de l'auteur que, dans des circonstances où les correspondants
seraient en mesure de communiquer au moyen de l'une des deux langues de pouvoir,

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l'emploi du basque, défini pourtant comme la langue commune naturelle des


interlocuteurs, serait écarté.
92 Même dans les échanges entre responsables de chaque côté de la frontière, l'emploi du
basque exigeait une maîtrise minimale de l'écrit basque, ce qui n'était pas une situation
se rencontrant toujours, du moins outre-Bidassoa. Pour illustrer ceci, on citera le cas
d'un échange de lettres en basque datant de 1680 entre les responsables de deux villes
voisines de chaque côté de la Bidassoa, Urrugne et Fontarrabie. Dans une des lettres
(22/01/1680), le rédacteur de Fontarrabie indiquait qu'en raison des différences
dialectales et des difficultés à entendre les écrits basques de ses correspondants, il
désirait que ceux-ci leur écrivissent en espagnol, lui-même étant disposé si nécessaire à
poursuivre en basque ou en français (zuen eta gure iscuntza escaraz aguitz differenta baita
pena dugu chit ezin explicatuz zuen letra. Halla desiratzen guinduque zuec guri espainoles
escribatzea, eta guc zuei franceses edo escaras), cf. Sarasola (1983 : 135). Compte tenu de la
proximité des deux villes, pratiquement contiguës bien que séparées par la frontière
des royaumes (Hendaye fut un quartier d'Urrugne jusqu'au milieu du 17 ème siècle), la
distance linguistique ne peut expliquer ces difficultés de compréhension, qu'il convient
d'attribuer, comme le fait Sarasola, l'éditeur de ces lettres, au manque de maîtrise de
l'écrit basque chez les rédacteurs de Fontarrabie ; ils n'étaient probablement pas en
mesure de saisir avec la précision nécessaire les courriers adressés en basque par leurs
voisins sur des sujets relativement délicats à dimension juridique.
93 Cette mise à l'écart du basque dans la documentation administrative se rencontre dans
les documents relatifs à la vie commerciale dans les provinces ibériques. Et ceci, encore
une fois, de manière très précoce. Cette donnée nous est rapportée par Madariaga dans
un ouvrage de 1565 dans lequel il manifeste sa contrariété à voir ses compatriotes
écarter systématiquement le basque lors de l'usage de l'écrit dans leurs activités
commerciales :
(18) Je ne puis m'empêcher de quelque sentiment de colère envers mes Biscayens, qui ne se
servent pas de celle-ci [la langue biscayenne] dans leur correspondance et leur négoce, et qui
donnent ainsi à beaucoup l'occasion de penser qu'elle ne peut s'écrire, alors qu'il existe
pourtant des livres imprimés. (Madariaga, Tercera parte del libro intitulado honrra de
escriuanos (...) 1565, apud Altzibar (1989,2 : 03)
94 Les raisons expliquant l'absence d'un mouvement en faveur d'un développement des
lettres basques dans les provinces ibériques semblent avant tout reposer sur les
habitudes et représentations associées à la partition diglossique. En fait, contrairement
à ce que l'on a tendance à penser, il n'y a pas de grande différence en ce domaine de
chaque côté de la frontière, car de façon générale, avec les rares exceptions que nous
avons rappelées, l'écrit basque est spécialement destiné aux personnes ignorant, ici, le
français, ou, là, l'espagnol. Toutefois, le vulgaire castillan acquit très tôt ses positions
de langue de pouvoir dans les provinces basques ibériques, et il disposa également d'un
réseau de diffusion mis en place de manière précoce. Lorsqu'au 16 ème siècle se produisit
le mouvement de vulgarisation linguistique favorisé par la diffusion de l'imprimerie et
la propagation des idées nouvelles, puis par le développement de la réforme catholique,
il ne put guère profiter au basque dans ces provinces, car la place du vulgaire dans
l'organisation diglossique associée à l'écrit était déjà prise par le castillan. Ce dernier,
au surplus, apparut longtemps comme la meilleure arme de défense de la catholicité
dans le royaume. L'interdiction imposée par Philippe II pour les ressortissants de son
royaume de sortir des frontières pour étudier (1559) afin d'éviter toute contagion
hérétique, si elle ne concernait pas l'écrit basque, manifestait cet état d'esprit, et, de

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fait, force est de constater que les deux contributions aux lettres basques réalisées en
ce siècle dans les provinces non contrôlées par le Roi d'Espagne n'étaient, ni l'une
(Dechepare), ni, à plus forte raison, l'autre (Liçarrague), de celles qui pouvaient
contribuer à lever d'éventuelles suspicions dans ce domaine.
95 Le 17ème siècle confirma la stabilité et la constance de ces attitudes et comportements
linguistiques, lesquels ne doivent en rien être associés à une perte de prestige
symbolique de la langue au sens où on l'entend habituellement. En fait, très tôt la
langue basque est investie d'une charge symbolique forte dans le cadre des références
instituées au sein de la monarchie espagnole, et fortement marquée par l'idée
d'authenticité et de pureté des origines. La basquité qu'elle exprime est un gage de
christianité et de nobilité. Un contraste s'établit donc dès le 16 ème siècle parmi les
défenseurs de la langue entre le maintien d'un statut sociolinguistique, où la langue
basque est dépréciée et écartée de tous les emplois écrits et socialement valorisants, et
un fort investissement emblématique où l'on défend l'idée que le basque fut la langue
primitive de l'ensemble des terres d'Espagne (cf. Tovar 1980, Zubiaur 1990). C'est cette
contradiction que Claverie, dans un hommage en vers adressé à l'auteur, en tête du
troisième ouvrage d'Etcheberri de Ciboure (1636), avait moquée, en raillant les auteurs
qui, comme Garibay ou Echave, avaient parlé en espagnol des Basques, alors qu'étant
Basques c'est en basque qu'ils auraient dû défendre leurs idées (Villasante 1979 : 71).
96 L'exclusion à peu près totale du basque dans l'enseignement d'outre-Bidassoa
contrastait avec la situation rencontrée sur l'autre rive, laquelle paraissait relativement
enviable aux yeux des bascophiles du Guipuzcoa du 18ème siècle. C'est ainsi que dans son
ouvrage Eusqueraren berri onac [Les bonnes nouvelles de la langue basque] Cardaberaz
oppose au système d'enseignement des écoles du Pays Basque de France où dit-il (1761 :
18) on explique et enseigne les règles de grammaire en basque aux Basques français
(Frances Euscaldunai Gramaticaco Erreglac Eusqueraz adiraci, ta era-custen diezcate),
celui des écoles des provinces d'Espagne, où déjà s'était répandu64 l'usage du signal
stigmatisant l'emploi de la langue basque à l'école, pratique qui se poursuivra jusqu'au
20ème siècle, y compris en France à partir du 19ème siècle :
(19) Ici les parents et les maîtres d'école doivent remédier à une faute grave, et rendre à
notre langue basque plus de services que cela a été le cas jusqu'à présent. On n'a vu nulle
part dans la société de langue ayant un sort plus malheureux que celui de la langue basque ;
on veut l'enterrer et la retirer de la société des gens comme si elle n'était pas notre langue
maternelle ou de naissance, et dans les écoles ils veulent l'interdire au moyen de la punition,
du fouet, et de l'anneau ou signal. Quelle folie plus abominable que celle là ? (Cardaberaz,
Eusqueraren berri onac, 1761 : 17)
97 La réaction de Cardaberaz montre que dans certains secteurs un sentiment
d'incompréhension apparaît alors, relativement à l'exclusion du basque de
l'enseignement, en particulier élémentaire, bien que l'on ne voie pas les conséquences
concrètes de cette prise de conscience, dès lors en tous les cas que l'on quitte le secteur
des couches sociales les plus modestes. Par exemple, il ne semble pas que lorsqu'en
1751 on demanda à Larramendi de rédiger le programme du collège pour jeunes filles
que l'on voulait créer à Vergara, il ait prévu la moindre place pour l'enseignement de la
langue basque, alors même que le programme prévu - relativement avancé pour le
temps - accordait une place non négligeable à l'apprentissage de la grammaire et de
l'orthographe du castillan (Malaxechevarrίa 1926 : 147).
98 Nous avons un autre témoignage d'une prise de conscience quelques années plus tard,
non plus chez un Jésuite, mais chez un esprit rattaché à un autre courant de pensée,

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puisqu'il appartenait à la Real Sociedad Bascongada de los Amigos del Paίs, dont il soutenait
les activités. Installé à Cadiz et travaillant également avec l'Amérique du Sud, cet
illustrado, nommé J. de Eguino, adressa en 1771 un courrier à la société, dans lequel il
fait une description très réaliste de la manière dont les rapports diglossiques avaient
été gérés dans les provinces basques65. Le texte suivant, extrait de cette lettre, est cité
par Altzibar (1985) :
(20)... [la langue basque] se maintient dans les contrées arides de quelques montagnes où les
natifs, quel qu'ait été leur attachement à son égard, l'ont uniquement conservée comme un
joyau domestique, reléguée dans un coin, sans autre parure que celle de sa pureté originelle,
les attaques reçues de toute part la condamnant à une totale extermination ; ainsi, comme il
est nécessaire de savoir le castillan dans les relations ordinaires avec les autres Espagnols, et
que ce dernier présente plus d'intérêt que le basque pour toute sortes de raisons de
commodité, tout l'effort vise à maîtriser celui-ci depuis l'enfance. Dans les écoles primaires
on apprend à lire et à écrire en castillan, et même on interdit aux enfants de parler basque,
afin qu'il ne les gêne pas pour apprendre l'autre idiome. Dans tous les bourgs, et
spécialement les plus grands, le castillan est courant et même dominant entre
ecclésiastiques, gentilhommes et toutes personnes de quelque distinction. On prêche en
castillan. Les écritures, les accords et les conventions publiques se font en castillan dans les
tribunaux des provinces et au Conseil royal de Navarre. On dispose et ordonne en tout en
castillan : les capitaines généraux et intendants, magistrats royaux et autres ministres du roi
parlent, gouvernent et donnent leurs ordres en castillan. Et même les fors et ordonnances
particulières des bourgs sont en castillan. Ainsi, bien loin de contribuer à polir, embellir et
préserver le basque, depuis des siècles tout conspire à sa décadence... (lettre d'Eguino à la
RSBAP de 1771, citée par Altzibar 1985)
99 La situation décrite par Eguino, correspondant à la seconde partie du 18 ème siècle, avait
été mise en place très tôt dans les zones bascophones des provinces ibériques, car en ce
qui concerne la place relative des vulgaires, elle constituait le prolongement direct des
rapports interlinguistiques établis bien avant l'invention de l'imprimerie, dans lesquels
le castillan avait acquis au sein du système polyglossique le statut de vulgaire
supérieur. Le 16ème siècle n'avait fait que renforcer la position du castillan qui
monopolisait donc les nouveaux usages écrits conquis sur le latin y compris dans le
domaine de l'administration religieuse. Par exemple, dès 1544, le latin avait supplanté
par l'espagnol dans les procédures et dans les écrits de la curie dans le diocèse de
Navarre (Jimeno Jurίo 1995 : 59)66.
100 Les considérations émises dans ces derniers paragraphes doivent être mises en
contraste avec les indications rapportées dans les sections précédentes. Elles
définissent de façon nette une perspective chronologique dans laquelle la faiblesse, en
nombre et en qualité, de la production écrite en langue basque dans les provinces
ibériques jusqu'au 18ème siècle, n'est pas le résultat d'un retard dans l'évolution des
rapports diglossiques, mais plutôt le fruit d'une anticipation de ce qui se produira de
l'autre côté de la frontière à partir d'abord de la seconde partie du 17 ème siècle, puis, de
façon plus marquée au siècle suivant.
 
7. Le mouvement bascophile du 18ème siècle outre-
Bidassoa : Larramendi et la Real Sociedad Bascongada
de los Amigos del País.
101 Comme nous l'avons dit dans les lignes précédentes, le concile de Trente n'eut guère de
conséquences pour les lettres basques dans les provinces basques ibériques, sinon à

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travers la publication de petits catéchismes traduits, sans ambition. Exclu de


l'enseignement67, même dans ses formes les plus élémentaires, sans emploi dans l'écrit
public, le basque se trouvait de fait écarté des usages oraux socialement valorisés, y
compris dans le domaine religieux, le seul où la situation de diglossie aurait pu lui offrir
un terrain d'expression, comme ce fut le cas dans une certaine mesure de l'autre côté
de la frontière. La langue basque n'avait donc pu être forgée et façonnée pour répondre
aux nécessités de ces registres. C'est ce constat que faisait Larramendi dans la lettre
qu'il adressait à Mendiburu en 1747, en regrettant que les prédicateurs ne fussent pas
en mesure de prêcher en basque, faute d'une maîtrise suffisante de la langue :
(21) Mais peu savent ne serait-ce qu'à moitié le basque de leur pays natal, et comme ils sont
paresseux, ils ne veulent pas mieux l'apprendre, et ils ne veulent pas s'en donner la peine. Et
que résulte-t-il de tout ceci ? Avec le peu qu'il savent, comme ils ne sont pas en mesure avec
un petit ensemble de mots, pas même une poignée, d'exprimer ce qu'ils ont à dire, ils utilisent
en chaire un langage confus, parfois basque, parfois castillan, parfois latin, l'ensemble étant
souillé, sali, appauvri, de telle sorte qu'il semble qu'ils se sont hissés sur la chaire pour se
moquer les auditeurs ; et je m'étonne toujours, comment beaucoup d'entre eux ne se font pas
pousser et jeter au bas de la tribune pour leur infortune. (Larramendi, Lettre à
Mendiburu du 15 mars 1747, Euskal testuak : 35)
102 Face à cette carence, au 18ème siècle, un certain nombre de membres du clergé régulier,
comprenant un groupe de Jésuites composé de Mendiburu, Cardaberaz, et de leur
maître à penser en matière linguistique, M. Larramendi, et également des Franciscains,
en particulier ceux du couvent de Zarautz68, voulurent réagir. Il est difficile de
déterminer la part de l'attachement linguistique et du zèle pastoral dans ce
mouvement. Probablement les deux facteurs jouèrent, dans des proportions variables
selon les individus.
103 Cette réaction se produisit face à une situation où de façon générale le clergé n'usait
souvent que du castillan, faute d'une maîtrise suffisante de la langue du pays. C'est ce
qu'indique Larramendi dans sa lettre de 1747 à Mendiburu :
(22) Et quoi ? De nombreux prédicateurs ne fréquentent-ils pas nos églises ? Ne prêchent-ils
pas par clameurs et chuchotements la connaissance conduisant au ciel ? C'est vrai, ils
prêchent et ils sermonnent. Mais quelle importance, si la plupart des auditeurs n'entendent
pas leur propos ? On veut nous faire croire que le castillan est compris, même chez ceux qui
ne l'ont pas appris. Ceci n'est pas vrai : ce sont des prétextes et des propos de paresseux :
même si quelques mots sont entendus, le vent emporte les autres, et le pain de la parole
divine reste pour le Basque sans profit, faute d'être morcelé. (Larramendi, Lettre à
Mendiburu du 15 mars 1747, Euskal testuak : 35)
104 Les causes de cette situation sont analysées par Mendiburu. Il y voit la conséquence
d'une formation acquise en dehors d'un environnement bascophone, de sorte que leur
connaissance du basque se limite à ce qui avait été appris dans l'enfance :
(23) Les hommes d'église basques deviennent ecclésiastiques et prédicateurs après avoir fait
toutes leurs études dans quelque ville où l'on parle castillan. Ils partent faire leurs études en
n'ayant appris qu'un basque d'enfant, et rien d'autre, et le peu qu'ils savaient est émoussé
lorsqu'ils atteignent la fin de leurs études ; et quand ils deviennent ecclésiastiques et
prédicateurs, ils se retrouvent au niveau de leur enfance, ne sachant même pas le basque.
(Mendiburu, Mendibururen idazlan argitaragabeak, 1er livre : 53)
105 L'effort d'une partie du clargé régulier pour remédier à cette situation eut un certain
succès. Pourtant, malgré l'ambition de Larramendi de conférer à la langue basque un
statut digne des ambitions qu'il avait pour elle, dans une certaine mesure, cette
tentative se solda par un échec, dont témoignent les positions adoptées par le principal
mouvement de modernisation intellectuelle et sociale que les provinces basques

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ibériques connurent dans la seconde partie du 18ème siècle : la Real Sociedad Bascongada
de los Amigos del Paίs (RSBAP désormais).
106 Ce mouvement est considéré comme ayant introduit les idées encyclopédistes en
Espagne, et l'intérêt qu'il montra à l'égard de la langue basque a pu donner à penser
qu'il favorisa, après Larramendi, et dans un contexte nouveau, à la suite notamment de
l'expulsion des Jésuites (1767), l'éveil d'une conscience linguistique dans les provinces
basques.
107 Il a été indiqué dans une note précédente (note 50) que le fondateur de la RSBAP, J.
Muñibe, avait contribué à une activité théâtrale relativement riche en Guipuzcoa, et
qu'il avait à cette occasion manifesté son attachement à la langue basque. Un propos de
l'un des membres de la RSBAP, J. Eguino, a été également rapporté, qui montrait la
claire conscience que l'on pouvait avoir dans la seconde partie du 18 ème siècle du sort
fait à la langue basque dans les provinces ibériques. Dans le même sens, les statuts et les
actes des réunions annuelles de la société expriment cette préoccupation. Ainsi les
statuts de 1765, année suivant celle de la création de la RSBAP, indiquent que si certains
membres se consacreront à l'étude de la littérature espagnole, d'autres s'appliqueront à
polir et à cultiver la langue basque (a puliry cultivar la lengua bascongada ; art. 9 des statuts).
Altzibar (1985) a montré que ce dernier point, surtout jusqu'en 1776, fut effectivement
mis en œuvre, comme le prouvent les travaux de versification basque (réalisés,
principalement, semble-t-il, à l'occasion de réceptions et visites), les dialogues basques
prévus comme intermèdes lors des réunions académiques, et les travaux de
lexicographie envisagés.
108 Pourtant, lorsque l'on examine de plus près comment cet attachement à la langue se
concrétise dans des projets relatifs au développement de l'éducation, on constate qu'il
n'est suivi d'aucun effet, et qu'aucune remise en cause réelle du statut social de la
langue n'est à l'ordre du jour. Compte tenu des idées des membres de la société
concernant l'importance de l'instruction et l'enseignement des langues, on aurait
attendu que la bascophilie des membres de la RSBAP transparût dans les programmes
de la société dans le domaine de l'éducation ; or ce ne fut pas le cas. Un incident
significatif illustre, on ne peut mieux, ce qui pourrait apparaître comme un paradoxe, si
l'on oubliait la force des mécanismes de reproduction des représentations et des
attitudes déterminées par des siècles de diglossie, renforcés en l'occurrence, nous le
verrons, par la pression que les structures d'état exerçaient afin que l'on ne s'écartât
pas des comportements antérieurs.
109 La RSBAP accordait une grande importance à l'éducation, et se montrait tout à fait
novatrice dans ses programmes. Sur le plan linguistique, notamment, elle défendait
l'idée de faire accéder les enfants à la connaissance de la grammaire par un
enseignement dans leur langue maternelle (lengua nativa). Mais puisque le basque était
la langue maternelle des habitants du Guipuzcoa, province dont, selon tous les
témoignages, les natifs étaient universellement bascophones en ce temps, ne fallait-il
pas que l'enseignement fût dispensé en basque ?
110 Voici dans quelles circonstances la question fut posée. En 1771, les actes de la
commission chargée de ces questions au sein de la RSBAP décidèrent de créer un
concours afin d'introduire dans les écoles du pays, dont la société entendait encourager
le développement, l'étude de la grammaire et de l'orthographe espagnoles dans les
meilleures conditions. Il s'agissait de récompenser le meilleur ouvrage scolaire
permettant d'enseigner la grammaire et l'orthographe du castillan à partir des travaux

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de l'Académie de la Langue espagnole69. Cette initiative ne fut pas comprise par tout le
monde. En effet, les actes des assemblées de 1772 se firent l'écho d'une protestation
anonyme70, signée El amigo alabés, dans laquelle il était notamment reproché à la RSBAP
de promouvoir pour les écoles publiques l'enseignement de la grammaire espagnole.
Après avoir invoqué l'autorité de divers auteurs pour établir que la première grammaire
qui doit être enseignée aux enfants est celle de la langue native, l'auteur concluait, selon les
extraits des actes de la RSBAP de 1772 :
(24) ... que [la langue native] étant pour ces provinces la langue basque et non le castillan,
l'essai de la Société est diamétralement opposé à la doctrine de ces sages, et à ce que les Grecs
et les Romains pratiquaient. (Extractos del Año 1772 : 88)
111 Dans sa réponse, la Commission assure qu'elle fait sienne l'idée selon laquelle ne pas
enseigner la grammaire dans la langue maternelle des enfants est une erreur. Puis elle
poursuit, en envisageant, pour y répondre, l'objection que pourrait lui faire l'auteur de
la lettre anonyme :
(25) Mais (répliquera l'Anonyme) elle [la RSBAP] se contredit elle-même en enseignant la
grammaire castillane dans les écoles basques. C'est ici qu'est l'erreur. 1°) Parce que, bien que
la langue particulière du pays soit la langue basque, celte de la Nation est la castillane,
laquelle est par conséquent la langue native de tous les Espagnols. 2°) Parce que par décision
du gouvernement on ne peut employer d'autre langue que le castillan ; de sorte que tous les
plis, livres, manuscrits et matières qui sont donnés aux enfants sont en castillan, avec
simultanément interdiction du basque, si bien qu'il a été établi l'usage d'un anneau qui passe
de main en main entre ceux qui fautent sur ce point, de manière que celui qui le possède en
fin de semaine reçoive une punition. 3°) Parce que la compréhension du castillan devenant
usuelle dans les écoles basques grâce à ses moyens, et la fin de la doctrine dont nous parlons
ici consistant à enseigner la grammaire dans la langue qui est par avance connue, on obtient
parfaitement ceci par le moyen déterminé par la Société. (Extractos del Año de 1772 :
100-101)
112 Ainsi qu'on le voit, la commission donne une réponse politique à une question qui, telle
qu'elle était présentée, se voulait avant tout pédagogique : user de la langue du pays
pour faciliter la diffusion du savoir. A aucun moment l'interprétation politique n'est
discutée comme telle, et si les interdits et obligations établis par le gouvernement sont
rappelés, il ne sont pas l'objet de réserve. Les auteurs (Sarrailh 1954, Alborg 1985,
Martinez Gorriarán 1993) ont généralement analysé ceci comme une approbation de
cette politique, ce qui est probable. Il est néanmoins vraisemblable que cette
approbation ne fut pas unanime, bien que l'on ne trouve plus dans les extraits des
travaux des commissions d'écho d'une autre divergence de vue. Les seuls témoignages
d'un désaccord de fonds apparaissent dans certaines lettres. Nous avons parlé plus haut
de la lettre d'Eguino ; on peut également mentionner celle adressée en 1775 par R.
Gaetano Aldaeta, curé de l'église Santa Marina de Vergara, au Comte de Peñaflorifa.
Hélas, cette lettre, que J. Urquijo avait conservée, n'a pu être retrouvée et nous n'en
avons qu'une connaissance indirecte (Euskaltzaindia, Euskararen liburu zuria : 473).
113 Ainsi qu'on le voit, le renouvellement et la modernisation apportés en matière
d'enseignement par la RSBAP ne profitèrent en rien à la langue basque, qui demeura
pour la société un objet d'étude (voire, durant les premières années, d'exercice
littéraire), mais qui ne put franchir les portes de l'école, où elle continua d'être
interdite et objet de pratiques vexatoires comme celle du signal. Il est symptomatique
qu'en 1775, lorsque fut présenté le projet d'une école patriotique de niveau secondaire
tout à fait novatrice car orientée vers le bien social et non plus vers le seul enseignement
général comme dans les collèges et les séminaires, il était prévu outre l'enseignement

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de l'orthographe et de la grammaire espagnoles et du déchiffrage des lettres anciennes,


l'apprentissage des langues suivantes : latin, français, italien, anglais, allemand. Aucune
place par conséquent n'était faite au basque pour cette école qui devait être créée au
cœur du Pays Basque occidental, à Vergara71.
 
8. Conclusion.
114 Parvenu au terme de ce parcours, concluons en prolongeant nos réflexions
introductives. On observe qu'à la fin du 18ème siècle les déterminants culturels et
notamment sociolinguistiques pesant sur les lettres basques ont évolué de telle
manière que les situations de chaque côté de la frontière se sont rapprochées, même si
les pesanteurs des processus déjà bien engagés deux siècles plus tôt font encore sentir
leurs effets.
115 En Labourd, Basse-Navarre et Soule, le basque, au début du 17 ème siècle, avait pu
bénéficier d'une situation de polyglossie où le français n'avait pas encore acquis face au
latin l'ensemble des positions que le castillan avait antérieurement conquises outre-
Bidassoa. Ce dernier était devenu, de façon très précoce, par un processus déclenché
dès la première moitié du 13ème siècle par le Roi de Castille, la langue d'usage dans le
domaine de l'administration et du droit dans tous les territoires dépendant du
royaume, et sa position fut renforcée par le dynamisme et prestige acquis par les lettres
castillanes au 16ème siècle. De façon précoce également, c'est le roman, très bientôt le
castillan spécifiquement, qui s'imposa en Navarre. Le castillan fut donc institué dans les
zones bascophones d'outre-Bidassoa comme vulgaire de référence face au latin, et avec
le développement de l'imprimerie, le système diglossique qui s'instaura au 16 ème siècle
réserva dès le départ le domaine de l'écrit et de l'instruction élémentaire et secondaire
au latin et au castillan. Ainsi, la langue basque, qui aurait pu bénéficier du mouvement
de la Contre-Réforme en faveur des parlers locaux, n'en profita pratiquement pas.
116 En France, si le français bénéficia grandement du mouvement renaissant, les
conséquences secondaires de ce changement (celles qui pouvaient affecter la langue
basque) atteignirent assez tardivement les provinces basques frontalières. D'abord, en
raison de l'influence très sensible d'un roman ibérique au sein de la principale
structure politique régionale, le Royaume de Navarre. Ensuite, du fait également de la
présence d'une tradition occitane qui s'était imposée préalablement, et resta présente
dans certains domaines de la vie publique jusqu'au 16ème, voire même, comme nous
l'avons vu plus haut, jusqu'au 17ème siècle pour certains textes juridiques. D'ailleurs, le
basque ne s'était pas trouvé totalement exclu du grand mouvement de promotion
linguistique du 16ème siècle, comme en témoigne la publication des vers de Dechepare
en 1545. L'existence d'une forte impulsion calviniste dans la seconde moitié du 16 ème
siècle contribua également à donner à la langue basque un statut dans le domaine de
l'écrit, avec la traduction du Nouveau Testament réalisée à la demande de Jeanne
d'Albret, Reine de Navarre, et publiée en 1571. Aussi, la réforme catholique qui fut mise
en œuvre au tournant du siècle, dans les deux principaux diocèses français incluant des
zones bascophones tint compte de cette situation et bénéficia à la langue basque,
laquelle constitua pour les couches populaires la langue de première alphabétisation,
celle attachée à l'instruction religieuse. Il est probable, comme nous l'avons vu, que ceci
donna lieu dans les années 1625-1635 à un certain nombre d'oppositions, lorsque du
moins l'usage du basque s'éloignait des modes d'expression usuels rencontrés en

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français dans le cadre de l'instruction doctrinale. Malgré ce contexte conflictuel, une


tradition écrite en langue basque put se développer dans ces provinces, principalement
fondée sur l'idée d'un lectorat monolingue. De façon inverse, une telle tradition ne put
surgir dans les provinces ibériques, car il n'existait pas à cette époque de
représentation sociale correspondant à un lectorat bascophone ignorant le castillan.
117 En fait, il fallut deux ou trois décennies pour que les nouveaux rapports diglossiques se
stabilisent dans les provinces basques aquitaines, réservant au basque une certaine
place dans les domaines considérés comme primordiaux (en pratique, la religion), mais
où le français était jugé stérile car ignoré des lecteurs potentiels. Les efforts de
quelques auteurs, comme notamment ceux d'Etcheberri de Ciboure pour dépasser ces
limites, qui faisaient du basque une langue du dernier recours, réservée aux seules
populations monolingues, n'eurent guère de suite, malgré les tentatives de
personnalités comme Oihénart ou Etcheberri de Sare, seuls écrivains basques laïcs de ce
temps, dégagés par conséquent des préoccupations utilitaires liées à l'apostolat. Au
cours du siècle suivant, à mesure que les positions sociales et l'usage de la langue
française progressaient, l'emploi du basque à l'écrit se trouva relégué dans des registres
de moins en moins gratifiants et presque toujours dépendants (traductions et
adaptations), et dans un environnement social de plus en plus pauvre et rural, si bien
qu'au milieu du 18ème siècle, la situation de l'écrit basque était devenue assez semblable
de chaque côté de la frontière : pour le dire sans les nuances qu'il conviendrait
néanmoins d'ajouter, compte tenu de la complexité de la matière, il était socialement
perçu comme destiné aux seuls bascophones monolingues peu scolarisés et donc
appartenant aux populations les moins favorisées des campagnes, exclues d'une
éducation quelque peu avancée.
118 Le mouvement qui apparut en Guipuzcoa et Biscaye au 18ème siècle pour donner à la
langue basque un autre statut ne remit pas véritablement en cause cette situation,
même s'il permit aux dialectes d'outre-Bidassoa de développer une certaine tradition,
un peu sur le modèle de ce qui avait déjà été réalisé en labourdin et souletin. La
naissance et le développement d'un mouvement de rénovation intellectuelle telle que
celui représenté par la RSBAP aurait pu offrir une occasion de sortir la langue du carcan
dans lequel les rapports diglossiques la tenaient enfermée depuis plusieurs siècles. Mais
si la question put se poser, la réponse fut à nouveau négative. S'il est probable que
l'attitude agressive en matière linguistique de la part du pouvoir royal dans le dernier
tiers du siècle ne favorisa pas un tel changement, il semble également que l'élan social
qui eût été nécessaire pour entraîner une telle modification des rapports diglossiques
ne fut jamais suffisamment vigoureux. L'analyse lucide d'Eguino concernant la
situation sociale de la langue basque n'eut guère d'échos, sinon négatifs comme nous
l'avons vu, parmi ses collègues de la société, et lui-même se contenta par la suite de
promouvoir des thèses historiques de Larramendi. En fait, ce qui se jouait alors dans les
provinces ibériques ne faisait que préfigurer ce qui advint deux décennies plus tard
dans les provinces aquitaines lors de la Révolution. Le mouvement intellectuel
bascophile et favorable aux idées nouvelles que purent représenter par exemple les
frères Garat ne déboucha sur rien, et l'idée de bilinguisme, parfois évoquée à propos de
la réalisation de traductions des textes révolutionnaires, outre qu'elle fut conçue chez
certains de ses promoteurs comme un instrument à fonctionnalité double
d'acculturation et de déculturation linguistique72, resta lettre morte en Pays Basque.

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NOTES
1.  Nous ne mentionnons ici que les ouvrages réellement connus (au moins indirectement,
comme dans le cas du catéchisme d'EIso). Il est fort possible que d'autres ouvrages furent publiés
dont aucune trace n'a été conservée, comme semblent l'indiquer certaines observations
d'auteurs du 16ème siècle, tel Madariaga ; voir Altzibar (1989 : 2, 03), et les références citées.
2.  De l'autre côté de la frontière également, le mouvement bascophile du 18 ème siècle ne manqua
pas de reconnaître l'importance de l'école labourdine. Ainsi Larramendi, qui en eut une
connaissance directe à travers ses lectures et peut-être également à l'occasion de son séjour dans
les environs de Bayonne avec la Reine Anne de Neubourg, veuve de Charles II, dont il fut le
confesseur. On rappellera aussi qu'Añibarro ( 1748-1830) réalisa une adaptation biscayenne de
l'ouvrage majeur de la littérature labourdine classique. Gero (‘Après’) d'Axular.
3.  Société qui avait obtenu le monopole du commerce avec le Venezuela.

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4.  Le texte original en basque ou espagnol des citations traduites dans le texte est donné en
appendice. La numérotation précédant la citation renvoie à celle de cet appendice.
5.  Le début de cette période se signale aussi par les retombées du conflit engagé dans le Royaume
pour réduire les foyers protestants. Des bâtiments des ports de Saint-Jean-de-Luz et Bayonne.
dûment armés, furent ainsi engagés dans la défense de l'île de Ré, menacée par la flotte anglaise,
et dans le siège de la Rochelle. (Goyetche 1883 : 76, Nogaret 1925 : 176)
6.  Les Fors de Basse-Navarre, que le Roi approuva en 1611 et qui furent publiés en 1645, sont
écrits en gascon, tout comme d'ailleurs les Coutumes de Labourd et celles de Soule, mais celles-ci
furent rédigées beaucoup plus tôt (1513 pour le Labourd, 1520 pour la Soule), et imprimées pour
la première fois en 1553, soit près d'un siècle plus tôt.
7.  De Lancre indique qu'un prêtre régulier s'était présenté à lui pour accomplir la tâche
d'interprète, et discute les difficultés pouvant résulter de cette situation du fait notamment de
l'existence de prêtres sorciers : Qu'étant de même partie, tant d'éxécutions faites par Justice le
[l'interprète] pourrait tirer à commisération, ou bien étant Prêtre, à se plaire au sang, voyant qu'il se
présentait plusieurs Prêtres sorciers, se ressentant plus que les autres de l'indignité commise par des gens
élevés en même fonction et dignité que lui, et à ce saint ordre de Prêtrise. (1612 [1982 : 279]). De Lancre.
pour interroger les prêtres, devait donc utiliser les services d'un interprète. Celui qui s'était
présenté à lui donna apparemment toute satisfaction, bien que sa connaissance du français ne fût
pas aussi bonne que souhaitable : encore qu'il fût bien versé en la langue Basque, il n'était pas si
suffisant en la langue Française (idem : 278). Au demeurant, malgré cette insuffisance, il fallait s'en
contenter, car. confie de Lancre. à peine aussi s'en trouverait-il un dans le pays plus suffisant pour cet
office. (idem : 280)
8.  Malgré l'exiguïté des territoires, trois Evêchés étaient concernés : celui de Bayonne. qui,
même après la perte en 1566 des derniers archiprêtrés situés en Guipuzcoa et Haute-Navarre,
couvrait pour l'essentiel un territoire bascophone, puisqu'il incluait tout le Labourd et la plus
grande partie de la Basse-Navarre ; celui de Dax qui incluait diverses paroisses de Basse-Navarre
(Pays de Mixe et d'Ostabaret); et enfin celui d'Oloron. qui incluait les paroisses de Soule. Dans la
seconde partie du 16ème siècle, les trois évêchés connurent une activité protestante, plus ou moins
intensive selon les zones.
9.  Le besoin d'instruction avait été souligné également par de Lancre relativement au problème
de la sorcellerie :... le nombre des Sorciers est si grand en ce pays de Labourd, et si trouve tant d'âmes
dévoyées, que de penser les ramener ou déterminer par la voie de justice, il est du tout impossible, La
dévotion et bonne instruction y feraient beaucoup plus d'effort. (De Lancre 1612 [1982 : 80])
10.  La qualité de l'ouvrage de Materre n'a rien de comparable avec celle du petit texte biscayen
de Betolaça (1596), qui correspondait plutôt à une cartilla bilingue, et qui était sans grand intérêt
(en dehors bien sûr du domaine linguistique); cf. Resines (1988).
11.  L'œuvre basque d'Oihenart (recueil de dictons et proverbes, poèmes à thème amoureux) se
distingue évidemment dans ce panorama. Mais si Oihenart connaissait bien les auteurs et les
textes labourdins, comme le montrent les correspondances entretenues avec J. Etcheberri et S.
Pouvreau, et son Art poétique basque (1665), on ne peut le rattacher aux lettres labourdines, ne
serait-ce que pour des raisons linguistiques.
12.  Il ne semble pas que les auteurs labourdins aient voulu s'adresser à un lectorat de
transmetteurs (constitué d'enseignants et, en pratique, appartenant au clergé), contrairement
par exemple à Belapeyre en Soule (et sans doute aussi à Liçarrague). Materre dans son
avertissement aux Basques indique son souhait de voir le livre atteindre un large public : (2) J'ai
formé le projet d'écrire et de mettre à la disposition des gens ce petit livre, afin qu'on y lise (lorsqu'il n'y a
pas d'autre enseignant) ce qu'il convient de croire, et comment il faut agir et demander. Axular, qui
figurait parmi les approbateurs de l'ouvrage de Materre, indique également que ce dernier
méritait de circuler parmi les gens et dans les mains de tous (meregi duena ibil dadin iendartean,
eta guztien escuetan).

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13.  En dehors du Labourd, Oihenart offre l'exemple d'une démarche différente. En effet, lorsqu'il
publie ses poèmes ( 1656), il a sans aucun doute à l'esprit un lectorat cultivé, allant bien au-delà
des monolingues bascophones.
14.  Cet ouvrage est perdu. On ne le connaît qu'à travers la mention qu'en fit Belapeyre une
dizaine d'années plus tard dans l'avertissement adressé au clergé de Soule, duquel cette citation
est extraite.
15.  La vision que les auteurs labourdins ont de leur lectorat est proche de celle que l'on
rencontre dans la littérature romane ibérique au moment où elle se construit face au latin. Juan
Manuel avait également associé l'usage du vulgaire roman à un lectorat laïc peu lettré, en
évoquant ceux qui font ou font faire certains livres, principalement en roman, ce qui est le signe
qu'ils sont destinés aux laïcs qui ne sont pas très lettrés ; (par esta razon, los que fazen o mandan
fazer algunos libros, mayor mente en romançe, que es sennal que se fazen para los legos que no son
muy letrados) ; cf. Montoya Martínez & Riquer (1998 : 272).
16.  L'importance de ce lectorat est également confirmée par la place qui lui est accordée dans le
second ouvrage en labourdin classique, ayant succédé à celui de Materre, le Manual devotionezcoa
d'Etcheberri de Ciboure (1627), dont le second livre contient également des prières destinées aux
gens en mer ; voir en particulier l’Avertissement au lecteur marin.
17.  Aux portes du Labourd, le collège de Bayonne, qui venait de s'ouvrir à la fin du 16 ème siècle,
ne bénéficia guère aux jeunes Labourdins, en particulier parce qu'il s'agissait d'un collège
municipal. destiné à recevoir les fils de la ville, et donc sans internat. Par ailleurs, l'enseignement
dispensé était d'un niveau modeste (Pontet 1980). Le premier séminaire diocésain ne fut ouvert
qu'en 1722, mais comme il était sous l'influence janséniste, il ne connut pas le développement
attendu. De fait, c'est le collège de Larressore, créé une douzaine d'années plus tard par
Daguerre, qui s'imposa, et devint le principal centre de formation de la jeunesse labourdine à
partir du milieu du 18ème siècle. Une exception doit être peut être faite pour l'école
d'hydrographie créée à Bayonne en 1676 (Pontet- Fourmigué 1990 : 542), bien qu'on ignore si les
marins labourdins y eurent beaucoup recours, les enseignements étant en tout état de cause
dispensés en français (Arcocha-Scarcia 2000). Observons que plus d'un siècle plus tard, en 1790,
une pétition de marins de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure réclamait que les articles de l'examen de
pilote et de capitaine fussent traduits en basque ; cf. Lassus (1987 : 270-271).
18.  Dubarat (1901 : CCCXLVII) rapporte que les statuts sinodaux de l'évêché du Labourd en 1553
ne faisaient pas mention des questions d'enseignement, dont la catéchèse pourtant dépendait.
Par contre ceux de 1663 abordent ce sujet : Les statuts de 1666 ordonnent qu'il y ait dans chaque
paroisse un régent ou instituteur pour instruire les garçons et leur apprendre le catéchisme ; les filles seront
confiées aux sœurs appellées vulgairement benoistes. Bien sûr ceci ne signifie pas que cet
enseignement n'existait pas auparavant, mais qu'on entendait le généraliser. En ce qui concerne
cet enseignement jusqu'à la Révolution, voir Oyharçabal 1999a.
19.  Il va sans dire que, même à ce niveau, l'instruction était sexuellement inégalitaire. Les
dispositions synodales du 17ème ne font pas apparaître une opposition de principe à un
enseignement féminin, mais en instituant une instruction séparée (cf. note précédente), elles
mettaient en place un système où les filles étaient généralement défavorisées ; cf. Oyharçabal
1999a. En Labourd, la maison de retraite créée par Melle Etcheverry à Hasparren en 1738, sous
l'égide de Daguerre, fondateur du Séminaire de Larressore, proposait un enseignement
élémentaire destiné aux jeunes filles pauvres.
20.  De façon générale, au-delà de l'acquisition des rudiments religieux, les secteurs de la société
associés au négoce n'envisagent sans doute guère les questions de formation en dehors des
objectifs liés à leur activité. Au début du siècle suivant. Lespès de Hureaux, Lieutenant Général de
la Sénéchaussée de Bayonne, souligne dans un rapport rédigé vers 1718 le désintérêt qu'il
observe à Bayonne relativement aux questions d'art et de science : Cette ville n 'étant presque
composée que de négocians et gens de commerce il n 'est pas surprenant que peu de personnes s'y adonnent

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aux lettres et aux belles sciences. (Mémoire sur Bayonne, Labourt et le Bourg St Esprit, manuscrit de la
Bibliothèque Municipale de Bayonne).
21.  Sur les distinctions à opérer concernant l'alphabétisation de lecture et d'écriture dans la
société de l'Ancien Régime, et les précautions à prendre à l'égard d'une évaluation se limitant
aux statistiques de signatures comme on l'a fait pour le 19 eme siècle, on se rapportera aux travaux
de R. Chartier. Voir en particulier dans Pratiques de la lecture (1985), le chapitre Du livre au lire.
22.  Le type diglossique basque vs français se distingue du précédent (basque vs latin) en ce qu'à
terme il est porteur d'une solution à l'opposition diglossique par l'extinction de la langue
infériorisée, ou sa transformation en langue minoritaire minorée. Il suffit qu'à travers quelques
générations les conditions sociales conduisent les locuteurs ayant acquis une compétence
bilingue à ne transmettre que la seule langue à statut prestigieux (cas typique pour le basque en
Pays Basque à l'époque moderne). Dans le type diglossique où la langue de prestige est une
langue morte (le latin au 17ème siècle), au contraire, la transmission de la langue infériorisée n'est
pas mise en cause à moyen terme. En fait, le dépassement de l'opposition diglossique passe alors
par la conquête par la langue à statut inférieur des domaines réservés précédemment à la langue
à statut supérieur (langues romanesface au latin).
23.  Le statut des langues a longtemps été associé dans la tradition occidentale à leur soumission
à des règles. L'absence de grammaire pour une langue est donc perçue comme un défaut et une
insuffisance de cette langue. Comme il l'indique dans le prologue, c'est pour réfuter la croyance
générale que le basque ne pouvait être réduit à règles et méthodes (impossible reducir à methodo,
y reglas el Bascuenze) que lorsqu'il rédigea sa grammaire en 1729, Larramendi l'intitula El
impossible vencido.
24.  Ces adjectifs sont ceux utilisés par Juan de Mariana à propos du basque (grosero v bárbaro),
propos qu'Oihenart dénonça vivement dans sa Notifia (1636, 1 er liv., 12ème ch.).
25.  La distinction écrit vs oral dans l'enseignement religieux se rencontre souvent. Elle est très
bien illustrée notamment dans les pays de langue d'oc, où la distance entre les langues de la
diglossie est moins marquée. Par exemple dans le diocèse de Dax, au 18 ème siècle, l'évêque Suarès
d'Aulan exige des prêtres et des régents qu'ils enseignent en gascon alors qu'il fait publier le
catéchisme en français (Sérurier 1874). De manière très significative, on en arrive parfois à faire
des catéchismes en français en introduisant des gasconismes de façon à s'assurer que le clergé
effectuera les traductions de manière à peu près uniforme dans l'instruction. Eygun (1992)
signale ainsi cette observation de l'évêque d'Auch en 1764 : On nous a fait apercevoir que le
Catéchisme devant être, presque partout, enseigné en Langue Vulgaire, il étoit à propos d'employer, autant
qu'il seroit possible, dans le Français, un tour et des expressions qui puissent être rendus comme mot pour
mot, dans l'idiome qui est en usage dans ce Diocèse, afin que par-là. la traduction fut partout la même.
26.  Depuis le Concordat de Bologne (1516) les évêques étaient choisis par le Roi de France, même
si après 1591 une enquête préalable était menée par le représentant de Rome à Paris.
27.  L'église catholique demeura longtemps, jusqu'à la seconde moitié du 18 ème siècle, hostile à la
traduction en langue vulgaire de la Vulgate latine. Cette réticence (moins marquée en France en
raison d'abord du jansénisme, puis de la pastorale écrite ayant suivi la révocation de l'Edit de
Nantes) prit fin dans les années qui suivirent le bref pontifical de Benoît XIV ( 1757) autorisant
l'usage des versions de la Bible en langue vulgaire (Julia 1997 : 286); l'édit de Benoit XIV
demandant que les textes des écritures saintes soient lus en langue vulgaire lors des offices, date
de 1782 (Abellan, 1986 : 19). Les traductions en basque du Nouveau Testament, malgré l'existence
d'un manuscrit du 18ème siècle (version des évangiles de 1740 due à Haraneder), ne furent
reconnues par l'église qu'en 1855 pour la France (traduction de Harriet), et 1931 pour l'Espagne
(traduction d'Olabide). Sachant l'attachement des populations basques à la religion catholique
durant cette période, il est difficile de ne pas associer la nature tardive de ces reconnaissances au
statut social de la langue basque.

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28.  Les dédicaces antérieures adressées à des autorités non bascophones, étaient soient bilingues
(Liçarrague), soit rédigées en français (Materre).
29.  Le mépris dont le basque pouvait être l'objet dans certains milieux cléricaux en cette
première moitié du 17ème siècle est également dénoncé par Haranburu dans l'avertissement de
son manuel de 1635 ; voir Oyharçabal (2001).
30.  On trouve chez Etcheberri de Sare (1712 [1907 : 87]) une allusion à ce cas de figure. Ayant
rapporte' une anecdote concernant l'Empereur Sévère et selon laquelle celui-ci avait éloigné sa
sœur au motif qu'elle parlait mal le latin (négligé au bénéfice du grec), Etcheberri fait cette
remarque : (10) Il serait bon aujourd'hui aussi d'éloigner et d'enlever du pays de tels Basques
déshonorants ; et d'ajouter ces mots rayés dans le manuscrit : je crois bien qu'on en trouverait
quelques uns propres à s'éloigner, et qui d'ailleurs s'en iraient de bon cœur, s'il se trouvait ailleurs une
autre charge semblable et d'aussi bon rapport. Visiblement Etcheberri. dans cette remarque qu'une
prudence postérieure lui a sans doute fait rayer sur son manuscrit, a certains Basques à l'esprit,
qui, jouissant d'une position enviable en Labourd, n'ont guère d'estime pour la langue du pays.
Parmi les personnes méprisant le basque, Etcheberri distinguait, d'une part, les non-natifs qui
ignoraient la langue tels Mariana. et d'autre part, les Basques, qui, confondant capacité
expressive et extension géographique. méprisaient la langue considérée comme impropre à une
communication riche : (11) le basque n 'est pas aussi aussi pauvre en mots qu'il est étroit et limité en
territoire : et ils [les Basques détracteurs du basque] n'ont pas à rendre le basque coupable et fautif,
mais bien eux-mêmes, d'être si négligents et inappliqués à apprendre la langue que la naissance leur a
donnée. Etcheberri de Sare (1712 [1907 : 85])
31.  Au sens propre, le terme erdara désigne toute langue autre que le basque. En pratique, dans
les contextes de bilinguisme social, il dénote aussi souvent l'autre langue, par exemple le français
en Labourd, ou le castillan dans les provinces ibériques.
32.  Comme on ignore l'argumentation des adversaires d'Etcheberri. on peut imaginer que leur
opposition à l'emploi du basque pouvait avoir des formes plus ou moins radicales. La version la
moins agressive pouvait consister à limiter l'usage du basque dans les textes d'instruction
religieuse à la traduction, éventuellement dans des éditions bilingues.
33.  Résines (1997 : 177) indique que dès le 16 ème siècle certains auteurs, comme notamment Juan
de Avila, n'hésitent pas à utiliser la versification pour faciliter l'apprentissage de certains points
de doctrine par le chant. Il convient aussi de signaler dans le même esprit le Cancionero General de
la Doctrina Cristiana (1579) de Juan López de Ubeda, fondateur d'un séminaire destiné
spécialement à la formation de catéchistes à Alcalá de Henares ; cf. Rodriguez-Moñino
(1942-1944).
34.  Ce registre est très expressif en basque, où il est en quelque sorte grammaticalisé, car il
entraîne l'accord dit allocutif dans toutes les formes verbales non subordonnées.
35.  La citation qu'Urkizu (1986) rapporte est extraite d'un ouvrage datant de 1569 (Prima
Scaligerana...); les deux autres langues, outre le basque et le français, sont bien sûr le gascon (pour
les pays basques, c'est-à-dire, en ce temps, ceux d'en decà des Pyrénées), et l'espagnol : Il faut que
les Basques parlent quatre langues. François, parce qu'ils plaident en français au Presidial de Bayonne, & de
là à la seneschaussée d'Aqs ; Gascon pour les pays basque & Espagnol.
36.  Etcheberri commence son avertissement au lecteur du 1 er livre de son Manual devotionezcoa
en citant divers auteurs ayant chanté leur pays. Les noms qu'il cite sont Caton (Italie), Pibrac
(France), Verino (Espagne) et Ader (Gascogne).
37.  Il s'agit de la grammaire rédigée par Etcheberri de Sare (1712), qui cependant ne fut pas
publiée : Escual Herriari eta escualdun guztiei escuarazco hatsapenac latin ikhasteco (Rudiments
en langue basque pour apprendre le latin, destinés au Pays Basque et à tous les Basques).
38.  On peut également illustrer ce point en rapportant une anecdote relative à l'un des
principaux animateurs de la vie intellectuelle labourdine au milieu du 18 ème siècle en Labourd. à
savoir l'abbé Daguerre. fondateur et directeur du principal séminaire du diocèse du Labourd. La

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correspondance que Melle d'Etcheverry, l'une de ses protégées qui dirigeait un établissement
destiné à accueillir des jeunes filles et novices à Hasparren. a été publiée, et on peut y apprendre
que Daguerre tenait à ce qu'il lui fût écrit en français. Dans une lettre en date du 24 avril 1745,
Melle d'Etcheverry lui faisait observer qu'il avait placé l'une des novices en grande difficulté en
l'obligeant à lui adresser sa correspondance en français : vous l'avez mise à une grande épreuve, en
voulant qu'elle vous écrivît en français ce qu'il lui est absolument impossible (Lettres et vie de Mademoiselle
d'Etcheverry, 1751 : 173). Daguerre était certainement connu comme prédicateur basque car c'est
probablement lui que les édiles luziens avaient voulu faire venir à Saint-Jean-de-Luz pour
prêcher en basque en 1734 en équipe avec Duhalde. Il écrivit également dans un basque excellent
l'approbation du manuel de vie chrétienne de Baratciart (1784), professeur dans son
établissement de Larressore. Mais c'est en français qu'il rédigea la seule publication (1763) qu'on
lui connaît. L'ouvrage, qui traitait de morale chrétienne, eut d'ailleurs un certain succès (cinq
éditions jusqu'en 1823). On peut voir dans cette figure une illustration de la primauté acquise par
le français dans le clergé labourdin cultivé du 18ème siècle.
39.  Larramendi acceptait, au moins par résignation, la diglossie classique à base thématique (le
basque étant la langue de l'intime et du quotidien dans les couches privilégiées bilingues), mais
refusait l'évolution conduisant à l'abandon complet de l'usage du basque chez les bilingues
cultivés, dans leur rapports interpersonnels. Ce processus était apparemment en cours en son
temps comme le montre la citation suivante : (14) Que ce principe [selon lequel le basque n'est bon
que pour s'adresser aux gens de la campagne de condition modeste] soit bien reçu et accepté entre
les jeunes des collèges et séminaires, très imbus de belles lettres et de latin, castillan ou français, langues
dans lesquelles ils ont étudié, et qu'ils pratiquent dans leurs conversations sur ces matières, qui ne sont ni
communes, ni populaires, passons, puisque jusqu'ici on n'a pas écrit sur elles en basque. Mais qu'ainsi ces
jeunes comme d'autres anciens, ecclésiastiques, religieux et séculiers basques, engagent une conversation
sur des sujets usuels et communs et dédaignent d'employer alors la langue maternelle du pays, parce que
cela a moins de valeur, est irrationnel et folie. (Larramendi, Corografia de Guipúzcoa : 305)
40.  Dans l'avertissement au lecteur également, Maister, l'auteur probable de cette traduction de
l'Imitation, aborde la question de la difficulté de lecture (supposée plus grande que dans les
langues de référence habituelles) : (17a) Il y aura quelques personnes pour dire que l'absence
d'habitude de lire en basque rendra sans attrait, pénible et difficile, l'accomplissement de cette tâche [lire
l'ouvrage] ; même s'il en est ainsi au début, par la suite ces difficultés iront diminuant à mesure que l'on
s'accoutumera, et petit à petit, de même que l'on apprend à lire les autres langues, on apprendra à lire celle-
ci. Pour cette raison c'est dans ce livre que les instituteurs devraient apprendre à lire aux enfants qui ne
savent que le basque ; (Maister. Jesus-Christen Imitationia, 1757. Iracurçaliari). On rejoint ici. sur un
registre distinct, les préoccupations des Jésuites guipuzcoans quant au manque de formation des
élites locales dans la langue du pays ; cf. infra § 7.
41.  S. Pouvreau. natif de Bourges, fut secrétaire de Duvergier de Hauranne, né à Bayonne (où
Jansenius fut durant quelque temps principal du collège). On a pu penser que c'est à cette
occasion que Pouvreau eut ses premiers rapports avec la langue basque (Villasante 1979 : § 78). Il
vint à Bayonne avec l'évêque Fouquet. et. après son départ pour Paris, il réalisa trois traductions
de textes à thèmes religieux, dont deux furent publiées. Son dictionnaire à entrées basques, dont
deux manuscrits sont conservés à la Bibliothèque Nationale, n'a pas encore été publié.
42.  Nous ne voulons pas dire qu'il n'y eut plus de membres du clergé sans lien d'origine avec le
Pays Basque, qui, ayant eu à y exercer leur ministère en apprirent la langue. Ce serait
certainement inexact, et on pourrait notamment opposer le cas de B. Recio, jésuite natif de
Valladolid (1714), qui fut enseignant à l'université d'Oñate. où il apprit le basque. L'un des
poèmes qu'il composa en basque nous est connu (Villasante. 1979 : § 158). Nous restreignons
notre observation aux auteurs ou traducteurs, qui n'ayant que séjourné en Pays Basque,
acquirent malgré tout une place dans l'histoire des publications en langue basque.

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43.  Dans son avertissement au lecteur, l'auteur de la traduction indique s'être efforcé de
restituer clairement le sens du texte à traduire, sans s'attacher de trop près aux termes français
(froncez therminhuer sobera chehe jarraiki gabe), indiquant ainsi que le texte source était en français.
44.  En Labourd également on rencontre des comportements semblables. Certains auteurs ne
s'autorisent un travail de publication qu'en tant qu'adaptateurs d'ouvrages longs qu'ils abrègent
pour les rendre accessibles à un public de condition modeste. Ainsi dans son avertissement au
lecteur, Baratciart (1784) indique que sa tâche a consisté à sélectionner, pour un public de
personnes gagnant leur vie grâce à un travail pénible, des propos rédigés de façon plus longue à
l'intention d'une élite : (18) ces considérations [écrites pour un public restreint par un auteur
précédent] auraient été trop longues pour ceux qui gagnent leur vie dans la peine et la sueur, car elles
avaient été écrites à l'intention de quelques personnes choisies au sein de la population ; aussi, je les ai
disposées dans une forme brève et claire, afin que tous, chaque jour, les lisent. (Baratciart, Guiristinoqui
bicitceco eta hiltceco mol-dea, 1784, Avertissement)
45.  Sur les sources des pastorales tragiques du répertoire traditionnel ancien, voir Hérelle 1926.
46.  Un opuscule à usage scolaire (vers 1800) nous est parvenu issu de cette tradition : cf.
Oyharçabal 1999a.
47.  Ceci concerne évidemment le seul répertoire basque et non ses sources (qui ressortent
principa lement de la littérature de colportage et donc de circuits de distribution de l'imprimé
connus). Les pastorales souletines traditionnelles ignoraient l'imprimé : les textes circulent par
cahiers manuscrits dont les copies sont monnayables.
48.  Dans sa lettre. Duhalde mettait au défit les Luziens de renoncer à la venue de la mission, ce
qu'ils n'osèrent faire, probablement pour ne pas décevoir l'opinion publique (Darrobers 1994 :
129). La mission eut donc lieu dans les conditions fixées au départ, selon les souhaits de Duhalde.
49.  Il existe un autre exemple, survenu trois décennies plus tard en Guipuzcoa, où les écarts
dialec taux furent invoqués dans un contexte certes tout différent mais intéressant du point de
vue socio-linguistique : il ne s'agissait pas de justifier une requête dont l'arrière-plan était
financier, mais d'expliquer les raisons d'avoir écrit un opéra comique bilingue et non
uniquement basque (en fait la place du basque y est très réduite et réservée aux parties
chantées). L'anecdote concerne l'auteur de El borracho burlado (1764), à savoir J. Muñibe, comte de
Peñaflorida et membre fondateur de la Real Sociedad de los Amigos del Paίs, dont nous parlerons
plus loin. Il indiquait dans sa préface avoir voulu dans un premier temps écrire sa pièce en
basque, mais avoir renoncé en raison de l'écart entre les parlers du Haut-Guipuzcoa et du Bas-
Guipuzcoa, de telle sorte qu'il réserva le basque aux parties chantées : (21) Je dis, donc, que ma
première idée était que tout cet opéra fût en basque, mais ensuite la difficulté du dialecte dont je devais me
servir m'apparut. Si j'avais utilisé celui d'Azcoitia, cela aurait été mal vu par le reste du pays jusqu'à la
frontière de France, en raison de la prévention que leur inspire le basque ou dialecte du haut pays, et si
j'avais voulu utiliser celui de Tolosa, Hernani et Saint-Sébastien, etc., j'exposais les acteurs au ridicule, car
il leur aurait été difficile de bien l'imiter. Pour cette raison, je dus me contenter de réserver le basque pour
les parties chantées, en écrivant les parties représentées en castillan. On sait que les représentations et
les croyances jouent un rôle important dans la perception des différences linguistiques et le
positionnement à leur égard, et il est difficile d'apprécier le fondement ou la pertinence réelle de
ces propos. s'agissant de l'opposition entre deux variétés de guipuzcoan. Mais le fait même qu'ils
puissent être énoncés dans un tel contexte, et de la part d'une des plus éminentes personnalités
intellectuelles du pays, témoigne des conséquences attachées à l'absence d'un standard de l'écrit
basque dans le Guipuzcoa de ce temps pour le développement d'un répertoire dramatique.
Durant cette période. l'activité théâtrale dans la région d'Azkoitia, basée en particulier sur les
traductions du répertoire français, fut importante, mais elle se réalisa presque uniquement en
castillan.
50.  Sarasola ne comptabilise ni les ouvrages ayant un nombre de pages inférieur à 50 ni les
ouvrages bilingues.

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51.  La première chronique de Biscaye, par exemple, qui date du milieu du 15 ème siècle, est
rédigée en castillan.; cf. Aguirre Gandarias (1984)
52.  On considère que le castillan s'était imposé comme principale langue de l'écrit dans le
Royaume de Castille dès le début du 13ème siècle, la chancellerie royale abandonnant le latin au
profit du castillan dès 1230, et Alphonse X élaborant ensuite le Fuero Real en cinq livres rédigés en
castillan (Rucquoi 1993 : 218). Bien que le latin fût connu, au 15 ème siècle les traductions se
multiplient, de sorte qu'il n'y eut pas dans l'Occident chrétien péninsulaire, de profondes différences
entre culture « savante » et culture « populaire » (idem : 336). A la fin du siècle, la publication de la
grammaire de Nebrija en 1492, première grammaire d'une langue romane publiée, symbolisera
l'avancement de ce processus, clairement associé, comme on le sait, à un dessein politique, ainsi
que l'auteur l'indique lui-même au début de sa célèbre dédicace à la Reine Isabelle : La langue fut
toujours compagne de l'empire, et elle le suivit de telle façon qu'ensemble ils commencèrent, crûrent, et
fleurirent, et qu'ensuite ensemble ils chutèrent (siempre la lengua fue compañera del imperio ; y de tal
manera lo suguió que junta mente començaron, crecieron y florecieron, y después junta fue la caida de
entrambos) ; citation d'après l'édition d'A. Quilis
53.  L'influence occitane fut également notable, notamment en Navarre ; cf. Cierbide Martinena
(1988).
54.  Le premier livre imprimé en Pays Basque le fut par Brocar à Pampelune en 1489, mais cet
imprimeur quitta la Navarre en 1501, et il n'y eut pas d'imprimerie jusqu'en 1546, année où un
imprimeur s'installa à Estella ; c'est celui-ci qui imprima le catéchisme d'Elso en 1560 (Goñi
Gaztambide 1995). En dehors de la Navarre, le premier imprimeur fut Mares qui s'installa à Bilbao
en 1576 (il imprima la célèbre apologie du basque de Poza De la antigua lengua y poblaciones de las
Españas... en 1587), et le second P. Cole de Ibarrarena, qui fut l'imprimeur du catéchisme bilingue
de Betolaça en 1596. Le premier imprimeur à s'installer en Guipuzcoa fut Borgoña (Saint-
Sébastien 1586) ; sur l'histoire de l'imprimerie en Pays Basque, voir Arana Martija (1994). A
Bayonne, il est fait mention d'une brochure imprimée à deux reprises par J. Merlet en 1607 et
1608, mais il est probable qu'il s'agissait d'un imprimeur itinérant (Godinot 1965, Desgraves
1972). Le premier livre connu imprimé à Bayonne est une réédition du Trésor trilingue de
Voltoire (1642). Selon les indications de Desgraves (1972, 1974), les textes basques eurent un rôle
important dans l'histoire de l'imprimerie bayonnaise au 17 ème siècle et même au 18 ème siècle,
puisqu'une grosse moitié des impressions concernaient des textes basques.
55.  Outre les éditions elles-mêmes, on a un exemple de l'importance du castillan dans le
développement de l'imprimerie dans les provinces basques, par le fait que les premiers
imprimeurs exportaient leur production vers la Castille. Perez Goyena a publié l'extrait d'un
imprimé de 1569 dans lequel A. Anvers. imprimeur à Pampelune. se plaint de ce que l'exportation
de ses imprimés vers le Royaume de Castille est empêchée en raison d'un fort protectionnisme, ce
qui menace son activité : (22) Il a été interdit qu'aucun livre imprimé en vulgaire roman hors du
Royaume de Castille pénètre dans ledit Royaume et comme ce Royaume [de Navarre] est petit, et qu'on y
parle basque dans sa plus grande partie, on y vend fort peu de ce qui s'y imprime, de sorte que si l'on ne
pouvait vendre en Castille le suppliant subirait de grands dommages, et ne pourrait maintenir sa maison.
(Perez-Goyena 1947, 1 : 128)
56.  Le reste du Guipuzcoa (en gros, la partie occidentale de parler biscayen), comme la Biscaye et
l'Alava étaient rattachés à l'évêché de Calahorra.
57.  Le diocèse de Pampelune avait réagi de façon très précoce aux excès auxquels le Concile de
Trente devait s'efforcer de remédier. Goñi Gaztambide(1947 : 145) considère que l'effort de
redressement et de rénovation fut entrepris dans le diocèse navarrais au 16 ème siècle, avant
même la fin du concile de Trente.
58.  Goñi Gaztambide (1947 : 141) fournit des indications très précises relatives à la formation
supérieure dans le clergé du diocèse en 1577 : 25 docteurs, 111 licenciés eta 127 bacheliers, soit au
total 263 gradués (avant même la création des universités). Vergara Ciorda (1991 : 38) indique

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qu'en 1594 le clergé du diocèse comprenait 9000 clercs, pour 160 000 habitants, soit un clerc pour
17 habitants. Si l'on admet qu'entre 1577 et 1594 le nombre des gradués resta semblable, on voit
que 3% du clergé environ était gradué, ce qui est à la fois peu mais aussi beaucoup pour le siècle,
puisque dans d'autres diocèses on a 1 %. Au 17 ème siècle, le collège le plus important pour la
Navarre fut celui des Jésuites : il eut bientôt 450 étudiants, 500 en 1620 et 600 à la fin du siècle
(Goñi Gaztambide 1947 : 213).
59.  En réalité, le succès de ces universités, en particulier de celle d'Irache, fut très relatif, mais ce
point n'est pas décisif dans le contexte de notre propos ; voir à ce sujet Martinez Arce (1999).
60.  Le latin était enseigné dans les villes de quelque importance de Navarre et du Guipuzcoa dans
le diocèse de Pampelune : Depuis ta fin du 15ème siècle le diocèse de Pampelune s'était vu contaminé par
la fièvre humaniste qui secouait l'Europe et chaque ville importante voulait avoir son école de grammaire
(école secondaire). Au I6ème siècle il y avait des classes de latin à Pampelune, Sangüesa, Otite, Tafalla,
Puente la Reina, Tolosa, Saint-Sebastien et Uncastillo (Goñi Gaztambide 1947 : 210). Par ailleurs.
Vergara Ciorda (1991 : 39) mentionne les enseignements dispensés dans certains couvents,
comme les Franciscains de Pampelune, Tolosa et Mondragon et les dominicains de Pampelune et
Estella.
61.  Les juntes de Guipuzcoa délibérèrent en 1721 qu'il y aurait dans chaque village de la province
un instituteur ; cf. Cortina (1986 : 29).
62.  La famille d'Ignace de Loyola fonda en 1600 une école élémentaire à Azkoitia. Son
programme devait comprendre théoriquement l'apprentissage de la lecture, l'écriture, la
numération, la doctrine chrétienne et la grammaire latine. Mais, selon Goñi Gaztambide (1947 :
213), ce n'est qu'en 1732 que le latin y fut effectivement enseigné.
63.  La question de l'application de ce type de dispositions est controversée. Torrealdai (1998 : 7)
indique qu'en 1624, 1625, 1628, pour le moins, le Corregidor empêcha pour ce motif divers
représentants de villes d'assister à l'assemblée des juntes.
64.  L'usage d'un objet symbolisant l'interdiction de parler basque à l'école est attesté à Beasain
(Guipuzcoa) en 1730, sous la forme d'un anneau ; cf. Torrealdai (1998 : 15).
65.  Par la suite, Eguino consacra son énergie à défendre les vues de Larramendi. Les Extractos de
1775 mentionnent un manuscrit dont il était l'auteur et dans lequel il défendait la thèse de
l'universalité exclusive du basque en Espagne dans l'antiquité (p. 118-122).
66.  Jimeno Jurίo (1995 : 59) indique que dans la Navarre du 16 ème siècle le castillan est d'usage
général dans tous les textes juridiques, tant civils que religieux : Toute la documentation des
procédures notariales, des tribunaux civils et ecclésiastiques, des municipalités, des paroisses et couvents
est écrite en castillan : de même une grande partie des livres.
67.  Ce point est incontestable. Ceci ne veut pas dire qu'il n'y eut pas quelques tentatives pour
enseigner le basque de façon isolée et sans doute tardive. Cardaberaz (1761 : 18-19) évoque cette
situation tant pour l'enseignement de latin, que pour l'enseignement de la lecture aux enfants,
puisqu'il évoque l'activité d'une maîtresse qui apprenait également basque, castillan et latin aux
enfants à partir de six ans.
68.  Larramendi tenait en haute estime l'activité de ces Franciscains, en particulier en ce qui
concerne la langue (Corografía de Guipuzcoa : 309-310).
69.  Il y a une coïncidence entre les efforts de l'Académie de la langue espagnole en matière
d'unification et de fixation des formes et le centralisme impulsé par Charles III. La grammaire de
l'académie que la RSBAP veut promouvoir vient d'être publiée (1771) ; cf. Sarmiento (1992)
70.  La lettre est perdue. On ne la connaît que par ce qui en est dit dans les Extraits [Actes des
assemblées annuelles de la société] de l'année 1772. Elle y est décrite comme datée du 24 juillet
1772 et écrite depuis Armiñon, l'auteur ayant utilisé une écriture contrefaite et employé un style
satirique. La Commission en principe ne répondait pas aux écrits anonymes, mais avait jugé de
faire une exception pour cette lettre dans sa partie en relation avec les écoles publiques, car l'érudition
et les autorités [les auteurs que l'anonyme mentionnait dans sa lettre, à savoir Mayans, Barbadiño,

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Marsio, l'abbé Fleury, Lamy et Lancelot] pourraient préoccuper certains, si l'on ne répondait aux
erreurs sur lesquelles elle se fonde (Extrados del Año 1772 : 98). Il est difficile d'interpréter le fait que le
protestataire ait cru devoir dissimuler son nom et son écriture. S'agissait-il d'un faux anonymat,
chacun connaissant en réalité l'auteur de la lettre ? En tous les cas, cette situation montre une
crainte en un temps où le pouvoir royal avait adopté une attitude agressive en matière
linguistique : interdiction par le comte Aranda au nom du conseil de Castille d'imprimer des
livres qui n'étaient pas en castillan, prononcée à l'occasion de l'interdiction d'imprimer la vie de
Saint Ignace de Cardaberaz (1/11/1766) ; obligation d'enseigner en castillan (déclaration royale
du 23/06/1768) ; obligation d'employer le castillan dans les livres de commerce (déclaration
royale du 23/12/1772). Cette politique se situait dans un contexte plus général où le Roi et ses
ministres ambitionnaient de mettre en œuvre une forte politique dirigiste en matière culturelle,
celle-ci se manifestant dans ses aspects répressifs par la censure à l'égard de ce qui sortait du
contrôle royal, et notamment à rencontre des œuvres d'imagination, du théâtre baroque et de la
littérature de colportage ; cf. Rodriguez Puertolas(1987 : 2,45).
71.  Le programme prévoyait que l'enseignement de l'allemand et de l'anglais se limiterait à la
connaissance passive (compréhension et traduction), ce qui était considéré comme suffisant pour
l'usage programmé, qui réservait ces langues à certaines matières de l'enseignement dit
particulier, à savoir, le commerce, la politique et les sciences métalliques. (Extractos del Año 1775 :
172)
72.  C'est à l'occasion des événements révolutionnaires (à commencer par les cahiers de
doléances du Labourd) que. pour la première fois, le basque fut utilisé dans le registre politique,
selon une démarche assez semblable à celle qui avait été celle des clercs lors du développement
de la réforme catholique. Toutefois, pour certains révolutionnaires, les pratiques bilingues, en
pratique toujours orientées de manière unique : français (source) → basque (cible), ne se
concevaient que comme des étapes intermédiaires nécessaires avant l'extinction du basque, à
laquelle devait conduire le développement de l'instruction républicaine, conçue dans l'idéologie
nationaliste caractéristique du temps comme devant être linguistiquement uniforme. La
formulation la plus crue de cette conception apparaît dans une correspondance de Dithurbide à
Grégoire, publiée dans Oyharçabal (1994, annexe 1) : la voie des traductions est la seule qui puisse
mettre les lois à la portée des habitants de ces pays [Alsace, Bretagne et Pays Basque], et leur faire
comprendre leurs droits et devoirs, tandis que l'institution des écoles préparera la génération future à ne
parler que la langue de la République.

INDEX
Thèmes : littérature, philologie
Mots-clés : littérature basque, politique linguistique
Index chronologique : 17e siècle, 18e siècle

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AUTEUR
BERNARD OYHARÇABAL
(CNRS, IKER, UMR 5478)
b.oyharcabal@wanadoo.fr

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Note sur les phrases complexes à


protase corrélative du basque
Georges Rebuschi

 
1. Introduction
1 L'objectif central de cet article-ci est le suivant1 : reprendre le § 241 de la Grammaire [...]
de Lafitte (1962, p. 105) consacré aux « relatifs indéfinis en ere » et à la structure des
phrases dans lesquelles on les trouve, sur la base des acquis de la linguistique des vingt
dernières années. Dans cette perspective, j'essaierai de monter en particulier que les
« relatifs indéfinis en ere » ne sont en fait pas des relatifs – mais des éléments wh- non-
relatifs, que la présence, dans la principale, d'un pronom résomptif appartenant « à la
série [du démonstratif] hura » n'est pas un artifice stylistique typique de l'euskara, que
le pronom haina que les « anciens » lui substituaient (parfois !) n'est pas un simple
pronom, mais un élément quantificationnel, et enfin (et surtout) que la conjonction eta
qui apparaît soit en tête de la principale, soit immédiatement après l'indéfini, n'est pas
non plus un simple élément décoratif « renforçant » quoi que ce soit, mais une tête
fonctionnelle qui est toujours présente, même si elle n'est pas réalisée, et qui contribue
à l'interprétation globale de la phrase complexe.
2 Si je vais donc être amené à prendre le contre-pied d'à peu près tout ce qui est dit dans
cette section 241, ce n'est pas pour le simple plaisir d'effectuer un exercice
d'application de la « philosophie du non » chère à Bachelard : on verra au contraire que
ces résultats permettent d'unifier le traitement des phrases complexes conditionnelles
et des phrases complexes à corrélatives, en ramenant les secondes à une variante morpho-
syntaxique des premières — ce qui, si l'analyse est dans la bonne direction, n'est somme
toute pas tout à fait trivial.
 

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2. Les phrases complexes à protase corrélative


(PCPC) : éléments de description et problématique
3 2.1. Il s'agit de constructions complexes comme celle de (1), où l'on a deux
propositions ; la première (ou protase) contient un élément Wh- (dit NZ en basque),
ainsi qu'une marque de subordination (non-complétive) ; la raison pour laquelle j'évite
d'employer l'expression « relatives libres » pour m'y référer apparaîtra dans les
sections 3 et 42. Crucial pour nous sera le fait que la seconde, l'apodose, contient
(optionnellement) d'une part un pronom de rappel ou pronom corrélat (hura ci-
dessous) et d'autre part qu'elle peut être introduite par le mot eta, qui est par ailleurs
une banale conjonction de coordination.

(1) Nork ere huts eginen bait du, (eta) (hura) gaztigatua izanen da qui-E ere
faute faire-FUT bait AUX et lui puni être- FUT AUX « Celui qui commettra une
faute sera puni » lit. « Quiconque3 fera faute, (et) (lui) sera puni »

4 Ces constructions sont attestées dans tout le domaine oriental (sauf dans les documents
de roncalais auxquels j'ai eu accès) depuis les premiers textes, qui datent du 16 e siècle,
jusqu'au 20e siècle ; la marque de subordination de la protase est (presque) toujours
bait- dans les dialectes du Nord, et soit -(e)n, soit, plus rarement, bait- dans ceux parlés
en Navarre. Par ex., dans la trad. de l'Evangile selon St. Jean par Joaquin Lizarraga
d'Elkano, texte de la fin du 18e ou du début du 19e, j'ai relevé quinze corrélatives en -
(e)n, mais une seule en bait-, citée en (2) [Jn 14,21] 4 :

(2) Nork ere bait itu ene manamenduak, ta guardátzen : ori dá onesten-
nauéna. qui-E ere bait- les- a mes commandements et gardant celui-là est le-
qui-m'aime lit. « Quiconque a mes commandements et les retient, celui-là est
celui qui m'aime ». [baititu = bait ditu]

5 Ces phrases complexes sont aussi attestées dans les dialectes occidentaux, du moins
dans leurs plus anciens monuments, cf. (3a) – où baist- est une variante de bait- 5 – et (b),
probablement déjà archaïsant – sinon, ce sont uniquement des constructions
elliptiques, sans verbe fléchi et donc sans marque de subordination ou de dépendance
dans la protase, qu'on y trouve, cf. (4) :

(3) [dialecte bizcayen]


a Zelan baista oiala alakoa mendela.
comment baist-est le-tissu telle/de-cette-sorte la-lisière
« Comme est l'étoffe, ainsi (est) la lisière » (Refranes y Sentencias, 1596, n° 20)
b Nortzuben pekatubak parkatu daikezubeza.n, parkatuko jakez,
qui-pl-gén péchés pardonné vous-les-leur[SUBJ]-n pardonner- FUT AUX eta
nortzubenak geratu daikezubeza.n geratuak izango dira. [=Jn 20,23] et qui- PL-
GÉN-PL LAISSÉ AUX[SUBJ]-n laissés être-FUT AUX
« Leurs péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ceux à qui
vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Astarloa 1816-18, cité in Arejita
1978 : 135)
(4) [dialecte guipuzcoan]
Nolako elizalde, alako abade.
« Qual la ante iglesia, tal el abad » (Isasti 1625, n° 60) 6

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206

6 2.2. Il existe diverses possibilités d'analyse des PCPC, qui sont autant influencées par les
langues spécifiques étudiées que par les préférences théoriques des auteurs qui ont
effectué ces études. La position que j'adopte peut se résumer par les points suivants :

(5) a Tant l'existence d'un pronom corrélatif que la possibilité pour la


protase d'exhiber deux expressions wh- interdit une analyse par mouvement.
b La conjonction qui introduit l'apodose est en fait une tête fonctionnelle
conjonctive qui prend la protase comme spécificateur et l'apodose comme
complément.
c La phrase complexe ainsi construite, qui semble hériter son statut
énonciatif (sa « force » dans les termes de Chomsky et Rizzi) de l'apodose, la
reçoit en fait d'une tête C° qui prend la PCPC comme complément.

7 En ce qui concerne (5a), notons simplement ici que s'il y a deux expressions wh- dans la
protase, et donc deux pronoms corrélatifs dans l'apodose, il est tout simplement
impossible de considérer que la première a été extraite de l'une de ces deux positions
dans l'apodose, car (i) elle ne peut avoir été extraite des deux simultanément, et (ii) il
faudrait reconnaître de toute manière que l'autre pronom n'est pas une trace
« déguisée » en résomptif, mais bien un pronom généré dans la base dans cette
position. En voici deux exemples bas-navarrais, le premier du 16 e siècle, et le second du
20e :

(6) a B. d'Etxepare (1545, Doctrina Christiana, v. 14)


Nork zer hazi erein [baitu] biltzen dizi komunki.
qui-e quelle semence semé bait-aux récoltant aux communément
« On récolte ordinairement le grain qu'on a semé » [trad. de Lafon]
lit. ‘Qui quel grain il sème, (il le) récolte communément.’
b Nork zertan baitu bere burua bilhatzen alabainan,
qui-e en-quoi bait- AUX lui-même cherchant en-effet
hartan ere du hark bere amodioa galtzen. (Léon 1929., p. 148 : 3.5.6)
en-cela même AUX lui son amour perdant
« En effet, en quoi qu'on se recherche soi-même, en cela-même on perd son
amour. »

8 De son côté, (5b) représente tout simplement l'hypothèse nulle, i.e. celle qui exige le
moins de justifications indépendantes, du moins dans un cadre théorique qui admet les
têtes fonctionnelles (« Gouvernement et liage » ou GB depuis Barriers, le Programme
minimaliste ou PM chomskyen depuis une dizaine d'années, l'Antisymétrie de Kayne).
En effet, même dans les modèles qui admettent plusieurs adjonctions, comme le PM, on
voit mal comment mettre sur le même plan l'adjonction de la conjonction eta d'une
part, et celle de la protase elle-même de l'autre7. De plus, rien ne justifierait l'ordre
protase + conjonction plutôt que l'ordre inverse.
9 Quant à (5c), cf. Rebuschi (sous presse) ; il suffit de mentionner ici qu'une PCPC entière
peut fonctionner comme une complétive, avant ou après des verbes comme erran ‘dire’
ou uste izan/ukan ‘croire’ : c'est alors le verbe fléchi de l'apodose qui porte le suffixe de
subordination requis, -(e)la.
10 La problématique de l'interface entre la structure syntaxique et l'interprétation peut
alors se concevoir de la manière suivante : quelles sont les contributions respectives (i)
du pronom en wh- de la protase, (ii) de cette protase considérée globalement, (iii) de la
conjonction, et (iv) du pronom corrélat contenu dans l'apodose ? Il va de soi qu'une
démarche compositionnelle exige que l'on traite simultanément de toutes ces questions,

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ce que fort peu d'auteurs ont en fait tenté de faire jusqu'ici, se contentant
généralement de ne traiter que de la valeur de la protase, ignorant le rôle de la
conjonction (qui n'est pas toujours visible, ceci expliquant alors cela), et laissant à une
théorie des pronoms résomptifs (toujours à construire) ou à une interprétation peu
scrupuleuse des travaux d'Evans sur les pronoms dits « de type-E » le soin de se charger
de la non-contribution sémantique du corrélat, etc. Nous allons examiner ces questions
dans les deux sections suivantes.
 
3. Sur les protases corrélatives : nature et position de
l'élément wh-
11 3.1. La question de la structure interne des protases corrélatives et celle de la nature et
de la position exactes de l'élément, ou des éléments, Wh- qu'on y trouve sont
intimement liées : s'agit-il de pronoms (ou adjectifs) interrogatifs, ou de relatifs, ou
encore d'autre chose, et quelle est leur contribution à l'interprétation de cette
subordonnée disloquée à gauche ?
12 La question de la nature des pronoms wh- n'est pas oiseuse, parce que la sémantique de
ces éléments n'est pas la même, et parce que, depuis le travail de Rizzi (1997) et bien
d'autres à sa suite, on a de bonnes raisons de penser que la généralisation de Chomsky
(1977) dans un article au titre explicite, ‘On Wh- Movement’, est partiellement une
surgénéralisation, en ce sens que, syntaxiquement, les pronoms relatifs et les pronoms
interrogatifs n'occupent pas la même position périphérique, les premiers se trouvant
dans le spécificateur de la tête fonctionnelle la plus haute, et les seconds, dans celui
d'une tête fonctionnelle inférieure, cf. (7)8 :

13 Peu importe en fait la nature exacte de la tête et de la projection intermédiaire. Ce qui


compte, sur le plan empirique, ce sont les différences que l'on peut observer entre la
position « REL » (pour relatif) et la position « INT » (pour interrogatif) dans cet arbre. De ce
point de vue, le hongrois est une langue particulièrement significative, parce que,
comme le montrent les ex. (8a,b) empruntés à Lipták (2000), cette langue possède les
deux types de protases corrélatives.

(8) a A.ki a.mi.t kér, az.t elve.het.i. [Lipták 2000, ex. (1)]
qui [REL] quoi [REL, ACC] veut cela-ACC il-peut-le-prendre
‘Everyone can take what he wants’ /‘chacun peut prendre ce qu'il veut.’

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b Ki mit kér, azt elveheti. [(ibid.), ex. (3)]


qui [INT] quoi [INT,ACC]
(id.)

14 Cet auteur (dont l'analyse est indépendante du travail de Rizzi) indique crucialement à
cet égard que les propriétés syntaxiques des deux types de protases ne sont pas les
mêmes ; en particulier, une expression quantifiée et un XP focalisé peuvent suivre un
wh- relatif, mais pas un wh- interrogatif, cf. (9a,b) [ses ex. (5a,b)] :

(9) a Aki amit tegnap PETERNEK adott,


qui [REL] quoi [REL,ACC] hier à-Pierre[+F] donna
azt sosem látja vissza.
cela-ACC jamais il-le-verra à-nouveau
‘Ce que quiconque a donné hier à Pierre, jamais il ne le reverra.’
b *Ki mit... tegnap PETERNEK adott,...
qui[INT] quoi [INT,ACC]

15 3.2. En basque, il y a deux types d'arguments que l'on peut donner pour dire que les
éléments wh- des protases corrélatives ne sont pas des relatifs. D'une part, sur le plan
lexical, le paradigme des interrogatifs et des relatifs (tels qu'ils étaient employés
jusqu'au 19e siècle, puisqu'un opérateur phoniquement vide les a usuellement
remplacés depuis) n'est pas strictement identique, car dans les interrogatives qui ne
sont pas liées étroitement au contexte ou au « discours », le pronom qui correspond à
des référents humains était, et reste, nor (quoique, il est vrai, il tende à être remplacé
par zein chez de nombreux locuteurs de guipuzcoan), tandis qu'à de très rares
exceptions près, le pronom relatif pour les humains, aussi longtemps qu'il a été
employé, était zein (ou zoin) ; dans le domaine des locatifs, de la même manière, lorsqu'il
n'y a pas un ensemble de référence clos et de petite taille, l'interrogatif a toujours été
non, nun, alors que le relatif était zeintan, zointan. Or, dans les protases corrélatives, et, à
nouveau, lorsqu'il n'est pas fait référence à un domaine connu et réduit, ce sont les
mots nor et non qui sont employés. (Signalons aussi qu'Altube (1929, p. 139-140)
proposait déjà explicitement un rapprochement entre les structures qui nous
intéressent et des enchaînements de questions et de réponses.)
16 D'autre part, syntaxiquement, le basque offre des exemples analogues à ceux que Lipták
cite pour les corrélatives à interrogatif en hongrois, cf. par ex. (10) avec un
quantificateur universel distributif qui précède l'élément wh-/NZ dans la protase (ce qui
semble indiquer, il faut le remarquer, qu'une tête et une projection de quantifieur
doivent s'intercaler au-dessus de la tête et de la projection de Focus – si c'est bien là la
projection dont la position de spé-cificateur accueille l'élément wh-) :

(10) Nor-bera ZONBAT ere baita oldartzerat uzkurrago, chacun combien ere
bait- est à-s'attaquer plus-veule
hanbatez da egunetik egunerat ahulago...
d'autant il-est du-jour au-jour plus-faible
‘Plus on met de de langueur à le repousser [=le mal], plus on s'affaiblit de
jour en jour...’
[L.Léon (1929, p. 35, 1.13.5)]

17 Le système de Rizzi, cf. (7), prévoit aussi qu'un topique puisse précéder un interrogatif,
mais pas un relatif – et les données de Lipták le confirment. Or l'exemple (11) nous
donne exactement cela : un XP topicalisé à gauche d'un syntagme en wh-.

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(11)Bertutean NOR ere baita barnago sartzen, [L. Léon (id., p. 127, 2.12.7)]
dans-la-vertu qui ere bait- AUX plus-dedans entrant
hak berak maiz kurutze dorpeagoak ditu kausitzen.
celui-là-E même-E souvent croix lourdes AUX trouvant
‘Souvent, plus un homme pénètre dans la vertu, plus il trouve ses croix
pesantes.’

18 Il paraît donc bien établi que les éléments wh- des corrélatives basques ne sont des
relatifs ni du point de vue lexico-morphologique, ni du point de vue syntaxique (sur le
rôle sémantique de maiz ‘souvent’, cf. 4.2.4 infra). La question se pose donc de savoir s'il
y a des corrélats sémantiques à cette conclusion.
 
4. Aspects sémantiques de la construction
19 4.1. En fait, dire que nor ou zer (et les autres éléments wh- du basque) dans les protases
corrélatives n'occupent pas la position d'un relatif ne veut pas nécessairement dire
qu'ils n'en ont pas l'interprétation dans le contexte qui nous intéresse, de même que
dire qu'ils se rapprochent morpho-lexicale-ment et distributionnellement des
interrogatifs ne signifie pas qu'ils en ont la sémantique (quelle qu'elle puisse être). Par
ailleurs, comme on l'a dit plus haut, cela n'aurait aucun sens de se demander quelle
contribution sémantique ces éléments apportent sans tenir compte en même temps de
la structure globale de la phrase complexe dans laquelle ils se trouvent, et de la
contribution sémantique individuelle des autres éléments pertinents.
20 De ce point de vue, on peut construire le problème comme suit : si un élément wh- est
extrait d'une proposition (disons d'un IP pour faire simple, mais on pourrait aussi bien
dire ici d'un TP ou d'un AgrSP), au niveau interprétatif, sa trace sera traitée comme une
variable. En d'autres termes, la traduction de l'IP en question sera ce qu'on appelle une
proposition ouverte (angl. open proposition), c'est-à-dire un objet sémantiquement mal
formé.
21 Or il existe trois types d'opérateurs qui peuvent, en liant la variable libre, transformer
une proposition ouverte en une expression bien formée. Si donc nous trouvons parmi
ces opérateurs celui qui, en harmonie avec la contribution des autres éléments
pertinents de la phrase complexe prise dans sa totalité, peut lier correctement la
variable, alors nous pourrons dire que cet opérateur est la traduction du wh- qui nous
intéresse. Nous allons donc considérer ces opérateurs un à un, et chercher à voir dans
quelle mesure ils sont compatibles (ou non) avec certaines données (plus ou moins)
spécifiques au basque.
22 4.2. Tout d'abord, il y a les quantificateurs, qu'ils soient standard (comme tout ou il
existe au moins un ... ) ou non (comme beaucoup, peu, un peu plus de 25,8 % etc.) : en étant
préfixés à une proposition ouverte, ils fournissent avec celle-ci une proposition
quantifiée close, et donc susceptible d'être (in-)validée.
23 4.2.1. Dans un travail que j'avoue trouver discutable aujourd'hui (Rebuschi 1999),
j'avais cru pouvoir, sur une base translinguistique relativement large, proposer que les
langues à corrélatives dans lesquelles les éléments wh- sont des interrogatifs, et non des
relatifs, sont aussi des langues dans lesquelles ces corrélatives s'interprètent de façon
au moins non-marquée comme universelles ou génériques, alors qu'à l'inverse, en hindi
(ou en latin, qui employait qui et non quis pour les humains), c'est-à-dire dans les

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210

langues qui emploient des relatifs lexicalement ou morphologiquement au moins


parfois distincts des interrogatifs, c'est l'interprétation des protases comme des
relatives restrictives qui est la plus normale – avec de simples extensions vers le sens
des relatives libres.
24 Si ce fait n'est pas absolument faux, et si la formulation adoptée ici permet l'existence
de langues à structures corrélatives des deux types avec ambiguïté (comme en hongrois
supra) ou sans ambiguïté, comme en allemand, cf. (12a,b) ci-dessous 9, il y a des
arguments de taille qui s'y opposent.

(12) a Wer Ohren hat zu hören, der höre !


Qui[INT] oreilles a pour entendre celui-là entende
‘Que celui [quel qu'il soit] qui a des oreilles pour entendre entende !’
b Der die Hand mit mir in die Schüssel getaucht hat,
qui[REL] la main avec moi dans le plat trempé (aur)a
der wird mich verraten. (Mt 26,2)
celui-là AUX me trahira
‘Celui [+spécifique= la personne particulière] qui aura trempé sa main avec
moi dans le plat, c'est lui qui me trahira.’

25 4.2.2. Ainsi, d'un côté, du point de vue strictement théorique, on doitse demander
comment un quantificateur par exemple universel (ou encoregénérique) pourrait
s'extraire de la proposition (syntaxique) de statut subordonné, et prendre l'ensemble
de la structure complexe, bi-propositionnelle,sous sa portée. Noter de ce point de vue
que les expressions universellementquantifiées de (13) n'ont précisément pas une
grande portée :

(13) a Si tout le monde te critique, alors tu pourras être malheureux.


b Si tu trouves toutes les réponses, tu gagneras 10 euros.

26 En effet, dans de tels exemples, le quantificateur de la protase conditionnante ne prend


pas l'ensemble de la phrase complexe sous sa portée ; ainsi, les conditions de vérité de
(13b) sont radicalement différentes de celles d'une phrase où la quantification
universelle aura la portée la plus grande, comme : Pout toute réponse x [=pour quelque
réponse x que ce soit], si tu trouves x, tu gagneras 10 euros. Par parité de raisonnement, on
voit mal comment une protase corrélative dont l'élément wh- serait de manière
inhérente générique ou universel pourrait quantifier la PCPC entière.
27 4.2.3. Un second problème est lié à l'interprétation du pronom de reprise ou corrélatif, cf.
hura (parmi d'autres, en basque), tot (en russe), der (en allemand), us (en hindi), etc. Il
est vrai qu'il existe des théories séman tiques qui traitent parfois les pronoms de
manière non-compositionnelle (la DRT), mais ces théories sont construites précisément
pour rendre compte de phénomènes qui vont au-delà de la phrase, même complexe, ou
encore ne tiennent pas compte du tout de cette notion10. Mais s'il est possible de traiter
parfois les pronoms corrélats comme de pures variables, cela ne paraît absolument pas
possible lorsque ces pronoms sont emphatiques, comme la forme complexe hak berak
dans (11) supra11, ou encore lorsqu'ils sont remplacés par ce que j'ai cru pouvoir
analyser comme un quantificateur universel « déguisé » en pronom (et alors
nécessairement associé dans son interprétation à une position vide), haina (cf. Rebuschi
1997, 1998).
28 Observons ainsi certaines de ses propriétés. On le trouve (entre autres contextes) dans
des phrases du type de (14), qui ne diffèrent de (1) que par le pronom en question :

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(14) Nork ere huts eginen bait du, (eta) haina gaztigatua izanen da qui-E ere
faute faire-fut bait aux, et lui puni être-fut aux ‘Quiconque commettra une
faute sera puni’

29 Il faut en particulier noter que haina, attesté dans les textes labourdins depuis le 16e
siècle jusqu'au 19e, ne se substituait jamais aux pronoms personnels de 3e personne (en
fait, des démonstratifs, comme hura), lorsqu'il reprenait une relative « semi-libre » 12
disloquée et explicitement quantifiée par guz(t)ia(k) ou oro ‘ tout/tous’, cf. (15a-c) 13 :

(15) a huts egiten du.en.a, hura / haina gaztigatua izanen da faute faisant il-
l'a-C°-DET lui h. puni être-FUT AUX lit. le qui [=celui qui] fera une faute, celui-là
sera puni’ [cf. (1)]
b huts egiten du.en guz(t)i.a, hura/*haina... faute faisant il-l'a-C° tout- DET lui
h. lit. ‘tout le qui fait...’
c huts egiten du.te.n guz(t)i.ak, hek/*hainak... faute faisant ils-l'ont-C° tout- PL
eux haina-PL lit. ‘tous les qui font...’

30 Par ailleurs, haina est totalement inattesté dans les phrases soumises à quantification
adverbiale (comme, à nouveau, dans (11) supra, où figure dans l'apodose l'adverbe maiz
‘souvent’ — j'y reviens en 4.2.4 ci-dessous).
31 Voici pour finir un argument peut-être plus anecdotique (il ne figure pas dans Rebuschi
(1997,1998)), mais qui est cependant, à mon avis, significatif en ce qui concerne la
contribution sémantique de haina à la phrase dans laquelle il apparaît : dans les trois
traductions labourdines de la période pertinente, à savoir, celles de Haraneder (1740),
de Harriet (1855) et Duvoisin (1859-65), qui ne se correspondent mot-à-mot que très
rarement, les trois textes emploient le pronom haina pour rendre le omnis latin de Mt
19,29, comme indiqué en (16).

(16) Mt 19,29 Et omnis, qui relique rit domum, velfratres [...] propler nomen meum,
centuplum accipiet [...] ‘Et quiconque délaissera sa maison ou ses frères [...]
pour moi (en) recevra le centuple.’
a Eta nork ere utziko bai[t]ditu bere etxea edo bere anaiak [...] ene izena gatik,
hainak izanen duela ehunetan hainbertze. (Haraneder 1740)
b Eta nork ere utziko baititu bere etxea, edo bere anaiak [...] ene izena gatik,
hainari ordain emanen zaio ehunetan bertzen hainbertze [...] (Harriet 1855)
c Eta nork ere ene izenaren ariaz utziko baititu etxea, edo anaiak [...], hainak
ehunkun izanen [...] duela. (Duvoisin 1859-65)

32 4.2.4. Un autre argument qui va contre l'hypothèse d'une quantification universelle


inhérente des protases corrélatives basques est fourni par la quantification adverbiale
(ou « non-sélective ») à laquelle je viens de faire allusion à propos de (11), et qui est
naturelle dans cette langue dans les contextes qui nous préoccupent. Considérons de ce
point de vue les trois traductions suivantes, qui s'étalent sur trois siècles maintenant,
d'un même passage de l'Imitation, déjà citée, de Thomas A Kempis (3.12.4) 14 (voir aussi
(6a) supra, qui date du 16e siècle, et qui contient l'adverbe komunki) :

(17) a Nondik ere hartzen baitute atsegin, d'où ere prenant bait— AUX plaisir
hainitzetan handik izaiten dute min eta dolore. (Pouvreau, 1669) souvent de-
là ayant AUX peine et douleur lit. ‘D'où (qu’)ils tirent leur plaisir, souvent,
(c'est) de là (qu’)ils ont leur peine et leur douleur.’
b Maiz zerk ere egin baitu hekien bozkariorik handiena, souvent quoi-E ere
fait bait-AUX leur joie la-plus-grande hark kausatzen ere du hekien dolorerik

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minena. (Chourio, 1720) cela-E causant aussi AUX leur douleur la-pire lit.
‘Souvent, quoi que ce soit qui leur donne leur plus grande joie, (c'est) cela
(qui) leur cause aussi leur plus grande douleur.’
c Zertan ere baitute kausitzen atsegin, hartan ere dute en-quoi ere bait- AUX
trouvant plaisir en-cela aussi AUX ardura nasaiki biltzen bihozmin. (Léon,
1929) souvent abondamment recueillant douleur-morale lit. ‘En quoi que ce
soit qu'ils trouvent leur plaisir, (c'est) aussi en cela (qu’)ils récoltent souvent
(un) chagrin abondant.’

33 S'il est intéressant de constater que ce ne sont pas les mêmes arguments ou adjoints
adverbiaux qui font l'objet du dédoublement corrélatif, il faut surtout noter que
l'interprétation naturelle ici de souvent n'est pas une interprétation qui revient à
quantifier des moments, ou des occurrences d'événements, mais une interprétation
dite non-sélective telle que ces phrases reviennent à dire qu'il est vrai de beaucoup de
gens qu'ils trouvent leur pire chagrin dans cela même où ils avaient trouvé trouvé leur
joie la plus grande.
34 Si, d'une manière ou d'une autre, l'élément wh- initial des protases corrélatives ci-
dessus devait déclencher une quantification universelle ou générique pour ces phrases
complexes, on serait cependant forcé de se rabattre sur la quantification adverbiale
littérale, car il est impossible de quantifier deux fois les mêmes variables (ou encore de
laisser un quantificateur sans variable à lier, cf. le principe chomskyen dit de « Pleine
interprétation », repris quelques années plus tard par les sémanticiens sous le slogan
« Il est interdit de quantifier à vide »). Or si l'interprétation selon laquelle ‘il est vrai de
tout individu qu'il trouve souvent sa plus grande peine dans ce dans quoi il avait
auparavant trouvé sa plus grande joie’ n'est pas à strictement parler impossible, elle est
très peu naturelle.
35 De ce point de vue, on peut aussi réexaminer l'ex. (11) supra, qui pose, de manière peut-
être plus aiguë encore, le même problème, car on a du mal à imaginer que cette phrase
veuille dire qu'un individu quelconque pénètre, sorte, et entre à nouveau, mais plus
profondément, dans la vertu, et qu'il trouve alors souvent que sa croix est plus dure à
porter : à nouveau, maiz ne quantifie pas les occurrences d'événements, mais les
individus concernés15.
36 4.3. Le second type d'objet formel qui permet de clore une proposition ouverte est
l'opérateur iota de Russell, éventuellement revu à la lumière de la méréologie de
Lesniewki. L'objet ainsi obtenu, au niveau du CP, n'est alors plus une proposition, mais
une entité ou un quantificateur généralisé, quelque chose comme : l'unique individu
(maximal) qui a la propriété P. La question de l'interprétabilité de la phrase complexe
devient alors au moins aussi compliquée que dans le cas précédent, en particulier
lorsqu'une quantification générique ou universelle est donnée par le pronom corrélat
de l'apodose, cf. (16), ou dans le cas d'une quantification non-sélective à partir d'un
adverbe par ailleurs temporel comme maiz, ardura, hainitzetan dans (17). Notons par
ailleurs que personne n'a jamais proposé qu'un opérateur (syntaxique) wh- se traduise
par un opérateur (logico-sémantique) iota : lorsque Srivastav (1991) a proposé
d'interpréter globalement les protases corrélatives comme des individus (pluriels)
maximaux, elle a en effet eu recours à un changement de type dans la composante
sémantique de sa description, se contentant de traiter la relative appositive comme une
relative intersective ordinaire, c'est-à-dire se traduisant par une propriété (voir 4.4. ci-
dessous). De plus, ce changement de type (réinterprété par Grosu & Landman (1998)

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comme une opération de maximalisation), dont je ne m'aventurerai pas à dire qu'il n'a
pas lieu d'être postulé en hindi, est tout à fait exclu en basque pour les raisons
quantificationnelles qui viennent d'être exposées16.
37 4.4. Le troisième moyen de faire d'une proposition ouverte une expression bien formée
est de la préfixer d'un opérateur lambda qui lierait la variable libre. L'objet résultant
est alors une propriété (ou, en extension, un ensemble d'individus ou d'objets qui se
différencient de tous les autres par la possession de cette propriété). Dans le cas où les
protases corrélatives s'interprètent comme des relatives restrictives, et où l'élément
wh- est effectivement un pronom relatif, il n'y a aucune difficulté : il y a plus de 25 ans
déjà que B. Partee proposait que la contribution sémantique d'un pronom relatif est
précisément celle d'un opérateur lambda (Partee 1975) ; si donc la proposition ouverte
correspond à IP, l'expression-lamba entière correspondra au CP, l'élément wh- se
traduisant, tout simplement, par l'opérateur λ17 :

(18) a [cp wh-i C°[IP...t1...]]


b [λx[ ψ(x)]]

38 Il suivrait de cette approche que la corrélative, interprétée comme une propriété,


lierait une variable de propriété contenue dans la traduction ou interprétation du
pronom corrélat : c'est la solution adoptée dans Rebuschi (1997, 1998).
39 Mais on a vu plus haut que les wh- basques ne sont pas syntaxiquement des relatifs. Par
ailleurs, même si les constructions corrélatives basques sont parfois (quoique rarement,
en fait) employées pour faire référence à des individus spécifiques (au sens
pragmatique ou énonciatif, c'est-à-dire à des individus connus du locuteur mais non de
l'interlocuteur), je ne connais aucun usage strictement restrictif ou intersectif des
protases corrélatives en basque ; or si les PCPC se traduisaient directement comme des
expressions lambda et donc indiquaient des propriétés, on ne voit pas pourquoi elles ne
pourraient pas servir à construire des relatives restrictives.
 
5. Vers une solution
40 Il faut donc ou bien se résoudre à une certaine distortion entre les données syntaxiques
et les données sémantiques (ce que, pour des raisons méthodologiques, je préfère
considérer comme un pis-aller, ou un constat d'échec, au moins temporaire), ou bien
considérer qu'aucune des solutions envisagées à l'instant n'est satisfaisante.
41 5.1. Je souhaiterais donc terminer ce travail en proposant une autre approche, qui est
au moins aussi compatible avec les données que l'hypothè se d'un wh- non-relatif qui
serait malgré tout, sémantiquement, un opérateur lambda : le mot en wh- n'aurait
simplement aucune propriété sémantique18. Il aurait simplement le trait [+wh-] requis
pour son mouvement, et sa fonction serait donc tout simplement de laisser une trace
qui serait forcément inter prétée comme une variable libre. Dans ces conditions, le liage
non-sélectif de cette dernière par un adverbe explicite (comme maiz, etc., ‘souvent’) ou
implicite, mais relié au temps générique de l'apodose (la proposition principale) serait
tout à fait naturel et automatique. La trace des wh- déplacésfonctionnerait donc
exactement comme les indéfinis tels qu'ils ont été réanalysés dans divers travaux plus
ou moins récents, travaux selon lesquels, contrairement à l'analyse usuelle, un indéfini
comme quelqu'un dans (19a,b) ci-dessous n'est pas une expression quantifiée, mais

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précisément une variable libre dans la proposition minimale qui la contient, et à


nouveau liée adverbialement ou génériquement par un opérateur issu de l'apodose (la
proposition « conditionnée ») et ayant portée sur la phrase complexe dans sa totalité 19 :

(19) a Si quelqu'un parle, Pierre l'écoute souvent. BCP, [humain’(x) &


parle’(x) : écoute’(p’,x)]
b Si quelqu'un parle, Pierre l'écoute.
GÉN, [humain'(x) & parle’(x) : écoute’(p’,x)]

42 5.2. De ce point de vue, la parenté très étroite et évidente que le basque (parmi bien
d'autres langues naturelles) offre entre les indéfinis et les wh- devient elle-même tout
aussi naturelle, cf. les deux premières colonnes de (20) :

(20) nor ‘ qui’ norbait ‘ quelqu'un’ inor / nehor ‘ personne/qui que ce soit’
non ‘ où’ nonbait ‘ qlq part’ inon/nihon ‘ nulle part/où que ce soit’
zer ‘ quoi’ zerbait ‘ qlq chose’ ezer ‘ rien/quoi que ce soit’ etc.

43 Ce n'est évidemment pas un hasard si l'on retrouve le suffixe bait- dans la deuxième
colonne : j'y reviens bientôt. Mais il y a plus. Du point de vue de l'interprétation des
phrases complexes qui nous intéressent, il est clair qu'il y a une relation de paraphrase
étroite entre les deux variantes de (21) :

(21) a Norbaitek huts egiten ba-du, (orduan) (hura) gaztigatua izanen da.
quelqu'un-E faute faisant si-AUX alors celui-là puni être-FUT AUX
‘Si quelqu'un commet une faute, il sera puni.’
b Nork ere huts eginen bait du, (eta) (hura) gaztigatua izanen da.
qui-E ere faute faire-FUT bait-AUX et lui puni être-FUT AUX
‘Celui qui commettra une faute sera puni.’ [=(18)]
lit. ‘Qui que/qui fera faute, et lui sera puni.’

44 Dans les deux cas en effet, on peut considérer qu'un opérateur de géné-ricité lie deux
occurrences d'une même variable, comme dans (22) :

(22) GENx [P’(x) : Q’(x)]

45 où P’ représente le prédicat de la protase, Q’ celui de l'apodose, et les deux points entre


les deux propositions, le connecteur non-standard, puisque la quantification n'est ni
universelle ni existentielle — si elle était universelle, comme l'adverbe beti (ere)
‘toujours’, ou le pronom haina, cf. les ex. de (16), l'imposeraient, on aurait la variante
(23) :

(23) F0
22 [P’(x) → Q’(x)]
x

46 De ce point de vue, en ce qui concerne les pronoms corrélats, on peut donc proposer
que si les pronoms non-emphatiques (y-compris pro) se traduisent bien, dans les
contextes pertinents, comme des variables liées par un opérateur non-sélectif ou
adverbial, dans les autres cas, il faut en faire une analyse complexe, le pronom haina ou
les emphatiques comme (hura) bera ‘celui-là et nul autre’ (cf. l'ex. (11) et la note 11)
apportant une force quanti-ficationnelle propre à la phrase complexe prise dans sa
globalité.
47 5.3. A observer soigneusement les rapports entre (21a) et (b), on voit que le choix
lexical du connecteur linguistique (i.e. de la conjonction) qui unit les deux propositions
syntaxiques est corrélé à la tête du premier CP, i.e. de la protase, ce qui est un

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phénomène bien connu sous le nom d'accord entre spécifieur et tête : on a la paire ba- et
orduan d'une part, et la paire bait- et eta de l'autre. Techniquement, cet accord se
décompose plus précisément entre (i) une percolation du trait distinctif, quel qu'il
soit – mais qui serait non-interprétable si mon analyse est corrrecte – qui permet
d'opposer les têtes ba- et bait- de la protase, vers la projection maximale CP de cette
même proposition, et (ii) un « accord » entre la tête de la construction complexe (la
conjonction, orduan ou eta) et la propriété que le CP qui occupe son spécificateur a ainsi
héritée de sa propre tête – pour des arguments en faveur de l'hypothèse que ces
conjonctions sont bien des têtes fonctionnelles, cf. Rebuschi (sous-presse).
48 Qui plus est, à l'intérieur même de la protase, on a aussi une forme d'accord entre la
tête et le spécifieur, puisque, on y revient enfin, l'élément bait- figure ou bien sous C°,
ou bien sur le pronom dont la position argumentale est interprétée comme une
variable.
49 Mais il y a plus. Dans divers textes, j'ai relevé la présence de ba- là où l'on attendrait
bait-. Le premier dans l'ordre chronologique pose aussi un problème d'emprunts entre
dialectes, car, comme l'a fait observer P. Altuna, une structure corrélative comme (24),
qui contient un verbe fléchi, n'est pas usitée en guipuzcoan (voir (5) et les
commentaires qui s'y rapportent). Les seconds exemples sont en baztanais du 19 e siècle,
cf. (25). Enfin, les troisièmes sont dans un autre dialecte encore, et d'une autre époque,
à savoir, en bas-navarrais de la seconde moitié du 20 e siècle, cf. (26).

(24) J.A. Ubillos (1785, p. 151) [=Jn 20,23]


Nori ere barkatzen BAdiozkatzue bekatuak, ta haei
à-qui ere pardonnant ba-vous-les-leur(AUX) péchés, et à-eux barkatuko zaizte,
ta nori ere ez BAdiozkatzue barkatzen pardonner-FUT ils-leur-sont et à-qui ere
NEG ba-AUX pardonnant
ta haei ez-zaizte barkatuko.
et à-eux NEG-AUX pardonner-FUT
‘A [ceux à] qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés, et à
[ceux à] qui vous ne les pardonnerez pas, ils ne leur seront pas pardonnes.’
(25) B. Echenique (1857)
a Artakotz, nork ere austen BAdu20 manamendu ttipi otarik bat, [...] pour-cela
qui-E ere brisant s'il- AUX commandement petit de-ces un arras ttikia deitua
izain da zeruetako erreinuan ; très petit appelé être-FUT AUX céleste dans-le-
royaume baño nork ere egiten BAdu, eta erakusten BAdu, ura mais qui-E ere
faisant s'il-AUX et montrant s'il- AUX, celui-là deitua izain da andia zeruetako
erreinuan. (Mt 5,19)
appelé être-FUT AUX grand céleste dans-le-royaume lit. ‘ Ainsi, celui (qui) s'il
viole [=violera] le plus petit de ces commandements sera appelé petit dans le
royaume des cieux ; mais celui qui le fera, et l'enseignera, celui-là sera appelé
grand ...’
b [...] nork ere iltzen BAdu21 gelditukoda juiziora obligatua. (Mt5,21) qui-E ere
tuant s'il-AUX rester- FUT AUX au-jugement soumis lit. ‘qui s'il tue, il reste
passible du tribunal’
c [...] nor ere aserretzen BAda bere anaiain kontra qui ere se-fâchant s'il-AUX
son frère-GÉN contre arrozoñik gabe, obligatua izain da juiziora ;... (Mt 5.22)
raison sans obligé être-FUT AUX au-jugement lit. ‘ qui s'il se fâche contre son
frère sans raison, il sera passible du tribunal’
d [...] nork ere beatzen BAdu emakume bati ura gutiziatzeko, qui-E ere
regardant s'il-AUX femme une- DAT celle-là désirant egiten du yadanik
adulterioa aikin bere biotzean. (Mt 5.28)

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faisant AUX déjà adultère avec-elle son cœur- LOC lit. ‘qui s'il regarde en
femme en la désirant, il commet déjà l'adultère dans son cœur.’
(26) D. Soubelet, (1969, p. 104)22
a Ni niz munduaren argia, nor ere jarraikitzen BAzaut, hura moi je-suis du-
monde la-lumière qui ere suivant ba-il-me( AUX) luiez dabila ilhunbetan,
bainan ukanen du harek biziko argia.NEG marche dans-la-pénombre mais
aura AUX lui de-la-vie la-lumière‘Je suis la lumière du monde : qui me suit ne
marche[ra] pas dans les ténèbres,mais aura la lumière de la vie’ [= Jn 8,12]
b Nork ere ez BAdu onhartzen Jainkoaren erresuma haur ttipi batek qui-E ere
NEG ba-AUX recevant de-Dieu le-royaume enfant petit un-E bezala ez da
hartan sartuko.
comme NEG AUX là entrer-FUT [p. 138 = Le 18,17 & Me 10,15]
‘Quiconque n'accueille pas le royaume des cieux comme un petit enfant n'y
entrera pas’

50 Enfin, Lafitte signale explicitement (op. cit., p. 461) que ba- et bait- alternent librement
dans des phrases concessives que certains appelleraient « inconditionnelles »
aujourd'hui, comme les suivantes :

(27) Nor bazira / Nor baitzira / Nor ere baitzira


qui ba-vous-êtes qui bait-vous-êtes qui ere bait-vous-ètes ‘ Qui que vous soyez’

 
6. Récapitulation et problèmes en suspens
51 6.1. Dans le cas particulier du basque au moins, il semble bien, au vu de la section
précédente, que l'on puisse ramener les phrases complexes à corrélatives à une
variante morphologique des conditionnelles 23, dans la mesure où, d'une part, dans les
variétés standard de la langue écrite, on a un choix bloqué clair entre deux triplets
comprenant un indéfini, un marqueur de subordination, et une conjonction, cf. (28),
chaque élément de ces triplets pouvant apparaître comme une variante combinatoire
ou distributionnelle de celui de la ligne du dessus ou du dessous, et, d'autre part, dans
la mesure où des variétés moins « lissées » de la langue font apparaître certains
glissements d'une ligne à l'autre.

(28) indéfini C° conjonction


Norbait ba- orduan
Nor bail eta
% nor ba- eta

52 Si cette conclusion est exacte, on peut alors représenter plus précisément les PCPC et
les conditionnelles par un même schéma, cf. (29)24 :

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53 En d'autres termes, tant ba- que bait- occupent la tête C° de la prota-se, et, par suite,
l'indéfini norbait (ou inor) se déplace aussi en syntaxe dite visible, avant s-s / Spell-Out :
voir 7.3 pour une réévaluation et l'esquisse d'un développement de cette idée.
54 6.2. L'analyse présentée ici offre au moins trois avantages. Premièrement, elle est
compatible avec la théorie X-barre la plus restrictive qui soit, celle proposée par Kayne
(1994), en prenant au sérieux l'idée que la conjonction est en fait la tête fonctionnelle
de la phrase complexe : tout recours à l'outil d'adjonction (que Kayne rejette
axiomatiquement) est donc inutile. Ensuite, elle permet de se passer en même temps de
tout mouvement entre une position interne à l'apodose vers le spécificateur de la
conjonction, la protase étant considérée comme étant « générée dans la base » (on
pourrait parler de merging dans le jargon du PM) dans cette position, cf. la discussion
autour des ex. (6a,b) : le défaut méthodologique qui est si souvent fait à la théorie de
l'antisymétrie de Kayne, à savoir, qu'elle impose non seulement des têtes
(fonctionnelles) ad hoc, mais encore des mouvements tout aussi ad hoc, est donc évité.
Enfin, cette approche est maximalement compatible avec une démarche
compositionnelle concernant l'interface syntaxe-sémantique, dans la mesure où elle
permet d'interpréter chaque proposition syntaxique (anglais clauses) comme une
proposition logique (angl. proposition), la conjonction se traduisant précisément par le
connecteur requis par la quantification, standard ou non, à laquelle l'expression entière
est soumise.
55 A ce sujet, il faut remarquer que la représentation arborescente de (29) est en fait
incomplète : il faut également disposer d'une tête quantification-nelle (cf. Beghelli &
Stowell 1995) qui permette à un adverbe comme le ‘souvent’ de (17b) de prendre
l'ensemble de la phrase complexe sous sa portée dès la structure-s (ou Spell-Out) 25.
 
7. Problèmes en suspens
56 Pour terminer, je souhaite signaler quelques directions de recherche qui me paraissent
pertinentes par rapport aux thèmes abordés dans cet article.
57 7.1. Tout d'abord, il y a la question de l'étymologie et de la réanalyse
morphosyntaxique et sémantique (en synchronie) des morphèmes ou morphes qui
entrent enjeu dans les constructions décrites. Considérons plus particulièrement bait- :

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deux solutions d'égale vraisemblance sont disponibles. Il peut s'agir, bien entendu, du
ba- suppositif suivi d'une forme contractée (et bien attestée comme telle) de eta, à
savoir, ta, ce qui revient à dire qu'il y aurait déjà eu copie de la conjonction
introduisant l'apodose sur la tête de la protase.
58 Mais on peut aussi bien imaginer que le suffixe qui suit ba- serait plutôt le morphème i
que l'on trouve par ailleurs dans la seconde série de pronoms indéfinis, celle qui est
donnée dans la troisième colonne de (20). En effet, dans les dialectes du Nord, les
diphtongues ont tendance à « durcir » les consonnes qui les suivent après une frontière
de morphème — par exemple en dévoisant une plosive sonore, comme dans zaiku (ou
zauku) ‘il nous est’, qui s'analyse clairement (et se réalise en guipuzcoan et en basque
littéraire unifié) comme zaigu, ou encore en transformant une fricative en affriquée,
comme dans zaitzu, zautzu ‘ il vous est’ en face de la forme régulière zaizu. Dans cette
perspective, on aurait dans les protases ou bien un indéfini comme nor ‘qui’, suivi de
ba-, lui-même suivi de -i, ou encore, avec déplacement de ce dernier morphème, la
séquence i+nor ... ba..
59 Quoi qu'il en soit, il est évident qu'une réanalyse revenant à ne plus identifier ces
segments comme des morphèmes indépendants a dû se produire très tôt dans l'histoire
de la langue, dans la mesure où, comme cela a été rappelé en 2.1, les variétés de basque
parlées Outre-Bidassoa ont toujours employé beaucoup plus fréquemment le suffixe
complémenteur -en que le préfixe bait- dans dans les protases corrélatives (et dans les
relatives formellement appositives), alors que ce suffixe est lui-même totalement
opaque ou inanalysable aujourd'hui. Rappelons aussi à cet égard qu'Azkue (loc.cit.)
notait que la variante biscayenne très locale baist- de bait- se retrouve tant dans les
propositions subordonnées où cet élément fonctionne comme un C° que dans les
indéfinis du type norbai(s)t ‘ quelqu'un’.
60 7.2. Revenons maintenant sur l'accord indirect que l'on a constaté plus haut entre la
conjonction introduisant la proposition principale et l'élément wh- qui spécifie la
protase corrélative. On a suggéré plus haut qu'un mécanisme à triple détente était à
l'œuvre, l'accord entre la tête conjonctive et son spécificateur conduisant ce dernier,
un CP, à recevoir ainsi un trait syntaxique ; dans un second temps, ce trait percolerait
vers le C° de la protase ; enfin, dans un troisième temps, l'élément wh- hériterait ce trait
du C°. En fait, on est en droit de se demander s'il n'existerait pas plutôt un mécanisme
d'accord entre la conjonction tête et le spécifieur de son spécifieur (l'image miroir du
marquage de cas exceptionnel qui permet à une tête d'assigner un cas non pas à son
complément structural, mais au spécifieur de ce dernier).
61 En effet, comme le notait déjà Lafitte (op. cit., p. 105) dans l'exemple repris ci-dessous en
(30), il arrive que eta apparaisse entre le mot en wh- et ere (cf. aussi Euskaltzaindia 1999,
p. 255, ex. (193))26 :
62 Inutile de le dire, les rapports syntaxiques (qui semblent évidents) et sémantiques entre
les PCPC et les phrases complexes à circonstancielle spécifique disloquée à gauche
(comme c'est le cas ici) demandent aussi à être approfondis. :

(30) Non eta ere aurkituko baituzu, han hil zazu


où et ere trouver-FUT bait-AUX, là tuer IMPER
‘Tuez-le là où vous le trouverez’, lit. ‘ En quelque lieu que vous le trouviez,
tuez-le là’ (double trad. de Lafitte)

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63 Il est évidemment possible de considérer que le trait syntaxique quel qu'il soit qui est
transmis de la tête vers son spécificateur ne puisse se réaliser que dans le spécificateur
de ce dernier — où encore comme suffixe sur la protase, comme dans l'ex. suivant, dû à
P. Larzabal, un auteur contemporain (cité d'après Euskaltzaindia 1999, p. 255, ex ;
(192)) :

(31) Lehenago, nork ere pagatzen baitzuen barrika arno gehienik-eta,


huraautrefois, qui-E ere payant bait-AUX barrique vin le-plus-eto celui-
làzukan pasatzen bozetan.
AUX passant aux-élections
‘Jadis, c'était celui qui payait le plus grand nombre de barriques de vin qui
gagnait les élections’ – lit. ‘Qui ere payait le plus de barriques de vin-et, celui-
là gagnait’

64 Cela dit, il faut aussi tenir compte du fait (qui exige une analyse minutieuse que je suis
bien incapable de faire pour le moment) que eta n'est pas simplement déplacé, mais
peut être copié ou dupliqué, lorsque les phrases complexes à corrélatives sont des
comparatives de degré. En voici quelques exemples guipuzcoans, empruntés à un
recueil récent de proverbes (Zavala 1985, vol. 2)27.

(32) a Zenbat eta geiago izan, gero ta geiago nai (n° 3034)
combien et plus avoir après et plus vouloir ‘Plus on a (et) plus on veut’
b Zenbat eta geiago, orduan ta naiago (n° 3035)
combien et plus alors et plus-volontiers (id.)
(33) Zenbat eta obia, ordun ta okerr[ag]o (n° 3037)
combien et meilleur, alors et pire
‘Meilleur c'est, pire c'est’ (cf. plus ça change, plus c'est la même chose’)
(34) Zenbat eta zarr[ag]o, ordun ta berro (n° 3038)
plus et plus-vieux alors eta plus-nécessiteux [berro = bearrago]
‘Plus on vieillit, plus on est dans le besoin’

65 Evidemment, l'interprétation minimaliste actuelle, qui revient à postuler que tout


déplacement est une copie suivie d'un effacement, peut être invoquée, mais le blocage
même de l'effacement de eta dans l'apodose reste problématique. 28
66 7.3. Revenons enfin aux conditionnelles. Le fait que, dans ces phrases complexes, le
mot baldin puisse se trouver en tête de la subordonnée conditionnante, et être en
quelque sorte repris par ba-, cf. (35b), indique peut-être que plusieurs têtes
fonctionnelles sont en jeu, ce que semble corroborer l'existence du morphème
complexe balinba-, cf. (35c), ce mot s'analysant alors comme la forme contractée
résultant de l'incorporation de ba- à baldin, opération qui aurait à son tour pour
conséquence la montée de l'indéfini :

(35) a Norbait / Inor etortzen ba.da quelqu'un/anvfow/y venant si AUX ‘Si


quelqu'un / qui que ce soit vient’
b Baldin norbait / inor etortzen ba. da (id.)
c Norbait / Inor etortzen balinba.da
(id.)

67 Par parité de raisonnement, on serait alors en droit de réinterpréter le ere des protases
corrélatives (cf. la note 16) comme étant en fait le correspondant corrélatif du baldin
conditionnant, ere forçant la montée de l'élément wh- dans son spécificateur, et baldin,

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par contre, le bloquant. Mais cette remarque demande, bien entendu, un travail
technique qui reste à faire.
68 En tout cas, un dernier argument en faveur de la thèse centrale de cet article, à savoir,
que les PCPC sont des variantes de conditionnelles, est encore fourni par les très
nombreux allomorphes et variantes dialectales de baldin, qui incorporent toutes d'une
manière ou d'une autre la conjonction eta : baldin-eta, baldinetari, baldinetaria,
baldinetarik, baldinetariak, baldi-netarian... (cf. Michelena et al. 1989, pp. 788-791),
phénomène qui pourrait s'expliquer par les mécanismes d'échange de traits discutés en
7.2.

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LinguisticTheory 9.4, 637-686.

NOTES
1.  Ce texte développe la deuxième partie de l'exposé que j'ai fait à Bayonne lors du Colloque
international organisé, à l'occasion du centenaire de la naissance de Pierre Lafitte, par l'UMR
IKER et l'Académie basque (Euskaltzaindia) en octobre 2001. La première partie, plus
spécifiquement consacrée à la syntaxe des phrases complexes dans diverses langues, dont le
basque bien entendu, doit être publiée dans les Actes de ce Colloque (Rebuschi, sous presse) ;
dans la mesure du possible, je tenterai d'éviter les répétitions, mais de légers recoupements sont
inévitables.
Je souhaite remercier les participants à ce colloque pour leurs remarques et questions, ainsi
qu'Alex Grosu, pour ses commentaires sur une version antérieure de ce texte, et André Rousseau
pour nos échanges espacés mais, du moins en ce qui me concerne, très fructueux sur les rapports
logiques entre corrélatives et conditionnelles.
Une version préliminaire de ce travail avait été présentée à la Table ronde internationale sur la
syntaxe et la sémantique des relatives (Tel Aviv, juin 2000) : que les organisateurs et les
participants à cette table ronde soient également remerciés.
Les abréviations suivantes seront utilisées : ACC, accusatif ; AUX, auxiliaire ; DAT, datif ; E,
ergatif ; F, focus ; Fem, féminin ; FUT, futur (ou prospectif) ; GEN, génitif ; Impér, impératif ; INT,
interrogatif ; LOC, locatif ; PL, pluriel ; REL, relatif ; SUBJ, subjonctif.
2.  Les PCPC sont traitées comme des relatives d'un type particulier dans Euskaltzaindia (1999,
chap. 5, 247-257).
3.  Se rappeler que ce mot s'écrivait en qui c'onques en ancien français, où l'on trouve, outre qui,
un que subordonnant (noté c’) et enfin onc, onques ‘jamais’, cf. l'anglais ever – sur le basque ere, que
je ne traduis pas, voir la note 16 infra), puis le § 7.3, sous (35).
4.  La proportion de préfixation en bait- de la forme verbale fléchie dans les relatives
adnominales est par contre un peu plus grande. Il en va de même des corrélatives dans les divers
sermons du même auteur, e.g. Urteko igande guzietarako prediku laburrak (ms. ± 1800, éd. de 1990, p.
156) : Ala nola bista labúr duéna baliatzen baita begiórdes edo anteójoes, billatuz árgi, ta beirátuz óngi :
alá ari-man ezautzekó óngi dá eskátzea árgi Jangoikoai... « De même que celui qui a la vue courte se
sert de verres ou lunettes, trouvant [ainsi] la clarté et voyant bien, de même, pour connaître
l'âme, il estbon de demander la lumière à Dieu »

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5.  Azkue (1923-25, p. 357), signale que cette variante était encore vivante dans certains parlers
biscayens au début du 20e siècle.
6.  Voir aussi les num. 61-63, même page. Sur l'unique corrélative présente dans le catéchisme
guipuzcoan d'Ubillos (1775), voir (24) infra et l'alinéa qui précède cet exemple.
7.  Si le eta des PCPC basques devait être analysé comme étant adjoint à l'apodose dans une
approche moins restrictive de la structure X-barre, les règles du jeu données par Kayne 1994 exi-
geraient par contre que cet élément se trouve alors dans la position de spécificateur d'une autre
tête fonctionnelle, située plus bas que celle qui prend la protase pour spécificateur. En l'absence
d'arguments allant dans ce sens, il est évidemment plus simple de faire de ces connecteurs non-
standard les têtes elles-mêmes.
8.  Rizzi (1997) propose aussi la présence d'une tête et d'une projection de Top. en-dessous de
Foc, mais cela est sans importance en ce qui nous concerne.
9.  Ex. tirés de Heilige Schrift, Genève, Genfer BibelGeselhchaft (1985).Ajoutons que l'emploi de der
dans la protase est aujourd'hui archaïsant.
10.  Ceci n'est pas une critique, car il faut bien rendre compte du fait que certains « textes »
comportant plusieurs phrases syntaxiques autonomes concaténées peuvent induire les mêmes
interprétations, ou avoir les mêmes conditions de vérité, que des phrases complexes, ce
qu'illustre le parallélisme entre (i) et (i’) d’une part, et (ii) et (ii’) de l’autre :
(i’) Un homme entra, et il commanda une bière.
(ii) Tous les hommes sont mortels. Or Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel.
(ii’) Socrate étant un homme et tous les hommes étant mortels, Socrate est mortel.
Cela dit, dans la mesure même où les langues varient (au moins « superficiellement ») dans leurs
structures morpho-syntaxiques, l'identification des phrases radicales (indépendantes) comme un
domaine pertinent pour la linguistique proprement dite me paraît rester fondamentalement
correcte.
11.  En effet, tout emploi emphatique ouvre au moins potentiellement la porte à une
interprétation quantificationnelle du type : « celui-là ET NUL AUTRE ».
12.  Les relatives « semi-libres » sont des structures que l'on peut traduire par des relatives libres
(en quiconque en français, whoever en anglais, etc..) mais qui présentent crucialement un
déterminant à droite du C° -(e)n, comme le montre le SN disloqué de (15a).
13.  Avec des référents [+hn], les construction avec guz(t)ia au singulier sont aujourd'hui
archaïques.
14.  Je n'ai malheureusement pas pu accéder à l'original latin.
15.  En ce qui concerne le komunki de (6a), il a d'autres incidences encore, car il interagit de
manièreun peu surprenante avec l'effet quantificationnel normalement induit par la présence de
deux éléments wh- dans des structures de ce type (cf. aussi les interrogatives à wh- multiple).
16.  Ces mêmes raisons me poussent à considérer que, depuis les premiers textes connus, la
particu le ere qui accompagne souvent (mais pas toujours : voir (3) ou (4) par ex.) l'élément wh-
des prota ses corrélatives, et qui se traduit dans d'autres contextes par « même » ou « aussi », est,
dans les phrases qui nous concernent, vide de sens, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas s'interpréter
comme le ever des mots anglais whoever, whatever (ou du onque de quiconque, cf. la note 3 plus
haut) qui sont, eux, incompatibles avec toute forme de quantification adverbiale ou non-
sélective. Pour une réinterprétation radicale, mais très programmatique, de ere, voir la fin de 6.1.
Pour en revenir à l'aspect quantificationnel des choses, je ne me prononcerai pas sur la
maximalisation supposée par Grosu & Landman (op. cit.) à propos des relatives corrélatives du
hindi, mais soulignerai qu'il est sans doute prématuré de généraliser les descriptions spécifiques
de certaines langues ou certains groupes de langues à la « grammaire universelle » – cf. aussi
Grosu (2000. p. 102) pour qui « une configuration avec adjonction à gauche [d'une relative libre]
bloque toute autre interprétation que celle de la maximalisation ».

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17.  Remarquer cependant que lorsque l'élément wh- est phoniquement réalisé (au lieu d'être un
« opérateur abstrait »), il est normalement accompagné d'une caractérisation du domaine
concerné ([± humain], par ex., l'anglais who ≈ which), manifestant ainsi une propriété très
générale des opérateurs syntaxiques des langues naturelles.
18.  Voir Cheng (1995) pour des arguments (évidemment) tout à fait différents qui conduisent à la
même conclusion en ce qui concerne le chinois.
19.  L'apostrophe, ici comme infra, signale des constantes non-logiques.
20.  La version manuscrite de 1855, publiée récemment par Pagola et al. (1995), contient bait-,
mais tout le monde s'accorde pour reconnaître que la version imprimée, qui avait été révisée par
L.-L. Bonaparte sur place, est plus typique du baztanais d'Elizondo.
21.  Le ms. cité dans la note précédente présente ici une relative semi-libre ; il en va de même
pour les versets cités en (c) et (d).
22.  Dans un texte du même dialecte mais datant d'un siècle plus tôt, j'ai aussi relevé un emploi
de ba- au lieu de bait-, mais maintenant dans une relative (structuralement appositive) introduite
par un pronom relatif explicite :
(i) Uroz zerbitzari hura zoina, jiten denean nausia
heureux serviteur celui-là qui-sg venant aux-n-loc le- maître hatzemaiten BAdu hola ari dela (A.
Cazenave, ±1850, Mt 24,46)
trouvant ba-AUX ainsi actif qu'il-est « Heureux le serviteur que son maître, quand il rentre,
trouve en train de travailler » Cet exemple, malheureusement unique à ma connaissance, montre
que le schéma logique , que j'ai tenté ici d'appliquer aux PCPC, pourrait aussi, au moins dans
certains cas (lorsque l'expression nominale est non-référentielle ou non-spécifique), s'appliquer
aussi à certaines relatives restrictives. Pour André Rousseau (communication personnelle)
l'exemple scolaire bien connu du latin en (b) serait d'ailleurs paraphrasable par : « Si tu m'as
écrit une lettre, elle m'a fait grand plaisir ».
(ii) Quas scripsisti litteras,
que[acc-fm-pl] tu-écrivis lettre[acc-fm-pl] eae mihi joncundissimae fuerunt
elles moi-dat très-agréables furent « La lettre que tu as écrite m'a fait grand plaisir. »
23.  En tout état de cause, je n'aurai pas seulement pris le contre-pied de la description
traditionnellede Lafitte, loc. cit. dans l'introduction, mais aussi celui de Bittner (2001), qui tente
plutôt de ramener les conditionnelles à des structures corrélatives, sur la base du parallélisme de
la distribution despréfixes en j- et t- dans des exemples comme les suivants en marathi
(empruntés à Andrews (1975)) :
(i) j a mula-ni j a muli-shi dues kela
quel garçon-E quelle fille-gen haine faisait
t ya-ni t i-la mar-li
lui -E elleace tuer-passé
« Quant au garçon et à la fille qu'il haïssait, il l'a tuée. »
(ii) j er t o ithe yel, t er min tya-la marin
si lui ici vient alors moi-e lui-acc tuer-fut
« S'il vient ici, (alors) je le tuerai. »
24.  Sur C°1, cf. la remarque concernant le point (5 c) en 2.2.
25.  Je ne me prononce pas sur ce qui peut se passer en « Forme Logique », à savoir, si cette tête
est activée de façon à ce que l'adverbe « souvent », lorsqu'il se trouve dans l'apodose en s-
structure, comme en (17a,c) ou (6a), monte dans son spécificateur pour s'interpréter comme
ayant portée sur la structure complexe, ou si une adjonction (mécanisme dont on a vu qu'on
pouvait se passer dans la syntaxe dite visible) peut être retenue « après » spell-out (ceci vaut bien
sûr également pour la contribution quantificationnelle du pronom labourdin haina, et de
l'opérateur générique phonique-ment vide que l'on rencontre dans la plupart des cas).

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26.  A vrai dire, il semble que ce tour soit surtout fréquent lorsque la protase s'interprète comme
une circonstancielle de temps, comme en (i) :
(i) Noiz eta ere ikusi bainuen [...], tiro batez hil nuen. (Lafitte 1962, p. 459)
quand et ere vu bait-aux. coup de feu d'un tué aux
Quand je le vis..., je le tuai d'un coup de fusil. »
27.  On notera au passage, trois fois sur quatre, la présence de la conjonction ordu(a)n ‘alors’ qui
caractérise « normalement » les apodoses conditionnées. Il significatif qu'inversement, dans
certaines langues, le « même » morphème puisse être employé soit pour coordonner deux
éléments (en ce qui nous concerne, deux propositions [syntaxiques]), soit pour associer une
protase conditionnante et une apodose conditionnée : c'est par exemple le cas du swahili, mais
c'est aussi le casde l'ancien français, cf. Rebuschi (sous p.).
28.  De même que son placement à droite de gero ou orduan, quelle que soit la machinerie
syntaxique adoptée.

INDEX
Index chronologique : 20e siècle
Thèmes : linguistique
Mots-clés : basque (langue), conditionnel, morphosyntaxe, phrase complexe, protase
corrélative, sémantique, syntaxe

AUTEUR
GEORGES REBUSCHI
Sorbonne Nouvelle & CNRS, (LACITO, & associé à l'UMR 5478)
georges.rebuschi1@free.fr

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Jean-Martin Hiribarren, Iruñeko


bestak 1845
Patri Urkizu

1 Agosti Chaho, Jean Duvoisin, Maurice Harriet, Joanes Oxalde, Emmanuel Inchauspe,
Jean-Martin Hiribarren.... Hona 1810etik 15erako epean Euskal Herriko Iparraldean
jaiotako euskaltzale ospetsuen zenbait izen. Lore-xorta ederra benetan ! Euskal
hizkuntza eta literaturaren pizkun-dean zuzi distiratsu eta itzalezinak, Pierre Lafittek 1
ongiaski azpimarratzen digun arabera.
2 Azkainen sortua genuen Hiribarren, etorki nobleko familia batean, Etcheberria baitan,
hain zuzen. Bere amona Juana Dutari, Dominike de Hiribarrenen emaztea, Baztango
Dutari Azpilikuetarren leinu famatutik zetorren. Honetakoak izan ziren, ere, besteak
beste, San Frantzisko Xabier eta Martin Azpilikueta ‘doctor navarrus’ ospetsuak.
3 Hona bere aitaren heriotze biharamunean besteren artean idatzi zuen bertso xorta
gorabehera zenbait aipatuz :
Guziek bazakiten zenbat zen zuzena,
Hauzi guzietan zen lekhuko emana,
Frantziako aferak nahasi zirenian
Ihesari eman zen denbora zuenian.
Aita amak ziozten gathibo egorri,
Frantziarat norapeit bihotz zilhagarri,
Berak jo zuen urrun Madrilgo alderat,
Gorthian gora zituan ahaiden arterat,
Haren aitatxia aiphatu Duthary,
Espainiako gorthian lehen aitzindari2.
4 Hamalau urte zituela joan zen apaiz ikasketak Baionako seminarioan burutzera eta
bertan apeztu zen 1833. ekainaren batean, hogeita hiru urte zituelarik. Denboraldi bat
Urruñan eman ondoren Goyetche erretoraren laguntzaile, Bardozera iragan zen apez-
laguntzaile gisara, eta apez nagusi bilakatu Borda 1839an hil zenean, bertako arimen
gidaritza 1865. urterarte hartuz. Nekaturik, Baionako ohorezko kalonje izendatu zuten,
baina berehala kota gaitzak jota hurrengo urtean hil zen.

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5 Langile amorratu eta apala, bere eleizkizunek eta gazteendako ardurak uzten zizkioten
uneak oro idazten murgildurik igarotzen zituen, eta bizi zelarik argia ikusi zuten
poemen artean hauexek dauzkagu : Iruñeco bestak3 (1845) ; Montebideoco berriac4 (1853) ;
Eskaldunac5... (1853).
6 Montebideoco berriac maiatzean plazaratu zen. Poemak 223 lauko ditu, hamahiru silaba
duelarik bertsolerro bakoitzak eta binaka errimak bildurik. Euskal Herriko odoluste
izugarri haren aurka jasotako ahotsa izan zen, eta irailean Abbadiak antolatu lore
Jokoetan ere gaia beraxe izan zen.
7 Eskaldunac, abenduan argitaratua, oraindik askoz ere luzeagoa da, bost mila bertsolerro
inguru baitu, Euskal Herrietako historia egiten du bertan hala nola bertan sorturiko
hainbat eta hainbat pertsonaia garrantziz-koeren bizitza zertzeladak ematen. Hona
zioena Andima Ibiñagabeitiak6 obra honetaz :
...olerkari baino neurtizlariago ageri zaigu Hiribarren. Alare ba ditu bere bertsu aldietan
poeta garaienak ere onartuko lituken ahapaldiak. Arrigarria benetan apaiz onez euskera
nola menderatu eta erabiltzen zuen ikustea, txoriari tzinta bezin errex ta aisa ateratzen
zaizkio bertsuak luma-muturretik.
8 Ez da bere balioetarik tipiena ere Orixeri bere Euskaldunak sortzea pentsarazi izana.
Hitz-lauz ere argitaratu zuen beste lan bat Eskaraz Eguia7 7(1858) duena titulutzat,
erlijio ezberdinei buruzko historia, eta noski, knstau katolikoaren apologia dena.
9 Utzi zituen, ordea, lan mordoxka argitaragabe, hauetarik batzuk geroa-go argitaratu
direnak eta beste batzuk oraindik argitaragabe dirautenak, hala nola : 891an eskaldun
gerla8 ; Napoleon lehena9, Laborarien erran zaharrak10, Laborariak11 (argitaragabea,
mila bostehun bertsolerro inguru-koa) ; Hiztegia12 (argitaragabea).
10 Ez bakarrik euskaraz, frantsesez ere asko idatzi zuen, hala Ariel bere lagun Chahok
zuzentzen zuen aldizkari errepublikanoan, nola Journal du peuple, Le Messager de Bayonne
eta Le Courrier de Bayonne gazetetan. Uneak bultzaturik idatzi zituen ere bertso
iraultzaileak, hala nola 1848ko otsailaren 25ean honela hasten direnak :
Jo du, jo noizbeit orenak
Justizia dakhartenak,
Orai bada Eskaldunak,
Porroska zuen burdinak.
Errege da populua,
Altxa dezake burua,
Hanbat mendez lehertua,
Ager bedi zutitua13.
11 Egun honetan, igande goiza zen, Chaho, Stein eta Villa Baionako Comite Republicain
Central delakoaren partaideek, jende xehea eta argin-beltz talde ugaria atzetik zutela
Harisperi bisita egin zioten, eta eskatu jaialdi bat antola zezan herria eta troparekin
anaitasunean ospatzeko II. Errepublikaren sorrera. Harispek ordenak espero zituela
erantzun zien, baina, noski, populua ez zegoen zain egoteko. Harispe utzi, eta
Udaletxerantz abia-tu zen. Hemen zeudenek eskaerak onartuz Garde Nationale-erako eta
Udala berritzeko hauteskundeak prestatu zituzten. Askatasunaren zuhaitza plaza
erdian jaso zuten eta okasio honekin Hiribarrenek bandera errepublikanoa bedeinkatu
zuen, ondoren frantsesez solas eder batez mintzatu zelarik aska-tasuna (Libertatea zein
eder den !-errepikatuz euskaraz-), berdintasuna eta anaitasuna goraipatuz. Lafittek zati
bat ematen digularik honako hitzak eransten dizkio, je me demande si le discours de
Hiribarren n'est pas un chef-d'oeuvre de ce genre bâtard, alegia, jenero bastart honetan

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maisu lantzat jo daitekeela. Baina, gauza jakina den bezala, zirkunstantziazko literatura
hori ugaria da herrialde guztietako literaturetan.
 
IRUÑEKO BESTAK 1845
12 Hiribarren berak dioenez, lapurteraz idatzitako poema txiki bat da « Petit poème sur
les fêtes de Pampelune 1845. En dialecte labourdin le plus pur ». Baditu, ordea,
poematxo honek ehun eta hogeitamar zortziko, beraz, 1362 bertsolerro, aitzakitzat
harturik Chahok, Nemours-eko duke eta dukesa, Aumale-ko dukeak eta beste konpainia
eder batek (tartean bera) 1845 urteko irailean Iruñeara egin zuten bidaia eta hemen
dastatu zituzten bestak.
13 Dukeen Euskal Herrirako bisitak utzi zizkigum hainbat bertso eta kanta nola Bizente
Etxegaraik14 eskaini ziena Donostiatik igarotzean, edota Tolosatik 15, edota Hazparneko
Larralde Bordaxurik16 kantatuak. Baina ez ziren iristen Hiribarrenen tamainara, noski,
zeinen obraren zati bat Chahok argitaratu zuen, pentsatzen baitzuen edizio elebiduna,
euskara-frantsesa, egitea, asmo huts gelditu zena, ordea, Lafittek dioskun legez.
14 Azkaindarrak atharraztarraren aipamenarekin hasten digu poema Ariel-en, kortesiazko
deikia, noski, baina poema berridatzi zuenean, urteak igaro eta, zati hau aldatu egin
zuen, beste zenbait orraztu eta zuzenduz. Beraz azken idaz-kera moldatu dugu gure
ediziorako. Bidaiariak, muga pasa ondoren Urdazubi, Arizkun, Elizondo, Moringo Zubia,
Belate, Ultzama eta azkenean Iruñeara iritsiko dira erregina Isabel Ilarekin eta honen
gortearekin elkartzeko.
15 Hau bere ama Kristina eta ahizpa Luisa Femandarekin Donostiatik zetorren, hemen
mainu batzuk hartu eta hiriak harrera benetan ederra eskaini ondoren. Boulevard-eko
Txakur-Txulo zeritzaion ostatuan egonak ziren eta musika jaialdi bat oparitu zion hiriak
Luisa Fernandari, Bizente Etxegaraik, okasio guztietarako prest zegoen donostiar
poetak asmatu zortzikoak kantatu zizkiotelarik. Hauetariko bigarrenak honela zioen :
Infanta gaztetxoa
Espainiakoa,
Isabelen aizpatxo
biotz gurekoa :
erregeren alaba
zorionekoa,
ar ezazu oroitze
Donostiakoa17.
16 Hemendik Iruñeara joan ziren eta Joakin Ignazio Menkos, Guendulaingo kontearen
etxean hartu zuten ostatu. Eta bertan biltzen ziren Frantziako printzeekin, egun batean
hirurogeita hamar gonbitatuei platera ugari eta onaskoak eta dantza eder bat eskaini
zitzaielarik18.
17 Poemak ez dion arren, printze frantsesek Ezpeletako Kontearen jaure-gian hartu zuten
ostatu, bertan banketeen ondoren serenatak, gau-dantza eta gau-argiak dastatu
zituztelarik. Erregina Isabelek Frantziako printzeak erre-galatu nahi zituen, eta
honetarako momentuan zen toreatzailerik famatuenari eskatu zion torea zezan
Iruñean. Gonbitea Ministro de Instruccion y de Hacienda zenak berak egin zion, eta
Madridetik pasatzerakoan Montes bere koadrilarekin jai eder bat ere eskaini zitzaion.

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18 Frantziako eta Espainiako korteak Iruñean, iraun zuten bitartean, hau jendez beterik
zegoen, ezen topaketa ilustrearen aitzakiaz iragarritako ikus-kizunek Pirineoetako
mainutegietarik ur-hartzaile anitz erakarri baitzuten.
19 Poemak bederatzi atal ditu : Bidaia (1-12) ; Argiak (13-21) ; Zezenetako tokia (22-62) ;
Zezenak (63-125) ; Zaldi Lasterketak (126-140) ; Zuziak (141-148), Zuziazko Tiruak
(149-155) ; Pasaiuak (156- 162) ; eta Harmada (163-170).
20 Zatirik nagusienak, beraz, zezen plazako giroak eta zezenek hartzen dute (22b.-125b.),
bertan kantatzen direlarik garaiko toreadore famatuenaren, Francisco Montesen 19
azaina bildurgarriak, eta zeinen irudia honelaxe ematen digun euskal poetak :
Hasia ilia urdintzen
Baina ez zangua pisatzen,
Bezti galtza labur ferdez,
Sedazko gairik senduenez,
Aztalak xuri zirikuz,
Oinetan zapatak larruz,
Hark duen maipolisa,
Izan behar da belusa,
Errexago da ikustia
Ezen ez haren pintatzia.
21 Lehen korridan zazpi zezenek jokatu zuten. Montesek lehen estokadaz etzanarazi zuen
lehenbiziko arerioa. Bigarrenean, nola ez baitzen oso oldarkor, jendetza zakurrak !
zakurrak ! oihuka hasi zen, Santerak azkenean lau estokadaz hil zuelarik. Hirugarren
zezena Chiclanakoak guztiz dotore eta ederki akabatu zuen txaloen artean.
Laugarrenean zaldia lurrean sabela hau-tsirik, lehen estokadaz bota zuen Montesek.
Bostgarrenean berriro zaldiak lurrean etzanik tripak kanpoan, eta banderilak ezarri
zituenean usoak atera ziren txorimalotik zezenak hau adarkatu zuenean, eta bigarren
aldian sartzerakoan hil zuen Montesek. Seigarrenak berriro pikadoreak bota zituen,
berriro Santera zezenzalearen kontra madarikazioak entzun zirelarik. Zazpigarrena eta
azkena irinez betea atera zen, eta hamabi mutil errotariek, - galtza txuri, alkandora
txuri eta zapia buruan loturik -, hamar mila liberaren ordainez saiatu ziren zezena
botatzen, halere eskerrak azkenean toreatzailea atera zela, ezen batzuek gaizki
zauriturik bukatu baitzuten.
22 Korrida arratsaldeko hiruretan bukatu zen, eta bostetan berriro itzuli ziren printzeak
atseden zertxobait hartu ondoren. Zaldun mordo bat atera zen beren zaldi dotoretan
Luis XV eta Felipe IV. garaiko jantziez, eta bukatuta-koan antzezkizuna erregina Isabel
Ilak parte hartzaileen artean dominak hedatu zituen. Besta hau zazpiretan amaitu zen.
23 Bigarren korrida irailaren zazpian ospatu zen. Erregina ordubiak pasata iritsi zen,
idazkariak zilarrezko platera batean eskaini zizkion giltzak alkateari, eta honek
erreginari, zeinak halaberetsu eskuinean eserita zegoen Nemourseko dukesari, beronek
plazara jaurti zezan. Zeremoni hau eginda-koan korrida hasi zen.
24 Lehen zezenak zaldien artean triskantza izugarria egin zuen. Montes, dirudienez, ez
zegoen forman eta hiltzera sartu zenean jendetza aspertu egin zuen eta txistuak entzun
behar izan zituen. Beste zezenak aski oldarkor izan ziren eta txaloak errezibitu zituen.
Bostgarrenari hiru gizonek zaintzen zituzten bost zakurtzar bota zizkioten, eta
zakurrek zezena kozkatzen zuten bitartean, ezpata sartu zioten. Zakur hauek Jose
Joakin Arrese Tolosarrak era-manak ziren bi mila eta zortzirehun errealen truke.
Ikuskizun krudel eta odoltsu hau, ordea, ez zen izan ikuslegoaren gustokoa.

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25 Ekintza hau Iñaki Azkunek20 beste era honetan biltzen eta itzultzen digu, El Heraldo
Madrid-etik harturik :
Lehen hiru zakurrek ez zuten horzka egiterik lortu. Gero zeze-nari bota zizkioten beste biak,
hain txikiak zirenez gero, ez ziren zaun-ka egitera ere ausartu. Joaldunak atera eta
orduerdia baino gehiago behar izan zuten zezena plazatik eramateko. Errotariek zezen hura
eskatu zieten orduan agintariei biharamunean lantzaz hiltzeko. 24 errotarik beren haga
punta zorrotzak lerrokaturik ipintzen zizkioten zezenari, eta zezenak hirutan hautsi zien
lerroa, mutik-gazteak lurrera bota eta zapalduz.
26 Printze eta Printzesa frantsesek Montes zezenlariari eta bere pikatzaile Joakin Coyto,
alias Charpari diamantezko eraztun bat eta esmeraldez hornitu orratz bat oparitu
zieten.
27 Dena den, ez zuen utzi gure poemagilea ikuskizun krudel honek oso kontent eta honako
bertsoa ere idatzi zuen : ni banintz erregetarik/ez liteke zezenarik. [124 b.]
28 Baleztenak21 topaketa hauek komentatzerakoan honako iruzkin mal-tzurra eransten
du :
Egiaz, Nemours-eko dukesa ederrak zezenari ezarri zizkioten suzko banderilak Frantziako
Printzeen bidaia Nafarroarekin eta Probintziekin Foruen arazoa konpontzea eta Isabel Ilaren
ezkontza Carlos VIa, Montemolingo dukearekin, zeinen alde hainbeste lan egin zuten Balmes
filosofo ospetsuak eta La Esperanza gazetak, helburu zuela uste zutenek hartu zituzten.
29 Poema euskaldunei eskaini lauko batez amaitzen da :
30 Irailaren 8an goizeko zortzietan irten ziren printze frantsesak hiritik, hiru mila liberako oparia
eman zietelarik bertako benefizentziazko etxeei.
Eskalduna Pirenetan
Ez da izitu gerletan,
Aitak ehortzi tokian
Izanen bethi agian !
31 Aski. Amai dezadan aurkezpentxo hau esanez Hiribarren zezen-korri-detan oso aditua
ez bazen ere bertsogile aparte zela, erritmoaren zentzu berezi eta nabarmenaren jabe,
garaikideen artean poeta handitzat kontsidera-tua, baina halere bertsolariengandik
aski hurbil dagoena, batipat hiperbato-nak eta elipsiak baztertzen dituenean. Hau dela
eta Lafitterentzat gertuago legoke koplariengandik olerkariengandik baino, eta bere
burua epikotzat jotzen eta halakoxe nahi bazuen ere, ezin uka daiteke anitzetan
moldatzen dituen bertsoak errexegiak ez direnik. Bere benetazko izpiritu zorrotz eta
luma landua, ordea, ziri bertsotan, giza kritikazkoetan hala nola deskripzioe-tan, goi
mailako eta arnas handiko ageri zaigularik. 22

NOTES
1.  Pierre Lafitte, « Jean-Martin Hiribarren (1810-1866) », Euskal Herria (I 789-1850). Actes
ducolloque international d'Etudes Basques (Bordeaux 3-5 mai 1973), Société des Amis du Musée
Basque. Bayonne, 1978, 181-191.

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231

2.  Patri Urkizu, « Euskal idazleen bertsoak bigarren Errepublikaren gainean (1848-1851) », « La
révolution française dans l'histoire et la littérature basques du XlX e siecle ». Sous la direction de Jean-
Baptiste Orpustan, Izpegi, Baigorri, 1994, 121-147.
3.  Ariel aldizkaria. Baiona, n° 53, 54, 55, 56, 57, 59, 60, 61 ; 1845-X-5, 12, 19, 26-, XI-2, 16, 23, 30.
Bukatugabea.
4.   Montebideoko berriac. Bayonne, Foré et Lasserre, 1853. Patri Urkizu (ed., 1991), Lapurdi,
Baxanabarre era Zuberoako Bertso eta Kantak. II, 1545-1900, 543-5 84.
5.   Eskaldunac, Iberia, Cantabria, Eskal-herriac, Eskal-Herri bakhotcha eta hari darraicona. Foré eta
Laserre imprimerian. Baionan, 1853. Fac-simil, Enciclopedia General Ilustrada del País Vasco,
Zarautz, 1971.
6.  Andima lbiñagabeitia, « Hiribarren'en « Eskaldunac » (1853-1953) », Gernika, n’22, Paris, 1953,
143.
7.  Escaraz. eguia. Baionan, E. Lassserre, 1858.
8.  Xipri Arbelbide (ed., 1991), « 891 an Eskaldun Gerla », Memoriae L. Mitxelena magistri sacrum,
ASJU, Donostia, 485-503.
9.  Eskuzkribua. 1 856. 231 fols. Ms, 217, Euskaltzaindia, Azkue Biblioteka. R. M. Pagola etab. (ed.),
1994, « Napoleon lehena ». Bonapaarte Ondareko eskuizkriboak. Lapurtera I, 41-183.
10.  Eskuzkribua, Piarres Andiazabalen fondoan.
11.  Eskuzkribua, Baionako Euskal Erakustegiko Liburutegia. Ms. 129.
12.  Eskuzkribua, Piarres Andiazabalen fondoan.
13.  n. 2(129-132).
14.  Le Pharedes Pyrénées, zb. 729,1845.VIII.13 ; zb. 732,1845. VIII.20.
15.  Idem. zb. 740. 1845.IX.7 ; Le Courrier de la Gironde, 1845.IX.8
16.  Id., zb. 744. 1845. IX. 17.
17.  Jose Vicente de Echegaray, Festara (Bere bertso guzien bilduma). A. Zavalaren edizioa. Auspoa.
35-36. Donostia, 1964.
18.  Memorias de Joaquin Ignacio Mencos, Conde de Guendulain, 1799-1882. Instituciόn Príncipe de
Viana, 1952,194.
19.  Francisco Montes « Paquiro » (1805-1851). Chiclanan jaioa, igeltzero lanetan peoitzan hasia,
baina txikitandik zezenetako grinaz amorratua, pala ezpataz trukatu zuen. Jadanik 1830.ean
Sevillan toreatu zuen, eta bertako zezenlarien arte eta ofizioaz jabetu. Madriden 1831.ean
presentatu zen Juan Jimenez « El Morenillo » eta Manuel Romerorekin. « Garrocha »z jauzi
ederrak egiten zekien, eta kaparekin xit abila izaki Espainiako lehen ezpata izatera iritsi zen.
Euskal Herrian maiz ibilia. bertako koadrilak lagun zituela. Komisio batek eskatu zion Louis-
Philippe, Frantziako erregearen semeentzat, Aumale eta Nemourseko dukeentzat toreatu zezan.
Hasieran ezezkoa eman bazuen ere, erreginaren nahia zela adierazi ziotenean, baiezkoa eman
zuen. El Fandango egunkariak honela des-kribatu zuen « Korrida » : Don Francisco Montes estuvo
admirable en las corridas de Pamphma. Y si es cierto lo que hemos oido decir a personas fidedignas, de que
en consecuencia de su arrojo y habi-lidad se le ha nombrado conde de Chiclana, tiene mucho mejor ganado
su título que otras excelen-cias de escotillón (Jose María Cosso, Los Toros, T. III. Espasa, Madrid 1980,
632).
20.  Iñaki Azkune, Zezenak Euskal Herrian, gure baitan dituzlen erro luze-ezkutuak. UEU, Bilbo,
1989,349.
21.  Baleztena, « Iruñerias. Las banderillas de Fuego », Diario de Navarra, 1950-111-25, in J. M.
Iribarren, Pamplona y lo.s viajeros de otros siglos. Pamplona, Principe de Viana, 1952, 170.
22.   Anton Abbadiaren koplarien guduak. Bertso eta aire zenbaiten bilduma Patxi Urkizuren
edizioa.Eusko Ikaskuntza-Euskaltzaindia, Donostia 1997, 89-91, 96-98, 119, 130, 156-157, 181, 182,
192,193, 197, 203, 204.

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232

INDEX
Thèmes : littérature
Index chronologique : 19e siècle
Mots-clés : écrivain classique, Hiribarren Jean-Martin (1810-1866), littérature basque, poésie

AUTEUR
PATRI URKIZU
(UNED)
purkizu@flog.uned.es

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Position de recherche - Ikerketa


aurkezpenak

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Catholicisme et construction
identitaire basque : retour sur le
postulat d'une sécularisation
achevée
Xabier Itçaina

1 La recherche présentée ici1 entend « détourner » quatre approches du lien entre


religion et identité collective : le récit essentialiste (il y a une fusion entre
appartenances religieuse et ethnique), le récit exégétique ou théologique (il y a une
spiritualité identitaire spécifique, qui requiert un ajustement normatif du religieux), le
récit instrumentaliste (la religion, forme déguisée de l'idéologie, est une structure de
domination parmi d'autres) et le récit annexionniste (tout est religieux : les
mouvements identitaires ne sont que des religions séculières, qui se sont substituées à
un système de pratiques et de croyances en perte de vitesse). A partir d'une vision à la
fois plus constructiviste et plus compréhensive des identités catholique et basque, la
thèse propose un cinquième récit.
2 La recherche a été guidée par la question suivante : dans quelle mesure l'interaction
entre les deux activités identitaires catholique et basque a-t-elle effectivement généré
des objectivations et des subjectivations spécifiques ayant en retour des effets
structurants sur ces deux types de mobilisations ? En guise d'hypothèse, posons que la
catholicité, en tant que système de valeurs et construit institutionnel, relève du structurel (au
sens de Giddens, 1987) et est à la fois contraignante et habilitante dans le travail de construction
de la référence et de la compétence identitaires basques, résultats d'une construction à la fois
subjectivée et objectivée. Par référence, au sens de F. Dumont (Dumont, 1994), nous
désignons la part de mémoire et d'utopie nécessaires à une affirmation identitaire
mobilisable, sous une forme nationaliste ou pas. La référence renvoie à un niveau
d'identification que Fernand Dumont voit comme un échelon supérieur à
l'appartenance et à l'intégration. La religion intervient ensuite dans la construction de
la compétence identitaire, dans les conditions d'émergence de ce savoir-faire spécifique
lié à une conscience discursive et à une conscience pratique particulières ; à la

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235

mobilisation de ressources et à la transformation des contraintes en ressources. La


référence d'un côté, la compétence de l'autre : l'intervention du religieux dans la
structuration de la motivation identitaire prend deux formes indissociables mais
nécessitant deux approches méthodologiques distinctes, qui constituent l'ossature de
ce travail.
 
Clergé et nation : catholicisme et construction de la
référence identitaire
3 Une première partie s'interroge sur la part du religieux dans la construction d'une
référence collective associée à l'idée de nation basque. En considérant la nation et sa
traduction politique, le nationalisme, comme autant de conflits d'exégèse, nous
considérons que le religieux a contribué à diffuser et à installer dans les
représentations sociales une interprétation particulière, une référence. Les mémoires
des deux piliers institutionnels les plus visibles du religieux et de l'identitaire, clergé et
mouvements nationalistes, sont confrontés ici. Une telle orientation, sous un aspect
généraliste, implique au moins un double choix : nous ne traitons pas de la part de la
religion locale (terme qu'avec W. A. Christian (Christian, 1997) nous préférons à celui,
ambigu, de religion populaire) dans l'identité des Basques, sauf lorsque la routinisation
de la religion locale sera perturbée par une relecture politique. En recentrant ensuite
l'analyse sur les prêtres, nous excluons du même coup le personnel religieux féminin,
objet, pourtant, d'un questionnement sociologique spécifique. La moindre visibilité en
terrain basque de la portée politique des mobilisations religieuses féminines a
déterminé ce choix. Concernant l'objet ainsi réduit, on observe la co-occurrence étroite
de deux processus, sans qu'il soit possible d'établir entre eux une relation de causalité :
la construction d'un mouvement nationaliste/nationalitaire institutionnalisé d'une
part, l'émergence du clergé basque comme acteur politique semi-autonome d'autre
part. L'émergence du « clergé basque » comme vecteur d'action collective est
antérieure à la première expression politique du nationalisme à la fin du XIX e siècle.
Avec des traductions différentes des deux côtés de la frontière, la trajectoire historique
du clergé a pu diffuser la référence d'un mode d'action alternatif à la construction des
Etats-nations français et espagnol, sans qu'une telle attitude, d'abord motivée par des
intérêts religieux, n'induise forcément un quelconque engagement nationaliste. Reste
qu'en agissant contre l'Etat et en s'érigeant comme représentant légitime du peuple, le
clergé basque a pu contribuer à diffuser une culture de la distance.
 
Le fil rouge : le répertoire d'action collective du clergé basque.

4 La périodisation d'une référence en construction s'est alignée sur les phases du


nationalisme, en prenant comme fil rouge l'action collective du clergé. Il y a un
répertoire spécifique de l'action cléricale basque, historiquement construit, et
modulable en fonction des structures d'opportunité politiques. Cette façon d'agir
ensemble, historiquement transversale, présente cinq caractéristiques (chapitre 1) :
a) Le mode de direction est marqué par des pratiques assembléistes et une dilution
des leaders. Il y a un leadership informel au sein des groupes de prêtres mobilisés,
mais sa visibilité est volontairement réduite au minimum dans le souci d'une image
égalitariste.

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236

b) Le mouvement est restreint aux prêtres de paroisse, aux religieux, aux


aumôniers. La hiérarchie diocésaine apparaît comme occupant une position
médiane entre autorités étatiques et clergé. Son statut de régulateur intègre petit à
petit une gestion institutionnalisée de la question identitaire. L'interaction entre la
hiérarchie et les groupes de prêtres ne peut être qualifiée de façon abrupte : en
règle générale, cependant, la défiance mutuelle est de mise, sans pour autant que
les écarts de position aboutissent nécessairement au conflit.
c) Les ressources de la mobilisation cléricale sont essentiellement de nature
symbolique et réactivées par des groupes latents peu institutionnalisés. La création
de groupes durables de prêtres et de chrétiens abertzale dans l'immédiat post-
franquisme constitue à ce titre une innovation, mais ces structures ne sont
réactivées que ponctuellement.
d) Il y a des degrés divers dans la protestation, qui va de la réunion de prière jusqu'à
l'incendie volontaire de la prison, en passant par la pétition, la grève de la faim ou
l'accueil aux clandestins. Ce répertoire est modulable : il s'est ajusté aux
changements historiques en privilégiant telle ou telle forme d'action. Dans les
années 1960, le répertoire d'action est directement inspiré du renouveau mondial
en la matière (grèves de la faim, occupations de locaux, grève des séminaristes,
marches). La plupart des anciens savoir-faire, cependant, persistent : les actions
concertées des prêtres prennent la forme de sermons, de pétitions, de réunions, et
surtout d'un appel vers Rome, court-circuitant l'autorité diocésaine.
e) Il y a un écart entre la réponse des destinataires formels de l'action (les autorités
ecclésiastiques), généralement négative, et la réception forte de l'action dans les
milieux politiques et sociaux.
5 Ces cinq caractéristiques se retrouvent de façon variable et combinatoire sur chacune
des périodes, et contribuent à ériger un modèle spécifique de protestation. Par sa
récurrence historique et sa dimension utopique, un tel registre a pu constituer une
référence : au-delà des revirements idéologiques radicaux, une même manière de
protester persiste. Ce répertoire constitue, pour une minorité du clergé, ce que S.
Tarrow qualifie de cadre culturel de signification (cultural frame of meaning). Les prêtres
protestant contre le régime franquiste en 1968 ont recours à un usage de la parole et de
l'acte dont la genèse remontait aux guerres carlistes, mais ils le font au nom d'une
idéologie diamétralement opposée à celle des curés légitimistes du XIX e siècle. Les
savoir-faire pratiques se sont mieux transmis que les idéologies, instaurant ce que S. Tarrow
nomme « une convention dans le contentieux » (contention by convention) : « L'action
collective n'est pas sortie de la tête des organisateurs, mais elle est culturellement
inscrite et communiquée. Les conventions apprises d'action collective font partie de la
culture publique/politique (public culture) d'une société. Les groupes particuliers ont
une histoire particulière - et une mémoire - de l'action collective. Les ouvriers savent
comment faire grève, parce que des générations d'ouvriers ont fait grève avant eux ; les
Parisiens construisent des barricades parce que les barricades sont inscrites dans
l'histoire des contentieux parisiens ; les paysans s'emparent de la terre en utilisant les
symboles que leurs aïeuls ont utilisés dans le passé » (Tarrow, 1994 : 19). Les prêtres
font des pétitions, des grèves de la faim, en appellent à Rome, parce qu'ils connaissent
cette façon de faire et parce que la structure des opportunités politiques les y pousse.
Une telle récurrence n'implique en rien une position dominante de cette forme de
protestation au sein de l'institution ; la plus grande partie de l'Eglise fonctionne sur
d'autres régimes de la parole et du symbolique, non évoqués ici, mais qui relèvent aussi
d'une mémoire en construction. Le répertoire analysé est historiquement minoritaire,
mais périodiquement réactivé.
 

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Généalogie historique d'un répertoire.

6 La récurrence historique d'un tel répertoire a contribué à instaurer une mémoire de la


distance vis-à-vis des constructions stato-nationales française et espagnole. La
référence ainsi constituée se nourrit de la traduction partielle dans le champ politique
(par les partis et organisations légitimistes, nationalistes et nationalitaires) des
catégories religieuses de l'intransigeantisme, du libéralisme, de l'intégralisme et, dans
une moindre mesure, du fondamentalisme. Ce modèle, historiquement dynamique, a
connu quatre phases :
a) La réaction légitimiste : la défense du catholicisme intransigeant va de pair avec
celle des droits historiques au Sud. Elle critique l'Etat mais contribue à une
socialisation nationale française de la population au Nord. Dans tous les cas, la
mobilisation carliste au Sud comme le discours anti-républicain du clergé au Nord
instituent selon des modalités différentes les conditions pour que ces territoires
expérimentent une défiance vis-à-vis d'une représentation fortement normative et
prescriptive de l'Etat central (chapitre 2).
b) L'affirmation ethno-nationaliste : le nationalisme basque évolue d'un intégrisme
racial vers une démocratie-chrétienne ethnique, qui bénéficie du soutien des
prêtres mais est critiqué par la hiérarchie de l'Eglise. Il se diffuse de façon
marginale au Nord, où sa réduction à une forme culturaliste est due en grande
partie à l'action du clergé (chapitre 3).
c) L'émergence nationalitaire : l'affirmation ethno-territoriale se sécularise, au
Nord comme au Sud. Cependant, le clergé, loin de disparaître de la scène politique,
ajuste son répertoire d'action à la nouvelle donne. Le recours à une théologie de la
libération réajustée au contexte basque est une issue théorique opérationnelle aux
questionnements liés à la sécularisation (chapitre 4).
d) L'instauration d'une démocratie libérale en Espagne et l'institutionnalisation
progressive des mouvements identitaires côté français marginalisent le répertoire
d'action du clergé basque. En revanche, d'autres secteurs ecclésiaux (en premier
lieu l'épiscopat) réinvestissent l'espace public en prononçant en particulier des
expertises éthiques sur la paix. Côté français, l'enjeu identitaire est traité par
l'institution, mais de façon dissimulée et en respectant mieux la séparation des
domaines politiques et religieux (chapitre 5).
 
Socialisation religieuse et construction de la
compétence identitaire
De la référence à la compétence : vers une approche
complémentaire.

7 Deux questions restent en suspens : les mobilisations identitaires se résument-elles à


l'action collective nationaliste ? L'influence du religieux se ressent-t-elle uniquement
au travers des actions collectives du clergé ? Afin d'y répondre, la deuxième partie de la
thèse a été construite autour de la notion de compétence. La première partie a analysé la
construction de la référence mobilisatrice sur le temps long en se centrant sur les
organisations et les acteurs les plus visibles des deux pôles : le clergé et les
nationalistes. Or l'interaction entre le religieux et l'identitaire est loin de se résumer à
cette visibilité. L'analyse historique doit être complétée par une sociologie de la
construction d'une identité militante : celle-ci est d'abord une prise de rôle
institutionnelle qui implique le réinvestissement d'un savoir-faire appris puis réajusté,
sans qu'une telle socialisation de base n'induise un quelconque déterminisme. Cette

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238

partie est chronologiquement plus restreinte (deuxième moitié du XX e siècle), mais


thématiquement plus large, dans la mesure où l'expression de la militance sera
recherchée dans des domaines ne relevant pas stricto sensu d'une action nationaliste
objectivée (c'est-à-dire orientée vers une coïncidence exacte entre l'Etat et la nation)
mais contribuant tout autant à construire une référence identitaire dans des secteurs
plus spécialisés, abusivement situés hors du politique.
8 Une socialisation religieuse forte a pu contribuer à générer des prédispositions pour
l'apparition d'un militant généraliste. Celui-ci s'affranchira progressivement de la
tutelle religieuse et se mutera en expert avec la spécialisation des tâches inhérentes à
l'institutionnalisation de la mobilisation identitaire. La construction de la compétence a
été analysée dans un moment historique particulier, celui d'un retrait institutionnel et
social rapide et inédit de l'Eglise catholique en Pays basque, retrait doublé d'une
recomposition importante de la mobilisation identitaire qui, loin de se limiter à ses
seules expressions nationalistes/nationalitaires, a aussi emprunté d'autres voies. A
partir d'une approche critique à la fois des théories classiques de la sécularisation du
politique et des perceptions totalisantes de la culture (chapitre 6), nous avons pu
repérer la permanence des effets de la socialisation catholique sur trois sites
d'observation :
a) La culture : l'objectivation d'une culture basque autonome, centrée autour de
l'enjeu linguistique, s'est effectuée en grande partie dans les institutions
religieuses, en particulier dans le contexte ascétique et utopique des communautés
monastiques2 (chapitre 7).
b) L'économie : les formes identitaires de l'économie (syndicalisme agricole et
coopérativisme) trouvent une source de leur genèse dans l'Action catholique et les
institutions d'enseignement catholiques3 (chapitre 8).
c) La socialisation militante : l'expérience institutionnelle d'une socialisation
religieuse forte a pu contribuer à construire un ethos militant particulier, suivant
trois modalités biographiquement répérables4 (à partir d'une trentaine de récits de
vie d'anciens prêtres et d'anciens séminaristes) : continuité, séparation, entre-deux
relativiste (chapitre 9).
9 L'institution catholique a ainsi contribué, par la socialisation aux valeurs et aux
compétences, à former un militant identitaire porteur d'une éthique particulière, à la
fois généraliste et spécialisée, mais toujours orientée vers l'engagement. Le recul
institutionnel de l'Eglise catholique n 'élimine pas les effets culturels d'une socialisation
religieuse, et bon nombre d'objectivations et d'institutionnalisations qualifiées de culturelles,
économiques ou politiques « basques » peuvent être relues comme des traductions de valeurs, de
croyances et de savoir-faire partiellement acquis au sein de l'institution catholique. Une
socialisation au sein de l'institution religieuse est le lieu et le temps où s'effectuent
l'apprentissage et la construction des définitions rivales de la réalité. Elle agit en ce
sens à la fois comme ressource et contrainte dans l'objectivation préalable aux rôles
institutionnels futurs. La socialisation catholique a de l'importance dans l'émergence
d'une première figure du militant, puis dans sa transformation en expert en matière de
corps raréfié de connaissances, au terme d'un processus de spécialisation et de division
du travail (on distingue désormais le politique, le culturel, l'économique) qui affecte
l'ensemble des mobilisations identitaires basques.
 

Lapurdum, 6 | 2001
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Une compétence partagée entre croyances, valeurs et savoir-faire.

10 La compétence identitaire basque en construction s'articule sur des croyances, des


valeurs et des savoir-faire spécifiques, partiellement reliés à une socialisation religieuse
des acteurs. Il y a un système dynamique de valeurs identitaires, au sens de principes
spécifiques de régulation de l'action. Nous parlons bien de valeurs et non pas
d'idéologies. En réservant le terme d'idéologie aux formulations spécifiquement
nationalistes, nous soulignons bien que les valeurs qui guident partiellement les actions
des militants/experts identitaires ne reposent pas forcément sur des théories
formalisées. Si l'on consent, avec R. Boudon, à définir les idéologies comme « des
doctrines reposant sur des théories scientifiques, mais sur des théories fausses ou
douteuses ou sur des théories indûment interprétées, auxquelles on accorde une
crédibilité qu'elles ne méritent pas » (Boudon, 1986 : 45), il nous faut alors réserver
l'emploi de ce terme, comme nous l'avons fait dans la première partie, aux expressions
postulant l'existence d'une nation basque aspirant à une souveraineté politique. En se
centrant sur des domaines projetés par le sens commun hors du politique, cette
deuxième partie a quitté le domaine de l'idéologie pour s'inscrire dans celui, plus large
et moins repérable, des valeurs.
11 Or, c'est précisément sur ce terrain que la relation au religieux est la plus féconde. Si,
par exemple, au lieu de ne voir dans l'expérience coopérative basque qu'une simple
transposition économique de l'idéologie nationalitaire, on la considère plutôt comme
une tentative d'application de préceptes comme la solidarité, la participation et le
développement endogène, alors la comparaison avec les référents religieux devient
opératoire (chapitre 8). De même si, par l'autonomisation de la culture, nous repérons
autre chose que l'institutionnalisation d'un nationalisme culturel ou ethnique, mais
bien plus profondément la fixation sous une forme graphique d'une culture dispersée
(aux sens de J. Goody (Goody, 1977) et de F. Dumont (Dumont, 1995), on voit mieux sur
quels processus longs largement mis en place par l'institution catholique se greffe
l'objectivation culturelle (chapitre 7). Enfin, lorsque les acteurs, au terme d'une
révision de leur itinéraire, situent les ponts entre socialisation catholique et
engagement identitaire au niveau de l'apprentissage de l'engagement, de l'altruisme
voire de la méfiance vis-à-vis des institutions, le discours porte sur les valeurs et non
pas sur l'idéologie (chapitre 9). D'où, en particulier, notre réserve au moment de
traduire le terme d'abertzale par nationaliste/nationalitaire. D'où, plus généralement, le
pluriel accolé à « identité basque » dans ce travail. Lorsque les acteurs se disent
abertzale, ils entendent bien désigner l'ajout d'une conscience politique à une
conscience culturelle, mais sans pour autant associer automatiquement une telle
aspiration à telle ou telle théorie formalisée et explicitement reconnue par les partis et
organisations. Se dire abertzale est plutôt une façon d'affirmer que tout est lié :
l'économique, le culturel ne peuvent fonctionner sans le politique, et vice versa. Une
vision globale, qui montre la persistance du premier modèle du militant généraliste, et
qui s'ajuste à l'exigence de réalisation connotée par la référence aux valeurs.
12 L'approche par les valeurs comporte un risque, que nous avons souligné à plusieurs
reprises, en particulier grâce aux analyses d'A. Giddens et de J. Lagroye (Lagroye, 1997a,
1997b) : celui de se limiter à la conscience discursive des acteurs, d'arrêter l'analyse à
ce que les acteurs disent d'eux-mêmes et de leur action, et de confondre ce qui est dit et
ce qui est fait5. Même si l'on reste dans la sphère des valeurs, une telle approche ne

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240

retiendra que les valeurs positives verbalisées par les militants. Or, derrière
l'engagement, la solidarité, la défense des faibles (des minorités sociales ou culturelles),
on trouve la permanence d'autres principes non verbalisés, ou implicitement
dissimulés : le refus de transiger sur certains points, un recours fréquent au conflit
comme mode de fonctionnement, enfin une sur-détermination de l'action précisément
par les valeurs verbalisées. Encore une fois, les variations dans le degré d'engagement -
y compris dans sa dimension physique et violente - induisent un rapport distinct à ces
valeurs implicites. En quittant cette fois le monde des principes, nous avons vu que
l'apprentissage en milieu religieux pouvait conduire à l'intériorisation de savoir-faire
pratiques réinvestis ensuite dans l'action identitaire (pratiques assembléistes et
participatives, initiatives par le bas, etc.). En termes organisationnels, l'exemple de la
fabrication culturelle à l'œuvre dans les revues issues des institutions religieuses et
celui des structures syndicales et coopératives reliées à l'origine à des mouvements
d'Action catholique et à des prêtres-animateurs illustre ce travail de traduction de
savoir-faire intériorisés. Les itinéraires individuels témoignent aussi d'une pré-
disposition au travail militant acquise en partie au sein de l'institution. Ces processus
ne sont pas toujours verbalisés, ils relèvent de la conscience pratique des acteurs, mais
sont des composants essentiels de leur compétence, schématiquement repris ici :

 
Les limites du recours au religieux.

13 En montrant que des « ponts » existaient entre les croyances, les valeurs et les savoir-
faire catholique et identitaire-basque, nous n'avons pas voulu signifier que la
compétence du militant/expert était entièrement déterminée par le religieux. La
variété des regards que portent les acteurs sur leur propre itinéraire interdit
d'instaurer une relation automatique. Ce qui, en revanche, ne laisse que peu de place au
doute, c'est qu'une socialisation religieuse poussée comme a pu l'être un long séjour au
séminaire ou, dans une moindre mesure, au sein de l'Action Catholique, est un choc

Lapurdum, 6 | 2001
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biographique qui, en retour, structure les changements d'identités ou alternations, au


sens de P. Berger et T. Luckmann (Berger et Luckmann, 1986). Bien sûr, les
circonstances historiques considérées ici sont propices à ce que l'évolution identitaire
prenne un tournant dramatique : un régime national-catholique vit ses dernières
années en Espagne, marquées par un raidissement répressif inédit depuis la fin de la
guerre civile. Au Nord, la structuration du mouvement nationalitaire et l'arrivée des
réfugiés du Sud imposent un sens politique inédit aux expressions identitaires. L'Eglise,
de son côté, est dans une situation ambivalente : elle est en pleine remise en question
interne et externe mais elle occupe encore en Pays basque une position sociale
prédominante. Nous rejoignons ici l'interprétation de la culture comme « boîte à
outils » (tool kit) d'Ann Swidler (Swidler, 1986) pour qui la visibilité de l'effet de la
culture sur les compétences (skills) engagées dans l'action et sa reproduction est
beaucoup plus importante lors de périodes d'instabilité.
14 Le militant en construction, en somme, se trouve dans une situation assez facile à
interpréter. La plupart des témoignages sollicités ici le soulignent : à l'époque (avant la
relative sécularisation interne des institutions catholiques), la situation est perçue
comme simple. Il y a le bloc des institutions dominantes d'un côté, où l'on range
l'Eglise, le régime politique et les notables, et un peuple/pays qui souffre de l'autre.
D'autre part, l'expérience d'une socialisation religieuse forte est une expérience
politique : l'institution est vécue de l'intérieur, avec ses luttes de pouvoir, ses conflits
de valeurs et d'idéologies. Le décalage entre le mode de fonctionnement d'une
institution catholique et l'évolution sociale donne une portée conflictuelle à la moindre
contestation. Il pousse surtout les membres de l'institution à objectiver leur situation et
à l'interpréter de manière politique, c'est-à-dire en termes de rapports de pouvoir.
15 Autrement dit, dans ce contexte, l'acteur peut assez rapidement s'estimer et être
estimé compétent en matière politique, contrairement, par exemple, à la génération de
ses parents. Une analyse inspirée de P. Bourdieu (Bourdieu, 1979) ver