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Tréfilage des fils cuivreux ultra-fins

par Ning YU
Docteur ès Sciences
Responsable de Projets Recherche et Développement – Métal Câble S.A.
et Jean-Paul LE ROY
Chargé de Projets Recherche et Développement – Métal Câble S.A.

1. Aspects bimétalliques des fils ............................................................. M 646 - 2


1.1 Âme du fil ..................................................................................................... — 2
1.2 Revêtement sur fil........................................................................................ — 2
2. Techniques spécifiques au tréfilage des fils ultra-fins .................. — 3
2.1 Paramètres de tréfilage ............................................................................... — 3
2.2 Matériels de tréfilage................................................................................... — 3
2.2.1 Machine à tréfiler................................................................................ — 3
2.2.2 Outillage .............................................................................................. — 4
2.2.3 Lubrification ........................................................................................ — 4
2.3 Dispositifs annexes...................................................................................... — 5
2.3.1 Dévidage du fil à tréfiler..................................................................... — 5
2.3.2 Réception du fil tréfilé ........................................................................ — 5
2.4 Post-traitement thermique des fils tréfilés ................................................ — 6
3. Contrôle des fils tréfilés......................................................................... — 7
3.1 Caractéristiques dimensionnelles .............................................................. — 7
3.2 Caractéristiques mécaniques et électriques.............................................. — 7
4. Conclusion ................................................................................................. — 8
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. M 646

e tréfilage est un procédé de mise en forme largement utilisé pour la fabri-


L cation de fils métalliques et fait déjà l’objet d’exposés dans ce traité [4] [5]
[6]. Cet article a pour but de présenter les techniques propres au tréfilage des
fils ultra-fins en cuivre et en alliages cuivreux recouverts d’un revêtement métal-
lique ou non, dont le diamètre est de l’ordre du centième de millimètre.
Les fils métalliques peuvent, en général, être classés en quatre catégories
suivant leur diamètre (tableau A). Les techniques de tréfilage (machine, outillage,
conditions de tréfilage, etc.) diffèrent plus ou moins d’une catégorie à une autre.
Dans le tableau B sont données, sans être exhaustives, les familles de fils
ultra-fins que l’on sait fabriquer aujourd’hui, ainsi que leurs applications. Le pré-
sent article se limite à la présentation de l’état technique actuel du tréfilage des
fils ultra-fins en cuivre et en alliages cuivreux revêtus ou non, essentiellement
destinés aux applications électriques.
S’inscrivant dans le cadre de la miniaturisation et de l’allègement de compo-
sants électroniques dont l’impact économique et technologique sur les perfor-
10 - 1995

mances de matériels électroniques est considérable, le développement des


câbles électriques miniatures a été, ces dernières années, une des principales
tendances dans l’évolution technologique de la liaison électrique. Les fils métal-
liques constituant l’âme conductrice et la couche de blindage secondaire de ces
câbles sont en cuivre ou en alliages cuivreux de diamètre compris entre 15 et
50 µm (plus fins qu’un cheveu humain : en moyenne 70 µm). Cela a engendré
le développement des techniques de tréfilage propres à ce genre de fils extrê-
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mement fins.
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TRÉFILAGE DES FILS CUIVREUX ULTRA-FINS _________________________________________________________________________________________________

Tableau A – Classification des fils suivant leur diamètre


Diamètre
Dénomination AWG (1)
(mm)
Fil machine .......................... jusqu’à 14 1,63 à 20
Fil intermédiaire .................. 14 à 30 0,25 à 1,63
Fil fin..................................... 30 à 40 0,08 à 0,25
Fil ultra-fin............................ supérieur à 40 inférieur à 0,08
(1) American Wire Gauge : indice sans unité.

Tableau B – Quelques familles de fils ultra-fins


ainsi que leurs principales applications
Diamètre
Résistance
Métal et alliage minimal Exemples d’applications
mécanique
de tréfilé
(µm) (MPa)

Ni et ses alliages 10 420 à 1 100 Éléments thermiques et mécaniques de


précision : résistance, ressort.
Ti et ses alliages 20 350 à 930 Implants chirurgicaux, fils à souder.
Aciers inoxydables (1) 10 500 à 800 Câbles ressorts, tissus à usage médical.
W et ses alliages 5 600 à 3 000 Filaments de lampes et de tubes.
Cu et ses alliages 10 240 à 1 080 Conducteurs électriques.
Métaux précieux Fils de bobinage, éléments thermiques
(Ag, At, Pt) 10 120 à 330 de précision : sondes, fusibles.
(1) N’incluant pas la famille martensitique.

Outre l’aspect bimétallique dans le cas des fils revêtus (§ 1), les particularités
du tréfilage des fils ultra-fins se traduisent par des évolutions techniques aussi
bien dans les paramètres de l’opération que dans les éléments matériels tels
que machine à tréfiler, outillage, dispositifs annexes et post-traitement thermique
(§ 2). Aussi sont discutées en fin d’article les méthodes d’essai destinées à
contrôler la qualité des fils tréfilés (§ 3).

25 µm, alors qu’au-dessous de ce diamètre il faudrait utiliser les


1. Aspects bimétalliques alliages à durcissement structural tels que les alliages au béryllium
des fils pour accomplir la tâche de tréfilage sans encombre [7].

1.1 Âme du fil 1.2 Revêtement sur fil


Les conducteurs pour des câbles électriques sont en général en
cuivre ou en aluminium en raison de la bonne conductivité de ces Comme la plupart des conducteurs utilisés dans la conception et
matériaux. Cependant, dans le cas de conducteurs miniatures la construction de câbles électriques pour des technologies avan-
composés de brins dont le diamètre est compris entre 15 et 50 µm, cées, les conducteurs miniatures sont revêtus d’une couche métal-
des alliages cuivreux ayant de meilleures propriétés mécaniques lique (argent, nickel, étain et étain-plomb). Le revêtement se fait sur
sont souvent nécessaires pour compenser la forte chute de la des ébauches soit par électrodéposition, soit par immersion au bain
résistance mécanique due à la décroissance en diamètre. Différents chaud [11]. L’âme en cuivre ou en alliages cuivreux ayant une bonne
alliages ont été étudiés et élaborés à cet égard. On peut citer parmi combinaison de caractéristiques mécaniques, électriques et ther-
eux les alliages au béryllium, au cadmium et à l’étain. Dans le miques, le revêtement lui confère les propriétés superficielles telles
tableau 1 sont résumées la composition chimique, les caractéris- que la brasabilité et la tenue à l’oxydation que le métal de base ne
tiques mécaniques et électriques de ces alliages, ainsi que celles des possède pas, et ainsi assure une meilleure aptitude des conducteurs
métaux cuivre et aluminium. On constate que, par rapport au métal à la connexion.
cuivre, les alliages ont une résistance mécanique sensiblement plus
élevée à laquelle est liée la faisabilité du tréfilage. Ainsi, les alliages (0)
au cadmium et à l’étain peuvent être tréfilés jusqu’au diamètre de

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Tableau 1 – Composition chimique, propriétés mécaniques et électriques des métaux


et des alliages cuivreux à usage électrique
Composition chimique Résistance à la rupture (1) Conductivité (2)
Matériau (% en poids) (MPa) (% IACS)
Cuivre ..................................................... 240 100
Aluminium ............................................. 140 61
Cuivre au cadmium binaire .................. Cu-Cd 0,8 à 1,1 380 94
Cuivre au cadmium ternaire................. Cu-Cd 0,04-Cr 0,28 430 88
Cuivre à l’étain binaire.......................... Cu-Sn 0,3 270 96
Cuivre au béryllium ternaire ................ Cu-Be 0,15 à 0,5-Co 0,35 à 0,6 850 60
ou Cu-Be 0,2 à 0,6-Ni 2,4 à 2,7
(1) Valeur nominale pour fils ayant un allongement de 10 à 16 %.
(2) Valeur nominale en % IACS (International Annealed Copper Standard) définissant la conductivité 100 % comme celle d’un fil de cuivre recuit de 1 m de long
pesant 1 g et possédant une résistance de 0,153 28 Ω à 20 oC.

Bien que le métal de base représente l’essentiel du volume du fil, (cônes, poulies, etc.) tout au long du parcours (effort passif). Si la
et que l’épaisseur requise de revêtement sur le fil tréfilé est de première, qui dépend directement de la structure des filières, a une
l’ordre du micromètre, le tréfilage d’un bimétallique est toujours plage de variation limitée une fois que le matériau à tréfiler est déter-
plus délicat. Cela est d’autant plus compliqué lorsque les métaux miné, on cherche par contre à réduire au maximum la dernière. On
constituant le revêtement ont des propriétés tribologiques diffé- sait aussi que l’ensemble des forces exercées sur le fil doit être impé-
rentes. Il faut prendre en compte un certain nombre de paramètres rativement inférieur à la résistance à la rupture de celui-ci si l’on veut
tels que la lubrification lors du tréfilage, les conditions d’échauffe- éviter des casses. Dans la pratique, la règle générale lors de la
ment lors du traitement thermique. Les particularités liées aux conception de la machine est de limiter le rapport entre les deux
aspects bimétalliques des fils ultra-fins aux différents niveaux du grandeurs à environ 50 %. Autrement dit, la force d’étirage est réglée
tréfilage seront plus développées ci-après dans les paragraphes de manière à ne pas dépasser la moitié de la valeur nominale de
concernés. la résistance à la rupture du fil à tréfiler. Dans le cas des fils ultra-fins
où la résistance mécanique se trouve très réduite, le réglage de
l’ensemble des éléments mécaniques doit être extrêmement fin et
précis.
2. Techniques spécifiques Le taux d’allongement est un paramètre qui mesure l’amplitude
de la déformation plastique réalisée sur le fil. Toujours à cause de
au tréfilage la faible résistance mécanique, ce taux diminue avec le diamètre du
des fils ultra-fins fil, en passant de 14-16 % pour les fils fins à 10-12 % pour des fils
ultra-fins, voire même à 6-8 % lorsque le diamètre de sortie est infé-
rieur à 15 µm. Pour limiter la perte de productivité, on utilise dans
Par rapport au tréfilage traditionnel, la difficulté majeure du certaines conceptions un système mixte dans lequel le taux d’allon-
tréfilage des fils ultra-fins provient de la fragilité ou la faible résis- gement est important aux premières passes, puis plus faible aux
tance mécanique de ces fils due simplement à leur très petit passes suivantes lorsque le fil devient plus fin et donc plus fragile.
diamètre. À titre d’exemple, un fil de diamètre de 20 µm a une charge De même, la vitesse de tréfilage diminue avec la décroissance du
à la rupture comprise entre 0,1 et 0,8 N suivant l’alliage utilisé et diamètre du fil à tréfiler. Une vitesse de tréfilage plus modérée
l’état métallurgique dans lequel il se trouve. Il s’agit donc d’adapter permet de rendre le système moins sensible aux vibrations aléa-
à cette spécificité les conditions de l’opération d’une part et les toires provenant soit de la mécanique de la machine, soit de l’envi-
éléments matériels concernés d’autre part. Les uns concernent la ronnement.
définition des paramètres du tréfilage tels que la force d’étirage, la
vitesse de défilement et le taux d’allongement, les autres se tra-
duisent par des adaptations matérielles aux différents niveaux : la
machine à tréfiler, l’outillage, la lubrification, ainsi que le traitement 2.2 Matériels de tréfilage
thermique après le tréfilage.
2.2.1 Machine à tréfiler

2.1 Paramètres de tréfilage Parmi différents types de tréfileuse dont une présentation
synthétique a été déjà donnée dans le présent traité [8], seules les
tréfileuses multiples à glissement sont utilisées pour le tréfilage des
Une présentation détaillée et une analyse mathématique des fils ultra-fins. Les passes multiples permettent de maintenir une
différents paramètres de tréfilage ne s’inscrivent pas dans le cadre grande amplitude de réduction de diamètre, étant donné que le taux
du présent article. Les lecteurs intéressés peuvent consulter les d’allongement par passe est limité. Le léger glissement du fil sur
ouvrages spécialisés [1] [2] [3] [4]. Ici sera présentée seulement une les cônes dans le sens même de la rotation de ces derniers permet
approche empirique quant aux principaux paramètres du tréfilage d’éviter la traction éventuelle sur le fil pouvant conduire à des casses.
des fils ultra-fins : la force d’étirage, le taux d’allongement et la
vitesse de tréfilage. En général, deux paires de cônes ayant chacun une dizaine de
passes sont utilisées pour réaliser un allongement total de 300 à
La force de tréfilage assurant l’entraînement du fil peut être 400 %. Dans le cas extrême où le fil de sortie a un diamètre inférieur
décomposée en deux parties. L’une est consacrée à l’écoulement par à 15 µm, on n’emploie souvent qu’une seule paire de cônes dans
déformation plastique du fil à travers la série de filières (effort actif) le but de réduire les frictions passives.
et l’autre est nécessaire pour compenser les frottements du fil sur
les filières et les différents éléments d’entraînement et de guidage

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En plus de leur taille plus réduite et de leur mécanique plus fine-


ment réglée, les machines de tréfilage des fils ultra-fins diffèrent des
machines traditionnelles notamment au niveau des cônes chargés
de renvoyer le fil allongé au prochain allongement. Dans le cas
général du tréfilage, les deux cônes et les porte-filières sont intégrés
dans une enceinte fermée et arrosée de lubrifiant liquide, ce dernier
ayant pour but de réduire les frottements et de dissiper la chaleur
créée par la déformation plastique dans les filières (le rôle important
de la lubrification sera plus explicitement traité au paragraphe 2.2.3).
Concernant les fils ultra-fins, il se passe un phénomène particulier
lié à leur très petit diamètre : le fil a tendance à adhérer sur les cônes
en présence de lubrifiant liquide. La solution à ce problème consiste
à mettre les cônes (au moins les deux derniers finissant le tréfilage)
à l’abri de la lubrification en la limitant seulement au niveau des
filières. En pratique, le fil est donc mouillé juste avant de passer dans
les filières par un petit ruisseau de lubrifiant dont le débit reste rela-
tivement faible, mais stable pour qu’il engendre moins de vibrations
sur le fil (figure 1).
On peut aussi réduire le phénomène de collage en jouant sur le
choix du matériau et sur l’état de surface des cônes. Au lieu d’uti-
liser les céramiques à base d’oxydes de zirconium et d’aluminium,
d’autres matériaux moins collants tels que l’oxyde de chrome
peuvent être utilisés. Une très faible rugosité est aussi préférable
(Ra < 0,1).
Figure 1 – Dispositif du tréfilage à glissement des fils ultra-fins

2.2.2 Outillage

Un des éléments fondamentaux du tréfilage concerne la série de


filières à l’intérieur de laquelle se produit la réduction de la section
de fil par déformation plastique. En effet, non seulement les filières
calibrent le diamètre du tréfilé, mais aussi elles conditionnent le
déroulement de la déformation. La fonction des filières est d’autant
plus importante que le fil à tréfiler est plus fin et plus fragile.
Une filière est composée d’une monture en acier inoxydable et
d’un noyau central en diamant naturel pour le tréfilage des fils
ultra-fins. Sur la figure 2 est montré le profil du noyau sur lequel
on peut clairement distinguer quatre parties. La zone ABCD
appelée le cône d’entrée permet de faire glisser le fil et le lubrifiant Figure 2 – Profil d’un noyau de filière pour le tréfilage
dans le cône de travail (ou cône de réduction) CDEF chargé de la des fils cuivreux
réduction de la section du fil. Le rôle de la partie suivante EFGH
dénommée portée cylindrique (ou section cylindrique) est de main-
tenir le fil à son diamètre réduit. Enfin, le cône de sortie GHIJ ayant 2.2.3 Lubrification
un angle d’ouverture assez important permet la sortie du fil allongé
hors de la filière sans que la surface de celui-ci soit écorchée.
En général, la lubrification de surfaces frottantes lors de la mise
Une fois que le taux d’allongement est déterminé, les parties les en forme des métaux est un sujet très complexe mettant en jeu un
plus importantes sont évidemment le cône de travail et la portée nombre important de variables souvent difficilement contrôlables
cylindrique, caractérisés par l’angle d’entrée α pour l’un et la (se reporter pour plus amples renseignements dans le présent
longueur L pour l’autre. Dépendant principalement des propriétés traité en [9]). Dans la pratique, le choix du lubrifiant, pour une opé-
mécaniques du matériau à tréfiler, l’angle α conditionne directe- ration donnée est presque exclusivement fondé sur une approche
ment la force nécessaire pour la déformation (une approche analy- empirique. Pour le tréfilage à froid, les fonctions essentielles du
tique sur la corrélation entre α et l’effort d’étirage peut être trouvée lubrifiant liquide sont :
dans [1]). Dans la pratique, cet angle est compris entre 16 et 20o
— de réduire les frottements entre le fil et les surfaces frottantes
pour les fils cuivreux. Quant à la portée cylindrique, sa longueur L
telles que les filières, les cabestans ;
dépend du matériau et du diamètre de fil à tréfiler. Plus dur est le
— de dissiper la chaleur créée par la déformation plastique du
matériau, plus gros est le fil, plus importante est la longueur L. Le
matériau ;
rapport entre cette longueur L et le diamètre ∅ passe de la plage
— d’empêcher la formation de dépôts à l’entrée des filières
de 50 à 70 % pour des fils cuivreux de diamètre courant à celle de
pouvant provoquer des casses.
20 à 40 % pour les fils ultra-fins. Par ailleurs, L peut aussi varier
pour mieux s’adapter aux tréfilages de fils recouverts de différents Le lubrifiant de tréfilage est, en réalité, une émulsion généralement
revêtements. À titre d’exemple, il est préférable de prendre L plus composée d’eau désionisée et d’huile minérale pétrolière ou d’huile
petite pour tréfiler les fils argentés et L plus grande pour les fils synthétique à base d’esters ou de polyglycols. Dans ces huiles sont
étamés. intégrés différents additifs tels que détergent, dispersant, épaissis-
sant, antioxydant, stabilisant, inhibiteurs de corrosion, etc., afin de
Les jonctions d’entrée et de sortie des filières sont souvent arron-
se garantir des propriétés complémentaires pouvant faire face à
dies, permettant de réduire les frottements et d’aider le défilement
différents besoins spécifiques. Une telle émulsion est souvent carac-
du fil.
térisée par la viscosité cinématique, le pH et la concentration donnés
par le fournisseur. Mais l’expérience montre que ces paramètres
sont, en réalité, loin d’être suffisants pour la définition exacte d’un
produit. En fait, l’effet de lubrification peut être très différent d’une
formulation à une autre malgré des caractéristiques voisines.

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Dans le cas particulier du tréfilage des fils ultra-fins, les fonctions 2.3.2 Réception du fil tréfilé
de la lubrification deviennent d’autant plus importantes que ces fils
sont plus vulnérables aux sollicitations mécaniques engendrées par Pour la réception du fil tréfilé sont utilisées des bobines dites bico-
l’opération. C’est pour cela que, parallèlement aux efforts pour mini- niques (figure 4). Les bobines de ce type ont l’avantage d’éviter les
miser les contraintes mécaniques à tous niveaux, on recherche une éventuels emmêlements des spires aux bords de la bobine pour la
huile émulsionnable ayant un bon pouvoir lubrifiant et détergent au réception comme pour le dévidage ultérieur du fil.
niveau de l’interface fil-filière.
Cependant, une telle géométrie de bobine nécessite un contrôle
Malheureusement, cette recherche ne peut, jusqu’à aujourd’hui, continu du trancanage. C’est une tâche assez difficile à accomplir
se faire qu’en procédant à des essais expérimentaux préliminaires manuellement comme dans le tréfilage classique et l’on doit avoir
dont beaucoup de paramètres sont difficiles, voire même impos- recours aux automatisations. Parmi plusieurs automates déve-
sibles, à quantifier. loppés, une technique optoélectronique se révèle acceptable. Il
s’agit d’un système de réglage électromécanique guidé par un son-
dage optique.
Néanmoins, dans le tréfilage des fils ultra-fins, l’expérience a
procuré les enseignements suivants :
— malgré son prix plus élevé, une huile synthétique est pré-
férée à une huile minérale car plus facile à maîtriser et ayant
une durée de vie plus longue ;
— une proportion de détergent plus importante dans la
composition de l’émulsion est préférable, car un nettoyage plus
poussé permet de mieux préserver la propreté de l’interface
fil-filière ;
— une filtration continue et permanente de l’émulsion est
conseillée pour séparer de l’émulsion les impuretés et les résidus
de tréfilage ;
— un bon compromis entre le pouvoir de lubrification et la
viscosité peut être obtenu en jouant d’abord sur le choix de
l’huile, ensuite soit sur la concentration de l’émulsion, soit sur
la température d’utilisation.

Ces points deviennent d’autant plus importants que le fil à tréfiler


est revêtu.
Notons enfin que, pour respecter la réglementation en matière
d’environnement, les émulsions usagées doivent être conservées et
traitées par un organisme agréé.

2.3 Dispositifs annexes

Sachant que le tréfilage des fils ultra-fins s’effectue à une vitesse


comprise entre 10 et 25 m/s, le dévidage du fil à tréfiler et la réception
de fil tréfilé peuvent s’avérer assez délicats. Des adaptations sont
aussi nécessaires sur les dispositifs annexes. Figure 3 – Systèmes de dévidage du fil à tréfiler

2.3.1 Dévidage du fil à tréfiler

Lorsque la bobine à dévider, qu’elle soit positionnée verticalement


ou horizontalement, reste immobile comme dans le cas du tréfilage
classique, le fil subit à la fois un mouvement convexe par la force
centrifuge et une torsion axiale pour chaque spire de dévidage
(figure 3a ).Ces mouvements sont peu favorables à un dévidage
constant et contrôlable et provoquent souvent des casses de fil dans
la machine de tréfilage. De plus, l’angle que forment le fil dévidé
et la surface de la bobine varie constamment, rendant la tâche de
dévidage encore plus difficile, surtout lorsque le fil s’approche des
flasques de la bobine.
La solution au problème consiste à faire tourner la bobine à
dévider afin d’éviter les mouvements non désirés. Pour ce faire, on
utilise un dévidoir motorisé sur lequel l’axe de la bobine est
installé en position horizontale et parallèle aux porte-filières de la Figure 4 – Forme biconique caractéristique de différentes bobines
tréfileuse (figure 3b ). Lors du tréfilage, la bobine se dévide en de réception pour le tréfilage des fils ultra-fins
tournant et un système de pantin règle la tension sur le fil, de
manière à éviter toutes sortes d’accrocs et à permettre un dévidage
constant. Dans certains procédés, le dévidage peut être en liaison
avec le tréfilage et la réception, de façon à obtenir une synchroni-
sation tachymétrique homogène des éléments tournants le long de
la ligne de fabrication.

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2.4 Post-traitement thermique Une autre méthode dite recuit en continu consiste à faire passer
en continu le fil tréfilé dans un four tubulaire où sont réunies,
des fils tréfilés suivant la vitesse de défilement, les conditions nécessaires pour
que le recuit puisse se produire. Le fonctionnement du recuit en
Après le tréfilage, on procède à un traitement thermique dans le continu nécessite donc un système dérouleur-enrouleur similaire à
but d’atténuer ou de supprimer les contraintes résiduelles créées et celui utilisé dans le tréfilage (figure 5a ). Il est également possible
emmagasinées au sein des tréfilés par la déformation plastique. Ce d’intégrer ce recuit dans la ligne de tréfilage (figure 5b ). Mais dans
traitement permet d’adoucir les matériaux en rendant les tréfilés ce cas, sachant que pour une installation de proportion normale la
mécaniquement plus souples d’une part, et d’autre part de pro- vitesse de défilement pour le recuit (2 à 6 m/s) est nettement
curer une meilleure conductivité si les fils sont à usage électrique. inférieure à celle pour le tréfilage (10 à 25 m/s), ce dispositif n’est
Dans le tréfilage des fils cuivreux, la plupart des machines sont pas favorable à une exploitation correcte des performances de la
équipées d’un dispositif qui remplit la tâche de recuit par effet tréfileuse. La limitation de vitesse de recuit provient non seulement
Joule. Cependant, ce dispositif ne peut être utilisé pour le tréfilage du temps minimal nécessaire pour le recuit, mais également de
des fils ultra-fins de diamètre inférieur à 0,05 mm. En fait, celui pour le refroidissement. Dans la pratique, le refroidissement
au-dessous de ce diamètre, les fils deviennent mécaniquement du fil recuit se fait soit en atmosphère naturelle, soit en mode
trop fragiles pour assurer un bon contact électrique par le frotte- accéléré dans un dispositif spécial.
ment contre les électrodes tournant à grande vitesse. Dans ce cas, Pour le recuit en continu, suivant la nature et le diamètre du fil
on doit avoir recours à d’autres modes de traitement thermique. à traiter, on procède à l’établissement d’une corrélation entre la
Une méthode dite recuit statique, souvent utilisée dans des température T du four, le temps t de passage dans le four et les
ateliers de tréfilage en raison de sa mise en œuvre simple et facile, propriétés mécaniques obtenues (l’allongement A % et la résis-
est de laisser le fil conditionné sur une bobine métallique dans une tance à la rupture R r ). La figure 6 en donne un exemple réalisé sur
étuve remplie d’atmosphère neutre et portée à la température de un fil en alliage cuivreux au cadmium argenté de diamètre
recuit pendant un certain temps. Néanmoins, pour les fils ultra-fins 0,03 mm dans un four tubulaire de 1,2 m de long. Cette corrélation
et revêtus, cette méthode présente un inconvénient majeur qui est permet ensuite de mettre sur pied une gamme de recuit optimisant
le collage entre elles des spires du fil. Le problème devient particuliè- les conditions du traitement thermique.
rement gênant lorsque le fil est revêtu d’une couche d’étain.

Figure 5 – Recuit en continu

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3.1 Caractéristiques dimensionnelles


Le diamètre du tréfilé est naturellement le premier paramètre
dimensionnel à contrôler. La mesure du diamètre, chose relative-
ment simple quand celui du fil est supérieur à 0,1 mm, devient plus
délicate pour les fils ultra-fins, surtout lorsque l’on veut une réso-
lution submicrométrique.
À titre d’exemple, un instrument ayant une résolution de 2 µm
permet d’obtenir une précision relative de 1 % pour un diamètre de
0,2 mm, alors que cette même précision exige, pour un diamètre de
20 µm, une résolution de 0,2 µm. Or, le passage de la résolution de
1 µm à 0,2 µm constitue actuellement une étape difficile pour la
métrologie industrielle.
■ Compte tenu de nombreux facteurs techniques et économiques,
dans la pratique, deux types de méthodes de mesure de diamètre
sont utilisés pour les fils ultra-fins :
— la première catégorie dite mesure par contact est constituée
des palpeurs ou comparateurs. Ces instruments, qu’ils soient à
cadran ou digitaux, permettent actuellement la mesure de diamètres
jusqu’à 10 µm avec une résolution qui est, dans le meilleur des cas,
de 0,5 µm. Cette précision de mesure peut être moins bonne si la
force de contact exercée sur le fil n’est pas bien étalonnée. Malgré
tout, c’est encore la méthode la plus utilisée dans le tréfilage des
fils ultra-fins (jusqu’à 50 µm) grâce à sa mise en œuvre facile et
rapide ;
— la seconde catégorie, qui se développe de plus en plus ces
derniers temps, est basée sur un système de laser à balayage. Dans
ce système, le fil à tester est placé devant un faisceau laser qu’il
divise. La comparaison en intensité entre le faisceau incident et le
faisceau segmenté donne, via un système de conversion opto-
électronique, les informations sur la dimension du fil. Cette méthode,
plus fine et plus précise sur le plan théorique et permettant une réso-
lution plus importante (0,1 µm), est utilisée surtout pour des fils de
diamètre inférieur à 50 µm. Par contre, elle demande des conditions
d’utilisation plus rigoureuses exigeant une grande stabilité en vibra-
tions et en température.
■ L’épaisseur de revêtement est un autre paramètre à contrôler.
Parmi les différentes méthodes existantes, récapitulées dans la
référence [10] du présent traité, la méthode coulométrique et celle
par fluorescence X sont plus adaptées aux fils ultra-fins :
— la méthode coulométrique consiste à doser la quantité de la
matière constituant le revêtement par la dissolution électrolytique
et ensuite à la convertir en son épaisseur suivant la loi de Faraday.
Cette méthode, bien que suffisamment précise (0,1 µm) puisqu’elle
relève la charge électrique, n’est pourtant pas commode à mettre
en œuvre en raison des petits diamètres des fils ;
— la mesure par fluorescence X est une méthode non destructive.
Il s’agit d’une analyse de la fluorescence X émise par le revêtement
Figure 6 – Corrélation entre les conditions de traitement thermique sous l’effet de l’excitation d’un faisceau X. L’établissement d’un
(température et vitesse de défilement v ) et les propriétés mécaniques spectre énergétique fait apparaître des niveaux distincts caractéris-
obtenues (allongement et résistance à la rupture) : exemple réalisé sur un tiques des éléments constituant le revêtement. À l’aide d’un échan-
fil de diamètre de 0,03 mm de l’alliage au cadmium dans un four tubulaire de 1,2 m tillon de référence bien étalonné et calibré, un comptage approprié
de longueur de signaux X à chaque niveau permet de déterminer quantitative-
ment la masse du revêtement et donc son épaisseur. On peut
attendre de cette méthode une très bonne précision (au moins à
1/10 µm) en peu de temps (10 à 20 s). Cette méthode est, d’ailleurs,
3. Contrôle des fils tréfilés facile d’emploi et exempte de l’utilisation de produit chimique
liquide. C’est donc à présent la meilleure technique du point de vue
pratique.
Le contrôle de la qualité des tréfilés constitue un autre aspect des
techniques propres au tréfilage des fils ultra-fins. Du fait de la très
petite dimension des fils, les essais de contrôle doivent s’effectuer
plus soigneusement et avec des moyens à meilleures résolution et
3.2 Caractéristiques mécaniques
précision que le tréfilage classique. et électriques
Les caractéristiques à contrôler après l’achèvement du tréfilage
sont d’ordres dimensionnel, mécanique et électrique. Le contrôle de Les propriétés mécaniques des fils ultra-fins que l’on contrôle
ces caractéristiques permet non seulement de déterminer la rigoureusement et régulièrement sont la résistance et l’allongement
conformité des produits suivant les spécifications concernées, mais à la rupture en traction. Aujourd’hui, la plupart des machines de trac-
aussi de veiller à ce que le processus se déroule dans les bonnes tion sont informatisées et possèdent une précision satisfaisante. Les
conditions. résultats d’essais en traction permettent de donner des indications

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TRÉFILAGE DES FILS CUIVREUX ULTRA-FINS _________________________________________________________________________________________________

non seulement sur les caractéristiques mécaniques du produit, mais


aussi sur l’effet des paramètres du tréfilage et du traitement 4. Conclusion
thermique.
La mise en œuvre d’essais de traction sur des fils ultra-fins doit Les nouvelles techniques de tréfilage récemment mises au point
s’effectuer avec beaucoup de soin. Par exemple, le fil doit être serré permettent aujourd’hui la fabrication industrielle des fils cuivreux,
dans les mâchoires de la machine de façon ajustée : un serrage revêtus ou non, extrêmement fins de diamètres jusqu’à 15 µm.
excessif risque d’abîmer, voire de casser le fil, alors qu’un serrage
trop faible pourrait conduire au glissement du fil lors de la traction. Sans être fondamentalement différent du tréfilage classique, le
Dans un cas comme dans l’autre le résultat de l’essai est faussé. tréfilage des fils ultra-fins implique néanmoins une maîtrise plus
rigoureuse des paramètres de procédé et un réglage plus précis des
La résistance électrique du tréfilé se mesure à l’aide d’un micro- éléments matériels afin d’éviter les problèmes liés à la faible résis-
voltmètre à grande résolution (0,1 µΩ) suivant le principe à 4 fils. tance mécanique due au petit diamètre de ces fils.
Dans cette méthode, un courant continu bien étalonné étant injecté
dans le tréfilé par deux extrémités, on y relève la chute de tension En plein développement, ces techniques vont connaître dans un
et on obtient, par le rapport tension/intensité, la résistance ohmique proche avenir des progrès significatifs.
du tréfilé.

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P
O
U
Tréfilage des fils cuivreux ultra-fins R

E
par Ning YU N
Docteur ès Sciences
Responsable de Projets Recherche et Développement – Métal Câble S.A.
Jean-Paul LE ROY
et
Chargé de Projets Recherche et Développement – Métal Câble S.A. S
A
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riaux métalliques, avril 1981.
P
Constructeurs L
Machines à tréfiler
Niehoff U
Henrich
S.A.M.P. S
S.O.M.A.
Filières
Balloffet
P.D.T.
Estèves
Appareils de contrôle
Mitutoyo
Instron
Fischer Instrumentation
10 - 1995

Lasermike
CERSA
Doc. M 646

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