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CPGE Réda Slaoui – Agadir

Matière : Culture Arabe et Traduction


Professeure : Soumia BEN ROCHD
Support : Sauver la planète
Filière : ETC - ECS
Niveau : 1e année
Activité : Version
2019-20

Sauver la planète – Ignacio Ramonet


Johannesburg, en Afrique du Sud, accueille, du 26 août au 4 septembre, le Sommet mondial sur le
développement durable. C’est un événement capital qui va rassembler le plus grand nombre de chefs
d’Etat et de gouvernement jamais réunis depuis dix ans et quelque 60000 participants venus de plus de
180 pays. Tous ensemble, ils vont tenter de répondre aux plus graves questions qui concernent
l’humanité entière : comment préserver l’environnement ? Comment éradiquer la pauvreté ? Comment
sauver notre planète ?

Car la Terre va mal, très mal. Pourtant, le diagnostic sur les principaux maux qui l’accablent a été
fait il y a dix ans, à Rio (Brésil), lors du premier Sommet de la Terre. La sonnette d’alarme avait alors été
tirée : le climat se réchauffe, l’eau douce se fait rare, les forêts disparaissent, des dizaines d’espèces
vivantes sont en voie d’extinction, la pauvreté totale ravage plus d’un milliard d’êtres humains...

Les dirigeants du monde avaient alors admis que « la cause principale de la dégradation continue
de l’environnement mondial est un schéma de consommation et de production non viable, notamment
dans les pays industrialisés, qui est extrêmement préoccupant dans la mesure où il aggrave la pauvreté
et les déséquilibres ». Ils avaient adopté deux conventions décisives sur les changements climatiques et
la biodiversité, ainsi qu’un plan - dit Agenda 21 - pour généraliser le développement durable.

Celui-ci repose sur une idée simple : le développement est durable si les générations futures
héritent d’un environnement dont la qualité est au moins égale à celle qu’ont reçue les générations
précédentes. Ce développement suppose l’application de trois principes : le principe de précaution qui
favorise une approche préventive plutôt que réparatrice ; le principe de solidarité entre les générations
actuelles et futures, et entre toutes les populations du monde ; et le principe de participation de
l’ensemble des acteurs sociaux aux mécanismes de décision.

Dix ans plus tard, dans de nombreux domaines, les choses ne se sont pas améliorées. Au contraire.
Avec l’accélération de la mondialisation libérale, le « schéma de consommation et de production non
viable » s’est même renforcé. Les inégalités ont atteint des niveaux jamais connus depuis le temps des
pharaons. La fortune des trois individus les plus riches du monde dépasse la richesse cumulée des
habitants des 48 pays les plus pauvres... La souillure écologique du monde riche sur la biosphère s’est
aussi accentuée. Alors que la trentaine de pays les plus développés représentent 20% de la population
mondiale, ils produisent et consomment 85% des produits chimiques synthétiques, 80% de l’énergie
non renouvelable, 40% de l’eau douce. Et leurs émissions de gaz à effet de serre par habitant,
comparées à celles des pays du Sud, sont dix fois plus élevées.

Au cours de la décennie écoulée, les rejets de gaz carbonique (CO2), cause principale du
réchauffement climatique, ont augmenté de 9%... Ceux des Etats-Unis, premier pollueur de la planète,
ont crû, durant la même période, de 18% ! Plus de un milliard de personnes continuent à ne pas
disposer d’eau potable, et près de trois milliards (la moitié de l’humanité) consomment une eau de
piètre qualité. A cause de l’ingestion de cette eau polluée, 30 000 personnes meurent quotidiennement.
CPGE Réda Slaoui – Agadir
Matière : Culture Arabe et Traduction
Professeure : Soumia BEN ROCHD
Support : Sauver la planète
Filière : ETC - ECS
Niveau : 1e année
Activité : Version
2019-20

Soit plus de dix fois - chaque jour ! - le nombre de victimes des odieux attentats du 11 septembre
2001...

Les forêts continuent d’être dévastées ; 17 millions d’hectares disparaissent chaque année - quatre
fois la taille de la Suisse. Et comme les arbres ne sont plus là pour absorber les excédents de CO2, l’effet
de serre et le réchauffement s’aggravent. Par ailleurs, chaque année, quelque 6000 espèces animales
sont exterminées. Une extinction massive menace - 13% des oiseaux, 25% des mammifères, 34% des
poissons -, comme la Terre n’en a jamais connu depuis la disparition des dinosaures...

C’est dire l’immense espérance que soulève ce Sommet de Johannesburg. Qui pourrait être déçue
si devaient l’emporter les égoïsmes nationaux, la logique productiviste, l’esprit mercantile et la loi du
profit. Comme ce fut le cas en juin dernier, à Bali, lors de la conférence préparatoire qui n’est pas
parvenue à adopter un plan d’action sur le développement durable et s’est conclue sur un échec.

Pour sauver la planète, il est indispensable que les puissants de ce monde adoptent, à
Johannesburg, au moins sept décisions capitales :

- 1) un programme international en faveur des énergies renouvelables, centré sur l’accès à l’énergie
dans les pays du Sud ;

- 2) des engagements en faveur de l’accès à l’eau et de son assainissement en vue de réduire de


moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes privées de cette ressource vitale qui est un bien commun
de l’humanité ;

- 3) des mesures pour protéger les forêts, comme prévu par la convention sur la biodiversité
adoptée à Rio en 1992 ;

- 4) des résolutions pour mettre en place un cadre juridique instituant la responsabilité écologique
des entreprises et réaffirmant le principe de précaution comme préalable à toute activité commerciale ;

- 5) des initiatives pour subordonner les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
aux principes des Nations Unies sur la protection des écosystèmes et aux normes de l’Organisation
internationale du travail (OIT) ;

- 6) des règlements pour exiger des pays développés qu’ils s’engagent à consacrer un minimum de
0,7% de leur richesse à l’aide publique au développement ;

- 7) des recommandations impératives, enfin, pour annuler la dette publique des pays pauvres.

En détruisant le monde naturel, les hommes ont rendu la Terre de moins en moins vivable. Ce
sommet doit inverser les tendances pouvant inéluctablement conduire à la catastrophe écologique
intégrale. Défi majeur de ce début de XXIe siècle. Sinon, le genre humain lui-même sera menacé
d’extinction.
Référence : Ignacio Ramonet, Sauver la planète, « Le monde diplomatique », août 2002

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