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Solitons Optiques

Qin ZOU

Institut Mines-Télécom, Télécom SudParis,


Samovar, Institut Polytechnique de Paris,
19 place Marguerite Perey, 91120 Palaiseau, France
email: qin.zou@telecom-sudparis.eu

Janvier 2022
Solitons Optiques
- Introduction aux solitons optiques
- Solitons dans l’eau;
- Solitons spatiaux;
- Solitons de gap (sujet avancé).

- Solitons temporels
- Leur utilisation dans les systèmes de
communication par fibres optiques.
Bibliographie

[1] G. P. Agrawal,
Fiber-Optic Communication Systems, Wiley, 1992.

[2] G. P. Agrawal,
Nonlinear Fiber Optics, Academic Press, 1995.

[3] Y. Kodama and A. Hasegawa,


Theoretical Foundation of Optical-Soliton Concept
in Fibers, Progress in Optics, Vol.30, 1992.

[4] C. M. de Sterke and J. E. Sipe,


Gap Solitons,
Progress in Optics, Vol.33, 1994.
Qu’est-ce qu’un soliton ?

– Un soliton est une onde qui se propage en ignorant


les lois classiques de la dispersion de l’énergie.

– Des solitons existent dans la nature


(Mascaret observé sur la Seine, Raz-de-marée,...).

– En optique, il existe plusieurs types de solitons:


– Solitons temporels (dispersion chromatique);
– Solitons spatiaux (diffraction de la lumière);
– Billes de lumières (spatiaux et temporels);
– Solitons de gap (dispersion artificiellement créée).
Solitons dans la nature

Onde solitaire Nuage roulant

(une bougie, une tornade, …)


Production d’un soliton dans l’eau

Equations Navier-Stokes (grande λ, faible amplitude, peu profond)


Quelques exemples

(sécante hyperbolique)

2
Onde solitaire sec h( x )  Soliton spatial
e x  e-x
(GaAs, 200 fs, 1530 nm)

Soliton temporel (largeur: 20 ps) Billes de lumières


Reproduction d’une onde solitaire
(Union Canal, Hermiston, Edinburgh, 1995)

Onde solitaire
Différentes formes de solitons

2
sec h( x ) 
e x  e-x

Soliton brillant Soliton sombre


Historique (1)

– En 1834, Scott Russell observa, le long d’un canal étroit,


la formation d’une onde à l’arrêt brusque d’un bateau. Le
phénomène se propageait sans déformation ni atténuation
sur plusieurs kilomètres avec une vitesse plus rapide que
la vitesse caractéristique du milieu.

– En 1895, le problème fut formalisé par Korteweg et de


Vries: l’équation KdV qui décrit l’amplitude de la surface
libre de l’eau.
Historique (2)

– En 1965, le nom de soliton fut proposé par Zabusky et


Kruskal. Ils avaient montré que ces ondes solitaires
ont un comportement de type corpusculaire.

– En 1967, Gardner et al. avaient prouvé que l’équation


de KdV est intégrable.

– En 1973, la notion du soliton optique dans des fibres


optiques fut proposée par Hasegawa et Tappert.

– Aujourd’hui: solitons à 4D (billes de lumières);


transmission trans-océanique à haut débit.
Le phénomène fut découvert en 1834 par
John Scott Russell (1808-1882)
Découverte du phénomène par John Scott Russell
en 1834 (Union Canal, Hermiston, Edinburgh)

Formation d’une onde solitaire

film
John Scott Russell and the solitary wave

I was observing the motion of a boat which was rapidly drawn along a
narrow channel by a pair of horses, when the boat suddenly stopped - not
so the mass of water in the channel which it had put in motion; it
accumulated round the prow of the vessel in a state of violent agitation,
then suddenly leaving it behind, rolled forward with great velocity,
assuming the form of a large solitary elevation, a rounded, smooth and
well-defined heap of water, which continued its course along the channel
apparently without change of form or diminution of speed. I followed it on
horseback, and overtook it still rolling on at a rate of some eight or nine
miles an hour, preserving its original figure some thirty feet long and a
foot to a foot and a half in height. Its height gradually diminished, and
after a chase of one or two miles I lost it in the windings of the channel.
Such, in the month of August 1834, was my first chance interview with
that singular and beautiful phenomenon which I have called the Wave of
Translation.

John Scott Russell (Report on Waves, 1845)


John Scott Russell et l'onde solitaire

Je ne puis, dit John Scott Russell, donner une idée plus nette du phénomène qu'en décrivant
les circonstances dans lesquelles il m'apparut pour la premier fois. J'observais le mouvement
d'un bateau que deux chevaux tiraient rapidement dans un canal étroit, lorsque ce bateau vint à
s’arrêter tout à coup: mais il n'en fut pas de même de la masse d'eau qu'il avait mise en
mouvement dans le canal; elle s'accumula autour de la proue dans un état de violente
agitation, puis, laissant tout à coup le bateau en arrière, se mit à cheminer en avant avec une
grande vitesse sous la forme d'une seule grande ondulation, dont la surface était arrondie, lisse
et parfaitement déterminée. Cette onde continua sa marche dans le canal sans que sa forme et
sa vitesse parussent s'altérer en rien. Je la suivis à cheval et la retrouvais cheminant encore
avec une vitesse de 8 à 9 milles à l'heure et conservant sa figure initiale (environ 30 pieds de
longueur sur 1 pied à 1 1/2 pied de hauteur). La hauteur de l'onde diminuait graduellement, et
après l'avoir suivie pendant un mille ou deux, je la perdis dans les sinuosités du canal.

(Recherches Hydrauliques, par M. H. Darcy et M. H. Bazin, Deuxième Partie, Paris:


Imprimerie Impériale, MDCCCLXV, p.9).

John Scott Russell, (Report on Waves, 1845)


Expériences de Scott Russell (1)
Expériences de Scott Russell (2)

– En utilisant une trentaine de cuves;


– Il a trouvé la relation:

v 2  g(d  A) c’est à dire v  A

v: vitesse caractéristique du milieu (vitesse de phase);


g: accélération de la pesanteur ( g  9.8 m / s );
2

d: profondeur de l’eau au repos;


A: amplitude maximale de la surface de l’eau.

Conclusion: des ondes solitaires existent.


Equation KdV (D. J. Korteweg et G. de Vries, 1895)

3 g 21 2 d d3
t  ( ) ( x  x   xxx )
2 d 3 9

   ( x, t ) : amplitude de la surface de l’eau.

Solutions d’ondes solitaires:

 3A 
 ( x, t )  A sec h 2
3
( x - vt ) (sécante hyperbolique)
 4d 
A 2
avec: v gd (1  ) sec h ( x )  x
2d e  e-x
Une solution soliton de l’équation KdV

 ( x, t )

x
t

( A = d = 0,1 m et v = 1,485 m / s )
Explication de l’observation de Scott Russell

A  d (canal profond)

A 2
v 2
 gd (1  )
2d
A A2
 gd(1   )
d 4d 2
A2
 g (d  A  )
4d
 g (d  A)
Pourquoi une onde solitaire peut exister ?

– Equation KdV (après changement de variables):

u t  u x  uu x  u xxx  0 (équation de propagation)

non-linéarité dispersion (spatiale)

– En l’absence du terme non-linéaire:

u t  u x  u xxx  0

Supposons: u  u o e i (  t - k x ) (onde harmonique)


Nous avons:   k - k 3 (équation de dispersion)

– vitesse de phase:

v   1- k 2
(C’est bien la dispersion.)
k
L’eau est un milieu très dispersif
(conditions initiales: jeter un caillou dans l’eau... ).

– vitesse de groupe:

d
vg   1 - 3k 2
dk

– v g  v , conséquence: étalement du paquet d’ondes.


– Equation KdV en l’absence du terme de dispersion:

u t  u x  uu x  0 (On ne s’occupe pas des unités.)

u t  (1  u ) u x  0


– Solution: u  f x - ( 1  u ) t 
– Vitesse de phase: v  1  u u v
– Ondes de choc; Phénomène de rattrapage;

– Exemple: bousculade dans un couloir.


Formation d’une onde de choc

Effet non-linéaire  Focalisation d’ondes


Onde de choc
Onde colossale
En conclusion

Dans un milieu dispersif et non-linéaire (comme de l’eau),

– la dispersion donne l’étalement du paquet d’ondes;

– la non-linéarité donne la focalisation du paquet d’ondes.

Phénomène de soliton

Compensation parfaite (en temps et en espace) des effets


dispersifs et des effets non-linéaires
Propriétés des solitons

– Sa vitesse de propagation dépend de son amplitude et est


supérieure à la vitesse caractéristique. Les solitons
d’amplitude la plus grande sont également les plus rapides;

– Leur absence d’interaction mutuelle: lors du dépassement


d’un soliton par un autre, il y a conservation de la forme
des deux ondes (comportement corpusculaire);

– Les conditions initiales de toute solution de l’équation de


propagation peuvent se décomposer en une partie soliton
et une partie non-soliton. La partie soliton se propage sans
se déformer tandis que la partie non-soliton se disperse au
cours de la propagation.
Collision puis séparation de deux solitons

Temps

Position
Interaction entre deux solitons

(vidéo)

– Equation KdV: ut - 6uu x  u xxx  0


– Conditions initiales: u ( x,0)  -6 sec h 2 ( x)
– Solution numérique.
Soliton (terminologie)

soliton = soli + ton

soli : onde solitaire dont l’énergie est localisée.

ton : propriétés corpusculaires (comme électron,


photon, phonon, etc.)
Dispersion dans un milieu diélectrique

Index of refraction
Normal dispersion
Absorption

Anomalous dispersion nR(1) = 1

resonance frequency
Dimensionless frequency

 n  nR  i nI ; n 2  1  χ  ε / ε 0 ;  2  ω' ε" (ω' ) - ωε" (ω)


 χ  χ '-i χ"; ε  ε 'i ε" 

ε ' ( ω)  ε 0 
π 0 ω' -ω
2 2
dω'

 ε" (ω)  2ω  ε ' (ω' ) - ε ' (ω) dω'
π 0
 Les relations de Kramers-Krönig:

 ω'2 -ω2
Propagation d’un paquet d’ondes
dans un milieu linéaire et dispersif (eau, diélectrique)


– Champ:  ( z, t )  - A(k ) ei [ ( k )t - k z ]dk
t0

 ( z,0)   A(k )e -i k z dk
-

est le spectre de Fourier de  ( z , t ).


2
A( k )

– Centre du paquet:

 d
[ (k )t - k z ]  0 Vitesse de groupe: v g 
k dk
Dispersion de la vitesse de groupe

– Variation de la forme du paquet:

 d  1  d 2 
 ( k )   ( ko )    ( k - k )  ( k - k ) 2
 ...
2  dk 
o o
 dk  k o 2
ko
1
  o  v g ( k - ko )   ( k - ko ) 2
2

Vitesse de groupe   2: Variation de vg


 1
2  ( ) 2: dispersion de la vitesse de groupe
 v g
- 1 v g (GVD pour group-velocity dispersion)
 2
v g  ( 2  - vg-3 )
Fonction d’enveloppe

– En l’absence de la GVD (   0) :

 ( z, t )  ei  ot - ko z   E ( z - vg t )

Fonction d’enveloppe

– En présence de la GVD (   0) :

élargissement de l’impulsion (déformation).


Exemple: Paquet d’ondes Gaussiennes (1)

-k 2
2
A(k )  e 2 a ko  0

– Largeur du paquet:
-a a

1
zo 
a
a2
2 ( z - v g t ) 2
2 a 1  2 a 4t 2
 ( z, t )  e
1   2 a 4t 2
Exemple: Paquet d’ondes Gaussiennes (2)

– Largeur du paquet:

1
z  1   2 a 4t 2  z o 1   2t 2 / z o4
a
– En l’absence de la GVD (   0): z  zo
– En présence de la GVD (   0):

t   z  

t  zo2 /  z  zo

t  zo2 /   t (zo )
Optique non-linéaire

Linéaire ou non-linéaire, pourquoi cette distinction?

Champ interatomique: Eatom  3 1010 (V / m)

Optique linéaire (classique): Optique non-linéaire:

E  Eatom E  Eatom

En plein soleil: Un faisceau laser de 10 MW,


focalisé en une tache de 100 mm2:

E  6 10 2 (V / m) E  1011 (V / m)
Polarisation

d
 -  -  q
 
E E
 
- Moment dipolaire électrique: p  q d (C m)

- Pour un volume V qui contient N moments dipolaires,



on définit la polarisation macroscopique P :
 
Np
P  lim (C / m 2 )
V 0 V
  
- Densité de flux électrique: D   o E  P
Polarisation induite par un champ électrique

Série de Taylor:

P (t )   o  (1) E (t )   ( 2 ) E (t ) E (t )  4  ( 3) E (t ) E (t ) E (t )  ...

Linéaire Non-linéarité Non-linéarité


d’ordre 2 d’ordre 3

 o est la permittivité diélectrique du vide ( 8,854 10 -12 F / m );


 (1) est la susceptibilité linéaire (χ(1) = n2-1);
 ( 2) est la susceptibilité optique non-linéaire d’ordre 2 (C/V2);
 (3) est la susceptibilité optique non-linéaire d’ordre 3 (Cm/V3);

Matériaux non-linéaires:  ( 2) ~ 10 -22 ,  (3) ~ 10 -34 ( MKS )


Fréquences générées par la polarisation NL

- Polarisation NL (non-linéaire): source de nouvelles fréquences;

P(t) Radiation E(t)

P(E)

- (2): cristaux non-centrosymétriques;

- (3): tous les matériaux diélectriques;

- Dans une fibre optique (silice SiO2), (2) = 0.


Domaines d’application (1)

La non-linéarité d’ordre 2 ((2) E E) permet:

- le doublage de fréquence (,  2)

(Second-Harmonic Generation, SHG);

- l’amplification paramétrique (3  1,2);

- l’oscillation paramétrique.
Domaines d’application (2)

La non-linéarité d’ordre 3 (4(3) E E E) est associée à:


- la génération de troisième harmonique (,,  3);
- l’amplification optique à effet Raman;
- des dispositifs optiques bistables: transistors optiques,
portes logiques, etc.;
- la correction de fronts d’ondes (conjugaison de phase);
- le mélange à 4 ondes (en termes de fréquence);
- la génération de solitons optiques:

2 3o  (3) 2
n  no  n2 E  no  E (effet Kerr optique)
no2 o
Non-linéarité du 3ème ordre (1)

- Polarisation non-linéaire: P(t )  4  (3) E(t ) E(t ) E(t )

it
 E ( )e -it ]
~ ~
- Champ électrique: E (t )  1 [ E ( )e
2

 ~
P(t )  Re P ( )e it
 Re P (3 )ei3t 
 ~

~ ( 3) ~ 2~
P ( )  3 E ( ) E ( )

~ (3) ~3
P(3 )   E ( )

P(t) a une composante à  et une composante à 3.


Non-linéarité du 3ème ordre (2)

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