Vous êtes sur la page 1sur 6

Phèdre 

de Racine est une tragédie d’un auteur classique au sommet de


son art.
Elle met en scène la lutte désespérée de personnages poursuivis par
la fatalité.
La violence de l’intrigue, de l’orgueil et des passions qui se déploient est
tempérée par une écriture mesurée, maîtrisée et un respect des règles
classiques comme celles des trois unités et de la bienséance.

- Résumé scène par scène de Phèdre de Jean Racine :


- Acte I
- Scène 1
- Hippolyte est le fils de Thésée (roi d’Athènes) et d’une Amazone.
- Il annonce à son gouverneur, Théramène, qu’il veut partir de Trézène
(ville où se déroule l’action) pour rechercher son père absent, dont
personne n’a de nouvelles.
- On apprend aussi qu’il veut fuir Aricie, une ancienne princesse
rescapée d’un massacre. En effet, Hippolyte pense qu’Aricie le hait.
- Scène 2
- Phèdre est annoncée. Elle est la seconde femme de Thésée. Tout le
monde quitte la scène.
- Scène 3
- Phèdre est triste et malade. Sa confidente Oenone nous apprend
qu’elle va mal au point d’en oublie ses devoirs de reine, de refuser de
manger, et de se laisser mourir.
- Phèdre avoue quelle est cette maladie qui la ronge : elle aime
Hippolyte, son beau-fils.
- Elle a tout fait pour oublier Hippolyte, le chasser, faire semblant de le
détester, mais sa passion est plus forte.
- Elle ne voit qu’une solution : se laisser mourir pour rester fidèle à son
mari et ne pas commettre l’inceste.
- Scène 4
- Un messager (Panope) entre, et annonce la mort de Thésée.
- Scène 5
- La mort de Thésée donne lieu à un enjeu politique : qui
va succéder au trône ? Les enfants de Phèdre ou Hippolyte, le premier
fils de Thésée ?
- Oenone conseille à Phèdre de défendre les droits de ses enfants
devant Hippolyte. Les guerres de succession sont dures, et il n’est
pas rare que les enfants destinés au trône soient assassinés.
- Phèdre – Acte II
- Scène 1
- Aricie, la princesse rescapée, avoue à sa confidente (Ismène)
qu’elle aime Hippolyte, même si ce dernier croit qu’elle le déteste.
- On apprend qu’Hippolyte a été nommé roi par la ville de Trézène.
- Scène 2
- Hippolyte vient rendre sa liberté à Aricie (elle était en otage depuis le
massacre de son peuple) en lui proposant de l’épouser.
- Il aime la princesse, et a pour but de garder la couronne de Trézène,
mais de donner une partie du territoire à Phèdre et son fils. Il ne veut
donc tuer personne, mais bien garder le pouvoir.
- Scènes 3 et 4
- Phèdre est annoncée : elle veut voir Hippolyte. Aricie accepte la
demande en mariage et avoue son amour à Hippolyte. Hippolyte veut
partir, mais il est arrêté par l’arrivée de Phèdre.
- Scène 5
- Phèdre avoue à Hippolyte qu’elle l’aime.
- Il la repousse violemment, la traite de monstre. Phèdre lui arrache son
épée et menace de se tuer, mais Oenone l’entraine hors de la scène.
- Scène 6
- Le fils de Phèdre a été reconnu comme roi par Athènes, et le bruit
court que Thésée n’est pas mort.
- Phèdre – Acte III
- Scènes 1 et 2
- Phèdre ne veut pas régner, et a encore un espoir de gagner l’amour
d’Hippolyte en lui offrant le trône d’Athènes.
- Mais quand elle se rend compte qu’elle veut acheter l’amour de son
beau-fils, elle est accablée de honte. Elle implore les dieux de l’aider
(particulièrement Vénus).
- Scène 3
- On lui annonce que Thésée est vivant : il arrive bientôt à Trézène.
- Pour éviter la honte d’être démasquée, Elle veut se tuer, mais Oenone
lui propose de faire exiler Hippolyte par son père, en l’accusant d’avoir
fait des avances à Phèdre. Cette dernière accepte.
- Scène 4
- Phèdre est très mal à l’aise quand son mari arrive, et reste froide. Elle
refuse toutes ses attentions et sa tendresse. Thésée est méfiant.
- Scène 5
- Hippolyte annonce à son père qu’il quitte Trézène, ce qui rend Thésée
encore plus méfiant.
- Phèdre et Hippolyte sont très mal à l’aise l’un par rapport à l’autre. Ils
parlent d’une « offense » qu’aucun des deux ne nomme, ce qui éveille
les soupçons de Thésée.
- Scène 6
- Hippolyte est inquiet des révélations que Phèdre pourrait faire. Il craint
de perdre l’amour de son père.
- Phèdre – Acte IV
- Scène 1
- Oenone met son plan à exécution : elle dit à Thésée qu’Hippolyte a
essayé de séduire Phèdre.
- Thésée, furieux, maudit son fils et demande à Neptune de le tuer.
- Scènes 2 et 3
- Thésée veut faire avouer sa faute à Hippolyte, mais les seuls aveux que
fait Hippolyte sont ceux de son amour pour Aricie. Le roi décide alors
de bannir son fils.
- Scènes 4 et 5
- Phèdre se reprend, veut défendre celui qu’elle aime, mais elle apprend
qu’Hippolyte aime Aricie. Elle est folle de douleur.
- Scène 6
- La jalousie lui donne une fois de plus envie de mourir. Oenone
essaye de la raisonner, de la convaincre de laisser le temps affaiblir son
amour. Mais Phèdre la maudit, et ne peut vivre avec un amour illégitime
et monstrueux en elle.
- Phèdre – Acte V
- Scènes 1 et 2
- Hippolyte s’enfuit, suivi par Aricie. Ils se fiancent devant les dieux avant
de partir.
- Scène 3
- Thésée a vu Aricie et Hippolyte ensemble; il commence à douter de la
révélation d’Oenone.
- Aricie dit à Thésée qu’elle accompagnera Hippolyte dans son exil. Elle
met en garde le roi contre l’injustice qu’il s’apprête à commettre.
- Scène 4
- Les doutes de Thésée se confirment : il veut revoir Oenone.
- Scène 5
- Mais Oenone s’est noyée et Phèdre s’apprête à se suicider. Thésée
comprend, et fait rappeler Hippolyte pour lui pardonner.
- Scène 6
- Le messager Théramène annonce et raconte la mort terrible
d’Hippolyte. Un monstre marin a attaqué Trézène. Hippolyte l’a
vaincu, mais s’est coincé les pieds dans les rênes de ses chevaux. Les
chevaux, effrayés par le monstre, ont trainé Hippolyte par les pieds
jusqu’à des rochers qui l’ont déchiqueté.
- Thésée se maudit d’avoir été aussi injuste avec son fils.
- Scène 7
- Phèdre apparaît, chancelante. Elle s’est empoisonnée, et
vient avouer son crime avant de mourir. Elle meurt, et Thésée décide
d’adopter Aricie.
Quels sont les thèmes importants
dans Phèdre ?
L’amour et la passion
L’amour dans Phèdre est toujours un amour impossible.
L’amour de Phèdre pour Hippolyte est marqué du sceau de la culpabilité
et de l’inceste et l’amour entre Hippolyte et Aricie est un amour interdit
pour des raisons politiques.
L’amour de Phèdre est surtout un amour passion d’une violence extrême
contre lequel ni la raison ni la volonté ne peuvent lutter.
Cette passion furieuse et dévastatrice est d’autant plus condamnable pour
un spectateur du XVIIème siècle qui valorise la raison, l’ordre et la mesure.
La culpabilité
Phèdre est coupable de laisser sa passion conduire et maîtriser sa
raison, ce qui constitue une faute morale grave dans un XVIIème siècle où
la maîtrise des passions est une vertu essentielle.
Thésée est également marqué par la culpabilité : en envoyant son fils à la
mort, il laisse l’orgueil et la colère voiler son discernement.
On peut voir dans cette culpabilité un reflet du jansénisme, doctrine
religieuse selon laquelle l’homme est coupable du fait du péché
originel et n’a que peu de chance de rédemption (pour les jansénistes,
seuls quelques hommes sont prédestinés au salut éternel).
De ce point de vue, Phèdre est une allégorie de l’humanité pécheresse,
conduite par ses passions et non par la raison et la foi.
La fatalité
L’univers mythologique rappelle à tout instant que les personnages sont
les jouets des dieux : Phèdre ne peut lutter contre une fatalité qui s’est
abattue sur sa lignée depuis des temps immémoriaux.
Le destin est inflexible. Il s’incarne aussi dans le monstre hideux qui tue
Hippolyte, réalisant la malédiction lancée par Thésée, en dépit des remords
de ce dernier.
(Voir l’analyse de l’acte V scène 6 de Phèdre dans lequel Théramène fait
le récit de la mort d’Hippolyte).
L’héroïsme
Racine écrit dans sa préface « Phèdre n’est ni tout à fait coupable ni
tout à fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée et par la colère
des dieux, dans une passion illégitime (…). Elle fait tous ses efforts pour la
surmonter. »
C’est là que réside une des clés de compréhension du personnage de
Phèdre.
Phèdre reste une héroïne, mais d’un héroïsme particulier, propre à Jean
Racine, un héroïsme intérieur qui est celui du combat contre sa
passion coupable.
Phèdre, en effet, ne s’abandonne pas à cette passion funeste. Par tous les
moyens elle essaie de la combattre même si elle échoue.
On le voit notamment à l’acte I scène 3 : Phèdre n’avoue à Oenone son
amour pour Hippolyte qu’après avoir évité par tous les moyens de cacher le
mal qui la ronge. En ce sens, elle fait preuve d’héroïsme.
Quelles sont les caractéristiques de
l’écriture dans Phèdre ?
Racine écrit dans une langue noble, poétique, aux rythmes et aux
sonorités très travaillés. Il maîtrise parfaitement les règles du théâtre
classique édictées par Boileau dans son Art poétique : règle des trois
unités, de la vraisemblance et de la bienséance.
C’est sans doute là que réside la fascination qu’exerce cette pièce sur les
spectateurs : les passions les plus extrêmes et dévastatrices sont
exprimées dans une langue mesurée, maîtrisée, chargée de symboles et
de références mythologiques.
Que signifie le parcours « Passion et tragédie » ?
Le parcours littéraire associé à Phèdre pour le bac de français
2020 est : Passion et tragédie.
Ces deux notions s’appliquent parfaitement à cette œuvre : Phèdre est en
effet l’histoire d’une passion violente, dévastatrice et c’est aussi une
tragédie classique en cinq actes et en vers.
Mais ce n’est pas suffisant pour comprendre ce parcours !

Par la conjonction de coordination « et » qui lie ces deux termes,


« Passion et tragédie », le parcours ne t’invite pas à définir séparément ces
deux notions mais à explorer les rapports qu’elles entretiennent entre
elles.
Ces notions sont-elles opposées, complémentaires ? Qu’induisent-elles du
point de vue de l’écriture, de l’esthétique, du message de l’auteur ?

La passion est le ressort tragique de la pièce


La passion est tout d’abord le ressort tragique de la pièce. Elle est la
faute qui entraîne la tragédie.
Dans Phèdre, il s’agit d’une passion incestueuse qui vient
d’une malédiction lointaine puisque Phèdre, « fille de Minos et de
Pasiphaé« , était condamnée à vivre une passion interdite en raison de la
vengeance de Vénus.
La passion interdite entraîne alors des péripéties qui donnent à la tragédie
son efficacité : aveu, jalousie, suicide… La passion entraîne
inéluctablement la tragédie.
Phèdre est la tragédie de la passion
Phèdre, c’est également la tragédie de la passion, c’est à dire la tragédie
d’une âme esclave de ses passions.
Dans un XVIIème siècle rationaliste, qui prône la mesure et la maîtrise des
passions, le destin de Phèdre montre la submersion de la raison par la
passion, l’égarement dans le mal.

Racine met en scène l’âme de Phèdre avec ses emportements, ses


hésitations, sa résistance à la culpabilité et son abandon à la faute.

Or cette représentation a une fonction morale comme l’indique Aristote


dans sa Poétique : la tragédie,  » suscitant pitié et crainte, opère la
purgation propre à de pareilles émotions ». C’est ce qu’on appelle
la catharsis : parce qu’elle inspire terreur et pitié, la tragédie permet au
spectateur de se purger de ses propres passions, de ses propres émotions
néfastes.
Le spectacle de la passion réalise donc la fonction morale de la tragédie :
elle permet au spectateur de voir l’âme de Phèdre tomber dans le péché
afin de lui éviter de s’y abandonner lui-même.

Vous aimerez peut-être aussi