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La Cantatrice Chauve : - « petites moustaches » ou « lunettes » =

vieux
Scène I, l’exposition - Chacun à ses occupations, donc rien à se
dire
Introduction : - Le mot « anglais » est répété 14 fois pour
Eugène Ionesco est né en Roumanie en insister sur le fait que la scène est jouée en
novembre 1909. Auteur de plusieurs Angleterre et pas en France.
ouvrages de réflexion sur le théâtre. Il est - « frappe » au lieu de « sonne » = +
mort en mars 1994. agressif (idée de fatalité)
C’est donc en 1950 que paraît La - Elle frappe 17 coups sauf que « il est 9h
Cantatrice chauve, première œuvre de » → introduit un effet d’incohérence =
Ionesco. Cette œuvre, inspirée du malaise qui va s’amplifier par la suite
surréalisme, initie le “théâtre de l'absurde” - « la pendule…» marque la fin de la
en mettant en scène des personnages didascalie
loufoques aux dialogues décousus, dans
une histoire dont la logique est absente. Lignes 1 à 6 : Mme S s’adresse aux
Cette "anti-pièce" a du mal à convaincre spectateurs ou à son mari, même s’il
immédiatement le public, mais obtient les connaît déjà le repas.
éloges de plusieurs critiques. « avons mangé » est au passé composé, ils
ont donc fini de manger.
C'est l'exposition de l’œuvre, dans lequel Composition du repas : « soupe,… », c’est
un certain nombre d’informations vont être un repas copieux.
délivrées. Elle se situe au tout début de « pommes de terre aux lards » est un
l'œuvre. C’est un faux dialogue car il n’y a autoréférentiel (dans un texte l’auteur, fait
que des claquements de langue, c’est référence à lui ou une autre œuvre) =
pourquoi ce n’est pas un soliloque. Mais il référence à « Jacques ou la soumission »
s’agit surtout pour Ionesco, dès les « Nous avons bien mangé ce soir » c’est
premières répliques, d’introduire son donc le dîner.
projet : écrire une anti-pièce. Mention des enfants, on en parle pas
beaucoup mais ils seront davantage
Problématique : Qu’est- ce qui fait présents dans la conversation plus tard. Ils
l’originalité de cette scène d’exposition ? ont l’air jeunes
Le « parce que » de Mme S ne donne pas
Mouvements du texte : d’explication (explication qui n’en est pas
- Lignes 1 à 31 : informations sur la scène une (Ionesco)).
d‘exposition / rapport entre Mr et Mme S / 1ere fois que le nom est prononcé
sujet pièce, ils parlent du repas, de la Les phrases sont juxtaposées, appliquées
nourriture du dîner avec un vocabulaire / des formules
- Lignes 32 à 47 : les enfants, la famille différentes et avec une reprise de certains
- Lignes 48 à 88 : Mr S prend la parole, il éléments du repas.
confronte sa femme, les répliques sont plus
courtes
Lignes 7 à 12 : On trouve une méthode
assimile (apprendre une langue par phrase
Didascalie :
apprise : ici Ionesco apprend le Roumain).
- Décor bourgeois → intérieur, classe
Il y a utilisation d’une phrase comparative
sociale
« bien meilleure qualité ».
- Infos sexiste : Mr → fauteuil, pipe,
Superlatif irrégulier négatif « même
journal, pantoufles / Mme → raccommode
meilleure ».
des chaussettes, tâches ménagères
Récurrence du claquement de langue = Mr
S n’en a rien à faire mais montre qu’il est
là, il veut manifester sa présence, montrer « anis étoilé » un peu de poésie, ça
son désintérêt (mal élevé) → rappel de la ressemble à sa vie = pas trop salé, « la
fin de la pièce où les personnages ne prochaine fois .. » = prochain repas ou je
parleront pas = langage inarticulé +++ m’y prendrai mieux avec mon mari, mon
significatif qu’un blanc. couple.

Lignes 13 et 14 : Mme S essaie de le Lignes 32 à 48 : Parallélisme entre garçon


motiver, de le faire réagir « … », elle père et mère avec fille
attend quelque chose, elle ne finit pas ses Comparaison père et fils
phrases « qui est la meilleure » superlatif Elle a peur que l’alcoolisme de son père
absolue. vienne à son fils « il lorgnait »
Petit garçon cité avec intention = avenir du
Lignes 15 à 17 : Il y a l’utilisation du père mais éducation (femme)
passé composé puis du plus-que-parfait, Il te ressemble c’est la fin = elle me
affirmatif puis négatif, variations « cuire ressemble au début (vertu de la mère :
faire cuire ». piano, travaux ménagers) elle ne boit pas
Mary = domestiques = classe sociale mais sous-entendu que la femme ne boit pas non
elle raccommode chaussettes = pas plus
grand-chose à dire parce qu’elle reste à la Inquiétant = enfants reproduction du
maison. schéma des parents donc ils sont
condamnés → sexe bien séparé soit
parallèle soit dans l’affrontement.
Lignes 18 à 25 : Mme S n’a pas réussi à 2 ans : elle s’appelle Peggy.
faire réagir son mari. Infos enfants lacunaires, incomplètes et
L’expression « je m’en lèche les babines » fausses car on ne les reverra pas dans la
= propos triviaux pièce.
Pourquoi elle parle de son mari ? « moins On a l’impression qu’elle insiste plus sur
que » comparatif « tandis que » = rivalité sa fille que sur son fils.
entre homme et femme → fière d’avoir + Infos : la bonne Mary, 3 enfants prénoms
mangé = satisfaction de le dominer. filles , Mme S a un problème gastrique
Elle s’élève contre des idées reçues = peut-être intrigue sur le couple peut-être
femme mange moins que l’homme elle va s’opposer à son mari.
« comment ça se fait » question trop naïve Tirade terminée avec phrases morales et
Elle le fait passer pour un goinfre = elle est non diététiques.
vindicative donc peut-être sujet = dispute « ne pas boire de vin » morale plus que
entre Mr et Mme S → elle essaye de santé
l’agresser Mention de la tarte au coin et aux haricots
Soit elle en a marre d’être femme au foyer = dessert anglais (sucré salé).
= veut le faire réagir. Retour au vin sous une autre forme « on
aurait un petit de verre » elle minimise elle
Lignes 26 et 27 : « Cependant » peut n’est pas contre une fois / apprend que
s’opposer au repas réussi = polyphonie du enfants sont à tables c’est pourquoi ils ne
mot « sel » : salée, avoir de l’esprit = donc l’ont pas fait = montre exemple
elle dit que son mari est un peu bête. « vin de bourgogne australien » paradoxe,
n’existe pas.
Lignes 28 à 31 : Elle est fière de sa Elle se termine avec une règle de vie « être
répartie sobre et mesuré dans la vie »
On sent de l’animosité (quand elle parle du = reste cohérent pour l’instant
repas), l’énumération du repas lui permet On a l’impression que petites chose
de se défouler. prennent plus de choses après
Lignes 49 à 55 : Mrs parker = voisine Lignes 70 et 71 : Mr S répond par une
Yaourt roumain au lieu de bulgare analogie. Sa réponse uni le malade et son
Différent épicier pour varier son discours patient dans un même destin.
Discours devient fantaisiste = vocabulaire
varié, erreurs, incohérence Ligne 72 : Mme S répond par une
Folklorique = exotique (mauvais question : « Pourquoi ? », on peut penser
sens)(fou) → Londres = pas bien drôle qu’elle réfléchit. Par la suite, elle va suivre
Elle n’a pas réussi à intéresser Mr S qui lit son mari.
son journal
Lignes 73 à 76 : A partir de ce que dit Mr
Lignes 56 à 65 : Gradation (ressemble) S, on peut en déduire un raisonnement
mais pas vraiment une. Plutôt mvt syllogistique. On retrouve l’idée du « bon
ascendant on va du plus logique au moins médecin » qui doit expérimenter la même
logique. Le mot l’apothéose rien à voir chose que son malade.
mais est au sommet de la gradation
Yaourt = enclenche nouveau sujet = → Gradation par un raisonnement par
médecine, médecin qui intéresse Mr S. l’absurde.
Progression des propos de Mme qui va de On voit que Mr S tire cette conclusion en
prosaïque (très terre à terre) à « c’est ce faisant un parallèle entre un commandant
que m’a dit » on peut remettre en question d’un bateau et son bateau.
les propos du médecin mais il soigne les Tous les malades sont des bateaux, or le
enfants des voisins donc il est bien on ne commandant doit mourir avec son bateau,
peut pas en douter /elle énonce des vérités donc le médecin doit périr avec ses
qu’elle ne démontre pas. malades.
Il expérimente les médicaments sur lui Mr S fait un raisonnement en forme de
avant, puis sur les patients (elle donne une syllogisme, mais celui-ci est absurde, il est
explication à son propos) il est faux.
consciencieux, raisonnement absurde il se
fait même opérer Ligne 77 : Madame Smith, semble dans
un premier temps relever la fausse
Lignes 66 et 67 : opération du médecin analogie “On ne peut comparer un malade
déclenche une réaction de Mr S : il crée un à un bateau”
paradoxe : pourquoi patient mort alors ?
On peut penser que Mr S est un peu plus Lignes 78 à 81 : par la suite par son mari
sensé que sa femme. Mais la question qu’il approfondit cette fausse analogie
se pose n’est pas par rapport à l’opération. “Pourquoi pas ? Le bateau a aussi ses
Cette pièce peut être une pièce maladies” et réussit à convaincre sa femme
d’exposition, mais on peut se tromper sur
le sujet de l’intrigue. Dans cette pièce, il y Lignes 82 et 83 : Le spectateur qui
a quelques indices sur celui-ci. pourrait s'attendre à une forme de
résistance. intellectuelle de la part de
Madame Smith est dérouté par la manière
Lignes 68 et 69 : Mme S répond par un « dont elle cède au raisonnement absurde de
parce que », qui ne donne pas toujours une son époux.
explication (chez Ionesco). Elle répond de A partir du moment où Mme et Mr S
lapalissade (dire des choses évidentes). commencent un dialogue, ils utilisent
Chiasme : a réussi chez le docteur, mais syllogismes et analogismes. On commence
n’a pas réussi chez Parker = réponse à voir un dérapement du langage.
creuse
Lignes 84 à 86 : La réponse de Mr S est sa
perception. Il a une considération
patriotique qui n’a rien à voir avec le reste
: conformisme chez Mr S ?

Ligne 87 : Mme S dissocie la marine et les


marins.
Ligne 88 : Mr S répond avec «
naturellement » et confirme l’absurdité de
sa femme.

La scène d’exposition de La Cantatrice


chauve crée un malaise chez le
lecteur/spectateur qui assiste à un début de
représentation classique mais qui se révèle
très vite dénué de sens. Les dialogues sont
vides, les personnages s’apparentent à des
mécaniques. On comprend peu à peu le
sous titre d’anti-pièce.

Conclusion : Il s’agit d’un faux dialogue


qui fonctionne à vide. Ce qui pouvait
sembler être une scène d’exposition n’en
est pas vraiment une. Les infos apportées
ne paraissent pas amorcer une action
dramatique. Même gratuité dans le
dialogue, qui finit par s’instaurer entre les
deux époux. Il faudra attendre la fin de la
scène pour que s'ébauche un semblant
d’intrigue qui pourrait ressembler à une
scène conjugale, mais qui en fait n’est pas
vraiment le sujet de la pièce.

Ouverture : Fin de Partie, Beckett : scène


d'exposition également absurde avec trois
pages de didascalies avant la première
réplique: "c'est fini".

Questions de grammaire :
La Cantatrice Chauve : noir ne peut faire briller ses lunettes. C’est
une phrase assez logique et rhétorique.
Scène XI, l'explosion finale
Lignes 3 et 4 : Le fait que Mme S réponde
Introduction : « oui » laisse penser qu’il reste encore un
Eugène Ionesco est né en Roumanie en dialogue.
novembre 1909. Auteur de plusieurs
ouvrages de réflexion sur le théâtre. Il est
mort en mars 1994. Lignes 5 et 6 : La réplique n’a pas de sens,
C’est donc en 1950 que paraît La tournure au comparatif. C’est une
Cantatrice chauve, première œuvre de comparaison qui semble inverser les deux
Ionesco. Cette œuvre, inspirée du termes. Insertion du verbe « tuer » qui est
surréalisme, initie le “théâtre de l'absurde” violent, qui sera suivie d’un certain
en mettant en scène des personnages nombre de mots qui n’ont aucune logique.
loufoques aux dialogues décousus, dans
une histoire dont la logique est absente. Lignes 7 et 8 : Une réplique de Mr Smith
Cette "anti-pièce" a du mal à convaincre faite d’un seul mot « Kakatoes ». Ce mot
immédiatement le public, mais obtient les n’a pas un son agréable, de plus il a des
éloges de plusieurs critiques. sonorités dures, et surtout il y a le mot «
caca ». Ce mot va être repris dans la
Cette dernière scène peut être comparée à réplique suivante avec le mot « cacade ».
la première scène, elles sont totalement Ce propos est scatologique.
opposées : les proverbes vont être
submergés par tout le reste. Elle repose sur Lignes 9 à 16 : Le mot « cacade » du vers
le comique des mots, mais ces mots sont 9 à 11 va évoluer jusqu’au mot « cascade »
vides de leur sens, ils sont dénigrés. aux vers 12 à 16. Cette réplique évoque
une évacuation intestinale. La répétition du
Problématique : Quel est le sens de ce mot va finir par nous faire entendre le mot
dénouement? « caca ».

Mouvements du texte :
Ligne 17 : Mr Smith semble vouloir
- Lignes 1 à 31 : jeu de proverbes
revenir au jeu des proverbes, sauf qu'il est
quasiment interrompu, ils font des
moins doué que Mr Martin. Tentative pour
exercices de prononciations avec le son
revenir au premier jeu des proverbes.
“k”
- Lignes 32 à 45 : son “ouche” qui
débouche sur une stichomythie, Mme Ligne 18 : Mme Martin va se défouler en
Martin déclenche les hostilités, montée de utilisant le son « k » et en associant des
l’agressivité mots. Elle fait l’association entre « cactus
- Lignes 46 à 51 : soupir, ils vont s’arrêter », « coccyx » et « cascade de caca ».
de crier et se rapprocher. Il y a un semblant Quand Mme M dit « cochon » c’est sans
d’unité, une brève entente doute à son mari qu’elle s’intéresse.
- Lignes 52 à 75 : fin de la pièce, reprise
de l’agressivité, explosion du langage folie Ligne 19 : « Encaqueur, tu nous encaques
des personnages », à la suite de Mme S, il y a agressivité
dans les propos de Mme M. Mais ça peut
être aussi des paroles en l’air.
Lignes 1 et 2 : Mr Martin avec une
oxymore entre les termes “faire briller” et
“cirage noir”, exprime avec fatalité que le
Ligne 20 : De nouveau, retour aux Ligne 36 : Mme Smith répond ‘Mouche ta
proverbes, Mr M veut reprendre ce jeu. bouche’, connotation agressive comme si
Sauf que la phrase est ridicule. elle disait ‘Ferme ta bouche’.

Ligne 21 : Mme M reprend les hostilités, Lignes 37 et 38 : Répliques très difficiles


elle a envie que la dispute reprenne. Elle à prononcer (« Mouche le chasse-mouche
utilise des onomatopées et elle grince des ») => exercice de prononciation
dents.
Ligne 39 : « Escarmoucheur escarmouché
Ligne 22 : Mr Smith, évocation de l’enfer. » Mr S relève le niveau : l’arroseur arrosé.
Grincer des dents évoque quelque chose de
tragique, désagréable. Et par association Ligne 40 : Ces répliques nous font penser
d’idées, le mot dents désigne le caïman, le à un jeu : le téléphone arabe.
« crocodile ».

Ligne 23 : Elle utilise une bête pas très Lignes 41 à 44 : Mme S traite Mme M de
sympathique qui déclenche « allons gifler « Sainte-nitouche » car elle donne un mot
Ulysse ». qui à l’air inoffensif, sous lequel se cache
peut-être autre chose.
Mme M reprend le « Sainte-nitouche » de
Ligne 24 : On peut faire deux remarques Mme S où il peut y avoir une opposition
sur cette réplique : sonore, désire prendre entre cette réplique et « touche ma
du recul sur la situation. On essaye de cartouche ».
donner un sens à cette réplique car elle est Le verbe toucher semble évoquer chez
structurée. Mme S un poème. Elle récite quasiment ce
dernier verbe. Ça montre que les
Lignes 25 à 29 : Exercice de personnages sont cultivés, ils ont des
prononciation qui rappelle le mot « caca » références communes.
avec les mots “cacaoyers”, “cacao” et
“cacahuètes”. La phrase peut avoir un Ligne 45 : Changement de discussion de
sens, mais elle n’a pas d’intérêt. la part de Mr Martin qui prononce le nom
d’une personne (Ancien principal ministre
Lignes 30 et 31 : Retour à l’effort de faire d'État de France )
des proverbes par Mme Smith qui n’est
pas plus douée que son mari. Lignes 46 et 47 : Même s' ils s’opposent,
les maris sont contre les femmes. Les
Ligne 32 : C’est de nouveau Mme Martin hommes sont complémentaires, il y a un
qui relance l’agressivité. semblant d’harmonie autour du poète. La
On se retrouve avec des sortes de figures poésie aurait-elle une fonction apaisante ?
de style : rimes internes et riches avec une
allitération en « b ». Lignes 48 à 50 : Pendant 2 minutes, les
personnages semblent se rassembler et
Lignes 33 et 34 : Reprise par Mr M avec même prouver une certaine forme
une variation ainsi que Mr Smith. d’accord. Seulement ce moment va être de
courte durée.
Ligne 35 : Mme Martin veut faire une
contrepèterie (dire quelque chose de Lignes 51 et 53 : De nouveau, Mme M
grivois avec une phrase anodine) et relance de façon assez inquiétante. «
chiasme. Glouglous » = dindon de la farce ? Elle a
envie de repartir à la charge.
On ne connaît pas le prénom des deux Conclusion : Dans cette scène, Ionesco a
femmes, peut-être que c’est un des noms poussé à l’extrême ses personnages qui
des deux femmes « Mariette ». s’effondrent littéralement. Ils ne maîtrisent
plus le langage. Le monde connu et
Ligne 54 : Mme Smith prononce trois fois rassurant se dérègle. Le langage et la
le même nom, celui est difficile à dire on parole se révèlent incapables de remplir
peut encore penser à un exercice de leur fonction. Ionesco veut nous dire que
prononciation. l’on est réglé par des automatismes. Donc
ici, le spectateur découvre le non sens, le
néant, il n’arrive plus à s’identifier. Il
Lignes 55 et 56 : Mr S ramène à des essaye de générer de l’angoisse, sa propre
préoccupations plus catholique : « le Pape angoisse. Cette pièce est une anti-pièce.
dérape », mais ce n’est pas le seul à
déraper. La « soupape » évoque quelque Ouverture : On pourrait comparer cette
chose qui risque d’exploser. scène avec une autre scène absurde, qui est
l’incipit de Fin de Partie de Beckett, qui
reprend les mêmes thématiques absurdes.
Ligne 57 : Mme M revient à la charge Dans cette scène d’exposition, on retrouve
avec une exclamation avec des références trois pages de didascalies avant que le
littéraires. personnage ne parle et annonce : « c’est
fini » On retrouve donc bien une idée de
Ligne 58 : Mr Martin effectue un cycle, comme dans ce dénouement.
allitération en ‘b’ On retrouve une référence à « Juste la fin
du Monde » par l’agressivité verbale.
Lignes 59 et 60 : Récitation des voyelles
pour Mr Smith et des consonnes pour
Questions de grammaire :
Mme Smith.

Ligne 61 : Il tente une contrepèterie « de


l’ail à l’eau, du lait à l’ail » Mr M est celui
qui a le plus essayer le jeu.

Ligne 62 : 11 répétition du mot, de


l’expression “teuf”, Mme Smith imite le
bruit du train.

Lignes 63 à 75 : Ils répètent tous, d’abord


chacun leur tour, puis tous ensemble, la
phrase “c’est pas par là, c’est par ici”. Il y
a une effondrement psychologique des
personnages, le langage est sorti
d’eux-même : ils sont devenus fous.

La pièce a toujours été circulaire, ce n’est


qu’après la centième représentation que
Ionesco a eu l’idée d’interchanger les
couples.
Juste la Fin du Monde : temporalité. C'est refuser le côté réaliste
mais aussi donner un côté moderne.
Prologue
- Ligne 2 : Il s'agit d'une parenthèse qui
Introduction : crée une rupture. Futur proche utilisé avec
Jean-Luc Lagarce, né en 1957, est l'auteur
l'imparfait (j'allais mourir) → Brouillage
contemporain le plus joué en France.
Metteur en scène de textes classiques aussi de la temporalité. Ce verbe est associé au
bien que de ses propres pièces, il meurt en complément "l'année d'après". Ce
septembre 1995. personnage est omniscient (il connaît
C‘est en 1990 qu’il finit l’écriture de sa peut-être déjà son futur), il nous semble
pièce Juste la Fin du Monde. mort et vivant.
Elle ne sera jamais jouée de son vivant,
mais sera mise en scène pour la première
fois en 1999 grâce à Joëlle Jouanneau. - Ligne 3 : Retour au présent avec une
Puis en 2016, elle sera produite au cinéma. marque temporelle précise (son âge). Le
Juste la fin du monde est une histoire de procédé est l'enjambement → Il souligne
famille mettant en scène une crise l'effet de suspens / de surprise de cette
familiale mais aussi personnelle. annonce. C'est lié à la fatalité qui nous
ramène encore à la tragédie antique.
Le Prologue dans Juste la fin du monde
joue le rôle du prologue tragique dans la
tragédie grecque, il présente la force du - Ligne 4 : L’enjambement, le verbe nous
destin, pose le nœud de l'action qu'est la montre la certitude → Fatalité
révélation de la maladie. Il annonce donc
le sujet de la pièce. - Ligne 5 : Epanorthose → reprise d’un
mot / d’un groupe de mot du premier
Problématique : Ce prologue de Juste la verset qui va montrer un retour au point de
fin du monde est-il traditionnel, et si ce départ et qui va scander la scène →
n'est pas le cas, quel est son véritable Leitmotiv. Ici, l'épanorthose est une parole
objectif ? qui se répète tout en avançant dans
l’histoire.
Mouvements du texte :
- Lignes 1 à 20 : Annonce de sa visite + la - Lignes 6, 7 et 8 : Ces trois vers sont
raison qu’il donne = l’annonce de sa mort constitués de deux versets marqués par une
- Lignes 21 à 32 : Pourquoi il veut revoir répétition (de nombreux mois). On parle
sa famille ici d’épanalepse. De nombreux mois font
- Lignes 33 à 43 : Réplique comment il va encore référence à la temporalité
se comporter, ça résume un peu la pièce. imprécise. Le côté statique est évoqué par
La vraie raison de sa venue, Louis va être « j’attendais » et par deux formules
tricheur négatives « à ne », deux attitudes négatives
qui expriment le fait qu’il ne fait rien.
- Ligne 1 : Connecteur temporel qui C’est un personnage qui visiblement à l’air
semble précis mais qui est confus car il perdu, perturbé. Il s’agit ici d'une réplique
n'est rattaché à rien. Dès le 1° vers, la de rétrospective qui agit aujourd’hui sur
pièce refuse de s'inscrire dans une lui-même. Le verbe « à tricher » met en
place déjà un thème qui sera récurrent dans
la pièce et qui sera approfondi (Louis ne espoir ». Ici, « survivre » prend tout son
joue pas franc jeu avec sa famille). sens.
Il aimerait être débarrassé de cette annonce
familiale. « En avoir fini » nous renvoie au - Ligne 19 : le « malgré tout » représente
titre « Juste la fin du monde ». quelque chose de contraire

- Ligne 9 : « L’année d’après » relance ce - Ligne 20 : Dernière apparition du


qu’il a dit, retour Leitmotiv Leitmotiv « l’année d’après »

-Ligne 10 : Introduction d’une - Lignes 21 et 22 : Utilisation d’un


comparaison avec l’outil « comme » qui pronom « les » qui ne renvoie à rien. On
introduit une comparative. peut supposer qu’il retourne sur les lieux
de son enfance, de son passé « retourner ».
- Lignes 10 à 14 : La comparaison utilisée Le verbe « décidai » (passé simple) crée
aide un personnage à être compris. Ici, le une rupture et nous montre le côté
champ lexical est la guerre : danger irréfléchi de son action. Il est composé de
extrême, violent, ennemi, détruirait ; c’est deux verbes constitués d’un pré-verbe qui
un registre épique qui fait du retour de indique le fait qu’il fait le chemin à
Louis quelqu’un qui va se déplacer en l’envers, de plus il s’exprime d’une
terrain ennemi : « sans vouloir faire de troisième manière avec le mot « traces ». Il
bruit ». Ici,la préposition annule deux évoque sa décision de retourner auprès de
actions violentes, c’est le désir de se faire sa famille.
oublier, de s’effacer. Le conditionnel
atténue ce qu’il dit, pour aller dans le sens - Ligne 23 : « Pour annoncer », Louis
de la précaution. évoque la manière dont il annoncera sa
mort à sa famille.
- Ligne 14 : Le pronom « vous » permet à
Louis de nous impliquer dans son discours. - Ligne 24 : la parenthèse nous montre
comme si Louis sait déjà qu’il ne va pas
- Ligne 15 : retour du Leitmotiv réussir à avouer sa mort.

- Ligne 16 : « malgré tout » est un tic du - Ligne 25 : Il y a deux adverbes «


langage, il met en évidence le reste, la peur calmement » et « lentement » qui sont
de mourir. repris deux fois chacun. C'est frappant,
parce qu'il reformule justement l'idée
- Ligne 17 : La peur isolée, en rapport même d'élaborer son message avec soin.
avec la peur de mourir Ici l'épanorthose commente l'épanorthose.

- Ligne 18 : “sans espoir jamais de - Lignes 26 à 27 : Une sorte de


survivre” renvoie à une dimension parenthèse, une question rhétorique qu’il
tragique, surdimensionnelle. Le risque peut poser aux spectateurs ou à lui-même.
indique que le personnage va agir même si C’est un homme réfléchi, pondéré « un
c’est sans espoir grâce aux mots « sans homme posé »
- Lignes 28 à 30 : Accumulation, une distinction entre les gens qu’il ne
amplification qui fait monter le suspens, connaît pas et ceux qu’il connaît « eux,
tout cela pour retentir sur la révélation. tout précisément » et « ceux-là »
Encore une fois, il est dans le vague
puisqu’il utilise un pronom mais en faisant - Lignes 41 à 43 : Dernier segment de la
une distinction en mettant en avant « les phrase bâti sur une répétition « donner » et
autres et eux ». Ce qui lui fait le plus peur avec sans conteste le terme de la tricherie
n’est pas de mourir mais d’annoncer sa « illusion ». Dernier complément
mort. La répétition de deux verbes : « circonstanciel qui renvoie à la mort «
annoncer » et « dire »; en les mettant en jusqu’à cette extrémité ». Il pensait qu’il
relief montre qu’il a peur de dire de allait être le clou du spectacle.
mourir.
Dans ce prologue il explique combien il
- Ligne 31 : Dramatisation par « pensait que ça allait être quelque chose
irrémédiable » qui ajoute une notion de d’extraordinaire pour lui. Il est resté
fatalité. enchaîné à sa famille, il n’a pas pu obtenir
cette liberté, il n’a pas pu leur dévoiler ce
- Ligne 32 : On retrouve un « messager » qu’il voulait dire. La pièce ne donne pas
qui appartient à l’antique / à la tradition. les raisons pour lesquelles il n’a pas pu
C’est lui-même le messager. Ici, la annoncer sa mort. Il se projette par rapport
thématique du messager est revisitée. Il à ce qui va arriver, mais en même temps, il
insiste bien sur l’effet de reprise sur être « le sait déjà.
l’unique messager ».
Conclusion : Le prologue étudié se situe
- Ligne 33 : Terme du tricheur avec le donc dans un entre-deux entre la tragédie
verbe « paraître ». On apprend que Louis et la modernité. En effet, concernant la
ne tient pas à se présenter tel qu’il est, il va tradition, le texte reprend la forme du
mettre un masque pour se présenter. prologue, la fatalité ainsi que le
personnage du messager. Il s’inscrit,
- Lignes 34 à 36 : La parenthèse de trois cependant, dans la modernité par son
vers ralentit le discours : Ellipse avec le « brouillage de la temporalité, par ses
peut-être ce que j’ai toujours voulu ». imprécisions sur les indices laissés aux
Répétition du participe « voulu » insiste spectateurs pour la suite de la pièce, par un
sur l’idée de vouloir prendre en charge / de langage fait de phrases à rallonge, proche
maîtrise. Il se rend compte que la mort va de la réalité et qui annonce un sujet qui ne
révéler quelque chose qu’il possédait déjà. sera pas d’actualité dans la pièce. Étant
donné que le vrai sujet de la pièce est le
- Ligne 37 : Reprise du verbe « paraître » langage, on peut rapprocher ce passage de
(masque) la Cantatrice Chauve de Ionesco que Jean
Luc Lagarce mettra en scène en 1991.
- Lignes 38 à 40 : Retour des pronoms, ils
font l’objet d’une double interprétation soit Ouverture : Nous pouvons mettre en lien
on peut penser qu’il parle de sa famille, cet extrait avec son adaptation
soit qu’il s’adresse aux spectateurs. Il fait cinématographique par Xavier Dolan
réalisée en 2016. A l’écran apparaît le
visage de Gaspar Ulliel, mais le réalisateur
utilise la voix de l’acteur comme voix-off,
renforçant l’idée d’une voix
d’outre-tombe, d’un Louis plus spectateur
qu’acteur.

Questions de grammaire :
- proposition subordonnée relative : vers 6
et 8 “que”
- négation : vers 26 “n’ai-je pas”
Juste la Fin du Monde : avoue son défaut, figure de style
paronomase.
Partie I, scène 8
- Ligne 3 : Épanorthoses entre « je ne
Introduction : change pas » et « j’ai toujours été ainsi »,
Jean-Luc Lagarce, né en 1957, est l'auteur
l'adverbe renforce ce sentiment sur la
contemporain le plus joué en France.
Metteur en scène de textes classiques aussi permanence de son attitude, il n’y a pas
bien que de ses propres pièces, il meurt en d’exception. En disant cela, elle ne
septembre 1995. cherche pas à se remettre en question.
C‘est en 1990 qu’il finit l’écriture de sa
pièce Juste la Fin du Monde. - Ligne 4 : La mère se mêle de tout, elle
Elle ne sera jamais jouée de son vivant, sait donc ce que veulent ses enfants
mais sera mise en scène pour la première
fois en 1999 grâce à Joëlle Jouanneau. Suzanne et Antoine par rapport à Louis.
Puis en 2016, elle sera produite au cinéma. Elle connaît leur désir. « Tout ça »
Juste la fin du monde est une histoire de adverbe, qui montre que peut-être qu’elle
famille mettant en scène une crise ment sur ce qu’elle dit, qu’elle n’a pas
familiale mais aussi personnelle. vraiment entendu.

Dans la partie 1 scène 8, la Mère dialogue - Ligne 5 : Le « Je les ai entendus »,


seule avec Louis. Dans une longue tirade, phrase directe qui montre qu’elle est
elle anticipe sur le scénario qui pourrait se indiscrète, qu’elle se mêle de tout.
jouer au départ de Louis.
- Lignes 6 et 7 : Déduction, elle connaît
Problématique : Comment les portraits ses enfants. Le verbe savoir est décalé sur
qu’elle fait de ses enfants permettent-ils un seul vers, Lagarce veut donc le mettre
à la mère d’annoncer la tragédie à venir en valeur, il est de plus utilisé sans COD.
? La conjonction d’opposition « mais »
souligne tout cela.
Mouvements du texte :
- Lignes 1 à 17 : La mère reproche à Louis - Ligne 8 : « comment est-ce que je ne
son absence. Elle lui dit que Suzanne et saurais pas » affirme son omniscience,
Antoine veulent lui parler, renouer avec lui c’est une question rhétorique, on attend
- Ligne 18 à 27 : Les portraits de Suzanne pas de réponse, elle est plus forte qu’une
et d’Antoine par la mère affirmation.
- Lignes 28 à 36 : Prémonition de la mère,
ironie tragique - Ligne 9 : Conditionnel « Je n’aurais pas
entendu », suggère qu’elle n’aurait peut
- Ligne 1 : Ce vers semble appartenir au être pas entendu, elle contredit ce qu’elle
portrait qu’elle se fait d'elle-même, son disait au vers 4-5.
autoportrait.
- Ligne 10 : « deviner », verbe isoler
- Ligne 2 : La mère a l’air de s’accuser (racine : devin), renforce l’idée d’une mère
elle-même « je me mêle », c’est une qui pourrait être devin, le résultat serait le
mesure de précaution de la mère, elle même.
- Ligne 11 : Elle reprend le verbe deviner, - Ligne 19 : “Suzanne ne sait pas qui tu
de moi même, qui montre une insistance, es” montre que Louis est parti bien trop tôt
qu’elle essaye de transformer en qualité. avant que Suzanne puisse assez bien le
On montre donc une mère un peu intrusive connaître. Elle était trop jeune quand Louis
puis une mère qui semblerait devin. est parti, elle ne sait pas vraiment qui il est.
Homéotéleute avec le mot même, au lieu La mère affirme et parle à la place de
d’être celle qui écoute aux portes, elle Suzanne ne sachant pas vraiment ce
devient le centre. qu’elle pense mais on peut déduire que la
mère à raison en rapport au monologue de
- Lignes 12 et 13 : « ils ont sû que tu Suzanne
revenais et ils ont pensé qu’ils pourraient
te parler, » elle suppute, elle imagine. Elle - Lignes 20 et 21 : “imaginer”, Suzanne ne
met sur le même plan deux éléments qui sait rien de la réalité, elle ne connaît pas
ne sont pas au même niveau. Ce n’est pas Louis, elle s’imagine une autre version de
sûr qu’ils aient envie de lui parler. lui. La mère nous le dit elle -même avec
“ce n’est pas connaître”.
- Ligne 14 : « te parler, » idée importante
pour la mère. - Lignes 22 : La Mère prépare ses propos
à propos d’Antoine
- Ligne 15 et 16 : « certains nombres de
choses » formulation très imprécise, la - Ligne 23 : "c'est différent” nous montre
mère a peut être compris que Suzanne et qu’Antoine n’est pas le même que
Antoine n'irait peut être pas lui parler, elle Suzanne, il a un avis différent vis à vis de
entraîne Louis a faire le premier pas. « Louis par rapport à sa soeur
depuis longtemps » poids de tout ce qui
n’est pas dit puis « et la possibilité enfin » - Ligne 24 : la Mère nous dit qu’Antoine
montre un soulagement. Le point à la fin connaît mieux Louis que Suzanne, mais
ne permet pas de continuer, il plombe ce comme elle, il se fait une idée sur Louis. Il
soulagement soudain, on ne peut pas l’imagine différemment de ce qu’il est
changer ce qui vient d’être dit. vraiment. Elle nous dit qu’il fait cela avec
tout le monde, il ne fait pas face à la réalité
- Ligne 17 et 18 : La mère demande à
Louis de rester indulgent face à leur - Lignes 25 à 27 : c’est le point culminant,
maladresse, « car » n’est pas un la mère est remontée contre Antoine, elle
subordonnant. Le verbe vouloir montre liste ses défauts avec “il connaît chaque
leur bonne volonté. La mère anticipe, car chose ou comme il veut la connaître”. Elle
conjonction de coordination introduit une montre qu’Antoine ne fait pas face à la
justification, incrimine Louis car il est réalité, il ne veut savoir que ce qu’il lui
parti. « il ne te connaissent pas, ou mal » plaît et déforme la réalité à son goût. Il
par rapport à Suzanne qui ne le connaît pas “s’en fait une idée”.
et Antoine très peu.
« voudront » et « expliquer » pour marquer - Ligne 28 : La mère redescend et
la bonne volonté, et « mal », elle essaye de recommence à parler de ses deux enfants
prévoir quelque chose qui va se passer. “ils”.
- Ligne 29 : “il est probable que” montre cette scène relève de l’ironie tragique
que c’est de l’éventuel, la mère n’est pas puisque la mère, sans le savoir, annonce la
sûre d’elle, elle n’est pas sûre qu’ils mort de Louis.
viendront voir Louis pour lui parler de ce
qui ne va pas Questions de grammaire :
- remplacer “car” par “puisque” pour une
- Ligne 30 : “maladroitement” montre que subordonnée de cause
s’ils viennent, ils lui diront les choses de - interrogative directe à transformer en une
façon maladroite, pas forcément comme il interrogative indirecte : vers 8 “comment
le veulent est-ce que je ne saurais pas ?”
- interrogative indirecte : vers 19 “Suzanne
- Lignes 31 à 33 : Ces vers sont remplis ne sais pas qui tu es”
d’ironie tragique. Elle accuse Louis de ne -> “Suzanne demande : qui es-tu ?”
pas leur accorder assez de temps, - proposition comparative : comme
d’importance. Elle joue avec le mot - négation partielle car ne porte que sur le
“temps” pour montrer que le “peu de second élément : vers 27
temps” que Louis leur donne montre le peu
de temps qui lui reste à vivre. Elle fait une
prophétie et devine la mort de Louis.

- Lignes 34 à 36 : Dans les trois dernière


lignes, la Mère fait une parenthèse en
expliquant qu’elle a compris que Louis va
bientôt mourir. Elle sait très bien que
Louis va bientôt les quitter, elle ne se fait
pas d’illusion, c’est pour ça qu’elle veut
qu’il aille mettre les choses au clair avec
ses semblables avant de partir.

La tirade de la Mère prend la forme d'un


long soliloque ininterrompu dans lequel
elle imagine un nouveau scénario familial,
où Louis reprendrait sa place d'aîné.
Tout en souhaitant ramener Louis dans son
giron, La Mère fait remonter à la surface
les tensions et tient un discours
culpabilisant

Conclusion : Il s’agit d’une scène où la


mère est la figure centrale. C’est une mère
omnisciente qui connaît bien ses enfants.
Cette figure maternelle va s’amplifier tout
au long du passage jusqu’à devenir un
véritable oracle. En effet, on peut dire que
Juste la Fin du Monde : sous-entend que Louis n’est plus là pour
entendre
Partie II, scène 3
- Lignes 2 à 4 : anaphore « accable »,
Introduction : épanorthose. Cette répétition plombe ce
Jean-Luc Lagarce, né en 1957, est l'auteur
dialogue : d’emblée, il accuse Louis qui le
contemporain le plus joué en France.
Metteur en scène de textes classiques aussi met en position sujet. Sous-entendu
bien que de ses propres pièces, il meurt en d’ironie tragique, pour laisser supposer la
septembre 1995. mort de Louis.
C‘est en 1990 qu’il finit l’écriture de sa
pièce Juste la Fin du Monde. - Lignes 1 à 16 : à l’intérieur de deux
Elle ne sera jamais jouée de son vivant, notations qui se font échos sur la présence
mais sera mise en scène pour la première
fois en 1999 grâce à Joëlle Jouanneau. de Louis, on a des reproches. En
Puis en 2016, elle sera produite au cinéma. s’adressant à Louis, Antoine va en terrain
Juste la fin du monde est une histoire de miné, il va nous donner des
famille mettant en scène une crise renseignements sur comment les deux
familiale mais aussi personnelle. frères fonctionnaient.

La scène 3 de la partie 2 est importante car - Ligne 5 : « j’ai encore plus peur pour toi
elle est la dernière scène avant l'épilogue. », Antoine s’inquiétait de son frère. Il a
Antoine, le frère de Louis, expose dans peut être compris que Louis avait quelque
une longue tirade l'ambivalence de sa chose à révéler, c’est pour ça qu’il a plus
relation à Louis, entre le ressentiment et peur. Référence à l’enfance.
l'amour compassionnel.
- Ligne 6 : “enfant” est mis en relief
Problématique : Comment la tirade
finale d'Antoine accable-t-elle Louis de - Ligne 7 et 8 : « je me dis que [...] »
culpabilité tout en le considérant avec système de réflexion ambiguë car Antoine
amour et compassion ? refuse de se sentir coupable, mais en
même temps il se sent coupable. Il se parle
Mouvements du texte : à lui même pour se convaincre, pour se
- Lignes 1 à 16 : Antoine dresse le portrait raisonner. Il ne veut pas le placer dans une
de Louis, il l’affronte position de victime et lui dans une position
- Lignes 17 à 25 : Autoportrait péjoratif. Il de bourreau. Il mène une vie paisible et
aimerait que Louis le réconforte douce, matérielle avec tous les problèmes
- Lignes 26 à 32 : Silence final, qu’il se crée et qu’il a avec son frère. Il
l’apaisement pour Antoine, il a dit ce qu’il essaye de se rassurer matériellement alors
avait à dire. Réponse énigmatique de Louis que dans sa tête, ça ne va pas.
à la ligne 32.
- Ligne 9 : “paisible et douce” montre
- Ligne 1 : L’affirmation de « tu es là » qu’il essaye de se convaincre que sa vie est
permet de nous situer dans le temps. Ironie confortable. “qu” pèse sur son discours.
tragique avec « je te vois » au vers 5. Il
- Ligne 10 : Il se torture quand même - Lignes 17 et 18 : marqué par la
l’esprit, il a une pensée tordue en négativité, avec deux formules ; « ne rien »
contradiction. « Je suis un imbécile », qui et « ne pas », elles montrent le profond
est doublement péjoratif. Il s’insulte abattement d’Antoine. « Je ne suis rien »
lui-même, il prend plaisir à se rabaisser. complété avec « je n’ai pas le droit », il n’a
pas le droit d’exister.
- Lignes 11 et 12 : dans son discours,
conjonction « alors que » qui marque une - Ligne 19 : « que » reprend “lorsque”.
opposition, qui considère le fait qu’il a Antoine anticipe avec le futur du verbe
failli se lamenter. Sa prise de parole la quitter “quitteras” ainsi que le verbe laisser
considère comme une faiblesse. Il oppose “laisseras”. Cela forme une prolepse, mais
sa prise de parole au silence de Louis. également un euphémisme, Antoine
Alors qu’il vient de se déprécier, il va se atténue le départ de Louis.
lamenter du silence de Louis, il le vénère. Avec la gradation du “nous” qui se
Il utilise des procédés pour insister sur le transforme en “me”, Antoine resserre les
silence de Louis. liens. La culpabilité se resserre.

- Lignes 10 à 14 : Louis est « bon, plein - Ligne 20 : “je serai moins encore”
de bonté » alors qu’Antoine est « mauvais montre qu’Antoine sera encore plus triste
», c’est un “imbécile”. du départ de Louis, il sait qu’il ne
reviendra probablement plus
- Ligne 13 : “silencieux [...] tellement
silencieux” est une gradation. Il insiste sur - Lignes 21 et 24 : « Juste » est une
le terme “silencieux”. restriction, il aurait aimé qu’il en soit
autrement.
- Ligne 15 : « replié sur ton infinie douleur
», douleur qui n’a pas de fond, hyperbole. - Ligne 21 : “reprocher les phrases que j’ai
Antoine qui n’arrive pas à décrire n’y a dites”, ce sera sa seule préoccupation une
pas mis un nom sur ce qu’il ressent, essaye fois que Louis sera parti, il se lamentera,
de l’exprimer par rapport à l'attitude de regrettera.
Louis. Antoine essaye de décrire la
déchirure intérieur de Louis, il a quand - Ligne 22 : Il se ressasse ses paroles
même détecté chez Louis de la souffrance, précédentes, il essaye de se remémorer les
ce qui est difficile pour Antoine car ce moments avec Louis
n’est pas un intellectuel, il essaye de
trouver des mots simples afin de - Ligne 23 : “moins encore”, Antoine a de
s’exprimer, mais il n’y arrive pas bien. moins en moins de justifications à propos
de son existence
- Ligne 16 : Antoine charrie un peu Louis,
il l'affronte en lui montrant que sa douleur - Ligne 24 et 25 : Antoine insiste sur le
n’est pas comparable à la sienne, tellement mot “ressentiment”, c’est une épanorthose.
qu’il ne peut pas s’imaginer sa douleur
depuis le début - Ligne 25 : « contre » est une proposition
adverse. Il se remémore avec animosité les
torts qu’il a subi avec le “contre Cette scène illustre bien le drame de la
moi-même”. communication et le ressort du conflit qui
sont au cœur de la pièce. Mais il s’agit
Le soliloque d’Antoine qui avait aussi d’une déclaration d’amour faite par
commencé par une attaque de Louis Antoine à son frère, un frère qu’il admire
revient comme un boomerang après une et dont le premier abandon l’a déchiré.
sorte de détour. Antoine annonce aussi de façon tragique
que sa douleur perdura après le départ de
- Ligne 26 et 27 : harmonie initiative avec Louis
“Louis” qui lui répond “oui”. Sa réponse
monosyllabique reprend la sonorité “a-t-il Conclusion : La tirade finale d'Antoine,
écouté ?” dans la dernière scène de Juste la fin du
monde, juste avant l'épilogue, accable
- Ligne 28 : il annonce la fin, la fin du Louis de culpabilité tout en le considérant
langage. Le dialogue entre les deux frères avec amour et compassion.
tourne court faute de réponse. Cette tirade comporte donc des
contradictions: Antoine nie le malheur de
- Ligne 29 : « je ne dirais plus rien » Louis mais le reconnaît aussi comme la
montre qu’il ne dira plus rien. La réponse source d'un amour familial compassionnel
de Louis souligne son silence. Antoine se et protecteur. Elle révèle autant un
demande si son frère est toujours là. Il ressentiment qu'un attachement à Louis.
s’attendait à ce que Louis relance le Mais elle marque avant tout l'échec de
dialogue, il dit donc qu’il ne dira plus rien. Louis, qui va quitter sa famille sans avoir
La parole est tarie. Personne n’a dit ce pu lui annoncer sa mort prochaine.
qu’il aurait dû dire.
Ouverture : tirade de Phèdre dans Phèdre
- Ligne 30 et 31 : Même s'il dit qu’il ne de Racine : autre longue tirade utilisant le
dira plus rien, il ajoute quelque chose. “les topos de l’aveu qui montre une autre forme
imbéciles ou ceux-là” désigne sûrement la d’impuissance tragique familiale, celle de
famille, il les qualifie de peureux qui résister au désir que lui inspire Hippolyte
auraient rigolé sous le coup de la peur.
Questions de grammaire :
- Ligne 32 : Louis rétorque par “je ne les “je ne les ai pas entendus” :
ai pas entendu”, comme si il n’avait pas - interrogation directe “les as-tu entendus
compris le sens de la phrase d’Antoine, il ?”
est absent, il n’écoute pas vraiment - interrogation indirecte “Je me demande si
tu les as entendus”
Le soliloque d'Antoine, qui est comme une
attaque sur Louis, se finit finalement
contre lui.

A travers la colère et l’amertume


d’Antoine, on comprend tout le poids du
non-dit qui l’a accablé pendant des années.