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II 

. Les limites à l’équité fiscale Maroc

Outre, les difficultés inhérentes à la pratique concrète de l’équité, l’équité a


des limites en théorie : le principe de la faculté contributive peut lui même
être source d’iniquité (A), et il y a toujours un arbitrage nécessaire entre
l’équité et les autres principes économiques d’imposition (B).
A. La théorie des facultés contributives au Maroc
Aujourd’hui, les concepts de fraude, d’équité et de civisme fiscal
s’observent et se côtoient, vivent dans une méfiance réciproque. Ils
évoquent la question de la modernité de l’impôt, son refus ou son
acceptation, c’est-à-dire le consentement, principe fondateur de la
démocratie dans sa dimension fiscale, dimension devenue centrale à toute
démocratie.
Le deuxième principe est celui de la légalité, inséparable de celui du
consentement. Les deux concepts ont permis de réduire historiquement
l’absolutisme politique, de mettre fin à l’arbitraire et aux privilèges de
naissance donnant lieu à des titres de noblesse, appelés sous d’autres
cieux, marquis et marquises, comtes et comtesses, ducs et duchesses (…),
ici, caïds et chorfas. La légalité de l’impôt, c’est aussi l’Etat de droit.
Troisième principe, tout aussi fondamental, celui de l’équité. Il existe des
dépenses publiques nécessaires à la vie publique, et pour cela chaque
citoyen doit y pourvoir selon ses capacités contributives.
Ces trois principes fondent la légitimité de l’impôt dans son acception la
plus moderne et la plus universelle.

Au Maroc, en théorie et selon l’article 71 de la constitution de 2011, : « Le


régime fiscal et l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des
impôts », sont du domaine de la loi. Ce principe de légalité de l’impôt
signifie que le parlement, représentant des citoyens, est compétent pour
autoriser la levée de l’impôt.
Le consentement à l’impôt 1fonde la démocratie à la consolidation de
l’Etat de droit.

Cette disposition se trouve renforcé par l’article 39 de la Constitution


consacre explicitement ces trois principes (consentement, légalité et
équité) dans le domaine fiscal : « Tous supportent, en proportion de leurs
facultés contributives, les charges publiques que seule la loi peut, dans les
formes prévues par la présente Constitution, créer et répartir ».
Ce principe a été consacré en France dans les articles 13 et 14 de la
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d’août 1789. « Pour
l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une
contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie
entre les citoyens, en raison de leurs facultés » (Article 13). « Les citoyens
ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la
nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre
l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la
durée » (Article 14). Ces principes sont devenus quasi universels. Ils sont
étroitement liés aux nouveaux principes fondateurs de l’Etat moderne qui
se résument dans la théorie du contrat social.

Appliquer la loi d’une manière équitable n’a jamais était une tâche facile.
Le contribuable qui n’a pu apprécier un impôt le trouve forcément injuste
et tentera par tous les moyens d’y échapper par l’évasion ou la fraude
fiscale. La notion d’équité peut avoir un autre sens, traiter inégalement les
contribuables, en tenant compte de la faculté contributive de chacun,
faculté contributive2 qui doit être estimée raisonnablement en évitant au
maximum l’arbitraire.

B. Un arbitrage nécessaire entre l'équité et les autres principes


économiques d'imposition

1
https://www.ecoactu.ma/le-consentement-a-limpot-une-expression-sans-substance/
2
Rapport-Le-système-fiscal-marocain-développement-économique-et-cohésion-sociale.
Les principes économiques d’imposition guident avec pertinence la
réflexion et l’action de légifération fiscale pour que l’impôt ne dégénère
pas en facteur nuisible au développement. Mais, il n’est pas toujours
possible de concilier entre tous les principes en même temps.
Il y a des principes qui peuvent être en conflit :
 Le principe d’efficience et le principe d’équité ne se conjuguent pas
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toujours avec le principe de la simplicité, de même que le principe


d’efficience peut s’exercer au détriment de l’équité ».
Dès lors que la fiscalité comporte une mesure à effet incitatif, elle entraîne
potentiellement un risque de distorsions dans les comportements
économiques (en matière d’épargne, d’investissement, de consommation et
d’off re de travail) à court et à long terme. Le système fiscal devrait réduire
au minimum les discriminations en faveur ou à l’encontre de tout choix
économique particulier, sauf lorsqu’il existe des externalités manifestes.
 Le principe d'équité et d'efficacité peuvent être en conflit. En effet,
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les avancées vers la justice sociale sont souvent présentées comme


défavorable à l'efficacité économique. Ainsi le choix d'un impôt
équitable entraînerait une perte d'efficacité.
Souvent, l’équité est invoquée chaque fois qu’il s’agit d’évaluer la rigueur
avec laquelle la loi sanctionne l’incivisme ou l’évitement de l’impôt. En
effet, le paiement de l’impôt par tous ceux qui en sont redevables est un
facteur fondamental en matière d’équité. Par ailleurs, la fraude fiscale non
suffisamment punie créée un sentiment d’injustice chez les contribuables
de ‘bonne foi’
« D’où, un nécessaire arbitrage entre les principes lorsqu’ils sont en
conflits. Cet arbitrage s’effectue en fonction des objectifs explicites ou
implicites que privilégie l’Etat »
Face à cette situation d’iniquité palpable, il convient d’instaurer un
système fiscal à la fois équitable et rentable, cela devra impérativement

3
Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, « Un système fiscal, pilier pour le nouveau
modèle de développement » Auto-Saisine 39/2019

4
Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, « Un système fiscal, pilier pour le nouveau modèle de
développement » Auto-Saisine 39/2019
passer par la révision de l’assiette de l’impôt, tout en menant une lutte
conséquente contre la fraude et l’évasion fiscales.

Bibliographie

 ELHARRANE Lalla Mérieme, « La réforme fiscale au Maroc » Revue Espace Géographie et Société
Marocaine n° 14/2016
 Fadwa Ntegue, « Le régime fiscal marocain et les droits de l’homme ». Droit. COMUE Université Côte
d’Azur (2015 - 2019), 2017. Français.
 Mohammed SADDOUGUI, THÈSE de doctorat « La détermination de la base imposable à l’impôt
sur le revenu- Cas des revenus professionnels - Soutenue le 14 février 2014,centre d’etude L.E.R.J.A.P FSJES
OUJDA
 NMILI (M.), « Pour un impôt juste : Essai sur les préalables au civisme fiscal », les éditions Oser,
Casablanca, 2011.
 SAIDA NAJI, « Les conventions fiscales internationales : Quel intérêt pour les pays en voie de
développement ? » Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing N°9-10, Janvier-
Décembre 2014

Rapports
 Rapport du Conseil Economique et Social, « Le système fiscal marocain, développement économique et
cohésion sociale », Novembre 2012.
 Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, « Un système fiscal, pilier pour le nouveau
modèle de développement » Auto-Saisine 39/2019

Articles :
 https://www.mapbusiness.ma/a-la-une/fiscalite-le-cese-preconise-lelargissement-de-lassiette
 https://panorapost.com/post.php?id=27329

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