Vous êtes sur la page 1sur 17

MASTER « DROIT DES AFFAIRES »

MODULE : DROIT FISCAL

TRAVAIL SOUS LE THEME

LA PARAFISCALITE

REALISE PAR : SOUS L’ENCADREMENT DE M. :

HAMMOUMI YASSINE Pr. MZOURI AMINE


GARNOU IMANE

L’ANNEE UNIVERSITAIRE : 2020/2021


SOMMAIRE

I. LA PARAFISCALITE : UN MODE D’IMPOSITION EXCEPTIONNEL

A. NOTION ET CARACTERISTIQUES DES TAXES PARAFISCALES

B. LES TAXES PARAFISCALES : DES RECETTES EN EVOLUTION CONSTANTE

II. LES INSUFFISANCES DU REGIME JURIDIQUE DE LA PARAFISCALITE

A. UNE ATTEINTE AUX PRINCIPES BUDGETAIRES

B. UN CONTOURNEMENT AU CONTROLE PARLEMENTAIRE


INTRODUCTION

La volonté de vivre en commun exige la participation de toute la communauté à


assumer les dépenses et les charges publiques. Cela implique nécessairement la
contribution de chacun aux recettes de l’Etat selon sa capacité contributive.

L’impôt constitue la source principale de financement des dépenses publiques dans


chaque pays. Mais au fil du temps, les décideurs inventent des techniques leur permettant
de remplir les caisses de l’Etat. En effet, on a institué la parafiscalité dans le système fiscal
marocain en tant que prélèvement obligatoire à côté d’autres prélèvements pécuniaires.

Néanmoins, bien que l’impôt et la taxe parafiscale soient gouvernés par un régime
juridique similaire, leur but est parallèlement différent. Ainsi, l’impôt vise à imposer une
certaine conduite dans le milieu socio-économique et de couvrir les besoins génériques et
communs de la société. Par ailleurs, la parafiscalité intervient dans un but économique et
social. Le produit des taxes parafiscales permet de subventionner et soutenir certains
secteurs d’activité économique et d’assurer le financement de divers organismes.

Les taxes parafiscales sont régies par la loi Organique relative à la Loi de Finances
(LOLF1), notamment par son article 67. Ce texte donne une définition inspirée largement
de législateur français2.

En effet, les taxes parafiscales sont celles « … perçues dans un intérêt économique ou social
au profit d’une personne morale de droit public autre que l’Etat et les Collectivités Territoriales, ou d’une
personne morale de droit privé chargée des missions de service public… ».

Les taxes parafiscales peuvent donc être définies comme des prélèvements
obligatoires opérés dans un intérêt économique ou social au profit d’une personne morale
de droit privé chargée des missions de service public ou d’une personne morale de droit
public autre que l’Etat et les CT.

De ce qui précède, les taxes parafiscales représentent une catégorie spéciale de


recettes instituées par voie réglementaire pour ble bénéfice d’un ensemble d’organismes et

1 Promulguée par Dahir n° 1-15-62 du 14 chaabane 1436 (2 juin 2015), BO n° 6370 – 1er ramadan 1436
(18-6-2015), pp. 3105-3114.
2 Selon l’article 4 de l’ordonnance n° 59-2 du janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de

finances : les taxes parafiscales sont « perçues dans un intérêt économique ou social au profit d’une personne morale de
droit public ou privé autre que l’Etat, les collectivités territoriales et leurs établissements publics administratifs… ».
Page | 1
institutions et selon des formes très diverses, ce qui explique leur réglementation
hétérogène.

La réglementation particulière de la parafiscalité nous amène à se demander à quel


point la parafiscalité est-elle conforme aux règles et principes constitutionnels
d’imposition ?

Pour essayer d’apporter des réponses à la problématique posée il convient pour


nous d’étudier la parafiscalité en tant qu’un pouvoir confié au gouvernement par rapport
au pouvoir fiscal reconnu en principe au parlement. En outre, la conformité de la
parafiscalité aux principes et règles budgétaires doit être examinée. Sans oublier la
question du contrôle parlementaire et de l’autorisation budgétaire.

Nous proposons en effet de traiter en premier lieu la parafiscalité en tant que mode
d’imposition exceptionnel (I), avant d’aborder les difficultés juridiques liées à la
parafiscalité (II).

Page | 2
I. LA PARAFISCALITE : UN MODE D’IMPOSITION
EXCEPTIONNEL

L’originalité et la particularité des taxes parafiscales tiennent à leurs caractéristiques


permettant de les distinguer des autres prélèvements (A). Le caractère exceptionnel de la
parafiscalité se renforce par son évolution constante suite à son champ d’application large
(B).

A. NOTION ET CARACTERISTIQUES DES TAXES PARAFISCALES

Le premier point à traiter lorsqu’on parle de la parafiscalité et de taxes parafiscales


est leur fondement juridique, autrement dit l’instrument juridique qui donne naissance à
ladite taxe.

Cette forme particulière de prélèvement se caractérise par son soubassement à la


fois légal et réglementaire, dans la mesure où les taxes et droits parafiscaux sont institués
par des textes réglementaires voire administratifs (décisions – notes de service), sur la base
de prérogatives légales3. En effet, selon la LOLF, les taxes parafiscales peuvent être crées
par décret du chef de gouvernement au profit des entités/Etablissements publics pour
renforcer leur autofinancement.

Le décret fixe l’affectation, l’assiette, le fait générateur, les règles de liquidation et de


recouvrement des taxes et leur taux. Il peut légalement imposer à l’organisme affectataire
l’obligation de répartir le produit de la taxe parafiscale entre différentes actions et même
de reverser à d’autres organismes une partie de ce produit, sans que cette « sous-
affectation » puisse être regardée comme équivalant à la création illégale d’une taxe
parafiscale.

Sur ce fondement, nous pouvons constater que le Gouvernement peut ainsi


instaurer des prélèvements obligatoires sans l’autorisation préalable du Parlement. Ce

3ADAMA Sylla, le 24 mai 2019, « El Mehdi Fakir : Les taxes parafiscales sont méconnues du grand
public ». Disponible sur : https://www.challenge.ma/el-mehdi-fakir-les-taxes-parafiscales-sont-
meconnues-du-grand-public-109491/ [Consulté le 25/02/2021].
Page | 3
pouvoir confié au Gouvernement constitue une dérogation aux principes
constitutionnels4 en matière fiscale.

Ainsi, il est reconnu que le pouvoir de créer des impositions et des prélèvements
soit confié exclusivement au parlement. Ce principe traduit le consentement du peuple à
l’impôt, par l’intermédiaire des représentants de la nation. Par conséquent, le fait
d’instaurer des impositions obligatoire par voie règlementaire atteint la règle de base en
matière fiscale : la légalité de l’impôt.

En dépit de ce pouvoir confié au gouvernement, le législateur peut intervenir pour


créer des taxes et droits parafiscaux. Ainsi, avant la LOF de 2015 certaines taxes
parafiscales ont été instituées par voie législative (Taxe spéciale sur le ciment, Taxe
spéciale sur le fer et le béton, Taxe spéciale sur le sable…) 5.

Le recouvrement des taxes parafiscales est obligatoire au même titre de l’impôt.


Ceci implique un transfère des prérogatives de la puissance publique aux organismes
bénéficiaires des taxes parafiscales. L’Etat prête ainsi ses prérogatives de puissance
publique aux organismes bénéficiaires des taxes parafiscales afin d’obliger les para-
contribuables à payer leur dette.

Les prélèvements pécuniaires obligatoires imposés sont nécessairement perçus au


profit de l’Etat et les Collectivités territoriales. Toutefois, les taxes parafiscales se sont
perçues au profit d’une personne morale de droit public autre que l’Etat ou les
Collectivités territoriales, ou d’une personne morale de droit privé chargée des missions
de service public.

En effet, il résulte de l’article 67 de la LOLF que la taxe parafiscale ne peut être


perçue qu’au profit d’organismes privés ou, s’agissant de personnes publiques, qu’au
profit d’établissements publics principalement à caractère commercial et industriel et des
entreprises publiques. En France avant la suppression des taxes parafiscales, l’article 4 de
l’ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 exclut les établissements publics administratifs.

4 Art. 39 de la Constitution prévoit que : « Tous supportent, en proportion de leurs facultés contributives, les charges
publiques que seule la loi peut, dans les formes prévue par la présente Constitution, créer et répartir ».
5 Mohamed AMINE, « Parafiscalité : un lieu non visité par les Assises de la fiscalité », le 17 mai 2019.

Disponible sur : https://www.challenge.ma/parafiscalite-un-lieu-non-visite-par-les-assises-de-la-fiscalite-


109255/ [Consulté le 25/02/2021]
Page | 4
De ce fait, seuls les organismes privés et les établissements publics industriels et
commerciaux pouvaient bénéficier des ce type de prélèvement.

Les taxes parafiscales sont généralement instituées au profit des établissements


publics et des centres techniques industriels ou de comités interprofessionnels afin de
soutenir leur secteur d’activité et permettre le financement de travaux de recherches.

Parmi les bénéficiaires des taxes parafiscales, il s’agit de l’Agence Nationale de la


Promotion de la PME (ANPME), l’Etablissement Autonome de Contrôle et de
Coordination des Exportations (EACCE), l’Office Du Développement De La
Coopération (ODCO), l’Office National des pêches (ONP), la Société Nationale
radiodiffusion et de télévision (SNRT)…

La taxe parafiscale ne comporte aucune contrepartie directe et immédiate pour le


redevable, ni même parfois de contrepartie indirecte ou à terme. Cette caractéristique
permet de situer les taxes parafiscales plus près de l’impôt.

La personne assujettie au paiement de la taxe se trouve au moins dans la position


d’usager virtuel du service. La notion de taxe parafiscale est très largement indépendante
de l’idée de service rendu ou à rendre, ce qui accentue son caractère obligatoire.

La taxe parafiscale se distingue de ce point de vue non seulement de la redevance,


mais aussi de la taxe : celles-ci trouvent (la redevance) ou peuvent trouver (la taxe) une
contrepartie directe et immédiate dans un service rendu.

Par distinction à l’impôt, la taxe parafiscale est nécessairement affectée. En effet,


suite à la définition donnée par l’article 67 de la LOLF, les taxes parafiscales ne peuvent
être perçues que par une personne morale du droit public autre que les l’Etat et les CT, ou
une personne morale du droit privé chargée des missions de service public.

L’affectation des recettes s’inscrit comme une exception au principe d’universalité


budgétaire, règle de base en finances publiques. De ce fait, la taxe parafiscale en tant que
taxe affectée a connu au fil du temps de multiples critiques à cause de problèmes qu’elle
pose (Cf. Infra)6.

6 Voir la partie II.


Page | 5
B. LES TAXES PARAFISCALES : RECETTES EN EVOLUTION CONSTANTE

La parafiscalité est une matière très méconnue de la plupart des citoyens. Il est très
difficile de recenser les différentes taxes parafiscales instituées en droit fiscal marocain à
cause de son champ d’application très vaste.

De nos jours, dans presque tous les secteurs au moins une taxe parafiscale est
instituée : la culture, l’agriculture, le tourisme, l’assurance, l’audiovisuel… Nous pouvons
citer à titre indicatif les taxes parafiscales suivantes :

- Taxe sur les Assurances ;


- Taxe de licence à percevoir sur les établissements de consommation de boissons
alcooliques ou alcoolisées ;
- Taxe annuelle sur la publicité par affiches aux bords des voies de
communication routières de l’Etat ;
- Taxe pour la promotion du paysage audiovisuel national ;
- Taxe sur la publicité radiodiffusée ;
- Taxe d’affrètement pour la pêche des espèces pélagiques ;
- Taxe sur la viande cachée au profit des comités des communautés israëlites
marocaines…

Les taxes parafiscales bénéficiant aux EEP est en évolution continue. En effet, leur
montant total s’est établi en 2018 à 4,4 MMDH, soit l’équivalent de 2,1% des recettes
fiscales perçues au cours de ladite année, contre 4,1 MMDH en 2015, 4,2 MMDH en
2016 et 4,3 MMDH en 20177.

Cette évolution est concrétisée par une nouvelle taxe parafiscale crée en 2019. Il
s’agit de la taxe parafiscale dénommée « Taxe de solidarité contre les événements
catastrophiques » instituée au profit du Fonds de solidarité contre les événements
catastrophiques 8. Ladite taxe s’impose aux personnes assujetties à la taxe sur les contrats

7 Rapport sur l’exécution du Budget de l’Etat de l’année 2019, la Cour des comptes, Septembre 2020, p.28.
Disponible sur le site officiel de la Cour des compte du royaume : www.courdescomptes.ma .
8 Voir le décret n° 2-19-244 du 1er safar 1441 (30 septembre 2019), BO n° 6822 – 18 safar 1441

(17/10/2019), pp.2069-2070.
Page | 6
d’assurances relatifs aux opérations indiquées par l’article 2 du décret, avec un taux de 1%
des primes, surprimes ou cotisation versées au titre des contrats d’assurances 9.

Il est à préciser qu’une partie importante du montant globale des taxes parafiscales
est perçue par une catégorie déterminée d’organismes et établissements. A titre indicatif,
les taxes parafiscales perçues, en 2018, par l’OFPPT et l’ONMT constituent les deux tiers
du montant global de ces taxes10.

Ce constat est dû au fait que plusieurs entités sont financées en quasi-totalité par
des taxes parafiscales. Elles dégagent de ce fait dans le cadre de leur exécution budgétaire
une trésorerie pouvant être qualifiée de pléthorique 11.

Néanmoins, malgré la trésorerie importante qu’ils dégagent à cause des taxes


parafiscales, certains établissements et entreprises publics déclarent chaque années des
résultats financières déficitaires. Ces résultats sont critiquables suite à la distorsion entre
les dépenses budgétaires autorisées de ces établissements et leurs recettes pléthoriques
issues de la parafiscalité12.

Du fait de leur nombre et leurs caractéristiques propres, les taxes parafiscales


contribuent, avec les recettes affectées, à l’augmentation du niveau de pression fiscale 13.
Ces taxes sont parfois employées doublement avec des taxes conventionnelles (taxes
d’Etat et taxes locales). Ce qui donne lieu à une double voire triple taxation des revenus
de l’activité professionnelle14.

Le caractère sectoriel et spatial des taxes parafiscales permet de recenser de


nombreuses et diverses taxes. De ce fait, chacune de ces taxes est régie par un ou
plusieurs textes, légale, réglementaire et administrative (notamment celles instituées et
prélevées par les collectivités territoriales) 15.

9 Art. 2 et 4 du décret.
10 Rapport de la Cour des comptes, Op.cit., p.28.
11 Parafiscalité : une pierre dans la chaussure du PLF 2019. Disponible sur :
https://www.ecoactu.ma/parafscaliteplf/#:~:text=La%20parafiscalit%C3%A9%20est%20d%C3%A9fini
e%20comme,un%20but%20%C3%A9conomique%20ou%20social. [Consulté le 02/03/2021].
12 Ibidem.
13 Rapport de la Cour des comptes, Op.cit., p.29.
14 ADAMA Sylla, le 24 mai 2019, « El Mehdi Fakir : Les taxes parafiscales sont méconnues du grand

public ». Disponible sur : https://www.challenge.ma/el-mehdi-fakir-les-taxes-parafiscales-sont-


meconnues-du-grand-public-109491/ [Consulté le 25/02/2021].
15 Ibidem.

Page | 7
Quant aux règles et conditions de recouvrement de ces taxes, elles sont précisées
par le Code de recouvrement des créances publiques. Ainsi, en cas de surplus et
d’excédent au niveau de recette d’un établissement public, il est comptabilisé (états
financiers) et soumis à l’appréciation des gestionnaires qui peuvent les réaffecter
(investissement ou fonctionnement) ou pas, selon les prérogatives des ordonnateurs et
des spécificités d’Administration (Conseil d’Administration, Tutelle,…).

Dans un souci d’assurer la rationalisation financière et la gestion efficace des deniers


publics, la parafiscalité est soumise au contrôle. Il s’agit de l’Inspection des Départements
et des Etablissements Publics, ainsi que l’Inspection Générale des Finances et Inspection
de l’Administration Territoriale (qui assurent un contrôle suprême de l’Exécutif), sans
oublier le contrôle de la Cour des Comptes en tant que juridiction financière.

Page | 8
II. LES INSUFFISANCES DU REGIME JURIDIQUE DE LA
PARAFISCALITE

Certes, la loi prévoit que les dépenses et les recettes doivent figurer dans la loi de
finance de l’année, afin de garantir une transparence fiscale et permettre au parlement
d’exercer son autorité en tant qu’institution de contrôle et de surveillance. Néanmoins,
Les taxes parafiscales paraissent déroger à cette règle de valeur constitutionnelle (B); cette
exception continue de suscité un grand débat et met en cause l’efficacité du cadre légal
voire même la constitutionnalité et la légitimité de ces taxes (A).

A. UNE ATTEINTE AUX PRINCIPES BUDGETAIRES

Il va sans dire que l’impôt est la raison de l’existence et de la continuité de l’Etat


souverain, c’est grâce à l’impôt que l’Etat arrive à répondre à ces responsabilités, et
subvenir aux besoins sociaux économiques de ses contribuables, dés lors la budgétisation
des dépenses et des recettes doit répondre à des normes strictes et sincères.

Or, les taxes parafiscales en tant que prélèvements obligatoires dérogent à la quasi-
totalité des principes encadrant la loi de finance et constituent donc une exception
normative.

En effet, crée par voie règlementaire ou administratif, les taxes parafiscales sont
juridiquement fragiles et plus facilement contestables devant le juge administratif qu’une
autre imposition établie par voie législative.

Dans le même ordre d’idée, l’aspect réglementaire de ces taxes cause un autre
problème liée leur instabilité dans le temps ; puisque des décrets de renouvellement
périodiques sont donc nécessaires pour assurer leur pérennité. «Lorsque ces décrets
étaient adoptés en retard, les taxes étaient perçues illégalement pendant plusieurs mois, ce
qui pouvait être une source de contentieux» 16.

Juridiquement incertaine, les taxes parafiscales enfreignent le principe d’annualité


qui requiert la présentation annelle du budget et des prévisions à moyen terme. Ce

16 S. Es-siari, le Vendredi 07 Octobre 2016, Taxes parafiscales ou taxes affectées : A quand la fin de
l’opacité ? Disponible sur : https://fnh.ma/article/bourse-finances/taxes-parafiscales-ou-taxes-affectees-
a-quand-la-fin-de-l-opacite [Consulté le 26 Février 2021].
Page | 9
qui « engendre » un handicap en matière de la réexaminassion annuelle de la part du
parlement des ressources et dépenses publiques.

Un autre principe budgétaire de valeur constitutionnelle se trouve aussi écarter par


la parafiscalité, il s’agit en l’occurrence du principe d’universalité. Selon ce dernier, d’une
part, il ne doit pas y avoir « une compensation » entre les recettes et les dépenses, c’est-à-
dire qu’il faut inscrire dans le budget toutes les recettes et toutes les dépenses sans
contraction entre elles, et d’autre part, il ne doit pas y avoir une affectation de recettes à
des dépenses particulières 17.

Le caractère dérogatoire du régime juridique des taxes parafiscales entraîne


plusieurs conséquences à plusieurs niveaux. D’une part le budget de l’Etat sera divisé en
multiples sections indépendantes, excluant donc la gestion centralisée et cordonnée des
dépenses et des recettes de l’Etat. D’autre part l’affectation d’une recette à une dépense
précise signifie que l’argent public n’est pas prélevé pour répondre à toutes les charges de
l’Etat, ce qui porte atteinte à la valeur de l’égalité et la solidarité devant l’argent public. Le
citoyen, par sa contribution ne participe plus à l’ensemble des dépenses de l’Etat, ce qui
affaiblit le consentement du citoyen à l’impôt.

Une critique est liée à la diversité et multiplicité des taxes parafiscales, qui les
empêche à être encadrées par un seul document. L’on constate alors que le caractère
hétérogène de ces taxes transgresse ainsi le principe d’unité budgétaire qui est formel mais
fondamentale en matière de consécration d’une fiscalité transparente et sincère.

Conscient du dysfonctionnement d’ordre juridique causé par ces taxes, le législateur


français a prévu la suppression des taxes parafiscales par la loi organique du 1 er août,
relative aux lois de finances, adopté, même si jusqu’aujourd’hui ces taxes persistent
encore. En fait, depuis lors, on a pu voir se renforcer, voire même s’épanouir, des
corporatismes de toutes sortes réclamant et obtenant des privilèges fiscaux qui se
traduisent certes par de multiples types d’allégements d’impôts mais encore par
l’attribution de certaines taxes18.

17Disponible sur : https://www.fipeco.fr/pdf/0.00035100%201526460323.pdf


18« Les impôts affectées quelle légitimité », Rapport de l’Association pour la Fondation Internationale de
Finances Publiques (FONDAFIP), février 2013, Paris, p.5.
Page | 10
Si le système fiscale français a reconnu les anomalies des taxes parafiscales et a
tenter de les annuler même si cette tentative n’a pas aboutit aux résultats escomptés, le
système fiscale marocain est loin de les écarter et continue à en faire une recette qui coule
de source. En effet, interrogé sur la constitutionnalité desdites taxes en marge du
Colloque sur les finances publiques tenu récemment à Rabat, le trésorier général du
Royaume affirme qu’ : « … il existe des taxes parafiscales, d’autres votées au niveau des assemblées
régionales et qui sont régies par la réglementation en vigueur. Il s’agit de redevances pour des services
rendus, mais qui sont réglementées »19.

Il nous est inévitable de se demander à ce niveau si le recours aux taxes parafiscales


n’est pas un outil juridique permettant de contourner les contraintes budgétaires ?

En fait le recours à la parafiscalité est justifié en premier lieu par le financement des
politiques publiques, ensuite elles sont utilisées pour un objectif de correction d’une
défaillance de marché ou un objectif de redistribution20.

Le problème que pose cette justification d’ordre économique par le biais de l’impôt
est le suivant : l’interventionnisme fiscal à but économique est mal accepté par l’opinion
publique. En effet, l’impôt utilisé dans le but de favoriser le développement économique
perd sa justification morale. L’opinion publique perçoit cette instrumentalisation de
l’impôt qui repose sur l’idée d’efficience comme une utilisation abusive de la fiscalité. On
avantage les plus productifs et on surtaxe les moins productifs21.

B. UN CONTOURNEMENT AU CONTROLE PARLEMENTAIRE

L’affectation de taxes à un organisme autre que l’Etat, retire en effet au parlement le


pouvoir de voter les dépenses publiques ainsi financées en violation de l’article 39 de la
Constitution.

19 S. Es-siari, le Vendredi 07 Octobre 2016, Taxes parafiscales ou taxes affectées : A quand la fin de
l’opacité ? Disponible sur : https://fnh.ma/article/bourse-finances/taxes-parafiscales-ou-taxes-affectees-
a-quand-la-fin-de-l-opacite (Consulté le 26 Février 2021).
20 La fiscalité affectée constats, enjeux et réformes, Rapport annuel du Conseil des prélèvements

obligatoires (CPO), France, juillet 2013, p. 100.


21 F. Querol, S. Raimbault et alii, Doctrines fiscales : à la redécouverte de grands classiques, Editions L’Harmattan,

2007, p. 136.
Page | 11
Sans aucun doute, l’absence de normes pour le cadre juridique des taxes parafiscales
limite la possibilité de l’évaluation de ces taxes et nous laisse sans repère qui pourra nous
permettre de « noter » la rentabilité et l’efficience de ces taxes.

En plus l’information dont le Parlement dispose sur ces taxes est encore parcellaire
et imprécise. Par ailleurs, une fois instituées, les taxes ne suscitent plus de vrai débat au
sein de la représentation nationale, ce qui pose un problème démocratique sérieux au
regard de la réalité du consentement à ce type de prélèvement 22.

Dans le même sens, les taxes parafiscales n’étant pas annuellement réexaminée par
le Parlement, portent atteinte au contrôle de ce dernier sur les ressources et les dépenses
publiques. En déconsolidant certaines recettes et dépenses du budget général, nous
nuisant par ailleurs à la clarté des comptes publics.

Ce risque apparaît manifeste dans les cas où les affectations ne semblent justifiées
par aucun motif autre que la volonté de financer certaines politiques publiques.
L’utilisation de l’impôt à des fins économiques aboutit au transfert de la charge fiscale au
sein de la société, au détriment des ménages et profite à l’ensemble des entreprises du
secteur privé sans pour autant être justifiée par une efficacité certaine 23.

Ainsi, L’absence de contrôle du parlement et de l’évaluation de ces politiques


publiques risque de gaspillage des ressources publiques. C’est ce caractère indéterminé du
rendement de la recette affectée qui la rend critiquable du point de vue financier ; la
recette risque en effet, si elle s’élève rapidement ou si elle dépasse les prévisions de
l’autorité budgétaire, de procurer à l’affectataire des ressources hors de proportion avec
ses besoins ou avec l’aide que l’autorité budgétaire pensait devoir raisonnablement lui
accorder compte tenu de la situation financière générale de l’État 24.

On se trouve donc devant une parafiscalité inadéquate dont on ne détient aucun


contrôle rigide, ce qui donne lieu par conséquent à une difficulté de gouvernance et de
gestion des organismes affectataires.

22 Disponible sur :
https://www.assembleenationale.fr/dyn/15/comptesrendus/cion_fin/l15cion_fin1819043_compte-
rendu.pdf (Consulté le 20/03/2021).
23 F. Querol, S. Raimbault et alii, Op.cit. p.136.
24 Julien Laferrière et Marcel Waline, Traité de science et de législation financière, LGDJ, 1952. Cité dans le

Rapport annuel du Conseil des prélèvements obligatoires, p. 16.


Page | 12
Une telle situation menace la stabilité du système fiscale et nécessite une
intervention urgente de la part de l’Etat, non pas pour supprimer ces taxes de manière
définitive, mais juste pour renforcer leur transparence et mieux les encadrer.

D’abord par la suppression des taxes les plus inefficientes en matière de leur
rentabilité économique. Ensuite, par l’amélioration de l’information du parlement et
prévoir chaque année un vote du parlement sur l’ensemble des taxes parafiscales de
l’année dans le cadre du débat budgétaire. Cette étape doit être primordiale avant la mise
en place d’une taxe parafiscale ; c’est une exigence de transparence démocratique,
indispensable pour rendre légitime le cadre légal des taxes parafiscales.

Enfin, il faut rendre plus contraignantes les conditions de la création d’une taxe
affectée dans la mesure où la création d’une taxe parafiscale ne peut résulter que d’une loi
de finance25.

Aujourd’hui le Maroc a adopté deux mesures louables dans le but de rationnaliser


la parafiscalité. Il s’agit en premier d’une obligation pour les organismes affectataires le
remboursement de l’excédant issu du produit des taxes parafiscales au trésor, c’est ce
qu’on appelle les subventions remboursables.

Une seconde réforme en cours à l’issu des troisièmes Assises de la fiscalité, prévoit
de consolider l’ensemble des textes de la fiscalité en un Code Général de la Fiscalité, c’est-
à-dire intégrer la fiscalité, la parafiscalité et la fiscalité locale dans un seul code général des
impôts. Qui devrait faire l’objet d’une évaluation (efficacité budgétaire notamment), dans
le cadre des Loi de Finances conformément à la Loi Organique de Finances 26.

25 Disponible sur : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-


rendus/cion_fin/l15cion_fin1819043_compte-rendu.pdf (consulté le 20/03/2021).
26 ADAMA Sylla, le 24 mai 2019, « El Mehdi Fakir : Les taxes parafiscales sont méconnues du grand

public ». Disponible sur : https://www.challenge.ma/el-mehdi-fakir-les-taxes-parafiscales-sont-


meconnues-du-grand-public-109491/ (Consulté le 18/03/2021).
Page | 13
BIBLIOGRAPHIE

 OUVRAGES :

- Querol (F.), Raimbault (S.) et alii, Doctrines fiscales : à la redécouverte de grands


classiques, Editions L’Harmattan, 2007 ;

- Laferrière (J.) et Waline (M.), Traité de science et de législation financière, LGDJ,


1952.

 RAPPORTS :

- « La fiscalité affectée constats, enjeux et réformes », Rapport annuel du Conseil


des prélèvements obligatoires (CPO), France, juillet 2013, p. 100.

- « Les impôts affectées quelle légitimité », Rapport de l’Association pour la


Fondation Internationale de Finances Publiques (FONDAFIP), février 2013,
Paris
- Rapport sur l’exécution du Budget de l’Etat de l’année 2019, la Cour des
comptes, Septembre 2020 ; Disponible sur le site officiel de la Cour des compte
du royaume : www.courdescomptes.ma .

 WEBOGRAPHIE :

- ADAMA Sylla, le 24 mai 2019, « El Mehdi Fakir : Les taxes parafiscales sont
méconnues du grand public ». Disponible sur : https://www.challenge.ma/el-
mehdi-fakir-les-taxes-parafiscales-sont-meconnues-du-grand-public-109491/
[Consulté le 25/02/2021].
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-
rendus/cion_fin/l15cion_fin1819043_compte-rendu.pdf (consulté le
20/03/2021).
- https://www.assembleenationale.fr/dyn/15/comptesrendus/cion_fin/l15cion_
fin1819043_compte-rendu.pdf (Consulté le 20/03/2021).
- https://www.fipeco.fr/pdf/0.00035100%201526460323.pdf

Page | 14
- Mohamed AMINE, « Parafiscalité : un lieu non visité par les Assises de la
fiscalité », le 17 mai 2019. Disponible sur :
https://www.challenge.ma/parafiscalite-un-lieu-non-visite-par-les-assises-de-la-
fiscalite-109255/ [Consulté le 25/02/2021]
- Parafiscalité : une pierre dans la chaussure du PLF 2019. Disponible sur :
https://www.ecoactu.ma/parafscaliteplf/#:~:text=La%20parafiscalit%C3%A9
%20est%20d%C3%A9finie%20comme,un%20but%20%C3%A9conomique%2
0ou%20social. [Consulté le 02/03/2021].
- S. Es-siari, le Vendredi 07 Octobre 2016, Taxes parafiscales ou taxes affectées :
A quand la fin de l’opacité ? Disponible sur : https://fnh.ma/article/bourse-
finances/taxes-parafiscales-ou-taxes-affectees-a-quand-la-fin-de-l-opacite
[Consulté le 26 Février 2021].

Page | 15

Vous aimerez peut-être aussi