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L'EXEQUATUR DES

SENTENCES ARBITRALES
M2 – Master Sciences Juridiques

2020/2021
ENCADRÉ PAR: MME HAMDAI

Préparé: MMES ABBAS AHLAM & CHAQRI SOUAD


Plan

Introduction

I- Le régime juridique de l’exequatur

A. La procédure d’exequatur

B. L’étendue du contrôle du juge de l’exequatur

II- Organisation procédurale des voies de recours

A. Recours en annulation contre la sentence et ses effets

B. Voies de recours ouvertes contre l’ordonnance qui accorde ou

refuse la reconnaissance ou l’exequatur


Introduction
L'arbitrage est un mode de règlement de litiges en vertu duquel les parties choisissent un ou
plusieurs tiers, en nombre impair, indépendants et impartiaux pour trancher leur différend. On
déduit de cette définition, qu’il n’y a pas d’arbitrage sans accord des justiciables et que la
décision rendue par le tribunal arbitral s'impose à ces derniers. Depuis les années 1990, la
justice arbitrale a gagné en notoriété ; autrefois limitée aux conflits commerciaux ou
internationaux, elle concerne dorénavant la sphère non professionnelle en France, et
l'ensemble des questions patrimoniales en Suisse. La ratification croissante de la Convention
de New-York du 10 juin 1958 relative à l’exécution et à la reconnaissance des sentences
arbitrales étrangères confirme le grand rayonnement international de l'arbitrage. Il n'est donc
pas étonnant que certains pays africains, soucieux de moderniser leur droit des affaires lui
aient accordé une place de choix.
Une fois rendu, la sentence arbitrale acquiert l’autorité de la chose jugée relativement au
litige tranché, sauf exception1. L’esprit de l’arbitrage implique une exécution volontaire pour
que la procédure se déroule entièrement en dehors des juridictions étatiques ce qui lui assure
alors une confidentialité absolue. Mais l’exécution spontanée de la sentence ne peut pas
toujours être atteinte. Dans certains cas, il faut recourir à une exécution forcée. Mais avant d’étudier
ces deux formes d’exécution, il est nécessaire de s’interroger sur les pouvoirs du tribunal pour faciliter l’exécution de sa sentence.

En principe l’exécution de la sentence s’opère volontairement et spontanément par les parties,


car l’arbitrage est fondé avant tout sur l’accord de volonté des contractants. Cependant dans
certains cas la partie condamné refuse d’exécuter cette sentence ce qui oblige l’autre partie à
demander l’intervention des tribunaux de l’Etat et la saisine du juge qui peut être appelé à
intervenir, soit comme juge d’appui, par exemple, en cas d’incident dans la constitution du
tribunal arbitral, pour ordonner des mesures conservatoires, soit comme juge de l’exécution
ou de l’annulation des sentences arbitrales, de ce fait, le rôle du juge dans l’exécution se
limite au contrôle sommaire de la validité de la sentence arbitrale, et de la conformité de
celle-ci avec l’ordre public du pays où l’exécution a été sollicitée.
Le juge de l’exécution remplit cette fonction en sa qualité de représentant de l’autorité
suprême de l’Etat et non autant qu’autorité judicaire chargée de régler un litige judiciaire,
dans ce cas, l’ordonnance d’exequatur peut être qualifiée d’acte purement formel qui permet
au bénéficiaire de poursuivre l’exécution de la sentence arbitrale comme s’il s’agissait d’une
décision juridictionnelle et au besoin par le recours à la force publique.
Le soutien du juge (l’institution judiciaire) s’avère donc indispensable pour donner aux
sentences arbitrales leur force exécutoire. D’où l’intérêt de mettre la lumière sur le contrôle
post-arbitral que peut éventuellement effectuer la justice étatique sur les sentences arbitrales.
La sentence ne devient exécutoire qu’en recevant l’exequatur d’un juge étatique. Il convient
d’étudier l’ordonnance d’exequatur - trois questions se posent à ce sujet : qui est compétent
pour la prononcer?, selon quelles règles?-, et quelle est l’étendue du contrôle du juge de
l’exequatur? les recours contre les demandes d’ordonnance et les effets de l’ordonnance
d’exequatur.

1
Lorsqu’une personne de droit public est partie dans la convention d’arbitrage, la sentence n’acquiert pas
l’autorité de la chose jugée, l’exequatur est exclusivement accordée par le tribunal administratif.
Pour appréhender la nature de cette intervention de la justice publique dans l’exécution des
sentences arbitrales, il convient d’analyser sa portée. Une fois la sentence arbitrale rendue, le
juge étatique intervient doublement, soit pour en assurer la reconnaissance et l’exécution (le
régime juridique de l’exequatur) (I), soit pour faire face aux différentes voies de recours
contre la sentence (II).

I- Le régime juridique de l’exequatur


La majorité des sentences arbitrales sont exécutées spontanément par la partie perdante, sinon
l’arbitrage perdrait une grande partie de son intérêt, et les parties feraient mieux de s’adresser
à un tribunal étatique. Si l’exécution de la sentence n’est pas volontaire et s’il est besoin en
conséquence de recourir à une exécution forcée, la sentence est soumise à une procédure
judiciaire simple de contrôle : l’exequatur
Quand la partie perdante demeure encore solvable, il existe des dispositions législatives pour
faire exécuter la sentence(A) dont on va étudier la portée (B).

A- La procédure d’exequatur
En s’inspirant de la convention de NEW YORK du 10 juin 1958, pour la
reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères, le droit marocain comme le
droit français, ne se contente pas de prévoir un régime d’exequatur des sentences arbitrales, il
fixe également le régime de la reconnaissance de ces sentences.
La reconnaissance ne confère pas le caractère exécutoire de la sentence, il permet simplement
l’admission par l’ordre judiciaire de l’existence de la sentence et ne tend pas à l’exécution
forcée de la sentence.
En effet, dès son prononcé, la sentence arbitrale acquiert autorité de la chose jugée (art
327-26 al 1 du CPC), et doit être exécutée, sauf s’il s’agit d’une personne morale de droit
publique, auquel cas elle n’acquiert la force de la chose jugé qu’en vertu d’une ordonnance
d’exequatur rendue par le juge administratif (art 327-26 al 2 du CPC). Cependant si la
sentence arbitrale a les mêmes effets qu’une décision judiciaire, elle n’en a pas sa force
exécutoire (art 327-46 du CPC).
Si l’une des parties refuse d’exécuter spontanément la sentence arbitrale, celle-ci devra faire
l’objet d’une procédure d’exequatur devant le juge compétent.
L’article 327-31du CPC énonce que la sentence arbitrale n’est susceptible d’exécution forcée
qu’en vertu d’une décision d’exequatur.
La procédure d’exequatur est déclenchée par l’arbitre ou par la partie diligente (article 327-31
du CPC) et concerne aussi bien les sentences internationales rendues au Maroc que celles
rendues à l’étranger.
Toutefois, pour les sentences internationales rendues au Maroc, le juge territorialement
compétent pour connaître de la procédure de reconnaissance ou d’exequatur est le président
de la juridiction commerciale dans le ressort de laquelle la sentence a été rendue2. Alors qu’en

2
Cette disposition est conforme à la jurisprudence antérieure de la Cour Suprême marocaine. C. sup. Maroc, 17
juillet 2002, arrêt n° 1030, in Revue de la jurisprudence de la Cour Suprême, n° 62, p. 136 (en arabe).
France, elle se déroule en principe devant le juge de l'exécution du Tribunal de Grande
Instance dans le ressort duquel la sentence a été rendue3.
Lorsque le siège de l’arbitrage est situé à l’étranger, le juge marocain compétent est le
président de la juridiction commerciale dans le ressort de laquelle l’exécution doit avoir lieu
(art 327-46 du CPC).
Contrairement à l’arbitrage interne où la demande d’exéquatur doit être déposée dans les sept
jours francs suivant le prononcé de la sentence sous peine d’irrecevabilité (notons que le
tribunal arbitral doit délivrer une copie de la sentence arbitrale à chacune des parties dans un
délai de 7 jours à compter de son prononcé) art 327-27 du CPC. Les dispositions relatives à
l’arbitrage international n’exigent aucun délai pour le dépôt de la demande.
S’alignant sur les dispositions de l’article IV de la Convention de New York 4, la loi n° 08-05
prévoit que l’existence d’une sentence arbitrale est établie par la production de l’original
accompagné de la convention d’arbitrage ou des copies de ces documents réunissant les
conditions requises pour leur authenticité. Si ces pièces ne sont pas rédigées en langue arabe,
il doit être produit une traduction certifiée par un traducteur agrée auprès des juridictions.
Pour le reste, là aussi, la loi n’exige aucun formalisme particulier. Le juge de l’exequatur est
saisi par une simple requête accompagnée des documents susmentionnés. Le juge compétent
exerce un contrôle assez restreint et rend une ordonnance acceptant ou refusant l’exequatur. Il
ne peut aucunement examiner le fond de l’affaire.
C’est ainsi que la Cour suprême dans un arrêt du 19/01/2000, avait refusé un pourvoi en
cassation tendant à annuler un arrêt de la Cour d’appel de Casablanca ayant annulé une
décision du TPI de Ain Chock qui a refusé d’accorder l’exequatur à une sentence arbitrale
rendue par la chambre de commerce internationale dans le cadre d’un litige opposant une
entreprise marocaine à une autre belge, au motif qu’il n’est pas compétent pour accorder
l’exequatur en alléguant que cette compétence relève du président de la juridiction dont le
ressort de laquelle la sentence a été rendue. Ainsi la Cour d’appel a considéré qu’en matière
d’exécution des sentences arbitrales, la compétence relève du président du tribunal du lieu
d’exécution de la sentence5.
L’ordonnance qui accepte l’exequatur appose la formule « exequatur » sur la minute de la
sentence et n’a pas à être motivée (art 327-32 du CPC). Cette ordonnance n’est susceptible
d’aucun recours ; inversement, si l’exequatur est refusée, l’ordonnance doit être motivée,
dans ce cas la cour d’appel connait, à la demande des parties, des moyens que celles-ci

3
SQUALLI Abdelaziz, l’exécution des sentences arbitrales au Maroc, Revue de droit et d’économie N°20, 2003,
p.16.
4
« 1. Pour obtenir la reconnaissance et l'exécution visées à l'article précédent, la partie qui demande la
reconnaissance et l'exécution doit fournir, en même temps que la demande :
a) L'original dûment authentifié de la sentence ou une copie de cet original réunissant les conditions requises
pour son authenticité ;
b) L'original de la convention visée à l'article II, ou une copie réunissant les conditions requises pour son
authenticité.
2. Si ladite sentence ou ladite convention n'est pas rédigée dans une langue officielle du pays où la sentence est
invoquée, la partie qui demande la reconnaissance et l'exécution de la sentence aura à produire une traduction de
ces pièces dans cette langue. La traduction devra être certifiée par un traducteur officiel ou un traducteur juré ou
par un agent diplomatique ou consulaire. »
5
Arrêt n°60 du 19/01/2000, dossier n°98/709, Cour suprême.
auraient pu faire valoir contre la sentence arbitrale par la voie du recours en annulation (art
327-33 du CPC).
Le juge, avant d’ordonner l’exéquatur, dispose d’un pouvoir de contrôle sur la sentence
arbitrale, ce pouvoir demeure toutefois assez restreint.

B- L’étendue du contrôle du juge de l’exequatur


Le contrôle opéré par le juge ne peut en aucun cas procéder à une révision au fond de la
sentence d’ailleurs, comme l’exige les principes directeurs de la convention de New York, un
simple contrôle « prima facie » est concevable pour vérifier si la sentence est en conformité
avec les dispositions légales et conventionnelles.
En effet, les juges marocains ne peuvent ni modifier ni apprécier si la sentence est bonne ou
mauvaise, la délimitation du rôle du juge tend à ce qu’il n’outrepasse pas ses pouvoirs en
revenant sur le fond du litige jugé par le tribunal arbitral.
C’est ainsi que la Cour de cassation dans un arrêt du 08/03/2006 avait annulé un arrêt de la
Cour d’appel de Casablanca ayant considérée que l’interprétation des clauses d’un accord de
vente sous condition suspensive par l’arbitre dépasse ses attributions, ce qui est contraire à
l’ordre public.
Pour la Cour de cassation, la Cour d’appel a violé les dispositions des articles 306 et 321 du
CPC lorsqu’ elle a considéré que la sentence arbitrale interprétative des clauses de l’accord
conclu entre les parties est contraire à l’ordre public dans la mesure où il s’agissait d’un
contrat de vente sous condition suspensive et qu’il n y a pas eu d’accord définitif puisque le
titulaire d’option n’a pas levé l’option dans le délai convenu de fait, il n’en résulte aucun
engagement juridique entre les parties.
Cependant, en matière d’arbitrage interne lorsque la Cour d’appel annule la sentence
arbitrale, elle statue sur le fond dans les limites de la mission du tribunal arbitral, sauf si
l’annulation est prononcée pour absence de convention d’arbitrage ou par nullité de cette
convention (article 327-37 CPC). Or s’il est possible de distinguer les parties de la sentence
concernant les questions soumises à l’arbitrage de celles qui ne lui sont pas soumises,
l’annulation ne porte que sur ces dernières (ce cas de figure n’est pas prévu en arbitrage
international).
D’autre part, l’exequatur sera refusé si la partie à l’encontre de laquelle la sentence est
invoquée fournit la preuve que cette dernière est annulée dans son pays d’origine, en vertu de
l’article 327-46 du CPC : « les sentences arbitrales internationales sont reconnues au Maroc
si leur existence est établie par celui qui s’en prévaut […] ». Or, une sentence arbitrale
annulée dans le pays où elle a été rendue par une juridiction étatique en application de la loi
de ce pays est une sentence qui ne saurait produire quelconque effet dans ledit pays dans la
mesure où elle n’existe plus.
Aux garanties offertes par la justice étatique en vue d’assurer l’exécution de la sentence
arbitrale, s’ajoutent d’autres mécanismes juridiques destinés à offrir plus de garanties et à
préserver encore plus les droits des parties. Il s’agit en effet des différentes voies de recours
dont la sentence arbitrale ou l’ordonnance d’exequatur, peut faire l’objet.

II- Organisation procédurale des voies de recours


Quand les parties conviennent à soumettre leurs litiges à l’arbitrage ils cherchent un
mode de règlement des différends souple relativement rapide adapté à leur besoin, échappant
aux contraintes de la procédure judiciaire, mais cela ne veut pas dire qu’ils troqueront sûreté
contre rapidité. Il faut donc leur permettre de résoudre leurs différends à l’écart des tribunaux
étatiques tout en les protégeant des dérapages de la justice privée.
En d’autres termes, leur offrir des voies de recours contre les sentences arbitrales. Ces
procédures changent d’un pays à un autre. Au Maroc, le législateur distingue d’une part entre
les voies de recours contre la sentence arbitrale(A) et les voies de recours contre les
ordonnances d’exequatur (B).

A- Recours en annulation contre la sentence


A l’évidence, la loi 08-05 relative à l’arbitrage et la médiation se préoccupe du
recours en annulation ouvert devant les juridictions marocaines à l’encontre de certaines
sentences arbitrales. En effet, la sentence arbitrale interne n’est susceptible d’aucun recours,
il peut faire seulement l’objet d’une demande en rétraction (art 327-34 du CPC),
conformément aux dispositions de l’article 402 CPC, devant la juridiction qui aurait connu de
l’affaire s’il n’y avait pas eu de convention d’arbitrage.
En ce qui concerne l’opposabilité de la sentence aux tiers, les sentences arbitrales même
assorties de la décision d’exequatur, ne sont pas opposables aux tiers qui peuvent, toutefois,
faire tierce opposition dans les conditions prévues par les articles 303 à 305 devant la
juridiction qui aurait connu de l’affaire s’il n’y avait pas eu de convention d’arbitrage (art
327-35 du CPC).
Ceci dit, parmi les apports de la loi 08-05 -relative à l’arbitrage et la médiation- est que les
sentences arbitrales peuvent faire l’objet d’un recours en annulation dans les formes
ordinaires devant la Cour d’appel dans le ressort de laquelle elles ont été rendues, ladite
réforme concrétise la reconnaissance du droit des justiciables de recourir à la justice. Ce
recours est recevable dès le prononcé de la sentence mais il cesse de l’être s’il n’a pas été
exercé dans les 15 jours de la notification de la sentence revêtue de l’exequatur.
Toutefois, les conditions ainsi que les effets de l’exercice de ce recours sont prévus par la
même loi.
- Les cas d’ouverture du recours en annulation de la sentence interne et
internationale
Le recours en annulation de la sentence internationale n’est ouvert que dans les
suivants :
1- S’il a été statué en l’absence de convention d’arbitrage, sur convention nulle ou
après expiration du délai d’arbitrage ;
2- Si le tribunal arbitral a été irrégulièrement composé, l’arbitre unique
irrégulièrement désigné ou la convention des parties non respectée ;
3- Si le tribunal arbitral a statué sans se conformer à la mission qui lui avait été
conférée, a statué sir des questions n’entrant pas dans le cadre de l’arbitrage ou a
méconnu les limites de la convention. Cependant, s’il est possible de distinguer les
parties de la sentence concernant les questions soumises à l’arbitrage de celles qui
ne lui sont pas soumises, l’annulation ne porte que sur ces dernières ;
4- Lorsque l’une des parties n’a pas été en mesure d’assurer sa défense du fait qu’elle
n’a pas été valablement informée de la désignation d’un arbitre, des procédures
d’arbitrage ou pour toute autre raison relative au devoir du respect des droits de la
défense ;
5- Si la sentence arbitrale est rendue en violation d’une règle d’ordre public  interne
et international;
Pour ce qui est de l’arbitrage interne en plus des conditions ci-dessus il faut ajouter
les deux autres cas suivant :
6- Dans le cas de non-respect des formalités de procédure convenues entre les
parties ou de non application d’une loi devant être appliquée d’un commun
accord entre elles à l’objet du litige.
7- Lorsque les dispositions des articles 327-23 alinéa 2, 327-24 concernant les noms
des arbitres et la date de la sentence et 327-25 n’ont pas été observées ;

- Les effets du recours en annulation


En cas d’admission, la sentence internationale est annulée sans que la juridiction ne puisse
statuer sur le fond du litige.
Cependant en matière d’arbitrage interne, la cour d’appel statut sur le fond dans les limites
de la mission du tribunal arbitral (art 327-27 du CPC). En cas de rejet, la décision vaut
exequatur de la sentence arbitrale.
Par ailleurs, le recours en annulation formé contre la sentence s’étend systématiquement à
l’ordonnance ayant accordé l’exequatur. Si le juge de l’exequatur n’a pas encore statué, il a
l’obligation de se dessaisir immédiatement sous peine de rendre une ordonnance nulle.
Le délai pour exercer le recours ainsi que le recours exercé dans le délai suspend l’exécution
de la sentence arbitrale interne et internationale, à moins que celle-ci ne soit assortie de
l’exécution provisoire
A côté du recours en annulation de la sentence arbitrale, il y a aussi les voies de recours
contre l’ordonnance refusant ou ordonnant la reconnaissance ou l’exequatur de la sentence.

B- Voies de recours ouvertes contre l’ordonnance qui accorde ou refuse la


reconnaissance ou l’exequatur
Le régime des voies de recours à l’encontre de la décision qui se prononce sur la
reconnaissance ou la demande d’exequatur diffère selon que la décision refuse ou accorde la
reconnaissance.
- Appel de la décision qui refuse la reconnaissance ou l’exequatur
Aux termes de l’article 327-48 de la loi sur l’arbitrage international et l’article 327-33
sur l’arbitrage interne, « l’ordonnance qui refuse la reconnaissance ou l’exequatur est
susceptible d’appel ».
Que la demande d’appel soit formée contre l’ordonnance qui accorde ou refuse la
reconnaissance et l’exécution de la sentence arbitrale internationale ou nationale, elle doit
être portée devant la cour d'appel territorialement compétente à raison du siège de la
juridiction dont relève le président du tribunal ayant rendu l’ordonnance attaquée, laquelle
cour statue selon la procédure d’urgence. L’appel est formé dans le délai de quinze jours à
compter de la notification de l’ordonnance.
C’est la même procédure en droit français : « le recours contre cette décision doit être porté
devant la Cour d’appel dont relève le juge qui a statué »6. Cependant il doit être formé dans
le délai d’un mois à compter de la signification de la décision.
Sur cette question, le Professeur Fouchard formule des observations pertinentes. Il démontre
que la décision de refus de reconnaissance ou d’exécution étant, par hypothèse, prise à l’issue
d’une procédure non contradictoire, seul le requérant aurait connaissance et qu’il ne
procéderait pas lui-même à la signification d’une telle décision. Il en résulte qu’en pratique,
l’appel n’est, dans ces cas, limité par aucun délai. Le fait que le recours ait un effet suspensif
comme le précise l’article 1504 du CPC français, n’a en l’occurrence aucune portée, la
sentence s’étant par définition, vu refusée, la reconnaissance ou l’exécution7.
Ceci dit quid de l’appel de la décision accordant la reconnaissance ou l’exequatur ?
- Appel de la décision qui accorde la reconnaissance ou l’exequatur
En matière d’arbitrage interne l’ordonnance qui accorde la reconnaissance ou
l’exequatur n’est susceptible d’aucun recours8
Cependant en matière d’arbitrage international législateur marocain, a limité les cas
d’appel à l’encontre de l’ordonnance qui accorde la reconnaissance ou l’exécution.
Ainsi, le requérant peut faire appel si :
1- Le tribunal arbitral a statué sans convention d’arbitrage ou sur convention nulle
ou après expiration du délai d’arbitrage : Il appartient à la partie qui s’oppose à la
reconnaissance ou à l’exéquatur d’une sentence arbitrale de prouver que la convention
d’arbitrage n’est pas valable soit en mettant en doute la validité formelle de celle-ci,
soit sa validité matérielle.
2- Le tribunal arbitral a été irrégulièrement composé ou l’arbitre unique
irrégulièrement désigné : Le juge doit ici vérifier si le choix exprimé par les parties,
directement en choisissant leurs arbitres ou indirectement en se référant à un
règlement d’arbitrage ou à une loi de procédure, a été respecté

6
L’article 1503 du nouveau code de procédure civile français.
7
GOLDMAN Berthold, FOUCHARD Philippe, Gaillard Emmanuel, Traité de l'arbitrage commercial
international, Paris : Litec, 1996, p :914
8
Art 327-32
3- Le tribunal arbitral a statué sans se confronter à la mission qui lui avait été
conférée : Les arbitres doivent respecter leur mission tant au niveau de l’étendue de
celle-ci qu’au niveau des règles applicables aussi bien à la procédure qu’au fond. 
4- Lorsque les droits de la défense n’ont pas été respectés : Chaque partie doit
disposer d’un délai suffisant pour répondre aux arguments, moyens et prétentions de
son adversaire.
5- La reconnaissance ou l’exécution sont contraires à l’ordre public international
ou national.
Selon les prescriptions du dernier article, le Maroc accorde une grande importance à l’ordre
public dans l’appel à l’encontre des sentences rendues par les institutions arbitrales et ce en
insistant sur l’ordre public international et national.
Même si la notion d’ordre public reste vague, la position du législateur marocain se
comprend dans la mesure où le Maroc veut s’aligner avec les autres Etats en matière
d’arbitrage.
En droit français, les voies de recours ouvertes contre la décision de reconnaissance ou
d’exequatur dépendent de la question de savoir si l’on se trouve ou non en présence d’une
sentence rendue en France. Lorsque la sentence a été rendue à l’étranger, l’ordonnance de
reconnaissance ou d’exequatur est susceptible d’appel. L’article 1502 du CPC français
dispose en effet sans restrictions analogues à celle de l’article 1504 du CPC français pour les
sentences rendues en France que : « l’appel de la décision qui accorde la reconnaissance ou
l’exécution est ouvert dans cinq cas que ce texte détermine avec précision »9.
Lorsqu’on se trouve en présence d’une sentence rendue en France, l’ordonnance qui accorde
l’exécution de cette sentence n’est susceptible d’aucun recours. Cette règle a pour but de
simplifier le régime des voies de recours. Quant à l’étendue du contrôle exercé par la Cour
d’appel, il est alors rigoureusement identique à celui qui s’applique, à travers l’appel qui est
formé à l’encontre de la décision de reconnaissance ou d’exequatur aux sentences rendues à
l’étranger10.
Quant au droit marocain, le législateur s’est exprimé sur le seul cas où la sentence est rendue
au Maroc en matière d’arbitrage international en précisant que l’ordonnance qui accorde
l’exécution de cette sentence n’est susceptible d’aucun recours, et ce sans avoir à se
prononcer sur le cas où la sentence est rendue à l’étranger.

9
Philipe FOUCHARD&Al, op.cit., p :917
10
Philipe FOUCHARD&Al, op.cit., p :918
Bibliographie

GOLDMAN Berthold, FOUCHARD Philippe, Gaillard Emmanuel, Traité de l'arbitrage


commercial international, Paris : Litec, 1996
POMIÈS, Olivier. Dictionnaire de l'arbitrage. Collection Didact Droit, Presses Universitaires
Rennes, 2011
JANATI-IDRISSI, Abdelhaq.L’intervention juge en amont et en aval de la sentence
arbitrale. REMARC (Revue marocaine des contentieux), n°5-6, 2007.
SQUALLI Abdelaziz, l’exécution des sentences arbitrales au Maroc, Revue de droit et
d’économie N°20, 2003.

2005 - 63 ‫ العدد‬،‫مجلة قضاء المجلس األعلى‬

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