Vous êtes sur la page 1sur 15

ÉGALITÉ ET FRATERNITÉ, LE CAS DE JOSEPH

Isabelle Cohen

In Press | « Pardès »

2013/2 N° 54 | pages 121 à 134


ISSN 0295-5652
ISBN 9782848352800
DOI 10.3917/parde.054.0121
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
https://www.cairn.info/revue-pardes-2013-2-page-121.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour In Press.


© In Press. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.

Powered by TCPDF (www.tcpdf.org)


Égalité et fraternité, le cas de Joseph
Isabelle Cohen

E n hébreu, comme en français, le terme « égal » (aequalis, shavé)


renvoie à la notion d’identité de valeur réputée garantir l’identité de
prérogatives. En hébreu, comme en français, le mot « frère » (frater, ah’1)
désigne un lien de sang ou d’alliance. En effet, selon Hirsch 2, ikha signifie
« raccommoder, relier » au sens de la sociabilité (akhou étant la « prairie »
définie comme un tissu d’herbes, c’est-à-dire de plantes n’apparaissant
pas isolément), de même que la racine du vocable « société » est socius,
l’allié dans un combat commun. Enfin, en hébreu comme en français,
la racine du mot « famille » désigne la condition d’esclave (famulus et
shifka – la servante – pour mishhpakbah, la famille), c’est-à-dire tous
ceux vivant sous le même toit, attachés à la maison du chef de famille et,
donc, au service de son projet.
Ces convergences étymologiques expliquent que la suspicion de subir,
à l’intérieur du projet paternel, un lèse de valeur puis de prérogative
soit presque inévitable. À cet égard, l’histoire de Joseph et de ses frères
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


constitue le récit emblématique d’un lien de fraternité à raccommoder.
À quelles conditions les grands commentateurs juifs considèrent-ils que
le lien de fraternité puisse être vu comme une source de manques, comme
une cause de dégradation de l’image de soi ou, pire, comme une entrave
à l’émergence de soi comme sujet ? Estiment-ils que le lien existant entre
Joseph et ses frères ait finalement été réparé ? Comment transposent-ils
cette réflexion dans l’horizon métaphysique ? En d’autres termes, le lien
fraternel entre les individus, mais aussi entre les peuples, est-il toujours
par définition à raccommoder et comment cela est-il possible ?

LA PART SPIRITUELLE
Si Joseph semble mettre à mal l’unité familiale au profit de la construc-
tion d’une relation de fraternité avec le monde extérieur, c’est sans doute
pour mieux fonder la fraternité d’Israël.

PA R D È S N °  5 4  121
Isabelle Cohen

En effet, la part spirituelle de Joseph semble s’accomplir au mépris de


celle de ses frères.
La part spirituelle d’un individu peut être définie comme ce qu’il est
le seul à pouvoir apporter de bon au monde. Il s’agit de sa meilleure part.
Dans ce domaine, la tradition juive infirme toute idée d’interchangeabilité
entre les êtres. Or, il apparaît que Joseph prolonge la part de Jacob, son
père, comme en témoignent de nombreuses ressemblances 3. Leur condition
et leur destin les rapprochent : leurs mères sont stériles ; ils exercent la
fonction de berger, vivent dans l’opulence, suscitent la jalousie fraternelle,
subissent l’exil et connaissent des années de labeur avant d’atteindre le
bonheur. Leur ressemblance concerne également leur physique : ils ont le
même visage, car une même beauté d’âme 4 renvoie à une même sagesse 5.
Ces ressemblances apparaissent comme autant d’aptitudes ou d’instruments
indispensables à la réalisation de leur vocation. C’est la raison pour laquelle
il est légitime qu’ils soient reçus en héritage, qu’il s’agisse de legs de nature
matérielle ou spirituelle 6.
De la même façon, la part spirituelle de Jacob prolonge celle d’Abraham.
En effet, c’est la vente de Joseph en Égypte qui permet les quatre
cents années du séjour des Hébreux en Égypte annoncées à Abraham
(Gen 15 : 13) après la promesse d’une descendance nombreuse et de la
possession de la terre de Canaan. Or, dans la mesure où la comparaison
de la postérité d’Abraham avec les étoiles du ciel apparaît pour la première
fois dans ce passage, on peut interpréter le deuxième rêve de Joseph, qui
assimile ses onze frères à des étoiles, comme annonçant l’imminence de
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


l’exil 7. Cependant, c’est Jacob qui aurait dû descendre enchaîné en Égypte.
Dieu, considérant cette idée comme insupportable, y envoie Joseph, afin
que ce dernier contraigne son père à le rejoindre 8.
En quoi consiste la part spirituelle de Joseph ? En sa qualité de fils
de Rachel, caractérisée par son extrême beauté, Joseph relève du monde
révélé mais, comme fils de Jacob, dont la valeur caractéristique est la vérité
(émeth), il s’agit de la vérité comprise comme l’absence de contradiction
interne ou harmonie (tifereth) 9. Ainsi, en digne fils de Rachel, il devient
vice-roi, nourrisseur de peuples, et fonde la lignée de Josué, le conquérant.
Comme fils de Jacob, il incarne la figure du juste (tsaddik), caractérisée par
la droiture, présentée comme fille de la vérité, dans l’arbre séphirotique,
comme le montre sa loyauté envers son maître, Putiphar. L’union dont il est
le fruit lui permet donc de faire intervenir la droiture dans le monde révélé.
Toutefois, le but ultime de Joseph consiste à donner au monde de
l’exil la conscience du Dieu unique. En effet, la notion d’exil renvoie

122 PA R D È S N °   5 4
Égalité et fraternité, le cas de Joseph

essentiellement à celle de l’esprit, fermé à la conscience de la présence


divine. Les vaches grasses symboliseraient le temps où la sainteté apparaît
à l’homme et il convient alors d’en constituer des réserves 10. Ainsi, en
réponse à l’émerveillement des Égyptiens que suscite son action, Joseph
n’a que le nom de Dieu à la bouche 11. Il leur apprend qui est le vrai Dieu,
allant jusqu’à les circoncire 12, car on ne peut profiter des mérites d’un
tsaddik que si l’on possède soi-même un trait quelconque de ressemblance
avec lui, même extérieur. Or, la droiture de Joseph se manifeste dans sa
pureté sexuelle, l’arbre des sephiroth le présentant, d’ailleurs, comme l’axe
vertical du « fondement » (ou yessod). Ainsi, la part spirituelle de Joseph
semble résider dans l’accomplissement de la sanctification du nom de Dieu
dans le monde révélé.

LES ENTRAVES DE JOSEPH


À quels obstacles intérieurs se heurte-t-il pour réaliser sa part spiri-
tuelle ? Autrement dit, quelle est sa souffrance ? De quel conflit est-il le
lieu ? En effet, la tradition juive propose, schématiquement, deux grandes
explications de la souffrance individuelle. Afin que l’équilibre cosmique
soit assuré, elle peut constituer une réponse à une violence exercée sur le
monde par un homme ordinaire. Il ne s’agit pas d’une punition, mais, par
un dispositif complexe, de pallier son altération. Pour ce qui concerne les
justes, que la pulsion de mort, par définition, ne peut traverser, le Talmud 13
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


enseigne que la souffrance signale le caractère incomplet de la réalisation
de la vertu complémentaire à leur qualité principale, ce qui a pour effet de
les empêcher d’accéder au niveau le plus élevé auquel ils puissent prétendre.
Tout se passe comme s’ils étaient retenus d’occuper pleinement leur place.
Ces souffrances relèvent de la catégorie des « souffrances d’amour », non
pas en vertu de l’adage selon lequel « Qui aime bien, châtie bien », mais
si l’on considère 14 que l’étymologie du verbe aimer en hébreu (ahav)
signifie « aspirer à être le plus proche possible », alors il apparaît que ces
souffrances permettent de se tenir au plus près de Dieu, c’est-à-dire aussi
de notre part divine propre.
Or, Joseph est qualifié de juste par le Zohar. À ce titre, il est caractérisé
par deux aptitudes fondamentales, propres à l’accomplissement de sa
tâche consistant en l’avènement, selon le Zohar, du « jugement équilibré »
(mishpat) 15. La première consiste non seulement à savoir s’appuyer
sur le bien pour le faire grandir, mais encore à transformer le mal en

PA R D È S N °  5 4  123
Isabelle Cohen

bien 16. La deuxième aptitude du juste s’apparente presque à une fonction,


puisqu’elle réside dans sa capacité à plaider pour Israël auprès de Dieu.
La principale entrave de Joseph consiste, précisément, dans le fait
qu’il a parlé en mal de ses frères à leur père. Il aurait donc été écarté en
Égypte pour avoir menacé gravement l’unité familiale 17. En effet, s’il était
resté avec son père, celui-ci aurait peut-être totalement rejeté les tribus.
D’ailleurs, Joseph est affecté (et non pas « puni ») en liaison exacte avec
les trois accusations qu’il a lancées contre ses frères 18. Selon le verset 37 :
2 (« Joseph rapportait leurs propos de façon désobligeante à leur père 19 »).
Rashi explique qu’il rapporte ce qu’il voit de mal chez les fils de Léa. Ainsi,
il lance contre eux les trois accusations suivantes : ils mangent de la viande
arrachée à un animal vivant ; ils humilient les enfants des servantes en les
traitant d’esclaves ; enfin, Joseph les soupçonne de se livrer à des actes de
débauche. Une triple réponse symétrique est apportée à sa destructivité :
ses frères égorgent un chevreau (qu’ils ne mangent, d’ailleurs, pas vivant)
dans le sang duquel sa tunique est trempée ; Joseph est lui-même vendu
comme esclave ; il doit résister aux avances de la femme de Putiphar.
Les péricopes consacrées à la vie de Joseph relatent l’éducation d’un
tsaddik et visent, tout particulièrement, à enseigner à bien parler d’autrui,
c’est-à-dire à voir le bien en lui, autrement dit, ses mérites avant toute
chose. Le but de cette initiation est de redresser la parole de Joseph. C’est
à ce prix qu’il pourra pleinement jouer son rôle de tsaddik, c’est-à-dire
devenir un pilier du monde, permettant, comme le montre le Zohar, l’union
entre la communauté d’Israël elle-même unifiée et les mondes supérieurs.
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


En créant le monde, Dieu s’est écrié : « Pourvu qu’il tienne 20 ! »
C’est la relation en miroir entre Joseph et ses frères qui, dans sa crudité,
va permettre à Joseph de se tenir droit et à l’histoire du monde de se
poursuivre.

LA JALOUSIE DES FRÈRES


En effet, la part spirituelle de Joseph semble s’accomplir au mépris
de celle de ses frères, comme en témoigne leur expérience successive de
haine et de jalousie.
Selon le verset 37 : 4, l’expérience de la haine constitue la réaction
symétrique à la manifestation excessive de l’amour de Jacob pour Joseph :
« Ils virent que Jacob aimait leur frère plus que tous les autres et le
haïrent. » L’étymologie proposée par Hirsch à propos de l’épisode de la

124 PA R D È S N °   5 4
Égalité et fraternité, le cas de Joseph

ligature d’Isaac éclaire cette symétrie, dans la mesure où la racine AHV


serait à rapprocher des racines HV, HBH ou YHV qui signifient « aspirer
à un rapprochement continuel », tandis que SN’ (« haïr »), renverrait
phonologiquement à la racine SN’ 21 signifiant « être épineux », supposant,
a contrario, l’aspiration à se tenir le plus loin possible, jusqu’à celle de
l’anéantissement.
La cause profonde de la haine des frères réside sans doute dans la
crainte d’être rejeté des engendrements 22, comme le montre la syntaxe
du verset 37 : 2 proposée par Léon Ashkenazi : « Voici les engendrements
de Jacob, Joseph âgé de dix-sept ans […] » Or, Joseph est le fils préféré
de Jacob et le fils de l’amour (verset 29 : 18 : « Jacob aimait Rachel »).
Mais ce fils préféré est, précisément, celui qui ternit leur image auprès de
leur père. La syntaxe du verset 37 : 4 fait ressortir le pronom personnel
complément d’objet direct oto antéposé dans la subordonnée, conduisant
Hirsch à traduire ainsi : « Ils virent que c’était précisément le préféré qui
leur attirait des reproches ». Toutefois, il convient de noter que les frères
luttent contre la haine qu’ils sentent naître en eux en tentant d’empêcher
Joseph de raconter son premier rêve 23, mais il passe outre.
Cela explique le double mépris dont ils se sentent l’objet, celui du frère
donnant sens à la réserve du père. En effet, la deuxième occurrence du
verbe « haïr » intervient après le récit du rêve des gerbes, au verset 37, 8 :
« Deviendrais-tu notre maître ? Et ils le haïrent encore plus pour ses rêves
et pour ses propos ». Autrement dit, ils le haïssent aussi pour ce qu’il a
dit de ses rêves 24, pensant que ces derniers trahissent son aspiration
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


profonde 25. Or, l’hébreu et le français renvoient à une même étymologie
du vocable « mépris ». « Mes-estimer » signifie « ne pas estimer à sa juste
valeur » et la racine baz, « piller », c’est-à-dire retirer à quelqu’un ce qui
lui revient. Ce qui empoisonne la relation de fraternité est sans doute le
sentiment que la même valeur n’est pas accordée à tous. D’ailleurs, la
stricte application de la règle que l’on peut traduire par « mesure pour
“mesure” » 26 confirme cette hypothèse, puisque Joseph devient esclave,
dans une Égypte méprisante pour les étrangers en général et les Hébreux,
tout particulièrement.
Les frères de Joseph font, dans un second temps, l’expérience de la
jalousie, suscitée par la domination politique programmée de leur frère,
mais aussi par l’annonce de sa domination métaphysique. Le rêve des astres
se prosternant devant Joseph 27 transforme la haine due au favoritisme
paternel en jalousie, puisque le verbe qanah 28 suivi de la préposition bé et
habituellement traduit par « jalouser », signifierait étymologiquement « se

PA R D È S N °  5 4  125
Isabelle Cohen

sentir menacé dans ses droits » 29. D’ailleurs, le verset suivant concernerait
moins les troupeaux que les frères mènent paître à Sichem qu’eux-mêmes
allant y ruminer 30. Le lieu même de Sichem est symboliquement chargé
de violence, puisqu’il est le théâtre du viol de leur sœur Dinah, ainsi que
celui du schisme du royaume de Salomon. C’est ce qui conduit à lire
le verset 37 : 17 non pas littéralement (« Ils sont partis »), mais au sens
figuré 31 : « Les frères se sont départis de tout sentiment de fraternité », au
point, au verset 37 : 8 (traditionnellement traduit par « Ils complotèrent de
le faire mourir »), de « s’armer de prétextes pour le faire mourir », Rashi 32
rappelant que la racine du verbe vayitnakhlou est le nom nekhalim,
c’est-à-dire « prétextes ». Les frères adopteraient donc une démarche
de pseudo-rationalisation pour décider de le tuer. Peut-être sentent-ils
également les germes d’une lointaine domination politique illégitime,
Joseph, bien que lui-même innocent, portant les graines de son descendant,
Jéroboam, artisan de la rébellion contre Judah 33. Or, selon le Talmud 34,
disputer la dynastie davidique revient à disputer l’autorité de la présence
divine, c’est-à-dire à se rebeller contre Dieu. Les frères considèrent ainsi
que Dieu est avec eux.
Toutefois, derrière cette domination politique, les frères sentent l’an-
nonce d’une domination de type métaphysique, l’exercice de la royauté
terrestre préparant la rédemption. Ce type de jalousie correspond à celle
que Jacob inspire à Esaü. En effet, ce dernier sait que le but de la création,
autrement dit la rédemption, sera atteint grâce à Jacob 35. De même, Jacob
sait que la destinée d’Israël passe par Joseph : au verset 37 : 11, après le
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


second rêve, il est dit que « Jacob garda la chose », c’est-à-dire l’espoir
de son accomplissement 36. D’ailleurs, Jacob n’assimile pas la nouvelle
de la mort de Joseph et croit d’emblée à l’annonce des retrouvailles 37.
Deux allusions à peine voilées à la rédemption sont soulignées par les
commentateurs. Si le verset 46 : 5 mentionne tout d’abord « Israël », puis
« Jacob » (« Les enfants d’Israël firent monter Jacob, leur père, en Égypte »),
c’est sans doute pour faire entendre la racine ‘qv 38, renvoyant au « talon
des temps », c’est-à-dire à leur fin, l’intensité de la joie des retrouvailles
donnant à Jacob un avant-goût de la venue du messie 39. D’autre part, en
prononçant sa bénédiction finale 40 Jacob voudrait révéler à ses fils la fin
des temps pour les aider à supporter l’exil, comme l’indique l’expression
ah’arith hayamim.
Pourtant, cette domination de Joseph est interprétée par les commen-
tateurs comme lui étant imposée 41 : les gerbes du premier rêve de Joseph
agissent malgré lui, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle de ses frères ;

126 PA R D È S N °   5 4
Égalité et fraternité, le cas de Joseph

Joseph obéit à l’ordre que lui donne son père de se rendre à Sichem, malgré
l’imprécision de sa mission, car il ignore toute volonté de puissance.
Ainsi, le détour par le rêve de fraternité externe apparaît, paradoxale-
ment, comme indispensable à la fondation du peuple juif.

LE MÉPRIS DE L’EXIL
La mise à mal de l’unité familiale au profit de la construction d’une
relation de fraternité avec le monde extérieur semble avoir pour but ultime
de mieux fonder la fraternité d’Israël. Il s’agit non seulement de sortir du
mépris de l’exil, mais encore de dissiper le malentendu du mépris fratricide.
La sortie du mépris de l’exil suppose de cerner les limites de la fraternité
externe et de mettre en œuvre le transfert de souveraineté de Joseph à
Juda. Le véritable objet de la querelle existant entre Joseph et ses frères
réside peut-être dans les doutes que l’histoire personnelle de ces derniers
ne peut que les conduire à formuler à propos de la possibilité même de la
messianité externe 42. En effet, les rêves de Joseph adolescent 43 consistent
à nourrir la terre en temps de famine et à éclairer le monde. Il s’agit donc
bien de la dimension externe de la messianité d’Israël, désignée en hébreu
par la notion de or lagoyim (« lumière pour les nations »). Or, les frères,
déjà adultes lorsque Joseph leur raconte ses rêves, ne peuvent qu’être
dubitatifs car ils avaient connu l’échec de cette tentative faite par Jacob
chez Laban. Eux, à l’inverse, sont les héros du retour sur la terre des
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


Hébreux, en réaction, précisément, à cet échec de la messianité externe.
Ils semblent ainsi condamner Joseph à sa vocation, pour qu’il fasse la
preuve de la pertinence de son idéal. Leurs doutes seront confirmés par
l’échec de l’entreprise de Joseph, que constitue l’esclavage des Hébreux
en Égypte, corrigé par la figure de Moïse, quand l’Égypte, au service de
laquelle Joseph avait attiré tout Israël, arrivera à saturation de violence.
Non seulement la mission de « lumière pour les nations » échoue, mais
cette expérience renvoie à Israël une image avilie de lui-même.
Le premier défi consiste à neutraliser le mépris atavique de l’Égypte,
fière de sa science et de sa sagesse, pour tout étranger et pour Israël, en
particulier. C’est ainsi que, spontanément, Joseph s’emploie à éviter l’humi-
liation de ses frères lors de leurs retrouvailles devant les Égyptiens 44. Il fait
sortir ces derniers au moment où il se fait reconnaître par ses frères 45. De
la même façon, sous couvert de concrétiser la planification économique
nécessitant la nationalisation des terres, il décrète la mesure de transfert

PA R D È S N °  5 4  127
Isabelle Cohen

des populations des villes 46. Elle a pour effet d’empêcher tout égyptien
de considérer les nouveaux arrivants de la famille de Jacob avec mépris,
eux-mêmes ne se trouvant plus sur leur propre terre 47.
Le deuxième défi consiste à jeter hors de soi le mépris des Égyptiens, ce
qui constitue une définition efficace de la sortie d’Égypte, quelle que soit
l’époque concernée 48. Il s’agit là de la principale difficulté de l’exil d’Israël.
C’est sous l’effet de ce mépris qu’Israël tombe à la quarante-neuvième
porte d‘impureté, car être méprisé peut empêcher tout progrès spirituel.
Sortir d’Égypte équivaudrait à prendre la liberté de reconnaître sa propre
valeur comme peuple d‘Israël.
Ainsi, à partir de l’expérience emblématique de l’exil d’Égypte, l’exil
pourrait être défini, in fine, comme être en exil de soi.
La conséquence concrète de la sortie collective de l’exil intérieur
consiste en ce transfert de souveraineté de Joseph à Juda. Le but de l’ins-
tallation de Jacob en Égypte réside dans la constitution d’Israël en peuple,
autrement dit dans l’avènement de la fraternité intérieure ; en effet, une
autre façon d’expliquer la transformation d’Israël en Jacob au verset 46 : 5 49
consiste à souligner qu’il s’agit de la première occurrence de l’expression
« enfants d’Israël », car il convient qu’ils forment, désormais, un peuple
digne de ce nom, c’est-à-dire, à l’instar de Jacob lors de son combat au gué
du Jabboq, capable de lutter contre les hommes et les puissance célestes
qui s’y opposent.
En définitive, quel est l’enjeu d’une fraternité réussie ? Toute la Genèse
peut être rapportée à une « recherche en fraternité » 50, mise en échec
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


d’Adam à Abraham, le mot « frère » disparaissant de la Bible hébraïque
après la mort d’Abel, du fait de la disparition de cette réalité du monde et
réapparaissant avec Abraham. D’Abraham à Esaü, les frères se séparent,
mais il n’y a pas meurtre, ce qui constitue un progrès. Ainsi, Abraham
considère son neveu, Loth, comme « son frère », mais ce dernier représente
le type du faux-frère, puisqu’il s’installe à Sodome et Gomorrhe, entraînant
la rupture de l’alliance. Isaac et Ishmaël, d’une part, Jacob et Esaü, de
l’autre, se séparent, la résolution de la question étant renvoyée à la fin des
temps, ce qui met en lumière le caractère eschatologique de son enjeu.
L’effet de la sortie d’Égypte consiste, précisément, dans le passage de
la figure de Joseph à celle de Juda, comme le rappelle le psaume 114, 1-2 :
« Quand Israël sortit d’Égypte, la maison de Jacob du milieu d’un peuple
à la langue étrangère, Juda devint son sanctuaire » 51. Joseph représente
la vice-royauté préparant la royauté, autrement dit le passage de la souve-
raineté exercée pour le compte d’autrui à la souveraineté d’Israël, ou bien

128 PA R D È S N °   5 4
Égalité et fraternité, le cas de Joseph

encore le passage de la vocation de lumière pour les nations à l’émergence


d’Israël comme sujet de sa propre histoire.
Ce mouvement est aussi celui du passage de la messianité dans sa
double dimension. Si Juda est le père de la lignée messianique, le premier
messie, fils de Joseph, est annoncé et décrit de deux manières différentes,
selon que sa venue s’accompagne ou non du retour d’Israël à ses valeurs
(ou teshuva). Dans l’hypothèse où il préparerait la teshuva, il convient de
noter que chaque génération accueille un descendant de Joseph souffrant,
la protégeant et la préparant, à l’instar de Joseph et de Mardochée 52, mais
aussi que la maturation préparatoire à la venue du messie fils de David
doit être marquée par trois signes : le dévoilement des sciences, celui de la
Cabale et le retour en Israël 53. Quoi qu’il en soit, il s’agit de deux figures
opposées : Joseph, victime, donne Ephraïm, c’est-à-dire le royaume du
Nord, voué à disparaître et, en ce sens, Joseph apparaît comme une figure
de l’évanescence et Juda, le sauveur, qui donne à Israël l’éternité.

DISSIPER LE MALENTENDU
I l reste à dissiper le malentendu du mépris fratricide : à se pardonner
pour pouvoir se parler, ce mouvement de Joseph étant symboliquement
résumé par le verset 37 : 16, en général traduit par « Je cherche mes
frères », mais plus littéralement par « Je demande mes frères ». Le caractère
impérieux de sa démarche s’explique par le fait que la réussite ultime de
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


Joseph est subordonnée à l’obtention d’un pardon réciproque. L’étymologie
du verbe « pardonner » en hébreu (tsalah’) peut être rapprochée de CHLH’
ou de SLH’, cette dernière racine signifiant « laisser aller », une faute non
pardonnée constituant une entrave à la progression 54. L’évolution de la
conscience des frères de Joseph et de ce dernier vers le pardon s’effectue de
manière parallèle, comme le montrent respectivement les versets 42 : 3 et
42 : 7-14. Ainsi, Jacob envoie ses fils chercher du blé en Égypte. Le verset
42 : 3 les désigne comme « frères de Joseph » et précise qu’ils « partirent à
dix », alors qu’on sait que Benjamin ne se trouve pas avec eux. Cela suppose
qu’ils avaient décidé de se comporter fraternellement, c’est-à-dire moins
de rapporter du blé que de le racheter lui-même et qu’ils sont désormais
divisés dans leurs sentiments à son égard 55.
Celui-ci, pour sa part, les accuse d’espionnage pour deux raisons
fondamentales, implicites dans le verset 42 : 7‑14. Joseph les reconnaît
mais se dissimule et leur parle durement. Le verbe « se dissimule » est

PA R D È S N °  5 4  129
Isabelle Cohen

traduit de l’hébreu vayitnaker, de la même racine que nokhr’i, « étranger ».


Joseph se rend étranger à eux en leur parlant durement 56, sans doute pour
créer les conditions de retrouvailles profondes. En effet, s’il s’était contenté
de se révéler à eux immédiatement, il aurait fait courir à sa famille le
risque de l’effondrement, Jacob ayant été alors susceptible de rejeter ses
dix fils 57. Or, le but de Joseph est, précisément, de réparer sa famille. Il
accuse donc ses frères d’espionnage pour tester leur apaisement envers la
lignée de Rachel, c’est-à-dire envers lui-même et Benjamin 58. Il convient
de noter que lui-même, d’ailleurs, ne nourrit aucune animosité à leur égard,
puisqu’à aucun moment il ne se plaint d’avoir été trahi par ses frères : il ne
fait mention ni d’avoir été jeté dans un puits, ni d’avoir été vendu. D’autre
part, Joseph les accuse d’espionnage pour qu’ils aient une meilleur opinion
de lui : il entend leur montrer que, loin de souhaiter les dominer, il se veut
leur bienfaiteur, car tout porte à croire qu’il a désormais accès à la vertu
nommée rah’amim en hébreu, mieux traduite par « chérissement » 59 que
par « compassion ». C’est ce que met en évidence le verset 42 : 8 : « Joseph
les reconnaît, mais eux, non ». cette reconnaissance est d’ordre symbolique,
Joseph les tenant désormais pour ses frères : maintenant qu’ils dépendent
de lui, il éprouve pour eux de la peine, alors que lorsqu’il se trouvait entre
leurs mains, ils ne s’étaient pas conduits en frères 60. On note un double jeu
de miroir indispensable à l’avènement de la vérité, le premier mettant en
regard Joseph et ses frères, le second, l’ensemble de la fratrie et l’Égypte,
car c’est en égyptien qu’il les accuse, pour qu’ils prennent conscience de
leur sentiment de fraternité. L’espion n’est donc pas celui que l’on croit.
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


Le verset 42 : 21 rend compte de la métamorphose partielle des frères :
« Nous sommes coupables à l’égard de notre frère, car nous avons vu son
angoisse lorsqu’il nous suppliait et nous ne l’avons pas écouté ; c’est pour
cela que ce malheur nous est arrivé. » Les frères ne se considèrent comme
coupables que de dureté, alors que tous les corpus estiment qu’il y a eu
« errance » 61, si l’on souhaite traduire h’et étymologiquement et non par
« péché », qui opacifie le sens du terme. C’est d’ailleurs à propos de ce
verset que Hirsch développe cette étymologie, mettant h’et en rapport avec
la racine H’TH qui signifie « retirer quelque chose du domaine auquel il
appartient », en particulier couper l’âme de sa source divine. Au verset 22,
Ruben leur rappelle sa mise en garde contre l’imminence de l’errance,
estimant, pour sa part, que les propos de Joseph ne sont qu’enfantillages
(il le qualifie d’« enfant », yéled en hébreu). Toute la littérature martyrolo-
gique 62 et midrashique 63, à partir des persécutions d’Hadrien, confirme

130 PA R D È S N °   5 4
Égalité et fraternité, le cas de Joseph

que les frères ont commis une véritable faute à l’égard de Joseph et explique
les souffrances des justes de chaque génération par la faute de la vente
de ce dernier, inexpiée par les fils de Jacob, afin que leurs mérites soient
préservés pour les générations futures 64.
Joseph en appelle au rapprochement et à la déculpabilisation 65. Il se
révèle à eux et leur demande de se rapprocher et de ne pas être irrités
contre eux-mêmes pour l’avoir vendu. Ils ne lui répondent pas, tant ils sont
« effrayés », c’est-à-dire « honteux » 66 ; Joseph leur répond, en substance,
qu’il comprend que tous ont été les instruments de Dieu : s’ils ne l’avaient
pas vendu, il serait parvenu en Égypte par d’autres moyens 67. C’est la raison
pour laquelle le Midrash hagadol expliquerait que même les méfaits des
justes servent le monde.
Parce qu’ils se sont pardonnés, les frères vont pouvoir se parler, c’est-
à-dire occuper leur place de frères pour constituer un peuple. L’amour de
Joseph pour ses frères se manifeste lorsqu’il les met sur un pied d’égalité
avec Benjamin. C’est ce que met en évidence la traduction du verset 45 : 12
proposée par Rashi, verset qui conclut la demande de Joseph de faire
venir Jacob en prévision de la famine : « Vos yeux le voient, ainsi que les
yeux de mon frère Benjamin : c’est bien ma bouche qui vous parle ». Peu
après, ses frères lui expriment leur amour en lui parlant, l’origine de leur
conflit résidant précisément dans les paroles proférées par Joseph contre
ses frères à Jacob. Selon le verset 45 : 15, « il embrassa tous ses frères et
pleura sur eux. Ensuite, ses frères parlèrent avec lui ». La racine hébraïque
« embrasser » signifie aussi « s’armer » en vue d’une bataille, ce qui permet
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


d’en déduire que Joseph et ses frères se sont d’abord mêlés 68. Ses pleurs
témoignent de la sincérité de son cœur à leur égard et déclenchent leurs
paroles, car ils n’ont plus honte devant lui 69. Ils le considèrent désormais
comme un interlocuteur, un vis-à-vis, sans « ruse » au sens fort du terme,
recusare signifiant « refuser, repousser », en latin.
Le fin mot de l’histoire, c’est-à-dire le dévoilement complet de la place
occupée par chacun, a lieu lors de la bénédiction accordée à Jacob à chacun
de ses fils. Enfin, la part spirituelle de chacun d’eux est désignée, rendant
caduque toute jalousie et, partant, tout sentiment de haine. Au moment-
même où Jacob bénit ses fils 70, il décrit la spécificité de chacun et bénit
chacun en fonction de sa spécificité 71, c’est-à-dire de la part à accomplir
accordée à un individu par Dieu. C’est tout l’objet de la recherche de sa
vérité propre 72 et peut-être le sens profond de la Maxime des Pères 73,
traduite étymologiquement par « Qui est riche ? Celui qui est en mesure
de jouir de sa part. » La bénédiction globale profite à chacun et chaque

PA R D È S N °  5 4  131
Isabelle Cohen

bénédiction particulière contribue au bien général, comme le montre le


verset 49 : 28 (« Tous ceux-là forment les tribus d’Israël, douze, et c’est là
ce que leur père dit à leur sujet, lorsqu’il les bénit »), répondant au verset
49 : 1 : « Jacob appela ses fils et dit : “Rassemblez-vous !”  »
L’on assiste à un dernier épisode de rechute, suivi de la consolidation
du lien de fraternité, lors de la mort de Jacob 74. En effet, après la mort
de Jacob, les frères, craignant que Joseph ne se retourne contre eux, lui
demandent pardon 75. Il les rassure : « Je vais au contraire prendre soin de
vous et de vos enfants. Il les consola et parla à leurs cœurs 76. » La racine
hébraïque du verbe « consoler » (NH’M) indique un changement radical
d’opinion, car elle signifie aussi « se repentir », c’est-à-dire avoir honte
de ce que l’on pensait 77. Ainsi, il semble que la condition d’une véritable
consolation consiste dans la prise de conscience du fait que même l’épreuve
infligée concourt au salut.
La famille tient désormais, même en l’absence de la parole paternelle, car
son architecture est intériorisée, chacun ayant non seulement accepté – et
en jouissant – sa place, singulière et égale en valeur à celle des autres.

Comment le lien de fraternité, altéré par le sentiment d’humiliation,


a-t‑il été réparé ? Joseph et ses frères sont parvenus à se considérer comme
des alliés au service du projet du Père. Cela a nécessité un double travail :
celui, tout d’abord, de reconstituer l’architecture familiale. Pour cela, il
fallait que le projet paternel fût clairement défini, ainsi que le rôle, singu-
lier et indispensable, de chacun. Le second travail consistait à accepter
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


d’occuper sa place. Or, c’est tout l’objet du judaïsme que d’apprendre à la
définir. En effet, l’un des noms de Dieu, Maqom (« lieu ») repose sur la
racine QWM, qui signifie « se tenir ». Où faut-il se tenir ? Mais le judaïsme
apprend aussi à occuper sa place, comme le montre la racine SHKHN, d’un
autre nom de Dieu, Shekhina ou « présence », qui signifie « résider ». Enfin,
il s’agit d’accepter le voisinage de l’autre, le terme de « voisin » se disant
shakhen. Cette démarche consistant à s’efforcer d’être présent à soi et aux
autres constitue, sans doute, l’une des façons juives d’être à l’image de Dieu.
L’histoire des douze tribus vaut pour les soixante-dix nations, car c’est à
la fin des temps qu’est repoussé l’avènement de la fraternité métaphysique,
c’est-à-dire l’ultime résolution du conflit opposant les grandes familles de
l’humanité. Le détour de Joseph par la fraternité externe a été un moment
indispensable à l’avènement d’Israël comme peuple et permettra celui de
la fraternité totale, mais, pour cela, Israël doit résolument occuper sa place
dans la famille des peuples.

132 PA R D È S N °   5 4
Égalité et fraternité, le cas de Joseph

NOTES
1. Le H’et est transcrit en h’et le khaf en kh.
2. À propos de Gen. 41 : 2.
3. Misdrash rabbah 84 : 6-7.
4. B. Metsia 84 a.
5. Lamentations 8 : 1 cité par le Maharal de Prague, selon lequel la lumière du visage
n’est autre que la sagesse (in Dessler, péricope Vayeshev).
6. E. Dessler, Mikhtav mé-Eliahou, Jérusalem, 1999, péricope Vayehi.
7. E. Dessler, op. cit, péricope Vayeshev.
8. Shab. 89b ; Mid. Rab. 86 : 2.
9. Michée 7 : 20.
10. Sfat Emeth, péricope Mikets.
11. Rashi, Gen. 39 : 3.
12. Maharal de Prague, 33 : 4, cité par Dessler, péricope Mikets.
13. Berachot 5a.
14 S. R. Hirsch, Gen. 22 : 2.
15. A. Green, A Guide to the Zohar, Stanford, 2004, p. 47.
16. A. Steinsaltz, Opening the Tanya, T1, San Francisco, 2003, p. 282-283 ; t. 2, p. 25.
17. Sfat Emeth, Gen. 37 : 2, 4.
18. Rashi, 37, 2.
19. Traduction de SRH.
20. Berakhot 9 : 4.
21. Le samekh est transcrit par un s minuscule et le sin, par un s majuscule.
22. Manitou Gen. 37 : 2.
23. 37 : 5-6.
24. Ramban.
25. Abravanel.
26. Mida kenegued mida, par exemple Nedarim 32 b.
27. 37 : 9.
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


28. 37 : 11.
29. S.R.Hirsch, 37 : 11.
30. Rashi.
31. Rashi, 37 : 17.
32. 37 : 18.
33. Meïr Zlotowitz, IR 11-14.
34. Sanh. 110 a.
35. Rashi, 33 : 4.
36. Rashi, 37 : 11.
37. Maïmonide, 45 : 28.
38. L’apostrophe précédant une consonne transcrit le ‘ayin.
39. Sforno, 6 : 5.
40. 49 : 12-27.
41. SRH, 37 : 7, 13.
42. Manitou, péricope Mikets.
43. 37 : 5-11.
44. 45 : 11.
45. Rashi, 45 : 1.

PA R D È S N °  5 4  133
Isabelle Cohen

46. 47 : 21.


47. S.R. Hirsch, 47 : 21 à partir de Houlin 60 b.
48. Dessler, péricope Vayigash.
49. Sforno (« Les enfants d’Israël firent monter Jacob, leur père en Égypte. »)
50. Manitou, péricope Mikets.
51. Manitou, péricope Vayeshev.
52. Luria, Cha’ar hakawanoth, in Les temps de la venue du Machia’h, Jérusalem 2010,
p. 175-176 (recueil d’articles publié par les éditions Kountrass).
53. Gaon de Vilna cité par Kountrass.
54. S.R. Hirsch 39 : 2.
55. Rashi, 42 : 3 à partir de Mid. rab. 91 : 6.
56. Rashi, 42 : 7.
57. Arama, cité par Dessler (péricope, Mikets), Aqedath Yits’haq, Cha’ar 29, 30.
58. Gersonide, Gen. 42 : 14.
59. Concordance Even Shoshan.
60. Rashi, 42 : 8.
61. S.R. Hirsch, 42 : 21.
62. Jubilés 34 : 18-19.
63. Mid de Prov. 1 : 13.
64. E. E. Urbach, Les sages d’Israël, conceptions et croyances des maîtres du Talmud,
Paris 1996, p. 540.
65. 45 : 3-8.
66. Rashi, 45 : 3.
67. Abravanel.
68. S.R.Hirsch, 41 : 40.
69. Rashi.
70. 49 : 8-28.
71. SRH, 49 : 8-28.
72. Dessler Vayehi.
© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)

© In Press | Téléchargé le 18/02/2022 sur www.cairn.info (IP: 196.238.125.82)


73. Mishna 4 : 4.
74. 50 : 15-21.
75. Rashi, 50 : 17.
76. 50 : 21.
77. S.R. Hirsch, 50 : 17.

Vous aimerez peut-être aussi