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AVERTISSEMENT

1. La numérotation adoptée pour les tamis est celle du système AFNOR.

2. Chaque fois que l'on indique sans autre précision une quantité d'oxyde entrant dans la composi-
tion d'une glaçure ou d'une couverte de base (0.7 oxyde de baryum; 0,3 CaO, etc.), il s'agit de la
quantité moléculaire contenue dans la formule unité, et non d'un pourcentage en poids. Les oxydes
colorants, eux, sont exprimés en pourcentage du poids de la glaçure ou de la couverte crue sans
addition d'eau.

3. Quelques passages et tableaux concernant des terres typiques des États-Unis ont été omis dans la
traduction. Dans les recettes données en appendice, l'Oxford Spar a été remplacé par l'albite et les
calculs ont été refaits en fonction de ce changement.

4. On entend par couverte un émail qui cuit à haute température en même temps que la pâte, sur
grès ou sur porcelaine. La glaçure est une composition vitreuse qui recouvre un corps de pâte
perméable ou qui s'ajoute par une deuxième cuisson sur une pièce semi-vitnfiée.
Le terme de « glaçures » s'emploie aussi d'une façon générale pour désigner tous les émaux,
couvertes et glaçures.
L'ARGILE

L'argile est un matériau courant. Elle est abondante, l'emploi du microscope électronique a permis de décou-
bon marché; on l'extrait et on la prépare facilement. Elle vrir quelque peu la taille et la forme des particules d'argi le.
n'exige pas un traitement considérable comme la plupart Dans bien des cas, les difficultés rencontrées en pote-
des matières dont on se sert pour la fabrication d'objets rie sont dues au grand nombre de facteurs qu'elle
usuels. S'il n'en était pas ainsi, les peuples de l'Antiquité implique. Même avec des matériaux vendus tout préparés,
n'auraient pas pu faire de céramique. On peut du reste les incertitudes inhérentes à la technique du séchage, de
encore la pratiquer sans recoum à la science. la cuisson et de l'émaillage demeurent. Pour pouvoir exer-
l'argile est aussi un maténau capncieux. Sa plast1c1té cer un certain contrôle tout au long du processus de fabri-
et son utilisation sont très différentes et certaines terres cation, le potier doit comprendre les lois fondamentales
conviendront très bien à un emploi déterminé et seront auxquelles obéissent les matières premières qu'il emploie.
inutilisables pour d'autres. l'argile a du retrait au séchage Il a besoin de savoir d'où vient le retrait, par exemple,
et bien davantage encore à la cuisson, et cela pose de pourquoi certaines argiles en ont plus que d'autres, pour-
nombreux problèmes quoi certaines pièces
de fabrication. Ses se fendent pendant
réactions au feu le refroidissement du
peuvent sembler im- four, et comment il
prévisibles et, même convient de mélanger
dans les conditions et de cuire les maté-
les plus rigoureuse- riaux pour obtenir
ment contrôlées, un certains effets. Grâce
certain nombre d'in- à l'application d'un
certitudes demeu- nombre relativement
rent attachées à la restreint de principes,
cuisson. les solu- on peut maîtriser les
tions pratiques de facteurs variables des
tous les problèmes matières premières,
posés par la fabrica- modifier leur compo-
tion d'objets en sition et conduire la
argile sont plus don- cuisson de manière
Bloc d'argile 11/itique.
nées par la connais- appropriée.
sance du « métier », l'argile est l'une
que par la science. Au cours des siècles, les potiers ont des rares matières sans valeur intrinsèque, mais transfor-
mis au point des techmques pour traiter leur mat1ère mable en objets qui, eux, en ont une. La valeur est donnée
première. par le potier. l 'argile n'a pas de formes propres, et celles
Dernièrement, la science a énormément contribué à que IUJ donne le potier sont de son invention et do1vent
la conna1ssance de la céramique. Ce qui auparavant très peu à l'argile. Naturellement, l'argile impose certaines
n'était compris que de manière vague et grâce à des lim1tes aux pièces. Par exemple, les épa1sseurs trop faibles
méthodes empiriques a été clarifié par la recherche sont contre-indiquées à cause de la fragilité de l'argile
moderne. Ce n'est que récemment, par exemple, que cuite, ainsi que les formes trop excentriques qui s'affaisse-

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ratent avant qu'on puisse les achever. Mais à l'intérieur de On peut définir la céramique comme l'art de faire des
ces limites, le potier est libre d'exprimer sa préférence, et objets durables, soit usuels, soit artistiques, ou les deux à
les formes des objets en argile sont caractérisées par une la fois, en cuisant des matières premières extraites de la
grande liberté et une variété étonnante. terre. La céramique comprend non seulement la poterie
La valeur de la poterie, du moins pour ceux qui la mais aussi le verre, la brique, la tutie, et tous les produits à
fabriquent, semble résider au-delà de son utilité et de sa base d'argile : les briques réfractaires, les briques à feu, les
beauté. À travers la poterie, on reprend contact avec les porcelaines de laboratoire, les ISolateurs, les ciments, les
traditions des civilisations et des cultures les plus platres, les chaux et les émaux v1treux pour métal.
anciennes. Elle symbolise d'une manière particulièrement L'ensemble de ces mdustries représente une partie
concrète quelques-unes des activités humaines les plus importante et indispensable de notre activité industrielle.
fondamentales. Une pièce quelconque, aussi modeste Toutes sont basées sur l'emploi de matières premières
qu'elle puisse être, semble participer à la gloire d'un ordinaires, bon marché et abondantes. La céramique,
métier, dont les chefs-d'œuvre ont réussi à répondre en qui fut l'un des premiers arts utilitaires inventés par
même temps aux exigences matérielles des hommes et à l'homme, est encore aujourd'hui l'une de ses activités
leurs besoins spirituels profonds. maîtresses.

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1. Origines géologiques de l'argile

La composition de la croûte originelle de roches


1. Nature de la croûte terrestre ignées qui couvrait la terre a dO être uniforme sur toute
Pour comprendre ce qu 'est l'argile en tant que la surface du globe. La variété qui caractérise cette sur-
matière première, il faut considérer ses origines géolo- face maintenant est, en large part, la conséquence de
giques. L'argile est produite par l'érosion, et puisque changements ultérieurs. À partir d'une certaine profon-
l'érosion est continue et universelle, l'argile est une deur, la terre est surtout composée d'une couche de
matière extrêmement commune dans la nature. Elle est basalte de plus de 160 km d'épaisseur. En dessous,
d'ailleurs une gêne pour le fermier, le mineur, l'ingé- nous ne connaissons pas exactement la nature de la
nieur des Ponts et Chaussées. On aurait tort de consi- terre. Nous savons toutefois que la matière en est pl us
dérer l'argile comme une matière rare, inhabituelle, ou lourde que celle de la croûte, qu'elle est extrêmement
ayant une valeur en soi; c'est en réalité un des élé- chaude et dense, à cause des pressions exercées par les
ments constitutifs importants de la croûte terrestre. couches supérieures. le fer et le nickel sont probable-
L'argile est une production permanente de la nature et, ment prédominants dans le noyau central. Jusqu'à envi-
sans aucun doute, il s'en forme chaque jour plus que ron 16 km, la composition moyenne de toutes les
l'homme ne peut en extraire pour son industrie. Si la roches ignées est approximativement la suivante :
surface de la terre nous paraît immuable, cela tient au Si02 59,14
fait que nous ne pouvons l'observer que pendant une Ti02 1,05
période de temps relativement courte. Mais en fait, la AI203 15,34
terre a subi des changements continuels. De vastes FeO + Fe203 6,88
aires continentales ont émergé sous forme de mon- CaO 5,08
tagnes ou ont été recouvertes par des mers intérieures.
MgO 3,49
Le climat de certaines régions a changé, passant du cli-
K20 3,1 3
mat arctique aux chaleurs tropicales. Le visage de la
Na20 3,84
terre que nous connaissons (les montagnes, les plaines,
H20 1,15
les rivières, les vallées, les lacs, les déserts et les océans)
est le résultat de l'action des forces géologiques pen- 99,10
dant des millions d'années. Divers 0,90
A l'origine, la terre était une masse de matière en 100,00
fusion, et la croûte terrestre est une couche refroidie
relativement mince, entourant une masse intérieure Cette analyse met en évidence un point impor-
toujours très chaude. Quand la surface de la terre était tant : le très petit nombre d'oxydes composant la
encore en fusion, les matières les plus lourdes, comme grande masse de la matière de la croûte terrestre. La
les métaux, tendaient à s'enfoncer dans les couches les silice (Si02) et l'alumine (Aiz03) entrent pour 75% dans
plus profondes. Ce processus de tassement tendait à sa composition et, comme nous le verrons, ces deux
former des couches superficielles de matière en fusion, oxydes sont les éléments essentiels de l'argile.
ayant une composition assez uniforme. Graduellement, Pendant que la surface de la terre se refroidissait
la terre se refroidissant, la couche supérieure s'est soli- en se solidifiant, des minéraux divers se sont formés.
difiée, formant ainsi une croûte. les roches formées par Un minéral peut être défini ainsi : substance terrestre
le refroidissement sont appelées roches ignées. naturelle ayant une composition chimique bien déter-

11
l'ARGilf

minée. Pendant le refroidissement qui causa le passage l'eau a été de loin l'agent le plus important de
des minéraux de l'état pâteux à l'état cristallisé, des transformation géologique. Elle a tout d'abord littérale-
condrtions variées présidèrent à la formation des miné- ment dissous des quantités incalculables de roches,
raux. Des variations dans la composition de la matière bien qu'à première vue on puisse croire les roches inso-
en fusion, différentes conditions de pression, diffé- lubles, inattaquables par l'eau. Pendant des périodes
rentes vitesses de refroidissement firent apparaître un s'étendant sur des millions d'années, elle a complète-
grand nombre de minéraux. Comme le laisse prévoir la ment effacé des montagnes. la présence du sel dans la
grande prépondérance de certains oxydes dans la mer - on l'estime à des centaines de milliards de
masse en fusion, la composition minérale de la croûte tonnes- est la preuve du pouvoir dissolvant de l'eau
terrestre est très simple. la liste suivante donne le pour- de pluie sur les sols. Elle a petit à petit lessivé les roches
centage approximatif des minéraux qui la composent : des matières solubles qu'elles contenaient et les a
Feldspaths 59,50 transportées à la mer, la transformant ainsi en une
Groupe fer-magnésium 16,80 solution de plus en plus concentrée. En plus de son
Quartz 12,00 action chimique en tant que solvant, l'eau a une action
mécanique, puisqu'elle agit comme un abrasif sur les
Biotite 3,80
roches. l 'effet abrasif des précipitations d'eau et le
Titane et composés 1,50
broyage des roches par les fleuves et les glaciers prépa-
93,60 rent la désintégration chimique des roches en les frac-
Divers 6,40 tionnant en particules de plus en plus petites. Cette
usure par frottement, quoique imperceptible dans des
100,00 cas particuliers, est, dans l'ensemble, très importante.
l'eau brise aussi les roches en pénétrant dans les
le feldspath est de loin le minéral le plus commun. fentes et en se dilatant quand elle gèle. Elle fractionne
l'argile est produite en grande partie par la décompo- donc les roches en éclats de plus en plus petits et
sition de cette roche. Il est remarquable que cinq miné- en même temps leur ôte les éléments solubles qu'elles
raux seulement entrent pour plus de 90 % dans la renferment.
composition de la surface de la terre. Des centaines de les plantes ont également une action semblable :
minéraux différents ont été identifiés, mais la plupart leurs racines pénètrent dans les fentes et. en se déve-
sont relativement rares, et beaucoup peuvent être loppant, font éclater les roches. l'effet abrasif des gla-
considérés presque comme des caprices de la nature. ciers en mouvement et celui des particules transportées
par le vent sont aussi des agents de transformation
géologique, certes beaucoup moins importants que
l'eau. Bien qu'elles semblent dures et éternelles, les
roches originelles de la terre ont été profondément
2. Transformations géologiques altérées sur la surface du globe. Ce processus, appelé
Il y a à peu près deux milliards d'années, com- désagrégation et érosion, rend compte du caractère
mençait le processus de transformation géologique étonnamment varié du paysage. les montagnes, for-
affectant les roches ignées récemment refroidies; mées par la poussée verticale des roches quand la sur-
l'atmosphère gazeuse et la surface de la terre réagirent face de la terre se refroidissait, compressées, soulevées,
l'une sur l'autre et cette interaction les affecta toutes ont été arasées par l'érosion qui en a formé des dépôts
les deux. Tandis que la terre se refroidissait, l'humidité au fond des océans et des lacs. là, ces couches strati-
de l'atmosphère, qui jusque-là n'était qu'à l'état de fiées ont été soumises à la chaleur et à la pression, don-
vapeur, commença à se condenser en une pluie torren- nant ainsi naissance aux roches métamorphiques. Ces
tielle qui tomba sans doute pendant des millions dernières à leur tour subirent des poussées violentes,
d'années. Cette pluie remplit le bassin des océans et devinrent de nouvelles chaînes et de nouveaux massifs
eut un effet important sur les parties du sol relative- montagneux, pour être finalement de nouveau érodées
ment plus élevées. et venir former des dépôts.

12
r . - - - --

ORIGINES GÉOLOGIQUES DE L'ARGILE

L'argile est un produit caractéristique de ce bras- deltas, en se répartissant en différentes couches de par-
sage géologique. C'est le résultat final de la décom- ticules de taille semblable. Plus tard, ces lits de roches
position des roches. Tandis que les montagnes et les désintégrées et qui ont perdu presque tous leurs
collines étaient désagrégées et entraînées par l'eau, éléments solubles peuvent émerger, grâce à une lente
leurs débris, de plus en plus petits, finissaient par se élévation du niveau due à des pressions géologiques, et
déposer doucement dans les estuaires calmes ou les attend re la bêche du potier.

13
2. Composition chimique de l'argile

Kaolin
1. Composition type des argiles de la Caroline du Nord

Comme on pouvait s'y attendre, la composition Si Oz 46,13


chimique courante de l'argile est très semblable à la Alz0 3 38,38
composition moyenne de la surface de la Terre considé- Fez03 0, 57
rée dans son ensemble. Comparons, par exemple, MgO 0,42
l'analyse d'une argile rouge commune avec le pourcen- NazO 1,22
tage approximatif des oxydes de la surface de la Terre HzO 13,28
considérée comme un tout. 100,00

Terre Arg ile rouge


commune On pourrait dire que l'argile est presque un bon
échantillon de la croûte terrestre, après qu'elle eut été
Si Oz 59,1 4 57,02
désintégrée par l'érosion et pulvérisée en très petites
TiOz 1,05 0,91
particules.
Ah03 15,34 19,1 5
L'argile diffère de la moyenne de toutes les roches
Fez03 6,88 6,70
par son état physique plus que par sa composition
CaO 5,08 4,26
chimique.
MgO 3,49 3,08
En réalité, les argiles présentent des compositions
KzO 3,13 2,03
chimiques fort différentes. Les argiles les plus pures,
NazO 3,84 2,38
cuisant clair, comme le kaolin ou la« bali clay», ont un
HzO 1,1 5 3,45
-- -- pourcentage relativement élevé d'alumine et elles
99,1 0 98,98 contiennent peu de fer et autres impuretés. Étant
Divers 0,90 1,02 donné que l'argile est surtout composée de silice et
100,00 100,00 d'alumine, tous les autres oxydes présents sont consi-
dérés comme impuretés.
La composition de l'argile varie suivant la roche
Il faut particulièrement remarquer que, dans ces mère dont elle provient. En des endroits différents, les
deux analyses, les quantités de silice (SiOz) et d'alumine roches ignées qui éventuellement donnèrent na issance
(Aiz03) sont presque les mêmes et fournissent les prin- à l'argi le peuvent différer grandement, les unes étant
cipaux éléments des matières considérées, et que la plus ou moins libres de fer, d'autres contenant beau-
quantité de fer est la même. coup de quartz, d'autres enfin étant très chargées en
oxyde de fer.
Des argiles, plus pures que celle dont l'analyse Parfois, les débris dus à l'érosion d'une aire très
figure ici, peuvent contenir beaucoup moins de fer vaste sont charriés ensemble par un réseau fluvial et
et relativement beaucoup plus d'alumine, comme le déposés sous forme d'argile dans un delta ou un
montre l'analyse suivante d'un kaolin de la Caroline estuaire. Une telle argile sera un échantillon des roches
du Nord ; néanmoins, la similitude entre cette argile, décomposées de nombreuses régions.
pourtant relativement pure, et la croûte terrestre est Les analyses chimiques des argiles révèlent beau-
remarquable. coup d'eau. Cette eau de constitution (chimiquement

14
r - --- •

COMPOSITION CHIMIQUE DE l 'ARGILE

combinée aux autres éléments) est le résultat d'un Ce sont des formules types. Dans le cas d'échan-
processus hydratant, ou hydrolyse, qui aboutit à la for- tillons réels de roches, on rencontrera probablement
mation de l'argile. deux alcalis ou plus et également des impuretés comme
le fer. En outre, les quantités relatives des molécules
seront rarement entre elles comme 6 et 1, 1, ou 2 et 1,
1, comme ces formules l'indiquent. Le plus souvent, ces
2. Composition moléculaire rapports seront assez différents.
de l'argile Quand le feldspath est désintégré par l'érosion
géologique, la partie alcaline, c'est-à-di re la potasse ou
Comme minéral, l'argile est supposée avoir la for- la chaux, étant relativement soluble, est entraînée par
mule et le poids moléculaires suivants : l'eau.
2 Si02, Ab03, 2 H20 p.m. : 258 Il reste donc l'alumine et la silice . Une partie de
la silice est aussi désagrégée par les réactions chi-
Dans cette formule, les quantités d'oxydes pré- miques. La silice et l'alumine restantes, après une
sents sont données en proportion de molécules et non longue exposition à l'humidité, deviennent hydratées,
en pourcentage de poids. Dans l'argile, une molécule c'est-à-dire chimiquement combinées avec l'eau. Le
d'alumine (AI203) est associée à deux molécules de processus complet, qui demande des millions d'années
silice (Si02) et à deux molécules d'eau de constitution pour s'effectuer et qu'on ne peut reproduire en labora-
(H20). Cette formule type ne tient pas compte toire, peut être transcrit en équation chimique comme
du mélange complexe d'impuretés qui accompagnent ci-dessous.
toujours les argiles naturelles. Kaolinite est le nom
minéralogique donné à l'argile pure répondant à cette Le schéma de la kaolinisation du feldspath ne dit
formule. rien des propriétés physiques de l'argile, mais nous
éclaire seulement sur sa composition chimique. Il est
évident qu'une matière comme l'argile, qui est le pro-
duit final d'un long processus d'érosion et de transfor-
3. L'argile provient du feldspath mations, est une matière complètement inerte du point
de vue chimique. Tous les changements naturels que
Pour découvrir les ascendances de l'argile du point
pouvait subir l'argile sont achevés, excepté peut-être la
de vue chimique, il faut examiner de plus près les miné-
transformation de l'argile en argile schisteuse ou en
raux de la famille des feldspaths qui sont, comme nous
ardoise sous l'effet de la chaleur et de la pression, mais
l'avons vu, les minéraux les plus abondants et qui par
la formation de ces roches métamorphiques requiert
conséquent entrent pour une part importante dans la
des conditions assez spéciales. Le point de fusion de
formation de n'importe quelle argile. Les feldspaths
l'argi le, c'est-à-dire la température à laquelle elle fond,
contiennent de l'alumine et de la silice en combinaison
est assez élevé. Même les argiles communes de surface
avec un ou plusieurs autres oxydes de nature alcaline. Les
fondent au-dessus de 1 000 oc. La raison, qui sera
feldspaths couramment rencontrés appartiennent aux
expliquée plus en détail par la suite, en est que tous les
genres dont voici les formules et les poids moléculaires :
composés alcalins les plus fusibles ont été enlevés par
Orthose 6 Si02, AI203, K20 p.m. : 556 l'érosion, et que seules restent ensemble l'alumine et la
Albite 6 Si02, AI203, Na20 p.m. : 524 silice, oxydes très réfractaires, avec de petites quantités
Anorthite 2 Si02, AI203, CaO p.m. : 278 de fer ou d'autres minéraux.

feldspath + eau ~ argile + en solution + en solution ou dans l'argilel


6 Si02. Ab03, K20 + xH20 ~ 2 Si0 2, Ab03, 2H20 + K20 (Si02) + Si02

15
3. Nature physique de l'argile

de volume. La taille extrêmement réduite des particules


1. Taille et forme des particules d'argile est due au processus de désagrégation atmo-
constitutives de l'argile sphérique, à la désintégration et au changement chi-
mique, au broyage effectué pendant leur transport par
La nature physique de l'argile est plus obscure, et l'eau et à la décantation qui s'opère pendant la sédi-
nous la conna1ssons moins b1en que sa composition chi- mentation en eau calme.
mique. La composition chimique d'une argile peut être Certaines argiles, cependant, en plus des parti-
aisément trouvée par les procédés d'analyse habituels. cules de très pet1te taille qui en constituent la masse
La forme et la taille des particules, ainsi que les forces elle-même, contiennent des éléments d'une dimension
qui rendent compte supérieure. Ces élé-
de sa plasticité, ments peuvent être
ne peuvent être des fragments de
bien connues que feldspath pur ou de
par l'étude micro- quartz, qui se sont
scopique et d'au- trouvés associés à
tres types d'analyse. l'argile durant le
On a fort long- transport ou la sédi-
temps pensé que mentation. Dans
l'argile éta1t une certaines argiles,
substance de cons- comme c'est le cas
titution physique pour beaucoup de
plus ou moins col- kaolins, il y a une
loïdale, mais des telle quantité d'im-
études plus récen- puretés de ce genre
tes semblent lndl- Particules d'argile /cao/inique. Particules d'argile illitique.
qu'il faut les en-
quer qu'elle doit lever par lavage.
surtout ses propnétés physiques à la très petite dimen- Dans d'autres argiles, la quantité de ces impuretés est
sion des particules qui la constituent. relativement petite.
On a découvert que beaucoup d'argiles conte- En plus des éléments minéraux, inorganiques,
naient un bon pourcentage de particules de moins d'un l'argile contient d'habitude un peu de matière orga-
micromètre (rn m). On peut considérer ces petites parti- nique. Bien que la matière organique brûle et dispa-
cules comme autant de cristaux d'arg1le. L'examen au raisse à la cuisson, sa présence Influence grandement le
microscope électronique a révélé que ces particules comportement de la matière avant la cu1sson. Il y a sou-
étaient de forme aplatie, étirée dans deux dimensions vent concomitance entre la formation d'argile et celle
et de faible épaisseur. On estime leur nombre à plus de de matière organique. Par exemple, l'argile peut se for-
trois millions et demi dans un millimètre cube de kaolin. mer dans des estuaires calmes où la végétation est pré-
Cela vaut pour une argile à grains relativement dominante. Cette matière organique laisse dans l'argile
gros. Une argile plus fine comme l'arg1le à tourner dOit un résidu const1tué de carbone. Les couches sédimen-
en avoir un nombre bien supérieur pour la même unité taires d'argile et de charbon sont en fait souvent

16
NATURE PHYSIQUE DE l"AR<ill.E

découvertes l'une au-dessus de l'autre. La présence de connu que l'argile qu'on laisse vieillir assez longtemps
matière organique dans l'argile peut être due aussi à après son extraction devient plus plastique et plus facile
l'action de bactéries dans l'argile humide elle-même. à travailler. On d1t que, en Ch1ne, un potier prépare la
Dans la nature, on peut trouver de l'arg1le très terre pour son pet1t-fils et emploie celle que son grand-
dense, très compacte, ayant l'aspect d'une substance père a préparée. Une attente, ne serait-ce que de
rocheuse, mais si on l'expose aux intempéries, elle quelques jours, améliore l'argile de manière non négli-
s'affaisse vite en une masse molle et friable. geable, et l'addition d'une petite quant1té d'argile déjà
préparée depu1s longtemps peut accélérer les effets du
vieillissement. Un mouillage plus complet de l'argile et
l'accumulation des produits dus à l'action des bactéries
entrent probablement pour une grande part dans les
2. Plasticité résultats du vieillissement de l'argile. On peut difficile-
L'argile, hum1difiée avec la quantité d'eau adé- ment évaluer avec exactitude de petites différences de
quate, a tendance à garder la forme qu'on lui donne. plasticité, mats un potier expérimenté peut les déceler
Cette propriété est connue sous le nom de plasticité. tout de suite, simplement en travaillant les argiles à
Parmi toutes les matières naturelles, l'argile a un degré comparer.
de plasticité exceptionnel, et c'est cette propriété qui Suivant leur h1stoire géologique, des arg1les diffé-
permet la fabrication d'objets de formes extrêmement rentes présentent des degrés de plasticité très variés.
variées. Même un petit enfant découvre tout de suite Quelques argiles très grossières servent à fabriquer des
les possibilités de l'argile et commence à la modeler. briques et des produits assez lourds comme les tuiles et
Aucune matière synthétique ne peut rivaliser avec les tuyaux de drainage. D'autres argiles sont trop plas-
l'arg1le quant à la facilité avec laquelle on peut la tiques et trop collantes pour être employées seules et,
façonner. pour les travailler, il faut les mélanger avec d'autres
La forme des particules et leur arrangement (ou vanétés moins plastiques. Beaucoup d'argiles, cepen-
disposition) contribuent probablement beaucoup à la dant, peuvent être employées directement à leur sortie
plasticité de l'argile. Lorsque l'argile est humide, l'eau de la carrière et façonnées ou tournées sur le tour du
pénètre et humidifie chaque particule séparément; en pot1er telles quelles, sans aucune correction.
outre, pourvu qu'il y en ait assez, elle forme une pelli-
cule humide autour de chaque particule. La majorité
des particules ayant la forme de plaques, elles ont ten-
dance à se coller et, sous l'effet d'une force, à glisser
l'une sur l'autre et à rester dans leur nouvelle position. 3. Argiles primaires
La disposition même des particules et la pellicule d'eau Les argiles peuvent être classées de différentes
qui les entoure suffiraient à elles seules à expliquer en manières, selon les propriétés envisagées. On peut les
partie la plasticité. Le fait qu'on puisse modeler du grouper suivant leur couleur, comme elles existent dans
sable humide, alors que, sec, il n'est pas plast1que du
tout, confirme cette opinion. L'attraction chimique
entre les particules a aussi sans doute une influence sur
basalte argile tertiaire
la plasticité. basalte
Les matières carboniques dans l'argile contribuent
aussi à sa plasticité. Bien des arg1les communes qui en
contiennent un pourcentage relativement important
sont assez plastiques. La matière organique semble agir
comme une colle ou une glu dans le comportement de
l'argile. granite
Les bactéries, qui produ1sent des gelées colloï-
dales, peuvent auss1 contribuer à la plasticité. Il est bien
l'ARGilf

la nature; ou bien suivant leur emploi, ou leu rs origines niques gênantes. La plupart des kaolins sont des argiles
géologiques. Ce qui importe au potier, c'est le compor- primaires.
tement de l'argile lors du façonnage et de la cuisson
des pièces, et il jugera l'argile de ce point de vue là.
Ce qui l'intéresse, c'est donc sa plasticité ou sa
maniabilité, et ses réactions durant le séchage et la 4. Argiles secondaires
cuisson. La division des argiles en deux grands groupes On appelle argile secondaire une argile charriée
- argiles primaires et argiles secondaires - est une loin de sa roche mère. Bien que l'eau soit l'agent de
classification pratique, utile au potier et qui l'aidera à transport de beaucoup le plus commun, le vent et les
comprendre et à utiliser les propriétés des différentes glaciers peuvent aussi déplacer l'argile : les argiles
argiles quand il les travail lera ou les cuira. secondaires, ou transportées, sont bien plus courantes
les argiles primaires, ou argiles résiduelles comme que les argiles primaires. Dans la nature, il est presque
on les appelle parfois, sont celles qui ont été formées certain qu'un matériau érodé sera transporté dans un
sur l'emplacement de leur roche mère et n'ont été nouveau site .
transportées ni par l'eau, ni par le vent, ni par les gla- Le transport par l'eau a des conséquences impor-
ciers. les argiles primaires sont rares, car les débris de tantes sur l'argile. En effet, dans les courants, l'eau
roches, dus aux intempéries, ont été normalement fractionne l'argile en particules de plus en plus petites.
charriés le long des pentes et, éventuellement, jusque Quand le courant s'affaiblit, une partie des matières
dans les lacs et les mers. Mais, quelquefois, les argiles transportées se dépose. Les particules les plus grosses
restent à l'endroit même où elles ont été formées par la se déposent naturellement les premières, tandis que les
désagrégation d'une roche feldspathique. Les bancs de plus petites restent en suspension dans l'eau. Quand
roches sont en grande partie transformés en argile par elles atteignent l'eau calme, par exemple un lac ou la
les eaux d'infiltration, qui leur enlèvent leurs éléments mer, ces particules de très petite taille se déposent au
les plus solubles. fond. Ce processus de sédimentation progressive trie
les courants d'eau ou de gaz souterrains peuvent donc l'argile du grain le plus gros au plus fin.
aussi avoir contribué à la formation de l'argile. Dans les Les argiles transportées sont ordinairement un
dépôts typiques d'argile primaire, il reste beaucoup de mélange d'argiles d'origines variées. Dans un seul cours
roche mère non transformée, et on trouve l'argile dans d'eau, les sédiments provenant de sites différents sont
des poches irrégulières. Puisque cette argile n'a pas été amenés à se mélanger. Ainsi s'expliquent la composi-
transportée par l'eau, aucun triage des particules n'a tion plus complexe des argiles transportées et la pré-
pu se faire, et elle se présente donc comme un mélange sence de nombreux minéraux, comme l'oxyde de fer,
de grandes et de petites particules. C'est donc une qui pour l'argile constituent des impuretés. De même,
argile grossière et relativement non plastique. Elle n'a l'argile secondaire contient volontiers des quantités
eu que peu de possibilités d'être finement broyée et considérables de matière charbonneuse qui se mélange
triée. à elle pendant la sédimentation.
Une fois débarrassée des débris rocheux, l'argile
primaire est plutôt relativement pure, non souillée par
la présence de minéraux non argileux. En effet, beau- pluies et gaz carbonique
coup d'argiles primaires proviennent de couches de
feldspath plus ou moins pur, et cette roche fut facile-
blocs
ment désagrégée au cours des âges géologiques par la et graviers
seule action de l'eau. Une autre raison évidente est
que, n'ayant pas été charriée par l'eau, une tel le argile
risque beaucoup moins de récolter des impuretés pro-
venant d'autres régions. Nous apprécions les argiles pri-
maires pour leur pureté, leur blancheur, et aussi parce
qu'elles sont exemptes de matières minérales ou orga-

18
------ -

NATURE PHYSIQUE DE L'ARGILE

Les argiles secondaires sont donc fines et plas- tées, puis déposées par les glaciers sont ordinairement
tiques et contiennent ordinairement des quantités assez impures et présentent des particules de tailles très
considérables d'impuretés sous forme d'autres miné- inégales, faute de sédimentation. Les argiles éoliennes
raux tels que le fer, qui les colorent et leur donnent à sont plus rares, mais on peut quelquefois en trouver
la cuisson une teinte rouge ou brune. Quelques argiles des dépôts d'une importance surprenante. Elles aussi
secondaires ainsi que certains kaolins secondai- sont en général très impures.
res contiennent peu de fer, mais ce sont plutôt des On peut définir l'argile ainsi : matière minérale
exceptions. principalement composée de silicate d'alumine
Les argiles glaciaires (charriées par les glaciers) et hydraté, qui devient plastique quand elle est humide, et
éoliennes (transportées par le vent) sont aussi considé- dure comme la pierre quand elle est soumise à l'action
rées comme argiles secondaires. Les argiles transpor- du feu.

19
4. Séchage et cuisson de l'argile

saire pour être travaillée, quand on lui ajoute une quan-


1. Le séchage tité d'eau égale à 35% de son poids. En poids, une
L'argile, avant d'être durcie par la cuisson, est une masse d'argile préparée contient donc à peu près un
matière qui n'a pas de valeur, ou peu s'en faut. quart d'eau.
L'adobe, ou brique séchée au soleil, est une exception, Le processus du séchage de l'argile dépend de
mais personne ne soutiendrait qu'elle est supérieure à l'humidité de l'atmosphère ambiante. Quand le taux
la brique cuite. Ce qui nous intéresse dans l'argile, ce d'humidité est de 100 %, rien ne sèche. Mais si ce taux
n'est pas tellement ce qu'elle est à l'état naturel, mais est inférieur à 100%, l'eau quitte l'argile sous forme de
bien plus ce qu'elle peut devenir. vapeur. Quand la surface de la masse d'argile com-
Par une heureuse coïncidence, l'argile, qui est si mence à sécher, l'eau contenue à l'intérieur gagne la
plastique et si facilement modelable, devient, une fois surface par capillarité. À moins que la masse d'argile ne
chauffée jusqu'au rouge et même davantage, une sub- soit très épaisse, le séchage s'opère d'une manière uni-
stance définitivement dure. forme. S'il n'en était pas ainsi, la fabrication d'objets en
La découverte de ce phénomène est l'une des pre- argile plastique serait impossible, car la surface sèche se
mières inventions essentielles de l'homme. La vie de crevasserait.
l'homme préhistorique s'est trouvée extraordinaire- Le séchage de l'argile s'accompagne toujours de
ment enrichie par la possession de récipients d'argile retrait. Au fur et à mesure de l'évaporation de la pelli-
cuite pour conserver le grain, transporter l'eau, pour cule d'eau qui sépare les particules, ces dernières se
laver, faire cuire et garder la nourriture, sans parler des rapprochent de plus en plus, occupant ainsi la place
objets d'argile cuite à usage purement esthétique et laissée libre par l'eau. L'effet cumulatif du rapproche-
cérémoniel. On peut évaluer une civilisation ancienne ment de toutes les particules d'argile constitue le retrait
d'après la quantité et la qualité de la poterie qu'elle a de la masse entière.
produite. L'argile a sans doute été cuite la première fois
par accident. à un feu de camp, peut-être sous la forme
d'une couche de boue doublant l'intérieur d'un panier.
Beaucoup de poteries préhistoriques ont la forme et la (*) • Devant nous éta1t accroupi un lnd1en tout occupé à fabriquer une
texture de paniers; ce fait donne à penser que la pote- marmite. 11 s'y prenait de manière extrêmement habile et son procédé
était au surplus fort simple. Il tressa d'abord un panier en fibres de miriti,
rie a probablement consisté à ses débuts à garnir l'inté- palme brésilienne servant à de multiples usages. Dès qu'il eut terminé
rieur des paniers avec du limon pour mieux protéger son panier, il se mit à en recouvrir l'intérieur d'une argile mcomparable,
leur contenu de l'eau et des rongeurs*. compacte, et de couleur rouge sang, qui, en quelques jours, devint dure
comme de la pierre. Tout l'ouvrage fut ensuite mis sur le feu. 11 va de soi
Quand elle sèche, l'argile plastique réduit d'à peu que les fibres du tressage qui servent de moule brOient, mais elles lais-
près 5 %. Certaines argiles très plastiques peuvent aller sem cependant de jolis dessins sur la face extérieure du récipient.
jusqu'à 8 %. Bien que ce retrait s'effectue assez lente- • Cette description de Marcel F. Homet (1958), qui se réfère au nord de
l'Amazone, nous révéle un travail domestique indien d'une touchante
ment, il pose un problème lors de la fin ition des objets simplicité et au surplus fort révélateur du point de vue historique,
en argile plastique. Lorsque l'on humecte de l'argile puisque cer acte créateur remonte aux origines de la civilisation. Le tres-
sèche, elle absorbe une quantité d'eau surprenante. sage a donné naissance ~ la poterie par l'intermédiaire de la céramique
tressée. L'Indien d'aujourd'hui confectionne les mêmes vases que ses
Chaque particule retient l'eau comme une pierre
ancêtres des déburs de la culture des champs. »
poreuse, et l'eau forme une pellicule entre les parti- (Tiré de Amazonie. Texte et légendes d'Emil Egli. Photographies d'Emil
cules. Une argile moyenne acquiert la plasticité néces- Schulthess. Éd. Delpire.)

20
SÉCHAGE ET CUISSON ilE L'ARGILE

L'importance du retrait dO au séchage dépend de l'argile qui, après cuisson, est broyée plus ou moins
la taille des particules d'argile et du volume d'eau qui finement. Une telle matière, déjà séchée et cuite, ne
les sépare. Les argiles à particules très petites auront un présente aucun risque de retrait ultérieur et, mélangée
retrait plus important, à cause du plus grand volume à une autre argile, elle diminue le retrait total. Les
d'eau interstitielle qui les enveloppe. Inversement, les autres matériaux qui peuvent aussi diminuer le retrait et
argiles plus ouvertes, c'est-à-d ire celles dont les parti- augmenter la rapidité du séchage sont le quartz, le
cules sont plus grandes, réduiront moins. sable, le silex et le feldspath. Quand on veut une argile
Le retrait dû au séchage est toujours en relation très plastique, comme celle qui convient au tournage,
avec la structure granulaire de l'argile et, par consé- la proportion de matériau non plastique doit être
quent, avec sa plasticité. réduite au minimum.
Quand l'eau s'est évaporée d'entre les particules Une pièce d'argile séchée contiendra plus ou
et qu'elles sont toutes en contact les unes avec les moins d'eau libre, suivant que l'atmosphère ambiante
autres, le retrait est accompli. À ce stade, où l'argile est sera plus ou moins humide. Pour cette raison, le
encore verte, les particules elles-mêmes peuvent être séchage est de fait complété au four. Quand la tem-
encore humides, et le séchage ne sera complet que pérature du four atteint celle de l'eau bouillante,
lorsque l'eau qu'elles contiennent sera évaporée. Le 100 oc, cette eau libre (non combinée) est complète-
séchage des particules elles-mêmes n'entraîne pas de ment évaporée et, à ce moment-là, l'argile est totale-
nouveau retrait. ment sèche.
Si on veut éviter les fentes, le gauchissement ou
les déformations, les pièces doivent sécher lentement
et uniformément. Si une partie de l'objet en argile
sèche plus vite que l'autre, l'inégalité du retrait entre
les deux parties peut causer des déformations ou des
2. Le séchage du début de cuisson
fentes. Cela peut arriver, par exemple, quand une pote- et l'évaporation de l'eau de
rie sèche au soleil ou quand un seul de ses côtés est
placé par mégarde dans un courant d'air.
constitution
Un autre exemple familier est donné par les tuiles Il se produit de profonds changements dans
qui s'incurvent en séchant; le côté de la tuile exposé à l'argile durant la cu isson. L'argile cuite est très diffé-
l'air rétrécit plus que le dos. Dans le cas d'objets en rente à la fois physiquement et chimiquement de
argile très plastique, le séchage est un problème sérieux l'argile crue. Ce matériau qui auparavant était doux,
non seulement à cause du retrait excessif, mais aussi à friable, plastique, sans aucune cohésion ou tenue tant
cause de la tendance de l'argile à se déformer et à se qu 'il était humide, devient dur comme de la pierre et
fendre. Les anses, les becs et autres garnitures peuvent imperméable à l'eau, une fois cuit. En fait, l'argile cuite
être difficiles à poser sans provoquer de fentes. est un matériau relativement indestructible. Même si on
La présence dans 1'argile d'autres particules non casse une pièce de poterie, ses fragments resteront
plastiques facilite grandement le séchage. Elles absor- inchangés pendant des centaines d'années, même
bent d'ordinaire moins d'eau que l'argile et, par consé- après avoir été ensevelis dans un sol humide ou immer-
quent, sont plus faci les à sécher. Les particules non gés dans l'eau.
plastiques fournissent aussi des pores ou des canaux à Le premier changement apporté par la cuisson est
travers lesquels l'humidité peut gagner la surface. Les l'achèvement du séchage. Cette dernière phase du
argiles contenant un pourcentage important de parti- séchage doit être menée à bien lentement : autrement,
cules étrangères sont appelées argiles ou pâtes la formation de vapeur à l'intérieur de la masse d'argile
ouvertes. Quand on veut faire des objets à parois ou à peut la faire éclater. Cette explosion, courante dans le
section épaisses, comme dans certaines sculptures ou four de l'amateur, est due en général à une montée en
terra-cotta, on emploie nécessairement ce genre température trop rapide en début de cuisson, ou à des
d'argile ou de pâte. Pour cela, on ajoute couramment à poches d'air contenues dans la pâte. Aussi sèche
l'argile plastique de la chamotte : la chamotte étant de qu'une pièce puisse paraître lors de son enfournement,

21
l'ARGILE

il reste encore une quantité d'eau considérable à décomposition de tous les éléments de l'argile qui ne
éliminer. sont pas déjà à l'état d'oxyde. Les uns sont des sub-
Dans le cas de grands fours, très chargés en pièces stances organiques, comme le carbone, les autres, inor-
lourdes comme des briques ou des tuiles, une grande ganiques, comme les carbonates ou les sulfates.
quantité d'eau sort du four; souvent, des orifices Généralement, l'oxydation de tous ces compo-
spéciaux sont aménagés dans la voûte du four pour sants n'est pas complète au-dessous de 900 oc environ.
permettre l'évacuation de la vapeur d'eau. Toutes les argiles contiennent une quantité appré-
Dans les fours plus petits, cette évaporation, réelle ciable de carbone, et la cuisson a pour effet de brûler
pourtant, peut ne pas être décelable. Le danger (d'oxyder) ce carbone. Ce processus d'oxydation
d'explosion résultant de la formation de vapeur à l'inté- demande une quantité suffisante d'oxygène, sous la
rieur de l'argile est grandement accru pour les objets forme d'air, dans le four. Ordinairement, l'oxydation se
pleins de section importante ou ceux dont les parois fait sans difficulté. Cependant, si la montée en tempé-
sont épaisses. C'est pourquoi ils doivent être cuits avec rature est trop rapide, ou si, à cause d'un mauvais
un soin particulier. réglage des brûleurs, il n'y a pas d'air dans le four, un
Le changement suivant apparaît vers 350 oc, tem- peu de carbone peut rester dans l'argile et causer un
pérature à laquelle l'eau chimiquement combinée à noircissement et des boursouflures. Quelquefois, quand
l'argile commence à être chassée. Il ne faut pas l'enfournement est trop serré, l'oxydation risque d'être
confondre cette eau de constitution avec l'eau de plas- incomplète et de provoquer ainsi un noircissement ou
ticité et l'eau hygrométrique (qui reste dans les pores), une décoloration, dus à la présence de carbone restant
qui se sont évaporées lors du séchage. Cette eau chimi- dans les pièces cuites.
quement combinée fait partie de la structure molé- L'argile peut contenir de faibles pourcentages de
culaire de l'argile et n'est pas affectée par les carbonate de calcium ou d'autres impuretés telles que
températures inférieures à 350 oc. On notera que, les su lfates. Au fur et à mesure de l'avancement de la
d'après la formule de l'argile, il y a deux molécules cuisson, la température de dissociation de ces compo-
d'eau pour deux molécules de silice et une seule d'alu- sants est atteinte, et le carbone ou le soufre sont chas-
mine. Exprimé en pourcentage de poids, cela veut dire sés. Ces impuretés sont d'habitude en si petites
que l'argile contient environ 14% d'eau. Pendant que quantités que leur oxydation ne pose pas de problème.
cette eau de constitution quitte l'argile, la montée en
température doit être assez lente pour prévenir la for-
mation soudaine de vapeur et les risques possibles
d'éclatement.
À partir d'environ 500 oc, l'argile est déshydratée 4. L'inversion des quartz
et les dangers dus à la présence d'eau n'existent plus. Toutes les argiles contiennent une quantité appré-
L'argile a aussi perdu sa plasticité. Bien qu'à ce stade de ciable de quartz. Ce quartz peut être associé à l'argile à
la cuisson l'argile soit très friable, elle ne peut plus être l'état naturel, ou ajouté à la pâte sous forme de silex.
récupérée ni réemployée. Un changement irréversible Le réseau cristallin du quartz dépend de la température.
est intervenu . Ce changement, la « déshydratation »,
Lors de la montée en température, les cristaux de
ne s'accompagne d'aucun retrait. L'examen des pièces quartz se redisposent d'eux-mêmes dans un ordre un
après l'ouverture du four à 500 oc environ nous mon- peu différent et cette nouvelle disposition s'accom-
trerait qu'elles sont plus fragiles qu'à l'enfournement et pagne d'un léger changement de volume. À la tempé-
qu'il n'y a pas eu de retrait. rature de 573 oc, les cristaux de quartz subissent une
transformation : le passage du quartz alpha au quartz
bêta. Cette redisposition est marquée par un léger
3. L'oxydation accroissement de volume (environ 2 %), d'ailleurs
réversible, c'est-à-dire que, lors du refroidissement, le
Un autre changement important apparaît dans les quartz bêta redevient quartz alpha, retrouvant ainsi son
débuts de la cuisson : l'oxydation, c'est-à-dire la réseau cristallin initial et son volume originel. Ce chan-

22
' --~

SÉCHAGE ET CUISSON DE l'ARGILE

gement de volume du quartz contenu dans une pâte, agissent à la manière d'un solvant en provoquant leur
bien qu'assez faible, doit s'accomplir lentement pour fusion.
éviter les dégâts éventuels. Si une partie d'une pièce est Si la fusion est poursuivie jusqu'à un degré de cha-
chauffée plus vite qu'une autre, cette dilatation inégale leur suffisant, l'argile fond complètement en un liquide
peut la faire éclater. On doit prendre les mêmes pré- qui, après refroidissement est un verre. Dans la pra-
cautions lors du refroidissement pour passer sans tique, on arrête la fusion bien avant ce stade, mais,
encombre le retrait qui se produit à 573 oc. Une mon- dans la fabrication de la porcelaine, on approche de
tée en température ou un refroidissement trop rapides cette fusion complète, et la ressemblance de la porce-
à ce moment critique de la cuisson sont responsables laine et du verre est manifeste.
d'un pourcentage important des dégâts constatés au
défournement. La cuisson des grosses pièces doit être Certaines argiles rouges communes contenant
particulièrement surveillée à cette température, surtout beaucoup de fer et d'autres impuretés ont un point de
si le four ne chauffe pas de manière très uniforme. fusion relativement bas. La tendance de ces terres à
fondre entre 1225 oc et 1285 oc a été utilisée pour
faire des couvertes argileuses, c'est-à-dire principale-
ment composées d'argiles fusibles. La solidité de l'argile
cuite est due non seulement à la formation de verre,
5. La vitrification mais aussi à l'apparition de nouveaux réseaux cristallins
à l'intérieur de la pâte, en particul ier des cristaux de
Quand la température continue à augmenter au- mullite. La mullite, qui est un silicate naturel d'alumi-
delà du rouge, une autre série de changements appa- nium, se caractérise par un long cristal effilé comme
raît dans l'argile : c'est la vitrification, c'est-à-dire le une aiguille. Ces cristaux de mullite se forment à haute
durcissement, l'imperméabilisation, l'augmentation de température à l'intérieur des parties déjà vitrifiées de
densité, et finalement la transformation partielle de l'argile et dans la matière environnante, les liant les
l'argile en verre. Cette vitrification donne à l'argile cuite unes aux autres et donnant force et cohésion à
ses propriétés caractéristiques de dureté, de densité, de l'ensemble.
durabilité, qui sont celles de la pierre. Elle est accompa-
Les argiles se vitrifient à des températures diffé-
gnée d'un retrait. La vitrification est progressive :
rentes suivant leur composition . Une argile rouge com-
l'argile devient d'abord de plus en plus compacte et, à
mune par exemple, contenant beaucoup de fer et
mesure que la température augmente, elle acquiert une
d'autres impuretés minérales, peut cuire et devenir
dureté de plus en plus grande, jusqu'au point de fusion
dure et dense à 1000 oc, et se liquéfier à 1250 oc.
et de déformation. La même argile peut être soit très
D'autre part, une pâte de kaolin pur, cuite à 1250 °C,
douce, d'aspect crayeux, ou très dense, dure et imper-
peut être encore très ouverte et poreuse, et ne pas
méable, suivant la température à laquelle elle a été
fondre au-dessous de 1800 oc.
cuite.
Ce durcissement résulte en partie de la fusion ou Le retrait continue pendant la vitrification. Il peut
de la fonte de quelques éléments de l'argile, plus parti- être dO à la diminution de la taille des particules à
culièrement des éléments minéraux tels que l'oxyde de l'approche de la fusion et à leur rapprochement dans la
fer, qui sont considérés comme des impuretés. matière à l'état vitreux. Le retrait total provoqué par la
Chaque corps a une température de fusion qui lui cuisson peut atteindre 10% et varie selon l'avance-
est propre. L'argile, étant d'ordinaire un agrégat assez ment de la vitrification. Cependant, quand une argile
complexe de nombreux oxydes, a tendance à fondre naturelle commence à fondre, elle traverse une période
graduellement. A mesure que la température du four de bouillonnements ou de boursouflures, et peut alors
augmente, les impuretés les plus fusibles peuvent gonfler, augmenter de volume, comme le fait un
fondre en petites gouttes de verre. Ces gouttes liquides gâteau à cause de la dilatation des bulles de gaz qu 'il
de matière fondue s'infiltrent dans leur voisinage (la renferme.
matière non encore fondue autour d'elles), liant les par- L'art de cuire l'argile consiste à provoquer un
ticules les unes aux autres comme le ferait une colle, et degré de fusion et de solidification suffisant pour

23
l'ARGILE

atteindre le but poursuivi, sans aller Jusqu'au pomt de dens1té, son imperméabilité aux liquides, sa rés1stance à
fusion ou de déformation des pièces. l'usure, la neutralité chimique, l'insolubilité, et un éven-
L'ensemble de ce traitement par la chaleur tail très large, facilement contrôlable, de couleurs et de
(en tenant compte aussi bien de la température à textures qui évoquent celles des matières naturelles
atteindre que du temps pour y parvenir) est appelé employées. Le seul défaut de l'argile cuite, sa fragilité,
maturat1on. peut être du point de vue du potier un avantage,
Une production d'argile bien cuite se caractérise puisque la fragilité même de ses produits en garantit
donc par sa pureté, sa grande force de cohés1on, sa continuellement la demande !

24
5. Les variétés d'argiles

Il existe un grand nombre d'argiles très différentes. blancheur et la translucidité de la porcelaine véritable.
Les diverses conditions géologiques qui présidèrent à la Cette découverte de la porcelaine a été un triomphe
formation de lits d'argiles de compositions chimique et technique dans le domaine de la céramique.
physique différentes expliquent cette grande variété. Les kaolins sont des argiles primaires formées par
Des argiles diverses peuvent se trouver mélangées l'une la décomposition sur place du feldspath. Leur grain est
à l'autre. Dans ce large éventail, le céramiste distingue grossier et, par conséquent, en comparaison de la plu-
certaines catégories en se basant sur la similitude d'ori- part des argiles sédimentaires, ils sont non plastiques.
gine, de composition et d'emploi. Ils sont relativement exempts d'impuretés minérales
comme le fer.
On trouve les kaolins déposés plutôt dans des
1. Le kaolin poches qu'en vastes couches stratifiées. Ils contiennent
d'habitude des éclats de feldspath ou de quartz non
L'une d'elles, le kaolin (en anglais, China clay :
décomposés. Avant usage, il faut donc les débarrasser
terre ou argile de Chine), bien que relativement rare
de tous ces fragments minéraux par un moyen appro-
dans la nature, est d'un intérêt tout particulier pour le
prié. Quelquefois, ces argiles sont mises en suspension
potier. El le est indispensable à la fabrication de la véri-
dans de l'eau et acheminées dans une série de bassins
table porcelaine blanche (de Chine). Sa rareté est
successifs, les parties les plus fines étant de ce fait sépa-
confirmée par le fait que la présence de dépôts de kao-
rées des plus grosses. D'autres fois, on a recours à
lin en Europe est restée à peu près ignorée jusqu'au
l'extraction hydraulique. On envoie de puissants jets
début du xvme siècle. Pourtant, il existe des gisements
d'eau sur les strates du gisement même, et le mélange
de kaolin en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord
d'eau et d'argile qui en résulte s'écoule dans des repo-
aussi bien qu'en Asie, mais de toute manière ils sont
soirs. L'argile composée des éléments les plus fins triés
plus rares que les gisements d'autres types d'argiles. En
de cette manière aura un maximum de plasticité et de
Chine, la fabrication de pièces d'argile blanche
pureté.
remonte au moins au début de la dynastie Han,
200 avant J.-C., ou plus tôt. La conduite de la cuisson La composition chimique des kaolins est proche de
jusqu'à 1200 oc environ et les ateliers de produits celle du minéral, la kaolinite. Ce sont des argiles très
blancs vitrifiés utilisant des pâtes principalement com- réfractaires et leur point de fusion dépasse 1800 oc.
posées de kaolin existaient dans ce pays dès avant l'an Employés seuls, les kaolins sont d'une utilisation diffi-
600 de notre ère. Cela représente une avance de douze cile à cause de leur faible plasticité et, comme ils sont
siècles sur l'Europe, en ce qui concerne la fabrication de très réfractaires, leur maturation est malaisée si on veut
la porcelaine. En Chine, les kaolins cuisant blanc se obtenir un produ it suffisamment dur et dense. Par
trouvent plus communément que partout ailleurs. Ils conséquent, en pratique, le kaolin est rarement
sont plus plastiques et se travaillent mieux que ceux des employé seul ; on lui ajoute d'autres matériaux pour le
autres pays. Au début, les potiers chinois tiraient du rendre plus plastique, et abaisser son point de matura-
kaolin des pâtes douces et blanches. Peu à peu, en plu- tion afin de pouvoir obtenir la température nécessaire à
sieurs siècles, ils apprirent à atteindre des températures la fabrication de pièces à pâte dure et fermée. Comme
plus élevées et à modifier leurs pâtes en y ajoutant les on peut le deviner, le kaolin a un faible retrait à cause
ingrédients appropriés pour obtenir la dureté, la de sa structure à grains relativement grossiers.

25
l'AI!Gilf

Les kaolins varient assez largement quant à leur A l'état naturel, ces argiles sont en général gris
blancheur et à leur plasticité. Il existe des kaolins secon- foncé, en raison de la présence de matière carbonique.
daires ou sédimentaires; bien qu'ils présentent les Ce carbone, entièrement consumé et chassé à la cuis-
caractéristiques d'une bonne pâte, 1ls deviennent plus son, n'affecte pas la couleur de la pâte cuite. Une telle
foncés à la cuisson. Certams kaolins primaires sont plus argile est d'autant plus plastique qu'elle contient plus
plastiques que les autres, comme quelques-uns de ceux de carbone. Quelques argiles très plastiques cependant,
que l'on trouve en Floride et qui sont largement utilisés comme certains gisements du Tennessee, comportent
pour donner de la plasticité aux pâtes blanches. Le kao- peu de carbone et sont tout à fait blanches à l'état
lin anglais est d'une pureté exceptionnelle et on naturel. Les bali clays d'Angleterre, réputées pour leur
l'emploie quand on désire une production d'une blan- bonne plasticité et l'absence de fer, contiennent sou-
cheur exceptionnelle. vent une bonne proportion de carbone, qui les colore
en brun foncé presque noir. Les argiles contenant une
grande quantité de carbone, surtout si ce dernier se
présente sous la forme de morceaux de lignite ou de
charbon, doivent être soigneusement tamisées avant
usage.
2. Les argiles très plastiques
Les bali clays sont employées pour la fabrication
(bali clays) d'une grande vanété de produits. Aux États-Ums, elles
sont extraites des importants gisements du Tennessee
Les bali clays sont en quelque sorte à l'opposé des ou du Kentucky. Les fournisseurs leur donnent des
kaolms quant à leurs propriétés. Elles contiennent plus noms différents, mais le nom générique de « bali clays »
de fer, sont plus fusibles, beaucoup plus plastiques, et désigne toujours des argiles très plastiques, cuisant
leurs particules sont plus petites. Les argiles plast1ques clair.
et les kaolins sont vra1ment complémentaires, et on les
mélange souvent pour obtenir des pâtes céramiques
qui se travaillent bien. En Angleterre, on les appelle
« bali clays » : en effet, dès l'extraction, on fait d'habi-
tude des boules avec l'argile encore humide, et l'on
peut ainsi les faire rouler jusqu'aux wagons de trans- 3. Les terres à feu
port. Elles font partie des argiles secondaires ou allu- (argiles réfractaires)
viales. On les trouve en couches stratifiées alternant
souvent avec des couches de charbon ou d'autres Les terres à feu ne sont pas un genre d'argile aussi
argiles de qualité différente. Bien que moms pures que nettement défini que les kaolins ou les argiles très plas-
les kaolins, elles contiennent relativement peu de fer et tiques (bali clays) étudiés plus haut. Le nom même de
autres impuretés et, cuites, elles prennent une teinte << terres à feu » indique qu'elles sont réfractaires ou
gris clair ou brun clair. Cuites à environ 1300 oc, elles résistantes à la chaleur, et des argiles présentant par
sont denses et serrées. ailleurs des propriétés très différentes peuvent être
Il est impossible de les utiliser seules en potene, à appelées « terres à feu » si elles sont réfractaires. Les
cause de leur retrait excessif qui peut atteindre JUsqu'à .unes sont très plastiques, les autres très peu, et leur
20% lorsqu'elles sont cuites à leur température de couleur après cuisson est variable. Une argile qui ne
maturation. On les utilise ordinairement en addition à fond pas et qui ne se déforme pas jusqu'à 1 500 oc
des argiles dont on veut augmenter la plasticité et les enwon peut être appelée« terre à feu». Le fait qu'une
possibilités d'emploi. Dans la fabrication de produits terre soit réfractaire ou résistante à la chaleur indique
blancs, leur addition à la pâte est indispensable pour qu'elle est relativement pure et exempte de fer, bien
corriger le manque de plasticité du kaolin. Une quantité que beaucoup de terres à feu cuisent brun ou marron,
supérieure à 15% risque cependant d'entraîner l'appa- avec quelquefois des taches foncées dues à des
rition de gris, de blanc sale ou de brun. concentrations de mméraux porteurs de fer.

26
lES VAIIIETÉS D'ARGILES

Les terres à feu sont utilisées dans la fabrication de


produits très variés, surtout des briques réfractaires et
5. Les terres à grès
d'autres éléments réfractaires pour fours, fourneaux, Les terres à grès sont des argiles plastiques dont la
chaudières et creusets. Les industries métallurgiques maturation ou la vitrification s'effectue de 1200 oc à
du cuivre, du fer, des aciers dépendent des hauts- 1300 oc environ; cuites, leur couleur va du chamois ou
fourneaux, lesquels sont garnis de briques réfractaires gris très clair à un gris plus foncé ou au brun. Ce sont
pour pouvoir atteindre la température de fusion de ces des argiles secondaires ou sédimentaires. Elles varient
métaux ou de leurs alliages. beaucoup dans leur plasticité et leur température de
On emploie ces argiles en addition aux pâtes à cuisson et il n'y a pas de distinction bien nette entre
grès ou à celles destinées à la fabrication des casettes les terres à feu, à ·casette, ou à grès. En fait, la classifi-
et autre matériel d'enfournement dont on veut aug- cation des argiles repose plus sur leur utilisation céra-
menter la résistance à la chaleur. La terre à feu peut mique que sur leur véritable nature chimique ou
donner la rugosité ou le grain désirés aux pâtes à grès. physique, ou sur leur origine géologique. La même
On l'emploie aussi pour le coulis servant à aveugler les argile. par exemple, peut très bien être employée à la
fentes autour des portes des fours, pour la fabrication fois comme terre réfractaire pour faire des briques ou
des montres pyrométriques, et l'on s'en sert également du matériel réfractaire, et pour la fabrication des grès à
pour caler les plaques d'enfournement et les couvercles haute température.
des casettes. Bien des argiles sont utilisables pour la fabrication
La texture ouverte, grossière, de certaines terres à du grès sans aucune modification. Elles peuvent avoir
feu en fait un élément complémentaire de choix pour exactement la plasticité requise pour le tournage et
les pâtes des terra-cotta et des sculptures de grandes présenter les caractères spécifiques du grès quant au
dimensions. séchage et à la cuisson.
Les petites fabriques rurales du siècle dernier, qui
produisaient de la poterie utilitaire - cruches, barattes,
marmites, etc. - , employaient d'habitude une simple
terre à grès, extraite dans le voisinage et préparée
4. Les terres à casette sans addition d'aucune autre argile. Ce genre de pâte
naturelle peut donner, à la cuisson, des couleurs et des
On appelle casettes, cazettes ou gazettes, des textures très agréables, bien prendre les glaçures au
boîtes en argile dans lesquelles on cuit les pièces à l'abri
sel, les engobes, ou les glaçures pour grès à hautes
de la flamme et du rayonnement direct du four.
températures.
La terre à casette est donc une argile qui convient
à la fabrication de ce genre de matériel. Elle doit être
très réfractaire et cependant assez plastique pour être
modelée, et, une fois cuite, dense, solide, résistante
aux chocs thermiques et à la « fatigue* » causée par 6. Les terres à faïence
des cuissons répétées.
Les terres à casette présentent un éventail allant Dans leur plus grande partie, les argiles utilisables
de la moyenne à la bonne plasticité, et prennent peuvent être appelées terres à faïence ou argiles com-
d'habitude à la cuisson une teinte chamois-gris. On les munes. Ces argiles contiennent assez de fer et d'autres
emploie fréquemment comme appoint aux pâtes à impuretés minérales pour devenir serrées et dures,
grès, à terra-cotta, ou à faïence. cuites de 950 ac à 1100 oc environ. A l'état naturel,
elles sont grises, verdâtres, rouges ou brunes, à cause
de l'oxyde de fer qu'elles contiennent.
Cuites, leur couleur peut aller du rose au noir, en
passant par toutes les variétés de jaune, rouge, brun,
(*} En français dans le texte. etc., suivant la qualité particulière de chaque argile et

27
l'ARGilf

les conditions de cuisson. La majorité des poteries dans L'argile sablonneuse est une argile réfractaire qui a
le monde ont été faites avec ce genre d'argiles, ainsi été comprimée en une masse relativement dense, dure,
que les briques, les tuiles, les tuyaux et autres produc- ayant l'aspect de la pierre.
tions similaires. L'argile rouge commune peut être très Le schiste est une roche métamorphique naturelle
plastique, et même trop plastique et trop collante pour provenant d'argiles secondaires. Sa plasticité est très
être employée seule; d'autre part, il arrive qu'elle ne le faible à mo1ns de le pulvénser finement et de le dé-
soit pratiquement pas à cause de la présence de sable tremper pendant longtemps. On peut l'employer en
ou d'autres débris rocheux. Le potier recherchera donc addition ou comme pri ncipal composant des pâtes à
une terre à faïence douce et plastique, qu'il puisse briques et autres produits de ce genre.
modifier en ajoutant un peu de sable ou d'argile non La bentonite est une argile d'origine volcanique.
plastique. Le briquetier, lui, recherchera une terre moins Bien que sa composition chimique soit celle de l'argile,
fine contenant du sable et d'autres débris non plas- sa nature physique s'en différencie par une plus grande
tiques, qu'il pourra presser, sécher et cwe, sans crainte teneur en matière colloïdale. Elle sert à donner de la
de gauchissement, de fentes ou de retrait excessif. plasticité aux pâtes. Un pet1t pourcentage suffit pour
De grandes quantités d'argile rouge commune augmenter notablement la plasticité. On ne peut
affleurent à la surface de la terre. B1en qu'une grande l'employer seule à cause de sa tendance à gonfler
partie soit inutilisable à cause de la présence de débris quand elle est humide, de sa viscosité et de son retrait
de calcite (pierre à chaux) ou d'autres sels alcalins très élevé.
solubles, il reste cependant d'énormes réserves d'argile L'argile dite « terra-cotta » est une argile cuisant à
bonne à l'emploi. basse température employée pour la fabrication des
grosses pièces. Sa structure ouverte, à gros grains,
permet un séchage rapide et égal.
Les argiles à forte teneur en alumine, comme la
bauxite ou le diaspore (alumine hydratée naturelle de
7. Autres argiles formule Ab0 3, HzO), sont très réfractaires et peuvent
être traitées pour obtenir l'alumimum.
L'adobe est une argile de surface convenant à la Le « gumbo }) est une argile de surface très plas-
fabrication des briques séchées au soleil. Il est peu plas- tique et collante contenant une quantité considérable
tique et contient beaucoup de sable. de matière organique.

28
6. Les pâtes céramiques

1. Définitions des pâtes céramiques 2. Comment modifier les pâtes


On peut définir une pâte céramique comme étant céramiques compte tenu
un mélange d'argiles, ou un mélange d'argiles et de leur emploi
d'autres matières minérales dans des proportions qui
ont été calculées pour obtenir un produit céramique En pratique, il est souvent nécessaire de modifier
défini. Bien des argiles naturelles peuvent très bien être une argile naturelle pour satisfaire aux besoins du
utilisées telles quelles. Dans la fabrication des briques, façonnage et de la cuisson.
par exemple, il reviendrait trop cher d'ajouter ou de On peut établir comme suit la liste de ces modifi-
mélanger beaucoup de matières premières différentes ; cations et ce à quoi elles correspondent :
et, en fait, l'argile convenant à cet usage se trouve un 1. Changer la couleur ou la texture. On peut désirer
peu partout. De même, bien des argiles peuvent être renforcer ou atténuer la couleur de la pâte cuite, ou
extraites, puis malaxées avec la quantité d'eau conve- diminuer sa rugosité ou texture.
nable et utilisées telles quelles par le potier, sans 2. Changer la plasticité. On peut désirer plus ou moins
aucune addition. On peut dire que ces argiles sont des de plasticité.
pâtes naturelles. 3. Diminuer le retrait ou assurer le séchage et la cuisson
Les potiers de l'époque préscientifique utilisaient avec un minimum de déformation et de fentes.
le plus souvent de telles argiles et n'y ajoutaient rien ou 4. Abaisser ou élever la température de maturation, ou,
presque rien. Quelquefois, cependant, ils les modi- en d'autres termes, diminuer ou augmenter la
fiaient pour en augmenter les qualités. Par exemple, on densité à une température donnée.
peut ajouter un peu de sable pour diminuer le retrait et 5. Améliorer l'adhérence des glaçures et des couvertes.
corriger la tendance au gauchissement pendant le
séchage et la cuisson. Pour le moment, laissons de côté les changements
Cependant, ce qu'on demande à une argile en de couleur et de texture, et nous verrons que toutes les
tant que matériau exige ordinairement qu'on lui ajoute modifications des pâtes ont pour objet :
deux autres matériaux ou plus pour obtenir le résultat 1. La mise au point de leurs propriétés physiques pour
recherché. On peut demander à une pâte, par exemple, leur donner la plasticité, la consistance et le retrait
d'être assez plastique pour le tournage, d'être dense et voulus.
complètement fermée à une température de cuisson 2. La mise au point de leurs réactions à la cuisson,
donnée, d'être blanche et translucide après la cuisson, l' élévation ou l'abaissement de la température de
ou de donner une barbotine bonne pour le coulage, ou cuisson pour obtenir la densité voulue.
de présenter après maturation une certaine qualité de
couleur ou de texture. Pour arriver à doser intelli- Les modifications du premier type s'obtiennent en
gemment les mélanges en vue d'un usage donné, il ajoutant aux pâtes des argiles ou d'autres matériaux
faut comprendre les propriétés physiques des argi les et plus ou moins plastiques et ayant des particules de
leur comportement à la cuisson, ainsi que les propriétés tailles variées. Celles du second type sont faites en
physiques et thermiques des autres matériaux utilisés ajoutant des argiles ou d'autres matériaux plus ou
dans les pâtes. moins fusibles.

29
l'AR<illf

peut donc avo1r approxtmativement la composition


3. Exemple d'une pâte céramique : SUIVante:
la pâte à porcelaine
Kaolin 4 parts
On peut prendre comme exemple de pâte céra-
Argile très plastique 1 part
mique le mélange de mattères premières utthsé pour
Feldspath 3 parts
tatre une porcelame blanche, transluCide, cutsant à
1 300 oc envtron. Silice* 2 parts
Supposons que les quantités relatives des matières 10 parts
premières estimées satisfaisantes sotent à peu près les
suivantes: Les proportions défmttives dépendent de la tempé-
rature exacte que l'on envisage, du genre d'argile choisi
Kaolin 5 parts et de la fusibilité du feldspath. Les proportions de kao-
Feldspath 3 parts lin et de feldspath et la cu1sson du mélange à haute
Sil1ce* 2 parts température éta1ent un secret jalousement gardé par
les potters chinois qui travaillaient dans les fabriques de
10 parts
porcelaines blanches et translucides. La plasticité des
kaohns de Chtne leur permettait de n'ajouter que très
Le kaolin tout seul est inutilisable à cause de son peu d'argile plastique, du type bali clay, quand cela
point de fusion trop élevé. était vraiment nécessaire, et leur pâte, d'une mer-
Il demande une température trop élevée (1 500 oc veilleuse pureté de couleur et de translucidité, était
ou plus), diffiole à obtenir pour provoquer sa fusion, sa enviée à juste titre par les potiers européens. La ma-
translucidtté, ou sa limpidité. Donc nous ajouterons du nière de composer et de cuire les pâtes à porcelaine fut
feldspath qui, lui, fond à 1300 oc environ. Il agit sur le découverte pour la première fois en Europe en 1 710,
kaolin et abaisse le point de fusion du mélange. par Boettger, à Meissen en Allemagne.
Nous jugeons nécessatre d'aJouter ensUite du silex
ou du quartz pulvénsé, dans le double but de com-
battre la tendance au gauchtssement et d'apporter la
dureté ei la semi-vitrification à la pâte cuite. Comme
nous le verrons plus loin, la sihce facihte aussi l'adhé- 4. Comment faire un mélange
rence de la glaçure au tesson. Bien qu'à la cuisson la
composition proposée plus haut puisse donner un pro-
valable
duit transluctde d'un blanc pur, son emploi en poterie La composition d'une pâte à porcelatne est d'une
est dtfficile à cause de son manque de plasticité. Cette log1que évidente, une fots que l'on a déterminé la
pâte peut être trop farineuse ou trop friable pour être nature du produit fini et que l'on connaît la nature des
modelée ou tournée; elle risque de prendre trop rapi- mgrédients.
dement dans les moules et d'être difficilement polie et Cependant, on peut se poser une question : com-
fin te. ment arriver à déterminer les proportions relatives de
Pour pallier ces inconvénients, il faut ajouter une ces composants? En fait, on procède empiriquement
argile plus plastique, une bali clay par exemple. Cette par expérimentation et par tests. A l'origine, le potier
argile rend la pâte plus facile à travatller, mais elle qui aJoutait de plus en plus de sable à son argile JUSqu'à
diminue la blancheur apres cuisson à cause de sa plus ce qu'elle sèche sans se fendre et cuise sans se casser,
forte teneur en fer. Il faut donc trouver un compromis fatsatt une pâte céramique. Il procédait empiriquement
soit avec la blancheur de la pâte cuite, soit avec la sou- et, bien qu'il ait probablement ignoré la logique de son
plesse de la pâte crue. Une pâte à porcelaine valable procédé, tl arrivait à des compositions valables.
Aujourd'hui, on procède en gros de la même
manière. Si une argile ne donne pas seule les résultats
(•) s,ltce : stlex calc1né, sable ou quaru pulvérisé désirés, on cornge ses défauts en lui ajoutant d'autres

30
LES PATES CERAMIQUES

argiles, ou d'autres matériaux. Théoriquement, à la ordinaire d'usage courant en poterie, mais qui puisse
lumière de nos connaissances relativement complètes être travaillée au tour. Nous aurions donc besoin d'une
de la chimie et de la physique impliquées dans les terre qui se vitrifie presque à 1 250 oc, dont le retrait
réactions chimiques et thermiques, il serait sans doute n'excède pas 13 %, et relativement exempte de gau-
possible de prévoir avec exactitude comment se com- chissement, de déformation et de fentes. Le problème
portera une pâte composée d'un mélange d'argiles est plus facile que celui posé par la composition d'une
donné et cuite à une température donnée. Mais de pâte à porcelaine, car il y a beaucoup de chances de
telles prévisions doivent toujours faire l'objet de tests et trouver une argile naturelle répondant à cette descrip-
de vérifications. tion, moyennant une légère modification, ou peut-être
C'est ainsi que procède le céramiste : il fait des même sans. La première chose à faire est d'essayer
prévisions ou des hypothèses et ensuite, après de nom- de trouver une argile utilisable telle quelle, ou qui
breux tâtonnements, il arrive à obtenir un mélange puisse être employée avec le moins de modifications
valable, utilisable. La connaissance de la composition possible. Mais supposons que la meilleure argile
chimique exacte des pâtes céramiques est rarement naturelle que nous ayons trouvée ait les caractéristiques
d'un grand intérêt pour la formulation des mélanges. suivantes:
Ce qui est bien plus intéressant, ce sont les caractères
physiques des composants, tels que leur degré de plas- 1. Plasticité : bonne, mais pas assez pour l'usage envi-
ticité et leur structure, leur comportement à la chaleur sagé.
comme le retrait et la fusibilité. 2. Retrait : 10% de retrait total (séchage + cuisson)
Par commodité, tous les matériaux entrant dans la à 1250 oc.
composition d'une pâte peuvent être classés comme 3. Porosité du tesson : 6 %.
suit : 4. Gauchissement et fentes : nuls.
1. Les argiles : matériaux plastiques.
À partir de ces données obtenues par un petit
2. Les dégraissants : matériaux non plastiques tels que
nombre de tests simples (voir appendices), nous voyons
le quartz, le sable, le silex ou la chamotte.
que, dans ce cas, il faudra augmenter la plasticité et
3. Les fondants : tels que les feldspaths ou les frittes. aussi la fusibilité afin d'abaisser le point de maturation
et d'obtenir un tesson moms poreux, plus dense, à
Les argiles apportent à une pâte la souplesse et la cette température particulière. Puisque le retrait de
plasticité désirées, car même une pâte destinée au cou- cette terre est seulement de 10 %, on peut ajouter une
lage ou au pressage a besoin d'un certain degré de petite quantité d'une argile plus plastique sans risque
plasticité. Les dégraissants permettent un séchage sans d'augmenter indûment le retrait ou de causer des
gauchissement excessif, sans fentes, et diminuent le déformations excessives. En d'autres termes, cette terre
retrait. Les fondants contrôlent la fusion et le durcisse- n'est pas assez plastique et ne cuit pas à la température
ment de la pâte, et lui confèrent le degré de densité choisie pour faire du grès, il faut donc la modifier en
désiré quelle que soit la température de cuisson envisagée. conséquence.
L'étape suivante peut consister à faire un tableau
indiquant une série de compositions supposées les
meilleures, compte tenu du but à atteindre. On peut
faire beaucoup d'essais, ou très peu. Ordinairement, il
5. Comment composer une pâte vaut mieux commencer par un petit nombre d'essais
à grès puisque leurs résultats donneront des indications plus
précises pour la suite.
Pour montrer comment il faut raisonner lorsqu'on Ces premiers essais peuvent être faits comme
veut composer une pâte céramique, et pour indiquer le l'indique le tableau page suivante, qui concerne quatre
genre de tests nécessaires, prenons un exemple. Sup- pâtes différentes, obtenues par addition de matières à
posons que nous voulions composer une pâte à grès l'argile à grès choisie à l'origine.

31
l'ARGILE

ajouté 10 parts de feldspath. Cela pallie le manque


Matières premières A B c D éventuel de feldspath dans la pâte A.
Argile à grès 55 45 60 50 Les pâtes C et D sont les mêmes que les pâtes A et
Bali clay 20 20 15 15 B, sauf que l'argile à grès a été augmentée de 5 parts
Silice 15 15 15 15 et l'argile très plastique diminuée de 5 parts. Cela peut
corriger la quantité peut-être excessive des 20 parts
Feldspath 10 20 10 20
-
100
-
100
-
100
-100 d'argile très plastique dans les pâtes A et B, respon-
sable d'un retrait excessif.
Dans ces exemples, le nombre de variables dans
L'essai A est une estimation de ce qu 'il faut ajou-
chaque série d'essais est réduit au minimum. Si on
ter pour obtenir une pâte propre au façonnage en
introduit un plus grand nombre de variables dans
général, mais surtout au tournage. Les 20 parties
chaque essai, l'interprétation en devient difficile. Si on
d'argile très plastique (bali clay) augmentent la plasti-
change plusieurs éléments dans un essar, il peut être
cité. Les 10 parties de feldspath servent à abaisser le
impossible de déceler exactement quel matériau ou
point de fusion et à obtenir ainsi un tesson plus dense
quel groupe de matériaux est responsable du résultat
à la température choisie. Les 15 parties de silice assu-
final.
rent, quant à elles, un bon séchage, une pâte cuite plus
dure, et elles améliorent l'adhérence des glaçures. L'étape suivante consiste à pétrir les quatre pâtes
On peut se demander comment on arrive à cette indiquées au tableau précédent et à en prélever des
répartition. En fait, elle dépend de la connaissance des échantillons pour tester leur plasticité respective. Les
matières ajoutées, et elle repose en grande partie sur tests de plasticrté ne sont pas préos mais, en pratique,
des expériences précédentes relatives à un problème du un essai au tour ou à la filière peut donner une assez
même ordre. En d'autres termes, il n'existe pas de règles bonne idée de la plasticité et de la souplesse. Les autres
absolues pour choisir et doser les composants d'une propriétés sont mises en évidence par les échantillons
pâte céramique. Le céramiste procède empiriquement cuits. Supposons qu'après cuisson à 1250 oc les résul-
plutôt qu'en se basant sur une théorie particulière. tats des tests des quatre pâtes soient ceux rndiqués
Puisqu'on ne sait pas exactement comment se Cl-dessous.
comportera ou cuira effectivement la pâte A, et Ces résultats montrent que l'addition d'argile plas-
puisque ce mélange représente simplement le choix le tique a donné la plasticité désirée ; les pâtes B et D sont
meilleur parmi d'autres, on peut encore faire des com- trop fermées, ce qui indique un excès de feldspath. Les
binaisons différentes. Dans la pâte B, on trouve les pâtes A et C ne le sont pas assez. Cela nous indique
mêmes quantités d'argile très plastique et de silice que que la quantité convenable de feldspath doit se situer
dans la pâte A, mais on a ôté 10 parts d'argile à grès et entre 10% et 20%.

Pâtes A 8 c D

Retrait au séchage 5% 4,5% 4% 4%


Plasticité bonne bonne bonne bonne
Retrait total 13% 12% 11% 11 ,5%
Absorption à 1250 oc 5% 2% 5% 2%
Gauchissement nul nul nul nul
LES PÂTES CERAMIQUES

La série de tests précédente nous a permis d'arrê- lage, pressage à sec, ou coulage de barbotine dans des
ter notre choix sur la composition suivante : moules en plâtre.
Chacune de ces méthodes fait appel à certaines
Argile à grès 52 propriétés physiques des pâtes. Par exemple, pour être
Bali clay 20 tournée, une pâte doit être très plastique, alors que le
Silice 10 modelage ou le pressage requièrent une plasticité
Feldspath 18 moins grande. En fait, dans ces deux derniers cas,
100 l'emploi d'une pâte très plastique est contre-indiqué, le
retrait étant excessif. Des argiles s'adaptant parfaite-
Ce procédé ressemble à celui du cuisinier qui ment à certains modes de fabrication peuvent ne pas
n'adopte la recette d'un gâteau qu'après l'avoir goûté. du tout convenir à d'autres. Il est rare, par exemple,
On essaie la recette en y apportant une série de modi- qu 'une pâte très bien adaptée au coulage le soit égale-
fications jusqu'à l'obtention du résultat désiré. D'habi- ment au tournage.
tude, le nombre des composants est minime et il nous
est possible de bien connaître le comportement de cha-
cun d'eux. Pour cette raison, la composition des pâtes
n'est pas particulièrement difficile et nécessite moins de
tests que celle des nouvelles glaçures. 7. Les argiles et pâtes à tourner
Une pâte céramique supporte bien les petites Le tournage requiert une grande plasticité. Une
variations dans les proportions de ses composants, et terre vraiment bonne à tourner n'a pas besoin d'être
une différence de 5% à 10% n'entraîne pas de chan- mouillée trop souvent pendant le travail. Elle doit au
gements notables. Dans la production individuelle ou contraire avoir de la tenue et conserver les formes,
artisanale à petite échel le, le contrôle rigoureux de la même délicates et assez minces. Bien qu'on puisse
composition des pâtes est moins nécessaire que dans la tourner des formes simples avec des argiles à grains
production industrielle à grande échelle, dans laquelle très grossiers et non plastiques, la gamme complète des
l'uniformité de la production est essentielle. formes que l'on peut exécuter au tour demande une
Quelquefois, cependant, quand on s'est servi argile très plastique et compacte, contenant juste assez
d'une pâte pendant très longtemps, des difficultés nou- d'éléments non plastiques pour garder le « nerf »
velles peuvent apparaître dans le façonnage et la cuis- nécessaire à son maintien, tout en restant humide et
son, et de petites modifications peuvent s'avérer souple jusqu'à la fin du tournage.
nécessaires. Dans ce cas, s'attaquer rationnellement au Avec des argiles à tourner très plastiques, il faut
problème en se basant sur les propriétés connues du s'attendre à un retrait important et à une certaine ten-
matériau peut éviter une grande perte de temps. dance au gauchissement. Le séchage et la cuisson des
pièces exigent un soin particulier.
En règle générale, les pâtes destinées au tournage
doivent comporter aussi peu que possible d'éléments
6. Pâtes étudiées en vue non plastiques tels que la silice et le feldspath. Une
argile naturelle peut être très bonne à tourner sans
de procédés de fabrication aucune modification. De telles argiles ne sont pas rares,
surtout dans la gamme des argiles à faïence. Si l'on ne
particuliers peut pas s'en procurer, un mélange d'argiles plastiques
Les pâtes céramiques doivent être étudiées non de qualités différentes peut aussi bien convenir. Les
seulement pour donner la couleur, la texture, la densité argiles très plastiques (genre bal i clay) servent presque
et la dureté requises à une température déterminée, toujours à augmenter la plasticité. Cependant, si leur
mais elles doivent aussi correspondre à des méthodes proportion approche 50% du mélange, on peut
particu lières de fabrication. Les pâtes peuvent être craindre des ennuis lors du retrait, ou du séchage, et la
façonnées par tournage, calibrage, pressage, mode- pâte peut devenir désagréablement collante.

33
L'ARGilf

L'addition de fondants à une pâte à tourner pose Pour le travarl au tour, la qualité de la pâte
quelques problèmes, car les poudres non plastrques, est capitale, et une grande part de la jore créatrice du
tels le feldspath, le talc ou la fritte, peuvent séneu- tourneur est d'avoir à sa drsposition une argile dense,
sement diminuer la plasticité. Si l'on veut une pâte qui onctueuse, bien vieillie et obéissante.
cuise foncé, on peut surmonter cette difficulté en ajou- On peut ajouter de la bentonite à une argrle pour
tant une argile rouge très plastique, cursant à basse améliorer son comportement au tournage. Humidifrée,
température et qui agit comme un fondant. la bentonite gonfle et forme une gelée et, ajoutée en
Bien qu'une argile à tourner doive être plastique et petite quantité à une pâte, elle en augmente beaucoup
compacte, tous les tourneurs savent qu'une argile trop la plasticité. Cependant, au-dessus de 2 %, elle rend
douce et trop fine se laisse aller lorsqu'il s'agrt de l'argile excessivement collante et difficile à conduire.
formes de grande taille ou élancées. Pour de telles for- Trop de bentonite peut également causer des ennuis au
mes, surtout pour les pièces de plus de 30 centimètres, séchage.
il faut qu'une argile ait du «nerf». La chamotte ou une
argile à gros grains ajoutée à une pâte à tourner semble
lui donner l'ossature ou la structure qui la fait se mam-
tenir. Il s'est avéré qu'une chamotte passant à travers
un tamis no 28, mais retenue par un tamis n° 23, 8. Les terres à modelage
convenait le mreux à cet usage. Si la chamotte est trop Faire de bons mélanges d'argiles pour le modelage
fine, elle diminue la plasticité et fait que l'argile est vite pose un problème relativement simple. Puisque les
trop mouillée; d'un autre côté, si elle est trop grossière, objets modelés tels que les sculptures, les plaques, les
elle la rend trop abrasrve aux mains du tourneur Une motifs d'architecture ou les grands vases montés en
terre à feu grossière ou une argile sablonneuse bien colombins sont d'habitude assez épais, il faut une argile
broyée peut être ajoutée à une pâte à tourner, à la qui sèche vite et sans risque de se fendre. Cette argile
place ou en plus d'une chamotte. En général, 8 à 10% devra aussi cuire sans dommage, avec sûreté, surtout
de matière granuleuse améliorent beaucoup une argile en début de cuisson quand l'eau s'évapore. Une bonne
à tourner. Plus de 10% risquent de diminuer sa plas- quantité de chamotte, de 20 à 30% normalement,
ticité et de la rendre trop avide d'eau pendant le donne à une argile à modeler les propriétés nécessaires.
tournage. La chamotte peut être grossière ou fine survant la tex-
Un potier ne peut faire des pièces d'une certaine ture désirée; on peut employer une terre à feu gros-
grandeur ou d'une certaine hauteur qu'en utilisant des sière en plus ou à la place de la chamotte.
terres déterminées. Chaque pâte a une limite au-delà Certaines terres à feu grossières sont, telles
de laquelle un cylindre ne peut plus être élevé davan- quelles, de merveilleuses pâtes à modeler. Quelques
tage et commence à s'affarsser. Aussi habrle que soit le fabrications, celles des motrfs en forme de spires ou de
tourneur, il ne peut monter une pièce plus haut que ne cordes d'argile très tarabiscotées par exemple, peuvent
le permet le « nerf », la structure de la pâte. C'est pour nécessiter une très grande plasticité et en même temps
cette raison qu'un tourneur habile est tellement sen- une texture grossière. Des mélanges d'argile très plas-
sible à la qualité de son argile. tique, comme la bali clay, avec un matériau grossier,
Il lui faut une terre qui lui permette d'exécuter par exemple de la terre à feu ou de la chamotte, peu-
toute la gamme des formes et des proportions dont son vent être assez plastiques, sans augmentation excessive
habileté est capable. du retrait et sans rendre la cuisson et le séchage diffi-
Une fois habitué à une terre, il peut trouver diffi- ciles. Il s'avère que 2 ou 3% de bentonite ajoutés à une
cile de bien tourner avec une autre. Il est vrai que beau- pâte à modeler lui donnent normalement la cohésion et
coup de débutants se débattent longtemps avec des la tenue nécessaires. La terre à modeler trop douce et
mélanges que même le tourneur le plus habile ne pour- trop grasse peut être d'un emploi très malaisé. Un
rait maîtriser et, dans leur ignorance, ils ont tendance à modeleur, avec un peu d'expérience, apprécie une
se croire responsables de leurs échecs alors qu'ils bonne argile à texture grossière mais plastique, qui per-
devraient s'en prendre à leur matière première. met de finrr les pièces en leur donnant soit une surface

34
LES PÂTES CÉRAMIQUES

lisse, par polissage ou en enfonçant la chamotte plusieurs particules. Ces flocons d'argile demandent
à l'intérieur, soit une surface rugueuse obtenue par relativement plus d'eau pour rester en suspension.
grattage. On peut expliquer par une attraction électrique
cette tendance des particules à se grouper quand elles
sont en suspension dans l'eau.
Pour diminuer la quantité d'eau d'une barbotine, il
est donc nécessaire de dissocier ces flocons, pour obli-
9. Les argiles et pâtes à mouler ger chaque particule à rester en suspension séparé-
ment. On y parvient en ajoutant à l'argile une
par coulage substance - ord inairement un alcali comme le silicate
Une bonne pâte à mouler par coulage doit être de sodium ou le carbonate de sodium - connue
étudiée en tenant compte des qualités physiques des comme électrolyte. Un électrolyte a pour effet de chan-
barboti nes. Le procédé du coulage requiert une disper- ger la charge électrique d'un certain nombre de parti-
sion régulière des particules d'argile dans l'eau; elles cules : celles-ci se repoussent donc les unes les autres,
doivent y rester en suspension et ne pas se déposer au et sont forcées de rester en suspension séparément au
fond des moules. La barbotine est versée dans le moule lieu de s'agglomérer en flocons.
et, une fois la croûte prise, il faut la vider doucement Il faut très peu d'électrolyte ou « défloculant >>
des moules pour laisser une surface dépourvue de pour obtenir une barbotine bonne à couler. A peu près
bosses ou de rugosités. De plus, les pièces moulées ne 1/3 ou 1/2 du poids de l'argile suffit normalement. Les
doivent pas trop mouiller le moule, s'en détacher défloculants le plus couramment employés sont le sili-
d'elles-mêmes en séchant, et ne pas avoir un retrait ou cate de sodium et la soude. Le silicate de sodium est le
un gauchissement excessif. « verre soluble » bien connu. Ce verre obtenu par la
Un simple mélange d'argile et d'eau ne se moule fusion d'un mélange de soude et de silice est ensuite
pas bien dans le plâtre. En effet, il faut beaucoup d'eau dissous dans de la vapeur d'eau sous pression.
pour maintenir l'argile en suspension. Ordinairement, il Les quantités de silice et de soude et la quantité
faut le même poids d'eau et d'argile pour faire une bar- d'eau contenues dans le silicate de sodium sont
botine. Un tel mélange, bien qu'il soit assez fluide, a le variables, et chaque sorte de produ it possède une for-
sérieux désavantage de décanter, l'eau restant en sur- mule différente. Il convient d'employer toujours le
face et l'argile se déposant au fond en une boue grasse même type de silicate de sodium pour être sOr d'obte-
et épaisse. Aussi, quand on vide du moule une barbo- nir une défloculation constamment égale. Le silicate de
tine de cette composition, des bosses et des rugosités sodium est pesé dans un récipient, plutôt que mesuré
se forment là où trop d'argile a été enlevée. Lors du dans une éprouvette graduée, bien que ce soit un
séchage, la pièce a tendance à coller au moule par liquide.
endroits, à rétrécir et à se déformer exagérément à La soude, qui est aussi couramment employée
cause de la trop grande quantité d'eau contenue dans comme défloculant, est une poudre cristalline très
le mélange. soluble dans l'eau. On la pèse et on la mélange ensuite
Le coulage ne serait donc pas un procédé pratique à l'eau destinée à faire la barbotine. On emploie habi-
pour faire des poteries si on n'avait pas le moyen de tuellement un mélange de soude et de silicate de
diminuer la quantité d'eau nécessaire pour obtenir une sodium à parts à peu près égales pour la défloculation
barbotine fluide. Ce moyen existe et s'appelle la de la barbotine.
« défloculation ». Quand on fait une barbotine en L'emploi d'un défloculant permet de faire des bar-
mélangeant de l'eau et de l'argile, on assiste à un phé- botines liquides et onctueuses avec beaucoup moins
nomène de floculation, c'est-à-dire que les minuscules d'eau. Alors que normalement il faut autant d'eau que
particules de l'argile se rassemblent en petites masses d'argile, avec un défloculant on peut diminuer la quan-
ou flocons. Au lieu de flotter séparément dans l'eau et tité d'eau de plus de la moitié.
de pouvoir se déplacer librement les unes par rapport La plupart des barbotines contiennent de 35 à
aux autres, les particules forment des agrégats de 50% d'eau de leur poids d'argile sèche. Sans déflocu-

35
L'ARGILE

lant, cette quantité est à peine suffisante pour rendre mélanger l'argile destinée à faire la pâte à couler avec
l'argile assez fluide et plastique pour le cou lage. Il est une quantité d'eau excessive. Cette dernière sert à
assez surprenant qu 'une si petite quantité de déflocu- mélanger intimement tous les ingrédients de la pâte,
lant ait un effet aussi puissant sur la nature physique tels que l'argile, la silice, le feldspath, etc.; on remue
d'un mélange d'eau et d'argile. cette barbotine aussi longtemps qu'il le faut pour
Une pâte à couler ordinaire a donc un poids d'eau qu'elle soit aussi homogène que possible. On com-
égal à 35 à 50% du poids des composants secs et envi- mence par la faire sécher dans des moules en plâtre
ron 0,33 % de défloculant. En d'autres termes, à 100 jusqu'à ce qu'elle soit complètement durcie. Un pas-
parties d'argile correspondent 35 à 50 parties d'eau et sage au séchoir ou dans un four à une température
1/3 de part de défloculant. Le meilleur procédé pour légèrement supérieure à 100 oc assurera un séchage
faire une pâte à couler consiste à peser d'abord l'eau et complet. Cette pâte séchée est alors broyée dans un
les composants secs. Puis on pèse soigneusement le mortier et pulvérisée assez fin pour passer à travers un
défloculant et on le verse dans l'eau en remuant conti- tamis no 30. On en fait alors des paquets de 50 g. Le
nuellement jusqu'à ce qu'il soit parfaitement dissous. test se fait ordinairement sur une quantité totale de
Ensuite, on ajoute progressivement les ingrédients secs 500 g. On mesure ensuite l'eau dans un récipient
sans s'arrêter de mélanger. Faute de dissoudre d'abord propre. Puisque nous nous proposons de défloculer
le défloculant dans l'eau, la masse d'argile peut devenir 500 g de pâte, il nous faudra au moins 300 g d'eau,
si compacte que tout mélange s'avère impossible, étant donné que les barbotines contiennent rarement
même après avoir aJOUté toute la quantité d'eau. un pourcentage d'eau moindre.
Bien que le silicate de sodium et la soude soient les On verse donc dans l'eau la pâte sèche, par paquet
défloculants les plus employés, on en utilise quelque- de 50 g à la fois et. après chaque addition, on remue le
fois d'autres. L'hydroxyde de sodium (soude caustique) mélange à fond pour éviter la formation de grumeaux.
est un défloculant très actif, mais il a le désavantage Après avoir versé le cinquième paquet (soit 250 g), le
d'être caustique et doit être manipulé avec précaution. mélange commence à devenir pâteux et à perdre sa
On peut aussi employer le pyrophosphate de sodium, fluidité. La fluidité réapparaît si on ajoute goutte à
vendu ordinairement comme décapant. On a essayé goutte du silicate de sodium. Pour faciliter l'écoulement
aussi avec succès le tétrapyrophosphate de sodium, un goutte à goutte du bec de l'éprouvette et réduire la vis-
autre composé de la soude, avec quelques argiles sur cosité du silicate de sodium, on le mélange au préalable
lesquelles les autres déflocu lants ne semblaient pas à son poids d'eau. On a donc une solution de silicate de
avoir d'effet. On emploie aussi parfois un composé sodium à 50 %. Après avoir ajouté quelques gouttes de
organique, le tannate de sodium. défloculant, la barbotine redevient très fluide et il faut
Il y a des argiles qui ne se défloculent pas du tout, lui ajouter de la pâte sèche jusqu'à ce qu'elle soit de
et ne peuvent être employées comme pâtes à couler. nouveau trop épaisse. On verse alors une ou deux
Les argiles communes de surface contenant des quanti- gouttes de défloculant, puis de la pâte, du silicate de
tés considérables de fer ou d'alcali libre sont d'habitude sodium et, si cela est nécessaire, de l'eau, et ainsi de
difficiles sinon impossibles à utiliser pour faire des pâtes suite, jusqu'à ce que l'on ait employé les 500 g de pMe
à couler valables. Les argiles plus pures, comme les sèche. On note alors combien il manque de solution de
kaolins, ou les argiles très plastiques du genre bali clay silicate de sodium à 50% dans l'éprouvette. En divisant
peuvent d'ordinaire être facilement défloculées et font par deux, on obtient la quantité nécessaire pour défia-
de bonnes pâtes à couler. Bien des terres à feu ou des culer 500 g de pâte sèche. Si la quantité d'eau dépasse
terres à grès cuisant brun sont également faciles à trai- 50 % du poids de la pâte sèche (ou de l'argile, si on n'a
ter et se moulent bien par coulage. pas ajouté d'autres composants secs pour faire la pâte),
Pour déterminer les quantités de défloculant et la pâte ainsi obtenue sera probablement inapte au cou-
d'eau nécessaires à l'obtention d'une pâte à couler uti- lage, car le retrait et le gauchissement seraient exces-
lisable, on peut adopter la méthode suivante. Le pro- sifs, et les pièces risqueraient de coller aux mou les.
blème consiste à déterminer la quantité minimale d'eau Tous ces défauts proviennent d'une quantité d'eau
et celle de défloculant nécessaires. On commence par excessive. Si, au premier essai, la défloculation est nulle

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LES PATI:S CtRAMIQUES

et si la barbotine reste épaisse et non fluide, on peut dant le moulage. Il est difficile de dire combien de
essayer d'autres défloculants ou combinaisons de défloculant il faut ajouter à ces raclures pour retrouver
défloculants. Si ces nouveaux essais sont négatifs, on le pourcentage initial. En pratique, on ajoute à chaque
peut conclure que les défloculants ne sont probable- nouvelle préparation de barbotine une certaine quan-
ment pas à incriminer, mais que la terre essayée ne tité de raclures sèches ou humides. On voit à peu près
peut pas faire une pâte à couler valable. de manière empirique ce qu'il faut ajouter de déflocu-
Après avoir fait l'essai de défloculation, il est bon lant aux raclures qui en manquent.
de laisser reposer la barbotine une heure ou plus, pour Les pièces moulées collent souvent aux moules, et
savoir si oui ou non elle a tendance à faire une gelée, à ce défaut provoque des fentes et du gauchissement.
« prendre ». Si elle « prend », on a peut-être employé Cela peut être dû à une trop grande quantité d'eau
trop ou trop peu de défloculant. Il est important que la dans la barbotine, ou à la combinaison des composants
barbotine destinée au coulage reste fluide, même si on qui rend la pâte trop peu plastique et collante. Si ces
ne la remue pas. Si on essaie une barbotine dans un deux causes sont à écarter, l'état des moules peut être
petit moule, on peut extrapoler et prévoir son compor- mis en cause, soit qu'ils soient trop humides, ou qu'ils
tement dans un moule normal. Si l'excès de barbotine présentent des surfaces souillées par des matières
vidé du moule laisse l'intérieur de la pièce lisse et régu- grasses, du savon ou d'autres corps étrangers. Quel-
lier, c'est qu'elle est bonne à ce genre d'emploi. Quel- quefois, les barbotines qui contiennent de l'oxyde de
quefois, elle n'est pas assez fluide et dépose à fer libre ont tendance à coller aux moules et, si on veut
l'intérieur des pièces des bosses, des saillies, ou « des une barbotine rouge, il vaut mieux employer si possible
plis de rideaux ». Dans ce cas, il faut modifier la visco- des terres qui cuisent naturellement rouge que d'ajou-
sité en changeant la quantité de défloculant ou en ter de l'oxyde de fer.
changeant le défloculant lui-même, en augmentant la Les défloculants attaquent le plâtre et, pour cette
quantité d'eau ou en modifiant la formule de la pâte, raison, moins il y en a, mieux cela vaut. Le silicate de
en remplaçant la terre qui est à l'origine de ce défaut sodium et la soude en solution dans l'eau de la pâte
par une autre qui se moule mieux. pénètrent dans le moule et ont tendance à s'y fixer,
Il est parfois bien difficile d'obtenir une barbotine exception faite d'une certaine quantité qui forme une
qui se comporte parfaitement à l'utilisation et, à grande fine pellicule de poussière à la surface du moule quand
échelle, dans l'industrie, les barbotines sont soumises à il sèche. Les surfaces des moules, en plus des détériora-
un contrôle constant. De petits ajustements peuvent s'avé- tions causées par les défloculants, sont sujettes à une
rer nécessaires après avoir essayé une pâte pendant un usure mécanique et, pour cette raison, il faut s'attendre
temps assez long au cours de moulages quotidiens. à ce que l'emploi des moules soit limité à un certain
Quelquefois, l'alcalinité de l'eau cause des ennuis, nombre de moulages. L'invention d'un matériau nou-
ainsi d'ailleurs qu'un changement d'eau, de légères veau et plus durable serait une bénédiction pour la
modifications dans les argiles employées, l'humidité des poterie industrielle, mais jusqu'à ce jour aucun ne s'est
terres ou des autres matériaux secs, ou la difficulté révélé supérieur au plâtre de Paris.
mécanique d'opérer les mélanges et le désaérage de la Pour une épaisseur normale, les temps de prise dif-
pâte. Tous ces ennuis sont surmontables, mais en trou- fèrent selon les barbotines. Les pâtes très peu plas-
ver la cause exacte peut demander quelquefois une tiques, riches en silice, en feldspath et autres matériaux
longue période d'essais minutieux. non plastiques, prennent rapidement. La couche de
Après la prise de la pièce dans le moule, il reste pâte solidifiée formée contre la paroi du moule est
ordinairement à la partie supérieure un peu de pâte en imperméable et freine un peu le déplacement de l'eau
excès qu'il faut ôter pour obtenir des bords nets. Les de la pâte vers le plâtre du moule, et une couche
raclures ainsi obtenues sont une excellente pâte et peu- épaisse prend rapidement.
vent être récupérées et réutilisées. Elles contiennent D'autre part, les pâtes très plastiques ont un temps
cependant du défloculant, mais pas tout le pourcen- de prise long. Les pâtes manquant trop de plasticité se
tage initial, car une certaine quantité est passée dans le moulent très difficilement : elles prennent trop rapide-
moule, dans la mesure où le plâtre a absorbé l'eau pen- ment et sont difficiles à égaliser. Leur peu de tenue,

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l'ARGILE

quand elles sont encore vertes, rend l'opération du


démoulage malaisée . Des pâtes plus plastiques ont des
temps de prise plus longs, une finition et une manipula-
tion plus faciles, et assurent un pourcentage supérieur
de pièces réussies. Le temps de prise d'une argile nor-
male et pour des pièces d'une épaisseur moyenne varie
habituellement de 10 à 30 minutes, suivant l'état des
moules, le genre de pièces et l'épaisseur exacte désirée.
Dans la formulation des pâtes à mouler par cou-
lage, il faut tenir compte de la défloculation et prendre
en considération les propriétés de moulage. Étant
donné que le coulage ne requiert aucune manipulation
de la terre à l'état plastique, la plasticité peut être bien
moindre que celle que requièrent les pâtes à tourner.
A vrai dire, une plasticité exagérée peut être une source
de difficultés. D'ordinaire, les pâtes à couler n'ont Calibrage d'une assiette.
pas plus de 50% d'argile, le reste étant composé de
matériaux non plastiques tels que la silice, le feldspath certaine fermeté et en même temps d'un retrait
et autres fondants. Une certaine quantité d'argile modéré. Un mélange d'argiles très plastiques (bali clays)
plastique est cependant nécessaire pour assurer la d'une part. et de kaolins les moins plastiques, d'argiles
tenue des pièces sèches et faciliter leur finition et leur à grès ou à faïence d'autre part, possède les propriétés
manipulation. requises pour n'importe quel procédé ou système
Certaines argiles sélectionnées sont réputées pour de séchage. C'est seulement par tâtonnement, à la
leur bonne aptitude au coulage, et d'autres, qui par suite d'essais successifs, qu'on peut arriver à composer
ailleurs sembleraient convenir, sont à rejeter parce une pâte à calibrer valable. Il n'existe pas de méthode
qu'on ne peut pas les défloculer. permettant de dire à l'avance si telle pâte sera bonne
Compte tenu des facteurs de plasticité et d'apti- pour un procédé de façonnage particulier tel que le
tude au moulage par coulage, des proportions relatives calibrage.
des composants plastiques et non plastiques, la formu- Les pâtes destinées au moulage par pressage peu-
lation des pâtes à couler obéit aux principes courants vent être bien moins plastiques que celles destinées au
de la fabrication des pâtes céramiques en général. Ordi- calibrage. Dans le pressage, la pâte doit être assez
nairement, une pâte bonne à couler n'est pas assez souple pour épouser les creux du moule sous l'effet de
plastique pour le tournage; par contre, elle convient la pression exercée, mais la plasticité n'intervient pour
aussi au pressage et au calibrage. ainsi dire pas, sauf dans la mesure où elle est liée à la
tenue de la pâte humide.
Les objets pressés sont normalement démoulés
immédiatement après le pressage et doivent être assez
10. Les pâtes à mouler fermes pour garder leur forme.
par calibrage et par pressage
L'utilisation du tour à calibrer demande une pâte
de plasticité moyenne, séchant avec un minimum de
11 . Couleurs et textures
retrait et de déformation. D'habitude, on laisse les des pâtes céramiques
pièces aux moules après le calibrage et, en séchant,
elles doivent s'accommoder de leur nouvelle position La gamme des couleurs de l'argile cuite s'étend du
dans le moule due au retrait et à la diminution de taille blanc pur ou du gris au noir, en passant par toutes les
qui en résulte. Cela implique l'emploi d'une pâte d'une nuances de gris, de jaune, d'orange, de rouge, de brun.

38
l.ES PATES CERAMIQUES

Cette gamme, bien que les tons chauds soient domi- des modes de cuisson différents. Les effets de la réduc-
nants et le nombre de nuances lim1té, est en réalité suf- tion, c'est-à-dire les effets d'une atmosphère enfumée
fisante et permet un grand choix de couleurs pendant la cuisson, seront étudiés en détail plus loin,
convenant à la variété des formes en céramique. les mais on peut déjà d1re qu'en général la réduction a
argiles présentent un éventail de textures allant de la pour effet de faire « venir » des tons froids plutôt que
plus grande douceur à la rugosité extrême. la couleur des tons chauds. Une argile contenant peu de fer, cuite
et la texture des pâtes cu1tes rappellent celles des en réduction, sera dans les tons gns ou chamois. Les
roches, des sables et des affleurements. En fait, la cou- terres qui deviennent rouges en cuisant dans une atmo-
leur des céramiques est due en général à l'oxyde de fer, sphère oxydante tendent au noir en réduction .
tout comme la couleur des roches et des terres autour Quand l'atmosphère du four est inégale, la même
de nous est due à la présence de fer sous une forme ou pièce peut présenter des zones rouges et des zones
sous une autre. noires correspondant à une exposition à une atmo-
Si la couleur de l'argile cuite éveille en nous un sphère soit oxydante, soit partiellement réductrice. les
écho favorable, c'est peut-être parce qu'elle a ces cou- briques sont quelquefois cu1tes de cet1e façon à dessein
leurs de terre ou de rocher qui nous rappellent le pay- afin d'obtenir des taches de couleurs différentes.
sage, la nature. Presque tout le monde aime la couleur Le rouge brique chaud des argiles cuites ne
et la texture simple et honnête des briques, des pots de s'obtient que si on atteint presque le point de vitrifica-
fleurs, des tuiles et des autres objets de terre cuite. tion. Quand on conduit jusqu'à un certain point la cuis-
Cette gamme de couleurs vient facilement et tout natu- son d'une pâte, l'apparition du verre se traduit par des
rellement en céramique; et, bien qu'il soit facile, tons brun-gris, bruns ou noirs, plutôt que par du rouge.
comme on le verra par la suite, de modif1er la couleur En fait, les briques de pavement ont souvent des teintes
d'une pâte céramique, les couleurs des argiles natu- noir verdâtre, parce que le fer colore ainsi la terre à ce
relles sont, une fois cuites, souvent très agréables. stade de la cuisson.
Presque toutes les argiles contiennent assez de fer La couleur d'une terre peut être modifiée par
pour prendre, une fois cuites, une tonalité légèrement l'addition d'oxydes colorants. Si on veut foncer du
«chaude». l'argile qui prend à la cuisson une couleur rouge ou du brun, on peut ajouter de l'oxyde de fer. Si
blanc pur est certainement une exception, et la plupart on ajoute de 2 à 4% d'oxyde de fer à une terre qui
des argiles communes de surface contiennent assez de dev1ent normalement brun clair à la cuisson, elle sera
fer pour devenir, une fois cuites, carrément jaunes, rouge ou brune. A cet effet, on utilise en général de
rouges, brunes ou marron. En plus de l'oxyde de fer, il l'oxyde ferrique Fe20 3 (rouge). Il présente l'inconvé-
peut y avo1r dans l'argile d'autres oxydes colorants, nient d'être un colorant très puissant qui teinte la pâte
notamment de l'oxyde de manganèse, mais d'habitude crue et qui, par conséquent, donne aux mains, aux
ils sont en si faible quantité que leur effet colorant est outils et aux habits une teinte rouille foncé. L'oxyde de
annihilé par celui de l'oxyde de fer. Cependant, il y a fer agit comme un puissant fondant, et une dose un
des argiles tellement chargées en oxyde de fer ou de peu trop forte peut rendre une pâte trop fusible pour la
manganèse, qu'elles cu1sent brun très foncé ou no1r. La température choisie. On peut facilement faire des tests
majorité des argiles cuisent chamois, rouge ou brun. pour déterminer la quantité exacte d'oxyde de fer à
la couleur de l'arg1le cuite dépend non seulement ajouter pour obtenir l'effet désiré.
de sa teneur en fer, mais aussi -et ceci peut être aussi On peut aussi utiliser l'oxyde ferreux (noir). Il est
important - de la température de cuisson et de d'un grain plus gros que l'oxyde ferrique et peut donc
l'atmosphère du four. Par exemple, une argile peut être donner du mouchetage. L'oxyde ferreux noir peut ne
légèrement rose cuite à 945 oc, rouge brique à pas s'oxyder complètement à la cuisson et donner des
1050 °C, brun chocolat à 1125 oc, presque noire à teintes grisâtres au lieu du rouge de l'oxyde ferrique. Si
1190 oc et d'une texture rappelant celle du mâchefer. on recherche une couleur très foncée ou des taches ou
la même argile cuite en atmosphère réductrice à des mouchetures, on peut utiliser d'autres oxydes ou
1050 oc peut être noire. Autrement dit, chaque terre d'autres combinaisons d'oxydes. Les combmaisons
peut prendre des couleurs différentes correspondant à d'oxyde de fer et de bioxyde de manganèse don nero~~

39
l'ARGilf

des tons allant du gris-brun au brun foncé ou au noir. nissent des teintures propres à cet usage. Ce genre de
Environ 2 % de b1oxyde de manganèse suffisent à fon- teinture a été largement employé dans la fabrication de
cer une pate de manière apprécrable. Employé seul, le la vatsselle de table dont la pâte est elle-même colorée;
bioxyde de manganèse donne des tons gris-brun plus ainsi, quand un plat bleu est ébréché, par exemple, la
ou moins tacheté. Ce mouchetage est dû à la taille rela- pâte du tesson étant de la même tetnte, l'endroit abîmé
tivement grande de ses particules. Si on veut des taches se remarquera moins.
plus grosses et bien apparentes, on peut employer du La texture de l'argile peut être de deux sortes : la
bioxyde de manganèse en granules. Le manganèse pul- texture réelle de la terre, qui se perçoit au toucher, et la
vérisé assez fin pour passer à travers un tamis no 23 texture apparente, perçue par la vue et qui provient des
s'avère être d'une granulation suffisante pour donner différences brutales de couleurs, des taches et des
une couleur bien mouchetée. Pour obtenir du noir, on mouchetures. Si on désire une certaine rugosité, ou
peut utiliser un texture réelle, on
mélange d'oxydes peut ajouter de la
de fer, de manga- chamotte plus ou
nèse, de cuivre et moins fine à la
de cobalt. Ces deux terre. La chamotte
derniers oxydes sont est de l'argile cuite
des fondants très concassée en gra-
puissants et, étant nules. Ell e est
aussi très solubles commercialisée en
dans le verre, 1ls différentes quali-
colorent donc toute tés, comme la cha-
glaçure qut les motte de terre à
recouvre. Pour cette feu, qui est brune,
raison, on les ou la chamotte de
emplote peu, ou pas porcelaine, qui est
du tout. dans les blanche.
pâtes céramiques. On peut aussi la
En outre, ils coûtent Couleurs et textures des argiles. préparer soi-même,
cher. En général, en broyant de
pour des raisons pratiques de prix et de cuisson, la l'argile cuite, des briques rouges par exemple, ou des
quantité d'oxydes colorants ajoutée à une pâte céra- pâtes spécialement préparées à cet effet. Après avoir
mique ne doit pas dépasser 3% et, si l'on recherche broyé la chamotte, on la tamise pour obtenir des grains
certains effets spéoaux, on peut aller jusqu'à 5 %. Ici. de la grosseur souhaitée. Une chamotte qui passera au
comme bien souvent dans la composition des matières tamis n° 30 est très grossière et donnera une texture
céram1ques, plus on reste près des matériaux naturels, très rugueuse st on l'ajoute à une pâte céramique dans
metlleurs sont les résultats. Il vaut mieux employer une la proportion d'environ 15 %. Tamisée deux fois plus
terre naturellement rouge que d'accommoder une terre fin, on peut dire que la chamotte est de finesse
blanche en y aJoutant du fer. moyenne et on peut l'employer pour donner une cer-
Quelquefois, on peut souhaiter des pâtes céra- taine rudesse à la pâte à tourner. On emploie quelque-
miques qui, en cuisant, prennent une teinte ocre, bleue fois des chamottes d'un grain exceptionnellement gros
ou verte. Ces couleurs, surtout celles qui sont froides, pour les grandes terra-cotta, les sculptures ou les objets
ne semblent guère convenir à des pâtes céramiques, qui nécessitent un bon séchage et une texture épaisse.
mais on arrive à teinter des argiles cuisant blanc avec les terres à feu grossières, les argiles sablonneuses ou
des oxydes colorants. les bleus sont produits par addi- les schistes produisent la même rugosité que la cha-
tiOn de teinture à base de cobalt, les verts à partir du motte dans les pâtes céramiques auxquelles on les
cuivre et du chrome, etc. les usines de colorants four- incorpore. Cependant, à la longue, les terres à feu ont

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LES PÀTES CERAMIQUES

tendance à s'amollir. Alors qu'une pâte qui vient d'être ou de schiste. Si on élève suffisamment la température
composée peut être très rugueuse à cause de la terre à pour atteindre le point de fusion, on obtient des mou-
feu qu'elle contient, lorsqu'elle a reposé pendant un chetures d'un noir profond. Les matériaux générateurs
mois environ, il arrive que, la terre à feu ayant perdu sa de taches noires ont aussi une influence sur les gla-
rugosité, cette pâte devienne considérablement plus çures, surtout sur celles qui cuisent à haute tempéra-
douce. ture et qui sont très sensibles à la nature du tesson
Certaines terres à feu, d'une nature simple et qu'elles recouvrent. La quantité de matière à ajouter à
rude, constituent telles quelles un très bon matériau une argile pour provoquer l'apparition de taches
pour le modelage et certaines sortes de poteries. Le dépend de la nature de cette argile et de la densité ou
schiste est très dur et ne s'amollit que très lentement, de l'intensité qu'on désire donner à ces taches. En
et encore! On peut l'employer com me chamotte, général, 2% d'ilménite ont un effet très visible et, dans
pourvu que sa couleur et sa fusibilité conviennent à la les pâtes à hautes températures de cuisson, 5 % de
température de cuisson de la pâte ainsi qu'à la texture chamotte de brique rouge donnent une texture forte-
apparente qu'on désire donner à la pièce. ment tachetée. Des essais sont nécessaires pour déter-
Bien que les pâtes «cha mottées», à cause de leur miner la meilleure composition dans chaque cas précis.
rugosité, soient évidemment contre-indiquées pour la On peut provoquer l'apparition de taches blanches
vaisselle de table et certains autres articles céramiques, dans une pâte en ajoutant de la chamotte blanche. La
elles exercent une telle séduction à la fois visuelle et chamotte de porcelaine convient très bien à cet usage.
tactile qu'elles sont en fait un matériau de choix pour la Une fois l'objet façonné, il peut s'avérer nécessaire,
sculpture, les diverses sortes de poteries faites à la avant de le cu ire, d'en passer la surface à l'éponge ou
main, et maints objets utilitaires ou décoratifs. Bien au papier de verre ou au grattoir pour faire apparaître
entendu, au cours de l'histoire, les potiers se sont effor- la chamotte blanche. La combinaison de taches
cés de réaliser des pâtes céramiques de plus en plus blanches et noires dans une argile grise ou brune peut
douces et plus fines. Le point culminant de ces donner une texture extrêmement forte, semblable à
recherches fut l'apparition, en Chine, de la porcelaine celle du granit.
vitrifiée d'un blanc pur. Bien que ce résultat puisse tou- Comme on l'a dit à propos de la couleur du tes-
jours être considéré comme un idéal, les céramistes son, ces textures sont d'autant plus plaisantes sur la
modernes ont tendance à garder l'esprit ouvert à toutes pièce finie qu'elles sont venues plus naturellement. Les
les possibilités offertes par les pâtes céramiques, et à taches trop visibles, par exemple trop régulièrement
tirer parti de la rugosité quand elle s'impose, soit du espacées et trop mal accordées aux autres couleurs de
point de vue pratique, soit du point de vue esthétique. la pâte et de la glaçure, paraîtront sûrement artifi-
La texture d'apparence, constituée par des taches cielles. Ce genre de fausse texture est souvent particu-
ou des mouchetures, peut s'obtenir dans une pâte en y lièrement déplacé sur des pièces cuites à basse
ajoutant des oxydes colorants en granules ; à la cu isson, température et qui ont la prétention d'imiter le grès,
ils prendront une couleur plus foncée que la pâte qui qui cuit, lui, à haute température. Il vaut mieux laisser à
les entoure. On a déjà parlé du manganèse à ce sujet. chaque matériau et à chaque genre de cuisson le soin
On emploie aussi de l'ilménite, minéral contenant du de mettre en valeur eux-mêmes leurs propriétés.
fer et du titane. Dans le commerce, on trouve de l'ilmé-
nite en grains plus ou moins gros. Celle qui passe à tra-
vers un tamis no 23 donne à l'argi le des taches noires
bien visibles. Le fer en granules produit également des
taches et des mouchetures qui ressortent bien. Quel-
12. La faïence
quefois, on utilise à cet effet de la limaille de fer ou des La faïence est cuite en général au-dessous de
rognures rouillées, des battitures de forgeron, etc. La 1190 oc et, à cette température, la pâte reste quelque
taille des particules de fer et la température de cuisson peu poreuse et ouverte. En grande majorité, les pote-
déterminent la nature des taches. Une autre source de ries dans le monde ont été des faïences parce que la
taches noires peut être une chamotte de brique rouge terre à faïence est extrêmement commune et qu'il est

41
l'ARGilE

relativement facile d'atteindre dans les fours sa tempé- il faut lui ajouter un fondant, par exemple de l'oxyde
rature de cuisson. de fer, du talc ou une fritte.
Les pâtes à faïence sont composées en général 2. Si l'argile est trop fusible et devient trop dense à la
d'argiles communes qui cuisent rouge ou brun, aux- température choisie, il faut lui ajouter des matières
quelles on a ajouté le minimum d'autres matières pour réfractaires telles que le kaolin, la bali clay, la terre à
pouvoir les travailler et les cuire convenablement. grès, la terre à feu, la silice, ou de la chamotte fine.
Presque partout dans le monde, on trouve des argiles 3. Si elle est trop collante et a un retrait trop grand, il
naturelles qui font de très bonnes pâtes à faïence, et faut lui ajouter encore plus de matières non plas-
leur abondance explique que, partout, l'homme les ait tiques telles que la silice, le kaolin, la chamotte ou la
utilisées pour la fabrication des ustensiles de sa vie quo- terre à feu.
tidienne. L'argile rouge commune est en général très 4. Si elle est farineuse et insuffisamment plastique, il
plastique et convient au modelage, aux procédés du faut lui ajouter une matière plus plastique, de la bali
colombin, du tournage, du pressage, et d'une manière
clay très plastique, ou de la bentonite.
générale à tous les procédés employés pour façonner
l'argile. La présence d'oxyde de fer dans presque toutes S. Si on veut changer la couleur, il faut ajouter du fer
les argiles secondaires de surface explique la couleur ou d'autres oxydes métalliques.
brune, marron, chamois ou rouge, caractéristique des Les tests servent non seulement à déceler les
argiles à faïence. Elle rend compte aussi des tempéra- défauts que l'on veut corriger dans une argile, mais
tures relativement basses, suffisantes pour obtenir une également à évaluer les quantités de matières à ajouter
production bien cuite et utilisable. pour obtenir la pâte à faïence qui sera la plus adaptée.
Le mieux, pour la formulation d'une pâte à
faïence, est de s'en remettre surtout à une argile natu-
relle. Beaucoup d'argiles rouges communes deviennent Le tableau de la page suivante donne les composi-
très dures et très denses en cuisant à des températures tions de quelques pâtes à faïence typiques cuisant de
allant de 1005 oc à 1125 oc. La première chose à faire 1005 oc à 1125 oc. Ces pâtes sont élaborées à partir
est de repérer une bonne source d'approvisionnement de terres rouges théoriques - bien qu'elles représen-
en cette matière. De nombreux fournisseurs de tent des argiles courantes - que l'on peut définir
matières céramiques vendent de l'argile rouge conve- comme suit :
nant à la faïence. Cependant, son prix élevé, surtout
- Terre rouge 1 : très plastique et collante, brun
si le transport est long, justifie l'exploitation des res-
sombre à la cuisson, très fermée à 1050 oc. À cette
sources locales.
température, retrait total 13%; absorption 1,5 %.
Acondition de bien vouloir s'en donner la peine,
on peut trouver et extraire de l'argile rouge dans bien - Terre rouge 2 : bonne plasticité, brun-jaune à la
cuisson à 1050 oc avec un retrait total de 11 % et
des endroits. Parfois, une usine voisine de briques ou
de pots de fleurs peut disposer d'une excellente terre à une absorption de 6 %.
faïence toute prête à l'emploi. - Terre rouge 3 : peu plastique, chamois clair à la
Une fois la terre trouvée, la seconde étape consiste cuisson à 1050 oc avec un retrait total de 8 % et une
à la tester pour déterminer ses caractéristiques. Il faut absorption de 13 %.
faire les tests de plasticité, de retrait et de porosité à
La terre 1 est trop plastique et trop fusible. La
différentes températures. On saura alors ce qu'il faut
terre 2 est à peu près bonne. La terre 3 n'est pas assez
lui ajouter pour qu'elle convienne au procédé envisagé
plastique et sa maturation serait insuffisante aux tem-
et à la température de cuisson choisie. Pour les addi-
pératures envisagées.
tions, on peut procéder de la manière suivante :

1. Si la terre est trop réfractaire (autrement dit, si elle Les compositions A, B et C sont destinées à corri-
ne devient pas assez dure à la température choisie), ger la terre 1. Cette argile, seule, est trop fusible et trop

42
lES PAlES CE~AHIQUES

Compositions de pâtes à faïence typiques cuisant de 1 005 •c à 1125 •c

Matières premières A B c 0 E F G H 1 J K
Terre rouge 1 75 50 75
Terre rouge 2 100 90 90 90
Terre rouge 3 75 55 63 85
Kaolin 15
Bali clay 8 5 20 23 31
Terre à grès 25
Terre à feu 15 25 10
Talc 18
Fritte 5 5 4 10
Silice* 10 10
Bentonite 3
Oxyde de fer 2 6 2
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

plastique; il faut la corriger par l'addition de terres plus la composition d'une telle pâte pourrait être :
réfractaires et de silice. Kaolin 25
Les compositions D, E, F et G concernent la terre 2 Bali clay 30
qui est utilisable telle quelle. Dans la composition E, on Fritte 17
a ajouté un peu de bali clay pour améliorer la plasticité
Talc 15
de la pâte.
Silice* 10
Dans la composition F, on a ajouté un peu de terre
à feu, ce qui peut la rendre meilleure pour le modelage Oxyde de fer 3
ou les pièces importantes. 100
Dans la composition G, on a ajouté à la fois un peu
d'argile très plastique et de fritte pour obtenir une pâte De telles compositions présentent cependant un
légèrement plus fermée. inconvénient : lorsqu'on a ajouté tout le fondant, la
les compositions H, 1, J et K sont destinées à corri- plasticité peut avoir diminué à tel point que la pâte
ger la terre 3 qui est trop maigre et dont la maturation devient difficile à tourner. Pour le moulage, cependant,
est insuffisante aux températures envisagées. Pour pal- ce genre de pâtes peut s'avérer préférable à une pâte à
lier ces inconvénients, on ajoute de l'argile plastique, base d'argile rouge naturelle. Pour tous les procédés de
de la bentonite ou d'autres fondants. façonnage demandant de la plasticité, il est meilleur,
Si on ne dispose pas d'argile rouge avec laquelle plus simple et moins cher de composer des pâtes à
on puisse faire une pâte à faïence rouge, on peut faïence avec le plus possible d'argile naturelle ordinaire,
employer un mélange de kaolin, d'argile très plastique cuisant rouge.
(bali clay) et d'oxyde de fer, additionné d'un fondant
quelconque destiné à abaisser le point de fusion de la
pâte obtenue. (*)Silice : s1lex calcmé, sable ou quartz broyé.

43
lAR<iiU

On peut faire des pâtes à faïence qui prennent à la marge de sécurité de cuisson. Le talc a la propriété de
cuisson une teinte blanche ou très claire, en mélan- former, avec l'argile et la silice des pâtes, des composés
geant des terres comme le kaolin, de l'argile très plas- fondant à basse température. Le seul inconvénient est
tique (bali clay) ou de la terre à grès avec la quantité de la grande quantité de talc nécessaire à l'obtention
fondants convenant à la température choisie. Avec ce d'une pâte dense et bien cu1te à 1110 oc ou moins, en
genre de pâtes, la difficulté cons1ste à bien choisir le l'absence d'autres fondants tels que le fer ou une fritte.
fondant et à conserver suffisamment de plasticité mal- Le résultat, c'est que les pâtes céramiques au talc sont
gré la quantité nécessairement grande de matériaux relativement non plastiques et qu'elles ne conviennent
non plastiques. En réalité, le nombre des fondants uti- en réalité qu'au moulage. Cependant, si la seule forme
lisables dans les pâtes à faïence blanches est rigou- de façonnage envisagée est le moulage, alors de toute
reusement limité. Les feldspaths, sauf la syénite manière les pâtes au talc sont satisfaisantes.
néphélinique, sont trop réfractaires pour avoir beau- Les mélanges de talc, fritte et syénite néphélinique
coup d'influence sur la pâte au-dessous de 1 125 oc. peuvent faire des pâtes cuisant à basse température,
Pratiquement, il faut utiliser du talc, de la fritte, de la très denses, et même translucides. Si on augmente
syénlte néphéhnique, séparément ou en combinaison. suffisamment la quant1té des fondants, on approche de
Les fnttes destmées à mod1fier les pâtes sont la composition du verre, en sacrifiant, naturellement, la
d'ordinaire dépourvues de plomb, et leur point de plasticité de la pâte. On peut fa1re des pâtes imitant
fusion est plus élevé que celui des fnttes pour glaçures. la porcelame, mais cuisant à basse température, en
L'addition d'une fritte à une argile est un moyen effi- comb1nant des argiles qui cuisent blanc et des fon-
cace pour abaisser sa température de maturation. dants. Bien que la poterie ainsi obtenue puisse pré-
Cependant, elle a le sérieux inconvénient de réduire la senter des qualités de dens1té et une certaine
marge de sa température de cuisson. Une argile rouge translucidité, on ne peut la confondre avec la vraie por-
naturelle peut avoir une confortable marge de cuisson celaine, car elle ressemble plutôt à du verre et on voit
de 80 oc ou 100 °C, alors qu'une pâte contenant une au premier coup d'œil que c'est du toc. Il est intéres-
fntte n'aura une marge que de 40 oc. Si on dépasse de sant de noter qu'en Europe, avant que l'on découvre le
peu cette marge, des déformations, affaissements et moyen de faire de la vraie porcelame, les potiers italiens
débuts de fusion peuvent apparaître; si on reste au- ont essayé d'en faire en ajoutant du verre pilé à de
dessous de la température de cu1sson, la pâte demeure l'argile blanche et en cuisant le mélange aux basses
trop tendre et crayeuse. Un autre problème posé par températures qu'ils utilisaient pour leurs faïences. Les
l'emploi des frittes dans les pâtes céramiques est leur potiers persans, qui admiraient énormément les porce-
tendance à défloculer légèrement si les pâtes humides laines de Chine, essayèrent aussi de faire une pâte
sont stockées pendant un temps assez long. Beaucoup blanche et translucide, mais leurs fours étaient inca-
de frittes sont un peu solubles; elles peuvent dissoudre pables d'atteindre les hautes températures nécessaires
assez de sodium libre pour provoquer la défloculation à la vraie porcelaine. Ils utilisaient probablement des
des pâtes et les rendre molles, glissantes, à tel po1nt frittes alcalines pulvérisées ou de la soude pour abaisser
qu'on ne peut plus les façonner Cette tendance peut le pomt de fusion d'argiles blanches. Aucune de
être renversée par l'addition d'enVIron 0,5% de sulfate ces tentatives pour Imiter la vraie porcelaine ne réussit
d'aluminium ou de sulfate de magnésium aux pâtes, vra1ment.
sulfates qui neutralisent les alcalis responsables de ce
défaut. Mais l'addition de sels solubles à une argile
peut engendrer d'autres ennuis tels que l'apparition Le tableau de la page suivante indique des compo-
d'efflorescences ou de mousses, ou la formation sitions types de pâtes à faïence blanches ou chamois
d'écume à la surface de l'argile. cuisant à 1050 oc.
Le talc a été largement utilisé dans les pâtes com- les pâtes A, B et C utrlisent des combinaisons de
mercialisées destinées aux amateurs et aux écoles. fntte, de talc ou de syénite néphélinique comme fon-
L'emploi du talc permet la fabrication d'une pâte dants. Il y a assez d'argile très plastique (bali clay) pour
blanche à basse température de maturation et à grande donner une plasticité raisonnable. Les pâtes B et C

44
lfS PÂTES CÉRAMIQUES

Compositions de pâtes à faïence blanches ou chamois cuisant à 1050 °C

Matières premières A B c D E F G H 1
Kaolin 25 25 15 25
Kaolin plastique 15 25 20 25 40
Bali clay 30 20 25 60 50 60 10 25 10
Terre à grès 15 10
Fritte 15 10 15 5 10 15
Talc 5 10 40 20 30 20 20 20
Syénite néphélinique 10 10 10 5 20 30 15
Silice 10 10 15
100 100 100 100 100 100 100 100 100

contiennent un peu de terre à grès qui les fonce très pératures de travail. D'un côté, ils évitent la tendreté
légèrement. caractéristique des glaçures à basses températures et,
Les pâtes D, E et F sont des pâtes au talc, dont la d'un autre côté, ils tournent les difficultés des cuissons
proportion peut atteindre 40 %. Pour cette proportion, à hautes températures, avec l'usure du four et du maté-
tout le reste du mélange est const1tué de bali clay. riel d'enfournement qui en résulte, sans parler de la
dépense.
Les pâtes G, H et 1 ont beaucoup de fondant et
tendent vers une structure dense, VItrifiée. Un autre
type de pâtes à faïence est celui qu'utilisent les manu-
factures de vaisselle blanche bon marché. De telles Le tableau de la page suivante indique les formules
pâtes cuisent généralement entre 1135 oc et 1180 oc. types de pâtes à faïence à températures moyennes de
A ces températures relativement hautes, le problème 11 25 oc à 1180 oc.
de la composition de la pâte est simple. Des argiles cul- Les pâtes A, 8 et C sont très plastiques et devien-
sant blanc, additionnées d'un peu de talc, de feldspath nent brunes à la cuisson. Dans la pâte A, on corrige les
et de silice, donnent des pâtes qui, bien qu'elles restent 30% d'argile rouge commune à basse température de
légèrement poreuses et ne présentent pas de risques de cuisson par l'addition de terre à grès et de bali clay
déformation et d'affaissement à la cu1sson, sont suffi- pour faire une pâte rouge moyen, une fois cu1te à
samment dures et solides à l'usage. 1165 oc Dans la pâte B, on utilise surtout une argile
La faïence cuite à des températures moyennes, de rouge cuisant à température moyenne, et on la modifie
1125 oc à 1180 oc, possède la dureté, la force, la den- en lui ajoutant seulement un peu de bali clay et de
sité, la durabilité de la glaçure. Aces températures, on silice. La pâte C est d'une couleur plus claire grâce à la
peut même voir apparaître quelques-unes des qualités diminution de l'argile rouge à 25 %, et en portant la
du grès, bien que la pâte conserve les couleurs quantité totale de terre à grès et de bali clay à 55%.
brillantes et variées caractéristiques des températures Comme fondant, on ajoute 10% de syénite néphé-
plus basses. Puisque les pâtes à moyennes tempéra- linique. La pâte D est une pâte blanche vitreuse bonne
tures demandent moins de fondant, il est plus facile de pour le moulage, dans laquelle la syénite néphéhnique
leur donner la plasticité nécessa1re. Ce n'est pas sans et le talc sont utilisés Simultanément comme fondants.
raison que les potiers en général ont choisi les tempé- La pâte E est une pâte à faïence blanche de type
ratures moyennes de 1125 oc à 1180 oc comme tem- commercial.

45
LARGIU

Formules de pâtes à faïence à températures moyennes de 1125 •c à 1180 •c

Matières premières A B c D E
Argile rouge commune à basse température 30 25
Terre à grès cuisant à température moyenne 25 35
Argile rouge cuisant à t empérature moyenne 75
Bali clay 25 15 20 20 20
Kaolin 30 35
Terre à feu 10 10
Silice 10 10 10 20
Syénite néphélinique 10 30 10
Talc 10 15
100 100 100 100 100

13. Le grès Pour la texture, on peut ut1lrser de la chamotte ou


des terres à feu. En réalité, quelques terres à feu sont
On peut considérer comme grès toute pâte cuisant très semblables aux terres à grès, bien qu'elles puissent
gris, chamois ou marron, et vitnfiée entre 1 190 oc et avo1r des températures de cu1sson plus élevées, un grain
1390 oc. plus gross1er, et être moins plastiques. Pour les pâtes à
le nom vient. en fait. de la dens1te, de la dureté, textures plus rugueuses, le mélange des deux est 1déal.
de l'imperméabilité du tesson. Par certains côtés, la for- Quand on ne dispose pas d'une bonne terre à grès
mulation d'une pâte à grès est plus facile que celle naturelle, on peut composer des pâtes à hautes tempé-
d'une pâte à faïence, parce que, du fait des tempéra- ratures de cuisson avec du kaolin, de la bali clay, du
tures de cuisson plus élevées, il faut moins de fondant. feldspath et du sable, en ajoutant de l'argile rouge ou
Comme dans le cas de la faïence, la meilleure solution de l'oxyde de fer pour la couleur.
est de trouver une bonne terre à grès naturelle, qui Ces pâtes, cependant, n'ont pas toujours la plasti-
d'elle-même possède à peu près la plasticité requise, et, cité des pâtes à grès naturelles.
une fois cuite, la densité et la couleur voulues. B1en des La pâte à grès cuite doit avo1r une absorption de
terres à grès se trouvent à l'état naturel. On peut les 3 % ou mo1ns. Dans les me1lleurs cas, elle est dense et
utiliser seules, ou les mod1fier très légèrement pour imperméable, de couleur riche et de texture semblable
améliorer la plasticité, l'adhérence des glaçures, ou à celle des roches.
pour changer la couleur ou la texture. Une bonne terre
à grès naturelle doit être assez plastique pour le tour-
nage, prendre à la cuisson une couleur chamois, gris ou
brun clair, et être bien fermée, dense, à 1190 oc. le tableau de la page suivante indique quelques
la température relativement élevée nécessaire compositions types de pâtes à grès plastiques, cuisant
pour cuire le grès permet l'emploi du feldspath comme de 1225 oc à 1260 oc.
fondant pnncipal. le feldspath est un fondant idéal la pâte A est surtout composée de terre à grès,
parce qu'il tolère de larges écarts de températures et avec le m~nimum de bali clay et de feldspath nécessaire
que, par a1lleurs, il est bon marché, d'un emploi facile pour améliorer un peu la plasticité et rendre l'argile
et sans risque. plus dense aux températures indiquées.

46
LES PÂTES CtRAMIQUES

Compositions de pâtes à grès plastiques cuisant de 1225 •c à 1260 •c

Matières premières A B c D E F
Terre à grès 80 75 40 30 20
Terre à casette 20
Bali clay 10 15 20 30 30 15
Kaolin 40 25
Argile rouge 10 5
Feldspath 10 10 10 15 20
Sable 10 10 20
Argile réfractaire 30
100 100 100 100 100 100

La pâte B est semblable, mais un peu plus plas- kaolins, elles manquent à tel point de plasticité qu'il
tique à cause d'une légère augmentation en argile devient difficile de les façonner, même par moulage.
très plastique (bali day). Pour composer les pâtes à porcelaine, on peut
La pâte C est un peu moins plastique, car on a uti- prendre comme proportions de base 5 parties d'argile,
lisé de la terre à casette, et ajouté 10% de sable pour 3 parties de feldspath et 2 parties de quartz broyé. Les
assurer l'adhérence de la glaçure. 5 parts d'argile doivent être composées en partie de
La pâte 0 est moins fine à cause des 30 % de terre bali clay et de kaolin afin de rendre la pâte utilisable. Si
à feu (argile réfractaire). on ne désire pas une blancheur absolue, on peut aug-
Dans la pâte E, on a remplacé la terre à grès par menter la quantité d'argile très plastique (bali clay),
30% de bali clay et 40% de kaolin. La bali clay assure la pour avoir moins de mal à former les pièces. En géné-
plasticité, et une petite addition d'argile rouge, la couleur. ra l, pour garder aux pâtes la même qualité malgré les
La pâte F est une pâte à grès indiquée pour le légères différences qui peuvent exister dans la compo-
moulage ou le calibrage. sition des argiles, on utilise plusieurs sortes de kaolins.
Si on utilise un feldspath doux comme la syénite
néphélinique, une petite proportion suffira à faire
14. La porcelaine apparaître la translucidité.
On appelle porcelaine une poterie blanche La quantité de quartz broyé peut varier, mais,
vitreuse, plus ou moins translucide, cuite à 1250 oc ou si elle dépasse 25% environ, des cassures provoquées
par des tensions internes peuvent se produire lors du
plus. On l'obtient en combinant des arg iles cuisant
blanc avec des feldspaths et du quartz broyé. La tem- refroidissement.
pérature relativement élevée agit sur les fondants et Les quantités respectives de chaque composant
transforme ainsi le mélange en un corps dense, imper- dépendent évidemment de la température exacte
méable, proche du verre. choisie pour la cuisson. Une pâte conçue pour cuire à
Il est très simple, en réalité, de composer les pâtes 1390 oc contiendra beaucoup moins de feldspath que
à porcelaine, puisque les composants sont peu nom- celle qu'on veut cuire à 1250 oc.
breux et les meilleures proportions établies dans la Puisqu 'on est obligé d'utiliser un peu d'argile très
pratique. La seule difficulté est que, si l'on utilise seule- plastique (bali clay), le choix de la qual ité est d'autant
ment des argiles pures cuisant blanc, comme les plus délicat que les argi les varient beaucoup à la fois

47
l'ARGILE

Compositions de pâtes à porcelaine cuisant de 1260 •c à 1285 •c et de 1310 •c à 1390 •c

Matières premières A B c D E F
Kaolin de Géorgie 35 25 25 5 30 25
Kaolin de Floride 10 15 40 15 15
Argile bali clay d'Angleterre 5 10 25 15 10
Argile du Kentucky 10
Feldspath 30 30 25 20
Syénite néphélinique 25 30
Quartz broyé 20 20 25 20 20 20
100 100 100 100 100 100

dans leur plasticité et leur teneur en fer. La bali clay peut utiliser à cet effet 1 ou 2% de blanc d'Espagne ou
d'Angleterre est peut-être la meilleure pour la porce- de dolomie.
laine, puisqu'elle est très plastique et relativement
En oxydation, les pâtes à porcelaine ont tendance
dépourvue de fer. Mais elle contient beaucoup de char-
à être blanc-crème. Lorsqu'elles sont cu1tes en réduc-
bon qu'il faut tamiser avant de pouvoir l'utiliser.
tion, la petite quantité de fer apporte une nuance gris-
bleu qui, comme c'est le cas du bleu de lessive pour le
linge blanc, donne l'apparence d'un blanc brillant. Les
Le tableau ci-dessus indique quelques composi- pâtes utilisées dans le commerce pour la porcelaine
tions types de pâtes à porcelaine. vitreuse sont les mêmes que les pâtes à porcelame véri-
La pâte A est une pâte très blanche cuisant de table. Dans les us1nes de porcelame vitreuse ordinaire,
1260 oc à 1285 oc, peu plastique à cause de la petite on procède d'abord à une première cuisson, appelée
quantité de bali clay. cuisson de dégourdi, jusqu'à maturation complète,
La pâte B est pratiquement la même, sauf une sans glaçure. Les pièces, étant vierges de glaçures, peu-
légère augmentation de la bali clay. Néanmoins, ce vent être maintenues par des supports réfractaires spé-
qu'elle gagne en plasticité, elle le perd en blancheur. ciaux, ou calées dans du sable siliceux. On évite ainsi au
La pâte C comporte la même quantité de kaolin, maximum le gauchissement et les déformations qui ne
de bali clay, de feldspath et de quartz broyé. Bien manqueraient pas de se produire autrement. Ensuite,
qu'elle soit légèrement grise à la cuisson, elle « pré- les pièces, couvertes de glaçures borosilicatées au
sente » bien et se moule parfaitement. plomb, sont soum1ses à une seconde cuisson à 1165 oc
La pâte D a une plasticité relativement bonne, environ. Dans la fabrication de la porcelaine véritable, à
grâce à une bonne quantité de kaolin de Floride. la différence de la précédente, la pâte et la couverte
La pâte E est étudiée pour cuire de 131 0 oc à sont toutes les deux cuites en même temps à haute
1390 oc. Elle a une teneur en feldspath plus faible que température. Cela signifie que les pièces doivent sup-
la normale. porter des températures élevées sans être soutenues
La pâte Fa son point de maturation vers 1250 °C, par des supports réfractaires, et la difficulté consiste à
et la syénite néphélinique remplace le feldspath comme trouver des pâtes qui puissent être conduites à matura-
fondant. tion, tout en évitant les déformations et affaissements
On ajoute quelquefois à ces compositions un peu qui apparaissent si facilement à ce stade de la cuisson.
de chaux comme fondant auxilia1re ou catalyseur. On Le soin apporté au choix des formes, à l'enfournement,

48
LES PATES CÉRAMIQUES

à la cuisson, constitue autant de chances de surmonter


ces difficultés, mais, dans la fabrication de la porcelaine,
15. Pâtes pour ustensiles
les pertes sont forcément élevées. L'avantage de la de cuisine allant au four
vra ie porcelaine, c'est non seulement de posséder un
On peut se servir de poterie allant au four pour
tesson vitrifié et translucide, mais également une cou-
verte très dure, qui ne se raye pas, lustrée, si intime- cuisiner, et les casseroles, les daubières, les terrines et
ment liée au tesson qu'elle semble faire partie autres ustensiles de cuisine ont l'avantage d'être bon
intégrante de la pâte plutôt qu 'être posée dessus marché, durables, et de garder la nourriture chaude
comme une couche de verre. pendant longtemps. Ce genre de poterie utilitaire est
souvent suffisamment belle pour être employée comme
Alors qu'on fait des pâtes à porcelaine qui se mou-
service de table.
lent bien par coulage ou par calibrage, il est très diffi-
cile de réussir une pâte à porcelaine qui se tourne bien. La poterie réservée à cet usage doit pouvoir résis-
En effet, les argiles blanches manquent naturellement ter aux chocs thermiques lorsqu'on la place dans un
de plasticité. Si on ajoute assez d'argile plastique (bali four chaud, ou qu'on lui impose un refroidissement
clay) pour y remédier et pour rendre la pâte propre au brusque en passant de la chaleur du four à la tempéra-
tournage, après cuisson elle prendra une cou leur crème ture modérée de la pièce. A vrai dire, bien des faïences
ou grise plutôt que blanche. et des grès supportent ce traitement, surtout si on leur
évite les chocs thermiques trop violents résultant du
La benton ite, que l'on peut utiliser également pour
contact direct de la flamme ou de l'immersion brutale
augmenter la plasticité, rend la pâte grise. La pâte sui-
des pièces encore chaudes dans l'eau froide.
vante, étud iée pour l'usage du tour, montre le genre de
compromis qu'on peut adopter pour obtenir la plasti- Le type de pâtes qui s'est avéré le plus résistant
cité nécessaire : pour faire des ustensiles de cuisine allant au four, est
une pâte ouverte, poreuse, non vitrifiée, ou sous-cuite.
Kaolin anglais 10
Ce genre de vaisselle est assez souple pour s'accom-
Kaolin de Floride 20
moder de la dilatation et de la contraction dues au
Bali clay du Tennessee 26 chauffage et au refroidissement.
Feldspath 24
La poterie utilitaire rustique de France et une
Quartz broyé 20 bonne partie de la poterie mexicaine appartiennent à
100 cette catégorie et peuvent être placées sans risque sur
un feu doux de charbon de bois. Bien qu'une poterie
Quand on veut faire une pâte blanche pour le de ce genre puisse aller au feu sans risquer de se briser,
tournage, il est bon de s'y prendre longtemps à elle a le désavantage d'être poreuse et d'avoir généra-
l'avance pour lui permettre de « vieillir», et d'améliorer lement une glaçure tressaillée qui permet aux liquides
ainsi considérablement sa plasticité. Puisque les argiles et aux graisses d'imprégner la p~te du tesson . Il est très
blanches sont loin d'être aussi plastiques que les argiles difficile de bien faire adhérer une glaçure à une pâte
foncées, il faut se contenter de tourner d&s formes tendre, sous-cuite. Bien des grès dont la glaçure adhère
simples et de taille modeste. Si on désire des pièces très parfaitement au tesson peuvent aller au feu. Cepen-
fines et translucides, il faut les laisser se raffermir et les dant, si la p~te est surcuite, très vitrifiée et dense, elle
achever au tournassin . La manipulation et le séchage risque plus d'éclater sous un choc thermique violent
doivent être particulièrement soignés pour éviter le qu'une pâte plus ouverte.
gauchissement des pièces de porcelaine tournées. On peut déceler, dans la pâte des pièces vitrifiées
Il faut prendre grand soin également d'éviter que ou semi-vitrifiées, des fentes dues au changement de
du fer ou d'autres impuretés ne viennent souiller la pâte volume qui se produit lors du refroidissement du four.
crue, ce qui produirait des taches. Tous les outils doi- Ces fentes, qui peuvent provoquer ultérieurement la
vent être propres. Dans un atelier où l'on fabrique des cassure de la pièce dans le four de la cuisinière, appa-
pâtes foncées et de la porcelaine, il est pratiquement raissent plutôt dans les pâtes à haute teneur en silex.
impossible de garder l'argile blanche propre et pure. En effet, la si lice, en se refroidissant, se contracte pour

49
L'ARGILE

former un nouveau réseau cristallin, vers 573 oc. Pour la poterie ne supporte pas, en général, le chauf-
cette raison, les pâtes contenant peu de silex résistent fage à flamme directe, car l'échauffement brutal et
mieux aux chocs thermiques que les pâtes qui en inégal qu'elle provoque fait éclater la pièce. Font
contiennent beaucoup. Quelquefois, les pièces qui cependant exception les porcelaines destinées à l'usage
n'ont de glaçure qu'à l'intérieur, ou qui en ont plus à des laboratoires. Elles sont cuites à 1390 oc ou plus, et
l'intérieur qu'à l'extérieur, éclateront si on les met dans composées de silex, de feldspath et d'argiles vitrifiées.
un four de cuisine, car la dilatation de la glaçure exerce A ces températures, le silex se transforme plus ou moins
une pression sur la surface intérieure des pièces et peut en silice à l'état vitreux, qui résiste mieux aux chocs
les faire éclater. thermiques que la silice à l'état cristallin. Une autre
cause de la résistance exceptionnelle de ces porcelaines
Ce genre d'accidents arrive plus facilement si la cuites à hautes températures est la présence d'une
glaçure est déjà dans un état de compression. En fait, quantité considérable de cristaux de mullite qui appa-
beaucoup de glaçures qui adhèrent bien au tesson sans raissent dans la pâte lors de la cuisson. Ces cristaux de
tressaillage sont déjà en quelque sorte en état de mullite forment une véritable armature à l'intérieur de
compression. Dans toutes les pièces destinées à la pré- la pâte et l'empêchent de se casser lors de la dilatation
paration des aliments, il est sage d'éviter les glaçures rapide due au chauffage. les bougies des moteurs à
excessivement épaisses, inégalement appliquées, ou explosion sont également fabriquées avec une pâte de
appliquées seulement à l'intérieur de la pièce. Le pro- porcelaine semblable. La partie en porcelaine de la bou-
blème de l'adhérence des glaçures sera examiné dans gie à l'intérieur du cylindre est soumise, sans éclater, à
un chapitre suivant. la brusque chaleur de la combustion des gaz d'essence.

50
7. Extraction et préparation
de l'argile
que l'argile est rapidement désagrégée et entraînée par
1. Prospection l'eau.
Bien qu'une étude exhaustive de la prospection et Quand on pressent la qualité argileuse d'un affleu-
de l'extraction de l'argile n'ait pas sa place dans ce rement, un examen plus attentif et quelques tests sur
livre, il peut être intéressant d'en dire quelques mots, place. très simples, indiqueront rapidement s'il s'agit
surtout à l'intention de ceux qui voudraient utiliser les d'argile ou non. Si un petit prélèvement mélangé à un
ressources qu'ils ont sous la main. Un des atouts pré- peu d'eau donne une masse plastique et collante, sans
cieux de la céramique, spécialement du point de vue de aucun doute, c'est de l'argi le. Si, au contraire, la
l'enseignement, est le fait que les matériaux bruts sont matière obtenue reste sablonneuse et non plastique, il
très répandus, et qu'on peut les trouver, les traiter, les s'agit de terre grasse ou d'un mélange quelconque de
utiliser, sans recourir à des fournisseurs extérieurs ou sable et d'argile dans lequel le premier prédomine.
à des préparations du commerce. B1en plus, il sem-
blerait souhaitable que tous ceux qui s'intéressent On peut découvrir des couches d'argile lorsqu'on
sérieusement à la céramique aient fait l'expérience de creuse les fondations d'immeubles, qu'on laboure le
la prospection, de l'extraction, de la préparation et de sol, ou qu'on aménage des pentes. Ou bien, lors
l'emploi d'une argile naturelle. Une telle expérience, d'inondations, les courants peuvent creuser ou élargir
même sans conséquences sur le plan commercial, est la le lit des rivières, mettant ainsi à découvert des couches
base même d'une compréhension plus complète et, d'argile dont on ne pouvait soupçonner l'existence. Si
partant, d'une meilleure utilisation des matières pre- l'on est en quête d'argile, les agriculteurs locaux et les
mières en céramique. puisatiers ont d'ordinaire une connaissance très appro-
L'argile est tellement répandue qu'on trouve très fondie et détaillée des couches de terrain sous-jacentes
facilement des lits d'argile en bien des endroits. Cepen- à une région particulière et ils peuvent donner des avis
dant, il faut savoir regarder. L'argile est souvent recou- compétents. On peut consulter aussi un géologue. Les
verte et cachée par une couche de terre superficielle, géologues d'État peuvent quelquefois être d'une aide
surtout dans les endroits pluvieux où le sol est d'or- efficace pour localiser une bonne argile. On a publié
dinaire complètement recouvert de végétation. Dans beaucoup d'études sur la géologie et les ressources
les pays plus secs où la roche affleure davantage, on minérales de la plupart des régions du pays, et ces
peut trouver de l'argile à la surface. études peuvent indiquer les endroits où se trouve de
l'argile utilisable.
Les endroits privilégiés pour découvrir de l'argile
sont ceux où le terrain a été creusé. Les couches sous- Quand on a trouvé de l'argile, l'étape suivante
jacentes sont ainsi mises au jour. Le long des criques et consiste à déterminer le genre de fabrication céramique
des rivières, dans les tranchées ouvertes lors de la auquel elle convient. Beaucoup d'argiles, sinon la plu-
construction des autoroutes et des voies ferrées, on part, ne peuvent être utilisées n'importe comment en
peut découvrir les couches d'argile qui se trouvent sou- céramique. Par exemple. une argile contenant trop
vent juste sous la couche de terre superficielle. On peut d'alcalis solubles ne vaut pas la peine d'être extraite. La
reconnaître l'argile grâce à l'aspect raviné du terrain du présence de ces impuretés solubles se manifeste ordi-
côté exposé à la pluie. Les rochers qui dépassent le nairement par un dépôt ou des taches blanches sur
niveau du sol ont tendance à garder leur forme, alors l'argile sèche.

51
L'ARGILE

Si on mouille un échantillon d'argile suffisamment indique la présence soit d'oxyde de fer, soit de matières
pour la rendre plastique et qu'on le laisse sécher, la for- charbonneuses. la grande majorité des argiles contien-
mation d'un dépôt bien apparent à la surface ou une nent des quantités de fer considérables, et on peut
décoloration indique en général la présence d'alcalis s'attendre à ce qu'une argile grise, brune, rouge, jaune
indésirables. La chaux constitue une autre impureté qui ou verdâtre à l'état naturel, devienne rouge en cuisant.
rend une argile inutilisable en céram1que. La variété des couleurs de l'argile naturelle est due à la
La chaux ou les éclats de pierre à chaux ne peu- présence du fer sous ses différentes formes. Le fer sous
vent être tolérés dans une argile, car à la cuisson le forme d'hématite, ou oxyde de fer rouge, donne une
carbonate de calcium se transforme en oxyde de cal- couleur rouge. La limonite donne du jaune, alors que
cium. Or l'oxyde de calcium est un oxyde instable l'oxyde ferreux fait apparaître des gris, des verts et des
dans l'atmosphère, parce qu'il se charge d'eau, ou noirs. La cuisson transforme toutes ces formes du fer
« s'hydrate ». Cette hydratation, qui s'accomplit lente- en hématite et procure à l'argile cuite ces tons famrliers
ment, même pour un petit morceau de pierre à chaux de rouge, de chamois, ou de brun. Beaucoup d'argiles
enfoui dans la pâte d'un objet, entraîne la dilatation de de surface contiennent de 2 à 5% d'oxyde de fer
la chaux. Celle-ci cause une pression irrésistible sur et, pour cette raison, elles ne peuvent pas être cuites
l'argile cuite englobant le morceau de chaux. La pièce au-dessus de 1125 oc environ.
se casse, ou un éclat s'en détache, mettant à nu l'impu- S'il y a moins de 2 % de fer, on peut en faire de la
reté responsable. Des morceaux de plâtre de Paris dans faïence dure ou du grès en cuisant au-dessus de
l'argile cuite engendrent les mêmes inconvénients. Ces 1125°C.
cassures ou ces éclats apparaissent quelques jours ou Si une argile à l'état brut est blanche ou très claire, il
quelques mois après la cuisson, suivant la poros1té de la est certain qu'elle contient très peu de fer et que, cuite,
pâte et le degré d'humidité de l'atmosphère ambiante. elle sera de couleur claire.
Il est extrêmement difficile d'extraire la chaux de Ces argiles cuisant blanc sont en général des
l'argile, surtout si la chaux est en fines particules. Si une argiles primaires ou résiduelles, presque toujours d'une
argile contient de la chaux, il vaut mieux en chercher espèce non plastique, et souvent mélangées à des
une autre qui n'en contient pas. Un test simple décèle quantités considérables de sable ou d'autres débris
la présence de chaux dans l'argile : on plonge un minéraux.
échantillon dans une éprouvette contenant une solu- Le meilleur moyen de tester la plasticité d'une
tion à 50% d'acide chlorhydrique. La chaux révèle sa argile est de l'utiliser suivant le procédé de façonnage
présence par effervescence ou bouillonnement. envisagé. Un test simple consiste à mouiller un peu
Même quand une argile est exempte d'alcalis d'argile pour la rendre plastique et à en façonner un
solubles ou de chaux, elle peut être difficile à utiliser, bâtonnet du diamètre d'un crayon. Si on peut le cour-
parce qu'elle contient trop de sable ou d'autres frag- ber pour en former un anneau de 2,5 cm de diamètre
ments minéraux. Ces matières granuleuses sont élimi- ou moins, l'argile a une plasticité moyenne. Si un
nées par tamisage de l'argile, mais il se peut que cela peu d'argile introduite dans la bouche ne craque pas
n'en vaille pas la peine, surtout si on trouve une autre trop sous la dent, on peut présumer qu'elle est d'un
argile contenant moins d'impuretés. grain très frn. Il est recommandé d'user de ce test avec
La présence d'une quantité excessive de matières modération !
organiques peut aussi rendre une argile inutilisable. Les L'argile est exploitée commercialement, soit dans
argiles de surface sont quelquefois si chargées en des carrières à ciel ouvert, soit dans des galerres souter-
matières charbonneuses et débris végétaux qu'elles raines en suivant les couches. Dans les carrières à ciel
deviennent inutilisables. Quand une argile humide est ouvert, l'argile est raclée, piochée, ou extraite par de
excessivement collante, elle est probablement à rejeter puissantes machines. On maintient des terrasses qui
pour cette raison, surtout si elle est brun foncé ou donnent accès à l'argile. Le kaolin est souvent extrait
noire. par des procédés hydrauliques : des jets d'eau sous
A l'état naturel, l'argile est grise, chamOIS, rouge, pression délogent l'argile de son gisement, et l'eau
verdâtre, brun ou brun foncé, ou blanche. La couleur chargée d'argile est conduite dans des bassins de

52
EXTRACTION ET PRÉPARATION DE l 'ARGILE

décantation. Dans les exploitations à petite échelle, le commerciale nulle ou presque. En effet, l'argile est une
lit ou le filon d'argile doit d'abord être mis à découvert; matière extrêmement abondante, et le prix du trans-
la terre, le sable ou les pierres sont dégagés à la pelle port depuis la carrière peut être prohibitif. Cependant,
afin de ne pas souiller l'argile. L'argile est alors extraite l'exploitation à l'échelon commercial des immenses
à la bêche. Même si l'on n'a besoin que d'une quantité dépôts de kaolin ou d'argiles très plastiques (bali clay)
relativement petite d'argile, mieux vaut choisir si possi- est une opération très rentable.
ble une carrière aux ressources abondantes. Il convient Quand on teste une argile pour savoir si elle est
également de choisir un endroit où l'argile est de cou- utilisable ou non, en général il n'est pas nécessaire de
leur et de texture uniformes sur la plus grande aire pos- procéder à une analyse chimique. Alors que cette ana-
sible, car, dans ces conditions, on peut s'attendre à lyse chimique peut être essentielle pour composer et
extraire, en des endroits différents, une matière de contrôler les pâtes commerciales, la nature physique de
même qualité. Quelquefois, les lits ou strates d'argile se l'argile et sa réaction à la cuisson sont bien plus impor-
relèvent à la verticale, ne laissant apparaître à la surface tantes pour l'artisan. L'analyse chimique révèle rare-
qu'une bande étroite, alors qu'une grande quantité ment des choses ignorées d'un potier expérimenté qui
d'argile utilisable reste en dessous. L'extraction de a vraiment travaillé l'argile. Dans bien des cas, il est pré-
l'argile, surtout si elle est humide, est un travail pénible. férable en fin de compte d'acheter l'argile à des four-
nisseurs plutôt que de l'extraire soi-même. Les heures
Les tests suivants peuvent aider à déterminer dans
de travail dépensées en extraction, tamisage et
quelle mesure une argile est utilisable. Quelques-uns de
malaxage ne se justifient pas, même en tenant compte
ces tests sont décrits dans l'appendice.
du prix élevé de l'argile et de son transport.
1. Test pour déceler les impuretés solubles.
2. Test pour déceler l'excès de sable ou d'autres débris
minéraux.
3. Test pour déceler la présence de chaux.
2. Préparation
4. Test de plasticité.
La préparation de l'argile ne requiert pas de procé-
5. Test pour évaluer l'eau de plasticité et le retrait dû
dés compliqués. Par nature, l'argile est un matériau
au séchage.
tout préparé, qui ne demande qu'à être mélangé à la
6. Cuire des échantillons à des températures variées quantité d'eau convenable et à être débarrassé des
pour déterminer leurs températures de cuisson pos- matières étrangères comme le sable ou les débris
sibles et la couleur. Les températures de 945 oc,
rocheux.
1050 oc, 1125 °C, 1165 °C, 1225 oc présentent des
Quand il faut mélanger deux matériaux ou davan-
écarts valables pour les premiers essais. tage pour composer une pâte céramique, et qu'il faut
7. Test pour déterminer le retrait à la cuisson et le tamiser l'argile pour enlever les impuretés, il vaut mieux
degré d'absorption des échantillons cuits à diffé- mélanger d'abord l'argile à une quantité excessive
rentes températures. d'eau. On met l'eau dans un tonneau, une cuve, un
8. Test de défloculation. seau, ou dans tout autre récipient de taille convenable,
et on ajoute l'argile à l'eau. En mettant l'argile dans
La somme des résultats de ces tests, jointe à l'eau, plutôt qu'en versant l'eau sur l'argile, on assure
l'expérience acqu ise en modelant et peut-être en tour- un mouillage complet de chaque particule d'argile, et
nant les échantillons sur un tour de potier, permettra l'on évite ainsi la formation de blocs d'argile à moitié
d'évaluer la valeur de l'argile en connaissance de cause. sèche et à moitié humide, comme cela arriverait si l'on
Naturellement, une argile convenant à un usage déter- transvasait l'eau sur l'argile sèche.
miné peut être contre-indiquée pour d'autres. Par Si on veut faire une pâte contenant à la fois de
exemple, une argile idéale pour faire des briques ordi- l'argile et une matière non plastique comme le silex, il
naires peut être tout à fait impropre au tournage. vaut mieux mettre d'abord l'argile pour qu'elle puisse
Beaucoup de gisements d'argile ont une valeur ainsi s'imbiber dans la quantité maximale d'eau.

53
l'ARGilf

Si l'argile est en mottes, il faudra un certain temps pour obtenir une masse ferme et plastique. Si on veut
et un mouvement considérable pour concasser et fa1re une barbotme de coulage, 11 peut être préférable
ém1etter les mottes. Il faut utiliser assez d'eau pour pro- d'enlever toute l'eau : on peut ainsi doser soigneuse-
duire une barbotine fluide de la consistance d'une ment le nouveau mélange élaboré en tenant compte du
crème épaisse. défloculant.
Les mélangeurs mécaniques pour arg1le sont de Un moyen simple d'enlever une bonne quantité
deux types. le malaxeur est un melangeur dont les d'eau cons1ste à la1sser reposer la barbotme. Si on la
pales tournent lentement, gardant la barbotme en agi- la1sse reposer dans un bac pendant plus1eurs jours.
tation constante ma1s régulière et douce. Quelquefois, l'argile se dépose au fond et on peut alors Siphonner
il y a deux jeux de pales tournant en sens inverse pour l'eau. Ce procédé, pourtant efficace, peut prendre plus
augmenter la turbulence. Le mélangeur à hélice, lui, est de temps que celui dont on dispose. Pour enlever
constitué d'une hélice semblable à celle des bateaux, 'exces d'eau, on peut utiliser des plaques de plâtre de
qui tourne relativement vrte et agite VIolemment la bar- Pans ou des réCipients de sechage. Le p'âtre est très
botine dans un seul endroit de la cuve. Il travaille exac- absorbant et s'imbibe rapidement de l'eau de la barbo-
tement comme un m1xer de cuisine, et il est très rapide tine. Cette méthode réussit très bien pour les petites
et très eff1cace pour des barbotmes d'argile ne conte- quantités. Malheureusement, les plaques sont vite
nant pas de très grosses mottes. S1 l'argile est en saturees d'eau et le fart de devo1r mettre l'argile sur
mottes, comme cela arnve a sa sort1e de la carrière, les plaques de plâtre et de l'en retirer est un travail
l'act1on plus lente du malaxeur est préférable. Dans salissant.
l'eau, le malaxeur, par une ag1tation sans v1olence, Quelquefois, on utilise un grand réctpient de plâtre
vient à bout des mottes et des matières gross1ères au ayant la forme d'une cuve carrée avec des parois de
bout d'un certa1n temps, et prodUit un mélange parfa·.t. 6 cm d'épaisseur environ, maintenues par un cadre en
Pour les petites quantités, l'argile peut être mélan- bo1s ou en fer. On y verse la barbotine et, quand les
gée à l'eau avec une palette ou un bâton. C'est plus paro1s sont saturées, l'eau continue à suinter peu à peu
rapide qu'on ne pourrait croire, mais il est certain que à l'exténeur et la barbotine se raffermit progressive-
l'emploi d'une machine est préférable. On peut aussi ment. Une autre méthode constste à remplir de barbo-
utiliser une vieille machme à laver. La rotat1on alternée, tme des sacs de to1le que l'on pend au plafond. L'eau
dans un sens puis dans l'autre, est très efficace pour traverse la to1le du sac et tombe goutte à goutte, et,
mélanger l'argile et l'eau. peu à peu, la barbotine contenue dans le sac s'épaissit.
Si l'on doit tamiser la barbotme pour ôter les C'est une méthode peu commode, et les sacs à barbo-
impuretés granuleuses, tl faut le fa1re une fats la barbo- tine prennent v1te un aspect repoussant. Sans machines
tine complètement brassée et untforme. On utthse deux spéoales pour extratre l'eau de l'argile, le meilleur
tonneaux ou deux récipients, et l'on verse la barbotine moyen reste sans aucun doute de mettre la barbotine
de l'un dans l'autre en la faisant passer à travers un sur des plaques de plâtre ou d'argile peu cutte. Si ces
tamis. On peut ut1liser des tamts plus ou moms fins. plaques sont exposées à l'air dans un endroit où règne
Pour beaucoup d'arg les, un tam1s no 25 s'avère assez une température assez élevée, elles sont très efficaces
fin pour retenir toutes les matières indésirables. Pour et peuvent sécher rapidement entre deux utilisations.
les pâtes à porcelame ou les pâtes de produits blancs Si on laisse l'argile reposer jusqu'à ce qu'elle
qui dotvent être d'une grande pureté, on se sert du acquière la consistance d'une boue lourde, et si on la
tam1s no 23, ou même plus fm encore. Le tam1sage pose alors sur les plaques de séchage, elle se raffermira
retient non seulement le sable et les débris rocheux qut rapidement et aura vite la plastiCité nécessaire.
peuvent se trouver dans l'argile, ma1s aussi les frag- L'eau peut être enlevée de la barbotine au moyen
ments de lignite ou de charbon. de filtres-presses. Ces machines compriment la bar-
Une fois la barbotine tamisée, il faut enlever l'eau botine dans des sacs en toile qui laissent passer l'eau
en partte ou en total·té. C'est un problème difficile, mais retiennent l'argile. La barbotine est mise dans un
même quand on dispose du meilleur matériel. S1 on réservotr d'où elle est conduite dans les filtres sous une
veut de l'argile plastique, il faut enlever assez d'eau pression de 25 à 50 kg.

54
EXTRACTION ET PRÉPARATION DE l"ARGILE

La taille des éléments des filtres est modeste et tement à la quantité d'eau nécessaire à la plasticité
permet un écoulement rapide de l'eau. Quand l'eau voulue. On utilise parfois des appareils constitués d'une
cesse de couler, on diminue la pression et l'on ouvre cuve dans laquelle tournent des disques ou des
chaque élément où s'est formée une galette d'argile molettes qui pressent, retournent et mélangent la
plastique. Le filtre-presse donne de bons résultats matière humide. Le mélange peut s'accomplir rapide-
quand il s'agit de traiter de grandes quantités d'argile, ment à l'aide de ces machines. Elles ont cependant un
mais ce n'est pas une machine très pratique pour inconvénient : le temps passé à les nettoyer, quand on
les petites quantités, surtout quand on travaille veut utiliser le même mélangeur pour préparer suc-
des pâtes de compositions différentes et qu'il faut net- cessivement des pâtes différentes. Si l'on ne dispose
toyer la presse chaque fois. C'est un travail fastidieux. pas de machines, on peut procéder à la main. Les
Quand on veut faire une barbotine de coulage, on composants secs sont tout d'abord passés au tamis ou
fait d'habitude sécher complètement l'argile plastique, mélangés ensemble pour obtenir une poudre sèche qui
puis on ajoute à est bien homogène.
l'argile sèche la On ajoute l'eau peu
quantité d'eau à peu, tout en conti-
nécessaire et l'élec- nuant à malaxer la
trolyte. masse d'argile avec
Si les maté- une palette. L'argile
riaux bruts sont uti- étant une matière
lisables tels quels, t rès collante, ce
il est possible, et procédé demande
même souhaitable, du travail. Une fois
de préparer l'argile atteint le degré de
plastique ou la bar- plasticité désiré, on
boti ne de coulage laisse l'argile repo-
sans passer par ser pendant un jour
l'étape décrite pré- ou deux et on peut
cédemment, qui alors l'utiliser.
consiste à délayer Les méthodes
Filtre-presse et galettes d'argile.
longuement la bar- de préparation qui
botine dans une visent à obtenir direc-
quantité d'eau excessive. Après tout, la seule raison tement des pâtes plastiques ne sont valables que si les
d'être de ce procédé, c'est le mélange intime des divers matières brutes ne contiennent pas d'impuretés et sont
composants de la pâte, et la possibilité d'ôter par tami- finement pulvérisées. Pour faire une pâte à couler en
sage les impuretés de l'argile. Mais, si l'argile et les utilisant directement des matériaux bruts, on pèse
autres composants de la pâte ne contiennent pas l'eau; ensuite, le défloculant, l'argile sèche et les
d'impuretés et se présentent sous la forme d'une composants non plastiques sont ajoutés dans cet ordre
poudre fine, il vaut mieux éviter cette opération. Beau- en remuant conti nuellement le mélange.
coup d'argiles sont aujourd'hui commercialisées sous la
forme d'argiles de soufflerie. L'argile de soufflerie est Pour illustrer la manière de composer une pâte
pulvérisée et mise en sac, après être passée dans un céramique relativement fine, les phases de la prépara-
trieur à air qui retient et renvoie vers un nouveau tion d'une barbotine de porcelaine peuvent être énon-
broyage toutes les particules au-dessus d'une certaine cées comme suit :
taille. La poudre ainsi obtenue est extrêmement fine et
ne nécessite plus d'autre tamisage. 1. La bali clay est mélangée dans un malaxeur ou dans
Quand les constituants d'une pâte céramique sont un mélangeur à une quantité d'eau excessive et
pulvérisés aussi finement, on peut les mélanger direc- passée au tamis n° 19.

55
l'ARGilE

2. La barbotine de bali clay ainsi obtenue est alors organiques qui contnbuent à la plasticité de l'argile.
séchée et concassée. L'argile humide, surtout dans un endroit chaud, est un
3. L'eau pour la barbotine et le défloculant est pesée bon milieu de culture et les bactéries s'y développent
et versée dans un broyeur à galets. rapidement. Ces bactéries produisent des résidus acides
4. La bali clay et le kaolin sont ajoutés à l'eau; le et favonsent la formation de gelées qui ont indubita-
mélange est broyé pendant plus1eurs heures. blement un effet sur l'argile. Si de l'argile fraîche est
5. Les matériaux non plastiques sont ajoutés et la mélangée avec un peu d'argile vieillie, ou si elle est
barbotine ainsi obtenue est broyée pendant encore stockée dans de vieilles cuves, ou sous de vieilles toiles
3 h environ. ayant déjà servi à cet usage, elle vieillira plus vite. Les
6. Avant le coulage, la barbotine est passée au tamis effets du vieillissement sont très visibles après une
no 28 pour s'assurer qu'il ne reste pas de morceaux. semaine environ. Après cela, ils s'atténuent, et il est
douteux qu'au-delà d'un certain laps de temps le
Le broyage d'une barbotine sert à pulvériser toutes vieillissement soit encore bénéf1que.
les particules du mélange en poudre très fine et à par- Comme nous l'avons signalé au chapitre consacré
achever le mélange des matériaux. Dans le cas des bar- aux pâtes à faïence, les argiles qui contiennent des
botines blanches et des barbotines de porcelaine, le alcalis légèrement solubles souffrent du vieillissement,
broyage assure l'écrasement et la dispersion des parti- car elles se défloculent au point de devenir inutilisables
cules de charbon ou de lignite contenues d'habitude en tant qu 'argiles plastiques. L'argile doit être stockée à
dans l'argile plastique (bali clay). l'abri de l'air; pour les grandes quantités, dans des
Quand on veut des pâtes exceptionnellement cuves ou des fosses de béton ou de brique ; pour les
blanches, on emploie des filtres magnétiques. La bar- petites quantités, dans des jarres en grès ou des seaux
botine passe sur un aimant qui retient les particules de en fer galvanisé munis d'un couvercle. Pour le mode-
fer. Cette méthode est particulièrement efficace pour lage et surtout pour le tournage, il faut pétrir ou battre
retirer les éclats de fer provenant de l'usure des l'argile pour supprimer les poches d'air et les mottes et
machines utilisées pour l'extraction et la préparation de la rendre unie et homogène. L'argile se roule ou se
l'argile. pétrit à la main sur un banc ou sur une plaque de
plâtre; ou bien on la partage et on la rassemble un
grand nombre de fois consécutivement, ce qui a pour
effet de supprimer toutes les poches d'air.
Ces méthodes sont ancestrales et elles ont été
3. Vieillissement, désaérage, employées dans le monde entier par tous les potiers.
Elles demandent cependant un travail considérable,
pétrissage de l'argile surtout s'il faut préparer de grandes quantités.
La qualité d'une argile augmente en vieillissant. Il Pour la production à grande échelle, le malaxeur
est difficile de mesurer exactement la plasticité, mais assure à la fois le mélange et le pétrissage. Cette
tous les ouvriers expérimentés qui travaillent l'argile machine opère de la même manière que la machine à
reconnaissent qu'une pâte fraîche est difficile à tra- hacher la viande : au moyen d'une vis sans fin, elle
vailler et que, quand elle a vieilli pendant un certain contraint l'argile à passer à travers un tambour fixe.
temps, elle devient plus facile à tra1ter. L'une des rai- Dans les petits ateliers, au siècle dernier, on utilisait un
sons en est probablement qu'il faut un certa1n temps appareil qu1 pourrait être l'ancêtre du malaxeur, la
pour que chaque particule prise isolément soit complè- force motrice étant fournie par un mulet. Le malaxeur-
tement humidifiée. Pour que l'argile acquière le maxi- désaérateur constitue un progrès supplémentaire.
mum de plasticité, il faut que l'eau atteigne chaque Cette machine maintient l'argile sous vide pendant
particule de l'argile et en humidifie la surface. En fai- qu'elle est mélangée et triturée, supprime toutes les
sant d'abord une barbotine fluide, on facilite cette poches d'air et livre un produit d'une égalité et d'une
humidification. Un autre effet du vieillissement - ou compacité impossibles à obtenir par les méthodes
pourrissage - est le développement de composés manuelles.

56
LES GLAÇURES
ET LES COUVERTES

1. Nature du verre, des glaçures


et des couvertes
Pour saisir la nature du verre, il faut examiner le
1. La silice, base du verre phénomène de la fusion et la tendance de la matière à
Les glaçures recouvrant les poteries sont sembla- se cristalliser. Toutes les substances qui forment la terre
bles aux autres sortes de verre et, pour les comprendre, étaient à l'origine à l'état gazeux ou liquide, à cause
nous devons d'abord des températures
bien connaître la élevées qui ont
nature du verre en régné pendant les
tant que tel. Bien premières périodes
que le verre soit de la formation de
une matière extrê- la Terre. En se
mement importante refroidissant, elles
et très répandue se sont solidifiées
dans la vte quoti- ou figées, du moins
dienne, peu de celles qui forment
gens savent ce qu'il la croûte exté-
est et comment on rieure. On peut
l'obtient. supposer que l'inté-
On peut diffici- rieur est encore
lement le définir en assez chaud pour
termes non tech- être à l'état liquide
niques. Le verre est ou, plus précisé-
Verre plombeux.
en réalité une sub- ment, qu'il serait
stance non cristal- à l'état liquide si
line plus ou moins transparente et translucide, obtenue les énormes pressions qui règnent à l'intérieur du globe
après refroidissement de minéraux fondus à la chaleur disparaissaient, comme c'est le cas dans l'activité
voulue . Les plastiques, qui peuvent être transparents ou volcanique.
translucides, sont obtenus à partir d'éléments orga- L'état de la matière dépend donc de sa tempéra-
niques et ne correspondent donc pas à cette définition. ture et la même substance peut être tour à tour un

57
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

liquide, un gaz ou un solide, suivant sa température. Quand une matière cristalline est chauffée, les
L'eau fournit un exemple très simple : nous la connais- molécules ont tendance à se séparer et ne peuvent plus
sons à l'état de vapeur, à l'état liquide, ou à l'état garder leur position initiale les unes par rapport aux
solide (glace). Un corps dont nous pensons qu'il autres. Le réseau cristallin est donc remplacé par un
n'existe qu'à l'état solide, comme une roche, peut être ensemble de molécules pêle-mêle, caractérisé par
amené, lorsqu'il est soumis à une température suf- la fluidité. On appelle ce phénomène «fusion» . Une
fisante, à l'état liquide ou gazeux. Lors de la première substance fondue n'a plus de structure cristalline.
explosion atomique à Los Alamos, le sable qui entou- Quand une matière fondue ou liquéfiée se refroi-
rait le pylône supportant la bombe fut liquéfié par la dit, ses molécules ont tendance à reformer le réseau
chaleur. cristallin, et, quand elle se refroidit ou se fige, elle
Quand une substance refroidit et passe de l'état retourne à l'état cristallin.
liquide à l'état solide, elle prend d'ordinaire la forme de Nous en arrivons maintenant à l'idée de « verre ».
cristaux. Beaucoup de roches de la croûte terrestre sont Quand, pour une raison quelconque, une matière
des roches cristallines. Quand un corps est à se refroidit et se solidifie sans reformer
l'état de cristal, ses molécules sont dis- de structure cristalline, elle garde
posées suivant des structures ou quelques-unes des caractéris-
des arrangements qui se répè- tiques d'un liquide. Ce liquide
tent dans les trois dimen- sol idifié est du « verre ». On
sions. Une matière à l'état peut le considérer comme
cristallin peut être com- un liquide provenant
parée à un entassement d'une fusion et qui se
de blocs de construc- serait refroidi sans
tian dans lequel tous passer par la phase de
les éléments seraient recristallisation.
disposés identique- Certains oxydes
ment les uns par rap- ont tendance, plus
port aux autres. Les que d'autres, à for-
différentes matières mer du verre. Parmi
donnent des cristaux de tous les oxydes pou-
formes et de structures vant donner du verre, la
différentes. Le sel, par silice est le plus important
exemple, se cristallise en élé- et c'est l'élément de base de
ments dont les plans se cou- tous les verres courants. La
pent à angle droit. silice fond à 1710 oc. C'est une
Ces dispositions répétées température relativement élevée, et
dans une substance cristalline for- Plat marocain de la région de Zagora supérieure à celles que peuvent
ment un ensemble désigné sous au décor sous glaçure plombeuse. atteindre la plupart des fours utili-
le nom de « réseau cristallin ». La sés en céramique. En fondant, la
forme du cristal peut se retrouver silice se transforme en un liquide
à une échelle plus grande, comme dans le cas des mor- transparent, sans structure cristalline. Quand elle refroi-
ceaux de quartz, qui sont délimités par des plans se dit, elle a tendance à rester à l'état amorphe ou vitreux,
coupant suivant l'angle propre au cristal de cette sub- car la structure cristalline originelle ne s'est pas refor-
stance. On s'aperçoit que, si des cristaux forment un mée. C'est vrai en particulier si le refroidissement de la
ensemble compact, toutes leurs faces étant bien join- silice est rapide. La silice est donc une matière qui, par
tives, le nombre des formes possibles est limité. En réa- fusion puis refroidissement, donne d'elle-même du
lité, même les mathématiques avaient prévu ce nombre verre. En outre, le verre de silice pure est exceptionnelle-
avant qu'il ne soit vérifié par l'observation. ment dur, durable et résistant à l'attaque des acides et aux

58

1_ - ....
NATURE DU VERRE, DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

chocs thermiques. N'eût été la difficulté de fondre la Avant que le verre liquide ne se fige, on le souttre par
silice et l'impossibilité de former des objets utilitaires petites quantités pour en faire des objets par soufflage,
quand elle est encore à l'état pâteux, ce serait le verre pressage, étirage ou laminage. Une fois formé, l'objet
idéal pour beaucoup d'utilisations pratiques. Dans la est placé dans un four à basse température et refro1d1
nature, le verre est plutôt rare. Normalement, le pro- lentement. Ce recuit est nécessaire pour éviter les ten-
cessus de refroidissement à l'échelle géologique est très sions internes qui pourraient briser le verre.
lent, et les matières en fusion, en se refroidissant lente- On emploie aussi des composés du plomb et du
ment, ont plus de chances de se recristalliser L'obsi- potassium pour donner aux verres certaines propriétés.
dienne, cependant, et quelques autres minéraux sont Les couleurs sont obtenues par addition d'oxydes
des verres véritables. métalliques tels que l'oxyde de fer, le bioxyde de man-
On peut penser, dès lors, que le verre provtent du ganèse, ou le cobalt.
refroidissement de roches en fusion. Bien qu'étant un Le verre ordinaire est surtout composé de silice,
solide, le verre est cependant plus ou moins élastique, fondue grâce à l'addition d'autres mattères qui en
plus ou moins transparent ou translucide et privé de abaissent le point de fusion et facilitent le façonnage
structure cristalline. des objets pendant que le mélange est à l'état pâteux,
ou donnent à l'objet fini d'autres propnétés désirées,
comme la couleur. L'industrie du verre a mis au point
une grande gamme de prodUits variés : récipients ordi-
naires, ustensiles de cuisine, mstruments d'optique, ins-
2. Fabrication du verre truments scientifiques et verres spéciaux, etc.
S'il était possible de fabriquer des objets en verre à
partir de la silice pure, ils s'imposeraient pour un grand
nombre d'utilisations. En fait, quelques récipients réser-
vés aux laboratoires et à des usages spéciaux sont en
verre de silice pure. La difficulté de couler et de mouler 3. Différence entre le verre,
de tels objets les rend trop chers pour l'usage courant.
La silice, cependant, est la base de tous les verres
les glaçures et les couvertes
ordinaires. Pour faciliter la fusion et la fabrication, on Nous n'avons fait qu'effleurer l'étude du verre,
lui ajoute des fondants; ils abatssent son point de puisque ce sont les glaçures de poterie qui nous inté-
fusion et facilitent ainsi la fabrication du verre à des ressent. Matntenant, nous devons établir la différence
températures plus accessibles. La chaux et la soude entre le verre et les glaçures ou les couvertes. Bien que
sont généralement employées à cet effet. Tous ces les glaçures et les couvertes soient du verre véritable,
matériaux (silice, soude, chaux) sont très abondants et leur composition est étudiée dans le but bien précis de
bon marché. Il en résulte qu'on peut faire de grandes les faire adhérer à la surface d'un pot. Le verre servant
quantités de verre à bas prix. La silice employée l'est à la fabrication des bouteilles, des vitres, etc. doit avoir
ordinairement sous la forme de sable blanc*. un degré de viscosité très bas; en d'autres termes, il
La soude est donnée par la cendre, et la chaux, par faut qu'1l coule très facilement dans les moules quand il
du calcaire (pierre à chaux) broyé et pulvérisé. Ces est en fus1on. Les glaçures de poterie, au contraire, doi-
matières sont chauffées ensemble dans un récipient de vent ètre très visqueuses, très fermes quand elles sont
terre réfractatre, jusqu'à la fusion qui les transforme en en fusion, afin de garder leur position sur le tesson et
un liquide. La température de cette fusion dépend de la de ne pas couler pendant la cuisson. Cette viscosité des
composition exacte du mélange, mais la plupart des glaçures et des couvertes est assurée par un apport
verres commerciaux sont faits aux environs de 1500 oc. d'alumine à leur composition. L'alumine a la propnété
d'augmenter la viscosité du verre et, pour cette ra1son.
le verre ordinaire en contient très peu. Il est posstble,
toutefois, de faire des glaçures de potene à part r de
(•) le sable blanc de Fontatnebleau conttent 99,93 o/o de stltce pure verres à très faible teneur en alumine, et il arnve même

59
LES GLAÇUI!ES ET LES COUYEI!TES

que certaines couleurs spéetales ne viennent b1en qu'en Une différence évidente entre les glaçures, les cou-
l'absence d'alumine. vertes et le verre est que les glaçures et les couvertes
Comme tous les autres verres, les glaçures et les crues sont un mélange de matériaux bruts non fondus
couvertes sont composées principalement de silice, à (la silice et tous les autres composants} étalé sur un tes-
laquelle on ajoute juste assez d'autres matières pour la son d'argile, et que ce mélange fond et se transforme
faire fondre à la température désirée et obtenir la tex- en verre sur place. Le verre, lui, est d'abord fondu en
ture et la couleur voulues. L'art et la science de faire un bain de matières en fusion, puis façonné en objets.
des glaçures et des couvertes impliquent donc la sélec- On peut donc dire qu'une glaçure ou une couverte est
tion appropriée, le dosage, le mélange, l'application et une couche de verre fondue en place sur un tesson
la cuisson des éléments qui composent la glaçure ou la céramique, pour le rendre lisse, Imperméable, de la
couverte en vue d'obtenir le résultat souhaité. couleur et de la texture désirées.

60
2. Les premières glaçures
et couvertes
La connaissance des procédés nécessaires à la taires sont de bons exemples de la manière dont
réalisation de glaçures sur poterie remonte à la plus l'homme a fait progresser la technique. On avait décou-
haute Antiquité, probablement au moins à 5000 avant vert que l'addition de minéraux porteurs de cuivre à
J.-C. Puisqu'on savait faire des glaçures un peu partout une pâte céramique lui donnait des glaçures bleu
dans le monde bien avant les balbutiements de la chi- brillant et turquoise. La couleur violente de ce genre de
mie, il est clair que la technique employée devait être glaçures est très belle et très attrayante, et pourtant,
simple et les matières premières abondantes et large- techniquement parlant, elle n'est pas difficile à réussir
ment répandues. Avant d'aborder plus en détail avec un minimum de matériaux convenables. Ce type
l'aspect chimique de la formulation des glaçures, il peut de glaçures est étudié plus en détail par la suite.
être intéressant de considérer les méthodes employées L'application de la glaçure sur les pièces- ce qui
par les anciens pour faire les glaçures et les appliquer. permet de mieux en contrôler l'épaisseur et la
Ils ont atteint des résultats qui ne le cèdent en rien aux couleur - a constitué un grand progrès technique par
meilleures réussites actuelles, avec des méthodes stric- rapport à la pâte égyptienne, dans laquelle les éléments
tement empiriques, ne reposçmt sur aucune connais- de la glaçure étaient directement mélangés à la pâte
sance scientifique ou théorique. avant le façonnage.
C'est à ce perfectionnement, apparu en Ëgypte à
une époque très reculée, que nous devons les pre-
1. Glaçures de l'ancienne Égypte mières glaçures faites, appliquées et cuites comme
nous le faisons aujourd'hu i. Elles étaient de composi-
Les Égyptiens, qui furent sans aucun doute les pre- tion très simple : probablement un mélange de soude,
miers à faire de la faïence, utilisèrent les composés de sable et aussi d'un peu d'argile qui assurait l'adhé-
sodiques existant en abondance dans les déserts du rence au tesson. Un tel mélange de matières premières,
Proche-Orient. Les perles, les ornements et les petites faciles à trouver au Proche-Orient, devait fondre et
sculptures recouverts de glaçure turquoise (voir cha- donner une glaçure à une température très basse.
pitre 23, § 7) et qu'on appelle« pâte égyptienne » sont
probablement les plus anciens objets recouverts de gla-
çure. La glaçure sur pâte égyptienne s'obtenait en
incorporant à l'argile des sels solubles de sodium. Au 2. Les plus anciennes glaçures
cours du séchage, l'eau en s'évaporant les déposait à la
surface des pièces, où la cuisson les transformait en
au plomb
glaçure. Il est possible qu'au début de telles glaçures Les glaçures très alcalines inventées et utilisées par
aient été obtenues accidentellement. Il est probable les Égyptiens présentaient de sérieux inconvénients :
qu'un peu d'alcali minéral, abondant dans le désert, se difficulté d'application, tendance au tressaillage et
soit trouvé mélangé par hasard, lors du façonnage des même à l'écaillage, tendance à se détacher du tesson
pièces, aux argiles et aux silicates de magnésie prove- après la cuisson, et un certain degré de solubilité, sur-
nant aussi du désert. tout pour les ustensiles de cuisine. Beaucoup de ces
L'observation de ce phénomène et son utilisation défauts furent corrigés par la découverte des glaçures
dans la fabrication des œuvres d'art et des objets utili- au plomb. Ce progrès important fut probablement réa-

61
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

lisé dans l'ancienne Syrie ou en Babylonie. On découvrit élevées. Toute la production du Proche-Orient était cuite
que le plomb, sans doute sous forme de sulfure de aux alentours de 1050 °C, ou moins. Les fours chinois
plomb (ou galène), pulvérisé, puis passé au pinceau ou montant à 1200 oc ou plus devinrent courants de très
répandu en poudre sur l'argile, fondait à la cuisson au bonne heure, probablement dès 500 avant J.-C. Ce
four et se transformait en une glaçure douce et progrès, dO à l'utilisation du four à flamme renversée,
brillante. Les composés du plomb sont très répandus qui conservait et utilisait la chaleur du feu de bois au
dans la nature, et se les procurer n'a pas dû poser de lieu de la laisser s'échapper par la cheminée, permit la
grands problèmes. Les glaçures au plomb l'emportaient réalisation de couvertes fondant et cuisant à des tem-
sur les glaçures alcalines par leurs possibilités d'utilisa- pératures plus élevées.
tion, sinon par la beauté. Elles étaient faciles à appli- De bonne heure, un premier type de couverte
quer, moins sujettes aux défauts de cuisson ; elles apparut grâce aux cendres du feu qui, transportées à
adhéraient m1eux au tesson et se montrarent plus l'intérieur du four par les courants d'air chauds venant
durables à l'usage. Les glaçures simples au plomb sont du foyer et déposées sur les pièces (quand elles
faciles à réaliser et ne demandent qu'un petit nombre n'étaient pas protégées), formèrent ains1 une couverte
de matériaux. Au Moyen Âge, les potiers d'Angleterre à leur surface. Les cendres de bois contiennent beau-
et d'Europe répandaient purement et simplement de la coup d'alcalis - tels que la soude et la potasse, avec de
poudre de galène sur les prèces humides, obtenant la silice et un peu d'alumine - qui leur donnent un
ainsr une couche de plomb suffisante pour former une point de fus1on relativement bas. Quelques poteries
glaçure sur les pièces après cuisson. On peut faire une chmoises anciennes n'ont de couverte que d'un côté ou
glaçure très valable en mélangeant 2 parties d'oxyde de sur une épaule, ce qui peut s'expliquer par des projec-
plomb, 1 partie de sable fin ou pulvérisé, et 1 partie tions de cendres dans la chambre de cuisson. Ou bien,
d'argile rouge commune (en poids). Une telle glaçure parfois, on saupoudrait les pièces de cendres, ou on les
sera douce, brillante, ambre ou brune, semblable pe1gnait avec de la cendre délayée dans de l'eau, et on
d'apparence aux poteries rustiques d'Europe et d'Amé- obtenait ainsi une couverte mince. Pourvu qu'on élève
rique au siècle dernier. suffisamment la température de cuisson, un mélange
Dans le Proche-Orient, les Syriens et les Babylo- (à parts à peu près égales) de cendres de bois, de feld-
niens apprirent à changer les couleurs des glaçures au spath et d'argile peut donner une couverte très durable
plomb par l'addition de d1vers oxydes métalliques tels et très satisfaisante. Cet exemple montre bien la simpli-
que l'oxyde de cuivre, de fer, ou de manganèse. cité de la composition d'une couverte, tout au moi ns de
Quelques-unes de leurs céramiques, notamment leurs celle qur ne nécessrte pas un contrôle très rigoureux. Le
grands panneaux architecturaux à briques émaillées et potier de l'Antiquité avait toutes ces matières à sa
leurs bas-reliefs, témoignent du très haut niveau disposition ; il deva1t seulement les découvrir, les utiliser
qu'avait atteint chez eux l'art de la glaçure. et les contrôler empiriquement, ce qui n'impliquait
La science des glaçures au plomb s'étendit à aucune connaissance particulière en chimie. Nous
la Chine, et les premières glaçures de ce pays, env1ron étudierons les cendres de bois plus en détail dans un
500 avant J.-C., sont des glaçures au plomb. Quelques- chapitre suivant.
unes, très anciennes, se sont décomposées sous l'action
du temps et sont devenues, de ce fait, irisées, très
différentes de ce qu'elles étaient à l'origine.
4. Couvertes argileuses
L'obtention de températures de cuisson bien plus
élevées rendit possible l'emploi de couvertes principale-
3. Couvertes aux cendres ment ou uniquement composées d'argile. Quelques-
végétales unes des plus belles couvertes de la Chine anc1enne
appartiennent à ce type. Quand les potiers atteignirent
En Chine, le four du potier fut amélioré et ce pro- ces températures plus élevées, ils découvrirent que cer-
grès rendit possible l'obtention de températures plus tames argiles, comme l'argile rouge commune (terre

62
LES PREMIÈRES GLAÇURES ET COUVERTES

à faïence), fondaient complètement en donnant un Nous avons examiné quelques-uns des procédés
verre brun. Ces terres sont relativement fusibles à cause utilisés jadis pour faire des vernis, avant que la techno-
de leur teneur en fer et autres impuretés. Beaucoup logie n'apporte la connaissance technique des maté-
d'argiles communes fondent vers 1250 oc et quelques- riaux et des réactions de leurs diverses combinaisons
unes se liquéfient même à des températures infé- lors de la fusion. En général, les potiers combinaient les
rieures. Pour obtenir ce genre de couvertes, il suffit de différents minéraux selon des proportions empiriques,
faire une barbotine de terre fusible, riche en fer, d'en trouvées par t~tonnement et reconnues comme don-
recouvrir un pot d'argile plus réfractaire ; cuit à une nant les résultats désirés ; ils cu isaient ces mélanges à
température suffisante, cet enduit de barbotine se des températures suffisantes pour les fondre et obte-
transforme en couverte. On peut abaisser le point de naient ainsi des émaux. Les recettes étaient transmises
fusion de ces couvertes en ajoutant un fondant quel- d'une génération à l'autre et les secrets des glaçures et
conque tel que des cendres ou du feldspath. des couvertes jalousement gardés. Les magnifiques
chefs-d'œuvre du passé prouvent la valeur de cette
méthode. Il est clair d'ailleurs que la fabrication des
glaçures ne présente pas de très grandes difficultés
S. Couvertes feldspathiques techniques; sinon comment aurait-on pu obtenir des
Les couvertes feldspathiques, c'est-à-dire compo- résultats aussi brillants autrefois? L'opération consis-
sées surtout de feldspath, constituent une autre sorte tait, et consiste toujours, à mélanger des matériaux
de couvertes extrêmement simples. Dans ce cas encore, communs et à soumettre ce mélange à la température
des températures relativement élevées sont néanmoins adéquate. Les plus beaux effets dans les glaçures et les
nécessaires pour les cuire; c'est la raison pour laquelle couvertes viennent spontanément et sont le résultat de
elles restèrent pendant deux mille ans la propriété réactions non calcu lées : somme toute, le potier les
exclusive des potiers chinois qui, seuls, pouvaient constate et les enregistre, plus qu'il ne les invente.
atteindre ces températures dans leurs fours. Le feld- Bien que, dans le passé, on ait su faire de bonnes
spath seul se transforme en verre vers 1250 oc. Pu lvé- glaçures et couvertes sans connaissances exactes,
risé, puis répandu tel quel sur le tesson, il est certain aujourd'hui la technologie permet au potier de les
qu'il peut donner une très belle couverte d'un blanc lai- obtenir beaucoup plus facilement. En effet, on peut
teux. Quelques-unes des plus belles pièces de la Chine aujourd'hui se procurer les matières premières néces-
ancienne furent sans doute réalisées ainsi. Le feldspath saires toutes préparées, sous forme de poudres de
est un minéral très commun, très facile à identifier et à composition uniforme. Autrefois, chaque potier était
pulvériser finement. On peut abaisser son point de obligé d'extraire, de broyer et de préparer les siennes,
fusion en ajoutant carrément un peu de pierre à chaux et la composition pouvait varier suivant l'origine
broyée. Certaines des plus bel les couvertes connues des matières. Nos connaissances nous permettent
pour leurs qualités artistiques ne sont que de simples aujourd'hui de composer, d'ajuster et de contrôler rapi-
combinaisons de trois matières minérales communes et dement les glaçures et les couvertes, quels que soient
abondantes : le feldspath, la pierre à chaux et le quartz. les effets recherchés. Ces connaissances et le contrôle
relativement exact que nous pouvons exercer pendant
la cuisson garantissent les résultats beaucoup plus
qu'auparavant.
6. Conseils pour les glaçures Cependant, il reste toujours assez d'incertitudes
et les couvertes dans ce métier pour qu'il garde tout son intérêt, et
n'importe quel potier expérimenté pourrait le confir-
Les vernis au sel, examinés plus en détail dans un mer. Il est capital pour le céramiste de connaître per-
chapitre suivant, sont seulement mentionnés ici. Ils sonnellement les mat1ères utilisées pour les émaux et
constituent un autre exemple de ces glaçures simples de se familiariser avec leurs comportements. Non seule-
qui ne réclament ni l'emploi de nombreuses matières ni ment une telle connaissance lui fait gagner du temps et
la connaissance des réact1ons chimiques. lu i permet d'obtenir les couleurs et les textures qu'il

63
LES GLAÇU~ES ET LES COUVE~TES

désire, mais elle rend son métier générateur de joie et cien. Ce serait une autre erreur de croire que l'art ne
beaucoup plus fascinant. Ce serait une erreur de penser procède que de la technologie. Cependant, il semble
qu'une telle connaissance est l'apanage du seul techni- bien certain qu'il n'y a pas d'art sans technique.

64
1

3. Les oxydes et leurs fonctions


dans la formation
des glaçures et des couvertes

combine avec l'oxygène de l'air ou de l'eau et donne la


1. Oxydation et oxydes rouille ou l'oxyde de fer (Fe 20 3). Le chrome ne s'oxyde
Beaucoup de minéraux, y compris ceux qu'on pas dans les conditions atmosphériques ordinaires,
emploie pour les glaçures et les couvertes, se présen- aussi l'ajoute-t-on à l'acier pour l'empêcher de rouiller.
tent sous la forme d'oxydes. La glaçure ou la couverte L'acier inoxydable est un alliage d'acier et de chrome.
cuite, finie, est un mélange d'éléments variés qui sont Comme la plupart des réactions, l'oxydation est
tous à l'état d'oxydes. Puisqu'en céramique nous facilitée par la chaleur. Quand la croûte terrestre était
aurons constamment affaire à des oxydes, la compré- encore chaude, l'oxydation des éléments qui la compo-
hension de ce terme est essentielle. saient fut plus rapide et plus complète qu'elle ne l'eût
Un oxyde peut être défini comme étant la été à des températures plus basses. Pour cette raison,
combinaison chimique de n'importe quel élément avec presque tous les éléments minéraux sont des oxydes.
l'oxygène. L'oxygène est un élément très répandu et, En céramique, nous soumettons les matériaux à
naturellement, au cours des âges géologiques, la plu- des températures relativement élevées et les produits
part des éléments de la surface de la Terre se sont finis sont composés entièrement d'oxydes, même si on
combinés avec lui. Dans certains cas, il a fallu très long- emploie pour les obtenir des matériaux qui ne sont pas
temps pour que cette oxydation s'effectue, mais dans sous la forme d'oxyde, comme les carbonates.
d'autres, tel celui du silicium, l'élément est instable en L'étude et le contrôle des glaçures et des couvertes
présence de l'oxygène et l'oxydation est rapide. L'oxy- deviennent beaucoup plus simples et plus compréhen-
gène, bien sûr, est toujours présent dans l'atmosphère sibles, si on considère les glaçures et les couvertes dans
et dans l'eau et, par conséquent, toujours disponible leur état final, fondues et cuites, plutôt qu'avant la
pour une combinaison chimique. cuisson. Après avoir été chauffée et fondue, la glaçure
Nous sommes tous familiarisés avec le phénomène ou la couverte est composée d'éléments à l'état
de l'oxydation, même si nous ne le connaissons pas d'oxydes.
sous ce terme. La combustion est un exemple d'oxyda- Les rapports entre ces divers oxydes, c'est-à-dire
tion : le charbon de bois, le charbon ou le fuel, en brû- leur quantité relative et les réactions qu'ils ont les uns
lant, se combine avec l'oxygène de l'air; il en résulte sur les autres pendant la cuisson, constituent l'objet
une réaction chimique avec dégagement de chaleur et propre de notre étude. Il faut toujours garder présente
de lumière. Le produit, le gaz carbonique ou anhydride à l'esprit la distinction entre ces oxydes dans la glaçure
carbonique (C02), est un gaz qui devient partie inté- ou la couverte cuite, et les matériaux bruts que l'on
grante de l'atmosphère. Les résidus tels que la cendre mélange pour faire la glaçure ou la couverte crue. En
sont surtout formés d'éléments déjà oxydés et, comme effet, bien des substances qui entrent dans la composi-
tels, n'entrent pas dans la réaction. La rouille est un tion d'une glaçure ou d'une couverte contiennent plus
autre exemple familier d'oxydation. Le fer (Fe) se d'un oxyde. L'argile, par exemple, contient à la fois de

65
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

l'alumine et de la silice, et les feldspaths contiennent combinaisons de plomb et d'antimoine qui donnent la
souvent trois éléments ou davantage. De plus, quelques couleur appelée «jaune de Naples ». Il convient d'étu-
composants de glaçure ou de couverte, tels que le dier d'abord la glaçure ou la couverte elle-même et,
blanc d'Espagne (CaC03), sont plutôt des carbonates ensuite, le moyen de la colorer. En pratique, les colo-
que des oxydes, bien que le résultat dans la glaçure ou rants sont ajoutés en faibles pourcentages à la prépara-
la couverte cuite soit un oxyde, CaO dans ce cas. En tion de la glaçure ou de la couverte.
d'autres termes, il y a une distinction réelle entre les
matériaux bruts employés pour faire les glaçures et les
couvertes et la glaçure ou la couverte cuite, fondue,
finie.
Examinons d'abord les oxydes dans la glaçure ou
3. Fonctions des oxydes dans
la couverte finie; ensuite, nous étudierons les diverses les glaçures et les couvertes
matières premières d'où proviennent ces oxydes.
Il faut rappeler ici quelques notions générales à
propos des oxydes cités plus haut et entrant dans la
composition des glaçures et des couvertes. Disons
d'abord qu'aucun d'eux ne se comporte exactement
2. Oxydes des glaçures de la même manière. Chacun contribue à sa façon
à former la glaçure ou la couverte. Le calcium et le
et des couvertes strontium (plus que n'importe quelle autre paire) se
Voici la liste des oxydes courants : comportent presque de la même façon, et le sodium et
le potassium ont des effets identiques. Le seul oxyde
Si02 oxyde de silicium indispensable à la glaçure ou à la couverte est la silice
AI203 oxyde d'aluminium (Si0 2); tous les autres peuvent entrer ou non dans la
Na 20 oxyde de sodium composition d'une glaçure ou d'une couverte. Les
K20 oxyde de potassium sources de ces différents oxydes sont abondantes et
PbO oxyde de plomb relativement bon marché.
CaO oxyde de calcium La silice, seul oxyde indispensable à la fabrication
BaO oxyde de baryum des glaçures et des couvertes, est de loin le plus impor-
MgO oxyde de magnésium tant dans la liste des oxydes. Seule, à température suffi-
ZnO oxyde de zinc sante, elle donnera du verre. C'est elle l'élément
SrO oxyde de strontium principal de la glaçure ou de la couverte, les autres
Sb20 3 oxyde d'antimoine substances ne faisant que la modifier. La plupart des
Li20 oxyde de lithium glaçures et des couvertes contiennent surtout de la
B20 3 oxyde borique silice. Notez que les oxydes énumérés ci-contre peuvent
Ti02 oxyde de titane être considérés comme des fondants. Ils sont tous des
roches alcalines ou des oxydes métalliques. Bien qu'ils
On notera qu'on trouve relativement peu d'oxydes présentent de grandes différences quant à leur point de
dans les glaçures et les couvertes. ou dans le verre. Il y fusion, à leur activité chimique ou à leur neutralité,
en a assez cependant pour que le nombre de leurs ils ont tous pour effet d'abaisser la température de
combinaisons soit presque infini; c'est ce qui explique fusion de la silice. L'alumine, employée seulement en
la grande variété des glaçures et des couvertes. Il faut petite quantité dans les glaçures et les couvertes, a
remarquer que les oxydes énumérés ci-dessus sont les pour effet de « figer» la fonte. Elle empêche la glaçure
oxydes qui forment la glaçure ou la couverte elle- ou la couverte fondue de couler le long des parois
même, et que, sauf exceptions, ces oxydes ne lui don- verticales et supprime aussi la formation de cristaux
nent pas une couleur déterminée. Les exceptions sont : pendant le refroidissement Pour cette raison, on la
l'oxyde de plomb, qui donne un jaune pâle, et les rencontre dans presque toutes les glaçures et les

66
LB OXYDES ET lfURS FONCTIONS DANS LA FORMATION DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

couvertes, à l'exception de celles qui ont été étudiées riaux bruts déclenche la fusion en faisant entrer plus
spécialement pour former des cristaux. étroitement en contact les divers éléments. Quand la
chaleur du four tombe, la glaçure ou la couverte se fige
en une masse solide adhérant au tesson. Ce verre est
en réalité une solution complexe, un mélange d'oxydes
4. Fonte de la glaçure divers plutôt qu'un composé chimique de composition
et de la couverte dans le four définie.
Quand les glaçures ou les couvertes sont fondues
Avant de parler plus en détail des oxydes, il faut tout en restant unies à l'argile du tesson, il se produit
maintenant décrire les différentes étapes de la forma- toujours une certaine réaction entre les deux, surtout
tion d'une glaçure ou d'une couverte, depuis sa lorsque l'on cuit la pièce à haute température. Comme
composition jusqu'à sa solidification, en passant par sa nous l'avons vu, lorsque l'argile commence à se vitrifier
fusion. Une telle description aidera à déterminer la part dans le four, une certaine quantité de verre se forme et
que les divers oxydes prennent chronologiquement les oxydes qui le composent sont alors activés par la
dans la formation de la glaçure ou de la couverte fin ie. haute température. La glaçure ou la couverte fluide est
Les matières premières constituant la glaçure ou la active et tend à pénétrer un peu dans l'argile dont elle
couverte sont soit des roches ou des minéraux, comme prend une partie en solution et elle dissout peut-être le
la silice ou le feldspath, pulvérisés finement, soit des fer et les autres impuretés de la surface. L'examen au
produits chimiques obtenus par précipitation ou par microscope de la coupe d'une pièce enduite de glaçure
toute autre méthode, et se présentant également sous ou de couverte montre une zone intermédiaire entre
forme de fines poudres. Ils sont assez fins pour passer à l'argile et la glaçure ou la couverte, qui est en partie
travers le tamis no 20. Quand les divers ingrédients ont glaçure ou couverte, en partie argile, et qu'on appelle
été réunis et mélangés à de l'eau, on obtient une pâte interface. Cette réaction entre l'argile et la glaçure ou
dans laquelle chaque particule d'un composant est en la couverte fait que le verre en fine pellicule adhère
contact avec les particu les des autres composants. solidement au tesson . Dans la porcelaine, il est difficile
La glaçure ou la couverte est appliquée dans cet d'établir la démarcation entre les deux, puisque les
état et forme un enduit uniformément composé de par- deux matières sont presque semblables. Les pièces
ticules des diverses substances originelles. Plus le cuites à basse température montrent une réaction très
broyage des matériaux bruts est fin et plus leur faible entre la glaçure et son support et, pour cette rai-
mélange est homogène, plus le contact sera intime son, il est quelquefois très difficile de faire adhérer une
entre les diverses particules. glaçure à une pâte céramique tendre, sous-cuite.
Quand la pièce enduite de glaçure ou de couverte
est chauffée jusqu'au rouge voire au-delà, des change-
ments commencent à se produire dans la glaçure ou la
couverte. Les corps volatils comme le carbone et le 5. La silice
soufre sont dégagés et seuls restent les oxydes. Ces p.m.: 60,1
Si02
derniers, au fur et à mesure que la température monte,
ont des réactions chimiques les uns avec les autres, et La silice est l'oxyde fondamental du verre. Les gla-
la fusion commence. La fusion peut apparaître d'abord çures céram iques sont surtout composées de silice, les
avec la réaction de deux ou plusieurs corps, et le verre autres composants ne servant en réalité qu'à la modi-
ainsi formé peut alors déclencher la fusion de nouveaux fier pour abaisser son point de fusion ou lui donner
oxydes jusqu'à la fusion complète de tous. Dans la plu- d'autres propriétés telles que l'alcalinité, l'opacité ou la
part des cas, cette fusion est progressive et suit la mon- matité. Les glaçures à basses températures de cuisson,
tée en température. Finalement, tous les composants celles qui fondent à 1050 oc ou moins, contiennent à
solides du mélange auront perdu leur identité dans la peu près 2 parts de silice pour 1 part comprenant tous
fusion, et formeront un seul corps d'une consistance les autres composants. Les glaçures à hautes tempéra-
uniforme. La petite tai lle des particules dans les maté- tures de cuisson (1250 oc ou plus) contiennent une

67
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

quantité de silice égale à 3 ou 4 fois la quantité totale aurarent des surfaces rugueuses ou des textures tache-
des autres composants. Seule, la silice fond à 1710 oc. tées. L'alumine, dans le verre encore en fusion, ralentit
Apeu près 60 % de la croûte terrestre sont consti- la prise en empêchant les autres composants de se
tués de silice. Ce fart témoigne de la dureté de cet recrrstalliser ensemble.
oxyde, de sa durabilité, de sa résrstance aux transfor- L'alumine augmente la dureté des glaçures, leur
mations chimiques ou à la dissolution. C'est elle qui durabilité et leur résistance aux tensions. A cause de
transmet ces caractéristiques aux glaçures, et, en règle son point de fusion élevé, elle apporte opacité et matité
générale, on utilise le plus possible de silice dans la à toute glaçure si la quantité employée dépasse un cer-
fabrication d'une glaçure. tain seuil qui dépend de la composrtron de la glaçure et
Les glaçures à hautes températures de cursson de sa température de cuisson.
sont plus dures que celles à basses températures de
cuisson, parce qu'elles contiennent plus de silice.
La silice à l'état vrtreux a un faible coefficrent de
dilatation ; c'est pourquor sa presence dans la glaçure 7. L'oxyde de sodium
assure l'adhérence au tesson. Ce phénomène sera
traité plus à fond dans le chapitre consacré aux défauts Na20 p.m.: 62
des glaçures. L'oxyde de sodium est chimiquement très actrf et
L'usage de la srhce ne présente pas d'inconve- agit dans les glaçures comme un fondant puissant. Il
nients dans les glaçures, sauf quand elles en contren- est très utilisé aussr bren aux températures les plus
nent trop. Dans ce cas, elle peut en effet empêcher basses qu'aux plus hautes. Les glaçures à forte teneur
les glaçures de cuire normalement et causer leur dévi- en sodium peuvent prendre des couleurs brillantes par
trification ou l'apparition de cristaux lors du refroidis- additron d'oxydes métalliques colorants. La présence de
sement. La silice ne dénature pas les couleurs des la soude rend les couleurs vives et brillantes.
glaçures. L'un des meilleurs exemples est le bleu turquoise
que l'on obtient en ajoutant de l'oxyde de cuivre à une
glaçure contenant beaucoup de soude. Le bleu dit
« égyptien » est obtenu par une combinaison de cette
6. L'alumine sorte. La soude a le désavantage d'avoir un coefficient
de drlatation très élevé qui provoque sur bien des pâtes
AI203 p.m.: 101,8
céramiques le tressaillage des glaçures en contenant
Bien qu'il entre relativement peu d'alumine dans la beaucoup. Un autre désavantage des glaçures très
composition des glaçures, elle joue un rôle important chargées en soude est qu'elles sont fragiles et, par
dans leur contraction lors du refroidissement. Les seules conséquent, qu'elles s'usent ou se rayent facilement.
glaçures faites sans alumine sont celles où l'on Elles sont d'autre part légèrement solubles dans l'acrde
recherche la formation de cristaux pendant cette phase. et sensibles aux agents atmosphériques et à la dégra-
L'alumine est réfractaire et, seule, elle ne fond pas au- dation.
dessous de 2040 oc en won. Pour cette raison, ri ne Bien des chefs-d'œuvre ancrens de la céramique
faut pas en mettre trop dans les glaçures, sinon elles ne persane sont maintenant en mauvais état. leur glaçure
parviendraient pas à eurre convenablement et seraient à la soude n'ayant pas résisté à l'usure du temps. Il
sèches d'apparence. L'alumine rend la glaçure en faut aussi signaler un autre inconvénient de la soude :
fusion plus visqueuse, moins apte à couler le long des il existe peu de sources naturelles de soude à l'état
parois verticales. C'est une propnété rndispensable aux tnsoluble. Cependant, beaucoup de feldspaths en
glaçures pour beaucoup de raisons d'ordre pratique. contiennent et on peut ajouter aux glaçures de petrtes
Une autre fonction importante de l'alumine est quantités de soude sous cette forme.
d'empêcher la recristallisation de la glaçure pendant le En quantités modérées et en combinaison avec
refroidissement. Sans alumine, bien des glaçures d'autres fondants, la soude est un oxyde très employé
seraient dévitrifiées pendant cette période, opaques, et dans les glaçures à des températures largement étalées.

68
LES OXYDES ET LEURS FONCTIONS DANS lA FORHATION DES GlAÇURES ET DES COUVERTES

Elle est un composant important du verre ordina1re, dilatation assez bas, l'adhérence de ces glaçures à la
constitué surtout de silice, de soude et de chaux. plupart des pâtes céramiques est excellente, sans risque
de tressaillage. On peut facilement obtenir des glaçures
au plomb cla1res, transparentes, brillantes, opaques,
mates, texturées, en modifiant leur composition et en
8. L'oxyde de potassium aJoutant des agents opacifiants adéquats ou donnant
de la mat1té.
K20 p.m. : 94,2 la valeur du plomb comme composant de glaçure
Dans les glaçures, l'action de l'oxyde de potassium réside dans sa sûreté d'emploi. Il fond graduellement,
est très semblable à celle de l'oxyde de sodium. À tel sûrement, régulièrement. et les glaçures dont il est
point qu'en réalité on écrit souvent dans les formules le fondant principal sont relativement sans défaut. En
KNaO, ce qui désigne un mélange des deux corps dans plus de ces avantages pratiques, la glaçure au plomb
n'importe quelles proportions. Le potassium a les est intéressante si on recherche des couleurs riches,
mêmes avantages et les mêmes inconvénients que le profondes, brillantes, dans une grande gamme de
sodium. Dans leur réaction aux couleurs, ils montrent la tonalités.
même brillance, mais avec des teintes légèrement diffé- l'usage de l'oxyde de plomb dans les glaçures
rentes su1vant que, dans le mélange, l'un ou l'autre présente cependant quelques inconvénients. Aucun,
prédomine. Le manganèse, dans une glaçure sod1que, pourtant, ne motive la suppression de son emploi en
donne du pourpre rougeâtre, par exemple, alors que, céramique. Tout d'abord, les glaçures au plomb doivent
dans une glaçure potassique, il donne du pourpre bleu. être cuites en atmosphère oxydante. Dans la pratique
le potassium a un coefficient de dilatation légèrement moderne, on peut difficilement dire que c'est un
plus faible que le sodium, mais il reste élevé et peut désavantage, puisque les fours fonctionnent normale-
causer du tressaillage. ment avec une atmosphère claire, sans fumée. Cepen-
Le potassium est un fondant très actif et très dant, l'oxyde de plomb est facilement réduit et, si les
employé dans les glaçures à toutes les températures. La pièces sont au contact direct de la flamme ou de la
seule source naturelle de potassium à l'état insoluble fumée pendant la cuisson, elles peuvent être cloquées
est le feldspath et, quand une grande quantité de ou noircies. Deuxièmement, l'emploi de l'oxyde de
potassium est nécessaire pour composer une glaçure, il plomb est limité, car il se volatilise au-dessus de
faut utiliser une fritte. 1 200 oc. C'est pourquoi on util1se rarement des gla-
çures au plomb au-dessus de 1190 oc environ. Aux
températures supérieures, on peut utiliser d'autres fon-
dants, comme le feldspath; ainsi l'emploi du plomb
9. L'oxyde de plomb n'est-il plus nécessaire. La volatilisation du plomb est
responsable de la formation de glaçure sur les parois
PbO p.m.: 223 intérieures des fours et sur le matériel d'enfournement
L'oxyde de plomb est utilisé dans les glaçures après de nombreuses cu1ssons de p1èces recouvertes de
comme fondant. Le plomb et la silice donnent, à eux glaçure plombifère.
seuls, une très bonne glaçure, semblable à celle des Les glaçures au plomb ont la réputation d'être
poteries mexicaines cuites à basses températures. dures et brillantes et les fervents des glaçures de grès
Dans le monde entier, le plomb a été le fondant ont tendance à sous-est1mer leurs possibilités. En réa-
principal d'un grand nombre de glaçures. D'une lité, on peut facilement contrôler leur degré de matité
manière générale, c'est le fondant le plus employé et le ou de sécheresse et ces glaçures ne sont pas forcément
plus sOr aux basses et moyennes températures. Il pré- de textures et de couleurs vives et voyantes.
sente l'avantage d'avoir un point de fus1on très bas, de l 'oxyde de plomb utilisé dans les glaçures a le gros
bien révéler les couleurs des oxydes colorants, et il inconvénient d'être toxique à l'état brut, et il faut
donne généralement une glaçure douce, brillante, prendre les précautions nécessaires pour éviter tout
exempte de défaut. En raison de son coeffioent de nsque d'empoisonnement. Cet empoisonnement est

69
LES GLAÇURfS ET LES COUVERTES

causé par l'ingestion de composés du plomb, soit par la Toute glaçure au plomb cuite au-delà de 1005 oc
bouche, soit par la respiration de vapeurs ou de pous- environ et contenant divers oxydes en plus du plomb
sières, soit par contact (écorchures ou plaies ouvertes). et de la silice est si peu soluble qu'elle ne présente
Les symptômes du saturnisme sont variés et il est diffi- aucun danger en utilisation normale. Même avec les
cile à soigner, puisque le plomb, une fois fixé dans glaçures au plomb les plus douces et les plus solubles, il
l'organisme, a tendance à y rester. Les peintres utilisant est difficile à l'organisme de fixer assez de plomb par
des peintures au plomb ont souvent souffert d'empoi- l'intermédiaire de la nourriture pour provoquer un
sonnement et en Angleterre, au siècle dernier, les empoisonnement.
ouvriers potiers travaillant avec des glaçures au plomb
devinrent à tel point sujets au saturnisme, que des
mesures furent prises pour interdire l'emploi de compo-
sés de plomb à l'état brut.
Bien que ce risque soit sérieux, on peut facilement 10. L'oxyde de calcium
l'éviter en prenant quelques précautions simples.
Quand on manipule ce genre de glaçures crues, il faut
CaO p.m.: 56
éviter d'en respirer des poussières, veiller à ne pas en Beaucoup de glaçures contiennent de l'oxyde de
mettre sur le bout des cigarettes ou sur la nourriture. Si calcium et, comme c'est une matière courante bon
on les applique au pistolet, les locaux réservés à cet marché et qu'elle ne donne aux glaçures que des pro-
usage doivent être spécialement bien ventilés. priétés désirables, c'est un composant de tout premier
Le saturnisme résulte de l'accumulation du plomb choix.
dans l'organisme et, même si les quantités fixées Bien que son point de fusion soit très élevé
chaque jour sont infimes, leur somme peut atteindre un (2 572 °C), il agit surtout dans les glaçures comme fon-
jour le seuil critique. Le plomb fritté avec la silice ou dant Dans les glaçures à hautes températures de cuis-
d'autres oxydes n'est pas toxique et, autant que pos- son, il peut être le fondant principal, mais, pour
sible, c' est sous cette forme qu'il faut l'introduire dans provoquer la fusion dans les glaçures à basses tempéra-
les glaçures. Cette recommandation vaut particulière- tures de cuisson, il faut lui adjoindre d'autres fondants,
ment pour les ateliers dans lesquels il peut ·être difficile comme les oxydes de zinc, de sodium, ou de plomb. Le
d'observer les règles de sécurité relatives à l'utilisation calcium contribue à donner aux glaçures dureté et
des glaçures plombifères crues. durabilité. Sa cuisson est sans histoire, et peu de
Un autre aspect du problème de la toxicité de défauts lui sont imputables.
l'oxyde de plomb réside dans le fait que quelques gla- Il influence un peu les couleurs provenant des
çures au plomb restent, après cuisson, légèrement oxydes colorants. Dans les glaçures à hautes tempéra-
solubles dans les acides faibles. Il est donc possible que tures de cuisson, en réduction, le vert-gris connu sous
de petites quantités en soient introduites dans la nour- le nom de « céladon » est avantagé par la présence
riture. Les seules glaçures vraiment dangereuses sont d'une quantité importante de calcium dans la glaçure
celles qui ont été cuites à très basses températures, de base. Le calcium rend plus dures et plus insolubles
celles dont la teneur en plomb est élevée et qui ne les glaçures à basses températures de cuisson, à forte
contiennent pas assez d'autres oxydes nécessaires à teneur en oxyde de plomb ou de sodium. Si une glaçure
l'obtention d'un verre stable, insoluble. Avec des fours contient trop d'oxyde de calcium, elle sera mate, terne
cuisant à 1000 oc ou plus, pourvu qu'on connaisse un ou rugueuse, en raison du caractère réfractaire de cette
peu les lois de la formulation d'une telle glaçure, les matière (si on en met plus qu'il n'en faut) et de la dévi-
pièces cuites ne présentent aucun danger à l'usage. trification due à la solubilité limitée du silicate de cal-
Pour les pièces destinées à contenir de la nourriture, il cium lors de la fusion. L'oxyde de calcium est utilisé
est prudent de toujours introduire un peu de chaux dans la production de glaçures à surface légèrement
dans la composition des glaçures et de calculer les for- terne. En augmentant la quantité de calcium dans cer-
mules en sorte qu'il y ait au moins deux molécules de taines glaçures, on arrive à obtenir des surfaces ternes
silice pour chaque molécule de plomb. sans trop affecter leur transparence.

70
l ES OXYDES ET lEURS fONCTlON.S DANS lA fORMAn ON DES GlAÇURES ET DES COUVERTES

11. L'oxyde de baryum 13. L'oxyde de zinc


BaO p.m. : 153,3 ZnO p.m.: 81 ,3*
La fonction de l'oxyde de baryum dans les glaçures L'oxyde de zinc est utilisé fréquemment comme
est très voisine de celle de l'oxyde de calcium. Le fondant aux moyennes et hautes températures. Il peut
baryum est réfractaire et il faut l'employer en quantités être très actif en petites quantités; en quantités plus
moindres que le calcium, surtout dans les glaçures grandes, il peut produire matité et sécheresse. On
à basses températures de cuisson. Aux hautes tempé- l'emploie peu au-dessous de 1110 °C, car il est alors un
ratures. l'oxyde de baryum est un fondant, mais fondant insuffisamment puissant.
peu actif. Il est couramment employé pour l'obtention Bien que l'oxyde de zinc ne soit pas, et de loin, un
des glaçures mates. Dans beaucoup de glaçures, fondant auss1 puissant que l'oxyde de plomb, on l'a
il donne une surface mate, satinée, très agréable. souvent utilisé à sa place. En Angleterre, on avait mis
En trop grande quantité, il donne des surfaces très au point une glaçure dite « Bristol » pour éviter d'utili-
sèches. La matité du baryum est neutralisée par l'addi- ser le plomb. Dans ce type de glaçure, le zinc constitue
tion d'une grande quantité de base. la présence de le fondant princi-
l'oxyde de baryum dans les glaçures à hautes tempéra- pal, le calcium, le
tures de cuisson favorise, en réduction, l'obtention des baryum et le ma-
céladons et des bleus de fer. On peut obtenir des bleus gnésium étant les
de cuivre brillants dans les glaçures à forte teneur en fondants aux1haires.
baryum. le zinc est un fon-
dant additionnel de
choix dans les gla-
çures contenant du
plomb, du feldspath
ou de l'adde borique.
Il contribue à la dou-
12. L'oxyde de magnésium ceur, à l'égalité, à la
MgO p.m. : 40,3 pureté de la glaçure.
l'oxyde de magnésium est surtout utilisé comme Glaçure cristallisée à base de zinc, Cependant, les gia-
fondant aux hautes températures. Il est trop réfractaire cuisson oxydante. çures dont le zinc est
pour être d'un emploi courant à basses températures, le prindpal fondant
sauf si on recherche opacité et matité. Ahautes tempé- ont tendance à couler,
ratures, l'oxyde de magnésium peut donner aux gla- elles sont sujettes aux crevés et au picot, et les couleurs peu-
çures une surface douce, « beurrée ». les glaçures à vent être marbrées et altérées. Un peu de zinc est excellent,
hautes températures de cuisson, cu1tes en réduction et mais une grande quantité risque fort de causer des ennuis.
contenant de l'oxyde de magnésium, sont en général L'oxyde de zinc affecte profondément les couleurs
opaques, douces, denses et agréables au toucher. Un dues à divers oxydes colorants. Les couleurs résultant
excès d'oxyde de magnésium donne des glaçures de l'emploi combiné du zinc et du fer ont tendance à
sèches et peut aussi contribuer à l'apparition de défauts être ternes et plutôt sales. Par contre, le cuivre et le zinc
comme les retirements et le picot. donnent ensemble des teintes vert turquoise brillant. Le
zinc et le chrome produisent plutôt une teinte brune
Quand on aJoute du cobalt à des glaçures conte- que verte. le zinc et l'étain réunis donnent des glaçures
nant de l'oxyde de magnésium, on obtient plutôt du
pourpre que le bleu habituel. A très hautes tempéra-
(•) Dans tous les calculs de glaçures, l'auteur a pris pour poids molécu-
tures, et là où l'oxyde de magnésium se trouve en très
laire de l'oxyde de ztnc 81 au heu de 81,3 tel qu'il l'indique dans les
grandes quantités, ce pourpre peut être marbré de tableaux. Cela s1mph'ie les calculs sans influencer le résultat final. étant
veines d'un rose ou d'un rouge vif. donné les fa1bles quantités employées. (N.D.T.)

71
LES GLAÇUQES ET LES COUVEQTES

qui peuvent être légèrement roses ou brunâtres. Le zinc du sodium. Ses réactions aux couleurs sont celles du
et le titane constituent un mélange propre à la forma- sodium et du potassium. Les matières contenant cet
tion de cristaux dans les glaçures. À cause de son oxyde sont chères, ce qui explique son utilisation
influence assez spéciale sur les couleurs, le zinc est réduite.
rarement utilisé en grandes quantités dans les glaçures.

14. L'oxyde de strontium 17. L'oxyde borique


SrO p.m. : 103,6 8203 p.m. : 69,6
La fonction du strontium dans les glaçures est très L'oxyde borique possède un point de fusion bas et
voisine de celle du calcium. Il est cependant un peu plus c'est un fondant puissant comparable à l'oxyde de
fusible et peut remplacer l'oxyde de calcium quand on plomb ou de sodium. Il est très utilisé comme compo-
veut une fusion plus complète pour une glaçure à une sant des glaçures; son usage s'est généralisé dans les
température donnée. Comme il est un peu plus cher temps modernes. La seule source naturelle d'oxyde
que le calcium et ne possède pas d'avantages évidents, borique insoluble est la colémanite et, sauf lorsque l'on
le strontium est peu employé. utilise cette matière, l'oxyde borique est employé dans
les glaçures sous forme de fritte.
On peut s'en servir comme fondant principal ou
auxiliaire depuis les températures les plus basses
15. L'oxyde d'antimoine jusqu'aux plus hautes. Il forme des borates qui rédui-
Sb20 3 p.m. : 291,4 sent la dilatation de la glaçure; aussi l'emploie-t-on
On l'emploie quelquefois comme opacifiant, bien couramment pour corriger le tressaillage. Il intensifie les
qu'en aucune manière il n'ait un rendement supérieur à effets des oxydes colorants, et son action ressemble en
l'étain. ou au zirconium. On l'emploie surtout en com- cela à celle du sodium et du potassium. Avec seulement
binaison avec l'oxyde de plomb pour l'obtention du une petite quantité de fer, il peut produire des bleus
jaune de Naples. laiteux ou opalescents. Il peut aussi donner des taches
ou des marbrures avec certains oxydes colorants.
Les glaçures pour vaisselle de table ont souvent
comme fondant principal un mélange d'oxyde borique
16. L'oxyde de lithium et d'oxyde de plomb, et de telles glaçures plombeuses
borosilicatées sont connues pour leur douceur, leur
li20 p.m.: 29,8
absence de picot et d'autres défauts, leur large éventail
L'oxyde de lithium est un fondant actif et son de températures de cuisson et leur bonne qualité
action dans les glaçures est à peu de chose près celle d'usage.

72
4. Les composants des glaçures
et des couvertes
uns des plus beaux cuits à hautes températures, par
1. Préparation des matériaux bruts exemple, sont composés de feldspath, de silice, de
utilisés dans la fabrication des pierre à chaux et d'argile. Tous ces matériaux sont cou-
rants, et on peut les découvrir et les identifier aisément.
glaçures et des couvertes Cependant, le potier a rarement avantage à préparer
lui-même les matériaux de ses glaçures et de ses cou-
Après avoir brièvement décrit les oxydes impor-
vertes, car ceux qu 'il aurait extraits et pulvérisés lui-
tants qui entrent dans la composition des glaçures et
même à grand-peine ne seraient ni meilleurs ni
des couvertes, il faut étudier maintenant les matériaux
différents de ceux qu 'il peut trouver dans le commerce.
bruts employés pour obtenir ces divers oxydes. Il faut
bien distinguer les oxydes composant les émaux cuits Les matériaux constituant les émaux sont vendus
des matériaux bruts mélangés pour faire la glaçure ou et utilisés sous forme de poudre fine. Quelques-uns,
la couverte crue. Quelques-uns de ces matériaux ne comme la silice, le talc, le blanc d'Espagne, le feldspath,
fourniront qu'un seul oxyde à la glaçure ou à la cou- la dolomie, l'argile, sont des minéraux naturels que l'on
verte cuite, finie. le blanc d'Espagne, par exemple, ne extrait et pulvérise ensuite au degré de finesse désiré.
donne que l'oxyde de calcium, CaO. D'autres peuvent Les autres substances sont obtenues par des procédés
produire plusieurs oxydes. La pierre de Cornouailles, ch imiques, par précipitation par exemple.
par exemple, fournit cinq oxydes différents. Si le céra- Que les matériaux soient d'origine minérale ou
miste veut utiliser intelligemment ces matières pre- obtenus chimiquement, la granulation standard est
mières, il faut qu'il connaisse les oxydes qu'elles celle qu'on obtient avec le tamis no 20. Cette fine gra-
contiennent et leur contribution au résultat final. nulation des matières leur donne une apparence très
Le débutant pourrait croire que le nombre des semblable, et le potier doit prendre soin de ne pas les
matières premières à partir desquelles on peut fabri- mélanger et de ne pas perdre les étiquettes des sacs ou
quer des glaçures et des couvertes est immense. En réa- des emballages.
lité, ce nombre est strictement limité. En général, on en A l'exception du baryum et des composés du
utilise vingt et une. Et sur ces vingt et une, neuf environ plomb, aucune matière entrant dans la composition des
sont d'un emploi relativement rare. Une bonne émaux n'est toxique. Parmi celles qui sont solubles,
connaissance de l'utilisation d'une douzaine de quelques-unes sont caustiques, et il faut éviter de les
matières premières environ est nécessaire pour aborder laisser longtemps en contact avec la peau. Il faut égale-
la fabrication des émaux. Nous ne considérons pas ici ment veiller à ne pas respirer les poussières de silice car,
les matières qui les colorent ou influencent leur texture, à la longue, elles peuvent provoquer la silicose. Pour
mais seulement celles qu'on utilise pour composer la éviter ce risque, tous les locaux dans lesquels on vapo-
glaçure ou la couverte elle-même. rise la glaçure doivent être bien ventilés et la poussière
La plupart proviennent de roches et de minéraux dans les aires de travail réduite au minimum. les
communs. C'est une erreur de croire que les émaux méthodes modernes de dépoussiérage appliquées dans
sont faits à partir de matières mystérieuses, coûteuses les fabriques de poterie ont pratiquement éliminé les
ou rares. En réalité, dans bien des endroits, on peut risques de silicose.
faire des émaux en utilisant des minéraux communs, Les matières premières des glaçures et des
que l'on trouve facilement dans la nature. Quelques- couvertes ne s'altèrent pas plus à l'état brut que

73
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

mélangées à l'eau dans l'émail cru, et on peut les contribue aussi à la formation de la glaçu re. Elle
conserver indéfiniment. apporte aussi quelques propriétés physiques néces-
La plupart des matériaux composant les glaçures saires à la glaçure crue. Ordinairement, on emploie du
et les couvertes sont bon marché; le prix beaucoup plus kaolin qui, étant relativement exempt de fer, ne donne
élevé des glaçures toutes préparées est dO bien plus à la donc aucune couleur aux glaçures. On peut également
préparation, à l'emballage et aux frais de transport du employer des argiles très plastiques (genre bali clay),
produit fini qu'au prix des matières premières elles- des terres à grès ou des terres à faïence, mais leur
mêmes. Les oxydes colorants et les teintures pour gla- teneur en fer étant plus élevée, ces terres peuvent don-
çures et couvertes sont chers, mais on les emploie en ner aux glaçures une teinte brunâtre et abaisser leur
quantités relativement petites. point de fusion.
Les matériaux constituant les glaçures et les cou- L'argile qui fournit l'alumine et une partie de la
vertes doivent être insolubles dans l'eau. Cette considé- silice nécessaire, contribue aussi à homogénéiser le bain
ration pratique écarte bien des matériaux courants qUI, des glaçures crues en empêchant les autres composants
d'un autre point de vue, seraient parfaitement utili- de se déposer au fond des récipients. Elle donne égale-
sables dans les émaux. Le silicate de sodium, par ment à la glaçure crue posée sur le tesson une certaine
exemple, pourrait constituer un apport de sodium dans solidité qui la rend moins salissante ou moins fragile
les glaçures s'il n'était pas soluble dans l'eau. Ce pro- lors des manipulations de l'enfournement.
blème de la solubilité est étudié dans le chapitre des Toute l'alumine nécessaire à la composition d'une
frittes. glaçure est fournie d'habitude par l'argile et le feld-
spath. Cependant, on peut aussi l'y introduire sous
forme d'aluminium hydraté ou d'oxyde d'aluminium.
Mais, comme ces matériaux sont plus chers que l'argile
2. La silice et n'apportent pas aux glaçures crues les mêmes quali-
Si02 p.m. : 60,1 tés physiques requises, leur utilisation ne présente
aucun avantage. Dans le calcul des glaçures, on
La silice est employée dans les glaçures et les cou-
emploie la formule théorique du kaolin (2 SiOz, Ab03),
vertes. Du point de vue minéralogique, c'est du quartz.
bien qu'un grand nombre d'argiles aient une formule
Les sables sont une source de silice et sont extrême-
chimique très différente de celle-ci.
ment répandus sur la surface de la Terre. Les sables
blancs sont les sables de Fontainebleau et de Nemours, Les argiles très plastiques (bail clay, par exemple)
et ils contiennent 99,6% de silice. Le quartz fi lonien est contiennent toujours plus de silice que la quantité indi-
une roche extrêmement dure. Cette variété cristallisée quée dans la formule théorique du kaolin. Mais, étant
doit être fragmentée par des concasseurs et des donné que la quantité d'argile entrant dans la compo-
broyeurs. Il fournit une silice très pure après triage. sition d'une glaçure est toujours faible, de telles varia-
Le silex est aussi une variété de quartz qui possède tions ont un effet négligeable. Quand il y a plus de
une structure cristalline extrêmement fine (crypta- 12% d'argile dans la recette d'une glaçure, il faut cal-
cristal). Il doit être calciné à 940 oc pour obtenir une ciner l'argile pour diminuer le retrait.
poudre fine. Les glaçures composées entièrement d'argile ou en
Le sable, le quartz et le silex sont insolubles et chi- contenant une grande proportion sont étudiées dans
miquement inertes. Ils sont abondants et bon marché. un chapitre suivant.

3. L'argile 4. Le feldspath
2 Si02, Ab03, 2 H20 p.m.: 258
Le feldspath est l'un des éléments les plus impor-
L'argile est utilisée dans les glaçures comme tants des glaçures et des couvertes. Il est utilisé dans
source d'oxyde d'aluminium et la silice qu'elle contient presque toutes les glaçures et les couvertes, et souvent

74
l fS COMPOSANTS DES GLAÇURES ET DES COUVfi!TES

il constitue le principal élément et le fondant essentiel uniforme du mélange. Ils fournissent une analyse chi-
dans les couvertes à hautes températures de fusion. mique de leur produit qui permet de calculer la for-
Comme on l'a vu, il est l'un des constituants du granit mule. Les feldspaths ont des compositions fort variées.
et l'un des minéraux les plus communs et les plus Ceux qui contiennent beaucoup de potassium sont
répandus. ajoutés de préférence à l'argile elle-même, tandis que
ceux qui contiennent beaucoup de soude sont destinés
Il est composé :
aux glaçures, en raison de leur point de fusion relative-
1. D'une partie alcaline (sodium, potassium, seuls ou
ment bas.
en combinaison).
2. D'alumine. Quand une recette de glaçure ou de couverte
3. De silice. indique seulement « feldspath » sans spécifier la qualité
exacte, on doit en essayer plusieurs sortes pour déter-
miner celle qui donne le résultat désiré. Des procédés
Les formules des feldspaths purs sont les su i- plus exacts pour calculer la composition d'une glaçure
vantes : ou d'une couverte requièrent la mention précise du
genre de feldspath .
Orthose 6 Si02. Ab03, K20 p.m. : 556
Albite 6 Si02. Ab03, Na20 p.m.: 524 Le feldspath est couramment employé dans les
Anorthite 2 Si02. AI203. CaO p.m. : 278 glaçures et les couvertes, en raison de son point de
Spodumène 4 Si02. Lb03 p.m.: 372 fusion relativement bas et parce qu'il contient des alca-
Alz03.
lis- sodium et potassium - à l'état insoluble. C'est en
effet une sorte de fritte naturelle. Beaucoup de feld-
spaths fondent d'eux-mêmes, sans rien y ajouter, vers
Ces formules représentent la composition théo-
1250 "C, et se figent en une masse dure à une tempé-
rique de ces minéraux. Quelques échantillons naturels
rature beaucoup plus basse. De 5 à 10% de blanc
seulement, triés sur le volet, auraient une composition
d'Espagne, de dolomie ou de talc ajoutés à un feld-
correspondant exactement à ces formules ! La formule
spath abaisseront son point de fusion de 50 oc au
unité d'un feldspath trouvé dans le commerce serait
moins. La fusibi lité du feldspath est due au sodium, au
plutôt du genre :
potassium, ou au lithium qu'il contient.
K20 0,74 Si02 6,34 Pour cuire à des températures de 1260 oc et plus,
Na20 0,26 on peut composer des couvertes très simples contenant
1,00 surtout du feldspath, en y ajoutant peut-être un peu de
blanc d'Espagne, de dolomie ou de talc. Les couvertes à
très haute teneur en feldspath ont une nette tendance
au tressaillage, à cause de la quantité de sodium ou de
C'est un feldspath alcalin à dominante potassique
potassium, mais elles ont souvent une teinte semi-
qui appartient à la famille des perthites. La première
opaque ou laiteuse de très belle qualité. Quelques-unes
colonne nous montre la présence du sodium et du
des vieilles pièces chinoises, celles de Lun Ch'uan
potassium. Il y a plus d'alumine et de silice que dans la
notamment, de la dynastie Song, étaient probablement
formule théorique. Les feldspaths qu'on trouve dans le
endu1tes de couvertes à très haute teneur en feldspath.
commerce ont des appellations telles que : « Buckin-
La cu isson à haute température présente l'avantage de
gham feldspar >> ou « Minpro spar ». Ces noms n'ont
pouvoir obtenir des résultats aussi beaux avec un petit
pas de signification du point de vue minéral, mais les
nombre d'éléments simples.
fournisseurs de feldspath garantissent ainsi pour
chaque marque une composition suffisamment iden- Quelques minéraux feldspathiques sont si diffé-
tique. Ils ont la possibilité de mélanger les produits rents du feldspath ordinaire qu 'on les appelle autre-
extraits de différents endroits d'une même carrière ou ment. La syénite néphélinique, par exemple, est un
de plusieurs carrières pour assurer une composition feldspath à teneur inhabituelle en soude et en petas-

75
lES GlAÇUI!fS ET lfS COUVEI!TES

sium par rapport à la quantité de silice. Elle a pour sium et de cendre. Le précipité est très duveteux, et il se
formule: mélange mieux aux matériaux bruts des glaçures et des
0,251 4,67 couvertes crues que la magnésite broyée.
1'112
0.749
1,000
Son point de fus1on assez bas fait qu'on l'utilise 7. La dolomie
dans la composition des glaçures, surtout aux
CaC03, MgC03 p.m.: 184
moyennes températures. Elle est aussi employée
comme fondant pour aba1sser le point de maturation La dolomie est un minéral naturel contenant, en
des argiles. parties égales, du carbonate de calcium et de magné-
sium. On peut l'employer dans les glaçures et les cou-
La pierre de Cornouailles est une autre roche feld- vertes dans la mesure où on désire à la fois du calcium
spathique employée couramment dans les glaçures et et du magnésium.
les pâtes. Elle vient de Cornouailles (Angleterre). Voici
son analyse :
CaO 0,304 Ab03 1,075 Si02 8,1
Na20
K20
0,340
0,356
8. Le carbonate de baryum
BaC03 p.m. : 197,35
1,000
La chaux, le sodium et le potassium y sont en Le carbonate de baryum est la source naturelle
quantités à peu près égales, et la proportion de silice d'oxyde de baryum dans les glaçures et les couvertes. Il
est plus élevée par rapport aux alcalis que dans la plu- est préparé à partir des barytines minérales (sulfates de
part des feldspaths. baryum) par préCipitation avec la soude de la cendre
suivie d'une réduction en sulfure.

5. Le blanc d'Espagne
(carbonate de calcium) 9. Le talc
CaC03 p.m. : 100,09 3 MgO, 4 Si02, H20 p.m. : 378,96
Le blanc d'Espagne, ou carbonate de calcium, est Le talc est employé chaque fois qu'une glaçure ou
la source la plus courante d'oxyde de calcium dans les une couverte réclame à la fois de la magnésie et de la
glaçures. On l'obtient en broyant du marbre, des silice. On le prépare en pulvérisant de la stéatite, miné-
pierres à chaux, de la craie ou n'importe quel autre ral naturel. Le talc contient souvent du calcium (comme
minéral calcaire. Par précipitation, on obtient un pro- impureté) qui contnbue à son action de fondant dans
duit d'une très grande pureté. les glaçures et les couvertes. Il est employé comme fon-
dant pour les pâtes à basse température de cuisson.

6. Le carbonate de magnésium
MgC03 p.m. : 84,3
10. Le carbonate de strontium
Le carbonate de magnésium est employé dans les p.m. : 147,63
glaçures et les couvertes comme source d'oxyde de
magnésium. On l'obtient à partir de la magnésite, ou Le carbonate de stront1um est préparé à partir de
par précipitation d'un mélange de sulfate de magné- célestine minérale (SrS04). Il est plus cher que le blanc

76
l.ES COMPOSANTS DES Gl AÇURES ET DES COUVEIITES

d'Espagne et, comme son rôle dans la glaçure est grosses comparativement aux autres matériaux conte-
presque pareil, on l'emploie rarement. nant de l'oxyde de plomb.

11. La colémanite 13. La céruse


2 CaO, 3 B203, 5 H20 p.m. : 412 2 PbC03, Pb(OH}2 p.m.: 776,6
La colémanite est un minéral naturel contenant à La céruse (blanc de plomb), ou carbonate basique
la fois du calcium et du bore sous une forme relative- de plomb, est préparée en traitant le métal au gaz car-
ment insoluble. Elle est précieuse comme élément de bonique. Le résultat est une fine poudre blanche
glaçure, puisqu'elle est la seule source d'oxyde borique exempte d'impuretés et insoluble dans l'eau.
sous la forme insoluble (fritte exceptée). Sa composi- C'est sous cette forme que le plomb est employé
tion quelque peu changeante limite son emploi à de préférence dans les glaçures. Elle a l'avantage d'être
grande échelle dans les usines de céramique. Cepen- pure et son grain est de taille très fine, ce qui
dant, c'est un matériau de choix pour l'artisan. l'empêche de se déposer dans la préparation de la
Lorsqu'elle est utilisée comme fondant principal dans glaçure crue. Sa fusion s'accomplit à très basse tempé-
les glaçures, elle leur donne une texture craquelée, bos- rature, peut-être parce qu'elle se mélange au gaz
selée qui peut être très agréable; c'est particulièrement carbonique qui se dégage du matériau pendant la
vrai si l'on a ajouté du rutile. montée en température.
De même, les glaçures contenant beaucoup
d'oxyde borique ont tendance à être brillantes et colo-
rées. La colémanite peut aussi donner une opalescence 14. Le minium
bleue, laiteuse à la glaçure. Quand on emploie des
combinaisons de plomb et de colémanite, la glaçure
Pb304 p.m. : 685,57
obtenue peut être solide, douce, et rester à l'état On prépare le minium en cuisant de la litharge. Il
pâteux entre de grands écarts de températures. La colé- est moins cher que la céruse, mais peu employé à cause
manite peut être employée seule comme fondant dans de la grosseur de son grain, de sa tendance à se dépo-
les glaçures à très basses températures de cuisson . La ser dans le bain des glaçures et de sa couleur rouge
légère solubilité de la colémanite peut favoriser la for- désagréable qui teint les mains, les vêtements et les
mation de grumeaux dans la glaçure crue. Il faut noter récipients. Son point de fusion n'est pas aussi bas que
qu'une glaçure délayée à l'eau, d'une consistance nor- celui de la céruse. Il est couramment employé pour pré-
male, peut, après un jour ou deux, épaissir comme du parer des frittes, où aucun de ces désavantages n'appa-
pudding et nécessiter une addition d'eau avant l'appli- raît et où sa haute teneur en plomb est une qualité.
cation sur le tesson . Cette eau en excès peut occasion- La céruse et le minium sont tous les deux toxiques
ner des craquelures dans la glaçure crue sèche et, par et doivent être maniés avec précaution.
conséquent, des retirements. Les silicates de plomb, obtenus par fusion, sont
maintenant accessibles dans le commerce. Ils ne sont
pas toxiques : on peut se fier à leur composition et les
12. La litharge incorporer facilement aux glaçures.
PbO p.m. : 223,19
La litharge, ou protoxyde de plomb, s'obtient en 15. L'oxyde de zinc
pulvérisant du plomb en fusion dans un courant d'air ZnO p.m.: 81,3
chaud . Peut-être à cause de sa faible teneur en oxygène
se réduit-elle plus facilement à la cuisson. En plus de ce L'oxyde de zinc est la seule source de zinc pour les
désavantage, elle se présente en particules relativement glaçures et les couvertes. On l'obtient à partir d'un

77
lf.S GlAÇURES ET LES COUVERTES

minerai : la sphalérite (ZnS). Il est préférable de teneur en phosphore. et leur opalescence bleue est
l'employer sous forme calcinée. L'oxyde de zinc cru peut-être due au phosphore que l'on a probablement
provoquerait des craquelures et des retirements lors du introduit dans ces glaçures sous forme de cendre d'os.
séchage de la glaçure ou de la couverte crue.

19. La cryolithe
Na3AIF6 p.m.: 216
16. L'oxyde d'antimoine
Sb203 p.m. : 291,4 La cryolithe, ou fluorure naturel d'aluminium et de
sod1um, est un élément intéressant car 11 fournit une
L'oxyde d'antimoine est la seule source d'anti- source sOre de sod1um sous forme naturelle et non frit-
moine dans les glaçures Il est peu employé, sauf en tée. On l'emploie chaque fois que du sodium et de
combinaison avec du plomb pour obtenir le Jaune de l'alumine sont nécessaires ensemble dans la même gla-
Naples. çure. Elle apporte la réaaton colorée caractéristique du
sodium ou des fondants très alcalins. Le fl uor qu'elle
contient, cependant, peut causer des difficultés en
accentuant le boUillonnement de la glaçure pendant la
17. Le carbonate de sodium fusion. et en provoquant du piCot.
p.m.: 106
Le carbonate de sod1um est soluble, et donc d'un
emploi restreint. Cependant, c'est une des pnnetpales 20. Le lépidolithe
sources de sodium pour le verre et les frittes. 1 est aussi 6 Si02, 3 Ah03, LbO, 2Na20
employé comme défloculant dans les barbotines de p.m.: 732
coulage.
Le lep1dolithe est un m1ca lithinifère qui constitue
le pnncipal minerai d'où l'on retire le lithium Il est
employé quelquefois dans les glaçures et les couvertes
18. Le phosphate de calcium comme source de lith1um. Il a un point de fusion plus
bas que la plupart des feldspaths et rend de nom-
Ca3(P04)3 p.m. : 310,18 breuses glaçures et couvertes plus bnllantes qu'un feld-
La cendre d'os, ou phosphate de calc1um, est par- spath potassique ou sodique. Il semble cependant
fois employée dans les glaçures, b1en qu'on l'utilise sur- causer des bulles et du picot dans quelques glaçures et
tout comme fondant dans les pâtes de porcelame couvertes.
(China clay).
On l'obtient en calcinant des os, ou par précipita-
tion. Employée en Angleterre depuis le début du siècle 21. Le carbonate de lithium
dernier, cette pâte est connue pour son extrême finesse p.m. : 73,8
et sa translucidité. Dans les glaçures, la cendre d'os est
un opaetf1ant et une source de calctum. Le phosphore Le carbonate de lithium est employé comme
donne une opalescence qui provient des innombrables source de lithium. Il permet de faire des glaçures et des
petites bulles pnses dans la glaçure couvertes ayant de brillantes réact1ons colorées, sans
Dans les glaçures cuisant à haute température, le que l'on doive recourir à des matériaux solubles ou à
phosphate de calcium en pettte quantité provoque des frittes. Son prix assez élevé empêche qu'on ne
donc opacité et opalescence. Quelques célèbres gla- l'emploie à grande échelle. Il est ut1lisé en petite quan-
çures chinotses anciennes, notamment celles des pote- tité comme fondant d'appoint pour augmenter l'écart
nes Chun de la dynastie Song, sont connues pour leur des températures limites de cu1sson.

78
LES COMPOSANTS DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

22. Le spath fluor 25. Le borax décahydraté


CaF2 p.m.: 80 (tétraborate de sodium)
Le spath fluor a été employé dans les glaçures p.m. : 381,37
et les couvertes comme source de calcium. Bien qu'on
en use couramment dans l'industrie du verre et des Le borax peut être utilisé à la fois comme source
émaux comme fondant et décolorant, sa fonction d'oxyde de sodium et de bore. Mais il est soluble,
dans les glaçures et les couvertes n'a jamais été bien et pour cette raison son emploi reste limité, excepté
définie. lorsqu'on l'incorpore à des frittes. Cependant, en
petites quantités, le borax peut abaisser le point de
fusion d'une glaçure, l'égaliser et la rendre plus douce.
Il favorise aussi l'adhérence de la glaçure crue à
son support. Une mince pellicule de cristaux de borax
23. La perlasse se forme à la surface de la glaçure crue ou de l'engobe.
(carbonate de potassium)
K2C03 p.m. : 138,21 Les corps décrits ci-dessus sont tous ceux utilisés
couramment pour faire des glaçures et des couvertes.
La perlasse est soluble, et pour cette raison, Parmi eux, quelques-uns sont très rarement employés,
rarement employée dans les glaçures. Cependant, tandis que d'autres entrent très souvent dans la com-
elle est utilisée comme source de potassium dans les position des frittes. Tous ces matériaux sont destinés à
frittes. la production de verre, et il ne faut les confondre ni
avec les oxydes variés qui les constituent, ni avec les
éléments qui sont utilisés pour colorer et changer la
texture des glaçures et des couvertes, et dont on par-
lera plus tard.
24. Le nitre La possibilité de mélanger ces substances et de le
(nitrate de potassium) faire dans des proportions diverses augmente encore le
KN03 p.m. : 101,11 nombre des glaçures et des couvertes qu'il est possible
de réaliser et la diversité des températures de fusion.
Le nitrate de potassium (salpêtre) est très soluble Dans le chapitre suivant, on étudie les combinai-
et donc rarement employé brut dans les glaçures ; il est sons de ces divers matériaux propres à l'obtention de
utilisé dans les frittes comme source de potassium. glaçures et de couvertes.

79
5. Calcul des glaçures et des couvertes.
Théorie et buts

1. Nécessité ole différentes 2. Groupement des oxydes suivant


recettes pour glaçures leurs fonctionsdans les glaçures
et couvertes et les couvertes
On pourrait se demander pourquoi deux ou troîs On a déjà fait remarquer que, dans la formula-
recettes de glaçures ne suffirarent pas pour larre de la troo des glaçures. dans leur modrfiCatton ou dans
poterie. le non-1nr!lè a probablement l'rmpH:ssron que leur étude, tl faut consoderer les glaçures comme un
les potrers sont trop préoccupés par la compos1t1on des mélange complètement fondu contenant seulement
glaçures. Pourtant, drsposer d'une grande vanét~ de IJ?s oxydes tels qu'ils résultent de la combonatson et de
composrtlons est une necessrte. En effet. la poter~e est la fusion des éléments bMs. Il est necessatre d'adopter
cuite de 800 •c envrron pour les plus basses tempéra- une méthode pour représenter les quantJtés relatrves de
tures. JUsqu'à 1400 •c pour les plus ha\lles. JI s'ensuit ces oxydes dans la glaçure. et aussr pour détermtner
que la même glaçure ne peut supporter toutes les tem· quelles substances, et dans quelles proportions, produt·
peratures. puisqu'une glaçure qui fondra à une tempé· ront la qualité et la quantrte d'oxydes destrees dans
rature basse sera vola!rlosée ou coulera sur l'objet à une telle glaçure
température plus élevee. En realrte, à toute compo·
sotoon de glaçure correspond une temperature de CUIS· La formule emprnque et le calcul des glaçures à
son prècise, avec une tolérance maxtmale de 15 •c de parttr d'elle ont êté élaborés pour répondre à ce besoin.
plus ou de mo1ns. C'est pourqum différentes recettes La formule emptrique est un moyen de definir une gla-
de glaçure som nécessairJ?s pour chaque temperature çure termmèe ou fondue, en termes de quantites rela-
de CUISSOn toves des dofferents oxydes en présence. • Emptrique •
stgntfoe ICI que la formule est un moyen commode de
Une autre raoson de différenCier les composttoons calcul plutôt qu'une vèrotable formuiJ? chtmtque. En ce
des glaçures rés1de dans '"' besom de vaner les caradé- sens. la formule emptnque telle qu'elle est employée
nsllques de surface des prèces Les glaçures peuvent dans le calcul des glaçures, est un expédoent quelque
~tre br~ liantes, ternes. opaques ou transparentes, lui- peu arbrtraîre Cependant, elle représente réellement
santes ou mates, épaisses ou mmces. et dJ? toutes IJ?s les relations existant entre les oxydJ?s dans les glaçures
nuances 1ntermédta1re-s La couleur des glaçures résulte et, pour cene raison, elle rend de grands serviCes au
de l'addrt1on de petites quantités d'oxydes colorants a céramoste à toutes les étapes de l'élaboratton des gla-
la préparation de la glaçure crue Cependant, la com- çures. la formule emptnque comme méthode de repré-
posltron elle-même de-s glaçures mfluence fortement les sentation de la composition des glaçures est une
couleurs. et la préparatton de la glaçure doit être bien conventton admise untversellement par tous les
contrôlée s1 l'on veut être certatn d'obtenir des couleurs céramistes Elle s'est avérée utile non seulement pour le
déterminèJ?S Tous ces fadeurs expliquent fe grand calcul prauque des glaçures. mars aussi pour leur
nombre des formules ou des recettes exrstantes compréhensron théonque,

80
SUivant la formule empmque, les oxydes que l'on de la premtère colonne. bren qu'ils purssent JOUer le rôle
rencontre d'ordrna11e dans les glaçures sont répartrs en de fondants dans les glaçures, sont en eux-mêmes des
trors groupes : corps uês refractarres.

RzO+RO R101 R01

u,o Ah01 SiO, 3. Théorie du poids atomique et


Na,o 8;0;
1<.0 méthode de calcul des quantités
MgO d'oxydes dans la formule
CaO
ZnO Ayant brièvement décnt la manière dont les
SrO oxydes sont groupés dans une formule. 11 faut mainte·
BaO nant examrner comment on peut déterminer la quan·
PbO trté respective de chaque oxyde present dans la glaçure.
Ces quantttés sont exprrmèes par le nombre relatif de
molécules, plutôt que par le p01ds brut ou réel de
Cette classrficauon groupe dans une même
l'oxyde. La ratson en parait évidente, lorsqu'on san
colonne les oxydes qui en général jouent un rôle
combien le potds des diverses molécules est différent.
semblable dans la fusion de la glaçure. Les oxydes énu·
Pour mieux le comprendre. ri faut dtre un mot des potds
mérés dans la première colonne ont tendance â agrr
ou masses atomtques.
comme des fondants et ils amorcent la fusion de la
sthce (dermère colonne), qui est, de fat!, l'oxyde le plus On cannait 96 éléments. et les plus petites parties
passif dans la réact1on. L'alumtne, dans la colonne du ind1v1sibles de ces éléments sont les atomes. Les chimrs·
mtheu, a un rôle à peu près neutre dans la réactton. tes ont décowert que les atomes de ces divers élé·
Elle n'agtt pas comme un fondant et, pourtant, elle a ments ont des potds très dtfférents les atomes de
une rnfluence sur la fuSJon l'élément • plomb •. par exemple. sont beaucoup plus
lourds que ceux de l'élément • oxygene • . l 'hydrogène
Les oxydes de la prem1ère colonne sont essentielle· est l'élément le plus leger. En fèlîsant une échelle des
ment basiques ou alcalins dans leu~ réactions. la slhce, po1ds. on a donné /! l'hydrogène la valeur 1, et le potds
dans la derntère colonne. est essentlellement acrde. et des atomes des autres éléments s'exprrme en foncuon
les oxydes de la colonne du m11ieu sont neutres. Ces du poids de l'hydrogène l 'atome d'oxygène étant
drfférents groupes sont désrgnés par des rnnrales qu1 16 fots plus lourd que celut de l'hydrogène, le poids
correspondent a la proportion d'oxygène entrant dans atomtque de l'oxygène est 16. l'atome de silictum est
leur combinatson la première colonne est appelée 28 fois plus lourd, son potds atomrque est 28. et arnsi
« R10+R0 •. ce QUI veut drre radtcal combrne avec un de sutte pour tous les corps. Ce po1ds atomtque n'est
atome d'oxygène. ou une certatne quantité d'élément pas expnmé en untu!s de mesure ordrnatres. mars
combiné avec un atome d'oxygène. La deuxième est indrque seulement le poids des atomes d'un corps par
appelée • R10 ; • . ce qu1 rndtque que la proport1on des r<pport au poids de l'atome d'hydrogène. les atomes
atomes du radiCal et de l'oxygène est de 2 pour 3. La se combinent spéciftquement pour former les diverses
troisieme colonne est appelée • RO, • Cette manière substances naturelles. Ces groupes d'atomes sont
de grouper les oxydes donne déjà une rmage nette de appelés • molécules •. Une molécule peut être défrnte
leurs fonctions dans une glaçure en fusion. ainsi la plus peute partie d'un corps susceptrble d'exrs·
Bten sür. l~s oxydes de la première colonne ne sont ter a l'état 1solé en gardant les caracteres de ce corps.
pas tous des fondants d'une pUissance égale. Ma1s en L'eau, par exemple, est un composé d'hydrogène
genéral 1ls exercent cette fonct1on Ils servent à atta· et d'oxygène; la molécule d'eau est composée de deux
quer la srhce et declenchent la fusron. Certatns oxydes atomes d'hydrogène ei d'un atome d'oxygène. La for·

St
m GUoQlOU nus coururu

mule s'écr•t . H20, ce qu• S1gmf1e s1mp1ement deux d'oxyde de plomb, de calc1um, d'alum•ne, etc. En
atomes d'hydrogène et un atome d'oxygène d'autres termes, la quest•on est celle·c• quelles sont
En ch1m1e, le poods o·une molécule est egal a la les proportiOns des d•.ers composants d'une glaçure,
somme des po•ds oes atomes qw la const.u.enL >l:O, Comme nous avons vu, e po•ds des mOiecu es var•e
c'est deux loos le po<ds de hydrogene, donc 2, plus largement d'ut'! corps à l'autre, le plomb par exemple
une fo•s le po•ds de l'oxygene, 16, SO<t au total 18 Le etant plus•eurs fois plus lourd que la s•hce Ma•s. en
po1ds des divers atomes et oxydes uolises en céram1que dèCflVont une glacure par une formule, c'est le nombre
fa1t l'ob1et de tables des po•ds molécula.res e: ,Jto- re•at f des molécuies de chaque element Qu• nous nté·
m•ques Leur emploi év1te de devo~r les calcule< chaque resse, en re :enaot pas compte de leur POtds
fo1s. Ma•s la comprehens•on du pnnc1pe fondamental Par exemple, la formule d'une glaçure s1mple au
des po1ds molécula1res et atom•ques est necessa•re a la plomb pourrait ètre
comprèhenslon du calcul des glaçures PbO AI.O 0,2
Un autre exemple du calcul du po ds mo·ecu•a·•e
d'un corps rendra la me:llOde olus cla1re Supposons Cette formu e veut d•re qu· y a dans •• giaçure
que nous vou•1ons trouver le po1ds molécu:a.re de ia f1n1e. en quant•tes relatiVes, une molécule d'oxyde de
silice, S101, qu• cont•el"1t un atome de SiliCium et deux plomb, deux d1x1èmes de molécule d'alumme et une
<ltomes d'oxygène En mult•phant les po1ds atom1ques molécule de s11ice. Le foot qu'1l y a•t mo•ns d'une molé·
par le nombre d'atomes 1'lll•que dans la formule et en cule d'alum ne oevt donner une •dee du caraaere atb•·
es add1t10nnant, nous trou'IOns · tra1re d'une formu:e emp nque. pwsque nous savons
qu'une pan•e de moléCUle ne peut ex•ster dans la réa·
SI 28 X 1 '" 28 lite Cependant, la formule donne une 1dée exocte des
01 16 x 2 c 32 quonutés relat,ves des molécules dans la glaçure
60 = p m de la s•l~<:e Une representatoon graph1que peut a1der a rendre
cette formule plus c'o~re
La même méthode est employée pour determ•ner
tous les po1ds molé<ulillres les corps plus complexes
tels que les feldspaths et !es fnttes demdndent seule-
ment plus de cai<Uis
Une fo•s l'Idée de po•ds mo!é<ula1re compose on
peut aborder la méthode qu1 sert à établlf les quanutés
respect1ves des d1vers oxydes dans la formule Ces
qUilnOtés expnment tou,ours le nomble reiat•f de molé· PDO 1 AI·Oo 0.2 s,o, 1
cules prNntes dans une glaçure. plutOt que 'e po<ds
des oxydes présents ICI, les molecules des d1vers oxydes sont repre·
Fa1sons une compar a1son s1mple supposons un sentées par des cercles de d1amètres différents corres·
pan1er rempli de pommes et d'oranges On peut le pondant ~ la différence de po1ds atom1que de ces
comparer a une glaçure ou son· fondus deux oxydes corps Il y a un cercle pour l'oxyde de plomb et un pour
d•~erents S• nous voulons saVOJ• >es quant1tres rell)eC· la sJ'tCe, pu squ·~ y a dans la !ormu.e une moléCUle de
uves de pommes et d'oranges, 'e me• :eur moyen est de PbO pour une de s.o, L'alumme est representee par
les compter s~parément, m1eux encore, nous pouvons 1/5 de cercle (0. 2) Naturellement, en réal•té, méme la
d~re qu'il y a une orange pour deux pommes, par plus petite parcelle V1S1ble de glaçure conuent des
eJCemp'e. ce qu1 donne une •dee exacte de leurs Quant•· m oards de mo1ècules De mème, la f01mu1e ne d1t
tes relat.-es Nous ne d•rons pas qu· • y a 5 kg de 11en du nombre de molecules dans une quant•te
pommes et 3 kg d'oranges A1ns1 en va·t·ll pour 'es gia· determmée de glaçure Ma1s elle nous donne les quan·
çures Ce que nous voulons savolt, c'est comb1en 11 y a mes relat•ves de molécules de chaque élément compo·
de molécules de s1lice par rappOrt aux molécules sant cette glaçure

82
4. La formule unité S. Calcul d'une glaçure
Par convenuon, on admet comme ba~e de compa- à partir de sa formule
raiSOn le total de~ oxyde~ de la colonne R,O+RO de la
formule emp1nque, porte a l'umtë. Cela faclhte grande· Le calcul d'une glaçure e~t une méthode pour
ment la compara1son d'une formule à une auue SUl· trouver quels maténaux bruts tl faut mélanger pour
vantla formule umté, une glaçure contenant de l'o~yde obtemr dan~ la glaçure cu1te les proportions d'oxyde~
de plomb et de calc1um dans la proportion d'une molê· tndlquées dans la formule C'est aussi uM méthode
cule d'oxyde de plomb pour une molécule d'oxyde de pour détermmer la formule de n'1mporte quelle recene
calc1um s'knt de glaçure Il es1 tmponant de d1St1nguer la formule de
PbO 0.5 la glaçure CUite qu 1nd que- seulement les oxydes
CaO 0.5 qu e e com ent et leurs quantJtés. de la recene de 'a
glaçure crue qu nd que seu ement que ~sont'es ma:é-
S1 les deu• o•ydes sont contenus dans Id g acure raux oe base out doroent en:rer dans sa composot.on et
se on ceue PfoporiiOO, la formulp pourra1t être pn quel es quanmes
PbO 0.5 Al,Ol 0.5 S o, 1 Supposons, par exemp e. qu·on nou~ donne la lor-
CaO 0,5 mue SUtvante et que nous vooloons trouver les quant•·
1,0 tés de matèr•aux qu'il faudra peser au aborato,re pour
fa1re une glaçure qur. apres fus1on. aura cette compo-
Dans cene formule, 11 y a une molécule de s1hce Sition
pour chaque dem1·molëcule d'oxyde de plomb, d'oxyde
de calcium, et d'alummP Quand le total des quant1té~ PbO S10,
fracuonna.res, dans la prem1ére colonne, est 1, la
formule e~t drte • formule umté • 81en qu'il n'y aJt pas d'alum~ne et seulement un
Pursque ces oxydes remplissent grosso modo la oxyde dans la prem•ére colonne, c' esl une formule
même fonctron dans la g1acure. on oeut tOUJOurs porter un1té corrooe A prem ère vue, on pourra.t penser qu'ri
leur somme a l'un• te, comme élément de compara•son faut mélanger le méme poods d'oxyde de plomb et de
a•ec la SiliCe Nous pouvons VOir a1n11 d·un coup d'œ s ce Ce sera•t une erreur, car une molécu e d'oxyde
comb en oe molécu es àP s1Ke som assoc ées a a par· de plomb est ben plus lourde qu'une molecule de
t1e fondante de la glaçure Na!urei't>ment. tl sera•! tou· s l•ce et ·on menra 1 donc uop de mo ecu es de Slhce et
JOUrs posSible de ramener a 1uMe la quant•te de s rce trop peu a oxyde de plomb Avant de peser, 1l faut
et d'etablit ta quanli!è des autres oxydes par rappon a d'aboro choos1r ·es manéres premréres qur cent ennent
la s1hce L'mconvement sera•t que les quant•tes les oxydes des~tes et enw1te en peser les quantités
d'oxydes de la colonne R,O+RO sera1ent de sr pet•tes necessa.res pour obtenu le~ quantités moleculaires
fract1ons que le calcul en seran plus d1ff1C1Ie et 1nexact de ces oxydes dans les propon1ons 1nd1quée~ par la
La plupart des conlustons que l'on pou1101t faire dans le formule
calcul d'une glaçure concernent ces deux règles les Dans ce cas, nou~ voulons une proporuon d'une
ch1ffres ~e rapponent au nombre de molécules ou aux molecule d'oxyde de plomb pour une de s1hce Pour
fract,ons de molécules, plutôt qu'aux po1ds ou fractton~ preparer la glaçure, nous poumons donc utiliser de la
de po1ds D'autre pan. les quan~tes, dans la prem,ere l1ti'targe PbO, et de la s•hce S10: Pour en avOtr les
colonne. sont arbrtra•rement ramenées d l'uMI! et quantités PlacteS, on mult1pl•e le po1ds molécula,re
tootes les autres quantités sont exp,mees en quantMs de chaque oxyde par le ch ffre cortespondant dans la
relat••es â cele-<' formu e

PbO = x 223 f223 pm de a l•tnarge) =


223 pans de tharge
510. = x 60 ( 60 pm de la s•hce) = 60 pans des ce

83
La réponse est donc 223 pans de litharge pour quantrtés respectoves susceptibles de donner les oxydes
60 de srhce dans n'rmporte quelle umté de pords et. s: dans les p!oponoons nd:quées par ta formule Regar-
ces p!Oporuons sont respectees. on aura tOUJOUrs une dant la hste des matreres premrêres approprrees, nous
molécule de srhce pour une molécule d'oxyde de plomb voyons que l'oxyde de plomb peut être fournr par la
dans la glaçure resultante Il est é'ildem que ce calcu rtharge dont la formule est PbO et le poids molécu·
est ondospensable, étant donné la drfférence des pords lalfe 223 L'oxyde de calCium peut être fourni par le
moléculaores des substances envisagées blanc d'Espagne dont la formule est Caco. et e poids
Prenons un exemple un peu prus comploque Sup- molécula11e 100 le sr lex (pulvénse) dont la formule est
posons que nous voultons doser la préparauon de la Sr02 et dont le pords molécula11e est 60 peut assurer
formu'e survante l'apport des >ee Il resle une certaine '•bene de chorx
pour survre la plupart des formules. chorx commandé
PbO 0,8
par le bon sens. comme nous le verrons
CaO 0.2
1,0
Ayant chorsa les matéroaux a employer la Quest,on
lo, a chaque 0,8 molécu e d'oxyde de p omb et survante est de determrner combren ri en faut pour rem-
0,2 molécule d'oxyde de cafcrum correspond 1 mole- plir les condlloons de la formule Comme dans
cule de sihce dans la glaçure hn:e 1exemple précedent on le calr:u e en mult•p~<anr la
le problème pour calculer la recette de cette quanme de l'oxyde enonce dans la !ormule par le pords
glaçure est de determrner les maténaux bruts et leurs mo!éculatre du matéroau quo foumrt cet oxyde

PbO 0,8 x 223 = 178.4 pans de litharge


CaO 0,2 x 100 = 20.0 parts de blanc d'Espagne
SIO,1.0 x 60 = 60,0 parts de S!hce

Ces resultats donnent ta recette de la glaçure. On notera qu'elle n'est pas un pourcentage. Sr on
c'est-à-dire la quanme nelauve des mauères premréres veut avoar un total de 100. ri faut faore la somme de
qu'il faut peser pour avotr un melange conforme a ta tous 'es oods molé<ulaores. tes dMSer tous par cette
formule somme et multrpher les resultats par 100

litharge 178,4 2>8,4 x 100 = 69,0


Blanc d'Espagne 20,0 258,4 x 100 = 7.7
Sibce 60,0 2>8.<1 x 100 = 23,3
258,4 . 258,4 x 100 = 100,0

les deux exemples précedents montrent com~nt glaçure aura eté formulée sur le paprer et qu·on voudra
on peut convertlf une formule en recette On peut determrner quels composants rf faut peser pour obtenrr
survre ce procédé quand, par exemple, une nouvelle un échantdlon reet
CAlCill D6 G~Q!S ft 00 C~OIU. ni!OcllE ft euTS

6. Calcul de la formule Cene recette nous donne le po1ds respectif de


chaque élément brut composant la glaçure, ma•s ne
d'après une recette nous dit pas combien de molécules de stlice •1 y a dans
la glaçure par rapport au nombre de molécules
Il est possible de trouver la formule de n'Importe
d'oxydes de plomb et de calc•um. C'est cette propor-
quelle recette de matlmaux bruts. Supposons qu'on
veu1lle trouver la formule emp1nque de ce melange · tion qu'il nous faut connaitre SI nous voulons tratter
cette composinon de man1ére 1ntelhgeme Pour trouver
L1tharge 50 la formule empinque de cette recet1e. Il faut div1ser la
Blanc d'Espagne 10 quanttté de chaque élément par le poids moléculaire
Slllce 40 de ce dernier • la réponse est donnée en quantités
100 molécula1res .

Litharge 50 . 223 = 0,224


Blanc d'Espagne 10 100 : 0,100
Silice 40 60 = 0,666

En fait, nous avons résolu le problème, car le rap· Les opérations ayant été laites au mill1ème. le
port entre 0,224, 0,100 et 0,666 nous donne les quan· ch1ftre md1quant la somme de la colonne RO peut
utés relatwes de molécules de chaque substance dans approcher l'unité il un ou deux m1lhèmes prés. C'est
la glaçure Il reste seulement a d1sposer ces soluvons une quantité trop fa1ble pour avorr une slgnrfication
suivant la formule empirique et a la rédwe en formule dans la compos1t1on des glaçures.
umté. On ecnt donc :
PbO 0,224 Si01 0,666 les méthodes essentielles de calcul des glaçures
CaO 0,100 sont Illustrées par les exemples précedents. Si l'on a
0,324 b1en compns les pnncopes, on pl'ut s'attaquer sans dif-
fiCulte a des problêmes plus com plrquës.
Comme on le volt, la colonne R20 +R0 est mfé·
rieure A l'umté. l'opératlon suivante consiste donc a
tout dtviser par 0,324. SOit les objectifs du calcul des glaçures sont .
PbO 0,224 · 0.324 Sl01 0,666 ; 0.324
Établir la formule moleculaire clairement pour ob·
cao o,too 0,324 tenir une base de comparaison.
ce qui donne 2 Tradurre la formule moléc1Jia~re en une recette (pon·
derate) de matleres brutes qu• donnera dans la gia·
PbO 0,691 Si02 2,05 çure fome les résultats mdiqués par la formule.
CaO 0,309 3. Trouver la formule moléculawe de n'1mpone quelle
1,000 recette de matérraux bruts.

85
IfS GIA(IIQU n liS COIMlllfS

Poids Poids Formules Poids


Matériaux formules moléculaire équivalent après après
cuisson cuisson
Carbonate de baryum saco, 197,35 197,35 BaO 153,35
Cendre d'os· CaJ(PO, 310 103 CaO 56
Borax Na.O. 2 s,oJ. 1o H,o 381,3 381.3 NazO, 2 8;0 202,3
Borate de caiOum (cotéman.te) · 2 CaO. 3 B. OJ, 5 H,O 412 206 cao. 1,5 s.o 161
Acide bonque s,o1. 3 H,o 123,6 123,6 s,o, 69,6
Kaolin 2 SiO,, AI,OJ, 2 H,O 258 258 AI,O,, 2 Si01 222
Cryohthe • Na3, AIF6 216 420 3 Na,O AI.O, 288
Dolom1e CaCO,, MgC,. 184 184 CaO. MgO 96
CaO 0,304 A:OJ SoO,
Cornwa: Stone 1 Na,o 0.340 1.07518.10
K,o o.356
667 667 onchang~ 667

Godfr-ey Spar
1 CaO 0,097) AhO' SoO,
Na,o 0,377 0,985 8,433
1 542 542 1nchangée 542
K,O 0,426
S;emte néphël~noque 1 Na;O 0.75 } AI,Ol \ StO, 462 462 rchang~ 462
Fel~ th K:O 0.25 1 11 4.65
Orthose 6 S.01. Al o, K;O 556 556 onchangée 556
Oxford Spar 1 K,O 0,631 ) AI.O, S101
Na,o 0,369 1,125 6,047
1 703 703 1nchangée 703
Albne 6 SiO,, AI,O,, Na,O 524 524 .nchang~ 524
Anorthne 2 S10,, AI:O ,, CaO 278 278 •nchang~ 278
Spodumè~e 4 S10,. AI,O. L.O; 372 372 nchang~ 372
S1'1ce SIOz 60.1 60,1 nchang~ 60,'
Spath fluor Caf, 80 80 CaO 56
Plomb tmon1um)• Pb1o. 685,57 228 PbO 223,19
Céruse• 2 PbCO,, Pb<OHI1 776,6 258 PbO 223,19
Utharge PbO 223,19 223,19 Inchangée 223,19
Carbonate de lithtum llzCO, 73,8 73,8 Lt,O 29,8
Carbonate de magnésium
(magnés; el MgCO, 843 84.3 MgO 40.3
N•ue• KNO, 101 202 K,O 94
Perlasse (carbonate de potaSsoum) K,co, 138,21 138,21 K,O 94,21
Bichromate de potass1um 1<2Cr,o, 270 270 K,O, Cr10, 270
Soude
(cendre ou carbonate de soude) Na, co, 106 106 Na,o 62
N'trat~ de sod1um• NaN01 85 170 NazO 62
Carbonate de strornoum SrCO; 1-17,63 147,63 SrO 103,63
Ta'c (stéatite) 3 MgO, 4 SIO), H;;O 378,96 378,96 3 MgO, 4 So01 360,96
Oxyde d'êta.n SnOz 151 151 Inchangée 151
Oxyde de titane (rutile) no, 80 80 Inchangée 80
Blanc d·Espagne
(carbonate de caloum) CaC01 100,09 100.09 CaO 56,09
Oxyde de zone 2n0 81.3 81.3 n<hang~ 81,3
Zircon (s1ocate de mconoum) ZrOz. St(): 183 :53 •nchangee 183
Oxyde de Z1rcon1um Zr01 123 123 1nchang~ 123

("Ile\ 5f1J1 notr4 4'.K l'astéortSque «JtfKportdt-'ll aux su; COtP\ lon coi'I'Sldtre le rwt tt ~tt rutratf ot 10drum comm• dentll:f!R' tn I'OC:c~o~''tf'lctl ttu• ont
Ut"'I)O!chf1'101KU4 'f ;.aurv•~t ctJfëft!"!t d.J po;<h IT'I()I.f(U .,-, veor ~~;>·~ 6 \ 2

86
6. Calcul des glaçures et des
couvertes formées de matériaux
contenant plus d'un oxyde
1. Table des matériaux bruts Pour ces s•x corps. la formule donne, après cuis-
son. so•t plus smt mo.ns d'une molécule de l'oxyde QUI
On trouvera a-contre une t4ble donnant les md•· entre dans la composition de l.a glaçure Il faut donc
cat•ons necessa~res sur les matériaux bruts emp'oyés aJuster les poids moléculaires, s01t en les augmentant,
dans le calcul des glaçures Dans la pratoque, on se so1t en les dimrnuant, pour obten11 une molécule de
rèfere à un tableau semblable pour les potds atomiques l'oxyde en question Ce po•ds arusté, ou équivalent,
et aU!Ies renseignements qu'tl est d1fhctle et tnutole de peut être défint comme le po1ds qu'tl faut prendre
d'une matière premrere pour obtenir dans une glaçure
retenor Pour chaque corps, on donne deux formules . la
une molécule de l'oxyde que l'on veut voir figurer dans
formule avant et après cu1sson. Cela est necessa~re.
la glaçure cutte
PUISQue beaucoup de mate naux changent de natvre au
Par exemple, le mln1um a pour f01mule Pb1 0 4, et
cours de la cUisson Les eléments volat1ls tels que les
un po1ds moléculaue de 685. Après CUisson, il devtent
carbonates se perdent a la cuisson A l'état brut, le
PbO. Notons que PbO contient plus d'atomes de plomb
blanc d'Espagne est du carbonate de calCium (CaC03)
par rapport aux atomes d'oxygène que Pb30,. Notons
mars, cult, tl deVIent de l'oxyde de calc:um, CaO. Tous
aussr que, dans la formule, on ecnt Pb 3, ce qu1 srgmfie
ces maténaux apres cwsson sont des oxydes Le perds
3 atomes de plomb. Donc, pour avo1r un atome de Pb,
moléculatre d'un corps peut être dtHêrent apres calet·
nous devons d1voser le poids moleculaire au montum
nat1on, cu1sson ou fus1on en verre
par 3, obtenant a~nsr un pords equivalent de 228.
Dans le cas de la céruse, nous devons auss1 d1viser
par 3 Sa iormule est 2 PbC03, Pb(OH)2• Une fo1s CUil.
2. Poids équivalent le carbonate (COJl et l'hydroxyde (OHh sont perdus,
la colonne mt1tulèe • po1ds eqUivalent • donne laissant seulement 3 PbO Donc. pour obtemr le potds
le po1ds molécula11e d'un corps qu'il faut prendre equrvalent de ceruse, nous devons dtvtser son pords
pour obtenor dans la glaçure une molécule complète molécularre de 775 par 3, ce qut nous donne 258
de l'oxyde recherché Dans la plupart des cas, le poids Dans le cas du mtre, la formule du COrPS brut
équtvalent d'un corps est le même que son po1ds molé· contient seulement un atome de potass1um Puisque,
eulalie tl y a cependant SIX excepuons oû le poids équt· dans la formule après cuisson, K10, on a 2 atomes de
valent est supéneur ou mfeneur au po1ds moléculaire potaSSIUm, on doit muluplier le po1ds molécula11e du
nrtre, 101, par 2; ce qUI nous donne le po1ds éqUtva·
Ce sont: lent, 202.
1 la cendre d'os Ca 3(PO.), Srtuat1on 1dennque dans le cas de la cryolithe,
2 La colémanrte 2 CaO, 3 820 1• 5 H20 Na 3 AIF6 . ICI, on veut obtentr une molécule de Al20 1 .
3. la cryolnhe Na 3 AIF6 Pursque la cryolrthe contient seulement un atome
4 Le m1ntum Pblo, de Al, nous devons multiplrer par 2. En doublant Na3,
S. La céruse 2 PbC03, Pb(OHh nous obtenons pour la formule après cu1sson
6. le mtre KN0 3 3 NazO, AI10J

87
w IIIJoQIQU n w <OOIIWU

La coleman te brute a pour formule 2 CaO, 3 a,o,. Ces chiffres fourn•s par le chom ste 1nd·quent le
5 H,O 11 est mala.se de man•puler cette formule dans pourcentage reel, en po•ds. des d•vers oxydes presents
les calculs, parce qu'•l y a 2 umtes de calc1um Auss1 dans un feldspath déterm.ne Ils ne s•gn•f•ent pas qu' '
d.vtse·t-on tout par 1 , on obtient atnsl 1 untté de CaO y a1t 66,9 molecules de Silice pour 18.6 molécules
et 1,5 unttè de 810 1 Ce qui ramène le po ds molécu- d'alumme, ma1s plutOt 66,9 g ou kg de Silice pour
latre 412 au poids éq ulvalent 206. 18,6 g ou kg d'alumme On transpose l'analyse donnée
plus haut en formule dans le but de mettre en év1dence
Le po1ds équ1valent ut1hsê dans le cas de ces s•x les nomb1es relatifs de molécules de chaque oxyde
corps est, 11 faut le reconnaitre. une astuce plutôt arbt·
pr~sent.
tratre du pomt de vue ch•m•que. Ma•s cela stmplifte les Comme dans l'exemple du plomb et de la s•hce
calculs et, SJ le po•ds equ.valent est employé pour tous dans une glaçure nous d•VISOns chaque rubnQue du
les corps un•formement, ' n'y aura aucune d•ffèrence oourcentage de la composn1011 par 'e po ds molécu Me
dans les résultats S• on n· empkl e pas la tab e sus- de l'oxyde. ce qu• nous donO(' e nombfe re at1f de
•nd<quee donnant le ch,Hre du poods equ '" ent, es s.x mo; ecu es de chaque oxyde
corps dont on vent de parler doiVent, chaque 101s. fa re
l'ob,et d'un cakul ('n reference a leur formu e en 66,9
s.o, 60 • 1,115
tenant compte du fa•t qu'ils ne donnent pas une unote
d oxyde
AI101 18,6 102 = 0,182
CaO 1,6 56 = 0,028
Na,o 2,0 62 • 0,032
K10 10,9 94 = 0,1 16

3. Formules des feldspaths Les nombres •nd1quan1 les quantites moléculaires


peuvent ma,ntMant ètle places dans les colonnes
Les feldspaths dans la table des mater•aux bruts, appropnèes .
sont représentés par des formu es dent•ques aux for-
mules empmques de1a decmes les alcahs et es terres cao 0,028 A,0 1 0.182 s.o, 1,115
al<al nes sont groupes dans la prem ere co onne, don: N<!.O 0,032
le total est porté à 1un.tè, et ·a umme et la s ce sont K:O 0,116
données en valeurs re•atNes a cel es de la prem ère 0.176
colonne
La formule d'un feldspath, ou de n'Importe quel Le total de la prem•ère colonne est 0,176, ce n'est
autre corps en l'occurrence, se calcule selon le procède donc pas la formule unite Pour l'obteM. ol faut d•v ser
employé dans l'exemple déJa ote où l'on elabore la toutes les quant1tes par 0,176 On obt•ent alors la for·
formule d'apres la recette de la glaçure mule dans sa forme fmale :
Montrons maintenant comment on obtient la for-
mule d'un feldspath apartlf de son analyse ch•m•que 0,159 1,03 StO, 6,33
Supposons que l'analyse quant•tauve d'un feldspath o.182
nous donne la compos•t•on suovame 0,659
1.000
SOz 66,9
Al10 1 18,6
Nous avons amSI la formule du feldspath en
CaO 1.6 :e·mes de nombres relatifs de mo écu es des d•vers
Na,o 2,0 o•ydes presents
K,O 10.9 Pour avo~r la formule ponderale du feldspath, la
100.0 quant•te de chaque oxyde présent dans la formule est

88
multipliee par le po1ds moléculaire de cet oxyde et les l'oxyde de plomb, tel que la lrtharge ou la céruse, de
sommes r~sultantes sont totalisées, ce QUI donne l'argtle qu1 fourmra l'alumrne, et du Silex qu1 donnera la
s•lice Le problème est de dëtermtner les quan111~s a
CaO 0.159 x 56 = 8,90
rrélanger pour obtenrr la prOj)ort•on des oxydes rnd•·
Na,o 0,182 x 62 = 11.28 auée par la formu'e molécula11e Oisons que "on chotSit
KIO 0,659 x 94 = 61,9-l la •tharge pour saliS·a re es besoons de la g açure en
AJ,o. 1.030 x 102 " 105.06 plomb
s.o, 6.330 x 60 = 379,80 Comme dans l'exemple precédent. la quantrté
566,98 d oxyde de plomb requrse, 1, est multrplrée par le pords
éqUivalent de la lrtharge, 223, ce qu1 donne 223 parts
C'est la formule pondérale du feldspath L'un des de litharge à uuhser dans la recette. L'argrle. QUI four·
feldspaths ind1ques sur la liste des matériaux bruts est mra l'alumme, a pour formule Al20 1, 2 S10,, 2 H20 et
un feldspath type plutôt qu·un feldspath que l'on un 001ds equrvalent de 258, prenons 0.2, quantrtr!
uouve ord•na•rement dans le commerce C'est l'orthose demandee parla formule. et mult•phons par 258, nous
B•en des m.néraux trouvés dans la nature n'ont pas une obtenons le poods d'argtle a peser 51,6 Mas a chaque
formule correspondant exactement a cene 'ormu'e molècule d' alumone dans l' arg e sont assoc•ées deux
type etabhe par les mtnëralog.stes Dans e cas des fe d· molecules de SlllCl' Nous devons donc <~ussr mulupl•er
spaths. un très petit nombre seulement correspon· S 0, par 0.2. obtenant arnsl 0,4 S101 Cela donne une
dra1ent exactement a la composrtron theonque part•e de la s•lrce demandee par la formule. ma1s ri reste
Les feldspaths exolo•<ês commercialement ont 'e tOUJOUrs 2.1 molecules de Slhce que donnera le maté·
plus souvent deux ou trors composants alcalrns et la 11au • sable • En prenant alors 2, 1, quanute de s•hce
propon1on d'alumrne et de srl•ce est rarement celle necessarre. et en la mul~plrant par 60, son pords molé·
de la composll!on rdeale Pour calculer exa1:tement cula,re, nous obt•endrons le perds de sable qu'1l faut
une glaçure, ri faut prendre la formule étabhe d'cJprès peser, so.t t 26
l'a'1alyse Le tableau de 1a page su vante fera comprendre
pus cla11ement ce ca leu Sur la lrgne du haut. nous pla-
cerons tous les oxydes •nd1aues par la formule e1 leurs
QJant.tes Dans 'a colonne ven•cale de gauche. les
matér•aux bruts cho•s's en fonctron de la formule Un
4. Calcul de la recette d'après tel tableau est couramment employé dans le calcul des
glaçures pour ne pas perdre de vue les quantJiés des
la formule d'une glaçure d•vers oxydes apportes par chaque corps brul Ce qui
compte dans l'exemple précédent. c'est la mamèœ dont
au plomb seul est lrguree la quant1té d'arg•le 12 SrO,, AI,0 1, 2 H10)
Quand une glaçure est formee dt> matènaux pu squ'elle appone deu• o•ydes d•Hèrents à la glaçure
contenant chacun plus d'un oxyde- et c·eSl'e cas de On notera que. quand nous prenons 0,2 d'un matênau.
presque toutes es glaçures -. e calcul se comot que nous prenons une auantJtë fractionna re. c'est-a-d re
quelque peu la formule survante, par exemple. pour· mo•ns que l'untte Noture lement. nous prenons de ce
tant très s1mple, nécesSite l'add1110n d'arg.•e et, pursque fa•t 0.2 de tous les corps composant ce matènau. non
l'arg•le contrent a la fors de l'alum•ne et de la srlice, on seulement 0,2 d'alumrne dans ce cas, ma•s aussr 0,2 de
verra arnsr comment calculer une glaçure quand un de StlrCe En prenant 0,2, c'est·à·d•re 115 de molécule
ses éléments contient deux oxydes différents d'argrle, nous avons pns 1/5 de molécule d'alumrne et
115 de 2 molécules de s1lrce, sort 0,4 B1en sür, on ne
PbO peut pas d!Vrser une molécule -ce qu• montre une fo,s
de pus le côte arb tra re de ce calcul -. ma<s. comme
Le pouer expenmentè Jugera d'un seul coup d'œ nous l' a•ons d•t. œne methode permet de passe< t.dè·
que le m•eux eS1 de melanger un COfPS contenant de ement de ta IOfmute a une recene rèoet e

89
lU GIAI'JOES 0 l6 COO'IGIES

l'arg1le et du feldspath Supposons que nous vouhons


Mml!raux PbO AJ,o, StOl calculer la recette d'une glaçure

Lttharge 1 l PbO 0.8 0,25 2


0 K20 0,2
Argtle 0.2 !U M 1,0
0 R 2,1'
La premtère chose à fa11e est de composer un
Sable 2,1 u tableau selon la méthode tndtquée precedemment. les
0
oxydes seront donc placés horizontalement. en haut. et
1 0,2 2,5 les matênaux bruts. vertJCalement. a gauche.
1c1 nous commencerons par l'oxyde de plomb men·
t' IS.O, 1.s-a.a = z.r lionne dans la formule et nous le tourntrons avec 0.8
R t81~ .\ p!)u:IVOif
de ceruse (2 PbC01 • Pb<OH>2). l'oxyde de potassium,
l.Jtharge 1,0 ~ 223 = 223,0 1<10, est iourn1 par 0,2 de feldspath potass•que
Argile 0,2 x 258 = 51,6 (orthose). Dans ce cas, pour stmphfter le calcul, nous
Sable 2,1 x 60 = 126.0 avons pns la compostuon théorique de l'orthose telle
qu·elle ftgure dans le tableau des matènaux bruts, bten
400,6
qu'on ne la trouve pas dans le commerce sous cette
forme
Avec 0.2 de feldspath. nous prenons 0,2 de tous
5. Calcul d'une glaçure les constituants du feldspath Sa formule est 6 St02,
AhO,, K,O Il faut donc ajouter à la formule
contenant à la fois de l'argile
S•Oz 0,2 x 6 = 1,2
et du feldspath Al101 0.2 x = 0.2
La méthode pour calculer une glaçure avec des K20 0,2 x = 0,2
matériaux contenant plus d'un oxyde peut être clarrf11~e
par un autre exemple dans lequel entrent à la fo1s de et reporter ces quantMs sur le tableau.

Mméraux PbO K20 AJ,o, S•O,

Ceruse 0.8 Q..a


0

Feldspath potasstque 0,2 !U Q.2 .1.l


0 R 0,05 R 0,8

Argtle 0,05 Q.!l5 Q.l


0 R 0,7

Sable 0.7 Q.Z


0
0,8 0,2 0,25 2

90
l etape w•vante cons•ste a trouver comb en d'alu- 6 Mu t•pher les quant1tes moléculalfes a•nsl obtenues
m•ne et de s.hce JI r~te a a!()uter a la glaçure Pour par les potds équ111a ents des matenaux bru~
ob:en r ce result.lt. Or\ sovstra~ !a quantJtè qu appone conSJdtres
e feldspath a ce e qu'•nd1que la formule, so1t
0.05 d'alumine et 0,8 de s1lice talumme est lourn1e
par l'arg1le (2 S•01. A.\ 10 1• 2 H10) Comme dans
l'exemple précédent, 0.05 d'arg1le suffira, mcl1s nous
aurons auss• avec 0,05 ~ 2 de s1ilce. SO<t 0,1 de S101 En 6. Sélection des matériaux
soustrayant cette quant.te du restant des l1ce. JI restera bruts pour les glaçures
encore 0.7 deS 0 1 que donnera 0.7 de sable
les quant• tes mo ecu a r~ a1n51 obtenues sont et les couvertes
alors multipliees par les potds moleculaires reqUJva ents le non-1mt'e pourra t se demander comment choi-
s'•l y a \1eu) des d1vers matenaux ch01s1S, et l'on obt•ent Sit parm1 les matênaux bruts Des quest1ons peuvent se
alos! la receHe de la glaçure qui s'établit comme su1t poser prendra-t-on l'oxyde de sod1um dans le borax
Compolltlon ou dans le feldspath?, etc les regles générale-; su•-
tn "1 vantes rt-ndront plus cla"s les mot•fs pour lesquels on
Ceruse 0.80 x 258 =
206,4 55.~1 cho•Sit te e ou tel'e mat ere
Orthose 0.20 x 556 =
111,2 29.85
Arg1le 0,05 x 258 = 12,9 3,46 Ev, ter les matenaux soluble-;, cholSir. chaque fo•s
Sable 0,70 x 60 =42.0 11.28 que c'est poss•ble, des matèflaux naturels .nsolubles
ou employer de-; fnttes.
372,5 100.00
2 Employer auss1 peu de materiaux que possible
Quels que so entla compl>cat on de 1a glaçure, ou 3 Il vaut mll'UX un seul matéfklu contenant deux
e nombre ce matenaux qu• la composent e: qu oxydes que deux matenaux contenant chacun un
cont•ennent deux oxyaes ou plus. on procede comme o•yde Par exemple. s1 on veut de 1oxyde de caiC•um
dans l'exemple prècedent Avant de donner un et de 1oxyde de magnes•um. vaut m1eux prendre
exemple plus compl•qué, resumons les ètapes succes- de la dolom1e, qu• cont•ent ces deux oxydes, que
Sives du calcul de la recette d'une glaçure a pan" de sa d'ajouter du blanc d'Espagne et de la magnésie
formule 4 l'alum•ne est aJOutee sous forme d'arg•le ou de feld-
spath
fa1re un tableau, comme pour es exemples précé-
dents, qu mene en tvldence es quant.tes d'oxydes 5 la s Ke dont on a beso•n apres avotr a)OIItè l' arg 'e
a1outees tet leurs d•ffèrences eventue es d•ec celles et e le dspath est fourn•e sous forme de s• ex
1nd•quees dans la formule) Prendre tous le~ oxyde-;
énumères dans la prem•ere colonne qu• sont men· On vo1t que l'on peut se conformer ala tormule en
lionnes separement dans la liste des matl!naux bruts prenant des matènaux bruts d1Hèrems Par exemple. la
(oxyde de plomb, de zmc, de baryum. etc.l. Il ne m~me formule de glaçure au plomb peut être obtenue
reste plus d~s lors qu'à calculer les matellaux conte- SO•t avec de la céruse, so11 avec du m1mum Bien qu'il y
nant deux oxydes ou plus a1t la même quant•te de~ même-; oxydes. le-; deux gla-
2 Etab r ce que ces matenaux donnent comme çures peu-,ent ne pas avo r la meme temperature de
oxydes ru sson ou les memes caracterost ques En d'autres
termes, d1Herents mater•aux bruts. b1en qu' ls donnent
3 Calcule• le feldspath
les mêmes oxydes dans la glaçure cutte. ont des effets
4 Ajouter l'argile qu1 fourOJra le restant d'alum•ne d1tférents dans la glaçure.
5 Compte tenu de la Silice qu'ont apportée le ieldspath Cela est dû à leur man•ère de fondre et ~ leurs
et l'argile. a, outer le Silex necessa re pour fourn.r le nteractJOns pendant la fus1on les oxydes <!JOUtés â la
rest.lnt de s•llce glaÇ~~re sous forme oe corps naturels complexes,

91
l ES GIAÇUW Olf! <OUI'tQI!!

comme les feldspaths. provoqueront la fus1on â une En regardant la formule, on von que plusreurs
temperature legerement plus basse que SI les mêmes oxydes peuvent l!tre fourms par des maténaux qui en
oxydes avaient été ajoutés chacun séparément par un contrennent plus d'un. la colérnanite (2 CaO, 3 810 1,
corps 5 H,O) peut donner 8,03 et CaO MgO peut être foumr
Le chmx des maténaux est capttal dans la fabnca· par le talc QUI contrent ausst Si01. K10 sera obtenu de
non des glaçures et. st on veut re!a1re une glaçure préférence par le feldspath
ngoureusement tdennque. la formule ausst bren que la logrquement, on peut prendre
recette doiVent être connues 1 De la céruse 2 PbC03, Pb(OHh.
2. De la colemantte 2 CaO. 3 820 3, 5 H10 .
3 Du blanc d'Espagne CaC 0 3.
7. Calcul d'une glaçure 4 Ou talc 3 MgO, 4 St02, H10
5 Ou feldspath orthose 6 Si01, Af10 3, K10 .
plombeuse et boracique 6 De l'argrle 2 St01• Al20 1, 2 H10 .
Vo1ci un exemple de calcul d'une glaçure plus Farsons le tableau comme lndrqué plus haut
complexe Supposons que nous voulions obtenir la Nous allons rencontrer quelques nouveaux pro-
recette d'une glaçure ayant la formule survante : blèmes dans le calcul Il est clair que 0,5 de céruse suf-
fira Quand nous abordons la colémanite, une question
PbO 0,5 Al 10 3 0.25 SiO, 2,8 se pose quelle quanttté de colémamte donneront les
CaO 0,2 810 , 0, 15 0, 15 molécules de s,ol demandés par la formule 7 la
K10 0.2 formule de la colémanrte, cao 1, 810 1 1,5, nous
MgO 0,1 tndique qu'il y a une fors et dem1e plu~ de 610 3 que
1,0 de CaO.

Minéraux PbO CaO B;0 1 K;O MgO AI;0 3 St02

Céruse 0.5 ~
0
ColemaO<te 0.1 Ill ~
0,1 0
Blanc d'Espagne 0, 1 Ill
0

Talc 0.033 QJ. Q.ill


1 0 R 2,668
Feldspath 0,2 !U. lUQ UQQ
i 0 R 0,05 R 1,468
Argrle 0,05 Q.Q2 l!...l.QQ
1 0 R 1,368
Sable 1,368 1 UQa
0
0, 5 0,2 0,15 0,2 0,1 0,25 2,8
Î
R . r~te à pourvotr

92
CAlM OU GlJ.(UQES fl DU COOYUlTU fO:lKEES Dt 1\ATEQW.Sit <OHllNJ.HT l'tUS D'UN OXYDt

Nous devons d1v1ser la quanttte de 820 1 1nd1quée obteM la fract1on desrree d'un o~de quelconque.
dans la formule des matenau~ bruts (po1ds equ1valentsl Dans ce cas. la quan~té de 820 1 vient de la colémaMe
pour obtenir ces O. 15 de la formule de la glaçure. Nous
voyons qu'il faut diviser fa formule de fa colémanlte par Pour trouver cene quanute. Il faut diVISer la quan-
10 ou, ce qu1 rev1ent au même, mul11plier par 0,1. tité 1nd1quée dans la formule de la glaçure par la
Il arnve souvent, au cours du calcul, que nous quantité 1nd1quée dans la formule du corps brut. Cela
dev1ons d1v•ser la formule d'un matériau brut pour donne dans ce cas .

0, 15 a,ol (formule de la glaçure)


= 0,1 (quanute de coleman1te qu1 donnera 0,5 de B20.V
1.50 820 1 (formule de la colémamte)

Ayant déterm1né la quanute de colémamte nêces· glaçure, 11 sera fourn1 par le talc !steatite). La formule
salle, nous devons mult1pl1er tous les oxydes de ce du talc est 3 MgO, 4 S102 , a~ns• devons-nous trouver
matériau par ce nombre 0, 1 et reporter les résultats sur le facteur par lequel il faudra mulllplier la formule du
le tableau, en 1nd1quant les restes s'1l y a heu Ce QUI talc pour obtemr 0, 1 MgO, requis par ta formule
manque de CaO est fourn1 par le blanc d'Espagne
Malmenant, venons-en au MgO de la formule de la Su1vant le procédé md1qué plus haut, nous avons

0, 1 (quanttlé de MgO dans la formule de la glaçure)


= 0,033 (quanme de talc)
3,0 (quanuté de MgO dans la formule du talcl

Multiplions maintenant tous les oxydes du talc par quand la formule d'un corps brut contient une quan-
0,033, nous obtiendrons 0,033 x 3 =0,099, ce qu1 est tité d'oxyde non égale à l'unité, pourvu que cet o~de
auss1 près que poss1ble de 0, 1 pour notre calcul, et soit celui que nous ut1lisons pour fournir en totalité
0,033 x 4 = 0,132 SiO, la quant1té d'o~de requ1se par la formule de la glaçure.
La methode employee ICI pour déterm1ner les On peut donc enon~er la règle emp1nque comme
quant1tés de talc et de colémaMe est tOUJours unhsee SUit :

quantite dans la formule glaçure


= quannte de matêrsau à prendre
quantité dans la formule matéroau

Après av011 soustranla quantité de silice contenue Il faut maintenant multiplier chacun des ch1ffres
dans le talc, nous faiSons le même calcul pour les corps obtenus pour les maténaux bruts par leurs poids molé-
restants· 2.8- 0,132 = 2.668. Il reste 2.668 a pourvo•r culaires (éqUivalents s'il y a heu) pour obtenir la recette
de silice IR 2,668). de la glaçure

93
lU GlAIUJ!U fi lES toUVmU

Nou~ aurons donc Le problème est donc de calculer la recette de la


x 258 couverte suivante
Céruse 0,500 = 129,0
Colémanite 0,100 x 206 = 20,6 K20 0,143 3,5
Blanc d'Esp. 0,100 x 100 = 10,0 CaO 0.600
Talc 0,033 x 378 = 12.4 MgO 0,157
Feldspath 0,200 x 556 = 111.2 1,000
Arg1le o.oso x 258 = 82,1
12,9
Sable 1,368 x 60 = On prendra du feldspath • Buckingham • dont la
378,2 formule est :
ce qur donne la compos111on en % · K10 0,74 1,026 SIO, 6,34
CaO 0,26
ceruse 34,11
Colémaniie 5,45 1.00
Blanc d'Esp 2,64 et le p01ds molecula1re 568,98.
Talc 3,28
feldspath 29.40 Nous voyons que le feldspath contlent un peu plus
Arg1le 3,41 de 3 fo1s la quantite de K20 ind1quée dans la formule
Sable 21.71 de la couverte, moins de CaO, presque 3 fors plus
100,00 d'AI10:H el presque 2 fo1s plus de SiO, Tout le K20 sera
donc donné par le feldspath Appliquons la règle énon-
cée plus haut
O. 243 (formule de la glaçure) _ (O )
8. Calcul d'une couverte contenant 0 329 33
0.740 (formule du feldspath) - ' '
un feldspath complexe Les autres matières prem1ères seront :
Nous allons mamtenant prendre comme exemple 1 La dolom1e (CaMg) (C03h
le calcul d'une couvene contenant un feldspath parti- 2 Le blanc d'Espagne CaCO,
culier dont la formule exacte a ete determmee par 3. l arg1le 2 S101 , Al 10 3, 2 H20.
l'analyse chim1que et convert1e en formule moh?cularre. 4 la Silice Sr0 2•

Minéraux K,O CaO MgO AI203 s.o,


Feldspath 0 243 0 086 Q..ll8 tœl
c l!uckmgham • 0,33 0 R 0.514 R 0,012 R 1.408
Dolomre 0,157 ll..ill Q.ill
R 0,357 0
Blanc d'Esp. 0,357 QJ2l
0
Argile 0,012 Q.Q.Il .Q.lli
1 0 R 1,384
s.hce 1,384 ~
0
0,243 0,6 0,157 0,35 3,5

94
CAlQJl DES GI.4ÇU;f$ tt DU COtMRltS fOCU1tts Ot t'!ArtRWfX COHTEtWO PU!$ D'UN OlYDE

la recette de la couverte est alors obtenue en mul- Ces exemples permeuent de résoudre tous les pro-
nphantles quantnés moléculaires de chaque corps brut blêmes rencontrés par le potier dans le calcul des
par son po1ds équivalent. recettes de glaçures et de couvertes ~ partlf de leurs
Nous aurons la masse pondérale su•vame _ formules.
Feldspa~h 187.76
Arg1le 3,09
Les fnttes, qu1 feront l'objet d'un chapitre
Dolomie 28,88
ultérieur, se calculent de la même mamère que les
Silice 83.04
feldspaths
Blanc d'Espagne 35,70
338.47

9S
7. Calcul de la formule d'une glaçure
boracique à partir de sa recette
pondérale
Feldspath • Buckrngham • 45
1. Exemple de calcul de la formule ColemaMe 10
quand on connaît la recette Ta'c 10
Dolom•e 10
d'une glaçure boracique Blanc d'Espagne 5
Oxyde de zmc 5
Aigrie 5
Supposons que nous vouhons savo r la formUle S'bee 30
d'une glaçure dont vorcr la recette 120

R10+R0 R,0 1 R0 1

Mrnêraux K,O cao MgO ZnO AltO, B,O, SrO,

Feldspath • Buckrngham • 0,078 0,057 O,Q20 0,080 0,494

Colémanne 0.048 0.048 0.072

Talc 0,026 0.07B 0,104

Dolomte 0,054 0,054 0,054

Blanc d'Espagne 0.05 0,050

Oxyde de zrnc 0,061 0,061

Argrle 0,019 0,019 0,038

Sr Ke 0,5 0.500

0,057 0,172 o. 132 0,061 0,099 0,072 1,136

96
la formule des matières prem1ères qu' constituent D'ou
la recette
K10 0,057 0,099 s.o, 1' 136
feldspath • Buckangham CaO 0,172 0,072
K10 0.74 AlzO, 1,026 SIOl 6,34 MgO 0,132
CaO 0,26 ZnO 0.061
1,00 pm · 568.98 0,422
Coléman te CaO, B10 1 2 5 H10 pm 206
Talc 3Mg0. 45,01 H10 p.m 378 Apres avo r fa•t a somme des chiffres de la pre-
Dolom1e (CaMgJ (COllz p.m 184 mière colonne, nous d,v,sons chaque quantrté par cette
Blanc d'Espagne caco, pm 100 somme, SOit par 0,422
Oxyde de Zlnc ZnO pm 81
Arg1le lS101 AI101. 2Hz0 pm. 258 D'où nous urons la formule unité qu1 l'SI donc
Sahce s,ol pm. 60 K,O 0.135 Al10 3 0,235 S101 2,692
CaO 0,407 BzO, 0,171
Commençons par diVIser la quant•te de chaque
maténau par son poads équivalent. Nous fa1sons MgO 0,313
l',rverse de ce qu1 a ete fa,t pour calculer la recette ZnO 0,145
d'une glaçure en panant de la formule en quantités
molécula~res
1.000

Feldspath
• Buck1ngham • 45 568,98 = O,Q78
Colémanue 10 206 = 0,048
Tac 2. Marche à suivre pour calculer
10 378 = 0,026
Dolom1e 10 . 18.4 = 0,054 la formule d'une glaçure
Blanc d'Espagne 5 100 = 0,050
d'après sa recette
Oxyde de ZIOC 5 81 = 0,061
Arg•fe 5 258 = 0,019
SiliCe 01VtSl'r fa quant1te de chaque maténau par son poids
30 60 = 0,500 équ1valent
2 Fa•re un tableau (l'O haut 11er zontaft>ml'Ot, es oxydes,
fa•sons maintenant le tableau que nous conna1s· ~ gauche vert1caleml'Ot. les maténaux bt\11$)
sons En haut honzontalement, notons toos les oxydes 3 Multtpher, pour chaque matenau, les quan!llés
contenus dans la tota rtê des maténaux bruts de lcl d'oxydes de Sel propre formull' par la quantité mol~­
recette Multiplions ensurte la quan~te molècula•re de cula re tele qu'on l'a obtMue au § 1. 1nsmre le
chaque maténau par la quanuté d'oxyde 1nd1quée dans r~sultat dans les colonnes correspondantes du
Sel formule et onscnvons le résultat dans la colonne cor·
tableau
respondante du tableau Fa1sons le total de chaque 4 Fa"l' la somme des colonnes correspondant A
colonne: nous aurons a1ns1 la quanmé molécula~re de chaqul' oxyde
chaque oxyde de la glaçure 5 Ecrrre la formule QUI l'n découle (R 20 +RO, R20 3,
Ordonnons-res SUIVant la dtSposotiOn en trOIS RO,)
colonnes (RzO+RO, Rz01 et R0 1). Fa1sons ensUite le 6 Transformer cette formule en formule unue en d1v1sant
totcll de la colonne R10+RO et d1v1sons tout par ce tOt.ll toutes les quanutés par la somme de la colonne
pour obteOir la formule un.te R.O..IiO

97
8. Problèmes résolus dans la pratique
par le ca lcul des glaçures
et des couvertes
La solunon de certa1ns problèmes courants va Couverte 8
monuer plus da1rement la ra1son d'~tre du calcul des Feldspath • 8uck1ngham • t49,0
glaçures et des couvertes Dolorme 46,0
le calcul est une méthode qu1 permet de comparer Blanc d'Espagne 25,0
des me anges de matënaux propres a l'obtentJOO des 25,8
Arg e
glaçures et des rouvenes, de transformer, d'aJuster et
de les comparer avec le m1n1mum nécessa1re d'essa1s de Siloce 120,0
laboratoue Les methodes propres à la compasmon de 365,8
glaçures et de couvertes nouvelles seront étudiées dans
un chapttre suivant.
En realltê, la couverte A est seml·opaque, satonée,
et la couverte 8, opaque et très mate Mars cette d1ffé·
1. Comparaison des glaçures renee est plutôt d1ff1c 'e à sa1su d'après les recettes.
spècafemem dans ce cas, pu•sque ces recettes ne sont
et des couvertes pas donnees en pourcentages 011 peut seulement eSll·
mer au Juge les oourcentages d'oxyde de magnesoum
tl est tres d1fftole de comparer deux recettes, parce ou de caloum contenus dans ces deux glaçures
que la liste des matériaux bruts ne d1t pas les quanmés
relattves des oxydes en présence, et que c'est Justement Ramenées à leur formule umté, ces deux couvertes
la propomon des oxydes QUI contrOle la fusion et la ont la compos~ion sUivante .
quaiJté de surface des glaçures et des couvertes Par
contre, 11 est très fac1le de comparer les formules Couverte A
Supposons qu'on veuille compare• ces deux recettes de
couvertes a t250 OC KNaO 0.275 AI 101 0,45 S•~ 3.75
Couvtnt A CaO 0,565
M1mpro Spar 52,2 MgO 0,135
Feldspath • Buck1ngham • 42,8 ZnO 0,025
56 Spar 93,9 1,000
Dolom1e 18,8
Talc 30,2 Couvent B
Blanc d'Espagne 45,0
Oxyde de zmc 2,0 1(10 0,25
Argile 30,9 CaO 0,50
Sohce 74 t MgO 0,25
389.9 1,00

98
PROWMES RESOU.tS DANS ll PQ.AtlQIJ[ PAR tf WCUL OB GUÇtiR!S n Df.S <OUYfrlTES

Dans ces formules, nous pouvons vo~r les quantites la recette correspondante est .
relauves des d1vers oxydes dans chaque couverte et
feldspath • Ontano Spar • 258,8
nous pouvons les comparer en connaissance de cause.
Il est clair que la plus grande quantité de MgO dans la Blanc d'Espagne 40,0
Dolomie 18,4
couverte B explique en grande partie la différence de
qualite de ces deux couvertes. La présence d'une quan- Sthce 30,0
tite superieure de CaO dans la couverte A, et la pre- 347,2
sence de KNaO et ZnO, la rend plus fusible que la cou-
verte B. b1en qu'elle contienne plus d'AI10 1 que cette Remplaçons l' • On tano Spar • par de la syéntte
derntère. nephéhmque dont la formule est :
KNaO S102 4,652
p.m 462
2. Remplacement d'un ou plusieurs La nouvelle recette dev1ent donc :
matériaux par un ou plusieurs Syemte nephelm1que 184,8
autres Blanc d'Espagne 40,0
Dolomie 18,4
On utthse le calcul des glaçures ou des couvertes
Sthce 98,4
quand on veut remplacer un maténau (ou plusieurs) par
un autre (ou plusieurs) dans un ématl S1, par exemple, 341,6
on ne peut plus se procurer une Inne ou un feldspath
partiCuliers, on peut facilement les remplacer par autre Bten que ces deux couvertes soient faites avec des
çho~e et çonnaitre exaçtement le~ modiftçanon~ a matênaux différents, leur formule est la mème
apporter ala recette sans changer pour autant les pro-
poruons des oxydes présents dans la glaçure.
Effectuer une telle substitUtion par tâtonnement
demanderatt un travail de laboratotre constdérable. Il
faudrart faire de nombreux essais et les cu1re avant de 3. Modification d'une glaçure ou
pouvoir déterminer le pourcentage exact du nouveau
matenau. d'une couverte par modification
Supposons, par exemple, qu'on veuille conse!Ver de sa formule
la mème glaçure ou la même couverte bien qu'on ne
puiSse plus se procurer de feldspath • Ontano Spar • Bien souvent. le poner eStime qu'il est souhaitable
dont voici la formule ou necessa1re de mod1fler une glaçure ou une couverte
dans le but de changer son apparence, sa température
K20 0,75 1.1 7,5
de CUISSOn, ou d'augmenter son adhérence au tesson,
NazO 0,25
Le calcul des glaçures et des couvertes lUI fourmi une
1,00 p.m . 647 méthode rationnelle pour opérer de tels changements
avec un minimum de tâtonnements.
la formule de la couverte est : Il est tres drff1ole de procéder en mod1fiant la
recette, car on ne peut pas connaitre exaCtement les
KzO 0,3 Alz01 0,44 St~ 3.5 proporuons des oxydes contenus dans l'ématl lint. Par
NazO 0,1 contre, 11 est tres stmple de modifier la formule et de
CaO 0,5 calculer une nouvelle recette,
MgO 0,1 En prauque, 11 est posSible, et quelquefois souhai-
1,0 table, de changer un émail en ajoutant simplement un

99
maténau Quand on veut rendre une glaçure ou une Remarque la d•m•nuuon du nombre de moles de
couverte plus mate, par exemple, on peut ajOuter des l'alumme et de 1.3 sohce se manrfeste par une barsse
quanutês cro1ssantes d'arg1le jusqu'à ce qu'on obt1enne de l'arg•le et de la s1hce
une surface ayant la qual1té désirée Mais, sile change·
ment demande un réajustement exact. il est plus
log1que de mod•f1er la formule el'e·méme. En la chan·
geant, on .o.t d'un seul coup d'œ1l comment sont
4. Essais de matériaux nouveaux
moa•f1ées les quantnes relatrves des drvers oxydes le calcul des glaçures et des couvertes est tres utole
Un exemple s•mple montrera à cet effet l'ut1htê du quand on veut essayer un nouveau matériau S1 on
calcul des émaux. Supposons que la glaçure SUIVante ne connaît sa formule chimoque, on peut ajouter la quan·
soit pas assez brillante et lu•sante a 1050 •c uté convenable ~ une glaçure sans trop !~tonner
Supposons qu'on veu1l e essayer une cendre de bols
Ceruse t 54,8
dans une glaçure SI on connaît sa 'ormule ch•m•que,
Blanc d'Espagne 20,0
on peut calculer sa formule un.te comme md1qué au
Feldspath potas 55,6
chapitre 6, § 3
Oxyde de ZIOC 8, 1
Analyse chimique d'une cendre (en pourcentages)
Arg1le 50,6
S1hce 108,0 S10; 42,3
Al20 1 12.8
397,1
Fez(), 1.~
CaO 26,3
Calculons la formule, nous trouvons
K10 10,2
PbO 0,6 Alz01 0,3 SiO, 2,8 MgO 7.0
CaO 0,2 100.0
KNaO 0,1
2n0 0,1 D'ou nous nrom la !()(mule unite
1,0 !< 10 0,15 AI 101 0,15 So01 0.95
CaO 0.64
Cette formule nous montre un excès d'alumone et MgO 0,21
de silice pour une glaçure bnflante a 1050 •c
On peut donc 1.3 mod1f1er comme su1t 1,00

PbO 0,6 Al20 1 0,2 Sr0 1 2 En fona~on des quantités relatJves d'oxydes mdr·
CaO 0,2 quées dans la formule, on peut alors utohser une cendre
KNaO 0, 1 dans une couverte Dans l'exemple Cl·dessus, on VOlt
ZnO 0,1 tout de suote QUe cette cendre, trop pauvre en alumme
1,0 et en ~hce ne peut constrtuer a el'e seu e une couverte
sausfa1sante ~haute temperature de CUISSOI'I Il faudrait
À part•r de cette nouvelle formule, obtenons la lUi ajouter de l'argile, de la s1hce et peut-être du feld·
nouvelle recette · spath pour en ia1re une couverte valable
On verra plus lo•n comment créer de nouvelles
Céruse 154,8 couvertes en survant les procédés ond•quès. comment
Blanc d'Esoagne 20.0 ontroduore 'a cendre dè<tote plus haut dans une nouvede
Feldspath potas 55,6 cOUIIerte remplissant les condot10ns requoses Gr~e aux
Oxyde de zmc 8,1 deux chaprtres suovants. qu1 trartent de la compos1uon
Arg1le 25,8 et des differents types de glaçures et de couvertes, on
S1hce 72,0 comprendra m1eux la méthode proposée pour créer de
336,3 nouveaux èmaux.

100
9. Com1position des glaçures
et des couvertes

1. Le point de fusion 1701


1600'
te moment est 11enu d'examiner plus en détail la
compos1110n et l'élaboration des formules des glaçures
et des couvertes en vue de régler la température de
1500' 1
fus1on, la texture et les réac110ns aux oxydes colorants 1400' 1
ajOUtéS.
Les combinaisons d'oxydes ont d'habttude un 1300'
1
point de fusion plus bas que celui de la plupart de ces
oxydes pris séparément. En effet, quand deux oxydes 1200' 1
sont mtlmement mélangés et soumis ~ la chaleur, leur
pomt de fus1on est en genéral considérablement plus 1100' 1
bas que celu1 de chacun d'eux chauffé seP<Jrément. La
proport1on de deux oxydes qUI donne le pomt de fus1on 1000" 1
1
le plus bas est appelée • eutecuque •. Cette tendance 874'
qu'ont les mélanges â avo1r un point de fusion inférieur 900' J
r-- i'-..
v_/
à celu1des constituants a une grande Importance dans eutectique
la fabrication des glaçures et des couvertes, putsqu'elle soo•
permet de composer des mélanges fondants avec des ·c 789°
oxydes fortement réflr.lcta1res. 700'
Pour s'en convamcre, le potter peut fa1re l'expé- J. 70 80 90
rience de mélanger â sec du feldspath et du blanc ... 30 20 10 -+
d'Espagne dans les trois proportions su1vantes · Na,O, 2 Si0 2
t. 50 % de feldspath et 50 % de blanc d'Espagne.
2. 25% de feldspath et 75% de blanc d'Esp.lgne. Le diagramme représente l'eutectique, ou point
3. 75 % de feldspath et 25 % de blanc d'Esp.lgne. d'eutexie, du bisll1cate de sod1um et de la silice. Le
S1 ces mélanges de blanc d'Espagne et de feldspath b1S1hcate de sod1um fond~ 874 "C, la s1hce ~ 1700"C
sont mis en tas et curts au four sur des bouts de tuile ~ environ. Mais s1 on aJoute de la sihce pure a du bisill-
12so•c. en même temps que du blanc d'Espagne pur cate de sod1um, le pomt de fusion est abatSsl! à 789 "C
et du feldspath pur, on constatera que le troisième La composition de la glacure ou de la couverte doit
mélange aura fondu et sera devenu du verre, tand1s que être contrôlée de telle sorte qu'à la température dési-
le feldspath pur sera devenu une masse dure, et que le rée, la glaçure ou la couverte fonde et recouvre le
blanc d'Espagne, change en chaux vtve par la chaleur, tesson d'une enveloppe vitrifiée.
n'aura pas fondu du IOUt. De tels tests sont utilises cou· Ce point de rusiOO est déterminé par ;
ramment pour déterminer l'influence de la composition 1 La nature des oxydes présents.
d'un mélange sur son point de fusion. 2. Leur quantité relative.

101
la fus1on est causée par l'Interaction des differents 3. D1mmuer les quanmès de stltce et d'alumine dans la
oxydes les uns sur les autres quand on les soumet ~ la glaçure.
chaleur PUisque la plupart des glaçures cont1ennent 4. Dimmuer la proportion des fondants les m01ns actifs
plus1eurs oxydes, les réactions Impliquées dans la trans- (oxyde de baryum ou de magnes1uml au profit de
formation de matênaux bruts en verre sont complexes celle des fondants les plus acufs
et 11 est difficile de prevoir le pomt de fusion exact d'un
S. AJOUter des oxydes colorants (de fer, de cobalt ou de
melange. Cependant, la formule d'une glaçure permet
cuivre) qui som eux-mêmes des fondants act1fs
d'evaluer son po1nt de fuston à 20 'C près. sans trop
grande marge d'erreur. 6. Broyer les matériaux le plus fln posstble, ou aJOuter
les oxydes sous la forme de irittes plutôt qu'~ l'état
Pour aba1sser le potnt de fus1on d'une glaçure ou de maténaux bruts.
d'une couverte, on peut
l e point de fusion d'une glaçure ou d'une cou-
1. Augmenter la quanttté de fondants act1fs tels que verte peut être releve par les procédés inverses
l'oxyde de plomb. la potasse ou la soude. Il est ev1dent que le p0101 de fuston do~ être cal-
2. AJouter d'autres oxydes fondants a la composition cule et contrôle avant l'emploi et qu'une glaçure
de la glaçure (oxyde de plomb, de potass•um. de valable pour les basses températures ne le sera plus
sod1um, de zinc ou de bore). pour les hautes températures

TABLEAU N' 1 Tem~rttures 1pproxim1riv~s dt fus1on pour /~.s dlwrs fondl ntJ

·C 840. 890° 945' 1050' 1095' 1110' 1135' 1165' 1190' 1225' 1260' 1310'
890' 945' 1050' 1095' 1110' 1135' 1165' 1190' 1225' 1260' 1310' 1390'

Oxyde de plomb 1111

Potasse ou soude

Oxyde de bOre

Feldspath 11111

Oxyde de calcium Ill


Oxyde de magnésium 11111111

Oxyde de baryum 111111



Oxyde de zinc 1111

102
2. Comportement des divers On peut résumer ams1 les 1ndicauons de ce
tableau :
oxydes dans la fusion l'oxyde de plomb est un fondant actJf depws les plus
Le tableau n• 1 de la page précédente donne le~ bas;es temperatures JUsque vers 1180 au-de~~u~ •c.
températures moyennes approXJmauves des d1vers fon- de cette température, 11 devient progreSSIVement
dants généralement employés dans les glaçures et les volatil et on l'ut1lise rarement.
couvertes Chacun de ces oxydes a un point de fuSton 2 K20, Na20 et B,Ol sont employes comme fondants â
propre et ces températures de fusion vanent beaucoup toutes les temperatures Ces tro1s oxydes sont des
MgO. par exemple, fond ~ 2800 •c.
alors que PbO fondant~ tres pUI~sants.
fond, lUi, à 886 •c. Il faut se rappeler cependant qu'en
combinaison avec d'autres oxyde~. de~ matériaux, qu1 3. l es alcahno-terreux CaO, MgO et BaO sont de~ fon-
par eux-mêmes om un pomt de fus1on très elevè, agiS- dants act1fs aux haute~ temperatUres seulement, et
sent comme des fondan~. au-dessous de 1165 •c. Ils empêchent plutôt la
Dans ce tableau. chaque oxyde est représenté par fuSIOn qu'1ls ne la facilitent.
un trart continu aux températures ou Il peut être employe 4. l 'oxyde de zinc est couramment utill~é comme fon-
comme fondant. Le pointillé correspond aux tempéra- dant à parur de 1125 •c environ. JUsqu'aux plus
tures ou ~on emploi comme fondant est moindre haute~ températures En pemes quanutés, 11 ag1t

TABLEAUN• l

0,9
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Qual'ltité.s approxinutives de fondanrs

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800' 840' 900' 945. 1000' 1050' 1100' 1200' 1250' 1300'
températures oe nappage 1125' 1165. 1310'

103
comme catalyseur en factlttant la fus100 des autres motndre Le tableau montre que plus la tempe~arure
oxydes monte, plus les quantrtes des fondants acttfs (PbO, K;O.
Na,o et 810 1) dtmmuent et plus celles des fondants les
Le tableau n• 2 de la page précédente montre les motns actrfs (CaO, MgO, ZnO) augmentent
quantités approxtmatlves des dtvers oxydes fondants tl faut tnstSter sur le fatt que ce tableau est donné
telles qu'on les trouveratt dons les glaçures ou les cou· a litre tndicauf
vertes ayant des potnts de fus1on différents.
Ce tableau est nécessairement approxtma~f. puts·
qu'tl ne tient pas compte de l'mteraœon des oxydes les
uns sur les autres, qu1 est, en fan. le facteur déterm1·
nant de la fus,on de la glaçure
3. Quantités de silice et d'alumine
Ce tableau 1nd que la quam.te de chaque oxyde dansles glaçureset les couvertes
poor les dtfférentes temoèratures En suwant la courbe La quanme de Sthce et d·atumtne est IOUJOUr.> capt·
de PbO, par exemple. on voo qu'on peut trO\Ner elWI· tale dans les glaçures et les couvertes, putsque c'est la
ron 0,73 quanltte molecula1re d'oxyde de plomb à proporoon de sdtCe par rapport .a la quanttté totale des
1050 •c dans une formule de glaçure. St celte formule autres fondants qUI détermine en grande pante le pomt
conttent ausst 810 1, la quan~té de PbO sera bten de fusion La quanutê d'alumtne a tOUJOUrs une

TAILEAII N' 3

5,5

5 1

4,5 1
4 1
3,5 /
3
/
/
/
2.5

i
2

1,5
__..... - .\\~ ~
~

i
-Jlc
1

0,5
c
~
aoo· 1140" 900" 945. 1000• 1oso• 1100. t200• 1250. 1300.
rM>ptJriiUret de nappage 1125" 1165• 1310.

t04
1nfluence Importante sur la surfa<e et la texture de la 4. Formules limites
glaçure ou de la cou•erte
Un aJtre moyen d'ètabl1r tes quan111és des d•vers
Le tableau n• 3, fa11 de la m~me mamére que le oxyoes suscep11bles de se trouver dans les glaçures et
tab'eau n• 2, 1nd1que les quant1tés probab'es des ce et les couvertes a des temperatures données est la for·
o'alumrne que l'on trou~eralt a d•ffèrentes tl'mpera- mule bmrte. Cette formule snd1<;ue les quanlllés maJU·
t<Jres leurs quant•tes augmentl'nt a>K la température males et m1n1males de chaque oxyde pour une glaçure
Cependant. on notl.'ra qu'en ce qu1 con<eme la s1 l(e et ou une cowene a une température donnée En rèal•te.
l'a um ne d y a plus de s1m tudes entre es ~a utes et les ce système es1 étab avK des tranches de tempèrawre
basses !empl'fatures que dans le <as de fondants de la de so •c à 100 •c. bten qu'tl SOtt poss1ble de le fa re
coiOnnl' R,O+RO Nous ~s qu'ij y a toujours plus de a\K des tranches plus précises PUisque, comme nous
Slhce que d'alum1nl' el que le rapport de leurs quanutes l'avons w. les quanutés des d1vers oxydes dépendent
respectiVes est constant aux différentes températures de leur nature e1 de leur quanute relatsve, les formules
[n régie générale, 11 y a trOIS fo1s plus de silice que hm11es ne peuvem donner aue des tnd1cauons géné-
d'alumme, plus un, ma1s tant d'exceptions rnf11ment rales. Par exemple. SI la formule hm1te des couvertes ~
cene règle qu 'elle est rarement apphquée 1250 •c 1nd>que qu'on peut trouver de 0 à 0,35 quan·
On remarque ausst que, même aux températures uté molécula11e de magnés1e, cela nous rappelle seule·
les plus basses, la quanttlê de s1hce ne tombe 1ama1s ment les hm1tes à l'1nténeur desquelles on peut
au-dessous d'une molécule. et qu'aux températures les employer la magnés1e
plus hautes la quantllè d'alumme n'excède 1ama1s une
molécule (formule un lté) Quand on voudra détermmer la quantité exacte de
l'excès de sll1ce dans une glaçure ou dans une cet oxyde, tl laudra connaître la quantité de B10,, le
couverte la rend trop réfractaire et cause sa dévnnft- degre de mattte préw pour la couverte, la quantité
d'alumme et d'avtre~ f~Çteur~ du m~me ordre, qui,
catton Le dêfaot de Silice la rend tendre et frtable
ensemble, determ1nent la quanuté de MgO valable
Trop d'alum1ne donne des glaçures et des cou- pour une couverte partiCulière. Il y a beaucoup de
vertes rêches. mates. opaques et rayées en surface,
alors qu'un manque d'atum1ne provoquera des coulées vanables à cons1dérer
le long des paro1s vertiCales De plus. tes quant1tès 81en que les données fourmes par les formules
d'alumme et de stll(e dépendent de la quan11tè et de la llm1tes so1ent nëcessa1rement vagues. elles servent cou·
nature des oxydes dont est formée une glaçure ou une ramment d'tnd~<auons générales pour la compos1110n
couverte Par exemp e. s• une glaçure cont1en1 une des glaçures et des cOtNertes.
quan11té tmportante d'un fondant trés act1f comme le
plomb, on augmentera d'autant la 1eneur en alum1ne
et en Slhce Pu sque l' alumme et la Sll ce donnent aux la hs1e de la page sulVilnte donne les formules
glaÇUres la dureté, la durab•hte et l'adherence, on en hmrtes pour les différentes températures et les drvers
mettra tOUJOUrs le plus posSJb e types de glaçures et de couvertes

lOS
840 · c à 945 •c Gla~ures au plomb
PbO 0.7 -1,0
KNaO 0 -0,3 Al10 1 0,05 -0.2 StO. 1 -15
ZnO 0 - 0,1
CaO 0 -0.2
945 •c à 1110 •c Glaçures au plomb
PbO 0,7 - 1,0
KNaO 0 -0,3 AI10J 0,1 -0,25 StO; 1,5 -2
ZnO 0 -0,2
CaO 0 -0.3
1135 •c à 1180 •c Glaçures au plomb
PbO 0.4 -0,60
KNaO 0,1 -0,25 AI,01 0,2 -0,28 St01 2 -3
ZnO 0 -0.25
CaO 0,1 -0.40
945 •c à 1050 •c Plomb-colémanite
PbO 0,2 -0,50
KnaO 0,1 -0,25 AI,Ol 0,15 -0,2 s.o, 1,5 -2,5
ZnO 0,1 -0,25 8101 0,15 -0,6
CaO 0.3 -0,60
BaO 0 -0,15

1135 •c à 1180 •c Colémanite


KNaO 0,1 -0,25
ZnO 0,1 -0,25 AI,Ol 0.2 -0,28 StO. 2 -3
CaO 0,2 -0,50 BIOl 0.3 -0,6
BaO 0.1 -0,25
1135 •c à 11so •c Glaçures au plomb borosilicaté
PbO 0,2 -0,3
KNaO 0,2 -0,3 AI~Ol 0,25-0,35 s.o, 2,5 -3,5
ZnO 0 -0,1 8,0, 0,2 -0,6
CaO 0,35 -0,5
945 •c à 1050 •c Glaçures alcalines
PbO 0 -0,5
KNaO 0,4 -0,8 Al10 1 0,05 -0.25 s.o, 1,5 -2,5
ZnO 0 -0,2
CaO 0 -0,3
1225 •c à 1350 •c Couvertes pour grès ou porcelaine
KNaO 0,2 -0,40
ZnO 0 -0,30 AI,Ol 0,3 -0.5
CaO 0,4 -0,70 B:Ol 0,1 -0.3 St01 3 -5
MgO 0 -0,35
BaO 0 -0.30

106
1O. Types de glaçures et de couvertes

Ce qu1a été dit jusqu'à présent de la composition C'est le type de glaçures généralement employées
des glaçures et des couvertes s'applique, d'une manière sur les plus belles pièces persanes, égyptiennes et
générale, à toutes. L'examen plus détaillé des différents hispano-mauresques aussi bien que sur quelques pote-
types aidera à mieux comprendre les raisons qui dictent ries chinoises et japonaises du type le plus coloré.
le choix des divers matériaux. Ces différents types de Les caractéristiques de ce groupe de glaçures
glaçures et de couvertes seront considérés comme des sont :
glaçures de base, ou glaçures incolores. Les oxydes 1. Fluidité au stade de la fusion et tendance à présenter
colorants seront étudiés plus tard. l'aspect du verre.
Les glaçures sont extrêmement variées d'appa- 2. Tendreté.
rence et elles peuvent avoir des couleurs et des textures 3. Tendance au tressaillage sur beaucoup d'argiles.
très différentes. Cependant, elles se rattachent toutes 4. Couleurs brillantes quand on ajoute des oxydes
à un petit nombre de types distincts. Bien que ces types colorants.
ne soient pas strictement délimités - ce qu1 rend
arbitraire toute classification trop précise - , la compré- La soude et la potasse sont des fondants très actifs
hension des glaçures se trouve grandement facilitée si et leur présence en quantités considérables dans une
l'on connaît les caractéristiques des types les plus glaçure la fait fondre brusquement et à basse tempé-
importants. rature.
Naturellement, on peut classer les glaçures selon Le danger de surcuisson est naturellement aug-
leurs températures de cuisson; on peut aussi distinguer menté par la présence de fondants très actifs. Les gla-
celles qui sont composées avec des frittes ou sans çures très alcalines, surtout si elles contiennent peu
frittes (distinction importante en ce qui concerne les d'alumine, peuvent être difficiles à cuire et couler
recettes). Nous reparlerons plus loin des glaçures faites excessivement, même si la température prévue n'est
avec des frittes. que légèrement dépassée. Comme on peut le voir

Glaçure alcaline à base d'oxyde de cuivre


sur une faïence siliceuse.

1. Glaçures alcalines à basses


températures de cuisson
Une glaçure est d1te « alcaline » lorsque les fon-
dants qu'elle contient sont surtout des alcal is (sodium,
potassium ou lithium) plutôt que l'oxyde de plomb, les
oxydes des métaux alcalino-terreux ou l'oxyde de bore.
Toute glaçure cuisant au-dessous de 1025 oc est dite
de basse température. Les glaçures alcalines à basses
températures ont été utilisées depuis des siècles pour
colorer des poteries.

107
lES GLAÇURES ET lES COUVERTES

d'après les formules limites de ce genre de glaçures, le Le réseau des lignes du tressaillage peut même
sodium ou le potassium peuvent atteindre 0,7*. constituer en lui-même une décoration esthétique
La présence du sodium ou du potassium dans les valable.
glaçures favorise l'obtention de couleurs brillantes et Une autre difficulté inhérente aux glaçures très
vives quand on y ajoute divers oxydes colorants. Dans alcalines réside dans le fait qu'en dehors du feldspath
les glaçures alcalines, l'oxyde de cuivre donne des tons les sources insolubles de sodium et de potassium sont
intenses de bleu-vert, turquoise ou bleu. Le célèbre rares. Dans les glaçures alcalines à basses températures,
« bleu égypt1en » de la faïence de l'anCienne Égypte est les feldspaths ne peuvent pas être utilisés comme
une glaçure alcaline colorée par de l'oxyde de cuivre. Le source importante d'alcalis, car Ils contiennent trop
cobalt donne un bleu intense, le fer des nuances soute- d'alumine et de silice. Leur emploi comme fondant
nues de jaune paille ou de brun et le manganèse des principal est par le fait même limité aux hautes tempé-
tons prononcés lie-de-vin ou violets. ratures. Dès lors, pour composer des glaçures alcalines
Les couleurs provenant de ces oxydes colorants à basses températures, 11 faut choisir entre deux solu-
précités sont plus intenses et plus bnllantes dans les tions : soit utiliser des matériaux solubles comme la
glaçures alcalines à basses températures que dans soude contenue dans la cendre ou
n'importe quel autre type de glaçures. le borax, soit utiliser des
Bien que la glaçure alcaline frittes contenant la soude
soit attrayante du point de et la potasse désirées .
vue de la couleur, elle pré- Compte tenu des difficul-
sente des inconvénients tés inhérentes à l'emploi
pratiques. D'une part, il des matériaux solubles, il
est presque impossible de est préférable d'utiliser des
faire adhérer la glaçure frittes.
alcaline au tesson sans Les glaçures alcalines
tressai llage. Les causes et sont tendres et se rayent
les remèdes du tres- facilement ; aussi ne convien-
saillage seront étudiés à nent-elles pas aux objets des-
part, ma1s on peut déjà signaler ic1 Hippopotame égyptien du Moyen Empire
tmés à un usage utilitaire intensif.
que le seul moyen de faire adhérer à la coloration turquoise. Elles ont aussi tendance à être légè-
les glaçures alcalines est de modi- rement solubles, même après cuis-
fier la composition de la terre du son. Le verre qui ne contient que
tesson pour la rendre auss1proche que possible de la de la soude et de la silice est soluble. Dans le cas des
composition de la glaçure, ce qui dimmue sérieusement glaçures, cette solubilité est tout à fait contre-indiquée,
les qualités de travail de l'argile et sa plasticité. Cepen- parce qu'elle aboutit à la détérioration et à la destruc-
dant, pour les objets décoratifs qui n'ont pas besoin tion des glaçures au contact de l'air, de l'eau et des
d'être imperméables aux liquides, et pour les pièces en acides faibles contenus dans la nourriture. Pour cette
pâte vitrifiée qui sont par elles-mêmes imperméables, la raison, les glaçures alcalines do1vent contenir assez de
tendance au tressaillage des glaçures alcalines peut ne terres alcalines ou d'alumine pour empêcher la solubi-
pas constituer un grand préjudice. De toute manière, lité. Aleur sortie du four, elles présentent souvent une
leur brillance et leur couleur trouvent mieux leur emploi légère efflorescence qu1s'enlève bien. C'est un indice
sur les objets décoratifs que sur les objets utilitaires. de solubilité, comme l'est aussi la tendance à se ternir
rapidement après usage ou après qu'elles ont été expo-
(*) Chaque fois que l'on indique une quantité d'oxyde entrant dans la
sées à l'eau. De telles glaçures ont besoin de plus de
compos1t1on d'une glaçure de base, il s'agit, bien entendu, de la quan· chaux, de magnésie, de zinc, ou d'alumine, pour deve-
tité moléculaire contenue dans la formule unité. Il ne s'agit jama1s d'un nir insolubles et stables.
pourcentage en poids, au contraire des oxydes colorants qui, eux, sont
Les glaçures alcalines peuvent être transparentes
tOUJOUrs expnmés en pourcentage du poids de la glaçure crue sans add1 ·
tlon d'eau (N.D T.) ou opaques, suivant la présence d'opacifiants ou la pro-

108
lYPES DE GLAÇURES ET DE COUVERTES

portion d'oxydes. Si une glaçure contient un excès de aux Ëtats-Unis et les maJoliques colorées et les poteries
silice, elle peut avoir une texture opaque présentant décorées à l'engobe du Mextque.
l'aspect du sucre. l 'oxyde de plomb fond de lui-même à 886 oc et
Si on veut obtemr le bleu de cuivre le plus accen- donne du verre en se refroidissant. Cependant, le verre
tué possible avec une glaçure alcaline claire, il faut faire provenant de la fusion de l'oxyde de plomb seul est
entrer très peu d'alumine dans la composition. Cela trop tendre pour constituer une glaçure de poterie
augmentera la tendance au coulage et diminuera la durable et insoluble. Mais quand le plomb est mélangé
marge des températures de cuisson. à de la silice et à d'autres oxydes, il don ne un verre
les glaçures très alcalines ont, pendant la fusion, solide et beau.
une forte tension de surface qui les rend sujettes au le cristal employé pour la fabrication des objets en
retirement. Des bulles de verre peuvent apparaître à la verre les plus fins est un verre au plomb, et il est appré-
surface, laissant sur le tesson des endroits dépourvus de cié pour son éclat et son exceptionnelle transparence.
glaçure, surtout lorsque la glaçure est en train de le point de fusion très bas de l'oxyde de plomb rend
fondre sur une pièce déjà vitrifiée. possible la fusion des glaçures qui en contiennent à
des températures relativement très basses, à peine au-
dessus du rouge.
les tableaux et les formules limites que nous avons
donnés indtquent les quantités approximatives d'oxyde
2. Glaçures au plomb de plomb requises aux diverses températures. Dans les
les glaçures au plomb sont très employées depuis glaçures à basses températures, la quantité de plomb
les plus basses températures convenant à la poterie peut presque atteindre le total de la colonne R20+R0.
ordinaire, environ 840 °C, JUSqu'à 1 190 oc. Elles pré- De 1165 oc à 1190 °C, la quantité d'oxyde de
sentent beaucoup d'avantages. Elles sont sûres, faciles plomb est d'environ 0,3. Au-dessus de 1190 °C, il
à contrôler et elles donnent des couleurs vives et assez commence à se volatiliser et on ne doit plus en attendre
solides pour bien des usages. L'invention des glaçures des résultats appréciables. A partir de cette tempéra-
au plomb au Proche-Orient, un millénaire environ avant ture, on utilise le plus fréquemment le feldspath
J.-C., fut une étape importante dans l'histoire de la comme fondant. Quand on dépasse 1190 oc avec des
céramique. En effet, elle permit de faire pour la pre- glaçures au plomb, une certaine quantité de plomb se
mière fois des glaçures utilitaires. Depuis lors, partout perd par volatilisation et la glaçure qui reste su r la pièce
dans le monde, la plupart des objets en terre ont été peut être sèche et paraître sous-cuite.
recouverts de glaçures au plomb. Des pièces émaillées Les glaçures au plomb sont douces, elles peuvent
ainsi, les plus fa- même avoir l'apparence du verre, et l'une des caracté-
Glaçure au plomb rehaussée meuses et les mieux ristiques de ces glaçures est l'éclat et la brillance de leur
d'oxyde de fer. connues sont des surface. Elles ne sont pas nécessairement luisantes,
éléments d' architec- cependant, puisque l'on peut facilement les rendre
ture en terra-cotta mates ou les ternir en y ajoutant de l'oxyde de baryum
vernissée de la Syne ou de l'alumtne, mats une glaçure au plomb est norma-
anttque, les sculp- lement brillante et c'est une raison incontestable de
tures tombales vernis- l'utiliser pour la vaisselle domestique.
sées de l'époque l 'éventatl des couleurs des glaçures au plomb est
T'ang en Chine, les large. Beaucoup d'oxydes colorants ajoutés aux gla-
pots et les cruches çures au plomb donneront des couleurs douces, bril-
de l'Europe médié- lantes et plaisantes.
vale, les poteries Le cuivre donnera un vert-pré riche. Bien que ce
rustiques anglaises vert puisse être très beau, il n'a peut-être pas l'attrait
et d'Europe centrale, de la couleur turquoise que donne le cuivre en glaçure
celles de Bennington alcaline.

109
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

Le manganèse donne dans les glaçures au plomb parlé, et surtout leur tendreté. Elles se rayent faci-
un pourpre brunatre et doux. lement et, soumises à un usage intensif, elles se cou-
le fer donne de beaux tons, exceptionnellement vrent rapidement de fines rayures qu i leur donnent
chauds, de brun et de brun rougeâtre. En petite quan- un aspect terne . Fréquemment, les glaçures au plomb
tité, jusqu'à 2 %, il donne d'agréables couleurs cuir, sur les pièces anciennes sont usées ou décomposées.
miel ou ambre. Un pourcentage plus élevé donnera des Comme c'est le cas pour les vieilles poteries de
tons ambre foncé, bruns ou rouge-brun, suivant la l'Europe médiévale, la glaçure peut être effacée ou
quantité employée. Les glaçures au plomb transparen- désintégrée par l'usure du temps et des siècles d'expo-
tes sur de l'argile rouge donnent la couleur brun-rouge sition à l'atmosphère et à l'humidité.
des poteries mexicaines, ou les tons plus atténués cou- Après une longue exposition à l'humidité,
leur cuir ou bruns des anciennes pro- les glaçures au plomb peuvent prendre un
ductions européennes. aspect irisé qui, dans le cas de
Les glaçures au plomb quelqu es vieilles
opacifiées avec de 1'oxyde pièces, a sans
d'étam présentent un agré- doute rehaus-
able aspect crémeux. sé la beauté
le fer et l'étain ensemble d'une gla-
donnent à une glaçure à haute çure qui de-
teneur en plomb un ton rouille vait avoir à
très chaud, tacheté de crème, sa sortie du
souvent très beau, surtout lorsque four des cou-
la glaçure fait ressortir des tex- leurs criardes
tures ou des motifs en relief. et voyantes.
Les glaçures de base au Les glaçures au
plomb sont utilisées pour produire plomb cuites au-
la glaçure dite «aventurine» qui dessus de 111 0 oc sont
est une glaçure cristalline colorée relativement durables et ren-
avec du fer, et les glaçures rouge dent de bons services pour tous
de chrome qui sont obtenues à les usages ordinaires. Sans
très basses températures. Ces aucun doute, ces glaçures ne
deux sortes de glaçures seront sont pas aussi durables que les
étudiées en détail avec les gla- glaçures pour grès et pour porce-
çures spéciales. laine, cuites à des températures
Les glaçures au plomb qui plus élevées, mais l'éventail de
cuisent de 1135 oc à 1180 oc leurs couleurs et leur sûreté
Cruche de la région de Soufflenheim
ont des cou leurs plus atténuées d'emploi peuvent l'emporter sur
à la glaçure au plomb à base d'oxyde de cuivre.
que celles à fondant très actif le manque de dureté.
cuisant aux plus basses tempéra- Les glaçures contenant un
tures. Mais l'ensemble des glaçures au plomb est d'un peu d'oxyde de plomb brut sont faciles à appliquer
emploi très valable dans beaucoup de cas. Quand elles parce que le plomb, surtout sous forme de carbonate
sont transparentes, les glaçures au plomb peuvent lais- de plomb, fait sécher la glaçure crue sur le tesson en
ser magnifiquement transparaître les engobes ou les une pellicule dure et lui évite ainsi d'être endommagée
couleurs sous glaçure; quand elles sont opacifiées, spé- lors des manipulations de l'enfournement.
cialement avec de l'oxyde d'étain (Sn0 2), elles consti- Cependant, si une glaçure contient de la céruse en
tuent un fond idéal pour les majoliques. très grande quantité, des craquelures produites par le
Parmi les inconvénients des glaçures au plomb, il retrait du plomb peuvent apparaître su r la glaçure crue
faut citer le danger d'intoxication, dont on a déjà lors du séchage. On peut corriger cet inconvénient en

110
TYPES DE GLAÇURES ET DE COIIVfRTES

remplaçant une partie de la céruse par un peu de fritte, glaçure. Quand il y a des traces de fer dans la glaçure
ou en ajoutant de la gomme à la glaçure. - et c'est ordinairement le cas-, elle peut avoir une
Les glaçures au plomb ne résistent pas à la réduc- couleur bleuâtre. On peut tirer profit de la tendance
tion et doivent être cuites dans une atmosphère très des glaçures à haute teneur en 820 3 à tourner au bleu
aérée. L'oxyde de plomb est facilement réductible en laiteux en ajoutant de petites quantités d'oxydes colo-
plomb. En atmosphère réductnce, il devient gris ou rants tels que le cuivre, le rutile ferrugineux et l'ilmé-
noir, et l'échappement des gaz produit des bulles et nite. La glaçure qui en résulte peut avoir une surface
des cloques. La présence de cloques sur une glaçure au étonnamment variée et d'un intérêt considérable.
plomb est presque toujours un signe de réduction dans Cependant de telles glaçures, très riches en couleurs et
le four. Dans les fours électriques ou dans les fours qui en textures, sont d'un emploi difficile en poterie si l'on
sont réglés pour don ner une atmosphère claire (oxy- ne veut pas nuire trop à la forme de la pièce.
dante), les glaçures au plomb ne cloquent pas. Quand Les glaçures à haute teneur en oxyde borique ont
les fours sont chauffés au bois, au fuel ou au gaz, on a tendance à bouillir pendant la fusion; quand elles ont
l'habitude de protéger les pièces du contact direct de la complètement fondu et se sont reprises, les traces de
flamme par des moufles ou des casettes. Les glaçures ce bouillonnement de la glaçure restent sous forme de
au plomb fritté sont moins sujettes à cloquer que celles taches ou de dessins semblables à ceux de la peau de
composées de matériaux bruts. caïman. Cette texture est favorisée par la présence de
rutile et de zinc. Bien que la limite de la couleur soit très
nette sur une surface horizontale, sur les parois verti-
cales elle est effacée par des coulées.
La glaçure plombeuse borosilicatée est d'un usage
3. Glaçures contenant du bore courant sur la vaisselle. Elle est douce, suffisamment
L'oxyde borique est un fondant puissant et beau- dure, avec une surface brillante et sans défaut. De telles
coup de glaçures dépendent principalement de lui pour glaçures cuisant entre 1135 oc et 1180 oc sont obte-
leur fusion. Il y a peu de sources naturelles d'oxyde nues en combinant des frittes de plomb et d'oxyde
borique qui soient insolubles et, pour cette raison, on borique avec du feldspath, du blanc d'Espagne, du zinc
l'mtroduit d'ordinaire dans la glaçure sous forme de et d'autres matériaux bruts. Dans l'industrie de la vals-
fritte. La colémanite, cependant, qui est insoluble, peut selle, les glaçures sont SOigneusement pulvérisées,
fournir une source de 820 3. Aussi est-elle devenue d'un minutieusement appl iquées et cuites à une température
emploi courant, surtout chez les artisans. précise en atmosphère claire (oxydante ou du moins
On peut faire des glaçures à températures très neutre). On obtient ainsi les surfaces sans bavures exi-
basses avec de l'oxyde borique puisqu'il fond à environ gées par le commerce.
600 °C.
Des combinaisons d'oxyde borique, de soude et de
plomb peuvent donner des glaçures très fluides au
rouge sombre. Les couleurs obtenues dans les glaçures
qui contiennent beaucoup de 820 3 sont vives.
4. Les glaçures « Bristol »
Elles ont tendance à être plus accusées et à donner Ce sont des glaçures cuisant à des températures
ainsi des glaçures colorées plus proches des glaçures moyennes de 11 35 oc à 1190 °C, dont le fondant prin-
alcalines que des glaçures au plomb. Le cu ivre, dans cipal est l'oxyde de zinc. Ce type de glaçures s'est déve-
une glaçure très riche en bore, donne un vert turquoise loppé en Angleterre pour remplacer les glaçures au
brillant, le cobalt un bleu riche et profond. plomb quand la toxicité des composés du plomb à
Le fer cependant donne des couleurs plutôt ternes l'état brut fut jugée dangereuse pour la santé, freinant
et vulgaires, comparées aux teintes brillantes obtenues a1ns1 le développement de l'industrie de la poterie.
dans les glaçures contenant beaucoup de plomb. A ces températures moyennes, il est possible de faire
L'oxyde borique peut donner une opacité laiteuse. des glaçures assez fluides sans plomb, en dosant soi-
Cette opalescence est due aux propriétés optiques de la gneusement l'oxyde de zinc, le blanc d'Espagne et le

,,,
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

feldspath. Les glaçures « Bristol » sont opaques, raides, oxydes de métaux alcalino-terreux fondant plus lente-
moins douces et moins brillantes que les glaçures au ment et par des quantités moindres d'alcalis qui font
plomb. Elles prennent les couleurs typiques des gla- partie du feldspath.
çures à haute teneur en zinc, plutôt pauvres et ternes On peut faire de bonnes couvertes à hautes tem-
avec l'oxyde de fer, mais donnent de beaux verts et de pératures avec des combinaisons simples telles que :
beaux bleus avec le cuivre et le cobalt, et du brun avec
Feldspath 85
le chrome.
Blanc d'Espagne 15
Il faut employer de l'oxyde de zinc calciné pour
éviter un trop grand retrait. le tressaillage et le retire- 100
ment qui peuvent résulter d'une trop grande quantité ou
de zinc brut dans la glaçure. La glaçure « Bristol », à Feldspath 60
cause de sa consistance pl utôt pâteuse et visqueuse à Silice 20
l'état de fusion, est sujette aux picots et aux retire- Blanc d'Espagne 20
ments. Puisqu'on peut maintenant disposer de plomb 100
sous forme de frittes pour faire des glaçures et que,
d'autre part, la glaçure « Bristol » est difficile à manier, Quelques terres à porcelaine ne sont pas loin
elle est, en fait, passée de mode. Cependant elle peut d'avoir la composition d'une couverte et il suffit de leur
être très belle. Elle donne les mei lleurs résultats sur des ajouter environ 2 % de feldspath et 1 % de blanc
terres claires, en couche pl utôt épaisse et colorée. d'Espagne pour les transformer en vraies couvertes. Le
feldspath est l'élément le plus important de la plupart
des couvertes à hautes températures. Il est réellement
par lui-même une couverte, une fritte naturelle qui
combi ne les alcalis nécessaires à la fusion avec l'alu-
5. Couvertes pour porcelaine mine et la silice. Bien que tous les feldspaths fondent à
et grès peu de chose près à la même température, ils sont
assez différents pour ne pas être interchangeables dans
Les glaçures sans plomb cuites à parti r de 1190 oc les couvertes à hautes températures. Par contre, dans
ou 1210 oc peuvent être appelées couvertes pour por- les glaçures à basses températures, on peut parfois
celaine ou pour grès, suivant qu'on les passe sur l'une changer le feldspath sans qu'on puisse déceler la
ou l'autre de ces matières. On considère en général que moindre différence dans le résultat après cuisson.
les glaçures clai res, douces, incolores, contenant Les couvertes à hautes températures qui contien-
comme fondants pri ncipaux du feldspath et de la chaux nent beaucoup d'oxyde de calcium - de 0,5 à 0,7 -
et cuites à partir de 1250 oc sont des couvertes pour sont ordinairement transpa rentes et ont tendance à
porcelaine. être brilla ntes. Elles ont une surface dense, douce,
Elles peuvent avoir une composition relativement dure, ressemblant à du jade, qu'on peut admirer sur la
simple. Le feldspath seul fond vers 1250 oc ou 1260 oc porcelaine.
et ce qui lui manque pour faire une couverte acceptable Dans les couvertes de ce type, une petite addition
peut lui être ajouté en petite quantité. Pour cette rai- de fer donnera de beaux céladons, en réduction, surtout
son, les couvertes à hautes températures ont une si l'on a ajouté du baryum. Le rouge de cuivre peut aussi
composition plus simple que les glaçures à basses tem- s'obtenir dans les couvertes riches en oxyde de calcium,
pératures. Composer une couverte qui fond à 1250 oc surtout s'il y a beaucoup de soude et de potasse.
est plus facile que d'en élaborer une dont le point de Les couvertes à hautes températu res riches en
fusion se situe à 1005 oc. La chaleur travaille pour le magnésie ont quelque peu tendance à l'opacité, avec
potier, faisant fondre de simples mélanges de maté- une surface douce et grasse. Les Chinois comparaient
riaux. Les fondants les plus nerveux et les plus actifs ces couvertes à de la graisse de mouton figée et el les
chimiquement - comme la soude, le plomb, ou faisaient l'admiration de tous sur les vieux grès chinois.
l'oxyde borique - peuvent être remplacés par des La couverte à haute teneur en magnésie est certainement

112
TYPES DE GLAÇURES ET DE COUVERTES

l'une des plus belles. Elle présente cependant quelques grès peuvent avoir la cou leur et la texture de la pierre,
risques de picots dus ~ la grande viscosité de la glaçure et et ainsi refléter les origines « terreuses » de la poterie.
aux risques de surcuisson qui changent l'aspect de la On peut très difficilement imiter les caractères des
couverte en la rendant brillante et transparente. couvertes de grès aux basses températures.
Les couvertes à hautes températures qui contien- Les couleurs brillantes ne sont pas caractéristiques
nent beaucoup d'oxyde de zinc, de 0, 15 à 0,3, peuvent des couvertes à hautes températures, auxquelles
avoir l'aspect du sucre et présenter des zones mates et conviennent mieux les couleurs nuancées et subtiles. le
d'autres brillantes sur la même pièce. la couleur peut cobalt et le cuivre donnent des couleurs vives, mais
être cassée et, si la couverte contient du rutile, le résul- elles n'ont pas le brillant des teintes des glaçures alca-
tat peut être une texture mouvementée. lines à basses températures. A températures plus
Les couvertes contenant beaucoup de zinc sont hautes, le manganèse, le fer et le vanadium offrent des
capricieuses et difficiles à contrôler. En général, les cou- nuances nettement plus atténuées qu'aux plus basses
vertes à hautes températures ont l'avantage d'être très températures.
solides, très durables, de résister aux acides et à la
les couvertes à hautes températures sont pleines
décomposition. Si elles sont composées et cuites conve-
d'attraits pour le potier, en dehors des avantages pra-
nablement, elles sont exemptes de défauts tels que le
tiques que présente la pièce fime. Un de ces attraits
tressaillage ou les irrégularités de surface. En plus de
réside dans la puissance spectaculaire de la chaleur très
ces avantages pratiques, elles plaisent en ra1son de leur
élevée qui fait fondre les minéraux durs. Vers 1 250 oc
surface dure et dense et de leurs couleurs caractéris-
env1ron, la couleur, dans le four, devient jaune brillant,
tiques douces et sourdes.
doré, et cette couleur semble symboliser les transmuta-
Elles semblent faire corps avec la pièce, être en tions des métaux opérées par le feu.
relation plus étroite avec le tesson que ne le sont les
glaçures à basses températures. Dans le cas de la por- En outre, les traditions de la poterie réservent une
celaine, où la composition de la pâte est presque celle place spéCiale aux grès et aux porcelaines, puisqu'ils
d'un verre, le tesson et la couverte peuvent être très représentaient à l'origine une magnifique réussite
semblables et la limite entre les deux est difficile à technique.
déceler même à la cassure. les grès et les porcelaines class1ques de la dynastie
Aux températures plus élevées, il y a plus de réac- Song, en Chine, resteront probablement toujours les
tions entre le tesson et la couverte. Les couvertes de plus grands chefs-d'œuvre de la poterie.

11 3
11. Comment trouver les formules des
glaçures et des couvertes à partir
d'une composition pondérale

une recette pour une glaçure au plomb à basses tem-


1. Trouver des glaçures pératures. Une connaissance élémentaire des glaçures
et des couvertes à partir nous donne quelques informations sur la composition
probable d'une glaçure de ce genre. On sait qu'il faut
de recettes pondérales entre 25 et 60 % de plomb. Il faut aussi de la silice, de
La question se pose maintenant de savoir comment 15 à 30% environ; du blanc d'Espagne ou de la craie,
on élabore les formules des glaçures et des couvertes. à peu près de 5 à 15 %. Il peut être bon aussi d'avoir
et comment on décide des quantités indiquées dans la du feldspath, environ 25%. L'argile qui donne à la
formule. glaçure crue les qualités physiques nécessaires doit
aussi être ajoutée (15% environ).
Ace sujet, on peut déduire quelques données des
tableaux déjà communiqués et des formules limites. En tenant compte des limites générales décrites
Mais il reste à préciser les procédés employés pour ci-dessus, on peut établir une glaçure comme suit :
trouver de nouvelles formules.
Autrefois, les glaçures et les couvertes étaient Céruse 50 (fondant, insolubilité)
découvertes par t~tonnement. Les potiers essayaient Silice 20 (dureté, stabi lité, insolubilité)
simplement différents pourcentages de matériaux Blanc d'Esp. 10 (dureté, insolubilité)
divers, rejetant ceux qui ne convenaient pas et utilisant Feldspath 10 (insolubilité, fondant auxiliai re)
ceux qui donnaient de bons résultats. Nous connaissons Argile 10 (uniformité,
l'histoire de la longue quête de Bernard Palissy à la ralentissement de la fusion)
recherche d'émaux qui pourraient imiter ceux qUI
étaient alors en usage en Italie. Il essayait tous les maté- 100
riaux, espérant découvrir « le secret ». Ala fin du siècle
dern1er encore, l'art des glaçures dépendait entière- Ce mélange serait composé à titre d'hypothèse, en
ment d'expérimentations de ce genre faites à l'aveu- se fondant sur l'expérience et sur une certaine connais-
glette, et l'on avait une compréhension peu scientifique sance des résultats obtenus avec certains matéria ux à
des résultats. une température donnée.
On peut, même aujourd'hui, trouver des glaçures L'étape suivante consisterait à soumettre la gla-
et des couvertes à la manière des potiers de jadis, en çure au feu pour voir comment elle fond. Elle pourrait
essayant divers mélanges de divers matériaux, en les s'avérer trop fluide, pas assez VIsqueuse pour adhérer
testant à la cuisson, en modifiant les mélanges, et en au tesson; dans ce cas, il faudrait diminuer la quant1té
recommençant jusqu'à ce qu'on obtienne des résultats de plomb et la ramener à env1ron 40%, et augmenter
valables. Même avec une connaissance rudimentaire la proportion de feldspath jusqu'à 20%, ou relever le
des matériaux, on peut encore procéder de cette taux d'argile aux dépens du plomb. Si on veut que la
manière. Supposons, par exemple, qu 'on veuille trouver glaçure soit plus fusible, on peut augmenter la quantité

114
COMMENT TIIOUVEII LES FORMULES DES GLAÇURES ET DES COUVERTES À PAIITIR D'UNE COMPOSITION POND~RALE

de plomb et diminuer celles de la silice, de l'argile et du formule, il est facile de créer des glaçures et des cou-
feldspath. vertes de compositions moléculaires connues, et le
Si on cuit un certain nombre de recettes rectifiées contrôle des quantités respectives des oxydes en pré-
et qu'on étudie les résultats, on peut arriver à une sence dans la glaçure rend pl us probable l'obtention du
composition valable. résultat recherché. En se servant de la formule, on peut
De semblables procédés pourraient être utilisés doser chaque oxyde jusq u'à l'obtention de la formule
pou r n'importe quel type de glaçures. On doit, naturel- correspondant à un mélange d'oxydes donné dont on
lement, connaître la composition type des glaçures connaît la température de fusion, et l'on peut alors
pour éviter les erreurs trop grosses, mais, même si les calculer la recette de la glaçure ou de la couverte en
premiers essais sont infructueux, on peut les modifier à quantités de matériaux bruts.
la lumière de quelques principes simples de formulation Les quantités limites des divers oxydes qui peuvent
des glaçures. Si la glaçure est trop sèche et d'apparence être utilisées aux diverses températures dans les diffé-
rugueuse et sous-cuite, il faut pl us de fondant. Si, au rents types de glaçures et de couvertes sont indiquées
contraire, la glaçure est trop fluide, trop douce, et a par les formules limites mentionnées plus haut, ainsi
tendance à couler. il faut augmenter les matériaux les que par les différents tableaux précisant les quantités
plus réfractaires et les moins fondants tels que la si lice, probables des différents oxydes que l'on peut
l'argile, le baryum, la magnésie et le blanc d'Espagne. s'attendre à trouver dans des glaçures et des couvertes
Natu rellement, la composition peut être modifiée pour cuisant à des températures déterminées. Les quantités
être plus opaque, plus transparente, pl us mate ou plus données dans les formules limites sont déterminées
brillante. expérimentalement et n'ont pas d'autre signification
Si on veut créer de nouvelles glaçures à basses que d'indiquer d'une manière générale les tempé-
températures, il est logique de commencer par uti liser ratures de fusion des glaçures et des couvertes qui y
un fondant actif tel que le plomb, la soude ou le bore, correspondent.
et de lui ajouter ce qui est nécessaire. Pour les cou- Comme on l'a fait remarquer, une formule limite
vertes à hautes températures, l'élément de base le peut seulement indiquer grosso modo la composition
mei lleur sera le feldspath, auq uel on ajoutera les maté- des glaçures et des couvertes, puisqu'elles compren-
riaux requis par la température de cuisson et la texture nent un certain nombre de matériaux qui, en réagissant
désirées. les uns sur les autres, créent ainsi un grand nombre
de varia bles. Pour cette raison, il n'est pas possible
de form uler une glaçure ou une couverte sur le papier
en garantissant qu'elle donnera des résultats valables.
Toute nouvelle composition doit être essayée et modi-
2. Emploi de la formule fiée, plutôt pl us que moi ns, avant d'atteindre le résultat
désiré. Da ns ce sens, la composition de nouvelles
moléculaire dans la recherche glaçures et couvertes relève toujours de la recherche
des glaçures et des couvertes expérimentale. Bien que l'utilisation des formu les molé-
culaires augmente les chances de réussite, on ne peut
La méthode des recettes de pourcentages décrite se dispenser des essais nécessaires.
plus haut fonctionne nécessairement tant bien que mal,
pour la bonne raison que, quand nous ajoutons par
exemple 10 % de feldspath, il est bien difficile de savoir
combien d'oxydes nous avons ajoutés avec ce matériau.
Dans la recette, la quantité d'oxydes n'est pas indiquée, 3. Exemple de formulation d'une
et il n'y a pas de moyen logique de comparer les for-
mules ou de faire des modifications en connaissance de
nouvelle glaçure ou couverte
cause, en se référant aux oxydes contenus dans la gla- Pour formuler une nouvelle glaçure ou couverte
çure ou la couverte. Par contre, quand on emploie la intelligemment, il faut savoir à quelle température on

115
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

veut cuire et quel genre de glaçure on veut obtenir. La Moins d'alumine rendrait la glaçure trop fluide;
température est un facteur important pour déterminer plus la rendrait quelque peu opaque. La silice, suivant la
la composition d'une glaçure ou d'une couverte. Et formule limite, doit être comprise entre 1,5 et 3.
comme nous l'avons vu, c'est de la composition de la Puisque nous voulons une glaçure à haute teneur en
glaçure que dépendent les différentes qualités de tex- plomb, une bonne quantité de silice est nécessaire, par
ture, d'opacité et de coloration par les oxydes. Un pro- exemple 2,5 .
blème type peut être, par exemple, celui que pose la La formule s'établit donc comme su it :
réalisation d'un émail transparent au plomb à 1050 oc.
PbO 0,60 AI20 3 0,15 Si02 2,5
Pour élaborer la formule, il faut procéder comme suit.
KNaO 0, 15
La formule limite des glaçures à 1050 oc nous
CaO 0,20
indique que la quantité de plomb doit être comprise
ZnO 0,05
entre 0,3 et 0,8. Compte tenu des limites assez larges
de ce choix, 0,6 peut être considéré comme une quan- 1,00
tité raisonnable. Si l'on voulait une surface rugueuse ou
Après avoir composé la formule de la future gla-
mate, on pourrait en prendre moins. Si l'on prend 0,6
çure, l'étape suivante consiste à transformer cette for-
de plomb, il reste donc 0.4 à trouver pour compléter la
mule unité en recette pondérale de matériaux bruts. On
colonne R20+R0. Puisqu'il est bon de mettre du feld-
peut alors tester une petite quantité de cette recette
spath dans presque toutes les glaçures, on peut ajouter
sur échantillon. Quelquefois, une nouvelle glaçure pos-
0,15 KNaO, ce qui veut dire, soit K20 ou Na 20, soit
sède du premier coup les qualités qu'on désirait, mais
un mélange des deux dans des proportions quel-
le plus souvent il faut en modifier légèrement la com-
conques. Ces alcalis sont en général contenus dans le
position .
feldspath, et c'est sous cette forme qu'ils entrent dans
la glaçure crue, ou sous la forme d'une fritte. Il reste
donc 0,25 à ajouter pour porter le total de la colonne
R20+R0 à 1. En consultant de nouveau la formule
limite, on voit que dans les glaçures de ce genre on 4. Recherche d'une nouvelle glaçure
peut mettre de 0 à 0,3 CaO.
Puisqu'on peut mettre cet oxyde dans toutes les
ou d'une nouvelle couverte basée
glaçures au plomb, fixons notre choix sur 0,2 CaO. sur les propriétés d'un matériau
Après cette addition de CaO, il reste encore 0,05 à
trouver. On a le choix entre l'oxyde de zinc, de baryum,
particulier
ou la magnésie. Dans ce cas, prenons l'oxyde de zinc Il faut noter que, dans l'exemple précédent, quand
qui rend les glaçures claires et douces. La colonne on attribuait une valeur à l'oxyde KNaO, on pensait au
R20+R0 de la glaçure recherchée se présente donc feldspath. De fait, quand on veut écrire la formule
comme suit : d'une nouvelle glaçure, il faut apporter autant de soin
au choix des matériaux bruts qu'à celu i des oxydes, et
PbO 0,60 une nouvelle couverte a communément pour base un
KNaO 0, 15 matériau brut particulier ou une combinaison de maté-
CaO 0,20 riaux bruts. Supposons, par exemple, que nous ayons
ZnO 0,05 observé la fusion relativement lente de la syénite
néphélinique, et que nous voulions l'incorporer dans
1,00 une couverte à 1250 oc en assez grande quantité. La
formule de la syénite néphélinique est :
La formule limite nous montre que, dans ce genre
de glaçure, l'alumine est comprise entre 0,1 et 0,25 . Na20 0,75 1' 1 4,5
Puisque nous voulons une glaçure transparente, nous K20 0,25
pouvons ajouter 0,15 d'alumine. 1,00

116
COMMENT TllOUVEillES FORMULES DES GlAÇUilES ET DES COUVERTESÀ PARTI!! D'UNE COMPOSinON POND~RALE

Cette formule est assez proche de celles qui cor- Après s'être un peu famihansé avec les oxydes
respondent à un pomt de fus1on de 1250 oc, et, en composant les glaçures et les couvertes et leurs quanti-
fait, la syénite néphélinique fond en un verre grossier à tés relatives dans les glaçures et les couvertes types, il
cette température. Cependant, elle est trop riche en n'est pas difficile d'écrire sur le papier des formules de
alumine et en silice pour constituer une bonne couverte glaçures très valables. Les variables, tout compte fait,
à cette température. Les composants alcalins de la sont en nombre limité et une longue expérience a éta-
colonne R20+R0 la feront tressailler sur beaucoup bli les limites générales à l'mtérieur desquelles les pro-
de pâtes. On peut donc décider, pu1sque la plupart portions ont le plus de chances de donner de bons
des glaçures à 1 250 oc contiennent au maximum résultats.
0,5 Al 20 3, que la nouvelle couverte sera faite par moi-
Le céramiste qui veut créer de nouvelles glaçures
tié de syénite néphélinique. En divisant donc la formule
et de nouvelles couvertes, aura remarqué qu 'il garde
de la syénite néphélinique par 2, on obtient :
une grande latitude pour proportionner ses matériaux.
0,375 Si02 2,25 On peut modif1er considérablement les formules des
0,125 glaçures et des couvertes, sans changer radicalement
l'apparence ou l'adhérence de celles-ci une fois cu1tes.
0,500 Par exemple, la quantité de plomb peut être augmen-
tée ou diminuée de 0,2 ou pl us, sans apporter de diffé-
Il faut maintenant la compléter pour avoir une rence appréciable.
formule unité. Puisque, à cette température, on peut
En établissant des formules pour de nouvelles gla-
trouver JUsqu'à 0,7 CaO, on peut aJouter 0,4 CaO.
çures, notre objectif est de portée générale. On s'aper-
Nous pouvons complétrer le 0,1, qui reste avec le MgO
çoit, par exemple, que certaines combma1sons d'oxydes
-du talc - qu1 donnera aussi le complément de silice.
propres à la fabrication des glaçures ont tendance à
La formule s'établit donc comme suit :
fondre plutôt facilement, et qu'un peu plus de ceci ou
0,375 2,382 un peu moins de cela ne modifie guère le résultat. Par
0,125 contre, si on cherche une qualité bien définie dans une
0,400 glaçure ou une couverte, telle qu'un degré particulier
de matité, ou une réaction précise aux oxydes colo-
0,100
rants, un changement mineur dans la formule peut
1,000 avoir un résultat important. C'est pour faire ce genre
de petites modifications que le calcul des glaçures et
La couverte paraît maintenant valable, sauf en ce des couvertes s'avère spécialement utile. Pour les céla-
qui concerne la s1lice qui reste, même après l'addition dons par exemple - étud1és plus loin - , on sait
de talc, en trop faible quantité. En aJoutant 0,618 Si0 2, qu'une petite quant1té de baryum donnera un bleu
on porte la silice à 3,00. La formule de la couverte est fro1d intense ou du vert. Dans la formule d'une telle
donc complète et on peut calculer la recette pondérale glaçure, une augmentation de 0,5 de BaO peut appor-
d'une couverte contenant de la syénite néphélinique, ter un changement important de couleur. De même, le
du blanc d'Espagne, du talc et de la silice. degré exact de brillance de la surface d'une glaçure ou
Dans cet exemple, le procédé a été le suivant : d'une couverte peut être contrôlé par des modifications
1. Partir d'un matériau dont on connaît la formule et le mmimes de la quantité d'un ou deux oxydes.
point de fusion. En admettant que, dans b1en des cas, on puisse se
2. Déoder combien il faut en prendre et écrire la for- fier aux formules existantes et publiées, la recherche de
mule correspondant à la quantité choisie. nouvelles formules de glaçures et de couvertes est pas-
3. Compléter par l'addition d'autres matériaux dont les sionnante et les résultats, bien Interprétés, peuvent être
formules, ajoutées à la précédente, donneront la for- très révélateurs quant au comportement des maténaux
mule unité de la nouvelle glaçure et de la nouvelle céram1ques au feu. On verra que, mathématiquement
couverte. parlant, on peut cho1sir dans une large mesure ses

117
lf.S GLAÇURES ET LES COUVERTES

matériaux et déterminer leurs quantités relatives en somme de ces vanantes est presque infinie. Par consé-
fonction de chaque température de cuisson. quent, le vaste domaine inexploré des nouvelles gla-
çures et couvertes garde de quoi tenter le potier !
Aces nombreuses modifications que le potier peut Le beso1n impérieux d'expérimenter et la grande variété
apporter dans les glaçures et les couvertes de base, il de couleurs et de textures qui peut en découler, ont
faut ajouter le grand nombre de variantes possibles été, pendant des siècles, les garants de l'intérêt et de la
dues aux oxydes colorants et aux agents opacifiants. La vitalité de ce métier.

118
12. Glaçures frittées

tion de prendre les précautions nécessaires. Beaucoup


1. Raisons d'utiliser des frittes de poteries anciennes du Proche-Orient, dont quel-
Une fritte est un verre qui a été fondu, refroidi, ques-unes des plus belles poteries jamais réalisées,
puis réduit en une poud re pouvant entrer comme élé- étaient émaillées avec des mélanges contenant des
ment dans la composition de glaçures ou d'émaux. matériaux très solubles.
Diverses sortes de frittes sont couramment employées Les difficultés inhérentes à l'emploi de matériaux
dans la fabrication des glaçures. solubles dans les glaçures sont les suivantes :
Une des raisons de leur utilisation est l'obtention 1. Certa1ns matériaux, tels que le carbonate de potas-
de précieux oxydes alcalins sous forme insoluble. Il sium et la soude, sont caustiques et attaquent la
existe peu de sources naturelles de B20 3, K20 et Na20. peau au point qu'ils rendent nécessaire le port de
Bien que le sodium et le potassium se trouvent dans le gants de caoutchouc.
feldspath, ils y sont associés avec une telle quantité 2. Ces matériaux se dissolvent dans l'eau de la glaçure.
d'alumine et de silice que leur pouvoir fondant est il faut donc conserver cette eau et ne pas la décanter
minime, surtout dans les glaçures à basse température quand la glaçure se dépose lors du stockage.
de cuisson. B20 2 n'est disponible sous la forme inso- 3. A l'émaillage (par trempage ou autre procédé), une
luble que dans un seul minéral naturel : la colémanite. certaine quantité d'eau pénètre à l'intérieur du tes-
Pour rendre ces oxydes msolubles, ils doivent être son. Si elle contient un corps en solution, il pénètre
frittés, ou fondus ensemble avec d'autres oxydes pour avec elle dans le tesson, quittant la glaçure en la pri-
former un matériau stable, insoluble, qui puisse être vant amsi de certains éléments. D'autre part, ces élé-
utilisé comme n'importe quel autre matériau de gla- ments qui viennent s'ajouter à l'argile du tesson
çure. modifient sa composition et son comportement à la
Une autre raison d'utiliser les frittes est la nature cuisson.
toxique de l'oxyde de plomb. Quand il est fritté
4. Quand la pièce sèche après l'émaillage, une concen-
avec une quantité suffisante d'autres oxydes, il devient
tration de ces maténaux solubles peut se produire
inoffensif; aussi, toutes les fois que c'est possible, il
sur les becs, les anses, les protubérances et perturber
vaut mieux l'employer sous cette forme qu'à l'état la fusion.
naturel.
S. Les glaçures solubles stockées pendant quelque
temps peuvent présenter des grumeaux ou se rem-
plir de cristaux ou de croûtes qu'il est difficile de pul-
vériser ou de mélanger de nouveau à la glaçure.
2. Risques des glaçures solubles 6. Les matériaux solubles se conservent difficilement.
Quelques-uns absorbent l'eau de l'atmosphère,
Puisque la fabrication des frittes requiert un maté- s'agglutinant en masses dures, rendant ainsi leur
riel spécial et, de toute manière, demande du temps, et
pulvérisation et leur mélange difficiles.
que les frittes commercialisées sont relativement
chères, le potier peut être tenté d'employer des maté- La réussite dépend de la manière dont le potier
riaux solubles dans ses glaçures, surtout dans celles qUI surmonte ces difficultés. Par exemple, les matériaux
cuisent à basse température. On peut, il est vrai, bruts peuvent être conservés dans des containers
employer des matériaux solubles avec succès à condi- étanches et les glaçures dans des récipients couverts.

119
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

Le biscuit peut être poussé jusqu'au point de vitrifica- glaçure stable et insoluble. Ces autres oxydes peuvent
tion et, dès lors, il devient imperméable à la glaçure. On comprendre Si02, Al20 3, CaO, ZnO ou MgO.
peut porter un masque et des gants pour se protéger
des éléments toxiques et caustiques. Mais les frittes ont Voici quelques formules types de frittes :
été mises au point pour tourner toutes ces difficultés
PbO 0,94 AI203 0,08 Si02 1,5
et, sauf exception, il vaut mieux s'en servir.
Na20 0,02
L'utilisation des frittes, qui simplifie les opérations
K20 0,04
de préparation et d'émaillage, présente un autre avan- -
tage : la douceur et la régularité de fusion des maté- 1,00
riaux déjà cuits et fondus. Certa ins éléments volatils des Na20 0,38 AI203 0,38 Si02 2,8
frittes ayant déjà été dégagés, ils ne peuvent laisser des CaO 0,62 8203 1,20
traces de boursouflures et d'échappement de gaz à tra-
1,00
vers la glaçure. Ainsi les glaçures frittées sont-elles
moins sujettes au picot. En plus, les glaçures au plomb PbO 0,85 AI203 0,18 Si0 2 2,5
fritté sont moins sujettes à la réduction que celles au Na 20 0,15
plomb brut et elles peuvent être cuites avec plus de 1,00
sécurité dans les fours à gaz.
On peut constater que les alcalis contenus dans
quelques-unes de ces formules sont en plus grandes
quantités que celles que l'on aurait obtenues sans
recourir à des matériaux solubles. La silice et l'alu mine
sont en faible quantité par rapport au groupe de la
3. Méthodes pour préparer les colonne R20+RO. Cette proportion indique évidem-
frittes ment un point de fusion relativement bas.

les frittes sont préparées selon une méthode Le calcul d'une fritte se fait exactement comme
simple, pratiquement identique à celle de la fabrication celui d'une glaçure. Supposons, par exemple, que nous
du verre. Après avoir été pesés, les matériaux sont mis voulions fa ire une fritte ayant la formule suivante :
dans des creusets et chauffés ensemble jusqu'à ce
qu'ils forment une masse liquide en fusion. On retire Na20 0,60 AI203 0,15 Si02 2,5
alors cette pâte portée au rouge et on la plonge dans K20 0,20
l'eau froide ; le refroidissement brusque la fait éclater CaO 0,10
en petits fragments, qui sont ensuite pulvérisés à la 8a0 0,05
finesse requise pour l'emploi. Lorsqu'il cuit des gla- ZnO 0,05
çures, le potier peut préparer de petites quantités de 1,00
fritte en déposant les matériaux dans le four, dans des
Cette formule ne peut être élaborée à partir de
creusets en argile. Après refroidissement, la masse de
matériaux insolubles à cause de la trop grande quantité
verre est démoulée, concassée, puis pulvérisée.
d~ Na 20 par rapport à l'alumine et à la silice (s'il s'agis-
sait d'une glaçure). Cependant, puisqu'il s'agit d'une
fritte, nous pouvons employer des matériaux solubles
et, dans ce cas, nous choisirons comme matéria ux
bruts :
4. Calcul des frittes 1. Carbonate de sodium Na2C03
Les frittes sont composées pour donner en grande 2. Nitre KN03
quantité les oxydes désirés - d'habitude les fondants 3. Blanc d'Espagne CaC03
actifs que sont PbO, K20, Na20 et 820 3 - et pour 4. Carbonate de baryum 8aC03
contenir en outre d'autres oxydes capables de rendre la 5. Oxyde de zinc ZnO

120
GLAÇURES FRm ÉES

6. Argile 2 SiOz, Alz0 3, 2 HzO S. Calcul d'une glaçure


7. Silice Si02
dont la composition comprend
Le calcul est donné ci-dessous et il est identique au une fritte
calcul de glaçures déjà indiqué. En multipliant par les
po1ds équivalents, on obtient la recette de la fritte Pour calculer une fritte faisant partie d'une for-
crue : mule de glaçure, nous procédons exactement comme
pour les autres maténaux.
Na20 0,60 Ah03 0, 15 Si0 2 2,5
Carbonate de sodium 0,60 x 106 = 63,60
K20 0,20
Nitre 0,20 x 202 = 40,40 CaO 0,10
Blanc d'Espagne 0,10 x 100 = 10,00 BaO 0,05
Carbonate de baryum 0,05 x 197 = 9,80 ZnO 0,05
Oxyde de zinc 0,05 x 81 = 4,05 1,00
Arg1le 0, 15 x 258 = 38,70
Silice 2,20 x 60 = 132,00 On peut dire que la formule des frittes ressemble à
celle des feldspaths en ceci que toutes les deux contien-
298,55 nent des oxydes alcalins associés à la silice et à l'alu-
mine. Avant d'introduire une fritte dans le calcul d'une
Les matéria ux sont alors pesés suivant les propor- glaçure, il faut déterminer son poids moléculaire total.
tions indiquées dans la recette et transformés en verre On procède de la même manière que pour un feldspath
par fusion dans des creusets à fritte. Après refroidisse- ou tout autre matériau : on multiplie la quantité molé-
ment et broyage, la fritte est prête à être utilisée culaire de chaque oxyde par son poids moléculaire
comme matériau de glaçure. après cuisson et on fait la somme des résultats.

Minéraux Na20 KzO 1 CaO BaO 1 ZnO Alz03 1 SiOz


1

Carbonate de sodium 0,6 Q.Q


0
1

Nitre 0,2 Q,l 1


1
0 1
Q.1
Blanc d'Espagne 0, 1
1 0 l 1 1

Carbonate de baryum 0,05 Q,OS 1 1


1 1
0
Oxyde de zinc 0,05 1 0.05
1 0
1 1
1

Argile 0,15
1
Q..J2 Q.J_
1 i 0 0
Silice 2,2 1 u
1 0
0,6 0,2 0,1 0,05 0,05 0, 15 2,5
1

121
LES GLAÇURES ET LES COUVERTlS

Avec la fntte donnée en exemple plus haut, nous À cause de la quantité relativement grande de
aurions donc : sodium, il serait d1ffiole de se conformer à la formule
Na20 0,60 x 62 = 37,2 en utilisant des maténaux bruts insolubles, et, dans ce
K20 0,20 x 94 = 18,8 cas, la fritte correspond presque à la glaçure. Le calcul
CaO 0,10 x 56 = 5,6 se fait comme d'habitude, la fritte étant traitée exacte-
BaO 0,05 x 153 = 7,6 ment comme n'importe quel autre matériau brut. Les
ZnO 0,05 x 81 = 4,0 autres matières premières qui composent la glaçure
AI203 0,15 x 102 = 15,3 sont :
Si02 2,50 x 60 = 150,0
1. Orthose ou feldspath potassique 6Si02, Ah03, K20 .
238,5
2. Blanc d'Espagne CaC03 .
qui est la formule pondérale de la fritte après cuisson. 3. Carbonate de baryu m BaC03.
4. Oxyde de zinc ZnO.
Supposons maintenant que nous voulions incorpo- 5. Argile 2S102, AI203, 2H20.
rer cette fritte dans une glaçure dont la formule est
6. Silice Si02.
déjà établie ainsi :
Na20 0,50 Al203 0,25 Si02 2,8 Ces mtnéraux sont reportés dans le tableau.
K20 0,20
CaO 0,20 D'où l'on tire la recette de la glaçure en multipliant
BaO 0,05 les quantités moléculaires par les po1ds moléculaires
ZnO 0,05 des matériaux bruts, c'est-à-d1re, pour la fritte, par le
1,00 po1ds total après cuisson, soit 238,5.

Minéraux Na20 K20 CaO BaO ZnO AI203 Si0 2

l
1

Fritte 0,83 Q,2 1 0,166 0.08 QJM 0.04 O. 124 2.07


0 R 0,034 R 0,12 R 0,01 R0,01 R0,126 R 0,73
Orthose 0,034 1
0.034 1 1 0.034 1 0.20
Feldspath potassique 1
0 R 0,092 R 0,53

Blanc d'Espagne 0, 12 Q.Jl


1
1
0 1

Carbonate de baryum 0,01 0.01


0

Oxyde de z1nc 0,01 l 0.01


0

Argile 0,092 0.092 0,18


1 1
0 R 0,35

Silice 0,35 0.35


1
0

1 0,5 0,2 0,2 0,05 1 0,05 1 0,25 2,8

R : reste à pourvo1r.

122
GLAÇURES FRITTffS

Fritte 0,830 x 238,5 = 197,5 en utilisant des glaçures composées, pour une très
Feldspath potassique 0,034 x 556,0 = 18,9 large part, de frittes commercialisées, auxquelles on
Blanc d'Espagne 0,120 x 100,0 = 12,0 aura ajouté un peu d'argile, de blanc d'Espagne, de
Oxyde de zinc 0,010 x 81,0 = 0,8 s1lice et de feldspath. On peut mettre au point de
Carbonate de baryum 0,010 x 197,0 = 1,9 bonnes glaçures de ce type en faisant un minimum
Argile 0,092 x 258,0 = 23,7 d'essais très simples. Par exemple, n'importe quelle
Silice 0,3 50 x 60,0 = 21,0 fritte vendue dans le commerce peut être mélangée
275,8 avec des pourcentages croissants d'argile et de silice. à
partir de 5 % de chaque substance, JUSqu'à ce que l'on
atteigne le degré de fluidité voulu pour une tempéra-
ture donnée. La glaçure obtenue de cette manière peut
6. L'emploi d'une fritte comme être modifiée par la suite par petites additions de blanc
d'Espagne. d'éta1n ou d'oxyde de z1nc.
glaçure On peut aussi mélanger deux de ces frittes com-
En fait, une fritte est une glaçure préfondue et, meroalisées et y aJouter de pet1tes quantités d'argile,
aux températures très basses. les frittes peuvent être de silice ou de blanc d'Espagne. Ces glaçures à double
utilisées seules comme glaçures sans aucune addition. fntte peuvent avoir une formule très complexe et, à
S1 l'on n'aJoute pas d'argile, on peut avoir du mal à gar- cause du grand nombre d'oxydes qu'elles contiennent,
der la fritte en suspension dans l'eau au moment de commencer à fondre à très basses températures, très
l'émaillage. lentement, et rester longtemps à l'état pâteux.
Pour les températures supérieures à 1005 oc. la Quelques fabricants donnent la formule molé-
plupart des frittes disponibles sur le marché se révèlent culaire de leurs frittes à leur clientèle. Cela permet au
trop fluides et coulent trop pour pouvo1r être potier de les calculer comme n'importe quel autre
employées seules comme glaçures. Cependant, dans les matériau brut. Dans le cas contraire, l'emploi des frittes
basses températures, on peut faire du très bon travail doit être entièrement déterminé par l'expérimentation.

123
13. Textures des glaçures
et des couvertes

1. Transparence et opacité rendre la glaçure trouble ou opalescente . Ici, l'effet est


analogue à celui que provoque la présence de bulles de
Jusqu'ici, nous avons considéré les glaçures et les savon dans l'eau : l'opacité n'est pas due à l'addition
couvertes comme du verre transparent, sans couleur. de particules solides. Les bulles sont généralement cau-
Cependant elles peuvent offnr une grande variété de sées par le dégagement des gaz produits par les maté-
textures et de teintes, et le céram1ste doit connaître les naux volatils de la glaçure. D'ordmaire, la montée en
matériaux et les manières de cuire qui déterminent ces température achève la réaction et la glaçure et la cou-
milliers de textures et de couleurs possibles. Nous allons verte deviennent transparentes.
d'abord étudier les textures, et ensuite les couleurs. L'opalescence et par suite l'opacité des glaçures et
Quelques glaçures sont transparentes; nous pou- des couvertes peuvent aussi être dues à des mélanges
vons alors voir à travers elles l'argile du tesson ou de verres ayant des indices de réfraction différents. Le
l'engobe. phénomène est fréquent dans les glaçures contenant
D'autres sont opaques et ont l'aspect d'un verre beaucoup de B20 3. El les peuvent avoir une texture lai-
dépoli cachant ce qu'il y a dessous. L'opacité peut être teuse bleu pâle. Dans ce cas, la glaçure a la propriété
due soit à la nature de la glaçure ou de la couverte, soit de dévier les rayons lumineux qui la traversent et cela la
à la présence d'agents opacifiants. rend opaque.
La transparence peut être considérée comme nor- Une autre cause d'opacité est due au phénomène
male pour une glaçure ou une couverte; en effet, si de dévitrification, c'est-à-dire à la formation de cristaux
une glaçure ou une couverte est cuite à maturité, et si dans la glaçure pendant le refroidissement, lors du pas-
tous les oxydes qui la composent ont été complètement sage de l'état liquide à l'état solide. Les cristaux disper-
fondus, elles est normalement claire et transparente. sés dans l'épaisseur de la glaçure ou de la couverte ou
Beaucoup de glaçures ou de couvertes, cependant, à leur surface les rendent opaques. Ces cristaux peu-
bien que ne contenant pas d'agents opacifiants comme vent apparaître lors du refroidissement pour différentes
tels, sont troubles et opaques. Les glaçures ou les cou- raisons : quantité excessive de silice dans la glaçure et
vertes sous-cuites, par exemple, sont opaques faute la couverte, présence de rutile ou de zinc dans les gla-
d'avoir subi une fusion complète. çures à faible teneur en alum1ne, excès ou saturation de
Quand la cuisson est arrêtée avant la fusion com- certains oxydes colorants (oxyde de fer ou de cuivre).
plète de la glaçure ou de la couverte, quelques maté- Normalement, l'alumine empêche la formation de cris-
riaux non fondus peuvent rester en suspension dans taux dans les glaçures et les couvertes.
l'émail. Ces particules non fondues peuvent troubler Si la quantité de certains oxydes dans une glaçure
l'émail comme les impuretés ajoutées à de l'eau peu- ou une couverte est excessive pour une température
vent en fai re un liquide boueux. Les glaçures et les cou- donnée, il peut en résulter de l'opacité. Une quantité
vertes qui sont opaques à cause d'un manque de cuis- d'oxyde de zinc, de baryum, de calc1um, de magnésium
son deviennent d'ordinaire claires et transparentes si la ou d'aluminium supérieure à la normale trouble la gla-
cuisson est poussée jusqu'à la fus1on complète. çure et la couverte.
Les bulles emprisonnées dans la glaçure ou la cou- Les glaçures et les couvertes dont l'opacité est due
verte sont une autre cause d'opacité. Elles peuvent à la sous-cuisson, à l'opalescence, à la dévitrification,

124
TEXTURES DES GlAÇURES ET DES COUVERTES

ou à l'excès d'oxydes, peuvent devenir claires, transpa- glaçures et couvertes contenant du chrome et dans les-
rentes si la température est portée à un degré suffisant. quelles l'oxyde d'étain fera1t apparaître des teintes
Cela prouve que, SI l'on veut obtenir une glaçure ou roses ou brunes indésirables.
une couverte opaque par les moyens décrits plus haut, Des travaux récents indiquent que l'oxyde de
il faut s'attendre à des échecs et que la méthode la plus titane pur a les propriétés courantes des opacifiants.
sûre reste d'ajouter un opacifiant. Il y a deux opaci- Les glaçures et les couvertes semi-opaques sont
fiants d'un emploi courant : l'oxyde d'étain et l'oxyde celles qui laissent deviner ce qu'il y a dessous, comme
de zirconium. Ces deux matériaux se dissolvent diffici- le fera1t du verre teinté. Elles comptent parmi les plus
lement dans l'émail, c'est-à-dire qu'ils ne fondent pas belles glaçures et couvertes. Elles laissent voir les
facilement et restent en suspension dans la glaçure ou
engobes ou les argiles qu 'elles recouvrent en les mas-
la couverte refroidie sous la forme de minuscu les parti-
quant suffisamment pour exciter la curiosité. Malheu-
cules. Ces particules non fondues, en suspension, reusement, elles sont très difficiles à contrôler et, pour
rendent la glaçure blanche ou opaque. L'oxyde de cette raison, bien qu'elles soient très à la mode chez les
zirconium et l'oxyde d'étain sont ajoutés à une glaçure artisans potiers, elles sont très peu employées dans
de base qui, par elle-même, est essentiellement claire et l'industrie. On peut faire une glaçure ou une couverte
transparente. semi-opaque en aJoutant juste assez d'opacifiant pour
Dans beaucoup de cas, l'oxyde d'étain est l'opaci- embuer la glaçure ou la couverte sans la rendre com-
fiant préféré. Son utilisation dans les glaçures et les plètement opaque. Pour les glaçures semi-opaques,
couvertes, découverte au Proche-Orient il y a plus de l'épaisseur de la couche et la température de cuisson
mille ans, constitue un grand progrès dans l'histoire de sont des facteurs très 1mportants. Si la glaçure ou la
la poterie, car elle a rendu possibles les glaçures et les couverte est appliquée en couche un peu trop épaisse,
couvertes blanches. L'oxyde d'étain donne aux glaçures elle peut être opaque; en couche un peu trop mince,
une texture douce et agréable et il rehausse les cou- elle peut être transparente. De même, si une glaçure ou
leurs provenant de la plupart des oxydes. une couverte semi-opaque est légèrement surcuite, elle
Les glaçures stannifères sont celles de beaucoup peut s'éclaircir et devenir trop transparente ; si elle est
de pièces de Perse, d'Espagne, d'Europe méridionale et légèrement sous-cuite, elle peut être trop opaque.
des poteries rustiques d'Europe centrale. La glaçure
Les glaçures et les couvertes semi-opaques peu-
blanche, opaque, que l'on peut obtenir par addition
vent devoir leur opacité à l'une des causes décrites
d'oxyde d'étain aux glaçures au plomb, constitue un
ci-dessus. Dans bien des cas cependant, l'effet obtenu
fond idéal pour les majoliques. A peu près 5 o/o d'étain
dépend trop exclusivement du degré exact de tempéra-
rendent la plupart des glaçures opaques. Une petite
ture pour être d'un emploi pratique. Par conséquent, le
quantité, de 1 à 3 %, les rend semi-opaques et
moyen le pl us commode reste d'ajouter de petites
troubles.
quantités d'oxyde d'étain ou de zirconium à une gla-
L'oxyde de zirconium provoque aussi l'opacité des çure ou à une couverte de base transparente et claire
glaçures et peut remplacer l'oxyde d'étain. On par nature.
l'emploie sous la forme de silicate de zirconium, un peu
de silice étant combiné avec de l'oxyde de zirconium.
Pour obtenir le même degré d'opacité, il faut plus
d'oxyde de zirconium que d'oxyde d'étain. Apeu près
7% d'oxyde de zirconium rendent la plupart des gla-
çures opaques et 12 % environ donnent des glaçures 2. Glaçures et couvertes brillantes,
blanches. On peut choisir l'oxyde de zirconium comme sa ti nées et mates
agent opaCifiant, car il est moins cher que l'oxyde
d'étain. Cependant il peut donner à la glaçure une La surface des glaçures et des couvertes peut être
texture quelque peu rugueuse et ne pas faire ressortir plus ou moins brillante, réfléchissante, ou luisante. Une
certaines couleurs aussi bien que l'oxyde d'étain. On glaçure dont la surface est terne, sans brillance ni lui-
emploie aussi l'oxyde de zirconium dans certaines sant, est dite « mate ».

125
LES GLAÇU~ES ET LES (QIJV~Rm

Les glaçures ou les couvertes complètement fon- les glaçures riches en 820 3, puisque ce dernier et
dues ont normalement une surface brillante et luisante, l'oxyde de baryum forment un mélange eutectique
car, en fondant, elles s'étalent et se nivellent en une donnant une glaçure fluide.
surface extrêmement lisse. Le poli de surface est l'un Les glaçures et les couvertes mates, bien qu'elles
des caractères spécifiques des glaçures et des cou- soient très attrayantes, ont quelques désavantages spé-
vertes. Une telle surface est saine, facile à nettoyer et cifiques. Elles sont difficiles à nettoyer ; sur la vaisselle
ne retient pas les saletés et les microbes dans des de table, elles produisent un grincement désagréable
fentes et des fissures. au contact de l'argenterie. Pour cette raison, on préfère
Si une glaçure ou une couverte n'est pas complè- recouvrir la vaisselle de table de glaçures ou de cou-
tement fondue au feu, ou si sa viscosité est encore trop vertes lisses et brillantes. Les émaux mats sont souvent
forte au point le plus chaud de la cuisson, sa surface très beaux et leurs surfaces douces, sans reflets ni
peut être légèrement rugueuse et, par conséquent, plus brillance, mettent en valeur la forme des pièces.
ou moins mate. D'ordinaire les glaçures et les couvertes La matité et l'opacité vont de pair. En effet. une
sous-cuites sont aussi bien mates qu'opaques. La for- couverte ou glaçure mate est aussi opaque, car les irré-
mation de cristaux à la surface d'une glaçure ou d'une gularités de la su rface qui provoquent la matité suppri -
couverte peut aussi causer la matité. Quelques-unes ment la transparence. Réal iser une glaçure ou une cou-
des plus belles glaçures et couvertes mates sont faites verte légèrement mate, mais assez transparente pour
ainsi. Un refroidissement lent favorise naturellement la laisser voir l'argile ou l'engobe au-dessous, serait une
matité, surtout celle qui est due à la présence de cris- prouesse technique. De tels effets sont difficiles à obte-
taux dans la glaçure ou dans la couverte. De tels émaux nir; on en approche en appliquant des glaçures et des
sont dits « cryptocristallins » pour les distinguer des couvertes semi-opaques en couches minces. L'addition
glaçures qui ont des cristaux assez grands pour être d'oxyde de calcium peut ternir la surface de la glaçure
visibles. sans beaucoup affecter sa transparence.
L'addition d'argile aux émaux provoque la matité
En résumé, la matité peut être obtenue par :
en rendant ces glaçures plus réfractaires, donc sous-
cuites aux températures initialement prévues. De même 1. La sous-cuisson.
le bla nc d'Espagne rendra mate une glaçure ou une 2. L'augmentation de la quantité d'alumine.
couverte brillante. 3. L'augmentation de la quantité d'oxyde de calcium
Un excès de 0,2 d'oxyde de baryu m rendra la plu- ou de magnés1e.
part des glaçures mates. Le baryum donne une matité 4. L'augmentation de la quantité de silice jusqu'à
particulièrement douce et d'apparence givrée, agréable l'apparition de la dévitrification lors du refroidisse-
au toucher. Les glaçures au plomb rendues mates par ment.
l'oxyde de baryum sont parmi les glaçures préférées des 5. L'addition d'à peu près 0,2 d'oxyde de baryum à une
potiers d'art. Le baryum ne donne pas de matité dans glaçure transparente.

Surface brillan te de la porcelaine. Surface satinée du grès. Surface mate de la faïence.

126
TEXTURES DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

2 3 4

5 6 7 8

9 11 12

1. Glaçure brillante au sélénium superposée par une glaçure mate.


2. Glaçure brillante au sélénium superposée par une glaçure satinée.
3. Couverte satinée, écriture en glaçure brillante.
4 et 5. Couverte brillante superposée par une couverte ca/co-magnésienne.
6. Couverte satinée, superposition couverte noire brillante et grattage.
7. Couverte chrome et étain superposée par une glaçure satinée.
8. Couverte céladon superposée par une couverte satinée et grattée.
9. Couverte satinée plus rutile superposée par une couverte brillante avec 10 % de fer rouge.
10. Couverte noire superposée par une couverte blanche en relief.
11. Couverte brillante noire superposée par une couverte opacifiée au titane.
12. Couverte noire brillante, utilisation d'un cache et pulvérisation d'une couverte satinée.

127
14. Sources des couleurs
dans les glaçures et les couvertes

proche de celle de l'oxyde lui-même. Le chrome, avec


1. Théorie des couleurs dans les son vert, est une exception. La couleur est quelquefois
glaçures et les couvertes cel le de l'ion du métal dans une solution aqueuse de
ses sels, excepté pour le cobalt dont les sels sont roses
Les glaçures et les couvertes appliquées sur les en solution aqueuse. Il semble que le véhicule, ou le
poteries leur donnent non seulement une surface
solvant, influence fortement la couleur des ions. Cela
imperméable, saine et facilement lavable, mais encore
expliquerait la variété des teintes et même des couleurs,
des couleurs dont l'éventail est particulièrement large quand le même élément se trouve dans un silicate
et qui ont des qualités de variété, de profondeur, de fondu avec différents éléments modificateurs d'une
luminosité et de durabilité. glaçure ou d'une couverte.
La couleur dans les glaçures et les couvertes peut Bien qu'on emploie un petit nombre d'oxydes
être due à celle de l'argi le, de l'engobe, ou à des cou- pour colorer les glaçures et les couvertes, les variables
leu rs passées sous les glaçures et visibles à travers elles. dans la composition des glaçures, la quantité d'oxyde
Cependant. les glaçures et couvertes colorées par des colorant, l'application, les différentes manières de
oxydes métalliques dissous en elles sont les plus cou- conduire la cuisson sont nombreuses et, en pratique, le
rantes et les plus caractéristiques des glaçures colorées. nombre des couleurs possibles est presque infini. C'est
Il existe aussi des glaçures et des couvertes colorées par cette grande diversité qui rend si fascinante l'étude des
application de couches vitreuses sur leur surface, glaçures.
comme les émaux sur glaçure et les lustres. On étudiera d'abord les oxydes colorants; ensu ite,
Les peintures sur porcelaine ou les décors habi- comment les mélanger et les combiner pour obtenir les
tuels de la vaisselle de table sont faits de couleurs cuites couleurs désirées.
sur la surface de la glaçure ou de la couverte.
Quelques oxydes métalliques- comme les oxydes
de fer, de cuivre, de manganèse et de cobalt - sont
aisément solubles dans le verre et lui donnent alors une
couleur caractéristique. La dissolution peut être par-
faite, et l'effet dans la glaçure ou la couverte peut être 2. Oxyde de fer
comparé à celu i d'une teinture dans l'eau. FeO p.m. : 71,8
La cou leur d'un corps transparent est le résultat Fe203 p.m. : 159,4
d'absorptions sélectives de certaines longueurs d'onde
Fe304 p.m. : 231
ou bandes du spectre de la lumière blanche. Quelques
bandes sont absorbées plus que d'autres; la couleur L'oxyde de fer est peut-être le plus important des
que nous voyons (dans la glaçure ou dans la couverte) oxydes colorants. Il se trouve dans la plupart des
est la couleur d'une ou de plusieurs bandes les moins roches. La terre en contient un pourcentage élevé et,
absorbées. comme nous l'avons vu, presque toutes les argiles cui-
La couleur attribuée à une glaçure ou à une cou- sent assez foncé à cause de la présence d'oxyde de fer.
verte par un oxyde métallique déterminé est rarement Même si leur couleur après cuisson est pâle, elles

128
SOURCES DES COULEURS DANS LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

contiennent cependant des traces d'oxyde de fer. Les La blancheur a acquis sans aucun doute une valeur
bruns caractéristiques, les ocres, les jaunes et les gris de prestigieuse, parce qu'elle est difficile à obtenir et
la plupart des roches, des sables et des sols sont dus à qu'elle est liée aux plus belles pièces de l'Orient et aux
l'oxyde de fer présent dans ces éléments terrestres. précieuses porcelaines anciennes.
Les glaçures et les couvertes transparentes, posées Les usines produ isant de la céramique blanche doi-
sur l'argi le contenant du fer à l'état d'oxyde, révèlent vent être équipées pour empêcher toute contamination
des couleurs cuir, brun, brun rougeâtre ou jaune. La par des poussières de fer. Les broyeurs sont revêtus
grande variété de ces tons dépend de la quantité intérieurement d'éléments de porcelaine et des filtres
d'oxyde de fer contenue dans l'argile, du type de gla- magnétiques enlèvent les plus grosses particules de fer
çure, de l'atmosphère et du degré de cuisson. Même si pouvant se trouver dans les argiles ou les bains. L'arti-
les potiers devaient se contenter de ces couleurs, ils san potier, cependant, a tendance à accepter le fer
disposeraient d'une gamme étendue de couleurs dans ses matériaux et à en tirer des effets variés qui
subtiles et variées. Les argiles non cuites à maturité, rappellent parfois la nature minérale de la poterie.
recouvertes de glaçures transparentes, sont brunes, L'oxyde de fer dissous dans les glaçures et les cou-
brun-rougeâtre, saumon, ocre ou rose jaunâtre. vertes produit une grande gamme de couleurs et, si
Avec une glaçure contenant beaucoup de plomb, les potiers disposaient seulement d'oxyde de fer pour
les tonalités de l'argile seront plus chaudes, alors que colorer les glaçures, ils pourraient faire des pièces de
les glaçures alcalines donneront des nuances de brun- cou leurs très différentes. En fait, les potiers chinois
rouge et de jaune plus bri llantes mais plus froides. de l'époque classique de la dynastie Song ne pouvaient
guère utiliser que l'oxyde de fer comme colorant. La
Les argiles ne contenant qu'un peu d'oxyde de
gamme relativement grande des couleurs dues au fer pro-
fer paraîtront chamois, crème ou jaunes sous des gla-
vient de sa bonne solubilité dans le verre, de sa capa-
çures transparentes. Celles qui contiennent beaucoup
cité à se transformer dans la composition de la glaçure
d'oxyde de fer seront brun-rouge foncé ou chocolat.
et de sa sensibilité à l'atmosphère du four.
Dans les températures moyennes, de 1095 oc à Le fer est d'habitude ajouté aux glaçures sous
1180 °C, les argiles contenant une quantité appré- forme d'oxyde ferrique, Fe2Ü3, dont le nom de minéral
ciable d'oxyde de fer peuvent être amenées à maturité est« hématite». À cause de sa couleur dense, forte, on
et cuites dures. Sous des glaçures claires, elles présen- l'appelle souvent« oxyde de fer rouge». C'est la forme
tent des tons plus gris et plus atténués que les argiles stable du fer. Quelle que soit la forme sous laquelle le
cuisant à plus basse température. fer est mis au four, dans les glaçures, les couvertes ou
A 11 80 oc et au-dessus, les couleurs seront encore dans l'argile, une cuisson oxydante le transforme large-
plus atténuées. Dans de telles argiles, l'oxyde de fer ment en Fe203. L'oxyde ferreux ou oxyde de fer noir,
donne des bruns ou des gris très adoucis. Une cuisson Fe304, peut aussi être employé pour colorer une gla-
réductrice, comme nous le verrons plus loin, produit çure et, dans bien des cas, il donne les mêmes résultats
encore une autre gamme de couleurs. que l'oxyde ferrique rouge. Comme on peut le voir
Dans l'industrie de la vaisselle de table, l'oxyde de d'après la formule, il a une plus forte proportion de fer
fer est considéré la plupart du temps comme une impu- par rapport à l'oxygène que l'oxyde ferrique et, pour
reté, et on se donne beaucoup de peine pour éviter cette raison, il peut donner à quantités égales des cou-
toute pollution des glaçures et des argiles par l'oxyde leurs un peu plus sombres.
de fer. Beaucoup de céramiques commerciales, y com- L'oxyde ferrique a des particules plus petites
pris la vaisselle de table et les appareils sanitaires, sont que l'oxyde ferreux et c'est pour cela qu'on préfère
traditionnellement blanches, et les taches produites par l'employer toutes les fois que l'on veut une meilleure
des traces d'oxyde de fer sont considérées comme de dispersion dans la glaçure.
graves défauts. Des générations de céramistes ont Puisque les argiles rouges communes contiennent
passé leur vie à perfectionner la blancheur et la pureté jusqu'à 8% de fer, on peut en ajouter aux glaçures
de la porcelaine - prouesse accomplie en Chine il y a comme source d'oxyde de fer. L'argile est mentionnée
plus de mille ans. dans beaucoup de recettes de glaçures et, si l'on

129
LB GLAÇURES fT lES COUVERTES

emploie de l'argile rouge, on peut s'attendre à ce que fondant actif da ns les glaçures, et même une petite
la glaçure soit colorée comme si on avait ajouté un peu quantité suffit à rendre une glaçure plus fluide. Quel-
de fer. quefOIS une glaçure assez mate dev1endra brillante par
Quand on veut obtenir des effets de rugosité, de addition de 2 à 3% d'oxyde de fer.
taches ou de granulé, l'oxyde de fer peut être ajouté à Si on met beaucoup d'oxyde de fer dans une gla-
la glaçure sous forme de martite - un oxyde de fer çure ou une couverte, il a tendance à se cristalliser lors
impur - ou sous forme d'argile rouge ferrugineuse, du refroidissement.
de barbotine, de raclures de rouille ou de scories noires Avec des glaçures contenant beaucoup de plomb,
broyées. Quelques argiles naturelles sont chargées de ces cnstaux de fer peuvent être brillamment colorés en
fer, de manganèse et d'autres oxydes métalliques et jaune et en rouge. Les glaçures appelées « aventu-
peuvent servir à colorer des engobes, des pâtes ou des rines » sont réalisées suivant ce procédé.
glaçures. Employés sous des glaçures ou sous des cou- Le fer est très employé pour modifier les couleurs
vertes à haute température. l'oxyde de fer et les autres provenant des autres oxydes. Par exemple. les glaçures
oxydes métalliques ressortent et colorent les glaçures colorées en jaune. bleu ou vert par addition d'oxyde de
en brun, en marron ou en gris. vanadium, de cobalt ou de cuivre peuvent être assom-
L'oxyde de fer donne des tons chauds dans les gla- bries et rendues plus profondes et plus délicates par
çures, depuis le jaune paille et le marron pâle jusqu'au addition d'une petite quantité d'oxyde de fer.
brun ou au noir. 1 % d'oxyde de fer suffit à teinter fai- En plus de cette possibilité de donner toute une
blement une glaçure. 3 % donnent une teinte palette de couleurs chaudes. l'oxyde de fer est aussi
moyenne; 5% des tons soutenus et plus de 7 % des employé pour produire les couvertes spéciales, quel-
bruns foncés ou du noir. quefois très belles, appelées céladons, glaçures saturées
Dans les glaçures au plomb, l'oxyde de fer donne de fer et temmoku. Elles sont décrttes dans un chap1tre
des tonalités chaudes : brun, jaune, ambre, brun-rouge spéetal.
ou acajou foncé . Dans les glaçures plombifères à basse
température, 2 à 5% d'oxyde de fer donneront des
tons ambre plutôt brillants. Aux hautes températures,
de 1110 oc à 1180 oc. quand les glaçures contiennent
moins de plomb, les couleurs produites seront plus 3. Oxyde de cuivre
atténuées. CuC03 p.m.: 123,5
Dans une glaçure à haute teneur en plomb conte- CuO p.m.: 79,5
nant aussi de l'oxyde d'étain, l'oxyde de fer donnera
une couleur crème marbrée, avec des zones brun-rouge Depuis l'Antiquité, l'oxyde de cuivre a été employé
aux endroits où la glaçure est mince, comme sur les pour donner les bleus et les verts dans les glaçures.
bords des pots par exemple. De telles glaçures peuvent Quelques-unes des plus anciennes pièces de pote-
être très belles, surtout sur les surfaces travaillées. rie vernissée d'Ëgypte, environ 3000 ans avant J.-C.,
Dans les glaçures alcalines, l'oxyde de fer donne ont des glaçures alcalines colorées en bleu avec de
des nuances plus froides de marron, de brun et de l'oxyde de cuivre.
jaune. Le carbonate de cuivre, source la pl us commune
Dans les glaçures contena nt de l'oxyde de zinc, les de l'oxyde de cuivre, est une poudre vert clair, très fine,
couleurs obtenues seront plutôt tristes et ternes. dont la formule est CuC03. On emploie parfois l'oxyde
En général. les glaçures de base nches en plomb et de cuivre noir; son grain est quelque peu plus gros et,
dépourvues d'oxyde de zinc donnent les plus belles comme nous le voyons d'après sa formule, CuO, il
couleurs avec l'oxyde de fer. contient plus de cuivre par unité de poids que le carbo-
Si on ajoute plus de 7% d'oxyde de fer à la plu- nate de cuivre.
part des glaçures, on obt1ent un brun sombre ou du L'oxyde de cuivre se dissout très bien dans les gla-
noir. Ces noirs peuvent être très brillants et presque çures et les couvertes. Il se mélange intimement avec la
aussi réfléchissants qu'un miroir. L'oxyde de fer est un glaçure pâteuse durant la cuisson, même s'il n'a pas été

130
SOUil<ES DES COULEURS DANS LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

bien broyé dans l'émail cru. l'oxyde de cuivre, comme


l'oxyde de fer, est un fondant actif, et son addition
4. Oxyde de cobalt
peut rendre une glaçure et une couverte notablement CoC03 p.m.: 118,9
plus fluides et brillantes en surface.
Co304 p.m. : 241
1 % d'oxyde de cuivre teintera légèrement la plu-
part des glaçures et des couvertes et 2 à 3 % donne-
L'oxyde de cobalt est le colorant le plus stable et le
ront une couleur vive. Au-dessus de 5 %, la surface
plus sOr. Il donne le même ton de bleu dans presque
devient sombre ou métallique, de couleur verte ou
toutes les glaçures et les couvertes et quel que soit le
noire.
mode de cuisson. Il est le plus souvent utilisé sous la
Avec une glaçure ou une couverte fortement alca-
forme de carbonate de cobalt, une fine poudre pourpre
line, l'oxyde de cuivre donnera cette belle couleur bleue
de formule CoC03, ou d'oxyde de cobalt noir, Co304.
ou turquoise qui nous fait penser aux poteries égyp-
On préfère le carbonate à cause de la finesse de ses
tiennes et perses. Le bleu est avantagé par une petite
grains.
quantité, voire par l'absence d'alumine, et, si on veut
des tons Intenses, il faut beaucoup de soude ou de l'oxyde de cobalt est, de tous les oxydes, celui qui
potasse. A peu près 2% d'oxyde de cuivre ajoutés à a le pouvo1r de coloration le plus fort. 0,25% suffisent
une glaçure alcaline donneront une couleur intense. pour donner à une glaçure et à une couverte un bleu
Les glaçures bleu de cuivre peuvent être opaques. moyen; 0,5% un bleu v1f. et 1% donne d'habitude un
Si elles sont transparentes, une pâte ou un engobe bleu foncé. Au-dessus de 1 %, la teinte vire au bleu
cla1rs refléteront au maximum la lumière passant à tra- noir dense ou au no1r.
vers elles. les glaçures et les couvertes très alcalines Dans les glaçures et les couvertes alcalines, l'oxyde
tressaillent d'habitude sur n'Importe quelle argile ordi- de cobalt donne un bleu extrêmement brillant. les
naire, mais ce défaut est mimme en comparaison des autres types de glaçures et de couvertes colorées avec
teintes magnifiques du bleu de cuivre. de l'oxyde de cobalt ont des couleurs un peu moins
Dans les glaçures au plomb, l'oxyde de cuivre intenses. Avec 0,2 de magnésie ou davantage dans une
donne des verts variés, doux, chauds, semblables aux glaçure, le cobalt donne du bleu-pourpre. Dans les cou-
verts des plantes. vertes cuisant à 1250 oc ou plus, les combinaisons
l'addition de petites quantités d'autres oxydes de magnésie et d'oxyde de cobalt provoquent des
colorants. tels que l'oxyde de vanadium, le ruti le. effets de marbrure, caractérisés par des taches ou des
l'oxyde de fer ou de nickel, peut encore améliorer les points rouges, roses et pourpres. les couleurs de ce
nuances du vert. genre sont très difficiles à contrôler et à reproduire,
Dans les glaçures ayant largement recours au bore car les limites de leur température de cuisson sont
comme fondant - glaçures à la colémanite, par étroites et elles sont très sensibles aux variations
exemple -. l'addition d'oxyde de cuivre produit des d'atmosphère.
tons turquo1se verdâtre. Bien que ces glaçures puissent
manquer du brillant des glaçures alcalines bleu de les couleurs provenant de l'oxyde de cobalt dans
cu1vre. elles peuvent avoir des couleurs très profondes les glaçures et les couvertes sont si fones, si accentuées
et très belles, spécialement quand elles sont opaques. et si uniformes dans leurs nuances que beaucoup de
potiers s'en lassent et s'en désintéressent. Il est certain
Quand on ajoute de l'oxyde de cuivre à une glaçure ou
à une couverte de base très riche en baryum, on peut que l'oxyde de cobalt seul produit une couleur dure.
obtenir des bleus ou des bleu-vert extraordinaires. Mais ce bleu peut être amélioré et nuancé par l'addi-
tion d'autres oxydes colorants, tels que le fer, le rutile,
l 'oxyde de cuivre commence à se volatiliser à par-
le manganèse et le nickel.
tir de 1225 oc. Il s'échappe de la couverte sous forme
de vapeur qu1 peut influencer la couleur des couvertes Les glaçures et les couvertes contenant de l'oxyde
des autres pièces de la fournée. En réduction, il donne de cobalt doivent être très bien broyées pour éviter
le fameux rouge de cuivre. ou sang-de-bœuf, dont il les mouchetures et les taches dans la glaçure ou la
sera parlé plus loin. couverte cuite.

131
lES GlAÇURES ET lES COUVERTES

S. Oxyde de chrome Quand de l'oxyde de chrome et de l'oxyde de


cobalt sont ajoutés ensemble à une glaçure, spéciale-
Cr203 p.m. : 152 ment à une glaçure du genre de celles contenant de la
magnésie, cuite en réduction à 1250 oc ou plus, on
L'oxyde de chrome est un oxyde colorant très poly- peut obtenir de beaux tons bleu-vert. Une petite quan-
valent et il contient en puissance toute une gamme de tité de ces deux oxydes - moins de 0,5% d'oxyde de
couleurs. Il peut produire du rouge, du jaune, du rose, cobalt et moins de 1 % d'oxyde de chrome - donne
du brun ou du vert, suivant la glaçure de base les couleurs les plus plaisantes.
employée et la température de cuisson . L'oxyde de chrome commence à se volatiliser
Dans les glaçures qui ne sont pas trop riches en à 1180 oc ; les glaçures et les couvertes contenant
plomb et sans oxyde de zi nc, il donne du vert assez de l'oxyde d'étai n seront pa rfois veinées de rose ou
opaque, intense, moins attrayant que le vert de cu ivre, de brun par le chrome se volatilisant d'une pièce voi-
surtout si on emploie plus de 1 % d'oxyde de chrome. sine da ns le fou r. L'oxyde de chrome seul est plutôt
On peut employer de 0,5 à 3 % d'oxyde de chrome réfractaire et ne se dissout pas dans la glaçure et la
pour avoir des verts plus ou moins intenses. couverte aussi vite que les oxydes de fer, de cuivre ou
Dans les glaçures au plomb à basses températures de cobalt.
qui ont plus de 0, 7 d'oxyde de plomb et contiennent L'oxyde de chrome peut être employé sous forme
peu d'alumine, l'oxyde de chrome peut donner un d'oxyde chromique vert, Cr20 3, ou de bichromate de
orange ou un rouge brillants. Les températures de cuis- potassium, K2Cr207. Ce dernier, cependant, a le désa-
son pour les glaçures au rouge de chrome doivent être vantage d'être sol uble et toxique.
basses, de préférence au-dessous de 945 oc. 1 à 2 %
d'oxyde de chrome suffisent à produ ire la couleur, et la
glaçure tend à prendre l'aspect du sucre à cause des
cristaux formés à la surface. On peut aussi employer un
composé soluble du chrome, comme le bichromate de 6. Oxyde de manganèse
potassium.
MnC03 p.m.: 115
Avec des glaçures au plomb à basses températures
Mn Oz p.m. : 86,9
qui contiennent à la fois un peu de soude et d'oxyde de
zinc, 1 % d'oxyde de chrome environ donne éventuelle- Le manganèse rend les glaçures et les couvertes
ment un jaune brillant. Ici encore, comme dans le cas pourpres ou brunes. La source ordinaire en est le car-
du rouge de chrome, la température de cuisson doit bonate de manganèse, MnC03, une très fine poudre
être assez basse. Les glaçures contenant à la fois de rose, ou le bioxyde de manganèse noir, MnOz. Le
l'oxyde de chrome et de l'oxyde de zinc sont brunes. bioxyde de manganèse noir est employé toutes les fois
Les teintures sous glaçures brunes sont composées que la grosseur de son grain, qui produit des mouche-
ainsi. D'habitude une petite quantité d'oxyde de tures, est considérée comme un avantage plutôt que
chrome suffit pour produire des couleurs assez vives comme un inconvénient. Le manganèse, comparé au
dans les glaçures au zinc et, au-dessus de 2 %, la cou- cobalt ou au cuivre, a un faible pouvoir colorant, et il
leur peut devenir sale et lourde. en faut généralement 2 ou 3 % pour donner une cou-
Quand la glaçure contient aussi de l'oxyde d'étain, leur prononcée.
le résultat est une couleur rose ou brun rouge. Une Dans les glaçures et les couvertes très alcalines, le
petite quantité d'oxyde de chrome., moins de 0,5 à manganèse donne un bleu-pourpre riche ou la couleur
1 %, suffit à produi re une teinte rose dans une glaçure prune.
contenant 5% d'oxyde d'étain. Des tons vifs et variés Dans les glaçures au plomb, il donne un pourpre
de rose, de gris-rose et de brun chaud sont possibles plus doux, moins intense, teinté de brun . Dans les cou-
avec ces combinaisons. Mais on ne peut pas obtenir un vertes cuites au-dessus de 1190°(, le manganèse a
rouge franc avec du chrome et de l'étain. Les glaçures tendance à donner un brun pl utôt neutre et, en réduc-
rouges seront décrites à part. tion, un brun très adouci.

132
SOURCES DES COULEURSDANS LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

Dans quelques glaçures au plomb, le carbonate de


manganèse peut causer des boursouflures, su rtout si
8. Oxyde de vanadium
l'atmosphère du four n'a pas été strictement oxydante. V20s p.m. : 181,8
Combiné avec de petites quantités de fer, le manga-
nèse peut donner de riches nuances de brun froid . Avec l'oxyde de vanadium est employé d'habitude sous
de petites quantités d'oxyde de cobalt, il peut produire forme de teinture, obtenue en combinant de l'anhy-
un violet profond ou une couleur prune. dride vanadiq ue, V20 5, avec de l'oxyde d'étain, ce der-
nier constituant la part la plus importante du mélange.
Ce colorant donne des glaçures et des couvertes
jaunes. La quantité d'oxyde de vanadium étant minime
dans cette teinture, il en faut d'assez forts pourcen-
tages pour colorer les couvertes et les glaçures. 5%
7. Oxyde de nickel donnent d'habitude un jau ne pâle ; 8 à 10% un jaune
NiO p.m.: 74,7 vif. L'étain présent dans ce mélange colorant opacifie la
Nh03 p.m.: 165 glaçure. Si la glaçure ou la couverte de base contient
déjà de l'oxyde d'étain et qu'on la colore avec cette
Les formes courantes sous lesquelles on emploie teinture au vanadium, la quantité d'étain sera exagérée
l'oxyde de nickel dans les glaçures sont l'oxyde de et la glaçure paraîtra pâteuse et sous-cuite.
nickel vert, NiO, et l'oxyde de nickel noir, Ni203.
Il donne une grande variété de couleurs dans les gla-
çures et les couvertes, mais sa couleur la plus typique
est le brun. Les couleurs dérivées du nickel sont plutôt
aléatoires et, pour cette raison, il est peu employé 9. Le rutile
comme colorant de base des glaçures et des couvertes
le ruti le est un minéral contenant de l'oxyde de
dans la production commerciale. En petites quantités
titane et de l'oxyde de fer. On l'emploie dans les gla-
(moins de 1 %), il donnera du gris dans la plupart des
çures et les couvertes comme source de titane, pourvu
glaçu res et des couvertes. Jusqu'à 2% ou plus, on peut
que la couleur donnée par le fer ne soit pas contre-indi-
s'attendre à du brun. La couleur obtenue avec de
quée. Le rutile colore les glaçures en brun ou marron .
l'oxyde de nickel seul a tendance à être plate, et quel-
Son pouvoir colorant, cependant, est faible, à cause de
quefois terne et pâle.
la petite quantité de fer qu'il contient. On l'emploie
En réalité, on l'uti lise davantage pour modifier ou plus fréquemment pour modifier la texture des glaçures
rendre plus grises les couleurs dérivées d'autres oxydes et des couvertes que pour les colorer.
colorants. Si l'on ajoute 0,5% d'oxyde de nickel à des
Le rutile a la propriété de produire des tons cassés
glaçures et des couvertes, en plus d'autres oxydes colo- ou de moucheter les couleurs qui, autrement, auraient
rants, comme ceux du cobalt, du fer ou du cuivre, on été pures et unies. 3 à 5% sont les quantités normale-
peut obtenir de beaux tons grisâtres et nuancés. ment ajoutées aux glaçures et aux couvertes. Quand
L'oxyde de nickel peut donner parfois des couleurs ces dernières contiennent du B203, le rutile peut provo-
étranges et plutôt imprévues. quer des raies ou des taches prononcées, particulière-
Dans des glaçures et des couvertes de base riches ment si ces glaçures et ces couvertes sont opaques et
en zinc, cuites en réduction à 1225 oc ou plus, il peut légèrement teintées avec d'autres oxydes colorants,
faire naître de beaux jaunes brillants, ou des pourpres, comme celui du fer ou du cuivre.
et même du bleu. Ces couleurs cependant sont très Dans les glaçures au plomb, la texture produite par
incertaines et difficiles à reproduire. le rutile est plus douce. En plus de ces modifications de
l'oxyde de nickel est très réfractaire et, ajouté à couleurs et de texture, le rutile sert aussi à augmenter
des couvertes et des glaçures déjà mates, en quantité l'opacité, surtout à partir de 5% et plus.
supérieure à 2 %, il peut les rendre sèches et rugueuses Dans les glaçures et les couvertes contenant du
à l'excès. cuivre, du fer, du cobalt ou du chrome, le rutile peut

133
LES GLAÇUI!ES ET LES COUVEI!TES

donner de belles couleurs cendrées et denses. Les les couvertes et les glaçures à peu près comme le ferait
diverses sortes de glaçures et couvertes au rutile comp- l'addition du fer et du chrome séparés. Il est surtout
tent parmi les émaux favorits des céramistes à cause de employé pour modifier les autres couleurs. Cependant,
leur riche diversité et de l'intérêt de leur surface. quand on veut un gris neutre, il donne quelquefois des
La part que prend le rutile dans la formation des tons qu'aucune autre combinaison d'oxydes ne peut
glaçures cristallines est étudiée plus loin. donner. Le chromate de fer est communément employé
dans les engobes pour obtenir du gris.

10. L'ilménite
12. Oxyde d'uranium
FeO Ti02 p.m. : 151,71
uo3 p.m.: 286
Comme le rutile, l'ilménite est un minéral conte- Na20 (U03h. 6H20 p.m. : 742
nant à la fois du titane et du fer. Cependant l'ilménite
est un minéral plus grossier et elle contient plus de fer. On peut ajouter l'uranium dans les glaçures soit
Comme colorant, elle a des effets comparables à ceux sous la forme d'oxyde d'uranium, soit sous la forme
obtenus avec l'oxyde de fer noir, surtout si elle est bien d'uranate de sodium. Il produit une couleur jaune. Au
broyée dans la glaçure ou la couverte. contraire du vanadium qui donne un jaune chaud, on
L'ilménite est surtout employée pour modifier la peut se servir d'uranium si on veut un jaune citron
texture et produire des taches ou des mouchetures froid .
dans les pâtes, les glaçures et les couvertes. Si on Dans les glaçures riches en plomb à basses tempé-
l'emploie en granulé, c'est-à-dire en particules trop ratures, l'uranium donne un rouge-orange, d'une tona-
grosses pour passer au tamis no 23, ces taches et ces lité semblable au rouge de chrome.
mouchetures seront en relief. Si la glaçure contient
d'autres oxydes colorants, elles pourront être entourées
de petits halos jaunes, qui peuvent donner à la glaçure
et à la couverte une surface très complexe et intéres-
sante. 1 à 3% d'ilménite suffisent pour influencer cou-
leur et texture. Ajoutée aux argiles ou aux engobes,
l'ilménite en fonce la couleur et leur donne un aspect
moucheté.

11. Chromate de fer


FeCr04 p.m.: 172
Fe2(Cr04h p.m.: 460
On emploie le chromate de fer dans les glaçures et
les couvertes pour avoir du gris, du brun ou du noir.
Dans la plupart des glaçures, 2 % fonceront fortement
les couleurs. Si la couverte ou la glaçure de base
contient du zinc, le chromate de fer donnera du brun.
S' il y a de l'étain, on aura du rose ou du brun rou- Coupelle de Pierre Fouquet
geâtre. En général, le chromate de fer, FeCr04, colore avec une glaçure à base d'uranium.

134
SOUR<.ES DES COULEURS DANS l ES GLAÇURES ET l ES COUVERTES

m1um. En fa1t, la teinture est une solution solide de


13. Le cadmium et le sélénium CdSe et de CdS. Elle produ1t un rouge brillant. Cette
Cd Se p.m. : 191,3 couleur est plutôt fugace et doit être cuite à basse
CdS p.m.: 144,4 température.
Pour empêcher le rouge de disparaître, le refroidis-
On emploie le cadm ium et le sélénium pour avoir sement de la glaçure doit être rapide. Si on veut pro-
des glaçures rouges. D'habitude, ils sont combinés dans duire du rouge de cadmium et de sélénium, il vaut
une solution que l'on ajoute comme colorant à une gla- mieux prendre un produit préparé et s'en tenir aux
çure frittée à basse température . Cette teinture peut recommandations du fournisseur quant à la fritte à
contenir 20 o/o de sélénium et 80 o/o de sulfure de cad- employer pour la glaçure.

135
15. Comment composer et mélanger
les glaçures et les couvertes
colorées

On peut utiliser des pourcentages dont on sait, gràce à


1. Addition d'un seul oxyde à des des expériences antérieures, qu'ils correspondent à
glaçures et à des couvertes telles couleurs. Si l'on fait un essai pour chaque oxyde
séparément, la réaction d'une nouvelle glaçure et COU·
Il faut bien se pénétrer de l'idée que les colorants verte aux divers oxydes est donnée par le fait même.
des glaçures et des couvertes sont des matières que Ensuite on pourra faire des mélanges en connaissance
l'on doit ajouter à des émaux de base incolores pour de cause. La liste suivante donne les quantités approxi-
obtenir la couleur souhaitée. La glaçure et la couverte matives des oxydes colorants corresponda nt à des
elles-mêmes, sans le moindre agent colorant, sont dites intensités de couleurs échanti llonnées :
« glaçures de base ». Quelquefois les oxydes colorants
d'une glaçure sont indiqués dans sa formule empirique
Oxyde ou carbonate de cobalt 0,5 à 1%
en quantités moléculaires.
Oxyde de fer 1 à 10%
Dans ce cas, ils sont calculés comme n'importe
Oxyde de cuivre 2 à 5%
quel autre matériau . En général cependant, les oxydes
colorants sont considérés comme apports aux glaçures Chrome 2 à 5%
et aux couvertes de base, et exprimés en pourcentages Nickel 0,5 à 3%
pondéraux de celles-ci. Manganèse 2 à 6%
Par exemple, dire d'une glaçure ou d'une couverte Chromate de fer à 3%
qu'elle contient 2 % de fer, c'est dire qu'à 100 parts Teinture de vanadium 4 à 10%
de glaçure de base on a ajouté 2 parts de fer. En Rutile 2 à 10%
employant cette méthode, le total (glaçure ou couverte llménite à 5%
+ colorants) est toujours supérieur à 100. Puisque cer-
taines glaçures doivent leurs couleurs à de nombreux
oxydes, on verra qu'il est plus norma l et plus logique de Il est bon de faire pl usieurs tests avec le fer, le
considérer que la glaçure de base est de 100 parts. cuivre et le cobalt pour déterminer les couleurs résul-
Il est très simple de réaliser une série de couleurs tant des diverses quantités de ces oxydes.
en employant une glaçure ou une couverte de base qui Quand on veut tester une glaçure ou une couverte
a déjà été expérimentée et dont on connaît la tempéra- transparente, il est recommandé de faire une série de
ture de nappage. Quand on élabore une nouvelle gla- tests parallèles avec la même glaçure et couverte opaci-
çure, on s'attache d'abord à mettre au point la glaçure fiée par addition d'oxyde d'étain ou de zirconiu m.
de base et, lorsqu'elle donne satisfaction, on passe à Quand on fait une série d'essais de glaçures et de cou-
l'étape suivante : la recherche des diverses couleurs. vertes transparentes sur de l'argile foncée, les résultats
Il faut alors simplement ajouter à la glaçure et à la peuvent être quelque peu décevants pour certaines
couverte un pourcentage de chaque oxyde colorant. couleurs, surtout les bleus et les verts, qui paraîtront

136
COMMENT COMPOSER ET MELANGER LES GLAÇURES ET LES COUVERTES COLORÉES

sombres et ternes à cause de la teinte foncée du tesson On peut établir une ligne de mélange comme suit :
qui se trouve sous la glaçure ou sous la couverte et qui 1. 50 % de A et 50 % de B.
influe sur sa couleur. 2. 25 % de A et 75 % de B.
3. 75 % de A et 25 % de B.
A est une glaçure ou une couverte avec 3 % de
cobalt, B la même sans cobalt.
Comme on le voit, on a fait trois mélanges inter-
2. Mélanges médiaires. C'est une méthode simple pour obtenir des
Bien que de belles glaçures et couvertes puissent mélanges intermédiaires entre deux mélanges limites.
être le résultat de l'addition d'un seul oxyde, les On peut mu ltiplier autant que l'on veut les formules
plus belles couleurs de glaçures et de couvertes intermédiaires. Il convient de mélanger les glaçures et
proviennent en général les couvertes quand elles
de l'addition de deux ou sont à l'état liquide,
de plusieurs oxydes colo- délayées chacune dans la
rants à une glaçure de même quantité d'eau.
base . Pour faire ces addi- Après préparation. le poids
tions, on peut procéder spécifique de chaque gla-
par mélanges métho- çure et de chaque cou-
diques, c'est-à-dire en verte peut être déterminé
ajoutant des combinai- en en pesant 100 cm3. Si
sons et des quantités l'une des glaçures ou des
dont on sait qu 'elles couvertes pèse plus que
s'accordent et promet- l'autre. on lui ajoutera de
tent de donner de bons l'eau jusqu'à ce que leurs
résultats. Mais on peut densités soient exacte-
aussi faire des essais sui- ment les mêmes. Avant
vant son intuition, ou d'être mélangées, chaque
d'un point de vue pure- glaçure et chaque cou-
ment expérimental, en verte sera mesurée dans
ajoutant divers matériaux un flacon gradué; elles
à une glaçure ou à une seront ensuite malaxées
couverte de base, juste Palette de couleurs avec superposition de glaçures.
ensemble puis posées sur
pour voir ce qu'il en la tuile à essai.
sortira. Une ligne de mélange
En procédant par mélanges méthodiques, le céra- peut révéler d'intéressantes combinaisons entre deux
miste peut prévoir que ses essais donneront un certain oxydes colorants différents. Si A, par exemple, est une
pourcentage de résultats insatisfaisants et produiront glaçure avec 2% d'oxyde de cuivre, et B, la même gla-
seulement des couleurs sales et sans intérêt! Mais il est çure ou la même couverte de base avec 5% de rutile,
aussi possible d'obtenir ainsi de belles combinaisons qui on verra les effets d'une diminution du cuivre et d'une
n'auraient pas pu être découvertes autrement. augmentation du rutile simultanées, et vice versa. Les
L'application la plus simple de cette méthode est la lignes de mélange sont fréquemment employées pour
« ligne de mélange ». Elle établit une série de variations étudier les combinaisons entre différentes glaçures et
ou de combinaisons entre deux couleurs. Supposons, couvertes de base et pour localiser les limites entre les-
par exemple, que l'on veuille mettre en évidence les quelles certains problèmes, comme celui du tres-
effets de la diminution du cobalt dans une glaçure ou saillage, du degré de matité ou de douceur, trouvent
une couverte. leurs solutions.

137
lES GLAÇURES ET lES COUVERTES

On peut procéder d'une autre manière. Numéro-


tons par exemple, de 1 à 6, les six glaçures colorées
comme suit: 1 =glaçure de base + 2% d'oxyde de fer ;
2 =même glaçure de base + 3% d'oxyde de cuivre, et
ainsi de suite. Chaque numéro correspond donc à la
même glaçure de base plus un seul oxyde colorant.
Inscrivons ces nombres sur une ligne horizontale.
Sur la rangée en dessous indiquons les mélanges
moitié-moitié de toutes les glaçures et les couvertes
comme l'indique le tableau, soit 1 - 2, c'est-à-dire 50%
de la glaçure 1 + 50% de la glaçure 2, etc.

3 4 5 6
8 l too,.de a 1
1-2 1-3 1-4 1 -5 1-6

2-3 2- 4 2-5 2-6

3-4 3-5 3-6 mélanges des glaçures A et B, pUis B et C, et enfin C


et A. Un pomt situé sur le côté AB représente un
4-5 4-6 mélange des glaçures et des couvertes A et 8, la pro-
portion de A étant d'autant plus forte que ce point est
5-6 plus près de A, celle de 8 diminuant d'autant et réci-
proquement, de sorte que en A nous aurons 100 % de
A et 0% de B; en B, 100 % de B et 0% de A. S1tué au
Ce tableau met en év1dence toutes les combinai- milieu, le point représentera une glaçure ou une cou-
sons mathématiquement possibles moitié-moitié des verte avec 50% de A et 50% de B.
glaçures et des couvertes numérotées de 1 à 6.
De tels mélanges peuvent être facilement préparés
à partir de glaçures et de couvertes contenant des Essais de couverte en réduction.
quantités d'eau identiques. Cette méthode est très
valable et laisse rarement échapper des proportions
intéressantes, surtout s1 les glaçures numérotées sont
nombreuses, six ou plus.

3. Méthode avec tableau


à trois axes
Quand on veut mélanger trois matériaux ou trois
glaçures ou trois couvertes, on trace un diagramme à
trois axes de la manière suivante.
Construisons un triangle équilatéral ABC. Considé-
rons chaque côté AB, BC et CA comme les lignes des

138
COMMENT COMPOSER ET MELANGER LES GLAÇURES ET LES COUVERTES COLOR~ES

JI en est de même pour les glaçures ou les cou- les mélanges susceptibles de donner de bonnes cou-
vertes B et C et le côté BC , et les glaçures C et A et le leurs en perdant moins de temps en essais que si on
côté CA avait suivi une méthode de mélange.
Divisons chaque côté en 10 parties égales, par Une telle façon de fai re permet aussi de suivre ses
exemple, et, en parta nt de ces points, traçons les paral- intuitions et d'essayer des combinaisons inédites et
lèles aux côtés du triangle ABC. Chaque intersection étranges dont quelques-unes peuvent s'avérer intéres-
des segments ainsi obtenus est un point représentant santes.
un mélange des glaçures ou des couvertes A, B et C La liste suivante donne des indications générales à
dans des proportions indiquées par sa position dans le propos de combinaisons de colorants pour glaçures et
tria ngle ABC. pour couvertes. Elle ne comporte que des combinaisons
Le poi nt P, par exemple, indique une glaçure ou de deux colorants, et il faut sig naler que les plus belles
une couverte constituée par l'addition de 70 % de A glaçures et couvertes colorées proviennent du mélange
(puisque 3 intervalles séparent le point P du poi nt A, et de trois oxydes ou pl us. La quantité des couleurs utili-
que, sur les côtés AB et CA, cette position indiq ue une sées a, naturellement, une influence importante sur la
proportion de 70 % de glaçure A), de 10 % de B et de couleur résultante.
20 % de C (pour des raisons identiques). Quand on emploie deux oxydes colorants ou plus
On peut déterminer de même la composition cor- dans une glaçure ou une couverte, il faut réduire la
respondant à un point du diagramme quel qu'il soit. Le quantité de chacun pour éviter un assombrissement
diag ramme à trois axes est très utile pour mettre en évi- excessif des couleurs. En général, un emploi modéré
dence une variation subtile quelconque dans la compo- des oxydes colorants donne les glaçures et les couvertes
sition des pâtes ou des glaçures. C'est peut-être les plus plaisantes, à moins que l'on ne recherche des
inutilement compliqué lorsqu'on ne veut étudier que la couleurs profondes, saturées.
couleur. Beaucoup de glaçures qui semblent attrayantes à
l'essai sur échantillon, et qui sont de tonalité moyenne,
paraîtront très tristes sur de plus grandes surfaces, sur
un pot par exemple. Il semble que les pièces les plus
4. Méthodes pour obtenir attirantes aient en général des glaçures et des cou-
vertes ou très claires ou très foncées. Bien sûr, il y a
des variations de glaçure beaucoup d'exceptions à cette règle.
et de couverte sans mélanges
méthodiques
Toutes sortes de variantes peuvent s'obtenir à S. Usage des teintures de glaçure
partir d'une glaçure de base, sans recourir au procédé
des mélanges méthod iques, mais par simples additions En plus des oxydes métalliques employés pour
et essais. Cependant, à moins que l'expérimentateur colorer les glaçures, on peut utiliser une grande variété
ait assez de métier pour éviter les combinaisons de teintures et de colorants préparés commercialement
fâcheuses, il peut y perdre beaucoup de temps. En pour être employés comme couleurs sous glaçure ou
effet, un potier inexpérimenté peut perdre une jou rnée teintures de glaçure.
à fai re des essais en cherchant une couleur de glaçure La composition et l'emploi de ces teintures seront
ou de couverte combinant du chrome et du manga- examinés plus loin. Toutes ces teintu res peuvent être
nèse, alors que n'importe quel connaisseur sait que ajoutées à la glaçure liquide (crue) de la même manière
cette combinaison ne peut don ner que des couleurs que les oxydes colorants. Naturellement, ces colorants
terreuses. commerciaux sont à base d'oxydes métall iques, mais ils
Par contre, avec une connaissance sommaire des ont été calcinés avec d'autres matériaux pour produire
glaçures et des couvertes, on peut aborder directement des couleurs précises. Les teintures roses, par exemple,

139
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

sont faites d'une combinaison d'oxyde de chrome et commerce pour colorer les glaçures a quelques
d'oxyde d'étain. avantages.
Bien que le potier ne sache pas exactement de On obtient plus facilement des tons plus délicats
quels oxydes est composée une teinture particulière du dans les gris, les roses, les mauves, les gris-vert ou les
commerce, puisque les manufactures ne publient pas gris-bleu en employant ces produits commercialisés
leurs formules, il peut l'employer après avoir expéri- qu'en ajoutant de très petites quantités d'oxydes de
menté les couleurs qu'elle donne dans ses propres chrome, de chromate de fer, d'oxyde de cobalt, etc., à
glaçures de base. En réalité, l'emploi de ces produits du une glaçure de base. Ces teintures sont très employées

cobalt = gris bleuté


cuivre = vert chaud, vert méta llique, noir
manganèse = brun
Fer + vanadium = ocre
rutile = ocre, brun
nickel = du brun au gris
chrome = vert noirâtre

cobalt = vert bleuté


manganèse = brun, noir
Cuivre + vanadium = vert jaunâtre
rutile = vert chaud
nickel = vert grisâtre
chrome = vert

vanadium = brun jaunâtre


nickel = gris ou brun
Manganèse + rutile = brun
cobalt = pourpre-bleu
chrome = brun

vanadium = gris, bleu


Nickel + ruti le = brun
cobalt = gris bleuté
chrome = brun

vanadium = jaune, moutarde


Cobalt + rutile = bleu chaud, gris bleuté
chrome = bleu-vert

Rutile + vanadium = jaune ocre


chrome = vert

Chrome + vanadium = vert jaunâtre

140
<OHHENT COHPOSEI! ET Hh ANGEI! LES GLAÇURES ET LES COUVERTES COLORÉES

aussi pour modifier les couleurs obtenues avec des d'avoir une 1dée exacte de l'apparence de l'émail. Ma1s
oxydes colorants. d'un autre côté, si la tuile est trop grande, elle occupe
les glaçures au cobalt. par e~emple, peuvent être une trop grande place dans le four.
adoucies par l'addition d'une teinture commerciale Un trou percé dans la partie supérieure de la tuile
« gns ». permet de suspendre à un fil de fer les diverses tuiles
Il existe des teintures « pour glaçure », ou des relatives à une même expérience.
teintures « sous glaçure ». Les premières coûtent un Des empreintes tracées sur la tuile donneront des
peu moms cher. mdications valables du comportement de la glaçure et
de la couverte sur les surfaces travaillées.
Quelques potiers font leurs essais d'émaux sur de
petites formes d'argile qui, mises dans le four, ont
l'avantage de présenter une paroi verticale et de mon-
6. Glaçures et couvertes noires trer comment l'émail s'y répand, ce qui, après tout. est
les glaçures et les couvertes noires peuvent être le cas typique d'utilisation des glaçures et des couvertes
produites par un excès d'oxydes colorants. On emploie en poterie.
en général les oxydes de cobalt. de fer, de cu1vre et de Pour tester la fluidité d'une glaçure, on peut aussi
manganèse. Apeu près 2% de l'un de ces trois oxydes appuyer une tuile plate contre un angle du four.
donneront du no1r avec la plupart des glaçures de base. Pour faire des tUlles à essai, on peut aussi monter
l'inconvénient est que, lorsqu'on a obtenu un noir un cylindre sur le tour, le laisser sécher un peu, le
riche, il peut se fa1re que la glaçure ou la couverte découper en tranches vertiCales de 2,5 cm de large en
devienne trop flu1de à cause de cet apport massif de laissant la port1on du fond correspondante; ces pet1ts
fondants sous forme d'oxydes métalliques. rectangles, ayant un morceau du fond comme pied,
l'excès de fluidité peut être corrigé par l'addition tiennent dro1t et sont très pratiques. Ils peuvent avoir
d'argile. S1, pour obtenir du noir, on met trop d'oxydes des sillons de tournage, ce qu1 est un avantage pour
colorants, les oxydes métall iques peuvent se cristalliser tester les glaçures et les couvertes devant recouvrir des
lors du refroidissement, et donner une surface sèche et p1èces tournées.
même ridée.
On peut obtenir une surface noire miroitante par
addition d'oxyde de cuivre et d'oxyde de fer. l es plus
belles glaçures et couvertes noires sont celles qui ont
une surface légèrement mate ou cristalline. De telles 8. Émaillage et marquage
glaçures et couvertes sont souvent difficiles à réaliser et des tests
peut-être les réussit-on mieux à partir d'un émail natu-
rel à base d'argile, comme l'argile d'Albany, foncée par Il est recommandé de biscuiter les tuiles à essai
addit1on d'oxyde de fer ou de cobalt. avant l'application de la glaçure et de la couverte, pour
se rapprocher le plus poss1ble des conditions réelles
d'utilisation. Il y a plusieurs moyens d'appliquer l'émail
sur les tuiles à essai. On peut les tremper, l'émail à tes-
ter étant mis dans un bol ou un verre. Si on veut tester
7. Tuiles à essai pour glaçures un tout petit échantillon, on peut appliquer la glaçure
et la couverte au pinceau, à condition de prendre assez
et couvertes d'émail.
Les glaçures et les couvertes sont généralement Un très bon moyen de passer l'émail est d'utiliser
essayées sur de petites tuiles spéciales. Elles peuvent une spatule ou la lame d'un couteau (pourvu qu'elle
avoir la forme de pet1ts rectangles d'argile de 10 cm de soit assez large, bien sûr).
largeur, 4 cm de longueur et de 6 mm d'épaisseur envi- Il est bon d'avoir sur chaque essai la même glaçure
ron. Si la surface émaillée est trop petite, il est difficile ou la même couverte en plusieurs épaisseurs. l'aspect

141
LES GLAÇURES ET l ES COUVERTES

global dépend de son épaisseur, ou application, et


chaque essai doit montrer ces diverses possibilités. Il
9. Archives des essais
suffit de tremper ou de peindre deux ou trois fois le Celu1 qui étudie les glaçures et les couvertes se
même essai. trouvera bientôt enseveli sous ses notes de travail !
Cependant, le compte-rendu méthodique et complet
La meilleure façon de marquer les tests est de le des essais est nécessaire si on ne veut pas risquer de les
faire au dos de la tUlle, avec un crayon « sous gla- oublier ou de les perdre.
çure ». Faute de ce crayon spécial, on peut mélanger Il est bon de consigner dans un registre toutes les
une ou deux pincées d'oxyde de plomb ou de fritte glaçures et les couvertes élaborées ou utilisées, et de
dans une cu illerée à thé d'émail noir sous glaçure et d'y leur donner un numéro ou un nom pour les identifier
ajouter assez d'eau pour pouvoir l'étendre au pinceau. faci lement. Dans ce registre, à la suite des formules et
Les marques devront être nettes et lisibles sous peine des recettes de chaque glaçure ou de chaque cou-
de voir le travail de plusieurs heures, voire de plusieurs verte de base, on indiquera leurs caractéristiques, la
jours, perdu. température de nappage, la qualité de surface,
l'épaisseur d'application. Dans un autre registre, on
Pour faire une série d'essais de couleur avec une notera tout ce qui concerne les essais cuits sur tuiles.
couverte et une glaçure de base, il faut d'abord peser Il est peu pratique de tout mdiquer sur les tui les elles-
une quantité d'émail suffisante pour le nombre d'essais
mêmes.
env1sagé, et la mélanger convenablement en la broyant S1 chaque tuile est numérotée, son numéro peut
dans un mortier ou par ta misages répétés. La glaçure être porté sur le registre et suivi de toutes les indica-
ou la couverte crue est alors répartie en sachets de 30 tions nécessaires : nature de la pâte du tesson, glaçure-
ou 50 g. Il vaut mieux employer 50 g pour chaque test,
couverte de base, produit ajouté à cette glaçure ou à
les additions de colorant étant amsi assez importantes cette couverte, etc. Écrire tout cela prend du temps,
pour ne pas rendre les pesées impossibles. EnsUite, le
mais c'est un moyen sûr pour suivre et comparer les
colorant de chaque essai est pesé sur une balance de
essais.
préCISion et ajouté à la glaçure ou à la couverte de base Il est aussi important de consigner les résultats des
contenue dans un sachet numéroté. La précision de la essais que leurs formulations. Après la cuisson, on
pesée est importante, puisqu'une erreur d'un demi- notera donc ce qu'ont donné les essais.
gramme peut provoquer un changement important
dans le résultat de l'essai.

Dans le cas de très petites quantités, moins d'un


demi-gramme, le mieux est de peser 1 g de matériau et
de diviser soigneusement cette quantité en 4 ou 10. Nécessité des essais
8 petits tas avec une lame de couteau. Cette répartition
à la main est plus précise que la pesée, si l'on ne dis- On pourrait se demander pourquoi l'élaboration
pose pas d'une balance de haute précision. des glaçures et des couvertes exige de faire des essa1s
apparemment sans fin. Comme n'importe quelle autre
Les glaçures et les couvertes à essayer sont alors activité, l'expérimentation peu t être exagérée. Parmi les
mélangées sur une plaque de marbre ou de verre à céramistes, il n'est pas rare de trouver des gens qui
l'aide d'une spatule ou d'un couteau à lame large. semblent se consacrer exclusivement à des essais et qui
L'eau est ajoutée en quantité voulue avec un compte- ne parviennent jamais à en mener un seul jusqu'au
gouttes ou une seringue, ce qui permet de doser exac- bout. Cependant un certain nombre d'essais est néces-
tement la quantité nécessaire pour donner au mélange saire et utile pour apprendre à connaître les matériaux
la consistance convenant à l'application de la glaçure et et les procédés du métier.
de la couverte. Après avoir mélangé et marqué chaque Comme dans n'importe quel autre métier, rien ne
essai, la plaque de verre ou de marbre est lavée à l' eau. remplace l'expérience, et faire des essais sur une gla-
Elle est prête à recevoir l'essai suivant. çure ou sur une couverte en apprend plus que la lecture

142
COMMENT COMPOSER ET M~LANGER LES GLAÇURES ET LES COUVERTES COLORÉES

d'un traité sur le même sujet*. Les faits que l'on N'importe qui, pourvu qu'il travaille avec méthode
découvre en pratiquant le métier ont tendance à se gra- et qu'il ait une certaine curiosité en matière de céra-
ver dans la mémoire et à y rester fixés comme un élé- mique, peut réaliser en peu de temps des centaines de
ment du savoir acquis par son travail personnel. bonnes glaçures et couvertes. Mais l'utilisation de telles
En outre, le céramiste éprouve le besoin de temps glaçures et couvertes est une tout autre affaire. Elle
en temps de créer des couleurs et des textures nou- réclame de l'imagination créatrice, en même temps
velles. Procéder à des essais pour trouver de nouveaux qu'une habileté consommée et du jugement, pour pro-
effets avive son intérêt et rend son travail vivant et duire un travail valable, personnel, mûr. Il est vrai que la
créateur. grande majorité de ces belles glaçures qui ont été
Cependant, le vrai problème du potier consiste découvertes en laboratoire dorment dans les cartons au
plus à appliquer et à employer des couleurs et des fond des tiroirs, attendant d'être exploitées dans le
textures connues qu'à en chercher de nouvelles. travail créateur du potier.

(*)Il est bien entendu que, dans l'espnt de l'auteur, les essais ne sont
valables que dans la mesure où ils sont effectués à la lumière d'un mini-
mum de connaissances théoriques et technologiques. (N.D.T.)

143
16. Préparation et application
des glaçures et des couvertes
la dispersion régulière des oxydes colorants qui ont été
1. Broyage ajoutés à l'émail. De petites quantités d'émail peuvent
On prépare les glaçures et les couvertes en les être préparées de manière satisfaisante à la main, en
mélangeant avec de l'eau pour former un enduit fluide. utilisant un mortier et un pilon, ou, s'il n'y a pas d'élé-
Un mélange intime des matériaux formant l'émail faci- ments grossiers dans l'émail, on peut utiliser un mixer
lite la fusion et, pour cette raison, il importe que tous de cu isine. En bien des occasions, le tamisage est un
les matériaux soient bien mélangés. Le mélange et le moyen très satisfaisant pour mélanger les composants
broyage peuvent se faire dans un broyeur à galets. de l'émail. Les glaçures sèches peuvent être mélangées
C'est un récipient rotatif étanche, rempli jusqu 'au tiers en les faisant passer au tamis n° 28 plusieurs fois de
de galets de silex arrondis et dans lequel on met la suite. Les barbotines pour émail également (no 25). Si
quantité d'eau voulue. Après fermeture hermétique, il on désire une meilleure dispersion, on recommence
subit une rotation pendant une demi-heure. C'est l'action avec un tamis plus fin (no 22). On peut tamiser rapide-
des galets tombant les uns contre les autres qui assure ment en tapotant le côté du tamis ou en balayant la
le broyage et le mélange de la glaçure et de la couverte. surface avec un pinceau.
Pour être efficace, le broyeur doit tourner à la
bonne vitesse. S'il tourne trop vite, la force centrifuge
colle les galets aux parois et ils ne tombent plus les uns sur
les autres. Si, à l'inverse, le broyeur ne tourne pas assez 3. Proportion de l'eau dans
vite, ils ne roulent plus assez les uns sur les autres. les glaçures et les couvertes
Si le mélange est trop épais, le broyage peut être
insuffisant, les galets étant collés les uns aux autres. Le La quantité d'eau à ajouter à une glaçure ou à une
broyage donne un bain d'émail uniforme dans lequel couverte sèche dépend de plusieurs facteurs. Certaines
chaque oxyde colorant est uniformément dispersé. glaçure$ en effet absorbent beaucoup plus d'eau que
Le broyeur sert non seulement à mélanger l'émail, d'autres. Les couvertes à hautes températures, qui
mais aussi à moudre toutes les particules en particules contiennent beaucoup d'argile, ou les glaçures à la
plus petites. Le broyeur peut servir aussi à moudre et colémanite, par exemple, absorbent beaucoup plus
mélanger des émaux secs. Cependant, si l'émail sec d'eau que les glaçures frittées. La consistance de la gla-
contient beaucoup d'argile, cette argile peut s'agglo- çure dépend aussi de son emploi. Les glaçures ou les
mérer contre les parois au lieu de se mélanger. couvertes destinées à un biscuit poreux demandent à
être plus fluides, tandis que celles recouvrant un biscuit
non poreux doivent être plus épaisses. Pour appl ication
normale sur biscuit moyennement poreux, l'émail doit
2. Mélange et tamisage avoir la consistance d'une crème épa isse. Si, durant le
mélange, on a mis trop d'eau, on peut laisser décanter
des glaçures et des couvertes la glaçure ou la couverte et retirer l'eau en excès par
La plupart des matériaux de glaçure ou de cou- siphonage ou versage.
verte sont actuellement livrés en poudre et ne deman- Il est judicieux de toujou rs ajouter à l'émail la
dent aucun broyage supplémentaire. La tâche de même quantité d'eau. La densité des glaçures et des
l'artisan est plutôt le mélange des divers composants et couvertes peut être contrôlée en comparant les poids

144
PI1ÉPAI1ATION ET APPLICATl ON DES GLAÇURES fT DES COUVERTES

pour un volume donné, ou à l'aide d'un morceau de Cette gomme est vendue sous forme solide et doit
bois gradué et plombé à une extrémité qui, plongé d'abord être dissoute dans de l'alcool. Une tasse à café
dans l'émail, s'enfonce plus ou moins suivant la densité environ de gomme peut être dissoute dans un quart de
du bain. Les niveaux atteints permettent de comparer litre environ d'alcool dénaturé. On ajoute à ce mélange
les consistances. trois fois son volume d'eau, et il est alors prêt à
Les glaçures et les couvertes se conservent le l'emploi.
mieux dans des récipients en verre, émaillés ou en bois. Pour quatre litres d'émail liquide, on met une
A condition de les couvrir, l'eau ne s'évapore pas et les bonne demi-tasse de solution de gomme environ.
émaux gardent la même densité. Les récipients en fer L'usage des gommes a l'inconvénient d'endommager
galvanisé, tels que les sea ux, sont à déconseiller à cause les glaçures et les couvertes crues. On peut supprimer
de l'effet corrosif de beaucoup de glaçures et de cou- ou du moins réduire cet inconvénient par l'addition de
vertes sur des surfaces recouvertes de zinc. Naturelle- quelques gouttes de formaldéhyde à l'émail. On ajoute
ment, les glaçures et les couvertes peuvent se garder quelquefois du sucre ou de la mélasse pour durcir
indéfiniment à condition qu'aucune matière organique, l'émail sur les pièces. Quand la glaçure et la couverte
comme les gommes, n'y ait été ajoutée. sèche, le sucre se cristall ise à la surface et forme une
croûte superficielle. Les gommes et les liants orga-
niques brûlent pendant la cuisson sans laisser de traces
et n'ont pas d'effet sur l'émail fini. En général, il est
sage d'employer aussi peu de gomme que possible; et
4. Stabilisants, gommes, pour l'artisan qui peut prendre des précautions raison-
et épaississants pour glaçures nables en manipulant les pièces émaillées, l'usage des
gommes n'est pas nécessaire.
et couvertes Lorsqu'on veut émailler des pièces vitrifiées non
poreuses, il est nécessaire d'employer des glaçures et
Beaucoup de glaçures ont des composants lourds des couvertes épaisses qui adhèrent au tesson en épais-
qui tombent rapidement au fond de l'émail liquide. seur suffisante. On les prépare en les épaississant par
Pour remédier au plombage du bain , on ajoute un sta- addition d'envi ron 0,5% de sulfate d'aluminium ou de
bilisant : l'argile brute dans la glaçure et la couverte magnésium (sels d'Epsom, epsomite ou sel amer).
empêche tous les composants de se déposer rapide- Les sels sont d'abord dissous dans un peu d'eau
ment. S'il n'y a pas d'argi le brute dans la glaçure et la chaude, puis ajoutés à l'émail liquide. L'addition de sels
couverte, une addition de 1 % de bentonite produit le dans l'émail l'épaissit uniformément en évitant la for-
même effet sans altérer en rien l'émail cuit. Quelques mation de grumeaux. En ajustant l'épaisseur de l'émail
colles, comme l'alginate de sodium, aident aussi à gar- de cette manière, on peut le faire adhérer à des sur-
der l'émail en suspension. Toutes les glaçures et les faces non poreuses en couches de l'épaisseur désirée.
couvertes ont tendance à se déposer dans une certaine
mesure, et il est très important de les remuer fréquem-
ment pendant l'émaillage, autrement quelques-uns des
éléments les plus lourds tombent au fond et une cer-
taine partie de l'émail peut ne plus avoir la composition 5. Émaillage au pinceau,
correcte.
On ajoute parfois des gommes aux glaçures et aux
par trempage, par aspersion
couvertes pour les faire sécher sur le tesson en un On peut appliquer les glaçures et les couvertes sur
enduit résistant qui ne tombera pas en poudre ou ne le tesson par trempage, aspersion, pulvérisation ou au
s'endommagera pas gravement lors des manipulations pinceau. Pour les petites productions, le pi nceau peut
de l'enfournement. Une petite quantité de gomme est être le mei lleur système.
en général suffisante. On emploie ordinairement à cet Il est facile à réaliser et ne nécessite qu'une petite
effet la gomme arabique ou la gomme adragante. quantité d'émail. L'émail est appliqué avec une brosse

145
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

douce en touches larges, courtes et épaisses. Il est nor- Pour l'aspersion, on tient les pièces au-dessus
malement nécessaire de passer deux ou trois couches d'une bassine - l'ouverture tournée vers le bas si on
sur une pièce pour être sûr de la couvrir d'une manière veut émailler l'extérieur - et on fait couler dessus de
uniforme. l'émail.
Même après l'application de trois couches, la pièce Si l'on fait tourner rapidement la pièce pendant
a souvent l'air, après cu isson, d'avoir été barboui llée, que l'émail coule, on peut déposer une couche très
l'épaisseur de l'émail étant inégale. De même, au cours régulière. Quelquefois cependant, les variations
de l'applicatton de la seconde ou troisième couche, le d'épaisseur dues à un arrosage spécial peuvent être
pinceau peut enlever des plaques d'un émail en en voulues comme effet décoratif pour mettre en valeur la
diminuant ainsi l'épaisseur par endroits. La seule forme d'une pièce. De tels effets sont en principe acci-
manière d'obtenir une épaisseur parfaitement uniforme dentels et peuvent ne rien signifier, sauf s' ils ont été
d'émail, sans marques, est d'y ajouter un peu de colle contrôlés au moment de l'éma illage.
et peut-être de teinter chaque couche avec une tein- Une méthode couramment employée pour
ture végétale de couleur différente. émailler l' extérieur des pièces consiste à placer une bas-
Le trempage et l'aspersion ont l'avantage d'être sine sur une tournette, à aboucher la pièce sur un sup-
des procédés rapides et efficaces pour appliquer l'émail port reposant dans le fond ou sur les bords d'un
en couche régulière sur la pièce. Procédés faciles certes, récipient de forme et de grandeur convenables (seau,
mais qui nécessitent une grande quantité d'émail, sur- tine, bassine, etc.) et à faire tourner le tout pendant
tout pou r les pièces importantes. Cependant, il n'y a qu'on verse l'émail. La glaçure en excédent tombe dans
pas de perte de glaçure ni de couverte, puisque la seule la bassine. Quand on veut émailler des pièces par trem-
quantité utilisée est celle qui adhère à la pièce. page et aspersion, on peut enduire leurs fonds de cire
Les méthodes de trempage et d'aspersion dépen- chaude ou de paraffine pour empêcher l'émail d'y
dent de la forme des pièces et de la quantité de glaçure adhérer. Il faut éviter de faire des taches de graisse sur
ou de couverte disponible. le reste de la pièce à émailler. Le cul ou le pied d'un pot
Les petites pièces peuvent être complètement ne doit pas être recouvert d'un émail, pour éviter qu'il
immergées dans la glaçure ou la couverte et les traces ne colle à la plaque d'enfournement pendant la cuis-
de doigts corrigées plus tard. son, à moins qu'on ne le pose sur des pattes de coq,
Dans la production commerciale, on emploie des des dés, des pointes, des pernettes, etc., dans le cas
pinces à trois branches qui tiennent la pièce en toute des glaçures.
sécurité. Bien tremper requ iert de l'adresse et de
l'entraînement. On tient la pièce avec deux ou trois
doigts au-dessus du baquet d'émail. On l'immerge rapi -
dement, on la secoue vigoureusement sous la surface ; 6. Pulvérisation des glaçures
une fois sortie du bain, la pièce est vidée puis secouée
pour ôter l'excédent d'émail. L'opération tout entière
et des couvertes
ne prend que quelques secondes car, si la pièce est Les glaçures et les couvertes peuvent être pulvéri-
maintenue trop longtemps dans le bain d'émail, la sées à l'aide d'un pistolet ou pulvérisateur. Il fonctionne
couche qui s'y déposera sera trop épaisse. On secoue la à l'air comprimé comme ceux qu'on utilise pour la pein-
pièce de manière à éviter les gouttes et les inégalités de ture et les autres liquides. Les glaçures et les couvertes
la surface d'émail déposé. Dans le cas de biscuit très que l'on veut pulvériser doivent être soigneusement
poreux, il peut être bon de moui ller la pièce avant le réduites en poudre et tamisées pour ne pas boucher le
trempage, pour diminuer sa capacité d'absorption. pistolet. Pour la pulvérisation, les pièces sont posées sur
Pour émailler l'intérieur des pièces, on les remplit une tournette en rotation et soumises au Jet. L'émail
d'émail, puis on les vide rapidement. C'est en fait la pulvérisé se dépose sur les pièces en fines gouttelettes.
seule manière de procéder avec les pièces à embou- Ce procédé a l'avantage de ne nécessiter qu'une
chure étroite. L'extérieur des pièces peut être trempé, très petite réserve d'émail. Une pièce de taille moyenne
aspergé ou passé au pinceau plus tard. peut être facilement émaillée avec une petite tasse de

146
PRÉPARATION ET APPLICATION DB GLAÇURES ET DB COUVERTES

glaçure. Par contre la pulvérisation entraînerait un gas-


pillage de glaçure sr l'on ne pouvait pas récupérer celle
7. Épaisseur des glaçures
qur retombe dans la cabine où l'on travaille. Dans l'arti- et des couvertes
sanat, on emplo1e d'habitude beaucoup de glaçures et
de couvertes différentes, et il est rarement possible de
récupérer les restes de glaçures et de couvertes appli- Il est difficile de préciser l'épaisseur des glaçures et
quées au prstolet. des couvertes puisque des glaçures différentes deman-
Comme méthode d'émaillage, la vaporisation pré- dent des épaisseurs différentes. L'épaisseur moyenne à
sente quelques désavantages par rapport au trempage l'état cru est un peu rnférieure à 7 dixièmes de milli-
et à l'aspersion. Elle est lente et certains ne supportent mètre; 1,6 mm représente une forte épaisseur. Dans
pas le bruit du compresseur et de la soufflerie indispen- quelques cas, comme celui des glaçures et des cou-
sables. JI est aussi difficile d'obtenir une couche d'émail vertes transparentes appliquées sur des biscuits blancs
uniforme. Une fois la pièce couverte, on a de la peine à vitrifiés, l'épaisseur peut n'être que de 0,4 mm et
déceler les endroits où la couche d'émail est trop même moins. L'émail brut cru est toujours infiniment
mmce, et certames parties d'une cruche, sous les anses plus épais que cuit et frni, à cause de la solidification
et le tour des pieds par exemple, peuvent être presque des matériaux qui accompagne la fusion* .
entièrement manquées. À moins de vérifier l'épaisseur
de l'émail avec une épingle ou un couteau, on ne L'épaisseur d'une glaçure ou d'une couverte est un
découvnra ces défauts qu'après cu1sson. Si on pulvérise facteur important de son apparence après cuisson. (er-
de trop loin, la couche d'émail sur la p1èce peut être tarnes glaçures par exemple, qui sont semi-opaques
excessivement poudreuse, parce qu'elle retombe sur la applrquées en couche mince, peuvent être complète-
pièce en une poussière de petits granules. ment opaques si la couche est plus épaisse. Les gla-
Si on veut employer ce procédé, il faut aussi pré- çures et les couvertes transparentes, elles, ont toujours
voir une cabine d'aspiration. À moins que celle-ci ne la même apparence et, pour cette raison, sont faciles à
soit très efficace, il est conseillé à l'opérateur de porter appliquer. L'épaisseur d'un émail peut être appréciée
un masque pour éviter de respirer des poussières de en grattant la glaçure ou la couverte crue avec une
glaçures et de couvertes. épingle ou la pointe d'un couteau.

(•)RENAULT donne dans son livre« Pour le ceramisre "· t. Il, p. 99, les
dens1tés types su1vantes :
glaçure de fa1ence ordma1re plombo-boraoque appl1quee assez mince :
d= 1,3à 1,5;
couverte de grès . 1,5 (en moyenne). (N.D T.)

147
17. Cuisson des glaçures
et des couvertes

peu d'argile réfractaire molle entre la plaque et les


1. Enfournement colonnettes.
Les pièces émaillées doivent être manipulées très La plaque destinée à porter les montres-fusibles
soigneusement pour éviter d'endommager la délicate doit être placée pour être bien visible à travers le
couche de glaçure ou de couverte crue. Il est bon de les regard. La porte est fermée ou obturée avec des
manipuler le moins possible, mais il faut tout de même briques. La cuisson peut commencer.
enlever les gouttes de glaçure ou de couverte qui se
sont formées au pied et vérifier l'épaisseur de la
couche.
Il faut aussi veiller à ne pas transporter de la gla- 2. Formation de la glaçure
çure ou de la couverte d'une pièce sur une autre, ce qui
donnerait des taches après la cuisson . L'habileté
et de la couverte au feu
s'acquiert avec l'expérience et l'on peut arriver à mani- Le premier changement qui se produit dans la gla-
puler les pièces sans endommager l'émail. Avant çure et la couverte pendant la cuisson est la volatilisa-
l'enfournement, il faut brosser le four soigneusement, tion du carbone et du soufre. Donc, au rouge, le
surtout la voûte et les parois, pour empêcher les éclats carbonate de calcium (blanc d'Espagne, craie, etc.),
de briques réfractaires de tomber sur les pièces pen- CaC03, devient CaO, oxyde de calcium. Ces transfor-
dant la cuisson. Les plaques d'enfournement et les mations se font sans difficulté et la température peut
piliers, ou colonnettes, devront être également bien monter plutôt rapidement durant les premiers temps de
dépoussiérés. On badigeonnera les plaques neuves avec la cuisson, puisqu'il n'y a pas de séchage ou de déshy-
un mélange à parts égales de kaolin et de si lice, addi- dratation à faire.
tionné de la quantité d'eau nécessaire pour obtenir la Une fois le rouge atteint, les glaçures commencent
consistance d'une peinture épaisse. Après quelques à « coller », c'est-à-dire qu'elles commencent à adhérer
cuissons, on peut repasser cet enduit sur les plaques au tesson en pellicule rugueuse. Cela est dO au
pour recouvrir les gouttes de glaçures et de couvertes. début de fusion de certains composants des glaçures à
Les pièces à enfourner sont disposées sur une une température assez inférieure à la température de
table de travail suivant leur taille et leur position dans le cuisson.
four. Si le four cuit inégalement, on peut y remédier par Bien des couvertes cuisant à 1250 oc commencent
le choix des glaçures et des couvertes. Si les pièces à fondre vers 1165 oc. Au début de la fusion, la cou-
d'une même hauteur sont groupées, il est plus facile de verte devient très rugueuse et peut se fendiller comme
choisir la hauteur des colonnettes à employer pour de la boue qui sèche. Au fur et à mesure que la fusion
chaque plaque et l'enfournement en est facilité. Il faut progresse, la couverte devient de plus en plus fluide
d'abord placer les colonnettes, trois par plaque, et pla- et se transforme en une pellicule unie adhérant au
cer ensuite les pots en laissant entre eux un espace tesson* . La plupart des glaçures et des couvertes
d'environ un demi-centimètre. Quand une plaque est
garnie, on en place une autre sur trois colonnettes. Si
les plaques sont branlantes, on les cale en mettant un (*) C'est ce qu'on appel le le « nappage ». (N D.T.)

148
CUISSON DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

traversent une période de bouillonnements et de cu isson est très rapide, il est possible qu'il faille aug-
boursouflures durant la fusion. Les glaçures au plomb, menter la température de cuisson . En début de cuisson,
à certains moments, forment des bulles visibles par le avant que les montres-fusibles aient commencé à
regard lorsqu'elles gonflent et crèvent comme des fondre, il est bon d'utiliser un pyromètre pour mesurer
bulles de chewing-gum. la température. L'emploi du pyromètre permet d'éco-
Normalement, quand la cuisson est achevée, nomiser du combustible, la cuisson pouvant être menée
ces bulles disparaissent. On pense que la formation de aussi vite que le permet la réussite du résultat final.
petites bulles dans la glaçure ou la couverte en train Quand la température du four approche la tempé-
de fondre aide au rature de cuisson,
mélange des élé- on diminue le feu
ments fondus et fa- pour laisser s'échap-
vorise une fusion per tous les corps
complète. Si ces volatils et permettre
bul les persistent le nappage de la
quand la glaçure et glaçure ou de la
la couverte commen- couverte.
cent à se refroidir Quand les mon-
et à se fixer, des tres commencent à
marques de « picots» s'incurver, il faut
ou « trous d'épin- laisser s'écouler au
gles » peuvent abî- moins 20 minutes
mer la glaçure et la (si possible plus)
couverte. entre la chute de
Quand les chaque montre.
émaux sont fondus Lorsque la dernière
Four électrique.
et approchent leur est tombée, il est
température de cuis- normal de mainte-
son ou l'atteignent, el les ont l'apparence de liquides nir la température du four pendant environ une demi-
visqueux étalés d'une manière uniforme sur les pièces. heure. Cette période de saturation ou pénétration
Si à travers le regard on touche l'émail à ce stade de assure une fusion complète et une égalité parfaite de la
fusion avec une tige de fer, on s'aperçoit qu'elles sont glaçure ou de la couverte.
épaisses et collantes comme du miel ou de la mélasse. Après l'extinction du four et quand le refroidisse-
Le four éteint, la température commence à tomber et ment commence, toutes les ouvertures doivent être
les glaçures et les couvertes se refroidissent et se solidi- hermétiquement fermées pour empêcher un refroidis-
fient graduellement. sement trop rapide. Lorsque la température est tombée
de 100 oc environ, on peut augmenter légèrement la
rapidité du refroidissement puisque la glaçure ou la
couverte est alors définitivement prise.
3. Conduite de la cuisson Quand le four, en se refroidissant, passe du rouge
sombre au noir, les pièces risquent de se fendre ou
Les techniques de cu isson dépendent naturelle- d'éclater et cette étape doit être franchie lentement. Le
ment du genre de four utilisé. En début de cuisson, une four peut être ouvert en toute sécurité à partir d'envi-
augmentation de 50 oc à 100 oc par heure est nor- ron 200 oc. En général, la durée de refroidissement est
male, quoique les pièces plus épaisses puissent deman- aussi longue ou même plus longue que celle de la mon-
der une montée en température plus lente. Le degré de tée en température. La cuisson la plus efficace est cel le
fusion des glaçu res dépend du temps de cuisson et de dont le cycle est le plus court possible, compte tenu des
la température, et non de la température seule. Si la résultats désirés.

149
LES G1AÇU~ES ET LES COUVE~TES

Il faut toujours employer des montres-fusibles, Les fours à bois, à gaz ou au fuel ont chacun
même si le four est équipé d'un pyromètre. Ce dernier leurs particularités, et il faut de l'expérience pour
indique la température qui règne à l'intérieur du four, régler les brûleurs et le tirage de man ière à obtenir les
alors que les montres donnent des indications plus meilleurs résultats. Quand on utilise un nouveau four,
valables de l'état des glaçures et des couvertes, puisque il peut très bien se faire que les premières cuissons
leur déformation et leur fusion montrent l'effet que soient loin d'être satisfaisantes, et qu'on n'obtienne
produisent sur les pièces enfournées et la température de bons résultats qu'après s'être longuement familia-
et la durée de cuisson. risé, à force de cuire, avec les particularités de ce
four.
Un potier expérimenté peut estimer la température
de son four à sa couleur. Ëtre capable d'évaluer latem-
pérature d'après la couleur aide quelquefois à déceler
des irrégularités dans le déroulement de la cuisson et à
mesurer les effets du réglage des brûleurs sur la tempé-
rature. Si le même réglage est toujours employé pour
cuire à la même température, la couleur caractéristique
4. Températures inégales
de cette température sera facilement reconnaissable.
On se sert quelquefois d'échantillons pour juger si La différence de température à l'intérieu r du four
la cuisson est complète. On met dans le four, en face est un problème, un casse-tête pour bien des potiers.
du regard, de petits anneaux d'argile, de même qualité Peu de fours chauffent d'une manière parfaitement
que celle des pièces mises à cuire et recouverts du égale; certains présentent même une différence de plu-
même émail. Quand les montres s'incurvent, « tom- sieurs montres entre le bas et le haut. En général, les
bent », on retire ces anneaux à l'aide d'un crochet de fours à flammes renversées sont ceux qui chauffent le
fer, on les plonge dans l'eau pour les refroidir et on plus régulièrement.
examine la fusion et la maturité de la glaçure ou de la Souvent la tendance d'un fou r à chauffer irréguliè-
couverte. Le refroidissement brusque ne permet pas de rement peut être corrigée par de simples changements
se faire une idée précise de la couleur qu'a la glaçure dans la disposition de l'enfournement, la hauteur des
ou la couverte finie, mais on peut se rendre compte du murettes à feu, la dimension des carreaux, la hauteur
degré de fusion atteint. Avant l'invention des montres- de la cheminée, le nombre et le genre de brûleurs, le
fusibles, ces témoins étaient le meilleur moyen de réglage des brûleurs et du tirage. Mais si , après cela, le
savoir si une cuisson était terminée. four ne chauffe toujours pas régulièrement, le potier
A moins qu'on ne recherche une cuisson réduc- n'a plus qu'à s'habituer à travailler avec des tempéra-
trice, dans le cas des couvertes de grès ou de porce- tures inégales. Bien des glaçures ont une marge de trois
laine, la cuisson des couvertes doit toujours être montres, c'est-à-dire qu'elles ne présentent pas de dif-
oxydante. Autrement dit, le feu doit être propre et sans férence très sensible, cuites à une montre au-dessous
fumée, et on ne doit pas voir de flammes ni au regard ou une montre au-dessus de leur température de cuis-
ni au registre de tirage. On réalise ces conditions en son normale.
réglant les brûleurs pour qu'ils aient assez d'air et en Si le four ne cuit pas régulièrement, il faut éviter
ouvrant suffisamment le volet de tirage pour qu'un les glaçures et de la couverte trop sensibles aux sur-
courant de gaz traverse le four. Si cependant il arrive cuissons ou sous-cuissons. Si on recherche des effets
trop d'air soit par les brûleurs, soit par les orifices qui demandent des températu res exactes, il faut placer
autour des brûleurs, la température ne montera pas, à les pièces dans des endroits du four où l'on sait pouvoir
cause de l'action refroidissante de l'air. Naturellement, attei ndre ces températures. Quand il y a de grandes
ce problème ne se pose pas dans un four électrique, différences de température dans un four, on peut
puisqu'on n'y consume pas de combustible. L'atmo- employer des glaçures et des couvertes de base diffé-
sphère dans un four électrique est toujours neutre ou rentes pour le haut et le bas du four, mais cela com-
oxydante. plique l'enfournement.

150
CUISSON DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

S. Comparaison des cuissons 6. Cuisson au gaz en bouteilles,


au gaz et à l'électricité au fuel ou au bois
Le gaz naturel est probablement le meilleur Le gaz en bouteilles (drvers gaz liquéfiés de
combustrble pour eurre la poterre, bien que l'électricité pétrole) donne des résultats en tout point semblables à
soit le plus commode. Le gaz a l'avantage d'être éco- ceux du gaz naturel. Il est plus cher et requrert un équi-
nomique et aussi celur de permettre de réaliser des pement spécial pour le stockage et la combustion.
atmosphères ·différentes dans le four. Cependant les Quand le gaz brûle raprdement, comme c'est le cas
fours à gaz sont volumineux, nécessitent une chemi- dans un four, il faut un grand réservoir de stockage
née, et demandent de l'habileté et de l'expérience. pour empêcher le gaz de geler dans le réservoir à cause
Les fours électriques, moins encombrants, sont d'une évaporation rapide. Le gaz en bouteilles et le gaz
d'un maniement simple et pratiquement sans surprise; naturel demandent des brûleurs légèrement différents.
ils sont propres, Les résultats obte-
nets et sans odeur, nus avec du fuel
ils ne demandent sont comparables à
pas de cheminée ceux obtenus avec
et ne présentent du gaz. Cependant,
pas de risques d'in- les brûleurs sont
cendie. Le prix de plus compliqués,
revient d'une cuis- plus chers et davan-
son électrrque, tout tage sujets aux
en étant plus élevé accidents méca-
que celui d'une niques que les brû-
cu1sson au gaz, est leurs à gaz. Les
assez bas pour être brûleurs à huile
rentable. lourde sont en
Cuite dans un général tributaires
fou r électrique, la de souffleries élec-
poterie peut sem- Four tunnel à gaz.
triques, ce qui veut
bler pauvre en dire qu'il faut
variété de surface, constamment veiller
en chaleur de couleur, et en textures, comparée à la aux pannes de courant pendant la cuisson. La cuisson
céramique cuite au gaz, aux huiles lourdes (différentes au fuel présente encore d'autres inconvénients que n'a
sortes de fuels) ou au bois. C'est dû, sans aucun doute, pas la cursson au gaz : les pompes et les canalisations
à l'atmosphère du four électrique qui est neutre et peuvent s'obstruer; les mauvarses odeurs sont inévr-
inchangeable. tables et les réservoirs extérieurs doivent être approvi-
sionnés et marntenus pleins. En dép t de toutes ces
Il est diffrcile d'expliquer les différences entre une drfficultés, s'il n'est pas possrble d'employer le gaz, le
cuisson au gaz et une cursson à l'électricité. Les gla- fuel peut être le meilleur combustible et incontestable-
çures ont tendance à être plus brillantes et plus lui- ment de belles pièces peuvent être obtenues en utili-
santes en cuisson électrique, et quelques glaçures qui sant ce combustible.
sont opaques en cursson au gaz serarent plus transpa-
rentes en cuisson électnque. Le charbon et le bois sont rarement employés
aujourd'hui, puisqu'on peut se procurer partout des
Il est toujours bon de faire des essais avant de pas- combustibles plus pratiques. Cependant, les chefs-
ser d'un four électrique à un four à gaz et vice versa, d'œuvre réalisés dans le passé avec des cuissons au bois
pour déterminer les différences entre les glaçures. prouvent que ce combustible ne limite ni le genre ni la

151
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

qualité des pièces. En fait, la cuisson au bois n'est ni si


pénible ni si difficile, ni si coûteuse que d'aucuns pour-
raient le croire. L'auteu r a mis au point un four à bois
d'une capacité d'un peu plus d'un demi-mètre cube
qui monte à 1250 ac en 14 h environ, en brûlant à
peu près 2 cordes de bois (2 cordes* U.S.A.). Dans les
environs d'une scierie ou d'une industrie où les
déchets de bois sont bon marché, une cuisson au bois
est d'un prix de revient égal ou même inférieur à celui
d'une cuisson au gaz. Avec un four à bois, il faut
conduire le feu très soigneusement et la cuisson néces-
site une attention constante pendant tout le temps de
l'opération.

7. Accidents de cuisson
La cuisson des pièces émaillées est l'aspect le plus
captivant de la poterie. Il y entre un élément de sus-
pense et d'attente, et le sentiment d'avoir confié tous
ses efforts au feu. Les résultats sont pour le moins
incertains! Une fois que les pièces sont dans le four,
tout ce qu'on peut faire est de conduire la cuisson soi-
gneusement. Il y a tout de même un certain nombre de
choses qui peuvent aller de travers.
La plupart des mauvaises cuissons sont dues à des
négligences de détail, et la manière de les éviter tombe
sous le sens. Par exemple, les plaques peuvent être mal
calées, branlantes; les pièces peuvent se toucher les
unes les autres et se coller. Des éclats de briques réfrac-
taires peuvent tomber sur les pièces émaillées, la
plaque de support des montres-fusibles peut se casser
et, si l'accident arrive en début de cuisson, on ne peut
s'en apercevoir avant que le four ne soit au rouge; les
montres, en tombant, peuvent se coller aux poteries
proches, un refroidissement trop rapide peut causer des
fentes ou du tressaillage. Cependant, la principale diffi-
culté à éviter reste la sur-cuisson ou la sous-cuisson.
Tout cela peut arriver sans que le potier en soit
responsable, mais le plus souvent ces accidents sont
dus à une erreur de jugement à propos du moment
exact où le four doit être éteint ou à un manque
d'attention pendant la cuisson. Un four demande à être

Alandier d'un four à bois marocain. (*) Une corde est une mesure de bois qui vaut 4 stères.

152
CUISSON DES GLAÇUI!ES ET DES COUVEI!TES

surveillé attentivement, et il faut considérer la cuisson casser. Les procédés du trempage et de l'aspersion sont
comme une étape importante dans le travail créateur rendus plus difficiles. Quel que soit le procédé, il faut
du potier. empêcher l'eau des glaçures d'imbiber l'argi le des
pièces et d'y causer des fentes imperceptibles. De telles
cassures peuvent ne pas être décelables avant la sortie
du four. L'enfournement des pièces émaillées sur cru
devient aussi très difficile en raison de la fragilité des
8. Monocuisson pièces.
On peut appliquer des glaçures et des couvertes Bien des défauts des glaçures et des couvertes
soit sur du biscuit, soit sur du cru . L'émaillage sur cru et apparaissent plus fréquemment avec la monocuisson,
la monocuisson ont l'avantage d'éliminer la première su rtout les retirements et les trous de picot. Ces diffi-
cuisson et la perte de temps et d'argent qu 'elle cultés seront décrites plus loin. Si l'on tient compte de
implique. Cependant, les risques accrus lors de tous les risques de la monocuisson, la double cuisson
l'émaillage et le plus grand nombre de pièces de paraît en général préférable. Une exception : la produc-
second choix ou manquées font que la monocuisson se tion commerciale de grès. Ces pièces sont en général
révèle, à la longue, rarement plus efficace que la épaisses, ce qui réduit certains risques de l'émaillage.
double cuisson. D'autre part, les couvertes de ce genre d'articles ne doi-
Au cours de l'émaillage des pièces crues, il faut vent pas répondre à des normes de qualité très
faire très attention en les manipulant pou r éviter de les exigeantes.

153
18. Défauts des glaçures
et des couvertes

Il est difficile de remédier aux défauts des glaçures Un émail qui tressaille est sous tension. Il est trop
et des couvertes, particulièrement dans la production petit pour la surface qu'il recouvre, et il craque comme
artisanale, où l'on emploie un grand nombre de gla- la couture d'un pantalon trop étroit.
çures et où il n'est pas possible de poursuivre un travail Pendant la cuisson, quand les glaçures et les cou-
d'expérimentation et de contrôle. Malheureusement vertes sont en fusion et recouvrent des pièces encore
quelques-unes des plus belles glaçures du point de vue chauffées au rouge sombre, elles adhèrent toutes par-
esthétique - telles que les glaçures semi-opaques et faitement. C'est pendant le refroidissement que se
les glaçures mates - sont particulièrement sujettes aux développent les tensions dans l'émail.
défauts. La glaçure techn iquement parfaite a tendance Dans le cas du tressaillage, la difficulté vient du
à être unie, de l'aspect du verre, et par conséquent sans fait que l'argile de la pièce se contracte moins que la
intérêt. glaçure ou la couverte qui la recouvre. Cette contrac-
On connaît bien les raisons de la plupart des tion pendant le refroidissement ne doit pas être
défauts qui se produisent dans les glaçures et les cou- confondue avec le retrait de l'argile dO à la cuisson, qui
vertes, et les soins apportés à la composition, à l'appli- apparaît, lui, lors de la montée en température. C'est
cation et à la cuisson peuvent garantir de bons plutôt la contraction qui se manifeste dans tous les
résultats. Cependant, le débutant ne doit pas sous- corps lors du refroidissement. Bien des solides, notam-
estimer les difficultés que représente la production ment les métaux, se dilatent à la chaleur et se con trac-
d'une poterie très bien émaillée. tent quand ils refroidissent. Tout le monde connaît les
joints de dilatation dont sont pourvus les ponts, et qui
permettent la dilatation par temps chaud. Les objets en
argile et les émaux n'échappent pas à cette loi générale
1. Tressaillage suivant laquelle les corps se dilatent à la chaleur et se
Le tressaillage est un défaut courant des glaçures contractent au froid .
et des couvertes, mais, dans bien des cas, on peut le Certains se dilatent davantage, et par conséquent
corriger facilement. Le tressai llage est la formation d'un se rétractent plus que d'autres. Le nombre qui caracté-
fin réseau de fissures (tressaillu res) dans l'émail cuit. rise cette propriété naturelle des corps à augmenter de
Ces fentes peuvent exister sur la pièce dès la sortie du volume à la chaleur et à diminuer de volume au froid
four, ou apparaître des jours ou des mois après la cuis- est appelé coefficient de dilatation. L'argile cuit~ et le
son. La pièce qui est trésaillée dès sa sortie du four fait verre ont heureusement des coefficients de dilatation
entendre un tintement à l'apparition de chaque nou- assez proches pou r rendre possible la fusion du verre
velle fente. Le tressaillage peut être laid et rendre la sur l'argile et lui permettre d'y adhérer pendant le
pièce malsaine; des fuites et des suintements peuvent refroidissement sans tension exagérée entre l'émail et
se produire à travers les parois des poteries destinées à l'argile. Par contre, quand la tension est excessive, le
contenir des liquides. tressaillage apparaît, la glaçure ayant un coefficient de
Pour comprendre les causes du tressaillage et y dilatation supérieur à celui du tesson .
remédier, il faut considérer les causes de tension entre Voici la liste des oxydes couramment utilisés dans
l'émail et le tesson. les glaçures et leu r coefficient de dilatation linéaire :

154
DtFAUTS DES GLA~URES ET DES COUVERTES

SiOz 0,05 x 107 (par degré centigrade) tion. C'est parfois difficile à réaliser sans changer radi-
Al203 0,17 calement la température de cuisson ou b1en l'appa-
8203 0,66 (pour de petites quantités) rence de la glaçure ou de la couverte. En pratique, les
Na20 4,32 modifications à faire pour combattre le tressaillage
K20 3,90 peuvent consister à :
PbO 1,06 1. Augmenter la silice.
ZnO 0,07 2. Diminuer le feldspath.
CaO 1,63 3. Diminuer tous les autres matériaux contenant de la
MgO 0.45 soude ou de la potasse.
BaO 1.73 4. Augmenter l'oxyde borique.
5. Augmenter l'alumine.
· Cette liste montre que les oxydes ont des coeffi- 6. Remplacer la potasse et la soude par du plomb.
cients de dilatation très différents. Celui de la sihce, par
exemple, est à peine le quatre-vingtième de celui de la En se référant à la liste donnée plus haut. on
soude. L'argile, étant faite de silice et d'alumine, a un constate que tous ces changements reviennent à dimi-
coefficient de dilatation moyen, mais quelques émaux, nuer la quantité des oxydes ayant un coefficient de
surtout ceux qui contien- dilatation élevé et à aug-
nent beaucoup de soude, menter celle des oxydes
peuvent avoir un coeffi- qui en ont un faible. Il
cient de dilatation élevé, suffit d'habitude d'une
et donc ne pas adhérer légère augmentation de
au tesson. la silice pour combattre le
Le mécanisme du tressaillage. Cependant,
tressaillage est le sui- si une glaçure ou une
vant : durant la dernière couverte contient une
phase de la cuisson. bonne part de soude ou
l'argile est cuite et plus de potasse sous forme de
ou moins vitreuse; la gla- feldspaths, de frittes ou
çure fondue forme un d'alcalis bruts, il peut être
silicate liquide répandu impossible de remédier
sur l'argile. A ce stade, au tressaillage sans chan-
Intérieur d'une coupe en faïence avec tressai/lage.
bien que la glaçure ait ger alors complètement
encore à se refroidir et à le caractère de l'émail. Si
se solidifier, l'argile a atteint son état de transforma- on recherche une glaçure ou une couverte très alcaline,
tion; au refroidissement, la pate ne change pas de tex- pour obtenir quelque effet de couleur particulier. il faut
ture. Quand l'émail est solidifié, le tesson et l'émail accepter un Inévitable tressaillage.
commencent ensemble à se contracter à cause du Le tressaillage peut aussi être combattu en modi-
refroidissement. Aussi longtemps que le degré de fiant l'argile du support. C'est parfois plus facile que de
contraction est le même pour l'arg1le et la glaçure, il n'y changer la formule de la glaçure ou de la couverte.
a pas de tension entre elles; mais, si la glaçure et la Dans ce cas, le remède qui s'impose est d'augmenter la
couverte se contractent plus que l'argile, il y a tension proportion des matériaux à coeffiCient de dilatation
et la glaçu re ou la couverte est obligée de céder. élevé contenus dans l'argile de sorte que, en refroidis-
Le tressaillage peut être combattu en abaissant le sant, elle se contracte plus et comprime la glaçure et la
coefficient de dilatation de la glaçure et, par consé- couverte. En pratique, cela rev1ent à ajouter plus de
quent, son coefficient de contraction au froid. On y feldspath ou de maténaux frittés qui contiennent des
parvient en choisissant pour les glaçures et les cou- oxydes tels que la soude ou la potasse, qui ont un coef-
vertes des oxydes ayant un faible coefficient de dilata- ficient de dilatation élevé.

155
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

Un autre moyen plus pratique de remédier au tres- que l'humidité peut pénétrer par les surfaces sans gla-
saillage en agissant sur la pâte est d'en augmenter la çure, elle absorbera à la longue toute l'humidité
teneur en silex. Cela peut paraître contradictoire, ambiante. Longtemps après, cette humidité causera
puisque l'addition de silice à la glaçure et à la couverte une légère hydratation de l'argile cuite qui se traduira
est aussi prônée comme remède. Cependant, la silice par une légère augmentation de volume. Elle peut suf-
ajoutée à une pâte agit tout à fait différemment de la fire à décoller la glaçure et à la fa1re fendre. Pour éva-
silice ajoutée à une glaçure. Quand on l'ajoute à la gla- luer la tendance des pièces à ce genre de tressaillage, il
çure. elle est fondue en un liquide et refroidit en tant faut faire des essais à l'autoclave. Ce traitement équi-
que composante d'un solide amorphe ou non cnstallin. vaut à une exposition de longue durée à une humidité
Quand elle est ajoutée à une pâte, la silice reste normale. Si un échantillon résiste pendant deux heures
sous la forme d'un solide cristallin durant tout le cycle à une pression de vapeur de 45 kg, il est peu probable
de chauffage et de refroidissement. Cette différence que le tressaillage apparaisse jamais en usage normal.
est importante, puisque la silice cristalline dans la pâte Le tressaillage est auss1dû aux chocs thermiques ;
a des propriétés bien différentes de celles de la silice si les pièces sont sorties du four quand elles sont
fondue dans la couverte et la glaçure. La raison de cet encore trop chaudes, elles peuvent tressa iller, alors
apport de silice à une pâte céramique pour combattre qu'elles ne l'auraient point fait avec un refroidissement
le tressaillage, c'est l'inversion de son quartz alpha en normal. De même, une utilisation brutale des pièces
quartz bêta à 573 oc. Ce changement dans la structure dans le four de cuisine ou sur la cuisinière peut être une
cristalline s'accompagne d' une légère augmentation cause de tressalllage.
de volume, réversible, c'est-à-dire que la silice qui s'est L'usage des glaçures et des couvertes tressaillées à
dilatée à la montée en température au-delà de 573 oc des fins décoratives sera étudié plus loin.
se contractera d'autant en refroidissant.
Cette inversion des quartz dans la silice, bien que
produisant un changement minime dans le volume des
pièces, est suffisante pour affecter l'adhérence de la 2. Écaillage
glaçure au tesson. Quand les pièces refroidissent dans
L'éca1llage est le contra1re du tressaillage. Les
le four et atteignent 573 °C, la légère contraction du
remèdes seront donc à l'opposé de ceux indiqués pour
tesson engendre dans l'émail une compression suffi-
combattre le tressaillage.
sante pour empêcher le tressaillage. Cela explique que
L'écaillage apparaît quand la glaçure subit une
l'addition de silice à l'argile tende à corriger le tres-
trop grande compression qui la force à se décoller de
saillage. Si l'on en ajoute trop cependant, les pièces
l'argile sous forme d'écailles ou d'éclats. On peut
peuvent se fendre ou éclater pendant le refroidisse-
ment, même si ce dernier est effectué très graduelle-
ment, à cause d'un changement de volume excessif. On ( caillage sur les arêtes d'une faïence.
peut s'attendre à ce que les pâtes contenant moins de
10% environ de silice soient difficiles à bien émailler.
Celles qui en contiennent plus de 25% peuvent être
difficiles à cuire sans se casser ou se fendre.
La sur-cuisson peut être une cause de tressaillage.
Si la cuisson a été poussée à un degré tel que la silice
libre du tesson a été vitrifiée avec les autres matériaux,
il n'y a pas inversion des quartz lors du refroidissement,
donc pas de réduction de volume, la glaçure et la cou-
verte n'a pas été compressée.
Un autre type de tressaillage v1ent de l'utilisation
des pièces ou de leur exposition aux éléments après la
cuisson . Quand une pièce est légèrement poreuse et

156
DÉFAUTS DES GLAÇURES ET DES COUVERTES

comparer cela à un trottoir qui gondole et se soulève face de la p1èce, craquer. et même se retirer, laissant
par endroits quand le sol se dilate. L'écaillage est un une surface non émaillée. Si cette surface est trop
défaut sérieux, mais on peut le corriger facilement. Il grande, elle ne sera pas recouverte par l'émail en fusion
suffit d'augmenter la quantité d'oxydes à haut coeffi- avoisinant. Pour éviter le retirement, il faut manipuler le
cient de dilatation; ainsi la glaçure se contracte-t-elle biscuit aussi peu que possible et le conserver à l'abri de
davantage lors du refroidissement et la compression la poussière. Si le biscuit est sali, il faut le laver soi-
qu'elle subit diminue. En pratique, on diminue la Silice gneusement à l'eau avant l'émaillage.
de la glaçure et on augmente le feldspath ou les autres Quand la glaçure, ou la couverte, est appliquée
matériaux alcalins. Si on veut agir sur la pâte même, la par vaporisation, un mélange trop liquide posé sur une
diminution de la proportion de silice suffit en général. couche d'émail posé au préalable peut diluer cette der-
L'émail doit être faiblement comprimé si on veut nière, et risque de produire du retirement à la cuisson.
qu'il forme sur le tesson une pellicule sans cassure et Quelquefois l'émail peut couler à l'intérieur des
qu'il ne tressaille pas. De bonnes glaçures et couvertes pièces et pas à l'extérieur, ou inversement. Cela peut
qui sub1ssent une tens1on trop forte peuvent parfo1s venir de ce que l'on a d'abord émaillé l'intérieur, puis
casser la pièce, si les parois sont très minces et SI la appliqué l'émail liquide sur l'extérieur. L'eau peut avoir
couche de glaçure est épaisse. Lorsque des cassures de traversé les parois du vase de l'extérieur vers l'intérieur
ce genre se produisent, elles apparaissent durant la der- et être venue diluer l'émail de l'intérieur.
nière phase du refroidissement, ou quelques heures Une cause fréquente de retirement est le retrait et
après le défournement. le craquelage de l'émail cru. Quelques oxydes de l'émail
L'écaillage est surtout le fait de glaçures qui recou- - surtout l'argile, l'oxyde de zinc, le carbonate de
vrent l'intérieur des pièces en couche épa1sse et qu1par magnésium, la céruse, la colémanite - prennent un
contre ont été appliquées en couche très mince (ou retrait considérable. Si des fentes se forment à la sur-
manquent complètement) à l'extérieur des pièces. face de l'émail sec, il en résultera des retirements. Ces
fentes peuvent être bouchées avec de l'émail sec. Les
émaux qui ont un grand retrait au séchage peuvent
être modifiés en remplaçant certams de leurs maténaux
3. Retirement bruts. L'argile calcinée, par exemple, peut remplacer
Dans le retirement, la glaçure et la couverte se l'argile naturelle; on peut aussi ajouter une gomme
séparent du tesson lors de la fusion et laissent des pour diminuer les fentes et augmenter l'adhérence de
taches où l'argile est à nu. Le retirement peut laisser à l'émail cru au tesson durant les premiers stades du
découvert de minuscules espaces seulement ou un chauffage dans le four.
ensemble de surfaces dénudées ressemblant à des cre- Certains types d'émaux sont plus sujets au retire-
vasses dans de la boue sèche. Dans les cas extrêmes, la ment que d'autres; celui-ci est rare dans les émaux
glaçure peut couler en formant des gouttelettes, ou se transparents, fluides; par contre plus fréquent dans les
retirer de la plus grande partie de la pièce pour se glaçures et les couvertes très mates, les glaçures et les
répandre sur la plaque d'enfournement. couvertes très visqueuses lors de la fusion, les émaux
Le retirement peut affecter une glaçure ou une qui contiennent beaucoup d'argile ou de colémanite.
couverte appliquées sur un biscuit malpropre, ou pro- Dans le cas des glaçures les plus fluides, les fentes et
venir de toute autre cause empêchant la glaçure ou la les cassures qui apparaissent en début de cuisson ten-
couverte crue de bien adhérer au tesson. Si un biscuit a dent à se boucher d'elles-mêmes quand la fusion se
une tache de graisse. la glaçure ou la couverte crue poursuit.
peut avoir à cet endroit un contact insuffisant avec Un autre type de retirement, fréquent et gênant,
l'argile. Un tel défaut peut passer inaperçu, puisque est celui qui apparaît par-dessus les peintures sous gla-
l'émail peut paraître bien appliqué. Durant les premiers çure. La couleur sous glaçure, si elle est appliquée en
stades de la cuisson cependant, quand l'émail com- couche trop épaisse, peut rester sur le tesson comme
mence à s'agglomérer, l'émail peut se relâcher à une couche poussiéreuse et réfractaire sous la glaçure.
l'endroit où il n'est pas en contact intime avec la sur- La glaçure en fusion peut avo1r de la difficulté à se

157
LES GlAÇURES ET LES COUVERTES

répandre sur une telle surface, comme la pluie qui, en mates et celles que l'on sous-cuit volontairement en
tombant sur une route poussiéreuse, ne s'étale pas uni- vue d'obtenir un certain effet esthétique.
formément, mais forme de grosses gouttelettes. Dans le cas de ces glaçures, l'arrêt du feu peut se
Pour remédier à ce genre de défaut, il faut appli- faire en pleine période de volatilisation des gaz et la
quer les peintures sous glaçure en couches plus légères. glaçure commence alors à se refroidir et à se solidifier.
Un peu de gomme ou de liant dans la couleur sous Un temps de cuisson plus long, permettant une volatili-
glaçure peut aussi aider à empêcher la glaçure de se sation complète, suffit souvent à combattre ce défaut.
retirer. Les glaçures qui sont fluides lors de la fusion sont
Il faut admettre que, même quand toutes les pré- beaucoup moins sujettes au picot que les glaçures
cautions ont été prises, les retirements apparaissent sèches, mates, ou sous-cuites. Quand les glaçures les
quelquefois. Si ce défaut persiste, il vaux mieux changer plus fluides atteignent leur viscosité la pl us basse à la
de glaçure, quelles que soient les qualités de la glaçure température la plus élevée de leur cuisson, il y a beau-
en cause. Qui pis est, un retirement accidentel peut coup de chances pour que les trous et les cratères se
apparaître sans raison apparente. bouchent, et que les glaçures se déposent en une
couche homogène ayant une surface unie sans cassure.
Quelquefois, une glaçure qui n'est pas d'elle-
4. Picot même sujette au picot, si elle est trop cuite de 2 ou
3 montres, sort du fou r avec des crevés. Les trous ou
Les trous et les crevés du « picot », par leur fré- boursouflures sont causés par l'ébullition de la glaçure
quence, sont les défauts les plus irritants et les plus dif- quand elle approche de la phase de vaporisation. Ce
ficiles à combattre. La glaçure peut sortir du four bouillonnement laisse des cratères, des cicatrices ou
couverte de trous. Ces trous peuvent être plus ou des trous dans la glaçure solidifiée.
moins grands; ils ressemblent à de minuscules cratères Même en apportant les plus grands soins à la
de volcans. Une nouvelle cuisson ne ferait que les conduite du feu, quelques glaçures persisteront à pré-
agrandir et en augmenter le nombre. senter ce défaut. Naturellement, il est difficile de
On peut envisager plusieurs conditions favorables conduire la cuisson exadement de la même manière
à l'apparition de ce défaut. Une cause simple et à chaque fois, et les plus petites variations peuvent cau-
laquelle on peut remédier facilement est la présence de ser du picot dans une glaçure qui n'en a pas d'habi-
petites bu lles d'air à la surface du tesson . Cela se pro- tude. Si le picot persiste, il vaut mieux abandonner la
duit quelquefois dans les pièces moulées quand la bar- glaçure plutôt que d'essayer en vain d'atteindre une
botine n'a pas été assez remuée et qu'elle est restée exactitude impossible dans la conduite du feu.
pleine d'air lors du remplissage des moules. Ces petites Les glaçures contenant une quantité de zinc ou de
poches d'air sous la glaçure peuvent passer à travers la rutile supérieure à la normale sont sujettes au picot.
glaçure en fusion et venir crever à la surface en y for- Une réduction trop poussée, surtout en début de cuis-
mant un petit cratère. son, peut déposer une quantité considérable de car-
Malheureusement, l'argile du tesson est rarement bone dans les pores de l'argile. L'oxydation de ce
responsable. La composition de la glaçure et la carbone peut causer du picot quand le gaz carbonique
conduite de la cuisson peuvent souvent être mises en s'échappe à travers la glaçure.
cause. Toutes les glaçures contiennent des éléments
On peut essayer les remèdes suivants pour corriger
volatils et traversent normalement une période d'agita-
le picot :
tion et d'ébullition pendant laquelle ces gaz se libèrent.
En général, on appelle « picots » les cratères solidifiés 1. Allonger le temps de cuisson.
témoins de ce bouillonnement. On obtiendrait un effet 2. Appliquer la glaçure en couche plus fine.
comparable si l'on pouvait tout d'un coup geler une 3. Ajouter plus de fondant à la glaçure pour la rendre
bassine d'eau en train de bouillir, figeant ainsi les plus fluide.
myriades de petites bulles crevant à la surface. Les gla- 4. Diminuer l'oxyde de zinc et le rutile da ns la glaçure.
çures les plus sujettes à ce défaut sont les glaçures 5. Augmenter la température de cuisson.

158
DtFAUTS DES GlAÇURES fT DES COUVERTES

6. Dimmuer la réduction en début de cu1sson. pas homogène, et souvent désagréablement dure au


7. Maintenir la température du four au point de culs- toucher.
son le plus élevé pour une période de saturation. Les pièces surcuites, d'autre part, sont brillantes,
8. Al longer le temps de refroidissement entre le mo- et l'émail peut être trop mince dans le haut des pièces
ment où la température est le plus élevée et celui du et se rassembler dans le bas ou couler sur les plaques
début de solidification de la glaçure. d'enfournement. la sous-cuisson ou la surcuisson peu-
vent donner aux glaçures et aux couvertes des couleurs
tout à fa1t différentes de celles qu'on aurait obtenues
en cuisson normale à la température voulue.
5. Bulles et boursouflures Les pièces surcuites qui présentent de graves
défauts sont perdues. Cependant, la surcuisson peut
Les glaçures au plomb, soumises accidentellement donner à la pièce des qualités esthétiques très valables,
à une atmosphère réductrice dans le four, peuvent se même si on ne les avait pas prévues, alors que la sous-
boursoufler. La glaçure devient grise et noircie et sa cuisson, elle, donne presque toujours de mauvais
surface peut être couverte de grandes boursouflures et résultats.
de cratères. L'oxyde de plomb est sensible à l'atmo- les pièces sous-cuites peuvent être sauvées par
sphère et il est réduit facilement. Quand on cuit une une seconde cuisson normale au cours de laquelle
fournée émaillée avec une glaçure plombeuse, il faut l'émail cuit à la température voulue. Les glaçures
veiller à protéger les pièces du contact direct de la usuelles ont une marge de 50 oc environ (et même
flamme. les glaçures contenant du plomb sous forme plus) qui diminue grandement les risques de pertes par
de fritte exclusivement sont moms SUJettes à se bour- sous-cuisson ou surcuisson .
soufler lors de la réduction que celles composées avec
du plomb brut.
Si les glaçures sont appliquées en couches trop
épaisses, elles peuvent cloquer. Cela se voit fréquem-
ment à l'intérieur des bols quand la glaçure s'est accu-
7. Défauts d'émaillage
mulée au fond, ou quand elle a été appliquée en Une application trop parcimonieuse de la glaçure
couche trop épaisse. Dans ces cas-là, de grandes est une cause fréquente de défauts dans les glaçures.
cloques apparaissent dans la glaçure et celles qui sont à Celles dont la couche est trop mince peuvent être
la surface crèvent facilement. Le remède est d'appliquer rugueuses et ne pas avoir la couleur recherchée. Les
la glaçure en couche plus mince. glaçures trop épaisses peuvent couler, se boursoufler,
Les bulles sont des bosses qui apparaissent à la faire coller les couvercles aux pots ou les pots aux
surface des p1èces émaillées. Elles sont dues à des plaques d'enfournement. Les glaçures appliquées irré-
poches d'air se trouvant juste sous la surface de l'argile gulièrement peuvent présenter de vilaines stries ou
du tesson. Ces poches d'air, lors de la montée en tem- des taches indésirables. l'émaillage est l'une des opé-
pérature, se gonflent comme de petits ballons, formant rations critiques de la poterie, et on ne peut préjuger
une bosse ou une bulle dans la pièce finie. de la réussite du résultat jusqu'à la sortie de la pièce
Les pièces façonnées avec soin ne renferment pas du four.
d'air et ne sont pas sujettes à ce défaut.

8. Accidents pendant la cuisson


6. Sous-cuisson et surcuisson
En dépit du plus grand soin donné à la composi-
La sous-cuisson et la surcuisson sont peut-être les tion, à l'application et à la cu1sson des glaçures, des
défauts les plus communs des glaçures et des cou- accidents à l'Intérieur du four peuvent réduire à néant
vertes. Les pièces sous-cuites ont une surface rugueuse, un travail par ailleurs bien fa1t. Des plaques peuvent se

159
lES GlAÇUJIES ET lES COUVEJITU

casser et tomber sur les p1èces. Des pièces peuvent supporter les déceptions et de continuer son travail
pencher et se coller l'une à l'autre. Des éclats de tout en étant certain que quelques-uns de ses efforts
briques ou de mortier peuvent tomber de la voûte du les plus méritoires seront perdus. Pour éviter ces mésa-
four sur les pièces émaillées. les couleurs volatiles, sur- ventures de cuisson, il faut enfourner avec un soin
tout le chrome, peuvent passer d'une pièce à l'autre, extrême. En manipulant les plaques d'enfournement et
teignant la glaçure. La glaçure peut couler d'une pièce les pièces, il faut faire très attent1on qu'aucun éclat
et tomber sur une autre. Ce sont des accidents qui met- d'argile cuite ou de brique ne tombe sur les glaçures.
tent le potier à l'épreuve. Ce métier demande une Toutes les plaques doivent être bien calées, et celles qu1
patience extraordinaire et le potier dOit être capable de sont fendues doivent être éliminées.

160
19. Les engobes

commencé son retrait, l'engobe peut s'en aller par


1. Composition plaques et peler quand le retrait s'accentuera. Une
Un engobe est une barbotine de terre colorée autre difficulté inhérente à ces engobes est que les
appliquée sur une poterie pour en changer la couleur seules couleurs possibles sont celles qui sont plus fon-
ou pour obtenir des effets décoratifs. Il y a bien des cées que l'argile, puisqu'il est impossible d'éclaircir un
manières de colorer et d'appliquer les engobes, et une mélange de terre, sans en changer radicalement les
partie importante de l'art de la décoration en poterie qualités et les proportions.
consiste à composer, à appliquer et recouvrir de glaçure Pour tourner ces difficultés, on calcule la composi-
les engobes. tion des engobes de manière qu'ils aient un retrait infé-
La composition d'un engobe doit être telle que : rieur à celui des argiles su r lesquelles on les pose, et
qu'ils contiennent des matériaux cuisant surtout blanc,
1. Il recouvre la pièce d'une couche d'une épaisseur
convenable et de la couleur désrrée. à moins qu'on ne les colore avec des oxydes colorants.
Pour assurer la blancheur et l'opacrté, on ajoute fré-
2. Il adhère à la pièce durant le retrait qui accompagne quemment de l'oxyde d'étain ou de zirconium.
le séchage et la cuisson.
Les composants des engobes peuvent être rangés
3. Il se vitrifie ou durcisse à une température égale ou dans les groupes suivants :
légèrement inférieure à la température de cuisson du
1. Les argiles.
tesson sur lequel on l'emploie.
2. Les fondants.
4. Il reste intact sous la couche de glaçure sans être drs-
3. Les dégrarssants.
sous dans cette dernière, ni éclater, ni peler.
4. Les durcissants.
5. Les opacifiants.
En réalité, toutes ces conditions sont faciles à réa-
6. Les colorants.
liser, et les engobes ont en général une grande tolé-
rance quant à la composition, à l'application et à la Les argiles choisies pour les engobes le sont à
cuisson. cause de leur blancheur et de la faiblesse relative de
Des engobes d'usage très courant peuvent être leur retrait.
composés en ajoutant des oxydes colorants à l'argile Les mélanges de kaolin et de bali clay remplissent
particulière dont on se sert pour faire les pièces à engo- d'habitude les conditions requises pour un engobe. Si
ber. Par exemple, si on dispose d'une argile qui se on veut augmenter ou diminuer le retrait, il faut aug-
tourne bien, on peut obtenir un engobe d'une couleur menter ou diminuer l'argile par rapport au kaolin. Dans
plus foncée en ajoutant simplement à l'argile un peu beaucoup d'engobes, le total de ces deux éléments est
d'oxyde de fer et de manganèse, peut-être 2% de cha- compris entre 40 et 70%.
cun . Un engobe de ce genre peut être appliqué au pin- Les fondants utrlisés dans les engobes varient sui-
ceau, par trempage, par vaporisation et il adhérera vant la température de cuisson. Pour les hautes tempé-
bien, pourvu que la pièce soit encore humide et n'ait ratures, de 1125 oc à 1390 oc, on choisit de
pas amorcé son retrait. préférence le feldspath. Pour les températures plus
La difficulté d'utiliser un tel engobe est qu'il faut basses, on emploie des frittes sans plomb, éventuelle-
l'appliquer sur l'argile encore humrde; autrement, si ment en combinaison avec du talc. On peut ajouter un
l'argile est déjà trop sèche et que la pièce ait déjà peu de blanc d'Espagne comme fondant auxiliaire.

161
LES GLAÇURES ET LES COUVmES

Comme dégraissant on emploie le silex. Les peut aussi utiliser dans ce but des liants organiques tels
engobes contiennent d'habitude une bonne quantité que les gommes ou le sucre. Ma1s ils ont le désavantage
de silex. Celui-ci diminue le retrait, donne le degré de de s'abîmer avec le temps.
dureté nécessaire à l'engobe, et augmente l'adhérence
Pour l'opacité, on peut ajouter aux engobes de
de la glaçure. On met en général entre 15 et 30 % de
silex. On peut aussi employer comme dégraissant la l'oxyde de zirconium . Pour les couleurs les plus
pyrophyllite, un silicate d'aluminium non plastique. Elle sombres, ce n'est pas réellement nécessaire. Mais, si on
veut un engobe opaque et très blanc, l'opacifiant aide
se comporte dans les argiles et les engobes comme de
à obtenir la blancheur et permet l'application d'une
l'argile calcinée.
couche plus mince sans perte d'opacité. L'oxyde d'étain
Pour la dureté, l'addition d'un peu de borax s'est
joue le même rôle que l'oxyde de zirconium, mais il est
avérée valable. Le borax, étant soluble, tend à se recris-
plus cher.
talliser dans l'engobe quand il sèche sur le tesson, et la
couche formée est plus dure, plus résistante, moins Le tableau suivant montre quelques compositions
exposée aux détériorations lors des manipulations. On types d'engobes :

Température 945 •c à 1125 ·c 1125 ·cà 1190 ·c 1190 ·c à 1285 ·c


QJ
..... QJ
...... QJ
......
État de la pièce
"b
'ê \J
1
·:;
\J
"b
'ê \J
·:;
\J
·-E
"b
\J
·:;
\J
::J QJ -~ ::J QJ -~ ::J QJ ·~
..c:: V> ..Q ..c:: V> ..Q .c: V> ..Q
i 1 1

25 15 5 25 15 5 25 15 5
Kaolin
Bali clay 25 15 15 25 15
1

15 25 i 15
' 15
L

Kaolin calciné 20 20 20 20 20 20
Fritte sans plomb 15 1 15 15 5 5
1
1 1
Syénite néphélinique 1 15 1
15 20 5
Feldspath 1 1
20 20 20
Ta lc 5 5 15 5 5 5
Silice* 20 20 20 20 1 20 20 20 20 20
Zircon 5 1
5 1
5 5 5 5 5 5 5
1
Borax 5 5 5 5 5 5 5 5 5
100 100 100 100 100 100 100 100 100
(•) Silice . silex caloné, sable ou quartz pulvénsé.

La composition des engobes, à l'inverse des gla- Ce qu'on demande à un engobe, c'est de coller au
çures, est assez souple et peut être facilement modi- tesson durant le séchage sans se fendre, peler, ou se
fiée. On peut quelquefois diminuer ou augmenter de décoller des rebords, et, pendant la cuisson, de ne pas
10 % la proportion d'un maténau dans un engobe sans couler, de ne pas se dissoudre dans la glaçure, et de ne
en changer notablement l'aspect une fo1s cuit. pas la décoller du tesson. Bien qu'il soit diffiCile de

162
LES ENGOBES

tester les engobes, leur retrait au séchage et leur fusion


peuvent être facilement modifiés en jouant sur les pro-
portions des matériaux qui les composent.

2. Les oxydes colorants


dans les engobes
Les engobes peuvent être colorés avec tous les
oxydes dont on se sert pour colorer les glaçures. Les
couleurs qui en résultent, vues à travers une glaçure
transparente après cuisson, sont très semblables à
celles que produit l'addition d'oxydes colorants dans les
glaçures. Pour avoir la même intensité de ton, il faut Plat avec un engobe blanc et coloré sous glaçure p/ombeuse.
mettre plus d'oxydes colorants dans les engobes que
dans les émaux. Les combinaisons d'oxydes pouvant
être très variées, on peut obtenir un grand nombre de
couleurs. Comme on peut s'y attendre, l'addition de
cobalt donne du bleu, celle de cuivre du vert, etc.
Ces couleurs n'atteignent leur pleine intensité que
Palette des oxydes dans les engobes sur faïence.
couvertes d'une glaçure.
Puisq ue les engobes ont l'aspect d'une couche
d'argile recouvrant le biscuit (ou l'argile crue), les cou-
leurs qui semblent le mieux convenir sont celles des
roches naturelles, telles que le noir, le brun, le marron,
le gris clair ou le gris-bleu. Les verts vifs. les jaunes ou
les bleus viennent peut-être mieux avec les glaçures
qu'avec les engobes. On peut facilement obten ir une
bonne texture ou des taches de couleurs en ajoutant à
des engobes des matériaux en granules, comme le
manganèse granulé, la brique rouge pilée ou le schiste,
ou l'ilménite granulée.

La liste suivante donne les proportions types


d'oxydes colorants à ajouter aux engobes, et les cou-
leurs probables qui en résultent :

2% oxyde de fer marron clair


4% oxyde de fer brun
6% oxyde de fer brun foncé
1% chromate de fer gris clair
2% chromate de fer gris moyen
1% oxyde de cobalt bleu moyen
2% oxyde de fer gris-bleu
1% oxyde de cobalt

163
LES GLAÇURES ET LES COlMQTES

3% oxyde de cuivre vert moyen Les glaçures appl1quées par-dessus les engobes
10% teinture de vanadium jaune ont une grande influence sur leur couleur et leurs qua-
6% bioxyde de manganèse pourpre brun lités. Les glaçures alcalines, par exemple, apporteront
3% manganèse en grains brun moucheté leur brillance particulière aux couleurs des engobes
6% rutile bistre crémeux qu'elles recouvriront.
3% oxyde de fer Les glaçures transparentes à forte teneur en
plomb, appliquées en couches minces par-dessus des
2% oxyde de cobalt noir
engobes, avivent et égaient les couleurs des engobes
2% bioxyde de manganèse
et révèlent tous les détails de texture et du travail au
pinceau.
Les glaçures au plomb ont tendance à dissoudre
les engobes et, si on emploie une glaçure à forte teneur
en plomb, il faudra composer un engobe contenant
beaucoup de silex et d'opacifiant.
Les glaçures et les couvertes semi-opaques par-
dessus les engobes peuvent être d'un très bel effet, voi-
lant en partie l'engobe. De subtils dégradés de couleurs
et de textures peuvent résulter de glaçures et de cou-
vertes cachant et révélant partiellement l'engobe. Si on
applique des glaçures ou des couvertes opaques ou
semi-opaques par-dessus un engobe très riche en
oxyde de fer, de manganèse ou en tout autre oxyde
colorant foncé, cet engobe les traversera et donnera
des textures riches, travaillées, surtout si l'épaisseur des
Décor aux engobes à base d 'oxydes de fer et de manganèse glaçures et des couvertes est inégale.
sous glaçure plombeuse, région de Soufflenheim.

3. Engobes vitreux
Un engobe qui a un très petit retrait à cause de sa
faible teneur en argile et qui cuit en une couche dense
et opaque sur le tesson peut être appelé engobe
vitreux. Il peut être appliqué en toute sécurité soit sur
du sec, soit sur du biscuit, puisqu'il a un faible retrait et
s'accommode des pièces qui ont déjà effectué leur
propre retrait.
S1on décore un biscuit avec un engobe vitreux, on
peut appliquer la glaçure et la couverte directement sur
l'engobe sans devoir le faire cuire. Ce procédé a l'avan-
tage de réclamer moins de soins que la décoration à
l'engobe des pièces humides. On peut stocker le biscuit
et le décorer à n'importe quel moment. Un autre avan-
tage de la décoration du biscuit avec un engobe vitreux
Plat de la région de Soufflenheim au décor à base est qu 'on peut effacer une décoration manquée et en
d'oxyde de cuivre sous glar;ure plombeuse. composer une autre. Par contre, ce procédé ne laisse

164
lfS f NGOSU

pas la même liberté technique que la décoration sur les


pièces humides. Il est déconseillé de faire des traînées
4. Techniques d'application
d'engobe, car elles risqueraient de peler. D'autres tech- des engobes
mques, comme celle du sgraffite, qui demandent une
argile molle et hum1de, ne donnent pas les meilleurs Il existe une grande variété de techniques d'appli-
résultats avec des engobes v1treux. cation des engobes. On peut les passer au pinceau, par
trempage, à la brosse, en traînées faites avec une poire
Les engobes vitreux sont composés avec le mini-
ou au pistolet. On peut fa1re des décorations en épar-
mum d'argile permettant une bonne adhérence, géné-
ralement de 10 à 20% environ. Le dégraissant, en gnant certaines parties des pièces par un corps gras, du
latex liquide, ou du papier découpé collé à l'eau sur le
général de la silice, est en plus grande quantité que
dans les engobes normaux que l'on passe sur les pièces biscuit ou les pièces crues. On peut aussi tracer des
humides. En général on augmente auss1 le fondant. les traits en gravant dans l'argile encore humide à travers
engobes vitreux ont une composition assez voisine de l'engobe (technique familière du sgraffite).
celle des glaçures et on peut les considérer comme des La décoration à l'engobe a le mérite de la sou-
glaçures sous-cu1tes, très opaques, appliquées sous la plesse, de la facilité d'application, et sa parenté avec
couverte et la glaçure habituelle pour en modifier la l'argile fait qu'il forme avec la pièce un ensemble plus
couleur ou réaliser des mot1fs décoratifs. Puisque les homogène que les autres décors.
engobes vitreux sont recouverts de glaçure et de cou- la décoration à l'engobe fait évidemment penser
verte quand ils sont encore à l'état brut, l'inclusion aux pièces de la Pennsylvanie, très naturelles et souvent
d'une gomme ou d'un durcissant quelconque dans leur fort belles, aux faïences anglaises de l'ère pré-indus-
composition est presque une nécessité. les engobes trielle et aux pièces campagnardes de l'Europe centrale.
vitreux rendent délicate l'application des glaçures et les couleurs chaudes et naturelles de ces poteries, leurs
des couvertes, car ils sont très fragiles. La vaporisation motifs décoratifs naïfs, esquissés à grands traits et sans
de l'émail est le procédé le plus satisfaisant; par contre recherche, la vigueur de leurs formes fonctionnelles
le trempage et l'aspersion peuvent décoller l'engobe, font encore d'elles le type par excellence de la poterie
causer des fentes ou le faire peler. décorée aux engobes.

165
20. Décoration et couleurs
sous glaçure ou sous couverte

ils ont le désavantage d'avoir un grain relativement


1. Pigments employés gros, une gamme de couleurs limitée, une tendance à
dans la peinture sous glaçure couler et à tacher sous la glaçure.
Pour disposer de la plus grande gamme possible
ou sous couverte de couleurs sous glaçure, on emploie des combinaisons
Un des attraits majeurs des glaçures de poterie est d'oxydes, comme celle de l'oxyde de chrome et d'étain,
que les couleurs et les changements de teintes et de qui donne des tons vanés de rose et de rouge, ou de
textures peuvent apparaître à différents niveaux dans chrome et de zinc, qui donne du brun. On obtient
l'épaisseu r de la glaçure, à la surface ou sous la surface, toutes sortes de verts et de bleus avec des combinai-
et peuvent être vus à travers une couche de verre. sons de cu ivre, de cobalt et de chrome. Le jaune de
Celle-ci accentue la profondeur, la variété des couleurs Naples est obtenu en combinant de l'antimoine et du
et leur donne une lummos1té qu'elles ne peuvent avoir plomb. En préparant les couleurs sous glaçure, il faut
en peinture. Les couleurs sous glaçure sont vues sous combiner les oxydes métalliques avec assez de fondant
une couche de glaçure qui peut les révéler distincte- pour qu'ils s'agglomèrent et assez de matériau réfrac-
ment ou les voiler partiellement avec une autre couleur. taire, comme le silex, pour les empêcher de couler ou
Les couleurs sous glaçure peuvent être appliquées par de tacher sous la glaçure. Les matériaux combinés sont
vaponsation ou au pinceau sur les pièces nues ou engo- calc1nés Jusqu'à ce qu'1ls se prennent en une masse
bées. Elles sont ensu1te couvertes d'une glaçure trans- dure mais non fondue. Ils sont alors très finement pul-
parente. vérisés. Bien que l'artisan puisse les fabriquer, il a avan-
les pigments des couleurs employés dans la pein- tage à acheter des couleurs toutes prêtes dont
ture sous glaçure sont mis au point pour : l'uniformité est m1eux garantie. les manufactures de
1. Donner la couleur désirée quand on les recouvre couleurs et teintures céramiques ne publient pas, bien
d'une glaçure transparente. sûr, les formules de leurs produits, ma1s les proportions
2. Ne pas tacher, fondre ou couler, lorsque la glaçure générales des oxydes employés pour obtenir les diffé-
fond sur eux. rentes couleurs sont bien con nues.
3. Se passer facilement au pinceau, ce qui implique les recettes page suivante indiquent les compo-
qu'ils soient finement pulvérisés. sants typ1ques et leurs proportions dans quelques cou-
leurs sous glaçure.
les couleurs sous glaçure que l'on vend dans le Des centaines de couleurs sous glaçure de fabrica-
commerce correspondent exactement aux exigences tion industrielle sont proposées dans le commerce. En
des manufactures de vaisselle de table. Elles sont com- dépit de la variété étonnante des noms donnés à ces
posées, calcinées et pulvérisées dans des conditions soi- couleurs, 11 y a un nombre lim1té de couleurs types et le
gneusement contrôlées pour garantir l'uniformité de la potier s'en tiendra normalement à quelques-unes qui
production. conviennent bien à ses glaçures personnelles et à ses
Les oxydes colorants - tels que l'oxyde de fer, de procédés. Bien que les couleurs sous glaçure soient
cobalt, de cuivre - peuvent être employés, mais, com- chères par rapport aux oxydes colorants, leur grand
parés aux couleurs spécialement préparées à cet effet, pouvoir colorant les rend d'un emploi économique.

166
OtCORATION ET COULEURS SOUS GlAÇURE OU SOUS COUVERTE

Coupe de Mouche Chemla au décor sous glaçure.

167
lfS GLAÇURES ET lfS COUVERTES

oxyde d'antimoine 24
Jaune de Naples minium 48
oxyde d'étain 16
nitre 2

oxyde de fer 30
Brun oxyde de chrome vert 28,5
oxyde de zmc 72

oxyde ferrique (rouge) 10


Noir 1
oxyde de chrome 76
oxyde de cobalt noir 20
bioxyde de manganèse 12

oxyde de cobalt no1r 26


Bleu oxyde de zinc 104
silice 70

oxyde d'étain 100


blanc d'Espagne 40
Rose silice 40
spath fluor 15
chromate de plomb 6

fondant sous forme de fritte à basse température de


2. Applications des couleurs fusion. La quantité exacte de fondant peut être déter-
sous glaçure ou sous couverte minée par des essais, mais on l'ajoute d'habitude à
l'estime plutôt que de la peser.
L'utilisation des couleurs sous glaçure et sous cou- Les couleurs sous glaçure sont appliquées comme
verte est simple. Elles sont appliquées soit directement des couleurs à l'eau. En fait une combinaison de cou-
sur cru ou sur biscuit, soit sur un engobe. La couleur est leurs sous glaçu re et de gomme arabique se comporte
mélangée à de l'eau et additionnée parfois de médiums pour l'essentiel comme une peinture à l'eau. Les plus
qui améliorent sa consistance pour le travail au pinceau belles peintures sous glaçure sont faites par touches
ou le durcissement de la couche de peinture sèche. séparées, sans retouche ni superposition. Peindre de
Quelques gouttes de glycérine par cuillerée à soupe de cette manière demande naturellement une grande
couleur délayée peuvent faciliter le travail au pinceau. habileté et un coup de pinceau sûr. Les couleurs peu-
Un peu de dextrine ou de gomme arabique peut empê- vent chevaucher, mais la couleur résultante après cuis-
cher la couleur de baver ou de partir en pouss1ère une son peut ne pas être celle qu'on attendrait du
fois appliquée. mélange de couleurs normales. Ces couleurs sont vives
Dans quelques cas, si la glaçure ou la couverte a et doivent être appliquées en couche mince; si la
tendance à glisser sur la couleur, on ajoute un peu de couche est trop épaisse, la glaçure et la couverte

168
DËCORATION ET COULEURS SOUS GLAÇURE OU SOUS COlMRTE

glissera sur la couleu r. Si on n'est pas satisfait d'une


décoration sous glaçure ou sous couverte, il est diffi-
3. Impression sous glaçure
cile de l'en lever entièrement du biscuit, car, même ou sous couverte
après un lavage soigné, un peu de couleur adhère
encore au tesson. Les impress1ons sous glaçure ou sous couverte sont
Les couleurs sous glaçure ou sous couverte, diluées fa1tes à partir de dessins gravés au préalable sur des
dans beaucoup d'eau, peuvent être vaporisées au pis- cylindres de cuivre ou d'acier. Ces dessins sont ensuite
tolet ou être passées au pinceau en couche épaisse et 1mprimés (sur une presse à impression) sur un mince
travaillées selon le procédé du sgraffite. Les couleurs papier de transfert. L'impression est réalisée avec un
sous glaçure ou sous couverte peuvent être employées mélange de couleurs sous couverte et d'huile, telle que
pour colorer les glaçures elles-mêmes de la l'essence grasse de térébenthine. Le papier
même manière que les oxydes colo- de transfert qui porte l'impression
rants. Cependant, les colorer de fraîche est alors appliqué sur la
cette manière peut augmen- surface de la pièce, pressé
ter leur prix de revient (roulé), puis enlevé, impn-
d'une manière exagérée. mant son motif sur la
Le genre de gla- pièce. Le transfert de
çure ou de couverte couleur sur le tesson

\
appliquée par-dessus peut se faire aussi
des couleurs sous pa r décalcomanie,
glaçure ou sous cou- ou pa r impression
verte a une influence directe à l'aide d'un
importante sur ces timbre en caout-
couleurs. Les gla-
çures contenant de
l'oxyde de zinc, par
exemple, empêche-
) chouc, avec un
écran de soie, au
pochoir, etc.
Des techniques
ront le développement récentes ont même
des roses et, en général, rendu possible la repro-
il faut éviter l'emploi du duction de motifs sur la
zinc dans cette technique. Les poterie par des procédés pho-
glaçures au plomb font valoir tographiques.
d'autres gammes de couleurs que Dans tous les genres
les glaçures ou les couvertes alca- d'impression sous glaçure ou sous
Assiette de Wedgwood
lmes. La température de cuisson couverte, on emploie les couleurs
avec impression sous glaçure.
influence aussi les couleurs et les sous émail céramique ordinaire,
températures élevées terniront cer- mélangées avec un liant approprié au
taines couleurs ou les effaceront complètement. procédé employé.
Quelques couleurs cependant, telles que le bleu Beaucoup de procédés d'impression nécessitent
d'oxyde de cobalt, sont stables à toutes les tempéra- l'utilisation d'un liant huileux, et il est souvent néces-
tures. Une atmosphère réductrice pendant la cuisson saire de faire subir aux pièces un feu de « dégraissage »
peut aussi modifier certaines couleurs et empêcher la et rendre ainsi possible l'application de la glaçure et de
formation d'autres. la couverte par-dessus les couleurs.

169
21. Décoration sur glaçure
ou sur couverte

peuvent aussi être faites avec une autre glaçure de base


1. Majolique qui a prouvé aux essais qu'elle ne coulait pas lorsqu'elle
On peut procéder de deux ma nières pour faire de était appliquée sur la glaçure de fond.
la décoration sur glaçure. On peut passer des glaçures Les glaçures colorées sont obtenues en ajoutant
colorées sur des glaçures de base crues; on peut les oxydes colorants voulus pou r obtenir les tons dési-
d'autre part appliquer ces glaçures colorées sur des gla- rés. Si on veut appliquer ces couleurs en couches fines,
çures déjà cuites et les faire cuire à basse température. il faut une assez grande concentration d'oxydes, de
La décoration sur glaçure crue, couram- manière à avoir un fort pouvoir colorant, même
ment appelée majolique, est une sorte en couche mince. Si on veut les appli-
de peinture glaçure-sur-glaçure. La quer en couches épaisses, en traî-
pièce est d'abord couverte nées, à la spatule ou par coups
d'une glaçure de fond qui de pinceau appuyés, une
servira de support ou de plus petite quantité d'oxy-
fond à la décoration. des donnera davantage
Cette glaçure est gé- satisfaction.
néralement blanche Dans le cas
ou de couleur claire, de la majolique, la
ordinairement opa- glaçure de fond
que ou presque. On étant extrêmement
passe les glaçures sèche, absorbante,
colorées sur cette et même poussié-
couche de glaçure reuse, la pose de la
pour réaliser le cou leur au pinceau
décor. A la cuisson, est difficile. Pour la
la décoration fond et faci liter, on peut ajou -
cuit en même temps ter à la glaçure de fond
que la glaçure du sup- du sucre ou de la
port. Les majoliques sont mélasse qui, en séchant,
très colorées et ont des forme une mince croûte à la
contours plutôt doux et flous, à surface de la glaçure et permet
cause de la tendance des glaçures de mieux travailler. La vaporisation
à se mélanger légèrement. d'une mince couche de solution de
Coupe espagnole
Une bonne glaçure de fond au décor sur glaçure opaque. gomme arabique sur la glaçure de
pour majolique doit être assez fond aboutit au même résultat. Une
opaque et ne pas couler beaucoup à autre technique consiste à appliquer
la cuisson. Les glaçures colorées doivent avoir pour gla - la glaçure de fond convenablement homogénéisée sur
çure de base la même que celle du support. Mais elles du biscuit dont la capacité d'absorption a été saturée

170
DÉCORATION SUR GlAÇURE OU SUR COUVERTE

par un trempage dans l'eau et à pei ndre ensuite le l'argile du support. De beaux motifs décoratifs peuvent
décor sur la glaçure de fond encore humide. Cette être exécutés de cette manière, combinés éventuelle-
technique n'est guère commode en raison des difficul- ment avec quelques touches de couleurs. Il faut choisir
tés de l'émaillage sur tesson humide. une glaçure qui ne coule pas trop pour ne pas effacer
Les décorations en majolique étonnamment les lignes.
détaillées des pièces maîtresses de la Renaissance Il faut surveiller attentivement la cuisson des majo-
étaient probablement faites sur des glaçures déjà pas- liques, pour empêcher les glaçures de couler excessive-
sées au feu ou présentant, une fois sèches, une surface ment et ainsi de brouiller les couleurs. Les retirements,
grenue et dure sur laquelle on pouvait peindre comme les taches et les mélanges de couleurs sont les princi-
sur du papier à aq uarelle. pales difficultés. Elles peuvent être vaincues par la
Un progrès a été réalisé récemment par l'emploi sélection des glaçures et le contrôle de leur cuisson et
dans la glaçure de base d'une ému lsion qui la fait de leur application.
sécher sur le tesson comme une peinture pour bâti-
ment. Cette surface constitue un fond idéal pour passer
les cou leu rs au pinceau avec une grande liberté.
On a également essayé avec succès les émulsions
d'apprêt pour peintures à l'eau. Elles donnent une 2. Émaux sur glaçure
couche de glaçure si dure qu'on peut même y appliquer ou sur couverte
les chromos sur glaçure.
En majolique, les couleurs peuvent être franche- Les émaux sur glaçure sont appliqués sur une gla-
ment appliquées les unes sur les autres ou chevaucher. çure finie, et cuits séparément. En fait, les émaux sont
Elles peuvent être passées des glaçures colorées cui-
au pinceau, pointi llées, sant à basse température
étalées, appliquées en qu i, à la cuisson, se collent
traînées, passées à la spa- d'elles-mêmes à la surface
tule ou vaporisées, grat- de la glaçure recouvrant
tées ou frottées. Le déco- les pièces. Ils cuisent en
rateur habile a le choix général autour de 820 oc
entre des techniques à 840 oc. Ces basses tem-
d'application très variées. pératures permettent une
Différentes glaçures colo- palette variée de couleurs
rées passées l'une sur brillantes. Les couleurs des
l'autre par trempage ou émaux peuvent être pré-
vaporisation peuvent don- parées avec des frittes
ner d'intéressantes tex- alcalines ou du plomb.
tures en relief ou veinées Détail de la coupe. Elles ont une bonne dura-
dans la glaçure finie. bilité après cuisson, bien
Les couleu rs sous une que l'usage des détergents
glaçure peuvent aussi être appliquées par-dessus une puissants et des machines à laver les efface à la longue.
glaçure crue. Les couleurs sous glaçure commercialisées, Les émaux sur glaçure sont en général achetés
délayées à l'eau, peuvent être peintes directement sur la dans le commerce plutôt que préparés par le potier. On
glaçu re. Au feu, la couleur fond dans la glaçure, don- peut cependa nt les composer soi-même en pulvérisant
nant des contours plutôt flous à la place des limites bien ensemble une fritte appropriée, un peu d'argile, envi-
nettes caractéristiques des décorations sous glaçure. ron 8 % d'oxyde d'étain, plus les oxydes colorants
Une variante de décoration en majolique consiste donnant les couleurs désirées.
à graver à travers la glaçure avec une pointe. Ala cuis- Les émaux sur glaçure sont habituel lement passés
son, ces traits deviennent des lignes de la couleur de avec un liant huileux, comme l'essence grasse de téré-

171
LB GlAÇURES ET LES COUVERTES

benthine, l'huile de lin, ou d'autres huiles siccatives. La face impnmée du pap1er est alors appliquée sur le ver-
technique d'application est la même que celle de nis encore frais; on exerce une pression sur le papier,
la peinture à l'huile, et certaines pièces de porcelaine avec une éponge par exemple, jusqu'à ce que le
peintes ressemblent fort à des tableaux à l'huile. contact soit parfait. Le papier du décalque est enfin
En général, il vaut mieux ne pas mélanger les cou- enlevé à l'eau sans affecter l'impression qui est désor-
leurs au hasard, ou les faire chevaucher sans essais mais bien collée à la pièce grâce au vernis.
préalables. La montée en température peut être rapide, Une fois l'impression transférée sur la pièce, cette
pu isque la pièce a déjà été cuite et ne changera plus. dernière est soumise à une cuisson de « décoration»
Le but de l'opération est de faire fondre les qui élimine le vernis en le brûlant, et fond les émaux sur
couleurs sur glaçure et de les faire adhérer à la glaçure la surface de la glaçure.
de la pièce. Les émaux sur glaçure peuvent aussi être peints
On peut décorer des plats, des carreaux ou des directement en utilisant des écrans de soie. Ce procédé
articles commerciaux recouverts d'une glaçure blanche n'est guère employé dans l'industrie, car les impres-
avec des couleurs sur glaçure. On peut ~ussi décorer sions sur les surfaces courbes sont difficiles à réaliser, et
des terres cuites émaillées ou des grès, ou compléter les contours des motifs sont flous comparés aux décal-
leur décor, en utilisant des émaux fondus lors d'une
comanies. Les décalcomanies ont l'avantage d'appli-
troisième cuisson. quer un grand nombre de couleurs à la fois, en une
seule opération.
Il faut admettre que les décorations sur glaçure
semblent rarement faire corps avec la pièce sur laquelle
3. Impressions sur glaçure elles sont faites, mais ont plutôt l'air d'embellissements
superflus ajoutés après coup.
ou sur couverte Ce n'est pas tellement que le procédé lui-même
Les impressions sur glaçure sont d'ordinaire appli- so1t défectueux, mais la manière dont on l'emploie
quées comme des décalcomanies. Selon ce procédé, les traditionnellement est peut-être bien maladroite. Les
émaux sur glaçure sont en général imprimés, par litho- décorations sur glaçure ont le défaut d'apparaître à la
graphie, suivant le dessin à reproduire, sur un papier surface de la glaçure, plutôt qu'à l'intérieur ou sous la
recouvert d'une couche glaçu re, et pour cette rai-
de gélatine. Pour reporter son elles ont l'a ir d'avoir
le motif sur la pièce, on été ajoutées à une pièce,
vernit d'abord la surface plutôt que d'en faire par-
de la pièce à décorer. La tie intégrante.

Détail d'une porcelaine de Sakai Shigebaru


avec un décor sous glaçure et sur glaçure.

172
DÉCORATION SUR GLAÇURE OU SUR COUVERTE

Plat de Rhodes avec un émail sur glaçure opaque.

173
22. La réduction

sont pnvés d'une partie de leur oxygène, on dit qu'1ls


1. Théorie du feu réducteur sont réduits. Cette réduction a le pouvoir de changer la
La cuisson en réduction est largement employée cou leur.
par l'artisan. Un feu réducteur s'avère peu pratique La réduction est facile dans les fours qui brOient
pour l'industrie, car il est difficile à contrôler suffisam- du combustible. On ferme la cheminée et on diminue
ment pour assurer la l'arrivée d'air au foyer.
reproduction exaae des Du gaz non brûlé reste
couleurs. Par contre, 11 a dans le four et y déve-
la faveur des artisans qui loppe une atmosphère
attachent de la valeur enfumée et lourde. On
aux qualités uniques de peut même voir sortir
chacune de leurs pièces. de la fumée par la chemi-
Quelles que soient ses née et les regards. On
lim1tes, la réduction est contrôle le degré de
sans conteste à l'origme réduction en réglant l'arri-
des couvertes les mieux vée d'air dans les brûleurs.
réussies sur le plan des Quand les fours
couleurs et des textures. étaient chauffés au bois
D'ailleurs, les chefs- ou avec d'autres combus-
d'œuvre classiques de la Palette de gr ès.
tibles solides, la réduc-
poterie chinoise ancienne tion était naturelle, smon
sont presque tous des inévitable, et plutôt diffi-
poteries cuites en réduction. Le prestige de cette tech- cile à empêcher qu'à obtenir. Les Chinois ont fait des
nique est sanctionné par les plus belles pièces du passé. pièces magnifiques, et les effets de réduction qu'ils ont
La théone du feu réducteur est simple : quand un obtenus sont la conséquence naturelle de leur façon de
combustible tel que le gaz, le bois ou le fuel brûle, conduire leurs cu1ssons. Il ne faut pas s'imaginer que
le carbone qu'il contient se combine avec l'oxygène la réduct1on est due à quelque technique compliquée,
de l'air (réaction chimique de la combustion) et il mais plutôt à un feu qui fume par opposition à un feu
en résulte un dégagement de chaleur et de gaz à flamme claire, oxydant, normal dans un four bien fait.
carbonique :
C + 02 = C02 + 94,4 Kcal ou 395 111,2 J/Kcal
S'il n'y a pas assez d'oxygène, du carbone pur est
libéré - la fumée noire qu1 sort de la cheminée, par 2. Effet de la réduction
exemple - et aussi de l'oxyde de carbone, CO. À tem-
pérature élevée, ce carbone et cet oxyde de carbone
sur les pâtes céramiques
sont chimiquement act fs et se combinent à l'oxygène Peu de composants céramiques sont très sensibles
disponible où qu'ils le trouvent, y compris dans les à la réduction et la plupart des effets caractéristiques
oxydes des g1açures et des tessons. On peut dire que obtenus sont le résultat de changements survenus à un
le carbone est avide d'oxygène. Quand les matériaux petit nombre d'entre eux.

174
LA RfDUCT10N

Les principaux éléments de l'argile, l'alumine et la pièce en atmosphère franchement réductrice et


silice, ne sont pas sensiblement affectés par la réduc- commencer très tôt la réduction avant la vitrification.
tion. Ces oxydes sont exceptionnellement stables et ne Quant à la porcelaine ou aux pâtes blanches qui
peuvent être réduits que par les techniques spéciales de contiennent très peu d'oxyde de fer, le seul effet
la métal lurgie. Cependant, l'apparence d'une argile notable de la réduction est de changer le blanc en
peut être affectée radicalement par l'atmosphère d'un blanc bleuté, bien distinct du blanc chaud obtenu en
four. Le résu ltat visible est l'apparition de la couleur atmosphère oxydante. Le blanc froid des porcelaines
grise ou noire due au résidu de carbone déposé dans réduites est dû à la présence d'un peu de fer dans
les pores de la terre et qui y reste après la cuisson . En la pâte.
porcelaine par exemple, un feu trop réducteur donne
Quand le grès réduit est couvert d'une couverte
du gris ou du blanc sale à la place du blanc pur.
transparente, le tesson sous la glaçure paraît d'un gris
L'effet principal de la réduction d'une argile est dû
froid . La couverte protège le fer du tesson de la réoxy-
au changement du fer qu'elle contient. En réduction,
dation, alors que les parties non recouvertes de cou-
l'oxyde de fer contenu dans toute argile devient gris
verte peuvent être brunes ou rouille.
ou noir.
L'oxyde de fer existe sous plusieurs formes et Si l'on veut obtenir des grès sombres en réduction,
chaque proportion de fer et d'oxygène est caractérisée la pâte doit contenir un peu de fer ou d'argile rouge.
par une couleur correspondante : Cependant, s'il y a plus de 2% de fer sous forme
Fe 20 3 Oxyde ferrique rouge
Fe 30 4 Oxyde ferreux-ferrique jaune
FeO Oxyde ferreux noir

La forme stable de l'oxyde de fer est l'oxyde fer-


rique, Fe 20 3, ou oxyde de fer rouge, forme la plus cou-
rante des composés du fer dans la nature. En cuisson
réductrice, l'oxyde ferrique tend à se transformer en
oxyde ferreux, ou oxyde de fer noir. C'est pourquoi les
argiles contenant du fer deviennent noires ou grises en
réduction.
Si un échantillon d'argile contenant du fer est cuit
en réduction, il peut sortir du four avec une surface
d'un brun plus ou moins chaud, mais la cassure mon-
trera que l'intérieur est gris ou noir. Ce noir ou ce gris
indique du fer à l'état ferreux. Le brun ou brun rou-
geâtre de la surface est dû à une réoxydation du fer en
oxyde ferrique. Cette réoxydation se fait d'ordinaire
pendant le refroidissement. Souvent on obtient du
rouge ou de l'orange à la surface de l'argile. Pour des
raisons encore inconnues, ce rouge ou cet orange sont
plus chauds que la couleur de la terre cuite en oxyda-
tion, quoique la couleur provienne de l'oxydation des
couches les plus superficielles de l'argile. En fait, la
beauté de certaines pièces cuites en réduction est cette
couleur exceptionnellement chaude, connue des ama-
teurs d'anciennes poteries chinoises sous le nom de
rouge de fer. Pour obtenir les plus beaux tons de brun Aiguillère coréenne décorée d'un engobe blanc bleuté
ou de rouille dans la couleur de l'argile, il faut cuire la recouvert d'un céladon.

175
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

d'argile rouge ou d'oxyde de fer ajouté, la pièce cuite


peut être très fragile et même casser lors du retrait
pendant le refroidissement. A peu près 1 % de fer
donne, en réduction, depuis le roux chaud jusqu'au
brun.
Dans les terres blanches exceptionnellement
exemptes de fer, le gns-bleu qUI résulte de la réduction
de la petite quantité de fer ajoutée produit le même
effet sur la pate céramique que le bleu de lessive sur le
linge blanc : il fait apparaître la pate plus blanche
qu'elle n'est en réalité.

3. Réaction des couvertes de base


à la réduction
La réaction des couvertes colorées à la réduction
implique plusieurs effets de transmutation. Le résultat
est l'obtention de couleurs opposées ou différentes de
celles obtenues en cuisson oxydante. Avant d'aborder
ce sujet, il faut dire quelques mots de l'effet que pro-
duit la réduction sur la couverte de base elle-même.
Théoriquement, une couverte sans plomb, ou un verre,
n'est pas très affectée par une atmosphère réductrice.
Les oxydes contenus dans les couvertes, tels l'alumine,
la silice, ou les oxydes de baryum, de calcium et de
potassium, sont des oxydes stables, difficilement
réduits à leur état métallique et aucun changement chi-
mique ne se produ it en réduction qui ne se produise
aussi en oxydation.
Cependant les couvertes réduites ont une qualité
de surface différente de celle des couvertes cu1tes en
oxydation, particulièrement dans le cas des couvertes
mates. En réduction, les couvertes mates paraissent
plus douces, plus« beurrées», plus lustrées. Peut-être
cette qualité est-elle due au temps de cuisson plus long
en réduction qu'en oxydation ou peut-être au temps de
pénétration plus long à haute température.
Dans tous les cas, le satiné doux, dense, opaque
de certaines couvertes réduites est vraiment séduisant
et était prisé des anciens Chinois pour sa ressemblance
avec le jade. De tels effets sont impossibles ou difficiles
à obten1r en oxydation.

<l Vase de porcelaine nouvelle 1989 MNS


à la couverte rouge de cuivre, cuisson réductrice.

176
LA R~DUCTION

caractère, et des tons changeants qui rappellent la cou-


4. Gamme des couleurs leur de l'eau d'une certaine profondeur.
des couvertes en réduction Les céladons sont des couvertes spécifiquement
claires et, appliquées sur un tesson légèrement teinté
Bien que la gamme des couleurs soit moins éten- ou sur un engobe, ils sont plus colorés. Passée sur un
due en réduction qu'en oxydation, elle présente cepen- grès plus sombre, une couverte de céladon donne un
dant une grande variété de tons. Le vert, le turquoise et vert-gris sombre.
les couleurs données normalement par le cuivre sont
La couverte de base pour céladon doit conteni r
impossibles à obtenir, mais on peut en approcher par
beaucoup de feldspath et, en conséquence, elle est très
combinaison de chrome et de cobalt, bien que l'inten-
riche en sodium et en potassium. Il faut au moins 0,4
sité ne soit pas la même. Le jaune n'est pas possible en
de calcium sans dépasser le maximum de 0, 7. On peut
réduction puisque l'uranium devient noir et que le
faire des couvertes de base pour céladon très simples
vanadium ne donne aucune couleur. Le pourpre jus de
avec du feldspath, de la chaux et un peu d'argile. S'il
raisin n'est pas possible non plus, puisque le manga-
y a trop de feldspath, la couverte peut tressailler sur
nèse en réduction donne seulement du brun. Le cobalt
bien des pâtes, mais la couleur céladon sortira toujours
cependant peut donner un bleu-violet et le cuivre du
bien. Voici une couverte type pour céladon cuisant à
rouge au rouge-violet.
1 260 oc :
Les couleurs qu'il est impossible d1obten ir en
réduction sont largement compensées par les gris KNaO 0,25 AI203 0,3 Si02 3,5
riches et subtils et par les couleurs exceptionnelles pro- CaO 0,45
venant de l'oxyde de fer et de l'oxyde de cuivre. BaO 0,20
ZnO 0,10
--
1,00

En pratique, on a une latitude considérable dans la


5. Couleurs provenant de l'oxyde formulation des couvertes pour céladon, et la composi-
tion ci-dessus est une formule parmi beaucoup
de fer dans les couvertes en d'autres. Un peu d'oxyde de baryum assure la forma-
réduction tion d'un vert froid. S'il y a trop d'oxyde de baryum, de
magnésie ou d'alumine, on aura une couverte opaque
Au contraire de l'oxydation, la réduction de plutôt grise que verte. Une couverte claire, très fluide,
l'oxyde de fer donne des teintes froides de gris, gris- est préférable pour produire la couleur. Il est probable
vert, gris-bleu, ou vert ol ive. L'oxyde de fer est assez que les vieux céladons chinois étaient faits de feld-
facilement réductible et, dans les couvertes, il passe de spath , de pierre à chaux, de cendre et d'un peu d'argile
l'état ferrique (Fe20 3) à l'état ferreux (FeO) caractérisé rouge comme source d'oxyde de fer pour la couleur.
par le noir, le gris ou le vert. Les combinaisons de ces matériaux simples donneront
La couleur produite en ajoutant un peu de Fe20 3 une couverte de très belle couleur si la cuisson est bien
dans une couverte cuite en réd uction est appelée céla- conduite.
don. C'est un vert froid, subtil, légèrement gris et qui Il faut seulement une petite quantité d'oxyde de
se distingue facilement des verts produits par l'addition fer (Fe20 3) dans la couverte pour produire un céladon.
d'oxyde de cuivre ou d'oxyde de chrome dans les cou- 0,5% donnera un vert clair; 1 % un vert moyen; 2%
vertes cuites en oxydation. Le céladon était l'une des un vert foncé ou céladon du Nord. Au-dessus de 2 %,
couvertes favorites des anciens Chinois. Une de leurs on obtient un vert olive très foncé et plutôt sombre,
techn iques préférées était de recouvrir d'un céladon un tendant vers le brun. Les couvertes de céladon doivent
dessin légèrement gravé dans la pâte. Le dessin est joli- être parfaitement broyées dans un mortier pou r éviter
ment estompé par la couvertes verte légèrement plus les couleurs marbrées ou les taches de fer dans la cou-
épaisse dans les creux. La couleur a de l'intensité, du verte finie.

177
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

Les céladons réclament une réduction assez pous- Cette théorie aurait été confirmée par la décou-
sée. Chaque brûleur doit être surveillé pendant la verte de vieilles casettes percées de trous apparemment
réduction, sans quoi on risque de voir apparaître des faits pour laisser pénétrer la flamme. Cependant, l'ana-
taches de brun sur les pièces là où il y a eu oxydation. lyse chimique des zones bleues de la glaçure ne révèle
La couleur varie considérablement suivant la cuisson, aucune trace de cuivre. Par conséquent, elles doivent
même quand toutes les précautions ont été prises pour tenir leur couleur de l'oxyde de fer. Les traces rouges
avoir des conditions uniformes de cuisson. sont dues sans doute à un badigeon d'une solution de
Les céladons opaques sont difficiles à obtenir. Si cuivre sur ou sous la couverte ou à l'addition d'une
on ajoute de l'oxyde d'étain ou de zirconium, la couleur couverte rouge au cuivre sous ou par-dessus un céla-
tourne au gris ou gris vert plutôt qu 'au vert froid carac- don opalescent. Le fait que quelques-unes de ces traces
téristique des meilleurs céladons. Les céladons peuvent rouges recouvrent d'une manière évidente des surfaces
être opacifiés volontairement. Une glaçure ou un verre bien limitées ou des motifs décoratifs semble indiquer
doivent leur opalescence à la présence d'innombrables que leur emplacement était choisi plutôt qu'accidentel.
petites bulles. Du phosphore ajouté à une glaçu re au Quand il y a 6% ou plus d'oxyde de fer dans les
feldspath produ it cet effet. Une proportion de 4 à 8% couvertes cuites en réduction, on obtient des effets de
environ de cendre d'os (phosphate de calcium) suffit à saturation de fer. Dans ces couvertes, le fer, au lieu de
opacifier une glaçure ; si elle contient aussi une petite donner des tons froids de gris ou de vert, donne des
quantité d'oxyde de fer (1 % ou moins) et si elle est bruns nches ou du rouge. Ces couleurs résultent de la
cuite en atmosphère très réductrice, on obtient une réoxydation du fer à la surface de la glaçure pendant le
couleur bleuâtre et opalescente. La glaçure « bleu Chun refroidissement.
» des grès de la dynastie Song est une glaçure de ce Quand la teneur d'une couverte en oxyde de fer
type. Dans les meilleurs cas, la glaçure est d'un bleu est élevée, il reste diffici lement dans la couverte quand
lavande profond, épais et onctueux. L'analyse chimique elle est à l'état vitreux pendant le refroidissement. Une
de fragments de couverte provenant des anciennes partie du fer forme des cristaux à la surface de la cou-
poteries révèle la présence de phosphore avec de la verte, et ces cristaux sont sujetsà oxydation - surtout
soude, de la potasse, de la chaux, de l'alumine et de la si on fait entrer de l'air pour refroidir le four - et ils
si lice, dans des proportions qui indiquent une recette vi rent au brun ou au rouge. L'épaisseur de la couverte
de glaçure très simple à base de feldspath, de pierre à sous la surface reste noire.
chaux, d'argile et de quartz. Les couvertes de base pour couleur de fer saturé
La manière de cu ire compte sans doute beaucoup devront être fluides, d'une teneur élevée en alcali et ne
dans la réussite de cette belle couverte, car quand on pas contenir beaucoup d'alumine qui empêcherait la
cuit dans un four à gaz un mélange qui a la même com- recristallisation nécessaire.
position chimique que ces anciennes couvertes, il arrive Voici un exemple de formule d'une couverte rouge de
bien souvent qu'on n'obtienne pas cette couleur. La fer, cuite en réduction, à 1 250 oc :
cuisson au bois, avec ses fréquentes alternatives natu-
relles d'atmosphère oxydante et réductrice, peut avoir KNaO 0,2 5 Alz03 0,28 Si0 2 3, 5
été un facteur important dans la production de cette CaO 0,55
couleur. La couverte bleu Chun est l'une des rares gla- ZnO 0,10
çures chinoises anciennes qui soit difficile à reproduire, MgO 0,10
et c'est irritant!
1,00
Quelques vieux pots chinois Chun présentent des
traces rouges plus ou moins grandes sur la couverte On ajoute 10% d'oxyde de fer à cette formule et
bleue, indices de la présence de cuivre. Certa ines auto- la couverte est appliquée en couche assez mince. Les
rités en la matière ont affirmé que la pièce tout entière couvertes de base pour céladon et rouge de fer sont les
était couverte d'une couverte au cuivre qui ne virait au mêmes. S'il y a trop de magnésie, on aura des taches
rouge qu'en certains endroits léchés par une flamme verdâtres et opaques. Si la couverte est trop réfractaire
réductrice. à cause d'une quantité excessive d'alumine, de baryum,

178
LA RÉDUCTION

de magnésie ou de silice. on aura, à la place du rouge ture et contenant, en plus des fondants alcalins, un peu
brillant et cristallin caractéristique de la couverte réus- de bore. Elle doit contenir également en assez petite
sie, des bruns sales et secs. Appliquée en épaisseur, une quantité de la magnésie, du baryum et de l'alumine;
couverte rouge de fer peut virer au noir. Si la couche par contre, il faudra une forte quantité de calcium,
est épaisse dans les sillons de tournage et plus mince pourvu qu'il ne raidisse pas la couverte. Voici un
sur les reliefs, on peut obtenir sur la même pièce des exemple de formule de base de couverte type, à
combinaisons spectaculaires de brun rouge et de noir. 1260 °C, pour rouge de cuivre :
Ces couvertes saturées au fer demandent une
ZnO 0,10 AI203 0,35 Si02 4
assez forte réduction pour obtenir la meilleure couleur,
et si le feu est trop oxydant, on peut obtenir des bruns CaO 0,50 8203 0,15
ternes ou des noirs. Pour des raisons inconnues, les MgO 0,05
rouges de fer ne se développent pas dans les couvertes KNaO 0,35
feldspathiques cuites en oxydation. 1,00
Quand on emplo1e à peu près 7 % de fer dans la
couverte, on obtient du « kaki ». Cette couverte, très Environ 3% d'oxyde d'étain (Sn02) ajoutés à cette
en faveur auprès des potiers japonais, peut être douce, glaçure de base favorisent le développement de la cou-
riche, d'un brun rouge tendre t1rant sur le ton « feuille leur et empêchent la couverte de devenir transparente
morte ». par-dessus l'argile. L'oxyde d'étain est aussi un bon
réactif pour la formation du rouge.
Pour les rouges, le cuivre est ajouté en pet1te
quantité, de 0,5 à 1,5 %. On peut auss1 employer du
carbonate de cuivre ou oxyde de cuivre noir. L'oxyde
6. Couleurs provenant de l'oxyde rouge ou oxyde cuivreux, Cu 20, est peut-être meilleur
cependant, puisque déjà réduit.
de cuivre en réduction La plupart des couvertes pour grès contenant une
L'oxyde de cuivre d'une couverte cuite en réduc- petite quantité de cuivre donneront plus ou moins de
tion donne cette couleur particulière connue sous les rouge, cuites en réduction. Cependant les plus mates et
noms de rouge de cuivre, sang-de-bœuf, peau-de- les plus opaques, telles celles qui contiennent beau-
pêche, flammé ou flambé. Comme le céladon, celle-ci coup d'argile ou de magnésie, donneront seulement un
est devenue célèbre grâce aux anciens potiers chinois. rouge brunâtre plutôt sale. Quelques couvertes assez
L'oxyde de cuivre, comme l'oxyde de fer. est faCI- opaques, si on les utilise en réduction pour obtenir du
lement réductible. En réduction, l'oxyde cuivrique, rouge de cuivre, donneront un mélange tacheté de
CuO, a tendance à se transformer en Cu20, oxyde cui- rouge, de brun et de gris. Pour l'obtention complète de
vreux. et en Cu, cuivre, dont la couleur est rouge. Dis- la couleur. la couverte do1t contemr beaucoup de fon-
sous dans une couverte, l'oxyde de cuivre une fois dant alcalin et être fluide.
réduit donne toute une gamme de tons rouges, du L'analyse des couvertes cuites révèle que la cou-
brun rougeâtre au rouge sang, orange ou pêche claire, leur rouge de cuivre est due à l'oxyde cuivreux et aussi
et pourpre. peut-être à des cristaux de cuivre colloïdaux. La pré-
Comme ce rouge de cuivre en réduction est la sence de sous-oxydes de cu1vre est responsable de tons
couleur complémentaire du vert produit par l'oxyde de bruns et noirs sales.
cuivre cu1t en oxydation. la couverte rédu1te est dite de Les couvertes rouge de cuivre sont très sensibles
« transmutation ». au feu, et difficiles à reproduire exactement. Une
L'obtention du rouge de cuivre dépend de la cuis- réduction modérée semble la meilleure pour la couleur.
son, de la conduite du feu et de la composition adé- Si la réduction est trop forte, la couverte a tendance à
quate de la couverte de base. Le type de couverte qui prendre des tons foncés. On peut obtenir de beaux
favorise le développement des rouges de cuivre est une rouges de cu1vre en montant en température en oxyda-
couverte plutôt alcaline, assez flu1de à haute tempéra- tion jusqu'à la température de nappage, pUIS en refroi-

179
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

dissant tout en conservant une flamme de gaz réduc- noirs, les bleus, les verts, en plus des couleurs dérivées
trice jusqu'au rouge sombre. Il faut cependant un long du fer et du cuivre.
travail pour déterminer et l'importance de la réduction La beauté des couvertes en réduction réside dans
qui favorise le plus la couleur et sa durée optimale dans la chaleur, la douceur, la profondeur et la subtilité des
le cycle de cuisson . En général une montée en tempé- cou leurs. Couleurs qui évoquent la lente formation des
ratu re en atmosphère neutre, suivie d'un palier en forte roches aux hautes températures. Ces qualités devien-
réduction à la température de nappage et d'un refroi- nent vite ennuyeuses et fades si l'on en abuse.
dissement normal, peut donner de bons résultats. L'une des meilleures couvertes cuisant à haute
L'addition d'un peu d'oxyde de fer (0,5% ou température en réduction, à haute teneur en magnésie,
moins) peut rendre le rouge pl us vif et brillant. Ou bien, est celle déjà décrite au chapitre 10 (§ 5) relatif aux
la couverte peut être appliquée par-dessus une solution couvertes pour porcelaine et grès . En réduction, cette
aqueuse d'oxyde de fer, très étendue, badigeonnée sur couverte donne une surface dense, douce, opaque, et
la pièce. On passe parfois une couverte transparente presque lustrée, d'un toucher exceptionnel.
sur la couverte au cuivre pour empêcher sa réoxydation
pendant le refroidissement. Il faut noter que, quand
Voici une formu le type à 1250 oc :
une couverte rouge de cuivre s'est réoxydée pendant le KNaO 0,25 AI20 3 0,38 Si02 3,5
refroidissement et est devenue verte, la couverte reste CaO 0,35
toujours rouge sous la surface. MgO 0,35
Un des problèmes de la cuisson du rouge de ZnO 0,05
cu ivre, à 1260 oc ou plus, est que le cuivre est très 1,00
volatil à cette température et que, si le feu est indû-
ment prolongé pour une raison quelconque, le cuivre Les couvertes à la magnésie, appliquées sur une
se volatilise largement hors de la couverte. terre à grès sombre, prendront un peu de fer à cette
La variété des rouges de cuivre, qui va depuis le terre et, à la cuisson, donneront un gris doux. Si cette
pourpre riche et profond jusqu'au rose rouge le plus terre contient des grains d'impuretés ou a été colorée
délavé, est due aux différentes manières de cond uire la avec de l'ilménite ou de l'oxyde de fer noir (oxyde fer-
cuisson , à la composition des couvertes et à la quantité reux : Fe30 4), la couverte sera tachetée de rouge ou de
de cuivre qu'elles contiennent. Il faut reconnaître que la noir.
reproduction d'une même couleur d'une cuisson à Les couvertes à la magnésie peuvent donner de
l'autre est très diffici le. Cette difficulté à obtenir le très belles tei ntes de bleu, bleu vert ou bleu gris.
rouge de cuivre est un problème irritant pour le potier L'oxyde de cobalt, très peu affecté par la réduction,
et il demande un travail sans commune mesure avec les donne un bleu violet intense, qui peut être modifié par
résultats. de petites additions d'oxyde de chrome, d'oxyde de fer,
de rutile, d'ilménite, de manganèse, d'oxyde de nickel
ou de chromate de fer. En réduction, les bleu gris obte-
nus de cette manière peuvent être subtils, plei ns de
profondeur et de variété dans la couleur et la texture.
7. Autres couleurs obtenues Les combinaisons d'oxyde de chrome et d'oxyde de
cobalt dans les couvertes riches en magnésie, cuisant à
en réduction haute température et en réduction, donnent des teintes
À part les résultats assez spectaculai res obtenus brillantes turquoise et bleu vert. 0,5% ou moins
avec le cuivre et le fer, les couleurs résultant de la d'oxyde de chrome et d'oxyde de cobalt ensemble suf-
réduction tendent plutôt vers les gris et ne se signalent fisent pour donner des couleurs soutenues.
pas par des tons brillants. En sélectionnant les cou- Dans les couvertes en réduction, l'oxyde de man-
vertes destinées à la cuisson en réduction, il est bon ganèse donne des bruns et, en combi naison avec du
d'éviter les teintes situées dans les gris moyens ou les fer, du rutile ou de l'ilménite, on obtient des tons
bruns, et de rechercher la variété dans les blancs, les riches, chauds, rappelant ceux de la pierre. Les jaunes

180
lA R~DUCTlON

ne sont pas possibles en réduction, mais on peut obte- Chinois. Puisque de grandes quantités de pièces de
mr une cou leur dorée et crémeuse en appliquant sur haute qualité furent produites par des ateliers que l'on
une couverte à la magnésie une mince couche de rut1le. peut considérer comme les premières manufactures des
Les couvertes noires sont spécialement belles en réduc- temps historiques, c'est que la cuisson en réduction
tion. On peut obtenir de beaux noirs par addition était bien maîtrisée. La question se pose de savoir com-
d' env1ron 10% d'oxydes colorants foncés - comme ment les Chmois, il y a mille ans, furent capables de
les combinaisons d'oxyde de cobalt, de fer, et de man- bien contrôler leur réduction, alors que nous, avec nos
ganèse - à une couverte de base à forte teneur en moyens modernes, nous éprouvons des difficultés. On
magnésie. Bien réussies, les couleurs noirâtres en peut répondre que, dans les fours à bois ou à autres
réduction peuvent être douces, mates, et satinées au combustibles solides, à haute température, une atmo-
toucher. sphère neutre ou légèrement réductrice est plutôt cou-
La difficulté rencontrée dans la recherche des noirs rante qu'exceptionnelle.
réside en général dans le fait que si l'on ajoute trop Dans la cuisson au bois, le combustible est m1s
d'oxydes colorants, les couvertes deviennent trop dans les alandiers par intermittence. A chaque charge
flu1des à cause des fondants ajoutés, ou les oxydes de bois correspond une atmosphère réductrice dans le
métalliques dévitnfient trop ces couvertes lors du refroi- four; en effet le bois, au début de sa combustion,
dissement et produisent ami des surfaces sèches, dégage plus ou moins de fumée ou d'oxyde de car-
rugueuses, et quelquefois ridées. On peut réussir de bone. La combustion se poursuit et l'air se combine
beaux noirs en utilisant des barbotines de terres argi- plus complètement avec le combustible, la fumée tend
leuses comme couvertes, telles que l'argile d'Albany à disparaître et une atmosphère oxydante devient pré-
par exemple, en y ajoutant 5% d'oxyde de cobalt, de dominante. Si la montée en température est bien
manganèse ou de fer. contrôlée, l'atmosphère dans le four présente les condi-
On peut obtenir une belle gamme de tons gris pas- tions presque idéales pour l'obtention d'effets de
tel en réduction en aJoutant à la couverte de base de réduction sur les glaçures. Des charges normales, sui-
pet1tes quantités de teintures sous glaçure ou pour gla- vies de combustions complètes, donnent une alter-
çure. Les teintures du commerce donnant du gris, du nance de réduction et d'oxydation en cycles de 5 à
brun, du noir ou du bleu produisent souvent des tons 15 mmutes. S'il faut augmenter la réduction en fin de
difficiles à obtenir avec des oxydes colorants. Par cuisson, le cuiseur n'a qu 'à mettre un peu plus de bois
exemple, 0,5% de teinture noire, ajouté à une couverte et réduire légèrement le tirage; s'il faut moins de
de grès, peut donner un bleu vert cendré ; 1 à 2% de réduction, il doit mettre des morceaux de bois plus
teinture sous glaçure grise peut donner un gris vert petits et veiller à ce que le tirage soit bon. Bref, si on
profond. cuit au bois, le contrôle et le réglage de la réduction
sont relativement simples.
Avec des fours à gaz ou au fuel, la réduction
s'obtient en réduisant l'arrivée d'air aux brûleurs et en
supprimant l'aération du four en diminuant le tirage.
8. Conduite de la cuisson en feu Pour n'importe lequel de ces fours la réduction est
réducteur facile ; le tout est de savoir quand réduire et de com-
bien. L'importance de la réduction peut être évaluée de
Bien que beaucoup de recherches soient néces- plusieurs manières. Si l'atmosphère du four est plus ou
saires en cuisson réductrice pour la rendre plus sûre et moins enfumée ou sombre, plutôt que claire, il y a
pour découvrir les procédés adéquats nécessaires à réduct1on. La présence de flammes au registre de tirage
l'obtention de résultats déterminés, on peut énoncer au départ de la cheminée indique que des gaz non brû-
les méthodes empiriques pratiquées en fa1t pour fa1re lés ont traversé le four. Un autre signe de réduction est
du bon travail. l'apparition de flammes aux regards; ou encore, si une
Les exemples classiques de poterie réduite sont, brindille de pin sèche refuse de s'enflammer dans le
naturellement, les grès et les porcelaines des anciens regard, c'est qu 'il y a réduction . D'ordinaire, quand il y

181
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

a réduction, il existe un assez fort courant inverse au 5. Il est courant d'augmenter la réduction vers la fin de
tirage. L'obturation de la cheminée est suffisante pour la cuisson, quand les dernières montres-fusibles pen-
obliger une partie des gaz chauds à sorti r par les trous chent. Les céladons peuvent nécessiter une réduc-
des regards ou par les autres ouvertures du four. Un tion assez forte à ce moment-là. En général, une très
feu neutre est indiqué par une contre-pression modé- forte réduction accompagnée de nuages de fumée
rée aux regards, accompagnée d'une flamme verdâtre ne sert à rien à cette étape de la cuisson, et une
et d'un peu de flammes visibles au registre de tirage. atmosphère légèrement enfumée seulement se
Une réduction modérée est signalée par une forte révèle plus efficace.
contre-pression, une flamme jaune aux regards et des
6. Après la tombée des montres-fusibles, quand les
flammes épaisses au reg istre de tirage. Une forte réduc-
couvertes sont complètement fondues et ont atteint
tion est signalée par une fu mée noire sortant par les
leur température de nappage, une dernière période
regards et la cheminée.
d'oxydation peut favoriser le développement des
Puisque tous les fours ont leurs caractéristiques rouges de fer et empêcher l'apparition de bruns
particulières, il est bien difficile d'établir une règle dans les rouges de cuivre. Plus importante, cepen-
générale pour la réduction. Tout dépend du four, du dant, que l'oxydation à ce moment-là, est la période
genre de matériaux à cuire, des glaçures, des couvertes de pénétration assez longue pendant laquelle la
et des effets désirés. Les remarques générales qui sui- température ne doit pas varier. Il doit s'écouler au
vent peuvent aider à trouver le procédé à utiliser dans moins une demi-heure et pl us de préférence entre la
chaque cas particu lier. tombée des deux dernières montres-fusibles.
1. La montée en température jusqu 'à 800° peut être 7. Le four doit être bien fermé durant le refroidissement.
strictement oxydante. Réduire avant n'est pas néces-
saire, et même inopportun, car cela empêche le car-
Il est vraiment très difficile de déterminer avec pré-
bone contenu dans la terre de brûler en s'échappant
cision le deg ré de réduction d'un four. Cependant, si le
et peut causer plus tard des cloques et des bour-
potier a soigneusement observé, au cours d'un grand
souflures, dues à l'excès de carbone dans les pores
nombre de cuissons, le regard, les brûleurs, le départ et
du tesson.
la sortie de la cheminée et l'aspect que présente l'inté-
2. Pour le bon développement d'une couleur réduite rieur de son four, il sentira comment il doit régler son
dans l'argile, on commence à réduire vers 800 oc. four et ses glaçures ou ses couvertes. On dispose main-
Cela permet la réduction du fer en surface alors que, tenant d'instruments pour mesurer et indiquer la quan-
dans son épaisseur, le tesson reste assez ouvert pour tité d'oxyde de carbone dans le four et la chem inée.
laisser passer les vapeurs réductrices de gaz carbo- Ces instruments sont trop complexes et trop chers pour
nique. Si la terre est vitrifiée quand commence la être utilisés par les artisans, mais dans l'avenir, les
réduction, une fois la cuisson terminée, elle aura recherches menées à l'aide d'un instrument de préci-
l'aspect que donne une cuisson oxydante, quelle sion de ce genre donneront probablement la clé des
qu'ait pu être l'intensité de la réduction dans le dernier problèmes posés par la réduction.
stade. Puisque beaucoup de potiers n'utilisent que des
fours électriques, il est tentant de vouloir réaliser la
3. Une atmosphère neutre ou très légèrement réduc-
réduction avec ce type de fours. Elle peut être obtenue
trice suffit en général de 800 oc à la plus haute tem-
en introduisant dans le four pendant la cuisson
pérature. Une forte réduction pendant cette période
n'importe quel combustible solide. Des combustibles
ne sert à rien et peut causer des cloques et accroître
variés ont été essayés : le charbon de bois, les chiffons
les risques de picot.
imbibés d'huile, les brindilles, les boules de naphtaline
4. Il est important que la montée en température ne et bien d'autres. Le genre de combustible n'a pas
soit pas trop rapide. Une cuisson lente, surtout à la d'importance du moment qu'on obtient du carbone. Sa
fin du cycle, favorise l'apparition des couleurs des quantité doit être déterminée par l'expérience et pour
couvertes et des qualités de surface. chaque four. Puisque l'atmosphère dans un four élee-

182
lA RtDU<TlON

trique est stable et neutre, il ne faut pas ajouter beau- quelquefois ajoutée à des couvertes rouge de cuivre en
coup de substance carbonée pour obtenir les condi- réduction pour favoriser un mei lleur développement
tions de la réduction. L'mconvénient majeur de la de la couleur.
réduction en four électrique est le dommage causé aux la réduction se fait d'ordinaire vers les hautes tem-
resistances ; il faut les remplacer souvent. pératures, de 1225 oc à 1390 oc. En effet, les cou-
Les couleurs de la réduction ont été approchées vertes les plus valables en réduction sont très nches en
en cu1sson oxydante en aJoutant un agent réducteur à feldspath ou en magnésie et elles ne cuisent pas à des
la couverte elle-même. le carbure de silicium est géné- températures plus basses. Certaines couleurs types de
ralement employé dans ce but. Il doit être très fine- couverte en réduction (les rouges de cuivre et les céla-
ment broyé (tamis no 17), autrement la glaçure dons) peuvent être obtenues à des températures plus
« bouil lira » violemment et des cratères resteront après basses avec des couvertes au bore. La conduite de la
cuisson. Des couvertes « volcaniques » sont ainsi faites cuisson et les colorants des couvertes sont en général
par addition de carbure de silicium en grams plus gros. les mêmes pour les températures plus basses. l'incon-
De 1 à 4 % de carbure de silic1um dans une couverte vénient cependant est que, au-dessous de 1165 °C, en
est une quantité suff1sante pour donner une réduction réduction, les montres-fusibles, contenant du fer, per-
locale, et S1 l'on ajoute 1 % de cu1vre à une couverte dent toute précision.
de base alcaline, on peut avoir de beaux rouges de Cette difficulté peut être partiellement surmontée
cuivre. Ceux-ci sont plutôt incertains, cependant, et par l'emploi d'un pyrométre et des témoins*. Pu1sque
pour la profondeur, la bri llance (l'éclat) et la bea uté de la réduct1on en-dessous de 1225 oc n'a d'autre avan-
la couverte, rien ne vaut le rouge de cuivre en réduc- tage qu'une économie de combustible, il paraTt plus
tion . Une petite quantité de carbu re de silicium est judicieux de s'en tenir aux températures plus élevées.

(*) Ëchanttllon du produ1t céram tque en CUISSon que l'on retire du four
pour mesurer la marche de la cu1sson.

183
23. Glaçures, vernis, couvertes
et effets spéciaux

procédé, les sels métalliques sont appliqués sur la gla-


1. Glaçures lustrées çure sans aucun agent réducteur, et la pellicule métal-
Le lustre est un genre de décoration sur glaçure lique lustrée est due à une forte réduction en cutsson
consistant en une mince pellicule métallique déposée à de décoration.
la surface de la glaçure. Il en existe deux types : dans Comme source de métaux, on emploie le sulfate
l'un, le lustre est obtenu en cuisson oxydante avec de cutvre, le nitrate d'argent, le chlorure d'or et le
l'aide d'agents réducteurs; dans l'autre, la cuisson est sous-nitrate de btsmuth. Le carbonate de cuivre ou
réductrice. le carbonate d'argent peuvent
Les lustres réalisés en remplacer les sels
oxydation sont appliqués sur solubles. En lustre, le
la glaçure sous la forme de cuivre donne une
sels métalliques combinés avec couleur rouge, sau-
des résines et mélangés avec mon ou dorée. L'or
un agent huileux. Le résinate de donne des pourpres
sodium se prépare en faisant rougeâtres; l'argent,
bouillir ensemble de la lessive des lustres ivoires ou
(eau alcaltne) et de la colo- jaunâtres; et le bismuth a
phane. On le mélange alors tendance à donner des cou-
avec des sels métalliques sous leurs irisées à la surface.
forme de chlorures ou de Les sels métalliques ou les
nitrates. carbonates sont appltqués grâce
Comme médium, on emploie à l'emploi d'un !tant. Les ocres. qui
en général l'essence de lavande. sont des argiles non plastiques fer-
Le lustre est alors peint ou vaporisé rugineuses, sont les liants tradition-
sur la glaçure et cuit au rouge. Le nels, mélangées avec de l'amidon
carbone formé par le résinate et Tasse au décor d'engobes sous ou une gomme pour assurer l'adhé-
l'huile rédutt le métal qut est déposé couverte transparente et lustrée. rence du lustre à la pièce avant la
en pellicule très fine sur la glaçure. cutsson. L'expénence a montré que
Les filets et les bandes dorées les proportions suivantes sont
ou argentées qui ornent fréquemment la vaisselle de valables : 3 parts d'ocre pour 1 pan de sel métallique
table sont cuites lors d'une cuisson de décoratiOn oxy- ou de carbonate (en poids). L'ocre et la couleur, avec
dante, en même temps que les autres décors sur gla- l'amidon ou la gomme, sont pulvérisés très fin et appli-
çure réalisés avec des émaux. qués en couche très mince. Quand la température
On peut trouver des lustres tout préparés dans le atteindra le degré où la glaçure commence à fondre et
commerce et ils donnent toujours satisfaction. à coller, la pellicule de lustre s'y attachera fermement.
L'autre type de lustre, obtenu en feu réducteur, Les lustres de type persan peuvent être cuits en
fut porté à la perfection par les potters persans. Dans ce oxydation durant la montée en température. Quand la

184
GLAÇURES, VERNIS, COUVERTES ET EFFETS SPtCIAUX

température la plus haute est atteinte, on réduit très ou 1 à 2% de sulfate de cuivre. A des quantités de
fortement pendant à peu près une demi-heure. On métal différentes correspondent des couleurs de carac-
maintient cette atmosphère réductrice pendant tout le tère et de concentration différents.
refroidissement. Pour ce faire, on peut garder dans le Durant le refroidissement, la réduction est com-
four une petite flamme en fermant presque le tirage. mencée vers 900 oc à 800 oc. Environ une demi-heure
Cette réduction pendant le refroidissement peut provo- de forte réduction, suivie d'une période au cours de
quer un certain noircissement des pièces dû à un dépôt laquelle les conditions de réduction sont entretenues
de fumée, et les lustres doivent être polis ou brunis grâce à une flamme réductrice ou à l'introduction de
avec un abrasif doux. carbone dans le four (boules de naphtaline, sucre, etc.)
Le lustre peut être appliqué sur presque toutes les pendant le refroidissement jusqu'à ce que le four soit
glaçures cuites. Cependant, s'il y a trop de plomb dans noir, suffira à obtenir le lustre.
une glaçure, la réduction peut produire un assombris- Certains types de lustre peuvent être mis par-des-
sement ou de la grisaille. Beaucoup d'anciennes pièces sus des glaçures cuites, suivant une technique sem-
persanes les plus colorées ont reçu une touche finale de blable à celle de la majolique. Il en résulte des parties
lustre par-dessus une glaçure alcaline transparente, de décoration lustrées faisant saillie à la surface des
passée elle-même sur un engobe qui a été à la fois pièces à la manière d'émaux sur glaçure.
gravé par le procédé du sgraffite et coloré avec des Les lustres ont été magnifiquement réussis par les
couleu rs sous glaçure. La combinaison de couleur sous potiers persans du Moyen Age. Cette technique a été,
la glaçure et dans la glaçure, ajoutée à l'irisation du sur le plan de la céramique, le véhicule parfait d'une
lustre à la surface, donne des effets colorés d'une culture dans laquelle s'était développée une tradition
grande brillance et d'une grande profondeur. décorative vigoureuse et riche. On voit rarement de
D'autres effets de lustre s'obtiennent en ajoutant bons exemples modernes de lustre; peut-être la com-
directement à la glaçure le sel métallique ou le carbo- plexité et la variété des couleurs en surface ne sont-
nate : elle cuit normalement pendant la montée en el les pas bien adaptées au langage moderne?
température. mais on réduit pendant le refroidisse-
ment, ce qui fait apparaître à la surface de la glaçure
une mince pellicule métallique. On peut employer des
glaçures avec ou sans plomb. Les glaçures au plomb 2. Vernis au sel
peuvent favoriser les couleurs provenant de l'argent. En
Le vernissage au sel a la particu larité sédu isante
général, on emploie des glaçures cuisant à basse tem-
d'être entièrement réalisé à la cuisson . Les pièces sont
pérature, mais on peut aussi réussir des lustres avec des
enfournées crues et sans aucune glaçure. On ne doit
glaçures à haute température.
donc pas appliquer de couverte ni biscuiter la pièce. Le
Des glaçures du type suivant ont été testées avec
vernis au sel était largement utilisée au x1xe siècle pour
succès entre 1005 oc et 1050 oc :
la fabrication de pièces utilitaires, tel les que les
PbO 0,5 0,18 Si02 1,5 barattes, les cruches et les pichets, souvent produites
K20 0,2 dans de petites poteries dont le principal équipement
CaO 0,3 consistait en un broyeur actionné par une mule, un tour
1,0 à pied et un four à sel. Le procédé du vernis au sel* fut
découvert au xve siècle par des potiers allemands, et
K20 0,1 0,30 Si02 2,5 depuis lors. les poteries allemandes ont continué de
Na20 0,6 0,25 faire des glaçures au sel d'une haute qua lité technique.
CaO 0,2 La célèbre chope allemande est un bon exemple de
ZnO 0,1 glaçure au sel.
--
1,0
(*)Vernis au sel : c'est un verre réalisè par la volatilisation du sel au
A la glaçure de base crue, on ajoute 1 à 2% de contact de la chaleur qui se fixe sur la pâte, c'est-à-dire la soude sous
nitrate d'argent ou 3 à 4% de sous-nitrate de bismuth, forme d'oxyde (Na20).

185
LES GLAÇUI!ES ET LES COUVEI!TES

Pour le vernis au sel, les pièces sont donc placées ment et les piliers, doivent être couverts d'une pâte
crues dans le four et on monte en température jusqu'à d'hydrate d'aluminium, qui empêche la formation de
la température de cuisson de l'argile. Pour réussir le vernis au sel à leur surface.
vernissage au sel, le tesson de la pièce doit être à point. Après des cuissons répétées, l'intérieur du four se
Lorsqu'une argile est à maturité, la silice est à l'état couvre de glaçure; les résu ltats en sont améliorés et la
vitreux et par conséquent beaucoup plus réactive. On quantité de sel utilisée est moindre que quand le fou r
jette alors le sel dans les alandiers du four* . Le sel est est neuf. Le gaz et les huiles lourdes sont des combus-
rapidement dissocié en vapeur et le sodium se combine tibles adaptés. Jadis, on chauffait le four au bois, et il
avec la silice de l'argile et forme une mince couche de est certain que quelques-unes des couleurs et des tex-
vernis. L'eau entre pour une part importante dans cette tures les plus riches des pièces anciennes glacées au sel
réaction comme l'indique l'équation suivante, qui, par sont dues à des cendres flottant dans le four avec les
hypothèse, rendrait compte de la réaction en cause vapeurs de sel. La combustion du bois produit à elle
dans le procédé du salage : seule une espèce de vernis vaporisé, bien que, d'habi-
tude, seules les parties de la pièce exposées au tirage
2 NaCI + H20 2 HCI + Na20 soient émaillées.
Na20 + xSi02 Na20 , xSi0 2 La température du vernissage au sel dépend de la
température de cuisson de la pâte employée. Le vern is
L'eau qui donne l'oxygène nécessaire à la forma- au sel peut être réussi à des températu res aussi basses
tion de l'oxyde de sodium à partir du que 1050 °C, pourvu que l'argile
sel est fournie par l'humidité du employée durcisse et cuise à cette tem-
combustible, de l'atmosphère ou pérature. Les températures de cuisson
de l'eau ajoutée au sel avant du grès, de 11 90 oc à
qu'on le jette dans le four. 1260 °C, sont plus
L'acide chlorhydrique se courantes, et les
dégage du four sous forme de gris chauds, ou
vapeur. On répète les salages les bruns carac-
jusqu'à l'obtention de l'épaisseur téristiques des
voulue de la glaçure. vernis au sel,
Pour réaliser une bon vernis sortent vraiment
au sel, il est préférable d'avoir un bien mieux avec
four à flammes renversées. JI faut des terres à grès
beaucoup de place près des brû- cuites aux plus hautes
leurs pour la combustion et la températures. La tempéra-
vaporisation du sel. Le sel doit ture doit être assez élevée pour
être introduit aux alentours des que l'argile devienne dure, dense et
brûleurs, ou par une ouverture imperméable.
située au-dessus des brûleurs. Le Bien des argiles ord inaires don-
four devra chauffer de manière Tasse de Paul Jacky, poterie de Betschdorf, neront un bon vernis au sel. Un peu de
uniforme et assurer une bonne à /a gravure sertie par un colorant bleu silice libre ajoutée à l'argile semble
répartition de la chaleur. Il doit et vernie au sel, cuisson réductrice. produire une couche de vernis plus
être muni d'une cheminée pour épaisse. Les argiles contenant beau-
empêcher les vapeurs de s'échapper dans le local. Les coup d'oxyde de fer donneront un vernis au sel de cou-
accessoires du four, tels que les plaques d'enfourne- leur sombre, d'un brun plutôt foncé tel qu'on en voit
sur les tuyaux d'écoulement.
Pour obtenir des gris clairs ou des tons pâles
{*) Ou directement dans le four par des ouvertures spéciales. d'ambre ou de marron clair, il faut une argile contenant
Cf. GREBERT, Traité de Céramique, Paris 1934, p. 535. {N D.T.) très peu de fer. On préfère en général une pâte douce,

186
GLAÇURES. Vf r:INIS, COUVfr:ITES ET EFFETS SPÉCIAUX

Cruche à boisson, poterie de Betschdorf,


au décor gravé, cuisson réductrice (DR).

187
lfS GLAÇUIIES ET lES COUVEIITES

sans chamotte, puisque le vern1s au sel ne peut effacer elles ne semblent pas être détériorées par le vernissage
les irrégulantés de la surface rugueuse de la pièce, dues au sel.
à la chamotte. Lors de l'enfournement, on place une série de
Sur les pièces couvertes de vernis au sel, les cou- témotns en face du regard. Ces témoins sont néces-
leurs sont obtenues par l'emploi des engobes. Bien des saires dans le vernissage au sel, parce qu'ils indiquent
engobes sont d'un usage excellent, surtout ceux qui les progrès du vernissage et l'épaisseur de la couche de
contiennent beaucoup de silice libre. Puisque la cuisson vernis. Les montres-fusibles sont d'un emploi limité
doit être en partie réductrice pour obtenir des vernis au pour indiquer la fin de la montée en température, car
sel, la gamme des couleurs est plus limitée qu'en cuis- elles sont affectées par les vapeurs de sel et restent
son oxydante. L'oxyde de cobalt donne du bleu; debout au-delà de leur température de tombée. Les
l'oxyde de fer, des tonalités variées de marron, brun ou montres sont cependant utiles pour indiquer la tempé-
noir brunâtre. Le rutile ajouté à l'engobe peut produire rature interne de la pâte des pièces, le moment où elles
de belles couleurs ocre. Au lieu d'employer des approchent de leur température de cuisson et où l'on
engobes, on peut appliquer directement les oxydes peut commencer le salage. On peut jeter le sel dans le
colorants sur les pièces en couche mince. Ou bien, on four à l'aide d'une petite pelle ou d'une cuillère, ou le
peut passer directement les couleurs sur la pièce sous mettre après l'avoir humidifié dans des sachets en
forme de solut1ons de sels solubles tels que le chlorure papier que l'on jette dans le four. On utilise parfois une
de fer ou le sulfate de cobalt. saumure qu'on latsse tomber goutte à goutte en face
des brûleurs, putsque l'humidité et la vapeur sont utiles
Les vern1s au sel trouvent peut-être leur meilleur pour le verntssage au sel. Pour un four de 432 litres de
emploi sur des textures ou des motifs gravés en creux volume intérieur, il faut jeter environ 0,453 kg de sel à
ou en relief sur l'argtle. La texture peut être joliment
la fois.
mise en évidence grâce au vernis qui s'est accumulé
Quand la vapeur à l'intérieur du four commence à
dans les creux du mottf gravé. La texture du vernis au
s'éclaircir, on jette de nouveau du sel. On peut avoir
sel elle-même peut être très riche et légèrement
besoin de 2 à 3 kg de sel au total. Le sel se vaporise
rugueuse. La surface en « peau d'orange » est produite
assez rapidement et le four se remplit de lourds nuages
par la concentration du vernis en petites perles ou
de vapeur. Pendant le salage, il est nécessaire de fermer
gouttelettes.
un peu le tirage pour retenir les vapeurs dans le four le
Les pièces doivent être assez éloignées les unes temps qu'elles puissent réagir avec la pièce.
des autres dans le fou r pour que la vapeur circule libre- Après plusieurs salages, un témoin (à la tempéra-
ment. On fait couramment des pots qui peuvent ture du rouge) est retiré du four à travers le regard à
s'empiler les uns sur les autres, ce qui élimine l'emploi l'aide d'un crochet, refroidi dans l'eau et examiné. Si la
des plaques d'enfournement et des piliers. Les jarres glaçure est insuffisante, on continue la cuisson et on
étaient faites de manière à pouvotr être placées l'une jette de nouveau du sel. Quand un témoin montre une
sur l'autre, les couvercles de façon à pouvoir être empi- couche de vernis suffisante, on arrête le feu et on
lés, et les pots plus pettts placés sur les plus grands. refrotdtt normalement.
Le verntssage au sel présente un inconvénient : les
vapeurs de sel ne pénètrent pas à l'intérieur des pote-
nes; ausst faut-tl couvrir les intérieurs d'une glaçure sui-
vant les méthodes habttuelles. Une couverte à base
3. Couvertes argileuses
d'argile d'Albany (U.S.A.) était couramment employée Les couvertes argileuses sont des couvertes faites
dans ce but, parce qu'elle était bon marché, facile à se principalement ou entièrement d'argiles à basse tempé-
procurer et à appliquer. Cependant, à moins qu'elle ne rature de fusion. Beaucoup d'argiles communes cuisant
soit protégée des vapeurs de sel, elle peut ne pas à partir de 945 oc fondent et deviennent assez fluides
fondre uniformément. On peut également utiliser les pour recouvrir la surface des pièces en une couverte de
glaçures au plomb pour l'intérieur des pièces, et bten couleur foncée. Puisqu' il faut une bonne quantité de
que de telles glaçures soient excessivement brillantes, chaleur pour fondre une argile quelconque (même une

188
GLAÇUrm. VERNIS. COUVERTES El EFFETS SPÉQAUX

argile très nche en fer et en d'autres fondants), ce vertes d'argiles naturelles de qualités différentes, en y
genre de couverte n'est possible qu'avec les tempéra- ajoutant de la cendre de bois ou un autre fondant.
tures de fus1on du grès et 11 n'est guère employé que Ces couvertes sont difficiles à reproduire exacte-
sur des pates à grès. Puisque toutes les argiles à basse ment, parce que des argiles déterminées donnent des
température de cuisson contiennent du fer et d'autres
couleurs et des textures particulières qu 'il est difficile de
impuretés minérales, ces couvertes ont un éventail de retrouver exactement avec d'autres argiles. Le « tem-
couleurs limité au marron, au brun et au noir. moku » ou « fourrure de lièvre » est caractérisé par des
Bien que la terre d'Albany soit la plus largement raies brunes ou noires qUI descendent le long des
utilisée comme glaçure, b1en des argiles locales peuvent parois de la pièce et qui forment des motifs évoquant la
faire des couvertes intéressantes pour le grès. Pour tes- fourrure. La couverte, plutôt fluide, a tendance à se
ter une argile, on peut en mettre une petite quantité concentrer dans les creux des bols et à couler à l'exté-
sur un éclat de brique ou sur un bout de plaque rieur pour former un bourrelet, ou de grosses gouttes,
d'enfournement et la soumettre à une cuisson de cou- autour des pieds tandis qu'elle est très mince sur les
verte. Si cette argile fond complètement en une couche rebords. Dans les plus belles pièces « fourrure de
unie ou en verre, elle peut être employée telle quelle lièvre » de la dynastie Song, la couverte est d'un brun
comme couverte, sans nen devoir y ajouter. Quelque- lustré et chaud, stnée de no1r profond, et elle forme un
fois l'argile est trop réfracta1re et il faut y ajouter un bourrelet à la base du pot. Cette couverte fit rapide-
fondant pour en faire une couverte plus satisfaisante. ment l'admiration, jadis, des connaisseurs japonais qui
Pour ce faire, on peut ajouter du feldspath, de la syé- lui donnèrent le nom de « temmoku ».
nite néphéhnique ou une fritte. De petites additions de
blanc d'Espagne et de zinc peuvent transformer la cou- La couverte appelée « plumage de perdrix » est
leur ou la texture de la couverte et. si on veut des bruns caracténsée par des taches ou des marbrures brunes
plus foncés ou du no1r, on peut ajouter du fer ou du sur un fond noir. Les taches peuvent être richement
cobalt. bigarrées et évoquer le dessin du plumage. Cette cou-
Les couvertes d'argile sont d'habitude appliquées verte peut se fa1re avec une argile qui, lors de la cuis-
sur cru. Puisque la couverte est surtout composée son, passe par une phase d'ébullition. Les marques ou
d'argile, elle a un grand retrait et cela peut causer des taches brunes sont les traces des cratères ou des bulles,
difficultés d'application. Si la couverte est appliquée qui se sont formées, qui ont crevé et qui ont ensuite
quand la pièce est encore humide, seulement raffermie, disparu quand la température a continué à monter. Les
toutes deux font leur retrait ensemble et on peut éviter seules traces de cette activité sont des taches de cou-
ainsi la tendance de la couverte au tressaillage . Un leurs différentes sur la surface unie de la couverte. Les
autre moyen d'éviter le tressaillage est de chauffer couvertes « taches d'huile » relèvent du même phéno-
jusqu'au rouge la couverte seule - ce qui lUI assure un mène. Leur couleur de fond est le brun sombre ou le
retrait complet-, de la pulvériser et de l'appliquer sur noir, marqués par de petites taches assez régulièrement
du b1scuit su1vant les méthodes habituelles. Un avan- espacées, de couleur brun clair ou argent. Ces taches
tage des couvertes d'argile est qu'elles ont des tempé- sont la trace des boursouflures apparues durant la cuis-
ratures de cuisson largement étalées, et qu'on peut les son. Pour obtenir les effets « fourrure de lièvre » ou
employer sans risque à plusieurs montres d'écart. En «taches d'huile ». il faut prendre une argile riche en fer
général, elles n'ont pas les défauts courants des cou- et contenant du soufre qui provoque l'ébullition durant
vertes, elles ne tressaillent pas, m ne se ret1rent. Le tres- la cuisson.
salllage cependant peut apparaître lors du séchage. On peut ajouter de la chaux sous la forme de blanc
Quelques-unes des vieilles couvertes chino1ses les d'Espagne (ou craie, etc.) ou de dolomie. La cuisson
plus célèbres et les plus admirées sont des couvertes doit être oxydante et les plus hautes températures, de
d'argile, telles que les « temmoku » ou « fourrure de 1260 oc à 1310 °C, donnent les meilleurs résultats. S1
lièvre », les « taches d'huile », « noirs miroir », « plu- la couverte est surcuite, les taches et les marbrures dis-
mage de perdrix » et d'autres couvertes au fer foncées. paraissent et, pour cette raison, il est nécessaire de
Tous ces effets étaient obtenus en utilisant des cou- contrôler étroitement la cuisson.

189
LES GLAÇUQES ET LES COUVmES

Voici deux recettes de couverte avec de l'argtle rouge ; on peut faire de très bonnes couvertes à hautes
d'Albany produisant des « taches d'huile » et des mou- températures avec de la cendre, du feldspath, de la
chetages quand on les cuit à 1285 oc : pierre à chaux et de l'argile.
Argile d'Albany 80 L'analyse chimique des cendres de bois et de végé-
Oc~ 10 taux montre qu'elles contiennent 10 à 15 % d'alumine,
Spodumène 10 30 à 70% de silice, jusqu'à 15% de potasse et jusqu'à
30% de chaux, avec en plus un peu d'oxyde de fer, de
100 phosphore, de magnésie et d'autres éléments.
Argile d'Albany 75 Ces oxydes ont tous leur utilité dans les glaçures,
Oxyde de fer 5 et la potasse est un bon fondant. Beaucoup de cendres
Terre de Sienne brûlée 10 fondent vers 1260 oc en donnant un verre fluide. La
Feldspath 10 cendre employée seule comme glaçure donne en géné-
ral une couverte plutôt fme et transparente. La compo-
100 sition des cendres est très variable, et même la cendre
Les couvertes d'argile sont peut-être d'un plus du bois d'une essence donnée varie suivant le sol où
grand mtérêt pour le potier que pour le collectionneur l'arbre a poussé.
moyen ou l'usager courant. La couleur presque uni- L'emploi des cendres dans les couvertes suppose
formément noire ou brune de telles couvertes doit être donc des essais et il faut expérimenter les matériaux
employée avec beaucoup de doigté si on veut éviter qu'on a sous la main. Il est difficile de trouver une
des résultats ternes, et la pièce la mteux réusste est source de cendre dont la composition soit uniforme,
toute en nuances. L'attrait de ce genre de couvertes mats certains potiers ont essayé avec succès des
réside dans la simplicité du procédé et dans le fait cendres provenant de la combustion de déchets de
qu'on les trouve sur quelques-unes des plus belles scieries ou de fabriques de mobilier. Les cendres d'épis
potenes anciennes. de maïs, d'écorces de riz, et celles des autres déchets
agricoles, les pépins de fruits, par exemple, sont utili-
sables.
Pour les préparer, il faut d'abord mélanger les
cendres à une grande quantité d'eau et tamiser le
4. Couvertes aux cendres liquide ainsi obtenu (tamis no 23). On Jette tout ce que
le tamis a retenu. On laisse alors décanter le mélange
végétales et on fait écouler l'eau. Cette eau contient quelques-
Les cendres de bots ou de végétaux ont été uns des alcalis solubles de la cendre, et il peut être bon
employées dans les glaçures depuis l'Antiquité, et elles de renouveler l'opération pour éliminer encore des
peuvent donner aux glaçures une qualité qu'il est diffi- matériaux solubles. Cependant un nombre excessif
cile d'obtenir avec d'autres matériaux. La découverte de lavages peut enlever trop de potasse et diminuer
de la cendre comme matériau de glaçure revient indu- le pouvoir de la cendre comme fondant. Après décan-
bitablement aux anciens potiers chinois : ils découvri- tatiOn, on la laisse sécher et elle est alors prête à
rent que les pièces étant en contact avec la flamme l'emploi .
dans leurs fours à bois et recevant des projections de Comme recette de base pour faire des couvertes à
cendre, étaient en partie enduites de couverte . la cendre, on peut prendre cette simple combinaison :
Quelques vieilles pièces de grès de la dynastie des Han deux parts de cendre, deux parts de feldspath et une
occidentaux montrent des parties enduites sur un côté part d'argile. Si la couverte résultant de ce mélange est
ou sur une épaule, aux endroits où une pellicule de trop fluide, il faut ajouter plus d'argile; st elle est trop
cendre s'est déposée et a formé une mince couche de compacte, il faut mettre plus de cendre ou aJouter
couverte . Quelques-unes des premières glaçures faites d'autres fondants, tels que le blanc d'Espagne. Les cou -
en Chine furent probablement des mélanges de vertes à la cendre demandent de hautes températures
cendres, récupérées dans le foyer des fours, et d'argile pour fondre, en général de 1225 °( à 1285 oc_

190
GlAÇURES, VERNIS, COUVERTES ET EFFETS SPECIAUX

La liste suivante donne les pourcentages limites d'habitude les glaçures très fluides ; quand on recouvre
des divers matériaux employés dans les couvertes à la des pièces de glaçures cristallines, il faut faire attention
cendre : aux cou lées. En général, les pots sont enfournés sur un
Cendre 20 à 70 % petit rondeau en porcelaine qu'on pourra éliminer du
Feldspath 20 à 70 % pied de la pièce avec la glaçure qui aura coulé dessus,
Blanc d'Espagne 5 à 20 % par simple meulage.
Silice 15 à 25 % Une grande quantité d'oxyde de zinc dans les gla-
Argile 5 à 20 % çures facilite la formation des cristaux; 0,3 environ est
une proportion normale dans les glaçures cristallines.
D'autres matériaux tels que la colémanite, le talc, Le rutile ou le titane favorise aussi la cristallisation. La
la dolomite, l'argile rouge, l'argile à glaçures, ou la syé- glaçure de base peut contenir du plomb comme fon-
nite néphélinique peuvent aussi être ajoutés. Un autre dant, ou des alcalis ou du bore. D'habitude on emploie
moyen d'ajouter de la cendre à une couverte est de des couvertes et des glaçu res alcalines.
prendre une couverte pour grès épaisse et d'y ajouter A cause de la présence de grandes quantités de
progressivement des quantités de plus en plus grandes zinc et de rutile, les glaçures cristallines sont par
de cendre, jusqu 'à ce qu'on puisse déceler l'influence essence quelque peu opaques, et l'absence d'alumine
de ce matériau. les rend fluides et brillantes en surface. Les cristaux
Les couvertes à la cendre, surtout celles qui sont dans la glaçure finie peuvent être très petits et appa-
cuites en réduction, ont une texture particulièrement raître groupés, ou de taille et d'aspect impressionnants.
tou rmentée qui peut avoir beaucoup d'attraits. Les cou- La présence d'oxydes colorants tels que celui du fer, du
vertes à haute température cuites en réduction et qui cuivre ou du cobalt, peut colorer la glaçure et aussi
contiennent de la cendre, ainsi que du rutile et une teinter les cristaux d'une manière intéressante.
petite quantité d'oxyde colorant, peuvent avoir des sur- La conduite de la cuisson est capitale pour l'obten-
faces très douces, très belles et très colorées. tion de cristaux dans la glaçure. La montée en tempé-
rature peut être faite à la vitesse normale, mais le
refroidissement doit être ralenti au moment où les
matériaux dans la glaçure ont tendance à se cristalliser.
C'est en général un peu au-dessous de la température
5. Couvertes et glaçures de cuisson, mais au-dessus de la température à laquelle
les couvertes et les glaçures se solid ifient. La tempéra-
cristallines ture exacte à laquelle a lieu la cristallisation doit être
Ordinairement, après refroidissement, la glaçure déterminée expérimentalement. Un refroidissement
reste une substance amorphe, non cristalline. lent à la bonne température doit produire, si la compo-
Dans des circonstances spéciales cependant, la sition de la glaçure est bonne, de grands cristaux.
glaçure peut se cristalliser partiellement lors du refroi- A cause de leur composition anormale et de leur
dissement et diverses formes de glaçures cristallines cuisson inhabituelle, les glaçures cristallines sont relati-
résultent de ce phénomène. D'habitude, dans les gla- vement difficiles à produire et on pourrait peut-être les
çures ordinaires, l'alumine empêche la cristallisation considérer comme des curiosités. Dans bien des cas, la
pendant le refroidissement. L'alumine a aussi le mérite présence de cristaux impressionnants sur le flanc d'une
d'augmenter la viscosité et ainsi d'empêcher la glaçure poterie - aussi intéressants que puissent être ces cris-
de couler excessivement. Pour faire des glaçures cristal- taux en eux-mêmes - contribue aussi peu à la valeur
lines, il faut réduire fortement la quantité d'alumine esthétique de la pièce qu'à sa fonction.
présente dans la composition et la ramener d'ordinaire Les aventurines sont des glaçures cristallines
à moins de 0,1, ce qui représente le tiers de la quantité contenant une quantité considérable d'oxyde de fer.
normale pour les couvertes à haute température. Bien Dans ce genre de glaçures, il n'y a pas d'alumine ou
des compositions de glaçures cristallines ne contien- très peu. Le fondant peut être le plomb, la soude ou la
nent pas d'alumine du tout. L'absence d'alumine rend potasse, mais en général on préfère les glaçures très

191
LES GLAÇURES ET LES COUVERTES

des autres qu'elles deviennent difficiles à déceler. Pour


un craquelé à grandes mailles, la glaçure doit être cal-
culée pour tenir le juste milieu entre l'adhérence par-
faite et le tressaillage. Certains grès chinois anciens, tels
que les pièces Ko de l'époque Song, ont des fentes de
craquelé qui forment de beaux motifs quadrillés.
Le craquelé peut être renforcé en frottant les fis-
sures d'encre ou d'autres substances colorantes après
la cuisson. On peut appliquer une couleur immédiate-
ment après le défournement, et une couleur différente
plusieurs jours après, quand un nouveau réseau de cra-
quelures s'est produit. On donne ainsi l'i mpression d'un
double craquelé. Une autre technique consiste à passer
Glaçure cristallisée à base de rutile.
après cuisson un oxyde colorant, de l'oxyde de fer par
exemple, dans les fentes du craquelé et à remettre la
pièce à cuire. Le craquelé primitif apparaîtra alors
riches en plomb. Il y a généralement 5 à 9% d'oxyde comme un ensemble flou de lignes de couleurs, et
de fer dans la recette. Le fer, qui est en solution pen- le nouveau, dû à la seconde cuisson, formera un réseau
dant la fusion, se cristallise pendant le refroidissement différents.
et, par conséquent, la surface est marquée par des cris- Les flaques de couvertes et de glaçures sont obte-
taux d'un rouge brillant ou dorés. Le refroidissement nues par fusion d'amas de verre dans les creux de la
doit être lent pour obtenir les cristaux les plus brillants. pâte ou sur le fond des bols ou des cabarets*, par
Les aventurines peuvent avoir quelquefois des couleurs exemple. On entasse de la glaçure, de la fritte ou des
étonnantes, mais, comme les autres glaçures cristal- morceaux de verre en couche épaisse à l'endroit où l'on
lines, elles sont pl us souvent des objets de curiosité que veut obtenir une flaque, et on cuit à une température
des éléments de valeur artistique sûre. assez haute pour provoquer la fusion du verre. Le verre
fondu de cette man ière en masse épaisse, surtout si le
matériau est quelque peu alcalin, aura tendance à cra-
queler et le résultat cuit peut ressembler à de la glace
6. Craquelé et flaque de glaçure fendillée. Ces effets sont quelquefois appelés à tort
cristallins. Une fritte à basse température de fusion
ou de couverte convient très bien à cet usage. Une telle fritte peut être
On appelle «glaçures craquelées», des glaçures colorée par l'addition d'oxydes colorants ou de tein-
dont la tendance au tressaillage est utilisée à des fins tures. On peut aussi employer des débris de verre de
décoratives. Les causes de ce défaut ont déjà été étu- différentes teintes. Cette technique, étant réservée aux
diées dans un précédent chapitre. Si on veut délibéré- surfaces horizontales, est d'un emploi limité.
ment qu'une glaçure se craquelle, on lui ajoute des
alcalis ou d'autres oxydes à coefficient de dilatation
élevé. En pratique, cela signifie l'addition de feldspath
pour les couvertes à hautes températures ; et pour
7. La pâte égyptienne
celles qui cuisent à basses températures, l'addition d'un La pâte égyptienne est une technique intéressante
alcali quelconque tel que la potasse ou la soude, de du fait qu 'elle est la plus ancienne forme de glaçure
préférence sous forme de fritte. Il est facile de modifier connue, et que sa découverte remonte à pl us de
une glaçure pour obtenir du craquelé. 5000 avant J.-C.
Plus le craquelé est important, plus le réseau des
fentes est serré . Dans des glaçures à basse température (•} Cabaret : plateau où l'on place les pièces du service à thé, à café ou
mal craquelées, les fissures sont si rapprochées les unes a liqueurs. (N.D.T.)

192
GLAÇURES. VERNIS. COUVERTES ET EFFETS SPËCI