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QUE

SAIS-JE ?

Le chauffage des habitations

ANDRÉ MISSENARD
Correspondant de l’Académie des Sciences

Sixième édition mise à jour

36e mille

PRESSES UNIVERSITAIRE DE FRANCE



Sommaire

Couverture
Page de titre

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE - LES PRINCIPES ET LE MATÉRIEL

CHAPITRE PREMIER - LES FONDEMENTS PHYSIOLOGIQUES DU CHAUFFAGE

CHAPITRE II - GÉNÉRALITÉS

I. — La transmission de la chaleur

II. — Principe général des installations de chauffage


III. — Réglage général de la distribution de chaleur

CHAPITRE III - ÉTUDE DE LA PRODUCTION DE LA CHALEUR

I. — Combustion et cheminée

II. — Notions sur les combustibles


III. — Construction des chaudières

IV. — Rendement de combustion


V. — Réglage de l’allure de combustion

VI. — Caractéristiques des chaudières


VII. — Brûleurs à mazout

VIII. — Les brûleurs à charbon

CHAPITRE IV - SURFACES DE CHAUFFE ET TUYAUTERIES

I. — Surfaces de chauffe

II. — Tuyauteries

DEUXIÈME PARTIE - LES INSTALLATIONS

CHAPITRE PREMIER - LE CHAUFFAGE A EAU CHAUDE

I. — Chauffage par gravité

II. — Chauffage avec chaudière à niveau

III. — Chauffage à circulation accélérée par pompe

IV. — Chauffage à eau surchauffée

CHAPITRE II - LE CHAUFFAGE A VAPEUR

I. — Chauffage à vapeur haute pression

II. — Chauffage à vapeur basse pression

CHAPITRE III - CHAUFFAGES DIVERS

I. — Le chauffage à air chaud

II. — Les chauffages mixtes

III. — Le chauffage urbain


IV. — Le chauffage par rayonnement (Sols et plafonds)
V. — Le chauffage électrique

VI. — Chauffages solaires des habitations


VII. — Chauffage géothermique
VIII. — Chauffage thermodynamique (ou pompe à chaleur)

IX. — Le conditionnement de l’air

TROISIÈME PARTIE - LA CONDUITE ET LE CHOIX DES INSTALLATIONS

CHAPITRE PREMIER - RÉGLAGE, RENDEMENT, RÉCEPTION ET ESSAIS

I. — Le réglage des installations

II. — Rendement des installations

CHAPITRE II - DÉTERMINATION DU MODE DE CHAUFFAGE LE PLUS RATIONNEL

CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

TECHNIQUE
PHYSIOLOGIQUE

Notes
Copyright d’origine

Achevé de numériser

INTRODUCTION

Au Paradis terrestre, les hommes sont nus, c’est-à-dire libérés de la contrainte de se protéger contre
le froid, fléau essentiel avec la faim.
L’anxiété avec laquelle, pendant la dernière guerre, les citadins scrutaient les prémices de l’hiver,
pour discerner s’il serait rude ou clément, restera pour beaucoup un des plus mauvais souvenirs.
Les premiers hommes, velus et ignorants du feu, devaient se cantonner sous des climats aimables et
s’abriter contre les intempéries en des tanières où la chaleur animale maintenait une température
supportable, et, peut-être, agréable.
Avec la conquête du feu, apparut la vie artificielle : la cuisson des aliments et le chauffage qui,
pendant des millénaires, resta très primitif, car il n’y a pas de différence essentielle entre la cheminée
du XVIIIe siècle et le feu autour duquel s’assemblait la tribu préhistorique. Puis, brusquement, en cent
ans, quelle évolution ! Les poêles, puis le chauffage central, enfin le conditionnement climatique des
locaux qui, ne se contentant plus d’agir sur la seule température, entend réaliser de véritables climats
artificiels en contrôlant la composition de l’air, sa pureté, et son humidité. Même évolution en ce qui
concerne les sources d’énergie calorifique : bois, charbon, gaz, huile lourde, électricité, soleil, eaux
chaudes souterraines...
La place de la France dans cette évolution est marquée par de grands précurseurs, Peclet et Ser, dont
les travaux furent continués par l’école allemande, animée par Rietschel.
A partir de 1926, de nouvelles recherches furent entreprises en France. Elles furent mises en relief
lors de congrès internationaux présidés, conjointement, par le Pr Marcel Veron et l’auteur. Ce dernier
représenta la France aux séances de travail du Comité d’Hygiène de la Société des Nations, qui se
pencha sur l’influence des climats artificiels sur l’homme. La création, en 1950, du Comité scientifique
et technique de l’Industrie du Chauffage et de la Ventilation (Co.S.T.I.C.), animé par Roger Cadiergues
et dont l’auteur fut président, puis président d’honneur, donna une nouvelle impulsion à ces travaux, et
la France occupe maintenant une place prépondérante dans ces techniques.
Ce petit livre, qui se propose d’exposer l’évolution de la technique du chauffage des habitations, est
particulièrement destiné aux usagers de ces installations, mais il pourra servir également de guide aux
architectes et ingénieurs chargés de choisir entre plusieurs systèmes de chauffage. Aussi, les appareils
ne présentant qu’un intérêt historique sont-ils délaissés au profit de l’étude de systèmes plus modernes
et de la conduite des installations.
Il a été donné une place plus importante au chauffage par rayonnement dont l’essor a été
considérable depuis 1946. Par contre, le chauffage à vapeur basse pression, dont la disgrâce n’a cessé
de s’accentuer depuis une quarantaine d’années, a été sacrifié au profit des réalisations nouvelles.
Toutefois, les dispositifs destinés à brûler les charbons économiques et qui semblaient devoir être
délaissés ont repris de l’intérêt parce que l’élévation du prix du pétrole incite à brûler tous les
charbons, même de faible pouvoir calorifique.
L’augmentation du prix des énergies fossiles a conduit par ailleurs à chercher de nouvelles sources
d’énergie. Les deux les plus fréquemment employées sont le soleil et la chaleur du sous-sol. C’est ainsi
que, depuis une dizaine d’années, on voit apparaître soit des maisons dites « solaires », où l’énergie
nécessaire au chauffage est fournie partiellement par le soleil, soit des maisons dites à « chauffage
géothermique », parce que les surfaces de chauffe sont alimentées par un fluide, généralement de l’eau
chaude, puisée dans le sous-sol à une profondeur suffisante. C’est pourquoi cette nouvelle édition
comporte des descriptions de chauffages solaires et de chauffages géothermiques.
Du fait que ces nouvelles sources d’énergie procurent de l’eau à une température relativement basse,
le chauffage par rayonnement, en particulier par le sol et le plafond, a repris un regain d’intérêt. Le
discrédit du chauffage par le sol était dû à des réalisations défectueuses, parce que des entrepreneurs
peu scrupuleux alimentaient les serpentins avec de l’eau à température excessive, ce qui, tout en
permettant d’obtenir la température imposée dans les locaux, provoquait des sensations de chaleur
désagréables, aux pieds, à l’aplomb des tubes chauffants. Ces malfaçons risquent moins de se produire
avec le chauffage solaire ou géothermique, parce que la température du fluide chauffant est
généralement peu élevée.

Nota : Les premières éditions utilisant la kcal comme unité de chaleur et les ingénieurs en
chauffage continuant généralement à l’utiliser, elle a été maintenue dans cet ouvrage alors que,
réglementairement, tout aurait dû être transformé en kWh.

PREMIÈRE PARTIE

LES PRINCIPES ET LE MATÉRIEL



CHAPITRE PREMIER

LES FONDEMENTS PHYSIOLOGIQUES DU CHAUFFAGE

Dans La Chaleur animale1, nous avons longuement exposé les relations thermiques du corps humain — et
plus généralement des homéothermes — avec l’ambiance.
Rappelons succinctement que pour chacune des activités et des vêtures du corps, il existe une
température dite de neutralité, à laquelle le corps n’éprouve ni sensation de chaleur ni sensation de froid. A
ces températures, la production du travail humain est maximale pour l’activité considérée.
Pour l’homme normalement vêtu, au repos ou faiblement actif, la température de neutralité est de l’ordre
de 16 à 18 °C. Elle présente un intérêt physiologique considérable. Non seulement le rendement du travail
léger est maximal à cette température, mais aussi la mortalité passe par un minimum. La courbe des
conceptions annuelles passe par un maximum quand la température extérieure atteint cette valeur. Ceci est
vrai pour tous les pays et les maximums sont d’autant mieux marqués que la vie est plus primitive, c’est-à-
dire que les relations thermiques du corps humain avec l’ambiance sont moins perturbées par le chauffage
artificiel. Ces températures de neutralité sont variables avec l’âge. Elles sont de 1 °C en moyenne plus
élevées pour les vieillards et s’élèvent considérablement pour les nourrissons.
Les études et statistiques des Américains ont, de plus, prouvé qu’une température constante, n’était pas
la température idéale. Il vaut mieux pour le rendement et la santé des occupants qu’elle varie légèrement
de 1 à 2 °C autour de cette valeur optimale.
En France, la Commission supérieure du Chauffage et de la Ventilation, présidée par le délégué général à
l’Equipement national, avait précisé ainsi, en 1943, les températures désirables en hiver dans les locaux
hospitaliers, d’habitation et de travail :

TEMPÉRATURES OPTIMALES
NOTA. — Les températures indiquées ci-dessous sont des températures résultantes sèches2,
mesurées à 0,60 m du sol (hauteur des genoux) et à plus de 0,75 m des parois verticales.
Salles d’élevage des prématurés. — Température ambiante de 30 °C pour les enfants pesant 1 livre
1/2 à 2 livres et s’abaissant de 2 °C par livre de poids en plus, jusqu’à 24,5 °C pour 5 livres. (Protection
de l’enfant : outre la vêture habituelle des prématurés, deux couvertures légères de laine et un couvre-
lit.)
Salles d’élevage des nourrissons. — Température souss vestiale variant de 34 °C à un mois à 27 °C à
dix mois. Température ambiante 22 °C lorsque les nourrissons sont changés dans la pièce. Cette
température peut être abaissée à 18 °C si les nourrissons sont changés dans des pièces chaudes.
Hôpitaux. — Chambres de malades : 18 °C pouvant s’abaisser à 16°C pendant le repos nocturne.
Chambres contenant des opérés : la température doit être d’autant plus élevée que le renouvellement
du pansement provoque une plus grande nudité du patient : 19 à 22 °C.
Salles de pansement : 19 °C à 22 °C. Les circulations réunissant ces différentes pièces doivent être à
la même température sèche résultante que celles contenant des opérés.
Cabinets de consultation : 19 à 21 °C.
Salles de radio et de traitement par ultra-violet : 21 °C.
Vestibules d’hôpitaux : la température des vestibules doit être de l’ordre de 16 °C.
Hôpitaux contenant des contagieux. : Les germes microbiens ayant tendance à se déposer sur les
vêtements froids, il y a intérêt à ce que les visiteurs séjournent quelque temps dans une pièce chauffée
avant de pénétrer auprès des malades. Il est même désirable qu’ils laissent au vestiaire leurs vêtements
d’extérieur.
Habitations particulières. — Salles à manger, chambres de travail des enfants, bibliothèques : 16 à
17°C en moyenne. Variation désirable de plus ou moins 1 °C autour de la moyenne en deux heures au
minimum.
Chambres de malades : 18 °C pouvant s’abaisser à 16 °C pendant le repos nocturne.
Chambres à coucher :
a) 10 °C quand elle est associée à un cabinet de toilette-déshabilloir chauffé à 18 °C ou 20 °C et où les
variations sont indifférentes ;
b) 14 °C quand il n’y a pas de déshabilloir.
Salles de bains : 22 °C.
Vestibules et escaliers : 12 à 13 °C.
Salles de classe, bureaux, etc. — Température moyenne : 16 à 17 °C. Variation nécessaire de plus ou
moins 1 °C à 1,5 °C autour de cette moyenne en deux heures minimum.
Locaux de loisirs collectifs, salles de spectacles, cinémas, restaurants, etc. — Il convient de distinguer
si la nature du lieu entraine ou non l’abandon des vêtements d’extérieur. Si les vêtements d’extérieur
sont conservés, la température sera de l’ordre de 12 à 13 °C, la température la plus basse
correspondant à l’époque la plus rigoureuse de l’hiver. Si les vêtements d’extérieur sont abandonnés, la
température désirable serait de 16 à 17 °C en moyenne et variera utilement de plus ou moins 1 °C à 1,5
°C autour de cette moyenne.
Même conclusion pour les restaurants.
Pour les théâtres où les spectateurs sont en tenue de soirée : 18 à 20 °C.
Salles collectives où les assistants se tiennent debout généralement et gardent leurs vêtements
d’extérieur (églises, musées) : 11 à 13 °C selon la température extérieure.
Salles de sport : Il y a intérêt à réaliser des températures différentes pour les spectateurs (16 à 17 °C
lorsqu’ils abandonnent leurs vêtements d’extérieur) et pour les acteurs en fonction de leur activité
physique, la température de la piste pouvant être ainsi abaissée à 10 °C et même au-dessous lorsque
l’effort physique est important (tennis, courses, football, etc.).
Piscines : 22 à 24 °C.
NOTA. — Les femmes et les vieillards exigent, en général, 0,5 °C à 1°C de plus que les hommes
normaux.
Ambiances de travail. — La température est fonction du travail physique et de la vêture de l’ouvrier.
L’ouvrier sera supposé être habillé normalement, c’est-à-dire d’un pantalon, veston, et, le cas échéant,
de vêtements de protection (blouse ou cotte bleue). Il est désirable, chaque fois que la chose se peut, de
réaliser des températures différentes aux divers points de l’atelier, lorsque l’activité de l’ouvrier n’y est
pas la même. Ce résultat peut être obtenu par un chauffage dirigé, en particulier, un chauffage par
rayonnement.
Pour les ateliers, ou fractions d’ateliers, où les ouvriers travaillent assis sans dépenser beaucoup
d’énergie (par exemple, couture), la température désirable est de l’ordre de 16 °C. Elle va s’abaissant
au fur et à mesure que le travail physique devient plus important jusqu’à 8 °C, et peut-être même moins
pour un travail très intense.
Pour fixer les idées, dans un atelier de travail des métaux à l’établi, la température sera de l’ordre de
13 °C.
Toutes ces températures doivent être variables quand la précision du travail ne s’y oppose pas. La
variation doit être de plus ou moins 1 °C à 1,5 °C en deux heures au maximum.
Remarque : Par suite de l’allégement des vêtements, surtout féminins, et peut-être aussi sous
l’influence américaine, les températures désirées dans les locaux ont tendance à s’élever
régulièrement. En 1970, elles sont en moyenne de 2 °C supérieures à celles fixées par la Commission
supérieure du Chauffage, en 1943. Physiologiquement, cette tendance est regrettable, car il vaudrait
mieux s’habiller plus chaudement et respirer de l’air plus frais.
En raison de la nécessité d’économiser l’énergie, on tend en 1980 à revenir aux normes de 1943.

CHAPITRE II

GÉNÉRALITÉS

Donc, les hommes commencèrent à se chauffer en se groupant autour d’un feu de bois ; puis, lorsqu’ils
s’abritèrent dans des cavernes, des huttes, puis des maisons, ils aménagèrent un coin destiné au feu, au-
dessus duquel une ouverture servait à l’échappement de la fumée. Cette ouverture devint peu à peu un
conduit, tant pour traverser l’épaisseur de terre ou de matériaux placés au-dessus du local, que parce que
l’expérience avait dû révéler que le feu « marchait » d’autant mieux que le conduit d’évacuation des fumées
avait une plus grande longueur verticale. C’est ainsi qu’on arrive insensiblement à la cheminée de
campagne servant d’abord à la cuisine, puis, accessoirement, au chauffage, les paysans endurcis par leur
vie de plein air n’ayant pas la même aversion du froid que les citadins.
Est-il besoin d’évoquer ces grandes cheminées campagnardes se prolongeant jusqu’au toit par une large
section, où se fument les jambons et les saucisses ? Si les flammes mouvantes complètent gaiement
l’éclairage de la pièce, c’est malgré tout un bien mauvais appareil de chauffage. Presque toute la chaleur de
combustion du bois s’envole avec les gaz brûlés. La seule chaleur de rayonnement des flammes et des
parois du foyer pénètre dans la pièce, chauffant irrégulièrement les gens qui forment cercle. Rôtis par-
devant, ils sont glacés par-derrière, par l’intense appel d’air extérieur que provoque le trop large conduit de
fumée. Aussi, dès que la technique se développera, se préoccupera-t-on de refroidir la fumée avant son
échappement. Soit, par exemple, comme dans certains thermes romains, en la faisant circuler dans de
nombreux carneaux et conduits qui chauffent plusieurs pièces. Soit, plus tard, en abandonnant le principe
du feu ouvert, le foyer étant enfermé dans une enceinte, de faïence dans les pays de l’Est, de métal dans la
région du Nord.
Ce feu reste encore à double fin : cuisson des aliments et chauffage, ce qui est une solution bâtarde, le
repas le plus important ayant lieu à l’heure la plus chaude du jour, inconvénient toutefois atténué dans les
anciennes constructions lourdes où la chaleur pouvait s’emmagasiner dans les murs épais.
Mais, avant d’exposer l’évolution technique de ces appareils, convient-il de rappeler les lois de la
transmission de la chaleur et d’expliquer comment s’effectuent les transports calorifiques dans les
appareils de chauffage.

I. — La transmission de la chaleur

Rappelons qu’un corps chaud placé dans une enceinte plus froide (fig. 1) perd de la chaleur de deux
façons différentes :
1° Par rayonnement sur les parois et les objets de l’enceinte ;
2° Par conductibilité, par suite de son contact avec des solides ou des fluides.
1. Le rayonnement. — Le rayonnement consiste en l’émission de radiations calorifiques qui
traversent l’air environnant et vont échauffer les corps matériels situés dans le champ visuel du corps
chaud. Ce rayonnement, qui est analogue au rayonnement lumineux, est indépendant de la température
de l’air traversé ; il dépend de la nature et de la température du corps émetteur ainsi que de la nature
et de la température des corps matériels récepteurs.
Différents corps émettent à la même température plus ou moins de radiations calorifiques, et,
réciproquement, absorbent plus ou moins les rayons émis par les autres corps. Comme matières
absorbant ou émettant très bien la chaleur, on peut citer le charbon noir ou incandescent et la fonte
rouillée. Au contraire, les métaux polis absorbent et émettent très mal la chaleur. Les matériaux utilisés
dans la construction des habitations (bois, étoffes, papiers, peintures) sont intermédiaires entre ces
deux extrêmes et absorbent assez bien le rayonnement calorifique.
Les lois du rayonnement calorifique émis par les corps solides sont analogues, dans une certaine
mesure, à celles qui régissent le rayonnement lumineux. Les deux principales sont :
— la loi de Kirchhoff, exprimant que le pouvoir émetteur d’un corps est proportionnel à son pouvoir
absorbant ;
Fig. 1.

— la loi de Stephan-Boltzmann, résumée par l’expression :

qui exprime que la quantité de chaleur émise par un corps dans une enceinte parfaitement absorbante
est proportionnelle au coefficient de rayonnement C du corps et à la différence des puissances
quatrièmes des températures absolues T1 et T2 du corps chaud et de l’enceinte.
Lorsque les corps sont à une température peu différente, le rayonnement peut être admis, en
première approximation, proportionnel à la différence des températures centigrades, autrement dit :

Qr = P (t1 — t2)

t1 et t2 étant les températures centigrades des corps chaud et froid, et p un coefficient dépendant du
corps et de l’enceinte qui l’enveloppe. Lorsque l’enceinte est grande, on peut admettre en première
approximation, que le coefficient de rayonnement mutuel ρ, aux températures ordinaires, est égal aux
9/10 du coefficient de rayonnement absolu.
Il importe de signaler que l’absorption du rayonnement par un corps dépend de la longueur d’onde
des rayons reçus : ainsi, le verre est transparent aux rayons lumineux et ne laisse pas passer les rayons
calorifiques invisibles.
2. La conductibilité. — La conductibilité est la transmission de chaleur entre deux corps qui se
touchent ou entre les molécules d’un même corps. Par exemple, si on chauffe un corps en un point, les
autres parties de ce corps s’échauffent par conductibilité.
La conductibilité calorifique est analogue, dans une certaine mesure, à la conductibilité électrique.
Les métaux sont bons conducteurs de la chaleur et de l’électricité, et les isolants (verre, porcelaine,
étoffes, etc.) sont mauvais conducteurs.
Les lois de la conductibilité sont résumées par la relation de Newton :

qui exprime que la chaleur transmise par unité de surface et dans l’unité de temps, d’un point à un
autre, est proportionnelle, d’une part, à l’écart des températures (t1 — t2) entre ces deux points, d’autre
part, au coefficient de conductibilité X du corps, et inversement proportionnelle à la distance l de ces
deux points.
3. La confection. — Ce phénomène de conduction se complique lorsque le corps chaud est en contact
avec l’air ambiant. Par conductibilité, il échauffe les molécules de l’air qui l’environne. Cet air, devenant
ainsi plus léger, s’élève et les molécules échauffées sont remplacées par de nouvelles molécules froides.
Alors que la perte calorifique par conduction avec l’air serait minime si cet air était immobile, la perte
provoquée par ce mouvement ascensionnel, dénommé convection, est, au contraire, très importante,
par suite du remplacement constant des molécules échauffées par des molécules froides.
La transmission de chaleur par convection est d’autant plus active que le mouvement du fluide froid
(qui peut être l’eau ou un gaz quelconque) au contact de la surface chaude est plus rapide. Ceci
s’explique par le fait que, dans les mouvements lents, il se forme toujours à la surface chaude une
pellicule relativement épaisse de fluide immobile qui, en s’échauffant, protège le corps chaud, alors que
dans les mouvements rapides l’épaisseur de cette pellicule est réduite.
Le mouvement de l’air, ou du fluide qui baigne le corps, peut être provoqué uniquement par
l’échauffement de ce corps ; dans ce cas, la convection est dite naturelle. Mais, il peut être aussi
provoqué par une force extérieure, le vent, par exemple ; la convection est dite alors forcée.
Les pertes calorifiques par convection dépendent, évidemment, du coefficient de conductibilité et de
la capacité calorifique du fluide environnant le corps. Elles dépendent, en outre, de la forme de ce
corps, cette forme s’opposant plus ou moins au mouvement du fluide ; par exemple, un radiateur nu
perd plus de chaleur par convection qu’un radiateur muni d’une enveloppe, parce que cette dernière
gêne les mouvements ascensionnels de l’air. La quantité de chaleur transmise par convection peut
s’exprimer par une loi de la forme :

Qconvec. = α(t1 — t2), avec α = kVn

t1, t2 représentant respectivement la température de la surface du corps chaud et la température du


fluide ambiant ; V la vitesse de l’air ou du fluide au voisinage du corps ; n un exposant dont la valeur est
comprise entre 0.55 et 0,85 suivant la forme du corps ; k est un coefficient dépendant du corps (nature,
forme, état) et du fluide ; α est appelé coefficient de convection.
La convection naturelle est caractérisée par une faible valeur de la vitesse V. De plus, cette vitesse est
liée à la différence de température t1 — t2 qui lui donne naissance ; aussi, la convection naturelle est-
elle représentée souvent par l’expression rigoureuse suivante :

Qconvec. = k (t1 — t2)1,25

Bien entendu, tout ce qui précède est encore valable lorsque le corps est plus froid que l’ambiance. Il
suffit, dans ce cas, de remplacer le mot calories par frigories : les mouvements de convection des
fluides environnants se font de haut en bas au lieu de bas en haut.

4. La transmission de chaleur à travers une paroi. — Les problèmes de transmission de chaleur sont
habituellement relatifs aux échanges entre deux corps ou deux fluides séparés par une paroi. C’est le
cas, par exemple, des chaudières, où la chaleur produite par la combustion est partiellement transmise
à l’eau environnant le foyer, à travers une paroi métallique. C’est aussi le cas des radiateurs où deux
fluides sont séparés par la paroi du radiateur, la vapeur ou l’eau à l’intérieur, l’air à l’extérieur. Dans les
locaux chauffés, les pertes calorifiques proviennent des échanges calorifiques de l’air intérieur avec
l’air extérieur à travers les murs et les vitres.
Le problème le plus fréquent est donc le suivant (fig. 2) :
Deux fluides A et B sont séparés par une paroi P. Les fluides sont aux températures respectives T et t,
et animés des vitesses V et v. Quelle est la quantité de chaleur échangée dans l’unité de temps et par
unité de surface ? Le calcul détaillé conduit à l’expression suivante, que nous nous contenterons
d’admettre :

Q = k(T — t)

où k, appelé coefficient de transmission, est donné par la relation :

α1 et α2 étant respectivement les coefficients de convection des faces 1 et 2 pour le fluide considéré ;
ρ1 et ρ2 étant respectivement les coefficients de rayonnement des faces 1 et 2 ;
e l’épaisseur de la paroi ;
λ le coefficient de conductibilité de la matière constituant cette paroi.

Fig. 2

En toute rigueur, k n’est donc pas une constante, puisque plusieurs de ses facteurs (α1 et α2 en
particulier) dépendent des températures et des vitesses des fluides. Mais, dans les limites habituelles
du chauffage des locaux, on peut choisir pour k une valeur par excès correspondant au cas moyen le
plus défavorable. Par exemple, dans la région parisienne, on admet les bases suivantes :
T (intérieur) = 18° C
t (extérieur) = — 5° C
Vitesse du vent = 5 m par seconde

Vitesse de l’air intérieur : due uniquement à la convection naturelle.


Notons, en passant, que lorsque la paroi est de faible épaisseur, comme les vitres, par exemple, le
terme du milieu devient négligeable, et comme les coefficients de convection et de rayonnement ne
diffèrent pas beaucoup d’un matériau de construction à un autre, les diverses parois minces offrent au
passage de la chaleur des résistances sensiblement égales.

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