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Jeune chercheur, écriture et réception des thèses impliquées :

entre conventions et émancipation?


Essai « altéro-réflexif » 52
Marie-Laure TENDING
Université François-Rabelais de Tours
Université de Moncton, Nouveau-Brunswick
EA 4246 – PREFics-DYDADIV
« J’ai eu le malheur, dit […] Proust, de commencer mon livre par le
mot je et aussitôt on a cru que, au lieu de chercher à découvrir des
lois générales, je m’analysais au sens individuel et détestable du
mot. »

(Jean d’Ormesson, Odeur du temps, 2007. 44).

La présence du chercheur dans son écriture serait-elle


obnubilante pour son lecteur ? Cette question s’est posée au
cours d’une soutenance de thèse à laquelle j’assistais, au
détour du commentaire d’un des deux rapporteurs, se faisant
pour moi – alors extrêmement concernée par cette question –
lancinante, troublante, aussi obsédante que ne le laisse
supposer la signification du mot prononcé par ce lecteur/
évaluateur. « Obnubiler » : Envelopper (les facultés mentales,
les sentiments) comme d’un brouillard53. Obscurcir l’esprit et
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les facultés mentales de son lecteur serait bien fâcheux pour


un chercheur dont le but, dans la phase ultime d’élaboration
de sa recherche – telle que je la conçois – que constitue l’acte
d’écriture de celle-ci, est justement d’éclairer son lecteur sur
le processus de construction de cette recherche. Pourquoi ce
paradoxe ? Comment expliquer ce hiatus entre une visible
attente de discrétion de l’auteur dans son écriture, et
l’inconfort du lecteur ici verbalisé, lequel semble envahi dans

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son espace de lecture et de réflexion personnels par un
énonciateur apparemment intrusif ? Cette attente
d’effacement serait-elle si évidente et répandue dans les
pratiques qu’elle ne puisse questionner ses fondements
théoriques et envisager l’existence de pratiques autres ?
L’intensité du sentiment d’inconfort exprimé par le lecteur à
travers le choix du terme obnubiler est peut-être à la mesure
du mouvement de décentration occasionné par la
confrontation à une pratique autre, questionnant la sienne
propre.
Il est d’ailleurs tout à fait intéressant de noter que ce même
lecteur/évaluateur de la thèse – soutenue soit dit en passant
avec succès – qui s’était dit obnubilé par le trop plein de
présence du scripteur54 dans une grande partie du propos, s’est
senti délaissé dans une autre, subitement seul face à la place
laissée vacante par une présence devenue plus discrète, voire
transparente. « Vous m’aviez habitué à votre présence » a-t-il
dit sous une forme ambigüe de critique qui pourrait
éventuellement ne pas en être une, selon la lecture qu’on en
fait. Si la présence du chercheur dans son écriture a pour
effets secondaires (non prévus, et donc non anticipés)
d’obnubiler son lecteur, l’effacement du premier ne devrait-il
pas par conséquent soulager et donc agréer le second ? Si
l’affirmative ne vaut pas forcément pour cette assertion,
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comme c’est le cas ici, le nœud de la question est peut-être à


chercher ailleurs que dans le choix de l’une ou l’autre posture
d’écriture (présence ou transparence du chercheur dans son
écriture ou quelque part entre les deux extrémités de ce
continuum).
Il se situe éventuellement au niveau du choix supposé à faire
entre différentes postures potentielles (à justifier), mais choix

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auquel il faudrait, si l’on suit la logique du désarroi exprimé
supra par le lecteur/évaluateur parti à la recherche du
scripteur perdu, se tenir tout au long de l’écriture, au risque
de le déstabiliser (ou plutôt de sembler inconstant ?). Logique
du « ou, ou », face à celle du « et, et »… Mais il se pourrait
aussi que ce soit « moins l’absence qui trouble, que
l’interrogation sur la raison de l’absence » – comme me le
faisait judicieusement remarquer une personne qui se
reconnaitra dans ces lignes – et donc interrogation sur les
pratiques d’écriture reposant sur ce principe ; ou comment
faire surgir un questionnement qui ne se posait pas au départ ?
Plus globalement, la question posée par cet épisode est celle
des pratiques de recherches, dont celle de l’écriture de la
recherche qui nous occupe dans le cadre de cette publication.
Face à des pratiques usuelles et consensuelles (effacement
total du sujet énonciateur et donc non prise en charge du
propos défendu par ailleurs), telles qu’on les rencontre le plus
souvent dans les écrits de recherches (articles scientifiques,
mémoires de recherche, thèses de doctorat, etc.), en sciences
humaines entre autres : quelle place et quelles formes de
reconnaissance pour d’autres pratiques moins courantes, plus
déstabilisantes peut-être dans la mesure où elles questionnent
par leur existence même celles qui se sont toujours posées
d’emblée comme les seules légitimes ?
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Mon intention n’est pas de trancher ici la question du mieux


fondé de l’une ou l’autre pratique, mais de questionner de
façon plus globale le rapport à l’écriture de la recherche, ici
celle d’une recherche doctorale et de sa mise en récit dans
l’élaboration de l’objet « thèse » (une matérialisation
scripturale du travail intellectuel), dans sa tension entre ce qui
est donné comme un « exercice de style » avec un certain

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nombre de règles et conventions à respecter ; et la volonté
d’émancipation du jeune chercheur se découvrant/
construisant une identité propre de scripteur. Comment se
forger un rapport à l’écrit individualisé, faire éclore son moi
scripteur et jongler avec la rigidité de certaines conventions
pour construire une thèse (du point vue scriptural)
personnalisée, tout en navigant dans les eaux troubles du
souci de la réception de cet écrit ?
Je m’attacherai, pour réfléchir à cette problématique, à la
question rapidement esquissée ci-dessus des modalités
énonciatives d’un écrit de recherche, dans la mesure où elle se
pose pour toute forme d’écriture. Ce paramètre
incontournable de l’écriture que constitue la modalité
énonciative qui la met en œuvre, suppose de fait une
incarnation du propos – qui ne se donne en effet pas à voir de
façon autonome – sous une forme ou une autre, même la plus
effacée qui soit ; et fonctionne dans le cadre de l’écriture de la
recherche, comme un indice trahissant un certain type de
positionnement du chercheur par rapport à la recherche qu’il a
construite. Certes, il en existe d’autres55, mais celle-ci me
semble particulièrement significative, non pas en elle-même,
mais parce qu’un certain nombre parmi les diverses pratiques
– en termes de choix énonciatif – que j’ai pu rencontrer, me
semblent relever en quelque sorte du symbole, comme un
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drapeau que l’on affiche ou que l’on « met dans sa poche »56.
Un rapide coup d’œil sur quelques thèses soutenues ces
dernières années, et s’inscrivant, à des degrés divers, dans le
domaine des recherches qualitatives, donne effectivement à
voir des pratiques plutôt hétérogènes du point de vue de ce
choix de modalité énonciative. Ci-dessous quelques extraits
de thèses proposés à titre illustratif :

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« Dans cette partie, le pronom de première personne du
singulier sera utilisé dans la mesure où il est question d’un
parcours personnel. La suite verra le « nous » plus
conventionnel dans l’écriture scientifique. » (Vandermeulen,
2012 : 12).
« Le « je » est utilisé dans ce travail, il est à prendre comme
un « je » de modestie, qui n’engage que moi tout en mettant
en évidence ma responsabilité et mon positionnement
impliqué ; cela n’enlève rien à l’importance des lectures
effectuées, l’apport des pairs, collègues et témoins à la
construction de ce travail. » (Peigné 2010.17).
« Nous avons commencé notre travail en ayant à l’esprit la
valeur de modestie du « nous » dans la recherche, telle que
cela nous a été enseigné. Parvenu à la fin de notre thèse
toutefois, nous avons compris quelle était la part importante
des conclusions qui découlent de la place occupée par le
chercheur dans le produit final. Nous réfléchissions alors sur
la manière de travailler, sur la théorie que nous avons
construite pour notre travail. Nous avons ainsi compris qu’il
aurait fallu employer « je » et non « nous ». Mais, faute de
temps matériel, nous n’avons pu revenir sur toutes les
occurrences de ce pronom dans la rédaction. » (Feussi
2006.19).
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Ces trois extraits – figurant tous en note de bas de page dans


les thèses respectives dont ils sont tirés – ont un point
commun principal (non anodin selon moi, nous verrons
pourquoi plus loin). Ils apparaissent en justification d’un
choix énonciatif ponctuel (adossé à une partie du propos par
rapport au contenu duquel il serait plus adapté) ou concernant
l’ensemble de l’écrit, présenté comme « spécifique » et/ou
opposé à un autre. Au-delà de ce principal point de

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convergence, ces différents extraits se caractérisent chacun
par une conception particulière de l’écriture scientifique qui
se dessine au travers des éléments explicatifs mis en avant
pour justifier et/ou légitimer le choix de modalité énonciative
mis en œuvre dans la thèse.
Ainsi, le premier extrait fonctionne sur une justification de
l’emploi de la première personne du singulier dans un passage
spécifique de la thèse ayant trait au parcours personnel de
l’auteure, mais renforçant et confirmant au passage le statut
plus légitime du « nous » clairement identifié et reconnu
comme « plus conventionnel dans l’écriture scientifique ».
L’extrait suivant donne à voir un positionnement différent de
celui perceptible dans le premier. Ici, le « je » est valable pour
l’ensemble du récit de recherche et non pas uniquement pour
certaines de ses parties. Cependant, persiste une opposition
sous-jacente à l’autre choix de modalité énonciative possible,
le « nous », présent en creux dans l’argumentaire mettant en
avant le caractère non moins « modeste » de ce « je » (« qui
n’enlève rien à l’importance des lectures effectuées, l’apport
des pairs, collègues et témoins à la construction de ce
travail ») que celui à priori plus volontiers reconnu au
« nous » et en regard duquel cette argumentation à contre pied
se construit implicitement.
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Le dernier extrait se situe quant à lui dans une logique


quelque peut différente (dans le type d’argumentaire et de
positionnement affichés) de celle qui se lit dans les deux
précédents. Bien qu’on y retrouve, comme je l’ai signalé ci-
dessus, une justification de la modalité énonciative mise en
œuvre dans l’écrit de la thèse, elle comporte dans le même
temps une critique de celle-ci, considérée en bout de parcours
comme inadéquate (« Nous avons ainsi compris qu’il aurait

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fallu employer « je » et non « nous » »), mais conservée pour
de simples raisons d’ordre technique et conjoncturel (« [….]
faute de temps matériel, nous n’avons pu revenir sur toutes
les occurrences de ce pronom dans la rédaction »).
Paradoxalement, c’est dans l’extrait tiré d’une thèse où
l’énonciation est entièrement prise en charge par la première
personne du pluriel et donc où le « je » n’est à aucun moment
matérialisé, que ce dernier est présenté comme la modalité
énonciative la plus adéquate à l’écriture de cette thèse, sans
que cette légitimité revendiquée ne se construise par
opposition/et donc en référence à celle déjà reconnue comme
telle du « nous ». Paradoxe renforcé par le fait que dans la
note où est explicitée cette prise de conscience montrant que
c’est le « je » qu’il aurait fallu employer pour l’écriture de
cette thèse au vu de « la part importante des conclusions qui
découlent de la place occupée par le chercheur dans le produit
final » comme cela a été argumenté, c’est un « nous » qui
donne à voir l’inadéquation de sa présence face à l’absence
d’un « je », lui, plus adéquat.
Ces quelques exemples (que je n’ai pas voulu multiplier)
s’inscrivent dans le cadre d’une hétérogénéité de pratiques
que j’ai pu personnellement constater en consultant plusieurs
thèses comme je l’ai signalé plus haut. A savoir :
• utilisation du « nous », non argumentée, (« cela
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va de soi n’est-il pas ? ») ;


• utilisation du « je », non argumentée, ce qui pose
question (non pas l’utilisation du « je », mais bien
la non argumentation dans une conjoncture à
tendance dominante inverse) ;
• utilisation du « je », argumentée par une posture
méthodologique et/ou épistémologique plus ou
moins amplement explicitée ou simplement ornée

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d’une note de bas de page à la première
occurrence, constituée de quelques lignes
justificatives (comme pour s’acquitter d’une
formalité) ;
• et parfois alternance du « nous »/« je » (également
explicitée, mais comme nous avons pu le
constater dans le premier exemple, une
alternance qui ne fait en fin de compte que
conforter l’idée d’une plus grande conformité –
donc légitimité – du « nous » pour l’écriture
d’une thèse).

Ne sont ici illustrés57, vous l’aurez remarqué, que des cas où


sont argumentées/explicitées les modalités énonciatives mises
en œuvre dans le récit des recherches qu’elles incarnent.
Alors même que ce sont justement celles qui se donnent à
voir sans explicitation/argumentation aucune qui posent
question et m’ont interpellée. Mais comment montrer une
absence, sinon juste l’évoquer ?
Ces deux absences (d’argumentation/explicitation) sont
diversement significatives, à mon sens. L’une, l’utilisation du
« nous » dans la mesure où elle s’inscrit dans une logique de
pratique instituée, reconnue, n’ayant pas (plus ?) besoin de se
justifier. Et l’autre, l’utilisation du « je », parce qu’elle relève
de deux types d’interprétations aux logiques très différentes :
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1) non prise de conscience des enjeux épistémologiques liés à


la dimension de l’écriture, et dans ce cadre des modalités
énonciatives mises en œuvre dans le récit de construction
d’une recherche ;
2) volonté, symbolisée par ce qui du coup constitue un refus
de justification, de sortir du « piège du minoritaire/
minorisé » : justification systématique de postures

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minoritaires qui au bout du compte met l’accent sur le déficit
de légitimité de ces postures.
Je reviendrai dans la suite de cette réflexion sur ce dernier
élément, en relation avec mes propres pratiques d’écriture et
le regard que je porte sur les effets induits – consciemment ou
non – par le choix des modalités énonciatives mises en œuvre
dans un écrit scientifique et notamment dans le cadre
particulier d’une recherche doctorale.
Pour l’heure, je voudrais avant tout souligner que cette variété
des pratiques se déclinant dans ce continuum hétérogène – du
« nous » non explicité car relevant de pratiques
hégémoniques, au « je » explicité sous diverses formes – me
semble être le signe d’une période d’entre deux. Un moment
de flottement entre une époque où il aurait été éventuellement
impensable d’écrire une thèse en « je », quelles qu’en soient
les raisons. Et une autre, restant encore à définir, si le
mouvement initié par des recherches s’inscrivant dans des
perspectives qualitatives-réflexives-phénoménologiques-
herméneutiques (chacun fera son marché à son gré) prend de
l’ampleur et conquiert une certaine assise dans le domaine des
pratiques scientifiques reconnues et/ou valorisées.
Cette diversité de pratiques reflète ainsi plus globalement une
dualité épistémologique se traduisant par des conceptions très
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différentes du texte scientifique :


« […] une conception qui – sous l’influence du paradigme
épistémologique du positivisme – considérait le texte comme
un lieu transparent de fixation et de transmission de
représentations adéquates du monde ne méritant pas, en
raison de sa transparence, une attention particulière. C’est
seulement avec le changement d’orientation épistémologique

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vers des positions constructivistes – qui s’est manifestée à
partir des années 60 et qui a porté les sciences sociales à
reconnaître le caractère construit de leurs connaissances et la
nature opaque de leurs textes – que les modalités de
production et de réception du texte scientifique ont acquis un
intérêt pour la réflexion épistémologique » (Bonoli 2006.
108-109).
Pour un jeune chercheur, par définition engagé dans un
processus de construction/consolidation de son propre
positionnement au sein d’un champ dont les points de repères
(du point de vue de ce jeune chercheur) sont multiples,
mouvants et évolutifs58, la question de « comment j’écris ma
thèse ? » (même si elle peut éventuellement paraître
secondaire pour certains) n’en est pas moins cruciale
lorsqu’on la ramène à son fondement épistémologique. Ce qui
revient à se poser la question de la forme de l’explicitation de
ce qui nous a permis de construire du sens, donc des
connaissances : « est-ce que je dis « je » ou pas ? », question
de la modalité énonciative qui s’est dans un premier temps
posée pour moi dans ces termes avant d’évoluer vers celle de
l’écriture de la thèse et de la recherche plus globalement.
Pourquoi cette question ? Une petite mise en perspective est
sans doute nécessaire ici pour comprendre avant de
poursuivre.
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Lorsque je fis mes premiers pas dans le monde, pour moi


alors complètement inconnu, de la recherche, et de façon
absolument fortuite59 qui plus est, ce fut tout d’abord sous
l’encadrement de Didier de Robillard, en Master, qui a assuré
la direction de mes deux mémoires de recherche ; et par la
suite au sein de l’équipe Dynadiv, alors Jeune Equipe. Cette
précision est importante dans la mesure où ce fut pour moi le

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premier lieu de questionnement sur les pratiques de
recherche. Resituer mes premiers pas dans ce cadre donne
ainsi un éclairage particulier à l’émergence du
questionnement exposé plus haut. Je découvre en effet en
première année de master le monde de la recherche avec le
type de représentations que l’on peut avoir à priori sur ce
qu’est une recherche, la rédaction d’un mémoire, etc., quand
on a comme seules références celles du grand public :
statistiques, camemberts, figures compliquées censées
impressionner par leur degré de complication, langage docte,
etc. Autant de choses avec lesquelles je ne me sentais pas très
à l’aise, loin s’en faut60, mais auxquelles j’étais tout à fait
prête à me confronter si c’est comme ça, et pas autrement,
qu’il fallait faire. Qu’est-ce que tout ça a à voir avec la
question de l’écriture de la recherche et des modalités
d’énonciation qui nous occupe me direz-vous ?
J’y viens.
Ayant ainsi fait mes premiers pas dans la recherche dans le
cadre que je viens d’exposer et avec les représentations
évoquées, j’ai donc été progressivement emmenée à réaliser
qu’il n’y avait pas qu’une seule façon de faire de la
recherche61. Mais j’ai par contre découvert en deuxième année
de master, de façon plus directe (et quelque peu caricaturale
dans ma compréhension des choses) en assistant aux réunions
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Dynadiv, puis en participant à mon premier colloque62 qu’il y


avait de fait une « crise » en sciences du langage entre les
« technolinguistes63 » et les « (socio)linguistes ». Les
premiers (les « affreux découpeurs de morphèmes »
majoritaires) présenteraient le paradoxe majeur d’appliquer
des modes de procédures de recherche « asociaux » à un objet
éminemment « social », l’être humain et ses interactions en

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société. Les seconds, (les « gentils qualitativistes »
minoritaires) « plutôt que d’accepter sans question et sans
vague une apparente répartition complémentaire et
hiérarchisée de « sous-disciplines » linguistiques dans un
champ « consensuel », plutôt que d’accepter cette diglossie64
scientifique et institutionnelle65 et l’idéologie qui la sous-
tend » (Blanchet, Calvet et Robillard 2007.12), tentent ainsi
de proposer une alternative par le biais de modalités de
recherche prenant en compte cette dimension sociale de l’être
humain, en commençant par le chercheur lui-même (qui en
est un au même titre que les personnes concernées par sa
recherche). Ce qui suppose de prendre en compte et visibiliser
sa propre implication dans sa recherche.
Nous y sommes.
Visibiliser son implication dans sa recherche, dans une
logique prenant le contre pied du paradoxe soulevé ci-dessus,
c’est aussi pouvoir assumer la prise en charge de
l’énonciation discursive dans l’écriture de la recherche où
l’on est impliqué ; et donc l’incarner au sens propre, c’est-à-
dire prendre chair en tant qu’auteur à la fois du récit de
recherche et de la recherche elle-même.
Nous voilà donc arrivés, après ce grand mais non moins utile
détour explicatif66, au stade où je me posais la question de
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savoir si je devais/pouvais me permettre d’écrire une thèse en


« je ».
D’où l’attention particulière portée ces dernières années (mes
années de doctorat) aux différentes thèses soutenues à la fois
au sein de notre équipe de recherche, mais aussi plus
globalement dans le cadre du Réseau Francophone de
Sociolinguistique pour sonder les pratiques et voir si les

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positions affichées dans le cadre de recherches s’inscrivant
dans les perspectives qualitatives se concrétisaient également
à travers le passage du « nous », hérité des postures
technicistes, au « je » plus cohérent semble-t-il avec des
postures plus impliquées. Comme nous l’avons vu, les
pratiques en la matière sont plutôt hétéroclites. Ce qui, tout en
indiquant l’amorce d’un changement de conjoncture à la fois
scientifique et institutionnelle (puisque d’un point de vue
purement formel, le « je » apparaît dans certaines thèses, ce
qui était très certainement assez peu le cas avant67), souligne
dans le même temps la fragilité de cette posture semblant
parfois difficile à assumer jusqu’au bout et/ou faire accepter
comme légitime d’un point de vue scientifique. Par exemple,
le cas paradoxal des thèses écrites en « je » mais sans
explicitation aucune de ce choix particulier, me fait penser, au
vu de la situation de « diglossie scientifique et institutionnelle
et l’idéologie qui la sous-tend »68signalée supra et qui perdure
malgré les évolutions sensibles, que c’est là le signe d’un
hiatus entre la prise en charge de pratiques alternatives ; et la
prise de conscience (démontrée par l’explicitation du choix
énonciatif) des fondements théoriques qui les justifient.
C’est en réaction aux effets de ce type de situations poussant
les minoritaires à devoir toujours justifier leurs pratiques,
quand les majoritaires sont eux dispensés de le faire et donc
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oublient chemin faisant ce qui fonde ces pratiques


hégémoniques reprises69 et revendiquées comme légitimes du
seul fait de leur hégémonie et non pas pour ce qu’elles sous-
tendent (une certaine vision de la science appuyée sur une
certaine vision de l’homme70), que j’ai par exemple décidé de
rédiger mon examen pré-doctoral71 à la première personne en
n’explicitant ce parti-pris qu’au bout de la soixante-septième
page sur les soixante-dix que comporte cet écrit72.

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« Ma recherche (et le morceau d’écriture que je viens d’en
faire) est un récit interprétatif. Je la conçois comme telle,
parce qu’elle est tissée d’histoires (que l’on m’a racontées,
que j’ai entendues, auxquelles j’ai participé ou dont j’ai été
témoin ; que j’ai réinterprétées et traduites à partir de ma
propre historicité). Des histoires qui sont celles des parcours
migratoires de personnes originaires d’Afrique noire dite
francophone ; celles de la construction de leurs identités à
travers ces histoires vies ; et celles des rapports aux langues
en interaction étroite et continue avec les divers espaces
francophones qui ont traversé ces histoires et au sein desquels
elles s’inscrivent. Le récit que je construis se fait donc à la
première personne parce que je ne pouvais que dire « je »
dans cette perspective. Pourquoi l’expliciter dans les toutes
dernière lignes de ce texte me demanderez-vous
certainement ? Parce que j’aurais souhaité ne pas avoir à
justifier cette modalité énonciative, implicitement entachée
d’illégitimité par le seul fait de devoir se justifier. Parce que
je pense que le « je » ne devrait avoir à se justifier que dans la
mesure où le « nous » se justifie également, et non que le
premier constitue l’exception confirmant la règle incarnée par
le second. Je pense que l’une et l’autre modalités
d’énonciation, dans la mesure où elles reposent sur des
logiques discursives et épistémologiques différentes sont
également légitimes dans l’écriture de la recherche, y compris
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pour des formats académiques tels que celui-ci, à condition


d’en visibiliser les enjeux. » (Tending 2011.67).
En écrivant ces lignes à la conclusion d’un texte destiné aux
membres d’un jury chargé de l’évaluer, je faisais le pari de
l’explicitation, à la fin et non au début du processus de
l’écriture, d’un postulat qui aura eu tout le loisir de se
démontrer chemin faisant et qui apparaitrait comme une

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évidence au terme de la lecture de mon récit de recherche. Je
tenais à faire ressortir cet aspect de l’évidence (pour moi en
tout cas) d’un positionnement qui pouvait difficilement être
autre, dans la mesure où la question de mon implication dans
ma recherche relève aussi de l’évidence.
Mon historicité dans le cadre de la recherche que j’ai
construite73 est en effet immédiatement visible, frappée d’un
sceau d’ininvisibilité puisqu’inscrite dans une histoire
commune avec celle des personnes dont j’ai étudié les
parcours migratoires et le processus d’intégration en France et
en Acadie du Nouveau-Brunswick, originaires d’Afrique
noire comme moi74. Quand bien même je serais tentée de le
faire, je ne pourrais par conséquent aucunement la masquer, et
cette vaine tentative me serait alors légitimement reprochée.
En effet, lorsque je suis par exemple interpellée au beau
milieu d’un entretien par mon interlocuteur qui me dit :
« quand je rencontre Marie-Laure qui est sénégalaise, je
m’attends à ce qu’elle parle wolof75. Moi je manifeste ma
sénégalité, elle aussi elle est sénégalaise, elle doit manifester
cette sénégalité en utilisant notre langue véhiculaire parce que
nous sommes loin de notre Sénégal » (Seydou),
c’est toute la complexité et parfois l’ambigüité du jeu des
positionnements identitaires qui se manifeste. A ce moment
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précis de l’interaction ce n’est pas à la jeune chercheure ayant


sollicité un entretien avec cet interlocuteur que celui-ci
s’adresse ; mais bien à Marie-Laure, qui est sénégalaise
comme lui (bien que mon identité ne se résume évidemment
pas à ce seul trait), et qui devrait comme lui manifester sa
sénégalité en parlant wolof (ce qui dans mon cas n’est pas
pertinent comme marque et donc « preuve » de
« sénégalitude »). Ces mots le disent lui (témoin invité à

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partager un morceau d’histoire personnelle), tout en me disant
moi (chercheure rattrapée par sa propre histoire personnelle76
dans le cadre de ses fonctions), dans le prisme de ses repères
socio-identitaires.
Chercheure à la fois « du dedans » et « du dehors »77ou Soi-
même comme un autre78, tel fut du coup mon positionnement
dans cette relation spécifique et tel est plus globalement mon
positionnement dans ma recherche. Ce lien étroit, intriqué et
inextricable entre recherche et biographie79, rend caduque de
ce point de vue une certaine vision duelle de l’activité du
chercheur endossant ses attributs d’enquêteur lorsqu’il se rend
« sur le terrain » et les laissant sur le seuil de ce laboratoire à
ciel ouvert80 lorsqu’il retourne à sa vie sociale de personne
lambda. Il existe indéniablement un lien très fort entre
l’histoire de vie du chercheur, les éléments qui ont émaillé et
marqué sa trajectoire personnelle – éléments participant à la
définition de son individualité – et la construction de sa
recherche puisque « les connaissances scientifiques ne sont
indépendantes ni des individus qui les construisent, ni des
contextes sociaux (au sens large) qui les stimulent »
(Blanchet, Calvet et Robillard 2007.8).
Ainsi, lorsque je découvre l’histoire acadienne81 (le Grand
Dérangement et ce qui s’en suit), histoire érigée en ciment de
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l’identité acadienne collective, c’est en effet une fois de plus


au regard de ma propre historicité inscrite dans une autre
histoire, celle de la colonisation en Afrique (et son principal
héritage : le français, langue officielle minoritaire dominante),
que je fais le lien entre ces deux histoires et que je vais
décider d’explorer le facteur affectif lié au choix de plusieurs
migrants africains de s’intégrer à la communauté francophone

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minoritaire acadienne, et même pour certains de participer
activement à sa cause.
Je suis par conséquent partie prenante des histoires collectives
qui s’entrelacent dans ma recherche ; et les parcours
individuels de chaque migrant rencontré, entrent en résonance
particulière avec le mien propre. Ma posture se veut donc
herméneutique, dans le sens où une part non négligeable des
éléments qui me permettent de proposer une interprétation
aux observables construits proviennent de mes différents
ancrages anthropo-socio-historiques et je ne peux à ce titre
faire l’économie d’une modalité énonciative incarnant au plus
près, et endossant la responsabilité du récit de recherche mis
en écrit. Cet acte d’écriture s’accompagne d’une émergence
progressive d’un soi-scripteur qu’il faut apprendre à
construire : laisser émerger cette nouvelle identité naissante
tout en guidant sa croissance dans la perspective particulière
de l’écriture de la thèse donnée comme un « exercice de
style » à part entière et donc à prendre en compte.
Mon histoire de recherche et l’expérience d’écriture de cette
recherche est ainsi tissée de tensions antagonistes entre le
sentiment que j’ai souvent eu de demandes institutionnelles
successives82 auxquelles il me semblait devoir répondre de
façon très académique ; et le besoin de m’émanciper quelque
peu de ce cadre que je percevais (à tort ou à raison) comme
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formel, pour laisser germer mon identité propre de scriptrice.


Cette tension est notamment perceptible dans la rédaction de
l’examen pré-doctoral évoqué ci-dessus, qui a évolué dans sa
forme d’un pôle vers l’autre. Cependant cette identité
naissante reste fragile dans son statut dans la mesure où je me
pose la question de sa réception et de sa perception par le

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lectorat exigeant du jury de thèse et plus largement de la
communauté des chercheurs.
Reste à trouver un équilibre entre contraintes « académiques »
et émancipation personnelle, dont le fil directeur repose
certainement sur les fondamentaux (épistémologiques) de
l’écriture de la recherche : à partir de quoi, pour quoi et pour
qui on écrit ?
Références bibliographiques
BLANCHET P., CALVET L.–J. et ROBILLARD D. de, 2007, Un siècle
après le Cours de Saussure : La Linguistique en question, Carnets d’Atelier
de Sociolinguistique n°1, Paris : L’Harmattan.

BONOLI L., 2006, « Ecrire et lire les cultures : l’ethnographie, une


réponse littéraire à un défi scientifique », A contrario 2/2006 (Vol. 4),
pp. 108-124. URL : www.cairn.info/revue-a-
contrario-2006-2-page-108.htm.

DEPREZ C., 1994, Les enfants bilingues : langues et familles,


Paris : Didier.

ORMESSON J. d’, 2007, Odeur du temps. Chroniques du temps


qui passe, Editions Héloïse d’Ormesson.

RICŒUR P., 1997, Soi-même comme un autre, Points essais.


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ROBILLARD D. de, 2009, « Réflexivité : Sémiotique ou


herméneutique, comprendre ou donner signification ? Une approche
profondément anthropolinguistique ? » In Robillard D. de (dir.),
Réflexivité, herméneutique. Vers un paradigme de recherche ?, Cahiers de
sociolinguistique n°14, Presses Universitaires de Rennes, pp. 153-175.

ROBILLARD D. de, 2008, Perspectives alterlinguistiques, Volume 1 –


Démons, Paris : L’Harmattan.

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ROBILLARD D. de, 2008, Perspectives alterlinguistiques, Volume 2 –
Ornithorynques, Paris : L’Harmattan.

TENDING M.-L., (en cours), Parcours migratoires et constructions


identitaires en contextes francophones. Une lecture sociolinguistique du
processus d’intégration de migrants africains en France et en Acadie du
Nouveau-Brunswick, Thèse de Doctorat de l’Université François-
Rabelais de Tours, en cotutelle avec l’Université de Moncton, sous la
codirection de Didier de Robillard et Annette Boudreau.

TENDING M.-L., 2012, « La part du biographique dans la


recherche ». In Goï C. (dir.), Quelles recherches qualitatives en sciences
humaines ? Approches interdisciplinaires de la diversité, Paris :
L’Harmattan.

TENDING M.-L., 2009, « Contacts de langues et acculturation. Le jeu


des représentations linguistiques sur la scène de l’intégration. Le
chercheur au cœur de sa démarche : réflexion autour de
l’implication ». In Pierozak I. et Eloy J.-M. (dir.), Intervenir : appliquer,
s’impliquer ?, Paris : L’Harmattan, pp. 87-93.

VIOLETTE I., 2010, Immigration francophone en Acadie du Nouveau-


Brunswick : langues et identités. Une approche sociolinguistique de
parcours d’immigrants francophones à Moncton, Thèse de Doctorat de
l’Université de Moncton, en cotutelle avec l’Université François-
Rabelais de Tours, sous la codirection d’Annette Boudreau et Didier
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de Robillard.
52
Cette réflexion prend appui sur un ensemble de discussions
initiées au sein de l’équipe Dynadiv et bénéficie largement
d’échanges roboratifs avec certains de ses membres :
Véronique Castellotti, Cécile Goï, Emmanuelle Huver,
Isabelle Pierozak et Elatiana Razafimandimbimanana qui, au
hasard de nos rencontres dans les locaux de la faculté, ont su

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prêter une oreille attentive à mes nombreux questionnements.
La dimension « altéro-réflexive » de cet essai est par ailleurs
plus spécifiquement liée aux échanges réguliers que j’ai eus
avec Didier de Robillard qui a pris connaissance du texte en
construction, intégrant certaines de ses remarques, mais dont
j’assume entièrement la responsabilité. Il constitue aussi plus
globalement le produit (ouvert à de nouvelles interprétations)
de ce que pourrait être un processus qualitatif d’écriture de la
recherche prenant en compte la dimension de sa réception
dans son élaboration même, en essayant de l’anticiper par un
effort de conscientisation et donc d’explicitation de certains
implicites (auto et/ou hétéro-identifiés). Par ailleurs, les
conditions de production de cet article, rédigé dans le cadre
d’une contribution à un séminaire organisé au sein de l’équipe
Dynadiv sur « l’écriture de la recherche », en ont largement
induit la forme particulière et le ton global que j’ai tenu à
conserver dans la présente publication. J’invite ainsi le lecteur
à me suivre, s’il le veut bien et malgré l’absence
d’architecture affichée, au gré du déroulement de la pensée
qui a guidé cette réflexion et qui prendra quelque fois des
chemins de traverse mais sans jamais s’éloigner de la logique
interne qui lui donne sens.
53
Cf. Le Petit Robert.
54
E. Razafimandimbimanana, distingue dans ce même
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volume, la notion de « scripteur » de celle d’« auteur »,


considérant que cette dernière investit le processus d’écriture
comme n’étant pas uniquement un acte ou une technique
neutralisant, sous cet angle de vue, le sujet qui écrit. Je suis
sensible à cette problématisation, dans la mesure où je
défends, infra, l’idée d’un investissement – essentiel et
fondamental d’un point de vue épistémologique – du

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chercheur dans l’écriture de sa recherche, prenant
véritablement en charge et incarnant le(s) sens construit(s) et
véhiculé(s) dans/par cette écriture. Voir aussi l’introduction
générale sur la notion d’« auteur ».
55
Comme les aspects stylistiques ou les pratiques de citation
par exemple.
56
Expression empruntée à Didier de Robillard.
57
Sans prétention aucune de représentativité ou « preuve » de
quoi que ce soit.
58
C’est ce qu’a bien mis en évidence une journée d’étude
organisée par l’équipe Dynadiv en Juin 2010 et qui a donné
lieu à la publication d’un ouvrage collectif auquel j’ai
participé : Tending M.-L., 2012, « La part du biographique
dans la recherche ». In Goï C. (dir.), Quelles recherches
qualitatives en sciences humaines ? Approches
interdisciplinaires de la diversité, Paris : L’Harmattan,
pp.103-117.
59
Je ne me destinais pas au départ au monde de la recherche,
cette orientation s’étant imposée par le choix de la spécialité
que je désirais faire au niveau du master 1 et qui
correspondait de fait à un parcours recherche. Elle s’est par la
suite confirmée, comme le fruit d’une rencontre inattendue
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mais qui a modifié le fil de mon cheminement.


60
Vu mon profil de littéraire « pur jus », titulaire d’un bac
« L » (littéraire) et d’une licence de Lettres Modernes, je
n’étais pas particulièrement douée pour les mathématiques et
donc l’idée de devoir me confronter aux statistiques et tout ce
qui ressemble de près ou de loin à des figures mathématiques
compliquées à manipuler ne me réjouissais pas vraiment. (Je

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tiens tout de même à préciser que ma non compétence
développée en mathématiques et mon inappétence pour ce qui
s’y rapporte n’est évidement pas la résultante de ma
formation littéraire, mais constitue un trait identitaire qui
m’est propre, bien que partagé – je pense – avec d’autres
profils « L »).
61
Bonne nouvelle ! Ce n’était pas du tout dramatique si je
n’avais pas de figures compliquées à élaborer pour
impressionner le jury (mais j’ai quand-même tenu à faire
quelques jolis tableaux, histoire de…).
62
Cinquième colloque du RFS à Amiens en Juin 2007 qui a
donné lieu à ma première publication : Tending M.-L., 2009,
« Contacts de langues et acculturation. Le jeu des
représentations linguistiques sur la scène de l’intégration. Le
chercheur au cœur de sa démarche : réflexion autour de
l’implication ». In Pierozak I. et. Eloy J.-M (dir.), Intervenir :
appliquer, s’impliquer ?, Paris : l’Harmattan, pp. 87-93. C’est
également à cette occasion que fut lancée la publication du
CAS n°1 (Blanchet P., Calvet L. -J. et Robillard D. de, 2007,
Un siècle après le Cours de Saussure : La Linguistique en
question, Carnets d’Atelier de Sociolinguistique n°1, Paris :
l’Harmattan), faisant état de cette situation de crise des
sciences du langage.
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63
Terme qu’utilise Didier de Robillard (2007) qui fait écho à
« Structurolinguistes » utilisé par Philippe Blanchet et à
l’expression «linguistes maniaques de l’ordre » utilisée par
Louis-Jean Calvet dans le même ouvrage cité ci-dessus.
64
Métaphorisant la domination d’un courant sur l’autre.
65
Souligné par les auteurs.

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66
Dont le but est principalement lié ici à un aspect particulier
de l’écriture de la recherche, telle que je l’appréhende : rendre
sensible en l’explicitant le mieux possible le processus
expérientiel par lequel on a construit du sens.
67
Je m’avance peut-être, n’ayant pas vérifié « formellement »
cette idée. Mais elle est cependant confirmée par des
personnes dont la longue expérience en matière de direction
de thèse et de participation à divers jurys me permet de le
faire en pensant ne pas me tromper beaucoup.
68
Ibid.
69
Automatisation de la pratique énonciative du « nous »
récupérée et intégrée parfois de façon contradictoire dans des
travaux se situant par ailleurs dans une perspective
qualitative. Ce qui constitue encore une fois le signe d’un
déficit de réflexion approfondie sur les fondements
épistémologiques de ces pratiques d’écriture. Et peut-être
aussi la traduction d’un point de vue considérant ces
questions comme secondaires (intéressantes à aborder mais
pas forcément importantes) par rapport au travail plus concret
de la recherche elle-même.
Voir sur ce point le texte de Didier de Robillard dans ce
70

même volume et également Robillard (2007 et 2009).


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71
Examen spécifique au système académique canadien,
constituant la dernière étape à franchir avant la soutenance de
thèse. Il consiste officiellement en la rédaction d’un texte
présentant le cadre théorique, et la méthodologie de la
recherche d’une part, et d’autre part d’un échantillon
d’analyses ; travail présenté lors d’une soutenance devant jury
et au terme de laquelle il est sanctionné par la mention
« succès » ou « échec ».

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72
Le propos en lui-même, sans compter les références
bibliographiques et annexes.
73
Tending M.-L., (2014), Parcours migratoires et
constructions identitaires en contextes francophones. Une
lecture sociolinguistique du processus d’intégration de
migrants africains en France et en Acadie du Nouveau-
Brunswick, Thèse de Doctorat de l’Université François-
Rabelais de Tours, en cotutelle avec l’Université de Moncton,
sous la codirection de Didier de Robillard et Annette
Boudreau.
74
Je suis effectivement originaire du Sénégal où j’ai grandi,
mais ma famille ayant longtemps vécu en France, j’y suis née,
avant que nous retournions tous nous installer au Sénégal.
75
Langue véhiculaire du Sénégal comprise et pratiquée par
plus de 80% de la population (par ailleurs langue identifiée
par ce témoin comme sa seule et unique langue maternelle
dans la mesure où ses deux parents appartiennent au groupe
ethnique majoritaire des Wolof situé au nord du Sénégal),
mais que je ne comprenais pas étant enfant, notre seule langue
de communication familiale étant le français. Mes deux
parents, et donc moi-même, appartenons au groupe ethnique
des Diola, situé au sud du Sénégal dans la région de la
Casamance, lesquels sont réputés plus enclins à utiliser le
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français comme langue de communication interethnique et


beaucoup moins le wolof. Par ailleurs, – d’après mes
souvenirs d’enfant des représentations épilinguistiques et
politiques linguistiques familiales (Deprez 1994) [ou plutôt
personnelles mais que j’identifiais comme telles en me les
réappropriant en retour] – elle n’avait pas droit de cité chez
nous parce que considérée comme « langue de la rue ». Je l’ai

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tout de même progressivement acquise (de façon passive si je
puis dire) puisqu’elle est massivement présente dans
l’environnement sociolinguistique citadin dakarois où j’ai
grandi. Je n’attache cependant aucun sentiment identitaire à
cette langue dont j’ai une pratique très sporadique voire
inexistante en dehors du Sénégal où je ne l’utilise
généralement qu’en cas de nécessité.
76
Ou plutôt celle du groupe dominant qu’il m’assigne de
façon automatique, n’ayant pas connaissance, ni conscience
qu’il ne constitue pas mon principal groupe de référence.
77
Comme dans tout parcours biographique, les lignes de
tensions et de démarcations qui traversent le mien sont aussi
nombreuses et labiles que mes diverses appartenances et
positionnements identitaires. Il serait donc de ce point de vue
difficile, voire impossible de fixer un curseur désignant le
point exact où je me situerais entre un « dedans » et un
« dehors » changeant et parfois s’intervertissant selon les
situations.
78
Ricoeur P., 1997, Soi-même comme un autre, Paris : Points
essais.
79
Celle du chercheur, mais aussi celles des personnes avec qui
il noue des relations diverses au cours de sa recherche.
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80
Par opposition au laboratoire du chercheur en blouse
blanche pratiquant ses expérimentations entre quatre murs
pour valider ses hypothèses dans le cadre d’une recherche
hypothético-déductive. J’exagère bien entendu le trait à
dessein, mais la vision duelle demeure la même dans les deux
cas : on se rendrait sur son terrain d’enquête comme on se
rend à son lieu de travail avant de rentrer chez soi.

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81
Pour plus de détails sur l’histoire des Acadiens, voir la thèse
d’Isabelle Violette (Immigration francophone en Acadie du
Nouveau-Brunswick : langues et identités. Une approche
sociolinguistique de parcours d’immigrants francophones à
Moncton), soutenue en Décembre 2010 sous la codirection
d’Annette Boudreau et Didier de Robillard. Elle en propose
une lecture intéressante et pertinente pour la compréhension
de la situation sociolinguistique actuelle de l’Acadie en
général et de l’Acadie du Nouveau-Brunswick plus
particulièrement. Voir aussi le site du GRHESUM (Groupe de
recherche en histoire économique et sociale de l’Université de
Moncton) :
http://www.cuslm.ca/~clio/fenetre/frame1.htm.

82
Ma recherche doctorale effectuée dans le cadre d’une co-
tutelle entre une université canadienne (l’Université de
Moncton) et française (l’Université François-Rabelais de
Tours), j’ai eu à franchir les différentes étapes obligatoires
propres au système canadien durant mon doctorat : validation
du projet de thèse par un comité d’éthique, présentation du
sujet, puis du projet de thèse à faire valider par différents
conseils scientifiques et enfin rédaction et soutenance de
l’examen pré-doctoral.
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