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Ecole Nationale de Commerce et de Gestion

Casablanca

Economie Monétaire
et Techniques Bancaires
Semestre 3

Enseignant : Mr. Mohammed KEHEL

Année universitaire 2018 - 2019


Chapitre I :

La Monnaie : Définitions, Fonctions et Acteurs

Pr. Mohammed KEHEL


2 2
Chapitre I - La Monnaie : Définitions, fonctions et acteurs

I – Définitions, formes et fonctions de la monnaie


II – La masse monétaire
III – Les acteurs de la vie monétaire
IV – Le système monétaire et financier

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I – Définitions, formes et fonctions de la monnaie

1. Définition
Pour les économistes, la monnaie a un sens précis. Elle est définie comme :
« tout ce qui est généralement accepté en paiement de biens ou de services ou pour
le remboursement de dettes ».

« Il a beaucoup d’argent »
=> Monnaie ou patrimoine ? « Il gagne beaucoup d’argent »
Le patrimoine comprend la monnaie => Monnaie ou revenu ?
possédée (pièces, billets, compte en
banque), mais aussi tous les autres actifs Le revenu est un flux de gains monétaire
composés de biens mobiliers (meubles, par unité de temps / La monnaie est un
voiture, actions, obligations, œuvres d’art) stock
et biens immobiliers (maison, terrain).

La monnaie est plus restreinte du patrimoine ou la fortune et différente du revenu.


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1. Définition

La monnaie est un instrument de paiement facilitant les échanges de biens et


services.
 Au sens étroit, la monnaie désigne l’ensemble des moyens de paiement (Billets de
banque, pièces monétaires en circulation et les dépôts bancaires à vue).
 Au sens large, la monnaie recense également les actifs qui ne peuvent servir
directement à payer des achats ou à rembourser les dettes, mais convertibles
rapidement en moyens de paiement.

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1. Définition

Selon François Perroux : La monnaie est un instrument de paiement indéterminé,


général et immédiat.
 Indéterminé, car elle doit permettre de payer n’importe quelle dette ou d’acquérir
n’importe quel bien ou service.
 Général parce qu’elle doit être admise en tout lieu, à tout moment et par tout le
monde.
 Immédiat, car son transfert doit permettre de régler instantanément et de manière
définitive les achats et les dettes.

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1. Définition

Rôle de la monnaie dans l’économie :

 Un instrument de paiement facilitant les échanges de biens et services.

 Un moyen qui augmente l’efficacité économique.

 Un lubrifiant qui diminue les coûts de transaction (temps passé à la recherche de


biens et services) et facilite la spécialisation et la division du travail.

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2. la naissance de la monnaie
2.1 Un peu d’histoire… le troc

Avant l’apparition de la monnaie, le Troc était le premier moyen d’échange entre les
agents économiques.
Son principe : Il constituait l’échange d’un produit contre un autre produit
d’une valeur équivalente.
Caractéristiques :
 Coûts de transaction élevés (temps lié aux déplacements, temps d’attente,
stockage des marchandises).
 Coût lié au temps de négociation des conditions de l’échange.

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Conditions nécessaires du Troc

L’utilisation de ce moyen a suscité le respect de certaines conditions :


 La double coïncidence : Dans un système de troc, l’échange ne peut avoir lieu
que s’il y a double coïncidence des besoins. Tout agent doit trouver non seulement
quelqu’un qui est prêt à lui vendre les biens qu’il cherche, mais aussi qui accepte
en échange les biens dont l’agent dispose ou offre.
 Le risque de changement de valeur : la valeur du bien troqué peut être différente
de la valeur du bien obtenu.
 La multiplicité des prix : une multitude de prix pour un même bien.
Les limites du troc : Le troc a présenté de nombreuses contraintes telles que le
blocage du développement des échanges et la présence d’une multiplicité des prix.

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Pour pallier aux limites du troc (rationalité) :
 Minimiser la périodicité des échanges
 Mettre en place de nouveaux modes d’organisation des échanges

Solution proposée :
Economie de foires : regroupement des échangeurs dans un lieu précis (un marché
qui centralise l’offre et la demande des biens et services).

Mais toujours un problème de multiplicité des prix !!!!

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La multiplicité des prix dans une économie de troc
𝐧(𝐧 −𝟏)
Dans une économie à n biens il existerait prix.
𝟐

2 biens : 1 prix relatif


3 biens : 3 prix relatifs
4 biens : 6 prix relatifs
.
.
.
𝐧(𝐧 −𝟏)
n biens : prix relatifs
𝟐

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2.2 Un peu d’histoire… les biens marchandises

Naissance des
Les biens intermédiaires appelés biens ou
biens monnaies marchandises étaient acceptés de
intermédiaires
manière universelle comme un moyen de
paiement (coquillage « Cauris », sel, blé, bétails,
Suppression
de la double
sucre, maïs, chaudron…).
coïncidence Limites :
 Encombrant ou pondéreuse (parfois difficile
Etablissement
de l’Unicité
à transporter)
des prix
 Indivisibles (Têtes de bétail)
 Périssables (difficile à conserver : Céréales)

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2.3 Un peu d’histoire… le bien monnaie

Pour faire face à ces limites, on a créé le bien monnaie qui était :

Bien monnaie

Réserve de valeur
Sa propre valeur doit
Durable Divisible être suffisamment
élevée pour que le
Reporter le pouvoir Opérer des paiements
stockage de pouvoir
d’achat à l’avenir de valeurs différentes
d’achat qu’il assure se
forme sous un faible
volume
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3. Les Formes de la monnaie
Les formes de la monnaie ont évolué avec l’évolution du système de paiement.
3.1 Apparition des métaux précieux : « Monnaie métallique »
… Ensuite, la découverte des métaux (bronze, cuivre, or et argent) a permis le
passage à une autre forme de monnaie : la monnaie métallique.
Les métaux précieux ont été ainsi introduits et admis comme un nouveau moyen
d’échanges considérés comme :
 Relativement inaltérables (ne peut être modifié ou transformé)
 Facilement divisibles
 Rares et recherchés (les valeurs s’appréciaient et se dépréciaient en fonction des
découvertes de ces métaux = système bimétallique « Or et argent »)

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Monnaie métallique

Monnaie pesée

Monnaie métallique Monnaie comptée

Monnaie frappée

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La monnaie comptée :
Afin de pallier aux défauts de la monnaie
La monnaie pesée : pesée (poids, lenteur), on a transformé le métal
précieux en pièce de petite taille sous forme de
Consiste à peser l’objet métallique (blocs,
disques afin de normaliser et faciliter les
lingots, pièces) afin de déterminer son contenu
échanges (il suffit de compter les pièces pour
en métaux précieux pour ensuite définir sa
déterminer la quantité de « monnaie »)
teneur en cas de mélange avec d’autres
métaux. => Risque de fraude : Intégrer des métaux
non précieux au sein des pièces. D’où la loi de
Gresham, « la mauvaise monnaie chasse la
bonne »

La monnaie frappée :
Des autorités religieuses ou politiques vont décider de frapper les pièces de métaux
précieux par un seau ou un signe garantissant leur légitimité (valeur et poids).
On tend également vers une dématérialisation de la monnaie en dissociant la valeur
faciale de la valeur marchandise des pièces d’or et d’argent.
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3.2 Apparition de la monnaie dématérialisée : « Monnaie papier »
Malgré les progrès atteints avec la monnaie frappée et cette dissociation entre la
valeur faciale et la valeur marchandise, les pièces de monnaie demeuraient
précieuses, mais volumineuses, difficilement transportables et indiscrètes.
Inconvénients : la triche, la fraude, le pillage… etc.

=> On créa donc ce qu’on a appelé la monnaie fiduciaire (fiducia : confiance).

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Monnaie fiduciaire

Certificats de dépôts Caractéristiques


L’or et l’argent étaient déposés par les Cette monnaie fiduciaire se basait sur
commerçants chez des orfèvres qui la confiance en la banque émettrice qui
donnaient en retour des certificats de s’engageait sur une simple présentation
dépôts « Titre de propriété » (reçus du certificat de dépôt de la conversion
nominatifs au début puis anonymes du billet en métaux précieux.
ensuite) acceptés par les autres
orfèvres des autres villes ou pays. Les agents économiques
n’échangeaient donc plus de pièces
On assiste donc à l’apparition des de métaux précieux, mais des billets.
premiers billets de banque (certificats
de dépôt) convertibles en or ou en
argent auprès de chaque émetteur.
« Circulation de la monnaie
papier »

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Bilan de l’orfèvre avec couverture intégrale
Actif Passif

Encaisse métallique 10 000£ Certificats émis 10 000£

Constat :
Les orfèvres banquiers vont s’apercevoir que le stock de métaux précieux ne
descend jamais en dessous d’un certain seuil pour deux raisons :
 À un moment donné les dépôts et les retraits se compensent largement « les
nouveaux dépôts tendent à équilibrer les retraits ».
 Les détenteurs des certificats accordent une grande confiance aux orfèvres de sorte
qu’ils en demandent rarement la conversion de leurs certificats en métaux
précieux. Tous les certificats ne seront jamais présentés à la fois pour être
convertis.
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Les orfèvres vont alors commencer à émettre des certificats en échange d’un titre
de dette et non pas d’un dépôt d’or ou d’argent.

Bilan de l’orfèvre avec couverture partielle

Actif Passif

Encaisse métallique 10 000£ Certificats émis 30 000£


(Espèce immédiatement disponible)

Effets escomptés 20 000£


(Remboursable à terme)

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Monnaie fiduciaire

 Apparition des premiers billets de banque, convertibles en or ou en


argent auprès de chaque émetteur (première banque).
 Cette monnaie s’est aussi appelée monnaie fiduciaire en raison de la
confiance (en latin fiducia) en la banque émettrice qui s’engage sur
simple présentation du billet à le convertir en métal précieux.
 Les agents échangeaient non plus des pièces, mais des billets. Pour
les échanges entre les grandes villes (Venise, Amsterdam et
Bordeaux), on utilisait les lettres de change que le débiteur pouvait se
faire convertir dans la banque correspondante de la banque du payeur.

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Ce système comportait une faille :
Sachant que la probabilité pour que tous les détenteurs de billets demandent au
même temps la conversion en métaux précieux est faible, les orfèvres ont profité de
la situation pour émettre plus de billets qu’ils ne détiennent de métaux précieux (titre
de dette).
Cette situation a engendré une augmentation de la quantité de la monnaie en
circulation par rapport au stock de métaux précieux disponible. (problème de
déséquilibre)

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Conséquences

 Ce système a duré jusqu’aux fins de XVIIe siècle.

 Les billets vont devenir inconvertibles (Cours forcé) c.-à-d. les banques sont
dispensées de convertir ou d’échanger les billets en métaux précieux.

 La création monétaire n’a ainsi plus besoin d’une couverture en or. Elle est
devenue majoritairement scripturale.

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3.3 Apparition de la monnaie hiérarchisée : « Monnaie scripturale »
Afin d’organiser le système monétaire, les pays d’Europe ont créé chacun une
banque centrale qui émet des billets dont la valeur en métaux précieux était
garantie par l’Etat.
Exemples :
 Banque de Suède (1668)
 Banque d’Angleterre (1694)
 Banque de France (1800)
 Banque des Pays-Bas (1914)
La création des banques centrales a décrédibilisé la monnaie émise par les banques
ordinaires qui ont laissé tomber la monnaie fiduciaire pour développer une nouvelle
forme de monnaie : la monnaie scripturale.

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Les banques ordinaires ou commerciales n’avaient donc plus la fonction de la
conversion des billets en métaux précieux (rôle des banques centrales), mais
simplement la collection des dépôts des pièces ou billets utilisables par chèques de
virement.
Au milieu de XIXe siècle, les billets de banque reçoivent le statut de cours légal.
L’étape ultime de la monnaie hiérarchisée est le cours forcé, établi après la première
guerre mondiale (1914-1918), en France (1936) : les billets ne sont plus convertibles
en métaux précieux. La confiance en cette monnaie ne repose que sur son pouvoir
d’achat.
L’Etat Les Banques Commerciales
 Emet des billets  Emettent la monnaie scripturale
 Détient des réserves en métal  Détiennent les billets
précieux  Convertissent la monnaie
 Convertit les billets en métal scripturale en billets.
précieux
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Processus de création de la monnaie scripturale
Dans une économie en pleine expansion et face à une demande d’emprunt de plus
en plus importante de la part des entreprises, les banques ont trouvé la solution
suivante :
 Créer de la monnaie par un simple jeu d’écriture, c’est ainsi que si une banque
est sollicitée pour un crédit et qu’elle n’a pas suffisamment de monnaie en réserve,
elle va porter le montant correspondant au crédit du compte du client en question.
 Celui-ci n’aura qu’à signer des chèques à ses fournisseurs. Si ces derniers sont des
clients à la même banque, ils vont lui présenter leurs chèques et celle-ci se
contentera d’une double écriture, créditer un compte et débiter un autre.
Ainsi, une ou plusieurs transactions peuvent avoir lieu sans qu’il y ait circulation de
la monnaie fiduciaire. La seule trace de cette monnaie, qu’on appellera monnaie
scripturale, est une simple écriture sur un compte et parmi les instruments de
mobilisation est le chèque.

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3.4 Apparition de la monnaie électronique : vers une société sans argent !!!
La monnaie électronique est définie comme un encours (somme d’argent) stocké dans
une carte prépayée multiprestataire. Qualifiée également de carte à puce, elle
représente une carte bancaire possédant un ordinateur miniaturisé permettant de
stocker des informations (des unités monétaires), on peut parler de porte-monnaie
électronique.
La carte prépayée multiprestataire présente une différence essentielle avec la monnaie
scripturale puisque le siège de la monnaie n’est plus un dépôt à vue individualisé,
mais bien la carte elle même dont la simple détention est la preuve de la créance du
porteur sur l’émetteur. (Puce d’un téléphone mobile, carte cadeau…)
Elle se distingue de la monnaie fiduciaire à deux égards :
- Il n’a pas un cours légal
- Il n’est pas réutilisable en tant que tel (alors qu’un billet de banque peut servir à
plusieurs transactions).
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4. Les Formes de la monnaie d’aujourd’hui

Formes actuelles de
la monnaie

Monnaie
Monnaie fiduciaire Monnaie scripturale
électronique

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La monnaie fiduciaire ou manuelle

Pièces
Monnaie
fiduciaire
Billets

La monnaie fiduciaire comprend la monnaie divisionnaire (monnaie métallique : 10


DH, 5 DH, 2 DH, 1 DH, 50 cts, 20 cts, 10 cts et 5 cts) et les billets de banque
(monnaie papier : 200 DH, 100 DH, 50 DH, 20 DH)
Au Maroc, la monnaie fiduciaire est émise par Bank Al-Maghrib précisément par
« Dar As-Sikkah ». Cette monnaie bénéficie d’un cours légal sur l’ensemble du
territoire marocain. Pr. Mohammed KEHEL 29
La monnaie scripturale

Monnaie scripturale

• Un simple jeu d’écriture dans les comptes des banques.


• Facilement transformable sans délai et sans coût en
monnaie fiduciaire.
• Sommes inscrites sur les comptes des créditeurs à vue
mobilisable à travers divers supports: chèque, virement,
carte bancaire, avis de prélèvement et TIP
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Principaux instruments de mobilisation de la monnaie scripturale

Chèque

• Le chèque est un ordre de paiement écrit et adressé à sa


banque « Tiré » que le payeur « Tireur » remet à un tiers
« Bénéficiaire »
• Le bénéficiaire peut se faire payer directement auprès
de la banque du tireur ou le remettre à sa propre banque
pour créditer son compte. Un simple jeu d’écriture dans
les comptes des banques.
• Deux types : Chèque pré-barré et non endossable
(encaissement à travers une banque) et chèque non barré
et endossable.
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Principaux instruments de mobilisation de la monnaie scripturale

Virement

• Un ordre écrit donné à la banque de payer, par un débit


du compte du client (titulaire du compte), une certaine
somme d’argent au profit du compte du bénéficiaire
dans la même banque ou dans une autre banque
• Le virement nécessite la connaissance des coordonnées
bancaires du bénéficiaire au contraire du chèque.
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Principaux instruments de mobilisation de la monnaie scripturale

Carte bancaire

• Au Maroc, l’introduction des cartes bancaires date des


années quatre-vingt.
• C’est un moyen de paiement remis par une banque à un
client titulaire d’un compte, qui lui permet d’effectuer
des retraits de billets d’argent auprès de distributeurs
automatiques, des paiements auprès de commerçants
affiliés.
Pr. Mohammed KEHEL 33
Principaux instruments de mobilisation de la monnaie scripturale

Avis de prélèvement

• Cet instrument permet à un titulaire du compte


(débiteur) de donner un ordre permanant (une
autorisation) à sa banque d’effectuer des règlements
pour son compte au profit d’un bénéficiaire (créancier).
• Le montant à régler est prélevé directement sur le
compte du débiteur.
• L’avis de prélèvement est à l’initiative du créancier.
• Exemple : paiement des factures de téléphone, eau et
électricité, impôts, cotisation d’assurance…
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Monnaie scripturale / Monnaie fiduciaire

Avantage de la Monnaie scripturale


sur la monnaie fiduciaire

• Permet le règlement des transactions sans déplacement


physique des personnes grâce au virement bancaire
• Offre des garanties plus grandes contre la perte ou vol.
• Entraine des écritures dans la comptabilité bancaire qui
sont source de preuve en cas de litige.

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5. Les fonctions économiques de la monnaie
 Selon l’Approche fonctionnaliste

La monnaie peut être définie par les fonctions qu’elle assure.

 Selon l’approche institutionnaliste

La monnaie est un « lien de confiance » institutionnalisé par la loi.

L’acceptation et l’utilisation d’une monnaie reposent ainsi sur une convention


implicite, les agents économiques l’acceptent parce qu’ils font confiance en l’autorité
qui l’émet.

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Selon l’approche fonctionnaliste de la monnaie

La monnaie assure 3 fonctions principales :


 Une fonction de moyen de transaction ou de paiement : la monnaie divise le
troc en deux échanges monétaires et permet de pallier au problème de la double
coïncidence des besoins.
 Une fonction de mesure de la valeur : sur un marché de troc à n biens, il y aurait
n(n-1)/2 prix. La monnaie réduit le nombre des prix à (n) et fournit un étalon de
valeur homogène.
 Une fonction de réserve de valeur : la monnaie est un pouvoir d’achat mis en
réserve et transférable dans le temps (valeur réelle ≠ Valeur nominale).

Pr. Mohammed KEHEL 37


La monnaie, un moyen de transaction
La monnaie apparaît comme :
 Un bien intermédiaire qui permet de dissocier les opérations d’achat et de vente
qui sont confondues dans le cadre d’un système de troc.
 Un intermédiaire obligé dans les échanges, tous les biens s’échangent contre de
la monnaie qui, à son tour, s’échange contre des biens.

Robert Wayne Clower (Economiste américain) indique que dans une économie
monétaire, « les biens achètent la monnaie et celle-ci achète les biens, mais les
biens n’achètent pas les biens ».
Pour assurer ce rôle, la monnaie doit avoir un cours légal, elle ne peut être refusée
dans les paiements.
Pr. Mohammed KEHEL 38
La monnaie, une mesure de valeur
La monnaie est considérée comme une unité de mesure ou une unité de compte qui
permet d’exprimer la valeur des différents biens en une seule unité. (comme le poids
en g et distance en m)
Dans le cadre d’une économie de troc, où il y avait une absence de monnaie, la valeur
d’un bien est exprimée par rapport aux autres biens, on parle de prix relatifs.
𝒏(𝒏 −𝟏)
Ainsi, si on a n biens, on a 𝑪𝟐𝒏 = rapports d’échange (prix relatifs).
𝟐
Si parmi ces n biens, un bien va être choisi pour jouer le rôle de monnaie, donc
assurer le rôle d’unité de mesure, la valeur de tous les biens va être exprimée par
rapport à ce bien. Dans ce cas, on aura n - 1 prix absolus.

Pr. Mohammed KEHEL 39


La monnaie, une réserve de valeur
 La monnaie permet de constituer une réserve du pouvoir d’achat à partir du
moment où les opérations « recettes et dépenses » ne sont pas synchronisées.
 Dès que la monnaie est un moyen d’échange, il est possible de la conserver, c.-à-d.
que la monnaie permet d’étaler les achats dans le temps.
 Elle représente un lien entre le présent et le futur, c’est un instrument d’épargne
qui permet de différer l’utilisation d’un revenu (Thésaurisation).

Autres actifs peuvent-ils être utilisés pour conserver de la valeur?


La monnaie présente l’avantage d’être plus liquide que d’autres actifs (actions,
obligations, terrain, maison…). Elle n’a pas besoin d’être transformée, elle est utilisée
immédiatement dans les paiements.
Pr. Mohammed KEHEL 40
Nouvelle fonction : La monnaie, un instrument de la politique
économique
 Cette fonction est relativement récente, elle ne date que du début du 20e siècle.
 La monnaie constitue un instrument puissant entre les mains des autorités
publiques, car elle permet d’influencer considérablement l’activité économique.
 La politique monétaire peut servir des objectifs de croissance et de stabilité de prix
(l’objectif est de préserver le pouvoir d’achat des citoyens et d’assurer les
conditions propices pour l’investissement et la croissance).

Pr. Mohammed KEHEL 41


Chapitre I - La Monnaie : Définitions, fonctions et acteurs

I – Définitions, formes et fonctions de la monnaie


II – La masse monétaire
III – Les acteurs de la vie monétaire
IV – Le système monétaire et financier

Pr. Mohammed KEHEL 42


II – La masse monétaire

1. Définition

Dans toute économie, il y a une offre et une demande de monnaie par les agents
économiques.
La masse monétaire représente « l’ensemble des moyens de paiement immédiats ou
différés et d’actifs financiers, dont leurs conversions en monnaie n’impliquent pas
un risque important de perte en capital, détenus par les agents non financiers
résidents à un moment donné ».
La masse monétaire en circulation dans une économie est évaluée grâce à des
indicateurs appelés agrégats monétaires qui reflètent la capacité de dépense des
agents non financiers résidents.

Pr. Mohammed KEHEL 43


2. Pourquoi mesurer la quantité de la monnaie ?

Dans toute économie, pourquoi les autorités monétaires cherchent-elles à mesurer la


quantité de monnaie ?
 La connaissance de la quantité de monnaie en circulation permet aux autorités
monétaires (la Banque centrale = Bank Al-Maghrib) de mettre la quantité de
monnaie suffisante à disposition des agents économiques, c-à-d la quantité de
monnaie nécessaire pour financer l’ensemble des transactions de l’économie.
 Autrement, il faut assurer une équivalence entre la quantité de monnaie en
circulation et le volume de la production.
 La mise en place d’une politique monétaire adéquate aux objectifs de la politique
économique d’un pays.

Pr. Mohammed KEHEL 44


3. Les critères de mesure de la monnaie

Trois critères de mesure de la masse monétaire :


 Critère fonctionnel (Fonction) : se base sur la nature de l’actif sans tenir compte
de l’institution qui le crée ou le gère. Il permet la distinction entre moyen de
paiement immédiat et celui différé. (Monnaie fiduciaire et monnaie scripturale).
 Critère de liquidité : permet de classer les moyens de paiement différés selon un
degré décroissant de liquidité. (plus un actif est liquide plus il est possible de
l’assimiler à la monnaie).
 Critère institutionnel (Institution) : permet de ne retenir parmi les actifs liquides
que ceux qui sont émis par une institution financière monétaire

Pr. Mohammed KEHEL 45


4. Les agrégats monétaires
Les agrégats monétaires sont des indicateurs statistiques mesurant la quantité de
monnaie en circulation dans une économie. Au Maroc, ces indicateurs ont connu une
réforme à partir de 1997.
Un agrégat monétaire doit respecter les qualités suivantes :
 Fiabilité : les données collectées doivent être exactes et précises afin d’éviter tout
risque d’erreur lors de la mesure de la masse monétaire.
 Disponibilités : les données concernant les instruments de mesure doivent être
disponibles dans les délais très courts pour une adaptation très rapide de la
politique monétaire.
 Représentativité : les agrégats doivent refléter fidèlement et précisément la
capacité globale des dépenses des agents non financiers.
 Cohérence : les actifs monétaires homogènes doivent être regroupés en sous
ensemble. Pr. Mohammed KEHEL 46
Avant la réforme de 1997
Au Maroc, la masse monétaire au sens large était composée de :
 Disponibilités monétaires : moyens de paiement immédiats (monnaie fiduciaire et
scripturale : avoirs créditeurs à vue mobilisables par chèques sous forme de
comptes auprès des banques, Trésor, CCP et BAM) et les avoirs à vue sous forme
de compte sur carnet auprès des banques.
 Quasi-monnaie : avoirs sous forme de dépôts à terme auprès des banques
(comptes à terme et bons de caisse).
Problèmes constatés :
• Faible cohérence entre ces instruments de mesure
• Déphasage avec les normes internationales
• Non représentativité de la capacité de dépense globale des agents non
financiers.

Pr. Mohammed KEHEL 47


Après la réforme de 1997
Au Maroc, on distingue trois agrégats monétaires qui sont mesurés à partir des actifs
à caractère monétaire figurant au passif des institutions monétaires. Ces agrégats
sont emboîtés les uns dans les autres :
 La mesure la plus étroite de la monnaie M1 : elle inclut le numéraire (pièces et
billets) et les dépôts à vue (comptes courants) dans les institutions financières
monétaires (banque centrale, banques, CCP et Trésor). Ces actifs sont clairement
de la monnaie, car ils sont directement des instruments de paiement.
 L’agrégat intermédiaire M2 : inclut en plus de M1, les placements disponibles
(compte sur carnet -Banques, compte sur livret-CEN).
 L’agrégat large M3 : en plus de M2, il recense les comptes à terme et bons de
caisse auprès des banques et également les actifs qui ne peuvent servir
directement à payer des achats ou à rembourser les dettes, mais convertibles
rapidement en moyens de paiement (Titres. Dépôts à terme auprès du trésor…)
Pr. Mohammed KEHEL 48
M3
Comptes à terme
Bons de caisse
Titres d’OPCVM
Dépôts en devise

M2
Comptes sur carnet
Comptes sur livret

M1
Pièces et billets
Dépôts à vue

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Autres agrégats monétaires : les agrégats de placement
Les agrégats de placement sont des indicateurs traduisant une volonté d’épargne
durable de la part des agents non financiers au lieu de moyens de paiement pour les
agrégats de monnaie. Au Maroc, ils comprennent les actifs émis par des institutions
autres que bancaires (Etat, Entreprises, Société de financement, Organismes de
Placement Collectif en Valeurs mobilières « OPCVM »).
 P1 : - Bons de trésor émis par adjudication
- Bons de financement émis par les sociétés de financement (les institutions qui
ne sont pas autorisées à ouvrir des comptes aux clients)
- Billets de trésorerie qui permettent aux entreprises qui ont des besoins de
financement à court terme de faire appel sous certaines conditions et par
l’intermédiaire d’une banque à des prêts auprès de personnes physiques ou morales
disposant de liquidités en excèdent.
 P2 : Cet agrégat de placement est composé de titres de créances (obligations,
OPCVM d’obligations, réserves d’assurance hors capitalisation, assurances vie).
 P3 : Cet agrégat de placement est composé de titres de propriété (actions,
OPCVM d’actions) Pr. Mohammed KEHEL 50
Remarque
La frontière entre actifs monétaires et non monétaires n’est pas définitivement
tracée, car au fur et à mesure du développement des innovations financières
cette limite est appelée à être recalculée et déplacée, l’objectif principal
recherché est de saisir au mieux la capacité de dépense potentielle des agents
non financiers.

Pr. Mohammed KEHEL 51


3. Les contreparties de la masse monétaire
Les agrégats monétaires mesurent la masse monétaire en fonction du critère de
liquidité, mais ils ne permettent pas de montrer l’origine de la création de monnaie.
C’est pourquoi l’analyse des contreparties de la masse monétaire est importante, car
elle permet aux autorités d’asseoir leur politique monétaire.
Les contreparties de la masse monétaire sont les sources de création monétaire par le
système financier. On distingue une contrepartie d’origine externe et une d’origine
interne.

Pr. Mohammed KEHEL 52


La contrepartie d’origine externe : les créances nettes sur l’extérieur
 Elle traduit l’influence des relations internationales sur la masse monétaire.
 Elle est affectée par le solde de la balance des paiements et les mouvements des
capitaux.

Contraction de la masse
Importation Sortie de devises
monétaire interne

La variation de la masse monétaire interne se traduira par


une variation de même montant des avoirs en Or et devises
de la banque centrale

Augmentation de la
Exportation Entrée de devises
masse monétaire interne

Pr. Mohammed KEHEL 53


La contrepartie d’origine interne

Les créances nettes sur l’Etat Les concours à l’économie


• L’Etat (ANF) peut bénéficier d’un • Sont les concours de toutes natures
financement monétaire auprès de : (sous formes de crédits et de
- La banque centrale (Avances directes, portefeuille-titres) distribués par le
bons de trésor en portefeuille); système financier aux agents non
- des banques (achat de bons de trésor par financiers autres que l’Etat
les banques); (entreprises, ménages)
- Avoirs des agents non financier au
trésor (pièces de monnaies, comptes • Cette contrepartie représente la part
courants postaux et les titres auprès du la plus importante
public)

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Chapitre I - La Monnaie : Définitions, fonctions et acteurs

I – Définitions, formes et fonctions de la monnaie


II – La masse monétaire
III – Les acteurs de la vie monétaire
IV – Le système monétaire et financier

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III – Les acteurs de la vie monétaire

Le marché monétaire ne dispose pas d’une localisation précise. Les différentes


transactions se font généralement par les biais des moyens de télécommunications,
télex, téléphone et actuellement à travers les moyens informatiques et électroniques
qui sont disponibles.
L’accès au marché monétaire est réglementé par le comité de la réglementation
bancaire.
Le marché monétaire est le lieu d’échange des titres à échéance originelle inférieure à
un an au contraire du marché des capitaux où ils sont échangés des titres à plus long
terme (dont actions).

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Les principaux intervenants

 Sur le marché monétaire :


 La banque centrale - Bank Al-Maghrib -
 Les banques
 Les entreprises
 Les ménages
 Sur le marché des capitaux :
 OPCVM
 Sociétés de financement
 Compagnies d’assurance
 Fonds de pension (qui ont peu d’incertitude sur le montant des capitaux dont
ils disposeront dans le futur).
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Chapitre I - La Monnaie : Définitions, fonctions et acteurs

I – Définitions, formes et fonctions de la monnaie


II – La masse monétaire
III – Les acteurs de la vie monétaire
IV – Le système monétaire et financier

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IV – Le système monétaire et financier
1. Définition
 Le système monétaire et financier est le lieu et le moyen de mettre en relation
deux types d’agents :

 des agents qui disposent d'excédent de financement (agents à capacité de


financement « ACF ») ;
 des agents qui en éprouvent un besoin (agents à besoin de financement
« ABF »).

 C’est un système qui permet de transférer des fonds entre les agents. Sans
marché financier pas d'investissement et donc pas de croissance économique.

 C’est un système qui permet de mettre à la disponibilité des agents économiques


les ressources financières nécessaires et utiles à leurs activités. (Financement de
l’économie) Pr. Mohammed KEHEL 59
Les capacités de financement
Elles résultent de gains monétaires,
Les besoins de financement
que ce soient des bénéfices perçus Ils naissent des investissements que
par des entreprises, des revenus du doivent réaliser les entreprises, des
travail ou de la propriété pour les dépenses des ménages ainsi que de
ménages, des prélèvements leurs acquisitions de biens
obligatoires par les administrations immobiliers, mais aussi de la dette
publiques, de l'épargne et des contractée par l'État suite à ses
placements d'agents économiques déficits budgétaires réguliers.
pour les établissements financiers. Ex : Les entreprises et l’Etat dégagent
Ex : Les ménages dégagent une un besoin de financement
capacité de financement

Pr. Mohammed KEHEL 60


Modes de financement de l’économie

Financement
Ressources d’épargne
(Autofinancement ou emprunt)
= Transfert d’un pouvoir d’achat déjà existant

Ressources monétaires
Création d’un nouveau pouvoir d’achat

Pr. Mohammed KEHEL 61


Les circuits de financement d’une
économie par les ressources d’épargne
Le financement interne :
à travers l’autofinancement

Le financement externe

Pr. Mohammed KEHEL 62


2. Les circuits de financement externe
2.1 Le financement direct (par les marchés des capitaux)
Le financement direct fait appel au marché financier sur lequel certains agents
peuvent se procurer des ressources à long terme en émettant et en plaçant des titres
auprès des agents à capacité de financement. Ce financement est qualifié de direct
dans la mesure où le titre émis (E/ses ou Etat) est directement acheté par le préteur
qui détient de ce fait un droit de créance (obligation) ou de propriété (action).
Les prêteurs acceptent de supporter les risques liés aux titres souscrits.
2.2 Le financement indirect (à travers le système financier et bancaire)
La banque intervient en tant qu'intermédiaire financier entre ceux qui ont des
liquidités à placer et ceux qui ont des besoins de financement. Par son activité
d'intermédiation, la banque transfère des ressources à court terme qui sont les dépôts
à vue en des emplois à plus long terme sous forme de crédits bancaires.

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Financement externe

Financement direct Financement indirect


Economie des marchés financiers Economie d’endettement
• C’est la priorité Keynésienne
• Le moteur de la dynamique
• C’est la priorité néoclassique capitaliste est l’investissement (et
• Les marchés financiers tendent la consommation) et non l’épargne
aux marchés parfaits. qui est juste un résidu dépendant
• L’épargne est une renonciation à la de l’importance du revenu.
consommation immédiate et donc • Les banques jouent un rôle
une consommation différée dans le important car ce sont elles qui
temps en fonction du taux accordent les crédits ce qui va
d’intérêt. permettre le développement de
l’activité économique.

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Flux de fonds dans un système financier

Finance Indirecte

Intermédiaire Fonds
Fonds Financier

Fonds
Investisseurs-Prêteur Emprunteurs
1. Ménage Marché 1. Entreprises
2. Entreprises Fonds Fonds 2. Etat et autres
Financier
3. Etat et autres collectivités publiques
collectivités publiques 3. Ménage
4. Reste du Monde 4. Reste du Monde
Finance Directe
Pr. Mohammed KEHEL 65
3. Intérêt d’un système monétaire et financier
 Le système monétaire et financier est un système qui permet des transactions
mutuellement avantageuses (prêteur/emprunteur).
 Il permet aux agents de répartir leurs dépenses dans le temps :
 Ménage : achat de logement ou de voiture…
 Entreprise : Investissement productif.
 Il joue un rôle important pour l’économie, à la fois pour sa tendance de long terme
et ses fluctuations de court terme.
 La structure d’un système financier dépend de l’importance de la finance directe
(ou indirecte) dans ce système. Elle n’est pas facile à mesurer en pratique, car la
distinction entre la finance directe et indirecte est parfois floue.

Pr. Mohammed KEHEL 66


4. Le financement direct de l’économie marocaine
Le marché des capitaux peut être divisé entre les financements à court terme et les
financements à long terme. Les financements à long terme sont pourvus par le
marché financier et les financements à court terme par le marché monétaire.
Marché monétaire Marché financier
Temps
Dette Dette/Capital
0 1 an
Au niveau des marchés monétaires, le volume des emprunts et des prêts est très
important.
Caractéristiques des marchés monétaires : Agissant dans le court terme, les
opérations d’emprunts et de prêts concernent des montants importants et sont
assorties de faibles risques, mais elles ont des coûts de transaction très élevés en
comparaison des intérêts qui peuvent être perçus.

Pr. Mohammed KEHEL 67


4.1 Le marché monétaire
C’est un marché des capitaux à court et moyen terme. Il existe plusieurs
compartiments du marché monétaire :
 Le marché monétaire au sens étroit ou marché interbancaire, sur lequel les
banques échangent des liquidités (ajustent à l’équilibre leurs trésoreries en
compensant entre elles les déficits et excédents) et la banque centrale exerce sa
fonction de régulation. À partir de 1983, le marché s’est élargi à l’Etat en plus des
banques et BAM. L’Etat par le biais du Trésor public peut se financer en émettant
des bons de trésor à un mois.
 Le marché monétaire au sens large (créé en 1995), incluant les transactions sur
les Titres de Créances Négociables (TCN) avec les agents non financiers. En
plus des banques, ce marché est également ouvert aux agents non financiers (Etat,
entreprise) et aux personnes physiques en leur permettant d’échanger leurs titres
portant une reconnaissance de créance contre des ressources financières
immédiatement disponibles (Bons de Trésor négociables (Trésor), certificats de
dépôt négociables (Banques), billets de trésorerie, bons des sociétés de
financement (Sociétés de financement). Pr. Mohammed KEHEL 68
 Le refinancement auprès de Bank Al-Maghrib « BAM » : Depuis 1995, les
banques commerciales peuvent également se financer auprès de Bank Al-Maghrib
grâce aux procédures officielles des pensions :
• Les pensions à 1 semaine sur appel d’offre qui sont à l’initiative de BAM et
qui ont pour but de mettre en concurrence les différentes banques demandeuses
de monnaie;
• Les pensions à 24 heures peuvent se réaliser à la demande soit des banques
soit de BAM.
N.B : Le marché interbancaire a pour fonctions :
 La redistribution entre les banques elles-mêmes de leurs déficits et excédents de
liquidités c-à-d ajustements des structures de trésorerie entre les banques ;
 La régulation de la liquidité bancaire par la banque centrale.

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4.2 Le marché financier
Le marché financier est un marché de fonds prêtables à long terme. Il a pour
objectif de mobiliser l’épargne nationale sous forme de valeurs mobilières
principalement les actions et les obligations. C’est un lieu où se négocient et
s’échangent des capitaux à long terme entre divers intervenants.
Il existe deux compartiments du marché financier :
 Un marché primaire : se base sur l’émission des nouvelles valeurs mobilières.
Il permet aux entreprises qui le fréquentent de créer des actions ou des obligations
afin d'augmenter leur capital ou de financer leurs investissements et à l’Etat de
lancer des emprunts.
 Un marché secondaire (négociation par l’offre et la demande) : un marché où
s’échangent les titres déjà émis, l’achat et la vente de produits financiers cotés
« Bourse ».

Pr. Mohammed KEHEL 70


4.3 Le marché hypothécaire
 Ce marché a été créé en 1999, il permet aux établissements de crédit, en
particulier ceux qui distribuent des crédits à long terme, de trouver de nouvelles
ressources financières. Son fonctionnement se base sur la technique de la
« Titrisation ».
Définition de la titrisation : c’est une technique financière consistant à transformer
des actifs illiquides en titres négociables. Cela permet à une banque de refinancer
leurs prêts. Les risques afférents à ces crédits sont ainsi transférés et partagés entre de
multiples acteurs.

Pr. Mohammed KEHEL 71


5. Le financement indirect
Le transfert d’épargne s’opère cette fois à travers les intermédiaires financiers.
Le principe est que les agents à capacités de financement confient leurs fonds à des
établissements de crédit qui accordent des crédits aux agents à besoin de
financement.
Le Maroc est une économie d’endettement, la majorité du financement de
l’économie s’opère grâce aux crédits.
Les risques d’illiquidité et d’insolvabilité sont assurés par les intermédiaires
financiers (banques commerciales et les sociétés de financement).
Selon la loi les établissements de crédit comprennent deux catégories : les banques et
les sociétés de financement.

Pr. Mohammed KEHEL 72


5.1 Les banques commerciales
Les banques marocaines se répartissent selon la nature de leur capital et leur statut en
banques privées, semi-publiques ou publiques et en banques off shore.

Missions principales :
 La réception de fonds du public ;
 La distribution des crédits ;
 La mise à la disposition de la clientèle des moyens de paiement.
Missions secondaires :
 Conseil, change, placement…

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5.2 Les sociétés de financement
Les sociétés de financement, au contraire des banques commerciales, ne sont pas
habilitées à recevoir des fonds en dépôts pour des périodes inférieures ou égales à
deux ans.

Missions principales :
 Réaliser différentes opérations de crédits liés à des domaines particuliers tels que
la consommation, l’achat de véhicules de tourisme, l’acquisition de biens
immobiliers…
 Les sociétés de financement financent leurs opérations de crédit en recourant pour
l’essentiel à des ressources internes (marché interbancaire).

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5.3 Les organismes de consultation
Ces organismes ont été créés par la loi bancaire de 1993 pour faciliter la prise de
décision par les autorités monétaires :
 Le Conseil National de la Monnaie et de l’Epargne (CNME) : Aide le
Ministère de tutelle à prendre les décisions relatives, notamment, à la politique
monétaire et du crédit ainsi qu’aux moyens de sa mise en œuvre.
 Le Comité des Etablissements de Crédit (CEC) : Facilite la prise de décision du
Ministère concernant les activités des établissements de crédit et émet des avis
consultatifs à l’adresse de BAM concernant les aspects techniques de la politique
monétaire.
 La Commission de Discipline des Etablissements de Crédit (CDEC) : a pour
mission le traitement des dossiers disciplinaires et la proposition des sanctions
adéquats aux infractions à la réglementation bancaire et financière

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5.4 Les institutions de contrôle
Le système financier marocain est sous le contrôle de deux organes : le Ministère de
l’Economie et des Finances et BAM.
 Le Ministère de l’Economie et des Finances a pour fonction de surveiller les
activités bancaires en raison de la responsabilité qu’il a en matière des décisions
relatives à la politique monétaire. Également, il prend en charge la réglementation
et le contrôle des établissements de crédit.
 En plus de sa mission historique d’émission de la monnaie, BAM joue un rôle de
plus en plus actif dans la politique monétaire marocaine soit directement en
intervenant sur le marché monétaire, soit indirectement en influençant les
décisions des organes de consultation dans lesquelles BAM est représentée.

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