1 L'attention éveillée par un bruit de pas rapides foulant le somptueux tapis d'Orient qui recouvrait le sol de son bureau de P.-D.G., Philip Whitworth leva les yeux. Se calant dans son fauteuil pivotant tendu de cuir marron, il étudia le vice-président qui se dirigeait vers lui. - Alors? s'enquit-il d'un ton impatient. Ont-ils annoncé le nom du concurrent qui a proposé moins que nous ? Le vice-président appuya ses poings serrés sur la surface cirée du bureau d'acajou de Philip. - Nick Sinclair, cracha-t-il. Il a obtenu le contrat de National Motors portant sur la fourniture de toutes les radios destinées à équiper les voitures de leur fabrication. Et cela pour une seule et bonne raison : il leur a fait une offre inférieure de trente mille dollars à la nôtre ! Furieux, il inspira violemment et rejeta l'air dans un sifflement. - Il a suffi à ce salaud de faire un prix d'à peine un pour cent inférieur au nôtre pour nous piquer un contrat de cinquante millions de dollars ! Philip Whitworth reprit la parole. Son exaspération n'était perceptible qu'au léger frémissement de son menton aristocratique. - C'est la quatrième fois cette année qu'il nous rafle un contrat très important. Drôle de coïncidence, non? - Vous parlez d'une coïncidence ! Enfin, Philip, vous savez parfaitement que ça n'en est pas une. Un membre de mon service travaille pour Sinclair. Il y a un salaud qui joue les espions. Dès qu'il connaît le montant de notre offre, il transmet l'information à Sinclair pour que celui-ci puisse offrir de remplir le contrat pour une

somme inférieure de un pour cent à la nôtre. Seuls six de mes hommes connaissaient le montant que nous proposions pour ce contrat. L'un d'eux est donc notre espion. Philip s'inclina en arrière sur son siège, appuyant sa tête aux tempes argentées contre le haut dossier de cuir. - Vous avez déjà fait procéder à une enquête sur ces six hommes. Résultat : nous avons simplement appris que trois d'entre eux trompaient leur femme. - C'est donc que cette enquête n'était pas assez approfondie. Redressant le buste, le vice-président se passa une main dans les cheveux avant de laisser retomber son bras. - Ecoutez, Philip, je sais bien que Sinclair est votre beau-fils, mais il va falloir que vous preniez des mesures pour mettre un terme à ses pratiques. Il a décidé de vous détruire. Le regard de Philip Whitworth devint glacial. - Je ne l'ai jamais considéré comme mon « beau-fils », pas plus que ma femme ne le considère comme son fils. D'ailleurs, j'aimerais bien savoir ce que vous me suggérez exactement de faire pour l'arrêter. - Placez un espion à vous dans sa société afin de découvrir qui est son contact chez nous. Peu importe la façon dont vous vous y prendrez, mais bon Dieu, faites quelque chose ! La réponse de Philip fut interrompue par le bourdonnement discordant de l'interphone posé sur son bureau. Il planta son doigt sur le bouton. - Oui. Qu'y a-t-il, Helen ? - Excusez-moi de vous interrompre, monsieur, répondit sa secrétaire, mais une certaine Lauren Dan-ner vient d'arriver. Elle dit avoir rendez-vous avec vous au sujet d'un emploi. - C'est vrai, admit-il avec un soupir d'irritation. Elle aimerait être engagée dans notre société et j'ai accepté de la recevoir. Dites-lui que je la verrai dans quelques minutes. Il relâcha le bouton et reporta son attention sur le

vice-président qui, bien que préoccupé, le dévisageait sans pouvoir dissimuler sa curiosité. - Depuis quand procédez-vous personnellement à des entretiens d'embauché, Philip ? - C'est un rendez-vous de courtoisie, répliqua celuici avec impatience. Son père est un lointain parent, un cousin au cinquième ou sixième degré, si mes souvenirs sont exacts. Danner est l'un des membres de la famille que ma mère est allée déterrer il y a des années, lorsqu'elle faisait des recherches pour son livre sur notre arbre généalogique. Chaque fois qu'elle repérait un nouveau groupe de parents éventuels, elle les invitait à venir passer un « gentil petit week-end » chez nous afin de pouvoir se plonger dans l'étude de leurs ancêtres et de découvrir s'ils avaient un véritable lien de parenté avec nous. Ensuite, elle décidait s'ils méritaient vraiment d'être mentionnés dans son livre. » Danner était professeur dans l'une des universités de Chicago. Comme il ne pouvait pas venir, il envoya sa femme - une pianiste concertiste - et sa fille à sa place. Mme Danner a été tuée dans un accident d'automobile quelques années plus tard. Après cela, je n'ai plus jamais entendu parler de lui, jusqu'à la semaine dernière. Il m'a appelé pour me demander d'accorder un rendez-vous à sa fille, Lauren, qui cherche du travail. Selon lui, elle ne trouve rien à Fenster, la petite ville du Missouri où elle vit actuellement. - Plutôt présomptueux de sa part de vous appeler, non? Une expression de résignation ennuyée se peignit sur le visage de Philip. - J'accorderai quelques minutes à cette fille et je la renverrai dans ses foyers. Nous n'avons aucun poste à offrir à une personne diplômée d'un conservatoire de musique. Et quand bien même ce serait le cas, je n'engagerais pas Lauren Danner. Je n'ai jamais rencontré d'enfant plus exaspérante, effrontée et mal élevée de toute ma vie. Un laideron de neuf ans environ. Une petite chose boulotte, avec des taches de rousseur, de hideuses lunettes d'écaillé et une tignasse

rousse qui donnait l'impression de n'avoir jamais été peignée. Mais le plus incroyable, c'est que cette petite péronnelle nous regardait de haut... La secrétaire de Philip Whitworth jeta un regard à la jeune femme vêtue d'un tailleur bleu marine pimpant et d'un corsage blanc à col monté qui était assise en face d'elle. Elle portait ses cheveux blond vénitien ramassés en un chignon élégant, d'où s'échappaient de jolies boucles ondulées qui encadraient son visage d'une beauté pure et éclatante. Elle avait les pommettes hautes, un petit nez, un menton à la rondeur délicate, mais c'étaient d'abord ses yeux qui captaient l'attention, des yeux lumineux d'un étonnant bleu turquoise, frangés de longs cils recourbés. - M. Whitworth va vous recevoir dans quelques minutes, lui annonça poliment la secrétaire en prenant soin de ne pas donner l'impression de l'observer. Levant les yeux du magazine qu'elle faisait semblant de lire, Lauren Danner accueillit cette information d'un sourire. - Merci, dit-elle, avant de se replonger dans la pseudo-lecture du magazine sans rien voir, tant elle avait de mal à maîtriser l'angoisse et la nervosité qui la rongeaient à l'idée d'affronter Philip Whitworth en tête à tête. Quatorze années n'avaient pas suffi à effacer le souvenir douloureux des deux journées passées dans la superbe demeure de Grosse-Pointe où toute la famille Whitworth, domestiques y compris, avait traité Lauren et sa mère avec un mépris cuisant. Sur le bureau de la secrétaire, le téléphone se mit à bourdonner et Lauren sursauta nerveusement. Comment s'était-elle fourrée dans cette situation impossible ? Cette question la plongeait dans le désespoir. Si son père l'avait prévenue qu'il allait appeler Philip Whitworth, elle aurait pu l'en dissuader. Malheureusement, elle ne l'avait appris qu'une fois le coup de téléphone donné et le rendez-vous pris. Lorsqu'elle avait essayé de protester, son père lui avait calmement

Mais pour l'instant. En conséquence. avaient été licenciés. elle avait déjà décidé qu'elle ne possédait ni l'ambition ni l'abnégation absolue nécessaires pour mener avec succès une carrière de soliste. Le visage pâle.Et ça vaut sans doute mieux. pourtant nécessaire. tout près du bras gauche. Trois mois plus tard. Lauren attendait de la vie qu'elle lui apporte da- . Il se rongeait les sangs à l'idée de ne plus avoir d'argent et les soucis tiraient les traits de son visage blême.Je ne pense pas qu'un ex-professeur puisse obtenir un poste de concierge en ce moment. cette fois. A l'époque. il avait posé sa mallette sur la table et avait souri tristement à Lauren et à la belle-mère de celle-ci. les contribuables du Missouri. avant d'ajouter d'un ton sinistre : . Son père était maintenant en voie de guérison. mais cet instant avait changé le cours de la vie de Lauren. il s'était massé le torse. elle aurait pu rappeler à son père comment les Whitworth s'étaient conduits quatorze ans plus tôt. il était revenu les mains vides d'un énième voyage à la recherche d'un emploi. Elle avait hérité du talent de musicienne de sa mère. il s'était écroulé. l'air étrangement épuisé. Après avoir étudié sans répit le piano pendant des années exténuantes. après avoir obtenu son diplôme du conservatoire. Ou plutôt non. car je ne me sens pas l'énergie de pousser un balai. D'un air absent. elle était en fait sur le point de le changer d'elle-même. il tenait à ce qu'elle honore le rendez-vous qu'il avait pris pour elle. leur avait-il dit. Peu de temps auparavant. De Kansas City. victime d'une grave crise cardiaque. les ennuis financiers dont il était harcelé passaient avant tout le reste. dont le père de Lauren. coincés dans l'étau de la récession économique. Lauren reposa le magazine sur ses genoux sans l'avoir lu et poussa un soupir. avaient refusé de voter l'augmentation du budget de l'éducation. mais pas de son total dévouement à son art. des milliers d'enseignants. Et sans autre signe d'avertissement.répliqué que Philip Whitworth leur devait un service et que si elle ne lui fournissait pas d'arguments convaincants pour ne pas aller à Détroit. . Evidemment.

Cela aurait été du gâchis. Pendant toutes ces années. il fallait qu'elle trouve de l'argent. comparés à ceux des grandes régions industrielles comme Détroit. elle ne connaissait que des chambres d'hôtel. il lui avait paru malgré tout déplacé de se lancer dans une autre carrière. Il fallait qu'elle trouve un travail. des studios de travail et des auditoriums. c'était à son tour de l'épauler. Elle embrassa du regard la salle d'accueil somptueuse où elle attendait et fit un effort pour s'imaginer en train de travailler dans une grande entreprise comme celle-ci. elle n'avait jamais assez d'argent pour faire face à toutes ses dépenses sans être obligée d'avoir un travail d'appoint. il avait également perdu la santé. les heures de piano et le travail pour payer ses leçons et ses cours. Les bons emplois avec possibilités d'avancement n'existaient pratiquement pas à Fen-ster. En chemin. Mais peu importait : si le salaire était suffisamment élevé.vantage que la musique. Au mois d'avril. La maladie de son père et les factures qui s'accumulaient l'avaient forcée à prendre la décision qu'elle ne cessait de repousser. en juillet. il avait perdu son travail et. sa couverture sociale . Entre les études. Une sorte de malaise la prit. elle prendrait tout ce qu'on lui proposerait. Elle se sentait désorientée. D'une certaine manière. elle n'avait jamais eu le temps de se détendre ni de profiter de la vie. que c'en était une pitié. . celleci l'avait autant privée qu'elle l'avait comblée. elle avait croisé beaucoup d'hommes. Malgré les bourses. elle avait déjà voyagé dans de nombreuses villes des EtatsUnis pour participer à des concours. Après avoir tellement investi dans la musique. les prix et les récompenses. par la même occasion. Et tout de suite. mais de ces villes. A l'idée de cette responsabilité. La secrétaire raccrocha le téléphone et se leva. et à travail équivalent. A vingt-trois ans. avec tous les soucis supplémentaires que cela comportait. sans jamais avoir le temps de lier vraiment connaissance avec eux. désormais. il l'avait beaucoup aidé à payer ses cours et ses leçons . les salaires que l'on vous y proposait étaient si bas. Lauren avait l'impression que le poids du monde reposait sur ses épaules.

. D'un signe de la tête. Elle était italienne. Lauren lui adressa un sourire. Vous auriez pu dire monstrueuse au lieu d'inoubliable. Vous étiez une enfant.. Il ouvrit l'enveloppe qu'elle lui tendait et en sortit les feuillets dactylographiés. Lauren. dont il étudiait minutieusement chaque trait. mademoiselle Danner.Prenez place. Whitworth va vous recevoir maintenant. Je me souviens parfaitement de vous.. il lui indiqua une chaise tendue de velours or. Je suis Lauren Danner. plutôt.. Toutes les années où elle avait dû affronter la scène pour jouer en public lui avaient appris à dissimuler sa grande nervosité et lui permettaient maintenant de s'approcher de Philip Whitworth d'une démarche en apparence pleine d'assurance tranquille. Lauren la suivit jusqu'à une porte d'acajou richement sculptée. devant son bureau. Surprise par son humour direct. Lauren sortit une enveloppe de son sac en bandoulière. inoubliable. je vous en prie.Sans doute ne vous souvenez-vous pas de moi. La poignée de main de Philip Whitworth était ferme. . .M. . non? .Détrompez-vous. puis elle pénétra dans son bureau.Vous ressemblez de façon étonnante à votre mère. une expression de stupéfaction sur son visage de patricien. elle lui tendit la main pardessus le bureau. mais ses yeux bruns restaient rivés sur le visage de la jeune femme.C'est très gentil de votre part.Je vous ai apporté mon curriculum vitae... tandis qu'il se levait. D'un geste gracieux. Une sorte de trêve s'établit entre eux à la suite de ce premier échange. la jeune femme fit une courte et ardente prière pour que Philip Whitworth ne se souvienne pas de la visite qu'elle lui avait rendue des années auparavant. et sa voix teintée d'une pointe d'ironie amusée. Tout en s'exécutant. monsieur Whitworth. dit-il après un long silence.Mes grands-parents sont nés en Italie. . précisa . . Au moment où la secrétaire ouvrait celle-ci.

Pour un homme qui avait dépassé la cinquantaine.Lauren. installé derrière son imposant bureau directorial. Lauren s'inclina en arrière sur son siège. . il avait tout d'un homme du monde élégant et distingué. il était extrêmement séduisant. Il faisait preuve envers elle d'une courtoisie indéniable. Le fait que Philip Whitworth ait trouvé Ginna Danner belle. mais son visage bronzé était presque totalement dénué de rides et son corps. malgré l'attitude en apparence froide et hautaine qu'il avait adoptée à son égard quatorze années auparavant. Puis elle entreprit de l'étudier. avait quelque chose de déconcertant. tandis qu'il ajoutait d'une voix neutre : . le fil des pensées de Lauren changea de direction. il émanait de lui -Lauren fut obligée de l'admettre à contrecœur . Tout bien considéré.une sorte d'aura de richesse et de puissance impressionnante. D'accord. et en plus il avait le sens de l'humour. Lauren ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait nourri des préjugés injustifiés envers lui durant toutes ces années. vous êtes pratiquement son sosie. Mais ma mère est née ici. Dans son costume sombre coupé sur mesure. elle se demanda quelle raison exacte l'incitait à changer subitement d'opinion à son sujet.En dehors de vos cheveux. D'autant qu'il disait maintenant à Lauren qu'elle était belle aussi-Tandis qu'il lisait son curriculum vitae. grand et bien bâti. Comme Philip Whitworth tournait la seconde page de son curriculum vitae.C'était une femme d'une beauté extraordinaire. mais pourquoi ne . Maintenant qu'elle le voyait à travers ses yeux d'adulte. ne portait aucune trace d'embonpoint. Ses tempes commençaient à s'argenter. Le regard de Philip glissa vers le curriculum vitae. Mal à l'aise. il se montrait maintenant cordial et aimable envers elle. qui sont beaucoup plus clairs que les siens. il ne ressemblait plus au snob froid et prétentieux dont elle avait gardé le souvenir. En fait. Lauren laissa ses yeux errer sur la splendeur majestueuse de l'immense bureau d'où Philip Whitworth régnait sur son empire. Légèrement décontenancée par le tour inattendu qu'avait pris l'entretien.

pendant vos études.Votre dossier universitaire est excellent. mais je sais bien que je n'ai aucun avenir dans ce domaine. poursuivit-il. sans omettre la santé de son père et les problèmes matériels de sa famille. admiratifs. répondit Lauren. l'air pensif. Philip l'écouta attentivement avant de jeter un nouveau regard au curriculum vitae qu'il tenait à la main. elle lui expliqua brièvement et avec dignité ce qui l'amenait à abandonner sa carrière de pianiste.Oui. il me manque juste quelques cours pour être en mesure d'obtenir un diplôme d'études supérieures de commerce. mais j'imagine que vous savez qu'un diplôme d'études musicales n'a aucune valeur dans le monde des affaires.En fait. c'est vrai.J'en ai parfaitement conscience. Comme il se taisait dans l'attente de sa réponse. . . .Et. Lauren reporta immédiatement son attention sur l'objet de sa visite. dont l'enthousiasme avait commencé à se dissiper à la mention de son expérience du secrétariat. dit-il. Votre père ne m'en a pas parlé au téléphone. vous avez travaillé le soir et durant les vacances comme secrétaire.Je vois que vous avez également suivi plusieurs cours de commerce. . Lauren se dit qu'il envisageait peut-être sérieusement de lui proposer un emploi.l'aurait-il pas été ? Elle n'était plus le petit laideron de neuf ans. sur son passage. Philip se détendit dans son fauteuil et. J'ai fait le conservatoire parce que j'adore la musique. Etes-vous aussi bonne sténodactylo que le prétend votre curriculum vitae ? . Sans s'énerver. ou se laissait-elle aujourd'hui influencer par l'opulence évidente et par la sophistication onctueuse de Philip Whitworth ? . après un . des années plus tôt. Avait-elle vraiment mal jugé les Whitworth. mais une jeune femme au visage et à la silhouette qui incitaient les hommes à se retourner.

Laissez-moi terminer. . Ma propre secrétaire.Je peux vous offrir un poste de secrétaire. Un rictus ironique tordit les lèvres de Philip Whitworth à la vue de son air abattu. protesta la jeune femme. Vous consacrez des semaines à la préparation de ce rapport sans savoir pourquoi vous le faites. Philip Whitworth leva la main pour l'interrompre..-D. Résultat : elles sont très recherchées et très bien payées. Dans les grandes entreprises comme celle-ci. Vous avez travaillé pour le P.certain temps de réflexion. mais. Peut-être est-ce parce que nous pensons à fermer notre département radio . . Ou alors.Vous dites que votre souci principal pour l'instant est l'argent. Or. Dans une petite entreprise.Oui. malheureusement. Me permettez-vous de vous donner un exemple de ce que j'avance ? Lauren hocha la tête et il poursuivit : . à moins que vous n'obteniez votre diplôme. Les seules personnes qui sont au courant de ce genre de décisions .G. d'une petite entreprise industrielle. tenta de protester Lauren. gagne presque autant que mes cadres moyens. tout comme votre supérieur et le supérieur de celui-ci.Mais je ne veux pas être secrétaire. par exemple.. C'est tout ce que je peux vous proposer.Disons que vous êtes comptable dans notre département radio et que l'on vous demande de préparer une analyse du coût de chaque poste de radio que nous fabriquons. Vous ignorez nos intentions.. tout le monde sait ce que chacun fait et pourquoi il le fait.. parut parvenir à une conclusion. nous avons peut-être l'intention de lancer une campagne publicitaire afin de vendre davantage de radios. . Lauren. seuls les cadres supérieurs et leurs secrétaires ont une vue d'ensemble de la marche des choses. . Un poste stimulant et avec des responsabilités. . peut-être est-ce parce que nous pensons à développer notre département radio. il se trouve qu'en ce moment. nous manquons terriblement de secrétaires de direction qualifiées de haut niveau.

les vice-présidents et. affirma-t-il.J'en connais assez sur ce sujet pour savoir que des gens sont allés en prison pour de telles pratiques et que je n'ai absolument aucune envie d'y être mêlée. . vous vous ferez une bonne vue d'ensemble de l'entreprise.. Les secrétaires de direction sont dans le secret de toutes sortes d'informations très confidentielles. Il s'interrompit. conclut-il en appuyant ses paroles d'un sourire. » Une secrétaire ! chuchota-t-il. Dites-moi ce que vous savez de l'espionnage commercial ou industriel. Ils ne feront même pas d'enquête sur elle.Ne prenez pas cet air lugubre.. Prise d'une sorte de nausée.Non. comme frappé par quelque chose. mais sans appel. Lauren soupira intérieurement. Pas avant que vous ayez obtenu votre diplôme d'études commerciales. et la dévisagea longuement en silence.Les secrétaires de direction sont dans le secret d'informations très confidentielles. ma propre secrétaire en sait plus sur nos projets que la plupart de mes cadres. Votre travail ne sera pas ennuyeux. Jamais ils n'iront soupçonner une secrétaire. lui dit-il. une pointe de triomphe calculateur perçait dans sa voix : . calmement. je suis sur le point de vous faire une offre dés plus inhabituelles. ..Lauren. leurs secrétaires ! Si vous débutez comme secrétaire chez nous.. Il fallait qu'elle gagne autant d'argent que possible. tandis que ses traits s'éclairaient d'un sourire indéchiffrable. dit-il d'une voix douce. Lauren avait l'impression d'être suspendue au bord d'un gouffre dangereux. répéta-t-il. aussi bien payé qu'un emploi de secrétaire ? . Lorsqu'il reprit la parole. Ne m'interrompez pas avant que j'aie terminé mes explications. Ecoutez. . tandis que ses yeux bruns luisaient comme du topaze. ce qui vous permettra de choisir vos objectifs professionnels en toute connaissance de cause. . Elles sont.Y a-t-il un autre poste que je pourrais tenir dans une entreprise comme la vôtre. Mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix. .sont les directeurs de département.

» C'est encore arrivé aujourd'hui même. puis ils baissent leur prix afin que celui-ci soit légèrement inférieur au nôtre et ils nous soufflent le contrat. Chaque fois que nous tentons d'obtenir un contrat. Mais si Sinco continue à nous voler des affaires de la sorte. Lauren acquiesça d'un signe de tête. Sinco semble connaître le montant exact de notre offre et ils proposent une somme inférieure d'un minuscule pourcentage. . Avec le contrat qu'ils viennent de nous voler. .Et si j'obtiens le job. L'un d'eux est sûrement notre espion. ils envisageront probablement de vous confier un poste auprès d'un cadre supérieur. Lauren. et qui est pourtant gardée secrète. Il n'y a que six hommes ici susceptibles d'avoir révélé à Sinco le montant de notre offre. il va falloir que je commence à licencier du personnel. je vous en prie. ils parviennent à découvrir la somme que nous offrons. Et. Ces dernières années. une société du nom de Sinco est devenue notre plus important concurrent. dit-il sans sourciller.Ce qui est tout à fait compréhensible.Je ne vous demande pas d'espionner une autre entreprise. mais d'espionner la mienne. Etant donné vos qualifications et votre expérience. Je vous demande simplement de postuler pour un poste de secrétaire chez Sinco aujourd'hui même. Toujours mal à l'aise. je vous donnerai les noms des six . . Laissez-moi vous expliquer.Dans ce cas. Après tout. Je n'ai pas envie de renvoyer cinq collaborateurs loyaux dans le simple but de me débarrasser d'un homme cupide et traître. nous sommes parents et je vous appelle Lauren. appelez-moi Philip. J'emploie douze mille personnes. que se passera-t-il ? ne put s'empêcher de demander Lauren. La subsistance de douze mille personnes dépend de Whitworth Enterprises.monsieur Whitworth. Il existe une possibilité pour que vous les aidiez à garder leur gagne-pain et leur logis. D'une manière ou d'une autre. . Douze mille familles ont un toit sur la tête et de quoi manger sur leur table grâce à mon entreprise. ils auront sans nul doute besoin d'étoffer leur personnel.

ma société vous versera un chèque tous les mois pour compenser la différence. Si le salaire qu'ils vous proposent est plus bas que celui que je viens d'avancer. Faites au moins cela pour moi. Je déteste les intrigues. mais franchement j'en suis au point de vouloir essayer n'importe quoi. Et si vous n'avez rien appris d'ici six mois.Je vous en prie. Si elle vivait frugalement. ou à apprendre toute autre information digne d'intérêt. Résumons-nous : si vous vous présentez cet après-midi chez Sinco et qu'ils vous offrent un poste de secrétaire. je veux que vous l'acceptiez. Si vous parvenez à découvrir le nom de notre espion.Tout me gêne. Se penchant en avant.C'est très risqué. appelez-moi Philip. observa-t-il tranquillement.Je constate que ça vous convient. Dans les grandes cités comme Détroit. .. Lauren. afin d'entendre si quelqu'un mentionne l'un de ces noms. admit Lauren. sur lesquels se lisait la perplexité. je vous verserai une prime de dix mille dollars. Je vous offrirai le poste que vous désirez. Il s'agissait d'une somme beaucoup plus rondelette que celle que gagnait autrefois son père comme enseignant. vous pourrez démissionner de votre emploi chez Sinco pour venir travailler comme secrétaire chez nous. les salaires sont très élevés comparés à ceux des villes plus petites. monsieur Whitworth. . à condition bien entendu que vous soyez capable de le tenir. Le chiffre qu'il cita était si élevé que Lauren ne put s'empêcher de montrer sa stupéfaction. Il poussa un soupir de lassitude en se laissant aller en .suspects et il ne vous restera plus qu'à tendre l'oreille chez Sinco. De quoi s'agit-il ? . Voici maintenant ce que je vous offre dans cette affaire : j'allais vous proposer une place de secrétaire chez nous à un salaire très alléchant.Quelque chose vous gêne.. . . il croisa les mains sur son bureau. Il scrutait les traits de la jeune femme. rit doucement Philip. elle pourrait subvenir à la fois à ses propres besoins et à ceux de sa famille.

je suis désolé que nous n'ayons pas été plus aimables.Non. mais inscrivez ce numéro de téléphone afin qu'ils puissent vous joindre chez nous. Je vais vous dire une chose qui vous surprendra peut-être : je réalise à quel point la visite que vous nous avez rendue il y a quatorze ans a été désagréable pour vous. Il griffonna des chiffres sur un carnet et déchira la feuille. . Je ne voudrais pas m'imposer. composa le numéro de Sinco. je préfère de loin descendre dans un hôtel.Nos domestiques se contentent de répondre d'un simple « allô ». Quant à ma femme et à moi. Sinco venait de signer un contrat très important et avait un besoin urgent de secrétaires expérimentées. Leur marché conclu. Dans son for intérieur. Philip se leva et donna une poignée de main à la jeune femme. Comme il avait l'intention de travailler tard.. . . Ma mère était obsédée par ses recherches sur notre arbre généalogique. Mais sa vie était sens dessus dessous et ses responsabilités matérielles énormes. Lauren aurait refusé sa proposition. Selon le directeur du personnel. avant d'ajouter après réflexion : quand vous remplirez leur formulaire d'en gagement. donnez-leur votre adresse dans le Mis souri.Lauren. il demanda à Lauren de passer le voir immédiatement. . demanda à parler au directeur du personnel et tendit le combiné à la jeune femme pour qu'elle puisse prendre rendez-vous.Bon ! se hâta de constater Philip. Mon fils. Il décrocha son téléphone. Je. au point d'en être étourdie et de douter de tout..Très bien. . dit-il simplement. dit-elle lentement. Elle croulait presque sous les soucis.. .arrière dans son fauteuil. lui expliqua-t-il.Merci. En temps normal. Cet espoir fut aussitôt anéanti. Carter.. je sais que je n'ai absolument aucun droit den vous demander de chercher à obtenir un emploi chez Sinco. Lauren espérait que cet homme refuserait de la recevoir tout de suite. répondit immédiatement Lauren. était à un âge difficile. Je le ferai. .

Lauren succomba. Lorsque la porte se fut refermée derrière Lauren. Te souviens-tu de Lauren Danner ?.. je crois que nous allons bientôt transpercer l'armure de Nick Sinclair. . . dit-il.. Philip Whitworth décrocha son téléphone pour composer un numéro qui sonna dans le bureau privé de son fils.Carol sera enchantée. . mais j'aimerais vraiment pouvoir racheter votre première visite. si bien qu'elle eut l'impression de s'être montrée grossière et peu aimable.. dit-il. de l'autre côté du couloir.Carter. Vaincue.Etes-vous certain que Mme Whitworth n'y verra pas d'objection ? .Je ne vous reprocherai pas votre façon de ressentir les choses.

en troisième position. elle avait eu le temps de parvenir à la conclusion qu'il lui était impossible d'espionner pour le compte de Philip Whitworth. de sténo et de dactylo et omit de mentionner. mais les intrigues et les tromperies que cela impliquait la pétrifiaient. Mais la cerise sur le gâteau fut la réponse qu'elle apporta à la dernière question du formulaire de demande d'emploi.2 Comme il était plus de 17 heures lorsque Lauren se présenta au bureau du personnel de Sinco. le simple fait d'y penser lui avait donné des palpitations et les paumes de ses mains sur le volant étaient devenues moites. puis de tout faire pour être sûre qu'on ne l'engagerait pas. La meilleure façon de se sortir de cette situation était d'honorer sa promesse envers Philip en se présentant à cet emploi. Mettant sa décision en pratique. Malgré tout. Il les .G.-D. de « secrétaire ». il lui fallait indiquer par ordre de préférence trois postes qu'elle se sentait capable de tenir chez Sinco. Selon les instructions. elle fit exprès de rater les tests d'orthographe. Tandis qu'il notait ses tests. suivi de « directeur du personnel » et. M. Pour commencer. Elle aurait bien aimé aider Philip. Une solution lui vint à l'esprit tandis qu'elle remplissait les questionnaires et les formulaires interminables de Sinco. ne put cacher son horreur. ». le diplôme d'études supérieures qu'elle avait obtenu. dans son curriculum vitae. le directeur du personnel. En chemin. Weatherby. elle redoutait d'avoir à lui avouer sa lâcheté. Lauren avait inscrit « P.

Weatherby. le propre emploi de M. elle ne put s'empêcher de sourire intérieurement. Lorsqu'elle émergea du bâtiment. mer de phares blancs et de feux arrière rouges. de grosses gouttes de pluie se mirent à éclabousser la chaussée autour d'elle. atteignant l'autre trottoir un quart de seconde avant que les voitures qui arrivaient ne la dépassent en rugissant. Lauren franchit les nombreuses voies de l'immense artère au pas de course. A bout de souffle et trempée. mais si elle coupait en contournant le gratte-ciel. Lauren leva les yeux vers les lumières éparpillées çà et là dans le bâtiment plongé dans la . Tout en marchant aussi rapidement que le sol inégal le lui permettait. parmi ses trois choix. la circulation était dense sur Jefferson Avenue. Tandis qu'il bondissait sur ses pieds pour lui annoncer d'un ton glacial qu'elle ne possédait pour aucun poste les qualifications exigées par Sinco. Lauren fut obligée de se mordre la lèvre inférieure afin de lui cacher le rire qui la faisait frémir. peut-être étaitelle taillée pour les intrigues et les subterfuges. Le garage où elle avait laissé sa voiture se trouvait à quatre pâtés de maisons de là. elle gagnerait au moins un pâté de maisons. Sans tenir compte de la pancarte Interdiction d'entrer. A la faveur d'une accalmie dans la circulation. et les voitures filaient devant elle dans les deux directions. Lorsqu'il lut sa réponse. Tandis qu'elle s'apprêtait à traverser. En ville. elle fit le geste de s'emmitoufler dans sa veste de tailleur bleu marine. En définitive. le visage de celuici s'empourpra de colère et ses narines se pincèrent. Une rafale de vent frais en provenance de la rivière Détroit plaqua sa jupe autour de ses jambes et l'aida à prendre sa décision.mit de côté pour prendre le formulaire de demande d'emploi et Lauren observa son regard qui glissait vers le bas de la dernière page sur laquelle elle avait indiqué. elle s'accroupit pour se faufiler sous les cordes qui délimitaient le chantier. Lauren s'aperçut que le ciel couvert de cette soirée d'août lugubre avait déjà cédé la place à une nuit sombre et venteuse. Parcourue d'un frisson. elle leva la tête vers le gratte-ciel en construction qui se dressait devant elle.

A cette pensée. l'une des grandes portes de verre s'ouvrit sur deux hommes qui sortaient du bâtiment plongé dans l'obscurité.Au secours ! cria-t-elle. aux pieds des deux hommes. Paniquée. et atterrit à plat ventre. Lauren fit un vol plané. le visage dans la boue. et le cœur de Lauren fit un bond. puis se tendirent. Son pied heurta un tas de tuyaux qui s'enroulèrent autour de sa cheville. la surface-miroir se transformait en doubles vitres ordinaires et Lauren pouvait apercevoir des cartons empilés dans les bureaux. Tandis qu'elle se hâtait. derrière elle. je tombe en général d'un pont.. des pas lourds résonnèrent dans la boue. des frissons de peur la parcoururent des pieds à la tête. depuis les chaussures jusqu'au visage. comme si les locataires étaient prêts à prendre possession des lieux. il y a quelqu'un. Elle pressa le pas. Et en bis. isolée dans le noir. les bras battant l'air pour retrouver l'équilibre. Marcher près de l'immeuble la protégeait du vent qui soufflait de la rivière et elle s'arrangea pour bien rester à l'abri. répliqua-t-elle ironiquement.. tandis que l'autre s'accroupissait pour l'examiner d'un air préoccupé. au beau milieu d'une ville réputée pour sa forte concentration de criminels.pénombre. . .Espèce d'idiote ! lança l'un d'eux d'une voix à la fois agacée et inquiète. mais ceux de l'inconnu qui la suivait se hâtèrent également. Lauren leva la tête pour regarder l'homme de bas en haut. Tout à coup. Lauren se lança dans une course trébuchante.Je passe une audition pour entrer dans un cirque. . Mais qu'est-ce que vous fichez ? S'appuyant sur ses avant-bras. Là où des lampes brillaient à l'intérieur du bâtiment. D'une hauteur d'au moins quatre-vingts étages. L'autre homme accueillit sa réponse d'un éclat de . il était construit entièrement en verre réfléchissant sur lequel miroitaient les lumières scintillantes de la ville. il lui vint soudain à l'esprit qu'elle était seule. la bouche ouverte en un cri silencieux. Au moment où elle se précipitait vers l'entrée principale.

ajouta-t-elle d'un ton désespéré. Il glissa un bras autour de sa taille et se rapprocha d'elle afin qu'elle puisse s'appuyer contre lui. je crois que je ferais mieux d'aller chercher une ambulance pendant que vous restez ici avec Mlle Danner. une pointe de gaieté dans la voix. . Il la prit par les épaules pour l'aider à se relever. prétendit la jeune femme d'une voix mal assurée.N'appelez pas d'ambulance ! le supplia Lauren. Quand Lauren eut décliné son nom. mais lorsqu'ils entrèrent dans le hall.rire. elle estima qu'il avait environ trente-cinq ans. Il portait un pantalon et une veste en jean. Rien. . Chaque muscle de son corps hurlait de protestation et sa cheville gauche la faisait douloureusement souffrir. ne lui parut dangereux. dit l'autre homme d'un ton acerbe. à l'air digne. elle songea qu'il était tout de même peu recommandable de pénétrer dans un bâtiment désert en compagnie de deux inconnus. En dépit de l'éclairage.Mike. l'air soucieux : .Pouvez-vous marcher ? . le deuxième homme alluma plusieurs petits projecteurs au plafond et la plupart des doutes de Lauren s'évaporèrent : c'était un personnage entre deux âges.Dans ce cas. . dit-il. L'espace d'un instant. Je suis plus embarrassée que blessée. il doit y avoir une trousse de premiers secours dans l'une des pièces réservées au matériel . . il ajouta.Des kilomètres. Lauren jeta un coup d'oeil à Nick. s'effondrant presque de soulagement quand l'homme dénommé Nick entreprit de la guider vers le hall. Nick s'adressa à son compagnon par-dessus son épaule : .Comment vous appelez-vous ? lui demanda-t-il. chez lui non plus.Nick. A en juger par son profil à moitié plongé dans la pénombre. vous allez pouvoir marcher jusqu'à l'immeuble. il ressemblait plus à un homme d'affaires qui aurait réussi qu'à un voyou. qui lui enveloppait toujours la taille du bras. afin que nous puissions faire un constat des dégâts. portant complet et cravate.

Nick lâcha un instant la taille de Lauren pour appuyer sur le bouton de l'un d'entre eux. chuchota-t-elle d'une voix bizarrement croassante. après tout. trop futile. Ce serait un geste trop évident.Bien sûr. A côté d'elle. .d'entretien. Lorsqu'ils atteignirent la rangée d'ascenseurs encastrés dans le mur le plus éloigné. depuis les murs jusqu'au sol et aux piliers gracieux qui s'élançaient jusqu'au plafond. Elle se demanda quand même s'il lui restait un soupçon de rouge à lèvres ou si son visage était maculé de terre. mais je suis capable de me tenir debout toute seule. tout en se dégageant volontairement du bras qui la soutenait. Tout était construit en marbre blanc. . Tandis que Mike se dirigeait vers un panneau rouge indiquant Escalier. se tenait l'un des hommes les plus beaux qu'elle eût jamais vus. Lauren lui adressa un bref sourire en même temps qu'un rapide regard de gratitude et se pétrifia sur place. comme dans l'attente que quelqu'un vienne les disposer à l'endroit qui leur était destiné dans la vaste surface du hall. elle était en train de réagir de façon fort stupide à ce qui n'était. rien de plus qu'un homme . les portes de l'ascenseur se refermèrent et Lauren arracha son regard du visage de Nick. lui expliqua Nick. très haut audessus de leurs têtes. les traits de son visage exposés maintenant en pleine lumière. puis elle se reprit. Les portes de cuivre étince-lant s'ouvrirent et Lauren pénétra dans la cabine brillamment éclairée. Pour une jeune femme intelligente. Voudriez-vous aller la chercher ? . Au même instant.Merci. Lauren embrassa le hall immense d'un regard curieux. Il appuya sur le bouton du quatre-vingtième étage et Lauren dut refréner l'impulsion bien féminine de tendre la main pour mettre de l'ordre dans sa coiffure. Des dizaines de grands arbres et de plantes luxuriantes étaient alignés le long d'un mur.Je vous emmène dans un bureau meublé où vous pourrez vous asseoir et vous reposer jusqu'à ce que vous vous sentiez suffisamment d'attaque pour marcher sans aide.

Lauren se retrouva partagée entre l'envie de rire de l'observation ironique de Nick et celle de rougir parce qu'elle n'avait pas du tout réussi à le tromper. avec des épaules larges et musclées. . Chaque trait de son profil altier. le visage de profil. des sourcils sombres et droits à l'avancée arrogante du menton et de la mâchoire. dit . Elle ne fît ni l'un ni l'autre... La tête légèrement inclinée en arrière. il n'était peut-être pas si beau que cela. remarqua-t-il.. j'ai peur des ascenseurs. Elle prit la décision de le regarder de nouveau.. elle leva les yeux vers les chiffres qui clignotaient brièvement au passage de chaque étage. de Nick avaient glissé sur elle. sinon de le boire du regard. en faisant preuve de discrétion. reflétait la force virile. brun foncé. et il était bâti comme un athlète. mais à l'ingéniosité qui lui avait soufflé un mensonge si plausible. au-dessus des portes de l'appareil.séduisant.Je. J'essaie de me concentrer sur autre chose pour. . étaient parfaitement coupés. improvisa-t-elle en désespoir de cause. comme pour exprimer une pointe d'amusement. mais il mesurait au moins un mètre quatrevingt-dix. car il venait de la surprendre en train de le détailler. Lauren en était encore à étudier les lèvres de Nick lorsque celles-ci se contractèrent soudain. gris. mine de rien. Elle leva les yeux et s'aperçut avec horreur que ceux. mais cette fois-ci. D'ailleurs. Prise en flagrant délit.Très futé. son regard glissa de côté... Lauren lança la première chose qui lui venait à l'esprit : . Nick contemplait les chiffres qui flashaient les uns après les autres. Le dessin de sa bouche était ferme. Puis. mais sensuel. pour ne pas penser à la hauteur. Non seulement il était encore plus beau qu'elle ne le pensait.Attendez-moi ici pendant que je vais allumer. Ses cheveux épais. mais d'un ton si taquin que ce n'était manifestement pas à la solution qu'elle avait trouvée pour soulager sa peur des ascenseurs qu'il applaudissait. D'un air très naturel. choisissant au contraire de garder les yeux rivés sur les portes de l'ascenseur jusqu'à ce que celles-ci s'ouvrent sur le quatre-vingtième étage.

juste avant de.Il se trouve que je suis secrétaire. Je venais de me présenter de l'autre côté de la rue pour un emploi chez Sinco.. Cette autre partie de l'étage comprenait un espace d'accueil encore plus grand. . si bien qu'elle avait déjà traversé la moitié de la pièce lorsqu'elle commença à prêter attention au cadre qui l'entourait. Nick lui jeta un regard chargé de dérision.Mon Dieu ! s'exclama-t-elle. Mais qu'est-ce que . Elle ne put s'empêcher de le comparer mentalement au vieux bureau d'acier dont elle disposait dans son ancien emploi à temps partiel. de vous rencontrer.. Lauren jeta un coup d'oeil à l'intérieur d'un superbe bureau qui s'ouvrait à droite de l'espace d'accueil.Nick.Les secrétaires de direction qualifiées sont extrêmement fières de n'être que des secrétaires et leurs salaires ne cessent de grimper tous les ans. Lorsqu'elle émit cette pensée à voix haute. Nick ouvrit les portes toutes grandes. Nick la prit par le coude pour la guider de l'autre côté du mur où étaient situés les ascenseurs et les pieds de Lauren s'enfoncèrent dans l'épaisse moquette émeraude. Elle avait du mal à imaginer qu'un tel luxe et tant d'espace fussent réservés à une simple secrétaire. puis il s'effaça pour permettre à Lauren de le précéder et pour étudier par la même occasion sa démarche boitillante. La jeune femme avait une conscience si aiguë du regard ardent et pénétrant posé sur ses jambes qu'elle sentit ses genoux flageoler. des panneaux au plafond s'allumèrent en tremblotant. Et elle s'immobilisa net. Quelques secondes plus tard. dont la partie gauche consistait apparemment en une immense zone de réception et en quatre très grands bureaux lambrissés de bois de chêne. lui confia Lauren. alors qu'ils traversaient le hall d'accueil en direction de doubles portes en palissandre hautes de deux mètres cinquante. Il était déjà équipé de fichiers encastrés et d'un bureau de secrétaire en bois et en chrome étincelant. . . au milieu duquel était installé un bureau circulaire pour la réceptionniste. illuminant tout l'étage.

Les trois autres murs étaient lambrissés de palissandre luisant. trois longs et profonds canapés capitonnés de la même teinte formaient un grand U autour d'une immense table basse composée d'un plateau en verre supporté par un énorme morceau de bois flotté verni. c'est le bureau du président. La ville étincelante de lumières s'étendait en éventail à des kilomètres à la ronde. Des étagères transparentes offraient des rangées de verres et de carafes en cristal de Waterford. Devant elle.J'en ai le souffle coupé. le long mur. Les prunelles bleues de la jeune femme quittèrent le bar encastré pour se poser sur le visage de Nick et surprirent l'expression qu'il tentait de dissimuler. fascinée. au siège tendu de tissu vert mousse. Lauren se retourna et. la stupéfaction qu'elle éprouvait devant cette opulence l'amusait énormément.Je vais nous préparer un verre en attendant que Mike revienne avec la trousse de premiers secours. éclairé par de minuscules spots invisibles. Lauren laissa errer son regard admiratif sur l'ensemble du gigantesque bureau. révélant un splendide bar en miroirs. commenta Lauren d'une voix douce. Du coup. Des mètres carrés d'épaisse moquette beige recouvraient le sol et un somptueux bureau en bois de rose trônait tout au fond à droite. étaient disposées stratégiquement devant le bureau. il lui lança un coup d'œil pardessus son épaule. Un grand panneau glissa sans bruit sur le côté. comme vous dites. le regarda se diriger vers un mur nu en palissandre sur lequel il pressa du bout des doigts. à leurs pieds. . Comme Lauren ne répondait pas à sa proposition de lui préparer un cocktail. dans toute sa splendeur magique. construit en verre du sol au plafond. Manifestement. là. Sans voix. tourné vers l'intérieur de la pièce. . dit Nick.c'est que ça ? . répliqua Nick que sa stupéfaction amusait. L'un des seuls qui soient complètement terminés.« Ça ». Six chaises en chrome. offrait un panorama ininterrompu de Détroit la nuit. tandis que de l'autre côté de la pièce. elle prit conscience d'un élément qui lui avait .

lança l'homme dénommé Mike qui entrait dans la pièce à cet instant précis. Insistez auprès d'elle. Selon un vieil adage. la beauté se trouve dans les yeux de celui qui regarde. . tout en notant la direction qu'il lui indiquait. Ses lèvres frémirent de nouveau. mais elle s'interrompit en l'entendant ajouter un ton plus bas : . Mais elle suivit ses instructions et il lui suffît d'effleurer la surface lisse de palissandre du bout des doigts pour qu'un panneau s'ouvre avec un petit bruit sec sur une salle de bains spacieuse dans laquelle elle pénétra. mais apparemment les yeux de Nick ne remarquaient rien d'intéressant lorsqu'ils se posaient sur elle. elle venait enfin d'en rencontrer un qu'elle souhaitait désespérément impressionner. afin d'établir la preuve qu'elle n'est pas sérieusement blessée.Où ? s'enquit-elle d'un ton neutre. Lauren essaya de ne plus y penser. il y a une salle de bains là-bas. Légèrement décontenancée et en proie à une réelle déception. . Lauren était sur le point de refermer la porte de la salle de bains. et rien ne se passait ! Absolument rien.Si vous voulez vous rafraîchir. . . je vous conseille d'emmener cette fille voir un médecin ce soir. et Lauren lui lança un regard d'exaspération. sinon sachez que n'importe quel avocat pourra prétendre qu'elle est restée handicapée à la suite de sa chute et nous réclamer des millions de dollars de dommages et . Cela n'aurait pas été si grave s'il n'avait pas eu l'air. Après avoir supporté pendant six ans l'admiration béate et les regards concupiscents des hommes. Nick inclina la tête en direction du mur près du bar. contentez-vous d'appuyer dessus.Voici la trousse de premiers secours. de la trouver extrêmement drôle. en qualité d'avocat de cette entreprise. par la même occasion.Nick. lui ne paraissait pas être le moins du monde affecté par sa féminité.Marchez droit devant vous et quand vous atteindrez le mur.totalement échappé jusque-là : si elle était profondément sensible à sa séduction virile.

Avec un gloussement hystérique. Tandis qu'elle se frottait le visage et les mains. Les sourcils froncés.. Si elle passait trop de temps dans cette salle de bains. ne lui offrez pas de boisson alcoolisée. Elle se dépêcha d'enlever sa veste bleu marine souillée. . et non parce qu'elle mourait d'envie que Nick la trouve attirante. une gosse des rues lamentablement crasseuse et dépenaillée. et Lauren se convainquit que c'était uniquement parce qu'elle se réjouissait à l'avance de gagner cette partie de « rira bien qui rira le dernier ».intérêts. entenditelle Nick lui répondre. . son pouls s'accéléra sous l'effet de l'excitation. Mais il fallait qu'elle fasse vite.. Ce n'est qu'une gentille gosse aux grands yeux qui a eu la frousse de sa vie en tombant. bon ! soupira Mike. Son visage était maculé de larges traînées de boue et de crasse. elle se tourna vers le miroir au-dessus du lavabo et étouffa un hurlement de rire horrifié. de petites mèches de cheveux se hérissaient comme des pointes tout autour de sa tête et la veste de son tailleur pendait lamentablement de son épaule gauche. .un clown. Ses parents pourraient vous poursuivre pour tentative de séduction sur une mineure et. Mais. son chignon à moitié défait pendillait de travers sur sa nuque. force lui fut de constater qu'elle ressemblait exactement à une caricature d'elle-même . pour l'amour du ciel. l'effet provoqué par sa transformation serait bien moindre. Lauren referma discrètement la porte sans faire de bruit. se réjouissant à l'avance du choc qui attendait Nick quand elle se serait débarbouillée pour devenir présentable.Bon. A la fois décontenancée et vexée de s'entendre traitée de gosse effrayée aux grands yeux.Arrêtez de gonfler toute cette histoire. Un trajet en ambulance ne ferait que la terrifier. Je suis en retard pour mon rendez-vous à Troy et il faut que je parte. Il était absolument nécessaire qu'elle ressorte de cette salle de bains sous un aspect totalement différent.

enfonçant à la hâte la brosse dans sa tignasse emmêlée sans se soucier de la douleur. Installé au bar. La veste en jean qu'il avait enlevée était négligemment jetée sur l'une des chaises. sa chevelure retombait en une masse fluide et brillante qui ondulait naturellement sur ses épaules et dans son dos. soulignant ses épaules larges et musculeuses et son dos fuselé. une touche de rose à joues sur ses pommettes.J'ai été obligé de passer un coup de fil. elle appliqua du rouge à lèvres couleur pêche. Bien qu'un peu trop collet monté. Avez-vous trouvé tout ce dont vous aviez besoin dans la salle de bains ? . Satisfaite de son œuvre. Son teint était vif et ses yeux pétillaient à l'idée de la surprise qu'elle réservait à Nick. lui dit-il sans se retourner. son corsage blanc était flatteur pour la ligne gracieuse de sa gorge et il soulignait bien les courbes de ses seins. Lauren prit tout son temps pour admirer la ligne nette formée par . elle renversa le contenu de son sac à bandoulière sur la coiffeuse et ouvrit le sachet de collants de rechange qu'elle y avait en permanence. elle ôta son collant de soie et fit mousser davantage le savon sur le gant de toilette.Oui. A chaque mouvement de ses bras. . elle se détourna du miroir. Lorsqu'elle s'estima suffisamment propre. merci. puis elle fourra tous ces objets dans son sac avant de s'écarter d'un pas pour s'examiner dans le miroir. fit Lauren en posant son sac et sa veste. Elle se tenait tranquillement debout près du long canapé. attrapa veste et sac et sortit de la salle de bains dont le panneau se referma avec un claquement feutré. observant les gestes rapides et efficaces avec lesquels Nick prenait deux verres de cristal sur une étagère et sortait un bac à glaçons du réfrigérateur compact encastré dans le bar. Nick lui tournait le dos. le fin tissu de sa chemise bleue se tendait. En quelques gestes vifs.Avec une grimace à la vue du piteux état de ses genoux. Quand elle en eut terminé. elle ôta les épingles de ses cheveux miel foncé et se mit à les brosser avec vigueur. Après les avoir bien lissés sur ses jambes. mais le verre que je vous ai promis sera prêt dans une seconde.

Mais que faites-vous ? lui demanda-t-elle. Mais il n'en fit rien. mises en valeur par le jean bien ajusté qu'il portait.ses hanches étroites et ses longues jambes. il pivota sur ses talons. il n'y a ni sodas ni limonade dans ce bar. La réussite allait bien au-delà de ses espérances. . Lauren éclata de rire. de son nez mutin.Malheureusement. .Ce n'est que pure curiosité. . les lèvres retroussées en un sourire ironique. Ce qu'il fit. Son regard stupéfait se posa ensuite sur le visage de Lauren. retourna au bar et versa le contenu de l'un des verres dans l'évier d'acier chromé. A la mention du mot limonade. Maintenant. et reposa vite les yeux sur sa nuque sombre. elle sursauta lorsqu'il s'adressa à elle. Perdue dans sa contemplation. répliqua-t-il d'un ton amusé. mais quel âge avez- . Puis il dériva en direction de sa poitrine pleine. de sa taille mince et de ses longues jambes sculpturales. Lauren réprima un petit gloussement de rire et joignit sagement les mains dans le dos. Le suspense se prolongeait et elle attendait avec de plus en plus d'impatience qu'il se retourne. Ses prunelles grises glissèrent sur la luxuriante cascade de cheveux d'or qui encadraient le visage de la jeune femme et tombaient avec grâce et naturel sur ses épaules et dans son dos. comme s'il l'avait prise en faute. prenant note de ses yeux turquoise qui pétillaient d'humour sous leurs cils longs et recourbés. Lauren avait nourri l'espoir qu'il remarque qu'elle était une femme. . Sans une parole. après avoir replacé un bouchon sur une carafe de whisky en cristal et pris un verre dans chaque main. Je vous ai donc préparé un verre de tonic avec de la glace. Lauren. tandis qu'il lui jetait un regard par-dessus l'épaule. elle aurait plutôt souhaité qu'il lui dise un mot gentil. de ses joues délicatement sculptées et de ses lèvres tendres.Je redose votre gin-tonic. les sourcils froncés et l'oeil surpris. Deux pas dans sa direction et il s'immobilisa net.

Etes-vous une bonne secrétaire ? . la jambe de la jeune femme fut parcourue de décharges électriques. protesta-t-elle. sur cette cheville. tout en lui obéissant néanmoins. . il s'agenouilla et commença à déboucler la fine lanière de la sandale de Lauren.Asseyez-vous. oui. .Oui. tout en ajoutant une petite dose de gin au tonic qu'il lui avait préparé.Vingt-trois ans. . Au simple effleurement de ses doigts sur sa cheville.vous? .J'en doute. Il lui apporta son verre et lui fit signe de prendre place sur le canapé.Je vous assure qu'elle ne me fait pas mal. . La tête toujours penchée. Après avoir posé son verre sur la table basse.Et vous étiez allée vous présenter chez Sinco pour un poste de secrétaire. Vous ne devriez pas rester debout. . Heureusement. . fit Lauren sans pouvoir refréner un . Nick resta debout devant elle. Elle se contracta sous ce choc inattendu.Vous ont-ils offert un poste ? Il était si grand que Lauren fut obligée d'incliner la tête en arrière pour voir son visage. .Non. occupé qu'il était à explorer minutieusement son mollet de ses doigts fermes qu'il faisait glisser lentement vers sa cheville.D'après mon ancien employeur. il ajouta : . Le bureau du personnel de Sinco finira probablement par vous rappeler pour vous proposer un poste. avant de vous jeter à nos pieds ce soir ? souffla-t-il. .Les bonnes secrétaires sont toujours très recherchées. . sans cesser de la dévisager. il paraissait ne rien avoir remarqué.J'aimerais bien jeter un coup d'œil sur votre cheville.

Du coup. vous êtes aussi brillante qu'un sou neuf. il leva les yeux vers elle et lui demanda. . et sur son visage dessiné au burin se lisait l'expérience d'un homme ayant eu à affronter de rudes épreuves.Elle ne m'a pas l'air enflée. en ce qui me concerne.Bien sûr qu'il l'est ! s'exclama-t-elle. La tête de Nick se releva brusquement.N'y a-t-il pas un conte de fées dans lequel un homme recherche une jeune fille dont le pied entrera dans une pantoufle de vair ? .Cendrillon. le directeur du personnel. Au moment où il allait lui enfiler la chaussure. Il porte vraiment ça? Lauren acquiesça de la tête et cet instant de connivence se chargea bizarrement pour elle d'une profondeur inexplicable. il prit le talon de Lauren dans la main gauche et ramassa la sandale de la jeune femme de l'autre main. la tête de nouveau penchée vers sa cheville. . .Lauren.sourire. Le brin de cynisme qui luisait dans ses yeux était tempéré. . Je crains. avec un sourire langoureux qui lui fit chavirer le cœur : . . elle le percevait bien. Pendant qu'elle lui adressait un sourire. Et il n'était pas question non plus de nier l'emprise qu'exerçait sur elle le magnétisme sexuel émanant de tout son corps d'homme solide et sûr de soi. votre cheville et votre dignité se porteront parfaitement bien demain.Un tout petit peu. elle sentit qu'il était bien davantage qu'un spécimen masculin d'une beauté hors du commun. dit Lauren avec un hochement de tête. il ne porterait pas une veste jacquard avec une cravate à motifs cachemire. Weatherby. Sinon. ne m'ait pas trouvée très brillante. précisa-t-elle. et son regard se promena avec une admiration franche et virile sur ses traits. Ce Weatherby doit être aveugle. par de la chaleur et de l'humour. Mais ce n'est rien à côté de ma dignité.Sans blague? s'esclaffa Nick.Si tel est le cas. constata-t-il. croyez-moi. que M. . Est-ce qu'elle vous fait souffrir ? . Lauren le trouva encore plus attirant. Toujours accroupi.

Très bien. La jeune femme que vous suiviez parce qu'elle était entrée sans permission s'est remise de sa chute. le railla-t-elle.Je vous transformerai en crapaud. C'était le signal. Nick jeta un coup d'œil presque impatient à sa montre. je vous retrouve en bas dans cinq minutes. tandis que leurs regards s'accrochaient. Elle le regarda se pencher pour prendre le téléphone à l'autre bout de la table basse et composer un numéro à quatre chiffres. . Il reboucla la sandale de Lauren. ..George. Ramassant son cocktail.Oui. . . il le but d'une traite et reposa le verre sur la table basse. et elle vit quelque chose vaciller tout au fond de ses yeux argentés.les yeux brillants. Nick Sinclair à l'appareil.J'aime construire des choses.. Cette pensée la déprimait tellement qu'elle en oubliait l'embarras qui venait de l'envahir en découvrant que c'était à un gardien chargé de la sécurité de l'immeuble qu'elle avait essayé d'échapper. J'aimerais que vous veniez devant le bâtiment avec la voiture de sécurité et que vous la raccompagniez à l'endroit où elle s'est garée.Travaillez-vous pour l'entreprise qui construit ce gratte-ciel ? s'enquit-elle dans une tentative pour retarder le moment de leur séparation et apprendre quelque chose sur lui. puis se leva. Leur agréable petit badinage était terminé. dit-il.Que m'arrivera-t-il si cette pantoufle est faite pour vous ? . dit-il sans cacher son impatience. . une brève étincelle d'attirance erotique qu'il étouffa sur-le-champ.un rire chaud et merveilleux -. que leur rencontre s'achevait. Il éclata de rire .Travailler dans le bâtiment vous plaît-il ? . Je suis ingénieur. Et ce n'était même pas Nick en personne qui la reconduirait jusqu'à sa voiture ! Un horrible pressentiment lui soufflait qu'il ne s'inquiéterait même pas de savoir comment il pouvait la joindre. . L'accablement s'empara de Lauren. Lauren le sentit non sans tristesse. Cinq minutes.

Il va falloir le boucler à double tour pour éviter que ça continue. Je vais leur passer un coup de fil pour voir s'ils ne peuvent pas persuader Weatherby de revenir sur sa décision. . ne put s'empêcher de penser Lauren avec mélancolie. J'espère que le P. si l'élue était censée posséder un physique aussi avantageux que le sien. Nick lui lança un regard ironique. .-D. il lui parut préoccupé et pressé. il était marié.G. Pendant que l'ascenseur descendait. Et avec une très jolie fille. pour veiller au bon fonctionnement de tous les ordinateurs sophistiqués qui.J'ai des relations chez Sinco. je passerai la plus grande partie de mon temps ici.Global Industries était garée sur le terrain boueux devant le bâtiment et l'attendait.Tous les gardiens se sont déjà chargés de faire main basse dessus. Ne sachant pas très bien quoi penser de cette réponse. un agent de la sécurité en uniforme au volant. Nick l'accompagna jusqu'au véhicule et tint la portière ouverte pendant qu'elle se glissait sur le siège du passager à côté du garde. elle en avait une sorte d'horrible pressentiment. ne s'apercevra pas que vous avez fait un raid sur son placard à alcools. Ou alors.Vous enverra-t-on ailleurs quand cet immeuble sera achevé ? . Une voiture blanche portant la mention Service de sécurité . . Formant de son corps un paravent qui la protégeait contre l'air frisquet. elle ne le reverrait jamais. Lauren se leva pour prendre sa veste. cela n'avait pas d'importance puisque. Sans doute avait-il une soirée de prévue. pour le moins. dirigeaient tout dans ces gratte-ciel. il posa l'avant-bras sur le toit de la voiture et baissa la tête pour lui parler à travers l'étroite ouverture de la portière. La présence permanente d'un ingénieur était peut-être nécessaire. . n'était pas du genre à s'être fait passer la bague au doigt. Mais il ne portait pas d'alliance et. De toute façon.Dans les années qui viennent. merci pour tout. à première vue. Un mannequin.Eh bien. du chauffage central aux ascenseurs..

c'était la Pianoteuse. une pianiste concertiste. elle suivit les instructions que lui avait fournies la secrétaire de Philip. juste après le déjeuner. quand elle eut changé sa robe sale et déchirée. Carter s'était ingénié à la rendre aussi malheureuse que possible.N'en faites rien.Ce petit signe prouvant qu'elle lui plaisait assez pour qu'il essaie d'intercéder en sa faveur regonfla le moral de Lauren. il surnommait sans arrêt son père. le fils adolescent des Whitworth. tout en songeant sans joie à la rencontre qui l'attendait avec la famille Whitworth. l'envoyant s'étaler à plat ventre dans un gros buisson de rosiers piquants. mais il lui suffit de repenser à la façon dont elle avait volontairement répondu de travers aux tests pour secouer la tête d'un air sincèrement désabusé. avait fait son apparition sur le seuil de la porte de la chambre de Lauren pour lui annoncer que sa mère lui avait donné l'ordre de la faire sortir de la maison. Quant à sa mère. car elle était restée pratiquement toute seule. Lauren payait le gardien du parking et sortait sur l'avenue balayée par la pluie. à la rabaisser et à tout faire pour l'effrayer. et elle frissonna de crainte et d'embarras. Hormis le fait de l'appeler Quat'z'yeux parce qu'elle portait des lunettes. Il ne changera pas d'avis. il la bouscula « par hasard ». Elle attendait des amis et ne voulait pas qu'ils voient la petite fille. elle pénétrerait pour la seconde fois dans leur demeure de Grosse-Pointe. Carter. professeur à l'université de Chicago. Carter lui présenta de piètres excuses et lui proposa de rendre . Pendant tout le reste de l'après-midi. La première journée ne s'était pas trop mal passée. Des souvenirs du week-end humiliant qu'elle avait passé quatorze années plus tôt dans cette maison élégante se bousculèrent dans sa tête. l'Ins-tit. Je lui ai vraiment fait très mauvaise impression. Mais je vous suis reconnaissante de me l'avoir proposé. La partie cauchemardesque avait commencé le lendemain. . S'obligeant à ne plus penser à Nick Sinclair. Dix minutes plus tard. Une demi-heure plus tard. Dans moins d'une demi-heure. Durant la visite qu'il fit faire à Lauren de leur jardin à la française.

la porte de l'enclos qu'on refermait claqua dans son dos. tandis que Carter criait : .visite aux chiens de la famille.Moi aussi. Carter ouvrit la porte et s'effaça pour la laisser entrer. d'un vert éclatant. ironisa sur un ton doucereux le jeune garçon de l'autre côté de la barrière. je ne bougerais pas.Attrapez.Carter ! hurla-t-elle.Ma meilleure amie a un doberman. lui confia-t-elle fièrement. tout en pressant le pas pour rester à son niveau tandis qu'ils traversaient des pelouses superbement entretenues. Il paraissait si sincère et montrait tant d'enthousiasme juvénile à vouloir les lui présenter que Lauren décida sur-le-champ qu'il n'avait effectivement pas fait exprès de la faire tomber dans les rosiers. ajouta-t-elle alors qu'ils arrivaient devant une haie taillée derrière laquelle était dissimulé un vaste enclos pour les chiens.A ta place. . les chiens. Sinon. . en plus. Elle s'appelle Flocon et elle est blanche. Au moment où elle tendait la main pour les caresser. leurs babines blanches retroussées. lui apprit-il. dit-elle d'une voix douce en s'approchant des animaux silencieux et sur le qui. tout en reculant jusqu'à se retrouver coincée contre la barrière. Il joue tout le temps à chat avec nous et. il connaît plein de tours.Bonjour. j'ai une chienne. .vive. en direction de l'arrière de la propriété. La petite fille adressa un sourire radieux aux deux dobermans et à Carter qui était en train d'ouvrir le lourd cadenas de la porte de l'enclos. Lauren pénétra dans l'enclos sans la moindre crainte. Pourquoi font-ils ça ? . . . les gars ! Attrapez ! Les deux chiens se raidirent sur-le-champ et s'avancèrent en grondant sur Lauren pétrifiée. entouré d'un treillage haut de trois mètres.Ces deux-là connaissent aussi des tours très particuliers. ils vont te sauter à la gorge et te trancher la veine jugulaire. .

il était un peu moins fâché. Pendant tout le reste de l'après-midi.Ne me laisse pas là-dedans ! hurla Lauren. L'homme ouvrit la barrière d'un geste brusque et pénétra dans l'enclos.Sors de là ! la gronda-t-il. ne me laisse pas là-dedans. l'air furieux. Quand le jardinier la trouva une demi-heure plus tard. Ils sont dressés pour donner l'alarme et faire peur aux intrus. elle s'était résignée à l'obligation de ravaler sa fierté et de se conduire comme si rien ne s'était passé. à envisager toutes les façons sanguinaires possibles et imaginables de se venger de Carter.Ils. elle poussait des petits gémissements hystériques. lorsque sa mère vint la chercher dans sa chambre pour le dîner. Je t'en supplie. Les yeux rivés sur les chiens qui montraient les crocs. . Quand le jardinier reprit la parole après avoir plongé les yeux dans le regard bleu glacé de terreur de l'enfant. elle ne s'époumonait plus. Qu'est-ce qui te prend d'énerver ces chiens ? Il l'attrapa par le bras pour pratiquement la traîner hors de l'enclos et lorsqu'il referma la barrière d'un coup sec derrière eux. c'est tout. .Et sur ces mots. Ils n'auraient pas la bêtise de mordre n'importe qui. Lauren resta avachie sur son lit. . Américaine d'origine italienne. ils allaient me trancher la gorge. Le soir. Lauren prit soudain conscience qu'il n'avait pas l'air le moins du monde effrayé. En dépit de l'intense satisfaction qu'elle éprouvait à l'idée de le voir se traîner à genoux à ses pieds en la suppliant de l'épargner.. tandis qu'un flot de larmes incontrôlable ruisselait sur ses joues. bégayat-elle d'une voix enrouée. .. Il était inutile de raconter à sa mère ce que Carter lui avait fait. il s'éloigna d'une démarche nonchalante en sifflotant gaiement.Ces chiens ne t'auraient pas fait le moindre mal. Du coup. elle retrouva l'usage de ses cordes vocales. tous les plans qu'elle imagina étaient néanmoins difficilement applicables. Ginna Carter possédait la dévotion profonde .

continua sa femme. sa mère. Quand elles arrivèrent au bas de l'escalier.J'ai pourtant dit clairement à cette Danner de descendre à 20 heures précises. nous dînerons sans elle. mais je refuse désormais de recevoir un de ces parasites minables chez moi. elle ajouta : .Maman Whitworth.Vas-y. tout en allant prendre le combiné du téléphone posé sur un petit guéridon en bas de l'escalier.Philip. Lauren hésita. Sur le pas de la porte voûtée de la salle à manger. avec la charité qui la caractérisait. y compris lorsque les membres de ladite famille ne sont unis que par des liens lointains et obscurs. .As-tu passé une bonne journée. . il faut que ça cesse. qui se mit sur-le-champ à remplir de potage les fragiles assiettes de porcelaine de chaque convive. ma chérie ? lui demanda Ginna alors qu'elles descendaient ensemble le grand escalier circulaire menant à la salle à manger. marmonna Lauren qui était en train de se demander comment elle allait résister à l'envie pressante de flanquer à Carter Whitworth un bon coup de pied dans les tibias.Pas mauvaise. La famille Whitworth au grand complet était déjà installée autour d'une table immense. Si Lauren lui avouait sa mésaventure. . était en train de dire la mère de Carter à son époux. .et sentimentale qu'ont les Italiens envers la famille dans son sens le plus large. Si elle est assez mal élevée ou idiote pour être en retard. j'ai fait preuve d'autant de tolérance que possible en la matière. une domestique leur annonça qu'un certain M. dit tendrement Ginna à sa fille. Il est 20 h 2. sous un lustre étincelant. Elle adressa un bref signe de tête au majordome. . Je suis persuadée que vous avez maintenant rassemblé assez . ma chérie. se contenterait de dire que Carter ne s'était livré qu'à des blagues de gamin. Robert Danner les demandait au téléphone. j'arrive tout de suite. Tournant sa tête aux cheveux blonds mis en plis avec chic vers la vieille dame assise à sa gauche.

mais elle ne tolérerait jamais que ces gens horribles et grossiers rabaissent un homme brillant comme son père et une femme belle et talentueuse comme sa mère ! Sa mère.Si c'était le cas.était froid. Tous continuèrent à avaler le potage que le maître d'hôtel venait de leur servir. je n'aurais pas besoin de recevoir ces gens ici. Le majordome. justement. qui se tenait debout sur le côté. Lauren jeta un regard rapide à sa mère. Nous vous demandons de pardonner aux gens qui sont des hypocrites et qui se croient meilleurs que tous les autres pour la simple raison qu'ils ont plus d'argent qu'eux. . Pas un seul des Whitworth ne se donna la peine de lui répondre.ce que du moins Lauren considérait comme tel . Amen. Merci. la rejoignit sur le seuil de la salle à manger et la prit par la main. Faisant bien attention d'éviter le regard de sa mère.Seigneur. . C'était une chose que d'avoir eu à subir personnellement les affronts de Carter. elle saisit calmement sa cuiller. qui était en train de déplier une serviette de lin et de la poser sur ses genoux. Seigneur. mais il faudra que vous les supportiez encore pendant un certain temps. . sans hésiter à braver son regard dédaigneux. une flamme rebelle étincelant dans son regard bleu fulminant.Quelque chose ne vous convient pas. Je sais bien qu'ils sont énervants et mal élevés et que c'est pénible pour nous tous.Mon potage est froid.Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. . ditelle à ses hôtes. Prise d'une inspiration subite. nous vous demandons de bénir ce repas. dit-elle. joignit les mains et entonna d'une voix enfantine et aiguë : . mademoiselle ? . Lauren se tenait sur le pas de la porte. Carol. Le potage . remarqua qu'elle avait reposé sa cuiller. La petite fille inclina pieusement la tête.d'informations pour pouvoir mener à bien votre ouvrage.

je suis vraiment désolée ! susurra-t-elle en étouffant un gloussement de rire. m'dame. et un déluge blanc et froid vint éclabousser le set de table et les genoux de Carter. . il m'a enfermée dans l'enclos par accident et. .. je t'assure.Qu'est-ce que t'es cruche ! se moqua Carter alors que Lauren soulevait son petit verre de lait. elle avait soulevé sa cuiller et ajouté pensivement : . il a trébuché accidentellement et m'a poussée dans les rosiers. son beau visage aussi froid et dur qu'un glacier.Carter a eu un nombre incroyable d'« accidents » aujourd'hui.Oh.. mais je ne me rendais pas compte que c'était mal élevé de raconter ma journée. non ? Veux-tu que je raconte à tout le monde les « accidents » qui te sont arrivés aujourd'hui ? Feignant de ne pas remarquer le regard assassin qu'il lui lançait. Pendant que nous visitions la roseraie. lança Carol Whitworth à Lauren d'un ton coupant. .Je refuse d'entendre une autre de vos accusations effrontées de gosse mal élevée. Après.Evidemment. tandis que le majordome et Carter essayaient de réparer les dégâts. C'est de la vichyssoise. Et tu t'y connais en accidents. j'ignorais aussi qu'il était bien élevé de traiter ses invités de parasites minables. Sous les regards furibonds de toute la famille Whitworth. elle se tourna vers les autres membres de la famille. C'était un accident. . et figure-toi que ça se mange froid ! Le lait « glissa » des mains de Lauren.Je suis désolée. quand il m'a montré les chiens.. Lauren était quand même parvenue à trouver le courage de soutenir son regard gris acier sans ciller et à répondre d'un ton faussement humble : . Carter.

prête à se mettre à la tâche.3 Lauren se sentait très lasse et complètement démoralisée lorsqu'elle se gara devant la demeure de trois étages de style Tudor des Whitworth. avant d'être interrompu . Lauren reconnut l'un des témoins de la scène qui s'était déroulée quatorze années plus tôt dans la salle à manger. en uniforme. pour couronner le tout. elle avait gâché ses chances de travailler non loin de lui. Philip ne lui avait pas précisé quand il souhaitait qu'elle commence à travailler pour son entreprise. Un majordome bedonnant. Pour être à l'heure à son rendez-vous avec Philip Whitworth en début d'après-midi.. elle pourrait retourner à Fenster pour déménager ses objets personnels. Dès qu'elle aurait trouvé un logement. elle avait conduit pendant douze heures d'affilée. Et. en ratant volontairement les tests qu'elle avait passés chez Sinco. Au premier coup d'œil. Elle avait eu deux entretiens pour trouver du travail.Bonsoir. Le lendemain était un vendredi. avait maculé ses vêtements et rencontré l'homme le plus beau et le plus séduisant de sa vie. . Elle ouvrit la malle de sa voiture pour en sortir sa valise. vint lui ouvrir la porte. commença-t-il. elle était tombée dans la boue. mais il lui était possible d'être de retour à Détroit dans une quinzaine de jours.. et elle avait l'intention de consacrer cette journée à la recherche d'un appartement.

vous avez fait merveilleusement vite. il la considéra attentivement. ni ses traits . n'omettant ni ses yeux bleu vif. lui dit-il. se brossa les cheveux et changea de tenue. Philip se leva pour l'accueillir au moment où elle faisait son apparition sur le seuil de la porte voûtée du salon. où elle prit une douche.par Philip Whitworth qui traversait à grands pas le vaste vestibule de marbre : . située à l'étage. Puis elle lui fit un bref résumé de sa chute devant l'immeuble de Global Industries et lui demanda la permission d'aller se rafraîchir avant le dîner. répondit Carol. je suis persuadé que tu te souviens de Lauren. l'épouse de l'industriel était encore une belle femme. » Carol. très bien. . intervint un Carter Whitworth souriant. A l'idée qu'elle l'avait trahi en n'essayant pas vraiment d'obtenir un emploi chez Sinco.Il est clair que Lauren va très.Lauren. Lauren dut reconnaître qu'avec ses cheveux blonds impeccablement coiffés et sa silhouette toujours mince et élégante malgré les années. Comment allezvous. tout en la menant jusqu'à sa femme. les commissures de ses lèvres relevées en un sourire qui. elle lui expliqua que son entretien « ne s'était pas très bien déroulé ». optant pour une jupe droite couleur abricot et un chemisier assorti. je me faisais un sang d'encre à votre sujet ! Pourquoi avez-vous mis tellement de temps à nous rejoindre ? Il paraissait si inquiet que Lauren s'en voulut de lui avoir causé du souci. En dépit de ses préjugés.Lauren. toutefois. elle se sentait même franchement coupable. D'un regard paresseux. tout en se levant pour saluer la jeune femme. ne se reflétait pas dans ses yeux gris. Le majordome la conduisit à sa chambre. Lauren ? . dont la personnalité glaciale avait laissé dans la mémoire de la jeune femme une empreinte indélébile.Effectivement. . mère. En quelques mots.

Effectivement. . .Si je me souviens bien. vous vous êtes conduite comme une véritable sale gosse au dîner.Eh bien moi. ni les courbes très féminines de sa silhouette pleine de grâce. Décontenancée par son visage plein de candeur et de franchise. l'observant avec circonspection quand il s'installa près d'elle au lieu de regagner sa chaise. . comme un enfant gâté.. l'air de plus en plus réjoui. .. . il passa le bras derrière ses épaules sur le dossier du canapé. Lauren garda une attitude neutre. nous ne nous étions pas très bien entendus. Ils venaient en quelque sorte de se réconcilier. poursuivit-il. . .Et vous aussi. je ne m'en souviens pas.Je. Vous venez ? Alors qu'ils venaient de finir le dernier plat. le majordome apparut dans la salle à manger.Quant à vous. observa-t-il d'un ton songeur. Carter leva les yeux vers le majordome qui se tenait sur le seuil de la porte. . . si.Vous avez vraiment changé. . Lauren sentait que les préjugés qu'elle nourrissait à son égard commençaient à se dissiper. puis il se leva et tendit la main à Lauren.Je me suis montré incroyablement grossier envers vous.C'est vrai. il sourit.Pourquoi ne nous entendions-nous pas ? insista Carter. Lauren acquiesça de la tête et ses yeux s'illuminèrent d'un sourire. Pour ces retrouvailles avec le bourreau de son enfance. l'air d'une altesse quelque peu pincée. Sans avoir l'air d'y toucher. observait le petit manège de séduction de son fils d'un regard froid et insondable. . Elle accepta le verre de sherry que lui avait préparé Carter et prit place sur le sofa.délicatement sculptés. observa-t-il gaie ment. Lauren jeta un bref regard gêné en direction de Carol qui.Le dîner est prêt. .

Mais Philip demanda à Lauren de rester au salon avec lui. Weatherby s'est souvenu d'un poste de secrétaire qui. Pas possible ! Peu de temps après. lui dit-il quand les autres furent partis.Allez-y. Nous ne voulons pas que le moindre obstacle vous empêche d'obtenir ce job. Lauren s'exécuta : . Weatherby il y a quelques minutes. de plus en plus satisfait. Résultat : M. La conversation téléphonique fut brève. Après avoir raccroché. Le visage de Philip Whitworth s'éclaira sur-lechamp. Lauren se contentant surtout d'écouter. Cet ami a appelé M.Excusez-moi. l'homme qui est venu à mon secours ce soir lorsque je suis tombée possède un ami très influent chez Sinco..Jim Williams.Veuillez apporter le téléphone sur la table. Vous a-t-il précisé qui conduirait cet entretien ? . elle posa sur Philip des yeux stupéfaits et pleins de gaieté. Je suis censée avoir un entretien pour ce poste demain.Apparemment. . Higgins. Quelque peu décontenancée d'apprendre que deux personnes supplémentaires étaient dans le secret de son avenir.Si je me souviens bien. Carol et Carter sont tous les deux au courant de ce que vous essayez de faire pour nous aider.Je ne peux pas aller chercher mes affaires avant d'avoir trouvé un logement ici. un homme du nom de Williams. . . murmura tout bas Philip. mais il y a un certain Weatherby de la Sinco Electronics Company au téléphone pour Mlle Danner. me conviendrait parfaitement. Racontez-nous. .Il se peut que Williams veuille que vous commenciez tout de suite. Quand pouvez-vous retourner chez vous pour vous occuper de votre déménagement et revenir travailler? Le plus tôt sera le mieux. . Carter les quitta pour regagner son appartement et Carol se retira dans sa chambre. selon lui. dit-il. .

Son père avait besoin de chaque cent qu'elle serait en mesure de lui envoyer. Elle posa un regard préoccupé et dubitatif sur Philip. elle pourrait également lui faire parvenir l'argent du loyer qu'elle économiserait. mais celui-ci avait déjà sorti un stylo et un papier de la poche de son veston et il était en train de griffonner quelque chose dessus. ce n'était pas exactement ce qu'elle ferait. le temps de se rappeler la véritable . donnez-leur ces informations.Vraiment. .J'insiste. En réalité. Tel un sinistre présage. vous me rendrez de toute façon service. Avec cet arrangement. Non.. . Prise d'angoisse. personne n'établira jamais le lien entre vous et moi. le rappel du double rôle qu'elle jouerait si elle travaillait pour Sinco glaça Lauren jusqu'à la moelle épinière. En acceptant mon offre. Quand vous remplirez les formulaires d'engagement chez Sinco demain. De cette façon.Je vois. avant d'ajouter après un moment de réflexion : Il y a quelques années.Voici l'adresse et le numéro de téléphone de la résidence. Espionnage. Elle est en Europe depuis plusieurs mois et a l'intention de rester là-bas pendant encore un an. Cela nous permettra à tous les deux de faire des économies. c'est impossible. gentiment mais fermement. elle se contenterait d'essayer de dénicher le nom du traître qui espionnait l'entreprise de Philip. Lauren tirait d'un air absent sur la manche de son chemisier abricot. Cela me ferait très plaisir que vous en profitiez. Vous avez déjà bien trop fait pour moi. dit-il en lui tendant le morceau de papier. L'espace d'un instant. Considérée de ce point de vue. non seulement sa mission se justifiait. se hâta de répondre Lauren. . elle eut même l'impression d'être une personne vertueuse. mais elle devenait franchement honorable. dit-il. elle se hâta de rejeter ce terme. Il est hors de question que vous me fournissiez également un logement. car je suis obligé de payer une somme mensuelle rondelette au gardien de la résidence pour qu'il surveille l'appartement inoccupé. et le plus vite possible. acquiesça-t-il. j'ai acheté un appartement à Bloomfield Hills pour l'une de mes tantes.

La voix de Philip vint interrompre le fil de ses pensées : . Si je n'ai pas eu de vos nouvelles demain à midi. . acceptez-le et partez directement de chez eux pour le Missouri. je saurai que vous avez obtenu le poste et je ferai en sorte que l'appartement soit à votre disposition dans le courant de la semaine.raison qui la poussait désormais à travailler de si bon cœur pour Sinco : Nick Sinclair travaillait juste de l'autre côté de la rue et elle ne souhaitait rien d'autre que d'avoir une occasion de se trouver près de lui.Si Sinco vous offre un emploi de secrétaire demain.

quand vous êtes venue me voir hier.4 Le lendemain matin à 11 h 30.-D. . qui se trouve être une jeune personne extrêmement intelligente et. M. Il vous suffisait simplement de m'annoncer. elle sortit de sa voiture et. Weatherby. de l'autre côté de la rue.Non. mademoiselle Danner. Avec un sentiment d'impatience mêlé de crainte.Est-ce lui qui vous a appelé pour vous dire que j'étais de ses amis ? lui demanda Lauren par curiosité. après avoir lissé sa jupe beige et ajusté la courte veste militaire coordonnée. de notre société. mon patron m'a appelé chez moi pour m'annoncer que j'avais offensé et mésestimé Mlle Danner. Sur ce. que vous étiez une amie de M. vous auriez pu nous éviter une grosse perte de temps . traversa la rue pour se rendre à son rendez-vous avec M. lui dit-il au moment où il la faisait entrer dans son bureau. répondit M. une amie personnelle de M. à moi et à beaucoup d'autres .à vous. M. En dépit de son sourire courtois et presque patelin. qui a appelé le directeur administratif adjoint. Weatherby qui avait bien du mal à cacher son irritation. Lequel a appelé le directeur général adjoint. celui-ci était manifestement ennuyé : . Lauren eut la chance de trouver une place pour se garer en face des bureaux de Sinco. il m'a raccroché au nez. . qui plus est.Franchement. Sampson. Et hier soir. . Sinclair a appelé le P. Sinclair. qui a appelé mon patron.G.et bien des ennuis. Sinclair. juste devant l'immeuble de Global Industries.

je vous prie de bien vouloir me suivre... Lauren s'assit comme Jim Williams le lui demandait et attendit qu'il se lève et contourne son bureau pour se rapprocher d'elle. J'avais effectivement échoué aux tests que vous m'aviez fait passer. Il acquiesça d'un hochement de tête dramatique.Maintenant. . Williams est-il le directeur général adjoint qui a appelé le directeur administratif adjoint qui a appelé ?. . de la tête. même s'il la détestait. l'interrompit M. il interrompit la lecture des documents sur lesquels il était en train de travailler et. Williams.M.J'ai dit à mon patron que vous ne saviez pas avec quel bout du crayon on écrivait. Le reste de son visage restait tota- . Je vais vous emmener jusqu'au bureau de M. Lauren le suivit. S'appuyant contre le meuble. lui offrirait peutêtre ce poste parce qu'il avait été intimidé par son supérieur. . ce n'était pas votre faute.Asseyez-vous.Lauren n'arrivait pas à croire qu'elle avait déclenché une telle tempête. lui dit-il.Exactement. Agé d'environ trente-cinq ans. . James Williams avait le comportement vigoureux et autoritaire d'un homme qui ne sera jamais le pantin de qui que ce soit. elle abandonna néanmoins cette idée. Williams. ajouta-t-il d'un ton cassant à l'intention de Weatherby. . fort embarrassée. dit-elle d'un air contrit. mais il m'a répondu que lui se fichait que vous tapiez avec vos doigts de pieds. il croisa les bras sur son torse et la balaya d'un regard pénétrant. Weatherby introduisit Lauren dans son bureau. Sa secrétaire déménage en Californie. C'est lui qui va vous recevoir pour ce poste. demanda Lauren. Weatherby.Je suis vraiment désolée de vous avoir causé tant de soucis. rongée par l'idée inquiétante que M. Lorsque M. Après tout. qui est notre directeur général adjoint. il ajouta : . désigna froidement à la jeune femme la chaise tendue de cuir qui se trouvait devant son grand bureau. Veuillez fermer la porte derrière vous en sortant. S'extrayant non sans mal de son fauteuil. Quelques instants plus tard.

indépendamment de vos relations personnelles avec Nick Sinclair.Ecrivez. .Savez-vous épeler insupportable ? . ne m'a été épargné. .J'en ai bien peur. Une étincelle d'amusement traversa le visage du directeur. Si. voire insupportable. . vous serez censée remplir un certain nombre de tâches administratives et servir avec efficacité de lien entre les membres de mon équipe et moi-même. je vous virerai sur-lechamp et vous raccompagnerai en personne à la porte.lorsque vous n'êtes pas sous l'effet du stress ? Le visage de Lauren s'empourpra. ne serait-ce qu'une fois. Pas un détail gênant.Si je comprends bien.lement impassible.Oui. dit-elle. . nous allons déménager dans l'immeuble de Global Industries. soupira Lauren.Oui. Sinclair. en revanche. et si vous tentez.Environ cent mots à la minute. il tendit la main derrière lui pour prendre un crayon et un bloc sur son bureau et les lui tendit. vous êtes au courant du tumulte que vous avez causé hier soir ? . puis elle se reprit et se mit à prendre en sténo le texte qu'il lui dictait à toute vitesse. .Sténo ? . adoucissant un instant ses traits froids et sérieux. vous vous intéressez à votre travail et . .Ainsi donc. vous êtes Lauren Danner ? . Dans quelques semaines. Lauren posa sur lui un regard sidéré. . Vous devrez vous conformer entièrement à la politique de l'entreprise. Sans la quitter des yeux. . que ce soit en vous dérobant à vos devoirs ou en ignorant les règlements valables pour l'ensemble du personnel. de profiter du fait que vous connaissez M. s'il vous plaît.Oui. en tant que mon assistante.A quelle vitesse tapez-vous . complètement interloquée.Chère mademoiselle Danner.

Et comment vous y êtes-vous prise. car j'ai l'impression que je pourrais apprendre énormément de choses. Si ces conditions vous conviennent. . Cette façon détachée de lui offrir un emploi étonnait trop Lauren pour qu'elle soit nerveuse à l'idée de retranscrire cette dictée.. votre salaire. Y a-t-il autre chose dont nous devions parler ? Ah oui. Quelques minutes lui suffirent pour en avoir fini avec la machine à écrire et revenir d'un pas hésitant dans le bureau du directeur. Mais je n'ai pas envie de cet emploi si vous ne .. .Alors.Est-ce à dire que vous m'engagez ? .Je. Lauren ? La jeune femme leva vers lui un regard médusé.Bon ! je ne vous en demanderai pas plus. Et non.. Disons qu'il y a eu une sorte de malentendu. mais celui-ci avait promis de combler la différence. êtes-vous prête à accepter ce poste ? . dit Lauren avec un faible sourire. lui dit-elle sans vraiment répondre directement.faites preuve d'initiative. Avez-vous des questions à me poser.Oui. je n'y tiens pas vraiment.Très efficace. Comment Weatherby a-t-il pu conclure que vous n'aviez aucune cervelle ? .. à 9 heures du matin. veuillez vous présenter à mon bureau pour votre première journée de travail lundi en quinze. James Williams jeta un coup d'oeil à celui-ci avant de reporter son attention sur Lauren. J'aimerais beaucoup travailler pour vous. . La somme qu'il lui offrit était inférieure de deux mille dollars à celle que Philip lui avait proposée.Dans la mesure où vous serez capable de taper ce mémo sans fautes de frappe en un temps raisonnablement court. .Voici votre mémo. . si ça ne vous gêne pas de me le dire ? . .C'est l'impression que je lui ai donnée. je vous déléguerai autant de responsabilités que vous êtes prête à en accepter et que vous êtes capable d'en assumer.

.Appelez-moi Jim. . Lorsque j'ai entendu dire qu'une jeune femme brillante qui se présentait pour un emploi de secrétaire n'avait pas accroché avec lui hier.Effectivement. pourquoi avez-vous décidé de m'accorder un entretien aujourd'hui. En émergeant du sombre bâtiment. je me suis dit que je tenais peut-être là une autre Teresa. Je n'aurais pas la prétention de vouloir lui dire comment accomplir le sien. a eu maille à partir avec Weatherby dès le début. elle se demanda s'il était . monsieur Williams. .me le proposez qu'à cause de. Lauren serra la main qu'il lui tendait.Dans ce cas.Bravo..Il me semble que c'est ce que je viens de faire. Pendant qu'elle attendait que le feu passe du rouge au vert. Lauren. Lauren se retrouva plongée dans la lumière éblouissante d'une magnifique journée d'août ensoleillée. Les lèvres de James Williams se contractèrent. vous pouvez m'appeler Lauren. .Dans ce cas. son regard fut irrésistiblement attiré par le bâtiment de Global Industries. de. pas plus que je n'apprécierais qu'il essaie de m'influencer dans le choix de ma secrétaire. . . Je vous verrai donc lundi en quinze.Merci... Je le connais depuis de nombreuses années et nous sommes très amis. de l'autre côté de la rue.Nick n'a absolument rien à voir dans cette histoire.Nick Sinclair ? Lauren opina de la tête. . . Le visage éclairé d'un sourire reconnaissant. mon ancienne secrétaire. Nick a son travail et j'ai le mien. Mais l'amitié n'a pas sa place en affaires. Habitée par l'envie nostalgique de revoir Nick. alors que j'avais échoué aux tests ? Des étincelles s'allumèrent dans les yeux bruns du directeur. .Eh bien. envers qui j'éprouve le plus grand respect. mais je pense que vous et moi nous entendrons encore mieux que ça. pour vous dire la vérité. . Ce n'est pas le cas.. Ne vous laissez pas intimider par moi.

Et vous l'avez accepté ? . Ce compliment la fit rayonner davantage. .en train d'y travailler.Devinez d'où je viens ! Elle rayonnait. Nick ! Il jeta un coup d'oeil en arrière et elle lui fit un signe de la main. appela-t-elle sur une impulsion.Nick. . chez Sinco Electronics. sans doute avait-il l'habitude que ce soient les femmes qui prennent l'initiative et lui demandent de bien vouloir sortir avec elles. Grâce à votre intervention. mais il tourna sur sa droite en direction de l’angle de l’immeuble . son élégant tailleur beige. .Vous venez de faire un défilé de mode pour Bonwit Teller ? la taquina-t-il. elle se dit qu'il l'avait aperçue près de sa voiture et qu'il était descendu pour lui dire bonjour. Le feu passa au rouge et elle traversa la large avenue pour regagner sa voiture. Il fit mine d'ignorer cette allusion à l'aide qu'il lui avait apportée. je viens de me présenter de l'autre côté de la rue. envahie d'un bonheur absurde lorsqu'il rebroussa chemin pour se diriger vers elle à longues enjambées. . sauf timide. si Nick avait tenu à la revoir. son chemisier et ses sandales couleur chocolat.Non. Une lueur taquine passa dans les yeux gris qui se promenaient sur ses cheveux de miel relevés en un chignon plein de classe. mais elle garda sa maîtrise de soi. . Timide ! Tout en posant la main sur la poignée de la portière.Si je l'ai accepté ? Le salaire est formidable. et ils m'ont offert un emploi. Lauren hocha la tête en signe de dérision. Pendant un court instant d’euphorie. Nick Sinclair était tout. Etant donné son physique avantageux et son charme nonchalant. il se serait arrangé pour lui demander son numéro de téléphone. A moins qu'il ne soit timide. Les portes de verre de l'immeuble s'ouvrirent toutes grandes et le cœur de Lauren fit un bond à la vue de Nick qui les franchissait. De toute façon.

il tendit la main pour lui ouvrir la portière de sa voiture. Quelques pâtés de maisons plus loin. Ces dissidents. je vous offre à déjeuner.. Lauren balaya les autres clients du regard. L'espace d'un instant qui parut insupportable à Lauren. Nick prit le volant. puis un sourire se dessina lentement sur son visage hâlé. à trois exceptions près. . indiquait simplement Tony's. derrière ce qui ressemblait à une étroite maison de brique de trois étages qu'on avait ravalée.Par conséquent.L'homme pour qui je vais travailler aussi. il quitta Jefferson Avenue pour aller se garer dans un vaste parking. comme Nick.Nick. . dans l'espoir qu'il lui demande de sortir avec lui.. puis elle attendit. vous êtes contente ? Lauren acquiesça de la tête. à l'éclairage tamisé. Et le travail m'a paru à la fois intéressant et extrêmement stimulant. aux tables luisantes à force d'être astiquées et aux murs de brique laissés à l'état brut. Les hommes brillaient par leur diversité. Au-dessus de la porte. L'intérieur de la maison avait été transformé en un charmant restaurant au plancher de chêne. Il n'y avait que très peu de femmes. Si vous connaissez un endroit sympathique où nous pourrions prendre un sandwich et boire quelque chose de frais. je suis d'humeur à célébrer cet événement. Plutôt que d'avoir à lui indiquer le chemin. Un garçon debout près de la porte salua Nick d'un « bonjour » poli. Tandis que Nick tirait une chaise pour qu'elle puisse prendre place. un écriteau en bois sombre dans lequel étaient gravées de profondes lettres d'or. artistiquement décorés de casseroles en étain.C'est la meilleure offre qu'on m'ait faite de toute la journée. Tous portaient le costume et la cravate. Au lieu de quoi. . il hésita. se lança-t-elle avant que son courage l'abandonne. avant de les accompagner à la seule table encore libre de la salle. . Les rayons du soleil illuminaient les vitraux des fenêtres et des nappes à carreaux rouges et blancs accentuaient le charme et le caractère chaleureux de l'établissement.

se fut éloigné. . ce n'était pas l'impression qu'elle faisait sur les gens.Etes-vous fille unique ? . Un serveur d'un certain âge s'approcha de leur table et salua Nick d'une petite tape affectueuse sur l'épaule et d'un joyeux : « Ça fait plaisir de te revoir. Le visage de Nick ne changea pas d'expression. J'avais alors douze ans.Oui. D'habitude.la ville de son enfance. .Il s'agit de sandwiches à la française. Lauren se dit qu'il lui demandait la permission de commander quelque chose de plus cher qu'un simple sandwich. . . lui dit-elle aimablement. On ne peut donc vraiment pas dire que je sois « une fille qui vient d'une toute petite ville ». mon père et moi sommes effectivement allés nous installer à Fenster.A votre avis.Commandez ce qui vous plaît. Tony. . mais mon père s'est remarié quand j'avais treize ans.En fait. mon ami ». Ça vous va? Comme elle lui avait offert de l'inviter à déjeuner.avaient opté pour un pantalon et une chemise sport à col ouvert. il ajouta : . Ça va certainement représenter un énorme changement pour une fille qui vient d'une toute petite ville du Missouri. Nous sommes ici pour fêter mon nouvel emploi et je peux vous offrir tout ce qui figure sur ce menu. comment allez-vous vous habituer à vivre à Détroit? lui demanda-t-il quand Tony. . Une fille venant d'une toute petite ville ? Lauren était déconcertée. qui était apparemment le propriétaire du restaurant. nous avons vécu à Chicago jusqu'à la mort de ma mère. Lauren l'interrogeant du regard. En plus de ma belle-mère. lui dit Nick.Nous prendrons ta spécialité. je me suis retrouvée aussi avec une demi-sœur et un demi-frère respectivement plus âgés que moi de deux et un an. Il est devenu professeur dans le lycée où il avait fait ses études. Ensuite. je vous en prie. dans le Missouri . avant de leur tendre de grands menus reliés de cuir.

tandis que ses lèvres fermes offraient la promesse d'une sensualité virile exacerbée.Sans doute perçut-il une vague note de dégoût dans sa voix au moment où elle mentionnait son demifrère.Elle est superbe. Ses yeux gris clair.J'avais toujours cru que toutes les petites filles étaient ravies à l'idée d'avoir un grand frère. pendant qu'il étudiait la perfection toute classique de ses traits. . je racontais à tout le monde qu'il était homosexuel. et s'attardait sur sa lourde chevelure aux . A quoi ressemble-t-elle ? . avec des reflets argentés. . se détachaient sur l'or chaud de son visage bronzé. ils pétillaient d'humour et d'intelligence. En contrepartie. car il est vite devenu un sacré coureur. Un des sourcils de Nick se haussa en signe d'incrédulité. .en tout cas pas avant l'âge de dix-sept ans. tirait sur mes nattes et me piquait de l'argent dans ma chambre. Il me taquinait sans pitié.A-t-elle essayé de vous chiper vos petits amis ? Le regard de Lauren qui se posait sur lui se teinta gentiment d'humour. Lauren se sentit aussi délicieusement troublée que la veille au soir et elle baissa prudemment son regard.Je n'avais pas beaucoup de petits amis qu'elle aurait pu me chiper . je n'aimais pas beaucoup Lenny à l'époque. Pas vous? Le frais visage de Lauren pétilla d'humour. Il lui suffisait de flâner dans la rue pour que les garçons s'extasient bêtement sur son passage. Nous nous sommes détestés au premier regard. c'était une idée qui me plaisait énormément. Nick eut une expression amusée et Lauren remarqua que des petites rides se creusaient au coin de ses yeux quand il souriait. Malheureusement. qui se posa sur le cou puissant de Nick.Oh. ses yeux qui brillaient comme des turquoises sous leur épaisse frange de cils recourbés. Sous leurs sourcils brun foncé et leurs longs cils épais. car il ajouta : .Et votre demi-sœur ? demanda-t-il. ce que personne n'a jamais cru. .

son visage rond et moustachu rayonnant à la voir ainsi se régaler. elle apprit que sa famille et celle de Tony entretenaient des liens d'amitié depuis trois générations. . A côté de chaque assiette. Tony déposa deux assiettes sur la nappe à carreaux rouges et blancs. puis leur situation matérielle s'était plus ou moins retournée. Lauren goûta et exprima son assentiment. finit-il par lui avouer.Goûtez-y vite. rejetant son compliment avec un sourire. Il a davantage d'argent que vous. baignaient son visage d'un tendre éclat.J'ai beaucoup de mal à le croire.reflets mordorés.Je vous promets que c'est vrai.C'est vrai. Ses souvenirs n'étaient certes pas très douloureux. Ils déjeunèrent agréablement. c'est son grand-père qui m'a prêté la somme nécessaire pour ouvrir ce restaurant. le père de Nick avait travaillé pour celui de Tony. Du peu de renseignements qu'elle parvint à rassembler à partir des réponses laconiques de Nick. A un moment donné. mais elle ne parvenait pas à attribuer grande importance à des éléments aussi peu fiables que la beauté extérieure. Et laissez Nick payer à votre place. juste au-dessus de leurs têtes. . en dehors des questions que posait Lauren sur le restaurant et son propriétaire. dit-il. . affirma Lauren. C'est délicieux. sans échanger beaucoup de paroles. lui confia-t-il avant de s'éloigner d'un air affairé pour aller réprimander un apprenti serveur maladroit. D'ailleurs. Elle se rappelait très clairement la petite fille commune qu'elle avait été. dont chacune contenait un morceau de baguette croustillante coupée en deux dans le sens de la longueur et rempli de tranches très fines de rosbif cuit à point. puisque le grand-père de Nick avait ensuite possédé . . il plaça une petite tasse de jus de viande. leur recommandat-il. Les rayons de soleil qui s'infiltraient par les vitraux de la fenêtre.Bien. .

proclama-t-il. ses yeux sombres et amicaux posés sur Lauren. A sa grande déception. le visage radieux.. Tony en resta bouche bée. . adressez-vous à moi.Des morceaux de fruits et plein de noix. J'ai des canoli pour vous . en lui tapotant . j'y mets. absolument ravi. et pour découvrir qu'elle était sur le point de s'installer à Détroit où elle ne connaissait personne. elle estimait risqué de mentionner ses liens avec Philip en sa présence. il hocha la tête.Vous êtes italienne.ou bien un peu de mon propre spumone. si vous preniez un dessert ? leur proposa Tony. lui annonçat-il fièrement. Mon spumone n'a rien à voir avec celui qu'on trouve dans les magasins. elle écoutait Tony. Tout comme le faisait ma mère. Une glace de plusieurs parfums et de plusieurs couleurs disposés en couches. Trente secondes plus tard.Si vous avez besoin de quelque chose. mais comme Nick connaissait des gens chez Sinco. celui de la famille de sa mère. Bien des années s'étaient écoulées depuis qu'elle vivait à Chicago et depuis sa dernière visite à ses cousins italiens et c'était bien agréable de réentendre l'accent pittoresque qui avait bercé son enfance. C'est du vrai de vrai. Et à moitié irlandaise. Tony s'était arrangé pour apprendre son nom. alors qu'elle avait nourri l'espoir de passer au moins une heure avec Nick.suffisamment d'argent pour pouvoir en prêter à Tony. poursuivit Lauren. Ils n'étaient arrivés que depuis trente-cinq minutes. puis il la dévisagea de près. Lauren. Lauren se sentait un peu coupable de ne pas avoir évoqué Philip Whitworth. l'air très sûr de lui. lui dit Tony. corrigea Lauren. Tony s'approcha de leur table pour débarrasser leurs couverts. Dès qu'ils eurent terminé. .Et maintenant. Le visage rayonnant de bonheur.A moitié seulement. . . Lauren trouva que le service était bien trop rapide dans ce restaurant.. Au bout d'un long moment. Ensuite. .

J'imagine que c'est pour me rappeler que vous êtes jeune. il y aura toujours un bon repas pour vous . Cette réponse sidéra Lauren. et le fait que j'aie vécu dans une petite ville ne signifie absolument rien ! Elle se tut.Puis-je vous poser une question? demanda-t-elle d'une voix douce à Nick. dans le seul but de prolonger le déjeuner.Je suis une femme et non une gamine.Ça me ferait très plaisir d'y goûter. elle le fixa droit dans les yeux. . lui dit-elle. mais. Le regard de la jeune femme s'assombrit. puis au visage plein d'expectative de Tony. Nick lança un clin d'oeil de conspirateur à Tony. Croisant les bras sur la table. .Et je me demande bien ce qui a pu vous faire croire que j'étais naïve. choisissant d'ignorer le fait qu'elle n'avait plus faim du tout.Bien sûr. dès qu'il eut tourné le dos. Ici.C'est tout à fait inconscient.l'épaule comme il l'avait fait à Nick.Lauren n'a pas fini sa croissance. La lueur taquine qui brillait dans les yeux de Nick s'évanouit.Pourquoi parlez-vous de moi comme si j'étais une adolescente naïve ? Les lèvres de Nick se tordirent en une sorte de rictus plein d'ironie. précisa-t-il. . tandis qu'il s'inclinait en arrière sur sa . mon délicieux spumone vous dit-il ? Lauren jeta un coup d'oeil à Nick. tant cette réflexion l'exaspérait et la confondait. et pendant une minute elle suivit le contour d'un carreau rouge de la nappe de l'un de ses ongles manucures. que vous venez d'une petite ville du Missouri et que vous êtes probablement très naïve. .un repas italien. le temps que Tony leur serve le spumone. . Je ne le suis pas. lui dit-il. Une jeune femme qui vit seule dans une grande ville doit avoir des points de chute. . Alors. elle ajouta d'un ton très irrité : . .

En fait. .Dans ce cas. fit Lauren dans un sourire. dissimulant habilement le choc que lui causait la somme inscrite au bas de la note . quels sont vos projets pour le week-end ? Bien que son cœur ait bondi d'allégresse. Le propriétaire s'exécuta et vint déposer celle-ci près de l'assiette de Nick.C'est vrai ? . S'apercevant de son désarroi. mais Lauren la recouvrit agilement d'une main et la tira vers elle. dans leur maison près de Harbor Springs. ma valise se trouve déjà dans le coffre de ma voiture. J'ai des amis qui en donnent une ce week-end. Elle disposait de plus de deux semaines avant de commencer son nouveau travail. le voyage ne prenait qu'une journée dans chaque sens.Dans ce cas.C'est moi qui vous invite. .Etes-vous certain que vos amis ne verront pas d'inconvénient à ce que je vienne avec vous ? .exorbitante. Pendant qu'elle cherchait son portefeuille. c'est vrai. J'étais sur le point de m'y rendre tout à l'heure quand nous nous sommes rencontrés. Lauren avait prévu de partir directement pour rentrer dans l'après-midi. . Nick jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule et fit signe à Tony de leur apporter l'addition. Le temps ne représentait donc pas un obstacle. poursuivit-il d'une voix traînante.Oui. Impuissante. . et elle souhaitait désespérément partir avec Nick. elle vit Tony les ramasser. et elle n'avait besoin que d'une petite semaine pour préparer son déménagement. Nick déposa plusieurs billets sur la table. Ils s'attendent à ce que j'arrive accompagné. Lauren se força à demander avec circonspection : . déclara-t-elle. ça me plairait beaucoup de venir. D'un autre côté. Tony lui caressa le menton comme si elle était encore une petite fille de . Nous serions de retour dimanche. .A une réception.chaise et la dévisageait avec incrédulité. vu ce qu'ils avaient consommé.A quoi pensez-vous ? .Absolument certain. C'est à cinq heures de route d'ici.

Que Lauren veille sur elle-même.Joe est marié. l'air plein d'assurance. tu surveilleras tes frères ! Comme Lauren éclatait de rire. Je vais demander à Ricco d'inscrire votre nom sur celle-ci. tout en . . Dans un ensemble parfait. les observant d'un air amusé. il ajouta à son attention : . J'aurai toujours une table de libre pour vous et un bon repas qui vous attendra. Il leva un bras d'un geste impérieux pour attirer l'attention de trois jeunes serveurs à la beauté ténébreuse qui s'approchèrent de la table de Lauren. sur qui devrai-je veiller? s'enquit-elle d'un ton taquin. . le taquina la jeune femme. quatre visages italiens basanés se tournèrent vers Nick qui se prélassait sur sa chaise.Une gentille Italienne comme vous a besoin d'une famille pour la protéger et la guider dans une grande ville comme Détroit. Nous habitons l'appartement juste au-dessus du restaurant.Etant donné vos prix.Et moi. .Je vous présente mes fils. Dominic. je suis surprise que la moitié de vos tables ne soient pas libres. se hâta d'intervenir Lauren. . Quant à toi. Refoulant non sans mal sa gaieté.huit ans. Lauren.Vous reviendrez souvent nous voir. vous veillerez sur elle. il est même impossible d'en réserver une. En fait. leur ordonna-t-il. ce n'est pas la peine. à moins d'être inscrit sur ma liste. Joe. . Ricco. Lauren examina les trois « gardes » que Tony venait de lui désigner. ce sera déjà très bien. afflrma-t-il sans se troubler. . Ricco. Ricco. lui annonça-t-il avec fierté. Dominic et Joe. tu inscriras le nom de Lauren sur la liste.Non. Tony feignit de ne pas l'avoir entendue. . quand Lauren viendra.Je n'ai jamais une seule table de libre. une lueur de reconnaissance heureuse dans les yeux. Tony se pencha vers elle. . Venez nous rendre visite le plus souvent possible.

Le petit réseau de mensonges qu'elle avait tissé commençait déjà à s'élargir et à s'emmêler. se hâta de le rassurer Lauren. Comme Nick connaissait des personnes chez Sinco et qu'elle avait délibérément omis de mentionner son diplôme d'études supérieures sur le formulaire de demande d'emploi. Lauren tourna le visage vers le pare-brise. « Ericka ». mit le contact et fronça les sourcils à la vue du témoin de la batterie qui s'allumait en rouge sur le tableau de bord. Sa voix de baryton était plus basse qu'à l'accouti'-mée.Je ne crois pas que ma batterie ait un problème. . Il parlait au téléphone dans l'entrée. Je me suis arrêtée sur la route à l'aller pour demander à un mécanicien de la vérifier.Parlez-moi un peu plus de votre famille et de vous-même. C'est sans doute le témoin lui-même qui fonctionne de travers. Quoique peut-être pas. Lorsqu'elle en ressortit.. lui demanda-t-il dès qu'ils sortirent du parking. . elle le reconnut à ses épaules larges et à son dos fuselé. mais un mot. Il était en train d'annuler un rendez-vous ! Nick se glissa dans la petite Pontiac Trans Am sport de la jeune femme. Il n'a découvert aucune anomalie. Nick réfléchit un instant.Excellente idée. Sans doute s'était-il organisé depuis longtemps pour emmener quelqu'un d'autre chez eux. Comme cela. Lauren ne put s'empêcher de penser que le moment était bizarrement choisi pour appeler une autre femme. Il lui avait dit que leurs hôtes s'attendaient à ce qu'il vienne avec une amie. faisant de son mieux pour ne pas montrer la tension qui l'habitait. vous ne serez pas seule si elle tombe vraiment en panne. Comme il avait un coup de téléphone à donner. elle hésitait à lui avouer qu'elle sortait d'une . au bout du couloir. lui parvint avec une clarté absolue. après tout.repoussant son siège pour se lever. . .. Lauren profita de son absence pour aller se rafraîchir dans les toilettes.Pourquoi ne pas la prendre pour aller dans le Nord et voir comment elle marche ? dit-il finalement. Ma voiture n'a que six mois. s'empressa-t-elle d'acquiescer.

Ma belle-mère est une femme très douce. lui répondit-elle laconiquement. Et elle avait affirmé devant lui à Tony qu'elle ne possédait ni amis. avant que l'environnement d'usines et d'ensembles immobiliers ne cède la place à de petites .Comment votre père. Il est marié et il commence à fonder sa propre famille. C'est un homme brillant et plein de sagesse. Elle qui était foncièrement honnête lui avait également un peu menti au sujet de son âge. .Vous ai-je posé une question difficile ? plaisanta Nick.Il l'a fait.Et votre père et votre belle-mère ? . Les changements de voie étaient complexes et il lui fallait négocier le grand virage les amenant en bas de la bretelle d'accès à l'autoroute. Elle s'est mariée en avril dernier. Ma demi-sœur. fort soulagée quand Nick fut obligé de détourner son attention pour la fixer sur la conduite du véhicule.Mon père est enseignant. entièrement bâti en verre. Il travaille chez le concessionnaire Pontiac où j'ai acheté ma voiture. . qui ne lui titillât les sens. s'il est enseignant.école supérieure de musique. Mon demi-frère. . puisqu'elle n'aurait vraiment vingt-trois ans que dans trois semaines. . La voie express traversait la ville. comme une invite à se rapprocher de lui. Tout en admirant au passage le magnifique Centre Renaissance. a vingt-cinq ans. a aujourd'hui vingt-quatre ans. Lenny. Son mari est mécanicien. laissant apparaître quelques poils noirs et frisés. Il ne lui restait donc plus maintenant qu'à soigneusement « oublier » les cinq années de sa vie qui venaient de s'écouler.Je n'ai pas grand-chose à vous raconter. Melissa. Il n'était pas jusqu'au parfum de son eau de toi-lette. Son sourire produisait un effet bizarre sur les pulsations cardiaques de Lauren. qui lui est entièrement dévouée. ni famille à Détroit. un peu épicé. elle poussa un soupir. ne vous a-t-il pas poussée à entrer à l'université. qu'elle avait envie d'effleurer. Le col de sa chemise était largement entrouvert. au lieu de vous laisser devenir secrétaire ? Ça me sidère ! .

maisons de banlieue, puis à un immense centre commercial et à des faubourgs beaucoup plus opulents. - Et vos vêtements de rechange ? lui demanda-telle tout à coup. N'aurez-vous pas besoin de prendre une valise ? - Non. Je garde toujours quelques affaires dans une autre maison de Harbor Springs. La brise qui pénétrait par la vitre ouverte jouait doucement dans l'épaisse chevelure brune de Nick. Bien que coupés impeccablement, ses cheveux étaient juste assez longs sur la nuque pour venir effleurer le col de sa chemise - juste assez longs, songea Lauren, pour que des doigts de femme s'y glissent. Ses doigts. Arrachant son regard du profil de médaille de Nick, elle fit descendre ses lunettes de soleil sur son nez et tourna la tête pour regarder le paysage qui défilait sur le côté de l'autoroute, sans prendre nettement conscience du moment où les faubourgs interminables laissèrent la place à de longues étendues de campagne. Nick dégageait une incroyable impression de force et de sensualité. A la seule présence de sa cuisse longue et dure, à quelques centimètres seulement de la sienne, Lauren se sentait défaillir. Tout, dans l'apparence de Nick et dans la façon dont il la regardait, l'avertissait que cet homme pouvait représenter un grave danger pour sa paix intérieure. Un danger? En acceptant de passer un week-end avec lui, elle avait agi complètement à l'encontre de son caractère. Et cette attitude inhabituelle était aussi inexplicable que l'attirance profonde qu'elle éprouvait à son égard. Elle reconnaissait qu'il s'agissait d'un geste téméraire et imprudent. Mais un danger ? Et si Nick était un tueur fou qui avait l'intention de l'assassiner, de mutiler son corps et de l'enterrer dans les bois ? Dans ce cas, personne ne saurait jamais ce qui lui était arrivé - à l'exception de Tony et de ses fils. Mais Nick pourrait toujours leur raconter qu'elle était retournée dans le Missouri. Ils le croiraient sur parole. En douce, Lauren jeta un regard plein d'appréhension vers son profil de médaille et l'ombre d'un sourire se dessina sur ses traits qui se détendaient. Jusque-là, l'idée instinctive qu'elle se faisait des gens ne l'avait

jamais trompée et son instinct lui disait qu'elle ne courait aucun danger physique. Les trois heures qui suivirent se passèrent dans un flou délicieux. La voiture avalait les kilomètres, projetant vers eux une brise apaisante qui venait caresser leurs visages et jouer dans leurs cheveux et ils conversèrent amicalement de tout et de rien. Lauren remarqua que Nick restait extrêmement évasif quand il s'agissait de parler de lui-même, alors qu'il se montrait au contraire insatiable dès qu'il était question de sonder son histoire à elle. En tout et pour tout, elle parvint à apprendre de lui que son père était décédé lorsqu'il avait quatre ans, et que ses grandsparents, qui l'avaient élevé, étaient morts quelques années plus tôt. A Grayling, une ville située selon lui à une heure et demie de route de Harbor Springs, Nick fit une halte devant une petite épicerie. Il ressortit du magasin avec deux canettes de Coca-Cola et un paquet de cigarettes. Quelques kilomètres plus loin, il se gara sur une aire de pique-nique qui offrait des tables sur le bord de la route, et tous deux sortirent de la voiture. - Quel temps splendide ! Lauren leva la tête pour contempler avec délices les nuages blancs dentelés qui dérivaient dans le ciel d'un bleu lumineux. Puis elle jeta un coup d'œil à Nick et s'aperçut qu'il l'observait avec indulgence. - Chez moi, j'ai l'impression que le ciel n'est jamais d'un bleu comme celui-ci et il fait beaucoup plus chaud, précisa-t-elle, sans tenir compte de l'atti tude blasée qu'il affectait. Sans doute est-ce parce que le Missouri est beaucoup plus au sud. Nick ouvrit les deux canettes de Coca-Cola et lui en tendit une. Tandis qu'il appuyait la hanche d'un geste naturel contre la table derrière lui, Lauren essaya de reprendre la conversation là où elle avait été interrompue quelques minutes plus tôt. - Vous m'avez dit que votre père était mort quand vous aviez quatre ans et que vos grands-parents vous avaient élevé. Qu'est-il arrivé à votre mère ? - Rien du tout, répliqua-t-il.

Après avoir placé une cigarette entre ses lèvres, il craqua une allumette, joignant les mains autour de la flamme pour la protéger de la brise. Fascinée, Lauren contempla la masse brillante de ses cheveux pendant qu'il baissait la tête vers l'allumette, puis elle plongea son regard bleu dans le sien. - Nick, pourquoi êtes-vous si peu loquace à votre propre sujet ? La fumée odorante qui s'élevait en spirale de la cigarette lui fit plisser les yeux. - Peu loquace ? Ça fait des dizaines de kilomètres que je vous soûle de paroles ! - Mais vous ne dites rien de personnel. Qu'est-il arrivé à votre mère ? Il rit. - Vous a-t-on jamais dit que vos yeux sont d'une beauté inouïe ? - Si, et vous êtes en train de biaiser ! - Et que vous parlez aussi extrêmement bien ? poursuivit-il, ignorant son commentaire. - Ce qui n'a rien d'étonnant, étant donné que mon père est professeur d'anglais, comme vous le savez déjà. Lauren poussa un soupir, exaspérée par la façon délibérée dont il venait de prendre la tangente. Nick leva brièvement les yeux vers le ciel, puis laissa son regard dériver sur les arbres et l'autoroute déserte, avant de le reposer sur Lauren. - Après trois heures en votre compagnie, je me rends compte à quel point j'étais stressé. Je commence enfin à me détendre. J'avais vraiment besoin de faire une coupure comme celle-ci. - Vous avez travaillé dur ? - Environ soixante-dix heures par semaine depuis deux mois. Comme les yeux expressifs de Lauren se remplissaient de sympathie, Nick lui adressa un sourire - un de ces sourires chaleureux et engageants qui faisaient battre son cœur plus vite. - Savez-vous que votre présence est extrêmement apaisante ? lui demanda-t-il d'une voix douce.

S'entendre qualifier d'apaisante, alors qu'elle le trouvait électrisant, ne plut pas particulièrement à Lauren. - Merci. J'essaierai de ne pas vous endormir avant que nous arrivions à Harbor Springs. - Vous pourrez m'aider à m'endormir une fois que nous serons là-bas, souffla-t-il d'un ton plein de sousentendus. Le cœur de Lauren se mit à cogner contre sa poitrine. - Je voulais dire que j'espérais ne pas vous en nuyer. - Croyez-moi, vous ne m'avez pas du tout ennuyé. Sa voix, lourde de sensualité, baissa d'un ton : - En fait, il y a quelque chose que j'ai envie de faire depuis hier soir, depuis le moment où je me suis retourné, un verre de soda à la main, et où je vous ai découverte à l'autre bout de la pièce, en train de vous efforcer de ne pas éclater de rire devant le choc que j'éprouvais. Bien qu'elle fût dans un état de nervosité extrême, Lauren comprit qu'il avait l'intention de l'embrasser. Il prit le Coca qu'elle tenait entre ses doigts tremblants et le posa calmement sur la table de pique-nique à côté de lui. Puis il tendit les bras et l'attira contre lui. A son contact, une onde de choc la parcourut tout entière. Les mains de Nick remontèrent doucement le long de ses bras pour venir emprisonner ses épaules. Incapable de résister, brûlante d'attente, elle regarda les lèvres fermes et sensuelles qui s'abaissaient lentement vers les siennes. La bouche de Nick recouvrit la sienne en un baiser tendre et langoureux, mais dont l'insistance lui coupa le souffle. Lauren essaya désespérément de s'accrocher au peu de raison qui lui restait, mais dès que la langue de Nick glissa sur ses lèvres, elle dut s'avouer vaincue. Dans un gémissement étouffé, elle s'abandonna contre lui et entrouvrit les lèvres. Il resserra son étreinte pour la retenir captive contre son torse, et leurs langues se mêlèrent dans un baiser passionné. Quelque chose explosa à l'intérieur de Lauren. Son corps se cambra contre celui de Nick et elle leva les mains d'un geste impulsif pour lui caresser le cou et

glisser ses doigts dans les cheveux qui recouvraient sa nuque. Lorsque Nick finit par relever la tête, Lauren eut l'impression d'avoir été marquée par ce baiser, comme s'il avait apposé son sceau sur elle pour l'éternité. Toute tremblante d'émoi, elle appuya le front contre son épaule. Les lèvres chaudes de Nick glissèrent de sa joue à sa tempe, puis ses dents vinrent lui mordiller le lobe de l'oreille. Dans un petit rire rauque, il murmura : - Je vous dois des excuses, Lauren. S'inclinant en arrière dans ses bras, elle leva les yeux vers lui. Sous leurs lourdes paupières, les prunelles gris cendré dans lesquelles couvait le désir lui rendirent son regard. Il souriait, mais d'un sourire ironique où perçait l'étonnement. - Des excuses ? Pourquoi ? La main de Nick lui caressait langoureusement le dos. - Eh bien, vous aviez beau m'affirmer que vous n'étiez pas naïve, je m'inquiétais pour ce week-end. Il y a encore quelques minutes, je craignais qu'il ne soit difficile à affronter pour vous - et qu'il n'aille au-delà de ce que vous attendiez. Encore éblouie par leur baiser, Lauren lui demanda d'une voix douce : - Et maintenant, qu'en pensez-vous ? - A mon avis, murmura-t-il, ce week-end risque de dépasser toutes mes espérances. Il plongea le regard dans ses yeux bleus brillants, et, du coup, ses propres yeux s'assombrirent. - Et je pense que si vous continuez à me regarder comme cela, nous risquons d'arriver au moins deux heures en retard à Harbor Springs. D'un mouvement plein d'éloquence, il lui désigna un motel qui se trouvait de l'autre côté de l'autoroute, mais avant même que Lauren ait eu le temps de songer à paniquer, il leva les mains pour lui remettre ses lunettes sur le bout du nez. - Ces beaux yeux finiront par me vaincre, dit-il sur

Mais il était clair qu'elle ne serait pas une conquête si facile.un ton faussement sévère. vous prendriez vos jambes à votre cou. il la prit par le bras pour la raccompagner jusqu'à la voiture. Jamais auparavant elle n'avait autant désiré qu'un homme lui fasse l'amour. . le jeune femme se tourna vers lui et hocha lentement la tête. Jamais un homme ne l'avait autant attirée ni un baiser eu un tel effet sur elle. comme si elle venait d'être balayée par un cyclone. Tout le monde disait d'elle qu'elle était extrêmement intelligente et sensible. A moins qu'elle ne se trompe ? Elle tourna la tête en direction de la vitre et un sourire un peu triste s'esquissa sur ses lèvres. Le moteur de la voiture démarra en vrombissant et elle s'obligea à se détendre et à réfléchir calmement. . Deux problèmes se posaient à elle dans l'immédiat : le premier était qu'à l'évidence.. et pourtant elle se trouvait là en train de dresser des plans pour faire en sorte que Nick tombe amoureux d'elle..Lauren. A quoi pensez-vous ? L’esprit rempli de pensées sur leur avenir commun. posées sur le volant. Il était si séduisant. mais là surgissait le second problème : elle n'était pas du tout persuadée d'avoir envie de dire non. si ouvertement viril. je commence à me sentir un peu seul de ce coté de la voiture. . Nick avait l'intention de coucher avec elle pendant le week-end. Dans son esprit. sans jamais attendre de sa part le moindre engagement sentimental. Elle étudia les mains solides et adroites de Nick. car elle savait qu’elle était déjà éprise de lui . qu'il suffisait sans doute aux femmes de lui jeter un seul regard pour être prêtes à lui céder. l'affaire était déjà conclue. puis s'attarda sur son beau profil aux traits rudes. Sur ce.Si je vous le disais. Il lui était bien entendu possible de dire non le moment venu. Lauren s'effondra sur son siège.

Certains se prélassaient dans des chaises longues autour d'une gigantesque piscine aux lignes harmo- . . lui lança Nick au moment de quitter la grand-route pour prendre une route de campagne bien entretenue. une centaine au moins. Un peu plus loin. néanmoins. Des étendues de pelouses d'un vert luxuriant. parsemées de tables abritées par des parasols aux couleurs vives. avec en toile de fond un promontoire escarpé. se dressait une immense maison de trois étages futuriste en verre et en stuc.5 Emerveillée. serpentant parmi des bosquets de pins qui s'élançaient vers le ciel. dont les branches croulaient sous des grappes magnifiques de fruits orange vif A la vue du paysage bien policé qu'ils traversaient Lauren comprit que ce qu'elle allait découvrir n'était pas le simple cottage sur le lac qu'elle avait imaginé lorsque Nick lui avait proposé de passer le week-end en sa compagnie. Rien. il vira sur la gauche dans une allée non signalisée au revêtement noir bien lisse. Durant plus d'un kilomètre. Des serveurs en veste bleu clair passaient avec des plateaux parmi les invités.Plus que quelques minutes et nous arrivons. ne la préparait au spectacle qui les accueillit quand ils émergèrent des ombres pommelées des sous-bois dans l'incandescente lumière dorée du soleil couchant et vinrent s'arrêter derrière la longue file de voitures luxueuses déià garées. bordé des deux côtés par des sorbiers majestueux. descendaient en pente douce vers une plage de sable. ils suivirent ce chemin privé tortueux. Lauren admirait le panorama offert par le lac Michigan. Quelques instants plus tard. dont les vagues d'un bleu étincelant gonflaient et se couronnaient d'écume blanche avant de venir cascader paresseusement sur le rivage sableux.

il avait plutôt l'air irrité. la transformant en une masse grise en furie. Il la prit par le coude. avec un peu de chance.Je suis navré. Parvenue au bord de la pelouse. elle parvint à prendre un air faussement détaché et à lui adresser un sourire désinvolte. elle reconnut d'autres visages familiers -des visages qu'elle voyait régulièrement dans des articles que les magazines consacraient à la jet-set internationale et aux riches de ce monde. d'autres formaient sur les pelouses de petits groupes animés d'où jaillissaient des éclats de rire ou se promenaient le long de la plage. et Lauren ne put qu'avancer à ses côtés. L'exaspération que la jeune femme lisait sur son visage pointa aussi dans sa voix lorsqu'il s'adressa à elle : . ils se balançaient languissamment sur les eaux que les vagues faisaient onduler. Nick sortit de la voiture et en fit le tour pour venir lui ouvrir la portière. ni l'intimider. elle fit une halte pour embrasser du regard les gens auxquels elle allait se mêler. personne ne s'apercevra de notre présence. ne devaient pas les intimider le moins du monde. . les laissait parfaitement sereins et que les tempêtes qui fouettaient parfois rageusement sa surface de quinze mille kilomètres carrés. Ça va être la cohue. . En contre-jour sur le ciel rose doré. ils se dirigèrent vers la foule des invités. qui était en train de scruter lentement la foule. qui pouvait aller par endroits jusqu'à trois cents mètres. Lauren. Lauren se dit que la profondeur du lac. Si j'avais su ce que Tracy entendait par « petite réunion ». Longeant la file tortueuse de voitures de sport étrangères et de limousines. Pour tout dire.Qui sait.Ne comptez pas là-dessus. Cette étincelante assemblée de gens beaux et fortunés ne semblait ni l'impressionner.nieuses. Bien que se sentant plutôt mal à l'aise en compagnie de tous ces gens aisés. se détachaient les silhouettes de yachts au mouillage. je ne vous aurais pas emmenée ici. D'un blanc étincelant. Elle jeta un coup d'oeil à Nick. la prévint-il d'un ton . Outre quelques vedettes de cinéma célèbres.

le lâchant enfin pour reculer d'un pas afin de scruter Lauren avec une curiosité non dissimulée. les serveurs et nous tous avons pris des messages en provenance de ton bureau. et que ses mains couvertes de bagues remontaient déjà le long de ses bras. car le téléphone a sonné de façon ininterrompue pour toi. ils s'arrêtèrent à un bar qui avait été installé à l'usage des invités. Mais qui est-ce ? ajoutâtelle gaiement. .pince-sans-rire. Mais je savais que tu viendrais. Tout l'après-midi.Tout le monde était en train de se demander si tu allais nous décevoir en ne venant pas. Lauren remarqua que la rousse gardait les mains posées sur les bras de Nick. tandis qu'elle s'apprêtait à l'embrasser. l'attirant vers lui pour lui rendre son baiser. Lauren s'obligea à se détourner pour étudier leur environnement. D'un pas nonchalant. mon chéri ! roucoula-t-elle. sans plus tenir compte de Lauren que si celle-ci n'était pas là. tout en lui souriant chaleureusement. une superbe rousse se tourna vers eux et aperçut Nick. le regard plongé dans ses yeux gris.Appelez-moi Bebe comme tout le monde. Bien qu'il l'eût relâchée. la femme abandonna ses amis pour se diriger d'un pas vif vers Nick et Lauren. Nick reposa la bouteille de liqueur et l'enlaça aimablement à son tour. Nick passa derrière celui-ci. Elle portait un large pantalon en soie légèrement serré aux chevilles. dit-elle. je vous présente Barbara Leonardos. qui était bordée par des sous-bois touffus. . Ses traits parfaits éclairés d'un sourire.Lauren. . . En chemin. . Au moment où ses yeux glissaient vers un petit groupe en pleine conversation à quelques mètres d'eux. La femme reporta son attention sur Nick et continua de le questionner. Plutôt que de le boire des yeux comme une malheureuse énamourée pendant qu'il préparait leurs cocktails. ils firent le tour de la pelouse.Nick. commença Nick.

Nous tenions absolument à te voir. et désigna de la tête un couple qui se dirigeait d'un pas rapide vers eux. .Dans ce cas..Nick ! Avec un rire ravi. S'armant de courage pour affronter l'inévitable tour de présentations. un homme plutôt corpulent. Lorsqu'elle s'éloigna.. une héritière du pétrole américaine mariée à un industriel grec à la fortune colossale. Nick entama une explication : . Il prit Lauren par le bras afin de l'inclure dans ce . lui répondit Nick avec un sourire affectueux. lui annonça doucement Lauren qui essayait de ne pas paraître intimidée.Non. admit Lauren. Puis elle recula d'un pas. ..Je croyais que tu venais avec Ericka ? . qui ne devait pas avoir loin de la soixantaine.Certains d'entre nous travaillent encore pour gagner leur vie. . Mais que trafiquais-tu donc ? .Je sais déjà qui elle est. .Ça fait des mois qu'on ne t'a pas vu ! le gronda-telle. Nick lui tendit le cocktail qu'il venait de préparer pour elle. . bras dessous. Et moi je croyais que tu étais à Rome avec Alex ? .Bebe est. Je n'ai aucune idée de qui il peut s'agir. Barbara Leonardos était la coqueluche des magazines de mode et des échotiers. . quelques instants plus tard.Vraiment ? ironisa-t-il d'un ton léger. je vais vous présenter. Il se trouve que ce sont nos hôtes et de très bons amis à moi. la femme se jeta dans les bras de Nick sans tenir compte le moins du monde du verre qu'il tenait à la main et l'embrassa avec le même étalage de familiarité intime et d'enthousiasme que venait de déployer Bebe.J'ai vu sa photo des dizaines de fois dans les journaux de mode et autres magazines. bras dessus.Reconnaissez-vous l'un d'eux ? . prit le sien. Lauren étudia la jolie brune d'une trentaine d'années et son cavalier.

Je te jure que je ne m'attendais pas du tout à ce que la presque totalité des personnes que nous avions invitées vienne vraiment. déclara Tracy.Ravie de faire votre connaissance. j'aimerais vous présenter à nos hôtes. Quant à moi.C'est exactement pour ça que je reste dans ce coin. . où des hors-bord les attendaient pour les ramener sur leurs yachts. sans prêter attention au fait que la jeune femme lui étreignait fébrilement l'avant-bras.Lauren.La maison déborde de partout. Lauren. dit aimablement . à la maison ? Lauren chancela. Des serveurs avaient commencé à dresser les tables sous un vaste dais à rayures et on allumait des torchères tout autour de la piscine. J'en profiterai pour me changer là-bas. Personne ne va s'apercevoir que vous êtes ici. lui avoua-t-il carrément. .Lauren se changera ici. elle n'avait absolument rien à se mettre de tant soit peu convenable ! . Pourquoi vous tenez-vous tellement à l'écart. . . Qu'avez-vous prévu ? Avezvous l'intention d'aller vous changer à La Crique ou de le faire ici. Tracy prit un air faussement coupable. Lauren fit comme elle et s'aperçut que la plupart des invités avaient commencé à regagner la maison d'un pas lent ou qu'ils se dirigeaient vers le ponton. Elle jeta un regard vers le ciel qui tournait au mauve. tous les deux ? ajouta-t-elle à l'attention de Nick. dit Tracy.cercle amical. Tracy et George Middleton. puis par-dessus son épaule. Des musiciens étaient en train d'apporter leurs instruments sur une grande estrade qui avait été érigée pour la circonstance à l'extrémité la plus éloignée de la piscine. . . répondit Nick. je vais aller à La Crique répondre aux coups de fil qui ne peuvent pas attendre.Je sais que je t'avais promis que ce serait une réunion intime. S'habiller pour le dîner ? S'ils devaient se mettre en tenue de soirée pour le repas.Tout le monde a déjà commencé à s'habiller pour le dîner. Tu ne peux pas imaginer les problèmes que ça nous a posés dans la maison.

Tracy à Lauren. Vous et moi pouvons utiliser notre chambre. George trouvera un autre endroit pour se changer. Si nous y allions ? leur proposa-t-elle, déjà prête à s'éloigner. A la vue de la tête que faisait Lauren, Nick lui jeta un coup d'ceil où luisait une étincelle de compréhension pleine d'ironie. - J'ai l'impression que Lauren veut me parler de quelque chose. Partez devant. Nous vous rejoindrons. Dès que le couple se fut éloigné hors de portée d'oreilles, Lauren lui dit d'une voix désespérée : - Nick, je n'ai rien de convenable à me mettre. Et vous non plus, j'imagine ? - J'ai des vêtements à La Crique, et je trouverai aussi une robe pour vous là-bas, la rassura-t-il. Je la ferai porter ici, et vous la trouverez dans la chambre de Tracy quand vous serez prête à vous changer. A l'intérieur de la maison régnaient une joyeuse cacophonie et une activité de ruche. Des rires et des bruits de conversation sortaient de vingt pièces différentes réparties sur trois étages, tandis que des domestiques, du linge tout frais blanchi drapé sur leurs bras et des plateaux de boissons dans les mains, se hâtaient dans toutes les directions. Nick arrêta l'un d'eux au passage pour lui demander ses messages téléphoniques. Un instant plus tard, il les tenait à la main. Il se tourna vers Lauren. - Je vous retrouverai près de la piscine dans environ une heure. Vous en sortirez-vous sans moi pendant si longtemps ? - Tout ira bien, le rassura la jeune femme, prenez votre temps. - C'est sûr ? A la vue de ces yeux gris fascinants qui sondaient les siens, Lauren n'était même plus sûre de son propre nom ; elle acquiesça néanmoins de la tête. Quand il se fut éloigné, elle se détourna et découvrit Bebe Leonardos qui la dévisageait avec une curiosité non dissimulée. Se hâtant d'effacer l'expression rêveuse de son visage, Lauren lui demanda : - Y a-t-il un téléphone que je puisse utiliser ?

J'aimerais appeler chez moi. - Bien sûr. Où habitez-vous ? - A Fenster, dans le Missouri, répondit Lauren qui se dirigeait sur les pas de Bebe vers un bureau luxueux situé à l'arrière de la maison. - Fenster ? renifla l'héritière, comme si une odeur offensante était associée au nom de la ville. Puis elle sortit du bureau en refermant la porte derrière elle. Le coup de fil longue distance que Lauren donna en P.C.V. à son père ne dura pas longtemps, car tous deux étaient très conscients du montant élevé de la communication. Mais à l'annonce de son nouvel emploi et de son salaire, le père de la jeune femme éclata d'un rire de fierté et d'étonnement, et il fut soulagé d'apprendre que Philip Whitworth lui avait proposé d'habiter l'appartement de sa tante, sans payer de loyer. Ne voulant nullement inquiéter son père, Lauren ne lui parla pas du marché qu'elle avait conclu avec Philip. La seule chose qui lui importait était de lui apprendre que le fardeau de ses soucis financiers allait être allégé. Après avoir raccroché, Lauren traversa le bureau et, ayant entrouvert la porte, s'immobilisa en entendant une voix de femme qui saluait gaiement quelqu'un à l'autre bout du couloir. - Bebe, ma chérie, tu as l'air en pleine forme. Ça fait des siècles qu'on ne s'est pas vues ! Sais-tu que Nick Sinclair est attendu ici pour le week-end ? - Il est arrivé, répondit Bebe. Je lui ai déjà parlé. Le rire de l'autre femme fusa. - Grâce à Dieu, quel soulagement ! Carlton m'a obligée à quitter une plage divine des Bermudes pour me traîner ici, parce qu'il voulait parler affaires avec Nick. - Carlton devra attendre son tour, répliqua Bebe d'un ton neutre. C'est aussi à cause de Nick qu'Alex et moi avons fait le déplacement. Alex veut lui parler du lancement d'une chaîne d'hôtels internationale. Il a essayé de le joindre de Rome pendant deux semaines, mais Nick ne l'a jamais rappelé, malgré ses multiples messages. Nous avons donc pris l'avion hier.

- Je n'ai pas aperçu Ericka dans le coin, dit l'autre femme. - Normal. Nick n'est pas venu avec elle. Mais attends de voir ce qu'il a amené à la place ! Devinant le rire plein de dérision qui perçait sous la voix affectée de Bebe, Lauren se raidit, avant même que l'héritière ajoute : - Tu ne vas pas le croire ! Elle a à peine dix-huit ans et sort tout droit d'une ferme du Missouri. Avant de l'abandonner une heure, Nick a été obligé de lui demander si elle s'en sortirait toute seule... Les voix s'estompèrent au fur et à mesure que les deux femmes s'éloignaient. Etonnée et irritée par l'attaque verbale de Bebe, Lauren ouvrit néanmoins la porte calmement et sortit dans le couloir. Une heure plus tard, installée à la table de toilette de Tracy, la jeune femme brossa ses cheveux épais, jusqu'à ce que les mèches brillantes encadrent son visage et cascadent en vagues éclatantes sur ses épaules. Puis elle appliqua à la hâte une pointe de fard à joues sur ses pommettes hautes, mit du brillant à lèvres de la même teinte et rangea ses produits de maquillage dans son sac. Nick l'attendait déjà sûrement près de la piscine. A cette pensée, ses yeux turquoise s'embrasèrent d'une lueur de pur bonheur, tandis qu'elle se penchait vers le miroir pour mettre avec précaution les précieuses boucles d'oreilles en or qui avaient appartenu à sa mère. Une fois prête, elle recula pour étudier l'effet de la longue robe sophistiquée en jersey de soie couleur crème que lui avait fait porter Nick pendant qu'elle prenait un bain. Le doux tissu soulignait sa poitrine haute et pleine. De longues manches étroites descendaient jusqu'à ses poignets et se terminaient en pointe sur le dos de ses mains. La ceinture dorée qui lui serrait la taille faisait légèrement blouser le tissu, de telle sorte que toutes ses courbes féminines étaient mises en valeur, depuis l'encolure ras du cou jusqu'au

bas évasé sous lequel pointaient les délicates sandales dorées que lui avait prêtées Tracy. - Parfait! s'écria joyeusement celle-ci. Tournezvous que je voie de dos. Lauren s'exécuta de bon gré. - Comment une chose qui a l'air si sage de face peut-elle être si provocante de dos ? lui demanda son hôtesse, qui admirait la façon dont le dos svelte de Lauren, hâlé par le soleil d'été, était dénudé presque jusqu'à la taille. Eh bien, si nous descendions ? Tandis qu'elles avançaient toutes les deux le long du balcon, Lauren pouvait entendre les bruits des festivités, qui montaient de la piscine. Des dizaines de voix de femmes pleines de gaieté se mêlaient au son plus bas des voix masculines, avant de ne plus former qu'une masse sonore confuse avec la musique rythmée de l'orchestre. Cinq secondes après qu'elles eurent débouché sur le patio, Tracy fut entourée et emportée par un groupe d'amis, et Lauren se retrouva seule. Elle tendit le cou pour essayer d'apercevoir Nick au milieu de la foule. A peine avait-elle fait deux pas qu'elle l'aperçut au centre d'un groupe important d'invités, à l'extrémité de la piscine. Sans lâcher sa haute silhouette des yeux, Lauren se fraya avec précaution un chemin en contournant les obstacles formés par les invités, les serveurs, les torchères, les tables avec leurs parasols et la piscine. Se rapprochant, elle constata que Nick semblait engagé dans une conversation animée. La tête légèrement penchée vers les gens qui l'entouraient, il paraissait leur prêter une attention intense. Pourtant, à intervalles réguliers, il laissait son regard glisser sur la foule, comme s'il cherchait quelqu'un. Lauren comprit que c'était elle qu'il cherchait, et elle s'embrasa de l'intérieur. Comme s'il sentait sa présence, il releva brusquement la tête et ses yeux rencontrèrent les siens par-delà les grappes d'êtres humains. Avec un côté abrupt qui n'était pas loin du manque de courtoisie, il fit un signe de tête à ses interlocuteurs et les quitta d'un pas nonchalant, sans

même leur adresser une parole. Lorsque le dernier groupe de personnes présentes sur le patio s'écarta pour le laisser passer, Lauren le vit apparaître dans toute sa splendeur, au point que le souffle lui manqua. Le smoking noir corbeau épousait parfaitement sa haute et magnifique silhouette, comme s'il avait été fabriqué sur mesure par le meilleur tailleur. L'éblouissante blancheur de sa chemise à jabot formait un superbe contraste avec son visage bronzé et son nœud papillon noir, et il portait ce costume habillé avec l'assurance tranquille d'un homme parfaitement habitué à ce genre de vêtement. Lauren se sentait bêtement fière de lui et elle ne tenta pas de le lui cacher lorsqu'ils se rejoignirent. - Vous a-t-on jamais dit à quel point vous êtes beau ? lui demanda-t-elle d'une voix douce. Un sourire de petit garçon éclaira lentement les traits de Nick. - Que penseriez-vous si je vous répondais non ? Lauren eut un petit rire. - Je penserais que vous essayez de faire votre modeste. - Que suis-je donc censé faire maintenant ? la taquina-t-il. - A mon avis, vous devriez essayer d'avoir l'air un peu troublé et embarrassé par cette flatterie. - J'ai le plus grand mal à avoir l'air troublé ou embarrassé. - Dans ce cas, vous devriez essayer de me troubler en me disant de quoi j'ai l'air, suggéra-t-elle. Se détournant lentement afin de ne pas attirer l'attention des autres invités, elle s'arrangea délibérément pour que sa robe fasse sur lui tout son effet. A la lumière des torchères, son éclatante chevelure blond vénitien projeta des étincelles dansantes quand elle compléta son tour sur elle-même. Puis elle attendit que le regard de Nick se déplace sur son visage radieux, ses yeux d'un bleu lumineux et ses lèvres douces et pleines, puis qu'il examine de haut en bas les contours de sa silhouette. - Eh bien ? le taquina-t-elle à son tour. Qu'en pensez-vous ?

Lauren éclata de rire.Vous croyez ? se moqua-t-il. il la parcourut de nouveau de la tête aux pieds de son regard ardent. mon envie de découvrir comment vous serez dans mes bras cette nuit devient. Evidemment. .tout. inconfortable. Elle s'arracha aux yeux gris moqueurs de Nick et contempla les invités. Après une hésitation. Et pourtant.. qui avait le teint clair. Dans ce cas. Accorderait-il d'ailleurs une quelconque importance au fait qu'elle soit vierge ? A en juger par la franchise de son attitude envers le sexe. il lui lança brusquement : . En ce qui concernait ses relations avec les femmes. les yachts qui s'allumaient comme des sapins de Noël . elle comprenait parfaitement ce qu'il entendait par le mot « inconfortable ». Pourquoi s'était-il montré si direct? Peut-être soupçonnait-il qu'elle n'avait encore jamais couché avec aucun homme et essayait-il volontairement de la choquer pour le lui faire admettre. mais au lieu de lui répondre. car c'est faux ! . N'étant pas si angélique que cela. je vais vous dire exactement ce que je pense : je pense que vous êtes d'une beauté exquise et que vous possédez la faculté fascinante d'avoir l'air à la fois d'une jeune femme extrêmement sexy et sophistiquée et d'une jeune fille complètement angélique. elle pressentait qu'il n'aurait nulle envie de séduire une vierge et de coucher avec elle. Les joues de Lauren. une lueur de défi dans les yeux.. parce que chaque fois que je vous regarde. Lauren doutait fort qu'il reste un seul brin d'innocence dans tout le corps agressivement viril de Nick.Ne croyez jamais celui qui vous dira que vous êtes un flatteur. sauf le corps grand et musclé de Nick.Je pense que cette robe vous va à la perfection.Une flamme brûlait dans les yeux gris qui se décidèrent à rencontrer les siens. il n'y avait probablement rien qu'il n'eût fait ou qu'il ignorât dans ce domaine. Et je donnerais tout pour ne pas être coincé ici avec une centaine de personnes dans les heures qui viennent. la vierge en question désirait de toutes ses forces se laisser « . rosirent.

. Il aurait fallu qu'elle le fasse attendre jusqu'à ce qu'il tienne vraiment à elle. Il aurait fallu. puis fit mine de ne pas avoir entendu. tandis que sa main lâchait le menton de Lauren.Si je suis si beau. mais ni tout à fait aussi vite.Je suis sûr que vous mourez de faim et de soif. personne ne me l'avait jamais dit avant vous. Lui prenant fermement le menton entre le pouce et l'index. il la guida vers la tente installée sur la pelouse et sous laquelle des serveurs offraient des hors-d'œuvre chauds et froids.Qu'est-ce qui vous fait penser que je travaille pour eux ? . compatit Lauren. il va falloir que nous nous mêlions aux autres. . . . mais ça m'a plu. ni tout à fait aussi facilement.Malgré mon envie de passer la soirée seul avec vous. six autres personnes le hélèrent par son nom. La septième fois.J'ai entendu par hasard Bebe Leonardos raconter à quelqu'un que son mari était venu tout exprès . Ce sont des gens très riches et très gâtés.Je comprends. Et au cas où cela vous intéresserait. . il leva les yeux. il déclara d'un ton irrité : . Je ne peux pas faire semblant d'être sourd et aveugle beaucoup plus longtemps. s'excusa-telle avec dignité et. mais elle n'était pas persuadée que c'était la conduite qu'elle allait adopter. ils pensent que vous leur appartenez.C'était effectivement très exagéré.séduire ». fit-il. Nick l'obligea à relever le visage vers lui.. la forçant à le regarder dans ses yeux gris taquins. et comme vous travaillez pour eux. Les sourcils noirs de Nick se froncèrent de surprise. Allons nous restaurer. \ Quelqu'un l'ayant appelé.C'était bête de ma part de vous le dire... ajouta-t-il d'une voix qui se voilait.. Dans les cinq minutes qui suivirent. La main sous le coude de la jeune femme. pourquoi refusez-vous de me regarder ? .

se fâcha-t-il.Des gens qui ont fait des milliers de kilomètres dans le seul but de vous rencontrer peuvent se montrer très insistants. Durant les trois heures qui suivirent. Lauren se conduisit exactement comme elle le lui avait promis. elle l'in- . Le regard de Nick s'abaissa sur les lèvres de la jeune femme. Je les tiendrai à distance. Dès que la discussion s'engageait trop loin. . il n'y a aucune raison pour que vous le fassiez. qui s'appelle Carlton.Si vous ne souhaitez vraiment parler affaires à personne. avec un nouveau coup d'oeil en direction des invités. Et l'autre femme lui a dit que son mari. comme si chaque personne présente représentait une menace personnelle pour sa tranquillité. . Vous ne ces sez déjà pas d'occuper mes pensées.Laissez-moi m'occuper d'eux. . .de Rome pour vous parler d'un projet de construction d'hôtels internationaux. sauf si je me trompe dans mes estimations. il y a au moins quatre autres de ces messieurs qui ont fait le voyage uniquement dans cette intention. Vraiment ? s'esclaffa-t-il. Et. était également ici pour vous parler d'une autre affaire. Et comment vous y prendrez-vous ? Les yeux bleus de Lauren pétillaient sous leurs cils d'or. Nick passa en revue la foule des invités d'un regard ennuyé.Dès que quelqu'un commencera à vous parler affaires. lui répondit-il.Je suis venu ici parce que j'ai travaillé comme une bête de somme pendant deux mois et que j'avais envie de passer un week-end de détente.Ça ne devrait pas être trop difficile. elle parvint à extraire Nick en douceur d'une bonne dizaine de conversations d'affaires. . je vous distrairai en prétendant que j'ai besoin de vous. Avec un brio tactique que n'aurait pas renié Napoléon Bonaparte. dit Lauren avec un sourire ensorceleur. .

les conversations se firent plus bruyantes. de l'emmener faire une promenade ou de lui montrer les lieux. une vedette de cinéma française. Mais. les plaisanteries plus crues. . . lui déclara-t-elle gaiement. se servait d'elle comme d'un bouclier. la soirée avançant et l'alcool coulant à flots. Ils s'attardèrent l'un près de l'autre sur le rivage. mes jambes sont parfaites. les rires plus débridés. L'une des joueuses. observant sa manœuvre des plus efficaces avec un mélange d'admiration ouverte et d'amusement voilé. Tous les stratagèmes lui étaient bons.Bien sûr que non. celui-ci était beaucoup plus fort qu'elle ne l'imaginait. Son verre dans la main droite et son bras gauche autour de la taille de Lauren.. il la gardait tout près de lui et. avait enlevé sa jupe et n'était plus vêtue que d'un haut à paillettes. tout en se tournant pour observer quatre invités exubérants qui faisaient un double sur le court de tennis. .. sans la moindre honte. Nick lui prit son verre des mains et le posa sur une table toute proche.terrompait en venant lui rappeler avec douceur qu'il lui avait promis d'aller lui chercher un verre.Et si nous descendions à la plage ? Une réception battait son plein sur l'un des yachts brillamment illuminés. malgré son goût et sa consistance de chocolat malté. Et les hommes qui désiraient retenir Nick se montrèrent de plus en plus insistants. à écouter la musique et les rires et à admirer la lumière projetée par la lune qui ruis- . Lauren était en train de siroter son troisième cocktail d'après dîner et elle commençait à se rendre compte que. sous lequel pointaient des dessous de dentelle noire et de hauts talons.Avez-vous vraiment besoin de marcher pour faire disparaître cette crampe à la jambe ? lui chuchota Nick d'une voix taquine. tandis qu'ils s'éloignaient à pas lents d'un yachtman au visage rubicond qui voulait que Nick lui raconte tout ce qu'il savait d'une compagnie pétrolière située dans l'Oklahoma. Et Nick la laissa faire.

poursuivit-elle rêveusement. Les effets de ce tour de manège émotionnel se faisaient pleinement sentir : une délicieuse lassitude l'avait envahie et elle se sentait vraiment au bord du vertige. Lauren releva brusquement le visage vers celui de Nick et lui avoua : . elle se déplaça avec lui en mesure sur la chanson d'amour que jouait l'orchestre. enthousiasme. et maintenant.Je garderais ma jupe parce que je suis réservée. je ne sais même pas jouer au tennis. La joue posée contre le tissu lisse de sa veste de smoking. dit Nick. . vibrant au contact des jambes qui remuaient intimement entre les siennes. . adorant la façon dont ils glissaient autour d'elle pour l'étreindre. elle avait eu un entretien avec M. En une seule journée. Savezvous pourquoi ? . elle passait le week-end avec l'homme de ses rêves. et Lauren vint volontiers se placer dans ses bras. Depuis qu'elle s'était levée le matin. je ne suis ni réservée.Afin d'être plus à l'aise pour jouer ? chuchota Nick d'une voix distraite en écartant du bout du nez les cheveux ondulés et soyeux qui retombaient sur la tempe de Lauren.selait à la surface du lac. espoir et passion.Dansez avec moi. . En tout cas. A moins que je ne sois inhibée.Non. j'aurais gardé ma jupe et ôté mes chaussures. ni inhibée. . elle avait connu tension. Je suis tout simplement le . je suis l'un ou l'autre. Elle reposa la joue contre les muscles solides du torse de Nick qui étouffa un petit rire contre ses cheveux.A la place de cette femme qui jouait au tennis. Weatherby et un autre avec Jim Williams. la pressant plus près contre son corps ferme. puis fait un long voyage et assisté à cette réception au cours de laquelle elle avait bu davantage qu'au cours de toute sa vie. tandis que sa main se déployait tout en bas de ses reins dénudés.En réalité. elle avait déjeuné avec Nick. L'image de la vedette de cinéma française flotta dans son esprit et elle eut un petit rire de gorge.

. et à ce contact des frissons de plaisir la parcoururent. . et il resserra le bras autour de ses hanches. mais ses lèvres n'eurent pas le temps de prononcer le moindre mot. la pressant encore plus contre ses cuisses d'acier. Sans réfléchir.. il s'agissait d'un ordre destiné à être respecté. En d'autres termes. elle se cambra. Ses lèvres s'adoucirent et se mirent à se mouvoir à l'unisson de celles de Nick. La preuve flagrante de celui qui montait en Nick. vous n'embrassez pas comme une puritaine. ne seriez-vous pas par hasard un peu pompette ? . Puis Lauren lui donna d'instinct ce qu'il désirait. alors que je pense qu'il est parfaitement normal que les autres fassent tout ce dont ils ont envie. habitée du besoin fiévreux de lui plaire encore davantage. Puis sa bouche s'ouvrit sur la sienne en un baiser fulgurant qui la fit descendre en spirale tout au fond d'un monde obscur où n'existaient plus que les lèvres mâles et sensuelles.Je vous l'interdis. De luimême. ça veut dire que je me refuse à faire n'importe quoi. son corps épousait celui de Nick et elle ne savait plus ce qu'elle faisait.Lauren.. La main de Nick s'enfonça dans la masse épaisse de ses cheveux lui caressant la nuque. . Décidée à se rebeller contre cette attitude autoritaire.Je n'accepte aucune protestation. Il fit glisser sa langue sur sa joue et lui chuchota à l'oreille d'une voix rauque de désir : .Ma belle. Lauren releva brusquement la tête.Peut-être bien que oui. avivant le désir qui les consumait. Lauren la sentait contre elle. marmonna Nick d'une voix rocailleuse. Ce que je dis a-t-il un sens ? Nick ignora sa question et choisit à la place de lui en poser une autre : . Bien qu'énoncé tranquillement. tandis que sa langue s'insinuait entre ses lèvres pour venir effleurer la sienne. fiévreuses et exigeantes collées aux siennes. Puis il pressa de nouveau ses lèvres sur les siennes.résultat confus d'une éducation semi-puritaine et d'études libérales.

Une lueur chaleureuse s'alluma dans les yeux de Nick. . Les mains de Nick remontèrent le long de ses bras jusqu'à ses épaules. montrant qu'il approuvait sa candeur. puis les étreignirent.J'ai envie de vous. s'étonna l'homme qui se rapprochait et essayait . puis faillit éclater de rire quand Nick l'obligea à se rapprocher et répondit tranquillement : ..C'est pas vrai ? Je me demande vraiment pourquoi. et j'en suis heureuse. . C'est bien vous ? Lauren s'écarta brusquement de Nick. comme si on l'avait surprise en train d'accomplir un acte innommable. incapable d'arracher son regard du sien ou de lui mentir. Cette déclaration tranquille et directe l'enflamma tout entière. . Lauren.. Il posa la main contre la joue de Lauren et l'effleura en une caresse qui remontait vers sa tempe puis descendait jusqu'à sa nuque.Je sais. Lauren appuya le front contre son épaule dans un accès de faiblesse. puis elle s'évanouit complètement.Regardez-moi.Lentement. Trop profondément aussi pour s'en libérer..Et j'ai envie de vous. . Nick ! s'exclama une voix à quelques mètres d'eux.. pourquoi restons-nous plantés ici ? . Elle sombrait trop vite dans ce précipice de désir. avoua-t-elle d'une voix frémissante.Allons à La Crique. Tremblante d'excitation et de crainte. lui souffla-t-il.Ça fait des heures que Sinclair est parti. je.Hé. Les yeux bleus éblouis de Lauren rencontrèrent son regard argenté.Et ?. la repoussant de quelques centimètres.. . Lauren avala sa salive. .Dans ce cas. Les paroles suivantes de Nick le confirmèrent : . .Nick.. . chuchota-t-elle d'une voix mal assurée. la pression de sa bouche s'adoucit. murmura-t-il d'une voix lourde de sensualité. lui dit-il d'une voix empreinte de douceur.

cherchant plus près sa chaleur. Tracy Middle ton mise par trois mille dollars à chaque coup. répondit-il avec un sourire affable.Ils se sont lancés dans une sacrée partie de black jack à bord du yacht de Middleton.. George a tiré pratiquement les mêmes cartes deux parties de suite. il ajouta : . . monsieur Numbers ? dit-elle poliment. Maintenant qu'il avait identifié sa proie.. Il y a une chance sur quatre mille pour que ça arrive. Se tournant vers Nick. que Lauren compara immédiatement à un nounours. Sans se départir de son sourire courtois. Lauren posa la tête sur le torse de Nick. . tout en faisant mine d'écouter le résumé que faisait Dave Numbers des paris en cours. Je suis en train d'endormir votre jeune dame. mais le sommeil la gagnait et la main de Nick.Ah ! je vois. qu'on avait envie d'aimer.. l'homme ne manifestait plus la moindre intention de comprendre cette allusion scabreuse et de s'éloigner.Comment allez-vous. Elle étouffa un bâillement. qui en était maintenant . répliqua Nick d'une voix traînante.de scruter leurs visages à travers l'obscurité. La veste de son smoking était ouverte. il sortit d'un pas nonchalant de l'ombre. qui lui caressait paresseusement le dos. . Non seulement elle avait froid. au moment où Nick le lui présentait sous le nom de Dave Numbers. Un homme.Il avait manifestement quelque chose de plus intéressant à faire. C'était un homme corpulent au teint basané. Le visage jovial. ses paupières tombèrent et se fermèrent. Nick. . s'excusa Dave Numbers..Plutôt bien. se dit Lauren. et quelques minutes plus tard. le col de sa chemise à jabot déboutonné. qui était du genre accommodant. avait sur elle un effet quasi hypnotique. fit l'homme. puis un autre. et son nœud papillon desserré pendouillait à son cou. ma jeune amie. Bebe Leonardos vient de lâcher vingt-cinq mille dollars.

de la chance ! Il les salua d'un bref mouvement de la main. dit-il. Vous êtes déjà à moitié endormie.Vrai quoi ? .Je crois. la maison était illuminée et la réception battait son plein.M. Numbers est un surnom. très amical et.Venez. Lauren faillit presque trébucher de surprise. son vrai nom est Mason.Un quoi ? En dépit de l'heure avancée.En réalité. Le regard de biais qu'il lui jeta était empreint d'amusement. Nick l'étreignit très fort contre son torse musclé. Il se pencha en arrière pour contempler son visage et secoua ironiquement la tête. . .Vrai que je vais avoir de la chance cette nuit ? .. puis fit un clin d'oeil à Nick. le visage enfoui dans ses cheveux. L'homme regarda brièvement la jeune femme. que Nick observait avec une lueur d'humour. . répondit-elle d'une voix ensommeillée. Lauren se blottit davantage dans la chaleur de ses bras.Non. .aux paris sur les prochains matches de football. puis se retourna pour regagner la maison d'un pas nonchalant.C'est bien ce que je me disais. remarqua Lauren d'un ton admiratif. .Ces gens ne dorment-ils donc jamais ? demanda . . .Vous en avez. Lauren ? lui demanda-t-il. que Lauren est prête à aller au lit. Numbers me plaît bien. Très chaleureux. . compléta Nick. Lauren se redressa gauchement et essaya d'esquisser un sourire sur son visage endormi. . Enveloppant Lauren dans ses bras. gloussa-t-il. . . commenta-t-elle.C'est vrai. Il passa un bras autour de ses épaules et entreprit de la ramener à la maison.. le visage enfoui dans sa chevelure odorante. Dès que Nick eut ouvert la porte d'entrée. des rires bruyants leur explosèrent aux oreilles. .C'est un génie des maths.C'est un bookmaker.

Comment un homme pouvait-il être à la fois si outrageusement sûr de lui.. . il ajouta d'un ton légèrement ironique : . comme si elle était une amusante petite fille de neuf ans. Ouvrant la porte de la chambre de Lauren. La manière arrogante qu'il avait de ne pas douter un instant qu'elle serait tout à fait d'accord pour le rejoindre à La Crique et pour faire en outre tout ce qu'il désirait exaspéra Lauren autant qu'elle l'amusa. . . L'entourant de ses bras. Avec un grand sourire à son adresse. elle avait été trop occupée à . Je vous attendrai à 11 heures.Je dormirai cette nuit à La Crique. vous pouvez toujours prendre la direction du sud à la sortie de la propriété des Middleton et filer droit vers le Missouri.Lauren. si plein d'arrogance et si merveilleux ? Jusque-là. Vous ne pouvez pas la rater. Lauren le contredit d'un ton désinvolte : . Après son départ. Seuls. sans pouvoir empêcher un sourire tremblant de fleurir sur ses lèvres. Nick demanda à un domestique quelle chambre avait été attribuée à la jeune femme.Vous en avez envie.Ne devriez-vous pas d'abord me demander si j'ai envie de me retrouver seule avec vous là-bas ? Il lui caressa le menton.Je vous attendrai à 11 heures..Et si vous n'en avez pas envie.A moins que je ne parte pour le Missouri.Non. Ulcérée. puis il l'accompagna en haut de l'escalier. . C'est la seule maison. Il vous suffit de tourner en direction du nord à la sortie de l'allée et de parcourir trois kilomètres jusqu'à la première route sur votre gauche. La Crique se trouve au bout de cette route. Et nous y passerons la journée de demain tous les deux. il lui prit les lèvres en un long baiser provocant. il ajouta : .C'est le majordome qui a les clés de votre voiture. dans la mesure où ils peuvent s'en passer. elle s'affala sur le lit. .

il ne doutait pas un seul instant qu'elle le rejoindrait à La Crique. Il s'adonnait au jeu du désir.. mais elle était une femme maintenant. doux. elle le serra contre sa poitrine en frottant la joue contre le tissu blanc comme s'il s'agissait de la chemise de Nick. Lauren prit l'un des oreillers et. Il était beau.étudier. à travailler et à faire de la musique pour vivre une relation profonde avec un homme. si elle voulait être quelqu'un de différent pour lui. il avait le sens de l'humour. Et elle dormit dans l'état de paix intérieure et de joie profonde de la femme qui sait qu'elle a trouvé 1 homme de sa vie. Il était tout ce qu'un homme devrait être : fort. 11 h 30 était l'heure idéale. mais elle voulait également l'obliger à avoir de l'affection pour elle. Et elle désirait Nick. . Et si elle voulait conquérir son affection. il fallait qu'elle se conduise d'une manière différente des autres femmes qu'il avait connues. Elle ferait donc en sorte d'être juste assez en retard pour lui faire croire qu'elle ne venait pas. il était terriblement attirant. Une bonne dose d'incertitude pouvait lui ôter de son assurance et jouer en sa faveur. elle voulait gagner son cœur.. Il se serait déjà dit qu'elle n'allait pas venir. Il était beaucoup trop sûr de lui à son goût. Lauren sombra dans le sommeil. Une femme qui savait ce qu'elle désirait. Et en plus. Par exemple. L'oreiller toujours serré dans ses bras et le sourire aux lèvres. Lauren se laissa lourdement retomber sur le dos et contempla le plafond. l'encerclant joyeusement de ses bras. mais ne serait pas encore parti ailleurs. intelligent et sage.

trouvé les clés et bougé les voitures. elle vit une allée recouverte de bitume noir sur sa gauche avec un petit écriteau en bois qui indiquait La Crique. Et si Nick avait décidé de ne pas l'attendre ? A trois kilomètres exactement de la demeure des Middleton. puis elle appuya de nouveau et attendit encore. elle prit le virage sur les chapeaux de roues pour s'engager sur la route principale. Mais au moment de sortir dans l'allée. Au bout de l'allée se dressait une grande maison en forme de L. Les mains crispées sur le volant. il était midi moins le quart et Lauren ressemblait à une pelote de nerfs. Elle pressa sur la sonnette et attendit. A sa troisième tentative. . attrapa son sac et se hâta d'emprunter le large sentier dallé menant à la porte d'entrée. La maison était vide. Lauren s'arrêta brusquement à côté de la maison dans un grincement de freins. structure spectaculaire construite en verre et en rondins de cèdre grossièrement équarris qui ressemblait à ces bâtisses bâties sur une falaise surplombant l'océan Pacifique. elle eut la surprise de découvrir qu'au moins six véhicules bloquaient le sien. elle avait déjà compris que personne ne lui répondrait. Lauren ne demanda les clés de sa voiture au majordome qu'à 11 h 20. Quand on eut identifié leurs propriétaires.6 Bien décidée à mettre en pratique son plan d'arriver un peu en retard à La Crique. Elle s'y engagea et sa voiture gravit à vive allure la pente raide et tortueuse. faisant fuir au passage des lapins et des écureuils épouvantés dans la forêt touffue.

elle se dit que Nick n'avait pas eu l'intention de l'attendre bien longtemps. Avalant sa salive pour essayer de dénouer sa gorge. Elle aurait dû savoir qu'il ne fallait pas essayer de jouer au plus fin avec un homme qui était manifestement un maître à ce genre de petits jeux. elle se précipita dans l'escalier de pierre escarpé. Comme elle prenait le temps d'admirer une dernière fois la beauté sauvage du paysage qui l'entourait. et elle ne pouvait pas non plus retourner chez les Middleton. Il était hors de question qu'elle s'assoie sur le pas de la porte dans l'espoir que Nick finirait peut-être par revenir passer la nuit dans la maison. et une plate-forme en cèdre. venant de beaucoup plus bas. Le cœur lourd d'amertume. Cela ne servirait à rien de contourner la maison pour aller voir derrière. paralysée de joie et de soulagement à la vue de la silhouette souple et familière de Nick. Lauren ouvrit la portière de sa voiture et posa son sac sur le siège du passager. puisque c'était lui qui l'y avait invitée. il en avait sûrement conclu qu'elle était repartie pour le Missouri. Ces marches. Ne la voyant pas arriver à l'heure. Parvenue sur la dernière marche. descendant le sentier avec le sentiment d'être très bête et une profonde envie de fondre en larmes. cela ne faisait pas le moindre doute. elle remarqua quelques marches taillées dans le promontoire rocheux. elle s'arrêta. Elle rebroussa chemin. Vêtu unique- . Le cœur cognant dans sa poitrine. descendaient à la plage en serpentant au milieu des arbres. sans doute était-il allé quelque part avec le propriétaire de cette maison splendide. A cause de cette machination. Comme il ne disposait pas de sa propre voiture. attira son attention.Lauren se retourna pour contempler la petite pelouse bien entretenue d'un air déconfit. et il y avait quelqu'un en bas. car celle-ci était perchée tout au bout d'un promontoire et il n'y avait rien à l'arrière qu'un précipice d'une centaine de mètres. tombant à pic jusqu'à l'eau. Un bizarre bruit métallique. spectaculairement suspendue dans le vide. juste à côté d'elle. elle allait en définitive terminer cette superbe journée sur la route du Missouri.

Elle n'avait toujours pas bougé quand il s'arrêta de farfouiller dans le moteur pour consulter sa montre. essayant sans succès d'avoir l'air moins enchantée. Son bras retomba et il tourna lentement la tête pour regarder quelque chose sur sa droite. Lissant le haut de velours éponge vert vif à encolure en V coordonné à son short. Après tout. il se tenait accroupi par terre. pointait le col d'une bouteille de vin. Il se montrerait sans nul doute très naturel et ferait celui qui n'avait même pas remarqué qu'elle était en retard. se hâta-t-elle de corriger. Il avait étalé de grandes couvertures sur le sable et planté derrière elles un large parasol de plage pour les protéger du soleil. Du couvercle ouvert de l'un d'entre eux. Un long moment. elle fit un pas en avant. devant quoi était-elle en train de s'extasier.ment d'un court short de tennis blanc. La table. Pas si touchante que cela. . se délectant de la beauté virile de ses épaules larges. sinon devant le décor méticuleusement préparé qui allait servir à sa propre séduction ?. Un peu à l'écart. assiettes de porcelaine. elle ne trouva absolument rien de piquant à dire. Quand elle découvrit ce qu'il avait préparé. Sans doute avait-il fait l'aller-retour au moins une demi-douzaine de fois sur ces marches escarpées. de ses bras et de son dos musclés qui luisaient au soleil comme du bronze poli. son corps entier vibra de tendresse. était soigneusement mise sur une nappe en coton. Malheureusement. cette preuve du contraire était doublement touchante.. il y avait trois paniers de pique-nique en osier. Comme Lauren avait pensé quelques minutes plus tôt qu'il ne tenait même pas assez à elle pour attendre son arrivée. Tentative de séduction. verres de cristal et couverts d'argent. Lauren se contenta de le regarder.. rectifia-t-elle malicieusement. elle décida de se montrer spirituelle en disant bonjour à Nick. Il était si parfaitement immobile que Lauren finit par s'arracher à la contemplation de son profil pour regarder dans la même direction que lui. Ce scénario à l'esprit. en train de bricoler le moteur d'un petit bateau qui avait été tiré sur l'étroit croissant de plage sableuse.

Au lieu de quoi. . il la dévisagea de son regard froid.Oui? . . . Avant quoi ? . . Le regard plongé dans ces yeux gris hypnotiques.Avant d'aller faire du bateau. .Très déçu. tout en observant le regard froid et gris se réchauffer sous l'effet de la fascination. Posant le bras sur ses genoux plies.Etes-vous déçu ? Elle regretta sur-le-champ sa question. la clé de serrage toujours à la main.. . . J'aimerais bien commencer par déjeuner. je vous remercie.Vous êtes en retard.Voulez-vous que nous commencions par déjeuner ? . Sans quitter sa position accroupie. Oui.Avez-vous pensé que je n'allais pas venir ? lui demanda-t-elle d'un ton innocent.Ah ! Faire du bateau ! souffla-t-elle gaiement. Cette constatation était si éloignée de tout ce que Lauren avait imaginé qu'elle dut se retenir de pouffer d'étonnement en s'approchant de lui. . mais une accusation sans détour. et le premier réflexe de Lauren fut de la nier. Les sourcils noirs se froncèrent sardoniquement.Oui. répondit-il.N'était-ce pas ce que j'étais censé penser ? Ce n'était pas une question. admit-elle d'une voix douce. la dévisageant d'un air étonné. et quand Nick posa la clé et se leva sans se presser. Lauren sentit une effervescence traîtresse mettre en émoi tout son être.Que nous commencions ? chuchota-t-elle d'une voix contractée. . Nick pivota lentement sur lui-même. . Et je serais enchantée de faire une promenade en bateau. elle recula prudemment d'un pas. elle hocha la tête et un sourire fleurit sur ses lèvres.Salut ! fit-elle gaiement. sachant que Nick allait immédiatement procéder à des représailles au moyen d'une remarque coupante. gris et indéchiffrable.Lauren ? Elle avala sa salive. admit-il tranquillement.

Lauren n'avait connu de journée plus magnifique.Nous devrions attraper quelques brochets pour notre dîner. Il déplia les jambes pour se lever et entreprit de ferler la voile. dans les ruisseaux verdoyants comme dans les rivières du Missouri. juste en face d'elle. . Elle observa une mouette qui criait au-dessus de leurs têtes.une entente faite de remarques spontanées et de rires partagés que ponctuaient de longues plages de silence. il faudrait qu'on pêche à la cuiller ou au rapala. mais dans ce cas. C'est aussi un endroit formidable pour pêcher le saumon. Depuis deux heures que le bateau avait quitté la plage de La Crique. lui annonça-t-il quelques minutes plus tard en préparant deux cannes à pêche. dit Nick. Il lui adressa un sourire qu'elle lui rendit. puis elle releva le visage vers le ciel. jouissant autant de la chaleur dorée du soleil que de la certitude d'avoir le regard languide et admiratif de Nick posé sur elle.. Le ciel d'un bleu éclatant était piqueté de petits nuages blancs floconneux et le vent gonflait la voile et faisait filer le bateau en silence sur l'eau.. une camaraderie chaleureuse avait jailli entre eux .Enormément. puis jeta un coup d'œil à Nick qui tenait la barre. Est-ce que cela vous dit ? .Nous pourrions jeter l'ancre ici pour nous dorer au soleil et pêcher un peu. . Lauren avait eu maintes fois l'occasion d'aller pêcher avec son père. mais elle n'avait encore .7 De toute sa vie.

dit-elle. elle apprendrait à aimer cela aussi. Tandis qu'il restait assis à la barre face à elle dans la lumière déclinante. . .Oui. . la manière dont ils allaient passer la . Lauren prit la décision la plus importante de sa vie : Nick possédait déjà son cœur . mais elle avait bien l'intention de le découvrir.Eh bien. chef! fit Nick. qu'en pensez-vous ? Un seul regard à l'expression enfantine qui se dessinait sur les traits taillés à la serpe de Nick suffit à faire épanouir l'amour qui avait commencé à fleurir dans le cœur de la jeune femme. et se précipita vers l'extrémité du bateau où se tenait Nick et se mit à lui hurler spontanément ses instructions : . hilare. Lauren lâcha sa canne à pêche. et elle se rendit compte alors. Elle ignorait complètement ce que signifiait pêcher à la cuiller ou au rapala. Et à cet instant. les entourant de ses bras.Il est magnifique. combien il manœuvrait d'une main experte.J'en ai attrapé un ! lança Nick une demi-heure plus tard.Amorcez-le ! Rabattez la canne ! Ne laissez pas de mou ! Il est en train de filer. Le soleil couchant éclaboussait l'horizon de flammes cramoisies quand Nick hissa la voile pour qu'ils puissent regagner La Crique. La fraîcheur commençait à descendre et elle replia les jambes contre sa poitrine... il était normal que cette nuit. pensa-t-elle. Si l'homme qu'elle aimait était féru de pêche au large. l'air piteux. il se penchait par-dessus bord et attrapait la grosse perche dans une épui-sette. Nick souleva le poisson qui battait l'air afin que Lauren puisse l'admirer correctement. . il possédât également son corps.jamais péché d'un bateau. Vous êtes magnifique. Pareil à un petit garçon se pavanant fièrement pour exhiber un trophée à une personne chère à son cœur. Quelques instants plus tard. Dans son esprit. tandis que sa ligne voltigeait hors de l'eau dans un sifflement. Lauren sentit de nouveau son regard peser sur elle.

Eh bien. Nick sortit une cigarette du paquet rangé dans la poche de sa chemisette et la mit entre ses lèvres. Et votre mère ? Que lui estil arrivé ? . .nuit était une question résolue. pour commencer. comment se fait-il que vous connaissiez Tracy Middleton et tous les invités de sa réception ? Comme s'il voulait retarder le moment de lui répondre. Avec précaution. Le restaurant de Tony était situé dans l'un des quartiers rénovés de la ville aujourd'hui à la mode. . pour échapper à son ancien environnement.Tracy et moi avons grandi à deux pas l'un de l'autre. Nick s'intéressa aux émotions diverses qui se livraient bataille sur le visage de la jeune femme et devina apparemment la direction qu'avaient prise ses pensées. dit-il en éteignant la flamme d'un geste adroit du poignet. . . à l'époque où Nick et Tracy y avaient vécu.Nick. mais le fait d'être sur le point de franchir un pas irrévocable avec un homme qu'elle adorait mais dont elle connaissait si peu de chose la tracassait. il n'avait certainement rien de bien agréable. qui a deux fois son âge. Lauren aborda le sujet que Nick avait évité un peu plus tôt et qui l'intéressait davantage que tout le reste : .Tracy a épousé George. Puis il craqua une allumette et entoura la flamme de ses mains pour l'empêcher de s'éteindre. vous m'avez dit que votre père était mort quand vous aviez quatre ans et que ce sont vos grandsparents qui vous ont élevé.Qu'aimeriez-vous savoir ? C'était l'ouverture que Lauren souhaitait désespérément. .A quoi pensez-vous ? lui demanda tranquillement Nick. . Lauren n'en revenait pas.J'étais en train de me dire que je ne sais presque rien de vous. Nous habitions tous les deux tout près de l'endroit où se trouve aujourd'hui le restaurant de Tony. Mais quinze ou vingt ans plus tôt.

énigmatique et passionné et le besoin désespéré de le comprendre la taraudait. Le lendemain des funérailles de mon père. Ce fut bizarrement l'indifférence totale qu'il manifestait qui mit la puce à l'oreille de Lauren et l'incita à l'étudier de très près. Malgré son désir de ne pas être indiscrète.Il ne lui est rien arrivé du tout. . elle a continué à mépriser sa vie.Votre mère ne vous a pas emmené avec elle ? insista-t-elle. non sans hésitation. si j'en crois ce qu'on me raconte. Il semble qu'elle ait pratiquement aussitôt regretté son coup de tête. Pourtant. Trop serein. . Pourquoi ? . immobile comme un masque. pourquoi ne l'a-t-elle pas quitté ? . et elle lui en a voulu à mort à cause de ça. jeune homme aussi riche qu'insignifiant.Ma mère avait été une jeune fille fortunée et gâtée de Grosse-Pointe. dit-elle. elle avait tristement l'impression de très bien comprendre pourquoi la mère de Nick trouvait .Selon mon grand-père.Ressemblez-vous à votre père ? lui demanda-telle impulsivement. Le ton coupant de Nick était le signe que le tour qu'avait pris la conversation lui déplaisait. Six semaines plus tard. trop dénué d'émotion. Mon père lui affirmait qu'elle devait se contenter de l'argent qu'il gagnait pour vivre. il y avait un domaine dans lequel elle le trouvait irrésistible.Dans ce cas. quand les affaires de mon père ont commencé à mieux marcher. mais qui avait sa fierté. elle rompait avec son fiancé.Pour rien. . elle est retournée vivre chez ses parents. . elle était en train de tomber amoureuse de cet homme fascinant.. Ensuite. lui répondit Nick d'un ton pince-sans-rire. mais il lui répondit quand même : . et à le mépriser. lui. pensa-t-elle. pour épouser mon père. Son beau visage était serein. Elle avait fait la connaissance de mon père un jour où il venait réparer des fils électriques dans la demeure de ses parents.Comme deux gouttes d'eau. C'était un homme sans le sou.

Et que vous a-t-elle dit ? demanda-t-elle dans un souffle. si je me souviens bien. Que sa propre mère l'ait traité comme s'il n'existait pas ne pouvait pas ne pas l'avoir fait terriblement souffrir. Je faisais apparemment partie de cette vie avec laquelle elle voulait rompre. il ajouta : . Trois mois plus tard. mais elle avait la nausée. elle a épousé son ancien fiancé et elle a eu un autre fils la même année . non? . .Elle m'a demandé de vérifier le niveau d'huile. vous ne l'avez plus jamais revue ? . Lauren était parvenue à s'exprimer d'un ton neutre. En dépit de l'indifférence absolue qu'il affichait. . L'idée qu'une mère puisse abandonner son enfant et vivre ensuite dans le luxe à quelques kilomètres de lui horrifia Lauren. . Les Whitworth vivaient également à Grosse-Pointe. Lauren n'arrivait pas à croire qu'il ait été si invulnérable quand il était enfant. . Un soir. mais toujours par hasard.Mais elle venait tout de même vous rendre visite. je vous en prie.Racontez-moi la suite de votre histoire.Il n'y a pas grand-chose à ajouter.mon demi-frère.Non. .Vous voulez dire qu'après ça.Non.Et c'est tout ce qu'elle a dit ? Sans se rendre compte que Lauren supportait mal l'ironie qu'il mettait à raconter son histoire. puisqu'elle m'a « oublié » chez mes grands-parents.Ça m'est arrivé en quelques occasions. elle m'a également demandé de vérifier la pression des pneus.son père irrésistible. Le lendemain de l'enterrement de mon père. elle a annoncé qu'elle désirait oublier la vie sordide qu'il lui avait fait mener et elle est retournée vivre dans la maison de ses parents à Grosse-Pointe. Les larmes lui piquaient les . et ce n'était pas loin du quartier où Nick avait grandi. . elle s'est arrêtée à la stationservice dans laquelle je travaillais. .

. . faisant semblant d'admirer les nuages pareils à de la dentelle qui dérivaient devant la lune. En dépit de tout ce qui est arrivé .yeux. et elle leva le visage vers le ciel violacé pour les cacher. envahie d'un sentiment étrangement maternel. D'un geste de la main. à cause de tout ce qui est arrivé -. votre frère avait toutes sortes de choses dont vous ne pouviez que rêver. et ensuite elle a submergé son nouveau fils d'attentions. . Des voitures neuves et tout le reste. En réalité. Complètement abasourdi.Arrêtez. il la prit par le menton pour l'obliger à tourner le visage vers lui. Je pleure aussi au cinéma. Dans un éclat de rire.N'y prêtez pas attention...J'imagine. il lui sourit. vous êtes devenu un homme fort et indépendant. . . . les yeux dans ses yeux assombris de chagrin. dit-elle d'une voix tremblante d'émotion. il regarda ses yeux voilés de larmes.Lauren ? La voix de Nick était sèche. .. Se penchant en avant. Lauren balaya sa remarque. ou c'est moi qui vais fondre en larmes ! D'un ton empreint d'une calme gravité. la taquina-t-il. et cela pratiquement sous vos yeux. Lauren l'entoura de ses bras et caressa ses épais cheveux noirs d'un geste apaisant.ou plutôt. Elle vous a abandonné. qu'au fur et à mesure que vous grandissiez.Mes grands-parents étaient merveilleux et je peux vous jurer que ce qui s'est passé avec ma mère ne m'a laissé aucune cicatrice affective. Nick l'attira sur ses genoux.Hummm ? fit-elle sans cesser de contempler la lune. elle lui avoua : . Lui soulevant le menton.Je pleurais sur le petit garçon que vous étiez à l'époque et non sur l'homme que vous êtes aujourd'hui.Mais vous pleurez ! dit-il sans y croire..Bien sûr que si ! N'importe qui en aurait. . je suis certaine que c'est .

.Je vous en ai assez raconté sur ma vie pour le moment. vous avez sûrement rêvé de devenir aussi riche que le mari de votre mère et que son fils et de réussir aussi bien qu'eux. . conclut-elle. Cela fait de vous un homme plus grand que votre frère. C'est un.Vous êtes donc allé à l'université et vous avez passé votre diplôme d'ingénieur.Est-ce vraiment pour ça que je suis plus grand ? plaisanta-t-il. . mon père et mon grand-père étaient grands tous les deux.Quel dommage ! . . confirma Nick. j'essaie d'être sérieuse ! .votre demi-frère qui est à plaindre. imbécile. . c'est que vous avez réussi seul.Vous n'avez pas tort.Quand vous étiez jeune.Pardon.Je voulais créer ma propre affaire.Ce que je veux dire.. mais je n avais pas suffisamment de fonds. .. sans parents fortunés pour vous venir en aide. Nick gloussa.Nick. Lauren fit semblant de ne pas remarquer son ton ironique. Nous sommes presque arrivés à la maison. Est-ce que je me trompe ? .. . . conclut-il évasivement. J'ai toujours pensé que c'était dans mes gènes. et je voulais réussir encore mieux. ..Plus riche. Vous comprenez.

Mais c'était le temps qui lui filait entre les doigts. Maintenant que Nick avait satisfait leur appétit physique. A la lueur tremblante de la flamme. elle le regarda allumer une cigarette. Il souleva une bouteille de Grand Marnier et versa un peu de liqueur dans deux verres de fin cristal. Assise juste en face de lui.N'en faites rien. Lauren se leva. il pouvait l'emmener à l'intérieur de la maison. ses beaux traits ténébreux prenaient un aspect ombrageux qui le faisait . N'importe quand. S'évertuant à ignorer l'atmosphère lourde d'attente qui régnait entre eux. dans l'intention de débarrasser la table de la vaisselle de porcelaine et des verres de cristal.8 L'impression réchauffante d'être proches l'un de l'autre qui était née entre eux pendant le trajet de retour continua à les envelopper durant le dîner. La femme de ménage s'en chargera demain matin. elle le devinait à la façon dont son regard possessif s'attardait sur ses traits délicats et à son sourire lourd d'intimité lorsqu'il s'adressait à elle. Elle souleva son verre pour avaler une rasade du mélange d'orange et de cognac revigorant. il s'apprêtait paresseusement à assouvir leur soif sexuelle. Lauren faisait rouler le pied de son verre entre son pouce et son index. dit Nick avec nonchalance. . qu'ils prirent à la lueur des lampions. Levant les yeux. il porta le sien à ses lèvres tout en la dévisageant. sur la plateforme de cèdre à moitié suspendue dans le vide à l'avant du promontoire. Après lui en avoir tendu un.

La chaise de Nick racla contre le sol de bois.presque ressembler à un prédateur.Ça va mieux comme ça ? L'empreinte du corps qui se pressait contre elle eut pour effet de la priver de la faculté de s'exprimer.Vous avez froid. Elle . Elle surprit une lueur d'étonnement sur son visage. où elle se perdit dans la contemplation des lumières qui scintillaient dans les collines. Elle sursauta à l'instant où il posait les mains sur ses épaules. mais il reversa du Grand Marnier dans leurs deux verres et se cala à nouveau paresseusement sur sa chaise. . l'attirant contre son torse et l'entourant de ses bras pour la réchauffer. . murmura-t-il. remonta le long de sa colonne vertébrale. de l'autre côté du lac. Lauren était trop nerveuse pour croiser son regard et davantage encore pour le soutenir. Un frisson. Puis elle se rendit compte qu'il avait dû la voir frissonner et elle ajouta : . Elle souhaitait toujours lui plaire. dû autant à la crainte qu'à l'excitation.En fait. Lauren se sentit défaillir. la scrutant sans détour. Ses lèvres lui effleurèrent les cheveux. j'ai eu un petit frisson à cause de la fraîcheur. et Lauren l'entendit s'approcher et s'arrêter juste derrière elle. Elle vida son verre d'un trait et le lui tendit. Elle se leva. . tant elle craignait qu'il ne lui suggère de rentrer sur-lechamp. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que Nick se décide à écraser le mégot de sa cigarette et à repousser sa chaise loin de la table. et de toutes les façons possibles. Lauren répondit aussitôt par un non de la tête.Avez-vous froid ? lui demanda-t-il d'une voix douce.J'en voudrais encore un peu. lui adressa un sourire tremblant et alla se poster au bord de la plate-forme. . mais c'est si agréable ici que je n'ai pas la moindre envie de rentrer tout de suite. mais que se passerait-il si elle n'était pas à la hauteur durant la nuit ? La virilité de Nick était si inquiétante et son expérience en matière sexuelle si évidente que sa virginité et son inexpérience risquaient de lui paraître ennuyeuses.

acquiesça de la tête. parce que je n'ai pas l'intention de vous laisser dormir avant plusieurs heures. La respiration de Lauren se fit haletante au moment où les lèvres de Nick se posèrent sur sa nuque. elle s'inclina en arrière contre lui et sentit la preuve du désir qui montait en lui. . . La porte de verre que Nick était en train de faire glisser se referma dans son dos dans un claquement définitif et fatal. Elle s'immobilisa net. je. et tout son corps se tendit comme un arc. puis se mirent à glisser.Enfin. tandis qu'il suivait sensuellement du bout de la langue les plis de son oreille.. Le bras de Nick vint se glisser par-derrière autour de sa taille. Lauren poussa un léger cri. Les mains de Nick glissèrent jusqu'à sa taille et il l'obligea doucement à se retourner dans la direction de la maison..Nick. De son autre main..Rentrons. Ce ne fut qu'après être entrée dans la maison qu'elle se rendit compte qu'ils se trouvaient dans une chambre luxueuse. décorée dans des tons caramel. . Défaillant presque.Tant mieux. Il venait de plonger le bout de la langue dans son oreille et une onde de chaleur se propageait dans tous ses membres. en même temps que ses mains commençaient à bouger paresseusement sur sa taille et à remonter vers son buste. chuchota-t-il. ses yeux écarquillés posés sur l'immense lit qui trônait à l'autre bout de la pièce. dénudant son cou. blanc et brun. Lauren était tellement troublée qu'elle ne remarqua pas tout de suite que les portes de verre coulissantes vers lesquelles Nick la dirigeait n'étaient pas celles qui ouvraient sur le living-room. pour attirer son corps tendu contre lui. je voulais dire que. protesta-t-elle stupidement. .. Il fait chaud à l'intérieur.. je ne suis pas fatiguée du tout.Vous frissonnez. il repoussa sa chevelure épaisse et soyeuse. . puis se mit à trembler de façon incontrôlable.. en une caresse qui avait tout d'un délicieux supplice vers son oreille. .

il lui dit tout naturellement : . Il lui prit la main et la posa sur le devant de sa chemise.. .. ne lui avaient pas enseigné les préliminaires avant de lui faire l'amour. plongeant ses yeux gris fascinants tout au fond des siens. et qu'il essayait de les lui apprendre. Lauren essaya de lever les yeux vers les siens.Enfin. Le sens caché qu'elle lut dans ces paroles effaça les derniers doutes que la jeune femme éprouvait quant à la profondeur des sentiments qu'il éprouvait pour elle et au bien-fondé de ce qu'elle était en train de faire. mais en fut incapable. Lauren comprit que Nick s'imaginait qu'elle hésitait parce que ses autres amants.Nous allons le faire ensemble. obéissaient à l'ordre de Nick. c'est que je ne suis pas encore prête à. son cœur se mit à battre follement. lui susurra-t-il d'une voix tendre.Déboutonnez-la. Quelque part au milieu du chaos qui régnait dans son esprit. Il dégrafa habilement son soutiengorge de dentelle pendant qu'elle défaisait lentement chacun des boutons de sa chemise. Nick souleva son visage vers le sien et. la pressa-t-il gentiment. ce que je voulais dire. Glissant les mains dans les cheveux de la jeune femme de part et d'autre de sa tête. précisa-t-elle sans cesser de trembler. La voix profonde de Nick agit sur elle comme un aphrodisiaque. moins expérimentés que lui. Elle ne tenta pas le moindre geste pour l'arrêter lorsque ses mains glissèrent sous le pull de velours-éponge. . . tandis que ses doigts. Les paupières palpitantes de Lauren s'abaissèrent et ses cils recourbés jetèrent des ombres sur ses joues empourprées.Regardez-moi. Elle avala convulsivement sa salive. mais quand il le lui enleva et la fit pivoter pour qu'elle se retrouve face à lui.Cela fait une éternité que je vous attends.. à aller me coucher. Lauren. sans se rendre . Ne me demandez pas d'attendre plus longtemps. qu'un mélange de panique et de joie rendait maladroits.

Lauren s'émerveilla de sa beauté. Il enfonça sa main libre dans la douce épaisseur de cheveux recouvrant la nuque de la jeune femme. exposant son torse d'airain. ses mains glissèrent le long de son torse nu. qu'elle se rendit à peine compte du moment où il fit glisser le soutien-gorge de ses bras. . qui s'activaient maintenant de leur propre chef. Guidée par l'amour et par l'instinct.J'ai tellement envie de vous ! affirma-t-il avec violence. . sa propre fièvre erotique se réfléchissant dans les profondeurs bleues des yeux de Lauren. et elle était tellement ivre à l'idée qu'il était sien et qu'elle pouvait le caresser tout son soûl. les lèvres qui goûtaient et modelaient les siennes étaient chaudes et d'une douceur exquise. ni à lui donner davantage d'instructions. mais il perdit la bataille. elle glissa sensuellement les mains dans la toison sombre qui recouvrait son torse et se pencha en avant pour déposer un baiser sur sa chair ferme et musculeuse. tandis que les mains de Nick poursuivaient l'exploration de son corps. tandis que sa bouche exigeante s'écrasait sur celle de Lauren en un baiser qui alluma en elle un ardent brasier. Ses doigts. Puis elles s'écartèrent lentement et la langue de Nick se mit à explorer sa bouche avec un appétit sensuel qui arracha à Lauren un soupir de plaisir. Son regard incandescent enflamma la jeune femme.compte que sa lenteur ne faisait qu'augmenter l'excitation de son partenaire. Il respirait péniblement. Il n'eut pas à insister. Au premier effleurement des lèvres de Lauren. un frémissement parcourut Nick de la tête aux pieds. . il se contenta de fixer sur elle ses yeux gris dans lesquels couvait le désir qu'il contenait. Un long moment. entrouvrirent la chemise de Nick. glissant sur les côtés de ses seins et sur son dos. lui ordonna-t-il d'une voix rauque. tentant visiblement de dominer son désir. Au début. et releva son visage vers le sien. puis il abaissa la tête. Elle se cambra contre lui.Caressez-moi. Lauren poussa un gémissement. et Nick releva la tête.

Lauren sursauta brusquement. Mais au moment où il tenta de glisser son genou entre ses jambes.. la recouvrant de son corps. De deux mots. plongeant tous ses sens dans un kaléidoscope de violents plaisirs erotiques qui irradiaient dans tous les nerfs de son corps palpitant de désir. jusqu'au moment où tout l'amour et toute la passion de Lauren explosèrent en une myriade de vibrations d'extase.Non. dit-il dans un râle. Il emprisonna ses seins nus dans ses mains et en titilla les pointes jusqu'à les rendre douloureuses. attendez. Soudain. mais ça m'a paru une éternité. avant de refermer la bouche sur elles. . sans que sa bouche vorace ne cesse de butiner la sienne.Nick. je. l'attirant plus étroitement contre sa virilité palpitante. s'enfonçant une dernière fois au plus profond d'elle pour la rejoindre . A l'instant où il la souleva dans ses bras pour la porter sur le lit. preuve qu'elle était prête à l'accueillir. La souffrance qui pointait dans sa voix fit voler la résistance de la jeune femme en éclats. alors qu'il augmentait peu à peu le rythme de leur union et la menait de plus en plus près de l'orgasme. .Je ne vous ai attendue que quelques jours. instant qui fut oublié dès qu'il commença à se mouvoir en elle avec une lenteur qui la mettait au supplice.. Lauren. et où il s'allongea à son tour. Puis il captura de nouveau ses lèvres et lui ouvrit avidement la bouche. Nick l'étreignit plus étroitement. prise d'une angoisse irrépressible.Puis il posa les mains sur ses hanches. pendant que ses mains savantes se faisaient exploratrices et n'étaient plus que source d'excitation et de tourments. Nick pénétra complètement en elle. . quelque chose de sauvage et de violent frémit au tréfonds d'elle-même. Elle referma étroitement les bras autour des larges épaules de Nick. l'attirant vers elle tout en soulevant les hanches pour l'accueillir. plongeant dans sa douce chaleur avec une habileté qui ne lui causa qu'un instant de douleur. le monde bascula. il rejeta son refus.

Attrapant la chemise que Nick avait envoyée promener au pied du lit.. Il s'en était rendu compte. mais ça m'a paru une éternité. mais elle se sentait mal à l'aise. Avec hésitation. dubitatif et résolument amusé. comblée et heureuse. En fait. et contemplait son visage d'un regard intense. Nick était allongé sur le côté. Dans sa tête trottaient les paroles que Nick avait murmurées au moment où il l'étreignait de toutes ses forces et où il s'unissait à elle : « Je ne vous ai attendue que quelques jours. il entendait par là que les quelques jours durant lesquels il avait attendu de lui faire l'amour lui avaient paru une éternité. elle l'enfila pour recouvrir sa nudité. un malaise diffus envahit lentement son esprit embrumé. » L'état d'assouvissement languide dans lequel elle baignait céda la place à la réalité toute crue. Lauren ouvrit les yeux. il avait l'intention d'en discuter. Lauren prit peu à peu conscience de la chaleur qui irradiait du corps de Nick allongé près d'elle et du poids de sa main posée sur son ventre. Il avait l'air étonné. de l'empêcher de briser le bonheur parfait de ces instants. Cela ne changeait en rien les sentiments qu'elle éprouvait à son égard. où tout n'était qu'oubli et douceur.dans le royaume où il l'avait envoyée. Avait-il remarqué qu'elle était vierge ? Comment allait-il réagir? Et s'il lui demandait pourquoi elle avait décidé de se donner à lui ? Il lui était absolument impossible de lui avouer dès maintenant la vérité.. Et à en juger par son expression. Elle essaya d'y couper court. de lui dire qu'elle l'aimait et qu'elle désirait qu'il l'aimât en retour. Mais pendant qu'elle restait étendue à ses côtés sans bouger. mais il était trop tard. Lauren roula sur le côté pour s'écarter de lui et s'assit à la hâte en lui présentant son dos. Mieux valait éviter complètement le sujet. Alors qu'elle redescendait peu à peu du nuage d'euphorie sur lequel elle flottait. . Elle avait mal interprété les paroles de Nick lorsqu'il lui avait dit qu'il l'avait attendue une éternité. appuyé sur un coude.

.Ça ne m'ennuie pas du tout.Vous. le coin des lèvres relevé en un sourire malicieux. puis se levait sur son visage... ça ne vous ennuie pas que je vous emprunte votre chemise. .. . mais avec une lueur d'humour dans les yeux.Noir. répondit-il d'un ton solennel. .Merci pour quoi ? railla-t-elle d'un air crâne. complètement nue sous cette chemise trop ample. corrigeâtelle avec un hochement de tête vif et nerveux..J'aimerais bien boire un café. les larmes n'étaient pas loin lorsqu'elle pénétra dans la cuisine et alluma la lumière. une réaction à laquelle elle ne . ce n'est pas ce que je veux dire. Jamais elle ne s'était sentie aussi empêtrée dans ses gestes qu'en cet instant. Lauren. marmonna-t-elle. Je voulais savoir comment vous aimez votre café. .Ça. sautant sur cette excuse pour éviter ses questions. Ses joues s'empourprèrent sous les yeux brûlants qui glissaient le long de ses jambes nues et sculpturales. Je vais aller en faire.Oui.Non. vous voulez un peu de. Fixant son esprit sur les manches qu'elle était en train de retrousser. .Exactement comme nous l'avons fait. Lauren sursauta et son visage s'empourpra davantage. . tandis que ses mains tripotaient les boutons. . En dépit de cette sortie pleine de bravade qu'elle venait d'effectuer.De café ! . hein ? balbutia-t-elle. Le fait qu'il ait l'air de trouver tout cela fort drôle énerva tellement la jeune femme que ses mains se mirent à trembler. avant de pivoter sur les talons et de s'enfuir pour qu'il n'ait pas le temps de répliquer..Un peu de quoi ? enchaîna-t-il d'un ton suggestif. merci. . elle lui demanda : ..Vous l'aimez comment ? . Nick se moquait d'elle. Elle se leva et osa enfin le regarder.

c'est qu'à notre époque. Quant au reste.Erreur. Il l'enlaça et ajouta : . il était trop tard pour que cela y change quelque chose pour l'un ou pour l'autre. auriez-vous changé d'avis ? . Trouvez une meilleure réponse.... .Pourquoi ne m'avez-vous pas prévenu ? lui demanda-t-il tranquillement.Parce que cette maison est en vente.. S'était-elle montrée si ridiculement inexpérimentée ? Elle entendit Nick entrer dans la cuisine dans son dos et se hâta de verser des cuillerées de café dans le percolateur d'un air fort occupé. .Parce que le sujet ne s'est pas présenté. ce moment-là. Elle haussa les épaules. . enfin que je n'avais jamais ?. fit-il avec un petit rire.Vous savez parfaitement de quoi je parle. . . et parce que je me suis dit que vous ne le remarqueriez pas. Lauren se retourna et ses yeux bleus pénétrants interrogèrent ceux de Nick. . encore plus rares. Quand j'ai compris. Lauren regarda par la fenêtre au-dessus de l'évier. Et les vierges de vingt-trois ans avec un physique comme le vôtre..En vérité.Prévenu de quoi ? esquiva Lauren.. . les vierges de vingt-trois ans sont une denrée aussi rare que les plages non polluées. .. dit-il d'un ton comme toujours ironique.. Nick l'empoigna fermement par la taille et l'attira contre lui jusqu'à ce que le tissu de son jean touche l'arrière de ses jambes nues. vous ne vous étiez pas aperçu que je. j'étais.. cela allait de soi. . ..Je ne me doutais absolument pas que vous étiez vierge.Si je vous l'avais dit.s'attendait absolument pas de sa part.Pourquoi ces placards sont-ils complètement vides ? En dehors des restes du dîner de ce soir.Mais avant ce. .Mais vous auriez dû me le dire avant que nous nous retrouvions dans ce lit. ils ne contiennent aucun aliment. je l'avais oublié.Si le sujet ne s'est pas présenté. .

Vous est-il jamais arrivé de tenir. mais j'aurais fait preuve de davantage de douceur envers vous. figurez-vous. Nous n'avons pas envie d'une femme inexpérimentée et nous ne nous attendons pas à ce qu'elle le soit.. A l'idée de « voler » quelque chose qui revient à votre futur mari ? Ne soyez pas ridicule. et vous avez le droit de les satisfaire avec qui vous plaît. Les hommes n'attachent plus aucune importance à la virginité. des réserves à l'idée. . Les paupières de Nick s'abaissèrent et son regard s'attarda sur les courbes appétissantes des seins de la jeune femme.Et ça ne vous gênait pas qu'elles aient eu des relations sexuelles avec un grand nombre d'hommes avant vous ? . Choisissant par prudence de fixer le médaillon en or qui pendait à une longue chaîne autour du cou de Nick.A l'idée de quoi ? se moqua-t-il tendrement. à l'idée de.Je trouve que vous faites preuve de. à une femme dans votre vie ? . je ne sais pas..A quelques-unes. de vraiment tenir..Je l'ignore.lui demanda Lauren qui adorait le son de sa voix et l'étreinte des bras qui l'enlaçaient. . . Il me semblait que vous auriez pu avoir.. . il posa sur elle des yeux sincèrement étonnés. oui. Vous éprouvez les mêmes désirs physiques que moi. S'il avait vraiment tenu à ces autres femmes..Non. Vous n'êtes pas les seules à être libérées. il est grand temps que nous retournions dans cette chambre.. d'énormément de tolérance et de sang-froid.. . Lauren se demanda s'il avait délibérément interprété de travers le terme qu'elle avait employé afin d'éviter le sujet. Il ne s'attendra pas à ce que vous soyez vierge. Lauren.. ..Absolument pas.Pourquoi diable aurais-je changé d'avis ? . balbutia-t-elle. Se penchant en arrière.Si je vous ai donné l'impression d'avoir le sang froid.. . Lauren lui demanda : .

dit-elle. sur cette bouche tendre et généreuse et sur cette poitrine pleine et tentante pressée contre son torse nu. Un sourire de plénitude sur le visage. Le fait d'être toute nue alors qu'il était habillé la rendait gauche. En fait.n'aurait-il pas dû se montrer plus possessif envers elles ? S'il tenait vraiment à elle.Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle.Quoi ? murmura-t-il. Lauren ressentit une déception terrible. . car elle venait de s'apercevoir qu'il était déjà douché et rasé et qu'il était habillé d'un pantalon gris coupé sur mesure et d'une chemise grise au col ouvert.. ne devrait-il pas être heureux d'être le premier homme auquel elle s'était donnée ? Ses yeux bleus troublés se levèrent vers lui.Lauren.Bonjour. Ses bras se resserrèrent autour d'elle et il pencha la tête. Il arrivera dans une heure. Mais sa joie s'estompa presque immédiatement. elle referma les yeux et replongea dans un sommeil profond. il ne paraissait même pas se rendre compte qu'elle était nue.. Mais sa bouche s'ouvrit sur la sienne en un long baiser enivrant qui la réduisit au silence.Nick ? Il promena le regard sur la jeune beauté délicate qu'il tenait dans ses bras. tout en tentant de s'adosser aux oreillers sans lâcher le drap qu'elle serrait contre sa poitrine.. . . Un. je crains d'avoir à abréger notre journée. Lauren roula sur le côté et vit la tête brune de Nick posée sur l'oreiller à ses côtés. mais qua- . . . sur ce visage encadré par une crinière ébouriffée de mèches ondulées aux reflets d'or.. Elle ne se réveilla que lorsque Nick posa une tasse de café à côté d'elle sur la table de nuit et s'assit sur le lit. Un peu après l'aube. un de mes associés m'a appelé ce matin. Je trouverai quelqu'un d'autre pour me raccompagner en ville. mais Nick ne paraissait pas s'apercevoir de son malaise. épuisée de bonheur.

Envolé. sa déception s'était transformée en une vive inquiétude.S'il y avait des conséquences. . mais il se garda bien de laisser filtrer la moindre trace d'émotion dans sa voix. Lauren jeta un coup d'œil à l'horloge du tableau de bord de sa voiture. l'amant passionné et séducteur de la nuit précédente. avec la sensation de lui présenter un visage en feu. quand Nick la raccompagna à sa voiture.. je vous demande de me tenir au courant. Quand elle passa la marche arrière... Elle ne savait plus où elle en était.rante minutes plus tard.Lauren. je vous demande de me tenir au courant. la ligne de téléphone aurait été rétablie et mise à son nom. Pour la joindre ce jour-là. il suffirait à Nick de décrocher le . elle s'était arrangée pour glisser sans en avoir l'air dans la conversation qu'elle y serait de retour le vendredi et que. « Si jamais il y a des conséquences. la regarda sans ciller et lui dit : . et non une nuit d'amour. La veille. Elle hocha la tête et il lui ouvrit la porte de la voiture pour qu'elle puisse y monter. alors qu'ils discutaient de son déménagement à Détroit. N'essayez pas d'y faire face seule. Elle s'arrêta devant sa voiture et se tourna vers lui dans l'espoir qu'il allait la prendre dans ses bras et lui donner un baiser pour lui souhaiter bon voyage. Ou était-ce toujours ainsi que les hommes se conduisaient après ? Lauren essaya de se convaincre qu'elle était trop sensible. il regagnait déjà la maison à grands pas. avez-vous pris des précautions à propos des éventuelles conséquences de la nuit dernière ? Une grossesse ! Lauren secoua la tête. ces cinq derniers mots ne cessaient de tourner dans son esprit. Elle sentit que sa réaction l'irritait. il enfonça les mains dans ses poches. dans l'intervalle. Nick se conduisait maintenant de manière amicale mais impersonnelle. Au lieu de quoi. Elle était en pleine traversée des immenses étendues rurales de l'Indiana. Vous me promettez de me le dire ? Lauren était trop gênée pour répondre. comme s'ils avaient passé ensemble une nuit agréable à jouer aux cartes. » De me tenir au courant.

Ils avaient ri ensemble et appris à se connaître. Il attendrait peut-être jusqu'au samedi ou au dimanche. Plus il se sentirait attaché à elle. l'idée que son bonheur puisse dépendre d'une femme serait difficile à supporter pour lui.. Peut-être était-ce pour cela qu'il était soudain devenu si lointain et si impersonnel ce matin ! Après trente-quatre années d'indépendance. Lauren était très lasse. mais sûrement pas davantage. mais optimiste. à moins qu'elle ne soit dans l'obligation de le joindre pour lui annoncer qu'elle était enceinte ? D'une certaine façon. Lauren avait l'impression d'être un objet qu'on avait utilisé. le soleil levant striait le ciel de traînées roses.combiné et de demander à l'opérateur son nouveau numéro. Pourquoi s'était-il exprimé comme s'il n'avait aucune raison de la recontacter. A son retour à Détroit vendredi. il le savait parfaitement.. plus il s'efforcerait de combattre ses sentiments. elle en était convaincue. puis jeté au rebut. Quand Lauren traversa le Mississippi pour entrer dans le Missouri. et elle était persuadée qu'il éprouvait quelque chose pour elle. Peut-être avait-il commencé à ressentir de l'amour. Elle se sentait si proche de lui ! Comment pouvait-il ne pas avoir ressenti la même impression ? Elle ne parvenait pas à concevoir qu'il ait simplement l'intention de disparaître et de ne plus jamais la revoir. . après avoir été rejeté par sa propre mère. elle recevrait certainement un coup de fil de Nick. Elle aimait Nick.

Whitworth est arrivé il y a une heure et demie. s'étendaient bien à l'écart de la rue bordée d'arbres.9 Lauren continua à faire preuve d'optimisme pendant toutes les journées où elle fut occupée à emballer ses affaires. construits en pierre et en verre. elle n'eut aucun mal à trouver le faubourg élégant de Bloomfield Hights ce soir-là.M. à moitié plongés dans l'ombre de jardins paysagers dessinés avec infiniment de soin . avec leurs colonnes blanches. les unes après les autres. . Le gardien sortit et vint scruter son visage à travers la vitre ouverte de la voiture. Il était 10 heures du soir quand elle s'arrêta devant le portail d'une ravissante résidence de style espagnol. il lui annonça : . de superbes maisons de style Tudor se dressaient aux côtés d'immenses demeures de style géorgien. elle démarra en direction du Michigan. Des ranches spectaculaires. Lorsqu'elle déclina son nom. Les maisons splendides l'éblouissaient au passage. Mais elle eut néanmoins un peu de mal à se convaincre que c'était désormais là qu'elle allait vivre. quand. après avoir fait un dernier signe d'adieu à son père et à sa belle-mère. Grâce aux indications que Philip Whitworth lui avait fournies. son optimisme grandissant s'était transformé en un état d'attente fébrile et radieuse. Et le jeudi matin. mademoiselle.

C'est merveilleux. Si vous avez besoin d'aide. Lauren reconnut les marques de certains couturiers. Lauren oublia sa lassitude en s'arrêtant devant une cour charmante. qui était en train de transporter l'une de ses valises dans la chambre. Elle ouvrit la porte de l'un d'eux et détourna la tête pour questionner Philip du regard. après qu'ils eurent fait le tour du propriétaire. dans laquelle on entrait par un portail en forme d'arche sur lequel était inscrit le numéro 175. .Que vais-je faire de tous ces vêtements ? Ce placard et tous ceux qu'elle ouvrit par la suite étaient pleins à craquer de superbes tailleurs et de robes en lin. répondit Philip sans prêter grand intérêt à la remarque de Lauren. dit Lauren. C'était là que Philip avait promis de la retrouver pour lui montrer les lieux. seriez-vous d'accord pour que j'achète . tandis que d'autres vêtements griffés lui parurent provenir tout droit de Paris. n'hésitez sur tout pas à faire appel à moi. mais sa taille était la même que la sienne.Philip. dont l'un des murs était entièrement recouvert de miroirs qui cachaient des placards. les doigts contre la visière de sa casquette : . . La plupart d'entre eux avaient encore des étiquettes et n'avaient probablement jamais été portés. Je vais téléphoner à une association carita-tive et leur demander de venir enlever tout ce bazar.Alors. . lui dit-il. en soie et en crêpe. .J'ai cru comprendre que vous étiez une nouvelle résidente. Lauren fit glisser sa main sur un magnifique blazer en velours couleur lie-de-vin.Puis il lui indiqua l'allée qu'elle devait prendre et la salua respectueusement. . Non seulement cette femme avait des goûts extrêmement jeunes en ce qui concernait les vêtements. et sa Cadillac était effectivement garée dans l'allée menant au garage privé. puis elle jeta un coup d'oeil à l'étiquette qui pendait de la manche. qu'en pensez-vous ? lui demanda-t-il une demi-heure plus tard. .Elle ne peut pas s'arrêter d'acheter.On dirait que votre tante a des goûts extrêmement jeunes en matière vestimentaire.

Pas sa tante. et donnez les autres.. Ça m'évitera de m'en occuper. C'est moi qui les ai payés. lui avait dit Philip. je vous le promets. D'un haussement d'épaules. on serait vendredi.Bien sûr. la jeune femme laissa tomber le sujet.certains de ces vêtements ? Il haussa les épaules.Au fait. Lauren éteignit la lumière et le suivit. . C'est pour cela que je ne lui en ai jamais parlé. tout en s'assurant de sa discrétion. Elle alla jusqu'au téléphone et poussa un soupir de soulagement en entendant la tonalité. tandis qu'elle contemplait de nouveau la pièce superbe avec un hochement de tête désabusé. La vision des vêtements somptueux suspendus dans les placards du dessus se superposa dans son esprit. elle s'assit à la table de .. ma femme ignore que j'ai acheté cet endroit pour ma tante. Il était déjà dans l'escalier descendant au livingroom.. .Mais ce sont des vêtements très onéreux. . Je vous serais reconnaissant de faire de même. dit-il en s'immobilisant. l'interrompit-il sans cacher son irritation. Cela ne la regardait pas. et les délicats tissus d'ameublement en soie. Le lendemain matin. elle fit le tour du duplex luxueux qui serait désormais sa résidence. On aurait dit que l'appartement avait été décoré dans le but d'être photographié pour un magazine. Après le départ de Philip. et Nick risquait de téléphoner. . Un sourire entendu se dessina lentement sur le visage de Lauren. Sa maîtresse ! Dans un passé assez récent. Ils sont à vous. . L'appareil fonctionnait. Prenez ceux qui vous plaisent. les objets anciens de valeur.Je sais ce qu'ils coûtent.Prenez ceux que vous voulez. et admira la cheminée de marbre. très tôt. la main posée sur le bouton de la porte. « Ma femme ignore que j'ai acheté cet endroit pour ma tante ». Philip Whitworth avait sûrement eu une maîtresse. il se dirigea vers la porte pour s'en aller. Après l'avoir aidé à décharger le reste de sa voiture. Demain. Carol trouve que les membres de ma famille abusent de ma générosité..

il y avait les factures d'électricité. La prime de mille dollars que Philip lui avait promise était pour le moins tentante.. Elle passa le reste de la journée à sortir les vêtements des placards. sans oublier l'assurance de celle-ci. En dehors des dettes de ses parents. Le lundi. le ferait revenir à elle. Dans sa tête. à les essayer et à séparer ceux qui lui allaient de ceux qui devaient être retouchés. Au moment où elle prenait son sac. de téléphone. mais elle se consola à l'idée qu'il appellerait sans doute le lendemain. La liste de ses dépenses paraissait interminable. elle s'installa devant le secrétaire et établit un budget qui lui permettrait d'envoyer le plus d'argent possible à la maison. Quand elle alla se coucher. et elle décida de l'acheter pour tricoter un pull. Le désir sexuel. et ses frais de nourriture. à tout le moins. mais tous deux avaient des crédits à rembourser et d'autres obligations matérielles qu'elle n'avait pas à assumer. dans ce cas.la cuisine pour dresser la liste des achats qu'elle devait faire. Pendant toute la journée suivante. elle vit de la laine du même gris que les yeux de Nick dans la vitrine d'une mercerie. mais elle la rejeta. Ce serait formidable si elle parvenait à découvrir le nom de cet espion. Nick n'avait pas téléphoné. elle rangea ses bagages sans s'éloigner du téléphone. Outre les produits de base. Ce rôle lui répugnait néanmoins car. elle lança un regard au téléphone. elle . elle prétendit que cela ferait un cadeau de Noël idéal pour son demi-frère mais.. Le dimanche. ou tout au moins à apprendre quelque chose qui puisse être vraiment utile à la société de Philip Whit-worth. qui était un samedi. Elle avait aussi les mensualités à payer pour sa voiture. A Har-bor Springs. Deux heures plus tard. il lui fallait deux choses bien spéciales pour fêter la venue de Nick : du bourbon et du Grand Marnier. au fond de son cœur. elle ne vaudrait pas mieux que l'espion qu'elle aurait démasqué. La pensée qu'il ne l'appellerait peut-être jamais lui traversa l'esprit. elle revint avec ses achats. Nick l'avait ardemment désirée et il le lui avait prouvé. Lenny et Melissa apportaient également leur contribution financière.

. tandis qu'elle préparait les vêtements qu'elle porterait pour son premier jour au bureau.savait qu'elle allait le tricoter pour Nick. . elle se dit que Nick l'appellerait le lendemain. Le dimanche soir suivant. Il l'appellerait à son nouvel emploi pour lui souhaiter bonne chance..

H lui adressa un sourire pour se faire pardonner. fiancée ou libre.Vous me donnez l'impression de travailler dans un tourbillon. le lendemain vers 5 heures du soir.10 . Tous pensent que j'ai la plus jolie secrétaire de la société. . Il ne lui avait pas souhaité bonne chance pour ce premier jour de travail. son nouveau patron. répondit-elle gaiement. Ses sourcils se haussèrent en point d'interrogation. avant même qu'elle puisse répondre : Un consensus s'est fait parmi les hommes qui travaillent ici. ils travaillaient bien ensemble.Oh ! des questions qui portent avant tout survotre situation de famille. Lauren ? . . de l'autre côté de son bureau. . son carnet de sténo plein des textes à taper qu'il lui avait dictés. Ou croyez-vous que vous allez avoir envie de rester ? Lauren était assise face à lui.Etes-vous libre. C'était vrai. Toute la journée. .Alors.Nous nous entendons si bien qu'au bout d'une heure. j'ai dû répondre à des questions à votre sujet. mais elle avait été si occupée qu'elle n'avait guère eu le temps d'en être malheureuse. ajoutant.A quel genre de questions ? .. j'avais oublié que vous étiez nouvelle ! Le compliment fit plaisir à Lauren. . êtes-vous prête à démissionner ? plaisanta Jim Williams. Nick ne l'avait pas appelée.Que pensez-vous de vos collègues ? la sonda-t-il. Si vous êtes mariée..

laissant la porte de la salle de bains ouverte afin d'entendre le téléphone quand il sonnerait dans sa chambre. avant que je parte ? .Pour quoi ? railla-t-elle. Elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse caresser l'idée de lui demander de sortir avec lui. Nick ne . il le ferait sûrement ce soir. Si Nick devait l'appeler.Non. mais il n'était pas du genre à mélanger les affaires et le plaisir. ça peut attendre à demain matin. Elle se prépara un sandwich. elle se mit au lit. puis s'assit sur le canapé tendu de soie à rayures bleues et blanches. Jim sortait beaucoup. Il lui téléphonerait pour lui demander comment elle s'était sortie de cette première journée. Au cours du déjeuner. S'il ne l'appelait pas maintenant.. Lauren ne put s'empêcher de se demander si elle était victime de son imagination ou si les questions que Jim lui avait posées étaient intéressées sous leur apparence anodine. Tandis qu'elle mettait de l'ordre sur son bureau. Selon les rumeurs. Elle se leva. A 22 heures. elle désirait qu'il sonne. les yeux rivés sur le téléphone. De toute son âme. Grand. Lauren se dit également qu'il était beau. avait énormément d'argent et représentait bien entendu un excellent parti. alluma la télévision. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge et se hâta de boucler son travail. Cette idée lui donna la nausée. elle monta à l'étage pour prendre sa douche. après deux semaines et un jour. Elle rentra chez elle aussi rapidement que la circulation le lui permit. avec d'épais cheveux blond-roux et de chaleureux yeux bruns pailletés d'or. et qu'il s'était empressé de les transférer dans d'autres services. Sans la moindre émotion. Il était 18 h 15 quand elle se précipita à l'intérieur de son duplex. A 21 h 30. c'était qu'il n'avait manifestement aucune intention de la revoir. s'empressant d'ajouter : . elle avait appris que trois secrétaires avaient eu le tort de succomber à son charme charismatique. avec l'impression déplaisante qu'il essayait en fait d'apprendre par ce biais le genre de relations qui la liait à Nick.Souhaitez-vous me dicter la fin ce soir.

mais au moins. elle se sentirait encore troublée et déçue. » De toute évidence. je suis désolée. Il jeta un coup d'œil à sa montre et se leva. observa-t-il. cette envie lui avait passé. . espérant contre tout espoir que Nick allait se matérialiser. Elle fit des fautes de frappe dans les lettres qu'elle tapait. avec davantage de détermination que de réussite. elle n'aurait pas l'impression d'être une chose dont on s'était servi et qu'on avait jetée. alors qu'elle lui tendait un rapport qu'il lui avait fallu taper à deux reprises avant qu'il soit correct. . coupa deux des communications téléphoniques de Jim et égara un dossier important. .l'appellerait pas ce soir. Lauren tourna la tête sur l'oreiller. dans le nouvel immeuble de l'autre côté de la rue. Elle referma ses yeux voilés de larmes et le beau visage d'airain de Nick lui apparut. tandis qu'il griffonnait ses initiales au bas du rapport. . Lauren. C'est rare que ça m'arrive. elle sortit se promener devant l'immeuble de Global Industries. Elle était incapable de prendre le sexe à la légère. Le lendemain matin. Non seulement cela se révéla futile. ajouta-t-elle.Oui. Si elle n'avait pas couché avec Nick. mais en agissant ainsi. Tout le monde appelait l'immeuble de Global In- . et un ruisseau de larmes brûlantes se mit à couler du coin de ses yeux. avec un sourire qu'elle espérait rassurant. elle sacrifia le peu qui lui restait de sa fierté ravagée.Mauvaise journée? lui demanda Jim en fin d'aprèsmidi.Ne vous inquiétez pas. Elle distinguait le désir qui brûlait dans ses yeux aux paupières lourdes et entendait sa voix basse et sensuelle qui lui susurrait : « J'ai envie de vous. « Et qu'on ne me parle plus de la libération des femmes ! » se dit-elle misérablement alors qu'elle engageait une nouvelle feuille de papier dans sa machine à écrire au milieu de l'après-midi. Lauren se jeta à corps perdu dans son travail.Il faut que j'apporte ce rapport au bureau du contrôleur. Ni jamais. A midi. ça arrive à tout le monde.

dustries le « nouvel immeuble », si bien que Lauren n'avait aucun doute sur ce qu'il entendait par là. - Avez-vous vu l'espace que nous allons y occuper? Lauren eut l'impression que son visage se transformait en un masque de cire. - Non. Tout ce que je sais, c'est que nous sommes censés nous présenter là-bas pour travailler lundi matin. - Exact, dit-il, tout en courbant le dos pour passer le veston de son costume. Sinco est la plus petite et la moins lucrative des filiales de Global Industries, mais nous allons avoir d'impressionnants bureaux. Il lui tendit une page arrachée à un journal, qu'il avait pliée en quatre. - Avant de partir, voudriez-vous montrer ça à Susan Brooke, au service des relations publiques, et lui demander si elle l'a vu ? Si elle l'a raté, dites-lui qu'elle peut en avoir une copie pour son dossier. » Vous serez probablement partie à mon retour, fit-il sur le pas de la porte. Passez une bonne soirée. Quelques minutes plus tard, Lauren se rendit avec une certaine indolence au service des relations publiques. Au passage, elle faisait un signe de la tête et souriait à ses collègues, mais dans son esprit, c'était Nick qu'elle voyait. Comment parviendrait-elle jamais à oublier la façon dont la brise ébouriffait ses cheveux au moment où il attrapait cet imbécile de poisson ? Ou l'allure splendide qu'il avait dans son smoking ? Repoussant de toutes ses forces le désespoir qui l'habitait, elle tendit aimablement à Susan Brooke la page que Jim avait arrachée dans le journal. - Jim voulait savoir si vous aviez vu ceci. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez en avoir une copie pour votre dossier. Susan déplia la page pour y jeter un coup d'œil. - Non, ça m'avait échappé. Apparemment ravie, elle fouilla dans son bureau et en sortit un classeur très épais, bourré de magazines et d'extraits de presse. - Ce qui me plaît le plus dans mon travail, c'est de garder ce dossier à jour, dit-elle en ouvrant le classeur dans un éclat de rire. Regardez-moi ça : n'est-ce pas le plus beau spécimen de mâle que vous ayez jamais vu?

Le regard de Lauren glissa du sourire pétillant de Susan au beau visage d'homme qui la fixait de la couverture du magazine Newsday. Sous le choc, elle resta pétrifiée sur place, mais sans pouvoir empêcher sa main de se tendre vers le magazine. - Vous pouvez emporter le dossier dans votre bureau et vous extasier dessus tout à loisir, lui suggéra gaiement Susan, sans remarquer la panique qui l'avait envahie. - Merci, dit Lauren la gorge nouée. Elle s'enfuit jusqu'au bureau de Jim et, refermant la porte derrière elle, s'effondra sur une chaise et ouvrit le dossier. Le bout de ses doigts moites, qu'elle faisait glisser sur les sourcils bruns arrogants de Nick, sur les lèvres viriles, légèrement souriantes, qui avaient caressé et dévoré les siennes, laissa des marques sur la couverture glacée du magazine. J. Nicholas Sinclair, disait la légende de la photo, président et fondateur de Global Industries. Elle n'arrivait pas à en croire ses yeux. Son esprit refusait de l'admettre. Abandonnant le magazine, Lauren déplia lentement la page que Jim avait arrachée du journal. L'article était daté de deux semaines auparavant, par conséquent du jour où elle se trouvait à Harbor Springs avec Nick et où il l'avait renvoyée dans le Missouri sous prétexte qu'un de ses « associés » venait lui rendre visite. RÉCEPTION À HARBOR SPRINGS : DES AIGLES DE LA FINANCE ET LEURS PAPILLONS RÉUNIS POUR CINQ JOURS DE PLAISIR, titrait l'article. La page entière était consacrée aux photos et aux commentaires de la réception. Au beau milieu trônait un cliché de Nick en plein farniente sur la plate-forme en cèdre de La Crique, le bras passé autour des épaules d'une superbe blonde que Lauren n'avait pas rencontrée à Harbor Springs. J. Nicholas Sinclair, l'industriel de Détroit, avec sa compagne de longue date, Ericka Moran, dans la maison de Mlle Moran près de Harbor Springs, indiquait la légende sous la photo. La compagne de longue date... la maison de Mlle Moran... Une souffrance, aiguë et déchirante, foudroya Lauren. Nick l'avait emmenée dans la maison de sa petite

amie. Il lui avait fait l'amour dans le lit de sa petite amie ! - 0 mon Dieu ! laissa-t-elle échapper dans un souffle, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes brûlantes. Il lui avait fait l'amour, puis il l'avait renvoyée dans ses foyers parce que sa maîtresse avait décidé de rejoindre leur groupe d'amis à Harbor Springs. Comme mue par le besoin de se torturer davantage, Lauren se pénétra de chaque mot de l'article, puis elle ramassa le numéro de Newsday et lut le reportage de huit pages dans son entier. Quand elle eut terminé, le magazine glissa de ses doigts gourds sur le sol. L'hostilité ouverte que lui avait montrée Bebe Leonardos n'avait plus rien d'étonnant ! Selon le reportage, Nick et Bebe avaient eu autrefois une liaison torride dont toute la presse avait parlé et qui s'était achevée le jour où Nick l'avait laissée tomber pour une actrice de cinéma française, celle-là même qui jouait au tennis en talons hauts à cette fameuse réception de Harbor Springs... Un rire hystérique enfla dans la poitrine de Lauren. Pendant qu'elle était sur la route du Missouri, Nick était en train de faire l'amour à sa maîtresse. Pendant qu'elle l'attendait nuit et jour près du téléphone la semaine précédente en lui tricotant un pull, il assistait à un bal de charité avec Ericka à Harbor Springs... Des torrents d'humiliation la submergeaient tout entière. Les épaules secouées de déchirants sanglots silencieux, elle croisa les bras sur le bureau de Jim et y enfouit la tête. Elle pleurait sur sa stupidité, sur ses illusions anéanties et sur son rêve brisé. La honte gonfla encore le flot de larmes qui se déversaient de ses yeux - elle avait fait l'amour avec un homme qu'elle ne connaissait que depuis quatre jours, et dont elle ignorait jusqu'à l'identité véritable ! Et c'était encore une chance qu'elle ne se retrouvât pas aujourd'hui enceinte ! Au souvenir de la colère et de l'émotion douloureuse qui l'avaient étreinte en apprenant que la mère de Nick l'avait abandonné lorsqu'il était petit garçon, ses larmes redoublèrent. Sa mère aurait dû le noyer !

Ses sanglots furent interrompus par la voix de Jim : - Lauren ? Elle releva la tête à l'instant où il s'immobilisait près d'elle. - Mais que se passe-t-il ? Ravalant son chagrin, elle parvint à lever ses yeux embués, bordés de cils épais hérissés par les larmes, vers le visage inquiet de son patron. - Je croyais... A la torture, elle fut obligée de reprendre sa respiration avant d'exhaler dans un souffle : - Je croyais qu'il n'était qu'un simple ingénieur qui voulait créer un jour sa propre entreprise. Et il ne m'a pas détrompée ! s'étouffa-t-elle. Il m'a laissée le croire. La compassion qui se lisait sur le visage de Jim était plus qu'elle ne pouvait en supporter. Elle se leva. - Puis-je sortir d'ici sans que personne me voie ? Je veux dire... est-ce que tout le monde est déjà parti ? - Oui, mais vous n'êtes pas en état de conduire. Je vais vous ramener. - Non, se hâta-t-elle d'objecter. Je vais très bien, je peux conduire. Vraiment. - En êtes-vous sûre ? Elle parvint enfin à contrôler les tremblements de sa voix. - Absolument. J'ai eu un choc, c'est tout. Je suis confuse. Jim désigna le dossier d'un geste sans conviction. - Vous en avez fini avec ça ? - Je ne l'ai pas lu en entier, répondit-elle, éperdue. Il ramassa le magazine sur le sol, le mit dans l'épais dossier avec l'article de presse et tendit le tout à Lauren. Celle-ci le prit d'un geste automatique, puis s'enfuit comme une flèche. Elle crut qu'elle allait se remettre à pleurer en montant dans sa voiture, mais il n'en fut rien. Et elle ne pleura pas non plus durant les trois heures qu'elle consacra à la lecture du dossier. Il ne lui restait plus de larmes à verser.

Lauren se gara dans le parking près de l'écriteau qui indiquait Réservé aux employés de Sinco. Depuis qu'elle avait lu le dossier la veille au soir, le terme Sinco avait acquis dans son esprit une nouvelle signification : « Sinclair Electronic Components ». Selon le Wall Street Journal, la société avait été créée douze ans auparavant par Matthew Sinclair et son petit-fils, dans un garage situé derrière le bâtiment qui abritait désormais le restaurant de Tony. Sa voiture garée, elle ramassa le dossier consacré à J. Nicholas Sinclair sur la banquette arrière et sortit du véhicule. Nick avait construit un empire financier qu'il maintenait florissant en plaçant des espions chez ses concurrents. Manifestement, songea-t-elle farouchement, il montrait aussi peu de scrupules dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée. Devant les sourires aimables que les employées lui adressèrent à son arrivée, un sentiment de culpabilité l'envahit à l'idée qu'elle allait jouer un rôle dans la destruction de l'entreprise pour laquelle ces femmes travaillaient. Non, il ne s'agissait pas de la détruire, se corrigea-t-elle en rangeant son sac dans son bureau. Une entreprise comme Sinco était digne de survivre, à condition qu'elle soit en mesure de se battre honnêtement contre ses concurrents pour obtenir des contrats. Sinon, elle méritait de péricliter avant d'avoir mené à leur perte ses concurrents honnêtes, comme la société de Philip Whitworth. Elle se rendit dans le bureau de Jim. Etait-il au courant que Nick employait des espions ? Quelque chose lui disait que non. Elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse admettre de tels procédés. - Merci de m'avoir autorisée à emporter ce dossier chez moi, lui dit-elle d'une voix douce. Jim interrompit tout de suite la lecture du dossier sur lequel il travaillait pour examiner ses traits pâles, mais qui avaient retrouvé leur calme. - Comment vous sentez-vous ce matin? se contenta-t-il de lui demander. D'un geste gauche, elle enfonça les mains dans les poches de sa jupe. - Embarrassée... et plutôt stupide.

dit calmement Jim.Comme je pensais qu'il n'était qu'un simple ingénieur. elle lui dit : . répondit-elle dans un élan de sincérité teintée d'amertume. Feignant maladroitement l'indifférence. Et qu'avez-vous l'intention de faire pour y remédier ? . mais il s'exprima d'un ton solennel : .. C'est Nick qui reçoit.J'ai l'intention de me jeter dans mon travail et d'apprendre le plus de choses possible.Cela m'ennuie. j'ai dit et fait des choses qui sont extrêmement embarrassantes quand j'y pense maintenant.Sans entrer dans des détails douloureux.Je vois. . Tous les directeurs de nos différentes sociétés y sont conviés en compagnie de leurs secrétaires. Un coup de poignard douloureux transperça Lau-ren au souvenir de la bonne volonté qu'elle avait mise à collaborer à l'entreprise de séduction de Nick. afin qu'ils fassent plus ample connaissance. c'est : qu'avez-vous l'intention de faire quand vous verrez Nick ? . ainsi que leur patron. . par le passé. elle en avait parfaitement conscience. Jim. Elle était prise au piège. samedi prochain aura lieu un cocktail privé dans le restaurant tournant au sommet de l'immeuble de Global Industries. n'était pas le genre de patron à autoriser que sa vie privée vienne empiéter sur sa vie .Si cela ne vous ennuie pas. Elle devait néanmoins à Jim un semblant d'explication au sujet de son comportement hystérique de la veille. ont travaillé dans des immeubles différents. . pour-riezvous me donner une idée de ce que Nick a bien pu faire pour vous blesser autant ? J'imagine que ce n'est pas uniquement parce que vous veniez de découvrir qu'il était riche et célèbre que vous avez versé tant de larmes.Ce que je voulais dire. .Lauren. je préférerais ne pas y aller. Les coins de la bouche de Jim se relevèrent en un demi-sourire.Je ne veux plus le revoir de toute ma vie ! rétorqua-t-elle laconiquement. affirma Lauren. Vous pourrez rencontrer les secrétaires avec lesquelles vous aurez à travailler dans l'avenir. Le but de cette petite réunion est de rassembler tous ceux qui.

quand vous y serez préparée ? Comme Lauren hésitait encore.Tôt ou tard. vous aurez à rencontrer Nick. . il ajouta d'un ton qui n'acceptait aucune réplique : . Et si elle perdait son emploi. Ne vaut-il pas mieux que ça ait lieu samedi.professionnelle.Je passerai vous prendre à 19 h 30. elle ne découvrirait jamais qui était l'espion que Nick employait pour surveiller l'entreprise de Philip Whitworth. . poursuivit Jim. persuasif.

qu'elle avait fini par choisir dans l'après-midi. son orgueil blessé exigeait qu'elle soit aussi éblouissante que possible à cette soirée. Lauren mit du rouge à ses lèvres. elle alla décrocher une robe de cocktail fluide en mousseline. Elle remonta la fermeture Eclair de la robe avant de chausser d'élégants escarpins. puis une pointe de rose sur ses pommettes. Dans l'un des placards dissimulés derrière les miroirs. Malgré tout. Elle essaya en vain de se réjouir de son apparence. se déployait comme un arc-en-ciel.11 D'une main tremblante. Maintenant qu'elle avait découvert le salaud sans principes. alors que l'attendait une confrontation avec l'homme . tandis que des pans de tissu de couleurs identiques s'entrecroisaient sur la poitrine en un bustier s'agrafant sur la nuque. les épaules et le haut du dos complètement dénudés. parmi la nouvelle et élégante garde-robe qu'elle venait d'acquérir. il allait sans doute lui paraître dénué de toute séduction. composée de pans de mousseline couleur crème qui se fondaient en un camaïeu de teintes plus foncées allant jusqu'au pêche. elle recula d'un pas afin d'étudier son image en pied dans le miroir de la porte. qui lui laissait les bras. La jupe large. Elle jeta un coup d'œil à sa montre : Jim serait là dans un quart d'heure. menteur et arrogant qu'était en réalité Nick. Après avoir refermé le placard. Comment aurait-elle pu être satisfaite d'elle-même.

qui l'avait séduite sans effort et lui avait ensuite suggéré de lui téléphoner si elle tombait enceinte ? Un multimillionnaire qu'elle avait invité à déjeuner en lui disant généreusement qu'il pouvait choisir n'importe quel plat sur le menu ! Vu son caractère vil et cynique. songea-t-elle en cherchant dans sa boîte à bijoux les précieuses boucles d'oreilles en or de sa mère. elle aurait avec lui un comportement naturel et détaché. tout comme il l'avait été pour lui. elle se convainquit que cette attitude ne manquerait pas de le déstabiliser. Nick s'attendrait sans nul doute à ce qu'elle se montre blessée et fâchée. et le lendemain à La Crique.. Elle prenait toujours le plus grand soin d'elles. Il était impossible qu'elle les ait égarées. que Nick ne l'ait pas laissée payer ce repas hors de prix. et elle avait enlevé les boucles parce qu'elles la gênaient. elle se demanda avec une certaine nervosité où pouvaient bien être passées ces boucles. elle se souvint qu'elle portait les bouclés d'oreilles à la réception de Harbor Springs. Cette nuit-là. Etant donné ce qui s'était passé. pour réviser mentalement l'attitude qu'elle adopterait à son égard pendant cette réception. mais elle n'avait pas la moindre intention de lui laisser entrevoir ne serait-ce qu'une ombre de ces deux émotions. Tout en continuant à chercher les boucles d'oreilles.. Même si cela la tuait intérieurement. Nick lui avait embrassé l'oreille.. car cela risquerait de lui prouver qu'elle tenait encore suffisamment à lui pour être en colère. alors qu'ils étaient au lit. il était même étonnant. Elle s'accorda une pause. Au bout de quelques minutes. Elle s'arrangerait au contraire pour le convaincre que leur week-end à Harbor Springs n'avait représenté pour elle qu'une amusante petite escapade. En y réfléchissant. Elle ne devait se montrer froide sous aucun prétexte. car c'était la seule chose qui lui restait de sa mère. Les boucles d'oreilles de sa mère se trouvaient quelque part dans le lit de la petite amie de Nick ! .. et le traiterait avec le même genre d'affabilité qu'elle accordait au portier ou au gardien du bureau.

J'ai juste à prendre mon sac et nous pouvons partir. . l'invita-t-elle sereinement. elle ajouta : . . .Quelque chose ne va pas ? Jim était en train d'admirer ses traits parfaits et la masse luxuriante de sa chevelure aux reflets d'or chaud qui se répandait sur ses épaules en somptueuses ondulations. c'est ça ? Mal à l'aise. Le carillon de la sonnette retentit en bas. admit-elle. elle descendit ouvrir la porte. Jim se tenait sur le seuil en costume sombre et cravate. Les boucles étaient probablement entre les mains d'Ericka Moran. Lauren secoua la tête. A moins que vous ne souhaitiez d'abord boire un verre ? Comme il tardait à lui répondre.Non. à moins que vous n'en ayez besoin pour vous donner du courage avant d'affronter Nick.Voulez-vous prendre un verre ? réitéra Lauren. .Entrez. et elle se releva comme un automate. . Il ne signifie rien pour moi. Après avoir pris une profonde inspiration. dit-il. Jim lui lança un regard amusé. . En l'accompagnant jusqu'à sa Jaguar vert sombre. surprise. mais pas gênée. Lauren appuya les mains sur la commode et laissa tomber la tête en avant.Effectivement.Je n'ai pas besoin de courage.Si je comprends bien. Mais c'était normal : il l'avait vue verser toutes les larmes de son corps.Submergée par une nouvelle vague de douleur et de colère. .Pas dans ce que je vois. le visage réjoui. par cette manière ouvertement masculine qu'il avait d'estimer ses charmes. prototype de l'impressionnant homme d'affaires à succès. Lauren sentit que Jim ne se laissait pas abuser par son indifférence de façade. Puis il balaya d'un regard appréciateur sa silhouette enveloppée de jolie mousseline et ses longues jambes au galbe parfait. vous voulez le convaincre que vous n'éprouvez plus la moindre attirance pour lui. elle se retourna. . . Comme il pénétrait dans le vestibule.

si je suis dans les parages. et j'essaierai de l'être. Vous devriez passer quelques minutes à bavarder avec lui. je vais me permettre de vous donner quelques conseils que vous n'avez pas sollici tés. Pourtant.Dans ce cas. en train de rire à gorge déployée de quelque chose qu'on lui disait. fit-il. un groupe de personnes se déplaça légèrement de côté.. Une traînée d'angoisse se répandit dans les veines de Lauren comme un acide brûlant. Et l'époustou-flante robe crème qu'elle portait était celle que Nick lui avait prêtée. lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent toutes grandes sur l'élégant restaurant tournant du quatre-vingt unième étage. la femme avec laquelle Nick posait sur la photographie publiée par le journal. Nick se trouvait quelque part dans cette pièce. Il se tenait à l'autre bout de la pièce. Aucun détail douloureusement familier le concernant ne lui échappa. elle se détendit. un sourire de gratitude flottant doucement sur le visage. au point qu'elle crut suffoquer. . A la vue de son visage superbe et hâlé. Ils se rendirent au bar. avant de s'engager dans un vrombissement sur la voie express. Lauren se tourna vers lui.. une main familièrement posée sur sa manche. puis le prier de vous excuser de votre air le plus charmant et vous rendre auprès de quelqu'un d'autre. à . du naturel avec lequel il tenait son verre. Lauren jeta un coup d'oeil précautionneux autour d'elle. Au même moment. Pendant que Jim commandait des boissons. dit-elle.Merci. de la réception ou de votre nouveau job. Lauren ne parvint pas à contrôler les battements désordonnés de son cœur. C'était Ericka Moran. Puis elle remarqua la belle blonde qui lui souriait. il lui suffit de jeter un seul regard à la foule grouillante pour sentir sa poitrine se nouer d'appréhension. de l'aisance pleine de classe avec laquelle il portait son costume sombre impeccablement coupé. Moi. Nick se trouvait bien là.Jim changea de vitesse. . Ayant retrouvé calme et confiance en soi.

alors qu'ils circulaient parmi les invités. Si Nick est notre hôte. les mêmes émotions qu'elle venait d'éprouver à la vue de Nick.Voici votre cocktail. elle savait que Nick se moquait totalement de ce qu'elle faisait ou de celui avec qui elle le faisait. Pendant la demi-heure qui suivit. est constitué des membres du conseil d'administration.Ça ne presse pas. .elle. Mais elle le fit pour lui. pour la réception de Harbor Springs. il est de son devoir d'accueillir en personne tous ses invités. lui apprit-il. Lauren eut un mouvement de recul. Lui aussi venait d'apercevoir la belle blonde à l'autre extrémité de la pièce et sur son visage se lisaient désespoir et colère. Au fond de son cœur brisé. Chaque fois qu'Ericka jetait un regard dans leur direction. faisant tout pour avoir l'air de passer un moment absolument délicieux. il la prit par le coude pour la guider dans la direction de Nick et d'Ericka. mais le durcissement de la mâchoire de celui-ci arrêta net ses paroles. Nous attendrons qu'ils viennent vers nous. Jim lui souriait ou la taquinait au sujet de quelque chose..D'accord. nostalgie et désarroi. était épris d'Ericka. Lauren acquit de plus en plus la conviction qu'elle ne s'était pas trompée au sujet de Jim et d'Ericka et que son patron essayait de rendre jaloux à la fois Nick et celle-ci.Le groupe que vous voyez là-bas. Jim hésita avant d'opiner de la tête. Il est temps que nous commencions notre petit jeu. Jim. . Lauren arracha les yeux de ce spectacle pour s'adresser à Jim. elle le comprit sur-lechamp. dit-il finalement en tendant le verre à Lauren. et non pour elle-même. Elle était en train de siroter son second cocktail quand Jim l'enlaça subitement par la taille. Un sourire triste au coin des lèvres. . Ce geste la surprit tellement qu'elle ne se rendit même pas compte qu'il la pinçait en guise d'avertissement. Lauren coopéra de son mieux. .. Ce . non ? Nous n'avons pas besoin de nous précipiter tout de suite sur eux.

Merci. elle parvint à garder un visage épanoui et à prendre la main qu'il lui tendait.J'ai remarqué la vôtre dès que nous sommes entrés. lui expliqua-t-il. . Lauren. Sans regarder Nick. Bien que s'effondrant intérieurement en mille morceaux. Elle retira sa main avec précaution.. lui répondit une voix douloureusement familière.Bonsoir. L'homme qui se tient tout à fait à gauche est le père d'Ericka..sont tous des industriels qui ont une fortune personnelle. . est dans les obligations. lui dit celle-ci. Le corps entier de Lauren s'était brusquement pétrifié au son de la voix profonde de baryton de Nick.Parce que Crawford et sa femme sont tous les deux très laids. La famille de Crawford. . juste dans son dos. Nick. La famille d'Horace. .Comme ça doit être pénible pour eux ! plaisanta Lauren avec un battement de cils comique destiné à l'égayer. Horace Moran. mais elle s'obligea à se retourner. Lauren ajouta : .Bonsoir. .A côté de lui se trouve Crawford Jones. que Nick s'empressa de lui présenter. Jim lui lança un regard d'avertissement avant de poursuivre : . tout comme celle de son épouse. Un seul regard à la lueur d'amusement qui brillait dans ses yeux.Ah oui ? Et personne ne les en délie ? le taquina Lauren. Lauren.J'ai admiré votre robe toute la soirée. est dans le pétrole depuis des générations. Les doigts de celui-ci se refermèrent autour des siens. Ils feraient peur aux petits enfants. suffit à lui venir en aide. Je me demande pourquoi. puis adressa un sourire lumineux à Ericka. et que personne ne souhaite les voir courir en liberté. Elle est époustouflante. lança-t-il gaiement. tandis qu'il attendait qu'elle réagisse. Puis elle se tourna vers Jim : . . .

elle se rendit jusqu'au muret courant autour de la terrasse du restaurant qui s'élevait à hauteur de sa poitrine. En un rien de temps. .. se tenait près du bar. Il hocha la tête. Lauren leva ses yeux turquoise vers les traits impassibles et indéchiffrables de Nick. voici M.. avec sur le visage une expression signifiant qu'il la rejoindrait là-bas.. Jim se trouvait embarqué dans une conversation animée avec un collègue et Lauren fit des efforts pour déployer son charme et son esprit et pour se débrouiller sans lui. elle évita scrupuleusement de regarder dans la direction de Nick. en pleine conversation avec un groupe d'hommes. aucune indignation. durant tout le reste de la soirée. Elle attendit d'avoir attiré son attention. La jeune femme se détourna et se glissa dehors. Jim. le fait de se trouver dans la même pièce que lui faisait peser sur elle une tension presque insupportable. qu'elle cherchait des yeux. Puisant dans les dernières ressources de son assurance en déroute. cependant. Peu de temps après. elle contempla le panorama de lumières scintillantes qui se déployait à des kilomètres à la ronde à ses pieds. Jim. lui dit-elle poliment. Elle avait réussi. Elle était parvenue à traiter Nick avec un mélange parfait de politesse impersonnelle et d'inattention souriante. mais elle fit en sorte chaque fois de regarder d'un air naturel au-delà de lui. Simon. Il a essayé de vous parler toute la soirée. A deux reprises. Il lui fallait un peu de solitude. fût-elle justifiée. puis elle inclina légèrement la tête en direction des portes de verre coulissantes qui s'ouvraient sur la partie en terrasse du restaurant. Au bout de trois heures. Avec un sentiment de satisfaction mêlé de .Veuillez nous excuser. Enveloppée dans le manteau sombre de la nuit.Oh. quatre-vingt-un étages plus bas. Aucune récrimination. De là. comme si elle cherchait quelqu'un d'autre dans la foule. dans le calme bienvenu de cette soirée un peu fraîche. aucune allusion au fait qu'il ne l'avait pas appelée. quelques instants de répit pour se soulager du poids constant de sa présence. elle se retrouva entourée d'un groupe d'hommes fascinés et admiratifs et. elle croisa accidentellement son regard perçant alors qu'elle se retournait.

lassitude. Jim venait la rejoindre. Elle regarda sa chemise blanche. Dans un effort désespéré pour rassembler les idées qui lui échappaient. J'en arrive presque à croire que je suis invisible. s'efforcant de donner à sa voix une pointe de légèreté amusée. qu'il devait sans doute être sidéré par son attitude. Et pourquoi m'auriez-vous manqué ? ajouta-t-elle.. Nick s'approcha du mur. puis son regard parvint enfin à se poser sur ses yeux rieurs. elle songea.Très.La réception est très réussie.Je vous ai manqué ? Les yeux de Lauren s'écarquillèrent et s'emplirent d'une innocence feinte. Il contempla ses cheveux chatoyants qui remuaient doucement sur ses épaules nues.. et elle se résigna à l'idée de perdre cette solitude qui lui était si nécessaire.Et je ne vous ai donc pas manqué du tout ? .. très bien. dit-elle.Comment m'en suis-je sortie jusqu'à maintenant ? demanda-t-elle. Dans son dos. .Est-ce votre façon de me faire comprendre qu'après avoir essayé le sexe avec moi. comme si ce qui s'était passé entre eux signifiait davantage pour lui que pour elle. disons. avant de revenir à son visage. tout en portant son verre à ses lèvres. Les sourcils sombres de Nick se haussèrent brusquement en signe d'interrogation amusée. . elle se retourna lentement. s'y accouda et la dévisagea en silence. . gonflés par une brise légère. vous avez décidé que ça vous plaisait et que vous avez. répéta Lauren dont le sang-froid commençait à s'émousser.. . . Vous n'êtes pas le seul homme disponible du Michigan. sa cravate rayée. ironisa la voix langoureuse de Nick. Il fallait absolument qu'elle se montre polie et détachée. La main de Lauren se mit à trembler si violemment que les glaçons s'entrechoquèrent dans son verre..J'ai été occupée.J'ai été très occupée. élargi votre expérience ? Seigneur ! Il se moquait même complètement qu'elle .. . la porte s'ouvrit et se referma dans un bruissement. .

. lui rappela-t-il froidement. pour une fille intelligente ! Lauren explosa de rage. . .. Peu importe. Elle fît une pause.Quand j'ai quitté Harbor Springs. j'aimerais vous poser une question à la quelle je vous demande de répondre honnêtement. Avalant le fond de son cocktail d'une seule rasade. jusqu'au moment où elle se rendit compte qu'il était en train de la guider vers une porte dérobée de l'autre côté du bâtiment. sans le moindre sentiment. . Partons d'ici. je vous plaisais pourtant beaucoup. et lui saisit la main. elle poursuivit : ..Cette question est tout juste digne d'un adolescent. je déteste les gens qui le peuvent.Maintenant que vous êtes en mesure de comparer. . de sortir avec moi ? . Comme il acquiesçait de la tête. le temps d'inspirer à fond pour se calmer. Prise de vertige sous cette étreinte qui la brûlait. il posa son verre sur l'une des tables. quand il tendit de nouveau la main vers la porte. . . répliqua-t-elle avec mépris. . ou chez vous.Quelle question idiote.Vous avez raison.Nick.Non. aviez-vous l'intention de me revoir ? Enfin. Les gens comme vous ! . puis elle ajouta d'un ton sec : .. Quand il voulut ouvrir celle-ci. Lauren ne s'accorda pas le temps de réfléchir. .Il y a quatre semaines.Chez moi.ait couché avec d'autres hommes ! . et en plus.Je suis incapable d'avoir ce type de rapports sexuels de hasard. prit celui de Lauren pour le poser à côté.. elle reprit ses esprits et recula. Il plia le poignet pour passer ses doigts solides entre les siens.Où allons-nous ? .. le plus égoïste !.Vous êtes le plus arrogant. Elle chancelait encore sous le choc de ce non... je veux dire. quelle note m'accordez-vous ? la taquina-t-il. répondit-il sans ciller. Les joues de Lauren s'empourprèrent et ses yeux se mirent à lancer des étincelles.Pourquoi ? s'entêta-t-elle.

.Et maintenant que vous savez qui je suis et ce que je fais. Il y a quatre semaines. toutes les fibres du corps de Lauren se mirent à vibrer.. il l'attrapa par les épaules pour l'étreindre brutalement et lui captura les lèvres en un baiser d'une sensualité sauvage et provocante.Vous venez ? lui demanda-t-il. c'est ça ? . je vous prenais pour quelqu'un d'exceptionnel. il la lâcha et Lauren.Il y a quatre semaines. Elle secoua la tête. si c'est ça que vous voulez. . . tant elle désirait se perdre à nouveau dans la volupté inouïe que lui avait apportée l'union de leurs deux corps lorsqu'il lui faisait l'amour. vous ne voulez plus rien avoir à faire avec moi.C'est de la folie. j'ignorais que vous étiez un play-boy milliardaire à la vie dissolue qui change de lit aussi souvent qu'il change de chemise. l'interrompit-il d'une voix glaciale.Exactement ! siffla Lauren. Vous représentez tout ce que je déteste chez un homme . chancelante. tonna-t-elle. Vous n'avez qu'à vous trouver un homme aussi naïf que vous. .. annonciatrice d'une autre possession. En un seul geste rapide. toutes griffes dehors. D'un seul coup. il la défia à son tour : .Non. Et je vais. N'importe qui pourrait sortir sur la terrasse et nous surprendre. Tout comme lorsque l'on se fait une coupure nette et .. Dès qu'il la toucha. je ne vous aurais pas accordé une demi-seconde ! Nick mesura du regard la jeune beauté fulminante et pleine de mépris qui l'affrontait. et si je l'avais su à l'époque. marmonna-t-il. la met tait au supplice. tandis que sa bouche. je vous ai dit que. Vous pourrez batifoler dans le noir et vous dessaler ensemble. vous couchez avec n'importe qui et vous êtes moralement corrompu ! Vous êtes cruel et égoïste.Epargnez-moi votre leçon à propos de ma morale. s'appuya contre le muret dans son dos. . D'une voix à la douceur dangereuse.vous êtes sans scrupules..

Votre maîtresse. La douleur. peu importe ce qu'elle est.profonde qui ne se met pas tout de suite à saigner. il l'avait probablement désirée davantage qu'Ericka. En revanche. . Elle le chasserait de son esprit.. . Où étaient donc passés sa fierté et son respect de soi ? Comment pouvait-elle même envisager une seule seconde la possibilité d'avoir une relation passagère et sordide avec ce coureur arrogant et sans principes ? C'était terminé. Vous pouvez vous la garder.. Lauren resta heureusement insensible à la douleur que lui infligeaient ces paroles.Une seconde.. jusqu'au moment où elle fit trembler sa voix : . Au-dessus du lit de Lauren. dans sa maison. quant à moi je ne veux pas de vous.Je tiens absolument à récupérer ces boucles d'oreilles. Il avait amené Ericka à la réception. où j'étais avec son amant. qui était en train de revoir en esprit sa scène de rupture avec Nick. je veux récupérer les bou cles d'oreilles de ma mère. elle roula sur le ventre. enfin. Furieuse contre elle-même. Ce soir. mais c'était avec elle qu'il avait eu envie d'en repartir. ne cessa de s'intensifier. lui lança-t-elle au moment où il ouvrait la porte. Ericka a les boucles d'oreilles de ma mère. au moins. À tout jamais. Peut-être s'était-elle conduite comme une idiote en ne partant pas avec lui. ou votre petite amie. Elle ne ressentait que de la fureur. qui s'était mise à se propager dans tout son corps comme un mal lancinant.. Je les ai laissées dans son lit. le plafond n'était qu'un vide plongé dans des ténèbres aussi lugubres que celles qui habitaient son cœur. Elle ne penserait plus à lui.

pour être plus précis. Son premier choix était une femme du nom de Lucia Palermo. Je notifierai ce changement d'affectation à M. alors qu'elle prenait un siège pour s'installer en face de lui. et je m'arrangerai pour lui trouver une autre . » Cela signifie que pendant les trois semaines à venir. Ensuite. le téléphone sonnait sur son bureau. vous ne serez pas disponible l'après-midi pour votre travail habituel.12 Cette solution fermement ancrée dans la tête. Lorsqu'elle rentra de déjeuner. je serai donc bref. elle jeta un coup d'oeil par-dessus l'épaule en direction du bureau vide de Jim. . A l'heure du déjeuner. Lauren se jeta à corps perdu dans son travail le lundi matin. le service du personnel en est avisé et l'ordinateur est consulté. et elle accepta avec joie. Williams quand il rentrera de déjeuner. Pour commencer.Mademoiselle Danner ? C'était Weatherby qui lui demandait de passer le voir immédiatement au bureau du personnel. chaque fois que nous avons besoin de quelqu'un possédant un savoir-faire ou des connaissances spécifiques pour un projet. Ou. le chef du personnel de Global Industries a reçu un coup de téléphone lui demandant de trouver de toute urgence une secrétaire expérimentée parlant couramment italien. plusieurs de ses collègues secrétaires l'invitèrent à se joindre à elles pour prendre un verre dans un bar du quartier après le travail. Posant son sac.Nous n'avons guère de temps. Et c'est vous que l'ordinateur a choisie. lui annonça-t-il quelques minutes plus tard. . puis elle décrocha. mais elle est en congé de maladie. Ce matin. vous veniez en second sur sa liste. je tiens à ce que vous sachiez que tous les renseignements relatifs aux compétences professionnelles de nos employés sont systématiquement entrés dans l'ordinateur central de Global Industries.

Sinclair se trouve actuellement en réunion et sa secrétaire n'a pas jugé bon de le déranger pour l'informer d'une simple mutation de secrétaires. Les objections qu'avait Lauren envers ce changement de poste arbitraire tombèrent en une cascade de mots hachés : . J'ignore la nature exacte du projet qui exige que vous connaissiez l'italien. Williams n'a pas le choix. Sinclair que vous êtes arrivée. . lui dit-elle poliment. Six hommes en sortaient.Allez-y. une jolie fille aux cheveux châtains. Sinclair a demandé une secrétaire bilingue. Une atmosphère de fièvre contenue semblait régner au quatre-vingtième étage lorsque Lauren traversa l'épaisse moquette vert émeraude en direction du bureau circulaire qui trônait au centre de l'espace de réception privé de Nick. . Sinclair est-il au courant que c'est moi qui ai été retenue ? M.M. . . elle chuchota à Lauren : . M.M. .. annonça-t-elle à la réceptionniste. M..Quoooi ? s'étouffa Lauren que le choc avait fait bondir sur ses pieds.Je suis Lauren Danner.secrétaire qui travaillera pour lui l'après-midi pendant que vous serez occupée par le projet auquel vous êtes affectée. Sinclair vous attend. . C'est le service du personnel qui m'envoie. La main sur le micro. M. à M. la coupa-t-il froidement. Elle allait décrocher le téléphone quand celui-ci se mit à sonner. Il se leva..Je préviens M.Vous devez vous présenter immédiatement au bureau de M. Weatherby lui jeta un regard méprisant. . Williams.. mais je sais qu'il est top secret. et qu'il passe avant les autres. Je veux dire à. La réceptionniste jeta un regard en direction des portes du bureau de Nick qui venaient de s'ouvrir. Sinclair.Mais je suis encore en train de me familiariser avec mon nouveau travail et ça ne va pas plaire du tout à Jim.

et de la chaleur que dégageait sa peau bronzée sous ses doigts.. Prenant une profonde inspiration. A l'écart sur sa gauche se trouvaient les trois canapés couleur vert mousse qui formaient un grand U autour de l'immense table basse au plateau de verre.. Il raccrocha le téléphone et tourna une autre page du dossier qu'il était en train de lire. Les mains de Lauren se mirent à lui picoter au souvenir de la force ondulante de ce corps d'homme plein de vigueur. Il avait ôté son veston. Rappelez-moi quand vous aurez vu l'équipe de coordination à Dallas.Non. sa chemise blanche se plissait et se tendait sur ses épaules larges et sur son dos musclé. et au fur et à mesure qu'il tournait lentement les pages. dit Nick à son interlocuteur après un silence. mais elle se refusait absolument à l'appeler humblement et respectueusement « . C'était là que Nick s'était agenouillé pour examiner sa cheville le soir de leur rencontre. Il observa un bref silence. Il lui était difficilement possible de l'appeler Nick. En pleine conversation téléphonique. il ramassa un dossier sur son bureau et se mit à le parcourir. puis elle la referma.Prévenez la raffinerie de l'Oklahoma qu'ils risquent également d'avoir un certain nombre de problèmes avant que tout soit réglé. Lauren ouvrit la bouche pour lui annoncer qu'elle était là. Dans un effort pour s'arracher à ce spectacle. elle tenta de maîtriser les émotions traîtresses qui la submergeaient. Le combiné coincé entre l'épaule et l'oreille. disait Nick d'un ton posé. il se tenait debout derrière son bureau. . rectifia nerveusement Lauren en son for intérieur.Très bien.. il attend Lucia Palermo.Bien. Appelez le bureau de Washington pour informer les membres de l'équipe de coordination que je veux qu'ils soient à Dallas ce soir.. . le dos tourné. Les hautes portes de palissandre du bureau de Nick étaient légèrement entrouvertes. Lauren pénétra dans l'immense pièce au sol recouvert de moquette crème et referma sans bruit la porte derrière elle. avant d'ajouter : .

Lauren. ni assez expérimentée pour travailler à ce niveau. . . mais je ne suis pas venue m'excuser. Nick pressa brutalement sur l'interphone. vous perdez votre temps. . . puis enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon et la dévisagea sans rien dire. elle se contenta de lui faire la grâce d'un sourire amusé. S'avançant vers son bureau en bois de rose.Appelez-moi Weatherby. vous n'êtes ni assez qualifiée.monsieur Sinclair ». en second lieu.Parfait ! s'exclama-t-elle vivement en reculant d'un pas. auriez-vous l'obligeance d'appeler vous-même M. Pour commencer.Votre réceptionniste m'a dit d'entrer. Il attendit qu'elle se trouve exactement en face de lui de l'autre côté du bureau pour lui déclarer tranquillement : . toujours aussi cassant. Nick durcit la mâchoire. Comment pouvait-il oser penser que c'était elle qui lui devait des excuses ? Pourtant. .Pourquoi ? interrogea-t-il d'un ton mordant. Nick pivota brusquement vers elle. Au fait. Sa réaction méprisante eut pour effet de faire sauter le couvercle retenant la colère qui bouillonnait en Lauren. Je suis ici à la demande de M.Désolée de blesser votre ego. mais il m'a forcée à venir. aboya-t-il.Vous avez bien mal choisi votre moment pour venir me présenter vos excuses. Il jeta le dossier d'un geste naturel sur son bureau. je ne veux pas vous voir ici. elle dit donc à la place : . l'informa-til. Dans ce cas. et elle ne put s'empêcher de le piquer au vif. du service du personnel. avant de glisser à nouveau le regard vers Lauren. Et. J'ai un rendezvous à déjeuner dans cinq minutes. quelles « . Weatherby. Weatherby pour lui expliquer tout ça ? Je lui ai déjà exposé les raisons pour lesquelles je ne souhaitais pas travailler pour vous.Dans ce cas. Aucun sentiment ne transparaissait dans ses yeux gris. . Lauren faillit étouffer de rage sous le choc.Pour travailler pendant trois semaines sur un projet qui exige la présence d'une secrétaire supplémentaire.

.Mais il lui a semblé que vous changeriez d'avis quand vous apprendriez que je suis bilingue.Figurez-vous que j'étais absolument persuadée que vous ne voudriez pas non plus travailler avec moi et je l'ai fait savoir à M. .raisons ». La main sur le bouton de la porte.Lauren. .Bilingue ? ironisa-t-il d'un ton méprisant.Vous avez dit ça à Weatherby ? fit-il d'une voix basse et menaçante. mais que je devais faire passer ma loyauté envers l'entreprise avant la répulsion compréhensible que vous m'inspiriez. . Lauren traversa le hall de réception luxueux d'un pas martial. dit-elle.Oh ! il m'a répondu que c'était probablement ce que pensaient de vous des tas de femmes avec qui vous aviez couché. mentit-elle effrontément. . vous êtes virée. . elle se tourna vers lui.Je lui ai dit que vous étiez un débauché arrogant et fat. elle lui dit : . tandis qu'elle ajoutait d'une voix basse et cinglante : . quand . Inclinant royalement la tête.Et qu'a-t-il répondu ? Incapable de soutenir le regard glacial qui la foudroyait. et que je préférerais être morte plutôt que travailler pour vous. lui avez-vous données ? . . dit Nick d'un ton doucereux. Weatherby.Exactement. un sourire plaqué sur le visage.Mais le plaisir que j'éprouve à vous le dire en anglais est autrement plus intense : vous n'êtes qu'un salaud ! Ouvrant la porte d'un geste brusque. . la jeune femme parvint à garder son sang-froid. Un tic nerveux fit trembler la mâchoire crispée de Nick. de douleur et de crainte qui bouillonnait en elle. Malgré l'énorme tourbillon de colère. Elle prit le chemin des portes de palissandre. Lauren fit semblant d'examiner ses ongles.Eh oui ! Et je peux vous dire exactement ce que je pense de vous dans un italien parfait. Elle était en train d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur.

. . j'ai le plus grand mal à vous laisser partir. Pleine d'amertume. . la taquina-t-il d'un ton suggestif.Ne me touchez pas ! chuchota-t-elle. soit je vous y traîne manu militari sous leurs yeux. cette menace arracha malgré lui à Nick un sourire admiratif. tandis qu'une ride de stupéfaction irritée creusait profondément son front rembruni. je vous en prie. . elle appuya l'épaule contre le mur de marbre et le supplia. .Revenez dans mon bureau ! gronda-t-il entre ses dents. . et en plus elle avait désespérément besoin de garder cet emploi.Il y a quatre personnes qui nous regardent.Je viens de vous réengager.Ne me parlez pas comme ça ! Je ne veux rien avoir à faire avec vous.Vous avez des yeux d'une beauté inouïe ! Quand vous êtes en colère. qui communiquait avec le sien par une porte. .Petite menteuse.Vous venez de me virer ! .Arrêtez ! siffla Lauren qui remuait violemment le poignet pour se libérer. la contredit-il gaiement. en rage. lâchez-moi. . ils. Vous voulez tout de moi ! Cette confiance en soi ironique eut pour effet de couper le souffle de Lauren et de lui ôter son énergie pour continuer le combat. .C'est ce que j'ai fait.Essayez toujours ! siffla-t-elle. impuissante : . Vaincue. . elle se détacha du mur et le suivit dans le bureau de sa secrétaire.. .Je ne peux pas. Chaque fois que je vous vois. la prévint-il. Soit vous revenez dans mon bureau de votre propre gré.la main de Nick se referma comme un étau sur son poignet.. dit-il. Lauren était trop affaiblie par les émotions des dernières minutes pour résister à son sourire dévastateur. Je vous poursuivrai pour atteinte à ma personne physique et je les citerai tous les quatre comme témoins ! De manière inattendue.Nick. .

Pendant que je vais déjeuner. . dit-il à la femme d'âge mûr à lunettes et aux cheveux grisonnants qui lui prêta immédiatement la plus grande attention.. Et comme elle se délectait de son évident embarras. elle ajouta avec un sourire éblouissant : .Vous n'êtes pas assez près. . .Nous avons quelques problèmes personnels à régler tous les deux. au Recess Club. Vicky et Nicky. dit Lauren avec un petit sourire narquois destiné à l'irriter.Bien sûr que oui. à 19 heures. Je trouve ça adorable. .. poursuivit-il. . mais je suis prise..Très bien. Pourquoi ne pas le faire ce soir au cours du dîner ? lui suggéra-t-il.. Nick ignora ce mémento. la main tendue vers elle. Lauren va travailler sur le projet Rossi. une pointe d'impatience dans la voix. Lauren se réfugia courtoisement derrière une semivérité pour refuser sa proposition : . dans ce cas. .Je ne suis pas libre ce soir. j'ai déjà un rendezvous. Lauren en profita pour poser les messages sur sa paume grande ouverte. Quant à vous. installez-la au bureau lait dans ses yeux. .Que si ! Une étincelle d'amusement éclaira le regard de Nick. Nous irons.Vous êtes déjà pris. .Je rentre samedi..Bon voyage ! . . dont la voix de plus en plus basse se fit cajoleuse.J'annulerai mon rendez-vous.Je m'envole pour l'Italie mercredi. je vous présente Lauren Danner. Avez-vous autre chose à me dire ? . mais s'immobilisa juste hors de portée de sa main. affirma Nick laconiquement.Elle vous appelle Nicky. que diriez-vous de demain soir ? lui proposa-t-il. Je vous ai blessée et j'en suis . Elle s'avança. Vicky vous a appelé pour savoir si la réception de samedi était habillée ou non. Mlle Moran. .Mary.Mais moi pas.Désolée.

pour que nous puissions aller de l'avant. Les yeux rétrécis... Ses yeux brûlaient d'un mélange inquiétant de colère et de désir.. ajouta-t-il encore après une brève réflexion.. j'ai déjà pris la décision de vous appeler quand ma fille aura mon âge. . plaquant ses cuisses musclées contre les siennes. Nick plongea en avant. Je n'échangerais cette nuit pour rien au monde.. . Un pas ne fut pas suffisant. si arrogante. mais elle parvint néanmoins à ne lui offrir qu'un visage perplexe.désolé.Lauren. . et je sais que c'est réciproque. poursuivit-il. . Mais vous n'avez blessé que ma fierté.. il faudra que nous soyons discrets. j'aimerais bien vous l'envoyer pour que vous puissiez. la saisit par les poignets et l'attira brutalement entre ses jambes.. de fureur et non de plaisir..Lauren...Vous êtes si belle.. Nick la dévisageait.. . Mais à mon avis. Pour notre bien à tous deux.Nous parviendrons à quoi ? A avoir une liaison en douce ? .Vous les avez déjà faites.D'ailleurs.Mais c'est faux ! protesta la jeune femme avec une douceur feinte. Si vous êtes encore « en activité ». j'essaie de vous faire mes excuses pour que nous.. Prenant la précaution de reculer d'un pas.. j'ai envie de vous. . si nous faisons preuve d'une certaine prudence quand nous sommes ensemble. elle ajouta d'un ton léger : . . de façon à éviter que l'on ne cancane sur nous dans la boîte. Je sais également que vous m'en voulez de vous avoir initiée à l'amour physique et d'avoir ensuite.. dit joyeusement Lauren.J'accepte vos excuses. Les joues satinées de Lauren rosirent. nous y parviendrons. le coupa-t-elle. .

je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose que vous. . arrêtez ! s'étouffa-t-elle. Les mains qui étreignaient ses épaules se desserrèrent légèrement. il lui prit le visage entre les mains pour l'obliger à le regarder. Pour commencer.Espèce de salaud. Je ne peux pas m'arrêter. tandis que Jim se redressait et pénétrait dans le bureau. Lauren s'arracha aux bras de Nick.Après votre départ de Harbor Springs. je vous jure que je le ferais ! Emmêlant ses doigts dans les cheveux de Lauren. Lauren serra les dents pour résister à ce baiser ardent qui la troublait. d'une voix érail-lée de confusion : . et comme elle t'est aveuglément dévouée. je n'ai pas arrêté de penser à vous. Mais ce n'était rien à côté du choc .S'agit-il du projet prioritaire et top secret qui nécessitait la présence de Lauren ici ? La voix traînante et amusée de Jim Williams fit avorter leur baiser. Celle-ci fut horriblement mortifiée d'apprendre que Mary les avait vus. j'ai bien peur que Mary n'ait surpris une partie de cette petite scène. Pendant tout mon déjeuner d'affaires aujourd'hui. Dans un suprême effort. . Cela rend les choses un peu difficiles pour Lauren. en fouissant le front contre son torse. la soumettant et la séduisant bien davantage qu'un baiser ne le ferait jamais. et Nick s'exprima. et le feu qui couvait dans ses yeux s'enflamma au moment où il abaissait de nouveau lentement la tête. dans une posture décontractée. Il gardait le regard rivé sur elles. Leurs têtes se tournèrent brusquement dans la direction de la porte du bureau de Mary.Sa bouche vorace fondit sur les lèvres de Lauren en un baiser assoiffé et d'une sensualité dévastatrice. du seuil de laquelle Jim les contemplait. dit-il à Nick d'un air pensif. Nick comprit qu'elle avait capitulé au frémissement de ses lèvres tendres.Si je pouvais m'arrêter. elle risque de mener la vie dure à Lauren. . elle détourna le visage pour s'arracher à lui. Cet aveu fit voler la résistance de Lauren en éclats.

imperturbable : . je ne trouve pas très sportif de ta part d'essayer d'usurper « ma » soirée ! Comme s'il n'avait pas remarqué les sourcils de Nick qui se fronçaient d'ennui.. il se trouve que le rendez-vous que tu demandes à Lauren d'annuler samedi est un rendez-vous avec moi. Curtis veut discuter d'un contrat. Curtis pouvait aussi bien être un prénom qu'un nom .qui l'attendait lorsque Jim affirma : .. s'il est juste ou non de la poursuivre de nos assiduités ici. un sourire de défi au coin des lèvres. Je suis tout à fait prêt à me soumettre à. Je me demande. . Curtis a appelé pendant mon absence. Lauren parvint enfin à retrouver l'usage de sa voix. mais les deux hommes avaient baissé la voix et le cliquetis survolté de la machine à écrire de Mary l'empêchait de comprendre. Jim la laissa passer... Nick. oui. Je crois qu'il veut nous parler d'un contrat. Elle s'effondra sur sa chaise. songea-t-il tout haut. Etant donné que je suis l'un de tes meilleurs et de tes plus vieux amis et qu'il y a sept jours par semaine. je suis tout à fait prêt à. au bureau. s'écria-t-elle en se dirigeant d'un air digne vers le bureau de Mary. mais continua à fixer Nick.Je refuse d'entendre un seul mot de plus à ce sujet. je pense que nous devrions établir quelques règles de base. Son sang ne fit qu'un tour.Pour tout dire. Curtis était l'un des six noms auxquels Philip Whitworth lui avait demandé de prêter attention.. elle fit un effort pour entendre ce qui se disait dans le bureau de Nick.Comme je te le disais. Jim poursuivit.. l'interrompit celui-ci sèchement.Et deuxièmement. Curtis.. .J'espère sincèrement. . Lauren était déjà en train de passer le seuil de la porte de Mary quand le nom résonna à ses oreilles. que tu as une très bonne raison de me rendre cette visite imprévue. . Le sang battant à ses oreilles..Puisque nous avons tous les deux l'intention de faire la cour à Lauren.

. le stade des formalités est dépassé. à tout écouter ? Pour quelle raison avez-vous fait ces allusions nous concernant. Rougissante. . les coins de ses lèvres retroussés en un sourire ironique. Lauren attrapa la liste téléphonique de Global Industries dans l'un des tiroirs du bureau. D'un geste nerveux.Si vous n'avez rien à faire . .Eh bien. Mary m'a dit que vous veniez d'entrer dans son bureau.Quand j'ai découvert en rentrant de déjeuner qu'on vous avait affectée chez Nick. C'était à Jim qu'elle accordait son attention. à 17 heures. les éclats de voix et les claquements de tiroirs que l'on refermait annonçaient la fin d'une journée de travail de plus. Lauren adressa un signe de tête absent aux femmes qui lui rappelaient qu'elle avait accepté de les rejoindre dans un bar. Nick assista à des réunions pendant tout le reste de la journée et. Non. Lauren poussa un soupir de soulagement. mais Jim n'avait parlé que de Curtis tout court. avec un signe de tête en direction de son propre bureau.Si nous parlions de tout ça ? dit-il. Il venait d'apparaître à l'angle du couloir et se dirigeait vers elle. la taquina-t-il quand elle se fut installée sur le siège de cuir en face de lui..c'était Mary Callahan qui s'adressait à elle d'un ton glacial -. Jim ne pouvait pas agir ainsi. J'ai donc ouvert la porte pour voir si vous n'aviez pas . Lauren se mit à la tâche avec application. Allez-y. vous et moi ? Jim se cala dans son siège. Le nom que Philip Whitworth lui avait donné était Michaël Curtis. je suis monté pour m'assurer que vous vous en sortiez bien. Celle-ci comprenait deux Curtis. Entre nous. Quand elle redescendit à l'étage de Sinco. . Elle ne parvenait pas à croire que Jim puisse servir d'intermédiaire à l'espion dont la traîtrise étranglait l'entreprise de Philip. . je serais ravie de vous passer un peu de mon travail. Lauren repoussa les mèches qui tombaient sur son front. . Il s'agissait peut-être de l'un d'eux.de famille.Pour quelle raison êtes-vous resté planté là à.

un temps bizarrement long.. s'avança-t-elle de façon un peu intrépide.En tout cas.. l'initier.Lauren. Tandis qu'il l'étudiait d'un regard admiratif. mais pas pourquoi il s'était arrangé pour faire croire à Nick qu'il y avait quelque chose entre elle et lui. .Non seulement vous êtes une jeune femme extrêmement décorative. Appuyant la tête contre le dossier de son fauteuil.. vous donnerez votre démission et il se trouve que j'aime bien travailler avec vous. Et vous étiez là. je représenterai pour lui un défi encore plus grand. Jim lui avait expliqué pourquoi il était intervenu.. mais il était hors de question qu'elle laisse tomber le sujet.. . vous êtes formidable ! J'étais sur le point de partir quand vous avez dépassé les bornes en lui disant que vous l'appelleriez quand votre fille serait adulte afin qu'il puisse. ses yeux bruns se firent plus chaleureux.. . Jim hésita.. Comme vous aviez avalé l'hameçon et que vous commenciez à couler.Et. en train de lui tendre les messages d'autres femmes avec un sourire angélique et de lui refuser « l'aven ture » qu'il vous proposait. si cela se reproduit. je me suis immiscé dans la conversation afin de vous donner le temps de vous reprendre. . comme j'imagine qu'il vous a initiée ? Il ouvrit un œil sur les joues écarlates de Lauren et écarta de la main les propos qu'il venait de tenir. Pour commencer.Parce que je vous ai vue pleurer à cause de lui et que je n'ai pas envie de vous voir souffrir. Et . euh. vous aviez l'air d'opposer une sacrée résistance aux représailles physiques de Nick ! J'étais sur le point de m'esquiver quand il a eu le toupet de prétendre qu'il ne parvenait pas à penser à autre chose qu'à vous. . mais vous êtes aussi pleine d'esprit. Lauren accueillit cette avalanche de compliments d'un air aimable.besoin qu'on vous vienne en aide. si Nick pense que vous vous intéressez à moi.. . intelligente et capable. Jim ferma les yeux et éclata de rire.Pourquoi ? insista Lauren.

mais c'était il y a des années. il ne lui restera plus beaucoup de temps pour s'occuper d'Ericka Moran. ravissante idiote. brûlant d'en savoir davantage sur Nick. Il parut tellement piqué au vif qu'elle ajouta d'un ton radouci : .Et s'il est occupé à me poursuivre de ses assiduités. Ça fait des années que nous sommes amis.C'est vrai.J'aurais préféré que vous gardiez le silence. . .Ericka et moi avons été fiancés. . elle sait qui a séduit qui il y a quelques semaines. Ne prenez pas cet air consterné. Il n'avait pas l'argent. Maintenant. Lauren ajouta doucereusement : . nia-t-elle. mais il avait la matière grise. Lauren poussa un soupir de défaite. Et il avait aussi les filles. .Au fait. j'ai parlé à Mary pour rétablir les faits.Nick.Le mieux serait peut-être que je fasse exactement ce que j'ai dit à Nick et que je vous fasse la cour.Amis intimes ? le sonda Lauren. Après lui avoir jeté un regard perçant. il se débarrassa de sa question d'un haussement d'épaules. Lauren se leva. vous l'êtes. Il n'avait pas les moyens d'appartenir à ma confrérie. Nick était entré à l'université grâce à une bourse. . . Il lui adressa un sourire diabolique. dont plusieurs de celles que j'aurais voulu avoir. . il consacrera davantage de temps et d'efforts à me séduire. C'est ça ? Jim plissa les yeux. . Ericka et moi sommes allés ensemble à l'université. C'est un brillant ingénieur.Je ne le plaignais pas. Je me trompe ? Avant que Jim puisse lui répondre. . l'interrompit Jim. . . fit-il ironiquement.Non. .dans ce cas. mais ça ne vous empêche pas d'être aussi extrêmement séduisant.Faisiez-vous partie de la même confrérie d'étudiants que lui ? lui demanda-t-elle.Merci.J'ai l'impression que vous êtes aussi blasé et cynique que lui.

Et moi. Mais c'est aussi une sacrée pudibonde qui déteste particulièrement les jeunes femmes agressives qui pourchassent Nick. dans lequel il se mit à fourrer des papiers. .Non. . ce problème concernant Curtis n'était pas assez urgent pour justifier que je monte le voir et que je l'interrompe. se révolta Lauren.Elle a un grand faible pour lui et pour moi. c'était la vérité.Comme Nick me l'a fait savoir plutôt sans ména gement après votre départ. . en débouchant en plein soleil. demanda-t-elle un peu gauchement. Ils traversèrent ensemble l'immense hall de marbre. Je me posais simplement la question. étais-je la raison principale pour laquelle vous êtes monté dans le bureau de Nick ? Je veux dire. pleins de curiosité. Lauren sentit son sang se glacer dans ses veines.Pour rien. Sur le seuil de la porte. il eut un petit rire. . Mais ça m'a effectivement servi d'excuse. Lauren s'immobilisa et se retourna vers lui. Elle vous aurait rendu la vie absolument intenable. Jim la précédant au moment de franchir les lourdes portes de verre.. . Il prit son attaché-case. et la première chose que Lauren aperçut. .Venez. Jim lui adressa un clin d'oeil. je ne vois vraiment pas comment elle peut travailler pour Nick.Jim. avez-vous inventé cette histoire de contrat dont voulait parler Curtis en guise d'excuse ? Les yeux de Jim. Elle est convaincue qu'il est encore possible de sauver nos âmes. Pourquoi me parlez-vous de Curtis ? ajouta-t-il. Elle lui est d'une loyauté farouche. Mary travaillait pour le grand-père de Nick et elle connaît celui-ci depuis l'enfance. se plantèrent droit dans les siens.Si elle est si pudibonde. Elle avait l'impression d'être transparente et de ne rien pouvoir lui cacher. . fut Nick qui se . Tout en ouvrant son attaché-case. je vous accompagne jusqu'à la sortie. je suis enchanté de lui avoir parlé.

Depuis qu'il la connaissait. Nick se rendait compte que tout l'attirait chez Lauren. . il n'accepterait pas si facilement de se laisser démonter.A l'aéroport. Sa silhouette avait quelque chose de sereinement équilibré et de fier. Il la voulait. il lui aurait trouvé un emploi dans l'entreprise de l'un de ses amis. Maintenant qu'il y réfléchissait. Elle s'était attendue à ce . quand il s'était retourné pour lui tendre un verre de tonic et qu'il s'était retrouvé. il admira le léger balancement de ses hanches. Nick se mit à réfléchir à l'aventure qu'il avait l'intention d'avoir avec elle. Nick jeta un coup d'oeil en direction du bâtiment et il les aperçut à son tour. Malheureusement.dirigeait à grands pas vers une longue limousine luisante qui l'attendait au bord du trottoir. le tout dans un emballage extrêmement séduisant. C'était pure folie que de se lier à l'une de ses employées. il était maintenant trop tard. Bien calé sur le siège confortable. qui donnait de la grâce à chacun de ses mouvements. qui était en train de s'installer dans la luxueuse automobile. Le chauffeur profita d'un répit pour insérer la limousine dans le flot des véhicules qui circulaient à cette heure de pointe. Elle était rieuse et sensuelle. qui traversait l'avenue en compagnie de Jim. Ils contenaient une promesse souriante. mais aussi un avertissement : demain. Il l'avait voulue dès ce premier soir. monsieur Sinclair? demanda le chauffeur à Nick. Il tourna la tête afin de suivre des yeux Lauren. douce et provocante. . S'il avait imaginé que cela pouvait arriver. Avec un regard d'appréciation purement esthétique.Où allons-nous. mis en colère et excité sexuellement. Un sourire se dessina sur son visage au souvenir de l'expression qu'elle avait eue lorsqu'elle s'était aperçue du choc qu'il venait de subir. Ses yeux gris glissèrent sur Jim avant de se poser sur Lauren. elle l'avait successivement amusé. Au moment où il se tournait pour se glisser à l'arrière du véhicule. non pas face à une adolescente dépenaillée mais à une jeune femme d'une exquise beauté.

j'ignorais que vous étiez un play-boy à la vie dissolue. il l'y avait emmenée. Et bientôt. flotta dans son esprit. Ce soir-là. il savait instinctivement qu'une aventure avec Lauren lui compliquerait la vie. et il poussa un soupir d'irritation. décision qu'il avait prise en la renvoyant de Harbor Springs. Il aurait dû s'en tenir à sa décision d'éviter désormais de s'approcher d'elle. Et elle était encore vierge. incroyablement attirante et fascinante dans sa robe de mousseline.qu'il soit surpris. debout sur la terrasse ce soir-là. Il s'y serait tenu s'il ne l'avait pas revue à la réception.. Bien qu'elle l'ait nié. Il y a quatre semaines. il ne l'aurait jamais invitée à Harbor Springs. De tout son être. » Une chose était sûre : elle savait comment exprimer ses opinions. et la montée de désir inexplicable qu'il avait ressentie lorsqu'elle l'avait prévenu joyeusement qu'elle le transformerait en beau crapaud si la « pantoufle » lui allait lui avait déplu. je vous prenais pour quelqu'un d'exceptionnel ! avait-elle explosé avec un visage d'ange furibond. Elle était trop jeune pour lui. La vision de la jeune femme.. que vous couchiez avec tout le monde et que vous étiez moralement corrompu. Jim Williams avait envie d'elle. elle aussi l'avait désiré ce soirlà. un autre s'en serait chargé. songea-t-il avec une ironie désabusée. et elle s'était réjouie ouvertement de sa réaction... De toute façon. Tout comme des dizaines d'autres. Seulement. « Il y a quatre semaines. songea-t-il se souvenant de la façon dont plusieurs de ses directeurs la buvaient des yeux avec avidité durant la réception du samedi précédent. Un remords de conscience le prit. il avait décidé de ne pas s'approcher d'elle. L'une des premières choses qu'il allait enseigner à cette adorable et exaspérante jeune beauté serait d'accepter sa propre sexualité et à . s'il ne lui avait pas fait l'amour. mais c'était plus fort que lui. dans son bureau. Et elle avait également eu envie de lui cet aprèsmidi. Si ce désir ne lui avait pas complètement fait perdre la raison lorsqu'il l'avait emmenée déjeuner chez Tony.

De toute façon. Puis il lui prodiguerait toutes les délicieuses sensations erotiques qu'un homme est capable de donner à une femme dans un lit. Et il lui apprendrait également à le satisfaire.tout comme elle avait envie de lui. il sentit l'excitation monter en lui. Tout en changeant de position.admettre ses désirs. il constata lugubrement qu'elle possédait sur lui un empire inouï. Nick se pencha pour ouvrir son attaché-case et en sortit les contrats se rapportant à l'achat des terrains qu'il était sur le point de négocier avec les hommes qui venaient le rejoindre à l'aéroport. . Que se passerait-il si elle était incapable de se sortir émotionnellement d'une aventure ? Et si elle s'effondrait quand celle-ci serait terminée ? Il ne voulait surtout pas la blesser. Au simple souvenir des tentatives tendres et maladroites qu'elle avait faites en ce sens pendant qu'il lui faisait l'amour à Harbor Springs. il était trop tard pour se soucier des éventuelles conséquences. Il avait trop envie d'elle .

mais calme. Nick. . Je n'ai pas envie de gagner le prix. se pencha en arrière contre le dossier de son fauteuil et la parcourut d'un regard langoureux. . Pour calmer sa nervosité. Nick jeta les documents qu'il était en train de lire sur son bureau. Lauren lissa ses cheveux qui étaient retenus en un chignon souple sur sa nuque avant de pénétrer dans son bureau.Au petit jeu que nous avons commencé hier.Jouer à quoi ? .Vous voulez me voir ? demanda-t-elle poliment. répliqua-t-elle légèrement.Dans ce cas.Je ne joue pas à vos jeux. Et elle se méprisait elle-même de cette faiblesse stupide. lui fit signe de prendre place sur un fauteuil en face de lui. Il lui adressa un sourire. . qui observait son trouble avec un sentiment de satisfaction.Vous portiez vos cheveux noués comme ça le jour où nous sommes partis à Harbor Springs. Sinclair souhaitait la voir immédiatement.C'est donc à cela que nous allons jouer ? . où Mary lui apprit que M. dit-il de sa voix profonde qu'il faisait vibrer un ton plus bas que d'habitude pour la séduire. Mais elle lui mentait. je vais les laisser défaits. . Ça me plaît.13 Le lendemain à une heure de l'après-midi. . Lauren monta au quatre-vingtième étage. dit-elle d'une voix ferme. . Elle voulait qu'il devienne sien pour toujours.

Ses pommettes rosirent légèrement au souvenir des tests qu'elle avait fait exprès de rater et du poste de président qu'elle avait choisi en tête de liste dans les emplois éventuels qu'elle se sentait capable de tenir. répéta-t-il gaiement.J'ai été prénommée comme ça en souvenir de deux tantes vieilles filles. pas mignonne.Impossible de le nier : ils sont bleus.. Il retourna le formulaire de demande d'emploi et se mit à le passer au crible. Nick continua tout haut : . il y avait. Nick allait lire ça et. Lauren Elisabeth Danner. Lauren prit place comme il le lui demandait. ... Un tic fit remuer les lèvres de Nick. Il a fallu qu'on l'opère. DANNER/EMPLOYÉE N° 98753.. Ce flirt qu'il venait d'engager avec elle était un doux tourment qu'elle ne pouvait pas supporter. . Ils vous vont bien. Ils sont magnifiques. j'étais obligée de porter des lunettes...Quand j'étais petite. . mais le souffle lui manqua quand il ramassa le dossier et qu'il l'ouvrit. comme s'il comprenait exactement ce qu'elle était en train d'essayer de faire. écrit à la machine sur une étiquette : LAUREN E.Asseyez-vous. répliqua-t-elle pour couper court.Petite fille avec des lunettes sur le bout du nez.Hum. Ses yeux gris lui jetèrent un regard intime et taquin par-dessus le dossier.J'étais studieuse. En dessous. je parie que vous étiez très mignonne. . sinon mon œil gauche tressautait. Ignorant cette remarque. Je trouve qu'Elisabeth est un joli nom et Lauren aussi. Un homme pourrait se perdre dans cet océan. . L'une d'elles louchait et l'autre avait des verrues. Il n'était plus loin du bas de la page.. . Soulagée de constater qu'il était prêt à travailler. Elle sut à quel moment .Couleur des yeux : bleu. dit-il. DOSSIER PRIVÉ ET CONFIDENTIEL était marqué au tampon sur la couverture. là où Lauren avait indiqué les postes par ordre de préférence. J'allais consulter un dossier que je viens de faire monter.

. D'un geste de lassitude. Puis il éclata d'un rire joyeux. je n'avais pas envie d'y travailler. l'air sidéré. refusant d'admettre à quel point cela l'avait fait souffrir.Maintenant. .Moi aussi.exact il repérait ce qu'elle avait écrit. .C'est pas vrai ! s'écria-t-il. vint la voir à son bureau. Je sais tout sur Bebe Leonardos et sur cette actrice de cinéma française. répliqua-t-elle du tac au tac.Il va falloir que Weatherby et moi-même fassions très attention. il désigna le rapport qu'elle . j'ai eu le plaisir douteux de consulter votre dossier. le coupa-t-elle froidement. J'ai répondu ça parce que j'avais décidé en me rendant à mon entretien chez Sinco qu'en définitive. J'ai même vu la photo de vous en compagnie d'Ericka Moran qui a été prise le lendemain du jour où vous m'avez renvoyée parce qu'un de vos « associés » arrivait..Lauren. Nick fut appelé à une réunion qui dura tout le reste de l'après-midi et Lauren eut donc la paix. pourrions-nous nous mettre au travail? Quelques minutes plus tard. . Il lui fallut faire un effort pour maîtriser ses émotions avant d'ajouter d'une voix calme : .Ni l'un ni l'autre. commença-t-il d'une voix douce et cajoleuse qui la mit immédiatement sur ses gardes. Lequel de nos jobs vous attire-t-il le plus? . . Il veut que vous montiez tout de suite et il aura besoin de vous pour le reste de la journée. Jim. répondit-elle sèchement..Nick vient juste d'appeler. Votre dossier de presse. Une paix dérangée par les fréquents regards pensifs que lui jetait Mary Callahan. conclut-il.Et si je comprends bien.Exactement. .Et. l'air débordé. . A 10 heures le lendemain matin. ça vous a blessée. vous avez volontairement raté les tests ? . précisa-t-elle devant son air stupéfait. . ..Ça m'a dégoûtée.

.Exact. Figurez-vous que je meurs de faim. alors que ce petit mot tendre la faisait vibrer d'une .Jim m'a dit que vous aviez besoin de moi tout de suite. Avec un coup au cœur de nostalgie. Je suis ici depuis. mais Nick était bien là. Mais cela ne l'empêcha pas de s'adresser à lui d'une voix calme et détachée : . mais en bas j'ai un travail important à accomplir et Jim a besoin de moi. elle constata une nouvelle fois qu'aucun des hommes qu'elle avait rencontrés ne pouvait rivaliser avec lui sur le plan de la beauté et de la séduction. sa tête brune penchée sur les notes qu'il griffonnait. complètement absorbé dans son travail....Allez-y.Ça mérite réflexion. la taquina-t-il.C'est moi qui ai besoin de vous. ma douce. Elle contempla la coupe seyante de ses cheveux bruns et les angles taillés au burin de ses joues et de sa mâchoire. . . Les manches de sa chemise étaient retroussées sur ses avant-bras hâlés et son col était déboutonné. . Je finirai ça moi-même.était en train de préparer pour lui. en bras de chemise et cravate dénouée.. . Lauren faillit s'étouffer. La jeune femme crispa les poings.Très urgent. imperturbable. fit-il. . Elle prit bien soin d'ignorer ce sous-entendu scabreux. .Je ne suis peut-être pour vous qu'un objet sexuel frivole et amusant. . Que puis-je faire pour vous ? Nick interrompit son travail.De quoi s'agit-il ? .J'aimerais que vous alliez m'acheter quelque chose à la cafétéria pour mon petit déjeuner. Mary s'était absentée.Je vous défends de m'appeler ma douce ! éclata-telle. Le regard de Lauren s'attarda sur la colonne d'airain que formait son cou. assis à son bureau.J'ai cru comprendre que vous aviez une tâche urgente à me confier. . Cela ne faisait pas si longtemps qu'elle avait appuyé ses lèvres dans le creux où battait son pouls.Et c'est ça que vous trouvez urgent ? .

Les odieuses secrétaires. il la rejoignit au bar.. prononcé d'un ton glacial. .joie inattendue. Nous avons un compte à la cafétéria. Lauren. Et le sourire de Mary Callahan était absolument sidérant ! On aurait dit qu'il irradiait de l'intérieur.. Nick la remercia pour les petits pains au lait qu'elle lui apportait et tint avec galanterie à lui verser une tasse de café.Vous n'aurez pas besoin d'argent..Ces odieuses secrétaires. il posa la sienne sur son bras.Je le ferai moi-même. Les yeux de Mary pétillèrent. . Vous êtes douce. mais merci quand même. . Mary venait de l'appeler Lauren. A son grand embarras. Comme pour se racheter de l'avoir chargée d'une tâche si peu noble. . susurra-t-il d'une voix câline. Au moment où elle tendait la main pour prendre la tasse. . Lauren se rendit compte qu'elle lui retournait ce sourire contagieux. Que voulez-vous pour votre petit déjeuner ? ..Je vous promets que vous changerez d'avis si vous recommencez à m'appeler ainsi. . la vieille secrétaire avait prononcé son nom avec le sourire. Lauren retourna dans son bureau temporaire où elle découvrit que Mary était de retour.Et pourquoi pas.Que prend-il pour le petit déjeuner ? soupirat-elle.. auquel il s'appuya pour la contempler pendant qu'elle ajoutait sucre et crème dans son café. Deux nouveautés frappèrent Lauren à la fois : au lieu de l'habituel « Mlle Danner ». .Bon. capitula-t-elle de mauvaise grâce. se moqua-t-il. lui dit celle-ci. bon. . Il illuminait son visage et éclairait ses traits austères de telle sorte qu'elle devenait absolument adorable. lui répondit-elle fermement. Comme il se rembrunissait devant le ton qu'elle employait. Lauren fut bien obligée de se rappeler qu'il était toujours son patron. Et surtout..

Le temps qu'il me faudra pour gagner à ce petit jeu auquel nous jouons. Nick la regarda droit dans les yeux. Prenant sa tasse. un sourire entendu au coin des lèvres. elle se dirigea vers le bureau de Mary. mais Nick l'arrêta dans son élan. étaient posés sur ses jambes croisées. . Contentons-nous de faire comme si tout cela n'était jamais arrivé. A 13 heures. l'invita-t-il. épouvantée. . A peine avait-elle reposé sa tasse de café que l'interphone sonna sur son bureau. Quand la réunion fut terminée. qui avait pris la moitié de ce compliment en sténo sans s'en apercevoir. Mais à partir de lundi. la bataille de volontés qui s'ensuivit amena rapidement Lauren au bord de l'épuisement. Tout son corps se mit à lui brûler et elle décroisa les jambes. . lui dit-elle. La couleur étant ainsi annoncée.Lauren. retirant son bras avec circonspection.Pendant combien de temps ? s'enquit-elle. il lui dit d'une voix douce sans faire de pause : . Puis il se replongea dans la lettre. l'inventeur italien. .. sous leurs paupières lourdes. ils bril lent comme s'ils étaient tissés de fils d'or. lui dit-il sur le ton de la conversation. je pars pour l'Italie ce soir.Vous n'avez absolument pas besoin de me présenter des excuses. Croyez-moi. j'aurai également besoin de vous ici le matin. Nick voulait qu'elle vienne prendre une lettre en sténo à l'intention de Rossi.Au fait. je suis désolé de vous avoir blessée. Lauren. Au milieu de la lettre qu'il lui dictait à la vitesse d'une mitraillette. Nick lui demanda d'assister à une réunion dans son bureau et de prendre des notes.Et apportez votre café. . la jeune femme fit mine de s'en aller. elle leva la tête et s'aperçut que les yeux gris. lui lança un regard assassin qu'il accueillit d'un petit rire.Quand le soleil tombe sur vos cheveux. Au milieu de ladite réunion. . ça n'était nullement dans mes intentions.

Je sais que Rossi est un chimiste qui vit à Casano et qu'il a inventé quelque chose qui vous intéresse. Et êtes-vous parvenue à vous faire une idée de ce qu'est le projet Rossi. pas vraiment. dit-il. Et j'ai également compris que vous envisagiez de financer ses recherches ainsi que de fabriquer son produit à l'avenir. répondit-elle. Lauren s'en voulait à mort de défaillir stupidement chaque fois qu'il l'appelait ma douce. sans changer leur apparence ni leur texture originales.. Jusqu'à maintenant. Il la considérait comme une collaboratrice et pour la première fois depuis qu'ils avaient passé le week-end ensemble. mais il faut que je l'emporte à Casano. il ajouta : . aux intempéries et à la crasse. Lauren se détendit en sa compagnie.Mais ce produit chimique parvient-il vraiment à agir sans rien changer ni endommager ? . Il faut que je puisse rapporter un spécimen que nous pourrons tester dans un . une fois traités. . Rossi a inventé une substance chimique qui possède apparemment la propriété de rendre certains produits synthétiques imperméables à l'eau.J'aurais dû vous l'expliquer avant. à partir du travail que je vous ai donné à effectuer ? Elle secoua la tête.Elle est prête. passant de façon inattendue d'un comportement de séducteur à celui de patron attentionné.Je suis navré de vous presser.Très bien.Avez-vous fini de taper la traduction en italien de cette liste de questions que je vous ai dictée pour que Rossi comprenne bien ce que j'ai en vue ? Tout en lui lançant un sourire d'excuse plein de charme. . Cela aurait rendu votre travail beaucoup plus agréable. ma douce. C'est trop technique. Il sera pratiquement impossible d'user ou d'abîmer les tapis ou les vêtements fabriqués dans ces matériaux. . . . je n'ai vu que des démonstrations.Si seulement je le savais ! admit Nick d'un ton un peu désabusé.Non. au feu. Mais j'ai bien l'intention de le découvrir au cours de ma visite.

. un petit village de pêche italien.Les boucles d'oreilles de ma mère. . Elle possédait une grâce. mais que se passe-t-il si du lait est renversé dessus ? Ou du soda ? . par conséquent. dit-il avec un sourire. . . son sourire le réchauffait et chaque fois qu'il la touchait. il passa un bras autour de ses épaules et lui souleva le menton de sa main libre. Et. vous avez vu des démonstrations.Je vous rapporterai un cadeau d'Italie.Il m'a l'air un peu fou. D'un brusque mouvement en arrière. Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? . il craint probablement qu'on n'en fasse l'analyse en laboratoire et qu'on n'en découvre la formule chimique.S'il vous donne un échantillon. . elle se dégagea de son étreinte et pivota sur elle-même pour regagner le bureau de Mary. Il dit que c'est lui qui me teste ! Lauren fronça le nez. Par exemple. qui est situé dans un appentis à presque un kilomètre de là. une tendresse qui lui donnait l'impression d'être vulnérable. en même temps . une alliance entre Global Industries et deux autres entreprises prêtes à coopérer. mais Rossi est un paranoïaque en matière de secret. Il vit dans une fermette près de Casano.laboratoire officiel. je mettrai sur pied un consortium. soupira Nick.Les démonstrations ne signifient pas grand-chose tant que des tests complets n'ont pas été effectués. n'est absolument pas protégé. Il aimait la regarder. Sans qu'elle s'y attende. qu'on ne lui vole son invention.Dans ce cas. poursuivie par le rire guttural de Nick. celui-ci sentit une émotion inconnue naître au tréfonds de lui-même. une étincelle propageait sur-le-champ une traînée de désir dans son corps entier. Il a des chiens de garde. . son produit chimique rend peut-être un matériau imperméable à l'eau. mais son laboratoire.Au moins. répondit tout net Lauren. et nous présenterons la découverte de Rossi au monde entier. . Tout en la regardant s'éloigner.Vous n'avez pas tort.Il est complètement excentrique.Et si ce produit est exactement ce qu'il prétend ? .

il ne pouvait pas s'arrêter.Quoi ? s'inquiétèrent en chœur trois voix d'hommes.qu'une sophistication naturelle et sans apprêt. Cette émotion inconnue qui n'avait pas de nom le troubla de nouveau et il la rejeta de son esprit.. . Cette réunion par téléphone était déjà commencée quand Lauren pénétra dans le saint des saints. appuya les mains sur le bureau de part et d'autre de son corps et lui effleura les cheveux des lèvres. mais cela ne l'empêchait pas d'avoir le courage de le défier ouvertement et la force de résister à la pression qu'il lui imposait. voire même son idéalisme. S'il désirait Lauren. derrière son bureau. A 16 h 45 de l'après-midi.. l'acculait dans les coins.Arrêtez ! explosa-t-elle. Nick lui demanda de lui envoyer Lauren pour qu'elle puisse prendre des notes. Il éprouvait davantage pour elle que du désir . Et pourtant. il l'aimait vraiment bien. pour pouvoir écrire confortablement. Lauren était une agnelle innocente. du Texas et de l'Oklahoma. Deux minutes après qu'elle se fut assise. Il vous demande seulement de noter tous les chiffres qui seront discutés. Comparée aux autres femmes. Lorsque Mary l'informa que tout était prêt. Nick se leva et lui fit signe de s'asseoir à sa propre place. et il se dégoûtait lui-même d'utiliser de tels procédés. Son sourire s'évanouit. Rien de plus. . eut lieu une conférence téléphonique que Nick avait programmée avec ses collaborateurs de Californie.Il a branché les haut-parleurs du téléphone. de toute sa vie. . Il l'aimait bien et il avait envie d'elle. il se pencha vers elle dans son dos. attitude qu'il n'avait jamais adoptée envers aucune femme. Il la pressait effectivement. Lauren perdit son sang-froid. c'était parce qu'elle représentait une superbe énigme. Nick se pencha vers le micro et déclara d'une voix . Il admirait son courage et son entêtement. lui expliqua Mary. Il la traquait.

.Très bien. et Lauren se sentit malgré elle irrésistiblement captive de son charme magnétique.Il suffisait qu'elle le demande. et Lauren vit la porte menant au bureau de Mary se refermer électroniquement. La prenant par le bras. .Non. Elle aperçut la lueur de triomphe qui luisait dans . Le corps de Nick la bloquait.Qu'en pensez-vous. . Lorsqu'il arracha sa bouche à la sienne. répliqua l'un des hommes d'un ton offensé. mais je vais bientôt l'être. dit-il après un toussotement pour s'éclaircir la voix.. dit-elle misérablement. . Et comme elle tournait la tête en arrière pour lui envoyer une remarque cinglante..Je vous en prie.Ma secrétaire trouve que vous parlez trop vite. elle était trop bouleversée pour faire autre chose que le regarder fixement. Lauren referma son carnet d'un coup sec et essaya de reculer sa chaise. Lorsque la conversation arriva enfin à son terme. je le reconnais.Pourquoi n'arrivez-vous pas simplement à admettre que vous avez envie de moi et à jouir des conséquences de cette évidence ? . le supplia-t-elle. il la souleva de sa chaise pour la faire pivoter vers lui. . Avec l'intention pure et simple de le laisser prendre tout seul ses notes. il captura ses lèvres en un baiser qui la força à incliner la tête contre le dossier de la chaise. Sa bouche se rapprocha de la sienne. . Vous avez gagné. .traînante : . Nick ? demanda une voix dans le haut-parleur. ne me faites pas ça ! Les mains de Nick resserrèrent leur étreinte autour de ses bras. tripla le rythme de ses battements cardiaques et lui fit perdre le fil de ses pensées. Nick pressa un bouton devant lui. Elle aimerait bien que vous fassiez une pause pour pouvoir vous rattraper.J'espère que vous êtes content de vous ! chuchota furieusement Lauren. fit Nick à son oreille.Je pense que ça s'améliore à chaque fois. J'ai envie de vous.

mais que je ne vous laisserai pas me faire à nouveau souffrir. et j'ai hérité d'une demi-sœur qui me volait mes vêtements et mes petits amis.J'imagine qu'elle vous a mordue parce que vous l'aviez appelée Daisy.Je ne vois absolument pas en quoi cela a quelque chose à voir avec nous ! . . Nick enfonça les mains dans ses poches.ses yeux et redressa le menton. .Et à l'âge de treize ans. Le triomphe s'estompa. j'avais moi aussi très envie d'une guenon que j'avais vue dans un magasin d'animaux. puis les rabaissa.J'essaie de vous expliquer que j'ai envie de vous.. luttant farouchement pour retenir ses larmes.Quand j'avais huit ans.Mais si ! répliqua-t-elle..Mais ça a tout à voir ! Elle leva les mains en signe de supplication. .Non. Que faisiez-vous ? . . Savez-vous ce que je faisais pendant que vous vous trouviez là-bas ? Sur le qui-vive. Mon père m'a fait plaisir en se remariant. commença Lauren sur un ton proche du rire . je l'ai eue. . Quand j'ai regagné le Missouri. Lauren préféra ignorer sa plaisanterie. Nick paraissait partagé entre le rire et la colère. Daisy m'a mordue et il a fallu qu'on me fasse douze points de suture à la jambe.Je.Je ne vous ferai pas souffrir ! . . .Et malheureusement. Vous ne le ferez pas volontairement. vous êtes allé à Harbor Springs avec l'une de vos maîtresses. . et d'un demi-frère qui me chipait mon argent de poche. Vous avez déjà commencé.Et? interrogea-t-il avec un soupir d'énervement en la lâchant. . vaincue. j'avais envie de frères et de sœurs. mais vous le ferez.

mais moi si. Je serais jalouse si je pensais que vous étiez en compagnie d'une autre femme. j'aimerais beaucoup vous considérer comme un ami. je suis sûre que vous voudriez que nous restions amis quand ce serait terminé. Elle s'était montrée honnête et directe. mais il ne répondit rien.Si nous avions une liaison. vous ne vous impliqueriez pas sentimentalement.Eh bien. Je ne peux pas séparer mes émotions de mon corps. . je souffrirais et je serais furieuse. ajouta-t-elle d'une voix tremblante.Naturellement. sauter dans un lit et prendre un immense plaisir à faire des galipettes. . . Nick hocha la tête. Elle s'était conduite comme il le fallait. pourquoi ne pouvons-nous pas être amis maintenant? J'aimerais. et j'en aurais à votre égard.. Lauren regagna sa voiture en se félicitant de la maturité dont elle avait fait preuve dans cette situation. Mais il ne fit ni l'un ni l'autre. Elle avait résisté à la tentation et s'en était tenue à ses principes. . Il se contenta de l'observer de ses yeux gris pleins de mystère. Plus tard. en train de vous tricoter un pull gris assorti à vos yeux ! Elle posa sur lui un regard qui le suppliait de comprendre. puisque notre « aventure » est déjà terminée. Elle croisa les bras sur le volant et fondit en larmes. Elle parvint même à lui adresser un sourire empreint de tristesse. . et avait l'impression d'être sortie plus forte et meilleure de cet affrontement. puis tout oublier.. Et si j'en avais la certitude. et cela lui permit de se sentir plus forte. J'attendrais de votre part des signes de tendresse.Si nous avions une aventure. elle aurait éclaté en sanglots. Si Nick s'était moqué d'elle ou s'il avait tenté de la convaincre. j'étais assise près du téléphone à attendre que vous m'appeliez.hystérique.

Après réflexion. elle ajouta : .14 Lauren passa le reste de la semaine à travailler comme une enragée.Thé et petits gâteaux. il est d'usage que les secrétaires apportent un cadeau à leur patron. C'était aussi son piano.Dans ce cas.. une seule solution lui vint à l'esprit : vendre le magnifique piano à queue de sa mère. et maintenant qu'elle vivait dans le Michigan.. lui apprit-elle. . elle ne pouvait pas courir le risque. soit elle s'inquiétait au sujet de la situation financière de son père. Ça nous fournit une excuse formidable pour quitter le bureau un quart d'heure plus tôt que d'habitude. la rassura . qu'on refuse son hospitalisation sous prétexte que sa dernière facture était restée impayée. elle y pensait avec une immense nostalgie. Ne pas pouvoir jouer. D'un autre côté. se délivrer de ses frustrations et de ses déceptions au clavier comme elle le faisait auparavant lui manquait beaucoup. Lorsqu'elle était à la maison. Le vendredi en fin d'après-midi. soit elle pensait à Nick. j'en apporterai. L'air ravi. s'il retombait gravement malade. L'hôpital réclamait la moitié du montant des frais d'hospitalisation en un seul paiement. Susan Brooke la retint au service des relations publiques. Dans notre entreprise. Mais son cœur se brisait à cette idée. . son père était loin d'avoir véritablement recouvré la santé.L'anniversaire de Jim a lieu la semaine pro chaine.

immédiatement Lauren. Je dois absolument savoir qui divulgue les renseignements chez Sinco avant cette date. répondit-elle après une légère hésitation. mais le simple fait d'imaginer qu'elle puisse lui en parler lui donna à l'avance des remords de conscience. . Philip Whitworth l'avait appelée pour l'inviter à dîner ce soir-là et elle ne voulait surtout pas être en retard. Quand Lauren lui répondit par l'affirmative. sa banque lui prêterait cette somme.Non. elle se sentit égarée. déchirée entre sa loyauté envers Philip et son désir d'agir honnêtement. il est trop tôt pour que j'aie appris quel .En fait. Sur le chemin de son appartement où elle passait se changer. Lauren envisagea de parler de Curtis à Philip.Les contrats les plus importants pour lesquels nous ayons jamais soumissionné seront attribués d'ici quelques semaines. Elle décida donc d'écrire à l'hôpital pour leur offrir trois mille dollars. Puis il lui vint à l'esprit que Philip trouverait peut-être que le projet Rossi était une « information intéressante » et qu'il lui verserait peut-être les dix mille dollars qu'il lui avait promis. Un peu plus tard au cours du dîner.Je t'avais bien dit que Lauren ne pourrait pas nous aider.Quelqu'un a-t-il prononcé l'un des noms que je vous ai donnés ? . il se fit plus précis : . intervint Carter. . // me faut ces contrats. Avec un peu de chance. . Lauren n'arrivait pas à comprendre comment elle s'était laissé entraîner dans cet embrouillamini. il fallait qu'elle soit absolument certaine de ce qu'elle avançait. prit congé de Susan et regagna rapidement son bureau. Philip poussa un soupir de déception. Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Plus que jamais. Philip lui demanda si son travail chez Sinco lui plaisait. Mais cette éventualité la mit mal à l'aise. Avant de s'en prendre à la réputation et au travail de quelqu'un. Lauren se sentit tout de suite coupable de ne lui avoir parlé ni de Curtis ni de Rossi.

Appelle ton ami pilote pour voir s'il lui est possible d'avoir des renseignements sur son programme de vol. Sinclair ..Quel genre de projet? demandèrent en chœur Philip et Carter. .Lauren. avança-t-elle pour sa propre défense. Le regard de Carter se mit à briller d'excitation. .Philip.Elle a dit que Sinclair était parti pour l'Italie hier. vous m'aviez promis.. . reconnut-il immédiatement. lorsque j'ai accepté de travailler pour Sinco. vous êtes formidable ! Comment vous êtes-vous arrangée pour être affectée auprès de lui ? Bon sang ! vous avez accès à toutes sortes d'informations confidentielles. Puis elle s'adressa aux deux hommes : .Je ne me suis pas arrangée du tout. l'interrompit la jeune femme. vous avez raison. On m'a mise là parce qu'il se trouve que j'avais mentionné sur mon formulaire de demande d'emploi que je connaissais l'italien et qu'il avait besoin d'une secrétaire qui le parle couramment pour travailler sur un projet spécial. Si je vous communique des informations. il se tourna vers son fils. qui la dévisageait intensément par-dessus son verre.s'envole hier pour l'Italie. que j'aurais uniquement à vous dire si j'avais entendu mentionner le nom de l'un de ces six hommes. Mais quand Lauren les eut quittés une heure plus tard. Je veux savoir exactement où il s'est rendu en Italie. je ne vaudrai pas mieux que la personne qui vous espionne.Penses-tu vraiment que c'est si important ? Philip gardait les yeux fixés sur son verre de brandy. .que chose.C'est vrai. si bien que ça m'a empêchée de travailler à plein temps pour Sinco jusqu'à ce que Nick . Je vous en prie. . On m'a affectée à un projet spécial au quatre-vingtième étage. . ne me demandez rien d'autre. ma chère. Une décharge électrique se propagea dans toute la pièce à la mention du nom de Nick Sinclair. Lauren jeta un coup d'œil embarrassé à Carol. tandis que les trois Whitworth se raidissaient à vue d'œil.M. .

avec sa veste de chevreau couleur feuille-morte négligemment jetée sur une épaule. Je devrais? Le regard de Nick l'enveloppa tout entière. Dans sa chemise crème au col ouvert. vous m'invitez à entrer ? . qui était en train de passer un pull jaune bouton-d'or et un pantalon. elle se sentait triste et seule dans son appartement luxueusement meublé.En général.Lauren le pense manifestement. Lauren fit un effort pour s'exprimer d'une voix posée et pour ne manifester qu'une vague curiosité. J'ai le pressentiment qu'il est en train de travailler sur un coup très important. fit-elle sincèrement. je ne le ferais pas. dit-elle.Je me demande vraiment pourquoi ça ne m'est pas venu à l'esprit ! plaisanta-t-il. se posa sur ses lèvres. je veux que tu envoies là-bas une équipe d'enquêteurs pour le suivre à la trace. elle nous aurait donné des détails sans le moindre scrupule. jeta un coup d'œil au petit thermomètre accroché à l'extérieur de la fenêtre de sa chambre.. sans pouvoir cacher sa joie. Malgré le soleil qui inondait cet après-midi de dimanche d'automne. on prétend qu'on se trouvait dans le voisinage et qu'on a décidé de passer à tout hasard. .Si seulement je le savais ! .Je n'en sais rien.A votre place. Lauren. qu'est-ce qui vous amène ? Il fronça les sourcils. Alors. puis sur ses yeux.Bonjour. Elle décida d'aller acheter un cadeau pour l'anniversaire de Jim. . Elle alla ouvrir et resta bouche bée devant l'homme dont la haute silhouette semblait remplir toute l'embrasure de la porte. . Il réfléchit un instant. . Cela l'occuperait. avant d'ajouter : . . Elle était en train de se demander ce qu'elle pourrait bien lui offrir quand le carillon de la porte d'entrée interrompit le fil de ses pensées. Sinon. Nick était d'une beauté à couper le souffle.Si nous parvenons à savoir où il est.

Que voulez-vous ? soupira-t-elle. Lauren ne put s'empêcher de lui rendre son sourire avant qu'il termine : . les raisons de sa présence chez elle étaient on ne peut plus personnelles.Vous. C'est ce qui est le mieux pour moi qui compte et. Nick. mais il avança la main pour l'en empêcher. .Bouleversée par la sensualité manifeste de ce regard. . tandis que la jeune femme se forçait à refermer tout à fait la porte. . commençant à refermer la porte. elle essaya de refermer la porte. . dit-elle. D'une légère inclinaison de la tête. . un sourire entendu et satisfait aux coins des lèvres. elle rebroussa chemin à toute allure. puis à s'en éloigner d'une démarche exagérément lente. Pivotant sur ses talons. Et merci d'être passé me dire bonjour. elle perdit la bataille qu'elle se livrait à elle-même. Une main appuyée au-dessus du chambranle de la porte. il attendait dans une pose décontractée. ouvrit la porte et se heurta à l'obstacle formé par le torse de Nick.Je vous ai dit mercredi que mes souhaits n'avaient rien à voir dans l'affaire. ses yeux turquoise plongés dans ceux de Nick. Au revoir. je suivrai votre avis. fit-il. . Et à en juger par ce regard. tout en se rappelant en même temps qu'il serait dément de le laisser approcher d'elle. Lauren.Dans ce cas.Et je vous jure que je ne vous mordrai pas si vous me promettez de ne plus jamais m'appeler Nicky.Je vous promets de ne pas porter vos vêtements et de ne chiper ni votre argent de poche ni vos petits amis. Un sourire enfantin éclaira le visage de Nick... .Souhaitez-vous vraiment que je parte ? . il accepta cette décision. baissant les yeux sur ses joues empourprées. je me trouvais dans le coin et je me suis dit que j'allais passer vous dire un petit bonjour à tout hasard.Salut. Lauren décida néanmoins de s'en tenir à sa décision d'éviter tout contact personnel avec lui. De nouveau hésitante. Mais à mi-chemin dans le living-room.

. ne la quitta pas..Non. . je reprends ce que j'ai dit en dernier. . l'invita-t-il langoureusement.Après mûre réflexion.C'est hors de question. car il eut un petit rire. Il lui fallait se retourner et l'affronter. puis lui prit sa veste des mains pour la suspendre dans un placard. . et en échange j'en dispose gratuitement. . Elle était si excitée que les battements désordonnés de son cœur l'empêchaient presque de savoir ce qu'elle disait.Tant mieux ! Manqué à quel point ? .En effet.Elle s'écarta pour le laisser entrer.Embrassez-moi d'abord. Lauren se retourna brusquement vers la table pour y poser des tasses et des soucoupes. Je surveille l'appartement. la conscience aiguë du fait qu'il l'observait. J'adorerais vous mordre ! .A votre avis? tenta-t-elle d'esquiver. elle sentit qu'il se tenait juste derrière elle. Comme elle l'entendait se rapprocher d'elle. Préférez-vous un café ou un Coca ? .Vraiment ? Pourquoi ? . Lauren recula prudemment d'un pas.Votre ego aurait-il besoin d'être un peu gonflé aujourd'hui ? le contra-t-elle..Vous ai-je manqué ? lui demanda-t-il. . . . Lauren lui lança un coup d'oeil par-dessus l'épaule avant de pénétrer dans la cuisine. En se redressant. La chose faite. mais elle n'avait pas le choix. . Pendant qu'elle préparait le café. dit-il.Ça m'est égal. .Pervers ! répliqua-t-elle d'un ton taquin. Nick était appuyé à la porte d'entrée refermée. les bras croisés. . . Il y a des problèmes de vol dans le quartier. mais pas assez vite.Approchez-vous pour que je vous montre-à quel point je le suis.Bon.Le salaire que je vous verse est-il suffisant pour que vous puissiez vous offrir cet appartement? lui demanda-t-il sans paraître étonné. elle se retourna. planté sur le seuil de la porte. je vais faire du café.

Lauren ne pouvait absolument rien faire qu'attendre.. Sa bouche était en train d'opérer une descente d'une lenteur savamment mesurée.Et. Il accueillit ce non d'un haussement d'épaules et commença à lui embrasser l'autre joue sans se presser. Mais il choisit à la place de les éviter et de se mettre à explorer la peau crémeuse de son cou et de ses épaules. leur étreinte s'accentuant au fur et à mesure qu'il l'attirait vers lui. je dois vous remercier.Quel dommage ! dit Lauren sans parvenir à dissimuler la joie qui éclairait sa voix. Quand elle s'en fut approchée à quelques millimètres. . Sa bouche chaude fouilla cette zone sensible avant de remonter paresseusement le long de son cou en direction de son oreille. Coincée entre la table et le corps de Nick. Les mains de Nick remontèrent en glissant le long de ses bras. Une étincelle jaillit entre eux et ils se raidirent tous les deux sous ce choc délicieux. Si je comprends bien. . puis s'incurvèrent autour de ses épaules. . puis se remit à descendre lentement vers ses lèvres.. et Lauren attendait. palpitante.. . impuissante. La bouche de Nick laissa une traînée de baisers brûlants jusqu'à sa tempe. le vocabulaire d'un prof d'anglais et une langue comme un scalpel.Non. Lauren. un corps qui m'enivre. Lauren vacilla brusquement en avant. Comme il lui en mordillait le lobe. chuchota-t-elle d'une voix tremblante. s'attardant langoureusement sur son oreille dont il traça de la langue chaque courbe et chaque creux.Parce que j'ai été frappé en plein cœur par une ravissante jeune personne de vingt-trois ans et que je n'arrive pas à m'en remettre.Embrassez-moi. . d'une ampoule à mon talon.. l'instant où ses lèvres recouvriraient les siennes. si bien que leurs corps se joignirent.N'est-ce pas? se moqua-t-il.. il fit une pause pour lui susurrer de nouveau : . Elle a des yeux angéliques. ajouta-t-il alors qu'elle ne se trouvait plus qu'à quelques centimètres de son torse. Elle me fait l'effet d'une épine dans mon flanc. je l'aime beaucoup.

A sa propre honte. soupira-t-elle faiblement.. Mais il ne le fit pas. Lauren s'inclina en arrière dans ses bras pour le regarder dans les yeux.Je vous en prie quoi ? murmura-t-il. Le souvenir de ces yeux insistants et de ce désir volcanique auquel elle avait succombé lui revint à l'esprit. Les images se succédaient à la vitesse de l'éclair : la première fois où il lui avait fait l'amour à Harbor Springs. Vous ne voulez pas que je vous embrasse. Vous étiez si douce et si chaude dans mes bras ! Dans un gémissement d'abandon. je vous en prie. dans un sens puis dans l'autre.Embrassez-moi.Non! Il releva la tête. . Je rêve de la façon dont vous m'embrassiez à Harbor Springs. celle-ci brûlait d'un désir sauvage. il dardait sur elle ses prunelles grises avides. . De mettre un terme à ce supplice ? .Nick. la supplia-t-il d'une voix câline et rauque.Non? répéta-t-il d'une voix de velours. elle avait appris qu'il était parfaitement capable . . .Où est la chambre ? chuchota-t-il d'une voix rocailleuse. tout contre sa gorge. Lorsqu'il finit par arracher sa bouche de celle de Lauren. tandis que ses lèvres redescendaient lentement du cou aux épaules de Lauren. je vous en prie. Lauren fit remonter ses mains le long du torse musclé de Nick et se décida à l'embrasser. Elle sentit le violent frémissement qui parcourait son corps et le souffle haletant qu'il exhala contre ses lèvres avant de refermer les bras sur elle et d'ouvrir la bouche sur la sienne dans un élan passionné. Il baissa la tête pour lui effleurer doucement la bouche.Mon Dieu ! marmonna Nick. que je vous déshabille et que je vous fasse l'amour ? Ses lèvres toutes proches étaient terriblement tentantes et le désir de les sentir s'écraser sur les siennes faisait presque défaillir Lauren. Le visage assombri par la passion. où il l'avait tenue dans ses bras et caressée comme s'il ne pouvait se rassasier d'elle et où il l'avait ensuite renvoyée froidement chez elle. .

Mais nous nous connaissons déjà.Et vous pouvez constater à quel point je vous désire aussi. . Qu'est-ce qui compte d'autre ? Lauren se libéra brutalement.. Un halètement lui échappa. Intimement. Comment osez-vous me poser une pareille question ? Je suis incapable d'avoir une liaison dénuée de sentiments.. de le laisser se servir d'elle une nouvelle fois. elle voulait en être certaine. Elle commençait aussi à croire qu'il éprouvait à son égard plus qu'un simple désir physique. . car les mains de Nick venaient d'épouser ses seins ronds et tendus et il traçait des pouces le tour de leurs tendres pointes qui se durcissaient. passionnée et bouleversante. Et je veux aller jusqu'au bout. .. . je crois qu'il vaudrait mieux que nous apprenions d'abord à nous connaître. Il la désirait davantage maintenant que lors de leur week-end à Harbor Springs. Comme vous. . C'était évident. je. ses mains vinrent la saisir par les hanches pour la serrer contre lui afin de la forcer à sentir sa virilité durcie qui se tendait vers .elle.Qu'est-ce qui compte d'autre ? siffla-t-elle. Il était hors de question.Non. dit-il avec un soupçon d'impatience dans la voix. dit-elle nerveusement.. Lauren.. j'aimerais que nous nous connaissions mieux avant d'entreprendre quoi que ce soit.de faire l'amour à une femme de façon tendre..Nick. soufflat-il. Cette fois-ci.Nous avons déjà entrepris quelque chose. D'un mouvement brusque.Je sens bien à quel point vous me désirez. lui rappela-t-il. . . Qu'essayez-vous de me faire ? La mâchoire de Nick se crispa. dans le seul but d'en tirer du plaisir . mais elle l'avait également cru à Harbor Springs. pour sa fierté personnelle. . ..sans éprouver pour elle le moindre attachement sentimental. Elle en avait la conviction.Je veux dire que. Et cela l'angoissait encore. Je ne vois vraiment pas ce que nous avons besoin de connaître de plus l'un sur l'autre.

fit-elle d'un ton las. ce sera tout juste si nous nous connaissons. dit-il d'une voix glaciale. Je veux que vous m'aimiez. Grandissez ! Lauren prit sa remarque comme une gifle. Je veux vous faire l'amour toute la journée. .Je suis prêt. Mais pas avec vous. je vais grandir et mettre en pratique ce que vous prêchez ! Je vais coucher avec tous les hommes qui m'attirent. Et maintenant. .J'essaie de vous emmener dans cette chambre où nous pourrons nous libérer de cette envie douloureuse qui monte entre nous depuis des semaines. Et moi. partez d'ici ! . Laissezmoi. Folle furieuse.Je ne veux rien de vous. vous pourrez faire l'amour à une autre si l'envie vous en prend.. Je ne suis pas prête à être votre joujou du dimanche après-midi. Je veux connaître les règles du jeu ! Aujourd'hui. nous faisons l'amour . quoi ? explosa Lauren. Rien de plus. C'est bien ça ? . et je ne serai censée y voir aucun inconvénient.. dit-il crûment. je pourrai me donner à un autre homme. . .Eh bien. A dater d'aujourd'hui.Mais que voulez-vous de moi ? demanda-t-il d'un ton glacial. Il la désirait davantage. Ou. de plus en plus furieuse. je veux.. . . je vais vous donner un conseil. dit-elle. jusqu'à ce que nous soyons trop faibles pour remuer. pensa-t-elle. C'est ça ? Demain. allez vous trouver une fille qui voudra faire des galipettes avec vous sans que cela tire à conséquence.Le café est prêt. moi pas ! s'énerva-t-elle.Vous avez absolument raison ! C'est ce que je vais faire. Nick la scruta de ses yeux pleins d'insolence.Oui. sans que ça vous fasse ni chaud ni froid. mais demain. elle le gifla à son tour en pensée. si vous préférez que je sois plus direct.Et après. Partez. Lauren possédait sa réponse : il ne tenait pas davantage à elle que quelques semaines plus tôt. demain. . Si ça vous ennuie. . Vous êtes bien trop vieux et bien trop cynique à mon goût. lança-t-il.Avant de partir.

elle prit sa décision : ce pull ferait un superbe cadeau d'anniversaire. Nick Sinclair ne la pourchasserait plus.Nick sortit une petite boîte en velours de sa poche . et le pull lui plairait beaucoup.t la jeta sur la table de la cuisine. Jim était pratiquement de la même taille que Nick. l'écrin contenait deux perles lumineuses et si fragiles qu'on aurait dit deux grosses gouttes de pluie étincelantes suspendues dans l'air. Furieuse et dégoûtée. ui lança-t-il en sortant de la pièce. pour ce salaud ! Elle sortit le pull du tiroir. . elle ouvrit le tiroir du bas de la commode et resta en contemplation devant le magnifique pull gris qu'elle avait tricoté pour ce. Lauren referma brutalement le couvercle. De ies doigts tremblants. Ces bijoux provenaient-ils d'une de ses maîtresses qui les avait perdus dans son lit. Sa décision était prise : elle allait acheter un cadeau à Jim comme elle en avait l'intention et balayer une fois pour toutes de son esprit l'heure qui venait de se dérouler. Sans tenir compte de l'angoisse aiguë qui la taraudait. Elle l'éradiquerait de ses pensées. Lauren l'entendit claquer la porte dans son dos.. 311e s'attendait à y trouver les anneaux d'or de sa mère. elle ramassa et ouvrit la !boîte.Je vous devais une paire de boucles d'oreilles. . ou s'agissait-il d'un « cadeau » qu'il lui avait apporté d'Italie ? Elle monta à l'étage pour prendre son sac et enfiler un pull plus chaud.. mais à la place de ceux-ci. D'un geste brusque.

Nick. Elle se trompait. Jamais elle n'avait entendu personne s'exprimer de manière si coupante. Elle ne s'attendait pas du tout à ce que Nick lui parle sur ce ton. De son propre chef. bégaya-t-elle. .Je. leur « jeu » étant terminé. Et dépêchez-vous ! Il raccrocha au nez de Lauren qui resta à contempler le combiné comme s'il l'avait mordue. alors que Jim et elle discutaient d'un rapport sur lequel elle était en train de travailler.Montez tout de suite ! Je vous ai dit que j'avais besoin de vous ici toute la journée et je ne parlais pas dans le vide. Le visage de Jim reflétait la plus grande perplexité.C'est fini.. elle s'était dit que.Je me demande vraiment quelle mouche l'a piqué. . . Nick ne voudrait plus qu'elle travaille pour lui le matin. La voix de Nick siffla comme un coup de fouet. le téléphone sonna sur le bureau de son patron. lui dit-il en lui passant le combiné. je crois que je ferais mieux de monter.15 Le lendemain.Quel chic ! la félicita Jim à la vue de l'élégant tailleur en daim couleur lie-de-vin qu'elle avait choisi de porter ce jour-là. . Mais que faites-vous ici? N'êtes-vous pas censée travailler en haut ? La jeune femme lui tendit son courrier. . tout en se levant à la hâte. répliqua-t-elle. . Cinq minutes plus tard. Lauren décida de ne rien montrer de ses angoisses au bureau.. .

pas des perles.Ce ne sont pas les boucles d'oreilles de ma mère et je n'en veux pas. D'un brusque signe de tête.. . Lauren y déposa la petite boîte et retourna se mettre au travail dans le secrétariat. il continuait en effet d'écrire comme si elle n'était pas là. Ayant refermé la porte reliant le bureau de Nick au sien. poursuivit-il. Après lui avoir hurlé de monter sur-le-champ.. les vôtres sont perdues. Elle attendit deux minutes entières qu'il veuille bien remarquer sa présence. Ces boucles d'oreilles appartenaient à ma grand-mère. dit-elle d'un ton calme d'où tout ressentiment avait disparu. Quelques minutes suffirent à Lauren pour se retrouver devant la porte du bureau de Nick. Finalement. elle s'approcha de Lauren pour lui .Je crois que je le sais.Dans ce cas. Celles de ma mère étaient des anneaux d'or tout simples. je vous ai offert quelque chose qui possédait une valeur sentimentale à mes yeux. . Il tendit la main vers l'interphone afin d'appeler Mary. lança-t-elle.. Mary l'y suivit une minute plus tard.Malheureusement. Comme je ne pouvais pas vous les rendre. laissez-les là. mais pour moi elles avaient un prix inestimable parce qu'il s'agissait d'une valeur sentimentale. répliqua-t-il d'un ton glacial. Avec un calme apparent qu'elle ne ressentait pas du tout. elle frappa et entra. il lui désigna le coin de son bureau. le petit écrin de velours du bijoutier dans sa main tendue. Elles ne valaient pas le centième de celles-ci. . . Etes-vous seulement capable de le comprendre ? . mais elle n'eut pas le temps de l'analyser. L'estomac de Lauren se contracta. sans même lever les yeux.Ça ne change rien au fait que je ne peux pas les accepter. elle haussa les épaules en signe d'énervement et se dirigea droit sur lui.Parfaitement capable. Elles signifiaient quelque chose pour moi et je veux les récupérer. Le sourire pensif qui naissait lentement sur les traits de Jim ne lui échappa pas.

je vous serais très reconnaissante de me donner un coup de main. quelle que soit la médiocrité du travail qu'elle accomplissait. . n'oubliez rien. Durant les trois jours qui suivirent. embrassée et poursuivie avec tant d'insistance.. il dictait ou travaillait à son bureau. Lauren apprit à connaître des aspects de la personnalité de Nick qu'elle n'avait que vaguement soupçonnés. les mains moites et tremblant de tous ses membres. .transmettre gentiment les instructions que son patron venait de lui donner. elle se détendit un peu. Sans doute avait-il absolument besoin de l'avoir sous la main pour ce coup de téléphone de Rossi.Retapez-le. Elle avait l'impression qu'il se contentait d'attendre qu'elle commette une erreur pour avoir une raison légitime de la renvoyer. Il veut que vous restiez à sa disposition pour servir d'interprète quand ce monsieur se décidera à téléphoner. et cette fois-ci. l'homme taquin qui l'avait étreinte. il était clair qu'il ne cherchait pas un prétexte pour se débarrasser d'elle. vous pouvez apporter une partie du travail de Jim et le faire ici. A l'instant où il la convoqua d'un ton cinglant par l'interphone. cette erreur qu'elle redoutait tellement se produisit : elle omit un paragraphe entier d'un contrat compliqué que Nick lui avait dicté. elle sut que le moment était arrivé.Je suis Vicky Stewart. Et s'il vous reste du temps libre. En attendant. Envolé. En sa qualité de secrétaire intérimaire.Il attend un appel du signore Rossi dans les jours qui viennent. Celui-ci avait cédé la place à un homme d'affaires énergique et dynamique qui la traitait avec une distance brusque et hautaine extrêmement intimidante. et elle pénétra dans son bureau. Lorsqu'il n'était pas au téléphone ou en réunion. Le mercredi. Lauren était paralysée à l'idée de lui déplaire d'une façon ou d'une autre. lui ordonna-t-il sèchement.. Il arrivait avant elle le matin et était encore là quand elle repartait le soir. . Après cet incident. . Si Nick ne l'avait pas mise à la porte pour cette bêtise.

Elle adorait la classe avec laquelle il portait ses vêtements élégants et la façon qu'il avait de faire rouler son stylo dans la main d'un air absent lorsqu'il répondait au téléphone. . elle reconnaissait qu'il était l'homme le plus attirant et le plus dynamique du monde. . totalement. mais que les sentiments qu'elle nourrissait à l'égard de son patron ne lui avaient pas échappé. lui conseilla Mary Callahan qui se levait pour aller déjeuner. chez lui. En fait elle la haïssait tout entière et elle savait parfaitement pourquoi : Lauren était désespérément. Lauren leva la tête pour voir à qui appartenait la voix sensuelle qui venait de s'adresser à elle. était libre pour déjeuner. Une brune d'une beauté éclatante se tenait devant elle. enfin M. irrévocablement éprise de Nick Sinclair. ce même jour.Comme j'étais en ville. Vicky et Nick ressortirent tranquillement du bureau ensemble et prirent la direction des ascenseurs. je me suis dit que j'allais passer voir si Nicky. Elle l'adorait tout entier. Ce conseil d'amie ne fît qu'augmenter la gêne de Lauren. Elle détestait la voix traînante de Vicky.Il était midi. Il y a déjà eu beaucoup de Vicky Stewart dans sa vie. . La main de Nick était familièrement posée sur les reins de la jolie fille et il souriait aux propos qu'elle lui tenait. Sinclair. Quelques minutes plus tard. Tourmentée par une douloureuse sensation d'impuissance. ma chère. Elle détestait le rire sensuel de cette femme. Et jamais il ne lui avait semblé davantage hors de sa portée. Tout. Elle détestait le regard possessif qu'elle posait sur Nick. la bouleversait. Elle savait que Mary était non seulement au courant de ce qui s'était passé entre Nick et elle. Je me contente de passer la tête dans son bureau.Ne vous faites pas tant de souci. Lauren se retourna brusquement vers sa machine à écrire. Ne vous donnez pas la peine de m'annoncer. de l'aura de puissance et de magnétisme qui irradiait de lui à l'assurance pleine d'énergie de ses longues enjambées et à son expression lorsqu'il était plongé dans ses pensées. Elles ne font jamais long feu.

Mais elle ne pouvait bien entendu pas le faire. ne cessa de se demander dans quel lit Vicky et lui avaient batifolé. Ne sachant plus que faire.Je me fiche de ce qu'il fait ! maugréa-t-elle. elle cessa d'arpenter la pièce. En dépit de la souffrance diffuse qu'elle éprouvait à . Il existait d'autres grandes entreprises à Détroit ayant besoin de bonnes secrétaires et qui les payaient bien. elle se mit à marcher de long en large dans son élégant salon. furieuse. car une solution qui ne lui était pas encore venue à l'esprit venait de s'imposer à elle. Il avait eu envie de cet instrument dès qu'il avait posé les yeux sur lui. Ils avaient besoin de. de l'aimer comme elle l'aimait. elle allait appeler Jim Van Slyke. Et le fait qu'il la regarde comme si elle était une pièce du mobilier de bureau dont la présence l'offensait mais qu'il était obligé d'avoir sous la main par nécessité lui était insupportable. Lauren fut prise d'une violente envie de dire à Nick Sinclair et à Philip Whitworth d'aller en enfer et de faire ses bagages pour retourner chez elle et retrouver ses parents et ses amis. avant de partir déjeuner. Subitement. blessée dans sa fierté.. Nick ne revint pas cet après-midi-là et la jeune femme. dont elle avait suivi l'enseignement l'année précédente. D'un seul coup. et lui demander s'il voulait toujours acheter son piano à queue. En même temps que les ingrédients destinés au gâteau d'anniversaire de Jim. et d'être obligée de le voir en compagnie d'autres femmes.. Et elle se mettrait sur-lechamp en quête d'un autre emploi. La présence toute proche de Nick la faisait souffrir chaque jour davantage. Il fallait qu'elle quitte Sinco. elle allait acheter le journal. La jalousie la dévorait et elle se haïssait d'aimer un pareil débauché. Mais avant cela..Vraiment ? rétorqua Mary avec un sourire sceptique. Elle ne pouvait pas supporter d'être si près de lui. . Avaient-ils choisi le sien ou celui de son amie ? Lauren rentra chez elle en proie à une migraine lancinante.

Philip allait être obligé de mettre lui-même la main à la pâte. Elle trouverait aussi un petit appartement pas cher et déménagerait de cet endroit luxueux. Lauren se sentit en paix pour la première fois depuis des semaines. elle s'appliquerait dans son travail chez Sinco et si elle entendait prononcer par hasard l'un des six noms que Philip lui avait donnés. Elle ne pouvait ni ne voulait trahir Nick.l'idée de le vendre. Pour son sale travail. . En attendant. elle s'empresserait de l'oublier.

Son assistant. La première tâche de ce service consistait à protéger les installations industrielles de Global et en particulier les usines disséminées dans tout le pays. à Détroit. Lauren s'écarta un peu pour qu'il puisse passer et constata qu'il traversait le vestibule en direction du service de la sécurité. C'est ici que je descends. un jeune homme ambitieux aux . Lauren remarqua que de l'autre côté du vestibule se trouvait une porte de bureau sur laquelle une plaque indiquait Global Industries Service de la sécurité. Jack Collins avait tendance à s'ennuyer dans son poste de directeur. mais sa santé chancelante et l'âge qui venait l'avaient obligé à abandonner le terrain et à accepter ce travail administratif. L'appareil s'arrêta au trentième étage et comme ses portes s'ouvraient. au quartier général. le service de la sécurité traitait surtout la paperasse provenant des usines. Rudy. Elle se sentait détendue et le cœur léger et elle adressa un sourire de remerciement à un homme d'un certain âge en pardessus marron qui s'écarta pour lui laisser davantage de place dans l'ascenseur. portant précautionneusement d'une main la boîte qui contenait le gâteau d'anniversaire de Jim. Ici. dans lesquelles étaient menées les recherches ou gérés les contrats passés avec le gouvernement.16 Le lendemain matin. dit l'homme en pardessus marron. et de l'autre le pull gris emballé dans un papier-cadeau pimpant. . Lauren traversa le hall de marbre.Excusez-moi.

Pour quelle raison aurait-elle caché le fait d'être allée à l'université ? . mais une partie de son travail consistait à le mettre au courant avant de partir à la retraite. il leur a appris qu'elle avait travaillé pour lui à temps partiel pendant cinq ans alors qu'elle faisait ses études supérieures de musique. . .Je viens d'obtenir le résultat d'une enquête que nous menons sur une secrétaire qui travaille dans ce bâtiment. Je ne savais pas qu'on menait des enquêtes sur les secrétaires.Une secrétaire ? fit Rudy. Mais il s'agit d'une secrétaire qui a été affectée à un projet prioritaire et ultra-secret. . l'air désappointé. Il se hâta de reprendre une position normale. En fait. DANNER / EMPLOYÉE N° 98753.En général. . lui expliqua-t-il à contrecœur. nous ne le faisons pas. L'ordinateur l'a automatiquement reclassée et a formulé une demande de contrôle de sécurité. était affalé sur une chaise. Jack n'appréciait pas particulièrement Rudy. elle a menti sur son formulaire de demande d'emploi ? Rudy commençait à manifester un certain intérêt. Après avoir posé son attaché-case sur le bureau. lorsque Jack entra dans la pièce. mais pas à ce propos.joues rondes.Le problème.Si je comprends bien. Mais elle a menti en prétendant avoir arrêté ses études après le baccalauréat. . . Non seulement elle a fait des études supérieures.Oui. chez Sinco. et non à plein temps. comme le croyait Weatherby. mais elle a aussi obtenu un diplôme.Et quel est le problème ? . .Quoi de neuf ? s'enquit Rudy. les pieds sur le bureau. Les enquêteurs ont approfondi leurs recherches sur place dans le Missouri. .Probablement rien. Jack en sortit un dossier étiqueté RAPPORT D'ENQUÊTE DE SÉCURITÉ / LAUREN E. elle n'a pas dit qu'elle y avait travaillé à plein temps. . c'est que lorsque nos enquêteurs sont allés questionner son ancien employeur à son propos.

conclut maladroitement Lauren. mentit-il.C'est l'un des points qui m'ennuient un peu. choses. mais je vous ai apporté un cadeau. Jim défit l'emballage du paquet qu'elle lui tendait. .Pourquoi ne me confiez-vous pas ce travail ? Ça vous permettrait de vous reposer... . Elle dit que vous vous comportez de façon magnifique malgré cette tension. Je dois entrer à l'hôpital ce week-end pour des examens. Vous l'avez . les choses. Je me serais dit qu'elle pensait que le fait d'avoir un diplôme universitaire allait l'aider à obtenir un emploi. Un cadeau que j'ai fabriqué moi-même. D'un seul coup. Mary m'a dit que Nick était comme un bâton de dynamite prêt à exploser à la première étincelle. . mais aussi vous remercier de me faciliter les. Comme cela paraissait l'attrister. . Lauren éclata de rire. Il le souleva pour le mettre devant lui. . mais dès ma sortie lundi. annonça Jim à Lauren dès qu'il la vit ce matin-là. J'aurais compris l'inverse. .C'est mon anniversaire. je me mettrai au travail sur les résultats de l'enquête. lui annonça-t-elle gaiement. Et ce poids venait subitement de s'envoler.Je voulais vous souhaiter un bon anniversaire..Vous n'auriez pas dû.. En général. . mais je ne pense pas que vous soyez ici depuis assez longtemps pour le savoir.. il est d'usage que les secrétaires apportent un gâteau pour leur patron.. . Qu'elle dise avoir fait des études supérieures alors que ça n'était pas le cas.A propos de. Mais ça me fait très plaisir ! .S'ils décident de me garder pour des examens supplémentaires. il montra une vraie joie de petit garçon.Quelles sont les autres choses qui vous ennuient ? Jack jeta un coup d'œil au visage rondelet de Rudy et à ses yeux avides et il haussa les épaules. A la vue du pull. je vous appellerai afin de vous expliquer comment vous y prendre.Non seulement je vous ai fait un gâteau. elle se rendait compte à quel point lui avait pesé la promesse qu'elle avait faite à Philip Whitworth.Rien.. Je ne fais procéder à cette vérification que par acquit de conscience.

Mary. . .Est-ce que Nick sera au bureau cet après-midi ? . C'était la première remarque d'ordre personnel qu'il lui faisait depuis quatre jours. aujourd'hui ? . bouche bée. Il paraissait tellement en colère qu'elle estima malvenu de mentionner le nom de Jim. ne faites pas ça ! chuchota-t-elle sévèrement. quelle atmosphère règne-t-il en haut.. ma chérie y était écrit à la main et c'était signé J. lui apprit-elle joyeusement. Lauren trouva deux douzaines de roses rouges d'une beauté extraordinaire dans un vase posé sur son bureau. .entièrement acquise à votre cause. lui annonça-t-il.Jim. Merci. A son retour de déjeuner. Mais la ligne de sa mâchoire tendue et l'expression réfrigérante de ses yeux gris n'avaient rien de décontracté. .De qui. .Oui. Jim décrocha son téléphone et composa un numéro à quatre chiffres. Quand elle l'eut quitté pour monter au quatrevingtième étage.Je l'aime bien aussi.Vous n'en êtes pas tout à fait sûre ? répéta-t-il d'un ton mordant. sans tenir compte de son avertissement.Ça vient d'un mystérieux admirateur? la raillat-il caustiquement.Parce que j'ai décidé d'allumer une allumette sous lui pour voir ce qui va arriver.Pas vraiment mystérieux. esquiva-t-elle. . l'épaule négligemment appuyée au chambranle. . .Je vous verrai un peu avant 17 heures.. . dit Lauren dont les yeux s'étaient embués à la mention de Nick. Pourquoi ? . Avec combien d'hommes portant l'initiale . Elle sortit la carte de visite qui les accompagnait de son enveloppe et resta à la contempler.On dirait que ça va bientôt exploser. . Nick se tenait sur le seuil de la porte. alors ? Lauren se raidit. Lorsque la jeune femme releva la tête.Je n'en suis pas tout à fait sûre.

dit Jim qui l'avait prise subitement dans ses bras.que l'extincteur le plus proche se trouve près des ascenseurs. Pendant tout le reste de la journée. quatre morceaux de gâteau d'anniversaire en équilibre sur deux assiettes. Elle l'a tricoté ellemême ! Et je t'ai aussi apporté un morceau de mon gâteau d'anniversaire. L'instant d'après. Nick tourna les talons pour rentrer dans son bureau.Nick ! s'écria-t-il.je le répète textuellement parce que je ne comprends pas ce qu'elle entendait par là . Lauren se sentit défaillir intérieurement.Vous avez vraiment dû faire des progrès ! ironisa-t-il crûment. ma chérie. Jim entra chez Mary.Cent dollars ? reprit Lauren. Excusez-moi. . Je dois apporter ces lettres à Nick. j'ai de bien meilleurs professeurs ! Avec un regard glacial.Elle est partie il y a environ une heure. Après avoir posé les assiettes sur la table vide de Mary. il la relâcha si brusquement qu'elle manqua tomber en arrière. il la laissa complètement seule. Il avait mis le pull gris. je reviens. mais elle releva le menton. Regarde le pull que Lauren m'a offert pour mon anniversaire.Il faut dire que maintenant. . . et ce qui se produisit à la seconde suivante l'immobilisa sur place de stupéfaction. A 16 h 55. il jeta un coup d'œil vers la porte menant chez Nick.Tu m'as manqué. la tête baissée vers le parapheur qu'elle tenait à la main. Elle m'a demandé de vous dire . . Elle se leva pour contourner son bureau. . Fait par elle également ! Feignant de ne pas s'apercevoir de l'air furieux de . tellement sidérée par ce chiffre qu'elle en oublia complètement que Nick avait manifestement ouvert l'enveloppe et lu la carte.J sortez-vous ? Combien d'entre eux pensent-ils que cela vaut le coup de dépenser cent dollars en roses pour vous remercier de quelque chose ? .Où est Mary ? demanda-t-il à Lauren. .

Quelle autre chose ? répéta Lauren dont le ton montait. Elle étouffait littéralement de rage. vous lui avez offert mon pull ! Et quelle autre chose lui avez-vous donnée qui m'appartienne à moi ? . Elle n'était plus la petite fille aux grands yeux illuminés d'étoiles . il alla se verser un bourbon bien sec au bar. Quand elle fut sortie. Sur ce. Lauren ! lui ordonna-t-il d'une voix sourde et dangereusement maîtrisée. Mais de quoi parlez-vous ? Les mains de Nick resserrèrent leur étreinte. Le regret le rongeait comme de l'acide. espèce d'hypocrite ! explosa-t-elle. Et maintenant.Nick. ma douce. . .Sortez d'ici. mon chou.Comment osez-vous me traiter de salope.. Depuis que je vous connais. je vous verrai plus tard. C'est de ça que je parle. trop suffoquée pour avoir peur. en proie à une angoisse et à une colère telles qu'il avait l'impression que des centaines de serpents le dévoraient de l'intérieur.Espèce de petite salope.. vous m'insultez ! Vous qui pourriez sans difficulté représenter les Etats-Unis aux jeux Olympiques du meilleur baiseur.Il faut que je redescende. . . Vous auriez vos chances pour la médaille d'or ! Nick la lâcha comme si elle l'avait brûlé.De votre corps délectable. il ajouta gaiement : . Lauren. puis à la colère. Lauren avait un amant. vous n'avez pas cessé d'essayer de me convaincre qu'une femme qui satisfaisait ses désirs sexuels avec tous les hommes qui lui plaisent n'avait rien à se reprocher.Et maintenant que vous vous imaginez que je suis passée à l'acte. Lauren avait probablement plusieurs amants. . Lauren le regardait s'éloigner d'un air hébété quand Nick la fit pivoter sur elle-même pour l'obliger à lui faire face. La stupéfaction de Lauren céda la place à la compréhension. il fit sa sortie. Complètement abasourdie.

. il n'y avait rien. Mais maintenant.qui pensait que les gens devaient être amoureux avant de faire l'amour. l'alcool se mit à opérer sa magie engourdissante. ..Appelez cela une pulsion incontrôlable. à s'agiter frénétiquement pour suivre son rythme et à essayer d'éviter qu'il ne pique une crise de rage. Il est fou de vous. . Comme pour faire preuve de .Vous êtes tous fous..et c'était généralement le cas -. le verre à la main. je crois qu'il est fou.Il l'est. très prudemment. Lorsqu'il était satisfait du travail de quelqu'un. En moins d'une heure. Il reposa brutalement son verre et se versa un autre bourbon pour oblitérer la douleur et les images. Vous ne pouvez pas imaginer la colère dans laquelle cela l'a mis. et sa rage s'estompa. Lauren écarquilla les yeux. il M montrait d'une froide courtoisie. acquiesça Jim. il alla s'asseoir sur le canapé et posa les pieds sur la table basse. Lentement. Mais lorsqu'il ne l'était pas . c'est moi qui dois monter travailler avec lui ! Comment vais-je pouvoir m'y prendre ? Jim pouffa de rire. Rien qu'un vide douloureux. lui conseilla-t-il. Puis. des images de Lauren nue dans les bras de Jim se mirent à lui tourmenter l'esprit. A sa place. Nick se mit à travailler à une allure démoniaque qui obligeait tout le monde. Lauren comprit exactement ce que Jim avait voulu dire. . C'est également ce que pense Mary. et les jours suivants la Bensation qu'elle éprouvait de marcher sur une corde raide ne fit que s'intensifier.J'appelle ça de la folie ! explosa-t-elle. des cadres supérieurs au plus petit coursier.Très. . . A cet instant. D'autres avaient exploré de fond en comble son corps somptueux. Il m'a insultée ! Je.Mais qu'est-ce qui vous a pris ? demanda Lauren à Jim le lendemain matin. absolument enchanté de luimême. il mettait lt> coupable en pièces avec une sauvagerie implacable qui glaçait le sang de Lauren.

se réjouissait davantage. Personne ne riait plus dans les ascenseurs ni ne discutait près des photocopieuses. qui tombaient comme un couperet. Lauren entendait vibrer sa voix rauque et langoureuse quand il s'adressait à cette autre femme et chaque fois.son sens de la démocratie. Chaque fois qu'elle téléphonait. elle sentait son sang-froid s'émietter et ne parvenait plus à garder son calme et à retenir ses larmes que par un suprême effort de volonté. l'air confiant. ce qui n'était pas le cas de Lauren. les accablant de ses sarcasmes avec une causticité qui faisait transpirer les directeurs et éclater les pauvres filles en larmes. A 16 heures. il prenait la communication et s'enfonçait dans son fauteuil. pour en ressortir quelques minutes plus tard tels des voleurs. Nick était censé prendre l'avion pour Chicago ce vendredi soir et Lauren avait hâte qu'il s'en aille. échangeant des regards d'avertissement avec les experts-comptables qui entraient à leur tour en hâte. En fait. si occupé fût-il. Envers Mary. la vieille secrétaire échappait aux remarques de Nick. Nick se montrait toujours courtois et avec Vicky Stewart. il était tout sucre et tout miel. l'atmosphère au quatre-vingtième étage s'était tellement détériorée qu'il y régnait une atmosphère de panique étouffée. qui l'appelait au moins trois fois par jour. De son bureau. deux heures avant l'heure prévue pour . Quoi qu'il fût en train de faire. étage après étage. Lauren avait même l'impression que Mary. qui peu à peu contaminait tous les services. Le mercredi de la semaine suivante. son cœur se serrait. Après tant de journées de tension pendant lesquelles il l'avait traitée comme quantité négligeable. au bord de l'explosion. Evidemment. Des cadres supérieurs pénétraient dans son bureau. il acceptait toujours de lui parler. il poussait l'impartialité jusqu'à répartir également son mécontentement entre les standardistes et les directeurs. Seule Mary Callahan paraissait rester totalement imperméable à la tension ambiante. leurs pages de registres et leurs feuilles d'ordinateurs étroitement serrées contre leur torse. au fur et à mesure que passaient les heures.

interrompit le cours de la réunion : . il vous renverrait et il le regretterait le restant de ses jours. un sourire béat sur les lèvres.Dans l'état où il est. lança-t-il d'un ton meurtrier. rétorqua-t-il froidement. Il la contourna pour sortir à grandes enjambées. mais Mary la retint en chemin. Incapable de réfléchir tant elle était scandalisée. dit-elle. suivant Nick du regard. Dès que le dernier membre de l'équipe eut franchi le seuil de la salle de conférences.D. nous parviendrons peut-être à terminer ! Le rose vif monta aux joues de Lauren.Anderson. se tourna vers Nick.Mettre à la porte la première qui ouvre la bouche. Sans l'énergie électrisante de Nick. Non seulement vous m'avez humiliée. mais vous avez failli flanquer une crise cardiaque à ce pauvre homme. Demain. quand la voix de Nick. sans tenir compte du regard de mise en garde de Mary. Qu'avez-vous l'intention de faire maintenant ? . si vous arrivez à détacher vos yeux du buste de Mlle Danner. pareille à un coup de fouet. .G. tandis que celles d'Anderson. elle ajouta gentiment : . Nous l'avons bien mérité. paraissait désespérément vide le lendemain matin.Ne discutez pas avec lui.Il ne rentre pas de Chicago avant vendredi soir. Lauren se précipita sur ses talons. ce qui nous donne deux jours pour récupérer.J'espère que vous êtes content ! siffla-t-elle. Comme Lauren hésitait. un homme d'un certain âge. les yeux rivés sur son bloc de sténo. Lauren essaya de se convaincre qu'il y régnait .son départ. nous déjeunerons ensemble au restaurant. afin qu'elle prenne des notes durant une réunion avec l'équipe du service financier. Lauren. . . prenaient une teinte mauve qui annonçait peut-être une attaque imminente. le bureau du P. On aurait dit qu'elle venait d'assister à un miracle. folle furieuse. La réunion était déjà commencée et Lauren. faisait voler son stylo de page en page. peut-être chez Tony. Nick la fit venir dans la salle de conférences.

. tel un gros nounours.une atmosphère délicieusement calme qui lui plaisait. Les yeux de Mary pétillèrent.J'étais plus content quand vous travailliez pour le papa et pour le grand-papa de Nick dans le garage derrière chez nous. Lauren recula d'un pas en le voyant. était posté à l'entrée de la salle à manger. reconnut Lauren. Vous faites partie de la famille. Mary s'efforçait manifestement de dissimuler l'amusement que lui causait le ton employé par la jeune . mais Tony se précipita vers elles dès qu'il les vit. j'avais l'occasion de vous voir et de voir Nick. C'est un tyran égoïste et arrogant. le sang lui monta effectivement au visage. Il rougit chaque fois qu'il entend pronon cer votre nom. ma petite Laurie. mais dès qu'il eut tourné le dos. Ce n'était pas une question mais une affirmation. déclara-t-il. où Lauren avait réservé une table par téléphone.Je sais qu'il a un caractère de chien.Aimeriez-vous que nous parlions de Nick ? Lauren faillit s'étouffer avec le vin. . Mary et elle se rendirent en voiture chez Tony. Surprise.Ricco va s'occuper de vous. par exemple ? insista doucement Mary.Alors.. maintenant vous con naissez Nick. portant l'uniforme noir d'usage. Dans le temps. Le visage réjoui. il se tourna vers Lauren. étreindre Mary avec une telle vigueur que les pieds délicatement chaussés de la vieille secrétaire faillirent décoller.Et vous l'aimez. J'en sais déjà davantage sur lui que je ne l'aurais voulu. Mary et moi. mais en réalité elle se sentait très mal à l'aise. elle s'adressa sans préambule à la jeune femme : . . au moins.Je vous en prie. . Ricco prit leur commande et au moment où il posait un verre de vin devant Lauren. Un maître d'hôtel. Il les accompagna à leur table avant d'annoncer gaiement à Lauren : . . furieuse. A midi. . .Quoi. Ricco vous trouve très belle.Oui. Un véritable dictateur ! . ne gâchons pas un déjeuner agréable.

il ne vous traite pas comme il traite d'habitude les femmes avec lesquelles il sort.Je le sais bien. Ou alors. Le fait d'être. . .. Mais rien de plus. Tentant d'écarter la lueur d'espoir qui venait de jaillir dans son cœur. Je les ai vues essayer de le rendre jaloux de toutes les façons possibles et imaginables . il la fait sortir. Ne trouvez-vous pas bizarre qu'il ne vous laisse pas travailler pour Jim.Je me dis qu'il m'oblige à rester là-haut pour se venger. Peut-être essaie-t-il de vous faire payer les sentiments que vous lui inspirez. afin d'avoir une raison de ne plus éprouver ces sentiments. continua tranquillement Mary. courtoisement mais sans appel. au pire. il est gentil. . d'indifférence tolérante. Avec les autres. il essaie de vous trouver des défauts.femme. . pas une femme ne lui a inspiré autre chose que de l'affection ou du désir.. Lauren détourna la tête vers la fenêtre à vitraux à côté de leur table.J'en étais sûre. Aucune n'a suscité chez lui d'émotions plus profondes. il ne vous fait pas sortir de sa vie . dit Lauren sèchement. de sa vie. Tant qu'une aventure dure. vous l'avez véritablement mis en colère.Pour commencer.Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? . placée dans la catégorie des femmes avec lesquelles Nick avait couché fit rougir Lauren. A ma connaissance. Ce qui nous amène à vous. Nick . mais il aurait été inutile de le nier.. Il est furieux contre vous et contre lui-même. Je ne sais pas. Et pourtant. à juste titre. . et qu'il ne se contente pas de vous demander de monter pour servir d'interprète quand Rossi se décidera enfin à appeler ? .Vous. il ne vous renvoie même pas quelques étages plus bas. il se montre attentif et charmant. Et je suis pratiquement certaine que lui aussi vous aime. dit Lauren d'un ton lugubre. cela l'a amusé. . parfois irrité.Exactement ! acquiesça Mary. Mais lorsqu'une femme commence à l'ennuyer.. Il leur a toujours témoigné une sorte d'indulgence amusée.Moi aussi.

mais il n'y a rien d'autre entre eux. . le bras tendu pardessus la table pour réconforter Lauren d'un petit tapotement sur la main.Mais c'était vrai ! s'écria Mary.Depuis toujours. y compris avec nous.Si vous essayez de jouer à la marieuse. C'est à Ericka que vous devriez parler. et ce dernier est membre de celui de Global Industries.Je me trouvais à Harbor Springs avec Nick et il m'a renvoyée dans le Missouri en prétextant l'arrivée d'un soi-disant « associé ».Ne soyez pas bête. Nick fait partie du conseil d'administration de l'entreprise du père d'Ericka. Il y a une part de lui-même qu'il refuse de partager avec les autres... Jim. Ericka et moi sommes tous les trois très proches de lui. Pourtant. Ericka voulait acheter La Crique à Nick. Un soulagement si subit envahit Lauren que son cœur bondit de joie. et pourtant il garde une certaine distance à notre égard.. .N'avez-vous pas vu l'article dans les journaux à propos de la réception donnée à Harbor Springs il y a quelques semaines ? Gênée. vous ne vous adressez pas à la bonne personne. Mais au moins.. . pas à moi. Nick avait quatre ans à . il ne lui avait pas fait l'amour dans le lit et la maison de sa petite amie ! Elle attendit que Ricco les ait servies pour demander : . qui n'était autre qu'Ericka. J'ai commencé à travailler comme dactylo pour son père et pour son grand-père quand j'avais vingt-quatre ans.Que se passe-t-il ? Pourquoi cette expression étrange ? Lauren poussa un soupir. Mary interrompit soudain le fil de son raisonnement pour demander à Lauren : .Depuis combien de temps connaissez-vous Nick ? . Ils sont amis intimes.est un homme complexe. et ils sont associés en affaires. Elle a toujours adoré cette maison et j'imagine qu'ils se sont vus là-bas pour conclure l'affaire. sa raison lui disait que ses relations avec Nick restaient sans espoir. . Lauren esquiva du regard le visage de Mary pour ajouter : .

fit Lauren qui n'avait pas oublié à quel point Nick s'était montré peu enclin à le faire à Harbor Springs. Le visage de Mary s'éclaira au souvenir du passé. . Fier comme son père.Je suis sidérée qu'il l'ait même mentionnée. mais qui ne voulait apparemment pas du sien.C'était une femme d'une extraordinaire beauté. elle est partie en l'abandonnant à ses grands-parents. Elle ressemblait à une décoration de sapin de Noël : jolie à regarder. » Tout de suite après la mort du père de Nick. parlez-moi de sa mère. J'ai commis l'erreur de penser que ses grands-parents refusaient de la laisser revenir et. .l'époque. Il ne m'a pas raconté grand-chose sur elle. Nicky a arrêté d'attendre près de la fenêtre et s'est transformé en un véritable tourbillon d'activités. Il comprenait que son père était mort et qu'il ne reviendrait pas. très gai et intelligent -le genre d'enfant que n'importe quelle mère souhaiterait avoir.Justement. C'était le plus adorable petit diable aux cheveux bruns qu'on ait jamais vu. choyée. . ajouta-t-elle. A l'exception de la sienne. Cela faisait à peu près . Mais elle était aussi riche. Son père est mort six mois après. comme j'en ai eu ensuite la preuve. étreignait Lauren. mais il ne parvenait pas à comprendre que sa mère ne reviendrait pas non plus. il restait planté derrière la fenêtre à attendre son retour. » Un jour. Il ne parle jamais d'elle. Mais j'avais tort. il se contentait de l'attendre.Quel genre de petit garçon était-il ? Une envie désespérée d'apprendre tout ce qui était possible au sujet de l'homme puissant et énigmatique qui avait conquis son cœur. Un petit garçon solide. gâtée et caractérielle. et têtu à l'occasion.A l'époque. Des mois après qu'elle eut quitté la maison. Le regard de Mary dévia légèrement. Il ne la réclamait jamais. . peu de temps avant Noël. mais friable et vide à l'intérieur. Nicky l'adorait. En dépit de tous ses défauts. nous l'appelions Nicky. je leur en ai voulu. le visage plus grave. pour être franche. . tandis qu'elle se plongeait dans le passé.

Quant à moi. parce qu'il voulait acheter un cadeau "extra-spécial". mais je n'ai pas compris ce qu'il voulait faire. mais Nicky a posé la sienne sur mon bras. » Nous n'avons eu aucun mal à trouver la maison. et son enthousiasme communicatif. qui avait été superbement décorée pour les fêtes de fin d'année. Bref. il avait l'intention d'acheter sa mère. est-ce que je suis présentable ? » ne cessait-il de me demander. J'ai baissé les yeux vers lui et je . bien que nous ignorions tout de ce bébé. Mary regarda la jeune femme. « Mary.. » J'ai cru que ce cadeau était destiné à sa grandmère. Les yeux brillants de larmes. » C'est dans le rayon des soldes d'un grand magasin que Nicky a fini par trouver son cadeau "extraspécial" : une ravissante petite boîte à pilules en émail qui coûtait le dixième de sa valeur. Il économisait tout son argent et. parce qu'il m'a traînée dans une dizaine de magasins pour trouver quelque chose qui conviendrait parfaitement à "une dame". . Nicky était en extase. Il m'a demandé de vérifier qu'il était bien coiffé et habillé comme il faut. Elle avala sa salive avant de poursuivre : .un an que son père était mort. au vendeur et à moi. deux semaines avant les vacances. Il nous a fait du charme. Sa mère s'était remariée et elle venait de donner naissance à un petit garçon. Et ce n'est qu'en fin d'après-midi que je me suis aperçue qu'il voulait acheter un cadeau de Noël pour sa mère. J'ai tendu la main vers la sonnette. Il s'attelait à toutes les petites tâches susceptibles de lui rapporter quelques sous. Nick s'est mis à déborder d'énergie..II. pour qu'elle lui revienne. il m'a demandé de l'accompagner dans les magasins. il l'a convaincu de lui faire un paquet-cadeau. il m'a persuadée de l'accompagner chez sa mère pour qu'il puisse lui offrir son cadeau. Et en cinq minutes. Il était tellement excité qu'il n'arrivait pas à se tenir tranquille.Nicky et moi avons pris le bus jusqu'à GrossePointe. Une propriété ressemblant à un palais.

tu le sais parfaitement. Mais ce n'est pas ça que Nicky a remarqué. madame Stewart. prend des médicaments.Sa mère a ouvert le petit paquet.n'ai jamais vu un enfant avec un air aussi désespéré. Elle attendait simplement que ce soit moi qui vienne la voir.Il paraissait si vulnérable et il était tellement beau ! J'ai vraiment pensé que si sa mère voyait ce petit garçon. Nicholas. les premières paroles qu'elle a adressées à son propre fils ont été les suivantes : "Qu'est-ce que tu veux. êtes-vous sûre que je suis assez présentable pour la voir ?" Mary détourna le visage vers la vitre multicolore. Nicholas ?" Nicky lui a offert son cadeau en lui expliquant qu'il l'avait choisi lui-même. on est obligés de . m'a-t-il dit. Bref. était destinée au bébé. elle comprendrait qu'il avait besoin d'elle et viendrait au moins lui rendre visite de temps en temps. » Et avec un bref regard à sa mère. il a ajouté : « Maintenant. elle. » Et elle a tendu le cadeau à la domestique qui faisait le ménage dans la pièce en ajoutant : « Mais Mme Edwards. et son visage s'est littéralement illuminé. Nicky a retiré sa main comme s'il s'était brûlé. c'est la petite bicyclette rouge vif. .. » Quand sa mère a fini par descendre. Tout ce qu'il a vu. puis il a dit très poliment : « Joyeux Noël. Sa voix tremblait. un majordome nous a fait entrer et nous a menés. Mary fut obligée d'essuyer ses larmes avant de terminer : . m'a-t-il demandé. elle a jeté un coup d'œil à la jolie petite boîte à pilules et elle a dit : « Je ne prends pas de cachets. il a insisté pour qu'elle l'ouvre sur-le-champ. et la domestique qui était en train d'épousseter la pièce a failli le gifler. Comme elle voulait le poser sous le sapin. entourée d'un grand nœud et posée près de l'arbre. Je suis sûre qu'elle en aura l'usage. » Il a tendu la main pour toucher la bicyclette. je savais bien qu'elle ne m'oubliait pas. La bicyclette. "Mary. Nicky et moi. Mary et moi. dans un salon au milieu duquel était dressé un sapin de Noël qu'on aurait cru décoré pour la vitrine d'un grand magasin. » Nick a vu son cadeau prendre le chemin de la poche de la domestique.. « Vous voyez. lui a-t-elle appris.

elle ajouta : . il s'est tourné vers moi et m'a lâché la main. Je n'ai plus besoin de personne. D'une petite voix solennelle. A l'arrêt du bus. Lauren pensa aux magnifiques boucles d'oreilles qu'il lui avait offertes et à la façon méprisante dont elle lui avait dit qu'elle n'en voulait pas. Nick n'a jamais offert le moindre cadeau à une femme. à part à sa grand-mère et à moi. Ils possédaient l'argent mais leur statut social était basé sur le prestige de leurs relations de famille.. » » Il n'a pas ouvert la bouche avant que nous arrivions à notre arrêt d'autobus. Aujourd'hui. L'argent en soi est prestigieux. Pour des gens comme ça. . Selon ce qu'Ericka a appris de ses petites amies. Tout le monde admirait sa beauté." C'est la dernière fois qu'il m'a tenu la main. A la place. Je n'avais pas arrêté de retenir mes larmes pendant tout le trajet. Quand elle a épousé le père de Nick. son mari et elle.. . Bien entendu.. Mais il ne les choisit pas lui-même. . Elle était la reine du bal des débutantes. des fourrures ou autre chose.partir. sans expression. Elle en était bouleversée. pour autant que je le Hache. Je suis un grand.. il m'a annoncé : "Je n'ai plus besoin d'elle maintenant. Elle appartient à l'une des familles les plus en vue de Grosse-Pointe. il leur donne de l'argent et il leur dit de s'offrir quelque chose qui leur plaît. alors que le visage de Nick était.A partir de ce jour-là. elle s'est déclassée. Après un silence douloureux. quelles que soient les circonstances.Je n'ai que des suppositions à ce sujet. garder son rang était primordial.Je ne comprends pas pourquoi sa mère voulait l'oublier et faire comme s'il n'existait pas. les choses ont changé. mais il ne leur offre jamais de cadeau. précisa Mary d'une voix frémissante. il est extraordinairement prodigue de son argent. Nick circule maintenant dans les mêmes sphères que sa mère et il les éclipse même complètement. le fait d'être beau en plus d'avoir une énorme fortune ne lui fait pas de tort. Peu lui importe si ce sont des bijoux.

c'est le demi-frère de Nick.Je ne le pense pas. Il n'avait que cinq ans. Le jour où elle a donné son cadeau à la domestique. . mais il possédait déjà la force et la détermination qui lui ont permis d'accomplir cet acte. Mary jeta un coup d'oeil au papier. . La seule personne qui compte pour elle. A cet instant même. lui coupant le souffle quand elle voulut parler. l'amour qu'il éprouvait pour elle est mort. ce n'est pas ça. . qu'il le veuille ou non. le rassura-t-elle.Non. non. Il l'a tué lui-même. Mary reposa sa serviette sur la table et prit son sac. Tony se matérialisa près de leur table et tendit un morceau de papier à Mary. Nick représentait certainement pour elle le rappel vivant de sa disgrâce sociale. Lauren.Pourquoi n'avez-vous pas mangé vos pâtes ? Elles n'étaient pas bonnes ? leur demanda Tony. les sourcils froncés. pas davantage que son beau-père ne voulait de lui. Une sorte de cri de refus muet monta dans sa gorge.Ça doit être douloureux pour Nick de la rencontrer.Lauren ? Tony lui pressa l'épaule d'une main inquiète. restez ici et terminez votre repas. tandis . Il dit qu'il a besoin de documents qui sont enfermés à clé dans votre bureau. Elle est gâteuse devant lui. à l'époque. sur lequel était inscrit un nom. . Le nom pénétra comme une bombe assourdissante dans les oreilles de Lauren et résonna dans son cerveau. . Elle ne le voulait pas près d'elle.» En tout cas.Cet homme vient de vous appeler. . .Je crains de devoir rentrer. Mais il faudrait que vous connaissiez cette femme pour comprendre son égoïsme inouï et à quel point elle a le cœur froid. Lauren éprouvait en même temps l'envie d'étrangler la mère de Nick et de retrouver celui-ci afin de lui donner tout son amour. Je parlais à Lauren de Carol Whitworth et ça nous a coupé l'appétit. en dehors d'elle-même. le plus méticuleusement et définitivement du monde.

elle continuait à fixer le dos de Mary qui s'éloignait. Emmitouflée dans sa robe de chambre. Ce visage vaniteux. il ne s'agissait sûrement pas de Nick. La maman de Nick. mais de Philip. Elle resserra la couverture en mohair. Lauren en était convaincue. Son fils si beau.De Carol Whitworth. elle resta assise ce soir-là dans son appartement. à regarder fixement la cheminée vide. arrogant et ravissant. D'ailleurs. Le choc qu'elle venait de subir s'était peu à peu estompé. . Lauren tremblait de tout son corps et crispait sur la couverture des doigts qui n'avaient qu'une seule envie : agripper et égratigner le visage majestueux de Carol Whitworth. si magnifique ! Mon Dieu. qu'elle avait tricotée l'année précédente. Dès son entrée dans le hall de marbre. non ! Lauren prit un taxi pour regagner son bureau. Carol Whitworth.ô mon Dieu ! haleta-t-elle d'une voix enrouée. . lisse. De qui parlait Mary? . présidant royalement une petite réunion intime au cours de laquelle trois personnes étaient en train de comploter contre son propre fils. une vague glaciale la parcourait des pieds à la tête. s'il s'avérait qu'il s'agissait de Nick. autour de ses épaules pour essayer de s'empêcher de frissonner. à qui elle demanda l'autorisation de téléphoner. Ô mon Dieu. mais ses efforts furent vains. elle se dirigea vers le bureau de la réceptionniste. Chaque fois qu'elle repensait à sa dernière visite aux Whitworth. Si quelqu'un était en train de se livrer à l'espionnage.Qui ? chuchota-t-elle fiévreusement. paralysée d'horreur.Mary? dit-elle lorsque sa correspondante décrocha. laissant la place à un engourdissement glacial. Je rentre chez moi. Son fils. s'il payait vraiment . Je ne me sens pas très bien. .que. comment pouvait-elle lui faire une chose pareille ? Furieuse de son impuissance. Lauren leva vers lui son regard turquoise frappé de Htupeur.

ajoutat-il ironiquement.quelqu'un pour lui donner des informations sur le prix des offres faites par Whitworth Enterprises. elle aurait fait s'écrouler l'empire de Philip Whitworth dans un vacarme assourdissant. Nick l'aimait peut-être. Il la déplia et en parcourut rapidement le texte de quatre lignes. Elle ne pourrait pas s'empêcher. Si elle en avait eu à cet instant même la faculté. elle ne lui en voudrait pas une seconde. Ça veut dire quoi. sous le nez de celui-ci.Ça va mieux ? lui demanda Jim le lendemain matin. mais c'était terminé. Le visage pâle. pour compenser la différence de salaire. elle ne cesserait de se demander s'il pensait parfois à elle. Mais elle ne pouvait pas continuer à vivre à Détroit. d'essayer d'apercevoir Nick.Vous démissionnez pour raisons personnelles. Mais Lauren n'en aurait jamais la confirmation. partout où elle irait. Mary m'a dit qu'elle vous avait parlé de Carol Whitworth et que ça vous avait rendue malade. il tuerait dans l'œuf les sentiments qu'il éprouvait à son égard. Il voudrait simplement savoir pourquoi elle avait cherché à se faire engager par Sinco et ne croirait jamais qu'il s'agissait d'une coïncidence. Elle avait vécu comme si elle était la maîtresse chouchoutée de Philip Whitworth. . mais calme. elle enseignerait également le piano. Elle rentrait à la maison. Lauren referma la porte du bureau de Jim derrière elle et lui tendit la feuille de papier qu'elle venait d'extraire de sa machine à écrire. et cela la rendrait folle. C'était en tout cas ce que pensait Mary. bon sang ? Quelles raisons personnelles ? . en plus de son emploi.J'ai de vagues liens de parenté avec Philip Whit- . . Dès que Nick découvrirait qu'elle était parente des Whitworth. quels qu'ils soient. tout comme il avait tué ceux qu'il éprouvait pour sa mère. même si elle lui mentait. Si cela s'avérait nécessaire. Lauren balaya d'un regard amer et méprisant le somptueux nid d'amour qui l'abritait si chaudement.

Pourquoi me dites-vous ça ? . Elle lui fit alors un bref résumé des circonstances qui lui avaient fait rencontrer Nick ce soir-là. Peu à peu. j'ignorais que Carol Whitworth était la mère de Nick.Quelle histoire de fous ! s'écria Jim.J'ai pensé accepter un instant.Vous avez un lien de parenté avec le second mari de sa mère..Jim. ne vous vient-il pas à l'esprit qu'en tant que parente de Philip Whitworth.Je voulais être près de Nick. ses traits se détendirent. elle ferma les yeux. Je savais qu'il travaillait dans cet immeuble et c'est pour ça que j'ai accepté votre offre. à la fois fâché et troublé. Mais je n'ai jamais transmis la moindre petite parcelle d'information à Philip. j'ai décidé que je ne pouvais pas le faire. . . Il la dévisagea. puis lui demanda : .Whitworth vous a-t-il demandé de le faire ? . je pourrais être en train de vous espionner pour son compte ? Les yeux couleur d'ambre de Jim se firent perçants.Vous nous espionnez. Il la contempla en silence. elle se laissa tomber sur une chaise. mais en venant à mon entretien ici. Inclinant la tête en arrière. Il se frotta le front des doigts. Lauren ? . Jusqu'à hier. d'accord.Et vous lui avez dit oui ? Lauren ne se doutait pas qu'on pouvait se sentir si malheureuse.. . Sous le choc.. conclut-elle. . comme pour se . ..Parce que vous m'avez demandé pourquoi je démissionnais. dit-il finalement..worth. .Non. . Et le lendemain. Je ne m'attendais absolument pas à être engagée et je ne l'aurais pas été. vous avez eu un entretien avec moi et vous m'avez offert un poste. Et alors ? Lauren ne s'attendait pas à une discussion. Epuisée. . Jim se redressa brusquement sur son siège.

Si vous démissionnez sans préavis comme ça. dit-il enfin. à la minute où il apprendra mes liens avec la famille Whitworth.Comment pouvez-vous en être sûr ? le défia-t-elle. dit-elle avec dignité. même si j'étais prête à lui mentir. Il exigera de savoir pourquoi j'ai essayé d'entrer chez Sinco et il ne croira jamais qu'il s'agissait d'une coïncidence. La secrétaire se pencha vers Nick.Je n'en attendais pas. . il ne voudra plus rien avoir à faire avec moi. dans l'attente de la sentence de Jim. Les minutes s'écoulaient dans le plus grand silence. Je ne vous y autorise pas. Comme la jeune femme rejetait son conseil d'un firme hochement de tête. Jim resta complètement immobile pendant plusieurs minutes...Je pense que vous vous trompez. il la menaça : . li's sourcils froncés. .. Quand elle fut sortie de son bureau. vous êtes amoureuse de Nick.Ça n'a pas d'importance. Si vous vouliez nous espionner. Lauren en resta bouche bée. Puis il tendit lentement la main et décrocha le téléphone. vous ne viendriez pas me donner votre démission et me raconter que vous êtes parente des Whitworth. .Mais de quoi parlez-vous ? N'accordez-vous pas d'importance au fait que je pourrais raconter à Philip tout ce que je sais ? .. une femme peut pratiquement tout avouer à un homme. et je crois que lui aussi est amoureux de vous. Lauren se sentait trop misérable pour le remarquer ou pour y attacher la moindre importance. Vous ne démissionnez pas.débarrasser d'un mal de tête aigu.Simple question de bon sens. ce qui n'est pas le cas. baissant la voix pour essayer de ne pas gêner les six autres grands .Lauren. Attendez le retour de Nick et vous pourrez.. . si elle choisit bien son moment. plongé dans ses pensées. Et même si c'était le cas. Elle restait simplement assise là. . . je ne vous donnerai pas de bonnes recommandations.Mais ce n'est pas le cas.Monsieur Sinclair. D'ailleurs. . ..

Jim. Il ne parvenait pas à imaginer quelle Horte de désastre pouvait avoir poussé Mary à ne pas empêcher Jim de le déranger en pleine réunion. de plus en plus furieux. C'est tout ? . . .Oui. Comment ça va à Chicago ? .D'accord. sans que son visage ne révèle d'aucune manière l'inquiétude que lui causait cette interruption urgente.Rien. . .Mais c'est pas vrai ! le coupa Nick. Nick proféra un juron. La secrétaire le fit entrer dans une pièce à l'écart et il décrocha le combiné d'un geste brusque. qui faisait déjà glisser sa chaise en arrière.Je sais. hocha la tête. Jim Williams vous demande au télé phone. Je ne te retiens pas plus longtemps. Le nouveau directeur commercial que j'ai engagé peut commencer à travailler pour nous dans trois semaines.industriels américains installés autour de la table de conférences pour débattre d'un accord commercial international. Je suis au milieu d'une conférence sur le commerce international et.. Je serai donc bref..Un conseil ? répéta Nick qui hésitait entre la colère et l'incrédulité. Ah ! j'allais oublier : Lauren m'a donné sa .. Je me fiche de la date à laquelle il commence et tu le sais parfaitement.Alors. Je te jure que si tu ne m'as dérangé en pleine réunion que pour me demander si..Excusez-moi de vous déranger. je t'appelle pour savoir si ça te convient qu'il commence à travailler en novembre ou si tu préfères attendre jusqu'en janvier comme il était prévu à l'origine et. répondit Jim sans se démonter. monsieur. . Nick. Le 15 novembre convient tout à fait. que se passe-t-il ? . c'est-à-dire le 15 novembre. . Hors de lui.Et alors ? aboya-t-il. Excuse-moi.Ça vente ! lança Nick d'un ton hargneux.. J'avais juste besoin que tu me donnes un conseil. . c'est à peu près tout.. . mais un certain M.

. . sauf en cas d'extrême urgence. Nick raccrocha bruyamment le combiné et regagna LA salle de conférences à grandes enjambées. il avait été convenu que personne ne prendrait d'appel. D'habitude. Nick reprit sa place.Pardonnez-moi pour cette interruption. elles tombent amoureuses de toi et tu es obligé de les transférer dans un autre service pour t'en débarrasser. . Six paires d'yeux lui lancèrent ensemble un regard à la fois poliment inquiet et accusateur. . D'un commun accord.Elle n'est pas amoureuse de moi.Lauren se fiche complètement de moi ! Et je n'ai pas le temps de discuter d'elle avec toi. Nick eut l'impression d'avoir reçu une claque en plein visage.Tu ne pourras pas. tu es en train de perdre la main.Je lui parlerai lundi matin à mon retour. . . au détriment de tout le reste. il voyait son visage radieux. dit Nick d'un ton sarcastique. .. pas le mien. mais des images de Lauren ne cessaient de flotter dans son esprit. Lauren t'a évité cet inconvénient. Elle est amoureuse de toi et tu l'as obligée à prendre des messages d'autres femmes. . Je crois qu'elle a l'intention de regagner le Missouri dès demain. tu t'es mis à tellement la surcharger de travail qu'elle est pâle et épuisée. Il se revoyait en train de lever les yeux sur son visage enchanteur. Nick s'efforça ensuite de se concentrer sur les questions débattues. Sa démission prend effet immédiatement.A d'autres ! Tu voulais t'envoyer en l'air avec elle et quand elle a refusé. .démission ce matin.Que se passera-t-il si la pantoufle vous va ? .A mon avis.C'est ton problème. Ma secrétaire a surestimé l'importance d'un problème et a hit suivre ce coup de téléphone ici. tu l'as obligée. offert au soleil.. Au beau milieu d'une discussion sur des droits de commercialisation. ses cheveux dénoués flottant Mir ses épaules pendant leur promenade en bateau Hur le lac Michigan.

se rappela-t-il férocement.. S'approchant de la fenêtre. si elle était vraiment enceinte ? Il ne pourrait même pas savoir avec certitude si c'était son enfant ou celui d'un autre. elle serait partie. Pour quoi que ce soit. Chaque fois qu'un homme la regardait alors qu'elle se trouvait dans son bureau. La conférence fut suspendue à 19 heures et à la fin du dîner. la jalousie le rendait fou furieux. était la forme la plus vile de la supplication. Dans sa suite. En traversant le hall principal de l'hôtel de luxe où il était descendu pour regagner les ascenseurs. Jim lui avait dit qu'elle avait l'air pâle et épuisé. Demain. Peut-être que s'il achetait le pendentif à Lauren. Un rubis magnifique monté en pendentif et entouré de diamants étincelants capta son attention. Il s'arrêta devant la vitrine et contempla les boucles d'oreilles assorties. Chaque fois que le téléphone de Lauren sonnait. Ses propres cadres glissaient hors de sa vue dès qu'ils l'apercevaient sur leur chemin.. il passa une heure et demie au téléphone. il se mit à contempler le panorama scintillant des gratte-ciel de Chicago. il eut l'impression d'être de nouveau le petit garçon qui. il ne la reverrait pas. Cela valait mieux pour tous les deux.Je vous transformerai en beau crapaud. Jamais plus il ne supplierait personne.. Lauren s'en allait. Il ne supplierait pas Lauren de changer d'avis. il passa devant la vitrine d'un grand bijoutier. à répondre à des messages et à régler des questions qui s'étaient posées en son absence. Au lieu de quoi. elle l'avait transformé en véritable obsédé. Nick s'excusa pour monter dans sa suite. Il se détourna et s'éloigna dans le hall à grands pas. Cela valait mieux pour toute sa satanée boîte. D'un seul coup. avait acheté la jolie boîte à pilules en émail. en compagnie de Mary. . La corruption. il était presque 23 heures. Lorsqu'il raccrocha. Et si elle était enceinte ? Bon sang. il avait envie de donner un coup de poing dans la mâchoire du malheureux pour lui faire avaler ses dents. il se demandait lequel de ses amants l'appelait. Depuis deux semaines. Lundi.

La plupart des femmes se seraient contentées de ce qu'il leur offrait. Le président du comité balaya les six hommes présents du regard et leur annonça : . à lui ! Il repensa au dimanche après-midi où il s'était rendu à son appartement pour lui offrir les boucles d'oreilles. . grogna l'un des participants. Furieux. . Nous avons tous ce genre de problèmes. Nick s'étendit sur son lit.A un moment donné. A un moment donné. C'était aussi bien qu'elle s'en aille. qu'il s'attache autant à elle sentimentalement que sexuellement.Nick Sinclair n'assistera pas à la séance aujourd'hui. tous furent ponctuels. songea-t-il avec amertume. Elle n'avait qu'à rentrer chez ri le et se trouver un crétin de province qui se tortil-hrait à ses pieds. Lorsqu'il avait essayé de l'emmener au lit. Mais maintenant. Elle voulait qu'il tienne à elle. .Ce n'est pas une excuse ! explosa un autre des membres de la conférence. lui jurerait un amour éternel et prendrait vis-à-vis d'elle tous les engagements qu'elle voulait. diable. Quel problème. peut bien empêcher Nick d'être ici ? . mais pas Lauren. Il m'a chargé de vous dire qu'il avait été rappelé d'urgence à Détroit ce matin pour un problème important. Elle voulait qu'il s'engage vis-à-vis d'elle. il était le seul homme qu'elle eût jamais connu. il aurait pu en être certain.Je n'ai pas manqué de le lui faire remarquer. . elle avait explosé de rage. Comme tous les participants étaient des géants de l'industrie dont le temps était extrêmement compté. La conférence reprenait à 10 heures précises le lendemain matin.Nous avons tous des problèmes importants en attente. répondit le président. elle était probablement capable de lui apprendre des choses.Il m'a dit qu'il s'agissait d'un problème de relations avec le personnel.

dont elle prit garde de laisser la porte ouverte.Que personne n'avait un problème de relations avec le personnel comme celui-là. La pluie. Inquiète.Qu'a-t-il répondu ? . . la jeune femme lâcha la valise et recula précipitamment. A force d'avoir pataugé dans les petites flaques d'eau du trottoir. Elle était en train de traverser le living-room quand un bruit de pas en provenance de la cuisine lui parvint dans son dos. elle pivota sur elle-même. Puis elle attrapa la valise pour la descendre. Lauren transporta une autre brassée de ses affaires jusqu'à sa voiture. il fallait qu'elle les fasse vite sécher. prenant soin de laisser la porte d'entrée légèrement entrouverte afin de pouvoir l'ouvrir complètement en la poussant du pied quand elle ressortirait avec son prochain chargement. Comme elle avait l'intention de les porter pour son voyage de retour dans le Missouri. les yeux brillants de nervosité. puis elle fit une pause pour étudier d'un air lugubre le ciel d'octobre couvert de nuages noirs. elle heurta le bras du canapé. Il ne lui restait plus qu'à écrire un petit mot à Philip Whitworth et elle serait libre de partir. Elle rentra dans son appartement. Un éclair lui traversa l'esprit : il était au courant pour Philip Whitworth. ses baskets de toile étaient trempées et elle se pencha d'un geste mécanique pour les ôter. étalée en travers du sofa. De ses doigts impatients. Paniquée. ne tarderait pas à tomber. elle mit une autre paire de chaussures et boucla une dernière valise. elle essuya les larmes qui lui brûlaient les yeux. perdit l'équilibre et atterrit sur le dos au milieu des coussins. En haut.. Une lueur d'amusement dans les yeux. et resta paralysée d'étonnement à la vue de Nick qui sortait de la cuisine et s'avançait vers elle. Elle gagna la cuisine où elle les mit dans le four chaud. Nick contemplait la jeune beauté qui s'offrait à lui. Dans sa hâte. voire même la neige.

Je vous ai dit.. Elle se plaça prudemment hors de son atteinte. Que servez-vous ? En dehors des chaussures au four ? Avec un luxe de précautions.Je me suis posé cette question. tant je craignais d'arriver ici en retard.Pourquoi.Et maintenant que vous êtes ici. il était contrarié. Lauren refoula un gloussement de rire nerveux. poursuivit-il. la coupa-t-il avec impatience. Par conséquent. Lauren se paralysa de nouveau sur place. En dépit du ton humoristique qu'il employait. lui ordonna-t-il d'une voix douce.Je me sens très flatté. je n'ai que deux mois de plus qu'à Harbor . Je me la suis posée quand j'ai laissé en plan six collègues qui attendent de moi un vote sur des questions d'une importance vitale. . tout en avançant d'un pas.Ne bougez pas. quand j'ai pratiquement expulsé un vieux monsieur du siège arrière d'un taxi pour prendre sa place. je me suis posé plusieurs fois cette question ce matin.Lauren. ma douce. . répondit-il d'une voix traînante. il ignorait l'histoire Philip Whitworth. .. quand la femme qui était assise à côté de moi dans l'avion a vomi dans un sac. mais il n'était pas furieux. .Pour tout vous avouer.. pourquoi n'êtes-vous pas à cette conférence sur le commerce international ? . dit-elle d'une voix tremblante. . Lauren n'y parvenait pas. Vous m'avez dit que j'étais trop vieux et trop cynique pour vous. Lauren se releva tant bien que mal. Malgré ses efforts désespérés pour comprendre l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. . Je me la suis posée pendant le voyage qui m'amenait ici.. Il était tendu. .Vous. C'est bien ça ? Elle acquiesça d'un hochement de tête.. mais j'aimerais d'abord croquer quelque chose. la mâchoire de Nick avait une rigidité sinistre de masque de fer et une énorme tension se dégageait de chaque muscle de son corps vigoureux. que voulez-vous ? .Je sais ce que vous m'avez dit.

Le cœur de Lauren se mit à cogner dans sa poitrine.Réfléchissez à l'individu cynique. . je vais vous porter jusqu'à votre lit et c'est là que je vous obligerai à l'admettre. . pas davantage qu'aujourd'hui. mais qu'il s'offrait au moins lui-même.. Une envie simultanée de rire et de pleurer fit perdre à Lauren son sang-froid. calmement mais avec détermination. Qu'entendait-il par « appartenir » ? D'instinct. de quelque façon que ce soit ! L'air sombre. Comme elle inclinait la tête en avant pour cacher ses yeux brillants de larmes. tout ce que j'admettrais n'aurait aucune valeur. Lauren savait qu'il était tout à fait capable de le faire. Elle allait courir le . Elle allait miser sa fierté et son amour-propre sur le vague espoir de se faire aimer de lui. pensez à toutes les améliorations que vous pourriez apporter à mon caractère. Reconnaissez-le : vous ne me trouviez pas du tout trop vieux il y a deux mois. même si je me sens sacrement plus vieux que je ne l'étais à l'époque. vous m'appartenez et.Alors que moi. Dans ces conditions. de toutes les façons. ...Je rentre chez moi. Nick. ses cheveux tombèrent en cascade en un épais rideau. Elle allait le faire. Que se passerait-il si elle lui parlait maintenant de Philip Whit-worth ? Nick reprit la parole. amoral et sans principes que je suis. elle comprenait qu'il ne lui offrait pas le mariage.La seule chose que vous prouveriez. répliqua-t-il d'un ton qui n'admettait pas la discussion. Elle recula d'un autre pas..Springs. je vais décharger votre voiture et vous allez pouvoir défaire vos bagages. c'est que je refuse de vous appartenir.Mais non. si vous m'y forcez. Elle allait céder et devenir ce cliché sordide : la secrétaire amoureuse de son patron qui vit une liaison secrète avec lui. Nick lui adressa un sourire : . une pointe d'exaspération dans sa voix cajoleuse : . Maintenant. c'est que vous êtes plus fort que moi physiquement. affirma-t-elle. Mais ce qui compte. je veux vous appartenir.

Nick lut son acceptation de se plier à la décision qu'il prendrait. murmura-t-il tendrement. de Lauren... Dans les yeux interrogateurs de la jeune femme. Lauren. Avec un gémissement rauque venu de sa poitrine. D'un geste mal assuré.. Je ne l'ai encore jamais dit à une femme et je. chuchota-t-elle d'une voix brisée. d'une . . tremblant de tous ses membres. impétueux et passionnés qu'il lui donnait. Nick sentit son cœur fondre. il ne parvenait pas à se rassasier d'elle. Au bout de quelques minutes dans cette position. sans quitter son étreinte. dit-il d'une voix enrouée.. Elle s'étendrait près de lui. . prêt à subir le rejet auquel il s'était attendu pendant tout son voyage de retour de Chicago. Elle releva brusquement la tête. Nick écrasa la bouche de la jeune femme sous la sienne. s'il le désirait. Incapable d'en croire ses oreilles. elle le contemplait à travers ses yeux embués. et il la tint simplement dans ses bras.. serrant en même temps son corps tendu et avide contre celui.Non. Pas comme cela. Elle essaya de dire quelque chose et Nick se raidit. Il ne put finir sa phrase. Des larmes noyaient ses yeux bleus et perlaient sur ses cils épais. Je vous aime. .risque qu'il se mette peut-être à la haïr quand elle finirait par lui parler de Philip.Lauren. La jeune femme qu'il tenait dans les bras. luttant de toutes ses forces pour apaiser les exigences de son corps en feu. Il réussit enfin à arracher sa bouche à la sienne.. je trouve que vous êtes le plus beau. . Je ne vais pas recommencer ce que j'ai fait à Harbor Springs.Je vous trouve si beau. Malgré les baisers frénétiques. releva le visage vers lui. Animé de la soif insatiable qui le torturait depuis des semaines. pressée contre son cœur battant. souple et malléable. car Lauren s'était jetée de manière inattendue dans ses bras. Vaincu par ses larmes. il dévorait ses lèvres. ici même.Je vous défends de pleurer. il lui souleva le menton pour la dévisager. Je ne suis pas entré ici en conquérant pour vous emmener d'office au lit.

. A moins que vous ne préfériez quelque chose de plus conventionnel.Au bal de charité de l'hôpital pour enfants. Vous avez une tenue adéquate ? Lauren répugnait d'avoir à porter les vêtements de la maîtresse de Philip Whitworth. Je n'ai pas pu dor mir une seconde la nuit dernière. Quelqu'un risque de nous surprendre ensemble.Où allons-nous ? . lui dit-il avant de partir. qui a lieu à l'hôtel Westin. lui adressa l'un de ses sourires ensorceleurs. elle n'avait pas le choix. . Une omelette..Je vais demander à ma gouvernante de me pré parer quelque chose pendant que je prends une dou che. . mais pour ce soir. parce que nous irons au lit à notre retour de la réception à laquelle je vous emmène ce soir et j'ai bien l'inten tion de vous tenir éveillée toute la nuit. . dit Lauren.Avez-vous vraiment faim ? Je pourrais vous pré parer des collants sautés pour accompagner ces chaussures au four. Ensuite je dormirai un peu. Où est le mal ? Si ce bal de charité était l'une des grandes réceptions de la haute société. aucun des autres employés de Global Industries n'était susceptible d'y assister.. soudain gênée. Comme j'en suis l'un des sponsors. ajouta-t-il pour bien se faire comprendre. par exemple ? Nick eut un petit rire et lui effleura le front des lèvres.Je vous suggère de dormir un peu aussi. Sans .Une soirée qui n'aura rien de discret. C'est l'une des plus importantes réunions mondaines de l'année et c'est pour cela que je veux vous y emmener.Tout le monde verra que nous sommes ensemble. . Lauren le gratifia d'un regard plein de compassion. Un quart d'heure lui suffit pour décharger la voiture de Lauren. C'est une soirée habillée.beauté presque impudente. j'ai des invitations tous les ans.Je passerai vous prendre à 21 heures. ce qui lui valut un autre baiser. . .

Avec vous. répondit-elle. dont les globes crémeux se gonflaient au-dessus du décolleté de son fourreau de velours noir.. . la porte de Lauren s'ouvrit sur un Nick d'une élégance époustouflante dans son smoking corbeau. Les joues de la jeune femme rosirent quand elle comprit à quoi il faisait allusion. Un instant. dont la jupe étroite et longue était fendue d'un côté jusqu'au genou. un tapis rouge avait été déployé du trottoir à . se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser. L'hôtel Westin était situé dans le magnifique Centre Renaissance. lui dit-elle tendrement. A l'occasion du bal. . . sa chemise à jabot d'un blanc immaculé et son nœud papillon noir. il resta fasciné par le spectacle appétissant de ses seins..Vous êtes superbe. De son côté.Ça ne vous plaît pas ? lui demanda Lauren qui lui tendait une cape de velours noir assortie. répondit-il. au centre-ville de Détroit.Il n'y a aucun mal.doute était-ce pour cela que Nick ne se souciait pas des ragots que cela déclencherait au bureau.Je les adore. Nick parcourut d'un regard brillant d'admiration les traits animés de la jeune femme et ses cheveux lumineux ramenés en torsades compliquées sur sa nuque. j'irais au bout du monde. 17 Ce soir-là. doublée de satin blanc. Je serai ravie d'y assister. .

Pourquoi ? s'étonna-t-elle.. Pour Lauren. Lorsqu'il tendit la main.A cause de deux douzaines de roses et d'un baiser dont il a été témoin. Lauren remarqua pourtant que Nick hésitait à la prendre. des photographes de presse se frayèrent un chemin à coups de coude jusqu'à l'avant du véhicule in brandissant leurs appareils. Comme le chauffeur de Nick immobilisait la limousine. . . Jim répondit d'un petit gloussement : . Lui aussi les vit et il les regarda approcher Bans parvenir à dissimuler tout à fait la joie qu'il éprouvait. cette fois-ci. Nick éclata de rire et.. la première personne qu'aperçut Lauren fut Jim. tandis que les cameramen suivaient leur avancée sur le lapis rouge.l'entrée principale de l'hôtel. dur comme du granité. les flashes crépitèrent de toutes parts. . . Des caméras de télévision étaient placées des deux côtés du tapis. la soirée fut magique. mais Nick est déjà en train de refréner son envie de me faire avaler mes dents. .. dit Jim sans paraître remarquer la réserve de son ami. Une soirée embaumant les fleurs.Tu reviens de Chicago plus tôt que prévu.Ne fais pas l'innocent. gratifia son ami d'une franche poignée de main. Je me demande bien pourquoi. Il en a eu assez de mes hésitations et il a donc envoyé deux douzaines de roses à Ericka. éclairée de lustres étincelants et . Au moment où Nick descendait de la limousine derrière elle et la prenait par le coude. A leur entrée dans la salle de bal où se pressaient les invités.Espèce de salaud ! s'écria-t-il gaiement. Tu sais parfaitement pourquoi ! Jim fronça les sourcils avant de tourner son regard fauve et admiratif vers Lauren. Un jeune garçon en livrée s'avança pour ouvrir la portière de Lauren..Je vous dirais bien que vous êtes superbe. Le regard de la jeune femme vola à son tour vers le visage de Nick. Nick a oublié que j'étais autrefois amoureux d'une fille à qui je n'arrivais pas à demander sa main par manque de courage.

Le sang de Lauren s'était figé dans ses veines. Oh non ! supplia-t-elle frénétiquement.Il me semble que nous ne connaissons pas cette jeune femme. Ils dansaient toujours. Un gros effort lui fut nécessaire pour passer du visage de Philip à ceux de Carol Whitworth et de Nick. quel plaisir de vous voir ! Il s'exprimait d'une voix légèrement plus aiguë que d'habitude. Il levait poliment les sourcils vers Lauren d'un air interrogateur.J'aimerais bien partir maintenant. ajouta Philip.Lauren ? Minuit avait sonné depuis longtemps. Pas ici. une foule de personnes se pressaient autour d'eux.. sans la moindre protestation. Mère et fils s'affrontaient comme deux étrangers bien élevés. Une soirée passée à danser dans les bras de Nick et à se tenir à ses côtés pour qu'il puisse la présenter à ses connaissances. Lauren s'apercevait que les gens aimaient bien Nick et qu'ils le respectaient profondément. Une femme blonde et mince à la beauté .Hummm !.. dit Philip Whitworth. un masque d'amabi lité sur le visage. pas maintenant ! . . et elle se sentait absurdement fière de lui.bercée de musique magnifique. Lauren acquiesça de la tête et. . se laissa emmener hors de la piste de danse. Le désir qui brûlait dans les yeux gris de Nick était éloquent. Elle inclina la tête en arrière et lui sourit de bonheur. Dès qu'ils quittaient la piste de danse pour prendre une coupe de Champagne. Elle le constatait au sourire chaleureux qui éclairait son visage quand il la présentait à ses amis et à la manière possessive qu'il avait de garder le bras autour de sa taille. . Et lui aussi était fier d'elle. .Nick. Elle venait de décider que cette soirée était la plus parfaite de sa vie quand une voix familière déclencha la panique dans tout son être. Et il semblait connaître tout le monde. Elle manqua en défaillir de soulagement.

élégant..Mon amant.. Elle respira avec difficulté. Quand ils eurent regagné son duplex. le soulagement qu'elle avait éprouvé lorsque Philip Whitworth ne l'avait pas démasquée se métamorphosa en inquiétude. elle venait de participer à une tromperie flagrante qui. . Carol ». dans la limousine. . Mary me l'a appris il y a quelques jours.C'est vrai. En prétendant ne connaître ni Philip ni Carol en présence de Nick.aristocratique. d'une beauté ténébreuse. La panique s'emparait peu à peu d'elle. Lauren sentit le regard de Nick qui pesait sur elle. Lauren glissa les doigts dans ses épais cheveux bruns. mais froide. mais son bien-être ne dura qu'un instant. avant de la prendre dans ses bras et de l'embrasser avec une ardeur pleine de tendresse. Lentement. Nick les lui présenta comme « Philip Whitworth et son épouse.Je sais que Carol Whitworth est votre mère. la bouche toute proche de la sienne. puissant est mon. . Cette nuit. Elle eut l'impression qu'une onde de soulagement parcourait le corps de Nick. je me dirais : cet homme superbe.Si j'étais votre mère. .J'ai bien cru que tu ne le dirais jamais. d'une certaine façon. .Qu'avez-vous ? se décida-t-il à lui demander au bout d'un moment. murmura-t-elle. . Il fallait qu'elle le lui dise avant de se retrouver encore davantage empêtrée dans la toile d'araignée de mensonges qu'elle avait tissée. . le ridiculisait. quand ils auraient fait l'amour.Je t'aime. qui avait hérité de ses yeux gris. Elle le lui dirait cette nuit. Quelques minutes plus tard. Nick lui enleva la cape de satin des épaules et la drapa autour d'une . chuchota Lauren en détournant la tête. termina Nick tout bas. Nick resta impassible. D'une manière courtoise. face à un homme de haute taille. je serais tellement fière de vous ! Chaque fois que je vous regarderais. Lauren se nicha dans ses bras.

en même temps que ses bras l'attiraient doucement plus près de son corps rigide. elle alla se poster près d'une fenêtre. doux tourment. sur sa tempe. Il n'établit pas . L'une d'elles vint épouser l'une de ses hanches. tout au fond de son esprit embrumé par le désir. le corps tout entier de Lauren n'était plus que désir. Lauren fut traversée par un frisson d'excitation. pendant que sa tête se baissait pour déposer un baiser. Elle le sentit haleter lorsque. La respiration de Lauren se fit courte et saccadée sous la caresse des lèvres qui effleuraient son oreille puis sa nuque et sous la pression des mains sur sa taille. Nick l'y suivit.chaise. Il glissa un bras autour de sa taille pour l'attirer contre lui. tandis que l'autre glissait vers le haut et venait se refermer doucement sur l'un de ses seins prisonniers du fourreau de velours.Non. tout en caressant la chair dure et musclée de ses épaules et de son dos. de sa langue. Lauren sentit contre elle la preuve brûlante de la fièvre erotique qui montait en lui. . Animée d'un mélange d'amour et de crainte de le perdre. Au moment où ses mains s'attaquaient aux boutons de sa veste de smoking et où il commençait à se déshabiller. Lauren se cambra vers lui. Quand les mains de Nick remontèrent vers ses épaules pour la faire pivoter. Délicieusement légères étaient les mains de Nick et. Les lèvres entrouvertes de Nick effleurèrent les siennes. brûlant frénétiquement de partager et d'aviver la passion qui montait en lui. Assoiffé de désir.Veux-tu boire quelque chose ? lui demanda-t-elle d'une voix tremblante. Nick prenait conscience que Lauren l'embrassait comme elle ne l'avait jamais fait auparavant et qu'elle faisait volontairement onduler sensuellement ses hanches contre sa virilité pour exacerber les vagues de désir qui montaient en lui. Quelque part. lorsqu'il glissa les doigts sous le bustier pour caresser possessivement sa poitrine sensible. il lui donna un baiser lent et voluptueux qui se fit peu à peu plus pressant et brûlant avant d'éclater en une frénétique voracité. . elle effleura ses lèvres brûlantes. Pour se calmer.

Après lui avoir reproché d'avoir des critères de moralité infantiles. il porta le verre à ses lèvres. il lui recouvrit les mains pour l'empêcher de continuer. précisa-t-il amèrement. d'éclater de rire ou de le réconforter d'un câlin en le prenant dans .Débarrassons-nous de ça tout de suite pour que j'arrête de me poser des questions.Puis-je avoir un verre ? Il s'en voulait de telles pensées et des sentiments qu'il éprouvait soudain à son égard. Elle alla lui préparer un bourbon à l'eau au bar et le lui tendit. le dévisageant sans comprendre. après lui avoir dit et répété que les hommes préféraient les femmes expérimentées. empreint d'une sorte de lassitude et de tristesse. Décontenancée par le ton amer.d'emblée de comparaison entre la femme libérée qu'il tenait dans ses bras et la jeune fille timide et peu sûre d'elle qu'il avait connue à Harbor Springs. elle avait manifestement acquis beaucoup d'expérience. Elle ne parvenait pas à en croire ses oreilles. Mais quand Lauren se détacha un peu de lui pour commencer à déboutonner sa chemise. Lauren cessa de le déshabiller. elle était inexpérimentée et timide. Si Lauren était étonnée par son attitude. . .Combien de quoi ? dit-elle. à la différence près que c'était alors lui qui avait dû poser la main de la jeune femme sur sa chemise et lui demander de la déboutonner. Lauren hésitait entre l'envie de le frapper. s'abattit sur lui. Une douche glacée.D'amants. Depuis lors. Des doigts. Il y en a eu combien? . voilà qu'il était jaloux ! Pour la bonne raison qu'il tenait maintenant à elle. il revit aussitôt la scène qui s'était déroulée à Harbor Springs. Cette nuit-là. mélange de regret et de déception. Le rictus glacial qui tordit les lèvres de Nick au moment où il se rendit compte qu'elle se souvenait exactement de ce qu'il aimait boire ne lui échappa pas. Sans un mot. qu'il employait. elle fut complètement abasourdie par ce qu'il lui dit ensuite en reposant son verre : .

Tu as dit très précisément que. . sans lâcher du regard les glaçons au fond de son verre. est-ce que tu tenais à lui ? Lauren enfonça plus profondément le tire-bouchon. tu m'as dit que les hommes n'accordaient plus d'importance à la virginité. que les femmes ont les mêmes désirs physiques que les hommes et que nous avons le droit de les satisfaire avec quiconque nous plaît. Tu as même beaucoup insisté sur ce point et. lança Nick qui avait enfin .. .Bon ! oublions-le... je t'ai posé une seule question.Juste un. admit-il d'un ton lugubre. Tu parles ! songea Lauren avec bonheur tout en essayant de déboucher la bouteille de vin. . A Harbor Springs. Je ne t'en voudrai pas. la coupa-t-il d'une voix sombre. si tu te moquais éperdument d'eux ou si tu l'as fait pour être à égalité avec moi. . . C'est bien ça ? . Dis-moi combien il y en a eu.. .Est-ce que.. comme si le ton qu'il employait la stupéfiait. j'ai cru que je l'aimais. mais j'ai besoin de la connaître pour arrêter de me torturer l'esprit.Lauren.Je sais ce que j'ai dit.A l'époque. combien ? insista-t-il sèchement. Je me fiche de ta réponse. dit-elle gaiement. Une autre solution lui vint à l'esprit : elle allait se venger un tout petit peu de tout le chagrin et de toute l'incertitude dans lesquels il l'avait plongée. . elle alla prendre une bouteille de vin blanc dans le bar.En quoi leur nombre est-il important ? s'enquit-elle d'un ton innocent. .Tu m'as également affirmé. . Une lueur de regret féroce brûla dans les yeux de Nick et son corps se raidit comme si on l'avait frappé physiquement. et qu'ils préféraient des femmes expérimentées. Se détournant de lui.ses bras..Oui. Dis-moi s'ils te plaisaient. Elle jeta un coup d'oeil rapide dans sa direction. Alors. continua-t-elle en essayant de ne pas sourire. Contente-toi de me le dire.Bien sûr que tu ne m'en voudras pas.

tel un ange drapé de séduisant velours noir. . sans s'empêcher d'admirer la facilité avec laquelle il s'y prenait pour venir à bout du bouchon récalcitrant. . il se tourna vers elle. Le dos tourné à elle.. quand le temps aura passé. Après cet aveu. bon sang ! . sophistiqué. Lauren sentit qu'elle l'aimait plus que jamais.Pourquoi ? insista-t-elle.. pourquoi as-tu l'air tellement fâché ? Tu me mentais ? Nick reposa brutalement la bouteille sur le bar et tendit la main pour prendre un verre dans le placard. . A l'époque..Veux-tu que je te parle de lui ? . .Il s'appelle John. . Se redressant.Qu'entends-tu par là ? Tu m'as expliqué qu'une femme qui satisfaisait ses pulsions sexuelles n'était pas pour autant immorale. Les yeux de la jeune femme pétillèrent.Serais-tu capable de me pardonner ? lui de-mandat-elle.. arrête ! grinça Nick. Lauren se tenait au centre de la pièce. et expérimenté. . Nick agrippa le placard à alcools des mains pour se retenir.Parce que ça m'arrangeait de le croire. comme toi.Je ne t'ai pas menti. .Bon sang. Nick ressentit un tel soulagement qu'il eut le plus grand mal à le supporter. Je n'étais pas amoureux de toi à ce moment-là.Je ne veux pas le savoir ! . finit-il par avouer.John Nicholas Sinclair. . Il était grand.Je sais ce que j'ai dit.remarqué les efforts qu'elle faisait pour déboucher la bouteille de vin et s'approchait pour lui venir en aide.Dans ce cas.Non. . Il a réussi à vaincre ma résistance en deux jours et. Très élégant.. précisa Lauren. mais elle recula d'un pas pour être hors de son atteinte. brun et beau.Oui. . dit-il froidement. . Une jeune femme . ..Tu l'aurais trouvé à ton goût. véritablement hors de lui. je croyais ce que je disais.

. mais il l'aimait. aux dépens de sa propre colère et de sa propre frustration. . Il émanait d'elle une finesse. La sensation exquise des jambes de Lauren descendant le long de ses cuisses lui coupa brusque- . Et puis. Dans son cœur. je t'en supplie.. Elle était très jeune. sa joue et finalement ses lèvres. l'écrasant contre son cœur. volontaire et assez courageuse pour le défier.Lauren. Se souvenant qu'il ne s'agissait pour Lauren que de la seconde fois où elle allait faire l'amour. tout le reste ne ferait que saccager sa fierté et la rabaisser. qu'elle était également têtue.sensuelle. . ne pleure pas. Au cours des dernières semaines. Alors. j'aimerais avoir quatre filles avec des yeux bleus comme les tiens. d'une beauté exquise. si tu pou vais t'arranger. et qu'il était hors de question de la presser. A la vue des larmes de bonheur incrédule qui remplissaient les yeux de la jeune femme.. une fierté sereine. il laissa lentement glisser la main qui la soutenait derrière les genoux. Nick avait aussi appris. il la prit brusquement dans ses bras. dotée d'un corps aux lignes parfaites et plein de grâce naturelle. Il l'observa longuement sans piper mot. puis il prit une profonde inspiration. chuchota-t-il d'une voix rauque.Chérie. Nick savait que c'était en tant qu'épouse qu'elle avait sa place à ses côtés . qui l'avait empêchée de devenir la proie facile des désirs des hommes. Il ne pouvait pas accepter ce cadeau et son amour et ne lui offrir en retour qu'une liaison sans avenir. Ne pleure pas.. commença-t-il gravement. en déposant des baisers sur son front. Il avait le choix entre en faire sa maîtresse et en faire sa femme. Nick se pencha pour la soulever dans ses bras et l'emporter dans la chambre à l'étage au-dessus. transpercé d'émotions identiques à celles qui la faisaient trembler. La bouche toujours collée à la sienne. Et elle était amoureuse de lui. je me suis beaucoup attaché à la cou leur blond vénitien de tes cheveux. Il était le seul à qui elle eût fait don de ce corps magnifique.

S'efforçant encore de retenir cette explosion de passion. la pressant contre les oreillers. En guise de réponse.ment le souffle. A ce contact. Lauren s'offrait désormais à lui tout entière. Emportée par ce tourbillon déchaîné de sensations erotiques. il avait manié son corps avec maestria comme s'il s'était agi d'un instrument familier entre ses mains souples et habiles . soudain malhabiles. des petites flammes de désir brûlant et incontrôlable embrasèrent tout le corps de Nick. Les lèvres tendres de Lauren s'écartèrent. tandis que ses doigts.. ses mains la caressaient et avivaient son désir avec une douceur qui la mettait au supplice et avec une sorte de respect subtil. il pencha la tête pour l'embrasser. cette nuit. La langue de Nick s'inséra à peine dans sa bouche pour goûter à sa saveur enivrante et se retira. elle leva le visage vers le sien et resta debout devant lui sans la moindre honte.. Lauren se rendit cependant compte que Nick ne lui faisait pas l'amour de la même façon que la première fois. A Harbor Springs. Un sentiment de tendresse dévastateur fit trembler les mains de Nick qui épousaient le visage de Lauren entre leurs paumes. Et d'un seul coup. il tenait presque son désir à distance et le maîtrisait sans . L'amour brillait dans ses yeux. Après l'avoir défié avec entêtement pendant des semaines et avoir froidement nié son existence. Et lorsque ses sous-vêtements de dentelle glissèrent enfin sur le sol. . A Harbor Springs. elle remonta les mains le long de son torse nu afin de lui encercler le cou de ses bras et se pressa de tout son long contre son corps dénudé et tendu par la passion. puis elle y replongea de nouveau avidement et frénétiquement. dit-il de sa voix profonde dans laquelle perçaient ces émotions bouleversantes et toutes nouvelles pour lui. un amour d'une intensité si sereine qu'il en ressentit à la fois de l'humilité et une grande fierté. Pendant qu'il ôtait ses vêtements. il l'attira sur le lit et la fit rouler sur le dos. moi aussi je t'aime. sans cesser de lui prodiguer des caresses folles et des baisers ardents. Dans un gémissement rauque. la jeune femme se déshabilla sous son regard brûlant. glissaient sur ses traits lisses.Lauren. il cessa de se maîtriser.

à chacun de ses assauts de plus en plus pressants. pour toi. et. il s'enfonça davantage en elle. D'un même élan. Tôt le lendemain matin. Se penchant audessus du torse nu de Nick. cette nuit.J'ai envie de toi. . Nick resserra son étreinte. Lorsqu'il lui écarta les cuisses des mains. à chaque effleurement de ses lèvres et de sa langue. ses lèvres capturèrent celles de Lauren en un baiser profond et fiévreux et il plongea dans sa chaleur inouïe. Ses lèvres et sa langue se mirent à parcourir la poitrine de Lauren. Elle agrippa convulsivement ses cheveux entre ses doigts pour l'obliger à garder la tête contre ses seins. chérie. Puis il s'assit sur le rebord du lit et se passa une main dans les cheveux. l'écrasant contre lui. . Puis ses mains glissèrent sur les épaules et les bras aux muscles tendus. lui faisant perdre la raison. extase qui finit par exploser avec une violence qui lui arracha un cri venu du fond des âges. j'ai tellement envie de toi ! Cette déclaration passionnée l'embrasa davantage. . chuchota-t-il d'une voix rocail leuse.Bouge avec moi. dans un dernier assaut. Lauren fut réveillée en sursaut par la sonnerie du téléphone. il avait besoin de se fondre en elle aussi désespérément qu'elle avait besoin de se fondre en lui. . Des vagues de volupté frémissantes déferlaient sur Lauren à chacune de ses caresses profondes.. dit-elle en lui tendant l'appareil. elle tendit la main pour décrocher le combiné. A chaque contact de ses doigts indiscrets. Lauren eut un gémissement et cambra les hanches vers lui. la rejoignit dans cet oubli bienheureux. Nick cessa de se retenir. Les mots d'amour qu'il lui chuchotait la remuaient jusqu'au tréfonds de l'âme. Nick raccrocha. Et lorsque Lauren s'exécuta. lui souffla-t-il d'une voix cajoleuse.mal .. elle s'envolait de plus en plus haut. dans un univers où n'existait rien d'autre que la façon belle et sauvage dont il lui faisait l'amour.C'est Jim. Après une brève conversation.

Il la prit dans ses bras pour lui donner un long baiser enivrant avant de la lâcher à contrecœur. . . Je te le promets. lui annonça-t-il avec un mélange de regret et de résignation. avait fait de ses employés des esclaves. .Il se peut que j'aie à prendre un vol de nuit pour rentrer. Mon équipe a essayé de négocier de nouveaux contrats avec ces employés. Il y a quelques mois. j'ai acheté une compagnie pétrolière appartenant à un homme qui. mais je te promets d'être de retour demain. il était en train d'enfiler son pantalon et sa chemise.. Déjà. sinon ils vont se mettre en grève.Je te verrai demain au bureau. lui promit-il quelques minutes plus tard devant la porte d'entrée.Je dois prendre l'avion pour l'Oklahoma aujourd'hui. mais ils sont habitués aux promesses non tenues. Ils exigent de me parler en personne. au fil des ans.

en compagnie d'une demi-douzaine d'autres employées. à son arrivée chez Global Industries. Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent. .18 Le lundi matin. Et au beau milieu de cette page trônait sa photo en couleurs . . . Elle rayonnait de bonheur. Nick l'avait appelée deux fois de l'Oklahoma et elle le reverrait dans le courant de la journée. répondit gaiement Susan. c'est vraiment incroyable ! Elle ne voulait pas que sa relation avec Nick soit . N'est-ce pas toi sur cette photo ? Elle posa le journal du dimanche sur le bureau de Lauren d'un geste brusque et le lissa soigneusement. Nicholas Sinclair.C'est à toi de nous le dire. Le visage de Lauren. A ce point-là. J. Susan Brooke l'y attendait. Sans comprendre ce qui se passait. avec un coup d'œil en direction des six visages animes d'une intense curiosité qui entouraient son bureau. l'industriel de Détroit. et sa compagne. elle suspendit son manteau et continua en direction de son bureau.C'est vrai qu'elle me ressemble.Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle. levé vers le sien. Une page entière était consacrée au bal de charité de l'hôpital pour enfants. était pris de profil. disait la légende. esquiva-t-elle.en compagnie de Nick. des dizaines de visages attentifs et interrogateurs se tournèrent au passage de Lauren. Ils étaient en train de danser et Nick la buvait des yeux.

Tu es superbe. Ils mettent leur nez partout et posent des questions à son sujet. mesdames. . Une fois dans son bureau. . il a appelé Horace Moran à New York. des Américains ont débarqué dans son village. avec un étonnement mêlé de crainte. contemplèrent Nick qui se penchait derrière Lauren et posait les mains sur le bureau de la jeune femme. et ne souhaitait surtout pas un instant que ses collègues de travail la traitent différemment. quelle ressemblance. . Je suis obligé de m'envoler dans une heure pour Casano. Comme Rossi n'arrivait pas à me joindre. il se redressa. quelques minutes plus tard. il la relâcha à contrecœur et noua les mains dans son dos.Bonjour. Mais qui est ce type affreux avec lequel tu danses ? Sans attendre de réponse.Bonjour ! lui dit-il à l'oreille.Décidément. . Lauren était tellement gênée qu'elle aurait voulu disparaître sous terre. c'est vraiment incroyable ! la taquina-t-elle. Six femmes sidérées sursautèrent à l'unisson et. l'air franchement déçu. . . . Aucune d'elles ne remarqua l'accalmie subite. le silence qui gagnait tous les bureaux au fur et à mesure que les gens arrêtaient de parler et que le cliquetis des machines à écrire se taisait. . dit la voix profonde de Nick dans le dos de Lauren.ébruitée publiquement avant le moment adéquat. lui ébouriffa les cheveux sur le sommet du crâne d'un geste affectueux et pénétra dans le bureau de Jim en fermant la porte derrière lui.Tu veux dire que ce n'est pas toi ? la questionna l'une d'entre elles.Tu m'as manqué. il l'attira dans ses bras pour lui donner un long et ardent baiser. avisant le journal. Il jeta un coup d'oeil au journal étalé sur le bureau. Puis. dans un soupir. Nick demanda à Lauren de monter avec lui. Apparemment.Et tu vas me manquer encore davantage. Susan Brook fronça les sourcils. tellement près qu'elle n'osa pas tourner la tête de crainte qu'il ne l'embrasse devant tout le monde. chuchota-t-il. A sa sortie du bureau de Jim.

Enfin. Non seulement il allait lui manquer. Il fallait qu'elle lui explique l'affaire quand elle serait près de lui pour pouvoir le calmer. Dans l'intervalle.. il la relâcha pour aller prendre des papiers sur son bureau. je ne t'ai jamais expliqué ce qu'il en était d'Ericka. dit-elle. j'ai demandé à Mary de te le passer. Il lui adressa un sourire. Le père d'Ericka a paniqué et il l'a envoyée à Casano pour essayer de calmer Rossi. » J'emmène Jim avec moi. Il lui était absolument impossible de lui raconter maintenant. . s'efforçant de paraître gaie alors que son départ la rendait très malheureuse. Rossi s'est caché et il n'y a aucun moyen de le joindre au téléphone. nous allons lui faire confiance et le . .. dit-il. Elle parle un peu italien. alors qu'il s'apprêtait à partir en voyage. Mais du coup.Pourquoi emmènes-tu Jim ? . nous pourrons discuter des projets à long et à court terme concernant Sinco. .. Dis-lui que j'arrive et qu'il n'a aucune raison de se faire du souci.. Il fronça les sourcils. Jim prendra sa place. à la vue du visage de Lauren qui s'éclairait.Et je dois dire que je lui suis si reconnaissant d'être intervenu dans nos vies que j'ai décidé de me mêler aussi de la sienne.Quand le président de Sinco prendra sa retraite à la fin du mois.Si Rossi rappelle. nous devrions savoir s'il est un génie ou un imposteur.Mary l'a fait. En l'emmenant en Italie où se trouve déjà Ericka. je. Pendant ce voyage.J'ai envoyé des agents de la sécurité enquêter sur eux. Je serai de retour mercredi ou jeudi au plus tard.Lauren. Il ressasserait sa colère pendant tout son séjour. Rassure-le. Quatre labos sont en train de tester les échantillons de son produit. qu'il fourra dans son attaché-case. où que tu te trouves. ... je vois que tu comprends le fond de ma pensée. mais elle aurait à se ronger les sangs pendant trois ou quatre jours supplémentaires avant de pouvoir lui parler de Philip. D'ici deux semaines. . Après l'avoir une dernière fois serrée dans ses bras.

Lorsqu'elle serait mariée avec lui. . Il referma son attaché-case et l'obligea à se lever du fauteuil sur lequel elle venait de s'affaler. . . elle rajusta . un reporter m'a appelé ce matin. Lauren l'écoutait monologuer à la vitesse de l'éclair avec admiration.Au fait. Parce que je deviendrais fou si je devais attendre pour te faire mienne. et l'alternative beaucoup plus attirante qui consistait à devenir l'épouse de Nick tout de suite. dit-elle. je crains que tu ne sois assaillie par une meute de journalistes.Toi et une chapelle.Lui as-tu dit quand et où nous allions nous marier ? .chouchouter.C'est moi qui le lui ai appris. Lauren soupesa rapidement le poids que représentait un grand mariage à l'église pour son père souffrant et sans le sou. .Comment l'a-t-il su? demanda-t-elle dans un souffle. Je ne suis pas très patient.Je lui ai dit que c'était pour bientôt.Vraiment ? Afin d'avoir une excuse pour le toucher. . . Tout se déroulait si vite que Lauren en avait le vertige. avec pour seuls témoins ta famille et quelques amis ? Cela ne nous empêcherait pas de donner une grande réception au retour de notre lune de miel. Il lui lança un clin d'oeil. Nous remplirions de la sorte nos obligations mondaines envers toutes nos connaissances. ou serais-tu prête à accepter de lier ta vie à la mienne dans une petite chapelle. poursuivit-il. Quand la nouvelle éclatera au grand jour. . comme si elle vivait à la frange d'un cyclone.Tant mieux. avec tellement de naturel que Lauren fut tout de suite sur ses gardes. .As-tu envie d'un grand mariage à l'église avec des centaines de figurants et qui va demander des mois de préparation. Il sait qui tu es et que nous allons nous marier. elle serait emportée dans un véritable tourbillon.

. Jack fixait d'un regard hébété la grosse horloge ronde sur le mur qui faisait face à son lit d'hôpital. avant d'ajouter : J'ai signé un chèque que j'ai donné à Mary... Tu n'arriveras pas à la dépenser uniquement en vêtements. luttant contre la faiblesse qui s'emparait de lui chaque fois qu'on lui faisait des piqûres avant de l'emmener en bas pour ses examens. Rudy était censé l'appeler pour lui communiquer les résultats de l'enquête menée sur la secrétaire bilingue qui avait été affectée à Nick Sinclair. prends quelques jours de congé et sers-t'en pour acheter ton trousseau pendant mon absence.. il leur donne de l'argent en leur disant de s'offrir quelque chose qui leur plaît. Il se moque que ce soit des bijoux ou des fourrures.. c'est Rudy. Après le départ de Nick. Lentement. .. de se concentrer. . ou une fourrure.. » Elle écarta cette pensée attristante. Il était 10 h 15 et elle n'avait pas encore commencé à travailler. L'horloge indiquait 10 h 30. Il essayait de fixer ses idées. Un jour peutêtre. le téléphone se mit à sonner près de son lit. A la place.Coquine.le nœud de sa cravate.Jack.Avez-vous contrôlé cette demoiselle Danner ? lui . Lauren s'attarda quelques instants dans son bureau.. Un bijou.Je ne l'avais pas remarqué. Il s'agit d'une somme assez importante. . Utilise le montant qui restera pour t'acheter quelque chose dont tu as envie en souvenir de nos fiançailles. Metsle sur ton compte.. sa joie teintée de tristesse au souvenir des paroles que Mary avait prononcées lorsqu'elles avaient déjeuné ensemble chez Tony : « A partir de ce jour-là. Jack se forgea une image mentale du visage rond et des petits yeux en billes de loto de son assistant. On était lundi. Nick n'a plus jamais acheté un cadeau à une femme.. Nick changerait.. le taquina-t-elle. Elle jeta un coup d'oeil à son bracelet-montre. Comme si le simple fait d'y penser avait déclenché l'appel. lança-t-il affectueusement.

. Jack luttait pour se débarrasser de la brume qui brouillait ses pensées. A mon avis. Ils m'emmènent en bas pour des examens et ils viennent de me faire une piqûre qui m'endort. et écoutez-moi ! Si Nick Sinclair est absent. allez voir Mike Walsh. l'avocat principal de l'entreprise. ce Whitworth commence à se décatir et. N'en parlez à personne d'autre. et rapportez-lui ce que je vous ai dit. A mon avis. comme celui d'un soldat en mission.Fermez-la.Je vais m'en occuper.. Je veux que tous les . Des vagues nauséeuses l'embrumaient. Le gardien dit que cette Danner se tient bien tranquille. . . Philip Whitworth. Rudy eut un petit rire lubrique. Un soir où le vieux Whitworth venait lui rendre visite. La dernière nana qui vivait là était une rousse. . . le vieux Whitworth n'en a pas pour son argent. dites-vous ? .. c'est fait. Il peut voir son appartement du portail..Quoi ? Elle est ?. .Ecoutez-moi et fermez-la ! dit Jack d'une voix qui trahissait sa bouche pâteuse.Dites-lui qu'à mon avis. c'est d'elle que vient la fuite dans l'affaire Rossi.Whitworth.demanda-t-il. il l'a trouvée en compagnie d'un autre type et il l'a fichue dehors.. Et je vous demande de la surveiller. Jack. il a perdu l'envie et... . Vous plaisantez ! Cette nana est. le ton de Rudy se fit soudain important. . Il n'est passé la voir qu'une seule fois depuis qu'elle a emménagé..Selon lui. fit Rudy.Ouais. espèce de crétin.Qui. De méprisant. Vous avez pigé ? Dites à Nick.. J'ai parlé au gardien qui m'a dit que le type loue ce petit nid d'amour pour ses maîtresses. Vous pouvez compter sur moi. Elle crèche dans une résidence pour gens friqués de Bloomfield Hills et c'est un vieux qui paie son loyer. Allez voir Nick Sinclair et racontez-lui ce que vous venez de me dire... Comme vous me l'avez demandé.

lui rappela Philip. quand le téléphone sonna le lendemain matin. Elle nageait en pleine béatitude et n'arrivait pas à se concentrer sur ses petites tâches de bureau quotidiennes. S'il l'appelait au bureau. Eût-elle voulu écarter Nick de ses pensées. Il s'exprimait sur un ton sarcastique qui donna le frisson à Lauren. Son téléphone sonna. ma chère.Je nous vois mal déjeuner dans votre immeuble. ce qui n'était pas le cas. avant qu'elle ait l'occasion de tout lui expliquer personnellement. elle pouvait évidemment lui annoncer qu'elle allait s'installer à l'hôtel. . Elle prit l'appel et nota sans y prêter attention le minuscule déclic qui se produisit. accepta-t-elle sans enthousiasme.coups de fil qu'elle passe et qu'elle reçoit au bureau soient écoutés. Il ne s'agissait pas d'une invitation. Lauren était en train de rêvasser. mais elle n'en eut pas le courage. Lauren aurait voulu dire à Philip d'aller se faire voir et lui raccrocher au nez. le regard perdu dans le vide. mais d'un ordre. mais pour cela il lui faudrait inventer une raison et elle ne voulait pas ajouter un nouveau mensonge à sa liste. Et faites-vous seconder. il me semble que nous devrions déjeuner ensemble ce midi. En le mettant en colère. elle vivait dans l'appartement qu'il avait mis à sa disposition et elle ne pouvait pas déménager pendant l'absence de Nick. De . Elle se sentait mal à l'aise à l'idée d'être seule en sa compagnie. . L'inquiétude la prit. que cela lui aurait été impossible. lui annonça Philip Whitworth d'une voix onctueuse. car celui-ci n'aurait plus de point de chute où lui téléphoner.Lauren. mais je ne peux pas m'absenter longtemps du bureau.D'accord. En outre. . De toutes les fibres de son être. elle courait le risque qu'il appelle Nick pour lui révéler qui elle était et lui raconter les événements de son point de vue. comme chaque fois qu'elle décrochait depuis la veille. car ses collègues ne cessaient de la taquiner à son sujet. Je veux que vous la suiviez à la trace et observiez le moindre de ses gestes.

. en direction des tables installées près du bar. le jeune homme devint rouge comme une pivoine. où se pressaient les clients qui consommaient debout. Nous vous en donnerons une meilleure. mais n'y pensez plus.Je vous rencontrerai chez Tony's à midi.. les serveurs pressés ne cessaient d'aller et venir pour prendre les carafes d'eau disposées dans un renfoncement juste à côté de leur table. ulcérée qu'il essaie encore de la tromper. Lauren comprit ce qu'il voulait dire. mais ce fut Dominic qui se chargea de la mener jusqu'à sa table. . lui lança-t-il sans préambule. mais votre table n'est pas très bonne. mais je préférerais que .Excusez-nous. . Un simple treillis de bois recouvert de plantes grimpantes les séparait du bar. . Essayez de nous appeler plus tôt la prochaine fois. Il se leva poliment. Elle le trouva très calme. Une foule de clients attendant d'être assis emplissaient le restaurant lorsqu'elle y arriva. Comme elle lui adressait un petit sourire reconnaissant. Lauren. quand Lauren le rejoignit.quoi voulait-il lui parler ? Puis elle se souvint du restaurant de Tony et se sentit soulagée. répliqua vivement Lauren.Et si vous me racontiez maintenant ce qu'il en est exactement de vos relations avec notre ami commun. Vous savez où c'est ? . C'est impossible d'avoir une table là-bas.Effectivement. puis il lui offrit un verre de vin. . Quand il la conduisit dans l'arrière-salle. très assuré et même très content.Oui. Tony. l'aperçut et lui adressa un sourire avec la mine d'un homme submergé. . ma chère. attendit que Dominic ait placé la jeune femme.Vous voulez dire Nick Sinclair. qui se trouvait de l'autre côté de la salle. En outre. à en juger par son expression. à moins de.Je m'occupe de la réservation. . baigné dans une lumière tamisée. votre beau-fils ! le corrigea-t-elle amèrement. Philip Whitworth était déjà installé et faisait tourner les glaçons dans son verre d'un air absent. Il s'en échappait un incessant tintamarre de conversations ponctuées de rires bruyants.

.. réfléchissez à ce qu'il va éprouver quand il découvrira que vous vivez comme si vous étiez ma maîtresse.. autant vous le dire tout de suite : nous allons nous marier. relations qui nous lient.Mais il croira que vous m'en avez parlé.Je crains fort que cela ne relève de l'impossible s'il croit également que vous m'avez parlé du petit projet qu'il a en vue à Casano..nous n'utilisions pas son nom dans cet endroit très public. Elle bouillait de colère.A juste titre ! ne put-elle s'empêcher de s'écrier.Félicitations. . . il n'en savait rien lorsque nous vous avons rencontrés tous les deux à ce bal de charité. Dans un effort pour ne pas oublier que Philip Whitworth s'était plutôt conduit décemment avec elle. Les souvenirs de la façon dont sa femme et lui avaient traité Nick déchirèrent Lauren comme des coups de poignard. .J'ai l'intention de l'en informer très bientôt. dit-elle d'une voix sourde.Ah ! je constate que vous êtes déjà au courant de cette histoire. que vous portez les vêtements que je vous ai achetés.Comme les journaux vous l'apprendront d'ici un jour ou deux. . . vous et moi ? Manifestement...Je ne vous ai rien dit au sujet de Casano. mais lui. Il éprouve une certaine animosité envers ma femme et moi.. Lui avez-vous déjà parlé des. . Des vagues d'angoisse paralysèrent Lauren quand elle comprit à quoi Philip faisait allusion.Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Philip lui adressa un sourire rusé et froidement calculateur. . Lauren. le croira-t-il ? .Je ferai en sorte qu'il le croie. Absolument rien ! Je ne vous ai jamais rien dit de confidentiel.Nous le savons bien. . Puisque c'est le cas. .. elle parvint néanmoins à s'exprimer avec un calme calculé : .Ne soyez pas ridicule ! Je ne suis pas votre maîtresse ! ..

. car elle connaissait malheureusement déjà la réponse.. Je ne veux pas l'acculer à la faillite. Cessons donc de discuter pour savoir si vous allez ou non m'aider. .Vous en faites trop. Vous le croyez vraiment ? Les larmes la brûlaient et l'étouffaient presque.Je préférerais mourir que lui faire le moindre mal. Lentement. implacablement.Et vous pensez que je vous les donnerai ? lançat-elle d'un ton méprisant. Vous et moi sommes sur le point de conclure un marché et je veux simplement vous faire comprendre que vous n'êtes pas en position de discuter mes conditions. .La jeune femme croisa les mains sur la table pour calmer leurs tremblements.En échange de mon silence..Quel marché ? Lauren venait de poser la question pour la forme.Ça n'a pas peut-être aucune signification pour vous.Menacer n'est pas le terme exact. . mais Whitworth Enterprises revient de droit à Carter. . . Et je veux connaître les prix de Sinco. Les larmes montèrent aux yeux de Lauren. .Philip. êtes-vous en train de me menacer de lui raconter que je suis votre maîtresse. . La concurrence de Sinco lui fait sérieusement de l'ombre. . répliqua-t-il sans sourciller. J'essaie simplement de sauvegarder ma propre entreprise. De toute façon. lança-t-il sèchement.Quel dommage ! siffla Lauren. Puis il pressa les doigts de la jeune femme autour de la feuille. la panique s'emparait d'elle. je vous demanderai de me fournir de temps à autre des informations. vous me comprenez ? Il se pencha par-dessus la table. C'est son héritage et ma femme y tient comme à la prunelle de ses yeux. et tous ces autres mensonges ? . vous n'avez pas le choix. Les offres pour quatre contrats très importants doivent être déposées vendredi au plus tard.. avant de lui tapoter la main en un geste amical . Il sortit une petite feuille de papier sur laquelle étaient inscrits les noms des quatre projets et déroula les doigts de Lauren pour la lui mettre dans la main.

dit-il en repoussant sa chaise. susurra-til d'un ton mielleux.Davantage que vous ne pouvez l'imaginer. Il faut dire que si j'essayais de vendre mon entreprise aujourd'hui. Elle décrocha d'un geste automatique.et quasi paternel. .Et vous me promettez de ne raconter aucun de ces mensonges à Nick si je vous aide ? . Lauren sortit du restaurant dans un état de rage froide et meurtrière. si folle de rage que toute autre émotion. elle le savait. Vous trouverez les offres quelque part au bureau d'études. impitoyables et sans scrupules. . le 270 téléphone sonna. Avant peu. dit Lauren.Ces contrats sont très importants pour vous ? . .Je ferai de mon mieux. envahie d'un calme mortel. Ils la faisaient chanter.Oui. Les Whitworth étaient intéressés. l'état de nos finances serait rendu public.Malheureusement. Cela nous serait d'une aide immense si vous pouviez obtenir les fiches de prix. Global Industries viendrait rejoindre le reste de l'héritage de Carter. l'avait abandonnée.Parce que votre femme veut sauvegarder l'entreprise pour votre fils ? Parce qu'elle y tient beaucoup ? . je dois regagner mon bureau. Carol Whitworth voulait acheter « l'héritage » de son second fils bien-aimé en détruisant ce que son fils aîné avait bâti.Je vois. peur y comprise. . C'était Philip. Et les Whitworth s'attendaient vraiment à ce qu'elle leur apporte son aide dans cette entreprise. Quelques minutes après son retour au bureau. seule alternative qui s'offre à moi. Afin de le convaincre pour l'instant qu'elle avait l'intention de se montrer coopérative. Lauren le fusilla des yeux. . mais j'ai besoin de ces fameux renseignements aujourd'hui. répondit-elle d'une voix .Vous avez ma parole d'honneur. Et cela serait extrêmement gênant. elle ajouta : . ma chère. ne connaîtrait jamais de fin. et ce chantage.Je m'en veux de vous presser. .

elle s'exécuta. mais comme la machine n'avait effectivement pas arrêté de tomber en panne.Bravo ! Formidable ! Je vous retrouverai en bas de l'immeuble à 16 heures. et le montant de l'offre. mais disparut complètement sur les photocopies qu'elle en fit.M. de changer le montant des offres faites par Sinco. elle sortit un flacon de correcteur d'un tiroir et entreprit. Elle se détournait juste de la photocopieuse quand un jeune homme au visage poupin s'avança vers elle.Excusez-moi. Dès qu'elle eut raccroché. . mademoiselle. Cette opération ne vous prendra qu'une dizaine de minutes au total. Au-dessus de chacun d'entre eux se trouvait une fiche de prix sur laquelle étaient indiqués le nom du projet. Il paraît qu'elle a eu des problèmes toute la journée. elle lui raconterait ce qui s'était passé. un résumé de l'équipement technique qui serait fourni dans l'éventualité où Sinco obtiendrait le contrat. puis elle rapporta les originaux et les copies sur son bureau. Quelques minutes plus tard. Elle remit les originaux dans leurs dossiers. Il était impossible de déceler ses modifications. Peutêtre même l'aiderait-il à en parler à Nick. avec beaucoup de minutie et de calme. Dès que Jim rentrerait. Descendez à toute vitesse. Lauren en sortit les feuilles pour les photocopier. Enfin. dit-elle à la secrétaire du bureau d'études. augmentant chacune d'entre elles de plusieurs millions de dollars. . Lauren se rendit au bureau d'études. Le correcteur était visible sur les exemplaires qu'elle était en train de modifier. gardant les photocopies devant elle. Ça vous ennuie de refaire une copie de vos originaux pour que je puisse vérifier qu'elle fonctionne maintenant normalement ? Une sorte de malaise envahit Lauren. l'idée qu'elle se conduisait de manière louche ne l'inquiétait pas. Pour l'instant. . je suis envoyé par la société qui entretient cette machine. Il prit les copies sur le plateau. je vous attendrai dans ma voiture. elle rapportait lesdits dossiers dans son bureau. Williams aimerait voir les dossiers de ces quatre projets.atone. y .

Lauren le vit jeter les copies dans la corbeille à papier. Comme elle se retournait.. qui cacha à toute vitesse un appareil photo derrière son dos.J'espère que vous comprenez l'importance que cela a pour nous. Mais elle ne le vit pas se pencher pour les en ressortir quelques instants plus tard. commença-t-il. . elle faillit renverser le jeune homme au visage poupin.. et hocha la tête. Elle pivota sur les talons et rentra au pas de course dans le bâtiment. Comme Lauren traversait le hall d'entrée.jeta un coup d'œil. Dans sa hâte. . La vitre côté trottoir descendit électroniquement pour lui permettre de se pencher à l'intérieur et de tendre une enveloppe à Philip. et. elle est vraiment réparée. une Cadillac vint se garer le long du trottoir.On dirait que cette fois-ci. . Lauren fut prise d'un accès de rage si violent qu'elle en avait les oreilles qui bourdonnaient.

venez prendre un verre avec nous. Cinq minutes plus tard. leur jeta-t-il avant d'ouvrir un placard qui contenait plusieurs tenues de rechange et d'en sortir une chemise propre. Il dit que c'est urgent. le visage illuminé de Lauren lui avait tellement manqué qu'il l'avait appelée trois fois par jour. . il ressortit de la salle de bains. .Dieu merci.Lauren est-elle au courant de vos intentions ? 8'enquit Mary. Je suis sur le point d'enlever Lauren pour aller l'épouser à Las Vegas. .Je saurai la convaincre de leur bien-fondé. les sourcils froncés. . Elle est en plein boulot dans le bureau de Jim. ajouta Ericka avec un sourire plein de sous-entendus.Exactement ! s'écria Nick. et jeta un regard à Mike Walsh et au jeune homme au visage poupin qui se tenait près du . comme un écolier fou d'amour.19 . tous les jours.Faites-le monter. rasé de près. dit Nick en ôtant son veston.Mettez-vous à l'aise. Et après.Lorsque l'avion aura décollé et qu'elle n'aura plus le choix. On est en train de procéder aux vérifications techniques de l'avion et de refaire le plein de carburant. . Mike Walsh a besoin de vous parler immédiatement. . vous êtes de retour ! lança Mary à Nick qui pénétrait à grands pas dans son bureau le mercredi en fin d'après-midi. Ericka et Jim sur les talons.

Ce fils de. Mike. que l'une de nos employées espionne pour le compte de Whitworth.Jim. leur tournant le dos pour aller prendre une bouteille de Champagne au bar.canapé sur lequel étaient installés Jim et Ericka. poursuivit Walsh.Je vous écoute.Les hommes qui essayaient de trouver Rossi à Casano étaient des types de Whitworth. que se passe-t-il ? s'enquit-il. . . je vais faire ce que j'aurais dû faire il y a cinq ans. le pressa-t-il sans changer de ton. . dit-il calmement. mentit-il. je veux que Sinco soumissionne systématiquement sur les mêmes projets que Whitworth et je veux que nos prix soient en . C'était le jour de son mariage. aurait le droit de la prendre dans ses bras.. . Je vais le mettre hors circuit. . .. de l'embrasser et de la caresser. Nick fit un effort pour étouffer la fureur qui montait en lui afin de ne pas laisser l'animosité qu'il éprouvait à l'égard de Philip Whitworth gâcher sa bonne humeur. . Il ne parvenait pas à arracher ses pensées du visage de Lauren. Continuez.Hier. A partir de maintenant.. on l'a photographiée en train de passer à Philip Whitworth les copies de quatre fiches de prix de Sinco. Et à partir de ce soir. Seul un petit instant d'arrêt dans le geste que faisait Nick pour ôter le muselet du bouchon de Champagne trahit la tension qu'il ressentait à la mention du nom de Whitworth. C'est moi qui vous l'ai appris.Je le sais. . Cette nuit serait leur nuit de noces. Nous avons en notre possession un exemplaire des photocopies qu'elle a fournies et que nous utiliserons comme preuves au tribunal. lui. d'unir son corps rongé de désir au sien. de son sourire radieux.Continuez. commença prudemment l'avocat. . . et lui seul.Il y a une fuite dans le projet Rossi..Alors. Nick sortit quatre coupes de Champagne du bar. J'ai demandé à ce jeune homme de mettre son poste téléphonique au bureau sur écoute et de la maintenir sous surveillance.Il paraît évident.

Qui est-ce ? murmura-t-il. Nick fut pris d'une crainte atroce et tout son corps se tendit. .. . dans l'attente de la confirmation angoissante qui lui martelait déjà le cerveau. mais j'ai attendu de vous en parler pour lancer les accusations contre elle. . leur tournant toujours le dos. Mike poursuivit : .Mettez-le hors de ma vue ! Et qu'il y reste à tout jamais..Regagnez votre bureau. . Nick..dessous de notre prix de revient si nécessaire.. Elle est habillée comme un top model et... lui lança Nick d'une voix étranglée par la fureur et le chagrin.La maîtresse de Whitworth ! s'empressa de lâcher Rudy..Nous pouvons faire émettre un mandat d'arrêt contre cette jeune femme.Qui est-ce ? demanda Jim. je sais qu'elle a travaillé pour vous personnellement et que c'est la fille qui est pratiquement tombée à nos pieds ce fameux soir. . Je l'ai personnellement surveillée. et attendez là. . Je vous appellerai.Nick. qui est prêt à le faire dès que vous en aurez donné l'ordre.Lauren Danner. Dois-je.. mais il fut obligé de s'agripper des mains au bar pour se soutenir avant d'être capable de prononcer les mots fatals. commença Jim à l'adresse de son ami qui . Compris ? Je veux que ce salaud disparaisse de notre paysage ! Jim ayant murmuré son accord. . Sans se retourner. La dame vit comme une reine dans une résidence luxueuse de Bloomfïeld Hills dont Whitworth paie le loyer. voyant que Nick paraissait surtout intéressé par le Champagne qu'il était en train de verser dans leurs verres. La publicité qui sera donnée à son arrestation découragera définitivement quiconque envisagerait encore de nous espionner. il fit un brusque signe de tête en direction de Rudy. J'ai déjà discuté de la question avec le juge Spath. répondit immédiatement l'avocat pour couper court au nouveau flot de détails que s'apprêtait à déverser l'agent de sécurité zélé. dont la voix se gonflait d'importance. Son esprit formula la question.

elle s'immobilisa pour mettre de l'ordre dans sa coiffure d'une main qui tremblait à l'idée merveilleuse de le revoir.. Devant la porte de Nick. Lauren le trahissait pour le compte de Whitworth. Ensuite. auquel l'un d'entre eux seulement répondit par un léger hochement de tête. Ils la dévisagèrent d'un air bizarrement soupçonneux. Il aurait voulu l'étrangler pour la punir de l'avoir trahi. Puis. il aurait voulu déverser son amour en elle jusqu'à ce qu'il ne reste de place dans son corps et dans son cœur que pour lui. Lauren était la maîtresse de Whitworth. comme s'ils étaient sur le qui-vive. . Il est presque 17 heures. La fureur et l'angoisse se répandaient comme du poison dans ses veines. elle leur adressa un vague sourire. s'efforçant de maîtriser sa rage. Nick se redressa et jeta dans l'évier le Champagne qu'il s'était versé pour fêter son mariage avec un ange. Il se souvint de l'instant où il l'avait présentée aux Whitworth le samedi soir et. rentrez chez vous. les vêtements qu'elle portait. il se tourna vers Mary: . il eut l'impression d'exploser en mille morceaux. Dans le silence sépulcral qui tomba après leur départ.Mary. Une princesse aux yeux turquoise débordant de gaieté qui était entrée dans sa vie et l'avait complètement chamboulée. Au passage. Lauren jeta un coup d'œil aux trois agents de sécurité postés à l'extérieur du bureau de Nick vers lequel elle se hâtait.lui tournait toujours le dos. Son cœur hurlait que c'était faux. Lauren l'espionnait. en repensant à la façon dont elle avait fait mine de ne pas les connaître. l'assassiner de ses propres mains. Il avait envie de l'écraser dans ses bras pour l'obliger à lui dire que c'était faux .. brusque et inamical. appelez Lauren pour lui dire de monter dans dix minutes.Sortez ! La voix de Nick avait sifflé comme un fouet. mais sa raison lui affirmait le contraire. Il aurait voulu mourir. Tout s'expliquait : le lieu où elle vivait. mais aussi parce qu'elle craignait la réaction qu'il aurait en .

il fallait qu'elle lui en parle tout de suite. mais lorsqu'elle voulut s'asseoir près de lui. Il lui . Nick lui tournait le dos. Il gardait un visage impassible.Oui. dit-il doucement. répondit-elle d'un ton enjoué. Au départ. .A quel point? chuchota-t-il d'une voix de velours. il l'attrapa par le poignet et l'obligea à s'asseoir sur ses genoux. Lauren en ressentit un frisson inexplicable le long de la colonne vertébrale. Obéissante. Lauren s'approcha du canapé et s'immobilisa devant lui. comme il lui tournait le dos. elle comptait tout lui avouer dans la soirée.Viens ici. Un sourire échappa à la jeune femme.T'ai-je manqué. Lauren? lui demanda-t-il sans bouger. l'invita-t-il doucement. s'approchant derrière lui et entourant hardiment la taille de Nick de ses bras. celui-ci était dur comme du roc. contemplant la ville à l'horizon. . sans la regarder. presque détaché. Debout derrière l'immense baie vitrée. Nick se retourna et. mais qui fut rapidement dissipé par l'exigente insistance de sa bouche sur la sienne.apprenant l'affaire qui la liait à Philip. la tête baissée pour étudier ses traits si beaux. Lauren trouva sa voix étrange mais. Quelque chose d'étrange perçait dans sa voix. . admit-elle. .Montre-moi à quel point tu as envie de moi. et essayer de comprendre son étrange humeur. . elle ne pouvait pas voir son visage. la pressa-t-il.Tourne-toi et je te le montrerai. . se dirigea vers l'un des canapés et y prit place. Le corps de Nick parut se raidir à son contact et quand elle frotta la joue sur son dos large et musclé. Les rideaux étaient en partie tirés et aucune des lampes n'avait été allumée pour dissiper l'obscurité prématurée et sinistre de cette soirée pluvieuse. en partie plongés dans l'obscurité.Ferme la porte. . .Je suis tellement heureuse que tu sois de retour ! 8'exclama-t-elle en pénétrant dans la pièce. mais maintenant que Philip la faisait chanter. lorsqu'il aurait eu le temps de se détendre.

. De sa bouche habile. mon chou. l'implora-telle d'une voix hachée. la coupa-t-il d'une voix basse chargée de menace. Philip Whitworth n'est pas mon amant.Dans ce cas. des agrandissements de photographies en noir et blanc qui la montraient en train de se pencher vers sa voiture et sur lesquelles on distinguait nettement la plaque d'immatriculation de la Cadillac portant le numéro minéralogique de l'Etat du Michigan prouvant que Philip A. . . ahana Lauren qui ondulait sous lui. Nick ! je t'en supplie. susurrat-il mielleusement. m'aimeras-tu encore dans cinq ans. je. c'est un parent à moi. car Nick venait de se relever brusquement et il lui tirait cruellement les cheveux pour l'obliger à se lever en même temps que lui. La main libre de Nick plongea dans ses cheveux et se mit à les tirer. écoute-moi. Des copies des quatre fiches de prix qu'elle avait données à Philip. Il m'a envoyée chez Sinco me présenter pour un emploi. A la vue des papiers éparpillés sur la table basse. impuissante. Les doigts de Nick étaient déjà en train de déboutonner son corsage de soie et de faire descendre son soutien-gorge pour dénuder sa poitrine. quand toi et ton amant sortirez de prison ? .Lauren. Elle lui avait manqué. terrorisée par la colère noire et la haine virulente qui flambaient dans ses yeux.Nick ! Le hurlement frénétique resta coincé dans sa gorge.Explique-moi ça ! chuchota-t-il d'un ton terrifiant. les traits de Lauren se glacèrent de terreur. il mordilla les pointes durcies de ses seins. en même temps qu'il l'allongeait sur le canapé et se couchait sur son corps demi-nu.. . ..Ecoute-moi.. je t'aime ! Je.Oui..Je t'en supplie. pendant que sa main s'insinuait sous sa jupe.Oh. . Je veux que tu t'assures que c'est bien moi et non Whitworth qui suis sur toi. je t'en supplie ! cria-t-elle. . mais je te jure que je ne . ouvre les yeux. Whitworth était le propriétaire du véhicule.donna un baiser profond et savant et Lauren s'abandonna. Je peux tout t'expliquer. aux demandes torrides de ses lèvres.

Whitworth est le seul à employer un espion. .Lève-toi.lui ai jamais rien dit. Lauren remit de l'ordre dans ses vêtements et s'appuya d'une main à la table basse pour se relever lentement. Et cet espion. . mais Lauren s'agrippait à lui. Rien de plus.Sortez-la d'ici ! L'ordre était tombé comme un couperet. Il m'a menacée de te raconter des mensonges si je ne m'exécutais pas..Oui. Et rajuste ton corsage. les épaules secouées de sanglots déchirants. essaya-t-elle de lui expliquer fébrilement. . jusqu'à ce qu'il nous voie au bal. répéta Nick.Un parent à toi. l'implora-t-elle frénétiquement. Il avait déjà pris le chemin de la porte..Je t'aime tellement ! implora-t-elle d'une voix hystérique. . l'implorant silencieusement une dernière fois de l'écouter. Paralysée de terreur. la jeune femme regardait les hommes s'avancer droit sur elle. un parent qui essaie de te faire chanter. Philip pensait que tu payais quelqu'un pour l'espionner. ordonna-t-il d'un ton sec. . la railla-t-il d'un ton cinglant. Ils allaient l'emmener en prison. c'est toi ! Il la relâcha et essaya de la repousser.Il m'a laissée tranquille jusque.. il essaie de me faire chanter. glacial et sarcastique. Ne nous fais pas ça ! Nick se dégagea des bras qui l'étreignaient d'un mouvement brutal et elle s'effondra sur le sol. de la . .. La poitrine soulevée de sanglots convulsifs et silencieux. Il m'a envoyée ici pour que je trouve de qui il s'agissait et. mais maintenant. mais fut remplacée par un affreux mépris qui terrifia tellement Lauren que les mots sortaient frénétiquement de sa bouche comme une cascade déchaînée.Ecoute-moi. Pourquoi refuses-tu de m'écouter? Pourquoi ? Je te supplie de m'écouter. La rage quitta le visage de Nick. Nick ouvrit la porte d'un geste brusque et les trois agents entrèrent dans la pièce. je t'en supplie. . Son regard vola vers Nick. .

Ses traits dessinés au burin n'étaient plus qu'un masque de pierre. Une fois la porte refermée derrière la jeune femme. . auréolé de sa magnifique chevelure en désordre. Tous ces gens. Ses yeux ressemblaient à deux étangs de chagrin. ni le turquoise vif de ses yeux. A vrai dire. Escortée des gardes silencieux. elle ne se souciait pas particulièrement de savoir qui était témoin . Le photographe avait capté son profil délicat.croire. se hâtaient de regagner leurs foyers. fouettée par le vent. deux éclats de glace grise. Les mains enfoncées dans les poches. Un muscle remua sur le cou de Nick qui essayait d'avaler la boule nouant sa gorge. Cette foule qui se pressait lui épargna la honte de regards curieux. Les trois gardes armés entourèrent Lauren et l'un d'eux la prit par le bras. on aurait pu croire qu'il ne ressentait pas la moindre émotion. il lui retourna son regard sans ciller. Il trouvait dommage que le photographe n'ait pas pris une photo en couleurs. C'était une photo de Lauren en train de le trahir. Il enfouit le visage entre ses mains. il se dit qu'elle était très photogénique. elle sortit du bureau en leur compagnie et traversa le hall d'accueil silencieux et désert. et se mit à contempler l'agrandissement de la photo noir et blanc sur laquelle Lauren tendait les copies des offres volées à Whitworth. Le noir et blanc ne pouvait rendre la luminosité de la peau de Lauren. Sans le muscle qui se contractait sur sa mâchoire crispée et qui le trahissait. et elle n'avait pas pris la peine de mettre un manteau. Elle se dégagea brusquement. Nick regagna le canapé. Transpercé d'un coup de poignard doux-amer. de mettre un terme à cette horrible méprise. les avant-bras appuyés sur les genoux. ni les reflets d'or chaud de ses beaux cheveux. plongés dans leurs propres pensées.Ne me touchez pas ! Sans un regard en arrière. Le cliché avait été pris lors d'une journée venteuse. Lauren traversa le hall de marbre grouillant d'employés qui quittaient le bureau un peu en retard. Il s'assit. ses yeux.

dit-elle bizarrement. . Et il rentra dans l'immeuble avec ses collègues. les cheveux plaqués autour de son visage par la pluie. dit-il.Jim ! cria-t-elle au moment où Ericka et lui allaient la dépasser sans la voir. mais il n'y en avait pas. Pour l'instant. la peau comme transpercée par l'eau glacée. sans argent et sans clés.Si. Celui-ci était resté dans le bureau de Jim avec son sac à main. plein d'amertume et de colère accusatrice qu'il lui lançait. comme s'il s'attendait à ce que quelqu'un vienne se garer devant eux et propose à la jeune femme de l'emmener. Elle ne savait que faire ni où aller. Le garde balaya le trottoir d'un regard incertain. et lui demanda brusquement. une étincelle d'espoir l'embrasa. s'installa un engour- . Tout espoir mourut dans le cœur de Lauren et en même temps qu'il disparaissait. D'un regard presque indifférent. elle chercha le fourgon de police qui l'attendait sûrement le long du trottoir. Dehors. lança-t-il sèchement. mais Lauren sentait à peine la piqûre glaciale des gouttes de pluie qui inondaient son léger corsage de soie. mademoiselle ? Lauren posa sur lui des yeux hébétés de chagrin. tout lui était indifférent. elle se sentit basculer dans le vide. elle se tourna pour descendre l'avenue Jefferson.Vous n'avez pas de manteau. Celui qui marchait à sa droite fit demi-tour pour s'en aller lui aussi. L'espace d'un instant. Comme un automate. Elle avait effectivement un manteau. En définitive. il s'avérait qu'on n'allait pas l'emmener en prison. . mais avec une certaine compassion : .Je n'ai rien à vous dire. Il faisait froid. Le garde qui marchait à sa gauche et celui qui la suivait repartirent dans l'autre sens.de son humiliation. .Je vais vous le chercher. Jim se détourna brusquement vers elle. la nuit était tombée. Sous la seule brûlure du regard méprisant. à l'instant même où une silhouette familière sortait à pas rapides du bâtiment et se dirigeait vers elle. . Puis il marqua une hésitation. Lauren restait plantée sur le trottoir.

continua-t-elle en claquant des dents. dit-elle calmement. le visage toujours aussi hostile. dit-il. . Celle-ci s'ouvrit sur un Tony qui resta stupéfait à sa vue. tout en commençant à enlever celui-ci. Joe ! hurla-t-il. puis se reprit et lui lança : .Prenez mon manteau. Enfonçant ses mains gelées dans les poches de sa jupe de tweed. Elle fit mine de se tourner. Lauren libéra prudemment son bras.dissement bienheureux. Sans tenir compte du vêtement qu'il lui tendait. Dites-lui que je ne veux plus jamais le voir. Je ne veux plus jamais être touchée par personne.Ne me touchez pas. elle cogna à la porte du fond. venez vite ! . Il portait un smoking noir jurant avec le vacarme et la vapeur qui sortaient de la cuisine derrière lui. affirma-t-il. elle commença à s'éloigner.Laurie ! Dio mio ! Dominic. De sa main gelée. .Mais quand Nick finira par découvrir la vérité. . Malgré ses cheveux trempés et la pluie qui inondait son visage levé vers lui. répéta-t-il laconiquement. Sans penser à l'endroit où elle allait. il y a un message que vous pourrez lui transmettre de ma part. dites-lui de ne plus jamais s'approcher de moi. Dites-lui. je ne veux pas de votre manteau. Lauren lui répondit alors digne : . Lauren ne trouvait rien de désagréable à la perspective de mourir de froid. . Lauren longea à pied les huit pâtés de maisons la menant au seul havre où on l'accueillerait gratuitement : le restaurant de Tony.Tenez. . prenez mon manteau. vous allez mourir de froid.Mot pour mot.Croyez-vous ce que Nick croit ? . elle leva les yeux vers lui. A peine avait-elle fait six pas que la main de Jim lui agrippa le bras et la fit pivoter. Jim ne put empêcher une lueur d'inquiétude de briller dans ses yeux.Dans ce cas. Mais il la réprima.

c'est Tony. Et elle n'a pas voulu qu'aucun de nous la touche. . Elle a refusé de nous dire ce qui s'était passé. Il est arrivé quelque chose à Laurie. gelée des pieds à la tête. Elle est arrivée ici hier soir. sauf. il ne manquerait pas de se demander comment cela avait pu se produire. La jeune épouse de Joe l'avait mise au lit. Mais il existait aussi une autre possibilité. Elle se sentait trop mal pour se soucier vraiment de ce qui arriverait. c'est Tony. le visage marqué de profondes rides d'inquiétude. Elle se trouvait dans l'appartement situé au-dessus du restaurant. Lauren descendit du lit lentement. Tous les fils du restaurateur étaient assis autour de la table. Par conséquent. après lui avoir fait prendre un bain chaud et un bon repas. Malheureusement. comme si on l'avait battue. disait-il. Le sang battant douloureusement à ses tempes. Dans ce cas.Nick.Lauren se réveilla dans un lit chaud et confortable et ouvrit les yeux sur une chambre inconnue. il était trop tard pour l'arrêter car il s'était déjà lancé dans un monologue ininterrompu. Elle n'avait ni manteau. Le cœur de Lauren fit un bond dans sa poitrine. elle n'était pas morte de froid. lorsqu'elle pénétra dans la cuisine familiale où Tony était en train de parler au téléphone. Les contrats iraient peut-être à d'autres entreprises que Sinco ou Whitworth. .Mary. Il chercherait à savoir pourquoi Whitworth n'avait pas fait une offre plus basse que celle de Sinco et comparerait peut-être alors les copies des fiches de prix que Lauren avait fournies à Philip avec les originaux. Rejetant le lourd édredon.. Nick croirait toute sa vie qu'elle l'avait trahi. Tu ferais mieux de venir ici tout de suite. Quoi ! . Je veux parler à Nick. constata-telle avec une pointe de regret morbide.. Tout son corps était perclus de douleurs. ni sac. meublée avec un charme un peu étrange. Son état empira encore quelques minutes plus tard. ni rien. elle se hissa avec difficulté sur les coudes pour examiner les lieux. Combien de temps faudrait-il à Nick pour s'apercevoir qu'elle avait changé les chiffres des fiches de prix? Si un seul même des quatre contrats était attribué à Sinco.

.Je te défends de me parler sur ce ton. Voilà ce qu'il m'a dit. . pendant que la secrétaire interrogeait manifestement Nick. répliqua le restaurateur. Tony tendit le téléphone à la jeune femme. . Complètement abasourdi. lui dit-il. il reprit le combiné en main et recomposa le numéro d'un air farouchement décidé.Lauren. Quoi ? Oui. repassez-moi Nick immédiatement. dit Lauren avec un mélange d'espoir et de crainte. elle est ici. Vous ne comprenez pas. puis il éloigna le récepteur de son oreille et le regarda comme s'il lui avait d'un seul coup poussé des dents. Il resta totalement immobile pendant que Nick lui racontait ce qu'il avait à lui dire. . . Nick m'a parlé sur ce ton ! répéta-t-il sans y croire. Sans prêter attention à la jeune femme. .Oui. Le visage pâli par le remords. . vous avez déjà fait assez de mal à ceux .Nick vient de me raccrocher au nez. .Nick prétend que vous lui avez volé des renseignements et que vous êtes la maîtresse de son beau-père. Il attendit. Il dit qu'il ne veut plus jamais entendre parler de vous et que si je prononce une nouvelle fois votre prénom devant lui. mais Mary a quelque chose à vous dire. vous pouvez parier votre chemise qu'il s'agit de Lauren. Lauren fit un pas vers lui.Je comprends parfaitement le ton qu'il a employé avec moi. Nick. il demandera à sa banque de nous refuser le prêt qu'elle nous a promis pour nous permettre de moderniser notre restaurant.La colère se peignit sur son visage. Il paraissait tellement fâché et tellement blessé que Lauren se sentait de plus en plus mal. vous ignorez ce qui s'est passé. Mary. .Allô. annonça-t-il à ses fils.Tony.Nick refuse de me parler.Mary. Mary s'adressa à elle d'une voix glaciale : . la mâchoire crispée. reprit-il. .. je. il se tourna vers Lauren qui se tenait dans l'embrasure de la porte.

Il pensait vraiment ce qu'il a dit à Tony. impuissants.Je m'en irai dès que l'avocat m'aura apporté mon sac à main. et leur sympathie. parce qu'il se demandait pourquoi vous déjeuniez en compagnie . répliqua violemment Dominic. sapant le barrage qui retenait ses émotions..Ne me demandez pas de vous expliquer ce qui s'est passé. mais cette solution est de loin préférable. ce cochon avec lequel vous déjeuniez vous adressait. Lauren. S'il vous reste un minimum de décence. laissez Tony en dehors de cette histoire. Papa l'a reconnu et il s'est approché de moi pour écouter aussi. si je le faisais. chuchota-t-elle.d'entre nous qui ont été assez légers pour vous accorder leur confiance.Bien. Lauren se sentait davantage capable d'affronter l'animosité que la gentillesse. La main de Tony se referma alors d'un geste rassurant sur son épaule et elle inspira longuement et gauchement. le visage empourpré. La jeune femme s'effondra sur l'une des chaises qui entouraient la table. Au revoir. .Mais si. trop honteuse pour regarder les hommes qui allaient désormais la considérer avec la même expression accusatrice et glaciale que Jim et Mary. . et j'ai entendu chaque parole que ce. là où sont posées les carafes d'eau. vous ne me croiriez pas.. je vous suggère de rester là où vous êtes pendant une heure. Tony et ses fils. lui fendit le cœur. . C'est clair ? Lauren avala sa salive pour tenter de se libérer du nœud de désespoir qui lui serrait la gorge. L'avocat de l'entreprise va vous apporter vos affaires et vous expliquer votre situation d'un point de vue légal. Je me tenais près de votre table. . Mais j'ignorais qui il était. Au lieu des regards de mépris auxquels elle s'attendait. Les menaces de Nick ne sont pas des paroles en l'air. la dévisageaient avec compassion. Dans ce cas. . Elle trouva la force de lever lentement les yeux. Nous allions vous en aviser par l'intermédiaire de Philip Whitworth.Parfaitement clair. Après tout ce qu'elle venait de subir.

Votre sac à main. derrière sa chaise. D'un battement de cils. Elle n'avait pas pleuré depuis des années avant de rencontrer Nick. elle parvint à les retenir et à leur dire.Non. lui apprit Tony. Mademoiselle Danner. Joe et Dominic l'accompagnèrent en bas. . J'en viendrai tout de suite aux faits. le croit.Très bien. chef de la sécurité de Global Industries à Détroit. si vous veilliez tous les deux sur moi. le suppliant de bien vouloir l'écouter. J'ai demandé à Mary de lui dire de me rappeler dès son retour. . . Lauren reconnut immédiatement Mike Walsh.d'une personne que Nick hait. avec un sourire tremblant : . comme de vrais gardiens. je dois vous dire que je n'aurais jamais cru que vous fournissiez des renseignements à Whitworth. dans le restaurant qui n'était pas encore ouvert aux clients. Elle s'était traînée en sanglotant à ses pieds. .Le service a dû vraiment laisser à désirer ce jour-là. elle haussa les épaules. Puis les deux hommes prirent place en face d'elle. Désirez-vous en vérifier le contenu ? Lauren prit soin de garder un visage impassible. Jamais. Une demi-heure plus tard. dit-il sèchement. lui. dit Mike en lui tendant l'objet.Je ne lui ai pas donné ce qu'il souhaitait. elle ne pleurerait plus jamais. Global Industries possède suffisamment de preuves contre vous pour .J'ai essayé d'appeler Nick après votre départ ce jour-là. Lauren ne parvenait plus à se maîtriser et glissait de plus en plus vers les larmes. C'était l'homme qui accompagnait Nick le soir où elle s'était littéralement écroulée à leurs pieds. Après ses larmes de la veille au soir. Cependant. mais Nick était en Italie. . Mais Nick. et prirent place. pour lui révéler que Philip Whitworth vous menaçait et que vous étiez dans le pétrin. Le seul fait d'y penser faisait monter en elle une bouffée de honte et de fureur. D'un geste las. La réprobation qui teintait ces dernières paroles n'échappa pas à Lauren. Il lui présenta l'homme qui l'accompagnait : Jack Collins.

précisa-t-il.Parfaitement.Oui. Collins vous l'a amenée.M. est une injonction. fit Lauren. qui vous déclare désormais hors la loi dès que vous poserez ne serait-ce qu'un pied chez Global Industries.Ceci. Si vous vous trouvez dans un autre Etat. de fraude. nous pourrions vous faire inculper pour tous les délits que je viens de citer.Avez-vous des questions ? . Puis elle se retourna de nouveau vers l'avocat. . L'avocat ouvrit une grande enveloppe de papier kraft et en sortit plusieurs feuilles. Il lui tendit une copie de la lettre. ainsi qu'un papier qui avait l'air d'un document officiel. Lauren se détourna pour déposer un baiser affectueux sur la joue de Tony. S'étant levée.Voici une lettre énonçant les faits que je viens juste d'énumérer.vous accuser de vol. quand c'était plus facile. deux. qui avait relevé le menton en signe de rébellion silencieuse. puis sur celle de Dominic.Est-ce vous qui avez découvert toutes ces « . Et nous le ferions. Il l'a garée juste en face du restaurant. . . ce mandat sera signé et vous serez arrêtée. elle préférait prendre congé d'eux maintenant. l'entreprise ne va pas demander votre arrestation. la jeune femme s'adressa à Jack Collins : . et de plusieurs autres délits importants.Où est ma voiture ? lui demanda-t-elle. Quelle est votre seconde question? Ignorant Mike Walsh. le doigt pointé sur le second document. . Vous comprenez ? . Un mandat d'arrêt contre vous a été préparé. L'homme de loi inclina la tête en direction de la porte du restaurant. Comme elle savait que dire au revoir à ses deux amis lui serait trop douloureux et qu'elle s'effondrerait sous la tension émotionnelle. Pour le moment. . Si jamais vous remettez les pieds chez nous. nous ferons tout pour obtenir votre extradition. signée par le tribunal. Si toutefois on vous revoyait dans les locaux de Global Industries ou de n'importe laquelle de ses filiales.

. . venez m'en parler et c'est moi qui vous raconterai la vérité. Lauren ramassa son sac à main sur la table.Très belle. Jack Collins se rembrunit davantage. . .Mais incroyablement traîtresse et hypocrite. Sans jeter un seul regard en arrière.Parce que celui qui s'en est chargé a vraiment fait du mauvais travail. dit Jack. Et quand ce sera fait. elle sortit du restaurant. faites-le ! s'écria furieusement Tony qui ne s'était pas gêné pour écouter leur conversation. non ? dit l'avocat. elle l'est. .preuves » contre moi ? En dépit de son teint blafard. mademoiselle Danner? lui demanda-t-il en la scrutant de près. C'est Whitworth qui l'a obligée à le faire ! . Elle avait l'air très en colère et profondément blessée. Les deux hommes de Global Industries suivirent sa sortie des yeux.Oui.Au revoir. allez consulter le dossier que votre assistant a réuni sur elle. Je n'ai pas arrêté de regarder ses yeux.C'est bien dans mon intention. . .Pourtant. Et si vous n'êtes pas de cet avis. Et merci. qui fronçait le front pensivement. S'obligeant à se tourner vers eux. elle adressa un bref sourire noyé de larmes à Joe et à Dominic.Une jeune femme étonnante. . acquiesça Jack Collins. Jack Collins gardait un regard perçant et inquisiteur. .Je n'en suis pas si sûr. Pourquoi posez-vous cette question. Mike Walsh se leva de son siège. . dit-elle d'une voix douce. D'un mouvement impatient. Mais pas du tout coupable.Un de mes hommes a mené l'enquête pendant que je me trouvais à l'hôpital.

travaillant pour essayer de l'oublier jusqu'à l'épuisement physique et mental. Il n'avait accepté le principe de cette réunion au sujet de Lauren que parce que Jack lui avait répété qu'elle était nécessaire au bien de l'entreprise. Quelques jours de détente lui fourniraient une excellente diversion. une femme avait éclaté de rire dans le salon d'accueil. Il avait trop exigé de lui-même. il s'envolerait pour Chicago afin d'assister à la fin de la conférence sur le commerce international. ressemblait à celui de Lauren. Mary. au cas où la jeune femme déciderait de les poursuivre en justice. Mais quand il s'était aperçu en sortant de son bureau qu'il s'agissait d'une autre femme. Son rire. A cet instant précis. il s'attendait en levant la tête à la voir pénétrer dans son bureau. prête à noter ses instructions. Ils allaient parler d'elle et il allait être obligé de les écouter. Nick regarda Jack Collins. Dans quelques heures. doux et musical. Depuis un mois qu'elle était partie. Sans cesse. conférence qu'il avait quittée brusquement pour courir . Jim et Tony pénétrer les uns derrière les autres dans son bureau. La semaine précédente. tout cela allait changer. et il avait bondi sur ses pieds dans l'intention de l'entraîner de force dans son bureau afin de la prévenir une dernière fois de ne plus mettre les pieds chez Global Industries. son cœur avait chaviré. alors qu'il était plongé dans l'étude du dernier bilan financier de la société. il n'avait pas réussi à l'extirper de ses pensées. bloc-notes et stylo à la main. Les poursuivre à quel propos ? se demandait amèrement Nick.20 Assis dans son fauteuil. N'importe où. C'était du repos qu'il lui fallait. il aurait tout donné pour être ailleurs. Mais désormais.

Lauren l'avait captivé. Tout de suite. mais cela fait des années que nous nous connaissons tous les cinq et je ne vois aucune raison pour que nous ne nous parlions pas ouvertement.Nick.Oui. Je t'aime tellement ! » Il fit rouler son stylo en or paresseusement entre les bouts de ses doigts. la tête tournée vers la fenêtre. disait Jack Collins. je t'en supplie. Malheureusement. Et Tony était incapable de voir que sa beauté à fendre le cœur cachait un caractère perfide. Vicky le rejoindrait à Chicago et ils s'envoleraient pour un voyage de trois semaines en Suisse. pensa-t-il sarcastiquement. prêt à bondir sur la plus petite occasion pour prendre la défense de Lauren.. c'est-àdire dans trois jours. que parler de Lauren Danner vous est à tous fort désagréable.derrière Lauren et qui avait dû être reprogrammée afin que le comité puisse résoudre les questions qui n'avaient pas pu l'être sans son vote. Et l'idée de passer Noël en Suisse. Mais quelle défense? Le seul fait qu'elle soit à moitié italienne poussait automatiquement Tony à avoir un préjugé en sa faveur. . Sa défense. .. lui plaisait énormément. Il lui était difficile d'en vouloir à son ami. son charme l'avait ensorcelé. comme il l'avait déjà fait trois années auparavant. une fois la réunion levée. Dimanche. avait-elle sangloté. disait Jack Collins. En voyez-vous une ? .Je me rends bien compte. puis-je commencer ? . dit-il sèchement. mais il sentait très bien que Tony le fixait furieusement du regard. Combien de temps lui faudrait-il avant d'arriver à effacer le souvenir de Lauren en larmes à ses pieds ? « Ne nous fais pas ça. Ces trois semaines qu'ils passeraient à skier pendant la journée et à faire l'amour pendant la nuit devraient résoudre agréablement tous ses problèmes. il ne parvenait pas à se souvenir en compagnie de qui il avait passé les fêtes de Noël cette année-là. fasciné et enchanté. et le désir sauvage et incontrôlable qu'elle lui inspirait lui avait fait perdre la raison. puisque lui aussi avait fait preuve du même aveuglement et de la même naïveté.

poursuivit-il avec obstination. . Vous me le confirmez? Jim et Mary répondirent oui.Bon ! fit alors Jack à l'adresse des trois autres. Chacun de nous possède peutêtre un morceau du puzzle et dans ce cas. nous pourrons le reconstituer ensemble.Croyez-moi. Les yeux noirs de Tony se rétrécirent en signe d'impatience mais. je vais commencer par m'adresser uniquement à Nick.enfin.J'aimerais donc vous poser la question suivante : pour quelle raison une secrétaire intelligente et qualifiée échouerait-elle à tous les tests qu'on lui fait passer et prétendrait-elle ne pas avoir fréquenté l'université. Mary et Jim. J'espère maintenant qu'en vous réunissant tous. Nick acquiesça d'un bref hochement de tête. vous m'avez tous dit que vous pensiez que Lauren Danner avait cherché à obtenir un emploi chez nous afin de pouvoir espionner pour le compte de Philip Whitworth.Comme personne ne répondait. ça ne m'est pas du tout facile d'en parler. Je pourrais même le dire en termes beaucoup plus grossiers. Tony. J'aimerais que vous ne fassiez aucun commentaire avant que j'en aie terminé. Et vous m'avez également dit tous les trois qu'elle était d'une intelligence supérieure et que sa sténo et sa dactylo étaient excellentes. alors qu'elle y a étudié la musique et qu'elle . » Maintenant que c'est chose faite. Le jeune homme qui s'en est chargé pendant que j'étais à l'hôpital manquait d'expérience et il était trop avide de bien faire. il se cala plus confortablement dans l'un des canapés verts. pas complètement. L'enquête lancée sur elle dépendait techniquement de moi et je suis obligé de vous apprendre qu'elle a été très mal menée. sans piper mot. je dois admettre que je n'ai pas encore compris cette femme . Jack poussa un soupir avant de poursuivre : . J'ai déjà parlé à chacun d'entre vous séparément. Si je n'avais pas été dans l'obligation de retourner deux fois à l'hôpital depuis lors. nous parviendrons à résoudre les contradictions qui continuent à me gêner. je me serais penché plus tôt sur le sujet. .

.Et vous l'avez crue ? demanda Jack. J'ai vérifié.En fait. il existe effectivement un lien de parenté entre Whitworth et elle. .Et qu'est-ce qui pousserait une femme intelligente et cultivée. et selon l'arbre généalogique des Whitworth qui a été retracé il y a environ quinze ans et consigné dans un livre à l'usage pratiquement exclusif des snobs de la haute société. vous en conviendrez. . Je l'ai trouvée en pleurs quand elle a découvert qui il était vraiment. on peut affirmer. Et je suis également l'imbécile qui a cru que Whitworth était l'un de ses parents et que bien qu'il lui eût demandé d'espionner pour son compte. la version de Lauren.Je vous ai déjà donné.-D. qu'elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour s'assurer qu'on ne lui en proposerait pas un. Pourquoi? Jim inclina la tête contre le dos du canapé. . Elle pensait qu'il n'était qu'un simple ingénieur employé par Global Industries. dit Jack avec un petit rictus amusé. il poussa un soupir. . Le lendemain.a obtenu brillamment son diplôme ? Comme tous gardaient le silence. Personne ne répondant. et Mlle Danner a fait une volteface complète et décidé d'accepter le poste que lui proposait Jim et de travailler pour Sinco.Pourquoi ne l'aurais-je pas crue ? soupira Jim d'un air dégoûté. les Danner sont cousins . à vous et à Nick. Tous gardaient l'air renfermé. . et directeur du personnel à la question : « Quel poste souhaiteriez-vous occuper ? » posée sur son formulaire de demande d'emploi. qui a intercédé en sa faveur le soir même. il continua : . Jack parcourut son auditoire du regard.La raison évidente est qu'elle ne voulait pas obtenir cet emploi.J'ai cru comprendre que c'est en regagnant sa voiture qu'elle a rencontré Nick. Elle m'a dit qu'elle avait rencontré Nick ce soir-là et qu'elle avait accepté le poste parce qu'elle voulait travailler près de lui. elle ne l'avait pas fait. à commettre l'une des plus grosses bêtises que j'aie jamais vues ? A savoir répondre P. qui souhaite obtenir un emploi pour pouvoir espionner. Jim lui a accordé un entretien. En fait.G.

Lorsque je lui ai parlé de la mère de Nick. alors que cela lui aurait permis d'accéder beaucoup plus facilement à des informations confidentielles ? Nick ramassa un dossier sur son bureau et se mit à le lire. Tony ouvrit la bouche pour contester. Le simple fait de parler d'elle lui nouait l'estomac. . Elle est la maîtresse de Whitworth. pourquoi se serait-elle opposée au fait de travailler pour vous. Lauren Danner s'est fait engager chez Sinco pour nous espionner. elle est devenue pâle comme. dit Jack en se massant les tempes comme s'il avait la migraine.. C'est une menteuse de grand talent et une actrice extraordinaire. (Elle ne voulait pas coucher avec moi. En fait..J'ai appris aussi. je peux éclaircir tout ça en quelques phrases. mais Nick l'en empêcha d'une voix basse et grondante : . Jack.Elle ne voulait pas travailler pour moi parce que nous avions eu une dispute d'ordre personnel. elle aurait dû sauter sur l'occasion de pouvoir se venger en venant vous espionner sur place.Tout cela n'a aucun sens. Lauren était néanmoins la maîtresse de son beau-père. non sans hésitation. Il n'allait pas pouvoir supporter beaucoup plus longtemps cette confrontation. L'éclat de joie incontrôlable qui transporta Nick fut de courte durée. que Mlle Danner a demandé à ne pas être affectée à votre secrétariat.) . .Il faut dire que beaucoup de choses concernant cette fille sont incompréhensibles.C'est vrai. . ajouta-t-il intérieurement. Cousins ou pas. intervint Mary.Si elle avait vraiment voulu espionner pour Whitworth.Et n'essaie pas de la défendre ! Elle m'a laissé la .Je n'ai pas de temps à perdre avec ça ! la coupa abruptement Nick. Nick. affirma Jack. . les dents serrées.au septième ou huitième degré avec les Whitworth. Je pars pour Chicago. insista Jack. . admit Nick. . Weatherby m'a fait comprendre qu'elle était absolument opposée à cette idée. Si vous vous êtes querellés.

Il a dit qu'il essayait de conclure un marché avec elle.. l'interrompit Nick. .. . mon enquêteur vous a dit qu'elle l'était. et je ne vais pas me gêner pour dire ce que j'ai à dire ! Dominic et moi avons entendu la conversation qu'elle a eue avec Whitworth le jour où ils ont déjeuné chez nous.Ce qu'elle a fait. Elle lui a répliqué qu'elle n'avait rien dit au sujet de Casano et qu'elle n'était pas sa maîtresse. Puis elle lui a demandé sans se démonter s'il essayait de la faire chanter. si Whitworth est effectivement le propriétaire de l'appartement où elle habitait.. dont l'un est son amant ! Elle nous a tous trahis. . si bien que les hommes de main de Whitworth se sont abattus sur Casano comme un essaim de guêpes pour trouver Rossi. il ne lui a rendu visite là-bas qu'une seule fois. le soir où elle a emménagé.Elle n'était pas la maîtresse de Whitworth. tandis que Tony bondissait sur ses pieds pour protester. à me regarder me ridiculiser auprès de ses complices. Et dans l'heure qui a suivi ! Elle l'a fait parce qu'elle avait l'intention de continuer à me mentir jusqu'à ce que Whitworth ait . Dès qu'il a entendu ça. Elle. Laurie était bouleversée.. . Laurie lui a dit tout de suite que toi et elle étiez fiancés et qu'elle allait te révéler leurs liens de parenté..Garde ta salive.. C'est vrai. Elle a parlé à Whitworth de Rossi.. .L'âge de mon beau-père doit entraver ses facultés. Tony.Arrêtez de parler de Laurie sur ce ton ! cracha Tony tel un fou furieux. . Whitworth s'est mis à lui raconter que tu risquais de penser qu'elle était sa maîtresse et que tu en conclurais que c'était elle qui lui avait parlé de Casano.J'en ai plein en réserve. Il a ajouté qu'il se tiendrait tranquille si elle lui donnait des renseignements. mais en vérité. Je. Elle a fourni des informations sur nos prix d'offres à Whitworth qui vont faire perdre une fortune à Sinco.. l'interrompit Jack.présenter sans piper mot à ma propre mère et à mon beau-père ! Elle est restée plantée là. et il n'y est resté qu'environ une demi-heure. le coupa Nick. pas seulement moi.

C'est une salope perfide et une menteuse ! C'est tout ce que j'ai besoin de savoir. . Alors écoute. ..C'est faux ! hurla Tony. Tu la jettes dehors sans manteau.. Ouste ! Je m'en vais. Mais il y a une chose que tu dois encore savoir. . tu es rayé de ma liste. elle fait huit pâtés de maisons à pied sous la pluie glaciale pour venir s'effondrer dans mes bras. sortez tous d'ici. Nick frappa son bureau du plat de la main en bondissant sur ses pieds.moi bienTony se redressa de toute son impressionnante stature et enfonça son chapeau sur sa tête. Nick. sans argent. cria presque Tony en se dirigeant vers la porte. Maintenant. Et qu'est-ce qu'elle fait ? Elle appelle Whitworth ? Non. Elle lui a dit qu'elle préférerait mourir plutôt que de te faire du mal. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi blessé qu'elle après ce que tu lui as fait. Et si tu veux manger dans mon restaurant.réussi à nous mettre en faillite. tu as intérêt à t'y présenter en compagnie de Laurie ! .A partir de maintenant. Elle. sans rien.

attendant manifestement que Nick fasse un commentaire..Oui. puis poursuivit : . que se passe-t-il ? demanda-t-il d'un ton irrité. mais un certain James Williams vous demande au téléphone. pardonnez-moi de vous déranger.21 .. Et nous attendons que soient annoncés les noms de ceux qui ont fait des offres plus avantageuses que les nôtres pour les deux autres. . Nick. ce qui lui valut d'être fusillé du regard par six paires d'yeux accusateurs. Jim avait concocté une excuse idiote comme prétexte pour lui annoncer que Lauren avait donné sa démission. autour de la même table. Il fit une pause. exactement comme cela s'était passé.Je n'y comprends plus rien. Nick sortit rapidement de la salle. Nick repoussa sa chaise en arrière. furieux de penser à elle et encore davantage de souffrir à sa simple évocation. lui annonça Jim d'une voix hésitante et légèrement pâteuse. Opinant de la tête.Il y a une sacrée fête qui bat son plein au bureau d'études. en dépit des copies de nos fiches de prix que Lauren a fournies à Whitworth. nous venons d'obtenir deux des contrats. chuchota la secrétaire de Chicago à l'oreille de Nick.Monsieur Sinclair. . plein du souvenir de ce jour où Jim l'avait dérangé en pleine conférence. quelque temps auparavant. Cette fois-là. Qu'en penses-tu ? .

mais au fur et à mesure que la matinée cédait la place à l'après-midi et que celui-ci s'assombrissait à l'approche du soir. » Huit pâtés de maisons ! Pourquoi les gardes ne l'avaient-ils pas arrêtée pour lui apporter son manteau ? Il se souvenait du chemisier léger qu'elle portait ce jour-là. le coupa Nick d'une voix empreinte d'un calme glacial. Il se souvenait de la perfection absolue de ses seins crémeux. Indépendamment des deux contrats restants. la voix scandalisée de Tony lui serinait sans fin : « Tu la jettes dehors sans manteau. du goût exquis de ses lèvres..Alors. sans argent.Whitworth est un vieux roublard et tout ce que tu voudras. J'ai envie de vérifier les chiffres qu'elle. Je veux mettre ce salaud hors circuit en un an ! Nick raccrocha bruyamment le combiné et regagna rapidement la salle de conférences. . mais ce n'est pas un imbécile. pour l'avoir déboutonné lui-même dans le but de la dénuder et de l'avilir. gronda Nick. sans rien.. et qu'est-ce qu'elle fait ? Elle appelle Whitworth ? Non. Il vota avec application sur les trois questions suivantes. je veux que Sinco se mette systématiquement en concurrence avec Whitworth et passe des offres. que cet enfant de salaud n'est même pas assez futé pour gagner une partie de poker avec des cartes maquillées. de la douceur inouïe de sa peau. Objectif qu'il avait parfaitement atteint. en dessous du prix de revient si nécessaire. il lui devenait de plus en plus difficile de penser à autre chose qu'à Lauren. .Je pense.Je t'ai déjà dit ce que tu devais faire. elle fait huit pâtés de maisons à pied sous une pluie glaciale pour venir s'effondrer dans mes bras. . . sans parvenir à dissimuler totalement la réprobation que lui inspirait cette interruption.. Tandis que la réunion se poursuivait et que la neige tombait devant les fenêtres du gratte-ciel de Chicago. Nick acquiesça d'un bref signe de tête. Je crois que je vais aller demander le dossier de Lauren à Jack Collins au service de sécurité... répliqua Jim. on peut reprendre ? demanda le président. de la façon dont elle l'avait embrassé et étreint.

- Nick, dit la voix coupante du président, je pré sume que vous êtes en faveur de cette proposition ? Nick s'arracha difficilement à la contemplation de la fenêtre. Il n'avait pas la moindre idée de la proposition dont il était question. - J'aimerais bien la connaître plus en détail avant de prendre ma décision, biaisa-t-il. Six visages étonnés se tournèrent vers le sien. - Mais c'est votre proposition, se moqua le président. C'est vous qui l'avez rédigée ! - Dans ce cas, je suis bien entendu pour, les informa-t-il d'un ton détaché. Les membres du comité dînèrent ensemble dans un restaurant raffiné de Chicago. Dès la fin du repas, Nick les pria brusquement de l'excuser pour rentrer à son hôtel. Tête nue, son pardessus de cachemire brun saupoudré de gros flocons de neige, il descendit l'avenue Michigan sans prêter attention aux vitrines des magasins élégants, brillamment illuminées et décorées pour les fêtes de fin d'année. Les mains enfoncées dans les poches de son pardessus, il maudissait Jim tout bas de l'avoir appelé le matin pour lui parler de Lauren, et il la maudissait, elle, d'être entrée dans sa vie. Pourquoi n'avait-elle pas demandé à Whitworth de venir la chercher quand les gardes l'avaient expulsée du bâtiment de Global Industries ? Qu'est-ce qui pouvait bien l'avoir poussée à parcourir à pied cette distance par ce temps glacial pour se rendre chez Tony ? Pourquoi avait-elle sangloté à ses pieds comme un ange brisé, alors qu'il venait de la blesser et de l'avilir ? Nick fit une halte pour sortir une cigarette d'un paquet et la placer entre ses lèvres. Penchant la tête, il joignit les mains autour de la flamme pour l'allumer. La voix de Lauren, étouffée de sanglots épouvantables, flottait dans son esprit. « Je t'aime tellement, suppliait-elle. Ecoute-moi, je t'en prie... Je t'en supplie, ne nous fais pas ça... » Il explosait de colère et de souffrance. Il ne pouvait pas reprendre Lauren, c'était impossible. Jamais il ne la reprendrait. Il était prêt à croire que Whitworth avait exercé un

chantage sur elle pour l'obliger à lui fournir le montant des offres. Il allait même jusqu'à admettre qu'elle ne lui avait pas parlé du projet Rossi. Car si c'avait été le cas, les hommes de Whitworth qui s'étaient abattus sur le village tel un essaim n'auraient pas cherché à savoir ouvertement ce que faisait Nick, ils se seraient intéressés à Rossi. Apparemment, ils ignoraient jusqu'au nom du chimiste. D'ailleurs, s'ils le trouvaient, cela n'aurait aucune importance. Les essais en laboratoire avaient révélé que son produit était très loin d'être aussi efficace qu'il le prétendait, outre le fait qu'il irritait la peau et les yeux. Nick s'arrêta à un croisement où un homme déguisé en costume rouge vif de Père Noël se tenait près d'un pot de fer et faisait tinter une clochette. La période de Noël ne lui avait jamais été très agréable. Ces fêtes lui rappelaient toujours la visite qu'il avait rendue à sa mère lorsqu'il était petit garçon. En fait, c'était le seul moment où il pensait à elle. Les voitures glissaient devant lui, leurs pneus crissant dans la neige fraîche. Ce Noël aurait pu être différent. Il aurait pu représenter un début. Il aurait emmené Lauren en Suisse. Non, il serait resté à la maison avec elle. Il aurait fait un superbe feu de cheminée et ils auraient pu instituer leurs propres traditions. Il lui aurait fait l'amour devant le feu de bois qui crépitait et les bougies du sapin de Noël auraient projeté leur lueur vacillante sur sa peau satinée... Dans un accès de rage, il rejeta ces pensées et traversa la rue à grands pas, sans tenir compte des coups de klaxon qui protestaient bruyamment et des phares qui fonçaient sur lui. Il n'y aurait pas de Noël en compagnie de Lauren. Il la désirait assez désespérément pour lui pardonner presque tout, mais il ne pouvait ni ne voulait pardonner ou oublier le fait qu'elle l'avait trahi pour son beau-père et sa mère. Avec le temps, il serait peut-être parvenu à lui pardonner d'avoir conspiré contre lui, mais pas de l'avoir fait avec les Whitworth. Ça, non, jamais. Nick inséra la clé dans la double porte de l'appartement luxueux qu'il possédait au sommet d'un gratte-

ciel. - Mais où étais-tu passé? lui demanda Jim Williams du canapé où il se prélassait, les pieds posés sur la table basse posée devant. Je suis venu te parler des offres que Lauren a données à Whitworth. Dans un état de colère noire, Nick ôta brusquement son pardessus. Il bouillait de voir son appartement envahi, son intimité violée, et d'être obligé -même s'il n'allait lui falloir qu'un instant pour mettre Jim à la porte - de reparler de Lauren. - Je t'ai déjà dit, répéta-t-il d'une voix sourde et implacable, que je voulais la perte de Whitworth et je t'ai expliqué comment t'y prendre. - Tu n'as pas à vouloir sa perte, annonça tranquillement Jim à son ami qui fonçait sur lui. Lauren y a veillé à ta place. Jim ramassa sur le sofa les copies des vraies fiches de prix et celles que Lauren avait trafiquées à l'intention de Whitworth. - Elle a modifié les chiffres, Nick, lui dit-il d'un ton morne. La réunion du comité sur le commerce international reprit à 9 heures tapantes le lendemain matin. Après avoir regardé un à un les six hommes installés autour de la table, le président du comité leur annonça : - Nick Sinclair n'assistera pas à la réunion d'aujourd'hui. Il m'a demandé de vous faire part de ses regrets et de vous expliquer qu'on avait besoin de lui pour un problème des plus urgents. Six visages scandalisés se tournèrent en même temps vers la chaise vide de leur confrère absent, la fusillant d'un regard hostile et impuissant. - La dernière fois, c'était un problème de relations avec le personnel, tonna un des hommes à la mâchoire volontaire. De quoi peut-il bien s'agir aujourd'hui ? - D'une fusion, répliqua le président. Il m'a dit qu'il allait essayer de négocier la plus importante fusion de sa vie.

22 La petite ville de Fenster, dans le Missouri, était nappée d'un épais manteau de neige. Avec ses guirlandes de Noël suspendues à chaque carrefour, Fenster possédait un petit cachet vieillot, qui évoquait pour Nick, de façon poignante, l'attitude un peu collet monté qu'avait Lauren envers le sexe lorsqu'il l'avait rencontrée. A l'aide des indications que lui avait données un vieil homme taciturne quelques minutes plus tôt, Nick n'eut aucun mal à trouver la petite rue tranquille où Lauren avait grandi. Il se gara devant une maison modeste à la charpente de bois blanc, avec une véranda sous laquelle oscillait une balancelle. Un chêne énorme trônait dans la cour devant la maison. Il arrêta le moteur de la voiture qu'il avait louée à l'aéroport cinq heures plus tôt. La partie facile de son entreprise, consistant à parcourir à la vitesse d'un escargot un trajet plein d'embûches sur des routes enneigées, était terminée. Il lui restait maintenant à en accomplir la partie difficile : affronter Lauren. A peine avait-il frappé à la porte qu'un jeune homme longiligne, qui devait avoir dans les vingt-cinq ans, vint lui ouvrir. Nick sentit ses forces le quitter. Dans ses pires prévisions, pendant le voyage,

il n'avait jamais imaginé que Lauren puisse vivre avec un autre homme. - Je m'appelle Nick Sinclair, annonça-t-il, notant que le visage ouvert du jeune homme afficha sur-lechamp une franche animosité. Je voudrais voir Lauren. - Je suis son frère, et elle ne veut pas vous voir. Son frère ! Le soulagement momentané de Nick fut suivi d'une impulsion absurde. Il avait envie de gifler ce jeune homme pour le punir d'avoir volé l'argent de poche de Lauren quand elle était petite fille. - Je suis venu la voir, dit-il d'un ton sans appel, et si je dois vous marcher dessus pour y arriver, je ne m'en priverai pas. - A mon avis, Léonard, il ne parle pas en l'air, intervint le père de Lauren qui s'était avancé dans le vestibule, un doigt coincé entre les pages de l'ouvrage qu'il était en train de lire. Robert Danner étudia longuement l'homme grand et inflexible qui se tenait dans l'embrasure de la porte, scrutant de ses yeux bleus pénétrants le visage tendu du visiteur. Puis une esquisse de sourire involontaire adoucit la ligne sévère de sa bouche. - Léonard, dit-il sereinement, pourquoi ne pas accepter que M. Sinclair voie Lauren cinq minutes ? Comme cela, il verra s'il peut lui faire changer d'avis. Elle est dans le living, ajouta-t-il, inclinant la tête pardessus l'épaule en direction des chants de Noël que diffusait la stéréo. - Cinq minutes, mais pas davantage, grogna Léonard en emboîtant le pas de Nick. Celui-ci se retourna. - Seul, affirma-t-il. Léonard ouvrit la bouche pour discuter, mais son père l'en empêcha : - Seul, Léonard. Nick referma sans bruit la porte du gai petit salon, fit deux pas en avant et s'immobilisa, le cœur cognant follement dans sa poitrine. Lauren était debout sur un escabeau, en train de suspendre des guirlandes sur les branches les plus hautes du sapin de Noël. Si tendrement jeune, dans son

suppliante à ses pieds.jean serré et son pull vert vif! Et d'une beauté si poignante et si vulnérable. Du coin de l'œil. soulager la souffrance qu'il lui avait infligée avec son corps. elle était également à genoux devant lui . il avança vers elle. envahie d'une bouffée d'indignation et de fureur. au fur et à mesure qu'elle enregistrait la détermination gravée sur chacun de ses traits virils. . ses mains et sa bouche. l'étreindre et la caresser. J'ai déjà fini. Au lieu de lui obéir. Que penses-tu de l'étoile en haut du sapin? Peut-être devrais-je aller chercher l'ange dans le grenier pour le mettre à sa place ? . De toutes les lignes de son corps tellement présent se dégageaient une impression de force et d'opulence et le même puissant magnétisme auquel elle tentait d'échapper dans ses rêves toutes les nuits.Laisse l'étoile en haut. Les traits de Nick avaient été comme marqués au fer rouge dans son esprit. La tête de Lauren pivota brusquement. . Elle s'en souvenait dans leurs moindres détails. elle contempla l'homme grand et solennel qui se tenait tout près d'elle. ton timing est vraiment génial ! lança-telle d'une voix douce et taquine. répondit une voix profonde.mais en larmes. Mais elle se souvenait aussi de leur dernier affrontement : ce jour-là. avec ses cheveux qui cascadaient en vagues aux reflets dorés sur ses épaules et dans son dos ! Nick brûlait de l'envie douloureuse de l'arracher à l'escabeau et de la transporter dans ses bras jusqu'au canapé où il pourrait se perdre en elle. Elle se releva d'un bond.Sors d'ici ! hurla-t-elle.Lenny. trop aveuglée par son propre tourment pour pouvoir remarquer les regrets et le chagrin torturants qui assombrissaient les yeux gris. . Lauren descendit de l'escabeau et s'agenouilla pour prendre d'autres guirlandes dans la boîte posée à côté des paquets joliment emballés sous l'arbre. Il y a déjà un ange dans la pièce. d'une douceur qui la transperça. Incrédule. l'embrasser. des sourcils noirs et droits aux angles rudes de la mâchoire et du menton. elle aperçut une paire de mocassins d'homme. Son visage blêmit.

. Il tendit la main vers elle. Tremblante de rage contrariée. se débattant furieusement. Il lui barrait le chemin.Tu m'as obligée à te supplier.Ne me touche pas ! faillit-elle hurler. à condition qu'elle ne le quitte pas. elle l'affronta alors de face.. Le regard de Nick se posa sur sa paume tendue. . mais elle brandit le bras. Comme il ne bougeait pas. mais Nick l'attrapa par les bras.. Nick était prêt à tout accepter d'elle. laisse-moi te.Non ! cria-t-elle hystériquement. Cela était au-dessus de ses forces. son corps mince secoué de sanglots déchirants.Lauren recula d'un pas.Fiche le camp ! Va-t'en ! explosa-t-elle. puis elle fit face et tint bon. Elle lui martelait de coups le torse et les épaules et Nick dut faire appel à toute son énergie pour la tenir jusqu'à ce que sa fureur se calme et qu'elle s'effondre enfin contre lui. la main tendue. Elle essayait de contourner le sapin. prête à le gifler de toutes ses forces.. elle leva une main menaçante.Lauren..Vas-y. . folle de douleur. pleura-t-elle d'une voix entrecoupée dans ses bras. Espèce de salaud ! Je t'ai supplié à genoux.Lauren. Telle une chatte sauvage prise d'une crise de folie. avec un mouvement de recul sauvage pour échapper à son contact.Je t'ai dit de sortir ! siffla-t-elle. . . à accepter n'importe quoi. Lauren abaissa la main et croisa les bras sous sa poitrine.. dit-il gentiment. de sortir de la pièce.Espèce de salaud ! hurla-t-elle. attends. Elle recommença à se déplacer en biais afin de franchir les trois derniers pas qui lui permettraient de le contourner et de sortir de la pièce. . . de s'éloigner de lui. le frappant au hasard. . tu m'as obligée à te . tout en esquissant un pas sur le côté pour lui échapper.. Laisse-moi ! Elle essaya de s'échapper. le corps tout entier tremblant d'une violence sur le point d'exploser. ...

Je suis tellement désolé. Lauren sentit la souffrance vive qui perçait dans sa voix et le mur de glace qu'elle avait érigé autour d'elle pour ne plus rien ressentir commença à fondre.Ça va mieux. il avait appris qu'on ne pouvait pas offrir son cœur à une femme. implacable et définitif que la mâchoire de celui-ci se crispa. et que son corps entier se tendit. faites de nuits sans sommeil et de journées lugubres où elle ressassait sa colère. et ses paroles le lacéraient comme un couteau. Dans un suprême effort.Je suis désolé. plein du souvenir de la jeune fille si belle et si gaie qui avait pénétré dans sa vie et l'avait bouleversée de son sourire radieux. . . je veux que tu partes.. Le fait d'avoir été abandonné par sa mère l'avait rendu ainsi et rien de ce qu'elle pourrait faire ne parviendrait à le changer. Les remords lui piquaient les yeux. chuchota-t-il d'une voix rauque.. Nick.. là où elles la touchaient. . il parut ne pas saisir le sens des paroles de Lauren. Faisant appel à ce qui lui restait de maîtrise de soi.Que m'arrivera-t-il si la pantoufle vous va ? . Pendant ces semaines solitaires. mais pas davantage. Ses larmes lui fendaient le cœur. Il ferma les paupières. Lauren le repoussa fermement. elle ajouta. Elle luttait contre la sensation exquise que lui procurait le fait de se trouver de nouveau dans ses bras et de se presser contre son corps puissant. Elle s'était exprimée d'un ton si calme. Il lui offrirait son corps et son affection. Mais au lieu de lui obéir.Maintenant. Il la tenait. A cinq ans.Je vous transformerai en beau crapaud. elle était parvenue à la conclusion que le cynisme et la dureté de Nick étaient incurables.. vraiment. . les yeux fixés aveuglément dans le vide.supplier. Il lui caressait le dos dans un geste de réconfort impuissant et. ses mains lui communiquaient leur chaleur. évitant ses yeux gris sans fond : . Plus jamais il ne laisserait totalement percer sa vulnérabilité.

» . De ses doigts tremblants. Sans la quitter des yeux. mais à la vue du désespoir qui perçait dans ses yeux et de ses épaules qui s'arrondissaient. chuchota-t-il. Pour la seconde fois de sa vie.. dit-il. Il s'efforçait de garder un visage impénétrable. la pressant à lui faire mal contre lui. . Il l'étreignit brusquement. . discrètement gravée au nom d'un grand joaillier suivi de celui d'un hôtel de Chicago.Je t'ai apporté un cadeau.. La voix de Nick était rauque et hésitante.Tiens. Des larmes de tendresse montèrent aux yeux de Lauren et son cœur s'emplit d'une douceur déchirante. Je t'en prie.Ma chérie.Je t'en supplie. ouvre-le. il sortit une boîte plate enveloppée dans du papier d'argent de la poche de sa veste. elle défit le papier d'argent qui enveloppait la boîte de velours plate. lui soulevant la main pour y poser la boîte.Ouvre-le maintenant.comme si elle avait parlé une langue qu'il ne connaissait pas. était au moins aussi gros qu'une boîte à pilules.. tandis que ses . Les paroles de Mary résonnèrent tout à coup aux oreilles de Lauren : « Il avait l'intention d'acheter sa mère pour qu'elle lui revienne.. . je t'en supplie. spectaculaire.. Le rubis.... . Il lui a offert ce cadeau.. je t'en supplie. Elle ouvrit la boîte. composé d'un rubis entouré de diamants étincelants. dit-elle d'une voix brisée. comme si on lui arrachait les mots qu'il prononçait. Une tentative de corruption. le visage enfoui dans ses cheveux. Et qu'elle le rejette lui. C'était un pendentif. Lauren comprit qu'il s'attendait à ce qu'elle rejette son cadeau. C'est un cadeau de Noël. qui brillait de tous ses feux dans son écrin de velours blanc. Nick essayait d'acheter une femme qu'il aimait pour qu'elle lui revienne. répéta Nick. Lauren ouvrit de grands yeux.Je t'aime. Il a insisté pour qu'elle l'ouvre tout de suite. Lauren. .. Les dernières défenses de Lauren cédèrent définitivement.

? . Et sans attendre qu'elle lui réponde. Ericka a retrouvé tes boucles d'oreilles et elle les a données à Jim.Je t'aime. il ajouta d'une voix mi-implorante. Il dit que tu ne les récupéreras que si tu viens les chercher en personne. sa bouche avide effleurait tendrement ses lèvres entrouvertes.Tu m'as tellement manqué ! chuchota-t-il.Je t'ai aussi acheté des boucles d'oreilles. murmura-t-il. . il emprisonna sa nuque dans sa main et écrasa ses lèvres contre les siennes dans un baiser si passionné qu'il la laissa pantelante. Le corps parcouru de tremblements.bras venaient lui encercler étroitement le cou et que ses mains apaisantes couraient sur ses épaules et lissaient ses cheveux noirs. Mais cette douceur fut de courte durée. Tandis qu'il enfouissait ses doigts dans le flot de cheveux épais qui recouvraient la nuque de la jeune femme. tout en se hissant sur la pointe des pieds pour le réduire au silence avec ses lèvres. .. tu es une pianiste douée. tandis que ses mains couraient sur le dos de Lauren puis sur sa poitrine. Ils me trouvent trop instable. Lauren mit tout l'amour dont son cœur débordait. comme s'il voulait complètement fondre son corps dans le sien. Et Tony m'a rayé de sa liste. cambrée tout contre lui. . Dans celui qu'elle lui rendit. elle revint à la réalité. mi-taquine : . Dans un gémissement. elle l'enveloppait toujours de ses bras.. .Tu dois m'épouser. Et je t'achèterai un piano d'après le conservatoire. dit-il d'une voix câline et fervente.Arrête ! cria-t-elle. Une éternité plus tard. La joue pressée contre le cœur de Nick qui battait follement. un piano à queue ou.. le serrant de toutes ses forces.. Mary affirme qu'elle démissionnera si je ne te ramène pas. avant de glisser plus bas pour attirer ses hanches vers lui. Je crois que mes collègues viennent de voter ma radiation du comité sur le commerce international. Que préfères-tu. il l'enlaça plus étroitement et sa bouche désespérément affamée s'ouvrit sur la sienne.

Elle le trouvait beau. Lauren remua légèrement. Noël. dans l'immense salon plongé dans la pénombre. Avec d'infinies précautions pour ne pas la réveiller. Et quand il la regardait. une horloge se mit à égrener les douze coups de minuit. se nichant plus près dans sa chaleur. Ils étaient mariés depuis trois jours. Quelque part dans la grande maison.C'est Noël. Nick tenait sa femme endormie dans le creux de ses bras et contemplait avec émerveillement les reflets des flammes qui dansaient dans sa chevelure éparpillée en vagues désordonnées sur son torse nu. Lauren avait apporté la joie dans sa vie et les rires dans sa maison. D'un geste plein de révérence. il remonta le couvre-lit de satin jusqu'à ses épaules. . Les paupières de Lauren palpitèrent et s'ouvrirent lentement sur les lacs enchanteurs de ses yeux. Et sa gorge se serra de bonheur quand son épouse lui adressa un sourire et qu'elle lui répondit d'une voix douce. les doigts posés contre sa joue : . c'était il y a trois jours.Non. il effleura sa joue du bout des doigts. il se sentait beau. Etendu sur le tapis devant la cheminée.De minuscules lampes de couleur clignotaient sur l'arbre de Noël. . chuchota Nick.

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