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Figure 1 (Source : INSEE 2010)

17/02/2011

Le SMIC est-il trop élevé ?


Des relations complexes entre le niveau du Salaire Minimum
Interprofessionnel de Croissance, le taux de chômage et la pauvreté.

Alexandre Combessie
Alexandre Combessie

Synthèse
La particularité française du SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) est-elle à remettre en
question ? La France est la seule à avoir un dispositif de salaire minimum d’un niveau aussi élevé en Europe, et
plusieurs pays européens ont établi des politiques publiques de régulation du marché du travail sans salaire
minimum, tout en ayant des niveaux de pauvreté inférieurs. Il faut cependant tirer les conclusions correctes de
ces comparaisons ; le contexte et l’histoire française justifient, ou au moins expliquent en partie ce choix de
politique économique. C’est dans le contexte économique français qu’une réflexion sur le niveau du SMIC doit
être menée.

Nous ne rentrerons pas ici dans des débats politiques, notons seulement que la gauche française a toujours
défendu les vertus d’un SMIC haut, dans l’idée d’aller vers plus de justice sociale et moins de pauvreté. La droite
française a, elle, plutôt combattu cette idée, car elle réduit la flexibilité du marché du travail et augmente les
coûts salariaux des entreprises. Mais quel que soit le bord politique, la France a une tradition de forte
intervention de l’Etat dans l’économie.

Quittons le domaine politique et donnons une signification économique aux idées politiques, afin d’analyser
objectivement la politique française du SMIC.

Le SMIC succède en 1970 au SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti), un dispositif similaire,
indexé sur les prix. Le SMIC introduit une indexation sur les salaires, et s’accompagne d’un certain nombre de
« coups de pouce » de l’Etat, en particulier pendant les années 90. Cela induit une rapide augmentation du
salaire minimum, plus rapide que celle des prix, et même de celle des salaires. Ainsi on arrive en 2010 à un
salaire minimal égal à 61% du salaire médian (voir la figure 1). Dans un certain sens, on peut considérer que
cela remplit le but de lutte contre la pauvreté qui vient justifier ce dispositif. En effet, l’Union Européenne fixe à
60% du salaire médian le seuil de pauvreté. Ainsi, le SMIC permet a priori aux salariés peu qualifiés, à bas
revenus, d’être à l’abri de la pauvreté, du moins en prenant en compte ce seuil de 60%.

Mais le SMIC entraîne des conséquences plutôt dangereuses pour le marché du travail, et pénalise de fait
certaines catégories sociales, par des effets plus ou moins directs. Son bilan socio-économique est donc loin
d’être positif. Plusieurs effets sont à prendre en considération :

Tout d’abord, le SMIC étant fixé à un niveau supérieur au niveau d’équilibre naturel du marché du travail (si on
prend un simple modèle keynésien), toute hausse réelle du SMIC ne peut qu’entraîner une baisse de l’activité et
de l’emploi. En pratique cela se vérifie plutôt bien, et même si d’autres effets interviennent, les hausses du SMIC,
depuis qu’il a atteint d’aussi hauts niveaux, ont un effet négatif pour l’emploi, car cela augmente les coûts du
travail pour les entreprises. Malgré les allégements de charges salariales mis en place pour compenser, les
entreprises embauchent moins ; le chômage augmente. De plus, les dispositifs d’aides sociales pour les
chômeurs et les travailleurs à temps partiels sont très mal coordonnés avec le SMIC : les chômeurs sont peu

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incités financièrement à reprendre le travail, d’autant que le retour à l’emploi est difficile et mal pris en charge
par l’Etat. En ce qui concerne les travailleurs à temps partiel, ce sont les perdants du système, et le SMIC
n’améliore pas leur situation. Les jeunes peu diplômés, qui ne sont pas soumis au régime du SMIC, sont quant à
eux mal intégrés dans le marché du travail, et non protégés par le SMIC, qui, s’il leur était appliqué strictement,
réduirait encore plus leurs possibilités d’emploi. Bref il est difficile d’adapter le dispositif de SMIC, peu
modulable, à des situations très diverses de travail (notons qu’il est interprofessionnel). Tel quel, il pénalise les
plus pauvres et les moins instruits, et constitue des trappes de pauvreté pour les salariés au SMIC vers le
chômage ou la pauvreté du travail à temps partiel.

Enfin, par un mécanisme de propagation sur l’offre d’embauche des entreprises, le SMIC provoque un effet de
tassement des salaires à son niveau, ce qui fait qu’il est aujourd’hui difficile, à moins d’avoir de bons diplômes,
de sortir d’un salaire au SMIC pour aller plus loin, d’autant que le taux de chômage est important, ce qui biaise
la négociation salariale. Il réduit donc les possibilités d’ascension sociale. D’un autre côté, la propagation des
hausses du SMIC ne se limite qu’aux tranches basses des salaires.

Le SMIC a ainsi, en dépit de ses bienfaits pour les salariés à plein temps de salaire moyen à bas, une série
d’effets secondaires néfastes, tant économiquement que socialement.

Mais comment trouver le bon équilibre entre justice sociale et bon fonctionnement du marché du travail, sans
laisser personne de côté ? Il n’y a pas de solution miracle, et il est clair que le SMIC n’en est pas une. Il est d’ores
et déjà trop élevé, et il n’est pas souhaitable que l’Etat continue à augmenter le niveau du SMIC (hors inflation),
du point de vue social et encore plus du point de vue économique. Ce n’est pas, pour reprendre les mots utilisés
dans le rapport du Conseil d’Analyse Economique de 2008, « un bon instrument de lutte contre les inégalités »
(Zylberberget al.,2008).

Seulement, politiquement, il n’est pas envisageable de diminuer le SMIC, l’Etat ne peut que le geler. Oui le
SMIC est trop élevé, mais personne ne peut revenir sur ce que beaucoup considèrent comme un acquis social.
Par beaucoup, il faut entendre la petite classe moyenne, qui constitue de fait « l’électorat moyen », par lequel les
hauts niveaux du SMIC ont pu politiquement être atteints.

Mais en revanche, de nouvelles dépenses de l’Etat sont nécessaires, autrement que sur l’ancien dispositif de
SMIC. A long terme, il est sans doute souhaitable d’évoluer vers des modèles nordiques de régulation du marché
du travail sans salaire minimum interprofessionnel, qui semblent meilleurs économiquement et socialement,
mais aujourd’hui il faut surtout penser à court et moyen terme. Cela signifie continuer à mettre en place des
dispositifs économiques compensatoires des effets secondaires négatifs du SMIC trop élevé et trop uniforme, et
adapter le tout aux disparités du marché du travail. Et, pour promouvoir une meilleure justice sociale, dépenser
non pas sur une hausse du SMIC mais sur une meilleure politique d’aide sociale, plus ciblée, et mieux intégré
aux services d’aide au retour à l’emploi.

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Le SMIC est-il trop élevé ?


Des relations complexes entre le niveau du Salaire Minimum Interprofessionnel de
Croissance, le taux de chômage et la pauvreté.

Introduction

Comme on peut le constater sur la figure 1 présentée en première page, la France tient lieu d’exception dans le
monde pour son dispositif de SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), du point de vue du
niveau de ce salaire minimum par rapport au revenu médian dans la population. La France a ainsi un salaire
minimum mensuel très élevé ; de 1070,76€ net cette année, égal à 61% du revenu médian français (1519,92€ net
en 2007). Un autre fait frappant, c’est que, depuis 40 ans, le niveau du SMIC a beaucoup plus augmenté que le
niveau du salaire médian. Par comparaison aux autres pays, l’aspect interprofessionnel et uniforme du SMIC fait
quelque peu exception.

Le dispositif français de SMIC est associé à une série de dispositifs de minima sociaux, d’allocation et
d’accompagnement social, destinés à s’occuper des chômeurs, travailleurs à temps partiels, salariés à bas
revenus, ayant à la fois pour but de réduire la pauvreté et de stimuler le retour à l’emploi des chômeurs. La
France, encore fait encore une fois exception par le nombre de ces dispositifs et la complexité de ce système de
gestion du marché du travail – il est d’ailleurs en pleine restructuration.

Du point de vue économique et social, que faut-il penser de cette « exception française », en particulier sur le
niveau du salaire minimum ? Le point de vue économique et le point de vue social sont souvent antagonistes, et
il s’agit de trouver le bon équilibre entre le principe d’équité sociale et le principe d’économie de marché. Nous
allons montrer que le dispositif SMIC, bien que bénéfique pour certains, ne permet pas en soi d’atteindre cet
équilibre.

Tout d’abord nous allons en faire un bref historique et une description de ce dispositif, pour ensuite en analyser
les effets, positifs ou négatifs, directs ou indirects, sur le marché du travail et sur la société.

Enfin nous essaierons de déterminer quelle est, dans le contexte français, la meilleure réponse du décideur
politique pour établir cet équilibre socio-économique, autrement qu’en augmentant le SMIC.

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1) Un bref historique et descriptif du dispositif de « salaire


minimum » mis en place par la France

Le SMIC est le successeur depuis 1970 du SMIG, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti, mis en place
depuis 1950. Le SMIG n’était lui uniquement indexé sur les prix. De 1950 à 1970, au début de la période de forte
croissance économique des 30 Glorieuses, les salaires augmentent plus que les prix, si bien que le SMIG
augmente moins vite que les salaires. Pendant cette, les gains de productivité augmentant, le nombre de
« smigards » diminue, et le chômage reste bas.

A partir de l’instauration du SMIC, cette tendance s’inverse peu à peu : le salaire minimum, suite à une série
continue de « coups de pouce », augmente de plus en plus. De plus, en parallèle, à partir de la fin des 30
Glorieuses (datons-la arbitrairement en 1973, premier choc pétrolier) l’activité économique ralentit. C’est
pendant les années 90 et début 2000 que la tendance s’affirme. Le SMIC augmente plus rapidement que le
salaire moyen, et le ratio français du SMIC sur le salaire moyen devient le plus élevé des pays développés. Cette
augmentation du montant du SMIC conduit à l’augmentation du nombre de « smicards » : on passe de 10% à
16% de smicards sur l’ensemble des salariés, entre 1987 et 2005. Notons que le passage aux 35 heures début
2000, par une politique que nous ne détaillerons pas ici, conduira à une importante revalorisation du SMIC.
Aujourd’hui il y a ainsi plus de 3 millions de « smicards » en France (3,37 millions en 2008).

Comme le nom l’indique, le SMIC est interprofessionnel, c’est-à-dire qu’a priori il s’applique de manière
uniforme à tout le marché du travail, quel que soit le domaine professionnel. Cela n’est d’ailleurs pas du tout le
cas d’autres pays européens comme l’Allemagne, et c’est une particularité assez française. Cependant, dans
certains cas, une réduction ou une exclusion est pratiquée. C’est le cas, d’une manière relativement complexe,
des jeunes, jusqu’à 25 euros, qui sont bien moins concernés que les autres par le SMIC (cas des stages, des
contrats d’apprentissages, etc). Quant aux travailleurs à temps partiel, ils perçoivent au moins le SMIC horaire
(9€ brut en 2011). Notons que dans tous les cas, les heures supplémentaires, primes et notes de frais ne sont pas
comptées.

En ce qui concerne son calcul, la dynamique du SMIC vient pour beaucoup de ces « coups de pouce » de l’Etat,
et au minimum à l’inflation de l’année précédente, plus la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat du
Salaire Horaire de Base Ouvrier (SHBO). Mais depuis 2008, ces coups de pouce ont été gelés, et le SMIC se
contente de suivre le mécanisme « classique » de suivi des prix.

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2) Les effets sur le marché du travail et sur la pauvreté

Figure 2 - Offre et demande sur le marché du travail

L’existence du SMIC, et ses hausses ont des effets directs sur le niveau des salaires et donc sur le coût du travail
pour les entreprises. Analysons ces effets dans le cadre d’un modèle très simple d’équilibre sur le marché du
travail (voir Figure 2), tout en étant conscient des limites de ce modèle. Au vu de l’important taux de chômage
actuel, il est clair que le niveau des salaires se situe au-dessus du niveau d’équilibre « naturel » du marché non
régulé. Le niveau du SMIC vient en effet créer un seuil. Cela induit un certain taux de chômage, qu’on peut
qualifier « d’involontaire », puisque certains seraient prêts à travailler pour un salaire inférieur au SMIC, mais
ne peuvent pas. Ainsi, à partir du moment où le SMIC dépasse ce seuil d’équilibre théorique, toute hausse du
SMIC a pour effet d’augmenter les salaires (en terme réel), et d’augmenter le chômage, puisqu’il y a décalage
entre offre et demande de travail. D’un côté, pour tous ceux qui sont directement concernés par les hausses
réelles du SMIC, augmenter le SMIC a un effet très positif, cela permet d’augmenter leur pouvoir d’achat. Le
niveau actuel du SMIC fait que tous les travailleurs à plein temps vivent théoriquement au-dessus du seuil de
pauvreté de 60% du revenu médian fixé par l’UE. Mais d’un autre côté, augmenter le SMIC fait augmenter le
chômage. Quand on confronte ce modèle simpliste à la réalité, ces relations sont confirmées, bien qu’il soit
difficile de les quantifier, de nombreux autres effets intervenant.

Le SMIC a donc pour effet secondaire d’augmenter le chômage. Cela pose problème, d’autant que le système
actuel d’allocations et de minima sociaux est assez complexe et peu performant pour permettre un retour facile à

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l’emploi des chômeurs. Les incitations financières à revenir sur le marché du travail sont parfois faibles, parfois
le marché du travail est bloqué et les possibilités de formation des chômeurs trop limitées. Le SMIC n’est donc
pas totalement juste socialement, compte tenu des problèmes rencontrés par les chômeurs, pris en charge plus
ou moins bien par d’autres dispositifs. Comment faire l’arbitrage entre les salariés au SMIC et chômeurs ? Et
économiquement parlant, comment relâcher la pression que le SMIC met sur les entreprises, via un coût du
travail élevé ? Le SMIC est un dispositif imparfait, appuyé par un système de minima sociaux en pleine remise
en question.

Quittons le cadre simpliste du modèle et intéressons-nous plus particulièrement aux effets d’une hausse du
SMIC sur les salaires, compte tenu de la complexité du marché du travail, sachant que tous ne travaillent pas à
temps à plein, et en distinguant la population jeune (jusqu’à 25 ans) de la population plus âgée. Les figures 3 et 4
disponibles en annexe permettent de bien prendre la mesure de cette complexité, et de la nécessité de
distinction des acteurs. L’analyse de ces données montre tout d’abord que malgré son haut niveau de SMIC, la
France est l’un des plus mauvais élèves de l’OCDE pour ce qui est du chômage des jeunes, très sensible pour les
peu diplômés. Par ailleurs, un grand nombre de travailleurs sont à temps partiel et sont rémunérés au SMIC
horaire. Il se trouve que les travailleurs à temps partiel sont eux-mêmes plutôt jeunes, peu diplômés, et donc en
risque de chômage. Or, c’est dans ces cas-là qu’on bascule en dessous du seuil de pauvreté. En France il y a ainsi
un fort taux de pauvreté parmi les travailleurs à temps partiel, qui ont du mal à trouver du travail à temps plein
du fait de la pression mise par le SMIC sur le marché du travail. Ainsi le SMIC a pour effet indirect d’isoler et de
laisser dans la précarité les jeunes actifs et travailleurs à temps plein, de constituer des « trappes de pauvreté »
dont il est difficile de sortir. Des dispositifs compensatoires ont été mis en place, en particulier un allègement
des charges salariales des entreprises sur les bas salaires, mais cela ne suffit pas. Pourquoi ?

Un autre effet est à prendre en compte : le tassement des salaires vers le bas, au niveau du SMIC, accentué par
cette politique de diminution des charges salariales. La figure 5 présente un modèle, développé dans un article
de Jean Bégué, d’effet induit par une hausse du SMIC du niveau 1 vers le niveau 2. On voit que la hausse du
SMIC se propage d’abord aux bénéficiaires directs, dont le salaire était inférieur au nouveau niveau du SMIC. En
effet, le SMIC augmentant plus vite que le reste des salaires, les bas salaires sont rattrapés par cette croissance
du SMIC, et sont donc « tassés » contre le niveau plancher du SMIC. Ensuite il y a propagation de
l’augmentation aux bénéficiaires indirects, mieux payés, mais cette propagation s’estompe progressivement.
Passé un certain seuil, l’effet disparait. En poussant le raisonnement sur une série de hausse du SMIC, et compte
tenu de l’incitation indirecte à embaucher à bas salaire pour avoir moins de charges, on voit que l’augmentation
du SMIC conduit bien creuser un fossé de répartition des salaires, entre des salaires tassés au niveau du SMIC,
et ceux qui sont situés au seuil de propagation, pour lesquels le niveau du SMIC ne compte pas. Cet effet
conjugué indirect accentue donc l’effet « trappe de pauvreté » et bloque l’ascenseur social, effet d’autant plus
sensible qu’on est jeune et peu diplômé. Première barrière : passer au SMIC à temps plein, Deuxième barrière :
dépasser le SMIC. Des barrières qui sont autant d’inégalités sociales et de source d’inefficacité économiques.

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Pour conclure, nuançons l’analyse. Le SMIC amène de manière certaine des bienfaits sociaux, en permettant un
grand nombre de salariés à temps plein à bas salaires d’avoir un bon niveau de vie. On pourrait penser que cela
équilibre le manque à gagner économique pour les entreprises, mais de fait, vu les effets collatéraux sur le
chômage, les inégalités sociales pour les minorités et les possibilités de promotion sociale, le bilan socio-
économique du SMIC est plutôt mauvais. Le SMIC est trop élevé, l’équilibre socio-économique n’est
pas atteint.

Il ne s’agit pas non plus de rejeter toute la faute sur le SMIC. Ce dispositif s’inscrit lui-même dans un système de
régulation du marché du travail propre à la France, et qui est lui-même à réformer.

3) Conclusion : Quelles politiques économiques mettre en place,


compte tenu des contraintes politiques et sociales ?
Quel que soit la position politique du décideur politique, il est donc tout à fait déraisonnable, d’après nos
analyses, de vouloir augmenter le SMIC. Il faut avant tout geler le SMIC sur le suivi de l’inflation, toute autre
décision n’étant pas politiquement envisageable : le niveau actuel du SMIC est considéré par l’électeur moyen
comme un acquis. Ensuite, il faut mettre en place des politiques de dépenses publiques sur de nouveaux
dispositifs mieux coordonnés d’aide sociale et de régulation, afin de pallier aux problèmes induits par le SMIC.

Ces dispositifs doivent permettre aux plus pauvres de vivre décemment, et de retourner à l’emploi (d’y rentrer
pour les jeunes peu diplômés) par incitation et par formation, afin d’éliminer les trappes de pauvreté, effet
néfaste indirect du SMIC. Ils doivent de plus inciter les entreprises à l’embauche, de manière plus graduelle sur
les salaires, afin de réduire l’effet de tassement des salaires, et redynamiser la demande d’emploi et l’économie
française en général. Enfin, ces dispositifs, pour être efficaces, doivent être adaptés aux particularités du marché
du travail, tout en étant cohérents et compréhensibles pour le citoyen, qu’il soit salarié ou patron. Tout cela
nécessite une meilleure coordination publique entre les dispositifs d’aides sociales, les agences pour l’emploi, et
la fixation du SMIC. C’est plutôt dans ce sens que va la réforme récente et l’institution du Revenu de Solidarité
Active.

Tout cela a un coût à assumer, et c’est pourquoi il est souhaitable, à long terme, d’évoluer vers un système
entraînant moins de surcoûts que le SMIC et dispositifs annexes, ce qui ne veut pas dire sacrifier la justice
sociale, mais mieux l’articuler avec la réalité économique du marché du travail. Pour cela il sera sans doute
intéressant de s’inspirer des mécanismes de régulation expérimentés dans les pays nordiques sans SMIC, à
condition qu’ils puissent s’appliquer au cas français.

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Annexe

Figure 3 – Lien entre salaire minimum et taux d’emploi des jeunes

Figure 4 – La structure du marché du travail pour les « Smicards »

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Figure 5 - Répartition des salaires : effets directs et indirects d'une hausse du SMIC

Bibliographie
Bégué Jean Hausse du SMIC et effets sur la masse salariale.Economie et Statistiques.Mai
1978,100,pp.11-17.

Cette Gilbert, WasmerEtienne La revalorisation automatique du SMIC.Revue de l'OFCE.Janvier


2010,112,pp.139-159.

Horny Guillaume, Le Bihan Hervé Volatilité macroéconomique et règle d'indexation du SMIC.Revue de


l'OFCE.Janvier 2010,112,pp.161-168.

L'Horty Yannick Quand les hausses du SMIC réduisent le coût du travail.Revue Economique.2000,Vol.
51,3,pp.499-512.

Zylberberg André, Cette Gilbert, Cahuc Pierre Salaire minimum et bas revenus : Comment concilier
justice sociale et efficacité économique ? Conseil d'Analyse Economique.Paris,La Documentation
Française,2008.

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