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L’ACTION EN REVENDICATION DANS LES PROCEDURES

COLLECTIVES DU DROIT FRANÇAIS ET DE L’OHADA


(Étude de droit comparé)

H.D. MODI KOKO BEBEY Vice-Doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques. Université de Douala
(Cameroun)
2

I-/ Le formalisme de l’action en revendication

A-/ La déclaration préalable

1°/ Caractère facultatif de la déclaration en droit français

2°/ Production et déclaration de l’intention de revendiquer dans


l’Acte Uniforme

B-/ L’exercice de l’action en revendication

1°/ Les délais de l’action

2°/ Les organes de la procédure

II-/ L’assiette des revendications

A-/ Les revendications du vendeur de meubles

1°/ L’absence de dépossession du vendeur

2°/ La mise en possession de l’acheteur

3°/ La stipulation de la clause de réserve de propriété

B-/ Les autres revendications

1°/ Les marchandises consignées au débiteur

2°/ Les effets de commerce

3°/ Les choses fongibles

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3

Le propriétaire d’une chose détenue par le débiteur en état de redressement judiciaire


ou de liquidation des biens peut-il faire reconnaître son droit de propriété et soustraire ainsi
son bien de la convoitise des créanciers soumis à la discipline collective ? Une telle action ne
pourrait-elle pas, si elle était admise sans aucune restriction, compromettre la continuation de
l’exploitation d’une entreprise dont le redressement était encore possible ? C’est en ces termes
antinomiques que se pose le problème de l’exercice de l’action en revendication dans les
procédures collectives.

Contrairement au droit des faillites qui était dominé par son caractère répressif et
l’intérêt porté aux créanciers victimes de la défaillance du débiteur ayant manqué à ses
engagements1, le droit moderne des entreprises en difficulté sépare l’homme de l’entreprise en
poursuivant essentiellement une finalité économique et sociale2. Il s’agit alors d’assurer la
survie des outils de production viables dans le cadre d’un plan de cession ou d’un plan de
continuation ou encore d’une cession en situation de liquidation car « l’économie nationale ne
peut se permettre de tolérer que des outils soient brisés pour des raisons uniquement
juridiques »3. C’est dans cette perspective que doit s’apprécier l’action en revendication dans
les procédures collectives qui paraît opposer le droit de propriété à l’intérêt d’une entreprise
et, suivant l’importance de celles-ci, à l’intérêt général. Le rôle du droit est dans ce cas, de
concilier ces intérêts contradictoires.

Il y’a quelques années encore, le droit français n’était pas favorable à le reprise par le
vendeur de meubles non payé de marchandises ou de matériel livrés, lorsque la revendication
devait se faire au préjudice de la faillite4. Les solutions n’étaient pas très différentes dans les
pays d’Afrique Noire francophone qui ont adopté, pour la plupart, les dispositions du Code
civil et du Code de commerce, ainsi que celles de la loi du 4 mars 1889. De manière générale,
le vendeur de meubles non payé pouvait exercer son droit de rétention dans les ventes au
comptant et en toute hypothèse, l’action en résolution du contrat, conformément aux
dispositions des articles 1184 et 1654 du Code civil. L’article 2102 du même Code lui
reconnaissait aussi un droit de revendication prolongeant en quelque sorte le droit de
rétention, ainsi qu’un privilège sur la chose vendue, tant qu’elle est demeurée en la possession
de l’acheteur. Ces prérogatives traditionnelles du vendeur de meubles se sont avérées
difficiles à concilier avec le droit des procédures collectives qui tend à assurer l’égalité des
créanciers d’une part, et la continuité de l’exploitation de l’entreprise d’autre part. De ce point
de vue, le droit français et le nouveau droit issu de la reforme de l’OHADA5 présentent de très

1
E Pèrochon, Entreprises en difficulté, instruments de crédit et de paiement. L.G.D.J 2e éd 1995 n° 4
2
B Soinne, Traité des procédures collectives. LITEC. 2e éd. 1995 n° 26
3
B Soinne, Traité précité n° 26 p. 24
4
La cour de cassation a décidé dans des arrêts célèbres que la revendication se heurtait à « cette règle de droit
qui interdisait au vendeur de marchandises ou de matériel commercial de reprendre au détriment de la faillite, les
choses livrées. » Cass. Civ 28 mars et 22 oct. 1934 D 1934. 1. 151 note Vandamme :; Com 7 Jull 1975. D. S. 76,
70 note A HONORAT
5
L’organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Doit des Affaires (OHADA) a été instituée par le Traité de
Port-Louis du 17 octobre 1993. ce traité conclu par quatorze États d’Afrique noire francophone (BENIN,
BURKINA FASO, CAMEROUN, CENTRAFIQUE, COMORES, GONGO, COTE-D’IVOIRE, GABON,
GUINEE EQUATORIALE, MALI, NIGER, SENEGAL,TCHAD,et TOGO a pour objet, selon son article 1er, à
l’harmonisation du droit des Affaires dans les États parties, par l’élaboration et l’adoption des règles communes
simples, modernes et adaptées à la situation de leurs économies. A ce jour, de nombreux Actes Uniformes
instituant ces « règles communes » sont entrés en vigueur dans les différents États. Il s’agit des Actes régissant
des matières aussi variées que le Droit commercial Général, le Droit des sociétés commerciales, le droit des
Sûretés, le Droit des procédures collectives d’Apurement du passif, les Procédures simplifiées de Recouvrement
et les Voies d’exécution, et plus récemment encore, le Droit comptable.

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nombreuses similitudes. Une étude comparée de l’action en revendication dans les procédures
collectives des deux systèmes permettra de le démontrer, à travers le double constat suivant :

- L’action en revendication est une mesure de faveur exceptionnelle accordée au


propriétaire et, à ce titre, elle a fait l’objet en droit français comme dans la réforme de
l’OHADA d’une réglementation précise qui en subordonne l’exercice au respect d’un
certain formalisme (Première partie) ;

- Dans les deux systèmes, le législateur a pris le soin de préciser l’assiette des
revendications afin d’éviter une généralisation de l’action qui serait préjudiciable au
redressement de l’entreprise (Deuxième partie).

I-/ LE FORMALISME DE L’ACTION EN REVENDICATION

Comme toute action en justice, l’action en revendication dans les procédures


collectives est soumise à des règles de forme précises. La réforme introduite en la matière par
l’Acte uniforme de l’OHADA portant Organisation des Procédures Collectives d’Apurement
du Passif se rapproche sensiblement du droit français dont elle s’est largement inspirée. Une
différence notable existe cependant entre les deux législations concernant la déclaration
préalable incombant au revendiquant. On doit également relever quelques nuances de détails
dans l’exercice même de la revendication.

A-/ La déclaration préalable

L’Acte uniforme de l’OHADA sur les procédures collectives subordonne l’exercice de


l’action en revendication à la production de la créance par le revendiquant. Cette formalité est,
au contraire, laissée à la discrétion du créancier en droit français.

1°/ Le caractère facultatif de la déclaration en droit français

La déclaration de créance n’est pas une condition de la revendication en droit français.


La jurisprudence est bien établie dans ce sens6. Le propriétaire d’un bien meuble peut donc
valablement le revendiquer alors que sa créance de prix est éteinte par la forclusion, faute de
déclaration dans le délai7.

La question n’est pas pour autant purement théorique car, le créancier peut avoir
intérêt à déclarer sa créance dans le délai lorsqu’il a des doutes dans le succès de son action en
revendication8. Cela lui permettrait par exemple, d’être admis dans la procédure collective en
qualité de créancier chirographaire. Sous cette réserve, il demeure que la déclaration de sa
créance par le revendiquant est facultative. Ce dernier est simplement astreint à l’exercice de
l’action dans le délai légal. La situation est différente dans l’Acte uniforme de l’OHADA.

6
En ce sens, Com. 29 janvier 1991 et 20 octobre 1992 D. 1993
7
Cette solution rendue à propos du vendeur avec réserve de propriété peut être considérée comme traduisant une
règle de portée générale. En ce sens, notamment Arlette Martin-SERF. R.T.D. Com. N° 3. 1998 p. 689. La
jurisprudence décide également que l’absence même de revendication n’entraîne pas l’extinction du droit de
propriété, la forclusion ne constituant pas un mode d’acquisition de ce droit :Cass. com. 4 janv. 2000, D. 2000, J.
533.
8
Cf Rpert et Roblot. Traité. T. 2 , par Ph. Delebecque et M. Germain L.G.D.J. n° 3163

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5

2°/ La production de la créance et la déclaration d’intention


dans l’Acte uniforme

Aux termes de l’article 101 alinéa 1er de l’Acte uniforme portant Organisation des
Procédures Collectives d’Apurement du Passif, « les actions en revendication ne peuvent être
reprises ou exercées que si le revendiquant a produit et respecté les formes et délais prévus
par les l’articles 78 à 88 ci-dessus ». L’article 78 soumet tous les créanciers chirographaires
ou munis d’une sûreté à l’obligation de produire leurs créances auprès du syndic, à peine de
forclusion. Dans son alinéa 3 qui vise spécialement les titulaires d’un droit de revendication ,
cet article indique que ces derniers « doivent également produire en précisant s’ils entendent
exercer leur droit de revendication ». Le propriétaire qui désire exercer l’action en
revendication doit donc préalablement, produire sa créance et déclarer de façon expresse sa
volonté d’exercer son droit de revendication. A défaut d’ accomplir cette double formalité, il
sera considéré comme un simple créancier chirographaire.

La rédaction de l’article 78 alinéa 3 paraît imposer l’accomplissement simultané des


deux formalités. Mais rien ne semble non plus interdire au revendiquant qui aurait omis de
déclarer sa volonté de revendiquer, lors de la production de sa créance, de le faire
ultérieurement, tant que le délai de production n’a pas expiré9. Il pourrait ainsi exercer
efficacement l’action en revendication.

B-/ L’exercice de l’action en revendication

L’action en revendication doit être exercée dans les délais et devant les organes
compétents.

1°/ Les délais de l’action

Dans sa nouvelle rédaction10 issue de la loi du 10 juin 1994, l’article 115 de la loi
française du 25 janvier 1985 prévoit que la revendication des meubles doit se faire dans le
délai de trois mois suivant la publication du jugement d’ouverture de la procédure de
redressement ou de liquidation judiciaire11. En ce qui concerne les biens faisant l’objet d’un
contrat en cours, le délai de revendication court à partir de la résiliation ou du terme du
contrat12.

L’article 101 alinéa 2 de l’Acte uniforme de l’OHADA retient le même délai de trois
mois pour l’exercice de l’action en revendication. Mais le point de départ du délai coïncide ici

9
Cette solution se justifierait d’autant plus que l’article 79 alinéa 1er de l’Acte uniforme impose au syndic,
l’obligation d’avertir personnellement par lettre recommandée avec accusé de réception, tous les créanciers
connus qui n’ont pas produit leurs créances ou leurs revendications dans les 15 jours de la première publication
du jugement d’ouverture. On peut alors parfaitement concevoir que ce rappel puisse également s’adresser aux
revendiquants qui auraient omis de déclarer leur volonté d’exercer l’action en revendication.
10
L’ancien article 115 faisait courir le délai de 3 mois à compter du prononcé du jugement d’ouverture de la
procédure, rendant ainsi opposable au revendiquant un jugement qui n’était pas encore publié
11
Par référence à la jurisprudence antérieure, il est admis qu’il s’agit d’un délai préfix c’est-à-dire insusceptible
d’interruption ni de suspension. La solution a été donnée à propos du délai de 4 mois de l’article 59 de la loi de
1967 (Com. 29 mai 1984 : Bull.. Civ. IV n° 41). Toutefois, la jurisprudence admet aussi l’application de la règle
« Contra non valentem… ». lorsque l’action n ‘a pas pu être exercée dans le délai légal en raison d’une
impossibilité absolue (Com. 28 juin 1994 : Bull. civ. IV n° 246).
12
La solution doit être approuvée dans la mesure où la continuation des contrats en cours sur le fondement de
l’article 37 interdit au propriétaire de soustraire le bien à l’emprise de l’administrateur, par le biais de la
revendication. Contra. Com. 17 mars 1992. D. 92. Somm. 28 obs. F. DERRIRA; 14 juin 1994. Rev.. Sociétés,
juill. 1994. 11.

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avec la décision du juge-commissaire déclarant les revendications fondées ou, avec l’insertion
au journal officiel ou dans un journal d’annonces légales, de l’avis du greffier informant les
créanciers et les revendiquants du dépôt de l’état des créances et revendications par le syndic.
L’article 88 de l’Acte uniforme qui prévoit cette dernière formalité accorde dans son alinéa
1er, un délai supplémentaire de quinze jours aux créanciers et revendiquants dont les
demandes n’ont pas été retenues par le juge-commissaire, pour formuler leurs réclamations
par voie d’opposition contre la décision du juge, directement auprès du greffe ou par acte
extrajudiciaire adressé au greffe.

En renvoyant aux formes et délais prévus par les l’articles 78 à 88, l’article 101 de
l’Acte uniforme a considérablement compliqué la computation des délais de l’action en
revendication. Il ne faudrait pas alors se limiter au seul délai de trois mois prévu dans le
second alinéa13. En effet, la computation des délais doit englober, en outre, les délais de
production et de vérification des revendications et tenir compte du délai d’opposition accordé
au propriétaire dont la revendication aurait été rejetée.

Le délai à retenir est donc constitué par trois délais successifs représentant les
différentes étapes de la revendication.

a-/ La production des revendications

Le délai part du jugement d’ouverture de la procédure à l’expiration d’un délai de 30


jours suivant l’insertion au journal officiel d’un extrait du jugement. Cette insertion doit elle-
même avoir lieu au plus tard dans les quinze jours du jugement. D’où un délai maximum de
45 jours. A ce délai, il faudrait ajouter 30 jours supplémentaires lorsque le revendiquant est
domicilié à l’étranger. Ce qui porterait le délai à 75 jours à compter du jugement d’ouverture.

Le délai peut partir également, toujours au sens de l’article 78 de l’Acte uniforme, de


la décision d’ouverture jusqu'à l’expiration d’une période de 30 jours suivant la deuxième
insertion dans le journal d’annonces légales tel que prévu à l’article 36. Cette deuxième
insertion doit être faite 15 jours au plus tard après la première qui elle-même aura été faite
sans délai. En supposant que la première insertion ait eu lieu à J + 1, c’est-à-dire le lendemain
du jugement d’ouverture, la seconde aura lieu 16 jours au plus tard après ledit jugement. A
cela, il faudrait alors ajouter le délai de 30 ou 60 jours selon que les créanciers sont sur le
territoire national ou à l’étranger. D’où les délais minima de 46 à 76 jours.

b-/ La vérification des revendications

Aux termes de l’article 84 de l’Acte uniforme « la vérification des créances et


revendications est obligatoire, quelle que soit l’importance de l’actif ». Elle a lieu dans les
trois mois suivant la décision d’ouverture. A ce délai, il faudrait ajouter le délai d’opposition,
de 15 jours supplémentaires, accordé aux revendiquants dont la revendication a été rejetée par
la décision du juge-commissaire. Ce délai prévu par l’article 88 de l’Acte uniforme court lui-
même, à compter de la réception par le revendiquant, de l’avis du greffier l’informant du rejet

13
Contra. P.G. POUGOUE et Y. R. KALIEU : l’organisation des procédures collectives d’apurement du passif
OHADA. Collection Droit uniforme. P.U.A. 1999 p. 56.

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de sa revendication. En prenant pour hypothèse J + 1, cela portera le délai de vérification à


un minimum de trois mois et 16 jours.

c-/ L’ action en revendication proprement dite


Elle est soumise au délai de trois mois fixé par l’article 101 de l’Acte uniforme et qui
part de l’admission de la revendication par décision du juge-commissaire. Concrètement, les
délais d’exercice de l’action en revendication peuvent être récapitulés suivant le tableau ci-
après :
POINT DE TEXTE DE
TYPES DE DELAIS DEPART EXPIRATION L’ACTE
UNIFORME
30 ou 60 jours suivant
la 2e insertion au
journal d’annonces
Production des Jugement d’ouverture légales. Art 78, renvoi aux
revendications de la procédure N.B. : Ces insertions art 36 et 37
auront lieu au moins
15 jours après le
jugement
3 mois suivant le
jugement. Plus, le cas
Vérification des Jugement d’ouverture échéant, au moins 15 Art 84 et 88
revendications de la procédure jours de délai
d’opposition en cas de
rejet
Admission de la
revendication ou,
Action en insertion au J.O. ou au 3 mois Art 101 alinéa 2
revendication journal d’annonces renvoi à l’art 87
légales de l’avis du alinéa 3
greffier
• Tableau récapitulatif des délais de l’action en revendication (OHADA). Entre la première
et la deuxième étape le délai peut atteindre 3 à 4 mois. A cela s’ajouterait alors le délai de
l’action en revendication proprement dit qui est de 3 mois. Soit, au total, un délai de 6 à 7
mois.

La sanction du défaut de revendication dans le délai est, en droit français, la perte du


droit de revendiquer, mais non celle des droits découlant de l’application du contrat. La
Chambre commerciale de la Cour de cassation a eu à le préciser dans deux arrêts rendus à
propos du contrat de crédit-bail en dissociant le droit de propriété et le droit au respect des
engagements contractuels. La Cour décide en effet, que « la perte par le crédit-bailleur du
droit de revendiquer le bien est sans influence sur les droits que le crédit-bailleur prétend
exercer en application du contrat, notamment en cas de résiliation, et ne fait pas obstacle à son

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8

admission au passif, pour le montant de l’indemnité de résiliation, et de la valeur résiduelle du


matériel »14

Dans le même ordre d’idées, la Cour de cassation a jugé que si le bien non revendiqué
devient le gage commun des créanciers, cela n’emporte pas pour autant le droit pour le
liquidateur d’anéantir le contrat de vente initial et, d’obtenir la restitution du prix15.

La sanction du défaut de revendication dans les délais est identique dans l’Acte
uniforme de l’OHADA. La seule nuance à relever ici est que la forclusion frappe les
revendiquants qui n’ont pas déclaré leur intention dans le délai de production c’est-à-dire bien
avant le délai propre de l’action en revendication. En effet, l’article 78 alinéa 3 de l’Acte
uniforme précise qu’à défaut d’une telle déclaration, les titulaires du droit de revendication
« sont considérés comme créanciers chirographaires ». Cela suppose que les revendiquants
aient préalablement accompli la formalité de production, mais qu’ils ont simplement omis de
déclarer leur intention de revendiquer. Dans le cas contraire, c’est la forclusion pour défaut
de production dans le délai qui s’applique, avec son effet plus radical encore16.

2°/ Les organes de la procédure

En droit français, avant la modification de l’article 121-1 de la loi du 25 janvier 1985


par celle du 10 juin 1994, l’action en revendication pouvait être soumise au tribunal ayant
ouvert la procédure de redressement judiciaire ou au juge-commissaire. La jurisprudence
admettait cette compétence concurrente17. Depuis la réforme de 1994, la solution a changé.
Le créancier doit désormais saisir de sa demande en revendication le mandataire de justice,
dans le délai de trois mois prévu par l’article 115 de la loi du 25 janvier 198518. Le juge-
commissaire demeure compétent, mais après la demande préalable adressée au mandataire de
justice19.

14
Voir notamment, Com. 3 Février 1998 : R.T.D. Com n° 3. 1998 p. 688 obs. Martin-SERF ; 9 Mai 1995 Rev. Proc. Collec.
1995 n° 4 p. 478 obs. B. SOINNE. Le crédit-bailleur cumule en effet trois qualités : propriétaire, créancier et cocontractant.
Sa qualité de propriétaire lui permet d’exercer l’action en revendication dans les procédures collectives. Mais s’il néglige de
revendiquer dans le délai, il pourra faire valoir ses prérogatives de créancier de l’article 40, le cas échéant, ou le droit de
déclarer le montant de l’indemnité de résiliation. Il faut aussi ajouter que dans rédaction issue de la réforme de 1994,
l’article 115-1 de la loi de 1985 dispense de l’obligation de respecter le délai de revendication, les propriétaires qui ont
publié le contrat en vertu duquel le débiteur utilise leurs biens. Ce qui est souvent le cas des crédits –bailleurs
15
Com. 6 janvier 1998 : R.T.D. com n°3, 1998, p. 689, obs. Martin-SERF
16
L’article 83 alinéa 2 de l’Acte uniforme prévoit en effet que la forclusion éteint la créance en cas de
redressement judiciaire, « sauf clause de retour à meilleure fortune et sous réserve des remises concordataires ».
17
En ce sens, voir Paris 27 janvier 1988 Gaz. Pal. 1988. 1. Somm. 91 ; Com. 10 juil. 1990 : Bull. Civ. IV, n°
205; 1er octobre 1991, D. 92. Somm. 6, obs. DERRIDA.
18
C’est ce qui résulte de la combinaison des dispositions des articles 115 et 121-1 (nouveau) de la loi de 1985 et,
de l’article 85 du décret n° 85-1388 du 27 décembre 1985, dans leur rédaction issue de la réforme de 1994. En
ce sens, Dijon 18 janv.2000, D. 2000. A. J. 312 ; Paris, 22 janv. 1999, D. 99. I.R P. 55
19
Cette procédure préalable n’est pas à la discrétion du créancier, mais est obligatoire. Le créancier doit donc
adresser sa demande au mandataire de justice qui dispose d’un délai d’un mois pour prendre parti. S’il
n’acquiesce pas, par suite de l’absence d’accord du débiteur ou en cas de constatation, le créancier doit alors, à
peine de forclusion, saisir le juge-commissaire dans un autre délai d’un mois, à compter de l’expiration du
premier délai laissé au mandataire de justice. La question s’est posée de savoir si le délai de Saisine du juge-
commissaire pourrait être abrégé. Selon la Cour d’appel de Paris (3e ch. B, 22 janvier 199) lorsqu’il est saisi par
le créancier alors que le délai donné au mandataire n’est pas expiré, le juge-commissaire ne peut accueillir la
requête en revendication. Mais, nonobstant sa saisine prématurée, il peut statuer sur la requête dès lors que la
cause d’irrecevabilité a disparu, conformément à l’article 126 NCPC (Dalloz Affaires n° 150 du 25 février 1999)

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9

L’Acte uniforme a également retenu le principe de la revendication en deux temps.


Dans la première phase, le propriétaire doit adresser, dans les délais de l’article 101, sa
demande au syndic. Après la vérification des créances et revendications, le syndic établit un
état contenant ses « propositions d’admission définitive ou provisoire, ou de rejet, avec
indication de leur nature chirographaire ou garantie par une sûreté et laquelle20 ». La seconde
phase commence par l’intervention du juge-commissaire qui vérifie et signe l’état des
créances déposé au greffe par le syndic. Une notification est ensuite faite aux créanciers et
revendiquants qui pourront, dans les délais légaux, formuler leurs réclamations par voie
d’opposition contre la décision du juge-commissaire21.

Les procédures de l’action en revendication soumises aux même règles générales dans
l’Acte uniforme de l’OHADA et dans la loi française de 1985 comportent ainsi quelques
nuances permettant de les distinguer. Ces différences sont surtout relatives à l’exigence de la
déclaration préalable et à la multitude de délais que doit observer le revendiquant pour la
recevabilité de son action, dans le système OHADA. La même observation générale peut être
faite concernant l’assiette des revendications, les auteurs de la réforme de l’OHADA s’étant
largement inspiré du texte français.

II-/ L’ASSIETTE DES REVENDICATIONS

La loi française du 25 janvier 1985 et l’Acte uniforme de l’OHADA du 10 avril 1998


énumèrent selon un ordre différent les objets mobiliers et les marchandises pouvant être
revendiqués. L’assiette des revendications est la même dans les deux textes. Mais la
présentation retenue par l’Acte uniforme distingue la matière générale des revendications
d’une part, et les droits particuliers du vendeur de meubles d’autre part, contrairement à la loi
française du 25 janvier 1985 qui à réglementé dans une section unique les « droits du vendeur
de meubles et revendications »22. Certes, les deux questions sont étroitement liées car les
règles relatives à la revendication du vendeur de meubles s’appliquent à d’autres hypothèses
de revendication. La distinction permet cependant de mettre en exergue la situation
particulière et plus fréquente du vendeur de meubles.

A-/ Les revendications du vendeur de meubles

De droit commun, le vendeur de meubles non payé bénéficie da quatre garanties :


l’action résolutoire de l’article 1654 du Code civil pour défaut de paiement du prix, le
privilège ou le droit de revendication sous huitaine de l’article 2102, et le droit de rétention
de l’article 1612. Le droit des procédures collectives impose des restrictions à ces
prérogatives du vendeur de meubles qui ne peuvent être exercées que dans des limites

20
Article 86 alinéa 1er de l’Acte uniforme
21
Selon l’article 89 alinéa 1er de l’Acte uniforme, les revendications et les créances constatées ou admises
provisoirement sont renvoyées à la juridiction compétente en matière de procédures collectives…pour être
jugées sur rapport du juge-commissaire.
22
Les articles 115 à 122 de la loi du 25 janvier 1985 sont relatifs aux droits du vendeur de meubles et
revendications. Mais ces textes s’appliquent à tous les meubles corporels sans qu’il y ait lieu de se demander à
quel titre ou en vertu de quel contrat le débiteur est devenu détenteur. En ce sens, P. LE CANNU, Entreprises en
difficultés n° 488 et références citées.

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10

précises23. En ce qui concerne le droit de revendication, la distinction est alors faite, selon
que le vendeur n’est pas encore dessaisi ou, que l’acheteur avait déjà pris possession des biens
vendus.

1°/ L’absence de dépossession du vendeur

Le vendeur de meubles est protégé avec une efficacité certaine, tant qu’il n’est pas
encore dessaisi ou s’il réussit à arrêter les marchandises en cours de route. Cette solution
traditionnelle du droit français24 a été reprise par l’Acte uniforme de l’OHADA.

L’hypothèse qui offre une garantie absolue au vendeur est bien évidemment celle des
articles 119 de la loi de 1985 et 104 de l’Acte uniforme. En effet, le vendeur qui n’a pas
encore délivré ou expédié les marchandises au débiteur ou à un tiers agissant pour le compte
de ce dernier est autorisé à les retenir. L’alinéa 2 de l’article 104 de l’Acte uniforme renforce
davantage le droit de rétention du vendeur de meubles en disposant que le vendeur peut s’en
prévaloir dès l’ouverture des procédures collectives, « même si le prix est stipulé payable à
crédit et le transfert de propriété opéré avant la délivrance ou l’expédition ».

La revendication proprement dite concerne cependant les marchandises et objets


mobiliers déjà expédiés au débiteur qui n’en a pas encore pris possession, personnellement ou
par l’intermédiaire d’un commissaire ou d’un mandataire. Dans ce cas l’action est recevable
contre le débiteur en redressement judiciaire, sauf « si avant leur arrivée les marchandises ont
été revendues sans fraude, sur factures ou titres de transport réguliers »25. Le vendeur peut
ainsi récupérer la marchandise avant sa réception par le destinataire. Sa situation dans ce cas
sera la même que lorsque le redressement judiciaire est prononcé avant le dessaisissement26.
L’arrêt de la marchandise en cours de transport suppose toutefois leur parfaite identification27
ainsi que le respect du délai de revendication.

2°/ La mise en possession de l’acheteur

L’hypothèse est prévue par les articles 106 de l’Acte uniforme et 117 de la loi du 25
janvier 1985. En règle générale, le vendeur perd le droit de revendication quand l’acquéreur a
pris livraison des marchandises avant l’ouverture du redressement judiciaire28. il perd
également toutes les prérogatives de droit commun accordées au vendeur de meubles non
payé29. Toutefois, de manière exceptionnelle, les textes susvisés autorisent la revendication

23
L’article 116 L. 1985 dispose clairement que le « privilège, l’action résolutoire et le droit de revendication
établis par le 4° de l’article 2102 du Code civil au profit du vendeur de meubles ne peuvent être exercés que dans
la limite des dispositions ci-après ». Pareille réserve ne figure pas dans l’Acte uniforme. Mais on peut penser que
le législateur a trouvé la solution évidente puisque le droit spécial prime dans ce cas le droit commun.
24
On retrouve en effet cette disposition dans l’ancien article 577 du Code de commerce.
25
Les articles 118, L. 1985 et 105, Acte uniforme consacrent ainsi la règle du stoppage in transitu permettant
d’arrêter les objets vendus en cours de route lorsque les marchandise se trouvent entre les mains d’un
transporteur indépendant. Ce droit s’exerce pendant toute la durée du transport : Paris 7 janvier 1987 B.R.D.A.
28 février 1987 p. 22. voir sur la question G. Ripert et R Roblot T.2 par Ph. DELBECQUE et M GERMAIN n°
3151 et s.
26
Cela signifie que le vendeur peut demander la résolution du contrat et le cas échéant des dommages-intérêts à
défaut du paiement du prix par l’administrateur judiciaire qui exige l’exécution sur le fondement de l’article 37
L. 1985.
27
Cass. Civ. 8 juill 1913. D. 1917. 1. 45 ; Com. 2 mai 1989 Rev. Proc. Coll. 1989. 507.
28
La cristallisation du patrimoine du débiteur qui fait suite à sa mise en redressement judiciaire transforme alors
le vendeur non payé en créancier chirographaire, à moins qu’il n’ait stipulé à son profit, une clause de réserve de
propriété ou intenté antérieurement l’action résolutoire.
29
Voir supra p.9

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11

des marchandises qui existent en nature, lorsque la vente a été résolue avant l’ouverture de la
procédure ou, tout simplement, lorsque l’action en résolution a été intentée avant cette même
date.

Dans le premier cas, le vendeur qui a obtenu la résolution de la vente est redevenu
propriétaire des marchandises avant le redressement judiciaire, et le débiteur détenteur
précaire est tenu de restituer. Dans le second cas, l’article 117 alinéa 2 de la loi de 1985 ajoute
une condition qui n’a pas été retenue par l’article 106 de l’Acte uniforme, à savoir que la
résolution ait été demandée antérieurement au redressement judiciaire, « pour une cause autre
que le défaut de paiement du prix ». La condition de l’article 117 alinéa 2 constitue un
alignement de ce texte sur le principe général de l’article 47 de la loi qui prévoit la suspension
des poursuites tendant notamment à la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une
somme d’argent30. L’Acte uniforme n’a pas adopté cette solution. Bien au contraire, son
article 75 alinéa 3 dispose clairement que « la suspension des poursuites individuelles ne
s’applique pas aux actions en nullité et en résolution »31. Le vendeur de biens meubles
bénéficie ainsi d’une prérogative renforcée dans l’Acte uniforme de l’OHADA à la différence
de la loi du 25 janvier 1985. Les deux législations s’éloignent également concernant la
réglementation de la clause de réserve de propriété.

3°/ La stipulation d’une clause de réserve de propriété

La validité de la clause de réserve de propriété n’est guère contestée aujourd’hui, ni


son opposabilité dans les procédures collectives32. Aussi bien en droit français que dans
l’Acte uniforme, le vendeur peut revendiquer « les biens » ou, « les marchandises et les objets
mobiliers » vendus avec une clause de réserve de propriété « subordonnant le transfert de
propriété au paiement intégral du prix… ». Il suffit pour cela, dans les deux cas, que la clause
ait été convenue entre les parties dans un écrit « au plus tard au moment de la livraison33 ».
L’article 103 alinéa 2 de l’Acte uniforme exige en outre que cette clause ait été
« régulièrement publiée au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier ».

L’article 121 alinéa 2 de la loi du 25 janvier 1985 vise « les biens vendus » avec une
clause de réserve de propriété. Cela paraît limiter la réglementation au seul contrat de vente
ou de location-vente. La jurisprudence semble cependant favorable à l’extension du domaine
de ce texte34. L’Acte uniforme est dans le même sens car il ne traite pas de la clause de
réserve de propriété dans la section consacrée aux droits du vendeur de meubles, comme on
aurait pu s’y attendre normalement. L’article 103 alinéa 2 qui réglemente la clause se trouve
plutôt dans la section de l’Acte uniforme relative aux revendications en général.
30
En ce sens, G. Ripert et R Roblot. T. 2 par Ph. DELEBECQUE et M. GERMAIN n° 3158
31
Cette exception pourrait nuire au redressement de l’entreprise. Mais elle donne aussi tout son sens à l’article
106 alinéa 3 de l’Acte uniforme qui, à l’instar de l’article 121 alinéa 5 de la loi de 1985 prévoit qu’ « il n’ y a pas
lieu à revendication si le prix est payé intégralement et immédiatement par le syndic assistant ou représentant le
débiteur ».
32
Par plusieurs réformes successives, 1980, 1985 et plus récemment encore par la loi du 1er juillet 1996, le
législateur français a consacré la validité de la clause et son opposabilité dans les procédures collectives. L’Acte
uniforme est dans le même sens. Il ajoute même pour l’opposabilité, la publicité de la clause au Registre du
commerce et du crédit mobilier (Article 103 alinéa 2).
33
Article 121 al. 2. L 1985 mod. L. n° 96-588 du 1er juillet 1996
34
La Chambre commerciale (17 mars 1998, D. 1999. Somm. 72) a décidé que le « régime de la clause de réserve
de propriété n’est pas différent, selon que la transmission des biens litigieux aurait lieu en vertu d’un contrat de
vente ou en vertu d’un contrat de louage d’ouvrage ». La Cour de Cassation donnait alors raison à une Cour
d’appel qui avait assimilé le contrat d’entreprise au contrat de vente. Cette solution est conforme à l’article 1er
alinéa 3 de la Convention de la HAYE du 15 juin 1955 sur la loi applicable aux ventes d’objets mobiliers
corporels.

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Les marchandises ou les biens revendiqués doivent avoir été vendus ou transmis à
l’acquéreur avant l’ouverture de la procédure35. Les biens revendiqués doivent également se
retrouver en nature, entre les mains de l’acheteur, à la date du jugement qui ouvre la
procédure. Une difficulté peut alors se présenter lorsque le bien vendu a été incorporé par
l’acheteur dans un autre bien mobilier. A la différence de l’Acte uniforme qui n’a pas prévu
cette hypothèse, l’article 121 alinéa 3 de la loi de 1985 dans sa rédaction issue de la loi du 10
juin 1994 autorise la revendication malgré une telle incorporation, lorsque la récupération
peut se faire sans dommages pour le bien revendiqué et pour celui dans lequel il a été
incorporé. Mais il faut dans ce cas que le bien revendiqué soit individualisé36. La charge pèse
sur le revendiquant de prouver que le bien retrouvé est celui-là même dont il est encore
propriétaire37.

Une hypothèse proche de la précédente concerne la perte des biens vendus avec une
clause de réserve de propriété. Mais dans ce cas le législateur français n’a prévu aucune
solution, pas davantage que l’Acte uniforme de l’OHADA. La Chambre commerciale38 de la
Cour de cassation a réglé la question en décidant que « l’indemnité d’assurance subrogée aux
biens dont le vendeur est demeuré propriétaire n’entre pas dans le patrimoine de l’acheteur, de
sorte que l’action engagée contre l’assureur rend sans objet une revendication dans les
conditions de l’article 115 de la loi du 25 janvier 1985.

En définitive, la stipulation d’une clause de réserve de propriété accroît


considérablement la protection du vendeur de meubles. La garantie ne se limite pas
cependant à cette seule hypothèse, comme semble l’admettre l’Acte uniforme de l’OHADA et
comme le laisse également entrevoir la jurisprudence de la Cour de cassation39. Elle pourrait
servir dans d’autres cas de revendications.

B-/ Les autres revendications

Outre les revendications du vendeur de meubles non payé, la loi du 25 janvier 1985 et
l’Acte uniforme ont prévu d’autres cas de revendications concernant les marchandises
consignées au débiteur, les effets de commerce et/ou les biens fongibles.

1°/ Les marchandises consignées au débiteur

L’article 121 alinéa 1er de la loi de 1985 autorise la revendication des « marchandises
consignées au débiteur, soit à titre de dépôt, soit pour être vendues pour le compte du
propriétaire ». la formule retenue par l’article 103 alinéa 1er de l’Acte uniforme est encore
plus large. Elle concerne la revendication des « marchandises consignées et les objets

35
Selon la jurisprudence, l’action en revendication de marchandises vendues avec réserve de propriété au
débiteur après l’ouverture de la procédure collective n’est pas soumise au délai de l’article 115. L. 1985. La
créance étant née postérieurement au jugement d’ouverture, le créancier conserve le droit de poursuite
individuelle. L’action en revendication relève dans ce cas du droit commun qui autorise tout créancier titulaire
d’une clause de réserve de propriété à demander le retour de marchandises impayées. En ce sens : C.A. ROUEN,
2è ch. Civ. 5 NOV. 1998 , R.J.D.A. 2/99 n° 204 ; Com. 25 juin 1996 R.J.D.A. 1/97 n° 118.
36
La solution était déjà admise par la jurisprudence antérieure : Com. 15 juill. 1987. Bull. civ. IV. n° 187 ; Com.
6 mars 1990. D. 1991 Somm. 46 obs. Pérochon ; Com. 22 mars 1994 Bull. civ. IV. n° 121
37
Com. 14 avril 1992, RJDA 1992 n° 765 ; 15 déc. 1992, Bull. civ. IV. n° 412
38
Com. 22 avril 1997. D. Affaires 1997. 736.
39
Voir supra p. 12, note (4)

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mobiliers remis au débiteur, soit pour être vendus pour le compte du propriétaire, soit à titre
de dépôt, de prêt, de mandat, de location ou de tout autre contrat à charge de restitution ».

L’Acte uniforme consacre sur ce point le principe général en vertu duquel celui qui
établit son droit de propriété sur les objets mobiliers détenus par le débiteur peut les
revendiquer40.

La revendication n’est admise que si les marchandises et objets mobiliers concernés se


retrouvent en nature à la date du jugement d’ouverture et s’ils sont identifiés comme étant
ceux qui appartiennent au revendiquant41. Lorsque les marchandises ont été vendues ou
revendues avant le prononcé du redressement judiciaire l’action en revendication ne peut être
exercée contre le tiers acquéreur de bonne foi. Les articles 122 de la loi de 1985 et 103 alinéa
4 de l’Acte uniforme prévoient dans ce cas la revendication du prix qui n’a pas été payé, entre
les mains de l’acquéreur ou du sous-acquéreur42.

2°/ Les effets de commerce

La revendication peut également porter sur « les effets de commerce ou autres titres
non payés, remis par leur propriétaire pour être recouvrés ou pour être spécialement affectés à
des paiements déterminés ». Cette formule de l’article 120 de la loi de 1985 a été reprise
presque intégralement par l’article 102 de l’Acte uniforme qui n’a cependant pas envisagé
l’hypothèse de la remise des effets de commerce aux fins d’encaissement. Il ne peut s’agir que
d’un oubli, car la revendication sera toujours possible dans ce cas étant donné que les effets
remis à l’encaissement demeurent la propriété du remettant, contrairement aux effets remis à
l’escompte qui deviennent la propriété du banquier par le mécanisme de l’endossement
translatif43.

La revendication des effets de commerce et autres titres non payés suppose que ces
effets et titres se trouvent encore dans le portefeuille du débiteur. Ainsi la jurisprudence
faisant une saine application de l’article 120 de la loi de 1985 rejette l’action du vendeur
originaire qui revendique l’effet accepté par le sous-acquéreur et qui se trouve encore entre les
mains de l’acheteur44.

40
Ce droit est reconnu par la jurisprudence au déposant, au loueur d’objets mobiliers (Cass. Req. 26 avril et 24
juillet 1906. D. 1907. 1. 25 note Valéry ; 22 mars 1910 D. 1912 1. 73 note Valéry ; Com. 7 février 1977 Bull.
civ. IV. n° 38), à l’établissement de crédit-bail (La Rochelle co. 26 juin 1964), au prêteur dans le redressement
judiciaire de l’emprunteur (Cass. Req. 16 NOV. 1925. D. H 1925. 666). Toutefois selon une jurisprudence plus
récente, les dispositions de l’article 121 dérogatoires à celles de l’article 115… ne peuvent être étendues à
d’autres contrats, tels que le contrat de location (Paris 6 janv. 1995 D. 1996Somm. 217 obs. crit. Pérochon) ou
encore le crédit-bail (CAEN 16 Mars 1995. D. 1996 Somm. 220 obs. crit. Pérochon).
41
Cass. Com. 2 mai 1989. Bull. Civ. IV n° 142; 9 janvier 1990. D. S 1991. Somm. 46 ; 23 octobre 1990, RJDA
1991, 66.
42
La jurisprudence adopte en la matière, une conception unitaire de l’action en revendication et s’oppose à toute
distinction entre l’action en revendication en nature et l’action en revendication du prix. Ainsi a-t-il été décidé
que : « dès lors que l’action en revendication en nature a été exercée dans le délai prévu par l’article 115. L.
1985, la forclusion ne peut être opposée à l’action en revendication du prix exercée ultérieurement à l’encontre
du sous-acquéreur » (Com. 24 NOV. 1998 RJDA 2/99 n° 203).
43
Selon la Chambre commerciale de la Cour de cassation (30 janvier 1979 D. 80. I.R. 15 obs Vasseur), la
propriété de l’effet est transmise au banquier au jour même de la remise de l’effet endossé.
44
Versailles 8 juin 1989. D. 89 IR. 226. Selon cette même jurisprudence, l’affection spéciale dont il est question
dans l’article 120 doit émaner du propriétaire de l’effet qui le revendique.

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3°/ Les choses fongibles

L’article 121 alinéa 3 de la loi de 1985, dans sa rédaction issue de la loi du 10 juin
1994 autorise la revendication en nature des biens fongibles, lorsque se trouvent, entre les
mains de l’acheteur, des biens de même espèce et de même qualité. L’Acte uniforme de
l’OHADA n’a pas retenu cette hypothèse, sans doute à raison des difficultés pratiques que
soulèverait la revendication des biens fongibles. Les contradictions de la jurisprudence sur la
question confortent cette idée. En effet, comme l’a relevé un auteur commentant un arrêt de la
Chambre commerciale et un autre de la Cour d’appel de Paris, les solutions sont à mi-chemin
entre la contradiction et le sophisme car, « la Cour de cassation comme la Cour d’appel de
Paris ne tolèrent la revendication des choses fongibles que si elles sont des corps certains45 ».
De fait, en vertu de la loi , le caractère fongible d’un bien ne fait pas obstacle par lui-même à
sa revendication. Mais les juges reconnaissent qu’ « une telle revendication ne peut aboutir
que dans la mesure où le bien en cause n’a pas été confondu avec d’autres biens de la même
espèce46.

D’autres difficultés peuvent se rencontrer, du même ordre, en ce qui concerne la


revendication des titres dématérialisés ou encore celle des meubles incorporels tels que le
fonds de commerce47.

H.D. MODI KOKO BEBEY


Vice-Doyen F.S.J.P
Université de Douala
(CAMEROUN)

45
Com. 25 mars 1997 et Paris 14 octobre 1997 . R.T.D Co. (2) 1998, observation A. Martin-SERF
46
Force est de reconnaître avec M. Christian LARROUMET que le principe même de la revendication des
choses fongibles est une contrevérité, car « ce qui caractérise une chose fongible, c’est son appartenance à une
espèce, sans qu’il soit possible de distinguer la chose des autres choses de la même espèce… Comment pourrait-
on revendiquer une chose que l’on ne peut pas distinguer d’autres choses semblables ? ». Voir la note de l’auteur
sous l’arrêt de la C.A. Paris 14 oct. 1997. D. 1998. J. 92.
47
De l’avis de certains auteurs, la notion de détention, indissociable avec la revendication est inconsistante,
s’agissant du fonds de commerce. En ce sens, P. LE CANNU, entreprises en difficulté. Précité n° 488. par contre
la jurisprudence n’exclut pas une telle revendication quand elle décide que l’obligation du revendiquer dans le
délai de l’article 115 n’est pas limitée aux meubles corporels. Com. 21 NOV. 1995. Bull. Civ. IV n° 266; CAEN
16 sept. 1993. D. 94.192.

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