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LITURGIE

Collection de recherche
du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle

18
JOB GETCHA

LE TYPIKON DÉCRYPTÉ
Manuel de liturgie byzantine

Préface du
HIÉROMOINE MACAIRE DE SIMONOS PETRAS

Liturgie

LES ÉDITIONS DU CERF


www.editionsducerf.fr
PARIS

2009
i5
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Imprimé en France

© Les Éditions du Cerf, 2009


www.editionsducerf.fr
29, boulevard La Tour-Maubourg
75340 Paris Cedex 07

ISBN 978-2-204-08901-2
ISSN 1151-7115
À mes étudiants.
PRÉFACE

« Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, et la Cité


sainte: Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu,
et j'entendis alors une voix clamer: "Voici la demeure de Dieu
avec les hommes" » (Ap 21, 1-3). Cette vision de saint Jean, qui
clôt le livre des révélations divines, ouvre sur la vie de l'Église,
laquelle se tient à la droite de l'Agneau, parée, comme de fils
d'or et d'argent, de toute la beauté de ses offices et cérémonies,
de son architecture sacrée, de ses icônes, encens, luminaires,
chants, lectures, bénédictions et processions, tout cet ensemble
qui constitue le cadre de la manifestation du Royaume des cieux
parmi nous.
Vivre dans l'Église signifie entrer avec tous les saints dans
un chœur de danse qui unit la terre au Ciel, et nous procure une
expérience de la gloire de Dieu, dépourvue de tout subjectivisme,
à condition toutefois d'avoir assimilé les règles qui régissent cette
danse sacrée, et d'avoir appris la grammaire de cette langue
polyphonique de la liturgie, par laquelle nous pouvons glorifier
la Sainte Trinité de manière juste (ortho-doxie) et au moyen de
laquelle Dieu vient se révéler à nous.
Les hymnes, prières, chants etmouvements de l'office liturgique,
la succession des fêtes et leur combinaison au cours de l'année,
tout cela est réglé de manière chorégraphique par le Typikon, cet
«œil de l'Église» qui, loin d'être un recueil de règles juridiques
et desséchantes, est en fait le condensé de l'expérience deux fois
millénaire de l'Église. C'est lui qui nous garantit l'authenticité
et l'objectivité de la transmission de cette expérience des saints
Pères. Il est la Tradition vécue, et le fondement de la vie spiri-
tuelle orthodoxe.
10 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

On peut dès lors saisir l'importance d'une introduction à la vie


liturgique orthodoxe, comme celle que nous donne ici le Père Job
et qui dépasse de loin un simple cours de rubriques. Replaçant
chaque office dans son cadre historique, il nous permet de mieux
en saisir le sens et la fonction organique dans l'ensemble du
cursus quotidien. Il nous prépare ainsi à assimiler les détails de
la célébration pour que tout soit accompli décemment et dans
l'ordre (1 Co 14, 40), et surtout en harmonie et consonance avec
l'expérience des saints, qui nous ont précédés et ont prié de cette
manière.
Pour les vieux moines, avec lesquels nous avons vécu, et qui
avaient passé des décennies sur la Sainte Montagne, le Typikon
était devenu un mode d'existence et leur vie même. Ils s'étaient
si bien identifiés à l'Église, aux fêtes et à la vie des saints que
le Royaume des cieux n'était plus pour eux une espérance, mais
une réalité vécue quotidiennement, de sorte qu'au moment de
rendre leur dernier soupir, nous les avons vus faire leur signe de
croix et prononcer paisiblement leur ultime t« Par les prières de
nos saints Pères... », pour aller poursuivre leur doxologie, sous
une autre forme, dans la grande Assemblée des saints.
C'est dans un tel esprit que nous souhaitons aux lecteurs
de ces cours d'approcher les offices de l'Église, de manière à
nourrir leur vie spirituelle de cette communion avec l'Église
triomphante, une Pentecôte qui ne fait que commencer.

HIÉROMOINE MACAIRE DE SIMONOS PETRAS,


Mont Athos, 15 août 2007.
INTRODUCTION

« Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur terre, car il n'y
a assurément nulle part une telle splendeur ou beauté sur terre. Nous
ne pouvons pas vous la décrire. La seule chose que l'on sache, c'est
que Dieu habite là parmi les hommes, et que leur office surpasse
tous les autres cultes. Nous ne pouvons oublier cette beauté. » C'est
ainsi que la Chronique des temps passés résume l'impression que
nous ont transmise les légats du prince Vladimir de Kiev de leur
participation à la liturgie à Sainte-Sophie de Constantinople et qui
fut le moment décisif de la conversion de la Russie kiévienne, il
y a mille vingt ans. Pour le christianisme orthodoxe, la doctrine
demeure encore aujourd'hui inséparable de la glorification de Dieu.
D'ailleurs, en grec, le terme «doxa» signifie à la fois doctrine
et glorification. L'Orthodoxie peut donc désigner tout autant la
doctrine véritable que la juste glorification de Dieu. Le Père Georges
Florovsky qualifie sans doute pour cela le christianisme de « religion
liturgique », « L'Église est », selon lui, « avant tout une communauté
priante. La liturgie vient d'abord, la discipline ensuite! ».
La liturgie byzantine, par sa beauté, sa richesse et sa
profondeur, ne cesse d'intriguer, d'inspirer et de passionner un
grand nombre de chrétiens aujourd'hui. Cependant, cet océan
de mystères demeure parfois incompréhensible et inaccessible.
Pour beaucoup, ceci s'explique du fait qu'il n'existe à ce jour que
très peu d'ouvrages accessibles et pratiquement aucun manuel
pouvant éclairer le néophyte ou le fidèle voulant se familiariser
de plus près avec le déroulement des offices de l'année liturgique
byzantine. Le Typikon, le livre liturgique contenant l'ordo de la
célébration, souvent qualifié d'« œil de l'Église» parce qu'il

1. G. F'LOROVSKY, «The Elements of Liturgy in the Orthodox Catholic


Church », One Church 13 (1959), nOS 1-2, p. 24.
12 LE TYP1KON DÉCRYPTÉ

guide les fidèles à adhérer pleinement à la communauté ecclé-


siale à travers sa règle de prière liturgique, est illisible au premier
abord. D'où la nécessité qu'il soit déchiffré, décrypté.
C'est le but que s'est fixé le présent ouvrage qui, toutefois,
n'a pas été rédigé initialement comme un manuel. Il constitue
à l'origine une série de cours prodigués à l'Institut de théologie
orthodoxe Saint-Serge à Paris depuis 2005 et destinés à des
étudiants de théologie. Ce sont eux qui m'ont poussé à le publier,
estimant qu'il était éclairant et qu'il rendait accessible en langue
française une abondante bibliographie à laquelle n'ont accès prati-
quement que les russophones, mais que les intéressés pourront
trouver en note ainsi qu'à la fin de l'ouvrage, où l'on trouvera
également une bibliographie plus technique et spécialisée en
langues occidentales. Je suis d'ailleurs redevable à mes étudiants
d'avoir été les critiques du présent volume lors son élaboration et
d'avoir contribué ainsi à sa précision et à sa clarté.
Ce manuel couvre la célébration des offices de l'année litur-
gique byzantine: l'office divin, les fêtes, le cycle pascal. Nous
avons volontairement écarté le commentaire de la Divine
Liturgie, préférant l'associer aux autres offices sacramentaux de
l'Euchologe byzantin auquel nous nous proposons de consacrer
un volume ultérieurement. Le lecteur trouvera ici cinq chapitres :
le premier l'introduira aux livres liturgiques byzantins et le
deuxième aux offices des heures de la journée. Le troisième
chapitre se penche sur l'office des jours de semaine, du dimanche
et des fêtes, alors que le quatrième et le cinquième sont consacrés
respectivement aux offices du Carême et du temps pascal.
L'analyse que nous en faisons est à la fois pratique et histo-
rique: elle a pour but, d'une part, d'expliquer le déroulement
et la composition de ces offices, tout en essayant de les replacer
dans le contexte de leur développement historique d'autre part.
Le but du présent ouvrage n'étant pas de faire de l'histoire de la
liturgie à proprement parler, nous avons choisi de ne pas retracer
l'histoire de la liturgie byzantine, d'autant plus qu'il existe sur ce
sujet une bibliographie accessible en français'.

1. Les intéressés pourront se référer à : M. ARRANz, « Les grandes étapes de


la liturgie byzantine: Palestine-Byzance-Russie. Essai d'aperçu historique »,
Liturgie de l'Église particulière et liturgie de l'Église universelle (BELS 7),
Rome, 1976, p. 43-72 ; R. TAN, Le Rite byzantin, Paris, 1996.
INTRODUCTION 13

Pour la description du déroulement des offices, nous nous


référons en règle générale à la pratique de l'Église orthodoxe
russe, telle qu'elle est entre autres observée à l'église de l'Institut
Saint-Serge à Paris. De nos jours, toutes les Églises orthodoxes
dans le monde utilisent les mêmes livres et textes liturgiques,
même si elles peuvent utiliser des langues et des musiques diffé-
rentes. Il n'y a donc pas de différence majeure quant au contenu
des célébrations, même si on peut toutefois observer quelques
variations mineures dans les usages d'un endroit à l'autre. C'est
d'ailleurs de là que provient le dicton russe: «N'entre pas
dans un monastère étranger avec ton ordo. » Il faut reconnaître
cependant que la publication d'un typikon «paroissial» grec en
1838, largement diffusé dans le monde hellénophone et dans les
Balkans et dont on parlera plus loin, a grandement contribué à
distinguer les usages « grecs» des usages « russes ». Nous avons
donc tâché, dans la mesure du possible, de signaler au passage les
divergences qui peuvent exister entre ces deux grands courants.
Nous tenons à remercier ici le Hiéromoine Macaire de Simonos
Petras qui, en plus d'avoir accepté de signer la préface de cet
ouvrage, l'a méticuleusement relu et l'a enrichi par ses remarques
concernant les usages paroissiaux grecs et la pratique athonite. Il
faut avouer que la Sainte Montagne demeure encore aujourd'hui
un point de référence dans l'Église orthodoxe non seulement
pour la vie spirituelle, mais aussi pour la célébration liturgique.
À la fin de l'ouvrage, le lecteur trouvera un glossaire apportant
des éclaircissements terminologiques et qui tente de fixer un
vocabulaire technique liturgique français alors qu'il règne de nos
jours une assez grande confusion dans ce domaine. On y trouvera
les termes grecs et slaves correspondant aux divers termes
français, forgés la plupart du temps sur le grec.
Notre désir, avec la parution de cet ouvrage, est qu'il contribue
à mieux faire comprendre et connaître les offices liturgiques
byzantins afin de nous faire progresser dans la connaissance de
Dieu, la véritable théologie.

ARCHIMANDRITE JOB GETCHA,


Paris, le 29 septembre 2008,
fête de saint Cyprien, métropolite de Kiev.
CHAPITRE PREMIER

LES LIVRES LITURGIQUES

La célébration des offices de l'Église orthodoxe nécessite


une bibliothèque assez complète de livres liturgiques, ce qui
peut s'avérer assez déconcertant pour un liturge débutant ou un
néophyte. Ces livres sont répartis entre ceux qui sont utilisés par
les célébrants et ceux qui sont utilisés par le chœur et organisés en
lien avec les cycles liturgiques. Nous nous proposons maintenant
de nous pencher sur les livres liturgiques fondamentaux, sans
lesquels un office ne pourrait être célébré, à savoir: le Psautier,
l'Horologion, l'Octoèque, les Ménées, le Triode, le Pentecostaire,
le Typikon, l'Euchologe, l'Apôtre et l'Évangéliaire'.

LE PSAUTIER

Les psaumes dans la prière de l'Église ancienne apparaissaient


vraiment comme «le moule de la prière chrétienne"». Ainsi,

1. Pour l'état de la question des livres liturgiques byzantins, on se référera


à: E. VELKOVSKA, «Byzantine Liturgical Books », A. J. CHUPUNGCO (éd.),
Handbookfor Liturgical Studies, vol. 1 : Introduction to the Liturgy, College-
ville, MN, 1997, p. 225-240; E. BEJIKOBCKA, « CHCTeMa Ha BH3aHTHHCKHTe
H CJIaBHHCKHTe ôorocnysœôaa KHHI'H B nepaona Ha B'b3HHKBaHeTo HM »,
V. GJUZELEV et A. MILTENOVA (éd.), Medieval Christian Europe: East and
West. Tradition, Values, Communications, Sofia, 2002, p. 220-236.
2. P. DESEILLE, «Les Psaumes; prières de l'Église, prières trinitaires »,
Unité chrétienne 144 (2001), p. 15.
16 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

livre des psaumes, le Psautier est devenu « le livre de prières par


excellence de l'Église! ».
Il y avait deux manières d'utiliser les psaumes pour la prière.
On pouvait faire une lecture suivie du Psautier, depuis le
premier psaume jusqu'au dernier, dans l'ordre numérique. Cette
récitation suivie était utilisée pour la prière solitaire. Mais elle est
également prévue dans le cadre de l'office liturgique communau-
taire, comme l'indiquent les règles de la stichologie des psaumes
à l'office (voir p. 20-21). Cette lecture continue des psaumes
s'enracine dans la tradition juive. Avant d'être un livre de prières
. chrétien, le Psautier était le livre de prières du peuple hébreu qui
avait reconnu que l'ordre des psaumes suivait une progression
assez rigoureuse.
Une autre manière de prier avec les psaumes est de choisir les
psaumes en fonction de l'heure du jour ou des fêtes liturgiques.
C'est ainsi que l'office divin a commencé à se constituer sous la
forme des matines, des vêpres et des différentes heures (prime,
tierce, sexte, none, complies, office de minuit). Les psaumes y
constituent la partie la plus importante, l'ossature, que l'hyrnno-
graphie vient en quelque sorte embellir.
Une autre manière encore d'utiliser les psaumes est d'employer
des versets psalmiques isolés ou des groupes de versets, en
fonction de nécessités précises. C'est ce que l'on remarque dans
les différents offices des heures de la journée où l'on retrouve,
à côté de psaumes entiers, plusieurs versets psalmiques isolés
servant de versets (stiches) ou de répons (prokeimena).
Pour la lecture continue des psaumes, l'Église orthodoxe
utilise un livre liturgique appelé Psautier. Pour la prière des
heures, elle utilise un livre liturgique appelé Horologion (Livre
des Heures)",
Le Psautier que l'Église orthodoxe utilise est celui des Septante,
l'ancienne traduction grecque de l'Ancien Testament faite à
Alexandrie sous le règne des Ptolémées (III" siècle av. J.-C.). La

1. P. DESEILLE, «Introduction », Les Psaumes, prières de l'Église, Paris,


1979, p. 13. Voir également: B. FISCHER, «Les Psaumes, prière chrétienne.
Témoignage du II" siècle », La Prière des heures (LO 35), Paris, 1963, p. 85-
99.
2. Voir l'étude de Matéos sur la psalmodie et ses genres, reproduite dans
son livre: J. MATÉOS, La Célébration de la parole dans la liturgie byzantine
(OCA, 191), Rome, 1971, p. 6-27.
LES LIVRES LITURGIQUES 17

Septante, considérée comme une traduction inspirée, est devenue


la Bible de l'Église apostolique et des Pères de l'Église. La
numérotation des psaumes dans la Septante diffère.de celle de la
Bible hébraïque (massorétique) que l'on retrouve dans la plupart
des traductions modernes de l'Ancien Testament, faites à partir
de l'hébreu. Les livres liturgiques de l'Église orthodoxe utilisent
donc toujours la numérotation de la Septante qui contient 150
psaumes.
Il y a eu au cours de l'histoire plusieurs façons de regrouper
ces 150 psaumes. Hilaire de Poitiers (IVe siècle), par exemple,
s'attachait à une division des 150 psaumes en trois séries de 50.
Grégoire de Nysse (IVe siècle), quant à lui, suivait une division en
cinq livres'. Les historiens de la liturgie byzantine distinguent le
Psautier constantinopolitain du Psautier palestinien.
Le Psautier constantinopolitain, utilisé dans les offices
suivant le Typikon (ordo) de la Grande Église, était divisé en
74 antiphones. Six de ces antiphones étaient fixes, chantées
chaque jour (généralement les premières antiphones et les
antiphones finales de chaque office), et les 68 autres étaient
réparties entre les vêpres et les matines sur un cycle de deux
semaines. Il était composé de 2 542 versets, et chaque verset
psalmique de ces antiphones était accompagné d'un refrain.
Les antiphones impaires avaient comme refrain «Alléluia »,
alors que les antiphones paires avaient pour refrain un court
verset, tel: « Exauce-moi, Seigneur» ou « À toi convient le
chant, ô Dieu », dont certains ont survécu jusqu'à nos jours
dans nos offices liturgiques"
Le Psautier palestinien est divisé en 20 cathismes (du terme grec
Koet<J/lO, signifiant que l'on peut s'asseoir pendant cette lecture).
Il est composé de 4 784 versets. Actuellement, ces versets ne
sont pas entrecoupés par des refrains. Chaque cathisme est à son
tour divisé en trois stances (<J'tacnç) ou gloires (CJIaBa). Chacune
regroupe en moyenne trois psaumes. Entre chaque stance, il y a

1. P. DESEILLE, «Introduction », Les Psaumes, prières de l'Église, p. 14.


2. Sur le nombre de versets, voir M. ARRANz, «L'office de l'Asmatikos
Hesperinos », OCP 44 (1978), p. 400, note 85. Sur le Psautier constantinopo-
litain, voir M. AI'PAH1.J" OKO I(epK08Hoe - Hcmopun Tunuxoua; Rome, 1998,
p.52-53. Sur les refrains du Psautier constantinopolitain, voir O. STRUNK,
«Byzantine Office at Hagia Sophia », DOP 9-10 (1955-1956), p. 185, 200-
201.
18 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

une doxologie pour laquelle nous nous levons : « Gloire au Père


et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant, et toujours, et dans
les siècles des siècles. Amen. Kyrie, eleison (trois fois). Gloire au
Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant, et toujours, et
dans les siècles des siècles. Amen. »

Répartition des psaumes du Psautier en cathismes

Cathisme Stance 1 Stance 2 Stance 3


1 1-3 4-6 7-8
2 9-10 11-13 14-16
3 17 18-20 21-23
4 24-26 27-29 30-31
5 32-33 34-35 36
6 37-39 40-42 43-45
7 46-48 49-50 51-54
8 55-57 58-60 61-63
9 64-66 67 68-69
10 70-71 72-73 74-76
11 77 78-80 81-84
12 85-87 88 89-90
13 91-93 94-96 97-100
14 101-102 103 104
15 105 106 107-108
16 109-111 112-114 115-117
17 118: 1-72 118: 73-131 118: 132-176
18 119-123 124-128 129-133
19 134-136 137-139 140-142
20 143-144 145-147 148-150

Ce sont les moines du Stoudion de Constantinople qui furent


les premiers à adopter le Psautier palestinien dans cette ville.
D'après l'un des plus anciens typika stoudites connus, le Typikon
LES LIVRES LITURGIQUES 19

d'Alexis le Stoudite, on lisait un cathisme aux matines pendant


l'été, lorsque les nuits sont courtes, soit du lundi de l' Antipascha
jusqu'à l'Exaltation de la Croix. En hiver, lorsque les nuits sont
plus longues, soit de l'Exaltation de la Croix jusqu'au dimanche
de la Tyrophagie, on lisait deux cathismes aux matines. Pendant
la Sainte Quarantaine, on lisait trois cathismes aux matines. Aux
vêpres, on lisait toujours le cathisme 18, à l'exception des veilles
du dimanche et des fêtes où l'on chantait le premier cathisme -
«Bienheureux l'homme! ». Mais à partir du XIVe siècle, lorsque
le Typikon de Saint-Sabas est devenu la norme, le nombre de
cathismes aux matines a été augmenté, et le cathisme des vêpres,
pendant la période estivale, varie selon les jours de la semaine.

Comparaison du nombre de stichologies du Psautier

Ordo stoudite Ordo sabaïte


Matines-Vêpres Matines-Vêpres
Période d'été
[Antipascha-Exaltation 1 1 [Ige] 2 1
de la Croixl
Période d'hiver
[Exaltation de la Croix 2 1 [Ige] 3 1 [Ige]
-Tvroohaziel
Période de Carême 1 [Ige] 1 [Ige]
3 3
[Sainte Quarantaine]

En effet, d'après le Typikon sabaïte, il y a habituellement trois


cathismes aux matines, et la lecture du cathisme 18 a lieu aux
vêpres. Pendant la période d'été de même que pendant certaines
périodes festives de l'année, on ne lit que deux cathismes aux
matines, et alors le troisième cathisme habituel est reporté aux
vêpres où il remplace le cathisme 18. Ainsi, en temps normal, le
Psautier est lu entièrement sur une semaine. Pendant la Sainte
Quarantaine, la lecture continue du Psautier est répartie entre les

1. Voir IlEHTKOBCKIH1, Tunuxon, p. 403-404, 239, 282.


20 LE TYFIKON DÉCRYPTÉ

matines, les heures et les vêpres, de sorte que le Psautier est lu


entièrement non pas une fois mais deux fois en une semaine.
C'est cet usage qui a été retenu dans le rite byzantin actuel.
Au début ou à la fin des Psautiers liturgiques, nous trouvons une
table de la répartition des cathismes dans l'office divin, régulant
ainsi la lecture continue du Psautier'. Il faut toutefois noter
qu'aùjourd'hui, dans la plupart des monastères athonites, même
les plus stricts sur le plan du Typikon, la répartition estivale
est observée aussi en hiver, et on ne lit que trois cathismes aux
matines seulement pendant le Grand Carême.

Répartition des cathismes du Psautier dans l'office divin


1. Du dimanche de Thomas à la clôture de l'Exaltation de la Croix
(21 sept.); de l'avant-fête de la Nativité du Christ (20 déc.) à la
clôture de la Théophanie (14 jan.), et pendant les semaines de
l'Apokréo et de la Tyrophagie :
Matines Vêpres
Dimanche 2,3
Lundi 4,5 6
Mardi 7,8 9
Mercredi 10,11 12
Jeudi 13,14 15
Vendredi 19,20 18
Samedi 16,17 1

2. Du 22 sept. au 19 déc. ; du 15 jan. au samedi précédant


le dimanche du Fils Prodigue:
Matines Vêpres
Dimanche 2,3
Lundi 4,5,6 18
Mardi 7,8,9 18
Mercredi 10, Il, 12 18
Jeudi 13,14,15 18
Vendredi 19,20 18
Samedi 16, 17 1

1. Voir table de répartition dans: Les Psaumes. Prières de l'Église. Le Psau-


tier des Septante (trad. Archimandrite Placide Deseille), Paris, 1979, p.281-
282; J. MATÉos, «La psalmodie variable dans l'office byzantin », Societas
Academica Dacoromana, Acta philosophica et theologica, t. II, Rome, 1964,
p.328-329.
LES LIVRES LITURGIQUES 21

3. Pendant la Sainte Quarantaine (à l'exception de la se semaine) :


Matines Prime Tierce Sexte None Vêpres
Dim. 2,3,17
Lundi 4,5,6 7 8 9 18
Mardi 10, 11, 12 13 14 15 16 18
Mer. 19,20, 1 2 3 4 5 18
Jeudi 6,7,8 9 10 11 12 18
Vend. 13,14,15 19 20 18
Sam. 16,17 1

4. Pendant la se semaine de la Sainte Quarantaine:


Matines Prime Tierce Sexte None Vêpres
Dim. 2,3,17
Lundi 4,5,6 7 8 9 10
Mardi Il,12,13 14 15 16 18 19
Mer. 20,1,27 3 4 5 6
Jeudi 8 9 10 11 12
Ven. 13,14,15 19 20 18
Sam. 16,17 1

5. Lorsque la fête de l'Annonciation tombe le jeudi de la se semaine


et que le Grand Canon est chanté le mardi:
Matines Prime Tierce Sexte None Vêpres
Dim. 2,3,17
Lundi 4,5,6 7 8 9 10 11
Mardi 12 13 14 15 16
Mer. 19,20,1 2 3 4 5
Jeudi 6,7,8 9 10 11 12
Ven. 13,14,15 19 20 18
Sam. 16,17 1

6. Pendant la Grande Semaine:


Matines Prime Tierce Sexte None Vêpres
Dim. 2,3
Lundi 4, 5, 6 7 8 18
Mardi 9,10, Il 12 13 18
Mer. 14, 15, 16 19 20 18
Jeudi
Ven.
Sam. 17

7. Pendant la semaine lumineuse, pas de lecture du Psautier.


22 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Le Psautier liturgique contient également les neuf cantiques (<Pôiû


bibliques. Ces neufs cantiques constituent, entre autres, la structure
du canon des matines. TI s'agit de prières tirées de l'Ancien et du
Nouveau Testament: 1) le cantique de Moïse (Ex 15, 1-19); 2) le
cantique de Moïse (Dt 32, 1-43) ; 3) la prière d'Anne (l R 2, 1-10) ;
4) la prière d'Habacuc (Ha 3, 1-19) ; 5) la prière d'Isaïe (Is 26, 9-
20); 6) la prière de Jonas (Jo 2,3-10) ; 7) la prière des trois jeunes
gens (Dn 3, 26-56) ; 8) le cantique des trois jeunes gens (Dn 3,57-
88) ; 9) le Magnificat et le Benedictus (Le 1,46-55.68-79).

L'HOROLOGION

L'Horologion (ou Livre des Heures) est le livre contenant les


psaumes et les prières choisis en fonction des offices des diffé-
rentes heures du jour. TI est associé au cycle liturgique journalier
(de lajoumée). Il contient les parties fixes (qui ne changent pas)
de l'office divin.
Bien que les horologia antérieurs à l'invasion perse en Palestine
(en 614) n'aient pas survécu, les plus anciens horologia sabaïtes
du IXe siècle semblent indiquer que l'Horologion palestinien était
à l'origine du canon de psalmodie (xœvœv 't'i1ç VaÂ.l!ooôiaç) que
devaient accomplir quotidiennement les moines de Palestine. La
Vie de saint Sabas le Sanctifié, fondateur de la laure qui porte son
nom près de Jérusalem, nous apprend que les novices apprenaient
cette règle par cœur, de même que le Psautier, lors de leur entrée
au monastère. Cyrille de Scythopolis écrit en effet au sujet de
saint Sabas: « Lorsqu'il recevait des séculiers désireux de faire
leur renoncement, il ne les laissait pas habiter au Castellion ni
dans une cellule à la laure, mais il avait fondé un petit cœnobium
au nord de la laure et y avait installé des hommes endurcis à
l'ascèse et vigilants, il y faisait habiter les renonçants jusqu'à
ce qu'ils eussent appris le Psautier et l'office canonial et qu'ils
eussent été formés à la discipline monastique'. »
L'Horologion était donc le seul livre liturgique que les moines
utilisaient quotidiennement pour leur canon (règle) de prière

1. CYRILLE DE SCYTHOPOLlS, Vie de saint Sabas, 28 [113, 9] (trad. A.-J.


Festugière, Les Moines d'Orient, IIII2, Paris, 1962, p. 39).
LES LIVRES LITURGIQUES 23

et avec lequel ils se déplaçaient lorsqu'ils étaient en voyage'.


Comme l'explique N. Egender, «canon veut dire ici norme de
psalmodie; l'Horologion indique en premier lieu la mesure de la
répartition du psautier dans l'office à l'usage du lecteur. »
L'Horologion apparaît donc comme une adaptation du
Psautier pour le besoin de la prière des heures, avec une répar-
tition des psaumes et des prières pour les différents offices de
la journée. L'Horologion et le Psautier sont intimement liés. Il
existe d'ailleurs des livres liturgiques appelés « Psautier suivi'(ou
continué) » qui contiennent dans leur première partie le Psautier
et dans la seconde l'Horologion''.
Nous constatons à partir du schéma du vieil Horologion
sabaïte, qui s'accorde avec la description que fait Jean Cassien
de la règle de prière des moines palestiniens", que les horologia
palestiniens commençaient le cycle journalier des offices par
ceux du jour après lesquels venaient les offices de la nuit. Cette
pratique diffère de l'ordre des offices dans les autres livres litur-
giques (Octoèque, Ménées, Triode, Pentecostaire et Typikon),
qui suivent l'ordre du jour liturgique en commençant toujours par
les vêpres. Les horologia palestiniens plus tardifs commencent
toujours par le mesonyktikon (office de minuit), premier office
lu après le lever, et se terminent par l'apodeipnon (complies),
dernier office lu avant le coucher.
Dans l'ensemble, le déroulement des offices liturgiques des
horologia sabaïtes présente peu de différences avec celui des
horologia de la tradition stoudite. Cela s'explique par le fait
que les moines palestiniens ayant fui les invasions arabes dans
la seconde moitié du VIle siècle et s'étant installés d'abord au
mont Olympe de Bithynie et, par la suite, au Stoudion, pendant
la seconde vague de l'iconoclasme (815-843), avaient déjà
introduit l'Horologion palestinien. On désigne de nos jours cette

1. A. .D:MMTPIŒBCKHM, « qTO raxoe lCUVroV TIiç 'l'uÂ.llrooiuç, TaK aepenxo


ynoMHHaeMhIH B :>IŒ3HeOIIHcaHlUi npenon, CaBBhI OCBHIIIeHHaro? », PyKCn
38 (1889), p. 72-73 ; M. ApPAHQ, OKO Ileptcoenoe-: Hcmopus Tunuxoua; Rome,
1998, p. 56.
2. N.-EGENDER, «Le texte de l'horologion », La Prière des heures -'{}poAô-
ywv, Chevetogne, 1975, p. 52.
3. Au sujet de l'expression« Psautier continué », voir ibid., p. 51-52.
4. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre 3 (SC 109, trad. J.-C. Guy,
Paris, 1965, p. 90-117).
24 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

première synthèse entre les usages monastiques palestiniens et les


usages liturgiques de la capitale impériale comme la « réforme
stoudite! ».
Néanmoins, les horologia stoudites, tel l'Horologion de
Grottaferrataê, ont conservé des refrains pour la psalmodie des
psaumes, hérités du Psautier constantinopolitain. Les horologia
sabaïtes, de leur côté, se distinguent des horologia stoudites sur un
certain nombre de détails. D'une manière générale, les horologia
sabaïtes se caractérisent par leur rigueur ascétique, fidèle aux
anciennes traditions du monachisme oriental, qui transparaît
dans la rigueur du régime de jeûne, la permanence des heures qui
ne sont jamais omises les jours de fête, l'existence d'heures inter-
médiaires, la lecture plus abondante de cathismes du Psautier aux
matines, un nombre supérieur de pièces hymnographiques aux
vêpres et aux matines",
La première édition d'un horologion imprimé fut réalisée à
Venise en 1509 par les soins du Crétois Z. Kalliergis sur la base
d'un manuscrit de la bibliothèque d'Alberto Pio de Modena.
Une édition révisée sera publiée à Venise en 1832 par le moine
athonite Bartholomée de Koutloumousiou, avec l'approbation
du patriarche de Constantinople Constance I", Cette édition sera
reprise, avec plusieurs suppressions, pour l'édition de 1900 de la
typographie patriarcale de Constantinople, de même que par les
éditions d'Athènes.
On distingue de nos jours le Petit Horologion qui ne contient
que les offices des heures et le Grand Livre des Heures qui
comporte, en plus des offices des heures, un ménologe (calendrier
liturgique) comprenant les tropaires et les kondakia des saints et
des fêtes de toute l'année, avec l'ajout de plusieurs canons et
acathistes.
La première édition slave est parue en 1491 à Cracovie, puis
en 1493 à Venise. Depuis, plusieurs éditions ont vu le jour à Kiev,
Moscou, Belgrade et Varsovie. En règle générale, la fixation de
l'office s'est faite par l'édition des textes imprimés.

1. T. Porr;« La réforme stoudite », La Réforme liturgique byzantine: Étude


du phénomène de l'évolution non spontanée de la liturgie byzantine (BELS
104), Rome, 2000, p. 108-109; M. ApPAH~, KaK MO/lU/lUCb Boey ôpeenue
eusaumuûuu, Leningrad, 1979, p. 19, 151.
2. OpoA6yLOV, Grottaferrata, 1950.
3. CKABAJIJIAHOBHQ, TO/lK08blU Tunuxou, 1, p. 416-417,422.
LES LIVRES LITURGIQUES 25

L'OCTOÈQUE

L'Octoèque est un livre liturgique contenant de l' hymno-


graphie répartie en huit parties appelées «tons », «voix» ou
«modes », À chacun de ces« tons» correspondent des mélodies
propres, suivant lesquelles les hymnes doivent être interprétées.
Le terme « Octoèque » vient du grec OT<Tolr7XOÇ signifiant « huit
tons », L'Octoèque est le livre liturgique associé au cycle litur-
gique hebdomadaire. Ainsi, le Grand Octoèque ou Paraclitique
(ilapaT<ÀT'J'rlx,,) renferme des hymnes pour chaque jour de la
semaine. Puisqu'il y a huit tons, le Grand Octoèque couvre par
son hymnographie un cycle de huit semaines. Chaque semaine
commence par l'office du dimanche. Comme la journée litur-
gique débute par le soir, chaque cycle hebdomadaire commence
par l'hymnographie des vêpres du samedi soir. La thématique de
ces hymnes est associée aux saints commémorés chaque jour du
cycle hebdomadaire:

Thèmes du cycle hebdomadaire

Jour de la semaine Thème


Dimanche Résurrection du Christ.
Lundi Puissances angéliques et repentir.
Mardi Saint Jean Baptiste et Précurseur et repentir.
Mercredi Sainte Croix et Mère de Dieu.
Jeudi Saints apôtres et saint Nicolas de Myre en Lycie.
Vendredi Sainte Croix et Mère de Dieu.
Samedi Tous les saints et défunts.

Le Petit Octoèque est une version abrégée du Grand Octoèque


qui ne comporte que l'hymnographie du dimanche sur un cycle de
huit semaines (huit tons). Mais c'est cette partie, la plus ancienne,
qui porte le titre d'Octoèque proprement dit. Avec l'ajout des
jours ordinaires, l'Octoèque a pris le titre de Paraklitiki.
L'Octoèque est employé durant toute l'année. On commence à
l'utiliser par le ton 8 à partir du lundi qui suit le dimanche de tous
les saints (1er dimanche après la Pentecôte). Ainsi, le premier ton
commence le deuxième dimanche après la Pentecôte. Les tons
26 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

se suivent les uns après les autres. Lorsqu'on a achevé un cycle


de huit tons, on recommence à partir du premier. Le dixième
dimanche après la Pentecôte, on recommence un nouveau cycle
à partir du premier ton, et ainsi de suite, jusqu'à la fin de la Sainte
Quarantaine (Grand Carême). En une année, l'Octoèque est
chanté entièrement jusqu'à six fois.

L'origine de l'Octoèque.

L'origine de l'Octoèque est très ancienne. D'ailleurs,


l'expression «chanter selon l' oktoechos [ou selon les huit
tonsJI» est bien plus ancienne que le livre liturgique. Cette
manière de chanter relève d'un système musical de huit tons ou
modes remontant à l'Antiquité grecque". Chacun de ces modes
avait une note dominante, point de départ de la gamme. Le mode
national était le dorien. Deux autres modes, importés d'Asie,
eurent un rôle important dans la musique antique: le phrygien
et le lydien. Le quatrième était appelé myxolydien. Ces quatre
modes fondamentaux de l'Antiquité grecque avaient des modes
qui leur étaient associés que l'on appelle « plagaux», car ceux-ci
sont modelés sur les modes fondamentaux. Ainsi les huit modes
de l'Antiquité grecque allaient par paires: le dorien et l'hypo-
dorien, le phrygien et l'hypophrygien ; le lydien et l'hypolydien ;
le myxolydien et l'hypomyxolydien. La gamme de chacun de
ces modes commençait par une autre note et chacun d'eux avait
une dominante différente qui leur donnait un caractère parti-
culier. Platon nous apprend que les Grecs attribuaient aux modes
un caractère singulier, tel que l'expression d'un sentiment ou
d'un état d'âme. Ainsi, le dorien était réservé à la musique noble
et à certaines tragédies ; le phrygien au dithyrambe, un chant
liturgique en l'honneur de Dionysos et aux chants militaires.
Le lydien, considéré comme inférieur, finira par tomber en

1. JEAN RUFIN, Plérophories [éd. F. Nau] (PO 8), Paris, 1912, p. 179-180.
2. Sur la genèse de ce système musical, voir E. WERNER, The Sacred Bridge,
Londres-New York, 1958, p. 373 et s.
LES LIVRES LITURGIQUES 27

désuétude. On dit que le myxolydien éveillait l'âme humaine en


provoquant d'abord la joie puis la peine.
La musique grecque antique servit ainsi de base à la musique
chrétienne, et par conséquent, à la musique dite byzantine. C'est
ainsi que s'élaborèrent les huit modes ou tons (rwv OK"'Z'w iixOJv)
qui servirent à la désignation usuelle de l'hymnographie que
contient maintenant le livre liturgique désigné par ce nom. La
musique byzantine est donc constituée, tout comme la musique
grecque antique, de quatre tons fondamentaux et de quatre
tons plagaux, fondés sur les huit modes antiques'. Il faut dire,
toutefois, que cette théorie de la provenance hellénique de la
musique byzantine est remise en question, et certains historiens
insistent davantage sur les origines syriennes tant de l'hymno-
graphie que de la musique.

Correspondance des huit tons

Ton 1 [= dorien] Ton 1 plagal ou Ton 5 [= hypodorien]


Ton 2 [= lydien] Ton 2 plagal ou Ton 6 [= hypolydien]
Ton 3 [= phrygien] Ton 3 plagal ou Ton 7 [= hypophrygien]
Ton 4 [= myxolydien] Ton 4 plagal ou Ton 8 [= hypomyxolydien]

Les hymnes chrétiennes composées selon les huit modes ne


suivaient pas seulement les modes musicaux élaborés dès l'Anti-
quité grecque, mais aussi une structure métrique bien précise.
En effet, les hymnes de nos livres liturgiques actuels, dans leur
texte original grec, ne sont pas de simples textes prosaïques, mais
obéissent à des règles bien précises de la poésie antique grecque,
régie non seulement par le nombre de syllabes, mais aussi par
l'accentuation'',
Il y a eu de nombreux débats au xx- siècle sur l'origine de
1'0ctoèque. A. Baumstark fut à l'origine d'une théorie selon
laquelle Sévère d' Antioche aurait été l'auteur d'un premier

1. CKABAJIJIAHOBRq, TO/lK06bIU Tunuxou, 2, p. 109-111.


2. CKABAJIJIAHOBRq, TO/lK06bIU Tunuxou, 1, p. 369-370 ; J. GETCHA,« L'uti-
lisation des automèles en tant que lien entre les différentes fêtes de l'économie
du salut dans le rite byzantin », L'Hymnographie. Conférences Saint-Serge.
46e Semaine d'études liturgiques, Rome, 2000, p. 201-208.
28 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Octoèque au YIe siècle'. Cette théorie sera reprise par J. Jeannin


et J. Puyade'', et perdurera jusqu'en 1982, lorsque A. Cody
la réfutera, en proposant une origine palestinienne pour
l'Octoèqueê. Plus récemment, P. Jeffery défendait l'origine
hagiopolite de l'Octoèque". Dans un article récent, S. Froyshov
va dans le même sens en avançant l'hypothèse d'une origine
judéo-chrétienne d'un système non seulement de huit tons mais
aussi de huit semaines, qui serait en fait l'écho dans le cycle
liturgique annuel de l' ogdoade hebdomadaires. Selon lui, la
première communauté chrétienne, ayant suppléé un cycle de
huit jours à celui de la semaine de sept jours, aurait remplacé
le cycle des sept semaines par un cycle de huit semaines, ce qui
aurait conduit à l'apparition d'un système de huit modes dans la
liturgie cathédrale de Jérusalem probablement dans la deuxième
moitié du Iye siècle",
Il faut dire que la découverte et la publication du Vieil Iadgari
viendra apporter un nouvel éclairage sur la question. Le plus
ancien« Octoèque »que nous possédions aujourd'hui est en effet
le Vieil Iadgari, une version géorgienne de l'ancien Hymnaire
de Jérusalem, datant du y e siècle? Ces hymnes étaient chantées
dans l'ancienne liturgie de l'Anastasis (Saint-Sépulcre) à
1. A. BAUMSTARK, Festbrevier und Kirchenjahr der syrischen Jakobiten,
Paderborn, 1910, p. 45-48.
2. J. JEANNIN et J. PuYADE, «L'Octoëchos syrien », Oriens Christianus, 3
(1913), p. 82-104 et p. 277-298; J. JEANNIN, «L'Octoëchos syrien », DACL
1212, Paris, 1936, col. 1888-1899.
3. A. CODY,«The Barly History of the Octoechos in Syria », dans: N. GOR-
sOÏAN, T. MATHEWS et R. THOMSON (éd.), East ofByzantium : Syria andArmenia
in the Formative Period, Washington, 1982, p. 89-113.
4. P. JEFFERY, « The earliest üctoechoi : The Ro1e of Jerusalem and Palestine
in the Beginnings of Modal ürdering », dans: ID. (éd.), The Study ofMedieval
Chant, Paths and Bridges, East and West. In Honour of Kenneth Levy, Wood-
bridge, 2001, p. 147-209; ID., «üctoechos », New Gove Dictionary of Music
and Musicians, 18,2001, p. 370-373.
5. Sur l'ogdoade, lire: J. DANIÉLOU, Bible et liturgie. La théologie biblique
des sacrements et des fêtes d'après les Pères de l'Église (Lü Il), Paris, 1951,
p. 346-387 ; J. DANIÉLOU, «Le dimanche comme huitième jour », B. BOTTE
(éd.), Le Dimanche (Lü 39), Paris, 1965, p. 61-89.
6. S. FROYSHOV, «The Barly Development of the Liturgica1 Bight-Mode
System in Jerusalem », SVTQ 51 (2007), p.139-178.
7. M. VAN ESBROECK, «Le plus ancien Hyrnnaire », Bedi Kartlisa 39
(1981), p. 54-62 ; A. WADE, «The Oldest Iadgari, The Jerusa1em Tropo1ogion,
vvme. », OCP 50 (1984), p. 451-456 ; C. RENOUX, «Une Hyrnnographie
LES LIVRES LITURGIQUES 29

Jérusalem. Il s'agit en fait de l'ancêtre de notre Octoèque actuel,


qui présente toutefois de nombreuses différences. Cet hymnaire
comprend deux parties: la première contient l'hymnographie du
dimanche selon les huit tons'. On y reconnaît la forme primitive
des hymnes de l'office du dimanche contenues dans notre
Octoèque. La seconde partie contient l'hymnographie pour les
fêtes de l'année liturgique qui constitua la strate primitive des
hymnes des autres livres liturgiques : Triode, Pentecostaire et
Ménées.
C. Renoux estime qu'il faut dater ces hymnes du lve-ve siècle,
puisqu'elles reflètent la christologie de cette époque. Il va même
jusqu'à considérer Cyrille de Jérusalem (fin du Ive siècle) comme
un des hymnographes potentiels, et estime qu'Hésychius de
Jérusalem (début du v e siècle) cite probablement une hymno-
graphie déjà existante dans ses homélies"

Le développement de I'Octoëque.

Il faut dire que la rédaction des livres liturgiques actuels est


relativement tardive. Elle suit l'organisation des différents cycles
liturgiques de l'année. Autrefois, la répartition des hymnes litur-
giques se faisait d'après leur genre hymnographique. C'est ainsi
que l'Hirmologion regroupait (et regroupe toujours) les hirmoi
des canons, le Kontakarion les kondakia, le Sticherarion les
stichères, le Sticherokathimatarion les tropaires-cathismes
chantés après les stichologies des matines, de même que les autres
tropaires (apolytikia et hypakoï), le Tropologion les hymnes
(tropaires) pour les canons et les Béatitudes. Ces livres anciens
présentaient généralement d'une manière brute un matériau
liturgique utilisable pour l'office, c'est-à-dire l'ensemble des
hymnes que l'on pouvait chanter et non pas celles que l'on devait
chanter. Ces hymnes furent par la suite éditées et réparties selon
les cycles liturgiques et d'après l'ordre de la célébration dans

ancienne conservée en géorgien », L'Hymnographie. Conférences Saint-Serge.


XLVI' Semaine d'études liturgiques (BELS 105), Rome, 2000, p. 137-151.
1. Une traduction française a été préparée par le Père Athanase Renoux :
C. RENOUX, Les Hymnes de la Résurrection, 1. Hymnographie liturgique géor-
gienne (Sources liturgiques 3), Paris, 2000.
2. Ibid., p. 42-49.
30 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

nos livres actuels : Octoèque, Triode, Pentecostaire et Ménées.


Il semblerait, d'après les manuscrits qui nous sont connus, que
cette nouvelle génération de livres liturgiques soit apparue au
XIIIe siècle et se soit généralisée à partir du xv- siècle 1.
La partie la plus ancienne de notre Octoèque est constituée par
les trois stichères de la Résurrection, composés pour omer les
versets psalmiques de « Seigneur, je crie vers toi» aux vêpres du
samedi soir, le stichère des apostiches des vêpres, ainsi que les
quatre stichères de la Résurrection pour les laudes des matines du
dimanche. On retrouve, en effet, la version originale de plusieurs
de ces hymnes dans le Vieil Iadgari. À titre d'exemple, le premier
stichère du ton 1 pour « Seigneur je crie» aux grandes vêpres
- « Accueille notre prière du soir» - est textuellement le même
que le premier stichère pour le ton 1 pour « Seigneur je crie»
dans le manuscrit géorgien Sin. 182•
Par la suite seraient venus s'y ajouter les stichères «anatolika»
que l'on retrouve aux vêpres du samedi soir et aux laudes des matines
du dimanche. On a longtemps pensé que l'épithète anatolikos
pourrait renvoyer au nom de l'auteur qui serait un certain Anatole
- soit un patriarche de Constantinople du ye siècle, soit un Stoudite
du ~ siècle ou encore Anatole de Thessalonique (xe siècle). Cela ne
pourrait être le cas, puisque plusieurs de ces hymnes se trouvent déjà
dans le Vieil Iadgari. À titre d'exemple, nous pouvons mentionner
le premier stichère «anatolien» pour «Seigneur, je crie» aux
grandes vêpres du samedi soir du ton 1-« Réjouissez-vous, cieux,
et que chantent les assises de la terre... » qui est le même que le
4e stichère de la voix 1 dans Sin. 183• Ce terme pourrait donc être
tout simplement une allusion à l'Orient (sens étymologique de ce
terme), renvoyant ainsi au Christ considéré comme « l'Orient venu
d'en haut» (voir Za 6, 12)4.
Une troisième couche d'hymnes a pu être repérée grâce à
l'acrostiche qui les réunissait: « InANNOY A<I.l11V> ». Il s'agit

1. C. HANNICK, « Le texte de l'Oktoechos », Dimanche. Office selon les huit


tons. La prière des Églises de rite byzantin, vol. 3, Chevetogne, 1968, p. 40-43,
47.
2. RENaux, Les Hymnes de la Résurrection, p. 97-98.
3. Ibid., p. 100.
4. HANNICK,« Le texte de l'Octoechos », p. 44-45 ; PÉTRIDÈs,« Anatolika »,
DACL 1, col. 1940; C. ÉMEREAU, «Hymnographi byzantini », Échos d'Orient
21 (1922), p. 265-266.
LES LIVRES LITURGIQUES 31

des 24 stichères apostiches dits «alphabétiques» des vêpres


du samedi soir, suivis par un théotokion. On les a attribués à
saint Jean Damascène (VIlle siècle), ce qui est fort probable'.
Notons au passage que l'usage de conclure une série de strophes
hymnographiques par une strophe en l'honneur de la Mère de
Dieu, appelée «théotokion », aurait été initié par saint Jean
Damascène'.
Néanmoins, l'attribution de l'ensemble de l'Octoèque à
saint Jean Damascène telle qu'elle apparaît dans nos octoèques
imprimés est réfutée par les historiens de la liturgie. Saint Jean
Damascène, qui aurait été prêtre de l'Anastasis à Jérusalem selon
certains et moine de la laure de Saint-Sabas près de Jérusalem selon
d'autres'', serait plutôt un des premiers éditeurs de l'Octoèque
qui aurait remanié un matériau liturgique antérieur, originaire
de Jérusalem, auquel il aurait ajouté ses propres compositions
(stichères apostiches et canons de la Résurrection). Par la suite
seraient venues s'ajouter d'autres hymnes.
Puis la strate hiérosolymitaine de l'Octoèque aurait été
complétée par une strate constantinopolitaine. Ainsi, les
kondakia de la Résurrection et leur oikos seraient d'origine
constantinopolitaine, mais leur attribution à Romain le Mélode
n'a pu être faite avec certitude". On retrouve en effet la
main des moines stoudites dans plusieurs compositions. Les
antiphones des degrés (anavathmoi) des matines du dimanche,
chantées avant l'évangile de la Résurrection, ont été composées
par Théodore le Stoudite lors de son exil (794-797), si on
accepte l'interprétation de Nicéphore Calliste Xanthopoulos
(XIVe siècle)",
Ces hymnes constituent le fondement du Petit Octoèque
(l'Octoèque proprement dit, distinct du Paraclitique). À ces
1. HANNICK, «Le texte de l'Octoechos », p. 47.
2. W. CHRIST et M. PARANIKAS, Anthologia graeca carminum christianorum,
Leipzig, 1871, p. LXI.
3. Sur la question de Jean Damascène, voir: HANNICK, «Le texte de l'Oc-
toechos », p. 55-58.
4. Pourtant, certains des kondakia se trouvent bien dans les éditions des
œuvres de Romanos.
5. N. D. YCIIEHCKlIfI, « qHH BCeHOIIQiOrO 6p;eHlIH Ha Ilpasocnaanox
Bocroxe li BPyCCKOfl: !.1;epKBlI »,BT18 (1978), p. 86-87, note 115 ; O. STRUNK,
«The Antiphons of the Oktoechos », Journal of the American Musicologist
Society, 13 (1960), p. 50-67.
32 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

hymnes furent ajoutés les canons des matines pour les jours
de semaine. Ils furent élaborés au IX" siècle par Joseph l'Hym-
nographe (t 883) et Théophane le Marqué, métropolite de
Nicée (t 843)1, qui sont à l'origine du Grand Octoèque ou
Paraclitique.
Liés au cycle des Il évangiles de la Résurrection, les exapos-
tilaires que l'on trouve en appendice à l'Octoèque sont attribués
à l'empereur Constantin VII Porphyrogénète (913-959), alors
que les stichères de l'évangile (eothina) sont attribués à son père,
l'empereur Léon VI le Sage (886-913)2.
Parmi les compositions les plus récentes ajoutées au Grand
Octoèque, on remarque les trois stichères à la Mère de Dieu
composés par Paul d'Amorion (xe siècle), chantés aux vêpres du
samedi soir dans le cas où l'on ne possède pas de Ménée (ce
qui n'advient désormais plus, car il y a un office du Ménée pour
chaque jour de l'année). On ne les trouve que dans les éditions
imprimées slaves. On doit également à ce dernier l'hymno-
graphie des petites vêpres du samedi soir. De même, on a dans
les éditions slaves un canon à la Mère de Dieu chaque soir de
la semaine à l'apodeipnon (complies). Ces canons, attribués
à l'empereur Théodore Laskaris Ducas (t 1259), pourraient
provenir d'un ancien livre d'hymnes à la Mère de Dieu appelé
Theotokarionê. Enfin, le mesonyktikon (office de minuit) du
dimanche comporte un canon à la Sainte Trinité, de haute portée
théologique, attribué à Métrophane de Smyrne (seconde moitié du
IXe siècle). Ces canons commencent à apparaître dans les manus-
crits du xnr siècle, mais leur utilisation ne semble se généraliser
qu'à partir du xv- siècle.

1. HANNICK, «Le texte de 1'Oktoechos », p. 39, 47-53.


2. HANNICK,« Le texte de l'Oktoechos », p. 53 ; H. J. W. 'fILLYARD,« Eothina
Anastasima. The Moming Hymns of the Emperor Leo », Annual Brit. School
Athens 30 (1928-1930), p. 86-108; 31 (1931), p. 115-147.
3. Le Theotokarion, édité par saint Nicodème l'Hagiorite et comprenant
un canon de componction à la Mère de Dieu pour chaque jour selon les huit
tons, compilé de divers hymnographes anciens, est toujours chanté (parfois lu)
à 1'apodeipnon ou à la fin des vêpres dans de nombreux monastères athonites.
Dans d'autres, ces canons du Theotokarion, qui reste très apprécié des fidèles
dans leurs prières privées, sont chantés à l' orthros les jours de saints « fêtés» au
lieu du canon de la Paraclisis prévu par le Typikon.
LES LIVRES LITURGIQUES 33

Les éditions de l 'Octoèque.

Ce n'est qu'avec les éditions imprimées de l'Octoèque au


xv- siècle que le texte va se stabiliser pour devenir celui que
nous connaissons aujourd'hui. Les premières éditions imprimées
furent les éditions slaves: Cracovie, 1492, et Cetinje, 1494. Il
faudra attendre le début du xvr' siècle pour la première édition
grecque: Venise, 1521. Les éditions grecques de Venise et de
Rome présentent peu de variantes, ce qui montre qu'au XVIe siècle
le texte s'était stabilisé. Par contre, l'édition de Grottaferrata
(1734), élaborée par le moine Philippe Vitali, sur la base de
manuscrits italo-grecs, présente de nombreuses variantes. Les
éditions slaves actuelles, reproduisant généralement l'édition
de Moscou (1873), contiennent en notes des variantes des textes
slave et grec. Beaucoup d'hymnes, perdues dans les éditions
grecques, furent conservées dans les éditions slaves. Cependant,
une édition critique de l'Octoèque, tenant compte de toutes les
variantes contenues dans les manuscrits, n'a toujours pas été faite
à ce jour.

LESMÉNÉES

Les Ménées (unvaiov, de J.l1jv = mois) sont les livres litur-


giques contenant l' hymnographie pour le cycle annuel fixe. De
nos jours, nous avons les douze Ménées qui comportent l'hymno-
graphie pour l'office des saints célébrés chaque jour de l'année.
Il y a donc un volume par mois en commençant par le mois de
septembre.
C'est en effet le 1er septembre que débute l'année ecclésias-
tique. Il s'agit ici d'une ancienne coutume constantinopolitaine.
Jadis, le nouvel an commençait le 23 septembre à Constantinople.
Il marquait, depuis son institution par l'empereur Constantin (en
313), le début de l'indiction, c'est-à-dire la fixation de l'impôt
foncier annuel. On choisit ce jour parce qu'on y célébrait la
naissance d'Auguste qui, déjà avant Constantin, marquait le début
de l'année dans une grande partie de l'Orient. Avec l'adoption
du calendrier romain à Constantinople et la suppression du culte
34 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

d'Auguste, le 23 septembre se trouva dépourvu de toute signi-


fication civile. C'est alors qu'on déplaça le début de l'indiction
à une date plus commode: le 1er septembre. On estime que ce
changement a eu lieu le 1er septembre 462\ .
On trouve également le Ménée commun, propre à la tradition
slave, présentant le texte commun des offices pour différentes
catégories de saints: apôtres, martyrs, moines, hiéromartyrs,
hosiomartyrs, hiérarques, etc. Le Ménée commun est utile
lorsqu'on doit célébrer un office pour un saint et que l'on ne
dispose pas d'office propre, ou encore lorsque nous ne sommes
pas en possession des Ménées mensuels. Ces offices communs
anonymes existent aussi dans certaines anciennes éditions
grecques, désormais rares. Elles ont été reproduites dans une
édition récente de l'Anthologion à Thessalonique (1993), mais
on ne les utilise guère dans la pratique grecque.
Dans la tradition russe, il existe aussi des Ménées complémen-
taires renfermant le texte des offices à des saints, essentiellement
des saints russes ou récents, qui n'ont pas été inclus dans les
Ménées mensuels. Dans la tradition grecque se sont beaucoup
développés les fascicules avec offices de saints locaux".
Enfin, signalons les Ménées de lecture (Ménologes ou
Synaxaires) qui sont des recueils de Vies de saints suivant le
calendrier liturgique. Bien qu'ils ne soient pas à proprement
parler des livres liturgiques, ils peuvent tout de même être utilisés
dans l'office.

L'origine des Ménées.

Les Ménées sont apparus relativement tard. À l'origine, les


hymnes des fêtes fixes étaient contenues dans d'autres livres. Par
exemple, l'ancêtre de notre «Octoèque », le Vieil Iadgari, une
version géorgienne de l'ancien Hymnaire de Jérusalem, datant

1. J. GETCHA, «Le système des lectures bibliques du rite byzantin », La Li-


turgie, interprète de l'Ecriture. 1. Les lectures bibliques pour les dimanches et
fêtes. Conférences Saint-Serge. 48" Semaine d'études liturgiques, Rome, 2002,
p. 44. Notons que d'après GRUMEL, Chronologie, p. 124, le début de l'année
byzantine était primitivement au mois de mars.
2. Voir L. PETIT, Bibliographie des acolouthies grecques (Analecta Bollan-
diana 16), Bruxelles, 1926.
LES LIVRES LITURGIQUES 35

du v e siècle, contient dans sa seconde partie des hymnes pour les


fêtes fixes 1• On pense que se sont les synaxaires - liste des saints
commémorés pour chaque jour de l'année - qui auraient été à
l'origine du développement des Ménées-. On trouve déjà ces
synaxaires dans les tout premiers lectionnaires, telle Lectionnaire
arménien du v e siècle, une version arménienne de l'ancien calen-
drier liturgique de Jérusalem. C'est donc le Synaxaire constan-
tinopolitain'', comprenant la liste des synaxes pour les fêtes des
divers saints du ter septembre au 31 août, bien qu'avec quelques
ajouts, qui est devenu aujourd'hui le «calendrier» officiel de
l'Église orthodoxe, au détriment de l'ancien calendrier pales-
tinien" et des calendriers antiochiens et alexandrins, et qui est à
la base des Ménées.
Les premiers Ménées constantinopolitains contenaient essen-
tiellement de l'hymnographie stoudite. Les plus anciens manus-
crits de Ménées stoudites sont du XIe siècle. Lors de la diffusion
du Typikon sabaïte aux xrvs-xv' siècles, le Synaxaire constanti-
nopolitain a été complété par des mémoires d'autres saints plus
tardifs. Par conséquent, le contenu hymnographique des Ménées
s'est vu considérablement augmenté. Les plus anciens manuscrits
que nous possédons de Ménées de rédaction hiérolosomytaine
sont du XIIe siècle. Les Ménées slaves, quant à eux, contiennent
des offices à la mémoire de saints bulgares, serbes et russes que
nous ne trouvons pas dans les Ménées grecs. Il y a donc un aspect
local dans l'hymnographie des Ménées. Il existe, par exemple,
une abondante hymnographie grecque contenue dans les Ménées
d'Italie du Sud, dont la plupart sont de rédaction stoudite, qui ne
s'est pas retrouvée dans les éditions des Ménées grecs imprimés".
L'édition la plus ancienne est de 1551. Ainsi, les éditeurs des

1. A. WADE, « The Oldest Iadgari, The Jerusalem Tropo1ogion, V-Ville. »,


OCP 50 (1984), p. 451-456.
2. H. LECLERCQ, « Ménées », DACL, 1. XI, Paris, 1933, col. 409-410. Sur la
terminologie, voir J. NORET, « Ménologes, Synaxaires, Ménées. Essai de clarifi-
cation d'une terminologie », Analecta Bollandiana 86 (1968), p. 21-24.
3. H. DELEHAYE, Propylaeum ad Acta Sanctorum Novembris. Synaxarium
Ecclesiœ Constantinopolitanœ e codice Sirmondiano, nunc Berolinensi,
adjunctis synaxariis selectis, Bruxelles, 1902.
4. G. GARITTE, Le Calendrier palestino-géorgien du Sinaïticus 34 (Subsidia
Hagiographica 30), Bruxelles, 1958.
5. Voir 1. SCHIRO, Analecta hymnica grœca e codicibus eruta Italiœ infe-
rioris, vol. I-XII, Rome, 1966-1980.
36 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Ménées imprimés ont fait des choix arbitraires et la diffusion des


Ménées imprimés, comme celle de tous les autres livres litur-
giques, a beaucoup réduit la diversité régionale en imposant un
texte unifié. Il existe deux éditions corrigées de Ménées grecs :
celle de Constantinople, 1843, dont le synaxaire a été remanié
d'après le Synaxaire de Nicodème l'Hagiorite, et celle de Venise,
1843, dont le synaxaire reste conforme à celui des éditions précé-
dentes',
Les Ménées sont le livre liturgique de l'Église orthodoxe le
plus vivant car leur contenu ne cesse d'augmenter du fait qu'il
y a constamment dans la vie de l'Église de nouvelles canonisa-
tions et, par conséquent, de nouveaux offices. On peut à cet égard
mentionner l'édition des Ménées en vingt-quatre volumes entre-
prise par l'Église orthodoxe russe sous le patriarche Pimène à
partir de 1978 et qui, malgré l'utilisation des caractères d'impri-
merie séculiers (grazhdanka) et de la nouvelle orthographe, a le
mérite de rassembler tous les offices connus des saints russes,
slaves du Sud et grecs, anciens et récents. De même, dans la
tradition grecque, l'édition des Ménées d'Apostolikie Diakonia
a introduit certains saints récents, comme saint Nectaire d'Égine.
Cependant, cette édition, comme toutes les autres éditions des
Ménées, est loin de suivre la vie réelle de l'Église et on doit utiliser
un grand nombre de petits fascicules propres, qui manifestent le
caractère local de l'ordo de chaque communauté.

Contenu des Ménées.

Les Ménées contiennent, pour chaque jour du mois, l'hym-


nographie en l'honneur des saints ou des fêtes qui sont célébrés.
L'hymnographie est disposée dans l'ordre où elle doit être
chantée dans l'office, en commençant par l'office des vêpres
(ou petites vêpres lorsqu'il Y a agrypnie) et en terminant par la
Divine Liturgie.
Selon le degré de solennité de la fête, il peut y avoir plus
ou moins de matériel hymnographique. Lorsqu'il s'agit d'une
simple mémoire, sans festivité, les hymnes à chanter peuvent se

1. ApXRETIRCKOTI CEPrRil: (CTIACKRM:), IlO/lHbl1J .MeCHijeCII06 6ocm01W, 1. 1,


Vladimir, 1901, p. 204-221.
LES LIVRES LITURGIQUES 37

réduire à trois stichères pour le Lucernaire et un canon pour les


matines. En proportion de la solennité de la fête, l'hymnographie
sera d'autant plus fournie.
En annexe des Ménées, on trouve les théotokia qui doivent être
chantés après les tropaires et les stichères. Il y a quatre annexes
dans les Ménées slaves :
1. Théotokia devant accompagner les stichères le dimanche et
les jours de fête.
2. Théotokia devant accompagner les stichères les jours de
semaine.
3. Théotokia devant accompagner les tropaires le dimanche et
les jours de fêtes.
4. Théotokia devant accompagner les tropaires les jours de
semaine.
Notons que la deuxième annexe est absente des Ménées grecs
actuels, ceux-ci donnant toujours dans le texte de l'office un
théotokion fixe et un stavrothéotokion.

Les éditions des Ménées.

Ce sont les éditions imprimées des Ménées au XVIe siècle


qui vont stabiliser les textes essentiels que nous connaissons
aujourd'hui. Les premières éditions imprimées grecques furent
celles d'André et Jacques Spinelli à Venise en 1528-1596,
réimprimées en 1596-1607. L'édition de Venise de 1873 connut
plusieurs réimpressions. Il existe aussi une édition romaine de
1888-1902. En Russie, la première édition des Ménées communs
est parue à l'époque du patriarche Job (1589-1605). La première
édition imprimée russe des Ménées est celle de Moscou en 1610-
1630.
Tout comme pour l'Octoèque, nous pouvons regretter qu'il
n'existe pas à ce jour une édition critique de nos Ménées tenant
compte de toutes les variantes contenues dans les manuscrits.
Au XIX e siècle, Bartholomée de Koutloumousiou a préparé une
édition révisée des Ménées qui reste en usage, mais qui comporte
encore de nombreuses erreurs et lacunes. Une révision systé-
matique faite à partir d'un bon choix de manuscrits, sans parler
38 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

d'une édition critique, serait souhaitable, mais qui pourra l' entre-
prendre ?

LE TRIODE ET LE PENTECOSTAIRE

Le Triode (ou Triode de Carême) et le Pentecostaire (ou Triode


fleuri) sont les livres liturgiques contenant l' hymnographie et les
lectures bibliques pour le cycle annuel mobile, le cycle pascal.
Puisque la date de Pâques a été définie par le premier concile
œcuménique (Nicée, 325) comme le premier dimanche qui suit
la pleine lune du printemps, ce cycle qui dépend de la fête de
Pâques varie d'année en année.
Le Triode couvre la période de 10 semaines qui précède la
fête de Pâques (3 semaines préparatoires, 6 semaines de la Sainte
Quarantaine et la Grande Semaine). Le Pentecostaire couvre la
période de 8 semaines qui suit la fête de Pâques (7 semaines de la
cinquantaine pascale et la semaine de l'octave de la Pentecôte). En
revanche, les anciens livres russes avaient partagé le cycle pascal
en deux parties de 9 semaines. Par conséquent, le Pentecostaire
commençait par le samedi de Lazare, juste avant la Grande
Semaine, ce qui a donné le nom de « Triode fleuri» (146emHaJl
mpuoob) à ce livre, en lien avec le dimanche des Palmes. En fait,
à l'origine, le Triode regroupait en un seul livre l'hymnographie
de la Sainte Quarantaine et de la cinquantaine pascale, tel que
l'atteste le Triode Barberini 484 1•

L'origine et le développement du Triode et du Pentecostaire.

Comme nous l'avons vu avec l'Octoèque et les Ménées, avant


l'apparition des livres systématiques répartissant les hymnes
selon les cycles liturgiques et d'après l'ordre de la célébration
(Octoèque, Triode, Pentecostaire et Ménées), la répartition des
hymnes liturgiques se faisait d'après leur genre hymnographique :
Hirmologion, Kontakarion, Sticherarion, Sticherokathimatarion,
Tropologion, Prophétologue (recueil de parémies ou prophéties).

1. KAPABHHOB, IIocmHaJI TPUOiJb, p. 212.


LES LIVRES LITURGIQUES 39

Ces livres anciens présentaient généralement d'une mamere


brute un matériau liturgique utilisable pour l'office, c'est-à-dire
l'ensemble des hymnes que l'on pouvait chanter et non pas celles
que l'on devait chanter 1. C'est ainsi que les premiers « Triodes»
étaient en fait des recueils de canons à trois odes (tri-odes),
employés pendant la Sainte Quarantaine ainsi que pendant la
cinquantaine pascale, auxquels venaient s'ajouter, en annexe, des
tropaires-cathismes et des stichères-.
Il semblerait que ce soit le Prophétologion qui ait été à la base
du Triode. En effet, les lectures des prophéties, durant la période
de la Sainte Quarantaine, étaient accompagnées des tropaires
de prophéties, des prokeimena ainsi que d'autres hymnes qui
ont ensuite été incorporées dans le Triode. Ce sont évidemment
les lectures de la Grande Semaine qui forment la partie la plus
ancienne",
L'hymnographie contenue dans le Triode a été composée entre
le v e et le XIVe siècle. On retrouve certaines hymnes, souvent très
anciennes, contenues dans le Triode et le Pentecostaire, dans
l'Octoèque d'où elles proviennent. Certaines d'entre elles sont
déjà contenues dans le Vieil Iadgari du ye siècle, ce qui montre
l'origine hiérosolymitaine, ou plus largement palestinienne,
du Triode et du Pentecostaire. On retrouve ici, entre autres, les
hymnes attribuées à saint Jean Damascène, saint André de Crète,
saint Cosmas de Maïouma, saint Théophane le Marqué, saint
Étienne le Sabbaïte. Il s'agit de la première strate du Triode et du
Pentecostaire, datée entre le v e et le IXe siècle, antérieure à saint
Théodore Stoudite",
La seconde strate correspond à l'hymnographie constantino-
politaine, plus précisément stoudite, datant du Ixe-Xe siècle. On
retrouve ici l'œuvre de saint Théodore et de son frère Joseph les
Stoudites. C'est à eux que l'on doit la série des canons à trois odes
(tri-odes) des matines pour la période de la Sainte Quarantaine.
Il existe aussi une série de canons à trois odes pour la période
de la cinquantaine pascale, attribués à Joseph l'Hymnographe,
et lus dans la pratique actuelle à l' apodeipnon. Ces derniers ne

1. Ibid., p. 54-55 ; HANNICK, «Le texte de l'Oktoechos », p. 40-43, 47.


2. KAPABHHOB, Ilocmnas Tpuoôs, p. 205.
3. Ibid., p. 54-64.
4. Ibid., p. 77-122.
40 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

sont restés que dans les livres slaves, et sont absents des livres
grecs. Il faut aussi mentionner, pendant cette période, les hymnes
de Cassia, ainsi que celles d'autres hymnographes constantino-
politains tels Christophore, Serge Logothète, Georges Papias et
l'empereur Léon le Sage. Certaines de ces hymnes nous sont
parvenues sous l'épithète « byzantines» (f3v(avri vovy.
Une troisième strate est formée par l'hymnographie datant
du xe au xv- siècle qui, en grande partie, est anonyme. On doit
mentionner ici les hymnes composées par l'empereur Constantin
Porphyrogénète et Syméon Métaphraste-, ainsi que les notices du
Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos (t 1335), prêtre à
Sainte-Sophie qui se fit moine peu avant sa mort. Il est l'auteur
de la grande Histoire ecclésiastique et d'autres œuvres assez
verbeuses mais néanmoins importantes car elles sont des compi-
lations de la Tradition. Ces textes ne furent inclus dans les offices
du Triode et du Pentecostaire que très tardivement, alors qu'à
l'origine ils se trouvaient en annexe au Triode ou tout simplement
dans des recueils séparés. Ces textes sont un commentaire de
l'événement célébré qui, parfois, est inspiré d'écrits apocryphes.
Ils tendent à imiter les textes hagiographiques contenus dans les
synaxaires (ménologes)".

La rédaction du Triode et du Pentecostaire.

Comme nous venons de le constater, le Triode et le Pentecostaire


sont une compilation de textes recueillis pendant dix siècles qui
a nécessité un certain travail de rédaction pour revêtir la forme
que nous connaissons aujourd'hui. Selon Nicéphore Calliste
Xanthopoulos, les premiers éditeurs du Triode et du Pentecostaire
furent Théodore et Joseph les Stoudites. Néanmoins, comme le
remarque 1. Karabinov, les Triodes des xe et XIe siècles présentent
entre eux une telle variété quant à leur forme et leur contenu
qu'il est impossible d'établir une généalogie à partir d'un seul

1. Ibid., p. 122-196.
2. Ibid., p. 196-204.
3. ApXHeIIHcKoII <l>HllAPET (1YMHJIEBCKHfl), HcmOpU'IeCKUU 0630P necnone-
614e6 U necuonenus Fpe'leCKOU Ilepxeu; Saint-Pétersbourg, 1902, p. 363-364 ;
KAPABHHOB, Ilocmuas TPUOOb, p. 203.
LES LIVRES LITURGIQUES 41

recueil'. Il existe en fait quatre types de triodes. Les véritables


rédacteurs de notre Triode et de notre Pentecostaire actuels furent
les copistes qui regroupèrent les différentes hymnes contenues
selon leur genre dans les différents livres hymnographiques en
des livres systématiques. Ce n'est qu'à partir des XIIIe-XIV' siècles
que vont apparaître les Triodes et les Pentecostaires sous la forme
que nous connaissons aujourd'hui".

Contenu du Triode et du Pentecostaire.

Le Triode se divise en trois parties : la période préparatoire, la


période de la Sainte Quarantaine et la Grande Semaine. C'est la
division que connaissait déjà saint Jean Damascène au VIIfl siècle,
sauf que, pour lui, la période préparatoire se limitait à une
semaine', Ce n'est qu'au XIIe siècle que nous voyons apparaître
une période préparatoire de trois semaines". Chaque dimanche
du Triode fait l'objet d'une commémoration particulière, suivant
le Lectionnaire de la Grande Église de Constantinople. Toutefois,
l'ancienne structure du Triode, d'après les lectures des évangiles
des dimanches suivant le Lectionnaire de Jérusalem, observé à
Constantinople avant l'imposition de la lectio continua de Marc,
transparaît encore dans les Triodes contemporains par les thèmes
développés dans les idiomèles",
Le tableau suivant résume les différents thèmes développés
par le Triode :

1. Ibid., p. 205.
2. Ibid., p. 205-216.
3. JEAN DAMASCÈNE, Du jeûne sacré 5 [PG 95, 699D. Traduction française
de V. Conticello dans: BV(Jia aivÉ(JEùJÇ. Mélanges liturgiques offerts à la
mémoire de l'archevêque Georges Wagner, Analecta Sergiana 2, éd. : J. Getcha
et A. Lossky, Paris, 2OD5, p. 92-93]. Sur l'évolution de la quarantaine pascale
dans le monde byzantin, voir: J. GETCHA, «La pratique du jeûne pendant la
quarantaine pascale d'après le Triode byzantin », ibid., p. 95-112.
4. KAPAERHOB, Ilocmuas Tpuoàs; p. 23.
5. À ce sujet, on lira G. BERTONIÈRE, The Sundays of Lent in the Triodion :
The Sundays Without a Commemoration (OCA 253), Rome, 1997.
42 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Thèmes des dimanches de la Sainte Quarantaine

Triodes anciens 'fiiode>conUmporaïns


Période (Lectionnaire (Lectionnaire
de Jérusalem) de Constantinople)
1. Dimanche
du Publicain
et du Pharisien
2. Dimanche du Fils
Période Prodigue
préparatoire 3. Dimanche de
l'Apokréo (carnaval)
4. Dimanche
de la Tyrophagie
(des laitages)
1. Dimanche
1. Dimanche
de l'Orthodoxie
des saints prophètes
2. Dimanche de saint
2. Dimanche
Grégoire Palamas
du Fils prodigue
3. Dimanche
3. Dimanche
de la vénération
du Publicain
de la Croix
Sainte Quarantaine et du Pharisien
4. Dimanche de saint
4. Dimanche
Jean Climaque
du Bon Samaritain
5. Dimanche de
5. Dimanche du riche
sainte Marie
et de Lazare
l'Égyptienne
6. Dimanche
6. Dimanche
des Rameaux
des Rameaux
Grande Semaine

Le Pentecostaire qui commence avec le dimanche de Pâques


contient, quant à lui, la cinquantaine pascale et la semaine de
l'octave de la Pentecôte. La célébration du dimanche se poursuit
pendant toute la semaine qui suit jusqu'à sa clôture le samedi
suivant. Chaque dimanche a un thème particulier, lié à la lecture
de l'évangile prévue à la liturgie, et qui est développé dans l' hym-
nographie, comme le résume le tableau suivant:
LES LIVRES LITURGIQUES 43

Thèmes des dimanches de la cinquantaine pascale


Premier dimanche: Pâques.
Deuxième dimanche de Pâques: dimanche
de Thomas (Anti-pascha).
Troisième dimanche de Pâques: dimanche
des Myrrophores.
Quatrième dimanche de Pâques: dimanche
Cinquantaine du Paralytique.
pascale Cinquième dimanche de Pâques: dimanche
de la Samaritaine.
Sixième dimanche de Pâques: dimanche
de l'Aveugle-né.
Septième dimanche de Pâques: dimanche
des saints Pères de Nicée.

Huitième dimanche de Pâques: Pentecôte.


Octave
Premier dimanche après la Pentecôte: dimanche
de la Pentecôte
de tous les saints.

Ainsi, c'est le dimanche du Publicain et du Pharisien qui ouvre


le cycle mobile (pascal) et c'est le dimanche de tous les saints qui
le clôt. Au centre, se trouve la fête des fêtes - Pâques, la résur-
rection du Seigneur.

LE TYPIKON

Le Typikon est le livre qui contient toutes les rubriques qui


régularisent la célébration liturgique. Considéré par beaucoup
comme l'arbitre suprême de toutes les questions ayant trait à la
célébration du culte et à l'observance des jeûnes, il a été qualifié
par certains d'« œil de l'Église' », Dans le sens où « la lampe
du corps, c'est l'œil» (Mt 6,22), le Typikon apparaît comme le
révélateur de l'Église qui guide ses membres désireux d'adhérer
1. L'expression «Œil de l'Église» (OKO ~epKoBHoe) provient du nom
donné au Typikon du moine Athanase Vysotsky, rédigé en 1401 à Constanti-
nople, au monastère de la Mère de Dieu Periblepto, qui fut par la suite introduit
en Russie où il servit de modèle au Typikon sabaïte jusqu'aux réformes des
patriarches Nikon et Joachim dans la seconde moitié du xvns siècle.
44 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

à la communauté ecclésiale et à sa règle de prière liturgique.


Dès lors, la fidélité au Typikon est vécue comme une fidélité à
l'Église!.
Selon 1. Mansvetov, le Typikon est le plus tardif des livres litur-
giques, puisqu'il implique l'existence de tous les autres dont il se
veut le régulateur: «L'ordo de l'Église, comme un indicateur
(ou régulateur) systématique du déroulement des offices du cycle
journalier, du Triode et du Ménologe, est l'un des livres ecclé-
siastiques les plus tardifs, et s'est constitué au moment où ces
trois cycles se sont formés, et lorsque chacun d'entre eux obtint
sa forme définitive. [...] Le Typikon complet est apparu comme
le résultat de ces difficultés qui se sont manifestées pendant la
pratique lors de la célébration des offices d'après les différents
livres liturgiques et lors de l'occurrence de la structure journa-
lière de l'office avec le contenu du Triode et des Ménées »2.
Parmi les typika, il faut distinguer d'une part les typika de
fondation (n)1ttKOV K'tT\'tOptKOV) - document énonçant les règles
de fonctionnement et d'organisation d'une communauté - et,
d'autre part, les typika liturgiques dont le but est de décrire la
célébration des officesliturgiques de toute l' année". Généralement,
ils se composent de trois parties (règles générales ou description
générale des offices, synaxaire ou ménologe =cycle fixe, triode =
cycle mobile) auxquelles peuvent venir s'ajouter des annexes.
Comme nous le savons, avant l'imprimerie, chaque monastère
et église possédait son propre Typikon (ordo) et réglait à sa
manière ces problèmes d'occurrence. Toutefois, les différences
entre les divers typika n'étaient pas si nombreuses, et la science
liturgique distingue trois grandes familles de typika : constanti-
nopolitaine (de la Grande Église), stoudite et sabaïte (ou hiéro-
solymitaine )4.

1. A. LoSSKY, Le Typikon byzantin: édition d'une version grecque partiel-


lement inédite ; analyse de .la partie liturgique (thèse de doctorat dactylogra-
phiée), Paris, Institut Saint-Serge, 1987, vol. l, p. 16.
2. MAHCBETOB, aepKo6HblÜ ycmae, p. 1.
3. LOSSKY, Le Typikon byzantin, vol. l, p. 1I-l2.
4. Sur le développement de ces typika, voir M. ARRANZ, « Les grandes étapes
de la liturgie byzantine: Palestine-Byzance-Russie. Essai d'aperçu historique »,
Liturgie de l'Église particulière et liturgie de l'Église universelle (BELS 7),
Rome, 1976, p. 43-72; K. KEPH, Ilumypeuxa. rUMHozpaifiWl u 30pmO/lOZWI,
Moscou,20002,p.130-142.
LES LIVRES LITURGIQUES 45

Le Typikon de la Grande Église.

Le Typikon de la Grande Église fut élaboré à Sainte-Sophie de


Constantinople et utilisé, jusqu'au XIVe siècle, partout à Byzance
et en Russie, dans les églises séculières (c'est-à-dire les églises
cathédrales - KUeOAt1Wt -) et les églises paroissiales. Il faut
toutefois remarquer, à la suite de E. Velkovska, que le terme.
« typikon », qui à l'origine n'était employé que pour désigner des
règles monastiques, fut appliqué à ce document par ses éditeurs
modernes. En effet, ce document est en fait un synaxaire'. On
désigne généralement les offices liturgiques célébrés d'après la
tradition cathédrale de constantinople par l'expression « office
asmatique» ou «office chanté» (uuJ1œmd, uKo).ovOia). Cette
expression provient de Syméon de Thessalonique. Ce dernier
explique que le qualificatif « asmatique » signifie que, dans ces
célébrations, «rien n'est prononcé qui ne soit chanté (xropiç
J1ÉÀOvç) à l'exception des prières du prêtre et des demandes du
diacre", » L'office asmatique consistait essentiellement en un
chant antiphoné des psaumes en suivant le Psautier de la Grande
Église, divisé en antiphones.
Cet office « cathédral» se démarquait totalement de l'office
monastique palestinien que les moines stoudites avaient adopté. Il
a dû se développer à Sainte-Sophie de Constantinople, construite
sous Justinien, entre 532 et 538, et qui devint, par la suite, un
modèle pour les autres églises séculières de l'empire byzantin.
Il est évident que l'office asmatique a connu son évolution
propre. Cependant, nous ne connaissons pas les circonstances de
la genèse de cet ordo. Il n'est pas exclu qu'il se soit largement
inspiré de la liturgie de l'Anastasis de Jérusalem, dont nous
. avons la description, à la fin du Ive siècle, par Égérie. Nous ne
connaissons pas davantage son évolution. Les deux manuscrits du
Typikon de la Grande Église connus aujourd'hui (le manuscrit de
Patmos et le manuscrit de Jérusalem'') témoignent de la pratique

1. E. BEJIKOBCKA, « CHCTeMa Ha BH3aHTHircKHTe H CJIaBHHCKHTe 6oroc-


JIYJKe6HH KHHI'H B nepaona Ha B'b3HHKBaHeTO HM », V. GJUZELEV et A. MILTE-
NOVA (éd.), Medieval Christian Europe: East and West. Tradition, Values,
Communications, Sofia, 2002, p. 225.
2. SYMÉON DE THEsSALONIQUE, « De la prière sacrée », PG 155, 624.
3. )l,MHTPHEBCKM:ll, Onucauue, T.l, Tumxé, '1. 1, p. 1-110; MATÉOS,
Typicon, J.
46 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

de la Grande Église de Constantinople au xe siècle. I. Mansvetov


remarque avec raison que « nous ne savons pas ce qu'était l'office
asmatique dans sa forme originale' ». Généralement, pour étudier
l'office asmatique, les liturgistes se réfèrent à la description que
Syméon de Thessalonique en fait dans son traité De la prière
sacrée', Toutefois, il faut être conscient que la description par
l'auteur byzantin de cet office reflète la pratique du xv- siècle qui,
elle-même, en était à son dernier souffle'. C'est donc à partir de
ces documents tardifs que cet office a été étudié par de nombreux
liturgistes dont I. Mansvetov", M. Skaballanovitch", I. Lisitsyn",
M. Arranz? et O. Strunk".

1. I. MAHCBETOB, « 0 neCHeHHOM nOCJIe,IJ;OBaHIIII », IITCO 4 (1880),


p.973.
2. SYMÉON DE THESSALONIQUE, « De la prière sacrée », PG 155, 628.
3. MAHCBETOB, « 0 neCHeHHOM nOCJIe,IJ;OBaHlilI », IITCO 3 (1880), p. 752,
755.
4. MAHCBETOB, « 0 neCHeHHOM nOCJIe,IJ;OBaHIIII », IITCO 3 (1880), p. 752-
797 ; 4 (1880), p. 972-1028.
5. CKABAJIJIAHOBIfQ, TO/lK06blU Tunuxou, 1, p. 372-393.
6. JIIfCIfQbIH, IIep60Ha rUl/lbHbtU CIla6JlHo-PycCKUU Tunuxou, p. 3-160.
7. M. ARRANZ, « La liturgie des heures selon l'ancien Euchologe byzantin»,
Euchologia ..Miscellanea liturgica in onore di P. Burkhard Neunheuser, Studia
Anselmiana 68, Analecta Liturgica 1 (Rome, 1979), p. 1-19; «La liturgie
des Présanctifiés de l'ancien Euchologe byzantin », OCP 47 (1981), p.331-
388; «L'office de l'Asmatikos Hesperinos ("Vêpres chantées") de l'ancien
Euchologe byzantin », OCP 44 (1978), p. 107-130, 391-412; «L'office de
l'Asmatikos Orthros ("Matines chantées") de l'ancien Euchologe byzantin »,
OCP 47 (1981), p. 122-157; « Les prières presbytérales de la "Pannychis" de
l'ancien Euchologe byzantin et la "Pannikhida" des défunts », OCP 40 (1974),
p. 314-343 ; 41 (1975), p. 119-139; «Les prières presbytérales de la Tritoektî
de l'ancien Euchologe byzantin », OCP 43 (1977), p. 70-93, 335-354; «Les
prières presbytérales des matines byzantines », OCP 37 (1971), p. 406-436; 38
(1972), p. 64-115 ; «Les prières presbytérales des Petites Heures dans l'ancien
Euchologe byzantin », OCP 39 (1973), p. 29-82; « Les prières sacerdotales
des vêpres byzantines », OCP 37 (1971), p. 85-124 ; « Le sacerdoce ministériel
dans les prières secrètes des vêpres et des matines byzantines », Euntes docete
24 (1971), p. 186-219.
8. O. STRUNK, «Byzantine Office at Hagia Sophia », DOP 9-10 (1955-
1956), p. 175-202.
LES LIVRES LITURGIQUES 47

Le Typikon stoudite.

Si les églises cathédrales et paroissiales dans l'Empire byzantin


et en Russie utilisèrent jusqu'au xv- siècle, pour la célébration
des offices, le Typikon de la Grande Église de Constantinople,
l'office célébré dans les monastères s'en démarquait par l'obser-
vance d'un typikon monastique. Les monastères urbains utili-
saient généralement un typikon de tradition stoudite. Ces offices
monastiques utilisaient le Psautier palestinien, ainsi qu'une très
large partie d'hymnographie d'origine hiérosolymitaine (ou
palestinienne).
Ce rite monastique, identifié comme l'office stoudite, est
apparu suite à ce que les liturgistes modernes appellent la
« réforme stoudite ». Cette réforme eut lieu au Stoudion, le plus
fameux des monastères de Constantinople, fondé en 463 par le
patricien Stoudios auprès de l'église de saint Jean le Précurseur, et
où s'installèrent d'abord les moines acémètes (« qui ne dorment
pas»). Dans la seconde moitié du VITe siècle, des moines palesti-
niens émigrèrent d'abord au mont Olympe de Bithynie, pour fuir
les invasions arabes, et introduisirent alors les usages palestiniens
dans cette région. Par la suite, ces moines de Bithynie s'instal-
lèrent au Stoudion, sur l'invitation de saint Théodore le Stoudite,
pendant la seconde vague de l'iconoclasme byzantin (815-843). TI
en résulta que les moines stoudites adoptèrent alors l'Horologion
palestinien et accomplirent ainsi une première synthèse entre les
usages monastiques palestiniens et les usages liturgiques de la
capitale impériale'. Comme l'explique M. Arranz : «Théodore
Stoudite, en prenant en charge le monastère du Stoudion de
Constantinople, après la crise iconoclaste, n'a pas restauré l'office
des anciens veilleurs ou acémètes, mais a introduit l'office connu
de lui, celui du monastère de Saint-Sabas près de Jérusalem. Toute
la tradition monastique de l'Occident byzantin (Athos, Géorgie,
Russie, Italie méridionale) a suivi les us et coutumes stoudites,
bien consciente cependant de se rattacher par là aux traditions
de la laure de Saint-Sabas, débitrice elle-même des traditions de

1.T. Pm, « La réforme stoudite », La Réforme liturgique byzantine: Étude


du phénomène de l'évolution non spontanée de la liturgie byzantine (BEL 104),
Rome, 2000, p. 108-109 ; M. ApPAHIJ" KaK MOJlUJlUCb Sozy ôpeeuue 6U3aH-
mUÜ14b~ Leningrad, 1979, p. 19, 151.
48 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

la plus sainte Église de l'univers, l'Anastasis ou Saint-Sépulcre


de Jérusalem'. » Toutefois, il est important de préciser que les
Stoudites adoptèrent la tradition palestinienne cénobitique et non
pas la tradition palestinienne kelliote",
On estime que le typikon observé en Russie pendant la
période allant du xr au XIVe siècle fut le Typikon stoudite dans
la version du patriarche Alexis de Constantinople. Une telle
opinion se fonde sur la majorité des manuscrits liturgiques de
cette époque conservés jusqu'à nos jours et reflétant davantage
les usages du Typikon stoudite que ceux du Typikon de la Grande
Église 3 • A. Pentkovsky, à la suite de 1. Karabinov, a montré que
le Typikon d'Alexis le Stoudite se rattachait bien à la tradition
stoudite, contrairement à l'opinion de Dmitrievsky et de Lisitsyn,
qui considéraient ce dernier comme un typikon de fondation
(ktltorikonï',
Le Typikon d'Alexis le Stoudite était la version du Typikon
stoudite que le patriarche de Constantinople Alexis (1025-
1043), un ancien moine du Stoudion, avait rédigé en 1034 pour
le monastère de la Dormition de la Mère de Dieu qu'il avait
fondé près de Constantinople. C'est précisément cette version du
Typikon stoudite qui fut traduite en slavon et introduite par saint

1. M. ARRANz, « La liturgie des heures selon l'ancien eucho1oge byzantin »,


Eucologia. Miscellanea liturgica in onore di P. Burkhard Neunheuser, Rome,
1979, p. 2.
2. A. P. ,!l;OBPOKJIOHCKHM:, Ilpenoôoôuuü C/Jeoàop Cmyôum, ucnoeeôuux
U UZYMeH CmyàuücKUÜ, Odessa, 1913, p. 421-432 ; J. LEROY, «La réforme
stoudite », Il monachesimo orientale (OCA 153), Rome, 1958, p. 188-201 ;
A. IIEHTKOBCKHM:, « Cmyôuûcxuù ycmae U ycmasu cmyôuùcxoü mpaôuuuu »,
MIl 5 (2001), p. 72.
3. M. )K. Enroa, C. IIPABP;OJIIOBOB, « DOrOCJIY.>KeHHe PIIn; x-xx BB. »,
Il3, TOM PIIn;, Moscou, 2000, p. 486.
4. A. ,!l;MHTPHEBCKHM:, « DorocJIY.>KeHHe BPyCCKOH Llepxaa Bnepssre IDITb
BeKOB», PS 2 (1882), p. 139; llHCHIJ;bIH, Ilepeonauansuuû Ctta6!lHo-PycCKUÜ
Tunuxon, p. 175-209 (voir particulièrement la note 79, p. 207-208) ; 1.A. !(APA-
BHHOB, « OT3bIB 0 Tpyp;e rrporoaepes M. llHCHIJ;bIHa 'Ilepsoaaaansasrâ
CJIaBXHO-PyCCKHH Tarraxoa. HCTopHKo-apXeOJIOrHlIeCKOe HCCJIep;OBaHHe,
Cn6., 1911», C60PHUK omsemoe 0 npeuusx U uaepaôax, npucyscôaeuux
Poccuûcxoû Axaôeuueù Hay«, VII, OT'feTbI sa 1912 r., Petrograd, 1918, p. 339-
347; IIEHTKOBCKHM:, Tunuxou, p. 21-41 (voir particulièrement p. 35-36).
LES LIVRES LITURGIQUES 49

Théodose à la laure des Grottes de Kiev après 1051 et, de là, fut
diffusée dans la majorité des monastères russes'.

Le Typikon sabaïte.

Le Typikon sabaïte ou hiérosolymitain reflète de son côté la


tradition liturgique des monastères palestiniens. Il est lié à la
figure de saint Sabas le Sanctifié (t 532), fondateur d'une grande
laure située à dix-huit kilomètres de Jérusalem dans la vallée du
Cédron" Saint Sabas aurait reçu cette règle de saint Euthyme
le Grand, saint Théoctiste et saint Chariton, des ascètes pales-
tiniens bien connus. Après la destruction de la laure pendant
les invasions arabes, la tradition liturgique palestinienne fut
restaurée par saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, et par
saint Jean Damascène, un prêtre de l'Anastasis qui, par la suite,
s'installa dans la laure.
La plus ancienne version du Typikon sabaïte nous est connue
par le manuscrit sinaïtique grec 1094 (XIIe-XIIIe siècles)", C'est en
effet à partir du XI~ siècle que le Typikon sabaïte va commencer
à remplacer progressivement le Typikon stoudite. C'est ainsi
qu'il fait son apparition à cette époque au Mont Athos avec
saint Sava le Serbe et qu'il influencera le Typikon de l'Éver-
getis, un monastère constantinopolitain fondé en 1048 4 • C'est
environ à cette époque qu'apparaissent dans les typika sabaïtes

1. M. )1(. EnTOB, C. IIpAB,ll;omoSOB, « BorOCJIY:>I<:eHHe PIIIJ; x-xx BB. »,


ll3, TOM PIIIJ;, Moscou, 2000, p. 486-487 ; A. IIEHTKOBCKHf!, « CTY~HCKHH
YCTaB H YCTaBbI CTY~HCKOH TPa,D;HIIHH », MP 5 (2001), p. 70-71.
2. Voir N. EaENDER, «La formation et l'influence du Typikon liturgique de
Saint-Sabas », dans: The Sabaite Heritage in the Orthodox Church from the
5th Century to the Present (éd. J. PATRlCH) (Orientalia Lovaniensa Analecta
98), Louvain, 2001, p. 209-216, et dans le même recueil l'étude de C.lIANNrcK,
«Hymnographie et hymnographes sabaïtes », p. 217-228.
3. Édité par A. LOSSKY, Le Typikon byzantin: édition d'une version grecque
partiellement inédite ..analyse de la partie liturgique (thèse de doctorat dacty-
lographiée), Paris, Institut Saint-Serge, 1987.
4. Sur le Typikon liturgique de l'Évergetis, voir R. TAFf, « The Synaxa-
rion of Evergetis in the History of Byzantine Liturgy », dans: M. MULLET et
A. Krasv (éd.), The Theotokos Evergetis and Eleventh century Monasticism,
p. 274-293. Le Typikon liturgique de l'Évergetis est en cours d'édition: R. H.
JORDAN, The Synaxarion of the Monastery of the Theotokos Evergetis, Belfast
Byzantine Texts and Translations 6.5, Belfast, 2000.
50 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

les « chapitres de Marc» - des rubriques attribuées à un certain


moine sabaïte Marc qui devint prêtre constantinopolitain avant
d'être évêque d'Otrante en Italie du Sud (IXe_X e siècle), et qui ont
pour but de résoudre les problèmes d'occurrences de plusieurs
fêtes et solennités, et qui à l'origine étaient destinées à accom-
pagner le synaxaire des typika stoudites 1•
Basé, tout comme le Typikon stoudite, sur l'Horologion pales-
tinien, le Typikon sabaïte présente plusieurs différences par
rapport au Typikon stoudite : .

Comparaison entre le Typikon stoudite et le Typikon sabaïte

Typikon stoudite Typikon sabaïte


Pas d'agrypnie Agrypnie
Pas de petites vêpres Petites vêpres
Pas de grande doxologie chantée Grande doxologie chantée les
jours de fête
Prédominance de l'hymnographie Prédominance de l'hymnographie
stoudite palestinienne
Prédominance de saints stoudites Prédominance de saints palesti-
niens
Pas d'heures le dimanche et les Heures lues même le dimanche et
fêtes les fêtes
Moins de stichologies du Psautier Plus de stichologies du Psautier
Présanctifiés célébrés quotidien- Présanctifiés célébrés le mercredi
nement et le vendredi
Offices plus courts Offices plus longs
Pas de chapitres de Marc Chapitres de Marc

À la fin du XIVe siècle, le Typikon sabaïte fut diffusé partout dans


le monde byzantin par le patriarche Philothée de Constantinople
et sa Diataxis. M. Arranz estime, de son côté, que cette réforme
marquée par la Diataxis lis Hierodiakonias du patriarche
Philothée, qui est en fait une description de l'agrypnie, n'a « fait
que canoniser une situation qui était née déjà depuis quelques
siècles: depuis qu'on avait commencé à célébrer l'office monas-
tique palestinien, tout en conservant l'ancien Euchologe de

1. MAHCBETOB, Ilepxoeuuû ycmae; p. 216-222.


LES LIVRES LITURGIQUES 51

Constantinople' ». En Russie, le Typikon sabaïte fut diffusé par


le« métropolite liturgiste/ » Cyprien Tsamblak (1330-1406), fils
spirituel du patriarche Philothée, qui devint ainsi l'auteur d'une
véritable réforme liturgique visant à uniformiser la célébration des
églises séculières et monastiques''. Dès lors, le Typikon sabaïte
s'imposa comme le seul et unique régulateur de ce qui allait
devenir le « rite byzantin ». En diffusant l'hésychasme athonite,
il a aussi diffusé l'office tel que Philothée l'avait organisé à la
Grande Laure du Mont Athos.
Syméon de Thessalonique explique, au xv- siècle, que le
Typikon sabaïte a été diffusé presque partout à cause de son
autorité patristique, c'est-à-dire universelle: «Dans ces monas-
tères et dans presque toutes les églises, on suit l'ordo du typikon
de Jérusalem, du monastère de saint Sabas, parce qu'il peut être
exécuté par une seule personne, puisqu'il a été composé par des
moines. Cette diataxis est très nécessaire et patristique. C'est
en effet notre divin Père Sabas qui l'a consignée, après l'avoir
reçue des saints Euthyme et Théoctiste, eux qui l'avaient reçue
de leurs devanciers et de Charlton le Confesseur. Cette diatyposis
de saint Sabas qui, comme nous l'avons appris, après la ruine du
lieu par les Barbares, avait disparu, notre Père parmi les saints,
Sophrone, patriarche de la Ville Sainte a mis tout son soin à la
rétablir et à nouveau après lui notre divin père théologien Jean
Damascène l'a renouvelée et l'a transmise par écrit. »Ce propos
de Syméon est évidemment exagéré, car les anciens Pères ne
transmettaient pas un typikon liturgique mais un mode de vie

1. M. ARRANZ, «Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP


38 (1972), p. 80.
2. L'expression est de M. ARRANz dans : « Les grandes étapes de la liturgie
byzantine: Palestine-Byzance-Russie. Essai d'aperçu historique », Liturgie de
l'Église particulière et liturgie de l'Église universelle (BELS 7), Rome, 1976,
p.71.
3. Voir notre thèse: J. GETCHA, La Réforme liturgique du métropolite
Cyprien de Kiev. L'introduction du Typikon sabaïte dans l'office divin (thèse
de doctorat conjoint présenté à l'ITO et l'ICP), Paris, 2003 ; ainsi que notre
article: J. GETCHA, «Le Psautier de Cyprien: un témoin de l'évolution de la
liturgie byzantine en Russie », Bollettino della badia greca di Grottaferrata
III s. 4 (2007), p. 33-47.
4. SYMÉON DE THESSALONIQUE, « De la prière sacrée », PG 155, 556D.
52 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

ascétique. Néanmoins, il souligne l'enracinement du typikon


dans la tradition patristique.
La première édition grecque imprimée du Typikon sabaïte est
celle de Venise en 15451. Les éditions slaves de 1610, 1633 et
1634 ont contribué à l'implantation définitive de cette tradition
liturgique en Russie. L'édition définitive du Typikon sabaïte en
Russie est celle de 16822 •

Le Typikon grec moderne.

Si le Typikon sabaïte reste en vigueur jusqu'à nos jours dans


les églises de tradition russe et les monastères grecs, un nouveau
typikon « paroissial» a vu le jour au xrx- siècle et a été diffusé
dans le monde hellénophone, ainsi que dans les Balkans. Il
est l' œuvre de Constantin, protopsalte de la Grande Église de
Constantinople, et paru pour la première fois en 1838. Deux
autres éditions allaient suivre: celle de 1851 et celle de 1868.
Ce typikon moderne est fondé sur une structure de base sabaïte,
mais il a intégré dans la célébration, pour des raisons pastorales,
un certain nombre de pratiques stoudites et asmatiques. Ainsi, les
agrypnies ont été supprimées. Par conséquent, les matines sont
toujours célébrées le matin. L'artoclasie peut avoir lieu soit à la
fin des vêpres, soit à la fin des matines. La lecture de l'évangile
aux matines peut être déplacée après la huitième ode du canon.
Les rubriques pour la fête de l'Annonciation ont été fortement
simplifiées", au prix souvent d'innovations arbitraires qui sont
remises en cause aujourd'hui par les liturgistes. De manière
générale, ce typikon réformé ne fait pas l'unanimité des litur-
gistes.

1. ARRANz, «Les grandes étapes de la liturgie byzantine », p.68. Selon


Mansvetov, la première édition vénitienne est de 1577. MAHCBETOB, Ilepxo-
euuû ycmae, p. 249.
2. Ibid., p. 71-72; MAHCBETOB, llepxoenuû ycmae, p. 323 et s.
3. LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 107-110; MAHCBETOB, aepKo6HblU
ycmae, p. 257-265.
LES LIVRES LITURGIQUES 53

L'EUCHOLOGE ET LE HIÉRATIKON

Alors que le Psautier, l'Horologion, l'Octoèque, les Ménées,


le Triode et le Pentecostaire sont les livres liturgiques utilisés
par les chantres et les lecteurs, contenant le texte des psaumes,
des prières et des hymnes prévus pour les différents offices litur-
giques, l'Euchologe et le Hiératikon sont les livres liturgiques
utilisés par l'évêque, le prêtre et le diacre, contenant le texte des
différentes litanies et prières sacerdotales.

L'Euchologe byzantin.

L'Euchologe byzantin est le livre contenant aujourd'hui les


textes de prières et d'hymnes relatives au déroulement des diffé-
rentes actions sacramentelles et particulières de l'Église. Dans la
tradition manuscrite, les euchologes forment un corpus de textes
dont l'ensemble varie souvent et présente une grande diversité
d'un manuscrit à l'autre. On y trouve, en plus des offices particu-
liers tels le baptême, la pénitence, les chirotonies, les funérailles,
la profession monastique, la bénédiction des eaux, la consécration
des églises et des antimensia, l'office du lavement des pieds
et autres offices de ce genre, les offices du cycle journalier et
beaucoup d'autres offices inconnus ou perdus aujourd'hui. Avec
l'apparition de l'imprimerie, le contenu s'est stabilisé. L'une des
premières éditions fut celle du dominicain français Jacques Goar :
le fameux Euchologion sive rituale grœcorum (Venise, 1647,
réimprimée à Paris en 1730), qu'il publia sur la base de deux
manuscrits italo-grecs : le Barberinium Sancti Marci de Florence
(plus connu comme le Barberini 336) et le Codex Bessarionis
(connu aussi comme le Grottaferrata r.~.I). Le premier est un
manuscrit du VIlle siècle, une copie d'un euchologe constantino-
politain fait en Italie du Sud'. Le second, longtemps considéré
comme un manuscrit du XIe ou du XIIe siècle ayant appartenu
au légat byzantin Bessarion au concile de Florence, devenu par
la suite cardinal et abbé commendataire du monastère grec de
Grottaferrata près de Rome en 1462, est en fait un manuscrit du
1. Eucologio Barberini gr. 336 (éd. S. PARENTI et E. VELKOVSKA) (BELS 80),
Rome, 20002, p. 19-20.
54 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

XIIIe siècle'. L'édition de Goar fut longtemps considérée comme


un livre de référence, jusqu'à ce que des recherches sur les manus-
crits au XIX e siècle viennent en montrer les lacunes. Le liturgiste
russe A. Dmitrievsky a montré que, sur les cent soixante-deux
euchologes qu'il a recensés, aucun n'est identique ni par son
contenu ni par son ampleur'. Cette grande variété des rites dans
les manuscrits, témoignant de l'évolution de la pratique litur-
gique, rend pratiquement impossible la publication d'une seule
et unique édition critique de l'Euchologe byzantin.
Les deux manuscrits ayant servi de base à l'édition de Goar
sont qualifiés d' euchologes « patriarcaux» puisqu'ils contiennent
des prières d'ordination, de consécration du myron, de dédicace
d'église et de sacres impériaux - réservées à la célébration
patriarcale ou du moins épiscopale. On désigne généralement
les euchologes qui ne contiennent pas de tels offices par le
terme d'euchologes «presbytéraux », comme c'est le cas de
l'Euchologe de Porfirij Uspenskij, un euchologe italo-grec du
xe siècle rapporté en Russie du Sinaï en 1850 par ce grand byzan-
tinologue et aujourd'hui conservé à Saint-Pétersbourg.
Dans le monde slave, c'est le Trebnik du métropolite de Kiev
Pierre Mohyla, imprimé à Kiev en 1646, qui fit autorité. La
particularité de cet euchologe est qu'il n'est pas simplement la
traduction en slavon d'église d'un euchologe grec, mais qu'il
présente de nouvelles créations euchologiques réalisées par le
métropolite sous l'inspiration du rituel latin de Paul V. Par la
suite, un Trebnik a été publié à Moscou en 1687, tenant compte
de la réforme liturgique du patriarche Nikon (1654) fondée sur
les livres liturgiques grecs imprimés à Venise.
Depuis l'apparition de l'imprimerie, on tend à distinguer le
Hiératikon (ou CIlY;)ICe6HuK) contenant les prières de l'office
divin, des divines liturgies eucharistiques de l'Euchologe (ou
Tpe6HuK) contenant les prières et autres textes relatifs aux autres
cérémonies à caractère sacramentel. Par ailleurs, les prières et

1. S. PARENTI et E. VELKOVSKA, «A Thirteenth century Manuscript of the


Constantinopolitan Euchology : Grottaferrata r.IU., alias of Cardinal Bessa-
rion », Bollettino della badia greca di Grottaferrata III s. 4 (2007), p. 175-
196.
2. ,Il;MllTPllEBCKllH, Onucanue, t. 2, EÙX0ÂÜyta, p. r-vn,
LES LIVRES LITURGIQUES 55

cérémonies propres à la célébration épiscopale sont contenues


dans l'Arkhiératikon (ou lfUH06HUK)1.

U origine et le développement de l'Euchologe.

L'Euchologeestd' origine constantinopolitaine. C' est pourquoi,


à l'origine, les offices liturgiques contenus dans l'Euchologe
suivaient le déroulement des offices d'après le Typikon de la
Grande Église de Constantinople et non pas celui des offices
de l'Horologion palestinien. Par conséquent, l'Euchologe fut
remanié lors de l'introduction et la diffusion de l'Horologion
palestinien. Cela est particulièrement visible en ce qui concerne
les prières sacerdotales des vêpres et des matines.
Ces prières proviennent de l'ancien office asmatique et étaient
destinées, à l'origine, à accompagner les divers antiphones
et actions liturgiques où elles concluaient habituellement les
ecténies diaconales, comme c'est encore le cas aujourd'hui pour
les prières presbytérales de la Divine Liturgie et d'autres sacre-
ments. Par exemple, l'office de vêpres à Constantinople était
constitué de deux parties : la première, célébrée dans le narthex,
consistait en une série de huit antiphones, accompagnées de huit
synapties diaconales et de huit prières presbytérales-, La seconde
partie comprenait trois antiphones qui se concluaient par une
petite synaptie et une prière presbytérale. Cette deuxième partie
était constituée du prokeimenon, des synapties, de la prière
d'inclinaison des têtes et de la prière du congé. À cette deuxième
partie pouvait être ajoutée une troisième partie consistant en
une litie, avec des prières pour les catéchumènes ou les fidèles",
De même, l'office des matines, qui comportait trois parties,
commençait dans le narthex avec la psalmodie de huit antiphones

1. Sur ce dernier livre, voir HABERTI, 'APXu:patt1COV oie Atl3Ep novnét-


XOÂ.tO" EXXÂ-Em' YP'X', Paris, 1643.
2. M. ARRANZ, «Les prières presbytérales des Petites Heures », OC? 39
(1973), p. 80.
3. Au sujet des vêpres asmatiques, voir M. MAHCBETOB, « 0 rreCHeHHOM
rrOCJIe~OBaHHH », IITCO 4 (1880), p. 975-996 ; CKABAJIJIAHOBHQ, TOllK06blU
Tunuxou, 1, p. 377-382 ; M. ARRANz, «L'office de l'Asmatikos Hesperinos
("Vêpres chantées") de l'ancien Eucho1oge byzantin », OC? 44 (1978), p. 107-
130,391-419.
56 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

qui se concluait par une petite litanie et une prière presbytérale.


Venait ensuite l'entrée dans la nef de l'église accompagnée d'une
prière d'entrée. La seconde partie était constituée du psaume 50,
des odes bibliques, des laudes, de la grande doxologie. Pendant
la grande doxologie, les célébrants entraient au sanctuaire
et sortaient avec l'évangile qui était alors lu sur l'ambon. La
seconde partie se concluait par les litanies, la prière d'inclinaison
et la prière de congé',
M. Arranz a étudié ces prières dans le détail et en a bien montré
le lien avec l'office asmatiqueê, Comme l'affirme A. Dmitrievsky,
«jusqu'à l'apparition chez nous, en Russie, de l'ordo hiérosoly-
mitain, nous ne rencontrons dans aucun livre liturgique de notre
Église ancienne d'indication voulant que, pendant l'hexapsalme,
soit lue quelque prière que ce soit' ».
La première synthèse entre l'office constantinopolitain et
palestinien a eu lieu lors de la « réforme stoudite », soit lors de
l'adoption par les Stoudites de l'Horologion palestinien. Mais
alors les prières presbytérales de l'office asmatique avaient
été réparties tout au long de l'office. Dmitrievsky fut l'un des
premiers à noter que ces prières correspondent d'une part, par
leur contenu, à divers moments des matines (par exemple, grande
synaptie, psaume 50, laudes, etc.) et d'autre part, par leurs ecpho-
nèses, à celles des diverses litanies de l'office de matines", Ainsi,
à l'origine, ces prières portaient des titres tels : «prière pour la
lecture de l'évangile », « prière pour le psaume 50 », « prière des
laudes », «prière de la doxologie », qui ont peu à peu disparu
1. Au sujet des matines asmatiques, voir H. MAHCBETOB, « 0 IIeCHeHHOM
IIOCJIe,IJ;OBaHHH», IITC04 (1880), p. 996-1011 ; CKAliAJIJlAHOBHq, TOllK06blÜ
Tunuxon, 1, p. 382-386 ; M. ARRANZ, «Les prières presbytérales des matines
byzantines », OCP 37 (1971), p. 469-410 ; M. ARRANz, «L'office de l'asma-
tikos orthros (matines chantées) de l'ancien Euchologe byzantin », OCP 47
(1981), p. 122-157.
2. Voir M. ARRANz, «Les prières presbytérales des matines byzantines »,
OCP 37 (1971), p. 406-436 et 38 (1972), p. 64-114 ; «L'office de l'asmatikos
orthros (matines chantées) de l'ancien Euchologe byzantin », OCP 47 (1981),
p.122-157.
3. «)];o IIOjIBJIeHIDI y nac Ha PyCH YCTaBa HepYCaJIHMCKOro, MhI HH B
O,IJ;HOH H3 60rocJIY)Ke6HhIX KHHr aameâ ,IJ;peBHeH UepKBH He scrpexaex
YKa3aHIDI Ha TO, qT06bI BO BpeMjI meCTOIICaJIMIDI qHTaJIHCb KaKHe HH6Y,IJ;b
MOJIHTBhI » ; A. )];MHTPHEBCKHH, « YTpeHHHjI MOJIHTBhI», PyKCII 42 (1886),
p. 181.
4. Ibid., p. 186-192.
LES LIVRES LITURGIQUES 57

lorsque leur lecture a été fixée lors de l'hexapsalme par la Diataxis


du patriarche Philothée au XIVe siècle'. Comme l'explique
M. Arranz, «cette prépondérance du typikon du Stoudion
s'effacera devant une nouvelle vague sabaïte, qui sans rompre
totalement avec les innovations des moines de la Polis, va tout de
même pousser les moines à un retour aux sources plus austères
des monastères de la campagne ou du désert. Paradoxalement,
ce sera cet office sabaïte de la seconde vague qui va remplacer
l'office stoudite et prendre aussi la relève de l'ancienne asmaticos
akolouthia, c'est-à-dire de l'office des églises séculières- ».
Ainsi, la réforme résultant de la diffusion du Typikon sabaïte
entreprise au XIve siècle a fait disparaître ces prières presbytérales
des divers moments de l'office pour les réunir en un bloc destiné
à être lu secrètement par le prêtre pendant que l'assemblée écoute
le psaume 103 aux vêpres et l'hexapsalme aux matines. La raison
était peut-être une certaine « fidélité» à l'office palestinien, qui
ne connaissait pas à l'origine ces prières. Cette réforme peut
paraître quelque peu paradoxale si l'on pense que le prêtre doit
sortir devant les portes saintes et effectuer une action liturgique
à un moment où tous doivent demeurer immobiles et attentifs.
À ce propos, A. Dmitrievsky considérait ouvertement cette
nouvelle disposition des prières comme incorrecte'. M. Arranz
estime de son côté que cette réforme entreprise par la Diataxis
du patriarche Philothée n'a « fait que canoniser une situation qui
avait eu ses origines déjà depuis quelques siècles: depuis qu'on
avait commencé à célébrer l'office monastique palestinien, tout
en conservant l'ancien Euchologe de Constantinople. [... ] Et
c'est l'autorité de cet Euchologe qui a garanti ainsi la survivance
de ces prières des vêpres et des matines dans un état de congé-
lation' »,
Le cas de la distribution des prières sacerdotales dans l'office
n'est qu'un exemple parmi d'autres qui témoigne de l'évolution
qu'a connue l'Euchologe constantinopolitain lorsqu'il a été

1. Ibid, p. 182-183; CKABAJIJIAHOBH'I, TOllK06blÜ Tunuxou; 2, p. 205-208.


2. M. ARRANZ, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 85.
3. A. ,II;MHTPHEBCKHM:, « YTpeHHIHI MOJIII:TBbI », PyKCII42 (1886), p. 186.
4. M. ARRANz, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 80.
58 LE TYPIKüN DÉCRYPTÉ

confronté à l'office palestinien, mais il en a connu d'autres dans


l'histoire qu'il ne convient pas d'analyser ici'.

Le contenu du Hiératikon.

Pour la célébration des offices liturgiques (offices divins et


liturgies eucharistiques), le célébrant utilise le Hiératikon où il
trouve le texte des litanies et des prières sacerdotales. En effet,
l'Euchologe moderne, depuis l'apparition de l'imprimerie, n'est
utilisé que pour la célébration des divers sacrements et bénédic-
tions. Afin de montrer le contenu habituel de ce livre liturgique
dans toute sa variété, nous avons comparé la table des matières
de trois éditions modernes, respectivement en grec, slavon et
français:

1. Sur les transformations de l'Euchologe au XVII" siècle, lire H. Il,


y cnEHCIUlM, « KOJIJIH31HI ABYX· 60rOCJIOBHM B HCnpaBJIeHHH PYCCKHX
ôorocnyaœônsrx KHHr B XVII sexe », Boeocnoecxue mpyàbl13 (1975), p. 148-
171.
LES LIVRES LITURGIQUES 59

Comparaison de trois éditions contemporaines du Hiératikon

Hiératikon, Athènes, Sluzhebnik,~oscou, Hiératikon, Rome,


1995 2004 1986
1.
Déroulement des Déroulement des Déroulement des
vêpres vêpres vêpres
Déroulement du Déroulement de
grand apodeipnon l'apodeipnon
Déroulement du Déroulement du
mesonyktikon mesonyktikon
Déroulement des Déroulement des Déroulement des
matines matines matines
Ordo de l'agrypnie Ménologe (calen-
drier)
II.
Ordo de la liturgie Ordo de la liturgie Préparation
sacrée sacrée
Liturgie de saint Jean Liturgie de saint Jean Liturgie de saint Jean
Chrysostome Chrysostome Chrysostome
Versets d'entrée, Prières après la Prières après la
kondakia, apolytikia communion communion
Congés
Liturgie de saint Liturgie de saint Liturgie de saint
Basile le Grand Basile le Grand Basile le Grand
Liturgie des Liturgie des Liturgie des
Présanctifiés Présanctifiés Présanctifiés
Acolouthie pour la Bénédiction des
communion colyves
Vénération de la
Sainte Croix
Acolouthie de la
grande bénédiction
des eaux
Acolouthie de la
génuflexion
Doxologies
Prières diverses
Litie pour les défunts Litie pour les défunts Litie pour les défunts
(Trisagion) (Trisagion)
Prières diverses
Prokeimena
Ménologe Ménologe Ménologe
(Synaxaire) (Calendrier)
Prières d'absolution
60 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

L'APÔTRE ET L'ÉVANGÉLIAIRE

Pour la lecture des textes bibliques à l'office, on utilise


des lectionnaires liturgiques. On possède aujourd'hui deux
recueils: l'Apôtre (à1tocr'toÀOç) et l'Évangéliaire (euoyyÉÀtOv).
Alors que l'Evangéliaire contient les péricopes (sections litur-
giques) de l'évangile lues aux matines et à la liturgie, l'Apôtre
contient les péricopes des Actes des Apôtres et des épîtres lues
à la liturgie. Les lectures de l'Ancien Testament, jadis contenues
dans le Prophétologion (1tpo<\>TI'toÀÛywv), se trouvent maintenant
imprimées dans les Ménées, le Triode ou le Pentecostaire.
Mais il n'en demeure pas moins qu'il a existé, et l'étude des
Prophétologia peut s'avérer très utile pour déterminer l'histoire
du système byzantin des lectures bibliques'.

Origine de l'Apôtre et de l'Évangéliaire.

Le système des lectures bibliques du rite byzantin semble être


l'héritier d'une synthèse des deux grandes traditions hiérosoly-
mitaine et constantinopolitaine. D'apparence compliquée, il est
le fruit d'une évolution au fil des siècles. On admet généralement
l'influence du Grand Lectionnaire de l'Église de Jérusalem (ve _
VIlle siëclef sur l'ancienne liturgie constantinopolitaine. L'actuel
système de lectures du rite byzantin ressemble cependant
davantage à l'organisation des lectures dans le Lectionnaire

1. Voir au sujet du Prophéto1ogion, A. RAHLFS, Die alttestamentlichen


Lektionen der griechischen Kirche (Nachrichten von der Kgl. Gesellschaft
der Wiss. zu Gëttingen, Phil.-mst. KI.), Gëttingen, 1915 ; G. ZUNTZ, «Das
byzantinische Septuaginta-Lektionar », Classica et Mediaevalias 17 (1956),
p. 183-198; C. HOEG et G. ZUNTZ, «Remarks on the Propheto1ogion », Quan-
tulacumque. Studies presented to Kirsopp Lake by Pupils, Colleagues and
Friends (éd. R. P. CASEY, S. LAKE et A. K. LAKE), Londres, 1937, p. 221. Sur le
1ectionnaire constantinopolitain, voir E. VELKOVSKA, « Lo studio dei 1ezionari
bizantini », Ecclesia Orans 13 (1996), p. 253-271 ; A. AnEKCEEB, Bu611UJ/ 6
6oZ0CllYJICeHuu. BU3aHmUUCKO-CIla6JlHCKUU nexuuonapuû, Saint-Pétersbourg,
2008.
2. Le Grand Lectionnaire de l'Église de Jérusalem, éd. M. TARCHNISVILI,
CSCO 188-189, 204-205 (Scriptores Iberici 9-10, 13-14), Louvain, 1959-
1960.
LES LIVRES LITURGIQUES 61

arménien', le plus ancien lectionnaire connu de Jérusalem datant


de la première moitié du v e siècle. Les lectures bibliques prévues
aujourd'hui par le rite byzantin sont essentiellement celles
prévues par le Typikon de la Grande Église (œ: siècle).
On estime que les lectures des samedis et des dimanches sont
les plus anciennes. Selon certains, elles dateraient du Ifl siècle',
selon d'autres du IVe siècle', d'autres encore pensent que le
système est apparu aux vrr-vnr' siècles". Aux VIIIe-IXe siècles,
lors de la « réforme stoudite », on aurait ajouté les lectures de
semaine. La série des dimanches semble distincte de celle des
samedis, qui est un peu en retard sur celle-ci, et il est donc
probable qu'elle fut organisée après celle des dimanches comme
complément. Karabinov, dans son étude sur le Triode, a bien
établi qu'au moins en ce qui concerne le Carême le système
de lectures suivies de Constantinople, complément des autres
périodes de Matthieu, Luc et Jean, a remplacé au xr siècle celui
des lectures choisies originaires de Jérusalem. Peut-être en est-il
de même pour les autres périodes ?
Les lectionnaires byzantins des vnr-xrv- siècles sont habituel-
lement classés en deux catégories : les «complets» (type le)
contenant, pour la période allant de la Pentecôte au Carême, des
lectures pour chaque jour de la semaine, et les « courts» (type
l esk) ne contenant, pour la même période, que les lectures des
samedis et des dimanches". L'existence de deux grands types

1. Le Codex arménien Jérusalem 121, éd. A. RENOUX, 1. PO XXXV, 1,


n" 163, Turnhout, 1969; II. PO XXXVI, 2, n° 168, Turnhout, 1971.
2. c.-R. GREGORY, Textkritik des Neuen Testamentes, vol. 1, Leipzig, 1900,
p.336.
3. A. WIKGREN, «Chicago Studies in the Greek Lectionary of the New
Testament », Biblical and Patristic Studies in Memory ofRobert Pierce Casey,
Fribourg, 1963, p. 120-121 ; B. MEnGER, « Greek Lectionnaries and a Critical
Edition of the Greek New Testament », Die alten Übersetzungen des Neuen
Testaments, die Kirchenviiterzitate und Lektionare, Berlin, 1972, p. 495-496.
4. K. ALAND et B. ALAND, The Text ofthe New Testament. An Introduction to
the Critical Editions and to the Theory and Practice of Modem Textual Criti-
c~m,Leyde, 1987,p. 165.
5. IIEHTKOBCKHH, «JIeKQHOHapHH H lieTBepOeBaHreJIIDI B BH3aHTH-
HCKOH H CJIaBHHCKOH JIHTYIH'WlecKHX Tp~~X », p. 4. Voir K. ALAND,
Kurzgefasste Liste der griechischen Handschriften des Neuen Testaments,
vol. 1 : Gesamtübersicht, Berlin, 1963, p. 24. Dans les sigles utilisés, l désigne
un lectionnaire, e veut dire « ephêmeros » (quotidien), sk signifie « sabbato-
kyriaki » (samedi-dimanche).
62 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

de lectionnaires (l e et 1 esk; complets et courts) n'est pas


étonnante. En effet, jusqu'à la réforme du patriarche Philothée de
Constantinople au XIVe siècle, suite à laquelle l'office asmatique
est tombé en désuétude, il y avait à Constantinople et partout
dans l'empire, et de même chez les Slaves, deux types d'office
différents: l'un était celui des églises séculières qui suivaient le
Typikon de la Grande Église, et l'autre était celui des monas-
tères qui suivaient l'ordo stoudite ou sabaïte. Or, M. Arranz et
J. Matéos expliquent qu'à la Grande Église de Constantinople,
on ne célébrait pas la liturgie eucharistique quotidiennement,
mais seulement les jours de fêtes du Seigneur et des saints,
pendant le temps pascal, les samedis et les dimanches, pour les
commémorations de saints à caractère stationnal et les jours de
jeûne 1. Cela explique la nécessité de prier pour les catéchumènes
aux vêpres et aux matines asmatiques, et la raison pour laquelle
ces deux offices peuvent être considérés comme les pivots de
la prière communautaire des anciens Byzantins" D'autre part,
cela explique pourquoi le Typikon de la Grande Église n'avait
pas besoin de prévoir de lectures pour les jours de semaine entre
la Pentecôte et le Carême, puisque, si une liturgie eucharistique
était célébrée un de ces jours-là, on lisait les lectures prévues par
le ménologe ou la lecture « commune» appropriée'. À partir de
ces faits, on peut imaginer que les lectionnaires complets (l e) se
rattacheraient davantage aux offices des monastères, alors que
les lectionnaires courts (l esk) se rapporteraient aux offices des
cathédrales et des églises séculières.
Or, si la liturgie quotidienne dans les monastères de
Constantinople est le résultat de la réforme stoudite ayant préconisé
l'ordo palestinien plutôt que celui de la Grande Église, on pourrait
penser que le système de lectures court (l esk) fut complété au
IXe siècle pour donner le système complet de type 1e.

1. MATÉOS, «AEt'toupyia », Typicon II, p. 302.


2. M. ARRANZ, «L'office de l'Asmatikos Orthros (Matines chantées) de
l'ancien Euchologe byzantin », OCP 47 (1981), p. 135 et 156-157.
3. IIEHTKOBCKHH, « JIeKIJ;liOHapliH li xeraepoeaaarenaa B BH3aHTHHCKOH
H CJIaBJŒCKOH JIHTYPnl:'1eCKHX Tpa;Jl;HIJ;Hj!X », p. Il.
LES LIVRES LITURGIQUES 63

Contenu de l'Apôtre et de l'Évangéliaire.

Le livre de l'Apôtre et l'Évangiliaire contiennent les lectures


néo-testamentaires et peuventêtre organisés de deux manières. Il
y ace qu'on appelle, d'une part, les « lectionnaires »à proprement
parler ou aprakos, qui présentent le texte des lectures en fonction
des jours et solennités de l'année, d'après leur usage liturgique,
et d'autre part les livres de l'Apôtre et les Tétra-évangiles litur-
giques, qui présentent le texte complet tel qu'il apparaît dans une
édition courante du Nouveau Testament, en indiquant cependant
dans les marges les différentes sections de lectures, le début et
la fin de la péricope et, éventuellement, les passages à omettre,
l'indication du jour de l'année ou de la solennité fêtée, et les
phrases introductives.
En effet, dans le rite byzantin, pour les lectures du Nouveau
Testament, à côté des références habituelles à partir du numéro
de chapitre et des numéros de versets, il existe en plus un système
de numérotation par péricope. Ainsi, l'évangile de Matthieu
est divisé et numéroté en 116 péricopes, celui de Marc en 71
péricopes, celui de Luc en 114 péricopes et celui de Jean en 67
péricopes. Le livre de l'Apôtre est divisé quant à lui dans son
ensemble en 335 péricopes.
Comme ces péricopes sont destinées à une lecture liturgique et
qu'elles sont souvent tirées du contexte où elles se trouvent dans
le corps du Nouveau Testament, les phrases introductives sont
essentielles. Elles précisent qui parle à qui, à quelle occasion, à
quel endroit. Le plus souvent on trouve: «En ce temps-là... »,
« Le Seigneur dit à ses disciples », «Le Seigneur dit aux Juifs
qui étaient venus à lui », « Le Seigneur dit: », « Le Seigneur dit
cette parabole... » Le texte est parfois adapté en fonction d'une
lecture orale: les pronoms remplacés par des noms, le temps
des verbes adapté. Quant aux phrases concluant les péricopes,
elles peuvent également être parfois adaptées ou amplifiées pour
un meilleur effet'. Par exemple, la péricope évangélique du 28e
dimanche après la Pentecôte sur les invités au banquet qui se
dérobent (Le 14, 16-24) se conclut par le verset tiré du texte
parallèle de Mt 22, 14 (« Car beaucoup sont appelés, mais peu sont

1. K. MAND et B. ALAND, The Text ofthe New Testament, Grand Rapids, MI,
1987, p. 166.
64 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

élus»), qui a ainsi été ajouté au texte de Luc. Ce sont quelques


libertés textuelles que prennent les lectionnaires byzantins pour
une meilleure transmission orale du texte, mais qui risquent de
surprendre et décourager les biblistes non avertis !
Contrairement à l'organisation du lectionnaire hiérosoly-
mitain qui présente une année type depuis la Nativité du Christ,
les lectionnaires byzantins sont divisés en trois parties. Les
péricopes des aprakoi seront donc réparties dans trois parties,
alors que l'index des Tétra-évangiles et des Apostoloi complets
sera divisé en trois sections. La première partie comporte les
lectures du cycle mobile (lié à la fête de Pâques). Il couvre
toutes les semaines de l'année en commençant par le dimanche
de Pâques et en se terminant par le Grand Samedi. Notons au
passage que cette première partie commence par Pâques, alors
que dans les typika cette partie commence par le Triode de
Carême. La seconde partie est appelée « ménologe» et consiste
en un calendrier des fêtes et des saints commémorés pour les
douze mois de l'année. On trouvera donc dans cette partie les
lectures bibliques propres au sanctoral (cycle fixe) pour les
cas où elles sont prévues. Enfin, une troisième partie comporte
les lectures dites «communes », c'est-à-dire pour différentes
circonstances et pour différents ordres de saints. C'est là que l'on
trouvera, par exemple, la lecture prévue pour le baptême, pour les
défunts, pour la dédicace d'une église, pour un saint hiérarque,
etc. Généralement, on trouve dans les Tetra-évangiles une
annexe avec le texte des péricopes de la Grande Semaine. Cela
s'explique par le fait que plusieurs péricopes évangéliques de la
Grande Semaine sont «composites », c'est-à-dire constituées
d'un montage de différents versets tirés des quatre évangiles, et
ainsi la lecture de ces péricopes est pratiquement impossible à
partir du texte des quatre évangiles. C'est pourquoi il s'est avéré
utile de joindre en annexe le texte composé, tel qu'il apparaît
dans les aprakoi.
Il faut avoir à l'esprit l'existence de deux types de lecture
pour le choix des péricopes. Comme dans les autres systèmes
de lecture, les lectionnaires byzantins connaissent les deux
types classiques de lecture: la lecture continue (lectio continua)
et la lecture choisie. Les lectionnaires byzantins préconiseront
la lecture continue pour la partie du synaxaire: c'est ainsi que
LES LIVRES LITURGIQUES 65

par exemple la Genèse sera lue pratiquement en entier pendant


la Sainte Quarantaine, et que le livre des Actes des Apôtres et
l'évangile de Jean seront lus en lecture continue pendant la
cinquantaine pascale. Nous y reviendrons.
Quant à la lecture choisie, elle sera préconisée pour les
péricopes du ménologe et les péricopes générales. Une lecture
peut être retenue pour différentes raisons. La plus évidente sera de
choisir un texte qui raconte l'événement célébré: c'est le cas, par
exemple, de la lecture de l'Apôtre le jour de la Pentecôte (Ac 2, I-
ll) ou de la péricope évangélique pour la Nativité (Mt 2, 1-12).
On peut aussi choisir une péricope à cause de la mention explicite
d'un saint: c'est entre autres le cas pour la péricope de l'Apôtre
(Ga 1,11-19) pour la fête de saint Jacques frère du Seigneur
(le 23 octobre) qui le mentionne au dernier verset (<< je n'ai vu
d'autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur »).
La péricope peut aussi être retenue en fonction d'une typologie.
C'est le cas de la plupart des péricopes tant vétéro-testamentaires
que néo-testamentaires des fêtes de la Mère de Dieu: que ce soit la
péricope de l'échelle de Jacob (Gn 28, 10-17), lue aux vêpres, ou
la péricope de Marthe et de Marie (Le 10,38-42; 11,27-28), qui
présentent toutes deux des types de la Mère de Dieu. Enfin, une
lecture peut aussi être déterminée en fonction du lieu, particuliè-
rement si ce choix s'est fait à l'origine dans le cadre d'une liturgie
stationnale. C'est le cas par exemple de la lecture du lundi de
Pâques (Ac 1, 12-17) décrivant le groupe des apôtres et le rempla-
cement de Judas qui, malgré le fait qu'elle entre dans une lecture
continue, a été choisie en fonction de la station à l'église des
Saints-Apôtres à Constantinople ce jour-là. Notons d'ailleurs par
la même occasion que le choix de tous les prokeimena précédant
les lectures bibliques à la liturgie eucharistique pendant la semaine
pascale s'explique par le choix des stations à Constantinople fait
par le Typikon de la Grande Église l .

Les onze évangiles de la Résurrection.

L'Évangéliaire contient un cycle de onze évangiles de la


Résurrection ou matinaux (eùayyÉÀta àva(J'taO"t~a ou Éro9tvà),

1. MATÉOS, Typicon, II, p. 96 s.


66 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

lus chacun alternativement aux matines dominicales. Cette série


prévue par le Typikon de la Grande Église! reprend la série des
onze évangiles lus à Jérusalem pendant la semaine pascale- qui a
plus ou moins délimité leur nombre', comme il apparaît à partir
du tableau suivant:

Évangiles de la Résurrection

Lectionnaire Grand Lectionnaire Typikon


Arménien de l'Église de la Grande Eglise
de Jérusalem
Vigile pascale : Vigile pascale : 1) Mt 28, 16-20
Mt 28,1-20 Mt 28, 1-20
Nuit de Pâques: Nuit de Pâques: 2) Mc 16,1-8
Jn 20,1-18 Jn20,l-18
Pâques le matin : Pâques le matin: 3) Mc 16,9-20
Mc 16,2-8 Mc 16, 1-8
Pâques le soir: Jn 20, Pâques le soir: Jn 20, 4) Le 24, 1-12
19-25 19-25
Lundi: Le 23, 50-24, Lundi: Le 23, 54-24, 5) Le 24, 21-35
12 12
Mardi: Le 24, 13-35 Mardi: Le 24, 36-40 6) Le 24, 36-53
Mercredi: Le 24, Mercredi: Le 24, 7) Jn 20, 1-10
36-40 13-35
Jeudi: Mt 5, 1-12 Jeudi: Mt 5, 1-12 8) Jn 20,11-18
Vendredi: Jn 21, 1-14 Vendredi: Jn 21, 1-14 9) Jn 20, 19-31
Samedi: Jn 21, 15-25 Samedi: Jn 21, 15-25 1O)Jn21,l-14
Dimanche: Jn l, 1-17 Dimanche: Jn 1,1-17 Il) Jn 21, 14-25
Dimanche soir: Dimanche soir:
Jn 20,26-31 Jn 20,26-31

1. MATÉas, Typicon, II, p. 170-175. Au sujet des deux séries de onze évan-
gile, voir JANERAS, Le Vendredi Saint dans la tradition liturgique byzantine.
Structure et histoire de ses offices, p. 122; Parr, La Réforme liturgique byzan-
tine, p. 149.
2. RENaux, II, p. 308-325; Le Grand Lectionnaire de l'Église de Jérusalem,
éd. M. TARCHNISVILI, CSCO 189 (Scriptores Iberici 10), p. 113-120.
3. Parr, La Réforme liturgique byzantine, p. 149-150; S. JANERAS,
« 1 vangeli dominicali della ressurezione nella tradizioni 1iturgiche agiopo1ita
e bizantina », dans: G. FARNED1 (éd.), Paschale Mysterium. Studi in memoria
dell'abate prof Salvatore Marsili (1910-1983), Rome, 1986, p. 64-66.
LES LIVRES LITURGIQUES 67

Notons que ce cycle de onze péric opes évangéliques dans le


Lectionnaire constantinopolitain est une extension d'un cycle plus
ancien de huit péricopes évangéliques dans le Lectionnaire de
Jérusalem'. Le fait que la lecture de l'évangile de la Résurrection
aux matines dominicales soit d'origine hiérosolymitaine n'est pas
étonnant puisque nous avons l'attestation de cette lecture à l'office
dominical du matin à Jérusalem, au IVe siècle, par Égérie. Cette
dernière nous dit en effet que« l'évêque se tient à l'intérieur des
grilles, il prend l'Évangile, vient à l'entrée et lit lui-même le récit
de la Résurrection du Seigneur », Ce fait rejoint le sentiment du
Père M. Arranz qui se demande « si l'évangile dominical n'est
pas une innovation relativement récente à Constantinople, et s'il
ne provient pas de l'office monastique palestinien, comme le
verset Ps 150,6 semble le suggérer' », Ainsi, il est fort possible
que les onze évangiles de la Résurrection, d'origine hiérosolymi-
taine, aient été récupérés par la tradition sabaïte, puis introduits
à Constantinople par la réforme stoudite, et de là qu'ils aient
influencé le Typikon de la Grande Église.

Lecture continue du Nouveau Testament.

Pour la lecture continue du Nouveau Testament, nous devons


nous reporter à la partie du synaxaire des lectionnaires. Comme
nous l'avons vu, les lectionnaires byzantins ont divisé l'année en
quatre grandes périodes. La première s'ouvre avec Pâques et se
poursuit jusqu'à la Pentecôte. La deuxième se trouve délimitée
entre la Pentecôte et le Nouvel An. La troisième s'inaugure avec
le Nouvel An et se poursuit jusqu'au début du cycle du Triode. La
quatrième couvre la période du Triode.

De Pâques à la Pentecôte.
La liturgie byzantine a donc choisi de lire à la liturgie eucha-
ristique en lecture continue les Actes des Apôtres et l'évangile de

1. Ibid., p. 55-69.
2. ÉGÉRIE, Journal de voyage, 24, 10.
3. M. ARRANZ, «L'office de l'asmatikos orthros (matines chantées) de l'an-
cien Euchologe byzantin », OCP 47 (1981), p. 154.
68 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Jean pour la période pascale se terminant par la fête de la Pentecôte.


Il faut dire qu'on lisait déjà les Actes des Apôtres à Jérusalem
pendant la même période. Cette lecture continue s'inaugure par
la lecture du Prologue de Jean le jour de Pâques (Jn 1, 1-17),
que la tradition hiérosolymitaine lisait le dimanche après Pâques.
Nous pouvons remarquer trois exceptions à la règle pour ce qui
a trait aux lectures de l'évangile : le mardi de Pâques, on lit la
péricope de Luc (24, 12-35) sur les disciples d'Emmaüs, qui
était la péricope prévue ce jour-là par le Lectionnaire arménien',
témoin de la liturgie hiérosolymitaine de la première moitié du
ye siècle; la péricope de Marc (15, 43-16, S), lue le 3e dimanche
de Pâques et relatant l'ensevelissement et le tombeau vide qui
est en fait une lecture choisie en fonction de la commémoration,
ce dimanche-là, des myrrophores, de Joseph d'Arimathie et de
Nicodème, et finalement, la péricope de Luc (24,36-53), lue le
jeudi de l'Ascension qui est une lecture choisie en fonction de
cette fête.

De la Pentecôte au Nouvel An.


Après la Pentecôte, la liturgie byzantine lit en lecture continue
l'épître aux Romains et l'évangile de Matthieu jusqu'au
17e dimanche après la Pentecôte. La lecture continue de Romains
s'achève le 6e lundi après la Pentecôte et fait place à la lecture de
la première épître aux Corinthiens, qui s'achève le 10e mercredi
après la Pentecôte pour faire place à la 2e épître aux Corinthiens.
On lira toutefois une péricope tirée de Romains les 6e, T", se,
ge et 1oe samedis après la Pentecôte et une péricope tirée de la
1re épître aux Corinthiens du Ile au 1ge samedi, de même que du
10eau l3 e dimanche après la Pentecôte (simplement parce que le
cycle des samedis est en retard sur celui des jours ordinaires et
des dimanches). Notons également que, pour la lecture continue
en semaine, l'évangile de Matthieu se termine le Ile dimanche
après la Pentecôte et cède sa place à la lecture de l'évangile
de Marc qui débute le lundi de la 12e semaine. Toutefois, on
continue de lire Matthieu les samedis et les dimanches jusqu'au
Nouvel An. Les lectures de l'Apôtre sont alors tirées des épîtres
aux Romains, 1re et 2e aux Corinthiens pour les samedis et les

1. RENaux, II, p. 316-317.


LES LIVRES LITURGIQUES 69

dimanches, auxquelles viennent s'ajouter Galates et Éphésiens


en semaine.
Nous constatons ainsi que l'organisation des lectures des
samedis et des dimanches suit une lecture continue indépen-
dante de la lecture continue des jours de semaine qui s'avère plus
tardive, comme nous l'avions dit, puisqu'elle n'était pas prévue
par le Typikon de la Grande Église, mais résulterait de l'office
monastique qui s'est répandu partout par la suite'.

Du Nouvel An au cycle du Triode.


Le Typikon de la Grande Église prévoyait de lire l'évangile de
Luc en lecture continue à partir du Nouvel An2. Avec l'adoption
du calendrier romain à Constantinople et la suppression du culte
d'Auguste, le 23 septembre se trouva dépourvu de toute signi-
fication civile. On choisit alors pour le début de l'indiction une
date plus commode: celle du 1er septembre. Ainsi, le Typikon
de la Grande Église conserve la pratique de la seconde moitié du
ye siècle où le 1er septembre marque le début de l'indiction (début
de l'année civile), alors que le 23 septembre demeure le début du
Nouvel An ecclésiastique. On estime que ce changement a dû se
faire dans la seconde moitié du ye siècle, probablement depuis le
1er septembre 462. La célébration de la Conception de saint Jean
Baptiste, qui constitue chronologiquement le premier des mystères
évangéliques, fut placée à Byzance le 23 septembre, au début de
l'année ecclésiastique (coïncidence avec la fête de la naissance
d'Auguste), et non pas le 24 septembre, neufmois avant sa naissance
(24 juin), date à laquelle elle était célébrée en Occident. Ainsi, on
commençait, avec le Nouvel An, la lecture de l'évangile de Luc,
qui s'ouvre avec le récit de la conception de saint Jean Baptiste (Le
1,5-25). Toutefois, peu à peu, on en vint à sanctifier aussi le début
de l'année civile, en y prescrivant des lectures bibliques spéciales
(l Tm 2,1-7; Le 4,16-22) vers la première moitié du VIIf siècle.
D'autre part, l'institution de nouvelles fêtes, spécialement de la
Nativité de la Mère de Dieu (le 8 septembre) - événement chrono-

1. P.-M. GY,« La question du système des lectures de la liturgie byzantine »,


Miscellànea Liturgica in onore di Sua Eminenza il cardinale Giacomo Lercaro,
Rome, 1967, p. 254-255.
2. MATÉos, Le Typicon, II, p. 90-91.
70 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

logiquement précédant la conception du Baptiste et antérieur


à celle-ci dans le cycle du Mystère du Salut - contribua aussi à
diminuer l'importance du 23 septembre qui, finalement, cessa de
marquer le Nouvel An qui fut désormais célébré avec le début de
l'indiction, le 1er septembre 1.
De là, un problème se posait quant au début de la lecture de
l'évangile de Luc. Certains l'ont fait débuter le lundi qui suit
le dimanche après la fête de l'Exaltation de la sainte Croix
(14 septembre), ce qui correspond plus ou moins au 23 septembre.
Une telle pratique est déjà attestée au XIe siècle par le Lectionnaire
byzantino-géorgien (Sin. Géorg. 74), qui fait débuter la lecture
de Luc non plus après le Nouvel An, mais le dimanche après
l'Exaltation de la Croix". Cette pratique fut largement diffusée en
Orient dans les églises de tradition grecque, où les évangéliaires
comportaient, en annexe, les tables d'Emmanuel Glyzônios qui
établissait le moment du début des lectures de Luc pour chaque
année pascale. Dans ces évangéliaires, la numérotation des
péricopes de Luc, en fonction de la fête de la Croix, est indépen-
dante de la numérotation des péricopes de Matthieu et de Marc
qui se fait à partir de la Pentecôte", Les tables de Glyzônios ont été
établies au XVIIe siècle et introduites dans les évangéliaires grecs
d'abord par le patriarcat de Jérusalem dans la première moitié
du XVIIIe siècle", L'Église russe, de son côté, a longtemps ignoré
cette pratique et ne commençait à lire l'évangile de Luc qu'à
partir du lundi de la l8e semaine après la Pentecôte. Toutefois,
l'Église de Russie adopta cet usage de faire commencer la lecture
de Luc le lundi suivant le dimanche après l'Exaltation de la Croix,
indépendamment du cycle des semaines après la Pentecôte. Cette
pratique fut introduite en 1957 sur l'initiative de I'évêque-litur-
giste Athanase (Sakharov). Toutefois, l'introduction de cet usage

1. MATÉOS, Le Typicon, 1 p. 55. Voir également V. GRUMEL, Traité d'études


byzantines, 1, La Chronologie, Paris, 1958, p. 193-203.
2. G. GARRITE, «Analyse d'un Lectionnaire byzantino-géorgien des évan-
giles - Sin. géorg. 74 », Le Muséon 91 (1978), fasc. 1-2, p. 111.
3. A. r. KPABEIJ;KHH,« Kaneartapao-ôorocrryxœôaas KOMHCCHH », Y'leHble
3anUCKU POCCUilCKOZO Ilpa8oC/llJ8HoZO Ynusepcumema an. Hoanna Boeocnoea 2
(1996), p. 199.
4. II. M. MHPOHOCHIJ;KHll, «0 nOpH,IJ;Ke IJ;epKOBHbIX lfTeHHH EBaH-
reJIHH », Boeocnyxceôuue YKa3aHUH Ha 1999 eoô, Moscou, 1998, p. 584. Publié
initialement dans Ilepxoeuueeeôouocmu, 7 et 9 (1916) et repris dans EMIl 12
(1956), p. 16-25.
LES LIVRES LITURGIQUES 71

sema la confusion au sein du clergé de l'Église russe et ne fut


pas prise en considération dans l'édition du calendrier de l'Église
russe de 1959 1• L'Église russe reprit cet usage quelques années
plus tard et le garde encore de nos jours-,
Ce passage de l'évangile de Matthieu à celui de Luc est appelé
par les typikaristes le « saut de Luc ». Ainsi, de nos jours, la
période de l'Exaltation de la Croix jusqu'au début du Triode est
assez confuse chez les Orthodoxes, puisqu'il existe maintenant
trois pratiques différentes pour les lectures bibliques pour cette
période: les uns n'observent pas le « saut de Luc », d'autres
observent le « saut de Luc » sans toutefois modifier l'ordre des
lectures de l'Apôtre; d'autres encore observent le «saut de
Luc» en adaptant les lectures de l'Apôtre - chose qui n'a aucun
fondement historique, mais qui se pratique depuis quelques
années dans l'Église de Russie. De plus, puisque les Orthodoxes
se partagent deux calendriers (dont la différence est de 13 jours),
le « saut de Luc» peut se produire chez les uns une ou deux
semaines plus tôt que chez les autres. Ainsi, on peut en arriver
de nos jours jusqu'à cinq organisations différentes des lectures
depuis l'Exaltation jusqu'au début du Triode - cas extrêmement
confus! On pourrait se demander s'il ne serait pas plus simple
de s'en tenir à l'ordre des dimanches par rapport à la Pentecôte,
fêtée le même jour par tous les Orthodoxes, ce qui permettrait
d'avoir partout les mêmes lectures pour tous les dimanches de
l'année.
La question du « saut de Luc» mise à part, il n'en demeure
pas moins que, tous les dimanches de cette troisième période de
l'année, on lit l'évangile de Luc. En semaine, on lit Luc jusqu'à
la 2ge semaine après la Pentecôte (12 e semaine de Luc) incluse, et
on reprend la lecture de Marc à partir de la 30 e semaine après la
Pentecôte (13 e semaine de Luc). En ce qui concerne les lectures
de l'Apôtre, on lit les samedis et les dimanches les 1ce et 2e épîtres
aux Corinthiens, Galates, Éphésiens, Colossiens, 1ce à Timothée
et 1ce aux Thessaloniciens, selon une distribution très particulière.

1. KPABEIijU[H, « Kaneanapao-ëorocnyaœëaaa KOMHCCHaH », p. 189-


193.
2. On se réfère généralement à l'article de H. Il. YCIIEHKHH, « 0
ceHTH6pbCKOH npecrynxe eBalITeJIbCKHX '1TeHHH », Ilpaeocnaeuuû Ilepxo-
611blU Kaneuôaps lia 1971 zoo, Moscou, 1970, p. 48 ; repris dans: Boeocnysce-
ôuueytcasanusna 2001 zoo, Moscou, 2000, p. 641-642.
72 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

En semaine, la lecture est beaucoup plus suivie : on termine la


lecture de l'épître aux Éphésiens, puis on passe aux épîtres aux
Philippiens, Colossiens, Thessaloniciens, à Timothée, à Tite, aux
Hébreux, puis aux épîtres catholiques. À ce titre, on peut faire la
même remarque que pour la période précédente, à savoir que le
choix des lectures des samedis et des dimanches est indépendant
(et sans doute antérieur) au choix des lectures en semaine qui a
essayé de clore la lecture continue de la totalité des épîtres en
comblant les vides qui existaient entre les lectures des samedis
et des dimanches.
Outre le « saut de Luc », il existe aussi ce qu'on appelle le « saut
du Baptême du Christ». Ce saut s'explique du fait que le nombre
de semaines d'un cycle pascal à un autre n'est pas toujours le
même. Les lectionnaires byzantins prévoient 33 semaines après
la Pentecôte, avant la reprise du cycle du Triode suivant Mais il
peut y avoir jusqu'à 38 semaines entre la Pentecôte et la reprise
du cycle du Triode. Il faut donc remplir des vides par des lectures.
Pour ce faire, on répète les dernières lectures prévues, à partir de
la semaine qui suit le dimanche après la Théophanie, en ratta-
chant la dernière semaine de lectures prévues (33e semaine après
la Pentecôte ou 16e de Luc) au cycle du Triode 1•

Lectures du Triode.
Pour la période du Triode", on doit distinguer les semaines
préparatoires à la Sainte Quarantaine et la Quarantaine elle-
même. La période préparatoire est constituée de trois semaines.
Elle commence par le dimanche du Publicain et du Pharisien, où

1. Au monastère de Simonos Pétras au Mont Athos, par exemple, on garde


la suite des épîtres et, s'il reste des jours entre la fin du cycle de Luc-Marc
et le début du Triode, on lit d'une part tous les évangiles d'après-fête de la
Théophanie prévus dans le Ménologe, puis les évangiles (et éventuellement
les épîtres) des jours où ils n'ont pas été lus à cause de l'occurrence de grandes
fêtes. Ce qui implique pour le typikariste d'établir une petite liste de ces
lectures choisies, mais qui a l'avantage d'éviter les répétitions et de pouvoir lire
certaines péricopes importantes qui ont été omises.
2. Nous appelons «période du Triode» la période liturgique de l'année où
la liturgie utilise le Triode, livre liturgique contenant l'hymnographie pour la
période allant du dimanche du Publicain et du Pharisien (trois semaines avant
le début de la Sainte Quarantaine) jusqu'au Grand Samedi. Il couvre ainsi la
période préparatoire au jeûne, la Sainte Quarantaine et la Grande Semaine.
LES LIVRES LITURGIQUES 73

on lit 2 Tm 3, 10-15 et Le 18, 10-14, péricope qui a donné le nom


au dimanche. Pendant la semaine qui suit, on continue de lire la
2e épître catholique de Pierre et la 1re épître catholique de Jean, et
l'évangile de Marc. Le samedi, on lit une péricope de la 2e épître à
Timothée et une de Luc, alors que le dimanche on lit 2 Tm 2, 10-15
et la péricope du Fils Prodigue (Le 15, 11-32) qui a donné le nom
à ce dimanche. Dans la semaine qui suit (semaine du carnaval ou
de l'œtéxpeœ), on poursuit la lecture des épîtres catholiques et
l'évangile de Marc. Le samedi du carnaval, on lit 1 Co 10,23-28
(au sujet des aliments offerts en sacrifice) et Le 21, 8-36 (sur les
signes précédant la parousie du Christ). Le dimanche du carnaval,
on lit 1 Co 8, 8-9, 2 (au sujet des aliments que nous prenons) et
la péricope sur le jugement dernier (Mt 25, 31-46), thème de ce
dimanche. Enfin, les lectures de la semaine des laitages ou de
la Tyrophagie sont tirées des épîtres catholiques et de la fin de
l'évangile de Luc, à l'exception du mercredi et du vendredi qui
ont déjà un ordo de Carême! et où on lit, à sexte et aux vêpres,
des lectures tirées de l'Ancien Testament (Joël et Zacharie) en
prévision du jeûne qui va commencer. Le samedi des Laitages,
on lit Rm 14, 19-23 (au sujet des aliments) et Mt 6, 1-13 (sur
l'aumône et la prière), et le dimanche, Rm 13, 11 - 14,4 (au
sujet de l'abstinence de nourriture) et Mt 6, 14-21 (au sujet du
jeûne). Ces dernières lectures sont plutôt des lectures choisies en
rapport avec le jeûne qui est sur le point de commencer. Avec la
semaine des Laitages s'achève pratiquement la lecture continue
de l'intégralité du Nouveau Testament, car, à part les samedis et
dimanches qui sont les seuls jours de la Sainte Quarantaine où
l'on célèbre une liturgie complëte', et la Grande Semaine, on ne
lit plus le Nouveau Testament pendant la Sainte Quarantaine.
Pour les samedis et dimanches du Carême, les lectures du
Nouveau Testament sont tirées de l'épître aux Hébreux et de
1. Ces jours-là, selon le Typikon sabaïte en vigueur aujourd'hui, on ne
célèbre pas de liturgie eucharistique mais simplement les typiques. Le Typikon
de la Grande Église prévoyait ces jours-là la liturgie des Présanctifiés, comme
pendant la Sainte Quarantaine.
2. On désigne habituellement par l'expression « liturgie pleine» (ÀEtroop-
ria 'tEÀEia) une liturgie eucharistique avec l'anaphore. Ainsi, la liturgie des
Dons Présanctifiés, célébrée de nos jours les mercredis et vendredis de la Sainte
Quarantaine, n'est pas une «liturgie pleine », mais simplement un office de
communion, puisqu'on y communie aux dons consacrés à la liturgie pleine
précédente.
74 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

l'évangile de Marc. Seule la lecture de l'évangile, le premier


dimanche de la Sainte Quarantaine (Jn 1,44-52) sur la vocation
des premiers disciples, fait exception à la règle, puisqu'il
semblerait qu'elle soit une lecture choisie pour la commémoration
des saints prophètes que la Grande Église faisait ce jour-là, avant
l'institution de la fête du Triomphe de l'Orthodoxie qui marque la
victoire finale sur l'iconoclasme en 843. La lecture de l'Apôtre,
ce même dimanche (He Il,24-26.32-40), sur l'accomplissement
des Prophètes par le Christ;: est également une lecture choisie
pour la même solennité antique. Toutefois, il se pourrait que la
lecture de la péricope de Jean soit le vestige d'un ancien système
de lectures de l'évangile de Jean pendant la Quarantaine'.
Quant aux lectures du Nouveau Testament pendant la Grande
Semaine, elles ont été choisies en fonction de la Passion du
Christ, et relatent les derniers discours et les derniers jours de la
vie terrestre du Christ.
Pour résumer, nous pourrions systématiser la lecture continue
de presque tout le Nouveau Testament par le tableau suivant:

1. HlÉRüMüINE MACAIRE, La Mystagogie du temps liturgique dans le Trio-


dion, p. 187. Voir également A. KNlAZEFF, «La lecture de l'Ancien et du
Nouveau Testament dans le rite byzantin », p. 230-233 ; KAPABHHüB, Ilocmnas
TPUOOb, p. 30-31.
LES LIVRES LITURGIQUES 75

Lecture continue du Nouveau Testament dans le rite byzantin

Période Dimanche Semaine Samedi


Pâques - Actes - Jean Actes - Jean Actes - Jean
Pentecôte
Pentecôte -
Nouvel An
1re_lI e semaine Romains - Romains - Romains -
Matthieu Matthieu Matthieu
12e-17 e semaine Corinthiens Corinthiens Corinthiens
Corinthiens Galates - Marc
-Marc Éphésiens
Galates
Éphésiens
Nouvel An
-Triode
18e_2ge semaine Galates - Luc Éphésiens Corinthiens -
Éphésiens Philippiens Luc
Colossiens Colossiens Galates
Thessaloniciens Éphésiens
Timothée
Tite
30e-33e semaine Timothée Hébreux
Jacques Colossiens
Thessaloniciens
Triode
Période prépa- Timothée - Luc Pierre - Marc Timothée - Luc
ratoire Corinthiens - Jean Corinthiens -
Matthieu Jude Luc
Romains Romains -
Sainte Hébreux - - Matthieu
Quarantaine Marc Hébreux - Marc
CHAPITRE II

LES OFFICES DE L'HOROLOGION

Le cycle quotidien est constitué de huit offices dont l'Horo-


logion contient les parties fixes. Ces offices, du lever au coucher
du soleil, sont les suivants : le mesonyktikon ou office de minuit,
les matines, les heures (prime, tierce, sexte, none), les vêpres et
l' apodeipnon 1.
Dans les monastères, l'office de minuit des jours ordinaires,
l'apodeipnon et les heures sont célébrés dans le narthex. Le
dimanche, le mesonyktikon est célébré dans la nef. En Carême,
les heures sont célébrées dans la nef. Les matines et les vêpres
sont célébrées dans la nef durant toute l'année. Dans l'esprit du
Typikon, le célébrant n'entre au sanctuaire qu'à des moments
précis de l'office pour remplir une fonction particulière. Dans la
pratique paroissiale, le mesonyktikon et l'apodeipnon sont très
rarement célébrés, mais habituellement dans la nef. Il en est de
même pour les heures, d'ailleurs.

1. Voir M. ARRANz, «L'office divin », DS Il, Paris, 1982, col. 707-720.


78 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

L'OFFICE DE MINUIT (MESONYKTIKON)

Schéma de l'office de minuit

En semaine Le samedi Le dimanche


Prières initiales Prières initiales Prières initiales
Psaume 50 Psaume 50 Psaume 50
Cathisme 17 Cathisme 9 Canon à la Sainte-
Trinité de l'Octoèque
Je crois en un seul Je crois en un seul Tropaires de saint
Dieu ... Dieu ... Grégoire le Sinaïte

Trisagion ... Notre Trisagion ... Notre Trisagion ... Notre


Père Père Père
Tropaires [Voici venir Tropaires [Nature Hypakoï du ton de
l'Epoux] incréée, créateur] l'Octoèque

Kyrie, eleison (40 Kyrie, eleison (40 Kyrie, eleison (40


fois) fois) fois)
Toi qui à toute Toi qui à toute
heure ... heure ...
Kyrie, eleison (3 fois) Kyrie, eleison (3 fois) Kyrie, eleison (3 fois)
Gloire: Et main- Gloire : Et main- Gloire : Et main-
tenant: Plus véné- tenant : Plus véné- tenant : Plus véné-
rable ... Au nom du rable ... Au nom du rable ... Au nom du
Seigneur ... Seigneur ... Seigneur. ..
Prière : Maître, Dieu, Prière : Maître, Dieu, Prière à la Sainte
Père tout-puissant... Père tout-puissant... Trinité de Marc le
2 prières de saint Moine
Basile
Prière de saint Prière de saint
Eustrate Eustrate
Psaumes 120 et 133 Psaumes 120 et 133
Tropaires [Souviens- Tropaires [Souviens-
toi, Seigneur] toi, Seigneur]
Prière pour les Prière pour les
défunts [Souviens-toi, défunts [Souviens-toi,
Seigneur] Seigneur]
Congé et demande de Congé et demande de Congé et demande de
pardon pardon pardon
Litanie Litanie Litanie

L'office de minuit ou mesonyktikon est le premier office de


l'Horologion, célébré au milieu de la nuit, avant le lever du jour.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 79

Selon E. Diakovskij, le mesonyktikon est un office nocturne


qui s'est développé en lien avec le «canon de psalmodie»
(xœvèv 'tiiç'IJaÀlloooiuç), tout d'abord en tant qu'appendice à la
psalmodie nocturne des douze psaumes de la tradition monas-
tique égyptienne attestée par saint Jean Cassien'.
Dans la tradition stoudite, le mesonyktikon n'était pas un office
communautaire, mais une règle de prière nocturne en cellule.
Le Typikon d'Alexis le Stoudite ne mentionne explicitement le
mesonyktikon que pendant la Sainte Quarantaine, lorsqu'il est
prévu que chaque moine lise en cellule au milieu de la nuit un
petit office constitué essentiellement du cathisme 172 • C'est
pourquoi les horologia de rédaction stoudite commençaient par
l'office des matinesê.
L'Horologion sabaïte connaît quant à lui un office de minuit
qui est généralement lu à l'église. De nos jours, il en existe trois
formes : une première pour les jours de la semaine (du lundi au
vendredi), une deuxième pour les samedis et une troisième pour
les dimanches. Les deux premières formes sont constituées de
deux parties, chacune étant composée de psaumes, de tropaires et
de prières. Dans la première partie de cet office, on lit, en semaine,
le cathisme 17, alors que, le samedi, on lit le cathisme 9.
L'ancêtre de ces formes distinctes de mesonyktika se trouve
dans l'Horologion sinaïtique 865, daté du XIr' siècle", Ce dernier
ne connaît que deux formes de mesonyktika : une première pour
les jours de semaine avec le cathisme 17, et une seconde pour les
samedis et dimanches, avec le cathisme 9. La présence du cathisme

1. E. .D:HAKOBCKRfI., « Ilocnenosaaae HO<JHbIX 'JaCOB », TKJ(A 7-8 (1909),


p. 585-586 ; sur la tradition monastique égyptienne, voir JEAN CASSIEN, Insti-
tutions cénobitiques, livre II, 4-6 (SC 109, trad. J.-c. Guy, Paris, 1965, p. 64-
71). Sur le mesonyktikon, lire également FI. <PYH,J:\YJIHC, « IIoJIYHom;HHn;a »,
Besnoe 325 (1975), p. 9-12.
2. IIEHTKOBCKHfI., Tunuxou, p. 413. M. Skabal1anovitch commet une erreur
en affirmantque le Typikon d'Alexis le Stoudite fait référence au cathisme 17 lu
à l' apodeipnon. Cette forme particulière de l' apodeipnon pendant la quarantaine
est distincte du mesonyktikon mentionné plus bas dans le Typikon d'Alexis le
Stoudite. Voir CKABAJIJIAHOBH'J, TOJlK06b111 Tunuxon, 1, p. 431.
3. E. 3. CJIHBA,« 0 HeKOTophIX n;ePKOBHOCJIaBXHCKHx qacOCJIOBaX XIII-
XIV BB. (Ocoôeanocra cocrasa) », Pyc« u IOJ/CHble cnaesue (COCT. If pen.:
B. M. 3ArPEBHH), Saint-Pétersbourg, 1998, p. 188-189.
4. CKABAJIJIAHOBH'I, TOJlK06blU TUnUKOH, 1, p. 432 ; voir IIEHTKOBCKHfI.,
Tunuxou, p. 403-404, 239, 282.
80 LE TYPIKüN DÉCRYPTÉ

17 (psaume 118) dans cet office s'explique facilement par le


verset 62 de ce psaume: «Au milieu de la nuit (ueoovôxnov),
je me levais pour Te confesser. » Celui-ci va pour ainsi dire de
pair avec le nom de l'office. Ces deux formes primitives ont une
structure identique constituée de quatre parties, chacune étant
composée de trois tropaires et d'une prière.
Le mesonyktikon dominical n'apparaît que plus tardivement,
à partir du Xye siècle. Des deux autres formes il n'a conservé
que le psaume 50, et il est essentiellement constitué du canon
à la Sainte et Vivifiante Trinité selon le ton de l'Octoèque
attribué à Métrophane de Smyrne (IXe siècle), des tropaires de
saint Grégoire le Sinaïte (xrv- siècle), et d'une prière à la Très
Sainte Trinité attribuée à Marc le Moine (ye siècle). Les canons
à la Sainte Trinité commencent à apparaître dans les Octoèques
manuscrits du XIIIe siècle, mais leur utilisation ne semble se
généraliser qu'à partir du xv: siècle. Les typika hiérosolymitains
grecs ne le mentionnent pas, sans doute en raison de la célébration
de l'agrypnie qui venait annuler le mesonyktikon'.
Pour l'office de semaine, les éditions actuelles de l'Horologion
prévoient habituellement de lire la première prière de saint Basile
à l'église à partir du 22 septembre (lendemain de la clôture de
l'Exaltation de la Croix) jusqu'au dimanche des Rameaux. Dans
les horologia slaves, cette rubrique concerne les deux prières de
saint Basile. Certains horologia précisent que le prêtre la lit en
élevant les mains, mais dans la pratique athonite actuelle les deux
prières sont lues par le lecteur.
Les trois variantes de l'office se terminent par une litanie et un
rite de pardon qui se retrouvent dans l'office de l'apodeipnon à la
fin de la journée. Ainsi, les moines commencent et terminent leur
journée en se demandant mutuellement pardon, conformément à
l'ancienne pratique monastique en Égypte et en Palestine'.

1. CKABAIDIAHOBIIQ, Tomcosuû TUnUKOH, 1, p. 434.


2. Voir par exemple DOROTHÉE DE GAZA, Instructions diverses, 26 [SC 92,
éd. et trad. L. Regnault et 1. de Préville, Paris, 2001 2, p. 186-187].
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 81

LES MATINES QUOTIDIENNES

Schéma des matines quotidiennes

1. Office royal
2. Hexapsalme [psaumes 3, 37, 62,87, 102 et 142]
3. Grande synaptie
4. Le Seigneur est Dieu + tropaire apolytikion et théotokion
5. Stichologies du Psautier (cathismes) + tropaire-cathisme
6. Psaume 50
7. Canons
8. Laudes
9. Doxologie
10. Litanie des demandes
11. Apostiches
12. Il est bon de confesser le Seigneur... Trisagion-Notre Père
13. Tropaire apolytikion et théotokion
14. Ecténie
15. Première heure

L'office de matines (orthros = de l'aurore)! commence par ce


que l'on appelle aujourd'hui «l'office royal ». Il comprend les
psaumes 19 et 20. Ce petit office se serait greffé aux matines vers
le XIve siècle. Dans la tradition stoudite, les matines commen-
çaient habituellement par le psaume 62• De même, selon les
anciens typika sabaïtes, les matines commençaient directement
par la bénédiction initiale du prêtre et l'hexapsalme', L'office
royal actuel par lequel débutent les matines est donc un élément
tardif qui se trouve être, en fait, un office d'intercession prévu
.initialement pour les monastères de fondation impériale. Il s'est
par la suite étendu aux fondateurs de l'église ou du monastère", Le
1. Sur les matines, on pourra lire H. <PYH)J,YJIHC, « YTpeIDI », Beunoe 326
(1975), p. 14-19; 327 (1975), p. 13-18; 328 (1975), p. 11-14; 329 (1975),
p. 9-21 ; 330 (1975), p. 10-16.
2. A. ,IJ;MHTPHEBCKHH, « DoroCJIY:>KeHHe B PyCCKOH :U:epKBH B nepasre IDITb
BeKOB », IIC9 (1882), p. 363 ; MAHCBETOB, Mumpononum Kunpuan, p. 99.
3. Voir par exemple le Sin. gr. 1094, f. 3v.-4, édité par LOSSKY, Le Typikon
byzantin, p. 142-143.
4. M. ApPAHQ, OKO Ilepxosuoe - Hcmopus Tunuxoua, Rome, 1998, p. 63 ;
1. MATÉOS, «Quelques problèmes de l'orthros byzantin », POC 11 (1961),
p.201.
82 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Typikon d'Alexis le Stoudite prévoyait un office semblable tous


les soirs, après l' apodeipnon, dans le narthex de Saint- Panteleimon
où se trouvait la tombe du patriarche Alexis. Cet office constitué
de trois psaumes commence également par le psaume 19\. Dans
certains monastères, comme celui de Vatopédi au Mont Athos,
on a conservé l'usage d'aller faire après les vêpres un petit office
d'intercession sur le tombeau des fondateurs. À notre connais-
sance, le typikon de fondation du monastère de la Mère de Dieu
Eleousa, fondé en 1080 par Manuel de Stroumitza (au sud-est
de la Macédoine), est le premier document à mentionner un
« trisagion pour l'empereur », avec tropaires et ecténie du prêtre,
qui doit être célébré après le mesonyktikon et juste avant la
doxologie des matines''. Nous voyons donc ici l'origine du petit
préambule des matines pendant lequel on prie nommément pour
les souverains dans la courte ecténie qui suit les psaumes et les
tropaires (« Ô Dieu, sauve ton peuple»). Le choix des psaumes
peut alors s'expliquer par les versets suivants : « Seigneur, sauve
le Roi» (Ps 19, 10) ; « Seigneur, en ta force le Roi se réjouit»
(Ps 20, 2); «Le Roi a mis son espérance dans le Seigneur»
(Ps 20, 8). Cet ajout au début de l'office des matines s'est
généralisé au XIV' siècle par extension à partir de monastères de
fondation impériale comme la Grande Laure au Mont Athos lors
des réformes liturgiques engagées par les hésychastes.
Après la bénédiction du prêtre « Gloire à la sainte, consubstan-
tielle, vivifiante et indivisible Trinité... »vient la lecture de l'hexap-
sa1me qui est un élément très ancien de l'Horologion palestinien,
déjà adopté par les Stoudites. TI est constitué des psaumes 3, 37,
62,87, 102 et 142. M. Arranz rattache l'origine de ces six psaumes
à la moitié de la règle de l'ange, constituée de douze psaumes,
mentionnée par saint Jean Cassien". M. Skaba1lanovitch, de son
côté, fait remonter l'origine de l'hexapsa1me aux douze psaumes

1. IIEHTKOBCKHH, Tunuxou, p. 414; MARCBETOB, Mumpononum Kunpuan,


p.98.
2. Voir Règle de Nil, évêque de Tamasia, pour le monastère de la Mère de
Dieu de Machairas, Chypre (1210), dans: Byzantine Monastic Foundation
Documents, éd. J. THOMAS et A. C. lIERO (Dumbarton Oaks Studies 35), vol. 3,
Washington, 2000, p. 1136-1137.
3. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre 2, 4 (SC 109, trad. J.-c. Guy,
Paris, 1965, p. 64-65) ; M. APPARU, OKO Ilepxoeuoe - Hcmopus Tunuxoua;
Rome, 1998, p. 38.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 83

des matines mentionnés dans la règle de saint Benoît', Dans tous les
cas, l'hexapsalme est déjà cité dans le récit de Jean et de Sophrone
qui relate la célébration de l'agrypnie au Sinaï au VII" siècle',
Les rubriques du Typikon précisent que le frère désigné (dans la
pratique monastique actuelle, toujours le supérieur ou un dignitaire,
comme pour le psaume 103 des vêpres) le lit à voix basse, avec crainte
de Dieu et attention. Juste avant la description du déroulement des
matines, une rubrique précise encore davantage comment l'hexap-
salme doit être lu et comment doit se tenir l'assemblée pendant sa
lecture: «Aux matines, le frère désigné psalmodie l'hexapsalme
légèrement, avec quiétude et attention. De même, tous se tiennent
comme s'ils s'entretenaient avec Dieu lui-même et priaient pour
leurs péchés. Le frère doit psalmodier d'une voix simple et humble,
de manière à être entendu de tous. Personne n'a le droit d'éternuer
ou de cracher ou de quitter sa place ou de se déplacer ou d'entrer du
narthex extérieur dans l'église tant que l'hexapsalme est récité, car
cela est le signe d'absence de crainte, et de désordre. Si quelqu'un est
courbé par la vieillesse et rongé par la maladie et ne peut se retenir
de tout ce que nous venons de décrire, qu'il demeure devant l'église
jusqu'à la fin de l'hexapsalme et qu'alors il entre dans l'église,
au moment où l'on chante lentement: "Le Seigneur est Dieu" ou
"Alléluia" ». Cette rubrique se retrouve dans tous les anciens typika
sabaïtes'.
La description du même office pour la première semaine de
la Quarantaine souligne une fois de plus l'attention qui est due à
l' hexapsalme : « le frère désigné commence à lire les psaumes avec
attention et crainte de Dieu, comme s'il discutait avec Lui-Même
invisiblement, et priait pour nos péchés. Tous demeurent debout. TI
ne faut pas murmurer ici, mais écouter attentivement les psaumes
lus », Nous retrouvons une rubrique similaire dans les plus anciens
typika sabaïtes comme le Sin. gr. 10944 • TI faut préciser que l'hexap-

1. CKABAJInAHOBHQ, TOIIK06blU TUnUKOH, 2, p. 200-201.


2. M. ApPAHIJ;, OKOaepK06Hoe- Hcmopux Tunuxona; Rome, 1998, p. 57.
3. Par exemple, dans le Sin. gr. 1094, f. 3v.-4r., 71r. [LOSSKY, Le Typikon
byzantin, p. 142 et p. 244 = AMHTPHEBCKHH, Onucanue; 1. 3, T'IJ1ttK<X, h. 2,
p. 8]. Voir également Sin. gr. 1096, f. 157v. Nous tenons ce dernier renseigne-
ment de A. Lossky qui a lui-même consulté ce manuscrit inédit sur microfilm.
4. « et"ta rô Éç<x",aÀJlov JlE"tà 1t<XOTIÇ 1tpocroxiiç Kat epOJ30u 9EO'Ü, 00ç aiJ"tq>
cruÀÀaÀo'ÜV1:Eç àop<X"tO>Ç Kat oucrcmtO'ÜV"tEÇ oùrôv u1tÉp "toov <XJlapttoov Ty.toov »,
Sin. gr. 1094, f. 71. Voir LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 244.
84 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

salme était initialement psalmodié par la communauté, comme le


psaume 103 des vêpres. Selon une tradition, c'est pendant l'hexa-
psalme que surviendra le Second Avènement du Christ.
Ainsi, la psalmodie de l'hexapsalme des matines se distingue
de toutes les autres psalmodies pour lesquelles on ne précise pas
une si grande attention et une attitude aussi statique, et pendant
lesquelles il est généralement permis de s'asseoir. M. Arranz en
vient à penser que l'hexapsalme, en tant que partie de la règle
de l'ange, « ne fait pas partie de la psalmodie proprement dite
de l' orthros ; il peut être considéré comme une introduction à
l'orthros. Il trouve son parallèle dans l'hexapsalme du grand
apodeipnon. [... ) L'hexapsalmos de l'orthros pourrait être une
moitié de cet office déjà connu par Jean Cassien; l'autre moitié
serait celle de l'apodeipnon'. »
Après les trois premiers psaumes, les typika indiquent que le
sacristain (kandelanaptis ou paraecc1ésiarque) allume un cierge
qu'il colle sur les portes saintes afin que le prêtre puisse venir y lire
les prières matutinales. Il faut signaler qu'il n'est guère possible
de lire les douze prières pendant la seconde moitié de l'hexa-
psalme ; aussi, dans la pratique, le prêtre lit habituellement les six
premières à l'intérieur devant l'autel, et après « Gloire au Père »,
sort par la porte nord pour lire les six prières suivantes devant les
portes saintes. Dans l'usage grec, le prêtre lit ces prières devant
l'icône du Christ. Ces prières matutinales proviennent de l'ancien
office asmatique et étaient destinées, à l'origine, à accompagner
les diverses antiphones et actions liturgiques et à conclure les
synapties diaconales, comme c'est encore le cas aujourd'hui
pour les prières presbytérales de la Divine Liturgie et d'autres
sacrements. M. Arranz a étudié ces prières dans le détail et en a
bien montré le lien avec l'office asmatiqueê,
C'est au patriarche Philothée de Constantinople (xrv' siècle)
que nous attribuons cette synthèse des deux offices. Une première
réforme a eu lieu lorsque les Stoudites adoptèrent l'Horologion
palestinien. Mais alors, les prières presbytérales de l'office

1. M. ARRANz, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP


38 (1972), p. 91, note 1.
2. Voir: M. ARRANz, « Les prières presbytérales des matines byzantines »,
OCP 37 (1971), p. 406-436 et 38 (1972), p. 64-114; «L'office de l'asmatikos
orthros (matines chantées) de l'ancien Euchologe byzantin », OCP 47 (1981),
p. 122-157.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 85

asmatique avaient été réparties tout au long de l'office. Dmitrievsky


fut l'un des premiers à noter que ces prières correspondaient d'une
part, par leur contenu, à divers moments des matines (par exemple,
grande synaptie, psaume 50, laudes, etc.) et d'autre part, par leurs
ecphonèses, aux ecphonèses des diverses synapties de l'office de
matines'. Ainsi, à l'origine, ces prières étaient intitulées: «prière
pour la lecture de l'évangile », «prière pour le psaume 50 »,
«prière des laudes », «prière de la doxologie» qui ont peu à peu
disparu lorsque leur lecture a été fixée pendant l'hexapsalme par la
Diataxis du patriarche Philothée au XIve siècle'. Comme l'explique
M. Arranz, « cette prépondérance du typikon du Stoudion s'effacera
devant une nouvelle vague sabaïte, qui sans rompre totalement avec
les innovations des moines de la Polis, va tout de même pousser les
moines à un retour aux sources plus austères des monastères de la
campagne ou du désert. Paradoxalement, ce sera cet office sabaïte
de la seconde vague qui va remplacer l'office stoudite et prendre
aussi la relève de l'ancien asmaticos akolouthia, c'est-à-dire de
l'office des églises séculières' ».
Ainsi, la réforme résultant de la diffusion du typikon sabaïte
entreprise au XIVe siècle a fait disparaître ces prières presbytérales
des divers moments de l'office pour les réunir en un bloc destiné
à être lu secrètement par le prêtre pendant que l'assemblée écoute
l'hexapsalme. La raison était peut-être une certaine « fidélité» à
l'office palestinien qui ne connaissait pas à l'origine ces prières.
Toutefois, cette réforme peut paraître quelque peu paradoxale
puisqu'il s'ensuit que le prêtre doit sortir devant les portes saintes
et effectuer une action liturgique à un moment où tous doivent
demeurer immobiles et attentifs à la règle de prière que représente
la lecture des six psaumes. À ce propos, A. Dmitrievsky consi-
dérait ouvertement cette nouvelle disposition des prières comme
incorrecte", M. Arranz estime que cette réforme entreprise par
la Diataxis du patriarche Philothée n'a pas «fait autre chose
que canoniser une situation qui avait eu ses origines déjà depuis
quelques siècles : depuis qu'on avait commencé à célébrer l'office

1. A. )l;MHTPHEBCKllM, « YTpeHHlHl MOJIHTBbI », PyKCn 42 (1886), p. 186-


192.
2. Ibid., p. 182-183; CKABAJIJIAHOBHQ, TOllK06blU TUnUKOH, p. 205-208.
3. M. ARRANz, «Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 85.
4. A. )l;MHTPHEBCKHM, « YTpeHHIDI MOJIHTBbI », PyKCn 42 (1886), p. 186.
86 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

monastique palestinien, tout en conservant l'ancien Euchologe


de Constantinople. [... ] Et c'est l'autorité de cet Euchologe qui a
garanti ainsi la survivance de ces prières des vêpres et des matines
dans un état de congélation' », M. Skaballanovitch, enfin, avait
émis l'hypothèse que la lecture des prières presbytérales avait été
assignée à la seconde moitié de l'hexapsalme pour que le prêtre,
lui aussi, puisse au moins écouter la moitié de l'hexapsalmeê.
Après l'hexapsalme, pendant lequel a lieu la lecture secrète
des prières matutinales, vient la grande synaptie qui n'apparaît
pas dans les horologia, mais seulement dans le Hiératikon. Cette
litanie est dite par le diacre devant les portes saintes. S'il n'y a
pas de diacre, c'est le prêtre qui la dit. Dans l'usage grec, les
jours ordinaires, cette litanie est dite par le prêtre à l'extérieur
devant les portes saintes, alors que les jours où on lit l'évangile à
l' orthros, le prêtre la dit devant l'autel. Après celle-ci vient l'exé-
cution par le canonarque (ou le diacre dans la tradition russe) de
versets psalmiques avec un refrain repris par le chœur. Il s'agit du
chant « Le Seigneur est Dieu» (Ps 117, 27.26) qui, jadis, n'était
utilisé que pour les matines festives, c'est-à-dire quand l'office
du Ménée comportait un tropaire - les autres jours, on chantait
«Alléluia », Le développement du cycle annuel et des Ménées a
entraîné la diminution du nombre d'offices d'Alléluia (conservé
uniquement pour les jours de semaine pendant la Quarantaine et
l'office des défunts dans la pratique courante).
Les versets psalmiques du «Seigneur est Dieu» et de
« Alléluia» sont énoncés par le canonarque, alors que le chœur
reprend le refrain: «Le Seigneur est Dieu» ou «Alléluia ».
J. Matéos compare cette exécution à celle des grands prokeimena
des soirs de grandes fêtes et les dimanches de la Sainte
Quarantaine". Le chœur chante ensuite le trop aire apolytikion du
Ménée et le théotokion (voir quatrième annexe du Ménée).
Viennent ensuite les stichologies du Psautier (voir tableau
de distribution dans le Psautier). Après chaque stichologie

1. M. ARRANz, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP


38 (1972), p. 80.
2. CKABAJUIAHOBIIQ, TOJlK06bIU TUnUKOH, 2, p. 208.
3.1. MArnos, « Quelques problèmes de l'orthros byzantin », POC 11 (1961),
p.203.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 87

(cathisme), on chante des hymnes, appelées «cathismes» ou


«tropaires-cathismes », que l'on trouve dans l'Octoèque.
Après les stichologies du Psautier, un lecteur (le supérieur dans
la tradition grecque) lit le psaume 50, puis on chante les canons. Il
s'agit à l'origine du véritable début de l'office de matines, toute la
psalmodie qui le précède étant en fait les vestiges d'une psalmodie
nocturne de l'antique mesonyktikon (office de minuit)'.
De nos jours, les canons sont composés de neuf odes, mais
la deuxième, en dehors du Carême, est toujours absente. Cette
structure suit les neuf cantiques bibliques qui, jadis, étaient
psalmodiés aux matines et qui, de nos jours, ne le sont que
pendant la Sainte Quarantaine. Aujourd'hui, en temps ordinaire,
on intercale le nombre de versets de l'ode biblique avant les
tropaires du canon pour parvenir au nombre de quatorze tropaires
par ode, soit: l'hirmos (deux fois normalement), suivi de 10
versets de l'ode avec les tropaires, « Gloire au Père ... » ; tropaire,
« Et maintenant. .. » ; théotokion, puis catavasie s'il y a lieu.
Les neufs cantiques bibliques constituant la structure du
canon des matines et figurant dans le Psautier palestinien sont:
1) le cantique de Moïse (Ex 15, 1-19) ; 2) le cantique de Moïse
(Dt 32, 1-43) ; 3) la prière d'Anne (1 R 2, 1-10) ; 4) la prière
d'Habacuc (Ha 3, 1-19) ; 5) la prière d'Isaïe (Is 26, 9-20) ; 6) la
prière de Jonas (Jo 2,3-10) ; 7) la prière des trois jeunes gens
(Dn 3,26-56) ; 8) le cantique des trois jeunes gens (Dn 3,57-
88) ; 9) le Magnificat et le Benedictus (Le 1,46-55.68-79).
À l'office quotidien, on chante généralement trois canons
(deux de l' Octoèque et un du Ménée ; s'il y a deux canons dans le
Ménée, alors on lit un de l'Octoèque et deux du Ménée). Chaque
ode commence par l'hirmos du premier canon, une hymne qui fait
le lien entre l'hymnographie et le matériau biblique. Puis on lit les
tropaires du premier canon, du deuxième et du troisième, et on
passe à l'ode suivante. Dans la pratique de la plupart des monas-
tères athonites (excepté ceux qui observent strictementle Typikon),
on ne chante que les 1re, 3e et ~ odes, les autres odes étant lues.
Après les 3e , 6e , 8e et ge odes, on chante comme catavasie
l'hirmos du troisième canon. Après les 3e , 6e et ge odes, le diacre
dit une petite synaptie, après quoi le chœur chante les hymnes
appropriées. Après la 8e ode, on chante le Magnificat (Le 1,46-

1. Ibid., p. 22-24.
88 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

55), avec comme refrain -« Plus vénérable que les Chérubins... »


(qui est l'hirmos de la ge ode du canon du Grand Samedi). C'est
le seul cantique biblique préservé quotidiennement à l'office
des matines dans la pratique actuelle paroissiale russe. On peut
résumer la structure du canon par ce schéma:

Odet
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires [Ménée]
Ode 3
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires + hirmos (catavasie) [Ménée]

Petite synaptie [2e kondakion, s'il y en a 2]. Tropaires-cathismes du


Ménée.

Ode 4
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires [Ménée]
OdeS
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires [Ménée]
Ode 6
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires + hirmos (catavasie) [Ménée]

Petite synaptie. Kondakion [et ikos] du Ménée.

Ode 7
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires [Ménée]
OdeS
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires + hirmos (catavasie)' [Ménée]

1. N. B. : la catavasie de la huitième ode est toujours précédée du dernier


verset du huitième cantique biblique : « Louons, bénissons, adorons le Seigneur,
chantons-le et exaltons-le dans les siècles. » De même, à la huitième ode, au
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 89

Magnificat

Ode 9
Canon 1 Hirmos + tropaires [Octoèque]
Canon 2 tropaires [Octoèque ou Ménée]
Canon 3 tropaires + hirmos (catavasie) [Ménée]

Petite synaptie. Photagogikon ou exapostilaire de l'Octoèque et du


Ménée.

S'il est d'usage de chanter les jours ordinaires l'hirmos du 3e


canon comme catavasie après les 3e, 6e, 8e et ge odes, le chant des
catavasies le dimanche et les jours de fêtes est différent. Il dépend
de la période de l'année liturgique. On chante alors une catavasie
après chaque ode du canon d'après le tableau suivant:

Chant des catavasies des dimanches et des jours de fête


1. Du 1er septembre au 21 septembre: Hirmi du canon de l'Exaltation
de la Croix (ton 8).
2. Du 22 septembre au 20 novembre: Hirmi du canon de la Mère de
Dieu (ton 4) [Ma bouche s'ouvrira].
3. Du 21 novembre au 31 décembre: Hirmi du canon de la Nativité
(ton 1).
4. Du 1er janvier au 14 ianvier: Hirmi du canon de la Théophanie (ton 2).
5. Du 15 janvier à la clôture de l'Hypapante : Hirmi du canon de l'Hy-
papante (ton 3).
6. De la clôture de l'Hypapantejusqu'au 31 juillet: Hirmi du canon de
la Mère de Dieu (ton 4) [Ma bouche s'ouvrira], à l'exception de la
période du Triode et du Pentecostaire où l'on chante les catavasies
prévues par le Triode et le Pentecostaire.
7. Du 1er août au 6 août: Hirmi du canon de l'Exaltation de la Croix
(ton 8).
8. Du 7 août au 13 août: Hirmi du canon de la Transfiguration (ton 4).
9. Du 14 août au 23 août: Hirmi du canon de la Dormition (ton 1).
10. Du 24 août au 31 août: Hirmi du canon de l'Exaltation de la Croix
(ton 8).

lieu de « Gloire au Père ... », on dit: « Bénissons le Seigneur, le Père, et le Fils,


et le Saint-Esprit, maintenant et toujours ... »
90 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Après le canon, les jours non festifs, on lit les laudes et la


doxologie. Il faut savoir que, dans l'Horologion, il y a deux textes
différents des laudes et de la doxologie :

Office non festif Office festif


Rédaction palestienne Rédaction constantinopolitaine
Laudes lues : Laudes chantées:

Que tout souffle loue le Seigneur.


(Ps 150, 5)
Louez le Seigneur du haut des Louez le Seigneur du haut des
cieux. (Ps 148, 1) cieux. (Ps 148, 1)
R. : A toi convient la louange, R. : A toi convient la louange,
ô Dieu. ô Dieu.
Louez le Seigneur du haut des Louez le Seigneur du haut des
cieux. Louez-le dans les hauteurs. cieux. Louez-le dans les hauteurs.
(Ps 148, 1) (Ps 148, 1)
R. : A toi convient la louange, R. : A toi convient la louange,
ô Dieu. ô Dieu.
Louez-le tous ses anges. Louez-le Louez-le tous ses anges. Louez-le
toutes ses puissances. (Ps 148, 2) toutes ses puissances. (Ps 148, 2)
R. : A toi convient la louange, R. : A toi convient la louange,
ô Dieu. ô Dieu.
Louez le soleil et la lune, etc. Louez le soleil et la lune, etc.
(Ps 148, 149 et 150) (Ps 148, 149 et 150)
Aux derniers versets du psaume
À Toi revient la gloire, Seigneur 150, on ajoute les stichères des
notre Dieu ... laudes.
Gloire à Toi, qui nous as montré Gloire à Toi, qui nous as montré
la lumière ... la lumière ...
Doxologie lue : Grande doxologie chantée:
Gloire à Dieu au plus haut des Gloire à Dieu au plus haut des
cieux... cieux ...
Chaque jour je Te bénirai ... Chaque jour je Te bénirai ...
Daigne, Seigneur ...
Seigneur, Tu es un rempart d'âge Seigneur, Tu es un rempart d'âge
en âge... en âge...
Daigne, Seigneur ... Trisagion
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 91

Notons ici que le chant de la grande doxologie', dans sa


rédaction constantinopolitaine, est précédé d'une forme plus
festive des laudes qui sont alors chantées selon le ton du premier
stichère. Celles-ci débutent par le dernier verset du psaume 150 :
« Que tout souffle loue le Seigneur» (Ps 150, 5), après quoi
on chante la première partie du premier verset du psaume 148
avec pour refrain non psalmique : «À toi convient la louange,
ô Dieu. » Cette structure avec refrain du début des laudes pour les
jours festifs n'est pas sans rappeler l'exécution des antiphones de
l'office asmatique avec leurs refrains-, et plus particulièrement
celle des laudes dans l'office asmatiqueê. Or, dans cet office de
la Grande Église, les laudes précédaient la lecture de l'évangile.
M. Arranz note à ce propos que le dernier verset du psaume 150
servant de refrain aux laudes de l'office asmatique a donné lieu
à un doublet, sous la forme d'un prokeimenon fixe, constitué des
versets 6 et 1 du psaume 150 et précédant l'évangile matutinal,
lorsque la lecture de celui-ci fut placée juste avant le psaume
50 des matines de l'office sabaïte", De plus, le verset d'intro-
duction à la doxologie: «Gloire à Toi qui nous as montré la
lumière» était lui aussi à l'origine un refrain des laudes dans
l'office asmatique'. Il est vrai que la synthèse des usages pales-
tiniens et constantinopolitains est antérieure au XIve siècle. La
plus ancienne version du typikon sabaïte, le Sin. gr. 1094 (XII e -
XIIIe siècle), mentionne déjà cette structure festive et chantée des
laudes, indiquée par l'expression« nacra nvo,,6 ». Signalons que
l'absence de tropaires pour « nacra 1tVO" » dans l'office monas-
tique fait l'objet d'interrogations au VIle siècle dans la Narration
de Jean et Sophronel.
Mais avec la diffusion du Typikon néo-sabaïte à la fin du
XIVe siècle, la rédaction constantinopolitaine de la grande

1. Sur le texte de la grande doxologie, lire A. GASTOUÉ, « La grande doxo-


logie. Étude critique », Revue de l'Orient chrétien 4 (1899), p. 280-290.
2. JIIICIIQbIH, IIep60Ha'lMbHb1Ü Clla6JlHo-PycCKUÜ Tunuxon; p. 85.
3. H . .D:. YCIlEHCKHfI, « qHH BCeHOIIJ;Horo 6,IJ;eHIDI Ha IIpaBoCJIaBHoM
Bocroxe H B PYCCKOft IJ;epKBH », BT19 (1978), p. 43.
4. M. ARRANZ, «Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 90, note 2.
5. D. BALFOUR, «La réforme de l'Horologion », Irénikon 7 (1930), p. 175.
6. Sin. gr. 1094, f. 18v., 35r., 56r., 64r., 65v., 84r. [édité par LOSSKY,
Le Typikon byzantin, p. 165, 189,221,233,236,260].
7. JEAN et SOPHRONE, Narration, II, 40, p. 253.
92 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

doxologie, précédée des laudes dans une interprétation d'origine


asmatique, s'est imposée pour les jours festifs et a remplacé
la rédaction hiérosolymitaine de cette doxologie et la lecture
psalmodiée des laudes qui furent alors réservées aux jours non
festifs.
Les jours non festifs, après la doxologie, le prêtre dit la litanie
des demandes (car généralement, les jours non festifs, le diacre
n'intervient pas aux matines). Puis on dit la prière psalmique :
« Il est bon de confesser le Seigneur» (Ps 91,2-3). On ajoute
à celle-ci les prières du Trisagion: «Saint Dieu, Saint Fort,
Saint Immortel... », « Gloire: Et maintenant ... », «Très Sainte
Trinité »,« Kyrie, eleison »,« Gloire: Et maintenant ... »,« Notre
Père », On chante ensuite le tropaire apolytikion se trouvant dans
le Ménée (voir à la fin des vêpres) avec le théotokion approprié
(voir quatrième annexe des Ménées).
Le prêtre dit alors l'ecténie (ou «prière instante»), puis la
première partie du congé :

Prêtre : Sagesse !
Chœur: Maître, bénis !
Prêtre : Il est béni, Celui qui est, le Christ notre Dieu, en tout temps,
maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Chœur: Affermis, ô Dieu, la sainte foi orthodoxe des chrétiens
orthodoxes pour les siècles des siècles.

Le lecteur lit alors la première heure, en commençant direc-


tement par: «Venez, adorons ... » Ce n'est qu'à la fin de
celle-ci que le prêtre dira: «Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu,
notre espérance, gloire à Toi!» Le chœur: «Gloire... Et
maintenant ... » Kyrie, eleison (3 fois). «Maître, bénis!» Et
de nouveau le prêtre: «Que le Christ notre vrai Dieu, par les
prières ... »
Pour résumer, nous pouvons dire qu'il existe cinq sortes de
matines dont nous verrons ultérieurement le déroulement dans
le détail:
1. Matines avec « Alléluia» (célébrées de nos jours essentiel-
lement en semaine, pendant la Sainte Quarantaine) ;
2. Matines avec «Alléluia» des défunts (célébrées les jours où
l'on commémore les défunts) ;
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 93

3. Matines quotidiennes avec «Le Seigneur est Dieu», la


doxologie lue dans sa rédaction hiérosolymitaine, les apostiches,
et éventuellement des stichères aux laudes;
4. Matines avec grande doxologie, avec «Le Seigneur est
Dieu », les laudes et la grande doxologie chantées, mais sans
évangile;
5. Matines festives (lorsqu'il y a eu l'entrée aux vêpres), avec
«Le Seigneur est Dieu », le polyeléos, l'évangile, les laudes
et la grande doxologie chantées (inclut les dimanches et-les
agrypnies).

LES HEURES

Schéma des heures

1. [Si on ne lit pas l'heure à la suite d'un autre office, prières


initiales]
2. Venez, adorons ...
3. Trois psaumes
4. Tropaire(s)
5. Théotokion de l'heure
6. Prière psalmique
7. Trisagion ... Notre Père
8. Kondakion
9. Kyrie, eleison (40 fois)
10. Toi qui en tout temps et à toute heure ...
11. Kyrie, eleison (3 fois). Gloire: Et maintenant: Plus vénérable que
les Chérubins ... Au nom du Seigneur, maître, bénis!
14, Prière

Par le terme « heure », on désigne dans l'Horologion tout


office destiné à être célébré à une heure déterminée du jour ou
de la nuit'. À notre époque, ce terme renvoie à quatre petits
1. E. ,IJ;HAKOBCKllli, «Tloœrenoaaaae HO'JHbIX 'JaCOB », TK.aA 7-8 (1909),
p. 546. Voir également: R. TAFT, La Liturgie des Heures en Orient et en Occi-
dent. Origine et sens de l'Office divin, Turnhout, 1991; N. EoENDER, «La
prière des Heures », La Prière des Églises de rite byzantin, vol. 1, Chevetogne,
1975; MGR CASSIEN et B. BOTIE, La Prière des Heures (Lü 35), Paris, 1963 ;
H. <PYH,JJ;YJIHC, « qacbI », Be'lHoe331 (1976), p. 6-12.
94 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

offices: prime, tierce, sexte et none. En plus de ces quatre


offices, le Grand Horologion connaît également quatre offices
d'heures dites «intermédiaires ». Il existe aussi un office
appelé « typiques ».
Chaque heure est constituée de trois psaumes. Le choix
d'un grand nombre de ces psaumes est déjà attesté par l'ancien
Horologion Sin. gr. 863, qui contenait toutefois de six à huit
psaumes par office. Ici, la structure à trois psaumes est une spéci-
ficité de l'office monastique palestinien'. Saint Jean Cassien
témoigne de la célébration des heures à trois psaumes dans les
monastères de Palestine et de Mésopotamieê, Cette pratique,
selon lui, vient tempérer «la perfection et la discipline rigou-
reuse et inimitable des Égyptiens' », Cassien affirme, en effet,
l'origine égyptienne de la règle des douze psaumes ou « règle
de l'ange », Il dit que dans ce milieu, «certains même ont pensé
que dans l'office diurne des prières - c'est-à-dire tierce, sexte et
none -, il fallait harmoniser le nombre des psaumes et des prières
avec celui des heures dans lesquelles ces hommages sont rendus
à Dieu [c'est-à-dire trois psaumes et prières à tierce, six à sexte,
neuf à none]. À d'autres il a plu d'appliquer le nombre de six à
chaque réunion du jour" »,
La structure tripsalmique reflète donc la pratique palesti-
nienne. Après la psalmodie viennent les tropaires du jour (dans le
ménologe) lorsqu'il y a eu « Le Seigneur est Dieu» aux matines,
ou le tropaire de l'heure accompagné de versets psalmiques
lorsqu'il y a eu «Alléluia». Ensuite, il y a pour chaque heure
un théotokion. Puis on lit une courte prière psalmique constituée
de versets psalmiques ou de cantiques bibliques, et les prières
du Trisagion. Après le Notre Père, on dit le kondakion du jour
(dans le ménologe) ou les kondakia de l'heure, puis quarante
fois « Seigneur, aie pitié », la prière des heures (« Toi qui en tout
temps et à toute heure»), et chaque heure se termine par une
prière qui lui est propre.

1. E. ,Il;HAKOBCKHfI, « IIocJIe,IJ;oBaHHe HO'iHbIX 'iaCOB », TK,IfA 7·8 (1909),


p.551.
2. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre Ill, 3,1 (SC 109, trad. J.-C.
Guy, Paris, 1965, p. 94-95).
3. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre Ill, 1 (ibid., p. 92-93).
4. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre Il, 2, 2 (ibid., p. 58-61).
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 95

En plus de ces quatre petits offices des heures, il existe des


heures intermédiaires (J.LEO'ooptOV ; MemAO'ldtïe). Comme l'explique
M. Skaballanovitch, c'est une caractéristique de l'ordo hiérosoly-
mitain. Elles sont déjà attestées au xn- siècle par le Typikon de
Chiomgvime (1172) et on les retrouve dans les horologia sinaï-
tiques des xne et xnr siècles'. E. Diakovskij explique que cela
provient du désir de faire correspondre le nombre d'offices aux
vingt-quatre heures de la joumée-. Selon lui, la règle des douze
psaumes ou «règle de l'ange» prenant ses origines dans le
monachisme pachômien d'Égypte, tel que nous l'atteste Cassien',
a engendré une règle de douze psaumes récités non seulement
pendant la nuit mais aussi pendant le jour. Ainsi, les moines avaient
une règle de vingt-quatre psaumes pour les vingt-quatre heures
du jour. Ce phénomène fut à l'origine de la pratique observée
entre autres par les moines acémètes de Constantinople. Dans
une tentative de synthétiser la tradition monastique égyptienne
avec celle de Palestine, la règle des douze psaumes du jour serait
venue s'ajouter aux quatre offices tripsalmiques diurnes. Devant
l'impossibilité d'accomplir à la fois les offices des heures du jour
et la règle des douze psaumes, cette dernière aurait été divisée en
quatre petits offices tripsalmiques destinés à être lus en cellule
et formant ainsi des doublets nommés « heures intermédiaires»
des quatre offices des heures du jour lues à J'église". L'étude de
E. Diakovskij a bien montré la diversité qui existe entre les anciens
horologia manuscrits dans le choix des psaumes constituant ces
heures intermédiaires. Cela peut s'expliquer par le fait qu'il a
existé différentes règles des psaumes du jour et de la nuit".
Les heures intermédiaires suivent un modèle tripsalmique où
le choix des psaumes est exactement le même que dans l'Horo-
logion Sin. gr. 865 du XI~ siècle", La psalmodie est suivie de
tropaires particuliers à chaque heure intermédiaire. Après ceux-
ci, on dit immédiatement «Seigneur, aie pitié ». Dans l'usage

1. CKABAJIJIAHOBH'I, TOAK06blÜ Tunuxou, 1, p. 422-423.


2. E. )l;HAKOBCKHA, « Ilocnenosaaae HOqHbIX qaCOB », TK!{A 7·8 (1909),
p.551. '
3. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre II, 4-6 (SC 109, p. 64-71).
4. E. ,!J;:HAKOBCKHA, « Ilocnenoaaaae HOqHhIX qaCOB », TK,l(A 7-8 (1909),
p. 560-561, 578-579.
5. Ibid., p. 561-567.
6. Ibid., p. 565-566.
96 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

stoudite, on disait trente «Kyrie, eleison» à la fin de chaque


heure. Avec l'introduction du typikon sabaïte, on est passé à
quarante. Chaque heure intermédiaire se conclut par une prière
qui lui est propre.
Le Typikon prévoit de supprimer les heures intermédaires
pendant les périodes festives de l'année. Cette suppression vient
alléger le rythme des offices liturgiques accordant aux moines un
certain repos en ces temps de réjouissance. Une telle suppression
est observée à partir de la Nativité du Christ jusqu'à la clôture de
la fête de la Théophanie, pendant la semaine pascale et pendant la
semaine après la Pentecôte. Cependant, les heures intermédiaires
ne sont plus pratiquées aujourd'hui. Certains typika athonites les
recommandent seulement au temps du jeûne de la Nativité, quand
le saint du jour n'a pas de doxastikon et qu'on chante l'Alléluia
aux matines, mais cette règle n'est guère appliquée.
L'office des typiques est, quant à lui, un ancien office de
communion des anachorètes palestiniens attesté dans l'Horo-
logion manuscrit Sin. gr. 863 du uce siècle'. De nos jours, cet
office est généralement omis hors de la Sainte Quarantaine et
des jours aliturgiques. Thutefois, au Mont Athos, on le lit tous
les jours, en soustrayant les parties exécutées lors de la Divine
Liturgie. En effet, certaines parties de cet office monastique
se sont rattachées à d'autres parties de la Divine Liturgie de
l'Euchologe cathédral constantinopolitain, tels les psaumes et les
Béatitudes qui remplacent les antiphones au début de la liturgie
eucharistique (Ps 102 et 145), de même que le chant «Que le
nom du Seigneur soit béni» (Ps 112, 2) et le psaume 33 à la fin
de liturgie. Or, comme le rappelle J. Matéos, « selon le Typikon
de l'Evergétis, les monastères, qui suivaient la règle stoudite, ne
chantaient pas les typiques à la liturgie, mais après none, et les
moines y recevaient l'antidoron. C'est un usage intermédiaire
entre l'ancien office de communion et l'office plus moderne qui
a perdu tout rapport à I'Eucharistie' »,
Selon certains manuscrits liturgiques du XIVe siècle, les
typiques étaient chantés après la sixième heure lorsqu'il n'y avait

1. Voir J. MATÉOS. « Un horologion inédit de Saint-Sabas », Studi e testi 233,


Vatican, 1964, p. 54-55.
2. Ibid., p. 68. Selon N. Uspensky, les typiques n'étaient célébrés à l'Ever-
getis que les jours où la Divine Liturgie n'avait pas eu lieu. Voir: H. YCIlEH-
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 97

pas de jeûne, et après la neuvième heure les jours de jeûne. Cela


représente une nouveauté par rapport à la tradition stoudite où la
neuvième heure précédait toujours l'office des typiques 1•
Ainsi, cet office des typiques semble précéder le moment
où les moines prennent leur premier repas de la journéeê, Dans
le premier cas, on chante les psaumes 102 et 145, suivis des
Béatitudes. Lorsqu'ils sont chantés à la liturgie, on commence
les typiques par les finales des Béatitudes: «Souviens-toi de
nous ... » Viennent ensuite des tropaires (<< Le chœur céleste... »)
et le Credo. Puis la prière «d'absolution» (« Efface, remets,
pardonne» - iiveç , ii<jleç, <ro)'XroPTI<}"QV)3, le Notre Père, puis le
kondakion du jour. Puis: « Kyrie, eleison» (12 fois), la prière à
la Sainte Trinité, « Que le nom du Seigneur soit béni», le psaume
33 et le congé final.
Dans le cas de la Sainte Quarantaine, le déroulement des typiques
est le suivant. Après la neuvième heure, on chante les Béatitudes.
Puis on lit les tropaires, le Credo, la prière d'absolution, le Notre
Père, les kondakia et les quarante « Kyrie, eleison », Puis vient
ensuite: « Plus vénérable que les Chérubins ... », accompagné de
l'ecphonèse du prêtre, la prière de saint Éphrem et ses métanies,
puis les vêpres.

CKHfI,« JIHT}'PrIDI Ilpescteocaameaasrx Ilapos. RCTOPHKO-JIHTYprlf'feCKH:H


osepx », BTl5 (1975), p. 154.
1. E. 3. CmIBA, « 0 HeKOTopbIX IIepKOBHOCJIaBjJHCKHX qacOCJIOBax XIII-
XIV BB. (Oco6eHHocTH cocrasa) », Pyc» U IO:JICHble cnaesne (COCT. H pen.:
B. M. 3arpe6HH), Saint-Pétersbourg, 1998, p. 188.
2. Conformément à la pratique du jeûne observée par Cassien chez les
moines palestiniens: JEAN CASSIEN, Conférences, XXI, Il (SC 64, Paris, 1959,
p.86).
3. Sur cette prière et son lien avec les typiques, voir A. WADE, « La prière
aVEç, acjleç, O'U'YXcOPTlO'ov. La pratique palestinienne de demander l'absolution
pour la communion solitaire et quotidienne. Lex orandi pour une orthopraxis
perdue? », (9wLa aliéoeox; Mélanges liturgiques offerts à la mémoire de l'ar-
chevêque Georges Wagner, éd. : J. GETCHA et A. LOSSKY (AS 2), Paris, 2005,
p.431-435.
98 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

LES VÊPRES QUOTIDIENNES

Schéma des vêpres quotidiennes

1. Psaume 103
2. Grande synaptie
3. Stichologie du Psautier (cathisme)
4. Petite synaptie
5. Lucernaire (Seigneur, je crie vers Toi)
6. Lumière joyeuse
7. Prokeimenon du soir
8. Daigne, Seigneur
9. Litanie des demandes
10. Apostiches
Il. Cantique de Syméon (Maintenant, Maître)
12. Tropaire apolytikion et théotokion
13. Ecténie
14. Congé

La journée liturgique commence par les vêpres. L'Église a en


effet hérité de l'antique répartition des heures du jour et de la
nuit, où la nuit était considérée comme la première partie de la
journée. Cela est déjà attesté dans le livre de la Genèse où l'on
peut lire: « Il fut un soir, il fut un matin: jour un» (Gn 1,5). De
même dans les psaumes: «Le soir, le matin et à midi j'implo-
rerai et je m'écrierai, et Dieu entendra ma voix» (Ps 54, 18)1.
Après la bénédiction initiale (« Béni est notre Dieu») et
les versets: «Venez, adorons », les vêpres commencent par le
psaume 103conformément à la tradition palestinienne. Ce psaume
est normalement lu par le président. Comme les vêpres ouvrent
par la récitation de ce psaume le cycle liturgique quotidien, ce
psaume est parfois désigné du nom de « psaume préliminaire»
ou «d'introduction », ou tout simplement comme «premier
psaume» (1tPOOllltaKQV 'l'UÂ.1l0V; nfpKOHd'lIll\HloIit ldl\OM7> ou
nipKhlit ldl\OM7». Dans l'office asmatique de Constantinople, les
vêpres commençaient par le psaume 85. Dans l'office monastique
palestinien, le psaume 85 est lu à none", Dans l'office asmatique,

1. 1. FOUNTOULIS, «Les Vêpres» (trad. russe), L'Éteme1334 (1976), p. 3.


2. O. STRUNK, «Byzantine Office at Hagia Sophia », DOP 9-10 (1955-
1956), p. 184.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 99

le psaume 103 suivait le psaume 85, aux vêpres du dimanche soir!.


On ne sait pas avec exactitude à quelle époque ce psaume est entré
dans le déroulement des vêpres palestiniennes. La Narration de
Jean et Sophrone (VII" siècle) ne le mentionne pas-, Selon Matéos,
la première allusion serait de saint Théodore le Stoudite dans
la 73e de ses Grandes Catéchèses (vnr siècle)", li est cependant
bien attesté dans l'Horologion Sin. gr. 863 du IXe siècle. Dans
la pratique des horologia imprimés actuels, on répète à la fin du
psaume les versets 19, 20 et 24. Toutefois, l'ancien Horologion
Sin. gr. 863 ignorait la répétition de ces versets".
Pendant le psaume 103 est prévue la récitation secrète par le
prêtre des prières presbytérales tirées de l'Euchologe constantino-
politain, une réforme introduite au XIve siècle par la Diataxis du
patriarche Philothée". Ces prières étaient destinées, à l'origine, à
accompagner dans les vêpres asmatiques (Typikon de la Grande
Église) les diverses antiphones et actions liturgiques, dont elle
concluaient habituellement les synapties diaconales. À la suite
de A. Dmitrievsky, M. Arranz, qui a lui aussi étudié les prières
du lucernaire (ei>xàç 'toi) Â:UXV1KOi) - CK'iiTHAbHH'IHblb. MOAHTKbl),
a bien montré le lien avec l'office asmatique", Ces prières de
l'office asmatique furent d'abord introduites par les Stoudites
dans l'office monastique palestinien; elles étaient lues à divers
moments de la célébration. Cependant, dans les anciens manus-
crits liturgiques de rédaction stoudite du XIVe siècle, leur nombre
varie d'un manuscrit à l'autre?
Ainsi, dans un mouvement de réforme et de synthèse, un
certain désir de revenir à la simplicité de l'office palestinien qui

1.M. ARRANz, « L'office de l'Asmatikos Hesperinos », OCP 44 (1978),p. 393.


. 2. JEAN et SOPHRONE, Narration, 1, 5, p. 251.
3. J. MATÉOS, «La synaxe monastique des vêpres byzantines », OCP 36
(1970), p. 261.
4. VoirJ. MATÉOS, « Un horologion inédit de Saint-Sabas », Studi e testi 233,
Vatican, 1964,p.69.
5. J. GoAR, EixoÀ6ywv Sive Ritua/e Grœcorum Complectens, Paris, 1647,p. 2-3.
6. Voir A. )];MUTPUEBCKUR, « Besepaaa MOJIUTBbI », Py"CII 33 (1888),
p.494-507; 36 (1888) p. 20-32 ; M. ARRANz, «Les prières sacerdotales des
vêpres byzantines », OCP 37 (1971), p. 85-124; «L'office de l'asmatikos
hesperinos(vêpres chantées) de l'ancien Euchologe byzantin », OCP 44 (1978),
p. 107-130,391-419.
7. A. )];MUTPUEBCmR, « BeqepHIDI MOJIHTBbI », Py"CII 33 (1888), p. 496-
497.
100 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

ne connaissait pas ces prières presbytérales a regroupé les prières


des vêpres en un bloc et leur a fixé une récitation non audible par
l'assemblée et réservée exclusivement au prêtre.
Dans le déroulement des vêpres, viennent ensuite la grande
synaptie et la stichologie d'un cathisme du Psautier. Puis vient
le chant du Lucernaire - des psaumes vespéraux (140, 141, 129
et 116), dont le premier faisait déjà partie de l'office du soir
dans l'ancien temple juif, allusion à l'encens offert pendant
la prière du soir et demandant que cette prière s'élève vers
Dieu comme l'encens', et attesté dans la Narration de Jean et
Sophrone (vue siècle) par l'expression: «KUptE ÈlCÉ,lCpa;a »2.
Nous remarquons la présence d'un refrain pour les deux premiers
versets du psaume 140 :

Seigneur, je crie vers Toi, exauce-moi. (Ps 140, 1)


R. : Exauce-moi, Seigneur.
Seigneur, je crie vers Toi, exauce-moi. Sois attentif à la voix
de ma supplication lorsque je crie vers Toi. (Ps 140, 1)
R. : Exauce-moi, Seigneur.
Que ma prière s'élève comme l'encens devant Toi, l'élévation
de mes mains, le sacrifice vespéral. (Ps 140, 2)
R. : Exauce-moi, Seigneur.

Cette structure avec refrain nous rappelle une fois de plus


l'exécution des antiphones de l'office asmatique avec leurs divers
refrains". Nous savons d'ailleurs que «Exauce-moi, Seigneur»
(EmllCoucrov I!0U, KUptE) était l'un des dix refrains intercalés
entre les versets du Psautier constantinopolitain". Cette exécution
nous rappelle plus particulièrement celle du psaume 140 qui
formait, dans l'office des vêpres asmatiques, la dernière ('tEÂ-EU-
roiov)" des huit antiphones des vêpres",

1. FOUN1DULIS, «Les Vêpres» (trad. russe), p. 8.


2. JEAN et SOPHRONE, Narration, I, 6, p. 251.
3. llHCHU;blH, Ilepeonasansnuû CIla6JlHo-PycCKUÜ Tunuxou, p. 85.
4. O. STRUNK, «Byzantine Office at Hagia Sophia », DOP 9-10 (1955-
1956), p. 185.
5. M. APPARU;, OKO Ilepxoenoe - Hcmopus Tunuxona, Rome, 1998, p. 52;
M. ARRANz, «L'office de l'Asmatikos Hesperinos », OCP 44 (1978), p. 400.
6. Voirl'exemple tiré d'un antiphonaire slave donné par: H. Il. YCnEHCrarn,
« qlffi BceHOIIJ;HOro 6p;eHIDI HaIIpaBOCJIaBHOM BOCToKe HBPyCCKOH :U;epKBH »,
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 101

Entre les derniers versets des psaumes vespéraux (141, 129


et 116) sont intercalés des stichères. Le Typikon sabaïte peut
prescrire normalement jusqu'à dix stichères au Lucernaire, à
la différence de la tradition stoudite qui n'en prévoyait que huit
au maximum. Il est prévu, en effet, dix versets pour l'office
dominical du samedi soir, huit pour les grandes vêpres des
grandes fêtes et six pour les jours ordinaires. Habituellement,
nous prenons trois stichères de l'Octoèque et trois stichères du
Ménée, sauf indication contraire. Lorsqu'une entrée est prévue
aux vêpres, il y a un doxastikon idiomèle dans le Ménée et on
chante le théotokion dogmatique du dimanche.
Vient ensuite dans le déroulement des vêpres l'hymne du soir,
«Lumière joyeuse» (<p00ç tÀap6v), une hymne déjà attestée par
saint Basile comme très ancienne. Certains l'attribuent au martyr
Athénogène, mais il y a, à ce propos, un malentendu. Le texte de
saintBasile, sur lequel se fonde cette affirmation, distingue en effet
clairement l'hymne «antique» du Lucernaire, «dont personne
ne connaît l'auteur », de l'hymne composée par le saint martyr
Athénogène, «qu'il a laissée à ses disciples, comme un discours
d'adieu, alors qu'il se hâtait déjà vers le bûcher! », Cette hymne
est attestée dans la Narration de Jean et Sophrone (vue siècle)",
dont le texte complet se trouve dans l'Horologion Sin. gr. 863 du
Ixe siècle'. La tradition juive, dans laquelle s'enracine la prière
de la toute première Église de Jérusalem, avait aussi l'habitude
de rendre grâces pour la lumière artificielle que l'on allumait au
coucher du soleil. Le livre de l'Exode dans l'Ancien Testament

BT19 (1978), p. 21. En fait, l'exécution de «Kïxne ÉKÉKpaÇa» dans la Grande


Église était beaucoup plus compliquée, avec des refrains variant selon les jours de
semaine, sur un cycle de deux semaines. Voir O. STRUNK, «Byzantine Office at
Hagia Sophia », DOP 9-10 (1955-1956), p. 195,201-202.
1. Saint BASILE, Traité du Saint-Esprit 29,73 (SC 17, trad. B. Proche, Paris,
1945, p. 250-251).
2. JEAN et SOPHRONE, Narration, I, 7, p. 251. Voir: M. APPAHIJ;, OKO Ilepxo-
6Hoe- Hcmopus Tunuxoua, Rome, 1998, p. 57.
3. 1. MATÉOS, «Un horologion inédit de Saint-Sabas », Studi e testi 233,
Vatican, 1964, p. 56,70-74. SurIe« cII&çtÀ.apôv », voir E. R. SMorHERS,« cllroç
tÂ-apôv », Recherches de sciences religieuses 19 (1929), p. 266-283 ; A. TRIPo-
uns, « cII&ç tÀ.apôv - Ancient Hymn and Modern Enigma », VC 24 (1970),
p. 189-190. Voir également notre article: J. GETCHA, « cII&ç tÀ.apôv. Doxologie
vespérale de la sainte Trinité », Le Feu sur la terre. Mélanges offerts au Père
Boris Bobrinskoy pour son 80e anniversaire (AS 3), Paris, 2005, p. 93-99.
102 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

témoigne déjà du fait que les Juifs observaient un rituel lié au


luminaire vespéral : au moment de l'allumage des lampes, celui
du sacrifice du soir, on offrait de l'encens au Seigneur. L'encens
n'avait pas le sens banal (pour « encenser» des objets) qu'il a
aujourd'hui et était réservé à symboliser l'offrande qui monte
vers Dieu. Les lampes étaient allumées à partir d'un luminaire
qui brûlait en permanence à l'intérieur de la tente de l'Alliance
(voir Lv 24, 1). Il est intéressant de noter que ce rituel vespéral
s'est conservé parmi les Juifs même après la destruction du
temple de Jérusalem: le Talmud leur rappelait en effet que c'est
Dieu lui-même qu'ils glorifiaient et louaient en accomplissant ce
rite'. L'Église de Jérusalem héritera de cette tradition, et après
la construction du complexe de l'Anastasis vers 335, on prendra
l'habitude de faire brûler une lampe en permanence dans le Saint-
Sépulcre, à partir de laquelle on allumera les autres luminaires au
moment du Lucernaire (lucemare), comme l'atteste Égérie, sans
toutefois mentionner explicitement le <Pooç l)"ap6v2 • Cet usage
provenant de l'Antiquité juive et païenne fut ainsi reçu par la
tradition chrétienne ancienne. Tertullien (v. 160-v. 225), parlant
d'un repas chrétien, dit qu'après avoir amené le luminaire, chaque
chrétien est tenu de chanter debout une hymne à Dieu, soit tirée
des Saintes Écritures, soit inspirée de son cœurê. La Tradition
apostolique attribuée à saint Hippolyte de Rome (v. 215) atteste
que, lors de l'office du soir, le diacre apporte un luminaire et
l'évêque dit une prière d'action de grâces à Dieu pour l'illu-
mination de la lumière immatérielle par Son Fils unique, notre
Seigneur Jésus-Christ", Saint Grégoire de Nysse (v. 330-v. 395)
dans la Vie qu'il rédigea de sa sœur, sainte Macrine, mentionne
également une hymne liée à l'introduction du luminaire dans la
prière du soir", C'est donc dans ce contexte antique de l'action
de grâces au moment où l'on allume la lumière artificielle au

1. N. USPENSKY, « Orthodox Vespers: a Liturgica1 History », Evening


Worship in the Orthodox Church, Crestwood, NY, 1985, p. 14-15.
2. ÉGÉRIE, Journal de voyage 24, 4 (SC 296, p. 238-239).
3. TERTULLIEN, Apologétique XXXIX, 18 (Les Belles Lettres: Classique en
poche 34, éd. et trad. J. P. Wa1tzing, Paris, 1998, p. 183).
4. B. Borrs, La Tradition apostolique de saintHippolyte, Münster, 1963,p. 64-67.
5. GRÉGOIRE DE NYSSE, Vie de sainte Maerine 22 et 25 (SC 178, éd. et trad.
P. Maraval, Paris, 1971, p. 212-213, 226-227).
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 103

coucher du soleil que fut rédigé le epooç tMxp6v qui allait devenir
l'hymne des vêpres byzantines.
Viennent ensuite les divers prokeimena du soir, pour chaque
jour de la semaine, que nous trouvons dans l'Horologion. Chaque
prokeimenon est composé de deux versets psalmiques énoncés
par le diacre ou le canonarque, le premier étant repris, après
chaque énoncé du canonarque, comme refrain, par le chœur. Le
prokeimenon est en fait une subsistance dans la liturgie actuelle
de l'ancienne psalmodie complète du psaume avec son répons.
Suit la prière « Daigne, Seigneur» déjà attestée à cet endroit
par la Narration de Jean et Sophrone (VIle siècle)' et dont le texte
complet se trouve dans l'Horologion Sin. gr. 863 du IXe siècle'.
Cette prière est constituée presque exclusivement de versets
bibliques: Dn 3, 26 ; Ps 32, 22; Ps 118, 12; Ps 137,83 • Elle est
suivie par la litanie des demandes, à laquelle le peuple répond:
«Accorde, Seigneur », et qui est accompagnée d'une prière
d'inclinaison (voir Hiératikon). Cette prière, dite par le prêtre,
est l'ancienne prière de congé par laquelle celui-ci bénit le peuple
avant la fin de l'office.
L'Horologion donne ensuite les versets psalmiques destinés à être
intercalés les jours de semaine entre les stichères apostiches tirés de
l'Octoèque. Si, toutefois, les stichères sont tirés d'autres livres litur-
giques, nous trouvons dans ceux-ci des versets particuliers devant
être employés. Les stichères apostiches étaient jadis liés à la ·litie
(procession) qui avait lieu quotidiennement à la fin des vêpres à
l'Anastasis de Jérusalem, du catholicon au Golgotha",
Puis on dit le cantique de Syméon (Le 2, 19-32). Comme le
suggère Fountoulis, il est possible que ce cantique ait été choisi
en lien avec le congé des vêpres". À ce cantique sont ajoutées les
prières du Trisagion :« Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel. .. »,
« Gloire: Et maintenant. .. », «Très Sainte Trinité », «Kyrie,
eleison », «Gloire: Et maintenant. .. », «Notre Père », On

1. JEAN et SOPHRONE, Narration, I, 7, p. 251. Voir M. ApPAHQ, OKO Ilepxo-


6Hoe- Hcmopus TUnUKOHa, Rome, 1998, p. 57.
2. J. MATÉOS, «Un horologion inédit de Saint-Sabas », Studi e testi 233,
Vatican, 1964,p.58, 75.
3. FOUNTOULIS, «Les Vêpres» (trad. russe), L'Éternel 335 (1976), p. 3-4.
4. FOUNTOULIS, «Les Vêpres »(trad. russe), L'Éternel 334 (1976), p. 6. Voir
la description de l'office de vêpres chez Égérie.
5. FOUNTOULIS, «Les Vêpres » (trad. russe), L'Éternel 334 (1976), p. 8.
104 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

chante ensuite les tropaires du congé (apolytikia) se trouvant


dans le Ménée avec le théotokion approprié, que l'on trouve en
annexe à la fin du Ménée.
Le diacre (ou le prêtre) dit alors l'ecténie, puis le prêtre donne
le congé! :

Diacre : Sagesse !
Chœur: Maître, bénis !
Prêtre : Il est béni, Celui qui est, le Christ notre Dieu, en tout temps,
maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Chœur : Affermis, ô Dieu, la sainte foi orthodoxe des chrétiens ortho-
doxes pour les siècles des siècles.
Prêtre: Très sainte Mère de Dieu, sauve-nous!
Chœur: Toi, plus vénérable que les Chérubins, et incomparablement
plus glorieuse que les Séraphins, Toi qui sans corruption enfantas Dieu
le Verbe, Toi véritablement Mère de Dieu, nous Te magnifions.
Prêtre : Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu, notre espérance, gloire à
Toi !
Chœur: Gloire ... Et maintenant... Kyrie, eleison (3 fois). Maître,
bénis!
Prêtre: Que le Christ notre vrai Dieu, par les prières ...

On verra ultérieurement qu'il a trois sortes de vêpres: les


vêpres quotidiennes, les grandes vêpres (avec entrée) célébrées
les jours de fête et les petites vêpres.

1. Sur les congés, lire: H. Il, YCIlEHCKHfI, « Borocnysœëasre OTrryCTbI»,


)f(MII 12 (1963), p. 52-69.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 105

L'APODEIPNON (COMPLIES)

Schéma des apodeipna

Grand apodeipnon Petit apodeipnon


1.
1. Prières initiales 1. Prières initiales
2. Psaumes 4, 6, 12, 24, 30, 90
3. Dieu est avec nous
4. Tropaires(Le jour étant passé...)
5. Je crois en un seul Dieu
6. Métanies (Très sainte Mère de
Dieu ...)
7. Trisagion... Notre Père
8. Tropaires (illumine mes yeux...)
9. Kyrie eleison (40 fois) -
Ecphonèse du prêtre
10. Prière (Seigneur, Seigneur
qui nous délivre)
Il.
1. Psaumes 50, 101 et prière de 2. Psaume 50
Manassée
2. Trisagion... Notre Père
3. Tropaires (Aie pitié de nous,
Seigneur...)
4. Kyrie, eleison (40 fois)-
Ecphonèse du prêtre
5. Prière (Seigneur Dieu Père
Tout-Puissant)
III.
1. Psaumes 69 et 142 3. Psaumes 69 et 142
2. Doxologie (rédaction palesti- 4. Doxologie (rédaction palesti-
nienne) nienne)
5. Je crois en un seul Dieu...
6. Il est digne en vérité
3. Trisagion... Notre Père 7. Trisagion... Notre Père
4. Seigneur des puissances soit 8. Tropaires
avec nous ...
5. Kyrie, eleison (40 fois) 9. Kyrie, eleison (40 fois)
- Toi qui à toute heure... - Toi qui à toute heure ...
- Ecphonèse du,prêtre - Ecphonèse du prêtre
6. Prière de saint Ephrem
7. Trisagion... Notre Père
8. Prière à la Mère de Dieu de 10. Prière à la Mère de Dieu de
Paull'Évergète Paull'Évergète
9. Prière au Christ du moine Il. Prière au Christ du moine
1 Antiochus Antiochus

~
10. Congé. Pardon et litanie 12. Congé. Pardon et litanie
106 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

L'apodeipnon est récité après le repas du soir, comme l'indique


l'étymologie de ce mot grec (à1tOOEt1tVOV)l. Cet office est très
ancien puisqu'il est attesté dès le IVe siècle par saint Basile et
saint Jean Cassien", Toutefois, il paraît évident qu'il a connu
un grand développement au fil des siècles. Dans l'Horologion,
nous trouvons deux types d'apodeipnon : le premier est appelé
« grand» apodeipnon, le second « petit» apodeipnon.
Le «grand» apodeipnon est composé de trois parties,
chacune différente quant à .son contenu et à sa longueur. Le
« petit» apodeipnon correspond beaucoup à la troisième partie
du «grand» apodeipnon. Selon E. Diakovskij, il convient de
considérer la première partie du « grand» apodeipnon comme
l'apodeipnon original. Les autres parties sont en fait une série
d'offices qui étaient à l'origine complètement indépendants et
qui s'y sont rattachés par la force des choses. Par exemple, on
retrouve l'ancêtre de la seconde partie du « grand» apodeipnon
dans l'Horologion Sin. gr. 868 (XIIIe-XIVe siècle), où cette partie
est appelée « heure intermédiaire de l'apodeipnon! », Quant au
« petit» apodeipnon, il correspond dans l'Horologion Sin. gr.
866 à la troisième partie du « grand» apodeipnon, à l'exception
de celui qui est lu pendant la Sainte Quarantaine". Ainsi, selon
E. Diakovskij et M. Skaballanovitch, il faut rechercher l'origine
de ces appendices à l' apodeipnon dans l'ordo des douze psaumes,
ce qui explique la parenté entre certains psaumes, tropaires
et prières qui se retrouvent à la fois dans l'apodeipnon et les
heures intermédiaires du jour", A. Raes a émis l'hypothèse que
la deuxième partie de notre « grand» apodeipnon actuel serait
un vestige de la pannychis, disparue aujourd'hui, semblable à
l'office de la commémoration des défunts conservé sous le nom
de pannychide. La pannychis était, à Constantinople, reliée
aux vêpres ou précédait les matines. Le Typikon de l'Évergétis
(xrr siècle) précise, en effet, que la pannychis pendant les jeûnes
n'était pas unie aux vêpres mais que son canon était récité à

1. J. PARGOIRE, «Apodeipnon », DACL l, 2 (Paris, 1907), col. 2579.


2. Ibid., col. 2579-2582.
3. E. ,D;HAKOBCKHA, « IIocJIe,!J;oBaHHe HOqHbIX qaCOB », TKJ(A 7-8 (1909),
p.581.
4. Ibid., p. 583.
5. Ibid., p. 584-585 ; CKABAJIJIAHOBliQ, TOllK06blU Tunuxou, l, p. 425 et s.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 107

l'apodeipnon. De même, Raes pense que la troisième partie de


l'apodeipnon serait à l'origine un petit office des défunts 1•
Selon S. Pétridès, à la laure de Saint-Sabas, l'apodeipnon était
récité en cellule par les moines, alors qu'il était lu à l'église par
les moines des monastères palestiniens cénobitiques-,
De nos jours, le « grand» apodeipnon n'est récité que pendant
la Sainte Quarantaine et à la veille de la Nativité du Christ et de
la Théophanie. Les autres jours, on lit le « petit» apodeipnon.
Cependant, cela n'a pas toujours été le cas. Comme l'explique
A. Dmitrievsky, l'ordo stoudite distinguait trois types d'apo-
deipna. Les typika stoudites ne précisent pas le déroulement de
l'apodeipnon ordinaire, mais nous pouvons déduire qu'il corres-
pondait à la première partie de notre « grand» apodeipnon qui, lui
aussi, était célébré pendant le Carême'. Le « petit» apodeipnon
des Stoudites commençaitpar la lecture du dernier des six psaumes
de la première partie de notre « grand» apodeipnon, le psaume
90 (« Celui qui demeure sous la protection du Très-Haut »). Ce
type d'apodeipnon était célébré par les Stoudites de l'Ascension
jusqu'au dimanche de Tous les Saints", la veille des dimanches et
des fêtes du Seigneur, et la veille des fêtes de grands saints'. Le
troisième type d'apodeipnon, encore plus abrégé, commençait
directement par le chant de« Dieu est avec nous », Il était célébré
par les Stoudites le soir du Grand Vendredi", du lundi de l'Anti-
pascha jusqu'à l'Ascension", ainsi que la veille de certaines
occurrences de fêtes de la Mère de Dieu", Dmitrievsky explique
que cette pratique stoudite a survécu lors de l'introduction du
Typikon sabaïte au xv- siècle en Russie. Suite à l'introduction
du typikon sabaïte, le« petit» apodeipnon d'aujourd'hui était lu
(en cellule) les jours où il y avait une agrypnie, où l'on faisait
mémoire d'un saint avec polyéleos, du dimanche de Thomas au

1. A. RAEs, «Les complies dans les rites orientaux », OCP 17 (1951),


p.138.
2. S. PÉTRIDÈs, «Apodeipnon », DACL I, 2 (Paris, 1907), col. 2583.
3. Voir ITEHTKOBCKHM:, Tunuxou; p. 240.
4. Voir ibid., p. 271.
5. Par exemple, la veille du samedi de saint Théodore l'yron, à cause de la
fête du saint: ITEHTKOBCKHM:, TunUKOH, p. 240. Au sujet de l'apodeipnon la
veille des fêtes de la Mère de Dieu: ibid., p. 280.
6. Voir ibid.,p. 254.
7. Voir ibid., p. 262, 271.
8. Voir ibid., p. 280.
108 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

dimanche de Tous les Saints, du 24 décembre au 14 janvier et les


dimanches du carnaval et des laitages. Le « petit» apodeipnon
stoudite, commençant par le psaume 90, était lu toute l'année, à
l'exception des périodes de jeûne et des jours avec «Alléluia »,
où le « grand» apodeipnon était prescrit'.
L'Horologion précise que durant la première semaine de la
Sainte Quarantaine, nous commençons le « grand» apodeipnon
par le psaume 69, après lequel est chanté le Grand Canon de
saint André de Crète. Dans la pratique actuelle, du moins chez
les Slaves, les autres canons lus pendant la Sainte Quarantaine le
sont après la doxologie de la troisième partie".
La première partie est composée de six psaumes (4, 6, 12,
24, 30, 90). Signalons que ce dernier, le psaume 90, apparaît
toujours parmi les psaumes du «grand» apodeipnon byzantin
et des complies latines. Après ces six psaumes, on chante les
versets de la prophétie d'Isaïe (8, 9-11.12-15.18 ; 9, 2.6) avec le
refrain: « Car Dieu est avec nous» (ls 8, 9) qui s'intercale après
chaque verset. Il semble que ce chant remonterait au rve siècle et
serait en fait une antiphone introduite par saint Basile à Césarée'.
Puis on chante trois tropaires symétriques en l'honneur des trois
personnes divines qui commencent par : « Le jour étant passé »,
puis un tropaire en l'honneur de la Sainte Trinité (« La nature
incorporelle des chérubins »), Après ces tropaires, le Symbole de
foi est récité. Vient ensuite une série de versets répétés deux fois
et chantés alternativement par les deux chœurs. Pendant que l'un
des chœurs chante le verset, l'autre fait une métanie. À cause de
ces nombreuses métanies, on supprime celles du Trisagion qui
suit. Après le Notre Père, on chante les tropaires prescrits.

1. Voir A. .D:MHTPHEBCKHH, « Borocnyscenae BPyCCKOH UepKBH Brrepssre


IUlTb BeKOB», IIC?-8 (1882), p. 357-359. Notons au passage que Dmitrievsky
distingue le « grand» apodeipnon de l'apodeipnon ordinaire, ce qui, à notre
humble avis, n'a pas lieu d'être. Par conséquent, il définit quatre types d'apo-
deipna chez les Stoudites plutôt que trois.
2. Même si l'Horologion grec imprimé prévoit toujours le chant du Grand
Canon après le psaume 69 au début du «grand» apodeipnon ('OpoMyw/I n)
uéya; Athènes, 1995 3, p. 200), la pratique (constantinopolitaine) actuelle veut
que lui aussi soit reporté après la doxologie, à la fin de la troisième partie.
S. PÉTRIDÈS, «Apodeipnon », DACL I, 2 (Paris, 1907), col. 2583.
3. Ibid., col. 2583; BRIGHTMAN, Liturgies Eastern and Western, Oxford,
1896, t. l, p. 570.
LES OFFICES DE L'HOROLOGION 109

L'Horologion donne deux séries de tropaires qui doivent être


chantés en alternance, suivant le jour de la semaine. Après la
bénédiction du prêtre, on lit la prière de saint Basile - « Seigneur,
Seigneur, qui nous as délivrés de toute flèche volant le jour» - où
l'on demande au Seigneur un repos tranquille et libre d'images
mauvaises.
Commence alors la deuxième partie de l'apodeipnon. Elle est
composée des psaumes 50 et 101 et de la prière de Manassé, des
prières du Trisagion suivies des tropaires pénitentiels (« Aie pitié
de nous, Seigneur, aie pitié de nous »), Après la bénédiction du
prêtre, on lit la prière de saint Mardaire, martyr du w siècle, que
l'on récite aussi au mesonyktikon et à la fin de la troisième heure.
Après cette prière, on commence la troisième partie de l' apo-
deipnon composée des psaumes 69 et 142. Pour la première
semaine de la Grande Quarantaine, on omet ici le psaume 69
puisqu'il a été récité au début de l'office. Après quoi on lit la
doxologie dans sa rédaction hiérosolymitaine (« Gloire à Dieu
au plus haut des cieux », « Seigneur, Tu fus pour nous un refuge
d'âge en âge» et «Daigne, Seigneur »). Comme nous l'avions
remarqué plus haut, c'est ici que dans la pratique actuelle peut
être lu un canon. Au Mont Athos, on lit ici l'acathiste à la Mère
de Dieu qui est récité quotidiennement toute l'année. Puis on
dit les prières du Trisagion. Il est prévu ensuite de chanter les
versets du psaume 150 avec comme refrain: «Seigneur des
Puissances, sois avec nous» (Ps 45, 7). Les versets de cette
antiphone sont dits alternativement par les deux chœurs. Cette
antiphone est suivie de quelques tropaires. Après les quarante
« Kyrie, eleison », la prière des heures (« Toi qui en tout temps»)
et la bénédiction du prêtre, on dit, les jours de jeûne, la prière de
saint Éphrem avec les métanies et les prières du Trisagion. Puis,
après la bénédiction du prêtre, la prière de saint Paul, fondateur
du monastère de l'Évergétis à Constantinople (xr' siècle)-
«Immaculée, sans tache» - et celle de saint Antiochus, auteur
des Pandectes (VIf siècle) - «Et donne-nous, Maître, à nous
qui allons nous coucher. » Puis a lieu le congé final et le rite du
pardon de la même façon qu'au mesonyktikon. Pendant la grande
quarantaine, à la place du congé habituel, le prêtre lit la prière
«Maître très miséricordieux », alors que toute l'assemblée est
prosternée face contre terre. Après le rite du pardon, le prêtre dit
une litanie finale.
110 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Le déroulement du «petit» apodeipnon reprend essentiel-


lement la troisième partie du « grand» apodeipnon. S. Pétridès
estime que cette acolouthie est apparue vers le XIIIe siècle'. Saint
Syméon de Thessalonique témoigne du fait qu'au début du
xv- siècle on distinguait ce «petit» apodeipnon du «grand »,
qui n'était alors chanté que les soirs de semaine pendant la Sainte
Quarantaine'. Cependant, selon A. Dmitrievsky, au XIVe siècle,
notre «petit» apodeipnon devait être lu (en cellule) les jours
où il y avait une agrypnie, où l'on faisait mémoire d'un saint
avec polyéleos, du dimanche de Thomas au dimanche de Tous
les Saints, du 24 décembre au 14 janvier, et les dimanches du
carnaval et des laitages>, Les autres jours, c'était le «grand»
apodeipnon qui était lu.
Comme nous l'avons dit, l'acolouthie du « petit» apodeipnon
ressemble beaucoup à la troisième partie du «grand»
apodeipnon. Elle commence par les psaumes 50, 69 et 142,
suivis de la doxologie dans sa rédaction hiérosolymitaine et du
Symbole de foi. Le Symbole de foi est extrait de la première
partie du «grand» apodeipnon, alors que le psaume 50 est
emprunté à la deuxième. Le canon vient après la doxologie et
le Credo; il est suivi de l'hymne à la Mère de Dieu - « Il est
digne en vérité ». Après les prières du Trisagion, on chante les
tropaires du jour, ou le kondakion de la fête ou l'hypakoï du ton,
le samedi soir. Jadis, ces mêmes tropaires était aussi chantés au
grand apodeipnon, lorsque ce dernier était célébré en dehors de
la Sainte Quarantaine. «Seigneur des Puissances» était alors
réservé pour la Quarantaine. Après les quarante « Kyrie, eleison »,
la prière des heures (« Toi qui en tout temps») et la bénédiction
du prêtre, on dit la prière de saint Paull'Évergète - « Immaculée,
sans tache» - et de saint Antiochus - « Et donne-nous, Maître, à
nous qui allons nous coucher. » Puis on prononce le congé final.

1. S. PÉTRIDÈS, « Apodeipaon », DACL 1,2 (Paris, 1907), col. 2587.


2. SYMÉON DE THESSALONIQUE, «De la prière sacrée », 343, PG 155,
col. 620.
3. Voir A. ,Il;MHTPHEBCKHM, « Borocnyaœnae B PyCCKOH U;epKBH B nepssre
IDITb BeKOB », nC7-8 (1882), p. 359.
CHAPITRE III

LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES

LES DNERS DEGRÉS DESOLENNITÉ

Dans les ménologes contenus dans le Psautier suivi, l'Horo-


logion ou le Hiératikon, nous trouvons à côté des différentes
commémorations pour chaque jour de l'année un signe qui
identifie le degré de solennité et, par conséquent, le type d'office
qui sera célébré.

Livres liturgiques slaves Livres liturgiques grecs


Aucun signe = office non festif
(quotidien)
~.
•• (noir) = office avec six
~ stichères (quotidien)

~ (rouge) = office avec grande t =grande doxologie aux matines


~ doxologie

(rouge) = office avec poly- + = lectures aux vêpres et évan-


+ éleos gile aux matines

~ (rouge) = vigile (agrypnie) li' = office de la Résurrection


chanté avec l'office de la fête si
elle tombe un dimanche
irm.·
..· . (rouge) = grande fête = t = seul l'office de la fête est
W vigile (agrypnie) chanté, même si elle tombe un
dimanche
112 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Ainsi, ces signes indiquent non seulement le degré de solennité,


mais déterminent également le déroulement de l'office. Nous
pouvons donc distinguer dans l'année liturgique :
1. Les jours ordinaires. On célèbre alors l'office quotidien, non
festif.
2. Les jours avec des saints «célébrés », On chante alors aux
matines la grande doxologie dans sa rédaction constantinopoli-
taine. Généralement, si cette solennité coïncide avec un jour de
jeûne, le vin et l'huile sont autorisés à table.
3. Les jours de fête. On célèbre les grandes vêpres avec
l'entrée et les lectures. Aux matines, il y a la lecture de l'évangile,
précédée par le polyéleos, et on chante la grande doxologie dans
sa rédaction constantinopolitaine. Si une telle fête coïncide avec
un jour de jeûne, le vin et l'huile sont autorisés à table. Pour les
grandes fêtes du Seigneur et de la Mère de Dieu, de même que pour
les saints majeurs, on célèbre une agrypnie. Les typika anciens
prévoyaient en moyenne, outre les agrypnies dominicales, une à
deux agrypnies par mois. Cependant, dans la tradition russe qui
a, dans la pratique, réduit l'office d'agrypnie à un office d'une
durée de deux ou trois heures, le nombre d'agrypnies prévu dans
le ménologe a fortement augmenté. C'est pourquoi il est recom-
mandé, afin de préserver l'esprit du typikon, de ne célébrer des
agrypnies que pour les saints majeurs et locaux, et de célébrer le
polyéleos pour les autres saints fêtés. Lorsqu'une grande fête du
Seigneur et de la Mère de Dieu coïncide avec un jour de jeûne, le
poisson, le vin et l'huile sont autorisés à table.
Nous allons maintenant voir comment cette répartition des
jours de l'année liturgique influence le déroulement de l'office.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 113

DÉROULEMENT DES VÊPRES


SELON LES DIFFÉRENTES CATÉGORIES D'OFFICES

Office Office
Vêpres quotidiennes avec grande doxologie avec polyéleos
1. Psaume 103 1. Psaume 103 1. Psaume 103
2. Grande synaptie 2. Grande synaptie 2. Grande synaptie
3. Stichologie du 3. Stichologie du 3. Bienheureux
Psautier Psautier l'homme
4. Petite synaptie 4. Petite synaptie 4. Petite synaptie
5. Seigneur, je crie 5. Seigneur, je crie 5. Seigneur, je crie
vers Toi vers Toi vers Toi
6. Entrée
6. Lumière joyeuse 6. Lumière joyeuse 7. Lumière joyeuse
7. Prokeimenon du 7. Prokeimenon du 8. Prokeimenon du
SOIr soir soir
9. Prophéties (paré-
mies)
10. Ecténie
8. Daigne, Seigneur 8. Daigne, Seigneur Il. Daigne, Seigneur
9. Litanie des 9. Litanie des 12. Litanie des
demandes demandes demandes
10. Apostiches 10. Apostiches 13. Apostiches
Il. Maintenant, Il. Maintenant, 14. Maintenant,
Maître Maître Maître
12. Apolytikion et 12. Apolytikion et 15. Apolytikion et
théotokion théotokion théotokion
13. Ecténie 13. Ecténie
14. Congé 14. Congé 16. Congé

L'office avec grande doxologie suit le même déroulement, aux


vêpres, que l'office quotidien, selon l'ordo palestinien. Il faut
rioter toutefois que le théotokion au lucernaire est le théotokion
dominical dans le ton du doxastikon. Aux apostiches, on chante
les stichères du Ménée, s'il y en a, et le théotokion des jours
ordinaires. Après le tropaire apolytikion, on chante le théotokion
dominical dans le ton du tropaire.
Lorsqu'on chante l'office avec polyéleos, à l'exception des
samedis et des dimanches, on ne chante rien de l'Octoèque. Le
déroulement des vêpres est celui des grandes vêpres. À la diffé-
rence des vêpres quotidiennes, au lieu du cathisme courant, on
chante la première stance du premier cathisme (« Bienheureux
114 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

l'homme»). Au lucernaire, on chante six ou huit stichères, selon


la prescription du Ménée. Il faut noter que le théotokion au lucer-
naire est le théotokion dominical dans le ton du doxastikon.
Pendant le chant de celui-ci a lieu la petite entrée. Le diacre
portant l'encensoir, précédé de l'acolyte portant le cierge, suivi
du prêtre, sortent du sanctuaire et viennent se placer devant les
portes saintes de l'iconostase. Le chant du théotokion terminé,
le diacre dit: «Sagesse. Debout.» Puis on chante «Lumière
joyeuse ». Après le prokeimenon du soir, on lit les trois prophéties
(parémies) prévues dans le Ménée. Celles-ci sont suivies par
l'ecténie. Aux apostiches, on chante les stichères du Ménée et
le théotokion dominical, dans le ton du doxastikon. Après le
tropaire apolytikion, on chante le théotokion dominical dans le
ton du tropaire.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 115

DÉROULEMENT DES MATINES


SELON LES DIFFÉRENTES CATÉGORIES D'OFFICES

Matines Matines avec grande Matines


quotidiennes doxologie avec polyéleos
1. Office royal 1. Office royal 1. Office royal
2. Hexapsalme 2. Hexapsalme 2. Hexapsalme
3. Grande synaptie 3. Grande synaptie 3. Grande synaptie
4. Le Seigneur est Dieu 4. Le Seigneur est Dieu 4. Le Seigneur est Dieu
+ Apolytikion et + Apolytikion et + Apolytikion et
théotokion théotokion théotokion
5. Stichologies du 5. Stichologies du 5. Stichologies du
Psautier Psautier Psautier
6. Petites synapties 6. Petites synapties
6. Tropaires-cathismes 7. Tropaires-cathismes 7. Tropaires-cathismes
8. Polyéleos (avec
psaume choisi et
mégalynaire)
9. Petite litanie
10. Tropaire-cathisme
Il. Anavathmi (Depuis
ma jeunesse)
12. Prokeimenon + Que
tout souffle
13. Évangile
7. Psaume 50 8. Psaume 50 14. Psaume 50
15. Tropaire idiomèle
16. Sauve, ô Dieu, ton
peuple
8. Canons 9. Canons 17. Canons
9. Laudes lues 10. Laudes chantées 18. Laudes chantées
(Que tout souffle) (Que tout souffle)
10. Doxologie lue Il. Grande doxologie 19. Grande doxologie
chantée chantée
12. Apolytikion et théo- 20. Apolytikion et théo-
tokion tokion
13. Ecténie 21. Ecténie
Il. Litanie des 14. Litanie des 22. Litanie des
demandes demandes demandes
12. Apostiches
13. n est bon de confesser
le Seigneur...
Trisagion-Notre Père
14. Apolytikion et théo-
tokion
15. Ecténie
15. Congé 23. Congé
16. Première heure 16. Première heure 16. Première heure
116 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Aux matines avec grande doxologie, après «Le Seigneur est


Dieu » et le tropaire apolytikion, on chante le théotokion dominical
dans le ton du tropaire. Après chaque stichologie du Psautier, le
prêtre dit la petite synaptie et on chante les tropaires-cathismes du
Ménée, s'il y en a. Pour le canon, on lit généralement deux canons
de l'Octoèque et le canon du Ménée. La catavasia peut être festive,
selon l'indication du Ménée. Les exapostilaires de l'Octoèque ne
sont pas lus. Les matines se terminent en suivant l'ordo constanti-
nopolitain : les laudes sont chantées dans le ton du premier stichère,
en commançant par les mots: « Que tout souffle loue le Seigneur »,
On y insère les quatre stichères prévus du Ménée. Le théotokion,
sur le ton du doxastikon, est généralement indiqué. On le trouve
habituellement dans la deuxième annexe du Ménée, à l'exception du
théotokion «Mère de Dieu, tu es la vraie vigne» (ton 6), que l'on
trouve à tierce dans l'Horologion. La grande doxologie est chantée,
suivie du Trisagion. Après le tropaire apolytikion, on chante le
théotokion dominical dans le ton du tropaire. Après l'ecténie et la
synaptie des demandes, le prêtre fait le congé complet, avant prime.
Aux matines avec polyéleos, après « Le Seigneur est Dieu» et
le tropaire apolytikion, on chante le théotokion dominical dans le
ton du tropaire. Après chaque stichologie du Psautier, le prêtre dit
la petite synaptie et on chante les tropaires-cathismes du Ménée.
Après les stichologies, on chante le polyéleos. N. Uspensky
retrace ainsi l'histoire du polyéleos'. Ce terme serait apparu pour
la première fois dans le Canonarion hiérosolymitain du VIf siècle-,
mais il se pourrait qu'il s'agisse là du psaume 117 où nous rencon-
trons à plusieurs reprises l'expression «car Sa miséricorde est
éternelle» (Ps 117, 1-4.29). Selon lui, la naissance du polyéleos,
désignant comme dans la pratique actuelle le chant des psaumes 134
et 135, serait liée à la figure de saint Théodore le Stoudite. Ce dernier
aurait élaboré un système de chant d'Alléluia selon les huit tons pour
accompagner comme refrain les cathismes du Psautier palestinien.
Or, dans celui-ci, les psaumes 134, 135 et 136 forment la première
« gloire» (ou stasis) du cathisme 19. La répétition fréquente de
l'expression « car Sa miséricorde est éternelle» (on eiç airova 'te)
ËÀEoç a'Ù'tou) dans le psaume 135 aurait donné le nom de 1toÀ:œM:oç

1. Voir H. A. YCllEHCKllfl,« qliH BCeHOIIJ;HOrO 6,IJ;eHliH Ha IIpaBocJIaBHoM


Bocroxe li B PyCCKOH IJ;epKBIi », BT18 (1978), p. 85-86 (note 115).
2. VoirK. KEKF.Jrn,n;3E, Hepyca!lUMCKUU xauouap« VIIeesa; Thilissi,1912,p. 94.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 117

à ce groupe de psaumes. Le Typikon d'Alexis le Stoudite décrit en


effet l'exécution du polyéleos (M"OrOMAT"Kf), qu'il désigne aussi
comme la première gloire du cathisme 19, d'après ce système élaboré
d'Alléluia selon les différents tons', Du Stoudion, le polyéleos
aurait été introduit dans l'office asmatique à Constantinople. Le
manuscrit de Dresde du 'Iypikon de la Grande Église le mentionne
en effet pour les matines asmatiques de l'Exaltation de la Croix-,
De Constantinople, le polyéleos aurait été adopté par la liturgie
patriarcale de Jérusalem, où il précédait les Irréprochables et tenait
lieu de troisième cathismeê, De la liturgie patriarcale de Jérusalem,
il aurait gagné les monastères palestiniens. TI apparaît pour la
première fois dans le Typikon sabaïte géorgien de Chio-Mgvine
où ne figure cependant que le psaume 1354 • Dans d'autres typika,
on indique à la fin du polyéleos le chant d'autres psaumes choisis.
Selon Uspensky, ces psaumes seraient venus remplacer, dans un
premier temps, le psaume 136, et auraient été à leur tour peu à peu
substitués par des versets psalmiques « choisis », Par conséquent, le
psaume 136, qui faisait partie à l'origine du polyé1eos, n'a survécu
dans la pratique actuelle que dans l'agrypnie du dimanche du Fils
Prodigue, de l'Apokréo et de la Tyrophagie. Telle est l'histoire du
polyéleos, retracée par N. Uspensky. 1. Matéos pensait, de son côté,
que le polyéleos appartenait à l'origine à l'ancienne vigile cathé-
drale de Jérusalem, telle qu'attestée par Égérie. TI voit dans les trois
psaumes précédant l'encensement et la lecture de l'évangile chez
Égérie' la source des trois psaumes constituant le polyéleos (ps 134,
135 et 136)6. Selon Lisitsyn, le polyéleos proviendrait de l'office
asmatique. Selon lui, si Syméon de Thessalonique n'en parle pas,
c'est qu'il le considérait comme un appendice aux Irréprochables
(psaume 118) dont il décrit en détail l'interprétation. Lisitsyn donne
dans son étude des extraits du Kondakarion slave du monastère de

1. IIEHTKOBcKlili, Tunuxo«; p. 405.


2. A. A. ,Il;MMTPMEBCKMf!, Ilpeeueûtuue nampuaptuue munuxouu. Cesmo-
epo6cKuU, HepYCQIlUMCKUU U Be.tlUKOU Kaucmanmunononscxoû Ilepxeu; Kiev,
1907, p. 281.
3. Voir A. IIATIMOnOrAoE-KEpAMEn:, 'AvdAEKTa 'LEPOwoAv/lLTlKijç
OTaxvoAor[a~t.2,Sain~Pétersbourg, 1894,p.5.
4. K. KEKEJIM,lI,3E, Jlumypeuuecxue epY3UHCKue nausmnuxu; Tbilissi, 1908,
p.318.
5. ÉGÉRIE, Journal de voyage, 24,10 (SC 296, p. 244-245).
6. J. MATÉOS, « La vigile cathédrale chez Égérie », OCP 27 (1961), p. 281-
312, particulièrement p. 303 et 307.
118 LE TYFIKON DÉCRYPTÉ

l'Annonciation où il y a une interprétation de type asmatique du


polyéleos, avec plusieurs autres refrains que «Alléluia »1. Dans ce
cas, il serait :possible que le polyéleos ait été importé de l'Anastasis
à la Grande Eglise de Constantinople, et que de là, il soit passé dans
les typika stoudites, puis sabaïtes.
À la suite du polyéleos, on chante le psaume choisi (éklogée). li
s'agit de versets psalmiques choisis selon le thème de la fête. Chantés
à la suite des psaumes 134 et 135 du Polyéleos, ils ont été composés
par Nicéphore Blemmydès (t 1272). Dans l'ordo grec, ils sont
normalement chantés tels quels, suivis du refrain «Alléluia », Chez
les Russes, on intercale le mégalynaire. Après le psaume choisi, on
dit la petite synaptie. Elle est suivie du tropaire-cathisme.
On chante alors la première antiphone de l'anavathmi ton
4 (« Depuis ma jeunesse»). On reviendra sur l'histoire des
anavathmi dans la description de l'agrypnie.
Le prokeimenon, toujours du ton 4, se trouve dans le Ménée. Il
est suivi de« Prions le Seigneur. Kyrie eleison », et de l'ecphonèse
du prêtre: «Car Tu es Saint ô notre Dieu... », puis des versets
«Que tout souffle loue le Seigneur ». Le prêtre lit l'évangile
indiqué dans le Lectionnaire ou dans le Ménée. Le Typikon
prévoit de lire l'évangile sur l'autel. Toutefois, dans la pratique
habituelle, il est lu par le prêtre soit au milieu de l'église, devant
l'icône de la fête ou du saint (pratique russe), soit de l'ambon,
face au peuple (pratique grecque). Après l'évangile, on lit le
psaume 50, puis on chante dans le ton 6: «Gloire au Père ... » :
« Par les prière du Saint N., Seigneur miséricordieux, purifie-
nous du grand nombre de nos péchés. » «Et maintenant. .. » :
« Par les prières de la Mère de Dieu, Seigneur miséricordieux,
purifie-nous du grand nombre de nos péchés. » « Aie pitié de moi,
ô Dieu, selon ta grande miséricorde ... », puis le stichère après le
psaume 50 prévu dans le Ménée. Le diacre dit alors la prière:
« Sauve, ô Dieu, ton peuple» (voir Hiératikon), qui est suivie de
l'ecphonèse du prêtre : « Par la miséricorde et les largesses... »
Le canon est chanté de manière festive. On chante d'abord de
canon à la Mère de Dieu (6 tropaires) et le ou les canon(s) du
Ménée (8 tropaires au total). La catavasie est festive. La suite
du déroulement des matines est la même que celle de l'office
doxologique.

1. ITHCHIl,bIH, IIep60Ha rulIlbHblU Ctla6JIHo-PycCKUU TUnUKOH, p. 78-83.


LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 119

L'AGRYPNIE (VIGILES)

Agrypnie du dimanche Agrypnie des jours de ïete


1. Gloire à la Sainte, Consubstantielle... 1. Gloire à la Sainte, Consubstantielle...
2. Venez, adorons 2. Venez, adorons
3. Psaume lO3 chanté avec refrains 3. Psaume lO3 chanté avec refrains
4. Grande synaptie 4. Grande synaptie
5. Bienheureux l'homme (cathisme I, 5. Bienheureux l'homme (cathisme l ,
3e antiph.) 1ce ant.)
6. Petite synaptie, après chaque antiphone 6. Petite synaptie
7. Seigneur, je crie vers Toi 7. Seigneur, je crie vers Toi
8. Entrée 8. Entrée
9. Lumière joyeuse 9. Lumière joyeuse
lO. Prokeimenon du soir lO. Prokeimenon du soir
Il. Prophéties (parémies)
Il. Ecténie 12. Ecténie
12. Daigne, Seigneur 13. Daigne, Seigneur
13. Litanie des demandes 14. Litanie des demandes
14. Idiomèles de la litie 15. Idiomèles de la litie
15. Demandes de la litie 16. Demandes de la litie
16. Apostiches 17. Apostiches
17. Maintenant, Maître 18. Maintenant, Maître
18. Tropaire apo1ytikion 3 fois (Mère 19. Tropaire apolytikion (3 fois pour les
de Dieu et Vierge) fêtes du Seigneur et de la Mère de
Dieu; 2 fois pour les saints + Mère
de Dieu et Vierge)
19. Artoclasie (bénédiction des pains) 20. Artoclasie (bénédiction des pains)
[Grande lecture] [Grande lecture]
20. Hexapsalme 21. Hexapsalme
21. Grandesynaptie 22. Grande synaptie
22. Le Seigneur est Dieu + tropaire 23. Le Seigneur est Dieu + tropaire
apolytikion et théotokion apolytikion et théotokion
23. Stichologies du Psautier 24. Stichologies du Psautier
24. Petites synapties 25. Petites synapties
25. Tropaires-cathismes 26. Tropaires-cathismes
26. Polyéleos ou cathisme 17 27. Polyéleos (avec psaume choisi et
27. Eulogétaires mégalynaire)
28. Petite synaptie 28. Petite synaptie
29. Hypakoï du ton 29. Tropaire-cathisme
30. Anavathmi du ton 30. Anavathmi du 4e ton (Depuis ma
jeunesse)
31. Prokeimenon du ton + Que tout 31. Prokeimenon de la fête + Que tout
souffle souffle
32. Évangile matutinal (de la 32. Évangile de la fête
Résurrection)
33. Ayant contemplé la Résurrection
34. Psaume 50 33. Psaume 50
35. Idiomèle 34. Idiomèle
36. Sauve, ô Dieu, ton peuple 35. Sauve, ô Dieu, ton peuple
37. Canons 36. Canons
38. Laudes chantées (Que tout souffle) 37. Laudes chantées (Que tout souffle)
39. Grande doxologie chantée 38. Grande doxologie chantée
40. Tropaire de la Résurrection (spécial) 39. Tropaire apolytikion et théotokion
41. Ecténie 40. Ecténie
42. Litanie des demandes 41. Litanie des demandes
43. Congé 42. Congé
44. Première heure 43. Première heure
120 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

La célébration de l'agrypnie est une particularité du Typikon


sabaïte. Ainsi, la réforme entreprise au XIVe siècle par le patriarche
Philothée de Constantinople, puis en Russie par le métropolite
Cyprien de Kiev, a diffusé cet usage palestinien adopté plus tôt
par les moines athonites dans le monde byzantino-slave, ce qui
a nécessité une nouvelle rédaction des livres liturgiques. Cette
nouvelle rédaction était nécessaire puisqu'il a fallu, entre autres,
ajouter l'office des petites vêpres célébré avant le repas du soir
avec lequel il est intimement lié et qui précède la célébration de
l' agrypnie 1•
Toutefois, comme le remarque N. Uspensky, l'office des
petites vêpres est une création de cette époque de réformes, alors
que le Typikon sabaïte, beaucoup plus ancien, va être diffusé
dans les monastères cénobitiques et dans les églises séculières.
Dans l'ancienne tradition de la laure de Saint-Sabas, l'office
des petites vêpres n'existait pas, et l'agrypnie durait du coucher
au lever du soleil. Mais pour les moines cénobites, à la diffé-
rence des anachorètes, se rendre à l'église ne représentait pas un
grand effort, ni même se rendre au réfectoire après le congé des
vêpres. Par conséquent, lors de la diffusion du Typikon sabaïte
au XIve siècle, tant dans le monde grec que slave, l'agrypnie
commencera à une heure plus tardive, l'office des petites vêpres
tiendra lieu de l'office habituel des vêpres, après lequel on se
rend habituellement au réfectoire, et l' artoclasie perdra son sens
initial de substitut au repas du soir et se transformera en un pur
rite liturgique'.
Cette réforme a également entraîné l'ajout dans les livres litur-
giques de tropaires idiomèles (parfois appelés stichères, bien
qu'il n'y ait pas de versets psalmiques) pour la litie (procession)
des vêpres, des rubriques concernant les lectures patristiques,
sans compter la réforme de la fin de l'office des matines festives

1.Voir H.,IJ,. YcrrEHCKHH, « Ilpasocnaaaaa Bexepaa », BTl (1960), p. 49-


50.
2. H. ,IJ,. YCIIEHCKHH, « qHH BCeHOIIJ;HOrO 6p;eHHH Ha Ilpaaocnaaaox
Bocroxe H B PyCCKOH I.J;epKBH », BT 18 (1978), p. 90. On pourra également
consulter la recension de M. ARRANz, «L'office de veillée nocturne dans
l'Église grecque et l'Église russe », OCP 42 (1976), p. 117-155,402-425.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 121

avec les laudes et la grande doxologie en rédaction constantino-


politaine.
D'après la plupart des rédactions de typika sabaïtes, l' agrypnie
est célébrée la veille des dimanches et des grandes fêtes, ainsi que
la veille d'autres fêtes suivant l'avis du supérieur. Dans la pratique
actuelle, l'agrypnie, habituellement composée des vêpres et des
matines, est exceptionnellement constituée du grand apodeipnon
et des matines à trois occasions pendant l'année : les veilles de
la Nativité du Christ, de la Théophanie et de l'Annonciation
(dans l'ordo grec réformé, cette pratique fut malheureusement
abandonnée pour l'Annonciation).
L'agrypnie commence par le chant du psaume 103.
N. Uspensky, qui a consacré une étude entière à l'histoire de
l'agrypnie et passé en revue plusieurs manuscrits liturgiques,
explique qu'il existe des différences quant à l'interprétation
du psaume 103 à l'agrypnie en Russie par rapport au Typikon
sabaïte. Tout d'abord, il affirme que ce psaume n'a jamais été
chanté en entier, mais qu'on chantait plutôt des versets choisis,
accompagnés de refrains tels : «Tu es béni, Seigneur» ; « Que
tes œuvres sont admirables, Seigneur» ; « Gloire à Toi, Seigneur,
qui as tout créé» - ce qui n'est pas sans rappeler l'influence de
l'office asmatique sur l'office sabaïte réformé. D'autre part, les
Russes n'ont jamais connu les fameux « anixantaires » qui se sont
largement développés dans l' agrypnie athonite seulement lors des
fêtes du Seigneur, de la Mère de Dieu, et de certains grands saints
comme les saints archanges, saints Pierre et Paul, saint Dimitri,
ou la fête patronale', li s'agit effectivement d'une subsistance de
l'office asmatique, et des compositions très ornées des anoixan-
taria (de Jean Koukouzèle) existent depuis le XIVe siècle.
> Tout comme dans l'usage stoudite-, les veilles des dimanches
et des fêtes, le Typikon sabaïte prévoit également de chanter le
premier cathisme - «Bienheureux l'homme », En pratique, en
Grèce, quand on chante les anoixantaria, on omet le cathisme
1. Le samedi soir, il est prévu de chanter le premier cathisme en
entier, coupé en trois parties (appelées antiphones dans les livres
liturgiques slaves) par de petites synapties. La veille des fêtes,

1. YcnEHCm.l1:,« qHH BCeHOIIJ;Horo 6,IJ;eHHjJ Ha IIpaBoCJIaBHoM Bocroxe H


B PyCCKOH !J;epKBH », BT19 (1978), p. 16.
2. Voir IIEHTKoBcm.l1:, Tunuxon, p. 403-404, 239.
122 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

il n'est prévu de chanter que la première antiphone (première


stance) du premier cathisme. Ce cathisme est chanté avec un
refrain: «Alléluia ». Cela n'est pas sans nous rappeler l'exé-
cution des antiphones impaires de l'office asmatique'. D'ailleurs,
on pourrait penser que le terme « antiphone » pour désigner la
première stance du cathisme provient de la terminologie constan-
tinopolitaine, à moins qu'il ne reflète une terminologie hiéroso-
lymitaine archaïque dont témoigne Égérie'.
À « Seigneur, je crie », mi chante dix stichères le dimanche
et huit stichères les jours de fête. Le Ménée contient toujours un
doxastikon pour les jours de fête. Le théotokion qui conclut cette
série de stichères est celui du dimanche du ton du doxastikon ou
celui de la fête pour les grandes fêtes du Seigneur ou de la Mère
de Dieu.
L'entrée qui se fait aux vêpres après le lucernaire est une parti-
cularité des grandes vêpres. Elle a lieu également aux vêpres qui
précèdent la liturgie de saint Basile, aux paramonies de la Nativité,
de la Théophanie, de l'Annonciation, le Grand Jeudi et le Grand
Samedi, aux grandes vêpres qui se concluent par les Présanctifiés
pour les jours de fête tombant pendant la Sainte Quarantaine, ainsi
qu'aux vêpres des dimanches soir de la Sainte Quarantaine et le
soir des grandes fêtes. Comme l'explique N. Uspensky, l'entrée
des vêpres est un emprunt fait par le Typikon sabaïte au Typikon
de la Grande Église où elle faisait partie des vêpres asmatiques.
Uspensky souligne que l'entrée a été particulièrement solennisée
dans l'Église russe par la participation de tout le clergé diocésain
à l'entrée des vêpres à la cathédrale',
Un autre élément fondamental de l'agrypnie est la litie
(procession) des vêpres". C'est un élément qui distingue
l'agrypnie de l'office des grandes vêpres, même si de nos jours,

1. O. STRUNK, «Byzantine Office at Hagia Sophia », DOP 9-10 (1955-


1956), p. 185,200; YCIIEHCKHH, « qHH BCeHOIIJ;Horo 6,IJ;eHHH Ha Ilpasocna-
BHOM Bocroxe H BPYCCKOH IJ;epKBH », BT19 (1978), p. 10-20; YCIIEHCKHH,
« IIpaBocJIaBHaH Besepas », p. 44-45.
2. Sur le terme« antiphonœ » chez Égérie, voir ÉGÉRIE, Journal de voyage,
SC 296, p. 235, note 5.
3. YCIIEHCKHil:, « IIpaBocJIaBHaH Bexepaa », p. 46-47 ; YCIIEHCKHil:, « qHH
BceHOIIJ;Horo 6,IJ;eHHH Ha IIpaBocJIaBHoM Boeroxe HBPyCCKOH IJ;epKBH », BT
19 (1978), p. 21-23.
4. A. LOSSKY, «La litie, un type de procession liturgique byzantine, exten-
sion du lieu de culte », Les Enjeux spirituels et théologiques de l'espace litur-
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 123

dans l'usage paroissial, la litie est parfois célébrée en dehors de


l'agrypnie dans le cadre de grandes vêpres. À l'origine, la litie
était la procession décrite par Égérie, qui avait lieu quotidien-
nement à la fin des vêpres dans l'Anastasis de Jérusalem et qui se
rendait à la Croix 1. Cette procession s'est conservée en Palestine,
principalement à la laure de Saint-Sabas où l'on se rendait dans
les différentes églises de la laure puis, finalement, au tombeau·
du fondateur. Cette procession était accompagnée du chant des
idiomèles et de litanies". De nos jours, la litie se limite généra-
lement à une procession accompagnée du chant des idiomèles de
la litie vers le narthex où sont dites les demandes de la litie.
Avec la litie est intimement lié le rite de l'artoclasie ou de la
bénédiction des pains". Comme l'explique N. Uspensky, ce rituel
prend ses origines en Palestine, dans les laures de Saint-Euthyme
et de Saint-Sabas, où l'agrypnie était très longue et occupait
facilement toute la nuit, du coucher du soleil jusqu'à l'aurore.
Par conséquent, les moines avaient besoin de se ravitailler à un
moment de l'office. Lors de la procession dans les différentes
églises de la laure, le prêtre avait pris l' habitude de s'arrêter à la
boulangerie où il bénissait la pâte et les pains que le sacristain
(ecclesiastikos) coupait ensuite en morceaux et distribuait aux
frères". De là est née notre artoclasie où l'on bénit cinq pains et
avec eux, le blé, le vin et l'huile - sans doute par allusion au Ps
4, 7-9 lu habituellement à l'office de la table, le soir - et qui fait
allusion au miracle de la multiplication des pains dans l'Évangile,
comme le mentionne le texte de la prière. Le pain et le vin sont
ensuite distribués dans l'assemblée pendant la « grande lecture»
(habituellement, une homélie patristique) qui devrait avoir lieu
entre les vêpres et les matines. TI est significatif que la distri-
bution de ce pain et ce vin bénits tint lieu à l'origine du repas
gique. Conférences Saint-Serge. 51 e semaine d'études liturgiques (BELS 135)
Rome, 2005, p. 165-177.
1. ÉGÉRIE, Journal de voyage 24, 7 (SC 296, p. 240-241).
2. YCIIEHCKHfl, « IIpaBocJIaBH8JI Bexepna », p. 38 ; YCIIEHCKHfl, « qIiH
aceaonraoro 6,IJ;eHIDI Ha IIpaBocJIaBHoM Bocroxe Ii B PyCCKOH: IJ;epKBIi »,
ETi8 (1978), p. 69-77.
3. S. PARENT!, «Vino e olio nelle liturgie bizantine », Olio e vino nell'alto
medioevo (Settimane di Studio della Fundazione Centro italiano di studi
sull'alto medioevo UV), Rome, 2007, p. 1283-1285.
4. YCIIEHCKHfl, « qIiH BCeHOIIJ;HOrO 6,IJ;eHHH HaIIpaBocJIaBHoM Bocroxe Ii
BPyCCKOH: IJ;epKBIi », ETi8 (1978), p. 75.
124 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

du soir et qu'elle marque le début du jeûne eucharistique. Il est


intéressant de remarquer que les anciens typika sabaïtes, tel le
Sin. gr. 1096, notent «qu'à partir de cette heure aucun de ceux
désirant communier aux Très Purs Mystères n'a le droit de boire
de l'eau! ».
Nous avons dit que la distribution du pain et du vin se fait
pendant la « grande lecture» qui sert de lien entre les vêpres
(ou le grand apodeipnon) et les matines. Cette lecture que l'on
désigne généralement par le terme d'àvayvo)( n ç2 peut être la
lecture d'une vie de saint, d'une homélie patristique ou d'un livre
biblique.
Après s'être réconfortés et avoir écouté la lecture édifiante, les
fidèles assistent aux matines qui commencent avec l'hexapsalme.
Il faut dire que nous rencontrons d'autres lectures patristiques
pendant les matines de l'agrypnie. Les typika mentionnent, par
exemple, des lectures après les cathismes, après le polyéleos,
après la troisième ode du canon, ou encore après la sixième ode
du canon. Ces lectures patristiques peuvent être des homélies -
très souvent, on lit les discours de saint Grégoire le Théologien,
ou des commentaires bibliques - de saint Jean Chrysostome, par
exemple.
La partie distinctive des matines festives, dont est composée
l'agrypnie, est bien sûr le polyéleos et la lecture de l'évangile.
Dans le cadre de l'agrypnie dominicale, le polyéleos est parfois
remplacé par le cathisme 17 (parfois désigné par le terme
«Irréprochable» - allcovol, Hfnopw'!H" - c'est-à-dire le psaume
118. Il faut, pour le savoir, consulter la répartition du Psautier
pour les différentes périodes de l'année. Dans l'ordo grec, le
psaume 118 est toujours lu le dimanche, excepté s'il y a une

1. «' A1to oÈ 't'fjç ropaç È1ŒtVT\Ç oùx ËXEt Èçoucrtav 1ttVEtv üorop 6 'tciiv
àxpav'trov ~u<m'\ptrov ~'taOXEÏv Ik>UM)~voç» ; )l;MHTPHEBCKHM, Onucauue;
t. 3, Ttl1tuca, '1. 2, p. 23-24.
2. Sur ce terme, voir A. LOSSKY, «Le système des lectures patristiques
prescrites au cours de l'année liturgique par les Typica byzantins : une forme
de prédication intégrée dans l'office divin », La Prédication liturgique et les
commentaires de la liturgie, Conférences Saint-Serge, 38e Semaine d'études
liturgiques (BELS 65), Rome, 1992, p. 138.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 125

agrypnie en l'honneur d'un saint (ou de la Mère de Dieu), où il


est alors remplacé par le polyéleos.
Les Irréprochables (psaume 118 ou cathisme 17) sont quant
à eux un élément très ancien des matines'. Saint Jean Cassien
les mentionne lorsqu'il décrit la liturgie monastique palesti-
nienne'', Mais ils existaient également dans les matines des
églises séculières. Dans l'office asmatique de la Grande Église
de Constantinople, on chantait ce psaume chaque jour de l'année,
même le jour de Pâques". Syméon de Thessalonique en témoigne
dans sa description des matines asmatiques, où le passage du
narthex à la nef se fait entre la deuxième et la troisième partie
du psaume 1184 • Selon N. Uspensky, les Irréprochables étaient
une partie fondamentale des matines festives de l'ordo hiérosoly-
mitain dans son état archaïque. À ce psaume sont venus s'ajouter
des refrains particuliers en l'honneur de la fête ou du saint",
M. Arranz nous dit que, plus tard, le psaume 118 a appartenu à
la psalmodie du samedi dans la tradition monastique, alors qu'il
appartenait aux matines asmatiques du dimanche'', La présence
du psaume 118 aux matinesdu samedi et du dimanche a inspiré la
composition des eulogétaires (eùÂoYT'J'tapta) - série de tropaires
en mémoire des défunts pour l'office des défunts du samedi ou
en l'honneur de la Résurrection le dimanche et dont le refrain est
le verset 12 du psaume 118 - « Tu es béni, Seigneur, enseigne-
moi Tes jugements7 ». Dans la pratique actuelle, les eulogétaires
en l'honneur de la Résurrection sont chantés à chaque agrypnie

1. Voir: YCIIEHCKHH, « qHH BCeHOIIJ;HOrO 6,D;eHIDI Ha IIpaBoCJIaBHoM


Bocroxe H B PyCCKOH I.J;epKBH », .ETI8 (1978), p. 85 (note 114).
2. JEAN CASSIEN, Institutions cénobitiques, livre 3, chap. 3, 10 (SC 109, trad.
J.-C. Guy, Paris, 1965, p. 102-103).
3. ,J:(MHTPHEBCKHH, Onucauue; t. 1, Tomxé, lf. 1, p. 135; MATÉOS, Typicon,
II, p. 92-93.
4. SYMÉON DE THEsSALONIQUE, «De la prière sacrée », PG 155, 640;
JIHCHI:(hIH, llep60Ha'lMbHblU Crta6JIHo-PycCKUU Tunuxou, p. 78-80, note 87 ;
H. MAHCBETOB, « 0 IIeCHeHHOM IIOCJIe,D;OBaHHH », llTC04 (1880), p. 1006.
5. YCIIEHCKHH, « qHH BCeHOIIJ;Horo 6,D;eHHH Ha IIpaBocJIaBHoM Bocroxe H
B PyCCKOH I.J;epKBH », .ETI8 (1978), p. 95.
6. M. ARRANz, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 97, note 1.
7. YCIIEHCKHH, « qHH BceHOIIJ;Horo 6,D;eHIDI Ha IIpaBocJIaBHoM Bocroxe H
B PyCCKOH I.J;epKBH », .ETI8 (1978), p. 78-79.
126 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

dominicale, indépendamment du chant des Irréprochables ou du


polyéleos.
Les anavathmi (àva~aef.loi, CTfnéHHd) sont à la fois un élément
de l'agrypnie et des matines avec polyéleos. Ce sont des hymnes
antiphonées, réparties sur les 8 tons de l' Octoèque, qui furent
composées sur la base des psaumes graduels (Ps 119-133).
Selon N. Uspensky, se basant sur l'interprétation de Nicéphore
Calliste Xanthopoulos (XIVe siècle), les anavathmi auraient été
composées par saint Théodore Stoudite lors de son exil (794-
797)1. Ces hymnes devaient accompagner les psaumes graduels
dont elles étaient inspirées, et ces psaumes devaient remplacer les
Irréprochables (psaume 118). En effet, nous pouvons constater
que, pour les tons 1 et 5, l'auteur s'est inspiré des psaumes 119,
120 et 121 ; pour les tons 2 et 6, des psaumes 122, 123 et 124 ;
pour les tons 3 et 7, des psaumes 125, 126 et 127 ; et, pour les
tons 4 et 8, des psaumes 128, 129 et 130. Ainsi donc au Stoudion,
les anavathmi, composées de psaumes et d'hymnes, remplaçaient
les Irréprochables (psaume 118) et étaient chantées après les
deux cathismes et la lecture patristique, après quoi on chantait le
prokeimenon et lisait l' évangile'. Le Typikon d'Alexis le Stoudite
mentionne en effet cet ordo pour les grandes fêtes', Lors de la
diffusion du Typikon sabaïte au XIVe siècle, la réforme liturgique
n'a conservé que l'hymnographie et délaissé les psaumes dont
les hymnes s'inspiraient. Par la même occasion, on a ajouté une
quatrième antiphone aux anavathmi du ton 8 qui, à l'origine, était
prévue pour les fêtes qui ne tombaient pas un dimanche et qui était
inspirée du psaume 1324 . Depuis lors, les anavathmi sont chantées
aux matines festives après le polyéleos ou les Irréprochables,
avant le prokeimenon et la lecture de l'évangile. Le dimanche, on

1. Ibid., p. 86-87, note 115. Au sujet des anavathmi, voir O. STRUNK, «The
Antiphons of the Oktoechos », Journal of the American Musicologist Society,
13 (1960), p. 50-67.
2. YCIlEHCKHH, «~bl:H sceaomnoro 6,ll;eHIDI Ha IIpaBocJIaBHoM BOCTOKe
HBPyCCKOH IJ:epKBH », BT18 (1978), p. 87. Voir ,l],MHTPHEBCKHH, OnucaHue,
t. 1, T'U1t\.1ca, 'l. 1, p. 229.
3. Voir,par exemple, la description des matines pour la Nativité de la Mère
de Dieu (8 septembre) : IIEHTKOBCKHH, Tunuxon, p. 279. La description des
matines pour l'Exaltation de la Croix nous donne une notice concernant l'exé-
cution des anavathmi durant l'année: ibid., p. 282.
4. YCIlEHCKHH, « -qHH aceaoursoro 6,ll;eHIDI HaIIpaBocJIaBHoM BOCTOKe li
BPyCCKOH IJ:epKBH », BT18 (1978), p. 87.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 127

chante les anavathmi du ton courant du dimanche, alors que les


jours de fête, on chante la première antienne des anavathmi du 4e
ton de l'Octoèque. Le Typikon d'Alexis le Stoudite prescrivait
quant à lui pour les fêtes: « anavathmi, ton 4 »1. S'agit-il de la
même chose - ce qui refléterait, dans ce cas, une évolution par
rapport à la pratique de saint Théodore -, ou indique-t-il par
là l' antiphone spéciale des jours de fête à interpréter sur le ton
4, antiphone qui fut rajoutée ultérieurement au ton 8 (ou ton 4
plagal) dont elle devint la 4e antiphone ? Ou indique-t-il tout
simplement l'interprétation des anavathmi du ton 4 en entier? La
rubrique du même typikon concernant les matines de l'Ascension
et indiquant que l'on chante l' anavathmi du ton 52, nous inciterait
à opter pour l'une des deux dernières hypothèses.
Après les anavathmi viennent le prokeimenon et les versets
psalmiques «Que tout souffle» (Ps 150, 5.1), puis la lecture
de l'évangile. Nous avons déjà parlé plus haut de ce doublet
des laudes qui précède la lecture de l'évangile. Ces versets
psalmiques étaient déjà mentionnés par le Typikon d'Alexis le
Stoudite dans la description des matines de plusieurs grandes
fêtes et de dimanches", Or, ce doublet peut s'expliquer du fait que
dans l'office asmatique de la Grande Église de Constantinople,
les laudes précédaient la lecture de l'évangile. Nous avons vu
plus haut l'explication que donne M. Arranz à propos du dernier
verset du psaume 150, devenu une sorte de prokeimenon fixe,
précédant l'évangile matutinal, lorsque la lecture de celui-ci,
de la fin de l'office fut déplacée juste avant le psaume 50 des
matines",
Ainsi, l'ordo sabaïte du XNe siècle aurait hérité du système
de lectures du Lectionnaire de la Grande Église, déjà adopté
par les Stoudites au IX e siècle. Nous trouvons en appendice au
Typikon de la Grande Église les prokeimena matutinaux du
dimanche selon les huit tons et les onze évangiles matutinaux
ou de la Résurrection, de même que les prokeimena et les
évangilespour les matines des grandes fêtes". L'histoire des onze

1. Voir par exemple: IIEHTKOBCKMfI, TunUKOH, p. 282.


2. Ibid., p. 269.
3. Ibid, p. 247, 269, 271,272,282, 308, 317, 358, 363.
4. M. ARRANz, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 90, note 2.
5. MATÉos, Typicon, II, p. 170, 180.
128 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

évangiles matutinaux (EUOyyÉÂta Éro8tvà) semble montrer que


la Grande Église de Constantinople en est redevable à l'Église
de Jérusalem: la série des onze évangiles de la Résurrection
reprend en effet les évangiles lus à Jérusalem pendant la semaine
pascale 1. Égérie atteste, d'ailleurs, l'usage hiérosolymitain de
lire l'évangile de la Résurrection à l'office dominical du matin
au IVe siëcle-, M. Arranz se demandait en effet « si l'évangile
dominical n'est pas une innovation récente à Constantinople et s'il
ne provient pas de l'office monastique palestinien" ». Toutefois,
il faut se rappeler que l'origine de la lecture de l'évangile de la
Résurrection n'appartient pas à la vigile monastique des milieux
anachorétiques, mais à l'Anastasis de Jérusalem. Comme
l'explique J. Matéos, « il faut tenir compte de ce que l'agrypnie
dominicale, pratiquée à Saint-Sabas, n'était pas exactement celle
de Nille Solitaire [au Sinaï]. À Saint-Sabas, on lisait l'évangile
de la Résurrection, absent de l'office de l'ermite. C'est que les
moines, vivant près de Jérusalem, avaient adopté les offices de
la cathédrale" ». Ainsi, les onze évangiles de la Résurrection,
d'origine hiérosolymitaine, furent adoptés par la Grande Église
de Constantinople où ils étaient lus après les laudes, à la fin des
matines asmatiques, et précédés d'un prokeimenon, comme c'est
toujours le cas aujourd'hui dans l'office du Grand Samedi. Par la
suite, ils trouvèrent leur place dans l'office néo-sabaïte, avant le
psaume 50, étant toujours précédés du prokeimenon et du verset
du psaume 150, 6.
Nous ne dirons rien de plus concernant le déroulement de
l'agrypnie puisque la suite correspond au déroulement habituel
des matines, si ce n'est pour rappeler que le chant de la grande
doxologie dans sa rédaction constantinopolitaine (dont l'ordre

1. Voir 1. GETCHA, «Le système des lectures bibliques du rite byzantin »,


La Liturgie, interprète de l'Écriture, 1. Les lectures bibliques pour les diman-
ches etfêtes. Conférences Saint-Serge. 48 e Semaine d'études liturgiques (BELS
119), Rome, 2002, p. 39-41.
2. «L'évêque se tient à l'intérieur des grilles, il prend l'Évangile, vient
à l'entrée et lit lui-même le récit de la Résurrection du Seigneur» (ÉGÉRiE,
Journal de voyage, 24,10 [SC 296, p. 244-245]).
3. M. ARRANZ, «L'office de l'asmatikos orthros (matines chantées) de l'an-
cien Euchologe byzantin », OCP 47 (1981); p. 154.
4. J. MATÉOS, «La psalmodie variable dans l'office byzantin », Societas
Academica Dacoromana, Acta philosophica et theologica, t. II, Rome, 1964,
p.338.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 129

des versets diffère de l'ordre retenu pour la rédaction hiéroso-


lymitaine) fut une nouveauté introduite lors de la diffusion du
Typikon sabaïte au XIVe siècle. Le chant de la grande doxologie
est précédé d'une forme plus festive des laudes qui sont alors
chantées selon le ton du premier stichère des laudes. Celles-ci
débutent par le dernier verset du psaume 150 : « Que tout souffle
loue le Seigneur» (Ps 150,5), après quoi on chante la première
partie du premier verset du psaume 148 avec pour refrain non
psalmique : « À toi convient la louange ô Dieu. » Cette structure
avec refrain du début des laudes pour les jours festifs n'est pas
sans rappeler l'exécution des antiphones de l'office asmatique
avec leurs refrains 1, et plus particulièrement celle des laudes dans
l'office asmatiqueê, Or, dans cet office de la Grande Église, les
laudes précédaient la lecture de l'évangile. M. Arranz note à ce
propos que le dernier verset du psaume 150 servant de refrain
aux laudes de l'office asmatique a donné lieu, comme nous
l'avons vu, à un doublet, sous la forme d'un prokeimenon fixe,
constitué des versets 6 et 1 du psaume 150 et précédant l'évangile
matutinal, lorsque la lecture de celui-ci fut placée juste avant le
psaume 50 des matines de l'office sabaïte', De plus, le verset
d'introduction à la doxologie: «Gloire à Toi qui nous as montré
la lumière » était lui aussi à l'origine un refrain des laudes dans
l'office asmatique". Il est vrai que la synthèse des usages pales-
tiniens et constantinopolitains est antérieure au xrvs siècle. La
plus ancienne version du typikon sabaïte, le Sin. gr. 1094 (xn"-
xnr siècle), mentionne déjà cette structure festive et chantée des
laudes, indiquée par l'expression« nacra nvoiJ5 ».
Par ailleurs, l'onction qui devrait normalement avoir lieu dans
le narthex après le congé des matines est faite, dans la pratique
actuelle, après l'évangile (chez les Russes) ou pendant les laudes
(chez les Grecs). Cette onction est une partie caractéristique
de toute agrypnie dans la tradition sabaïte et avait lieu dans le

1. JIMCMQbIH, Ilepeonasansnuû Ctla6J/Ho-PycCKUÜ TunUKOH, p. 85.


2. YCIlEHCKMil:, « qHHBCeHOIQHoro O,IJ;eHIDI HaIIpaBoCJIaBHoM Bocroxe H
BPyCCKO:i'l: I.J;epKBM», ET19 (1978), p. 43.
3. M. ARRANZ, « Les prières presbytérales des matines byzantines », OCP
38 (1972), p. 90, note 2.
. 4. D. BALFOUR, « La réforme de l'Horologion », Irénikon 7 (1930), p. 175.
. 5. Sin. gr. 1094, f. 18v., 35r., 56r., 64r., 65v., 84r. (édité par LoSSKY, Le
Typikon byzantin, p. 165, 189,221,233,236,260).
130 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

narthex. La sortie dans le narthex après le congé des matines est


un vestige de l'ancienne litie qui avait lieu à la laure de Saint-
Sabas à la fin des matines et qui se déroulait dans l'ordre inverse
à celui de la litie des vêpres. On sortait de l'église par le narthex
pour se rendre au tombeau de saint Sabas avant de poursuivre la
procession vers d'autres églises de la laure, comme l'atteste la
plus ancienne version du Typikon sabaïte, le manuscrit Sin. gr.
1096 1•
La plupart des rubriques conformes à la prescription de la
Diataxis du patriarche Philothée ne mentionnent que l'onction
avec l'huile sainte de la lampe et ne disent rien de la sortie au
narthex-, Comme l'explique N. Uspensky, «La vénération de
l'icône du saint et l'onction avec l'huile de sa lampe ont remplacé
la sortie au narthex' ».
Néanmoins, une « litie» autour du monastère a été conservée
dans les rubriques de la plupart des Ménées et des Triodes à la
troisième heure du jour, pour l'Annonciation et le dimanche des
Rameaux. La Diataxis du patriarche prévoyait la même chose
pour ces deux jours, de même que pour la semaine pascale". Mais
ces lities sont aussi, en partie, l'héritage du Typikon de la Grande
Église qui prévoyait, pour le jour de l'Annonciation, une litie à
partir de l'église de Chalkopratiajusqu'au Forum de Constantin,
le dimanche des Rameaux à l'église des Quarante Martyrs et le
lundi de Pâques au Forum, à l'église des Saints Apôtres',

1. AMHTPHEBcmR, Onucauue; t. 3, Tumxd, '1. 2, p. 24. Au sujet de la litie


desmatines, voir Y crrancaaa, « qHH sceaomaoro 6,n;eHIDI HaIIpaBocJIaBHOM
BOCTOKe H B PyCCKOH UepKBH », BT18 (1978), p. 80-81; CKABAJIllAHOBH'I,
TOAK06blU Tunuxou; 2, p. 322-324.
2. J. GoAR, Euchologion sive Rituale Graecorum, Venise, 1730, p. 8 ;
YCllEHcmR, « qHH sceaomaoro 6,n;eHHH Ha IIpaBocJIaBHOM Bocroxe H B
PyCCKOH UepKBH », BTI8 (1978), p. 96-97.
3. Ibid., p. 97.
4. J. GOAR, Euchologion sive Rituale Graecorum, Venise, 1730, p. 8 ;
YCllEHcmR, « qHH sceaomaoro 6,n;eHHH Ha IIpaBocJIaBHOM Bocroxe H B
PyCCKOH UepKBH », BTI8 (1978), p. 97.
5. A. AMHTPHEBCKHR, J!pe611euUluu nampuapusuu munuxonu. Cesmo-
ZP06CKUU, HepYCaAU.MCKUU U BeAUKOU Kancmanmunononuxoü Ilepxeu; Kiev,
1907, p. 306-308, 119-120, 173; MATÉOS, Typicon, I, p. 254-255; II, p. 66-67,
96-99 ; Y cnaacsaa, « qHH aceaormroro 6,n;eHIDI HaIIpaBocJIaBHoM BOCTOKe
H B PyCCKOH UepKBH », BT 18 (1978), p. 99-100 (notes 51-53).
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 131

L'OFFICE DU SAMEDI

Les célébrations du samedi ont certaines particularités puisque


le samedi marque la« clôture du ton », C'est pourquoi, au lucer-
naire et après le tropaire apolytikion, on chante toujours les
théotokia dominicaux dans le ton de la semaine et non pas dans
le ton du doxastikon ou du tropaire précédent. D'une manière
générale, les textes du Ménée se placent avant les textes de
l' Octoèque.
L'Octoèque prévoit, le samedi, de commémorer tous les saints
et les défunts. Il existe deux déroulements possibles.

Uoffice du samedi avec« Le Seigneur est Dieu »,

Dans ce cas de figure, on omet l'office des défunts de


l'Octoèque. Si l'office du Ménée est simple, on le transforme en
office à 6 stichères. Ainsi, aux vêpres, on chante au lucernaire
les stichères du Ménée en 6 tropaires, et le théotokion dans le
ton de la semaine. Aux apostiches, on chante les 3 stichères des
saints martyrs prévus pour le lucernaire, avec les versets prévus
normalement aux apostiches, et non pas les stichères des défunts.
Après le trop aire apolytikion, on chante le théotokion dominical
dans le ton de la semaine.
Aux matines, après le «Seigneur est Dieu », on chante le
tropaire apolytikion suivi du théotokion dominical dans le ton
du tropaire, dans la mesure où le théotokion dominical du ton
de la semaine sera chanté après le premier tropaire-cathisme de
l'Octoèque. Après chaque stichologie du Psautier (cathismes 16
et 17), on dit la petite synaptie. Pour le canon, on lit d'abord le
canon du Ménée, puis le canon de la dédicace de l'église, si celle-
ci est consacrée à un saint. Dans les églises dédiées au Seigneur
ou à la Mère de Dieu, on lit d'abord le canon de la dédicace, puis
celui du saint du Ménée. S'il y a deux mémoires de saints dans le
Ménée, on lit les deux canons du Ménée et le canon de la dédicace
est omis. En troisième position, on lit le canon à tous les saints
de l'Octoèque. Aux apostiches, on chante les trois stichères aux
saints martyrs prévus pour les laudes dans l' Octoèque, avec les
versets habituellement prévus pour les apostiches, et non pas les
132 LE TYPIKûN DÉCRYPTÉ

stichères des défunts. Après le tropaire apolytikion, on chante le


théotokion habituel, prévu dans la quatrième annexe du Ménée,
dans le ton du tropaire apolytikion.

L'office du samedi avec «Alléluia »,

Si l'on décide de commémorer les défunts le samedi, on


chante l'office avec «Alléluia ». Dans ce cas, aux vêpres, on
chante au lucernaire les 3 stichères du Ménée puis les 3 stichères
des martyrs de l' Octoèque, et le théotokion dans le ton de la
semaine. Aux apostiches, on chante les stichères des défunts avec
des versets particuliers. Comme trop aire apolytikion, on chante
les deux tropaires du samedi et le théotokion particulier. On les
trouve dans l'Horologion, dans la série des tropaires des jours de
la semaine.
Aux matines, au lieu de «Le Seigneur est Dieu », on chante
« Alléluia» avec les versets particuliers pour les défunts. On
chante ensuite les mêmes tropaires apolytikia qu'aux vêpres.
Après la première stichologie du Psautier (cathisme 16), on dit
la petite synaptie suivie du tropaire-cathisme de l'Octoèque. On
chante ensuite la deuxième stichologie du Psautier (cathisme 17)
en deux parties, avec les refrains prévus pour l'office des défunts.
On les trouve dans le livre du chantre (Hirmologion). Après la
première partie, on dit la synaptie des défunts, puis on entonne la
deuxième partie du cathisme 17. Celle-ci se conclut par le chant
des eulogétaires des défunts. On les trouve dans l'Hirmologion
ou dans l'Horologion. Pendant ce chant, le prêtre encense toute
l'église. Puis il dit la synaptie des défunts. Pour le canon, on lit
d'abord le canon du Ménée (6 tropaires), puis le canon de la
dédicace de l'église, si celle-ci est consacrée à un saint. Dans les
églises dédiées au Seigneur ou à la Mère de Dieu, on lit d'abord
le canon de la dédicace, puis celui du saint du Ménée. S'il Y a
deux mémoires de saints dans le Ménée, on lit les deux canons du
Ménée et le canon de la dédicace est omis. En troisième position,
on lit le canon à tous les saints de l' Octoèque. Le canon des
défunts de l' Octoèque est chanté pendant l'office des défunts qui
est célébré entre les vêpres et les complies. C'est cet office qui
est à l'origine de l'office de caractère privé, connu sous le nom de
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 133

panychide. Aux laudes qui sont lues, on intercale quatre stichères


aux saints martyrs de 1'0ctoèque. Puis on poursuit, comme pour
l'office quotidien, par la lecture de la doxologie. Aux apostiches,
on chante les stichères des défunts de 1'0ctoèque, avec leurs
versets particuliers. On chante à la fin de l'office les mêmes
tropaires apolytikia des défunts qu'aux vêpres.

OCCURRENCE DE L'OFFICE DES MÉNÉES


AVEC L'OFFICE DU DIMANCHE

L'ordo de l'agrypnie du dimanche varie selon le degré de


solennité du saint du Ménée et selon le nombre de commémo-
rations dans le Ménée. L'office du dimanche dans l' Octoèque
a toujours préséance. Toutefois, selon le degré de solennité du
saint du Ménée, le nombre de stichères ou tropaires du Ménée
peut augmenter au détriment de ceux tirés de 1'0ctoèque. Aux
matines, la quantité de canons ne peut excéder quatre. C'est
pourquoi, s'il y a deux canons dans le Ménée, le deuxième canon
de 1'0ctoèque (de la Croix et de la Résurrection) est omis.
La combinaison de l'office du Ménée avec celui de l' Octoèque
est résumée, selon les cas de figures, dans les tableaux suivants :
134 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Offices non festifs du Ménée


Office du Ménée sans signe Office du Ménée à six stichères
1 seul office 2 offices 1 seul office 2 offices
Seigneur, je crie Seigneur, je crie Seigneur, je crie Seigneur, je crie
vers Toi : vers Toi: vers Toi: vers Toi:
70ctoèque 40ctoèque 6Octoèque 40ctoèque
3 Ménée 3 + 3 Ménée 4 Ménée 3 + 3 Ménée
Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée
Et maintenant: Et maintenant: Et maintenant: Et maintenant:
théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom.

Stichères de la Stichères de la Stichères de la Stichères de la


Iitie : de l'église Iitie : de l'église Iitie : de l'église Iitie : de l'église
Gloire: Ménée Gloire: Ménée
Et maintenant: Et maintenant:
théotokion dom. théotokion dom.

Apostiches : Apostiches : Apostiches : Apostiches :


Octoëque Octoèque Octoèque Octoèque
Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée
Et maintenant: Et maintenant: Et maintenant: Et maintenant:
théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom.

À l'artoclasie : À l'artoclasie: À l'artoclasie : À l'artoclasie :


Mère de Dieu et Mère de Dieu et Mère de Dieu et Mère de Dieu et
Vierge (3 fois) Vierge (3 fois) Vierge (3 fois) Vierge (3 fois)

Le Seigneur est Le Seigneur est Le Seigneur est Le Seigneur est


Dieu : tropaire Dieu : tropaire Dieu: tropaire Dieu : trop aire
dominical (2 fois) ; dominical ; tropaire dominical (2 fois) ; dominical.; tropaire
Gloire: tropaire du 1 du Ménée ; Gloire : trop aire du 1 du Ménée;
Ménée ; Et main- Gloire: trop aire Ménée ; Et main- Gloire: trop aire
tenant: théotokion 2 du Ménée ; Et tenant : théotokion 2 du Ménée ; Et
dominical maintenant : théo- dominical maintenant : théo-
tokion dominical tokion dominical

Après chaque Après chaque Après chaque Après chaque


cathisme: cathisme: cathisme: cathisme:
petite synaptie et petite synaptie et petite synaptie et petite synaptie et
tropaires-cathismes tropaires-cathismes tropaires-cathismes tropaires-cathismes
-Octoèque -Octoèque -Octoèque -Octoèque

Canons: Canons : Canons: Canons :


Octoëque (de la Octoëque (de la Octoèque (de la Octoèque (de la
Résurrection) en 4 Résurrection) en 4 Résurrection) en 4 Résurrection) en 4
Octoèque (de la Octoèque (de la
Croix et de la Croix et de la
Résurrection) en 3 Octoèque (de la Résurrection) en 2 Octoèque (de la
Octoèque (de la Mère de Dieu) en 2 Octoèque (de la Mère de Dieu) en 2
Mère de Dieu) en 3 Ménée (l) en 4 Mère de Dieu) en 2 Ménée (1) en 4
Ménéeen4 Ménée (2) en 4 Ménée en 6 Ménée (2) en 4

Laudes: 8 Laudes: 8 Laudes: 4 Laudes: 4


Octoèque Octoèque Octoèque s- 4 Octoèque+ 4
Ménée Ménée
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 135

Offices festifs du Ménée


Doxologie Polyéleos Agrypnie Fête mariale
Seigneur, je crie Seigneur, je crie Seigneur, je crie Seigneur, je crie
vers Toi : vers 'lOi: vers Toi: vers Toi:
60ctoèque 40ctoèque 40ctoèque 4 Octoèque
4 Ménée 6 Ménée 6 Ménée 6 Ménée
Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Et mainte-
Et maintenant : Et maintenant: Et maintenant : nant: Ménée
théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom.

Prophéties du saint Prophéties du saint Prophétie de la fête

Stichères de la Iitie : Stichères de la Iitie : Stichères de la Iitie : Stichères de la Iitie :


de l'église de l'église de l'église Ménée
Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée
Et maintenant : Et maintenant : Et maintenant:
théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom.

Apostiches: Apostiches : Apostiches : Apostiches :


Octoëque Octoèque Octoèque Octoèque
Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire: Ménée Gloire : Et mainte-
Et maintenant: Et maintenant: Et maintenant: nant:Ménée
théotokion dom. théotokion dom. théotokion dom.

A l'arloclasie : Mère A l'artoclasie : Mère A l'artoclasie : Mère A l'artoclasie :


de Dieu et Vierge de Dieu et Vierge de Dieu et Vierge (2 tropaire du Ménée
(3 fois) (3 fois) fois) + tropaire du (3 fois)
Ménée (1 fois)

Le Seigneur est Le Seigneur est Le Seigneur est Le Seigneur est


Dieu : tropaire Dieu : tropaire Dieu : tropaire Dieu: tropaire domi-
dominical (2 fois) ; dominical (2 fois) ; dominical (2 fois) ; nical ; Gloire : Et
Oloire : tropaire du Gloire : tropaire du Gloire : tropaire du maintenant: tropaire
Ménée ; Et main- Ménée; Et main- Ménée ; Et main- du Ménée
tenant: théotokion tenant: théotokion tenant : théotokion
dominical dominical dominical

Après chaque Après chaque Après chaque Après chaque


cathisme: cathisme: cathisme: cathisme:
petite synaptie et petite synaptie et petite synaptie et petite synaptie et
iropaires-cathismes tropaires-cathismes tropaires-cathismes tropaires-cathismes
~Octoèque -Octoèque -Octoèque -Octoèque

Anavathmi du ton de Anavathmi du ton de Anavathmi du ton de Anavathmi du ton de


l'Octoèque l'Octoèque l'Octoèque l'Octoèque
Prokeimenon du Prokeimenon du Prokeimenon du Prokeimenon et
ton de l' Octoèque ton de l'Octoèque ton de l'Octoèque évangile de la fête
et évangile de la et évangile de la et évangile de la (Ménée)
Résurrection Résurrection Résurrection

Canons : Canons : Canons : Canons :


Octoèque (de la Octoëque (de la Octoèque (de la Octoèque (de la
Résurrection) en 4 Résurrection) en 4 Résurrection) en 4 Résurrection) en 4
Octoèque (de la Octoèque (de la
Croix et de la Croix et de la
Résurrection) en 2 Résurrection) en 2
Octoèque (de la Mère Octoèque (de la Mère Octoèque (de la Mère Octoèque (de la Mère
de Dieu) en2 de Dieu) en 2 de Dieu) en 2 de Dieu) en 2
Ménéeen6 Ménéeen6 Ménéeen8 Ménéeen8

Laudes: 4 Octoèque Laudes: 4 Octoèque Laudes: 4 Octoèque Laudes: 4 Octoèque


+ 4 Ménée + 4 Ménée + 4 Ménée + 4 Ménée
136 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Fête despotique: on chante tout l'office du Ménée et rien de


l'Octoèque (= l'office du dimanche est supprimé).

LES GRANDES FÊTES

Grandes fêtes, périodes d'avant-fête et d'après-fête,

Nous connaissons dans l'année liturgique byzantine douze


grandes fêtes. Les unes sont en l'honneur du Seigneur, les autres
en l'honneur de la Mère de Dieu. Elles sont précédées d'une
période d'avant-fête qui nous y prépare par une hymnographie
particulière, et sont suivies d'une période d'après-fête pendant
laquelle on reprend l'hymnographie de la fête. Pendant les
périodes d'avant-fête et d'après-fête, l'hymnographie de l'avant-
fête ou de la fête, contenue dans le Ménée, remplace l'hymno-
graphie de l'Octoèque. Le dernier jour de l'après-fête est appelé
clôture de la fête. Le jour de la clôture, l'office de la fête est repris
en entier sous la forme d'un office doxologique (il n'y a donc pas
d'entrée, ni de prophéties, ni de litie aux vêpres, de polyéleos et
de lecture d'évangile aux matines). En fait, dans la conscience de
l'Église, comme cela apparaît aussi dans l'allumage des lampes
durant l'office au Mont Athos, la clôture a le degré d'une fête
sans polyéleos ni lecture de l'évangile aux matines.
Le jour de la fête et pendant tout l'après-fête, aux matines,
on ne chante pas le Magnificat à la neuvième ode du canon. De
même, à la liturgie, et ce, pendant toute la période de l'après-
fête, on remplace l'hymne à la Mère de Dieu (« TI est digne en
vérité») par le refrain et l'hirmos de la neuvième ode du canon
des matines. Notons que dans l'ordo grec, en général, cela ne
s'applique que le jour de la fête et le jour de la clôture; les autres
jours on chante : « Il est digne en vérité» à la liturgie.
Les jours de fête du Seigneur, à la liturgie, on chante des
antiphones particulières à la fête. L'ordo grec prévoit également
que l'on chante aux fêtes de la Mère de Dieu des antiphones
propres, bien que le Typikon prescrive ceux des Typiques. Le soir
de ces jours-là, aux vêpres, il y a une entrée suivie d'un grand
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 137

prokeimenon qui remplace le prokeimenon du soir de l' Horo-


logion.
En plus d'une période d'après-fête, les fêtes de la Nativité du
Christ, de la Théophanie et de l'Exaltation de la Croix ont un
samedi et un dimanche avant la fête, de même qu'un samedi et
un dimanche après la fête, pour lesquels, à la Divine Liturgie, il
est prévu des lectures particulières.

Grandes têtes despotiques

Avant-tête Fête Après-tête


5 jours 6 jours
Nativité du Christ
À partir du 20 Clôture: 31
25 décembre
décembre décembre
4 jours Théophanie 8 jours
À Partir du 2 janvier 6 janvier Clôture : 14 janvier
Entrée du Seigneur à
Jérusalem
-
(7 jours avant
-
Pâques) *
Ascension
1 jour (40 jours après 8 jours
Pâques) *
Pentecôte
- (50 jours après 6 jours
Pâques)"
1 jour Transfiguration 7 jours
5 août 6 août Clôture : 13 août
Exaltation de la 7 jours
1 jour
Sainte Croix Clôture: 21
13 septembre
14 septembre septembre

* Fêtes du cycle annuel mobile. Voir Triode et Pentecostaire.


138 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Grandes fêtes de la Mère de Dieu

Avant-fête Fête Après-fête


Nativité de la Mère 4 jours
1 jour
de Dieu Clôture: 12
7 septembre
8 septembre septembre
Entrée au temple de 4 jours
1 jour
la Mère de Dieu Clôture: 25
20 novembre
21 novembre novembre
Hypapante (Sainte
1 jour 7 jours
Rencontre)
1er février* Clôture : 9 février*
2 février
1 jour Annonciation 1 jour
24mars* 25 mars 26 mars*
1 jour Dormition 8 jours
14 août 15 août 23 août

* Peut être réduit selon l'incidence avec le Triode.

Particularités des offices d'avant-fête et d'après-fête.

Les jours d'avant-fête et d'après-fête, à l'exception des


dimanches, tous les offices sont célébrés exclusivement d'après
le Ménée. On n'utilise pas l'Octoèque ces jours-là: l'hymno-
graphie habituelle de l'Octoèque, y compris les théotokia usuels,
est remplacée par l'hymnographie de l'avant-fête ou de la fête.
Le dimanche, les offices sont célébrés d'après l'Octoèque et le
Ménée. TI convient alors de suivre les prescriptions des chapitres
de Marc contenus dans le Ménée ou le Typikon.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 139

Célébration des vêpres et des matines en période d'avant-fête


ou d'après fête, à l'exception du dimanche

1 seul office de saint 2 offices de saint


dans le Ménée
Seigneur, je crie vers Toi : Seigneur, je crie vers Toi :
3 fête 3 premier saint
3 saint 3 deuxième saint
Gloire : saint Gloire : saint
Et maintenant : fête Et maintenant : fête

Apostiches : fête Apostiches : fête


Gloire : saint Gloire : saint
Et maintenant : fête Et maintenant : fête

Tropaire : saint Tropaire : premier saint


Gloire : Et maintenant : fête Gloire : deuxième saint
Et maintenant : fête

Le Seigneur est Dieu : tropaire Le Seigneur est Dieu : tropaire


de la fête de la fête, du premier saint,
Gloire : saint Gloire : du deuxième saint, Et
Et maintenant : fête maintenant : de la fête

Après chaque cathisme : Après chaque cathisme :


tropaires-cathismes de la fête tropaires-cathismes de la fête

Canons: Canons :
de la fête en 8 tropaires de la fête en 6 tropaires
du saint en 4 tropaires du premier saint en 4 tropaires
du deuxième saint en 4 tropaires

LA NATIVITÉ DU CHRIST ET LA THÉOPHANIE

Remarques historiques.

Le déroulement des offices de la Nativité et de la Théophanie


prend son origine dans leur antique célébration à Jérusalem.
Dans l'Église de Jérusalem, au Ive siècle, le cycle de l'Épiphanie
(manifestation) du Seigneur était l'un des deux cycles festifs
140 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

fondamentaux de l'année liturgique. Il s'aftissait d'une période


de quarante jours débutant par la fête de l'Epiphanie, célébrée le
6 janvier! , commémorant la Nativité du Christ, et se poursuivant
pendant huit jours. Ce cycle se terminait par la fête de l'Hypa-
pante (Rencontre) le 40ejour après l'Épiphanie, le 14 février.
Égérie témoigne de ce cycle dans le 25e chapitre de son récit
de voyage, mais malheureusement, il manque un feuillet dans le
seul manuscrit qui nous est parvenu. On peut simplement y lire
la description d'une procession vers Jérusalem, un peu avant le
lever du jour, puis d'un office célébré le matin, à la deuxième
heure, dans l'église de la Résurrection.
Le Lectionnaire arménien atteste, dans son premier chapitre,
que la veille de l'Épiphanie, le 5 janvier, on célébrait une vigile au
« Lieu des Pasteurs », situé près de Bethléem. Selon la tradition,
ce serait l'endroit où se trouvaient les bergers, lorsque les anges
leur annoncèrent la naissance du Christ. Cet office était composé
d'une série de onze lectures vétéro-testamentaires. Le matin, on
célébrait dans l'église de la Résurrection de Jérusalem la liturgie
attestée par Égérie.
La fête de l'Épiphanie à Jérusalem était une fête de la Nativité
du Christ. Contrairement aux autres Églises d'Orient, l'Église de
Jérusalem ne connaissait pas le 6 janvier une double célébration
Nativité-Baptême du Christ. Ce n'est en effet que chez l'Anonyme
de Plaisance qui assista, vers 560-570, à un pèlerinage au bord du
Jourdain que l'on trouve une première mention d'une célébration
du Baptême au Jourdain dans l'Église de Jérusalem'. En ce qui
concerne la bénédiction des eaux, C. Renoux fait remarquer
que ce n'est que dans des versions beaucoup plus tardives du
Lectionnaire arménien qu'il y a une telle mention après l'office
du matin au Saint-Sépulcre'.
Toutes les Églises orientales, à l'exception de celle de Jérusalem,
fêtaient la Nativité et le baptême le même jour, le 6 janvier, avant
que ne soit introduite la fête du 25 décembre d'origine romaine.

1. Tel qu'en témoigne le Lectionnaire arménien: RENüUX, II, p. 211.


2. « Itinéraire du Pèlerin de Plaisance », § Il dans P. MARAVAL, Récits des
premiers pèlerins chrétiens au Proche-Orient (N'-VII" siècle), Paris, 1996,
p.213.
3. Il s'agit des manuscrits Jérusalem 12, 22, 95 et 122, datant tous les trois du
XIV" siècle, malheureusement non publiés. Ils sont mentionnés dans RENüUX, II,
note 5, p. 217.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 141

Celle-ci fut une christianisation de la fête païenne du solstice


d'hiver'. Un sermon de saint Grégoire le Théologien, prononcé en
379 ou 380, atteste qu'à Constantinople on fêtait déjà la Nativité
le 25 décembre et le baptême le 6 janvier, au Ive siècle". De plus,
un sermon de saint Jean Chrysostome prononcé à Antioche vers
386 atteste que la même chose se produisit quelques années plus
tard à Antioche". .
Nous savons que la fête de l'Épiphanie était célébrée dès le
Ire siècle par des sectes gnostiques : c'est ce que nous apprend
Clément d'Alexandrie dans les Stromates, où î1 écrit que les
disciples de Basilide, gnostique d'Alexandrie du Ire siècle, fêtaient
le baptême du Christ le 10 ou le 6 janvier', En effet, plusieurs de
ces sectes gnostiques soutenaîent que le Christ divin ne s' était
pas entièrement uni à l'existence charnelle, mais temporaîrement
à l'homme Jésus, et ce, justement, au moment du baptême.
À Jérusalem, ce sont les judéo-chrétiens hérétiques qui ont hérité
et développé ce syncrétisme gnostique, Et justement, dans ce
système judéo-chrétien, le baptême du Christ occupaît une place
importante'. C'est sans doute dans cette perspective d'oppo-
sition aux courants gnostiques et ébionites, de même que suite
aux controverses ariennes qui avaîent agité le Ive siècle et dans
lesquelles les ébionites s'étaîent progressivement fondus, que la
Grande Églîse de Jérusalem a souhaîté marquer certaînes fêtes.
C'est précisément ce que soutient R. Taft en parlant du cycle de
la Nativité-Épiphanie : « Ces fêtes furent introduites au Ive siècle
pour des raîsons apologétiques et non à cause d'une impulsion
"historicisante" à célébrer l'annîversaîre de la naîssance et du
baptême de Jésus. Un examen des sources concernant les origines
et le sens de ces deux fêtes montre que toutes deux avaîent le

1. B. BOITE, Les Origines de la Noël et de l'Épiphanie, Louvain, 1932,


p. 32 et s. Voir aussi H. ,I(. YcnEHcKHH, « MCTOPIDI H saaseaae npasnaaxa
PoxmecTBa Xpacroaa B,u;peBHeii: IJ;epKBH», )J(MII 12 (1956), p. 38-47.
2. GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Discours 38 et 39, PG 36, 312-360 (= SC 358,
p. 104-197). Voir J. MOSSEY, Les Fêtes de Noël et d'Épiphanie d'après les
sources littéraires cappadociennes du IV" siècle, Louvain, 1965, p. 9-10.
3. JEAN CHRYSOSTOME, Oratio in Nativitatem, PG 49, 351-362. Voir MOSSEY,
Les Fêtes de Noël et d'Épiphanie, p. 22-23 ; BOITE, Les Origines de la Noël et
de l'Épiphanie, p. 24.
4. CLÉMENT D'ALEXANDRIE, Stromata J, 21 § 146, 1 (SC 3D, Paris, 1951,
p.150).
5. J. DANIÉLOU, Théologie du judéo-christianisme, Paris, 1991 2 , p. 284.
142 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

même objet de célébration: c'est le mystère de la manifestation


de Dieu en Jésus, et non pas des événements, qui était manifesté
et servait de scénario pour l'anamnèse liturgique', »
Ainsi, comme l'a souligné R.-G. Coquin, «le 6 janvier est
devenu la fête de l'orthodoxie nicéenne' », Ce dernier y voit
d'ailleurs la raison du déplacement du Carême d'une période
suivant la fête de l'Épiphanie à une période précédant la fête de
Pâques".
La célébration de l'unique mystère de la Nativité est une des
raisons possibles pour une introduction tardive de la fête romaine
du 25 décembre en Palestine, pourtant existante à Constantinople",
Ce ne sera, en effet, qu'à la fin de l'épiscopat de Juvénal (422-
458), à la suite du concile de Chalcédoine, entre 454 et 456 5 ,
qu'il y aura une première tentative d'adapter la pratique hiéro-
solymitaine à celle des autres Églises locales, en introduisant
temporairement la fête occidentale du 25 décembre. Par consé-
quent, l'Épiphanie devint alors la fête du baptême. Mais cette
tentative ne persista pas après la mort de Juvénal, et il faudra

1. R. TAFf, «Historicisme : Une conception à revoir », La Maison Dieu 147


(1981), p. 80.
2. R.-G. COQUIN, « Une réforme liturgique du Concile de Nicée? », Comptes
rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, avril-juin 1967,
p.188-189.
3. Ibid., p. 189-190.
4. J. LEMARlÉ, La Manifestation du Seigneur, LO 23, Paris, 1957, p. 43.
5. D'après L. PERRONE, «Vie religieuse et théologie en Palestine durant la
première phase des controverses christologiques », POC 27 (1977), p.229.
Botte optait plutôt pour l'an 430 : BOITE, Les Origines de la Noël et de l'Épi-
phanie, p. 19-20. Perrone voit dans cette institution de Juvénal une certaine
façon d'équilibrer, d'après le dogme de Chalcédoine, la naissance selon l'hu-
manité, d'une part, et la manifestation selon la divinité, d'autre part : «On
peut encore se demander si le déroulement de la fête n'a pas été inspiré du
désir de mieux souligner la réalité humaine de la naissance de Jésus au regard
de la manifestation de la gloire de Dieu dans le Christ. [... ] Cela semblerait
confirmer, d'une part, une datation plus récente et expliquer, d'autre part, le
peu de succès dont a joui l'innovation liturgique de Juvénal qui doit avoir été
supprimée quelque temps après sa mort» (PERRONE, «Vie religieuse et théo-
logie en Palestine ... », p. 231). En effet, cette innovation susceptible d'une
accusation de nestorianisme n'a pas pu subsister longtemps à Jérusalem, où il y
avait une forte influence monophysite; voir à ce sujet M. VAN EsBROECK, « La
lettre de l'empereur Justinien sur l'Annonciation et la Noël en 561 », An. Bol.
86 (1968), p. 369-370.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 143

attendre la lettre de l'empereur Justinien, vers 560 1, pour unifor-


miser la pratique de l'Église de Jérusalem avec celle des autres
Églises. Il est intéressant de noter que c'est justement dans les
Lectionnaires géorgiens du VII~ siècle, témoins du rite hiéroso-
lymitain de la fin du v e siècle, que nous trouvons les premières
mentions d'une célébration du baptême du Christ"
Il faut signaler que trois des onze lectures prévues aux vigiles
de l'Épiphanie à Jérusalem étaient empruntées aux vigiles de
Pâques. Il y avait donc, dès l'origine, un lien entre la célébration
pascale et la célébration de l'Épiphanie: en plus de ces trois
lectures, la structure des vigiles et l'organisation des célébrations
pendant l'octave se ressemblaient étrangement. Il faut d'ailleurs
souligner qu'un ~rand nombre de textes lus dans l'office hiéro-
solymitain de l'Epiphanie correspond à ceux prévus par le rite
byzantin, qui font encore partie aujourd'hui de l'office de la
Nativité de l'Église orthodoxe.
Finalement, le Lectionnaire arménien atteste, à la section 9,
que « le huitième jour, on s'assemble à la Sainte Anastasis, au
jour de la Circoncision de notre Seigneur Jésus Christ ». Renoux
fait remarquer qu'il ne s'agissait pas encore d'une fête à elle
seule, mais d'une commémoration s'inscrivant dans le huitième
jour de l'octave de l'Épiphanie, servant de congé de la fête",
En effet, cette neuvième section du Lectionnaire se termine par
l'indication : «Le canon des synaxes de la sainte épiphanie est
achevé. »

1. M. VAN ESBROECK, « La lettre de l'empereur Justinien sur l'Annonciation


etla Noël en 561 »,Analecta Bollandiana 86 (1968), p. 351-371 ; ID., «Encore
la lettre de Justinien », Analecta Bollandiana 87 (1969), p. 442-444.
2. RENOUX, n, p. 183.
3. Ibid.; p. 223, note 1. La fête de la Circoncision, toujours selon Renoux,
apparaît en Occident au VI" siècle et est mentionnée dans la version géorgienne
du Lectionnaire de Jérusalem (v-vnr s.) et dans le Typikon de la Grande Eglise
de Constantinople (xe s.). Il est donc vraisemblable que la fête de la Circonci-
sion est d'origine hiérosolymitaine.
144 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Les offices de la Nativité du Christ.

L'avant-fête.
L'avant-fête de la Nativité du Christ commence le 20 décembre.
Il faut signaler cependant que cette fête, tout comme Pâques, est
précédée d'un jeûne de quarante jours, durant lequel il est prévu
de célébrer, comme pendant la quarantaine pascale, des offices
avec «Alléluia », à l'exception des jours où il y a polyéleos.
Cela vient renforcer le parallèle entre la fête de la Nativité et
Pâques, la Nativité étant souvent désignée comme «la Pâque
d'hiver! », D'après le Typikon sabaïte tel qu'il a été appliqué
au Mont Athos, les offices avec Alléluia pendant ces périodes
de jeûne ne devraient être célébrés que les jours où le saint du
jour n'a pas de doxastikon dans le Ménée. Comme ces circons-
tances sont relativement rares, l'office avec Alléluia a été oublié
dans la pratique. Depuis la fête de l'Entrée au Temple de la Mère
de Dieu, le 21 novembre, on chante comme catavasie au canon
des matines des jours de fête les hirmi du canon de Cosmas de
Maïouma pour la Nativité (« Le Christ naît, glorifiez-Le »), De
même, durant cette période, certains théotokia aux offices de
fêtes sont remplacés par des hymnes de la Nativité (voir, par
exemple, l'office du saint apôtre André, le 30 novembre, et de
saint Nicolas, le 6 décembre). La fête de la Nativité est précédée
de deux dimanches - le dimanche des Ancêtres et le dimanche
des Pères ou de la Généalogie - ayant leur propre hymnographie
et leurs propres lectures à la liturgie, ainsi que par un samedi
(samedi avant la Nativité) ayant aussi des lectures spéciales à
la liturgie. Il faut noter qu'on ne discerne pas bien la différence
entre ces deux dimanches. Il n'y avait, en fait, à l'origine qu'un
seul dimanche des Ancêtres: le dimanche avant la Nativité.
Pendant la période d'avant-fête à proprement parler (20-
24 décembre), non seulement les hymnes de l'Octoèque sont
remplacées par celles de l'avant-fête du Ménée, mais il y a aussi,
comme pendant la Grande Semaine, des canons prévus pour
le petit apodeipnon. Ces canons sont modelés sur ceux de la

1. T. SPASSKY, «La Pâque de Noël », Irénikon 30 (1957), p. 289-306.


LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 145

Grande Semaine, comme l'indiquent leurs acrostichesl , les hirmi


employés- et les parallélismes développés dans les tropaires",

La paramonie.
La paramonie (terme signifiant veille, attente) est un jour de
jeûne strict. Les offices suivent le modèle du Grand Vendredi et
du Grand Samedi. Cependant, nous verrons que le déroulement
des offices sera modifié si la paramonie tombe un samedi ou
un dimanche qui, conformément au canon apostolique 64, ne
sauraient être des jours de jeûné.

Les heures royales.


Dans l'usage actuel, après les matines du 24 décembre, on
ne lit pas la première heure. Tout comme le Grand Vendredi,
prime, tierce, sexte et none sont lues ensemble, l'une à la suite
de l'autre, et forment ce qu'on appelle l'office des « grandes »
heures ou des heures «royales ». Il est prévu de lire à chaque
heure un passage des prophéties, de l'Apôtre et de l'Évangile. Le
Ménée prévoit, d'ailleurs, des psaumes particuliers (adaptés au
thème de la fête), remplaçant ceux de l'Horologion, ainsi qu'une
série de stichères.
Dans l'ancienne tradition stoudite, telle qu'elle est attestée par
le Typikon d'Alexis le Stoudite, on s'aperçoit que la paramonie
de la Nativité était un jour chômé, entraînant la suppression
des heures, des métanies et des obédiences. Par contre, dans la
tradition sabaïte, c'est un jour de jeûne strict. Les typika sabaïtes
prévoient la lecture des heures à la septième heure du jour
comme le veut l'usage actuel. Si la paramonie tombe un samedi

1. Les acrostiches sont respectivement: le 20 décembre - Au deuxième


[jour} (= lundi) ; le 21 décembre -Je chante au quatrième [jour} (= mercredi) ;
le 22 décembre - Je chante la longue hymne du Grand Jeudi; le 23 décembre
- {Canon} avant le samedi; le 24 décembre - Aujourd'hui, je chante le Grand
Samedi.
, 2. À titre d'exemple, le 24 décembre, correspondant au Grand Samedi, les
hinni imitent ceux du canon du Grand Samedi (« Par la vague de la mer »),
3. Par exemple, parallèles entre: Hérode voulant tuer le Christ et le Christ
trahi par Judas (21 décembre), la mangeoire et la table de la Cène mystique (22
décembre), le Christ dans la mangeoire et le Christ au tombeau (24 décembre).
4. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique (Fonti, fase. 9), t. I, 2,
Rome, 1962, p. 41.
146 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

ou un dimanche, les grandes heures sont célébrées le vendredi


précédent, du fait qu'elles sont liées avec un jour de jeûne strict
et aliturgique.
De nos jours, on qualifie ces grandes heures de « royales ».
Cela peut porter à confusion car, à l'origine, cet office n'avait rien
de commun avec l'office impérial ou patriarcal, et était inconnu à
Constantinople. L'office des grandes heures est d'origine hiéroso-
lymitaine, où il était initialement connu comme « l' acolouthie des
douze tropaires ». Les douze tropaires, qui furent répartis entre
les quatre petits offices des heures, à raison de trois tropaires par
heure, sont habituellement attribués à saint Sophrone, patriarche
de Jérusalem ct
644). De Palestine, cet office fut introduit à
Constantinople, au xII" siècle, au monastère de l'Évergétis. Le
Typikon de l'Évergétis connaît en effet cette acolouthie, qui avait
lieu habituellement entre la troisième et la sixième heure'. Par la
suite, comme le souligne E. Diakovskij, et ce, sous l'influence
de l'ordo palestino-sabaïte, d'autres typika ont peu à peu adopté
l'acolouthie des douze tropaires en les insérant aux heures''. Cette
acolouthie a même atteint la Grande Église de Constantinople au
xrv' siècle, et nous en avons une description dans le Traité des
offices du Pseudo-Kodinos"..De là, elle fut diffusée en Russie en
même temps que le Typikon sabaïte.
Par conséquent, la diffusion du Typikon sabaïte à la fin du
XIV" siècle a nécessairement entraîné une correction des Ménées
en introduisant le jour de la paramonie de la Nativité, de même
que celle de la Théophanie, l'acolouthie des grandes heures, avec
l'hymnographie et les lectures prescrites.

Les vêpres et la liturgie de saint Basile.


La paramonie de la Nativité du Christ étant un jour de jeûne
strict comparable au Grand Samedi, il est prévu de célébrer
ce jour-là la liturgie de saint Basile à la suite des vêpres qui
commencent à la septième heure du jour.

1. The Synaxarion of the Monastery of the Theotokos Evergetis (Text and


translation by R. H. JORDAN), « Belfast Byzantine Texts and Translations » 6.5,
Belfast, 2000, p. 320-329.
2. E. ,D;HAKOBCKHfI, « Ilapcxae xacs; PO)l{)J;ecTBa Xpacrosa Il Boroas-
JIeHIDI», TK/I,A. 12 (1908), p. 487J.488.
3. PSEUDO-KoDINOS, Traité des offices, IV (Introduction, texte et traduction
de J. VERPEAUX), «Le Monde byzantin» l, Paris, 1966, p. 189-220.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 147

Toutefois, si la paramonie tombe un samedi ou un dimanche, on


célèbre la liturgie de saint Jean Chrysostome à l'heure habituelle,
et les vêpres à l'heure habituelle. La liturgie de saint Basile est
alors célébrée le jour même de la fête, à l'heure habituelle.
Le Ménée prévoit au lucernaire de chanter huit stichères de
la fête. Après l'entrée avec l'évangile, on dit le prokeimenon du
soir (Horologion), et vient ensuite une série de huit prophéties,
rappelant les quinze prophéties du Grand Samedi. Après la
troisième, on ouvre les portes saintes de l'iconostase, alors que
l'on chante une série de tropaires (« Tu es né en secret dans une
grotte»). De même, après la sixième, tandis que l'on chante une
autre série de tropaires (« Tu as resplendi de la Vierge, ô Christ»).
Après la huitième, le diacre dit la petite litanie, après laquelle on
chante le Trisagion et on poursuit alors le déroulement habituel
de la Divine Liturgie de saint Basile, qui était jadis la liturgie de
la fête, lorsqu'on célébrait la liturgie le soir.

Lafête de la Nativité.
La vigile de la fête.
Puisque les vêpres ont été célébrées à la septième heure du jour,
l'agrypnie est composée du grand apodeipnon et des matines.
Cela entraîne, par conséquent, la lecture de l' apodeipnon à l'église
dans la tradition sabaïte. Après le premier Trisagion, on dit le
tropaire de la fête au lieu des tropaires de l'Horologion. Après
le deuxième Trisagion, on dit le kondakion de la fête au lieu des
tropaires de l'Horologion. Après la doxologie ont lieu la litie et
l'artoclasie. Ainsi, après la doxologie de l'apodeipnon, on passe
sans transition à la suite des vêpres interrompues par la liturgie
de saint Basile, et l'agrypnie se poursuit normalement avec les
idiomèles de la litie et les stichères apostiches de la fêtes (voir
Ménée). On enchaîne ensuite avec l'hexapsalme de l'office des
matines. Il faut savoir cependant que, lorsque la paramonie tombe
un samedi ou un dimanche, la liturgie de saint Jean Chrysostome
est célébrée à l'heure habituelle le matin, et on célèbre les vêpres
à l'heure habituelle qui se terminent par la lecture de l'Apôtre
et de l'Évangile suivie de la litanie instante, la prière « Daigne,
Seigneur» et la litanie des demandes. L'agrypnie commence
également, dans ce cas de figure, par le grand apodeipnon et la
liturgie du matin, le jour de la fête, est celle de saint Basile.
148 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Aux matines, après chaque stichologie, on dit la petite


synaptie (comme à toutes les agrypnies) et on chante le
tropaire-cathisme du Ménée. Puis le chant du polyéleos et du
choix de versets psalmiques de Nicéphore Blemmydès accom-
pagnant, chez les Russes, le mégalynaire. Après ces versets,
on chante «Gloire... Et maintenant. .. », accompagné chez
les Grecs d'un trop aire triadique très orné. Viennent ensuite la
petite synaptie et les tropaires-cathismes du Ménée. On chante
alors la première antiphone de l'anavathmi du ton 4, le prokei-
menon de la fête (voir Ménée), puis « Que tout souffle », et
on fait la lecture de l'évangile de la fête. Après le psaume 50
et ses tropaires, on chante l'idiomèle du Ménée. On chante les
canons de la fête en 12 tropaires. Le premier canon, attribué
à Cosmas de Maïouma, a pour acrostiche : « Le Christ se fait
homme en demeurant Dieu, tel qu'Il l'était.» Son hirmos
(« Le Christ naît, glorifiez-le») reprend les premiers mots du
discours 38 de saint Grégoire le Théologien'. Le deuxième
canon est attribué à saint Jean Damascène. Après la troisième
ode, on lit ou on chante l'hypakoï de la fête; après la sixième
ode, le kondakion et l'ikos de la fête. À la neuvième ode, on
ne chante pas le Magnificat, mais les mégalynaires de la fête
précédant les trop aires comme à toutes les grandes fêtes (voir
Ménée). Puis on chante trois fois l'exapostilaire de la fête. Les
laudes sont chantées (Que tout souffle) avec les 4 stichères et le
doxastikon et le théotokion de la fête, de même que la grande
doxologie suivie du trop aire de la fête. L'agrypnie s'achève par
les litanies habituelles.
À toutes les heures, on lit le tropaire et le kondakion de la
fête.

La Divine Liturgie.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome (ou de saint
Basile le Grand, si la paramonie tombait un samedi ou un
dimanche), on chante les antiphones de la fête (voir Ménée).
Après l'entrée et le verset d'entrée, on chante le tropaire et le
kondakion de la fête. Au lieu du Trisagion, on chante « Vous tous

1. GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Discours 38, 1 (SC 358, p. 105).


LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 149

qui avez été baptisés en Christ' », Comme pour toutes les fêtes
despotiques, le prokeimenon de l'Apôtre, les versets d'Alléluia,
les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile, le koinonikon sont ceux
de la fête, et au lieu de l'hymne à la Mère de Dieu (« li est digne
en vérité»), on chante l'hirmos de la neuvième ode du canon.
Si la fête de la Nativité tombe un mercredi ou un vendredi, le
jeOneest supprimé. Par ailleurs, le jeOne est supprimé pendant .
les jours qui suivent la fête de la Nativité, jusqu'à la paramonie
de la Théophanie.

L'après-fête de la Nativité.
La synaxe de la Mère de Dieu.
Le lendemain de Noël, on célèbre la synaxe de la Mère de
Dieu. Au lucernaire, on chante les 3 stichères prévus aux vêpres
de la fête, sur 6, suivis du stichère « Gloire à Dieu au plus haut des
cieux », Comme le soir de toute fête despotique, il y a une entrée
suivie du chant d'un grand prokeimenon «Quel dieu est grand
comme notre Dieu? ». Aux apostiches, on chante les stichères
idiomèles de la fête; après le Notre Père, le tropaire de la fête.
Au petit apodeipnon, on lit le canon de saint Euthyme de Sardes,
dont on fait mémoire ce jour-là. Aux matines (office doxolo-
gique), on chante entièrement l'office de la fête (voir Ménée). Le
kondakion de la fête est chanté après la troisième ode du canon;
le kondakion et l'ikos de la synaxe de la Mère de Dieu après la
.sixième ode. À la liturgie, dans l'usage grec, les antiphones des
typiques sont suivies de « Vous tous qui avez été baptisés» et non
du Trisagion.

Les autres jours de l'après-fête.


L'après-fête de la Nativité se poursuit jusqu'au 31 décembre.
Les offices se déroulent en combinant l'office de la fête et celui
du saint du jour dans le Ménée.
Aux vêpres, on chante au lucernaire 3 stichères de la fête
et 3 stichères du saint. Tous les théotokia sont remplacés par

1. Ce chant à la liturgie s'explique du fait que cette fête a été calquée sur
celle de la Théophanie, pour laquelle, à Constantinople, on baptisait comme le
jour de la Pâque. Voir MATÉOS, Typicon, II, p. 158 et 184.
150 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

les idiomèles de la fête. Les stichères apostiches sont ceux du


Ménée.
Aux matines, après chaque stichologie, on chante le tropaire-
cathisme de la fête. Après le psaume 50, on exécute l'un des deux
canons de la fête en 6 tropaires et le canon du saint du Ménée
en 4 tropaires. Après la troisième ode, on dit le kondakion,
l'ikos, puis le tropaire-cathisme du saint du Ménée, «Gloire ...
Et maintenant. .. », et le tropaire-cathisme de la fête; après la
sixième ode, le kondakion et J'ikos de la fête ; après la neuvième
ode, l'exapostilaire de la fête. Aux apostiches, les stichères de la
fête.

Le samedi et le dimanche après la Nativité.


Le Lectionnaire byzantin prévoit des lectures spéciales à la
liturgie du samedi après la Nativité. L'office est néanmoins celui
de la fête avec celui du saint du jour dans le Ménée.
On trouve dans le Ménée un office pour le dimanche après la
Nativité où l'on commémore les Justes Joseph le Fiancé, le roi
David et Jacques, frère du Seigneur. On joint cet office à ceux du
dimanche (dans l'Octoèque, selon le ton de la semaine) et de la
fête (voir Ménée), celui du saint du jour étant omis.
Il faut noter que, si la Nativité du Christ tombe un dimanche,
il n'y a alors qu'un seul samedi et un seul dimanche entre Noël
et la Théophanie. L'office du dimanche après la Nativité est alors
chanté le 26 décembre. Les lectures du samedi après la Nativité
sont faites le jour de la clôture de la fête avec les lectures du
samedi avant la Théophanie. Les lectures du dimanche après la
Nativité sont faites le 26 décembre. Les lectures du dimanche
avant la Théophanie sont lues le 1er janvier, avant celles de la
Circoncision dans l'ordre.
Si la Nativité du Christ tombe un lundi, il n'y a qu'un seul
samedi et qu'un seul dimanche entre Noël et la Théophanie. Le
samedi tombe alors le 30 décembre : on prend les lectures du
samedi après la Nativité et celles du samedi avant la Théophanie.
L'office du dimanche après la Nativité est chanté le jour de
la clôture. On lit ce jour-là les lectures du dimanche après la
Nativité. Les lectures du dimanche avant la Théophanie sont
faites le 1er janvier avant celles de laCirconcision.
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 151

Si la Nativité du Christ tombe un mardi, il y a alors deux samedis


et un seul dimanche entre Noël et la Théophanie. Les lectures du
samedi après la Nativité sont lues le 29 décembre. L'office du
dimanche après la Nativité est alors chanté le 30 décembre. Les
lectures du dimanche après la Nativité sont lues ce jour-là. Les
lectures du dimanche avant la Théophanie sont lues le 1er janvier
avant celles de la Circoncision. Les lectures du samedi avant la
Théophanie sont faites le 5 janvier.
Si la Nativité du Christ tombe un mercredi, un jeudi ou un
vendredi, il y a alors deux samedis et deux dimanches entre Noël
et la Théophanie, et donc aucun problème.
Si la Nativité du Christ tombe un samedi, il y a alors deux
dimanches, mais un seul samedi entre Noël et la Théophanie.
Les lectures du samedi après la Nativité sont lues le vendredi
31 décembre, le jour de la clôture. Les lectures du samedi
avant la Théophanie sont lues le 1er janvier après celles de la
Circoncision.

La clôture de la Nativité.
Le 31 décembre, clôture de la Nativité, l'office de la fête est
repris intégralement (à l'exception des prophéties, de la litie, du
polyéleos et de l'évangile des matines). L'office de sainte Mélanie
(commémorée le 31 décembre) est anticipé au 30 décembre.
Comme nous l'avons vu, jadis à Jérusalem la clôture avait
lieu le huitième jour qui commémorait aussi la circoncision du
Seigneur (huitième jour après la naissance). De nos jours, ce
huitième jour (1er janvier) coïncide avec la fête de saint Basile le
Grand pour laquelle le Typikon sabaïte prescrit une vigile. Cela
explique donc pourquoi on aurait avancé la clôture d'un jour.
L'office de saint Basile est chanté avec l'office de la Circoncision.
Bien que la Circoncision soit une solennité du Seigneur, l' ordon-
nance liturgique de ce jour donne la priorité à la célébration de
saint Basile.
152 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Les offices de la Théophanie.

L'avant-fête.
Pour les raisons historiques développées plus haut, la fête de
la Théophanie, tout comme sa jumelle la fête de la Nativité, est
également modelée sur la fête de Pâques. Elle est précédée par un
dimanche et par un samedi ayant, comme nous venons de le voir,
des lectures spéciales à la liturgie.
Pendant la période d'avant-fête à proprement parler (2-6
janvier), non seulement les hymnes provenant habituellement de
l'Octoèque sont remplacées par les hymnes de l'avant-fête du
Ménée, mais il y a aussi, comme pendant la Grande Semaine,
des canons prévus pour le petit apodeipnon. Ces canons sont
modelés, comme pour l'avant-fête de la Nativité, sur ceux de
la Grande Semaine, comme l'indiquent leurs acrostiches! et les
hirmi employés 2.

La paramonie.
La paramonie de la Théophanie, tout comme la paramonie de
la Nativité, est un jour de jeûne strict. Cependant, comme nous
l'avons vu pour la paramonie de la Nativité, le déroulement
des offices est modifié, si la paramonie tombe un samedi ou un
dimanche, pour la même raison.

Les heures royales.


Après les matines du 5 janvier, on ne lit pas la première heure.
Tout comme le Grand Vendredi, prime, tierce, sexte et none sont
lues ensemble, l'une à la suite de l'autre, et forment ce qu'on
appelle l'office des « grandes» heures ou des heures « royales »,
Il est prévu de lire à chaque heure un passage des prophéties,
de l'Apôtre et de l'Évangile. Le Ménée prévoit d'ailleurs des
psaumes particuliers, remplaçant ceux de l'Horologion, ainsi

1. Les acrostiches sont respectivement: le 2 janvier - Au deuxième [jour}


(= lundi) ; le 3 janvier-Je chante au quatrième [jourJ(= mercredi) ; le4 janvier
- Je chante la longue hymne du Grand Jeudi; le 5 janvier - Et aujourd'hui, je
chante le Grand Samedi.
2. À titre d'exemple, le 5 janvier, correspondant au Grand Samedi, les hirmi
imitent ceux du canon du Grand Samedi [« Par la vague de la mer »),
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 153

qu'une série de stichères. Si la paramonie tombe un samedi


ou un dimanche, les grandes heures sont célébrées le vendredi
précédent.

Les vêpres et la liturgie de saint Basile.


La paramonie étant un jour de jeûne strict comparable au
Grand Samedi, il est prévu de célébrer ce jour-là la liturgie de
saint Basile à la suite des vêpres qui commencent à la cinquième
heure du jour. Toutefois, si la paramonie tombe un samedi ou
un dimanche, on célèbre la liturgie de saint Jean Chrysostome à
l'heure habituelle, et les vêpres à l'heure habituelle. La liturgie
de saint Basile est alors célébrée le jour même de la fête, à l'heure
habituelle.
Le Ménée prévoit de chanter au lucernaire les huit stichères
idiomèles de la fête, attribués à saint Jean Damascène. Après
la Petite Entrée avec l'évangile, on dit le prokeimenon du soir
(Horologion), et vient ensuite une série de treize prophéties,
rappelant les quinze prophétie du Grand Samedi. Après la
troisième, on ouvre les portes saintes de l'iconostase, alors que
l'on chante une série de tropaires (« Tu es apparu au monde»).
De même, après la sixième, tandis que l'on chante une autre
série de tropaires [« Aux pécheurs et aux publicains»). Après la
treizième, le diacre dit la petite litanie, puis on chante le Trisagion
suivi du déroulement habituel de la Divine Liturgie.
Après la prière de l'ambon à la fin de la Divine Liturgie, on
se rend en procession à une rivière ou à une source, ou bien
au baptistère ou dans le narthex, pour célébrer l'office de la
grande bénédiction des eaux (voir Euchologe ou Ménée)l. De
nos jours, il est d'usage de répéter la grande bénédiction des
eaux le jour même de la Théophanie. Néanmoins, jadis, on ne la
célébrait qu'une seule fois, le jour de la paramonie de la fête',
1. Sur la bénédiction des eaux de la Théophanie, lire B. IIPHJI~KHH,
TfacmHoe 6020CllYJlCeHue 6 PyCCKOÜ Ilepxeu, Kazan, 1912 1 [Moscou, 2()()()2],
p. 134-151 ; M. VIDALIS, «La bénédiction des eaux de la fête de l'Épiphanie
selon le rite grec de l'Église orthodoxe », La Prière liturgique. Conférences
Saint-Serge. 47e semaine d'études liturgiques (BELS 115), Rome, 200 1, p. 237-
257 ; M. .>KEnTOB, « BO,ll;OOCmIlIJ;eHHe », 1I3, vol. IX, Moscou, 2005, p. 142-
144.
2. MAHCBETOB, Ilepeoenuû ycmae; p. 154-157 ; M. C. .>KEnTOB, C. IIpAB,II;o-
lIIOBOB,«noroCJIYJKeHHe PIIU; X-XX BB. », 1I3, TOM PIIU;, Moscou, 2000,
p.489.
154 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

tel que l'attestent encore nos livres liturgiques. Ce dédoublement


s'explique, semble-t-il, parce que dans les monastères palesti-
niens on descendait bénir le Jourdain.
Il faut savoir cependant que, lorsque la paramonie tombe
un samedi ou un dimanche, la liturgie est célébrée à l'heure
habituelle, puis les vêpres, à l'heure habituelle, qui se terminent
par les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile suivies de l'ecténie,
la prière « Daigne, Seigneur» et la litanie des demandes, après
quoi on célèbre la grande bénédiction des eaux.

La fête de la Théophanie.
La vigile de la fête.
Puisque les vêpres ont été célébrées à la cinquième heure du
jour, l' agrypnie est composée du grand apodeipnon et des matines.
Après le premier Trisagion, on dit le trop aire de la fête au lieu des
tropaires de l'Horologion. Après le deuxième Trisagion, on dit le
kondakion de la fête au lieu des tropaires de l'Horologion. Après
la doxologie ont lieu la litie et l'artoclasie, comme pour la fête
de la Nativité. On enchaîne ensuite avec l'hexapsalme de l'office
des matines.
Aux matines, après chaque stichologie, on dit la petite synaptie
et on chante le tropaire-cathisme du Ménée. Puis a lieu le chant
du polyéleos et des versets choisis accompagnés, chez les Russes,
du mégalynaire. Le diacre dit ensuite la petite synaptie, puis on
chante les tropaires-cathismes du Ménée. Suivent la première
antiphone de l'anavathmidu ton 4, le prokeimenon de la fête
(voir Ménée), puis « Que tout souffle », et on fait la lecture de
l'évangile de la fête. Après le psaume 50 et ses tropaires, on
chante l'idiomèle du Ménée. On chante les canons de la fête
sur 12. Le premier, attribué à Cosmas de Maïouma, a pour acro-
stiche : « Le baptême - purification des péchés de ceux qui sont
nés de la terre. » Le deuxième canon est attribué à saint Jean
Damascène. Après la troisième ode, on lit l'hypakoï ; après la
sixième ode, le kondakion et l'ikos de la fête. À la neuvième
ode, on ne chante pas le Magnificat, mais les mégalynaires de
la fête précédant les tropaires (voir Ménée). Après la neuvième
ode - l'exapostilaire de la fête. Les laudes (« Que tout souffle»)
sont chantées avec les 4 stichères attribués à saint Germain de
LES TYPES D'OFFICES DES MÉNÉES 155

Constantinople, le doxastikon et le théotokion de la fête, suivis


de la grande doxologie et du tropaire de la fête. On termine
l'agrypnie par les litanies habituelles. Dans l'usage grec, c'est à
la fin des matines qu'on célèbre la seconde bénédiction des eaux,
plus solennelle, et où on lit la première prière (qui est en fait une
homélie) de saint Sophrone de Jérusalem.
À toutes les heures, on lit le tropaire et le kondakion de la
fête.

La Divine Liturgie.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome (ou de
saint Basile le Grand, si la paramonie tombe un samedi ou un
dimanche), on chante les antiphones de la fête (voir Ménée) ;
après l'entrée et le verset d'entrée -le tropaire et le kondakion
de la fête. Au lieu du Trisagion, on chante «Vous tous qui avez
été baptisés en Christ' », Comme pour toutes les fêtes despo-
tiques, le prokeimenon de l'Apôtre, les versets d'Alléluia, les
lectures de l'Apôtre et de l'Évangile, le koinonikon sont ceux de
la fête. L'hymne à la Mère de Dieu (« Il est digne en vérité ») est
remplacée par l'hirmos de la neuvième ode du canon.
Si la fête de la Théophanie tombe un mercredi ou un vendredi,
le jeûne est supprimé.

L'après-fête de la Théophanie.
La synaxe du glorieux Prophète, Précurseur et Baptiste Jean.
Le lendemain de la Théophanie, on célèbre la synaxe du glorieux
Prophète, Précurseur et Baptiste Jean. Au lucernaire, on chante
3 stichères de la fête et 3 stichères du Précurseur, suivies d'un
doxastikon du Précurseur et d'un idiomèle de la fête. Comme le
soir de toute fête despotique, on fait l'entrée qui est accompagnée
du chant d'un grand prokeimenon: «Notre Dieu, aux cieux et
sur terre », Aux apostiches, on chante les stichères idiomèles
de la fête; après le Notre Père -les tropaires du Précurseur et
de la fête. Aux matines (office doxologique), on chante entiè-
rement l'office de la fête et du Précurseur (voir Ménée). Après
la troisième ode du canon, on chante le kondakion de la fête;

1. Ce chant à la liturgie s'explique du fait qu'à Constantinople on baptisait


comme le jour de la Pâque. Voir MATÉOS, Typicon, II, p. 184, 186.
156 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

après la sixième ode - le kondakion et l' ikos du Précurseur. À la


liturgie, on chante les antiphones des typiques et le Trisagion au
lieu du « Vous tous qui avez été baptisés ».

Les autres jours de l'après-fête.


L'après-fête de la Théophanie se poursuit jusqu'au 14 janvier.
Les offices se déroulent en combinant l'office de la fête avec
celui du saint du jour dans le Ménée,
Aux vêpres, on chante au lucernaire 3 stichères de la fête
et 3 stichères du saint. Tous les théotokia sont remplacés par
les idiomèles de la fête. Les stichères apostiches sont ceux du
Ménée,
Aux matines, après chaque stichologie, on chante le tropaire-
cathisme de la fête. Après le psaume 50, on chante l'un des deux
canons de la fête en 6 tropaires et le canon du saint du Ménée
en 4 tropaires. Après la troisième ode, on chante le kondakion,
l'ikos et le tropaire-cathisme du saint du Ménée suivi du tropaire-
cathisme de la fête; après la sixième ode -le kondakion et l'ikos
de la fête; à la neuvième ode -le Magnificat; après la neuvième
ode - l'exapostilaire de la fête. Aux apostiches, on chante les
stichères de la fête.

Le samedi et le dimanche après la Théophanie.


Le Lectionnaire byzantin prévoit des lectures spéciales à la
liturgie du samedi et du dimanche après la Théophanie. L'office
est néanmoins celui de la fête avec celui du saint du jour dans le
Ménée pour le samedi, et en plus, pour le dimanche, l'office de la
Résurrection de l'Octoèque.

La clôture de la Théophanie.
Le 14 janvier, clôture de la Théophanie, l'office de la fête est
repris intégralement (à l'exception des prophéties, de la litie, du
polyéleos et de l'évangile des matines). L'office des saints Pères,
martyrisés au Sinaï et à Raïthou (commémorés le 14 janvier), est
avancé au 13 janvier.
CHAPITRE IV

LES OFFICES DU TRIODE

LA PÉRIODE PRÉPARATOIRE DU TRIODE

Le dimanche du Publicain et du Pharisien.

Origine.
Le cycle du Triode commence par le dimanche du Publicain
et du Pharisien qui doit son nom à la parabole lue à la Divine
Liturgie de ce dimanche (Le 18, 10-14). Cette lecture apparaît
à cet endroit pour la première fois dans le Typikon de la Grande
Église (950-959) en tant que lecture prévue pour le 33e dimanche
après la Pentecôte. Dans la tradition hiérosolymitaine, elle faisait
partie de la péricope prévue pour le troisième dimanche de la
Sainte Quarantaine, comme l'atteste le Lectionnaire géorgien
de même que d'autres lectionnaires de cette tradition'. Cela
explique qu'on retrouvera la thématique de la parabole du
Publicain et du Pharisien dans l'hymnographie de la quatrième
semaine de la Sainte Quarantaine, faisant ainsi allusion au
thème de l'évangile lu jadis à Jérusalem le dimanche précédentê.
Cela semble donc indiquer que le dimanche du Publicain et du
Pharisien a été ajouté très tardivement au cycle préparatoire du
Triode. En effet, dans les évangéliaires du xr siècle, cette lecture
n'a pas de lien véritable avec le Triode puisqu'une rubrique y

1. Voir le tableau comparatif dans G. BERTONIÈRE, The SuruJaysofLent in the


Triodion: The Sundays Without a Commemoration (OCA 253), Rome, 1997,
p.46-47.
2. Ibid., p. 77.
158 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

indique que, dans le cas d'une période maximale d'une Pâque à


l'autre, on peut ajouter la lecture de la péricope de la Cananéenne
entre ce dimanche et le suivant. Toutefois, dans ces documents,
le dimanche du Publicain et du Pharisien porte aussi le nom de
« dimanche avant le Prodigue» (npô 'toi) àO'oYtou). Mais dans les
évangéliaires du XIIe siècle, ce dimanche occupe la place actuelle,
inaugurant le cycle du Triode. La raison de cette association au
cycle du Triode, et plus particulièrement au dimanche du Fils
Prodigue, n'est pas tant le thème de la parabole qu'un désir de se
démarquer d'un jeûne strict observé par les Arméniens pendant
la semaine comprise entre ces deux dimanches 1.

Suppression du jeûne.
En effet, durant toute la semaine qui suit ce premier dimanche
du Triode, le jeûne est supprimé. Les rubriques expliquent ainsi
cette autorisation: «Il convient de savoir que, pendant cette
semaine de jeûne, les Arméniens maudits observent un jeûne
souillé appelé artsibouri. Pour vaincre leur honte, nous nous
dispensons de jeûne. Nous mangeons toute la semaine, à partir
de lundi, du fromage et des œufs, rejetant et vainquant cette
pratiquez. »
On ne trouve pas cette rubrique dans la tradition stoudite, telle
qu'attestée par le Typikon d'Alexis le Stoudite. Par contre, elle se
retrouve dans tous les typika sabaïtes, ainsi que dans les Triodes
de rédaction hiérosolymitaineê. Cette rubrique, marquée d'un ton
polémique, veut réfuter la pratique arménienne d'un jeûne appelé
artsibouri (àp'tÇTl!3<>uPTI) en transcription grecque. Le nom de ce
jeûne, arachavor (arajawor) en arménien, veut dire littéralement
« avant les jours », Il désigne une période de jeûne préalable à
la quarantaine, introduit, selon les connaissances historiques
actuelles, par les Arméniens au VIne siècle en mémoire du jeûne
de saint Grégoire l'Illuminateur, qui passa treize ans «dans
la fosse profonde" ». La tradition de l'Église arménienne fait

1. KAPAliIiHOB, Ilocmuas Tpuoôs, p. 23.


2. Typikon, chapitre 49, 6e remarque.
3. Voir, par exemple, Sin. gr. 1094, f.66v. (édité par: LOSSKY, Le Typikon
byzantin,p.237);Typikon,~oscou, 1906,p.393.
4. A. RENüUX, Le Lectionnaire de Jérusalem en Arménie. Le Casoc', II (PO
48, fasc. 2, n° 214), Turnhout, 1999, p. 106 [20]. Sur l'instauration de ce jeûne
LES OFFICES DU TRIODE 159

cependant remonter son institution à l'époque de saint Grégoire


l'Illuminateur lui-même. Selon Nersès le Gracieux, une fois
sorti de la fosse, saint Grégoire l'Illuminateur aurait instauré ce
jeûne de cinq jours, interdisant la consommation de toute sorte
de nourriture'.
Toutefois, on ne trouve aucune trace écrite de polémique avec
les Arméniens au sujet de ce jeûne avant le XIe siècle. La source
de la polémique à propos du jeûne d' artsibouri se trouve dans le
discours contre les Arméniens, un texte grec apocryphe attribué
au catholicos Arménien Isaac III (v. 635 - v. 705)2, selon lequel
ce dernier aurait appelé les Arméniens à accepter les décisions
du concile de Chalcédoine. Nous savons, d'autre part, qu'Isaac
fut convoqué par Justinien II à Constantinople en 689-690, où il
accepta la doctrine des deux natures, et que sa prise de position
fut rejetée par le clergé resté en Arménie', Dans le discours qui
lui est attribué, le catholicos Isaac s'en prend à un certain Serge
qui aurait été l'un des principaux propagateurs du monophy-
sisme. Ce dernier aurait eu un chien appelé Artsibour qu'il aurait
utilisé comme messager. Après que son chien eut été mangé par
des loups, Serge aurait institué un jeûne en mémoire de son chien
dont il reprit le nom", Comme l'explique I. Mansvetov, «bien
que incroyable lors de son invention, une fois mise en route
avec le but évident de porter atteinte et de profaner aux yeux
des non-Arméniens le célèbre jeûne arménien, qui était aussi une
caractéristique de cette secte [des sergiens], cette fable trouva

au VIII" siècle, voir A. RENoux, « Samuel Kanujajerec'i : le Traité sur l'ara-


jawor », From Byzantium to Iran: ln Honour ofNina Garsoïan, Atlanta, 1997,
p. 469-472. Voir également H. MAHCBETOB, 0 nocmax npaeocnaeuoû eocmo-
'1HOU Ilepxeu, Moscou, 1886, p. 46-47. Mansvetov pense que ce jeûne aurait pu
être pratiqué dès l'époque de saint Grégoire l' Illuminateur.
1. KAPABHHOB, Ilocmuas Tpuoôs, p. 24.
2. ISAAC, Catholicos arménien, Oratio i contra Armenios, 14 (PG 132, 1197
et s.), Traduction partielle en russe dans: MAHCBETOB, 0 nocmaxnpaeocnaenoû
60CmO'lHOU Ilepxeu, p. 60-64.
3. B. COULlE, « Isaak. ID, catholicos d'Arménie », Dictionnaire d'histoire et
de géographie ecclésiastiques, t. 26, Paris, 1997, col. 75-77.
4. ISAAC, Catholicos arménien, Oratio i contra Armenios, 14, 8 (PG 132,
1203).
160 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

néanmoins une réception favorable et tomba même dans les pages


du typikon 1• »
Par la suite, Nikon de la Montagne Noire (v. 1025-v. 1088)
notera, dans le 14e discours de son Taktikon, que rien n'est écrit
à ce sujet dans les décrets des saints conciles" Avec Nicolas le
Grammairien, il tentera d'adoucir le ton polémique en expli-
quant que la suppression du jeûne le mercredi et le vendredi de
cette semaine a été instituée simplement pour se démarquer des
Arméniensê.
La place de cette rubrique dans les typika sabaïtes s'explique
par le fait que des Arméniens et des monophysites habitaient
la Palestine, et que les chrétiens chalcédoniens, voulant s'en
démarquer, ont adopté cette rubrique. Par la suite, avec la
diffusion du Typikon sabaïte, cette rubrique a été diffusée partout
dans le monde orthodoxe et garde jusqu'à nos jours un caractère
quasi doctrinal",

Déroulement de l'office.
Le Triode ne contient que l'office pour ce dimanche, et aucun
office pour les jours de la semaine qui suit. En règle générale,
pendant toute la période du Triode, on n'utilise pour l'office des
dimanches (jusqu'au dimanche des Rameaux) que l'Octoèque et
le Triode. Le Ménée est mis de côté, à l'exception des mémoires
de saints pour lesquels on célèbre une agrypnie ou un polyéleos.
Les autres offices de saints sont reportés ou anticipés à l'apo-
deipnon les jours de semaine.
Aux vêpres pour le lucernaire, on ajoute 3 stichères à ceux
de l'Octoèque ainsi qu'un doxastikon. Notons que les tons de
l'Octoèque continuent à se succéder pendant toute la période du
Triode, jusqu'à la fin de la quarantaine. On trouve également un
doxastikon pour la litie et un autre pour les apostiches.
À partir de ce dimanche, et ce, jusqu'au dimanche des
Rameaux, aux matines dominicales, des tropaires pénitentiels
sont chantés après le psaume 50 (lu après la lecture de l'évangile

1. MAHCBETOB, 0 nocmax npa60CJIa6HOU 60CmO'lHOU Ilepxeu; p. 49.


2. KA1'ABHHOB, Ilocmnas Tpuoô»; p. 24.
3. MAHCBETOB, 0 nocmax npa60CJIa6HOU 60CmO'lHOU Ilepxeu; p. 52-53.
4. Ibid., p. 52.
LES OFFICES DU TRIODE 161

matutinal) : « Ouvre-moi les portes du repentir... »,« Dirige-moi


sur la voie du salut ... », « Songeant à la multitude des fautes que
j'ai commises... ». Ces textes viennent remplacer ceux commu-
nément utilisés. Le temps du repentir est ainsi amorcé par l'hym-
nographie. L'utilisation de ces hymnes ne semble remonter qu'au
xrv- siècle, même si on retrouve la dernière dans des manuscrits
du xue siècle aux matines du Grand Mardi 1.
Un canon du Triode chanté en 6 tropaires vient s'ajouter aux
canons de l'Octoèque (de la Résurrection en 4, de la Croix et la
Résurrection en 2, de la Mère de Dieu en 2). Après la troisième
ode, on chante deux tropaires-cathismes du Triode et, après
la sixième ode, le kondakion et l'ikos du Triode. À partir de
ce dimanche, et ce, jusqu'au dimanche de Tous les Saints, il
est prévu de lire les synaxaires attribués à Nicéphore Calliste
Xanthopoulos qui ne furent inclus dans les offices du Triode et
du Pentecostaire que très tardivement, alors qu'à l'origine ils
se trouvaient en annexe au Triode ou tout simplement dans des
recueils séparés. Ces textes sont un commentaire de l'événement
célébré qui, parfois, est inspiré d'écrits apocryphes. Ils tendent
à imiter les textes hagiographiques contenus dans les synaxaires
(ménologesj'. Après la neuvième ode, un exapostilaire du Triode
est à ajouter à l'exapostilaire de l'évangile.
Aux laudes, nous trouvons dans le Triode 4 stichères, dont
les deux premiers sont repris du lucernaire pour être ajoutés à
4 stichères de l'Octoèque, ainsi qu'un doxastikon. L'idiomèle de
l'évangile (éothinon), qui est communément chanté à cet endroit,
l'est pendant la période du Triode après le congé des matines,
avant prime. Pendant le chant de cet idiomèle est prévue une
procession vers le narthex où il est prescrit de lire les Catéchèses
de-saint Théodore Stoudite. Suite à la lecture, on chante le
tropaire de saint Théodore et on lit la première heure. En fait,
dans beaucoup de monastères où le dimanche la catéchèse de
saint Théodore Stoudite est lue toute l'année à l'issue de l'office

1. KAPABRHOB, Ilocmuas Tpuoôs; p. 201-203.


2. Apxaenacxon 4>HJIAPET (fyMRJIEBCKHfI), Hcmopuuecxuü OÔ30P neCHO-
neeuee U necnonenusTpeuecxoû Ilepxeu; Saint-Pétersbourg, 1902, p. 363-364;
KAPABHHoB, Ilocmnas Tpuoôs, p. 203.
162 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

de minuit, l'idiomèle éothinon est lu après le Notre Père du


mésonyktikon, ou pendant la première heure.
À toutes les heures, on ne lit qu'un seul kondakion, celui du
Triode. De même à la liturgie, outre éventuellement le kondakion
de l'église si elle est dédiée à la Mère de Dieu ou à un saint, on
ne chante pas le kondakion de l'Octoèque, mais seulement celui
du Triode.

Le dimanche du Fils Prodigue.


Origine.
Le second dimanche de cette période préparatoire est le
dimanche du Fils Prodigue. TI inaugure la semaine de l' apokréo
(œtoxpéœ) ou du « carnaval» qui est la dernière semaine pendant
laquelle les laïcs peuvent consommer de la viande. Quant aux
moines qui ne mangent jamais de viande, ils prennent un peu
de repos avant le début de l'effort ascétique de la quarantaine,
tel qu'il apparaît dans les rubriques du Typikon : on ne chante
pas l'office d'Alléluia. On omet les heures intermédiaires. On
supprime un cathisme aux matines qui est reporté aux vêpres.
On omet aussi les canons d'intercession à la Théotokos à l'apo-
deipnon. Il est prévu de faire de même pendant la semaine des
laitages, sauf le mercredi et le vendredi où il est prescrit de
chanter l'office d'Alléluia 1.
Vraisemblablement, cette seconde semaine préparatoire aurait
été introduite à Constantinople en plus de la semaine des Laitages
(de la Tyrophagie) connue en Palestine et attestée par saint Jean
Damascène", Les évangéliaires constantinopolitains des IXe_
xe siècles attestent qu'il y a un dimanche «avant l'apokréo »
(npô 't'iiç ànoKpÉou)3. Dans le Typikon de la Grande Église,
ce dimanche inaugure le cycle mobile. La lecture prévue est
justement la parabole du Fils Prodigue (Le 15, 11-32), prescrite
dans la tradition hiérosolymitaine pour le deuxième dimanche de
la Sainte Quarantaine, comme l'attestent le Lectionnaire géorgien
et d'autres lectionnaires de cette tradition". Cela explique qu'on
1. Typikon, chap. 49, dimanche du Fils Prodigue, 1re remarque.
2. JEAN DAMASCÈNE, Dujeûne sacré 5 (PO 95, 690).
3. KAPABHHOB, Ilocmuas Tpuoôs; p. 23.
4. Voir le tableau comparatif dans BERTONIÈRE, The Sundays of Lent in the
Triodion, p. 46-47.
LES OFFICES DU TRIODE 163

retrouvera la thématique de la parabole du Fils Prodigue dans


l'hymnographie du jeudi soir et du vendredi matin de la troisième
semaine de la Sainte Quarantaine, faisant ainsi allusion au thème
de l'évangile lu jadis à Jérusalem le dimanche précédent'.
Ainsi le Lectionnaire constantinopolitain a introduit des
lectures particulières dont le thème se révélait être une préparation
au jeûne de la Sainte Quarantaine. En effet, après une lecture
continue de l'évangile de Luc, pour le dimanche du Publicain
et du Pharisien ainsi que celui du Fils Prodigue, on retourne en
arrière: de la section 94 on revient aux sections 89 et 79, alors
que, pour les deux dimanches suivants (Apokréo et Tyrophagie),
nous verrons que les lectures ont été prises dans l'évangile de
Matthieu. Nous constatons donc une tendance à choisir pour la
période préparatoire des passages de l'évangile préparant les
fidèles au jeûne'.

Déroulement de l'office.
Le Triode ne contient une fois de plus que l'office pour ce
dimanche, et aucun office pour les jours de la semaine qui suit.
Aux vêpres, il y a 2 stichères qui sont doublés pour le lucer-
naire et qui doivent être ajoutés aux 6 de l'Octoèque, ainsi qu'un
doxastikon. On trouve également un doxastikon pour la litie et un
doxastikon pour les apostiches.
Aux matines, le psaume 136 (« Sur les fleuves de Babylone»)
est ajouté aux deux psaumes du polyéleos (134 et 135). Notons
que dans l'ordo grec le psaume 136 n'est chanté avec le polyéleos
que les dimanches de l'Apokréo et de la Tyrophagie. Comme
nous l'avons vu au chapitre précédent, ce psaume aurait été
initialement une partie intégrante du polyéleos, dont l'origine
serait liée à la figure de saint Théodore le Stoudite. Ce dernier
aurait élaboré un système de chant selon les huit tons où le mot
« Alléluia» venait accompagner en tant que refrain les cathismes
du Psautier palestinien. Or, dans le Psautier palestinien, les
psaumes 134, 135 et 136 forment la première stasis du cathisme
19. La répétition fréquente de l'expression «car Sa miséricorde
est éternelle» (ôn eiç airova 'Co ËÀ.Eoç av'Cou) dans le psaume

1.Ibid., p. 77.
2. KAPABHHOB, Ilocmuas TPUOiJb, p. 23.
164 LE TYPIKûN DÉCRYPTÉ

135 aurait donné par la suite le nom de 1toÀ:uÛ.Éoç à ce groupe de


psaumes. Les typika stoudites, comme par exemple le Typikon
d'Alexis le Stoudite, décrivent en effet l'exécution du polyéleos
comme celle de la première stasis du cathisme 19 1• Toutefois, dans
le Typikon sabaïte géorgien de Chio-Mgvine, seul le psaume 135
figure en tant que polyéleos", Dans d'autres typika, on indique
à la fin du polyéleos le chant d'autres psaumes choisis. Selon
N. Uspensky, ces psaumes seraient venus remplacer, dans un
premier temps, le psaume 136, et auraient été à leur tour peu à
peu remplacés par des versets psalmiques « choisis », élaborés
au XIIIe siècle par Nicéphore Blemmydès', Par conséquent, le
psaume 136 qui faisait partie à l'origine du polyéleos n'a survécu
dans la pratique actuelle que dans l'agrypnie du dimanche du
Fils Prodigue, de même que, comme on le verra, dans celle des
dimanches de l'Apokréo et de la Tyrophagie. 1. Matéos pense,
de son côté, que le polyéleos appartenait à l'origine à l'ancienne
vigile cathédrale de Jérusalem, telle qu'attestée par Égérie. Il voit
dans les trois psaumes précédant l'encensement et la lecture de
l'évangile chez Égérie41a source des trois psaumes constituant le
polyéleos (Ps 134, 135 et 136)5.
Comme pour le dimanche précédent, après le psaume 50, on
chante les tropaires pénitentiels. De même, un canon du Triode,
chanté en 6 tropaires, vient s'ajouter aux canons de l'Octoèque
(de la Résurrection en 4 tropaires, de la Croix et la Résurrection en
2, de la Mère de Dieu en 2).Après la troisième ode, on chante un
tropaire-cathisme du Triode et, après la sixième ode, le kondakion
et l'ikos du Triode. Vient ensuite la lecture du Synaxaire de
Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après la neuvième ode, un
exapostilaire du Triode est à ajouter à l'exapostilaire de l'évangile.

1. IIEHTKOBCKHfl, Tunuxon, p. 405.


2. K. KEKEJIH,lJ,3E, HumYPZUljeCKUe ZPY3UHCKue nausmnuxu, Tbilissi, 1908,
p.318.
3. H . .IJ:. YCTIEHCKHfl, «qHH BCeHOJWIorO 6;u;eHIDI Ha IIpaBOCJIaBHOM
Bocroxe H B PyCCKO:lt: UepKBH », ET 18 (1978), p.85-86 (note 115);
KAPABHHOB, Ilocmuas Tpuoôi; p. 199.
4. ÉGÉRIE, Journal de voyage, 24, 10 (SC 296, p. 244-245).
5. J. MATÉOS, «La vigile cathédrale chez Égérie », OCP 27 (1961), p. 281-
312, particulièrement p. 303 et 307.
LES OFFICES DU TRIODE 165

Aux laudes, 3 stichères du Triode s'ajoutent aux 5 stichères de


l'Octoèque ainsi qu'un doxastikon.

Le samedi des défunts de la semaine de l'Apokréo


(carnaval).

Origine.
Le samedi de la semaine de l' Apokréo (à1t01CpÉo» ou du
« carnaval» est consacré à la mémoire de « nos pères et frères,
de tous les chrétiens orthodoxes qui se sont endormis depuis
les siècles », Il s'agit d'une commémoration universelle de tous
les défunts que l'on retrouvera de nouveau le samedi avant la
Pentecôte. Ainsi, on retrouve une telle commémoration au début
et à la fin du cycle mobile.
La première attestation de cette commémoration universelle
des défunts, le samedi de l'Apokréo, se trouve dans le Typikon de
la Grande Église (rxs-xe siècle). Il est possible qu'elle fut instituée
en lien avec la commémoration, le dimanche de l'Apokréo, du
jugement dernier. Le Typikon d'Alexis le Stoudite (xr' siècle)
décrit un déroulement de l'office très proche de celui qui est
observé de nos jours 1.
L'évêque Athanase (Sakharov) estimait que l'Église priait lors
de ces deux jours d'une manière plus intense pour le repos de
tous les défunts, familiers et étrangers, connus et inconnus, de
tout âge et de toute condition, de tous les temps et de tous les
peuples, de tous ceux qui sont morts depuis le commencement
du monde. C'est pourquoi, selon lui, l'Eglise a mis de côté la
mémoire des saints du Ménée afin de se consacrer entièrement à
la prière des défunts'. En effet, à la différence des autres samedis
où la commémoration des défunts suit la glorification de tous les
saints, ici, la mémoire des défunts occupe toute l'attention de la
célébration liturgique.
Le déroulement de l'office de ce samedi, suivant le modèle de
l'office des défunts du samedi, a pour les raisons que nous venons

1. A. A. JIYKAUIEBH'I, « BCeJIeHCKHe cy660TbI », Ilpaeocnaenas 3H~UKIlO­


neôus, vol. IX, Moscou, 2005, p. 565-566.
2. EnHcKon A<I>AHACHil: (CAXAPOB), 0 nOMUH06eHUU yconiuux no ycmaey
Ilpaeocnaeuoü Ilepxeu; Saint-Pétersbourg, 1995, p. 37.
166 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

d'évoquer plusieurs particularités. On n'utilise que l'Octoèque et


le Triode, l'office du jour dans le Ménée étant reporté à l'apo-
deipnon.
Si ce samedi coïncide avec la fête patronale de l'église, ou
encore avec la fête de la Sainte Rencontre (2 février), selon le
Typikon, l'office des défunts n'est pas annulé, mais célébré dans
l'ossuaire (ou reporté au samedi précédent), alors que l'office
festif est célébré dans l'église.

Déroulement.
Aux vêpres (célébrées à l'ossuaire ou au cimetière dans les
monastères), au lucernaire, on chante 3 stichères (en l'honneur
des martyrs) de l'Octoèque suivant le ton de la semaine, et
3 stichères du Triode. Le doxastikon est du Triode, puis c'est
comme tous les vendredis soir le théotokion du dimanche de
l'Octoèque selon le ton de la semaine. TI n'y a pas d'entrée. Le
prokeimenon du soir est remplacé par « Alléluia» selon le 8e ton,
avec les versets des défunts (« Bienheureux ceux que Tu as élus »,
« Leurs âmes reposeront parmi les justes»). Aux apostiches, on
chante les stichères de l'Octoèque, suivant le ton de la semaine,
avec les versets pour les défunts. Le doxastikon et le théotokion
sont tirés du Triode. Après le Notre Père, on entonne le tropaire
des défunts, ton 8 : «Dans la profondeur de la sagesse» et son
théotokion : « En toi nous avons un rempart».
Le Triode prévoit, après le congé des vêpres, de se rendre dans
le narthex pour célébrer la panichide (office des défunts), durant
laquelle on chante le canon des défunts de l'Octoèque, selon le
ton de la semaine. D'après les anciens typika et dans la pratique
monastique actuelle, cette panichide est célébrée dans l'ossuaire
ou au cimetière du monastère.
Aux matines, on chante «Alléluia» selon le ton 8, avec les
versets des défunts (<< Bienheureux ceux que Tu as élus », « Leurs
âmes reposeront parmi les justes»), puis deux fois le tropaire
des défunts, ton 8 : «Dans la profondeur de la sagesse » et son
théotokion: «En toi nous avons un rempart », Comme tous les
samedis, on lit les cathismes 16 et 17. Après le premier cathisme,
on chante les tropaires-cathismes de l' Octoèque. Conformément
aux offices pour les défunts, le cathisme 17 est entrecoupé de
LES OFFICES DU TRIODE 167

refrains et divisé en deux stances. Le prêtre (accompagné du


diacre) sort alors du sanctuaire et se dirige vers la table des
défunts (où l'on fait brûler des cierges à la mémoire des défunts
et où l'on dépose des collyves ou autres offrandes) que le diacre
encense continuellement en lisant silencieusement les dyptiques
des défunts. Après la première stance (Ps 118, 1-93), il Y a une
synaptie pour les défunts. Puis on lit la deuxième stance du
cathisme 17 (Ps 118,94-176), après quoi on chante les tropaires
eulogétaires pour les défunts (« L'assemblée des saints », etc.).
Pendant ce temps, selon l'usage russe, le prêtre encense toute
l'église, précédé du diacre portant un cierge. Après les eulogé-
taires, il y a de nouveau une synaptie pour les défunts, puis le
tropaire-cathisme du Triode (« Fais reposer avec les justes »). Le
prêtre et le diacre retournent dans le sanctuaire.
On lit le psaume 50, puis on commence à chanter le canon.
Les tropaires du canon de la dédicace de l'église (fête ou saint à
qui l'église est consacrée) sont exécutés en 6 tropaires et ceux du
canon du Triode en 8. Signalons que le canon du Triode possède
une deuxième ode, qui est donc chantée en 8. Après la 3e ode,
on dit la petite synaptie habituelle, puis on chante le tropaire-
cathisme du Triode et son théotokion. Après la 6e ode, durant la
catavasie, le prêtre et le diacre se rendent de nouveau devant la
table des défunts. On dit alors de nouveau la synaptie pour les
défunts. Puis on chante le kondakion des défunts (« Fais reposer
avec les saints »). Pendant ce chant, le diacre encense la table
des quatre côtés, l'iconostase, le prêtre et les fidèles. Puis les
célébrants retournent au sanctuaire. À la ge ode, on chante le
Magnificat, comme d'habitude. Après la ge ode, on dit la petite
synaptie habituelle, puis les exapostilaires et le théotokion du
Triode.
Aux laudes, qui sont lues, on chante 4 stichères du Triode, un
doxastikon et un théotokion du Triode. La doxologie est lue. Aux
apostiches, on chante les stichères des défunts de l' Octoèque,
selon le ton de la semaine, avec les versets pour les défunts
(« Bienheureux ceux que Tu as élus », « Leurs âmes reposeront
parmi les justes »), Le doxastikon et le théotokion sont tirés du
triode. Après le Notre Père, on chante le tropaire des défunts, ton
8 : « Dans la profondeur de la sagesse» et son théotokion : « En
toi nous avons un rempart». Puis on termine l'office des matines
168 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

comme les jours ordinaires. Aux heures et à la liturgie, on chante


le tropaire et le kondakion des défunts. À la liturgie, on ajoute le
théotokion: «En toi nous avons un rempart ».

Le dimanche de l'Apokréo, du jugement dernier.

Origine.
Le troisième dimanche de la période préparatoire est le
dimanche de l'Apokréo (énoxpéœ) ou du« carnaval », le dernier
jour où les laïcs peuvent encore consommer de la viande.
Ce dimanche est aussi appelé dimanche du jugement dernier,
faisant ainsi référence à la péricope de l'évangile prévue par le
Typikon de la Grande Église du !Xe_xe siècle (Mt 25, 31-46).
Toutefois, antérieurement, d'autres lectures étaient prévues.
Par exemple, le Lectionnaire géorgien prévoyait la lecture de
Mt 6,34 - 7, 21 1• Nous pouvons donc conclure que l'hymno-
graphie contenue dans le Triode pour ce dimanche est d'origine
constantinopolitaine et ne peut être antérieure aux Ixe-xe siècles.

Déroulement de l'office.
Comme pour les dimanches précédents, on n'utilise que
l' Octoèque et le Triode. Aux vêpres, il y a dans le Triode 4 stichères
pour le lucernaire qui doivent être ajoutés aux 6 de 1'0ctoèque
ainsi qu'un doxastikon. On trouve également un doxastikon et un
théotokion pour les stichères de la litie, de même qu'un doxas-
tikon pour les apostiches.
Aux matines, comme le dimanche précédent, le psaume 136
(« Sur les fleuves de Babylone») est ajouté aux deux psaumes
du polyéleos (134 et 135). De même, après le psaume 50, on
chante les tropaires pénitentiels. Le canon du Triode est chanté
en 8 tropaires et vient s'ajouter à deux canons de 1'0ctoèque
(de la Résurrection en 4 et de la Mère de Dieu en 2). Après la
troisième ode, on chante un tropaire-cathisme du Triode et, après
la sixième ode, le kondakion et l'ikos du Triode. Vient ensuite la
lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après
1. Voir le tableau comparatif dans BERTONIÈRE, The Sundays of Lent in the
Triodion, p. 46-47.
LES OFFICES DU TRIODE 169

la neuvième ode, un photagogikon du Triode est à ajouter à l'exa-


postilaire de l'évangile. Aux laudes, 4 stichères du Triode seront
ajoutés à 5 stichères de l'Octoèque ainsi qu'un doxastikon. Les
trois derniers stichères sont accompagnés des versets du Triode.
Aux heures, on ne lit qu'un seul kondakion, celui du Triode.
De même à la liturgie, outre éventuellement le kondakion de
l'église (si elle est dédiée à la Mère de Dieu ou à un saint), on ne
chante pas le kondakion de l'Octoèque mais seulement celui du
Triode.

Particularités de la semaine de la Tyrophagie (des Laitages).

Suppression du jeûne.
La semaine qui suit le dimanche de l'Apokréo est la semaine
des Laitages ou de la Tyrophagie. Après la suppression de la
viande, c'est maintenant la dernière semaine pendant laquelle la
consommation d'œufs et de fromage est autorisée. Elle est donc
elle aussi une semaine de repos avant le début des efforts de la
quarantaine. Le jeûne est supprimé le mercredi et le vendredi
comme le dit la rubrique du Triode: « On fait de même pendant
la semaine des laitages, sauf que le mercredi et le vendredi nous
chantons l'office d'Alléluia. Ainsi les frères prennent un peu de
repos. Observant le jeûne jusqu'à la neuvième heure et faisant
des métanies, nous mangeons ces deux jours-là du fromage et
des œufs après les vêpres, gardant la règle de notre Père parmi
les saints Nicéphore de Constantinople, le Confesseur, qui dit
qu'il convient aux moines de jeûner le mercredi et le vendredi
des laitages et de manger du fromage et des œufs après le congé
des vêpres. Quiconque se détournera de cette règle tombera
dans l'enseignement des jacobites et dans l'hérésie quartodé-
cimale'. »
Cette dernière rubrique qui peut paraître contradictoire à
première vue provient des typika sabaïtesê, Le Typikon d'Alexis
le Stoudite prescrivait quant à lui : «Car il ne convient pas de
jeûner le mercredi et le vendredi de la semaine des laitages. C••• ]

1. TPUOOb nocmuas, Moscou, 1992 (réédition), p. 48 v.


2. Voir, par exemple, Sin. gr. 1094, f. 68 v. (édité par: LOSSKY, Le Typikon
byzantin, p. 240); Typikon, Moscou, 1906, p. 401.
170 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Après la fin des vêpres, étant entrés au réfectoire, on mange des


œufs, du fromage et du poisson. [... ] On prend même trois coupes
de vin, car cela nous a été transmis d'en-haut par les Pères afin de
réfuter certaines hérésies 1• » Toutes ces rubriques font référence
à des hérésies et au canon attribué au saint patriarche Nicéphore
de Constantinople.
Pour comprendre à quelle polémique elles font référence, il
faut savoir que la durée de la Sainte Quarantaine a évolué dans
l'Orient chrétien. À l'origine, à Jérusalem, on observait un
jeûne de six semaines, soit l'équivalent de quarante jours avant
Pâquesê, Par la suite, on serait passé à huit semaines de cinq jours
de jeûne, puisque conformément au canon apostolique 64, on ne
jeûnait pas le samedi et le dimanche'. Cette nouvelle pratique
fut observée par la pèlerine occidentale Égérie lors de son séjour
dans la Ville sainte entre 381 et 384, qui en témoigne dans son
Journal de voyage", Cependant, Jean Cassien parle du jeûne
comme dîme des jours de l' année-. Cela nous amène à penser
qu'au début du ye siècle, on serait passé, en Palestine, d'un jeûne
de huit semaines à un jeûne de sept semaines.
Au VIe siècle, saint Dorothée de Gaza reprend le calcul de saint
Jean Cassien de la dîme des jours de l'année, qu'il estime être
une institution apostolique. Il explique cependant que les Pères
ont, par la suite, ajouté une huitième semaine supplémentaire'.

1. « m"o Hf nOAOIi<lIeTb nOtTHTH t<91 1i71 tp'li(A) H 1i71 n<9lT71(") tblpHbl<91 Hf(A). (;)
H71 no t71"OHb'I<9IHHH Iif'lfpH<9I1A Ii71WbA71Wf H<l Tpbnf3HHI.110 IAHI.l<l lI\f H tblpbl H pbllibl
Iibt<9ll.l'liMb OIiP<l371M71 'liA<9ITb. (;) npHIeM"IOTb lI\f TpH 'I<lw'Ii OVP0'lbHbllA. n IiO t71Ii71Wf
H<lM71 ID Oqb np'liA<lHO IetTb 3<lHf IiblTH H'Ii"bIM71 fPU<lM71. » IIEHTKOBCKHH, TUnUKOH,
p.374.
2. Voir S. VERHELST, «Histoire ancienne de la durée du carême à Jéru-
salem », Questions liturgiques 84 (2003), p. 23-50.
3. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique (Fonti, fasc. 9), 1. 1, 2,
Rome, 1962, p. 41.
4. ÉGÉRIE, Journal de voyage, 27,1 (SC 296, p. 257-259).
5. « Or, si de sept semaines, vous retranchez les dimanches et les samedis, il
reste trente-cinq jours consacrés aujeûne. Ajoutez-y la grande vigile du samedi
où nous continuons le jeûne jusqu'au chant du coq, aux premières heures du
dimanche de la Résurrection: et vous n'avez pas seulement trente-six jours ;
mais, en comptant le temps de lainuit pour la dîme des cinq jours de reste, vous
obtenez un total auquel il ne manque rien », CASSlEN, Conférences, XXI, 25
(trad. E. Pichery, SC 64, Paris, 1959, p. 100).
6. «Ce sont les Pères qui, par la suite, convinrent d'ajouter une autre
semaine, à la fois pour exercer à l'avance et comme pour disposer ceux qui vont
LES OFFICES DU TRIODE 171

Cette pratique était également observée à la même époque à


Antioche, puisque Sévère d'Antioche (t 538) donne une inter-
prétation spirituelle des huit semaines de jeûne'.
Nous savons d'autre part qu'une huitième semaine de jeûne
supplémentaire fut introduite au VII e siècle par Héraclius (610-
641). En effet, suite à la victoire d'Héraclius sur les Perses en
629, ce dernier avait accepté de châtier les Juifs de Jérusalem
qui avaient collaboré avec les Perses et persécuté les chrétiens à
condition que ceux-ci acceptent de jeûner une huitième semaine
supplémentaire avant la quarantaine. Mais très vite cette pratique
fut abandonnée-.
Cependant, au VIII" siècle, il y eut une querelle en Orient
pour savoir si le jeûne devait être de sept ou de huit semaines.
Dans son traité sur le jeûne, saint Jean Damascène divise les
huit semaines précédant la fête de Pâques en trois parties: une
semaine préparatoire, la quarantaine pascale de six semaines et
la Grande Semaine'. Il faut savoir que la pratique d'un jeûne de
huit semaines était observée parmi les monophysites (sévériens
et coptes), ce qui explique que les chalcédoniens voulaient
s'en démarquer. Un canon attribué au patriarche Nicéphore de

se livrer au labeur du jeûne, et pour honorer ces jeûnes par le chiffre de la Sainte
Quarantaine que notre Seigneur passa lui-même dans le jeûne », DOROTHÉE DE
GAZA (VI" s.), Œuvres spirituelles, XV, 159 (trad. L. Regnault et J. DE Préville,
SC 92, Paris, 1963, p. 446).
1. «Après avoir donné ces explications, revenons à parler de ce que nous
avons proposé et voyons pourquoi nous jeûnons seulement ces quarante jours.
Pourquoi ? - Pour nous préparer en vue de ce jour huitième et premier, ce [jour]
important et resplendissant, ce jour du Seigneur. En effet, ceux qui purifient
huit fois ces cinq sens par le moyen desquels le péché se procure une entrée, je
veux dire l'ouïe, la vue, le toucher, le goût et l'odorat, jeûnent quarante jours
afin d'obtenir le jour bienheureux, ce jour huitième et premier, car le nombre de
cinq en revenant huit fois achève le nombre de quarante », SÉVÈRE D'ANTIOCHE,
Homélie cathédrale XV, 15 (PO 38, fasc. 2, n° 175, Turnhout, 1976, p.428-
429). Voir aussi KAPABMHOB, Tlocmuas Tpuoôs, p. 16.
2. Ibid., p. 24.
3. JEAN DAMASCÈNE, Du jeûne sacré 5 (PG 95, 699D). Traduction fran-
çaise de V. Conticello dans: evala aiuéaeoç: Mélanges liturgiques offerts à
la mémoire de l'archevêque Georges Wagner, «Analecta Sergiana » 2, éd. :
LGETCHA et A. LOSSKY, Paris, 2005, p. 92-93. Sur l'évolution de la quaran-
taine pascale dans le monde byzantin, voir J. GETCHA, « La pratique du jeûne
pendant la quarantaine pascale d'après le Triode byzantin », ibid., p. 95-112 ;
H.,n;. YCIIEHCKMM, « CBHTaH qeTl.Ipep;ecHTHHI~a . .llcTOPHKO-JIHTYJ)l1flIeCKHH
oxepx », )/{MII3 (1945), p. 33-38.
172 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Constantinople (v. 758-829), confesseur de l'Orthodoxie, statue


qu'il ne faut pas jeûner durant cette huitième semaine pour se
démarquer des monophysites 1.
Les rubriques que nous avons citées plus haut mentionnent
en effet les jacobites et les tétradites ou quartodécimains,
distincts des quartodécimains des premiers siècles, qui étaient
des monophysites sévériens''. Jacques Baradée (v. 500-578),
le chef des chrétiens syriaques, considéré comme le fondateur
des «jacobites», s'était rendu à Constantinople vers 528 pour
plaider la cause du monophysisme, puis devint évêque d'Édesse
vers 542. Devenu l'âme de la résistance à la politique et à la
théologie de l'empereur Justinien, il voyagea partout en Égypte,
en Syrie, jusqu'en Arménie et en Perse, ordonnant des milliers
de prêtres, vingt-sept évêques et deux patriarches, et fondant des
Églises antichalcédoniennes. C'est ainsi qu'il fut considéré par
ses ennemis comme le fondateur de l'Église monophysite ou
«jacobite' »,
La règle de saint Nicéphore le Confesseur mentionnée dans
ces rubriques fait référence au canon 32 attribué au patriarche
Nicéphore qui stipule que: «Les moines doivent jeûner le
mercredi et le vendredi des Laitages. Et après le congé de la
liturgie des Présanctifiés, ils se doivent de manger du fromage
là où il est disponible, ou au marché, ou, en d'autres termes, là
où il peut yen avoir, afin de réfuter l'hérésie des Jacobites et des
Tétradites", » Notons que, dans les Triodes de rédaction hiéro-
solymitaine, la rubrique concernant le moment où l'on mange le
fromage et les œufs le mercredi et le vendredi des Laitages a été
corrigée pour refléter la pratique palestinienne selon laquelle on
ne célébrait plus la liturgie des Présanctifiés ces jours-là, comme
on l'avait fait jadis à l'époque où l'on suivait le Typikon de la
Grande Église de Constantinople. Cette nouvelle pratique ne
fut diffusée qu'à partir des réformes du patriarche Philothée et

1. Ibid., p. 21.
2. Ibid., p. 21.
3. J. M. FlEY, «Jacques Baradée », Dictionnaire d'histoire et de géogra-
phie ecclésiastiques, t. 26, Paris, 1997, col. 626-627 ; D. D. BUNDY, «Jacob
Bardaeus », Le Muséon 41 (1978), p. 45-86.
4. IITJooAwv, Athènes, 1886, p. 588 ; D. CUMMINS, The Rudder (Pedalion),
Chicago, 1957, p.968. 40" canon chez I. B. P1TRA, Juris ecclesiastici grae-
corum historia et monumenta, Il, Rome, 1868, p. 331.
LES OFFICES DU TRIODE 173

du métropolite Cyprien au XIve siècle. L'expression du canon:


« après les Présanctifiés » [« JlE'tà 'tIDV 1tpOllywO'JlÉvrov ») a été
remplacée par: « après les vêpres' ».

Déroulement des offices de la semaine des Laitages.


À partir de la semaine des laitages, le Triode contient un office
pour chaquejour de la semaine. À partirdu dimanche de l'Apokréo
au soir jusqu'au samedi de la sixième semaine du Carême, on ne
chante plus aux vêpres ni aux matines les stichères apostiches de
l'Octoèque, mais on chante les stichères idiomèles du Triode2 •
Pour les matines de chaquejour de toute cette semaine, le Triode
contient des canons à trois odes (tri-odes). Les canons du Triode
sont précédés du canon du Ménée. Pour les odes manquantes
dans le Triode, le canon du Ménée est précédé des deux canons
de l'Octoèque. L'hirmos est toujours celui du premier canon et
la catavasie (après la 1re , 3e, 6e, 8e et ge ode) celui du dernier
canon.
Les cas de figure les plus compliqués sont ceux des mercredis
et des vendredis, où il y a dans le Triode, en plus des deux canons
à trois odes, un canon à neuf odes (avec 2e ode manquante). Dans
ce cas, à chaque ode où il y a un tri-ode, on lit le premier canon
du Triode en 6 tropaires et les deux canons à trois odes en 8.
Les tropaires du canon du Ménée sont alors anticipés à une ode
antérieure. Dans ce cas, le nombre de tropaires du premier canon
de l' Octoèque est réduit de 6 à 4 et celui du canon du Ménée
augmenté de 4 à 6.
Les tableaux suivants résument la composition des canons de
la semaine des Laitages:

1. H. MAHCBETOB, Mumpononum Kunpuan 6 eeo.IlUmYPzulleCKOU ôesmens-


nocmu. Moscou, 1882, p. 69.
2. Typikon, chap. 49, 1er NB.
174 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Tableaux récapitulatifs de la composition des canons des matines


de la semaine des Laitages

Lundi
Ode Octoèque Ménée Triode
1 0 6 8
2 0 0 0
3 6+4 4 0
4 6+4 4 0
5 6+4 4 0
6 6+4 4 0
7 6+4 4 0
8 0 6 8
9 0 6 8

Mardi

Ode Octoèque Ménée Triode


1 6+4 4 0
2 0 0 8
3 6+4 4 0
4 6+4 4 0
5 6+4 4 0
6 6+4 4 0
7 6+4 4 0
8 0 6 8
9 0 6 8
LES OFFICES DU TRIODE 175

Mercredi
Ode Octoèque Ménée Triode
1 4 3+3 4
2 0 0 0
3 0 0 6+8
4 6 4 4
5 6 4 4
6 4 3+3 4
7 4 3+3 4
8 0 0 6+8
9 0 0 6+8

Jeudi
Ode Octoèque Ménée Triode
1 6+4 4 0
2 0 0 0
3 6+4 4 0
4 0 6 8
5 6+4 4 0
6 6+4 4 0
7 6+4 4 0
8 0 6 8
9 0 6 8
176 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Vendredi
Ode Octoèque Ménée Triode
1 6 4 4
2 0 0 0
3 6 4 4
4 4 3+3 4
S 0 0 6+8
6 4 3+3 4
7 4 3+3 4
8 0 0 6+8
9 0 0 6+8

Notons que, dans certains endroits comme le monastère de


Simonos Petras au Mont Athos, cette répartition est simplifiée
suivant l'ordre suivant: Octoèque, Ménée, Triode. Ainsi, quand
une ode du Triode est chantée, on supprime le canon de l' Octoèque
et on chante d'abord le canon du Ménée en 6 tropaires, suivi des
deux canons du Triode:

1re ode: 6 Ménée, 8 Triode


Lundi 3e, 4e, se, 6e, 7e ode: 10 Octoèque, 4 Ménée,
s- et ge ode: 6 Ménée, 8 Triode
r-, 3e, 4e, se, 6e, 7e ode: 10 Octoèque, 4 Ménée
Mardi 2e ode: 8 Triode
s-, ge ode: 6 Ménée, 8 Triode
r-, 4e, se, 6e, 7e ode: 6 Octoèque, 4 Ménée, 4 Triode
Mercredi
s-, s- et ge ode: 4 + 6 + 4 Triode
1re, s-, se, 6e, 'r ode: 10 Octoèque, 4 Ménée
Jeudi
4e, s- et ge ode: 6 Ménée, 8 Triode
1re, 3 e, 4e, 6e, 7e ode: 6 Octoèque, 4 Ménée, 4 Triode
Vendredi
se, s- et ge ode: 4 + 6 + 4 Triode
LES OFFICES DU TRIODE 177

Les offices du mercredi et du vendredi des Laitages sont en


effet particuliers. Ils suivent déjà, par anticipation, à quelques
exceptions près, le schéma des offices de la Sainte Quarantaine.
Ainsi, les vêpres du mardi soir se terminent avec les métanies.
Après le Notre Père, on chante les tropaires accompagnés de
métanies : «Mère de Dieu, Vierge », «Précurseur du Christ »,
«Intercédez pour nous, saints apôtres », ainsi que «Sous ta
miséricorde» (sans métanie). Au lieu de l'ecténie instante, on dit
40 fois « Kyrie, eleison ». Gloire au Père ... Et maintenant... Plus
vénérable que les Chérubins ... Au nom du Seigneur, Père, bénis!
Le prêtre donne la bénédiction : «Il est béni, Celui qui est, le
Christ notre Dieu. .. » Puis on dit la prière : « Céleste roi. .. », Le
prêtre dit alors la prière de saint Éphrem, en trois parties, avec
trois prosternations, puis 12 petites métanies, puis une seconde
fois la prière de saint Éphrem en entier et une prosternation.
Ensuite, on lit de nouveau les prières du Trisagionjusqu'à Notre
Père, «Kyrie, eleison» 12 fois, et le congé: «Gloire à Toi,
ô Christ Dieu, notre espérance, gloire à Toi », etc. Ensuite il est
prévu de lire le grand apodeipnon (les tropaires chantés pendant
le Carême sont lus), accompagné de métanies et avec la prière
de saint Éphrem à la fin. À la fin de l'office de minuit, on dit
également la prière de saint Éphrem avec 16 métanies.
Aux matines, on chante « Alléluia» au lieu de « Le Seigneur
est Dieu ». Après la première stichologie on chante les tropaires-
cathismes de l' Octoèque, et après la seconde les tropaires-
cathismes du Triode. Le canon est exécuté comme il a été
expliqué plus haut (voir tableau). Les matines se terminent avec
les métanies. «Il est bon de confesser le Seigneur» est lu une
seule fois. Après le Notre Père, on lit letropaire : « Debout dans
le temple de ta gloire». Au lieu de l' ecténie, on dit 40 fois « Kyrie,
eleison ». Gloire au Père ... Et maintenant. .. Plus vénérable que
les Chérubins... Au nom du Seigneur, Père, bénis ! Le prêtre
donne la bénédiction: « Il est béni, Celui qui est, le Christ notre
Dieu ... » Puis on dit la prière: «Céleste roi. .. », Le prêtre
dit alors la prière de saint Éphrem, en trois parties, avec trois
prosternations, puis 12 petites métanies, puis une seconde fois la
prière de saint Ephrem en entier et une prosternation. Puis on lit
la première heure. Aux heures, on lit les tropaires et les kondakia
des heures (de l'Horologion) qui ne sont pas chantés comme en
178 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Carême, et on dit la prière de saint Éphrem (avec 16 métanies) à


la fin de chaque heure. (Il n'y a que 3 métanies pour la prière de
saint Éphrem à la fin de la neuvième heure.) À la sixième heure,
on lit la prophétie de Joël, précédée du tropaire de la prophétie
et d'un prokeimenon, et suivie par un autre prokeimenon dont le
texte est dans le Triode.
Ce jour-là, on ne célèbre pas la Divine Liturgie, ni les
Présanctifiés, comme on l'a vu plus haut. Après la neuvième
heure, on lit les typiques. À la fin des typiques, on dit la prière de
saint Éphrem (avec 16 métanies). Puis on cortnnence immédia-
tement les vêpres.
Aux vêpres du mercredi soir, on lit la prophétie de Joël,
précédée et suivie d'un prokeimenon. Les vêpres se terminent
par le tropaire du saint du jour du Ménée et son théotokion,
l'ecténie, après laquelle on dit une seule fois la prière de saint
Éphrem (avec 3 métanies), puis la prière « Toute-sainte Trinité »,
« Que le nom du Seigneur soit béni », Gloire... Et maintenant...
le psaume 33. Il faut noter cependant que, dans l'ordo grec, les
vêpres du soir du mercredi et du vendredi reprennent le dérou-
lement habituel. Puis le congé: « Sagesse ! » - « Il est digne en
vérité ... » ; «Très sainte Mère de Dieu sauve-nous ! » - « Plus
vénérable que les Chérubins» ; «Gloire à Toi, ô Christ Dieu,
notre espérance, gloire à Toi », etc. Et on lit le petit apodeipnon.
Le même déroulement est prévu pour le vendredi (à partir du
jeudi soir), sauf que les prophéties lues à sexte et aux vêpres sont
celles de Zacharie.

Le samedi de la Tyrophagie, mémoire de tous les saints


moines qui ont brillé par l'ascèse.

Le Typikon prévoit de chanter l'office du Ménée tombant le


samedi des Laitages à l'apodeipnon, un autre jour de la semaine,
puisque le Triode prévoit ce jour-là de commémorer « tous nos
Pères vénérables et théophores qui ont brillé par le jeûne» dont
l'office se trouve dans le Triode que l'on suit scrupuleusement.
L'office est doxologique. On omet donc l'Octoèque et le Ménée.
Aux matines, on chante « Le Seigneur est Dieu» et le tropaire
des saints moines (<< Dieu de nos Pères ») et le théotokion
LES OFFICES DU TRIODE 179

dominical. On chante le canon de la dédicace (saint ou fête à


qui l'église est dédiée) en 6 tropaires et le canon du Triode en
l'honneur des saints moines et des saintes femmes en 8. Signalons
que ce dernier canon a des catavasies propres et une 2e ode,
signe d'antiquité. Après la troisième ode, on chante un tropaire-
cathisme du Triode et, après la sixième ode, le kondakion et l'ikos
du Triode. Vient ensuite la lecture du Synaxaire de Nicéphore
Calliste Xanthopoulos. Après la neuvième ode, on ne chante pas
« Il est digne en vérité » (car catavasie propre). Après la petite
synaptie, on chante l'exapostilaire du Triode. Puis «Que tout
souffle» et 4 stichères des laudes du Triode, avec leur doxastikon
et leur théotokion. La grande doxologie est ensuite chantée. Aux
heures, on lit le tropaire et le kondakion du Triode (des saints
moines). À la liturgie, on ajoute le tropaire et le kondakion de la
dédicace et on lit deux épîtres et deux évangiles.

Le dimanche de la Tyrophagie, de l'expulsion d'Adam,


du pardon.

L'hymnographie du dimanche qui précède le début de la


Sainte Quarantaine s'inspire de la création et du péché d'Adam
et d'Ève, mettant en rapport le péché de gourmandise d'Adam et
le jeûne de quarante jours du Seigneur dans le désert. L'origine
de ce dimanche serait très ancienne selon le commentaire de
Xanthopoulos, probablement de Palestine',
Comme pour les dimanches précédents, on n'utilise que
1'0ctoèque et le Triode. Aux vêpres, il y a dans le Triode 4
stichères pour le lucernaire, qui doivent être ajoutés à 6 de
l'Octoèque, ainsi qu'un doxastikon. On trouve également un
doxastikon et un théotokion pour la litie et un doxastikon et un
théotokion pour les apostiches.
Aux matines, comme le dimanche précédent, le psaume 136
(« Sur les fleuves de Babylone») est ajouté une dernière fois
aux deux psaumes du polyéleos (134 et 135). De même, après
le psaume 50, on chante les tropaires pénitentiels. Le canon

1. M. ARRANz, « Les fêtes théologiques du calendrier byzantin », La Liturgie,


expression de la foi. Conférences Saint-Serge. XXV' Semaine d'études liturgi-
ques, Rome, 1979, p. 37-39.
180 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

du Triode est chanté en 6 tropaires et vient s'ajouter aux trois


canons de l' Octoèque (de la Résurrection en 4, de la Croix
et la Résurrection en 2 et de la Mère de Dieu en 2). Après la
troisième ode, on chante un tropaire-cathisme du Triode et, après
la sixième ode, le kondakion et l'ikos du Triode. Vient ensuite la
lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après
la neuvième ode, après « Saint est notre Dieu », un exapostilaire
du Triode est à ajouter à l'exapostilaire de l'évangile. Aux laudes,
les 4 stichères du Triode sont ajoutés à 5 stichères de l'Octoèque,
ainsi qu'un doxastikon.
Aux heures, on ne lit que le kondakion du Triode. De même
à la liturgie, outre éventuellement le kondakion de l'église (si
elle est dédiée à la Mère de Dieu ou à un saint), on ne chante pas
le kondakion de l' Octoèque mais seulement celui du Triode.
À la Divine Liturgie de ce dimanche (de même que les
dimanches qui suivront), on prépare et consacre deux agneaux
supplémentaires pour les Présanctifiés du mercredi et du
vendredi suivants. Lors de la proscomédie, le nombre néces-
saire d'agneaux supplémentaires est préparé exactement de la
même manière que l'agneau principal. À la liturgie, au moment
de l'élévation (pour « Les choses saintes sont pour les saints»),
le prêtre élève ensemble tous les agneaux. Puis il imbibe les
agneaux destinés aux Présanctifiés en traçant sur eux un signe
de croix avec la cuiller qu'il a trempée dans le vin consacré.
(Certains trempent directement l'agneau dans le calice, mais
cette pratique n'est pas recommandée.) Ces agneaux sont ensuite
placés dans un artophorion ou sur un diskos qui demeurera sur
l'autel jusqu'à la célébration des Présanctifiés. Il faut savoir
que, depuis l'institution de l'office des Présanctifiés, vers le
vr siècle, et jusqu'au IXe siècle, on conservait non seulement
le pain consacré, mais aussi le calice avec le vin consacré.
Ils demeuraient sur la prothèse, d'où ils étaient de nouveau
déposés sur l'autel lors de la grande entrée des Présanctifiés.
S'étant rendu compte de la difficulté et du danger de conserver
un calice rempli de vin consacré, la pratique d'imbiber le
pain consacré de vin consacré est apparue probablement vers
le XIe siècle en Italie méridionale. Ce ne serait que vers le
LES OFFICES DU TRIODE 181

xv- siècle qu'elle aurait été adoptée à Constantinople et dans le


monde byzantin'.

LES OFFICES DE LA SAINTE QUARANTAINE

Particularités des offices de la Sainte Quarantaine.

Les offices de semaine, du lundi au vendredi, pendant la Sainte


Quarantaine suivent un modèle particulier, à l'exception des
offices du samedi et du dimanche. Ils sont désignés par l'appel-
lation «office avec Alléluia », alors que les offices du temps
ordinaire sont désignés par «Le Seigneur est Dieu », selon ce
que l'on chante au début des matines. Le déroulement de ces
offices, que nous allons maintenant décrire, sauf indication
spécifique, servira de modèle pour toute la période de la Sainte
Quarantaine.
Pendant la semaine, ces offices n'utilisent que le Triode et
le Ménée. Les quelques hymnes nécessaires (photagogika et
tropaires-cathismes) provenant de l'Octoèque se trouvent en
annexe à la fin du Triode. La liturgie de saint Jean Chrysostome
n'est pas célébrée en semaine, mais seulement les samedis et le
jour de l'Annonciation, alors que la liturgie de saint Basile est
célébrée les dimanches. Les mercredis et les vendredis, ainsi
que les jours de fête avec polyéleos, on célébrera la liturgie des
Présanctifiés.

Vêpres du dimanche soir.


Les offices de chaque semaine de la Sainte Quarantaine
débutent par les vêpres du dimanche soir qui suivent un dérou-
lement particulier puisqu'elles sont une sorte de transition entre
l'office festif et l'office de jeûne.
Comme tous les dimanches soir, il n'y a pas de stichologie
(lecture du Psautier) aux vêpres (à cause de la fatigue suite à
l'agrypnie qui était célébrée chaque semaine à Saint-Sabas). Au

1. A. RAEs, «La Communion au Calice dans l'Office byzantin des Présanc-


tifiés », OCP 20 (1954), p. 168-169.
182 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

lucernaire, on chante 10 stichères : 4 de l'Octoèque, 3 du Triode


et 3 du Ménée.
Pendant le chant du théotokion, on procède à l'entrée des
vêpres avec l'encensoir et le cierge. Les typika précisent que
cette entrée, qui n'a jamais lieu en dehors des jours de fête,
s'effectue «tous les dimanches soir du saint jeûne, à cause
des grands prokeimena' ». Il s'agit en fait d'une pratique assez
tardive (apparue vers le XIVe siècle), puisque les typika sabaïtes
plus anciens (du XIIe siècle), de même que le Typikon d'Alexis
le Stoudite, ne prévoyaient pas d'entrée pour ces vêpres et ne
connaissaient pas de grands prokeimena. Les deux prokeimena
prévus pour les dimanches de la Sainte Quarantaine n'avaient
qu'un seul verset".
Dans la pratique actuelle, nous avons deux grands prokeimena
(à 3 versets) qu'il est prévu d'alterner à partir du dimanche des
Laitages: « Ne détourne pas ta face de ton serviteur» et : « Tu as
donné ton héritage à ceux qui craignent Ton nom". »
Les typika indiquent que les métanies reprennent à partir de la
prière: « Daigne, Seigneur" », Cette rubrique est conforme à la
prescription du canon 90 du concile in Trullo, lequel indique qu'il
n'y a pas de génuflexion de l'entrée aux vêpres du samedi jusqu'à
l'entrée aux vêpres du dimanches. Il est en effet d'usage d'inter-
rompre les métanies à partir des vêpres le vendredi soir, où l'on
reprend le déroulement festif des offices. À partir de cette prière,
aux vêpres du dimanche soir, on reprend le déroulement propre
aux jours de jeûne. C'est, d'ailleurs, pendant cette prière que
le prêtre change d'ornement liturgique, passant d'une couleur
claire à une couleur sombre, et de même pour les ornements de
l'église.
Après les demandes, on chante les apostiches du Triode.
Dans l'ordo grec, le premier idiomèle est chanté de manière
1. Voir par exemple Triode, Moscou, 1992, p. 77 ; Typikon, Moscou, 1906,
p. 405 v.
2. Par exemple, le Sin. gr. 1094, f. 70 v. et 79 v. (édité par LOSSKY, Le Typikon
byzantin, p. 243 et 253) ; ITEHTKOBCKH:iî:, Tunuxon; p. 238 et 241.
3. Voir Triode, Moscou, 1992, p. 77 et 152; Typikon, Moscou, 1906, p. 404 v.
et 423 v.
4. ITEHTKOBCKH:iî:, Tunuxou, p. 238, 241 ; voir également, à titre d'exemple,
Typikon, Moscou, 1906, p. 405.
5. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique (Fonti, fasc. 9), t. I, l,
Rome, 1962, p. 226-227.
LES OFFICES DU TRIODE 183

très ornée. Les vêpres se terminent par le chant des tropaires de


l'Horologion prévus pour l'office d'Alléluia, qui sont accom-
pagnés de métanies: «Mère de Dieu, Vierge », «Précurseur
du Christ », «Intercédez pour nous, saints apôtres », ainsi que
« Sous ta miséricorde» (sans métanie). Au lieu de l'ecténie, on
dit 40 fois « Kyrie, eleison », Gloire au Père... Et maintenant. ..
Plus vénérable que les Chérubins ... Au nom du Seigneur, Père,
bénis ! Le prêtre donne la bénédiction : « Il est béni, Celui qui est,
le Christ notre Dieu ... » Puis on dit la prière: « Céleste roi ... ».
Le prêtre prononce alors la prière de saint Éphrem. Le dimanche
soir, à la fin des vêpres, il n'y a que trois grandes métanies pour
accompagner la prière de saint Éphrem (et non pas 16 comme en
semaine). Alors que le Typikon d'Alexis le Stoudite, tout comme
les typika sabaïtes anciens, ne nous dit rien quant à cette prière',
les typika sabaïtes postérieurs précisent que cette prière est dite
par chacun « en élevant les mains, debout» et «en pensée' »,
Dans la pratique actuelle, cette prière est lue par le prêtre.
Le Triode prévoit ensuite que l'on vénère les icônes et qu'ait
lieu le congé. Dans les monastères athonites, c'est pendant les
apostiches que l'on vénère les icônes et que l'on fait les petites
métanies au centre pour saluer la fraternité, à tous les offices. De
nos jours, le dimanche de la Tyrophagie, a lieu un rite du pardon
solennel, qui reprend la demande habituelle de pardon de la fin
des offices. Il se déroule après le congé des vêpres. À l'Athos,
ce rite du pardon se déroule généralement au réfectoire, après le
repas du soir et la lecture de l'apodeipnon. L'higoumène lit alors
une prière d'absolution, et à la sortie tous les moines baisent le
petit évangile qu'il tient en main et passent les uns devant les
autres en se demandant pardon et se souhaitant bon Carême. Ce
rite du pardon a donné au dimanche de la Tyrophagie l'appel-
lation de« dimanche du pardon ». Après le congé des vêpres, on
place sur des lutrins la croix, les icônes du Christ et de la Mère
de Dieu. Le supérieur fait de grandes métaniesdevant elles et
les vénère, puis adresse à l'assemblée une homélie sur le thème
du pardon. Il demande ensuite pardon en disant: «Bénissez,
pères saints, frères [et sœurs], et pardonnez-moi, pécheur, tous

1. Par exemple, le Sin gr. 1094 ne parle que de trois grandes métanies :
f. 70 v. (édité par: LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 244).
2. Typikon, Moscou, 1906, p. 405.
184 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

les péchés que j'ai commis en ce jour et tous les jours de ma vie,
en parole, en acte, en pensée et par tous mes sens. » Il fait alors
une grande métanie. L'assemblée répond en faisant à son tour
une grande métanie alors que le second prêtre dit: « Que Dieu
te pardonne, père saint. Pardonne-nous, pécheurs, et bénis. » Le
supérieur répond: «Que Dieu, par sa grâce, nous pardonne et
aie pitié de nous tous », Le supérieur prend ensuite la croix dans
ses mains, puis le clergé et les fidèles s'approchent, vénèrent les
icônes et la croix, et se demandent mutuellement pardon. Les
typika ne prévoient aucun chant pour accompagner ce rite de
pardon. Cependant, divers usages existent: certains chantent
pendant ce temps les tropaires de repentir (« Ouvre-nous les
portes du repentir »), alors que d'autres chantent les stichères
de Pâques. Au Mont Athos, à Dionysiou et Simonos Petras
on chante la formule: «Par les prières de nos saints Pères»
sur une mélodie très ornée. Ce rite du pardon s'enracine dans
l'antique tradition des moines de Palestine qui se retiraient au
désert pendant toute la Sainte Quarantaine pour ne rentrer que le
dimanche des Rameaux, alors que certains mouraient au désert et
ne revenaient plus au monastère pour Pâques'.

Matines de la Sainte Quarantaine.


Les matines suivent le déroulement d'un «office avec
Alléluia». Elles débutent par l'office royal et l' hexapsalme.
Les rubriques du Triode soulignent toute l'attention qui est
due à cette psalmodie en rappelant que « le frère désigné, se
tenant au lieu approprié, commence à lire les psaumes avec
toute l'attention requise, sans précipitation et avec crainte de
Dieu, comme s'il s'entretenait avec Dieu lui-Même, invisi-
blement, et priait pour nos péchés. Personne n'a le droit ici
de murmurer, ni de cracher, ni de se racler la gorge, mais doit
écouter attentivement les psaumes lus par le lecteur- », Ces
rubriques sont identiques à celles du temps ordinaire ; elles
ont été conservées dans le Triode du fait du caractère distinct
1. CYRILLE DE SCYTHOPOLIS, Vie de saint Euthyme 5 et 7 (éd. E. SCHWARTZ,
Kyrillos von Scythopolis, «Texte und Untersuchungen » 49:2, Leipzig, 1939,
p. 13 et 15) ; Vie de saint Kyriakos Ill, 3 (ibid., p. 225) ; Vie de saint Sabas Il,
22,24-27 (ibid., p. 94, 106, 109-110).
2. Triode, Moscou, 1992, p. 78 v.
LES OFFICES DU TRIODE 185

de ce livre qui a très tôt inclus les rubriques du Typikon de


Saint-Sabas. Nous retrouvons une rubrique similaire dans les
plus anciens typika sabaïtes comme le Sin. gr. 1094 1•
Après l'hexapsalme, on dit la grande synaptie puis on chante
« Alléluia» selon le ton de la semaine, accompagné de quatre
versets tirés du livre d'Isaïe. Ces versets sont annoncés par le
canonarque ou le diacre de la même façon que ceux prévus
pour« Le Seigneur est Dieu », alors que le chœur répond, après
chaque verset, par «Alléluia », exactement comme pour les
prokeimenaê. Après le chant de l'Alléluia, on chante les tropaires
triadiques selon le ton et le jour de la semaine, que l'on trouve en
annexe à la fin du Triode ou dans le Grand Horologion. Notons
que la finale de ces tropaires varie selon le jour de la semaine. Les
tropaires triadiques sont appelés ainsi parce qu'ils se terminent
par une formule doxologique à la Sainte Trinité: « Saint, saint,
saint es-tu, notre Dieu. » Leur contenu, de même que les versets
du cantique d'Isaïe accompagnant le chant de l'Alléluia, ne font
aucune allusion au jeûne ou à la pénitence, ce qui montre bien
qu'à l'origine ces pièces étaient les éléments constitutifs de
l'office ordinaire, non festif".
Puis on lit trois cathismes du Psautier, selon la répartition
prévue pour la Sainte Quarantaine. Après la première stichologie,
on chante les tropaires-cathismes de l' Octoèque dans le ton de la
semaine (voir annexe, à la fin du Triode). Après les deuxième
et troisième stichologies, on chante les tropaires-cathismes du
Triode. Il est intéressant de noter que le Triode prévoit comme
lecture patristique pour toute la quarantaine les œuvres de saint
Éphrem après la première et la deuxième stichologie, et l' His-
toire lausiaque après la troisième stichologie". Après le psaume
50 (précédé de Kyrie, eleison, 3 fois, Gloire ... Et maintenant ... ),
le prêtre dit la prière « Sauve, ô Dieu, ton peuple », lue habituel-
lement aux matines dominicales, suivie de l'ecphonèse. Notons
que cette partie est abandonnée dans l'usage grec actuel.

1. « etta rô eça'JIaÂ.llov j.Œtà1taO'llç 1tpoO"oxiiç Kat ep6j30u geou, ci>ç a\ltql


O"UÂ.Â.aÂ.oUVtEç àopatcoçKat ouO"C07tOUVtEç œùeôv imÈp trov eXllapnrov 1lllrov »,
Sin. gr. 1094, f. 71. Voir LaSSKY, Le Typikon byzantin, p. 244.
2. J. MATÉas,« Quelquesproblèmesde l'orthros byzantin », poe Il (1961),
p.203.
3. Ibid., p. 27-28.
4. Triode, Moscou, 1992, p. 79 et 79 v.
186 LE TYPIKüN DÉCRYPTÉ

L'exécution du canon est particulière pendant la Sainte


Quarantaine. On chante entièrement les cantiques bibliques. C'est
là toute la différence, car en temps ordinaire on ne chante que le
nombre de versets correspondant aux tropaires, c'est-à-dire 10.
On chante le premier cantique le lundi, le deuxième le mardi,
le troisième le mercredi, le quatrième le jeudi, le cinquième le
vendredi; le huitième et le neuvième sont chantés chaque jour.
On intercale aux versets des cantiques bibliques les tropaires des
canons du Ménée et du Triode. On prend un canon (complet) dans
le Ménée, auquel on ajoute deux canons à trois odes du Triode.
Ces tri-odes sont composés: le lundi des 1re, 8e et ge odes; le
mardi des 2e, 8e et ge odes; le mercredi des 3e, 8e et ge odes; le
jeudi des 4e, 8e et ge odes; le vendredi des se, 8e et ge odes. Les
tropaires de ces canons sont intercalés aux cantiques bibliques.
Il convient pour cela de prendre la subdivision des cantiques
bibliques dans la section de l'Hirmologion prévue pour la Sainte
Quarantaine. Pour les odes où il y a des canons dans le Triode, on
intercale l'hirmos du canon du Ménée après le l4e verset avant
la fin du cantique, l'avant-dernier verset étant: « Gloire », et le
dernier « Et maintenant». Puis on intercale, après chaque verset,
les tropaires du canon du Ménée (6 avec l'hirmos) et ceux des
canons du Triode (8 tropaires). Notons que, la plupart du temps,
dans l'usage grec, on chante d'abord deux fois l'hirmos du
canon du Ménée - de manière à donner le ton sur lequel va être
chantée l'ode avec les tropaires -, puis toute l'ode biblique avec
les tropaires intercalés'. Le deuxième tri-ode comprend un ou
deux tropaires ne faisant pas partie des 14 tropaires. Ceux-ci sont
précédés du refrain: « Gloire à Toi, notre Dieu, gloire à Toi », Ils
sont nommés périssée (supplément) dans le langage technique.
La catavasie est l'hirmos du deuxième canon du Triode. Notons
que la deuxième ode biblique, considérée comme un cantique de
pénitence, est chantée en entier, après quoi on lit les tropaires des
canons avec comme refrain: « Gloire à Toi, notre Dieu, gloire à

1. Notons que, si mémoire est faite de deux saints dans le Ménée et, par
conséquent, deux canons, ils sont alors chantés avec l'hirmos du premier en 6 :
hirmos du premier canon, deux tropaires du premier canon ensemble, troisième
tropaire du premier canon (le tl!I.éotokion du. premier canon est omis), deux
tropaires du deuxième canon ensemble, troisième tropaire du deuxième canon
et le théotokion du deuxième canon. fi faut remarquer que, dans l'ordo grec, on
ne chante jamais deux canons du Ménée pendant la période de Carême.
LES OFFICES DU TRIODE 187

Toi », Dans l'ordo grec, la deuxième ode est lue et non chantée et
les tropaires sont ensuite chantés. Pour les odes où il n'y a que le
canon du Ménée, on chante les autres odes mais avec seulement
les versets correspondants au nombre de tropaires comme en
temps ordinaire, c'est-à-dire que l'on n'utilise que les 4 derniers
versets du cantique.
Après la troisième ode, on dit la petite synaptie, puis on chante
le tropaire-cathisme du Ménée. Après la sixième ode, il y a une
petite synaptie, puis on chante le martyrikon selon le ton de la
semaine (voir annexe, à la fin du Triode). Notons en effet que le
kondakion, tout comme l'exapostilaire et le trop aire apolytikion,
sont omis les jours où il y a Alléluia. Après la neuvième ode, il y
a une petite synaptie puis le photagogikon triadique selon le ton
et le jour de la semaine (voir annexe, à la fin du Triode). Notons
que la finale du photagogikon varie selon le jour de la semaine.
On lit ensuite les laudes dans la recension hiérosolymitaine
(« Louez le Seigneur du haut des cieux»), ainsi que la doxologie,
lue elle aussi dans sa rédaction hiérosolymitaine. Après la litanie
des demandes, on chante les apostiches du Triode. La prière
psalmique « Il est bon de confesser le Seigneur » est lue deux
fois. Après le Notre Père, le lecteur ou canonarque lit le tropaire
(lu et non chanté) : «Debout dans le temple de ta gloire », Au
lieu de l'ecténie, il dit 40 fois « Kyrie, eleison ». Gloire au Père...
Et maintenant... Plus vénérable que les Chérubins... Au nom du
Seigneur, Père, bénis ! Le prêtre donne la bénédiction: «Il est
béni, Celui qui est, le Christ notre Dieu... »Puis on dit la prière:
«Céleste roi. .. », Le prêtre récite alors la prière de saint Ephrem
~ « Seigneur et Maître de ma vie », en trois parties, chacune étant
accompagnée d'une grande métanie. Puis on fait douze petites
métanies, en disant: «Ô Dieu, purifie-moi, pécheur.» Les
anciens typika précisent que « tous font des métanies de façon
uniforme! ». Puis on dit la prière de saint Éphrem une seconde
fois, et on fait une grande métanie. On lit ensuite la première
heure.

1. Voir Sin. gr. 1094, f. 72 r. (édité par: LoSSKY, Le Typikon byzantin, 1987,
p.245).
188 LE TYP1KON DÉCRYPTÉ

Les heures.
Les heures sont lues avec les tropaires et les kondakia de
l'Horologion prévus pour les jours où l'on célèbre l'office avec
Alléluia et qui sont chantés. Les tro~aires sont accompagnés
de versets psalmiques et de métanies. A la fin de chaque heure,
on dit la prière de saint Éphrem deux fois avec 16 métanies, à
l'exception de none où on lit la prière de saint Éphrem une seule
fois avec 3 métanies.
À l'exception de prime qui est lue à la suite des matines, les
autres heures sont lues, l'une après l'autre. L'office des heures
débute à la troisième heure du jour. Pour chacune des heures,
l'allumeur de lampes frappe la grande simandre (kopanon), ou
sonne une des cloches un nombre de fois correspondant à l'heure
lue: trois fois pour tierce, six fois pour sexte, neuf fois pour
none.
Après le théotokion, à tierce, sexte et none, il est prévu de lire
un passage de L'Échelle de saint Jean Climaque. Cette lecture,
habituelle pour les typika sabaïtes, n'est pas mentionnée dans le
Typikon d'Alexis le Stoudite qui prescrit, de son côté, la lecture
des œuvres de saint Éphrem le Syrien aux matines, après les
cathismes 1.
À sexte, avant cette lecture, il est prévu de lire la prophétie
d'Isaïe, précédée d'un tropaire de la prophétie, d'un prokeimenon
et suivie d'un autre prokeimenon. Ces tropaires de prophétie,
prokeimena et parémies proviennent du Prophétologion de
Constantinople, qui a servi d'ossature pour l'édition de notre
Triode moderne. Ils étaient prévus pour l'office de la Tritoekti
(TPt'tOÉKtT\, tierce-sexte) de l'office asmatique. Cet office était
essentiellement célébré à la Grande Église les jours où il n'y
avait pas de liturgie. Pendant la Sainte Quarantaine, cet office
était destiné essentiellement à la catéchèse des catéchumènes, ce
qui explique la présence d'une lecture biblique qui, à l'origine,
était sans doute commentée-. Ainsi, le cycle des lectures de la
1. Typikon, Moscou, 1906, p. 410. IIEHTKOBCKHA, Tunuxon; p. 238, 239. Le
Sin. gr. 1094 du XII" siècle mentionne une lecture tirée du Paterikon : voir Sin.
gr. 1094, f. 73 r. (édité par: LoSSKY, Le Typikon byzantin, p. 246).
2. M. ARRANz, « Les prières presbytérales de la Tritoekti de l'ancien Eucho-
loge byzantin », OCP 43 (1977), p.335-336, 341-343; MATÉos, Typicon, 1,
p. xxiv. L'ancienne liturgie hiérosolymitaine connaissait une pratique similaire:
voir J. GETCHA, Les Grandes Fêtes dans l'Église de Jérusalem entre 381 et 431
LES OFFICES DU TRIODE 189

Tritoekti de la Grande Église fut inséré dans le déroulement des


heures de l' Horologion palestinien.
Les typiques à la suite de none commencent directement
par le chant des Béatitudes. Les jours où l'on ne célèbre pas
les Présanctifiés (lundi, mardi et jeudi), après la prière de saint
Éphrem accompagnée de 16 métanies, on commence directement
les vêpres sans le congé. Les jours où les Présanctifiés sont .
célébrés (mercredi et vendredi), après la prière de saint Éphrem
on termine les typiques de la façon suivante : on lit le Trisagion
jusqu'à Notre Père, «Kyrie, eleison» (12 fois), et la prière:
«Toute sainte Trinité », Puis le congé: «Sagesse! » - « Il est
digne en vérité ... » ; «Très sainte Mère de Dieu sauve-nous! »
- « Plus vénérable que les Chérubins» ; « Gloire à Toi, ô Christ
Dieu, notre espérance, gloire à Toi », etc.

Les vêpres de semaine.


On sonne 12 fois. Les vêpres commencent par le psaume 103 et
la grande synaptie. Pendant la Sainte Quarantaine, on psalmodie
toujours le cathisme 18 aux vêpres. Au lucernaire, on chante
3 stichères du Triode et 3 stichères du Ménée. Le Théotokion est
tiré de la deuxième annexe du Ménée. Il n'y a pas d'entrée. Au
lieu du prokeimenon du soir, on dit le celui du Triode qui précède
la première prophétie (tirée de la Genèse). Après cette lecture,
on dit le deuxième prokeimenon du Triode qui accompagne la
seconde prophétie (tirée des Proverbes). Puis le président ou le
lecteur dit la prière: « Daigne, Seigneur» et le prêtre dit la litanie
des demandes.
On chante les apostiches du Triode. Après «Maintenant,
maître» et le Trisagion jusqu'au Notre Père, on chante les
tropaires de l'Horologion, accompagnés de métanies : «Mère de
Dieu, Vierge », « Précurseur du Christ », « Intercédez pour nous,
saints apôtres », ainsi que « Sous ta miséricorde » (sans métanie).
Ce théotokion est lu par le lecteur-canonarque dans l'ordo grec.
Au lieu de l'ecténie, on dit 40 fois « Kyrie, eleison ». Gloire au
Père ... Et maintenant... Plus vénérable que les Chérubins... Au

(Mémoire de maîtrise dactylographié soutenu à l'Institut de théologie ortho-


doxe Saint-Serge), Paris, 1998, p. 54; ÉGÉRIE, Journal de voyage 46 (SC 296,
p. 306-311); RENOUX, Il, p. 95-99.
190 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

nom du Seigneur, Père, bénis ! Le prêtre donne la bénédiction


« Il est béni, Celui qui est, le Christ notre Dieu ... » Puis on dit
la prière: « Céleste roi. .. ». Le prêtre dit alors la prière de saint
Éphrem, en trois parties, avec trois prosternations, puis 12 petites
métanies, puis une seconde fois la prière de saint Éphrem en
entier et une prosternation. Puis on lit de nouveau les prières du
Trisagion jusqu'à Notre Père, « Kyrie, eleison» (12 fois), et la
prière «Toute sainte Trinité », «Que le nom du Seigneur soit
béni» (3 fois), Gloire ... Et maintenant... le psaume 33. Puis
le congé: «Sagesse! »- «Il est digne en vérité ... »; «Très
sainte Mère de Dieu sauve-nous! » - « Plus vénérable que les
Chérubins» ; «Gloire à Toi, ô Christ Dieu, notre espérance,
gloire à Toi », etc.

Les Présanctifiés.
Le Triode précise à la fin des vêpres du lundi de la première
semaine: «nous n'avons pas reçu [de nos Pères] de célébrer les
Présanctifiés jusqu'à mercredi, car il convient à tous les frères
de jeûner selon la tradition. Ceux qui le peuvent demeurent dans
le jeûne jusqu'au vendredi' », Cette rubrique vient modifier la
pratique qui existait du temps où l'on suivait le Typikon de la
Grande Église et le Typikon d'Alexis le Stoudite qui prévoyaient
tous deux la célébration quotidienne des Présanctifiés, les jours
de semaine pendant la Sainte Quarantaine. Le Typikon d'Alexis
le Stoudite prévoyait même un repas au réfectoire à la fin des
Présanctifiés le premier lundi de la quarantaine'. Cette pratique
constantinopolitaine avait été établie par le canon 52 du concile
in Trullo qui affirme : «Les jours de la Sainte Quarantaine, à
l'exception des samedis et des dimanches et du saint jour de
l'Annonciation, on ne peut célébrer de liturgie autre que celle des
Dons Présanctifiésê, »
Comme l'explique M. Arranz, « au vn- siècle, la réception de
l'eucharistie a dû être considérée comme une rupture de jeûne;
puisque d'autre part l'eucharistie (à part les grandes vigiles de
1. Triode, Moscou, 1992, p. 88 v.
2. ,II,MMTPMEBCIŒfI, Onucanue, T. 1, TU7tu:a, '1. 1, p. 113 ; MATÉOS, Typicon,
Il, p. 12 ; IIEHTKDBCIŒfI, Tunuxou; p. 238, 239.
3. Canon 52 du concile in' Trullo. Voir P.-P. JOANNDU, Discipline générale
antique (Fonti, fasc. 9), 1. r, 1, Rome, 1962, p. 189.
LES OFFICES DU TRIODE 191

Noël, l'Épiphanie et Pâques, et le jour tout à fait exceptionnel du


Jeudi Saint) ne se célébrait que dans les heures matinales, le canon
52 de Trullo, tout en admettant l'exception de l'Annonciation,
fixe la communion des Présanctifiés à la fin du jour, même après
les vêpres, pour garantir le sérieux du jeûne du Carême! »,
Ainsi, le jeûne n'était pas rompu après la troisième heure,
comme pour les jours festifs, mais après la neuvième heure,
conformément à l'antique tradition monastique observée les
jours de jeûne-, La tradition palestinienne (gardée à la laure de
Saint-Sabas et au coenobium de Saint-Euthyme) va cependant
adopter une pratique encore plus rigoureuse. Elle va vouloir
prolonger le jeûne intégral en interdisant la consommation de
tout aliment jusqu'au mercredi, voire jusqu'au vendredi pour
ceux qui le peuvent. Par conséquent, aucune communion eucha-
ristique n'est envisageable avant le mercredi ou le vendredi, d'où
l'usage sabaïte de ne célébrer les Présanctifiés que deux fois par
semaine. C'est dans cet esprit qu'il faut comprendre la rubrique
que nous avons citée plus haut et que l'on retrouve dans la plus
ancienne version connue du Typikon sabaïte, le Sin. gr. 1094 3•
U faut préciser que cet usage est observé encore aujourd' hui
presque universellement dans les monastères, où il n'y a pas de
repas jusqu'au mercredi à l'issue des Présanctifiés, et où tous
les moines qui le peuvent restent à jeun et sans boire pendant
troisjours (trimeri). Chez les laïcs, le premier jour du Carême est
aussi observé rigoureusement.
Les Présanctifiés commencent parl'office des vêpres". On sonne
12 fois. Après la bénédiction initiale: « Béni est le règne », on lit
le psaume 103. Pendant ce temps, le prêtre lit les prières du lucer-
naire en commençant par la quatrième, les trois premières devant
être lues pendant la stichologie du Psautier. Il y a là un problème
liturgique qui ne fait pas l'unanimité, puisque les prières étaient
initialement prévues pour être réparties au long de l'office des

! 1. M. ARRANZ, «La liturgie des Présanctifiés de l'ancien Euchologe


byzantin », OCP 47 (1981), p.388. Sur l'histoire des Présanctifiés, lire
H.)J;. YCIIEHCKHfI, « JIHTYPrIDI IIpe~eOCBKru:eHHLIX .n;apOB. HCTOPHKO-
JIHnrprH'IeCKHB: osepx », ET15 (1976), p. 146-184.
2. VoirJEAN CASSIEN, Conférences, XXI, Il (SC 64, Paris, 1959, p. 85-86).
. 3. Sin. gr. 1094, f. 76 r. (édité par : LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 249).
4. SurlesPrésanctifiés, lireR. <PYH,ll;YJIHC, « JIHTYprIDdlpe~eocBKru:eHHbIX
Ilapoa », Beunoe 332 (1976), p. 2-8.
192 LE TYF1KON DÉCRYPTÉ

vêpres, dès lors que les vêpres sont interrompues après l'entrée
pour laisser place à l'office des .Présanctifiés composé sur le
modèle de la liturgie. Le diacre dit ensuite la grande synaetie.
La stichologie du cathisme 18 est divisée en trois parties. A la
fin de chacune, le diacre dit la petite synaptie, et le prêtre - les
trois premières prières du lucernaire et les ecphonèses. Pendant
la première stance, le prêtre déplie sur l' autel 1' antimension, sur
lequel il met le diskos. De l'atrophorion qui se trouve sur l'autel,
il prend l'agneau présanctifié et le dépose sur le diskos. Pendant
la deuxième stance, accompagné du diacre portant un cierge, il
encense trois fois l'autel des quatre côtés. Pendant la troisième
stance, il transporte le diskos de l'autel à la prothèse, précédé du
diacre portant un cierge et qui encense continuellement les saints
dons. Arrivé à la prothèse, le diacre verse du vin dans le calice et
le mélange à de l'eau. Le prêtre couvre les saints dons (en disant
simplement: « Par les prières de nos saints Pères ... »).
Au lucernaire, on chante 6 stichères du Triode et 4 stichères du
Ménée. Le théotokion est tiré de la deuxième annexe du Ménée.
Pendant le chant du théotokion, le prêtre, accompagné du diacre
tenant l'encensoir, fait la petite entrée. Au lieu du prokeimenon du
soir, on dit celui du Triode qui accompagne la première prophétie
(tirée de la Genèse). Après cette lecture, on dit le deuxième prokei-
menon du Triode. Puis le diacre dit: «Ordonnez », et le prêtre:
«Sagesse. Debout. La lumière du Christ illumine tous », Il bénit
l'assemblée prosternée contre terre avec un cierge et l'encensoir
qu'il tient dans sa main droite. Puis on lit la seconde prophétie
(tirée des Proverbes) et le lecteur chante, au milieu de l'église,
des versets choisis du psaume 140: «Que ma prière s'élève
vers Toi ». Il s'agit d'un ancien grand prokeimenon des offices
solennels de la Sainte Quarantaine à Constantinople. Après
chacun des versets chantés par le lecteur, la chorale répond par
le refrain constituté du premier verset: «Que ma prière s'élève
vers Toi... » Pendant ce chant, le prêtre encense l'autel, puis la
prothèse. Pour le dernier refrain, il remet l'encensoir au diacre
qui encense la prothèse, et le prêtre s'agenouille devant l'autel. TI
est d'usage de nos jours que les fidèles restent à genoux pendant
tout ce chant. Dans l'ordo grec, les fidèles font une petite métanie
à chaque fois qu'on arrive au chant de «comme le sacrifice du
soir », et au dernier verset, alors que le prêtre encense depuis le
LES OFFICES DU TRIODE 193

soléa, ils font trois grandes métanies qui correspondent aux trois
métanies accompagnant la prière de saint Éphrem de la fin des
vêpres, mais le prêtre ne dit pas la prière de saint Éphrem dans
l'usage grec.
Après le chant du psaume 140, le prêtre dit dans l'usage russe
la prière de saint Éphrem accompagnée de trois métanies, et on
poursuit le déroulement des Présanctifiés selon l'Euchologe ou
le Hiératikon. S'il y a une fête avec polyéleos, c'est ici qu'ont
lieu les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile. Sinon, on passe
directement à l'ecténie et la litanie des catéchumènes. À partir
du mercredi de la quatrième semaine de la Sainte Quarantaine,
on ajoute après cette dernière une litanie supplémentaire, « pour
ceux qui se préparent à la sainte illumination », Il s'agit des
catéchumènes qui s'inscrivaient, à Constantinople, le troisième
dimanche de la quarantaine pour le baptême qui allait être célébré
le Grand Samedi, et qui, à partir de ce jour-là, recevaient une
préparation plus intense'. Suivent deux litanies pour les fidèles.
La Grande Entrée a lieu pendant le chant de l'hymne:
«Maintenant les puissances célestes ». Après que le diacre a
encensé le sanctuaire, le prêtre se rend à la prothèse, prend le
diskos de sa main droite et, le tenant au-dessus du calice qu'il
tient de la main gauche (s'il y a plusieurs concélébrants, le
premier tient le diskos), se dirige vers l'autel, en passant par la
porte diaconale nord puis les portes saintes, en ne disant rien,
pendant que le diacre encense continuellement les saints dons
et que l'assemblée se prosterne contre terre. Dans l'usage russe,
le prêtre récite de nouveau la prière de saint Éphrem avec trois
métanies. Puis le diacre dit la litanie des demandes qui se conclut
par le Notre Père. Suit la communion.
Dans l'usage grec, la communion du clergé se déroule norma-
lement, selon la pratique habituelle. Tel était l'antique usage
byzantin. Toutefois, l'usage russe qui suit les rubriques intro-
duites dans le hiératikon au XVII" siècle, prévoit que les célébrants
ne communient qu'aux saints dons présanctifiées du diskos. Ne
boivent du calice que ceux qui ne consommeront pas les saints
dons après la communion des fidèles, le vin du calice n'étant

1.M. ARRANZ, « La liturgie des Présanctifiés de l'ancien Euchologe constan-


tinopolitain », OCP 47 (1981), p. 345-346; M. ARRANZ, «Les sacrements de
l'ancien Euchologe constantinopolitain - 4 », OCP 50 (1984), p. 47-49.
194 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

pas considéré par ces rubriques comme consacré. Ces rubriques,


influencées par la scolastique, estiment en effet que le vin du
calice n'est pas consacré par« infusion », lorsque la parcelle des
saints dons y est déposée. Pourtant, les théologiens byzantins
considéraient que le vin du calice était consacré par le contact
avec la parcelle des saints dons qui y était déposée'. Pendant
la communion du clergé, on chante le koinonikon: «Goûtez
et voyez combien est bon le Seigneur. » Après la communion
des fidèles qui se déroule comme d'habitude, a lieu l'action de
grâces: la litanie du diacre, une prière de l'ambon lue par le prêtre
[« Maître tout-puissant»), puis le psaume 33 pendant lequel le
prêtre distribue l' antidoron conservé du dimanche précédent, et
le congé.

Le grand apodeipnon.
Le lundi, à la neuvième heure du jour, il est prescrit que
l'allumeur de lampes frappe 12 fois la lourde simandre pour
marquer le début du grand apodeipnon.
Les quatre premiers jours de la première semaine de la Sainte
Quarantaine, on lit immédiatement après les prières initiales le
psaume 69, puis on chante le Grand Canon pénitentiel de saint
André de Crète, divisé en quatre parties", Cette pièce hymno-
graphique porte le nom de « Grand Canon» puisqu'elle est une
des rares compositions hymnographiques de ce type à posséder
neuf odes avec un tropaire sensé accompagner chaque verset des
neuf cantiques bibliques", Il est donc composé de 250 tropaires,

1. H. A. y CIIEHCKHfI, « KOJIJIH3HH ,IJ;BYX 6oroCJIOBHH B HCrrpaBJIeHHH


PYCCKHX 6orocJIY)Ke6HbIX KHHI' B XVII sexe », ET 13 (1975), p. 156-166 ;
N. OUSPENSKY, «Le schisme dans l'Église russe au XVIIe siècle comme suite
d'une collision de deux théologies », La Liturgie, expression de la foi. Confé-
rences Saint-Serge. XXV Semaine d'études liturgiques, Rome, 1979, p.245.
Voir également à ce sujet: H. KAPABHHOB, « CBHTaH saura Ha JIHTYpnm:
Ilpeacteocaameaasrx Ilapos », Xpucmuaucxoe Hmeuue 1 (1915), p. 737-753,
et l'article d'un liturgiste catholique: A. RAES, «La Communion au Calice
dans l'Office byzantin des Présanctifiés », OCP 20 (1954), p. 166-174. Sur la
consécration par infusion ou immixtion, lire M. ANDRIEU, lmmixtio et Conse-
cratio, Paris, 1924,p. 196-243.
2. Triode, Moscou, 1992,p. 89.
3. En effet, le chant des cantiques bibliques était généralement réparti sur la
semaine, et les canons étaient géréralement constitués de trois ou quatre odes.
LES OFFICES DU TRIODE 195

chacun de ceux-ci correspondant pratiquement à chacun des


versets des cantiques bibliques. Les hirmi de ce Grand Canon
reprennent pratiquement textuellement des versets des odes
bibliques, ce qui n'est pas original mais un signe d'antiquité,
comme la présence de la deuxième ode. Trois métanies accom-
pagnent chacun des tropaires en signe de repentir et de contrition,
ce qui correspond à l'esprit du Grand Canon qui a reçu le quali-
ficatif de «pénitentiel' », Malheureusement, les métanies ont
été abandonnées dans l'usage grec, où l'on chante le canon
rapidement, de même que dans la pratique paroissiale russe.
Le « Grand Canon» (0 p.éyaç xœvœv) de saint André de Crète
est chanté en entier aux matines du jeudi de la cinquième semaine
du Carême, et en quatre parties aux complies de la première
semaine du Carême, du lundi au jeudi soir.
Saint André de Crète (660-740) fut moine au Saint-Sépulcre
de Jérusalem avant d'être ordonnée en 685 diacre de la Grande
Église de Constantinople, puis évêque de l'île de Crète au
tournant des VIIe-V~ siècles. C'est pendant son épiscopat qu'il
prononça les diverses homélies qui nous sont parvenues, mais
c'est aussi à cette époque qu'il composa les divers canons qui
lui sont attribués", Pour son hymnographie, saint André de Crète
doit beaucoup à saint Romain le Mélode dont il s'inspire et qu'il
paraphrase parfois : par exemple, la quatrième ode du Grand
Canon est une paraphrase du kondakion-proemium «Ô mon

La pratique généralisée, sans doute plus tardivement, est d'avoir des canons de
huit odes, la deuxième ode n'étant chantée que pendant la Sainte Quarantaine.
1. E. WELLESZ, A History of Byzantine Music and Hymnography, Oxford,
1961, p. 204.
2. Au sujet d'André de Crète, voir G. BARDY, «André de Crète », DSp 1
(1937), col. 554-555; C. ÉMEREAU, «Hymnographi Byzantini », Échos
d'Orient XXI (1922), p. 267-271 ; M. JUGlE,« André de Crète », Catholicisme:
Hier, aujourd'hui, demain 1 (1948), col. 525-526; KAPABHHOB, Ilocmnas
Tpuoôs; p. 98-107 ; E. MARIN, «André de Crète », Dictionnaire de théologie
catholique 1 (1909), col. 1182-1184; E. MERCENIER, «À propos d'André de
Crète », Tome commémoratif du Millenium de la Bibliothèque d'Alexandrie,
Alexandrie, 1953, p. 70-78 ; L. PETIT, «André de Crète », DACL 1,2 (1907),
col. 2034-2041 ; H. RAHNER,« Andreas von Kreta », Lexikonfür theologie und
Kirche 1 (1957), col. 516-517; S. VAILHÉ,« Saint André de Crète», Echos
d'Orient V (1902), p. 378-387.
196 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

âme» ('PUXll uou) de Romain le Mélode, chanté aujourd'hui


après la sixième ode du Grand Canon 1.
Le liturgiste russe 1. Karabinov a bien montré que le Grand
Canon fut composé par saint André de Crète non pas pour
une solennité liturgique particulière, comme le laisse entendre
le Synaxaire de Calliste Xanthopoulos - pour le jeudi de la
cinquième semaine de Carême, mais plutôt comme une autobio-
graphie spirituelle de repentir. En fait, on pense que saint André
a composé ce texte après avoir été entraîné par l'empereur
Philippikos dans l'hérésie monothélite. Ainsi, ce canon de
repentir, rédigé à la fin de sa vie, reflète son expérience person-
nelle du péché et de la conversion-. Comme l'explique bien
Karabinov: «Pour faciliter l'énumération de ses péchés, [saint
André] utilise une méthode originale - il se tourne vers une revue
de toute l'histoire biblique: les personnalités pécheresses et les
actes négatifs lui servent de prétexte pour exprimer un reproche
à son âme parce qu'elle les a imités; au contraire, il lui recom-
mande d'imiter les justes et leurs bonnes actions'. » Le survol de
l'Ancien Testament se termine avec la huitième ode, dernière ode
vétéro-testamentaire, et la neuvième ode, seule ode néo-testamen-
taire, procède à l'énumération d'exemples tirés exclusivement
du Nouveau Testament. Ainsi, c'est dans un esprit pénitent que
l'auteur a recours aux grandes figures bibliques, y trouvant un
reflet de sa propre expérience du péché, et cela explique l'adjectif
« pénitentiel» utilisé pour qualifier ce Grand Canon".
Notons que le Typikon d'Alexis le Stoudite ne mentionne pas
le Grand Canon à l'apodeipnon pendant la première semaine,

1. KAPABHHOB, Ilocmuas TPUOiJb, p. 100 ; E. WELLESZ, A History ofByzan-


tine Music and Hymnography, Oxford, 1961, p. 204-205.
2. Hiéromoine MACAIRE DE SIMONOS PE1RAS (G. BONNET), La Mystagogie du
temps liturgique dans le Triodion. Mémoire dactylographié, Sorbonne, E.P.H.E,
ve Section, Paris, 1977, p. 482-483 ; V. JuINE, « Le mystère de la pénitence
et le Grand Carême de saint André de Crète », Le Messager de l'Exarchat du
Patriarche russe en Europe occidentale 6 (1955), p. 8-16; J. M. FOUNTOULIS,
AOYLlo] Xarpeia, Thessalonique, 1970, p. 56-57.
3. KAPABHHOB, Ilocmuas TPUOiJb, p. 104-105.
4. Voir notre article: J. GETCHA,« Le grand canon pénitentiel de Saint André
de Crète: une lecture typologique de l'histoire du salut », La Liturgie, inter-
prète de l'Écriture. II. Dans les compositions liturgiques, prières et chants
(BEL 126), Rome, 2003, p. 105-120.
LES OFFICES DU TRIODE 197

mais seulement aux matines du jeudi de la cinquième semaine',


L'un des plus anciens typika sabaïtes manuscrits, le Sin. gr. 1094
(xn" siècle), confirme de son côté notre pratique actuelle, tout en
soulignant qu'il s'agit d'une pratique des cénobia de Palestine-
les moines de la laure de Saint-Sabas lisaient, quant à eux, l'apo-
deipnon dans leur cellule-, Notons que, dans l'usage grec actuel,
le Grand Canon est chanté à la fin du grand apodeipnon, après la
doxologie. En fait, la pratique russe actuelle a conservé l'ancien
usage de lire le Grand Canon au début du grand apodeipnon, car
tous les autres canons lus à cet office pendant la quarantaine ont
eux aussi été reportés après la doxologie de la troisième partie.
Même si l'Horologion grec imprimé prévoit toujours le chant du
Grand Canon après le psaume 69 au début du grand apodeipnon",
la pratique (constantinopolitaine) actuelle veut que lui aussi soit
reporté après la doxologie, à la fin de la troisième partie",
Après le Grand Canon, on reprend le déroulement habituel du
grand apodeipnon, composé de trois parties. La première partie
est constituée de six psaumes (4, 6, 12,24,30,90), après lesquels
on chante les versets de la prophétie d'Isaïe (8, 9-11.12-15.18;
9, 2.6) avec le refrain: « Car Dieu est avec nous» (Is 8, 9) qui
s'intercale après chaque verset. Il semble que ce chant remon-
terait au Ive siècle et serait en fait une antiphone introduite par
saint Basile à Césarée". Dans la tradition stoudite, ce chant a
donné le nom de « meth-imon» (/lES' il/..lCov, Meq,HMoH) à cet
office, provenant des deux premiers mots grecs de l'antiphone :
«/lES' ililoov 0 8EOÇ» - « Dieu est avec nous» (ls 8, 8). Puis
on chante trois tropaires symétriques en l'honneur des trois
personnes divines qui commencent par: «Le jour étant passé »,
puis un tropaire en l'honneur de la Sainte Trinité [« La nature
incorporelle des Chérubins»). Après ces tropaires, le Symbole de
foi est récité. Vient ensuite une série de versets répétés deux fois
et chantés alternativement par les deux chœurs. Pendant que l'un
des chœurs chante le verset, l'autre fait une métanie. À cause des

1. IIEHTKOBCKM:H, TunUICOH, p. 244.


2. Sin. gr. 1094, f. 76 r.-76 v. (édité par: LOSSKY, Le Typikon byzantin,
p.249).
3.'{}poÀ6rLOV TO /lÉra, Athènes, 19953,p. 200.
4. S. PÉTRIDÈs, «Apodeipnon », DACL 1,2 (Paris, 1907), col. 2583.
. 5. Ibid., col. 2583; BRIGHTMAN, Liturgies Eastern and Western, Oxford,
1896, t. 1, p. 570.
198 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

nombreuses métanies accompagnant ces versets, on supprime les


métanies du Trisagion qui suit. Après le Notre Père, on chante les
tropaires, dont il existe deux séries qui doivent être chantées en
alternance, suivant le jour. Après la bénédiction du prêtre, on lit la
prière de saint Basile - « Seigneur, Seigneur, qui nous as délivrés
de toute flèche volant le jour» où l'on demande au Seigneur un
repos tranquille et libre d'imaginations mauvaises.
Commence alors la deuxième partie de l'apodeipnon. Elle est
composée des psaumes 50 et 101 et de la prière de Manassé,
du Trisagion suivi des autres prières et des tropaires pénitentiels
(e Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de nous ... »). Après la
bénédiction du prêtre, on lit la prière de saint Mardaire, martyr
du IV' siècle, que l'on récite aussi au mesonyktikon et à la fin de
la troisième heure.
Après cette prière, on commence la troisième partie de l' apo-
deipnon composée des psaumes 69 et 142. Pendant la première
semaine de la Sainte Quarantaine, on omet ici le psaume 69 qui
a été récité au début de l'office, avant le Grand Canon. Après le
psaume 142, on lit la doxologie dans sa rédaction hiérosolymi-
taine (« Gloire à Dieu au plus haut des cieux », « Seigneur, Tu
fus pour nous un refuge d'âge en âge» et« Daigne, Seigneur »).
Comme nous l'avons dit plus haut, c'est ici que dans la pratique
actuelle sont lus les canons, de même que le Grand Canon dans
l'usage grec. On dit ensuite les prières du Trisagion. Après le
Notre Père, on chante les versets du psaume 150 avec comme
refrain: « Seigneur des Puissances, sois avec nous» (Ps 45, 7).
Les versets de cette antiphone sont chantés alternativement par
les deux chœurs. Cette antiphone est suivie d'un doxastikon et
d'un théotokion. Après «Kyrie, eleison» (40 fois), la prière
des heures (« Toi qui en tout temps») et la bénédiction du
prêtre, on dit la prière de saint Éphrem avec 16 métanies, puis
la prière de saint Paul, fondateur du monastère de l'Évergétis
à Constantinople (XIe siècle) - «Immaculée, sans tache» - et
celle de saint Antiochus, auteur des Pandectes (VI~ siècle) - « Et
donne-nous, Maître, à nous qui allons nous coucher» -, comme
au petit apodeipnon. Au lieu du congé habituel, il est spécifié que
les fidèles sont prosternés face contreterre (dans l'usage grec, ils
ont simplement la tête inclinée) pendant que le prêtre dit à haute
voix la prière : « Maître très miséricordieux ». Puis a lieu le rite
LES OFFICES DU TRIODE 199

habituel du pardon, après quoi, chacun se retire dans sa cellule en


silence. Les rubriques du Triode précisent que l' ecclésiarque doit
aussi veiller à ce que le congé de l'apodeipnon ait lieu lorsqu'il
fait encore jour, c'est-à-dire avant l' obscurité', une rubrique qui
se trouve également dans le Sin. gr. 10942• Les rubriques du
Triode précisent qu'il est fait à l'église au total 300 métanies, soir
et matin, en ne tenant pas compte du mesonyktikonê.

Occurrence d'une fête avec polyéleos


pendant la quarantaine.

Lorsqu'une fête avec polyéleos tombe pendant la Sainte


Quarantaine, les offices suivent un modèle particulier tenant
compte à la fois de l'office avec polyéleos (avec «Le Seigneur
est Dieu ») et de l'office avec «Alléluia », TI y a pratiquement
chaque année l'occurrence de la fête des première et deuxième
inventions du chef de saint Jean Baptiste (24 février), ainsi que la
fête des quarante martyrs de Sébaste (9 mars). Dans l'usage grec,
on célèbre aussi depuis le XVII~ siècle de manière festive pendant
la quarantaine la fête de saint Charalampos (10 février). À celles-
ci peut éventuellement s'ajouter la fête patronale de l'église.
Remarquons que, d'après les «chapitres de Marc », si la
fête des première et deuxième inventions du chef de saint Jean
Baptiste tombe lors de la première semaine de la quarantaine, on
la déplace soit au dimanche de la Tyrophagie, soit au samedi de
la première semaine.

Vêpres, la veille de la fête: le cas du dimanche soir.


Si la fête tombe un lundi, la veille est alors un dimanche soir, et
comme tous les dimanches de la Sainte Quarantaine, l'office du
soir marque la transition entre l'office festif et l'office de jeûne.
Après la grande synaptie, on chante la première antiphone
(stance) du premier cathisme (« Bienheureux l'homme »). Au

1. Triode,~oscou, 1992,p.95.
2. Sin. gr. 1094, f. 77 v. (édité par: LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 251).
3. Triode, Moscou, 1992, p. 95. Le Sin. gr. 1094 donne le même nombre de
métanies au f. 78 r. (édité par: LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 251).
200 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

lucernaire, on chante 10 stichères : 4 du Triode et 6 du Ménée, puis


le doxastikon du Ménée et le théotokion dogmatique. Pendant le
chant du théotokion dogmatique, on procède à l'entrée des vêpres
avec l'encensoir et le cierge. On chante ensuite le grand prokei-
menon du Triode, puis on lit les trois prophéties prévues pour la
fête (voir Ménée). On lit ensuite la prière « Daigne, Seigneur ».
Après les demandes, on chante les apostiches du Triode, avec le
doxastikon du Ménée et le théotokion dominical selon le ton du
doxastikon. Après le Notre Père, on chante le tropaire du saint (du
Ménée) et le théotokion dominical selon le ton du tropaire, puis,
après l'ecténie, le prêtre dit la prière de saint Éphrem une seule
fois, avec seulement trois grandes métanies, suivie du congé.

Vêpres, la veille de la fête: le cas des lundi, mardi et jeudi soir.


Si la fête tombe un mardi, un mercredi ou un vendredi, les
vêpres, la veille de la fête, se célèbrent ainsi:
Après la grande synaptie, on lit le cathisme 18. Au lucer-
naire, on chante 6 stichères : 3 du Triode et 3 du Ménée. On
chante le doxastikon du Ménée et le théotokion du dimanche
dans le même ton. Pendant le chant du théotokion, on procède
à l'entrée des vêpres avec l'encensoir et le cierge. On dit ensuite
le premier prokeimenon du Triode, puis on lit la lecture de la
Genèse, le deuxième prokeimenon du Triode, et la lecture prévue
des Proverbes, suivie des trois prophéties prévues pour la fête
(voir Ménée). On lit ensuite la prière «Daigne, Seigneur ».
Après les demandes, on chante les apostiches du Triode, avec le
doxastikon du Ménée et le théotokion dominical selon le ton du
doxastikon. Après le Notre Père, on chante le tropaire du saint
(du Ménée) et le théotokion dominical selon le ton du tropaire,
puis, après l'ecténie, le prêtre dit la prière de saint Éphrem une
seule fois, avec seulement trois grandes métanies, puis la prière
«Toute sainte Trinité », «Que le nom du Seigneur soit béni»
(3 fois), Gloire ... Et maintenant ... le psaume 33. Puis le congé:
« Sagesse! » - « Il est digne en vérité... » ; « Très sainte Mère
de Dieu sauve-nous ! » - « Plus vénérable que les Chérubins» ;
LES OFFICES DU TRIODE 201

« Gloire à Toi, ô Christ Dieu, notre espérance, gloire à Toi », et


le congé.

Vêpres, la veille de lafête : le cas des mercredi et vendredi soir.


Si la fête tombe un jeudi ou un samedi, les vêpres, la veille de
la fête, se célèbrent avec les Présanctifiés :
Après le congé des typiques, on commence les vêpres avec la
bénédiction: « Béni est le règne». Après la grande synaptie, on
lit le catbisme 18 en trois parties, chacune suivie par une petite
litanie. Au lucernaire, on chante 10 stichères: 6 du Triode et
4 du Ménée. On chante le doxastikon du Ménée et le théotokion
dominical dans le même ton. Pendant le chant du tbéotokion, on
fait l'entrée des vêpres avec l'encensoir et le cierge. On dit ensuite
le premier prokeimenon du Triode, puis la lecture de la Genèse,
le deuxième prokeimenon du Triode, la lecture des Proverbes,
suivie des trois prophéties prévues pour la fête (voir Ménée).
On chante ensuite les versets du psaume 140 (« Que ma prière
s'élève vers toi ») et on poursuit normalement la célébration des
Présanctifiés.

Le grand apodeipnon, la veille de la fête.


La veille de la fête, le grand apodeipnon est lu et non chanté,
«sans métanies », Après le Trisagion de la première partie,
on chante le tropaire du saint (du Ménée) avec le tbéotokion
dominical. Notons que, dans l'ordo grec, ce tropaire est chanté
après le Trisagion de la seconde partie. La première partie n'a
pas de tropaire de la fête, mais est lue quand même. Après le
Trisagion de la deuxième partie, on chante les tropaires péniten-
tiels habituels (« Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de
nous... »). Après le Trisagion de la troisième partie, on ne chante
pas les versets du psaume 150 (<< Seigneur des Puissances, sois
avec nous»), mais on lit le kondakion du saint (du Ménée) et on
enchaîne sur la fin du petit apodeipnon. Après « Kyrie, eleison»
(40 fois), la prière des heures (<< Toi qui en tout temps ») et la
bénédiction du prêtre, le prêtre dit la prière de saint Éphrem
une seule fois avec 3 métanies, puis la prière de Paul de l'Éver-
gétis (« Immaculée, sans tache»), celle de saint Antiochus (« Et
202 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

donne-nous, Maître, à nous qui allons nous coucher»), et le petit


congé habituel, comme pour le petit apodeipnon.

Matines le jour de la fête.


Après l'hexapsalme, on dit la grande synaptie, puis on
chante «Le Seigneur est Dieu» et le tropaire du Ménée suivi
du théotokion dominical, et on lit les trois cathismes prévus du
Psautier. Après la première et la deuxième stichologie, on chante
les tropaires-cathismes du Triode, sans petites synapties, puis on
lit les œuvres de saint Éphrem. Après la troisième stichologie, le
prêtre dit la petite synaptie, puis on chante les tropaires-cathismes
du Ménée et on lit la vie du saint. On chante ensuite le polyéleos
(avec le mégalynaire du saint et les versets psalmiques choisis),
puis la petite synaptie suivie des tropaires-cathismes du Ménée
et la suite de la vie du saint. On chante la première antiphone de
l'anavathmi du ton 4 (« Depuis ma jeunesse»), le prokeimenon
du Ménée et le prêtre fait la lecture de l'évangile prévu pour les
matines de la fête. Après le psaume 50 et le stichère du Ménée,
le diacre dit la prière « Sauve, ô Dieu, ton peuple », suivie par
l'ecphonèse du prêtre.
On chante le canon du saint (dans le Ménée) avec l'hirmos en
8 tropaires avec les catavasies de la Mère de Dieu (« Ma bouche
s'ouvrira»). Pour les odes où il y a un tri-ode (dans le Triode), on
chante le canon du Ménée en 6 tropaires et les canons du Triode
en 8 et la catavasie du Triode. Après la troisième ode, il y une
petite synaptie, puis on chante le tropaire-cathisme du Ménée.
Après la sixième ode, il y a une petite synaptie, puis on chante le
kondakion et l'ikos du Ménée. Après la neuvième ode, il y a une
petite synaptie, puis l'exapostilaire du Ménée.
On lit ensuite les laudes dans la recension hiérosolymitaine
(« Louez le Seigneur du haut des cieux»), ainsi que la grande
doxologie, lue elle aussi dans sa rédaction hiérosolymitaine. Dans
l'usage grec, on chante les laudes dans la recension constanti-
nopolitaine avec les tropaires prévus dans le Ménée pour la
fête du saint, et on n'enchaîne pas sur le chant de la grande
doxologie, mais sur la lecture de la doxologie dans la recension
hiérosalymitaine. Le diacre dit la litanie des demandes, puis on
chante les apostiches du Triode, avec le doxastikon du Ménée
LES OFFICES DU TRIODE 203

et le théotokion dominical selon le ton du doxastikon. On ne


peut en effet, dans la période du Triode, omettre les idiomèles
des apostiches qui sont la partie la plus ancienne du Triode et
la plus riche doctrinalement. La prière psalmique : «Il est bon
de confesser le Seigneur» est lue une seule fois. Après le Notre
Père, on chante le tropaire du saint avec le théotokion dominical.
Le diacre dit l' ecténie instante, puis le prêtre dit la prière de saint
Éphrem - « Seigneur et Maître de ma vie» - une seule fois, avec
seulement trois grandes métanies. Puis on lit la première heure.

Les heures et les typiques.


Lorsqu'on a chanté le polyéleos aux matines, on ne sonne
pas pour chaque heure. Les heures sont lues avec les cathismes
prévus, mais on ne chante pas les tropaires et les kondakia de
l'Horolo&ion ; on lit le tropaire et le kondakion du saint (dans le
Ménée). A la fin de chaque heure, on lit la prière de saint Ephrem
une seule fois avec seulement trois métanies.
À sexte, on lit la prophétie d'Isaïe prévue dans le Triode,
précédée du chant du tropaire de la prophétie, d'un prokeimenon
et suivie d'un autre prokeimenon.
Les typiques sont lus « rapidement, non chantés », à la suite de
none. À la fin, on dit la prière de saint Éphrem, accompagnée de
3 métanies, puis la prière: « Toute sainte Trinité », Puis le congé:
« Sagesse! » - « Il est digne en vérité... » ; « Très sainte Mère
de Dieu sauve nous ! » - « Plus vénérable que les chérubins» ;
«Gloire à Toi, ô Christ Dieu, notre espérance, gloire à Toi »,
etc.

Les Présanctifiés le soir de la fête.


Les jours de fête avec polyéleos pendant la quarantaine, on ne
peut célébrer que les Présanctifiés, théoriquement le soir de la
fête, conformément au canon 52 du concile in Trullo qui affirme:
«Les jours de la Sainte Quarantaine, à l'exception des samedis
204 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

et des dimanches et du saint jour de l'Annonciation, on ne peut


célébrer de liturgie autre que celle des Dons Présanctifiés'. »
Les Présanctifiés commencent par l'office des vêpres. On sonne
12 fois. Après la bénédiction initiale: « Béni est le règne », on lit
le psaume 103. Pendant ce temps, le prêtre lit les prières du lucer-
naire en commençant par la quatrième, les trois premières devant
être lues pendant la stichologie du Psautier. Le diacre dit ensuite
la grande litanie. La stichologie du cathisme 18 est divisée en
trois parties, chacune suivie d'une petite litanie.
Au lucernaire, on chante 6 stichères du Triode et 4 stichères
du saint célébré (du Ménée). Il faut noter que les stichères du
Ménée prévus aux vêpres pour le lendemain sont reportés aux
laudes des matines du lendemain (ou simplement omises). On
chante le doxastikon du Ménée et le théotokion dominical du
même ton. Pendant le chant du théotokion, le prêtre accompagné
du diacre portant l'évangéliaire, fait la Petite Entrée. Après
« Lumière joyeuse », on dit le prokeimenon du Triode, accompa-
gnant la première prophétie (tirée de la Genèse). Après la lecture
de la Genèse, on dit le deuxième prokeimenon du Triode. Après
celui-ci, le diacre: « Ordonnez », Le prêtre dit alors: « Sagesse.
Debout. La lumière du Christ illumine tous ». Il bénit l'assemblée
prosternée contre terre avec un cierge et l'encensoir. Puis on lit
la seconde prophétie (tirée des Proverbes). Après la lecture des
proverbes, le lecteur chante, au milieu de l'église, des versets
choisis du psaume 140: «Que ma prière s'élève vers Toi».
Après le chant du psaume 140, le prêtre dit la prière de saint
Éphrem accompagnée de 3 métanies. On lit ensuite les lectures
de l'Apôtre et de l'Évangile prévues pour la fête. Puis on poursuit
le déroulement habituel des Présanctifiés. En plus du koinonikon
habituel: « Goûtez et voyez combien est bon le Seigneur », on
chante le koinonikon du saint.

1. Canon 52 du concile in Trullo. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale


antique (Fonti, fasc. 9), 1. 1, 1, Rome, 1962, p. 189.
LES OFFICES DU TRIODE 205

Le samedi de saint Théodore Tyron.

Origine.
Le premier samedi de la quarantaine commémore le saint et
grand martyr Théodore Tyron. L'origine de cette solennité est le
miracle lié au saint martyr qui eut lieu en 361, lorsque l'empereur
Julien l'Apostat ordonna au préfet de Constantinople de faire
asperger les fruits et les légumes du marché par du sang de
victimes immolées aux idoles pendant la première semaine du
Carême, afin de souiller le jeûne des chrétiens. Le saint martyr
Théodore serait alors apparu au patriarche Eudoxe (360-364) et
lui aurait commandé qu'aucun chrétien n'achète d'aliment au
marché, mais qu'il confectionne des collyves, c'est-à-dire des
grains de blé bouillis, pour se nourrir. Ainsi, les chrétiens échap-
pèrent à la souillure de l'idolâtrie. C'est du moins l'explication
que l'on trouve dans le Triode, dans le Synaxaire de Nicéphore
Calliste Xanthopoulos lu aux matines du premier samedi de la
quarantaine'. La commémoration de cette intervention miracu-
leuse du saint martyr a très vite été instituée au premier samedi de
la quarantaine. La tradition stoudite la connaissait et aurait peut-
être été la première à l'introduire. En effet, le Typikon d'Alexis
le Stoudite souligne le caractère festif de ce samedi en indiquant
qu'exceptionnellement, le vendredi soir de la première semaine,
on ne lit pas le grand apodeipnon mais le petit. Toutefois, rien
n'est dit quant à l'acolouthie de saint Théodore à la fin des
Présanctifiés, prévue par les typika sabaïtes". Ces derniers spéci-
fient qu'au réfectoire il y a autorisation d'huile et de vin en
l'honneur du saint.

1. Hiéromoine MACAIRE DE SIMONOS PETRAS. Le Synaxaire, vol. 3, Thessalo-


nique, 1990, p. 157-158. Voir le synaxaire du premier samedi de la quarantaine :
Tpuoôs nocmuas, Moscou, 1992 (réédition), p. 139-140; Triode de Carême,
trad. D. Guillaume, Parme, 19933, p. 155-156.
2. IIEHTKOBCKHH, Tunuxou, p. 240 ; voir MAHCBETOB, aepKo6HblÜ ycmae,
p. 135, 143,214. Notons que le Typikon sabaïte Sin. gr. 1094 prévoit l'aco1ou-
thie du canon au saint mégalomartyr Théodore au f. 78 v. (édité par: LOSSKY,
Le Typikon byzantin, p. 251).
206 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Déroulement.
Le vendredi de la première semaine, aux Présanctifiés, on
chante 10 stichères au lucernaire: l'idiomèle du Triode deux fois,
4 martyrika de l' Octoèque et 4 stichères du martyr (contenus dans
le Triode). On chante le doxastikon du martyr et le théotokion
dogmatique (à cause de l'office du samedi). Pendant le chant du
théotokion, le prêtre accompagné du diacre tenant l'encensoir
fait la Petite Entrée. Au lieu du prokeimenon du soir, on dit les
deux prokeimena du Triode, accompagnant la première prophétie
(tirée de la Genèse) et la seconde prophétie (tirée des Proverbes).
Après la lecture des proverbes, le lecteur chante, au milieu de
l'église, des versets choisis du psaume 140: «Que ma prière
s'élève vers Toi », et la liturgie des Présanctifiés suit son dérou-
lement habituel.
Après la prière de l'ambon aux Présanctifiés, il est prévu de
se rendre dans le narthex pour y chanter un canon d'action de
grâces à saint Théodore Tyron, devant les collyves préparées en
son honneur. Le lecteur lit le psaume 142. Puis on chante «Le
Seigneur est Dieu» et le tropaire du martyr suivi du théotokion
dominical. On lit le psaume 50 (pendant ce temps, le diacre
encense la table sur laquelle sont déposées les collyves. On
chante alors le canon à saint Théodore. Après la 6e ode, on chante
le kondakion du martyr. Après la ge ode, au lieu de « Il est digne
en vérité », on chante de nouveau l'hirmos de la ge ode. On dit les
prières du Trisagion. Après le Notre Père on chante de nouveau le
tropaire, le kondakion et le théotokion. Puis le prêtre lit la prière
de bénédiction des collyves, en commémorant le saint et grand
martyr Théodore. Puis a lieu le congé habituel des Présanctifiés.
Aux matines, on chante « Le Seigneur est Dieu» et le tropaire
du saint martyr et le théotokion dominical. Après la première
stichologie, on chante le tropaire-cathisme de l'Octoèque ; après
la deuxième stichologie, le tropaire-cathisme du martyr (dans le
Triode). Après le psaume 50, on chante le canon de la dédicace
(saint ou fête à qui l'église est dédiée) en 6 tropaires et le canon
du Triode en l'honneur du saint martyr en 8. Après la troisième
ode, on chante le tropaire-cathisme du Triode et, après la sixième
ode, le kondakion et l'ikos du Triode. Vient ensuite la lecture
du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après la
neuvième ode, on ne chante pas «Il est digne en vérité », Après
LES OFFICES DU TRIODE 207

la petite litanie, on lit l'exapostilaire du Triode. Aux laudes


qui sont lues [« Louez le Seigneur»), on chante 4 stichères du
Triode, avec leur doxastikon et leur théotokion. On lit ensuite la
doxologie dans sa rédaction palestinienne. Après la litanie des
demandes, on chante les stichères apostiches du Triode, avec leur
doxastikon et leur théotokion. Après le Notre Père, on chante le
tropaire du grand martyr et le théotokion dominical. Aux heures, .
on lit le tropaire et le kondakion du Triode (du martyr). Ce jour-
là, comme tous les samedis de la Sainte Quarantaine, on célèbre
la liturgie de saint Jean Chrysostome. On chante les tropaires et
les kondakia de la dédicace et du grand martyr.

Le premier dimanche: dimanche de l'Orthodoxie.

Origine.
Le premier dimanche de la Sainte Quarantaine, le Triode
prévoit la solennité plus tardive du dimanche de l'Orthodoxie.
Cette solennité avait été introduite en mars 843 pour commé-
morer la victoire finale sur l'iconoclasme. Il avait alors été
établi de célébrer chaque année le triomphe de l'Orthodoxie le
premier dimanche de la Sainte Quarantaine. Cette solennité est
venue se joindre à la mémoire plus ancienne des saints prophètes
Moïse, Aaron, David, Samuel et des autres prophètes, célébrée
ce jour-là'. Le Typikon d'Alexis le Stoudite prévoyait de chanter
conjointement l'office des saintes icônes avec l'office des saints
prophètesê, Mais, dans les Typika sabaïtes plus tardifs, témoins
d'un usage répandu à la fin du XIVe siècle, la mémoire des saints
prophètes a disparu et leur canon a été reporté aux complies du
dimanche soir.
Il ne faut pas oublier qu'après la victoire des hésychastes en
1351, le dimanche de l'Orthodoxie prit un sens nouveau. On ne
commémorait pas simplement la victoire sur l'iconoclasme, mais

1. C'était encore le cas dans le Typikon sabaïte Sin. gr. 1094, f. 79 r. (édité
par: LoSSKY, Le Typikon byzantin, p. 252-253). Lire à ce sujet M. ARRANz,
« Les fêtes théologiques du calendrier byzantin », La Liturgie, expression de la
foi. Conférences Saint-Serge. XXV Semaine d'études liturgiques, Rome, 1979,
p.39-41.
2. IIEHTKOBCKHH:, Tunuxon, p. 241.
208 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

la victoire sur toutes les hérésies, y compris la victoire sur les


adversaires des moines hésychastes. Nous avons déjà dit que les
décisions du concile de Blachernes (1351), où avait triomphé
l'enseignement de saint Grégoire Palamas, furent rajoutées au
Synodikon de l'Orthodoxie, qui avait sans doute été lu dans
cette nouvelle forme pour la première fois le premier dimanche
du Carême de 13521• Ainsi pourraient s'expliquer l'importance
accordée à l'office du triomphe de l'Orthodoxie et la disparition
de la mémoire de l' acolouthie des saints prophètes dans les typika
sabaïtes et les Triodes de rédaction hiérosolymitaine, postérieurs
au XIVe siècle. Seul le canon des prophètes a survécu dans les
éditions slaves, en ayant été déplacé depuis les matines domini-
cales à l'apodeipnon du dimanche soir. Notons cependant qu'il
a complètement disparu des éditions grecques.

Déroulement.
Comme pour les dimanches de la période préparatoire, on
n'utilise que l'Octoèque et le Triode. Aux vêpres, il y a dans le
Triode 4 stichères pour le lucernaire, qui doivent être ajoutés aux
6 de l'Octoèque, ainsi qu'un doxastikon. On trouve également
un doxastikon et un théotokion pour la litie, et un doxastikon et
un théotokion pour les apostiches. À l'artoclasie, on chante deux
fois « Mère de Dieu et Vierge » et une fois le tropaire de la fête
(« Nous nous prosternons devant Ton icône très pure»).
Aux matines, pour «Le Seigneur est Dieu », on chante le
tropaire dominical (deux fois) et le tropaire de la fête, suivis du
théotokion dominical. Après le psaume 50, on chante les tropaires
pénitentiels du Triode (comme pendant la période préparatoire).
Le canon du Triode est chanté en 6 tropaires et vient s'ajouter
aux trois canons de l'Octoèque (de la Résurrection en 4, de
la Croix et la Résurrection en 2 et de la Mère de Dieu en 2).
On chante les catavasies du Triode. Après la troisième ode,
on chante un tropaire-cathisme du Triode, et après la sixième
ode, le kondakion et l'ikos du Triode. Vient ensuite la lecture
du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après la

1. J. MEYENDDRFF, Introduction à l'étude de Grégoire Palamas, Paris, 1959,


p.152.
2. Voir: Tpuoô« nocmuas, Moscou, 1992 (réédition), p. 152 v.-154 v.
LES OFFICES DU TRIODE 209

neuvième ode, après « Saint est notre Dieu », un exapostilaire du


Triode est à ajouter à l'exapostilaire de l'évangile éothinon, Aux
laudes, nous trouvons dans le Triode 4 stichères qui s'ajoutent
aux 5 stichères de l'Octoèque, ainsi qu'un doxastikon.
Aux heures, on lit le tropaire dominical et le tropaire de la fête
et un seul kondakion, celui du Triode. De même à la liturgie, on
chante le tropaire dominical, le tropaire de la fête et le kondakion .
du Triode.
Ce dimanche, comme tous les dimanches de la quarantaine
jusqu'au cinquième inclus, on célèbre la Divine Liturgie de saint
Basile. On y prépare et consacre deux agneaux supplémentaires
pour les Présanctifiés du mercredi et du vendredi suivants.

Les samedis des défunts.

Origine.
Les deuxième, troisième et quatrième samedis de la Sainte
Quarantaine sont consacrés à la mémoire des défunts, sauf en cas
de fête d'un saint avec polyéleos (comme l'invention du chef de
saint Jean Baptiste ou celle des quarante martyrs de Sébaste). Les
typika stipulent que, si un décès est survenu pendant la quaran-
taine, il ne convient pas de le commémorer aux jours prescrits (le
troisième, le neuvième et le quarantième jour), mais de reporter
la commémoration au vendredi soir et de célébrer une liturgie
des défunts le samedi. Ils rappellent que la commémoration
habituelle des défunts reprend à partir du dimanche du renouveau,
une semaine après Pâques'. Ces rubriques reflètent une pratique
ancienne attestée par le 51 e canon du concile de Laodicée qui dit
de ne pas célébrer la mémoire des martyrs pendant la quaran-
taine, mais de les commémorer les samedis et dimanchesê, Le
grand canoniste byzantin Théodore Balsamon (v. 114Q-v. 1195)
avait déjà appliqué la commémoration des martyrs mentionnée
dans ce canon à la commémoration des défunts". De là, cette

1. Voir, par exemple, Typikon, Moscou, 1906, p. 405 v.


2. 51 e canon de Laodicée. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique
(Fonti, fasc. 9), t. i, 2, Rome, 1962, p. 151.
3. Ilpaeuna C6J/mblX nouecmnux C060P06 C mO/lK06aHWlMu, Moscou, 1880
(réimpression 2000), p. 270.
210 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

règle fut reprise par les typika de rédaction hiérosolymitaine'. En


effet, les jours de commémoration des défunts, où l'on célébrait
la liturgie et organisait des agapes, étaient plutôt des jours festifs
et ne concordaient pas avec l'esprit du jeûne-,

Déroulement.
Aux vêpres célébrées avec les Présanctifiés, au lucernaire, on
chante au total 10 stichères : l'idiomèle du Triode (deux fois),
4 stichères (en l'honneur des martyrs) de l'Octoèque suivant le
ton de la semaine, et 4 stichères du saint du Ménée. Le doxa-
stikon est l'idiomèle des défunts emprunté aux apostiches de
l'Octoèque. On chante ensuite, pour «Et maintenant », comme
tous les vendredis soir, le théotokion dogmatique de l'Octoèque
selon le ton de la semaine. Après l'entrée, on lit les lectures du
Triode, précédées de leurs prokeimena, puis on suit le dérou-
lement normal des Présanctifiés.
Aux matines, on chante 1'« Alléluia» selon le ton 2, avec les
versets des défunts (<< Bienheureux ceux que Tu as élus », « Leurs
âmes reposeront parmi les justes »), puis deux fois le tropaire
du samedi, ton 2 : «Apôtres, martyrs et prophètes », « Gloire »,
tropaire des défunts, ton 2: «Souviens-toi, Seigneur », «Et
maintenant», le théotokion: «Mère sainte». Comme tous
les samedis, on lit les cathismes 16 et 17. Après la première
stichologie, on chante les tropaires-cathismes de l'Octoèque.
Conformément aux offices pour les défunts, le cathisme 17 est
lu avec des refrains chantés et partagé en deux stances. Le prêtre
(accompagné du diacre) sort alors du sanctuaire et se dirige vers
la table des défunts (table où l'on fait brûler des cierges à la
mémoire de défunts, et où les fidèles déposent des collyves ou
autres offrandes) que le diacre encense continuellement. Après la
première stance (Ps 118, 1-93), il y a une litanie pour les défunts.
Puis on lit la deuxième stance du cathisme 17 (Ps 118,94-176),
après quoi on chante les tropaires eulogétaires pour les défunts
[« L'assemblée des saints », etc.). Pendant ce temps, le prêtre
encense toute l'église, précédé du diacre portant un cierge. Après

1. Par exemple, Typikon, Moscou, 1906, p. 405 v.


2. MAHCBETOB, Mumpononum Kunpuan 6 eeo /lumYPZU'leCKOU ôesmens-
nocmu; p. 122.
LES OFFICES DU TRIODE 211

les eulogétaires, il y a de nouveau une litanie pour les défunts,


puis le tropaire-cathisme du Triode (<< Fais reposer avec les
justes»). Le prêtre et le diacre retournent dans le sanctuaire.
On lit le psaume 50, puis on commence à chanter le canon.
Dans les églises dédiées au Seigneur ou à la Mère de Dieu, on
lit le canon de l'église (de la fête dont l'église porte le nom) en
6 tropaires et le canon du saint du Ménée en 4. Dans les églises .
dédiées à un saint, on lit les tropaires du canon du saint du Ménée
en 6 et les tropaires du canon du saint de l'église en 4. À partir de
la 6e ode, on laisse de côté le canon de l'église et on commence
par le canon du saint du Ménée en 6 tropaires en lui ajoutant les
deux tétra-odes du Triode: celui de Joseph l'Hymnographe en
4 tropaires et celui de Théodore le Stoudite en 6.
Comme catavasie après la 3e ode, on chante l'hirmos du
dernier canon; après les 6e, T", 8e et ge odes, on chante l'hirmos
du deuxième tétra-ode.
Après la 3e ode, on dit la petite synaptie habituelle, puis on
chante le kondakion, (l'ikos) et tropaire-cathisme du Ménée et
son théotokion. Après la 6e ode, durant la catavasie, le prêtre et
le diacre se rendent de nouveau devant la table des défunts. On
répète la litanie pour les défunts. Puis on chante le kondakion
des défunts (« Fais reposer avec les saints »). Pendant ce chant,
le diacre encense la table des quatre côtés, l'iconostase, le prêtre
et les fidèles. Puis les célébrants retournent au sanctuaire. À la
ge ode, on chante le Magnificat, comme d'habitude. Après la
ge ode, on dit la petite synaptie habituelle, puis les exapostilaires
et le théotokion du jour.
Aux laudes, qui sont lues, on chante 4 stichères (en l'honneur
des martyrs), un doxastikon (en l'honneur des défunts) et un
théotokion de l' Octoèque, selon le ton de la semaine. La doxologie
est lue. Aux apostiches, on chante les stichères des défunts de
l'Octoèque, selon le ton de la semaine, avec les versets pour les
défunts (« Bienheureux ceux que Tu as élus », «Leurs âmes
reposeront parmi les justes»). On lit « Il est bon de confesser
le Seigneur» une seule fois. Après le Notre Père, on chante
le tropaire du samedi, ton 2 : «Apôtres, martyrs et prophètes »,
« Gloire », le tropaire des défunts, ton 2: «Souviens-toi,
Seigneur », «Et maintenant », le théotokion : «Mère sainte »,
Puis on termine l'office des matines comme les jours ordinaires.
212 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Aux heures et à la liturgie, on lit les tropaires : « Apôtres, martyrs


et prophètes », «Gloire»: «Souviens-toi, Seigneur» et le
kondakion des défunts. À la liturgie, on chante les tropaires :
«Apôtres, martyrs et prophètes », «Souviens-toi, Seigneur »,
« Gloire»: le kondakion des défunts, «Et maintenant », le
théotokion: «En toi nous avons un rempart ». On dit les
prokeimena du samedi (« Réjouissez-vous dans le Seigneur») et
des défunts (« Leur âme reposera») et on lit l'apôtre et l'évangile
du jour et ceux des défunts.

Le deuxième dimanche : mémoire de saint Grégoire


Palamas.

Origine.
De nos jours, le deuxième dimanche de la Sainte Quarantaine
est consacré à la mémoire de saint Grégoire Palamas. Cependant,
jadis, il ne faisait l'objet d'aucune solennité particulière: c'est
le cas dans le Typikon d'Alexis le Stoudite et le Typikon sabaïte
Sin. gr. 10941• Ce n'est que dans les typika sabaïtes et les Triodes
de rédaction hiérosolymitaine, postérieurs au'XJ:V' siècle, qu'il est
prévu de faire ce jour-là cette commémoration. En effet, nous
savons que l'acolouthie grecque de saint Grégoire Palamas a
été composée par le patriarche Philothée/, sans doute peu après
la canonisation du saint en 13683 • La traduction slave de cette
acolouthie fut réalisée quelques années plus tard.
La mémoire de saint Grégoire Palamas fut instituée au deuxième
dimanche du Carême, faisant ainsi suite au dimanche de l'Ortho-
doxie, pour des raisons polémiques et doctrinales : en effet, le
décret synodal instituant sa fête à la Grande Église du Christ en
ce deuxième dimanche du Carême en février-mars 1368 précéda
la condamnation du moine anti-palamite Prochoros Kydonès
1. IIEHTKOBCKHR, Tunuxou, p. 242; Sin. gr. 1094, f. 80 r. (édité par:
Lossxv, Le Typikon byzantin, p. 254). Lire à ce sujet M. ARRANZ, «Les fêtes
théologiques du calendrier byzantin », La Liturgie, expression de la foi. Confé-
rences Saint-Serge. XXV Semaine d'études liturgiques, Rome, 1979, p. 42-43.
2. r. M. IIpOXOPOB, «K HCTOpHH JIHTYprWIecKoH rr033HH : rHMHhI H
MOJIHTBbI narpaapxa cI>HJIOlPeH KOKKHHa », TO,aPJI27 (1972), p. 144.
3. Hiéromoine MACAIRE DE SIMONOS PETRAS, Le Synaxaire, vol. 1, Thessa-
lonique, 1987, p. 515.
LES OFFICES DU TRIODE 213

en avril 1368, laquelle rangea ce dernier avec Arius, Nestorius,


Barlaam et Acindyne les autres hérétiques'. Nous savons qu'après
la victoire des hésychastes en 1351, le dimanche de l'Orthodoxie
prit un sens nouveau. On ne commémorait pas simplement la
victoire sur l'iconoclasme, mais la victoire sur toutes les hérésies,
y compris la victoire sur les adversaires des moines hésychastes.
Les décisions du concile de Blachernes (1351), où avait triomphé
renseignement de saint Grégoire Palamas, furent alors ajoutées
au Synodikon de l'Orthodoxie, qui avait sans doute été lu dans
cette nouvelle version pour la première fois le premier dimanche
du Carême de 13522 • Il apparut donc naturel de commémorer le
grand docteur hésychaste le dimanche suivant.

Déroulement.
Comme pour les dimanches de la période préparatoire, on
n'utilise que l'Octoèque et le Triode. Aux vêpres, pour le lucer-
naire, on chante 6 stichères de l'Octoèque et 4 du Triode, ainsi
qu'un doxastikon du Triode. On trouve également dans le Triode
un doxastikon et un théotokion pour les apostiches. À l'arto-
clasie, on chante trois fois « Mère de Dieu et Vierge »,
Aux matines, pour« Le Seigneur est Dieu », on chante deux fois
le tropaire dominical et le tropaire du saint, suivis du théotokion
dominical. Après le psaume 50, on chante les tropaires pénitentiels
du Triode (comme pendant la période préparatoire). On chante
le canon de la Résurrection dans l'Octoèque en 4 tropaires, le
premier canon du Triode en 4 et le deuxième canon du Triode (du
saint) en 6. On chante les catavasies de la Mère de Dieu (« Ma
bouche s'ouvrira », comme préparation à l'Annonciation). Après
la troisième ode, on chante le kondakion du Triode et un tropaire-
cathisme du Triode. Après la sixième ode, le kondakion et l'ikos
du saint dans le Triode. Vient ensuite la lecture du Synaxaire
attribué à Nicéphore Calliste Xanthopoulos, mais qui ne peut être
de lui, décédé en 1335, soit une vingtaine d'années avant saint
Grégoire Palamas. Après la neuvième ode, après « Saint est notre

1. J. DARROUZÈS, Les Regestes des Actes du Patriarcat de Constantinople,


vol. 1, fasc. V, Paris, 1977, n° 2540-2541, p. 453-454. Voir également: KAPA-
BHHOB, Ilocmuas Tpuoôs; p. 50.
2. MEYENDORFF, Introduction à l'étude de Grégoire Palamas, p. 152.
214 LE TYFIKON DÉCRYPTÉ

Dieu », un exapostilaire du Triode est à ajouter à l'exapostilaire


de l'évangile. Aux laudes, on chante 5 stichères de l'Octoèque et
4 stichères du Triode.Le dernier stichère du Triode, un idiomèle,
est repris comme doxastikon.
À toutes les heures, on lit le tropaire dominical et le tropaire
du saint. On lit les deux kondakia du Triode par alternance: le
premier à prime et sexte; le second (du saint) : à tierce et none.
Ce dimanche, comme tous les dimanches de la quarantaine
jusqu'au cinquième inclus, on célèbre la Divine Liturgie de
saint Basile. On y prépare et consacre deux agneaux supplémen-
taires pour les Présanctifiés du mercredi et du vendredi suivants.
Après l'entrée, on chante le tropaire dominical [le tropaire de
l'église si celle-ci est consacrée à la Mère de Dieu ou un saint],
[le kondakion de l'église si celle-ci est consacrée à un saint], le
tropaire de saint Grégoire, le kondakion de saint Grégoire et le
premier kondakion du Triode [si l'église est consacrée à la Mère
de Dieu, on chante d'abord le premier kondakion du Triode, puis
celui de saint Grégoire, et enfin celui de l'église]. On chante les
prokeimena du ton et du saint, et on fait deux lectures de l'Apôtre
et de l'Évangile: du dimanche et du saint. On chante le koino-
nikon du dimanche et du saint.

Le troisième dimanche: vénération de la Croix.

Origine.
Le troisième dimanche de la Sainte Quarantaine est consacré
à la vénération de la vivifiante Croix qui est liée au déplacement,
au dimanche, de la vénération de la Croix à la mi-Carême le
mercredi de la quatrième semaine. Selon l'ancienne tradition de
Constantinople, on inscrivait ce dimanche-là les catéchumènes
qui allaient être baptisés à Pâques, accompagnés de leur parrain.
La tradition byzantine a concervé jusqu'à nos jours l'usage de
prier pour « ceux qui se préparent à la sainte illumination» lors
d'une litanie spéciale ajoutée au déroulement des Présanctifiés,
après la litanie pour les catéchumènes, à partir de la semaine qui
suit le dimanche de la Croix 1• Ce mercredi marque le milieu de
1. M. ARRANz, « Les sacrements de l'ancien Euchologe constantinopolitain
4. IIIe partie: Préparation au baptême », OCP 50 (1984), p. 47-49.
LES OFFICES DU TRIODE 215

la Sainte Quarantaine. Selon Nicéphore Calliste Xanthopoulos


dans son synaxaire, la Croix nous est présentée comme réconfort
et encouragement dans notre progression à travers la Sainte
Quarantaine et nous annonce l'approche de la Passion et de la
Résurrection du Seigneur'.
Témoin de la tradition monastique constantinopolitaine, le
Typikon d'Alexis le Stoudite prévoyait que la Croix que l'on
avait sortie du skevophylakion (sacristie) après la lecture des
cathismes aux matines, demeure sur la sainte Table jusqu'à la
fin de la neuvième ode. C'est alors qu'elle était solennellement
placée pour sa vénération sur une petite table devant les portes
saintes. Après le « Notre Père» à la fin des matines, on chantait
le tropaire « Devant ta Croix» et on vénérait la Croix",
Dans la tradition néo-sabaïte, aux vigiles dominicales, les
matines se terminent par la grande doxologie dans sa rédaction
constantinopolitaine. C'est alors, pendant le chant du Trisagion
final, que la Croix est portée solennellement, en procession, de
l'autel où elle a été placée au début des vigiles, au milieu de
l'église où elle sera vénérée par le clergé et les fidèles'.

Déroulement.
Après la neuvième heure, avant le début des vigiles, le prêtre
va chercher dans la sacristie la Croix qui a été ornée de fleurs et
l'emmène dans le sanctuaire, précédé du diacre qui l'encense,
pendant que les clercs chantent le tropaire et le kondakion de la
Croix, et la place sur l'autel. On allume devant elle un cierge.
Notons que de nos jours, dans les paroisses, la Croix est le plus
souvent transportée de la prothèse à l'autel.
Comme pour les dimanches de la période préparatoire, on
n'utilise que 1'0ctoèque et le Triode. Aux vêpres, pour le lucer-

1. Voir Hiéromoine MACAIRE (G. BONNET), « Le mystère de la croix dans


le Carême orthodoxe », Irénikon 52 (1979), p. 34-53 et 200-213 ; M. ARRANz,
« Les fêtes théologiques du calendrier byzantin », La Liturgie, expression de la
foi. Conférences Saint-Serge. XXV Semaine d'études liturgiques, Rome, 1979,
p.43-46.
2. IIEHTKOBCKMM, TUnUKOH, p. 242.
3. Voir Sin. gr. 1094, f. 80 v. (édité par: LoSSKY, Le Typikon byzantin,
p. 255). Comparer avec: Typikon, Moscou, 1906, p. 72 v.-73 (office de l'Exal-
tation), 160 v.-161 (office du 1er août), 429-429 v. (3e dimanche du Carême).
216 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

naire, on chante 6 stichères de l' Octoèque et 4 du Triode, ainsi


qu'un doxastikon du Triode. On trouve également dans le Triode
un doxastikon et un théotokion pour les stichères de la litie et les
apostiches. À l'artoclasie, on chante deux fois « Mère de Dieu et
Vierge », puis une fois le tropaire de la Croix, « Sauve, Seigneur,
ton peuple ».
Aux matines, pour« Le Seigneur est Dieu », on chante deux fois
le trop aire dominical puis le tropaire de la croix suivi du théotokion
dominical. Le psaume 50 est suivi des tropaires pénitentiels du
Triode (comme pendant la période préparatoire). On chante le
canon de la Résurrection dans l'Octoèque en 4 tropaires, de la
Mère de Dieu (de l' Octoèque) en 2 et le canon du Triode, attribué
à saint Théodore le Stoudite, en 8. Notons que ce canon a les
mêmes hirmi que le canon pascal, et c'est pourquoi, dans de
nombreux endroits, il est chanté sur ce modèle', On chante les
catavasies indiquées dans le Triode. Après la troisième ode, on
chante les tropaires-cathismes du Triode. Après la sixième ode,
le kondakion et l'ikos de la Croix, dans le Triode. Vient ensuite la
lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après
la neuvième ode, après «Saint est notre Dieu », un exapostilaire
du Triode est à ajouter à l' exapostilaire de l'évangile. Aux laudes,
on chante 4 stichères de l'Octoèque et les stichères du Triode en
5. Le dernier stichère du Triode, un idiomèle, est repris comme
doxastikon. Pendant le chant des laudes, celui qui préside l'office
revêt tous ses vêtements sacerdotaux (comme pour la célébration
de la Divine Liturgie). Pendant le chant de la grande doxologie,
il encense (accompagné du diacre) la Croix posée sur l'autel
de chaque côté, à trois reprises. Pendant le chant du Trisagion
final, il prend la Croix sur sa tête, sort en procession par la porte
diaconale nord et s'arrête devant les portes saintes qui sont
ouvertes. Le Trisagion ayant été chanté, il prononce: « Sagesse !
Tenons-nous droit ! » Le chœur chante trois fois le tropaire de
la Croix. Pendant ce temps, le célébrant porte la Croix jusqu'au
milieu de l'église où elle est placée sur une table ou un lutrin.
Il encense de nouveau la Croix des quatre côtés à trois reprises.

1. B. TAJIMH, « 0 neaaa Ha yrpene aenena KpeCTOrrOKJIOHHO:Ü HpMOCOB


rraCXaJIbHOrO KaHOHa », )/(M1I3 (1968), p. 74-76 ; H.)l;. YcrrEHcKHM, « Ente
HeCKOJIbKO CJIOB 0 neaaa Ha yrpeae aeneaa KpeCTOrrOKJIOHHO:Ü HpMOCOB
rraCXaJIbHOrO KaHOHa », )/(M1I2 (1969), p. 75-79.
LES OFFICES DU TRIODE 217

Puis le clergé chante trois fois le tropaire : «Devant Ta Croix,


nous nous prosternons, ô Maître... », repris par le chœur. A tour
de rôle, chacun vient alors s'incliner trois fois devant la Croix et
la vénérer. Pendant ce temps, le chœur chante les stichères prévus
dans le Triode. Puis on termine les matines comme d'habitude.
Aux heures, on lit le tropaire dominical et le tropaire de la
Croix, et le kondakion de la Croix.
.Comme tous les dimanches de la quarantaine jusqu'au
cinquième inclus, on célèbre la Divine Liturgie de saint Basile.
Après l'entrée, on chante le tropaire dominical, le tropaire de la
Croix et le kondakion de la Croix. On chante le prokeimenon de
la Croix.

Vénération de la Croix pendant la quatrième semaine.

Origine.
De nos jours, la croix reste au milieu de l'église, ou encore
du côté droit, devant l'iconostase, jusqu'au vendredi suivant.
TI est prévu de la vénérer solennellement à trois autres reprises
I?endantla semaine qui suit: le lundi, le mercredi et le vendredi.
A la première heure, la prière psalmique «Dirige mes pas»
est remplacée par le tropaire «Devant Ta Croix », Pendant ce
temps, le prêtre sort du sanctuaire par les portes saintes, encense
la Croix des quatre côtés à trois reprises. Puis on vient vénérer la
Croix pendant le chant des stichères prévus pour sa vénération à
la fin des matines du troisième dimanche. Au lieu du kondakion
habituel, on chante le kondakion de la Croix. Le vendredi, il est
prévu de vénérer la Croix à la fin des typiques, juste avant qu'elle
ne soit ramenée au sanctuaire.
Dans l'ancienne tradition stoudite, la Croix ne demeurait pas
en permanence au milieu de l'église. Il était prévu de faire, après
les matines dominicales, une procession avec la Croix autour du
monastère, après quoi celle-ci était de nouveau rangée au skevo-
phylakion (sacristie). Elle était sortie quotidiennement les autres
jours de la semaine, du lundi au vendredi, pour être vénérée à
la fin de la neuvième heure, puis elle était rangée de nouveau à
218 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

chaque fois 1. C'est de cet antique usage qu'est restée jusqu'à nos
jours la vénération solennelle de la Croix les lundi, mercredi et
vendredi de la quatrième semaine.

Particularités de l'office des lundi, mercredi et vendredi.


Outre cette vénération solennelle de la Croix le lundi, le
mercredi et le vendredi de la quatrième semaine, l'office comporte
une autre particularité le mercredi et le vendredi. L'office du saint
du Ménée est reporté à l'apodeipnon et remplacé par un office
à la Croix. Le mardi soir, aux vêpres, au lucernaire, on chante
6 stichères et un stichère pour «Gloire... Et maintenant... »
tirés du Triode. Toutefois, le jeudi soir, après les 3 stichères du
Triode, on chante les 3 stichères du saint du Ménée, même si
son canon n'est pas lu aux matines. Aux matines, on chante un
canon composé de neuf odes pour la Croix (celui du mercredi
est différent de celui du vendredi), auquel viennent s'ajouter les
deux tri-odes. Après la 3e ode, on chante les tropaires-cathismes
de la Croix (du Triode). Après la 6e ode, le kondakion et l'ikos de
la Croix. Après la ge ode, après le photagogikon du ton, l'exapos-
tilaire de la Croix.

Quatrième dimanche: mémoire de saint Jean Climaque.

Origine.
Dans les éditions actuelles du Triode, il est prévu pour le
quatrième dimanche de la Sainte Quarantaine de faire mémoire
de saint Jean Climaque. Dans certains manuscrits, on peut trouver
une rubrique dans les ménologes expliquant que l'office de saint
Jean Climaque est reporté du jour de sa mémoire, le 30 mars,
au quatrième dimanche de la Sainte Quarantaineê, Dans l'esprit
du 51e canon du concile de Laodicée, on a sans doute voulu
déplacer cette commémoration qui tombait toujours pendant la

1. IIEHTKOBCKHf!, TunUKOH, p. 243 ; voir MAHCBETOB, I{epKo6HblU ycmae;


p.l44.
2. C'est le cas, par exemple, dans le Psautier suivi du métropolite Cyprien
édité par nos soins. KHTIPHAH, Ilcanmups c eoccneôoeanueu, f. 242.
LES OFFICES DU TRIODE 219

Sainte Quarantaine à un dimanche afin de la solenniser'. Saint


Jean Climaque, un auteur ascétique de la seconde moitié du
VIe siècle, ayant une place majeure dans la tradition byzantine,
était particulièrement chéri par les moines hésychastes qui ont
sans doute voulu solenniser sa mémoire à partir du XIve siècle.
Il est intéressant de noter que le Typikon d'Alexis le Stoudite ne
mentionnait pas encore cette solennitéê. Nous avons déjà noté
que la lecture de L'Échelle de saint Jean Climaque est prévue
aux heures pendant la Sainte Quarantaine, ce qui explique que
la célébration de ce saint n'est pas étrangère à cette période de
l'année.

Déroulement.
Comme pour les dimanches de la période préparatoire, on
n'utilise que l'Octoèque et le Triode. Aux vêpres, pour le lucer-
naire, on chante 7 stichères de l'Octoèque et 3 du Triode, ainsi
qu'un doxastikon du Triode. On trouve également dans le Triode
un doxastikon et un théotokion pour les apostiches. À l'arto-
c1asie, on chante trois fois « Mère de Dieu et Vierge ».
Aux matines, pour « Le Seigneur est Dieu », on chante deux
fois le tropaire dominical puis le tropaire du saint suivi du
théotokion dominical. Après le psaume 50, on chante les tropaires
pénitentiels du Triode (comme pendant la période prépara-
toire). On chante le canon de la Résurrection dans l'Octoèque
en 4 tropaires, de la Mère de Dieu (de l' Octoèque) en 2 et le
premier canon du Triode (un ancien canon, sur le thème du Bon
Samaritain - thème de l'évangile lu anciennement à Jérusalem
pour ce dimanche) en 4 et le deuxième canon du Triode (du saint)
en 4. Les catavasies sont celles de la Mère de Dieu (« Ma bouche
s'ouvrira »). Après la troisième ode, on chante les tropaires-
cathismes du Triode. Après la sixième ode, le kondakion et l'ikos

1. Le 51e canon de Laodicée ordonne de ne pas célébrer la mémoire des


martyrs pendant la quarantaine, mais de les commémorer les samedis et diman-
ches. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique (Fonti, fasc. 9), t. J, 2,
Rome, 1962, p. 151.
2. IIEHTKOBCKHM, Tunuxou, p. 243, 340; voir KAPABHHOB, Ilocmnas
Tpuoôs, p. 50 ; M. ARRANz, « Les fêtes théologiques du calendrier byzantin »,
La Liturgie, expression de la foi. Conférences Saint-Serge. XXV Semaine
d'études liturgiques, Rome, 1979, p. 47.
220 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

du saint dans le Triode. Vient ensuite la lecture du Synaxaire de


Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après la neuvième ode, après
« Saint est notre Dieu », un exapostilaire du Triode est à ajouter
à l'exapostilaire de l'évangile. Aux laudes, on chante 8 stichères
de l'Octoèque et un stichère idiomèle du Triode, qui est repris
comme doxastikon.
Aux heures, on lit le tropaire dominical et le tropaire du saint
et les kondakia dominicaux et du saint alternativement.
Ce dimanche, comme tous les dimanches de la quarantaine
jusqu'au cinquième inclus, on célèbre la Divine Liturgie de saint
Basile. On y prépare et consacre trois agneaux supplémentaires
pour les Présanctifiés du mercredi, du jeudi (à cause du Grand
Canon) et du vendredi suivants. Après l'entrée, on chante le
tropaire dominical [le tropaire de l'église si celle-ci est consacrée
à la Mère de Dieu ou un saint], le tropaire du saint, le kondakion
du saint et le kondakion dominical [si l'église est consacrée à la
Mère de Dieu, on chante d'abord le kondakion dominical, puis
celui du saint, et enfin celui de l'église ; si elle est consacrée à
un saint, on chante les kondakia : dominical, de l'église, du saint
et de la Mère de Dieu]. On chante les prokeimena du ton et du
saint, et on fait deux lectures de l'Apôtre et de l'Évangile: du
dimanche et du saint. On chante le koinonikon du dimanche et
du saint.

Le jeudi du Grand Canon.

Origine.
Une solennité importante de la Sainte Quarantaine est le jeudi
du Grand Canon, pendant la cinquième semaine, déjà attestée par
le Typikon d'Alexis le Stoudite'. Selon I. Karabinov, la lecture du
Grand Canon aurait été fixée au xr siècle à la cinquième semaine
du Carême, sans doute en mémoire d'un tremblement de terre qui
serait survenu à Constantinople sous Constantin VI, le 17 mars
790 2. Cela explique peut-être que le Typikon de la Grande Église
ne le mentionne pas. Notons que l'usage de chanter le Grand

1. IIEHTKOBCKHfI, TunUKOH, p. 243-244.


2. KAPABHHOB, Ilocmnas Tpuoôs, p. 34-35.
LES OFFICES DU TRIODE 221

Canon le jeudi de la cinquième semaine est plus ancien que celui


de le chanter pendant la première semaine.

Déroulement.
Le mercredi, aux Présanctifiés, il est prévu de chanter au lucer-
naire, en plus des 6 stichères habituels du Triode, les 24 stichères
du Grand Canon attribués à saint André de Crète dans les Triodes
slaves, mais qui furent composés par Syméon Métaphraste au
xe siècle comme l'indique le Triode grec. Ces stichères qui
suivent les 24 lettres de l'alphabet grec se terminent par la phrase :
« Seigneur, afin que je ne périsse avant la fin, sauve-moi ! » Puis
on poursuit la célébration des Présanctifiés selon le déroulement
habituel.
Après le congé des Présanctifiés, le Typikon prescrit de
manger au réfectoire des aliments bouillis avec de l' huile et de
boire du vin« à cause de l'effort de la vigile du Grand Canon' ».
Le Typikon d'Alexis le Stoudite prévoyait la même chose'.
À cause de l'effort à venir, le petit apodeipnon est lu en cellule.
Si l'Annonciation tombe le jeudi de la cinquième semaine,
l'office du Grand Canon est anticipé au mardi ou au lundi soir.
Les matines qui sont généralement célébrées le mercredi
soir ou dans la nuit de mercredi à jeudi suivent le déroulement
d'un «office avec Alléluia », Elles débutent par l'office royal
et l'hexapsalme. Après l'hexapsalme, on dit la grande litanie et
on chante « Alléluia » selon le ton de la semaine et les tropaires
triadiques.
Puis on lit une seule stichologie du Psautier (cathisme 8).
Notons que la répartition du Psautier est particulière pour la
cinquième semaine de la Sainte Quarantaine. Après la stichologie,
on chante les tropaires-cathismes de l'Octoèque dans le ton de la
semaine. On lit alors la première moitié de la Vie de sainte Marie
l'Égyptienne, attribuée à saint Sophrone de Jérusalem. Puis on
lit le psaume 50 (précédé par: Kyrie, eleison, 3 fois, Gloire ... Et

1. Triode, Moscou, 1992, p. 394 v. Rubrique à comparer avec le Sin. gr.


1094, f. 81 v. (édité par: LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 257).
2. llEHTKOBCKHfI, Tunuxon, p. 243-374.
222 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

maintenant... ). Exceptionnellement, on ne dit pas ce jour-là la


prière « Sauve, ô Dieu, ton peuple »,
On commence alors à chanter le Grand Canon, en omettant les
cantiques bibliques. Le Triode a ajouté à chaque ode du Grand
Canon des tropaires en l'honneur de sainte Marie l'Égyptienne et
un tropaire en l' honneur de saint André de Crète. Les tropaires du
Grand Canon sont précédés du verset: « Aie pitié de moi, ô Dieu,
aie pitié de moi ! » et devraient normalement être accompagnés
de trois grandes métanies ; ceux de sainte Marie l'Égyptienne:
« Vénérable Mère Marie, prie Dieu pour nous ! » ; ceux de saint
André : « Vénérable Père André, prie Dieu pour nous ! » De plus,
à la 4e, ge et ge ode, on fait précéder le Grand Canon par deux tri-
odes. On utilise comme refrain pour ceux-ci: « Saints apôtres,
priez Dieu pour nous! » À chaque ode, on chante l'hirmos du
Grand Canon. Ces hirmi servent également de catavasie à la fin
de la 3e, 6e, ge et ge ode.
Après la troisième ode, il y une petite synaptie, et on chante
les tropaires-cathismes du Triode. Puis on lit la deuxième moitié
de la Vie de sainte Marie l'Égyptienne. Après la sixième ode,
petite synaptie, et kondakion du Triode, attribué à saint Romain
le Mélode : « Ô mon âme, ô mon âme », avec son ikos. On lit
ensuite le synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos et les
Béatitudes accompagnées de métanies et de leurs tropaires.
À la neuvième ode, on chante le Magnificat avec comme refrain:
« Plus vénérable que les chérubins ». Après la neuvième ode, il y
a une petite synaptie puis le photagogikon triadique selon le ton
de la semaine.
Dans l'esprit du Triode, l'office s'achève comme un office
ordinaire de Carême. Le Grand Canon s'insère, en effet, dans
la structure de l'office ordinaire avec Alléluia où l'on omet les
odes bibliques pour des raisons pratiques. On lit donc les laudes
dans la recension hiérosolymitaine (« Louez le Seigneur du haut
des cieux ») ainsi que la doxologie dans sa rédaction hiéroso-
lymitaine. Le diacre dit la litanie des demandes, puis on chante
les apostiches du Triode. La prière psalmique : «Il est bon de
confesser le Seigneur» est lue exceptionnellement une seule
fois. Après le Notre Père, on lit le tropaire : «Debout dans le
temple de ta gloire », Dans certains endroits, exceptionnellement,
le diacre dit l'ecténie. Après l'ecphonèse du prêtre, il existe des
LES OFFICES DU TRIODE 223

pratiques diverses : certains disent la prière de saint Éphrem avec


16 métanies, d'autres avec seulement 3 métanies, d'autres encores
la suppriment ce jour-là, ce qui est erroné si l'on tient compte de
l'esprit du Triode. Il en est de même à la fin de chaque heure. Il
s'agit là de pratiques diverses, voulant compenser avec le nombre
de métanies effectué pendant le Grand Canon. Le Typikon ne
précisant rien à ce sujet semble renvoyer à la pratique courante en
Carême. On lit ensuite la première heure.
Les heures sont lues «rapidement, à cause de l'effort de
l'agrypnie ». Les tropaires sont lus, avec les stichologies prévues
pour la cinquième semaine. Au lieu des kondakia de l'Horo-
logion, on dit le kondakion du Grand Canon (« Ô mon âme »).
Aux typiques, les Béatitudes sont lues. On dit le kondakion
du Grand Canon (« Ô mon âme »). Les typiques se terminent de
la manière habituelle avant les présanctifiés : « Kyrie, eleison»
(40 fois), et la prière: «Toute sainte Trinité », Puis le congé:
« Sagesse! » - « Il est digne en vérité ... » ; «Très sainte Mère
de Dieu sauve-nous ! » - « Plus vénérable que les Chérubins» ;
«Gloire à Toi, ô Christ Dieu, notre espérance, gloire à Toi »,
etc.
On célèbre exceptionnellement les Présanctifiés le jeudi de la
cinquième semaine à cause du Grand Canon. Leur déroulement
demeure cependant habituel.
Au repas, il est permis de consommer de l'huile et du vin «à
cause de l'effort de l'agrypnie », Notons qu'au Mont Athos on
sert seulement du vin ce jour-là.

Le samedi de l'Acathiste.

Origine.
Une autre solennité importante de la Sainte Quarantaine est le
samedi de l'Acathiste qui clôt la cinquième semaine. Son origine
n'est pas très claire, tout comme d'ailleurs l'origine de l'Aca-
thiste', Dans sa forme, ce dernier est un exemple de kondakion,

1. Sur l'origine de cette solennité, nous résumons ici l'enquête de KAPA-


BHHOB,Ilocmuas Tpuoôs; p. 35-50. Sur l'origine de l' acathiste, lire E. WELLESZ,
The Akathistos Hymn (« Monumenta musicae Byzantinae, Transcripta » 9),
Copenhague, 1957.
224 LE TYPIKüN DÉCRYPTÉ

une forme hymnographique comprenant 24 strophes poétiques,


dont chacune commence par une lettre de l'alphabet grec. A ce
propos, le premier kondakion (« À Toi Guide invincible de nos
armées») ne correspond pas à la lettre A (laquelle correspond au
premier ikos, « L'ange se tenant devant... »), et par conséquent,
pourrait avoir été ajouté à l' acathiste ultérieurement. Ce kondakion
fait allusion à la libération, par l'intercession de la Mère de Dieu,
de Constantinople d'un danger (« moi, ta cité, libérée du danger,
t'offre, ô Mère de Dieu, l'action de grâces... ).
Selon le Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos, la
solennité du samedi de la cinquième semaine aurait été instituée
en lien avec la libération de Constantinople de l'occupation
perse et arabe en 626, à l'époque de l'empereur Héraclius et
du patriarche Serge, puis en 672-78 et en 716. Selon le « Récit
sur l'Acathiste » contenu dans certains Triodes, cette solennité
serait associée à la libération de 626. D'après la Chronique de
G. Amartolos, l'Acathiste correspondrait à celle de 678 1• Mais
selon diverses chronologies, cette libération aurait eu lieu en
juillet ou en août, et par conséquent, le lien avec la solennité de la
cinquième semaine n'est pas évident. A. Papadopoulos-Kerameus
pense que cette solennité aurait pour origine la libération de
Constantinople de l'occupation des Slaves en 860, à l'époque
du patriarche Photiosê. Mais de nouveau, selon les chronologies,
cette occupation aurait eu lieu en juin et ne coïncide pas avec la
période du Triode. En 1904, P. von Winterfield a découvert une
traduction latine de l'Acathiste, datée du IXe siècle, qu'il attribue
à saint Germain de Constantinople et relie à la libération de
Constantinople en 717 3 •
Selon K. Krumbacher et P. Maas, le premier kondakion et le
premier ikos de l'Acathiste se retrouvent dans un kondakion de
Romain le Mélode" (v-vr siècle) sur le chaste Joseph, alors que
le refrain de l' Acathiste (« Réjouis-toi, épouse inépousée ») se
retrouve dans un kondakion de Romain le Mélode pour l'Annon-

1. PO 110, 893.
2. A. ~OIIYJIO-KEPAMEBC, «AKa$HcT Boxrnen Marepa », BU3aH-
muûcxuü Bpe.MeHHUK (1903), p. 357.
3. P. DE MEESTER,« L'imno acatisto », Bessarione 81 (1904), p. 213.
4. Sur Romain le Mélode et le kondakion, lire J. VAN ROSSUM, « Romanos
le Mélode et le "Kontakion" », L'Hymnographie. Conférences Saint-Serge.
46e Semaine d'Études liturgiques, Rome, 2000, p. 93-104.
LES OFFICES DU TRIODE 225

ciation. Par conséquent, selon P. Maas, l'hymne acathiste serait


bien plus ancienne que les diverses occupations de Constantinople
que nous venons de mentionner', D'ailleurs, le contenu de l'Aca-
thiste ne fait pas allusion à ces événements, mais résume en fait
la vie du Christ, ce qui fait dire à Karabinov que l'Acathiste a
été écrit pour glorifier non pas la Mère de Dieu, mais le Christ
Sauveur en lien avec son incarnationê, En effet, on y fait expli-
citement mention de l'Annonciation et du cycle de la Nativité
du Christ. Par ailleurs, le premier kondakion actuel de l' Aca-
thiste est aussi le kondakion pour la fête de l'Annonciation. C'est
pourquoi Karabinov considère, à la suite de P. Maas, l'origine de
la solennité du samedi de la cinquième semaine en lien avec un
report de la fête de l' Annonciation",Nous savons que, dans l'esprit
du 51 e canon du concile de Laodicée (v. 365), il ne convenait
pas de célébrer les fêtes pendant la quarantaine, et par consé-
quent, on devait les reporter au samedi ou au dimanche suivant',
Ce n'est que le concile in Trullo (692) qui a décidé de célébrer
l'Annonciation le jour même (25 mars)", À partir de ce moment,
la solennité du samedi de l' Acathiste devint un doublet de la
fête de l'Annonciation, et on aurait chercher à la justifier dans
les textes byzantins tardifs par la délivrance de Constantinople
de divers envahisseurs, comme l'a fait par exemple Nicéphore
Calliste Xanthopoulos dans son Synaxaire.
Selon Karabinov, la fête de l'Acathiste aurait en fait coïncidé
avec la fin de la guerre d' Héraclius contre les Perses: les
négociations de paix commencèrent la veille de l'Annonciation,
le 24 mars 628. La fin de la guerre, dans l'esprit des Byzantins,
était indubitablement liée à l'intercession de la Mère de Dieu,
protectrice de la capitale byzantine où la fête de l'Annonciation

1. P. MAAS, «Recension sur l'article de P. De Meester "L'imno acatisto" »,


Byzantinische Zeitschrift 14 (1905), p. 645.
2. KAPABHHOB, IIocmHQJI Tpuoôs; p. 40, 42.
3. Ibid., p. 44; MAAS, «Recension sur l'article de P. De Meester "L'imno
acatisto" », Byzantinische Zeitschrift 14 (1905), p. 647.
4. P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique (Fonti, fasc. 9), t. I, 2, Rome,
1962, p. 151.
5. Le canon 52 du concile in Trullo affirme en effet: «Les jours de la
Sainte Quarantaine, à l'exception des samedis et des dimanches et du saint
jour de l'Annonciation, on ne peut célébrer de liturgie autre que celle des Dons
Présanctifiés» (P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique [Fonti, fasc. 9], t. I,
l, Rome, 1962, p. 189).
226 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

avait été instituée pour la première fois. Lorsque le concile in


Trullo eut autorisé la célébration de l'Annonciation à une date
fixe, on conserva pour la solennité du samedi de l'Acathiste la
mémoire de la délivrance de Constantinople. Ce samedi, qui
jadis était toujours celui de la quarantaine qui suivait le 25 mars,
fut fixé, après le XIe siècle, au cinquième samedi de la quaran-
taine, peut-être à cause d'un tremblement de terre survenu à
Constantinople en 790, à l'origine par ailleurs de la solennité
du jeudi de la cinquième semaine'. Selon Arranz, la solennité
de l'Acathiste serait antérieure à celle du Grand Canon parce
qu'elle est attestée dans le Typikon de la Grande Église2 • Malgré
toutes ces explications, rien n'empêche que la commémoration
de plusieurs libérations de Constantinople par l'intercession de la
Mère de Dieu ait été solennisée en utilisant cette hymne ancienne
de l'Annonciation et en lui ajoutant le kondakion « À toi Guide
invincible ... »

Déroulement.
Le vendredi, aux Présanctifiés, il est prévu de chanter au lucer-
naire 10 stichères : l'idiomèle du Triode deux fois, 1 martyrikon
et 3 stichères en l'honneur de la Mère de Dieu (répétés pour
qu'il y en ait 7). Pour « Gloire ... Et maintenant », on chante le
théotokion du Triode 3• La suite du déroulement des Présanctifiés
est habituel. Au réfectoire, le vin est autorisé.
Selon le Typikon sabaïte, l'Acathiste est chanté en quatre
parties aux matines qui sont généralement célébrées le vendredi
soir. Il faut savoir, toutefois, que selon le nouveau typikon de la
Grande Église de Constantinople, l'Acathiste est chanté au petit
apodeipnon le vendredi soir.
Aux matines, on chante « Le Seigneur est Dieu» et trois fois
le tropaire de la Mère de Dieu, contenu dans le Triode. Après la
première stichologie et la petite synaptie, on chante le tropaire-

1. KAPABMHOB, Ilocmuas Tpuoôs; p. 44-45, 49-50, 34-35.


2. M. ARRANz, « Les fêtes théologiques du calendrier byzantin », La Liturgie,
expression de la foi. Conférences Saint-Serge. XXV Semaine d'études liturgi-
ques,Rome,1979,p.47-48.
3. Signalons que ces trois stichères au lucernaire sont les mêmes que pour
la fête de l'Annonciation (voir Ménée, le 25 mars), de même que le théotokion
que l'on retrouve aux laudes de l'Annonciation.
LES OFFICES DU TRIODE 227

cathisme du Triode. Puis on commence la première partie de


l'Acathiste (ikos l-kondakion 4). Au début et à la fin de chaque
partie, on prononce le kondakion « À toi, Guide invincible de nos
armées », Après la deuxième stichologie et la petite synaptie, suit
la deuxième partie de l'Acathiste (ikos 4-kondakion 7). Après le
psaume 50, on exécute le canon du saint de l'église en 6 tropaires
et le canon du Triode en l'honneur de la Mère de Dieu en 6, dont
l'acrostiche est: « Réceptacle de la grâce, à Toi seule convient de
te réjouir », (Si l'église est dédiée à la Mère de Dieu, on chante
le canon de la Mère de Dieu en 12.) Après la troisième ode et
la petite synaptie, vient la troisième partie de l'Acathiste (ikos
7-kondakion 10), puis le tropaire-cathisme du Triode. Après la
sixième ode et la petite synaptie, on chante la quatrième partie
de l'Acathiste (ikos IO-kondakion 13). Vient ensuite la lecture
du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après la
neuvième ode et la petite synaptie, on chante l'exapostilaire
du Triode. Aux laudes qui sont chantées (« Que tout souffle»),
on entonne les 4 stichères du Triode, avec leur théotokion, et
la grande doxologie (dans sa rédaction constantinopolitaine).
Après les litanies a lieu le congé. Aux heures, on lit le tropaire
et le kondakion du Triode. Ce jour-là, comme tous les samedis
de la Sainte Quarantaine, on célèbre la liturgie de saint Jean
Chrysostome. On chante le tropaire et le kondakion du Triode.
Le prokeimenon, l'Alléluia et le koinonikon du Triode sont en
l'honneur de la Mère de Dieu. Il y a, par contre, deux lectures de
l'Apôtre et de l'Évangile: du samedi et de la Mère de Dieu. Dans
l'ordo grec, tout comme dans l'ordo russe, l'office du samedi de
l'Acathiste est très solennisé et les mélodies ornées.

L'occurrence de la fête de l'Annonciation


pendant la quarantaine.

Comme nous l'avons vu, c'est le concile in Trullo (692) qui a


décidé de célébrer l'Annonciation le jour même (25 mars)'. Cette
décision entraîna la rédaction d'une série de chapitres de Marc
(voir Ménée ou Typikon au 25 mars) pour résoudre ce problème

1. Voir le canon 52 du concile in Trullo: P.-P. JOANNOU, Discipline générale


antique (Fonti, fasc. 9), t. J, i, Rome, 1962, p. 189.
228 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

d'incidence très compliqué dont nous allons maintenant décrire


les trois cas de figure les plus courants. Il est toutefois indispen-
sable de bien étudier les chapitres de Marc dans le détail pour les
divers cas d'incidences avec les solennités du Triode.
1) Si le 25 mars tombe un jour de semaine pendant la quaran-
taine, du mardi au vendredi, la veille, aux vêpres, on chante au
lucernaire, s'il y a des Présanctifiés, 10 stichères: l'idiomèle
(deux fois) puis les 3 stichères du Triode, puis les 3 stichères
de la fête dans le Ménée (en 5), «Gloire... Et Maintenant... »,
suivi du théotokion du Ménée. S'il n'y a pas de Présanctifiés,
on a au lucernaire 8 stichères : 3 stichères du Triode, puis les
3 stichères de la fête dans le Ménée (en 5) suivis du théotokion
du Ménée. Après l'entrée, on dit les prokeimena du Triode et on
ajoute aux deux lectures du Triode les trois prophéties du Ménée.
On poursuit alors, selon le schéma habituel, les Présanctifiés. S'il
n'y a pas de Présanctifiés, à la fin des vêpres on chante le tropaire
de la fête, on dit l'ecténie et la prière de saint Éphrem une seule
fois avec 3 prosternations.
L'agryJ?niede la fête est constituée du grand apodeipnon et des
matines. A l'apodeipnon, après le premier trisagion, on chante le
tropaire de la fête au lieu des tropaires de l'Horologion. Après
le deuxième Trisagion, on chante le kondakion de la fête au lieu
des tropaires de l'Horologion. Après la doxologie ont lieu la
litie et l'artoclasie (voir stichères dans le Ménée), après quoi on
enchaîne avec l'hexapsalme de l'office des matines.
Après la première stichologie, on chante immédiatement, sans
petite synaptie, les deux tropaires-cathismes du Triode. Après les
deuxième et troisième stichologies, on dit la petite synaptie et on
chante le tropaire-cathisme du Ménée. Puis a lieu le polyéleos.
Après celui-ci, viennent les tropaires-cathismes du Ménée, la
première antiphone de l'anavathmi du ton 4, le prokeimenon
de la fête (voir Ménée), puis « Que tout souffle » et la lecture
de l'évangile de la fête. Après le psaume 50 et ses tropaires, on
chante l'idiomèle du Ménée, puis le canon de la fête (dans le
Ménée) auquel on ajoute les deux canons à trois odes du Triode.
Pour les odes où il n'y a: que le Ménée, le canon est exécuté en
12 tropaires, et on chante comme catavasie l'hirmos du canon
de la fête. Pour les odes où il y a un canon du Triode, on exécute
le canon du Ménée en 6 tropaires et les deux tri-odes en 8, et on
LES OFFICES DU TRIODE 229

chante la catavasie du Triode. Après la troisième ode, on chante le


tropaire-cathisme du Ménée ; après la sixième ode, le kondakion
du Ménée. À la neuvième ode, on remplace le Magnificat par
les refrains de la fête (voir Ménée). Après la neuvième ode, on
lit l'exapostilaire de la fête (voir Ménée). On chante les laudes
(« Que tout souffle») avec les 4 stichères et le théotokion
de la fête (Ménée). La doxologie est lue. Après la litanie des
demandes, on chante les apostiches du Triode et le théotokion
de la fête (Ménée). La prière psalmique« Il est bon de confesser
le Seigneur» n'est dite qu'une seule fois. Après le Notre Père,
on chante le tropaire de la fête. On dit l'ecténie, puis la prière
de saint Éphrem une seule fois, avec trois prosternations, et on
enchaîne directement avec la première heure.
Aux heures, on lit les cathismes prévus, mais on ne fait pas
les prosternations. On remplace les tropaires et les kondakia de
l'Horologion par le tropaire et le kondakion de la fête (Ménée).
À la fin de chaque heure, on dit la prière de saint Éphrem une
seuIe fois, avec trois prosternations. À la sixième heure, on lit
comme d'habitude la prophétie du Triode.
Conformément au canon 52 du concile in Trullo, on célèbre ce
jour-là la liturgie de saint Jean Chrysostome. Celle-ci commence
toutefois par les vêpres car elle devrait normalement être célébrée,
à cause du jeûne, dans l'après-midi, après la neuvième heure du
jour. Au lucernaire, on chante Il stichères: l'idiomè1e (deux
fois) et les 3 stichères idiomèles du Triode, puis les 3 stichères de
la fête dans le Ménée (25 mars) et les 3 stichères de la synaxe de
l'archange Gabriel (26 mars). Pour« Gloire ... Et Maintenant... »,
on chante le théotokion du Ménée. Après l'entrée avec l'évan-
géliaire, on dit les prokeimena du Triode et on ajoute aux deux
lectures du Triode les deux prophéties du Ménée. On dit ensuite
la petite synaptie, puis on chante le Trisagion. On poursuit ensuite
avec le dérouIement normal de la Divine Liturgie, avec les
lectures de l'Apôtre et de l'Évangile. Les typika rappellent que
le jour de l'Annonciation, après la Divine Liturgie, le poisson, le
vin et l'huile sont autorisés à table.
2) Si le 25 mars tombe un samedi ou un dimanche pendant
la quarantaine, il faut voir le détail des chapitres de Marc pour
savoir ce qu'il en est des diverses solennités du Triode. Si la fête
tombe un samedi, la veille, les vêpres sont célébrées avec les
230 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Présanctifiés. On ajoute aux deux lectures du Triode les cinq


prophéties du Ménée. L'agrypnie de la fête est constituée du
grand apodeipnon et des matines. Si la fête tombe un dimanche,
l'agrypnie de la fête est constituée des vêpres et des matines. Aux
vêpres, on lit les cinq prophéties du Ménée. Si la fête tombe un
samedi, on célèbre la liturgie de saint Jean Chrysostome après
la sixième heure; si elle tombe un dimanche, la liturgie de saint
Basile après la sixième heure.
3) Si le 25 mars tombe un lundi, l'agrypnie de la fête est
constituée des vêpres et des matines. Aux vêpres, après l'entrée
et le grand prokeimenon, on lit trois prophéties du Ménée. Le
déroulement des matines est celui décrit plus haut, pour un jour
de semaine. La liturgie de saint Jean Chrysostome commence
par les vêpres où l'on ajoute, aux deux lectures du Triode, deux
prophéties du Ménée.

Cinquième dimanche: mémoire de sainte Marie


l'Égyptienne.

Origine.
Le cinquième dimanche de la quarantaine commémore sainte
Marie l'Égyptienne. Dans l'esprit du 51e canon du concile de
Laodicée, la fête de cette sainte a été reportée du 1er avril à un
dimanche de la quarantaine afin de pouvoir la célébrer plus solen-
nellement, tout comme l'a été la fête de saint Jean Climaque au
quatrième dimanche. La vie de cette sainte, particulièrement vénérée
en Palestine et qui a vécu au vr siècle, nous est connue grâce au récit
attribué au saint patriarche Sophrone de Jérusalem (vr'-vrr' siècle),
qui la présente comme un modèle de conversion. Sa fête a été fixée
au cinquième dimanche de la quarantaine à partir du xr siècle, sans
doute en lien avec la lecture du Grand Canon de saint André de
Crète, dont la lecture a été fixée, à cette même époque, au jeudi de
la cinquième semaine. Nous savons qu'un canon en l'honneur de ..
sainte Marie l'Égyptienne.a été ajouté au Grand Canon pénitentiel
de saint André de Crète, ce qui confirme la relation qui existe entre
ces deux solennités du Triode'.

1. KAPABHHOB, IIocmHaJI TPUOiJb, p. 34, 50.


LES OFFICES DU TRIODE 231

Déroulement.
Comme pour tous les dimanches du Triode, on n'utilise que
l' Octoèque et le Triode. Aux vêpres, pour le lucernaire, on chante
6 stichères de I'Octoèque et 4 du Triode, ainsi qu'un doxastikon
du Triode. On trouve également dans le Triode un doxastikon et
un théotokion pour les apostiches. À l'artoclasie, on chante trois
fois « Mère de Dieu et Vierge».
. Aux matines, pour «Le Seigneur est Dieu », on chante deux
fois le tropaire dominical, le tropaire de la sainte suivis du
théotokion dominical. Après le psaume 50, on chante les tropaires
pénitentiels du Triode (comme pendant la période prépara-
toire). Le canon de la Résurrection de I'Octoèque est exécuté en
4 tropaires, celui de la Mère de Dieu (de I'Octoèque) en 2 et le
premier canon du Triode (un ancien canon, sur le thème du riche
et de Lazare - thème de l'évangile lu anciennement à Jérusalem
pour ce dimanche) en 4 et le deuxième canon du Triode (de
sainte Marie) en 4. On chante les catavasies de la Mère de Dieu
(« Ma bouche s'ouvrira »), Après la troisième ode, on chante les
tropaires-cathismes du Triode. Après la sixième ode, le kondakion
et l'ikos de la sainte dans le Triode. Après la neuvième ode, après
« Saint est notre Dieu », un exapostilaire du Triode est à ajouter
à l'exapostilaire de l'évangile. Aux laudes, on chante 8 stichères
de I'Octoèque et un stichère idiomèle du Triode, qui est repris
comme doxastikon.
Aux heures, on lit le tropaire dominical et le tropaire de la
sainte, les kondakia du dimanche et de la sainte alternativement.
Ce dimanche, comme pour les précédents, on célèbre la Divine
Liturgie de saint Basile, en préparant et consacrant les agneaux
supplémentaires pour les Présanctifiés du mercredi et du vendredi
suivants. Après l'entrée, on chante le tropaire dominical [le tropaire
de l'église si celle-ci est consacrée à la Mère de Dieu ou un saint],
le tropaire de la sainte, le kondakion de la sainte et le kondakion
dominical [si l'église est consacrée à la Mère de Dieu, on chante
d1 abord le kondakion dominical, puis celui de la sainte, et enfin
celui de l'église; si elle est consacrée à un saint, on chante les
kondakia: dominical, de l'église, de la sainte et de la Mère de
Dieu]. On chante les prokeimena du ton et de la sainte, et on fait
deux lectures de l'Apôtre et de l'Évangile: du dimanche et de la
sainte. On chante le koinonikon du dimanche et de la sainte.
232 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Particularités de la sixième semaine.

La sixième et dernière semaine de la Sainte Quarantaine


culmine avec le samedi de Lazare et le dimanche des Palmes
qui n'en font pas véritablement partie, puisque le vendredi de la
sixième semaine, aux matines, nous chantons aux apostiches :
«Ayant accompli la quarantaine utile à l'âme» (doxastikon). Le
vendredi de la sixième semaine est en effet le quarantième jour
de la Sainte Quarantaine, et le samedi, commémorant la résur-
rection de Lazare, et le dimanche, commémorant l'entrée du
Seigneur à Jérusalem, marquent en quelque sorte le début de la
grande semaine, Néanmoins, comme la sixième semaine culmine
avec le dimanche des Palmes, elle porte le nom dans le Triode de
«semaine des Palmes », Elle est en quelque sorte l'avant-fête de
l'entrée du Seigneur à Jérusalem (tropaire-cathisme après la 3e sti-
chologie des matines du lundi). La résurrection de Lazare ayant
eu lieu le quatrième jour après sa mort, le deuxième canon à trois
odes du Triode, attribué à saint Théodore le Stoudite, aux matines
de la sixième semaine, commémore l'agonie de ce dernier: sa
maladie (lundi, mardi), sa mort (mercredi), son ensevelissement
(jeudi), mais aussi la préparation de l'entrée à Jérusalem par
l'envoi des disciples pour trouver un âne (vendredi). Le dérou-
lement des offices suit toutefois celui des offices de la Sainte
Quarantaine (office avec Alléluia).

Le samedi de Lazare.

Origine.
Le samedi de Lazare est une solennité très ancienne, tirant
son origine de l'ancienne liturgie de Jérusalem. Égérie en parle
au chapitre 29 de son Itinerarium et précise que tous se rendent
ce jour-là au Lazarium' .. Comme l~ fait remarquer Maraval,
« le sens de ce "samedi de Lazare", qui est d'abord une parti-
cularité de la liturgie de Jérusalem (avant de passer dans la
liturgie d'autres Églises), n'est pas à l'origine la commémoration
de la résurrection de Lazare, mais celle de la venue du Christ à

1. ÉGÉRIE, Journal de voyage 29, 5 (SC 296, p. 268-270).


LES OFFICES DU TRIODE 233

Béthanie "six jours avant la Pâque" (Jn 12, 1) ». li s'agit, grâce à


ce rappel, d'annoncer la fête de Pâques. Au souvenir du premier
événement s'est cependant ajouté, comme en témoigne la lecture
de Jn 11 dans l'église, la rencontre de Jésus et de la sœur de
Lazare «à cinq cents pas du tombeau de celui-ci' ». De même,
dans le Lectionnaire arménien (v e siècle), l'évangile ne relate pas
le récit de la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-46), mais annonce
la proximité de la Pâque: « La Pâque des Juifs était proche.. , »
(Jn 11,55-12, 11)2. Renoux remarque, en effet, que «contrai-
rement aux évangéliaires byzantins anciens, ce n'est pas la
résurrection de Lazare [...], mais la venue de Jésus à Béthanie et
l'onction de Marie qui forment le contenu de cette péricope" ».
Contrairement à Maraval qui pense que «ce "samedi de
Lazare" est d'abord une particularité de la liturgie de Jérusalem,
avant de passer dans celle d'autres Églises4 », Talley considère ce
« samedi de Lazare» comme une importation constantinopoli-
taine à Jérusalem, suite aux constructions impériales et à l'arrivée
de nombreux pèlerins",
Toutefois, une chose est claire: si la station et les lectures
précédant la lecture de l'évangile nous dressent comme arrière-
plan la résurrection de Lazare, nous trouvons au premier plan
le récit évangélique qui nous annonce l'approche de Pâques,
en décrivant le passage de Jésus à Béthanie «six jours avant la
Pâque », Ce samedi était donc sans doute à l'origine, à Jérusalem,
une annonce de la fête de Pâques.

Déroulement.
Nous pouvons constater que l'office de ce samedi a conservé
jusqu'à ce jour dans le rite byzantin un caractère pascal, particu-
lièrement observable dans l'office des matines.
Le vendredi, aux Présanctifiés, il est prévu de chanter au lucer-
naire 10 stichères : l' idiomèle du Triode deux fois, 1 martyrikon
et 5 stichères en l'honneur de Lazare, attribués à l'empereur
Léon le Sage (répétés pour qu'il y en ait 7). Pour «Gloire ...
1. Ibid., p. 270, note 1.
2. RENaux, Il, p. 255.
3. Ibid., note 4.
4. Ibid., p. 270, note 1.
5. T. TALLEY, Les Origines de l'année liturgique, Paris, 1990, p. 195,200.
234 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Et maintenant », on chante le théotokion du Triode. La suite du


déroulement des Présanctifiés est habituel.
Au grand apodeipnon le vendredi soir, il est prévu de lire un
canon (à neuf odes, deuxième incluse) en l'honneur du juste
Lazare, attribué à saint André de Crète.
Aux matines, on chante « Le Seigneur est Dieu» et trois fois le
tropaire de la fête [« Confirmant la résurrection générale avant Ta
passion»), contenu dans le Triode. Après la première stichologie
(cathisme 16) et la petite synaptie, on chante le tropaire-cathisme
du Triode. Puis on commence la deuxième stichologie (cathisme
17) qui se conclut par les eulogétaires dominicaux (« Tu es béni
Seigneur ... »; «L'assemblée angélique »). Le prêtre encense
alors toute l'église, précédé du diacre portant un cierge. Après
la petite litanie, on chante le tropaire-cathisme du Triode puis le
stichère : « Ayant contemplé la résurrection du Christ» (lu par le
président dans l'ordo grec), chanté habituellement le dimanche.
Après le psaume 50, on exécute, jusqu'à la sixième ode, les
canons du Triode : le premier, de Théophane, en 8 tropaires, le
second, attribué à saint Jean Damascène, en 6, avec les catavasies
du Triode. Après la troisième ode et la petite synaptie, on chante
les tropaires-cathismes du Triode. À partir de la sixième ode, on
prend les deux tétra-odes du Triode en 12 tropaires, le premier
de Cosmas de Maïouma, le deuxième de saint Jean Damascène.
Après la sixième ode et la petite synaptie, on chante le kondakion
et l'ikos de Lazare. Vient ensuite la lecture du Synaxaire de
Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la neuvième ode, on omet
le Magnificat, et ce jusqu'au dimanche de Thomas inclu. Après
la neuvième ode et la petite synaptie, on entonne l'exapostilaire
fixe du dimanche, « Saint est notre Dieu », puis les deux exapos-
tilaires du Triode. Aux laudes qui sont chantées (« Que tout
souffle»), on chante les huit stichères du Triode, en ajoutant des
versets spéciaux (voir Triode), avec le doxastikon du Triode et le
théotokion des laudes dominicales (« Tu es bénie, Mère de Dieu
et Vierge»), puis la grande doxologie (dans sa rédaction constan-
tinopolitaine). Après les litanies a lieu le congé. Aux heures, on
lit le tropaire et le kondakion de la fête (Triode). Ce jour-là, on
célèbre la liturgie de saint Jean Chrysostome. On chante le tropaire
et le kondakion de la fête (Triode). Le Trisagion est remplacé
par «Vous tous qui avez été baptisés en Christ », vestige de la
LES OFFICES DU TRIODE 235

liturgie baptismale qui se célébrait jadis ce jour-là, en lien avec


Pâques. Le prokeimenon, l'Alléluia et le koinonikon sont sont
ceux de la fête (Triode), de même que les lectures de l'Apôtre et
de l'Évangile.

Le dimanche des Palmes.

Origine.
Le dimanche des Palmes est considéré comme l'une des douze
grandes fêtes despotiques de l'année. Son origine, tout comme le
samedi précédent, est d'origine hiérosolymitaine.
Dans son récit de voyage, Égérie fait une description des parti-
cularités de ce dimanche que la pèlerine désigne comme «le
dimanche où l'on entre dans la semaine pascale, qu'on appelle
ici la grande semaine »1. Elle raconte qu'à la onzième heure du
jour on lisait le passage où des enfants vinrent à la rencontre du
Seigneur avec des rameaux et des palmes (Mt 21, 8; Jn 12, 13)
en disant : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur»
(Mt 21, 9; Ps 117,26). Alors le peuple précédait en procession
l'évêque en tenant des rameaux, « de la même manière que l'on
a escorté alors le Seigneur », du sommet du mont des Oliviers en
parcourant la ville jusqu'à l'Anastasis, où l'on célébrait l'office
du soir.
Nous constaterons des similitudes entre le récit d'Égérie et les
prescriptions du Lectionnaire arménien qui nomme ce dimanche
«jour des Palmes », Dans ce document du v e siècle, l'entrée
triomphale du Christ à Jérusalem est déjà l'objet de la célébration
du matin à I'Anastasis'', Après la réunion du soir au mont des
Oliviers, mentionnée par Egérie, le Lectionnaire témoigne lui
aussi qu'on redescendait avec des branches de palmiers dans les
mains jusqu'à l' Anastasis.

1. ÉGÉRIE, Journal de voyage 3D, 1 (SC 296, p. 270-272).


2. RENoux, II, p. 257. Voir également C. RENoux, « La lecture biblique dans
la liturgie de Jérusalem », Le Monde grec ancien et la Bible (édité par C. MON-
DÉSERT), Paris, 1984, p. 417, note 116.
236 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Déroulement.
Étant une fête despotique, l'office du dimanche des Palmes
est célébré exclusivement suivant le Triode, sans rien de l'office
dominical. Aux vêpres, pour le lucernaire, on chante les stichères
du Triode en 10. Après l'entrée, on lit les trois prophéties de
la fête. Pour la litie, on chante les idiomèles du Triode. On
trouve également dans le Triode les stichères apostiches avec
des versets spéciaux. À l' artoclasie, on chante le tropaire de la
veille (« Confirmant la résurrection générale avant Ta passion»)
deux fois, et le tropaire - « Nous étant ensevelis avec toi par le
baptême, ô Christ notre Dieu» - une fois.
Aux matines, au« Seigneur est Dieu », on chante le tropaire
de la veille (« Confirmant la résurrection générale avant Ta
passion ») deux fois, «Gloire... Et maintenant ... », le tropaire
- «Nous étant ensevelis avec toi par le baptême, ô Christ notre
Dieu» - une fois. Après chaque stichologie et la petite synaptie,
on chante les tropaires-cathismes du Triode correspondants. Après
le polyéleos et la petite synaptie, on chante le tropaire-cathisme
du Triode. Il est prévu de lire alors l'homélie de saint André de
Crète pour la fête. On chante ensuite la première antiphone de
l'anavathmi, ton 4 (<< Depuis ma jeunesse»), suivi du prokei-
menon de la fête et de l'évangile de la fête. Après l'évangile, on
ne dit pas « Ayant contemplé la résurrection du Christ », Pendant
le psaume 50, le prêtre encense les rameaux, placés sur une
table au milieu de l'église, des quatre côtés, puis lit la prière de
bénédiction (voir Triode ou Euchologe). Il faut noter que, dans
l'ordo grec, il n'y a pas d'encensement, mais pendant le chant du
psaume 50, les sacristains répandent largement des feuilles de
lauriers dans toute l'église. On chante ensuite les stichères après
l'évangile contenus dans le Triode. Lorsque les fidèles viennent
vénérer l'évangéliaire, le supérieur leur distribue les rameaux.
À l'Athos, il leur souhaite à cette occasion une « Bonne résur-
rection ». Après la prière« Sauve ô Dieu ton peuple », on entonne
le canon de la fête, attribué à Cosmas de Maïouma, dont l'acros-
tiche est « Hosanna, Christ qui vient, Dieu ». Les hirmi du canon
sont repris comme catavasie. Après la troisième ode et la petite
synaptie, on lit l'hypakoïdu Triode. Après la sixième ode et la
petite synaptie, le kondakion et l' ikos de la fête dans le Triode,
suivi du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. On ne
LES OFFICES DU TRIODE 237

chante pas le Magnificat (comme pour les fêtes despotiques).


Après la neuvième ode, on entonne seulement « Saint est notre
Dieu». Aux laudes qui sont chantées [« Que tout souffle»), on
intercale les quatre stichères du Triode en 6, ainsi que l'idiomèle
pour «Gloire ... Et maintenant. .. », et vient ensuite la grande
doxologie (dans sa rédaction constantinopolitaine).
Aux heures, on lit les deux tropaires et le kondakion de la
fête.
Ce dimanche, on célèbre la Divine Liturgie de saint Jean
Chrysostome. On y prépare et consacre trois agneaux supplémen-
taires pour les Présanctifiés des trois premiers jours de la Grande
Semaine. On chante les antiphones de la fête (voir Triode).
Après l'entrée, on chante les deux tropaires et le kondakion de
la fête seulement, le Trisagion puis le prokeimenon de la fête.
Les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile sont celles de la fête.
Comme pour toutes les fêtes despotiques, au lieu de l'hymne à
la Mère de Dieu (« li est digne en vérité»), on chante l'hirmos
de la neuvième ode du canon. Le koinonikon est celui de la fête.
À table, on mange du poisson avec du vin et de l'huile qui sont
autorisés en raison de la fête. Il faut noter que, dans l'ordo grec,
on n'autorise du poisson qu'une fois pendant le Carême: le jour
de l'Annonciation (si elle précède les Palmes), ou le dimanche
des Palmes.

LA GRANDE SEMAINE

Les offices des trois premiers jours.

Vêpres, le soir du dimanche des Rameaux.


Comme tous les dimanches soir, il n'y a pas de stichologie
(lecture du Psautier) aux vêpres. Au lucernaire, on chante les
3 idiomèles du Triode en 6, suivis de l'entrée des vêpres avec
l'encensoir et le cierge. On chante le prokeimenon habituel du
dimanche soir: «Maintenant, bénissez... » (voir Horologion).
Après la litanie des demandes, les apostiches du Triode. Les
vêpres se terminent avec les tropaires de l' Horologion prévus pour
l'office d'Alléluia qui sont accompagnés de métanies : « Mère de
238 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Dieu, Vierge », « Précurseur du Christ », « Intercédez pour nous,


saints apôtres », ainsi que« Sous ta miséricorde» (sans métanie).
Au lieu de l'ecténie, on dit 40 fois « Kyrie, eleison », Gloire au
Père ... Et maintenant. .. Plus vénérable que les Chérubins ... Au
nom du Seigneur, Père, bénis ! Le prêtre donne la bénédiction :
« Il est béni, Celui qui est, le Christ notre Dieu ... » Puis on dit
la prière: «Céleste roi. .. » et le prêtre récite une seule fois la
prière de saint Éphrem, avec seulement trois grandes métanies.
Le congé est particulier: «Que Celui qui a accepté volontai-
rement de souffrir la Passion ... » (voir Hiératikon).

Apodeipnon des trois premiers jours.


À l'exception du dimanche soir où est prévu le petit apodeipnon,
on lit les autres soirs le grand apodeipnon. Le Triode prescrit de
lire à ces offices des canons à trois odes attribués à saint André
de Crète. Cet usage reflète la pratique de la tradition sabaïte.
La tradition stoudite était différente. Par exemple, le Typikon
d'Alexis Stoudite prévoyait de chanter ces canons aux matines
avec ceux de Cosmas de Maïouma.

Matines des trois premiers jours.


Aux matines des trois premiers jours de la Grande Semaine, il
est prévu de chanter «Alléluia» suivi d'un tropaire particulier,
se trouvant dans le Triode: «Voici l'Époux qui vient au milieu
de la nuit », Ce tropaire a d'ailleurs donné à ces matines l'appel-
lation d'« office de l'Époux », Il faut toutefois signaler que, dans
la tradition stoudite, il était préconisé de chanter les tropaires
triadiques habituels, dans le ton courant.
Après chaque stichologie, on chante le tropaire-cathisme du
Triode. Il faut noter que la lecture suivie du Psautier connaît une
répartition particulière. Dans la tradition sabaïte, cette lecture se
termine le Grand Mercredi. Durant les trois premiers jours de la
Grande Semaine, à la première et à la neuvième heure, il n'y a
pas de stichologie. Aux vêpres, il est prévu de lire le cathisme
18. Dans la tradition stoudite, il y a une stichologie à toutes les
heures jusqu'au Grand Jeudi. Par contre, il n'y a pas de sticho-
logie aux vêpres, sauf le Grand Mercredi.
LES OFFICES DU TRIODE 239

Chaque jour, après la troisième stichologie des matines, le


prêtre lit le passage de l'évangile prescrit par le Triode. Après
cette lecture, on dit le psaume 50 et la prière « Sauve, ô Dieu,
ton peuple », On commence alors le canon à trois (ou deux) odes
attribué à Cosmas de Maïouma. Chacun de ces canons est accom-
pagné d'un kondakion, d'un ikos, et d'un Synaxaire de Nicéphore
Calliste Xanthopoulos. On ne chante pas le Magnificat. Après la .
. neuvième ode et la petite synaptie, on chante un exapostilaire
particulier, contenu dans le Triode : « VoyantTa chambre nuptiale
toute parée », On ne trouve cet exapostilaire que dans les Triodes
de rédaction sabaïte; la tradition stoudite prescrivait, comme
pendant toute la quarantaine, le photagogikon du ton courant de
l' Octoèque.
Aux laudes, on chante les deux stichères du Triode en 4. On
lit la doxologie dans sa rédaction palestinienne. Après la litanie
des demandes, on chante les apostiches du Triode. On termine
l'office comme durant la quarantaine: « Il est bon de confesser
le Seigneur» (2 fois), etc., avec la prière de saint Éphrem. Le
congé est particulier: « Que Celui qui a accepté volontairement
de souffrir la Passion ... » (voir Hiératikon).

Les heures et les typiques.


Aux heures, on lit les stichologies prévues selon la répartition
du Psautierpour la Grande Semaine. On dit les tropaires de I'Horo-
logion avec les métanies. La tradition sabaïte prescrit aussi de lire
les quatre évangiles (« lecture du Tétra-évangile») en entier aux
heures (tierce, sexte et none) pendant ces trois premiers jours de
la Grande Semaine. La tradition stoudite ignorait quant à elle cet
usage'. Au lieu des kondakia de l'Horologion, on dit le kondakion
du jour (voir dans le Triode, aux matines). À la sixième heure,
on lit une prophétie d'Ézéchiel, accompagnée d'un tropaire de
prophétie et de deux prokeimena. À la fin de chaque heure, on dit
la prière de saint Éphrem, deux fois, avec 16 métanies.

1. Sin. gr. 1094 au f. 85 r. (édité par: LOSSKY, Le Typikon byzantin, p. 262-


263); MAHCBETOB, Ilepxoeuuû ycmae; p. 214.
240 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Le mercredi, après la célébration des heures, a lieu le rite du


pardon, après lequel les grandes métanies prennent fin le Grand
Mercredi.

Les vêpres du lundi au mercredi de la Grande Semaine.


Les vêpres du lundi au mercredi de la Grande Semaine
s'achèvent avec les Présanctifiés. Au lucernaire, on chante les
stichères du Triode en 10. Après la Petite Entrée avec l'évangé-
liaire, on dit le prokeimenon du Triode, accompagnant la première
prophétie (tirée de l'Exode). Après la lecture de l'Exode, on dit
le deuxième prokeimenon du Triode. Après celui-ci, le diacre
dit: « Ordonnez », puis le prêtre: « Sagesse. Debout. La lumière
du Christ illumine tous ». Il bénit alors l'assemblée prosternée à
terre avec un cierge et l'encensoir. Puis on lit la seconde prophétie
(tirée du livre de Job). Après la lecture, le lecteur chante, au milieu
de l'église, des versets choisis du psaume 140 : « Que ma prière
s'élève vers Toi», suivis de la prière de saint Éphrem, récitée par
le prêtre et accompagnée de 3 métanies, et le diacre lit l'évangile
du jour et l'office s'achève suivant le déroulement habituel des
Présanctifiés.

Les offices du Grand Jeudi.

Apodeipnon du mercredi soir.


Le mercredi soir de la Grande Semaine, il est prévu de lire le
petit apodeipnon. Les Triodes de rédaction sabaïte prévoient d'y
lire un canon à trois odes attribué à saint André de Crète. Dans
l'ordo grec, à la place de l'apodeipnon, on célèbre l'office des
Saintes Huiles (Evchelaio), comme avant la Nativité. C'est un
office non seulement pour les malades, mais aussi de pénitence
au cours duquel est lue une prière d'absolution. Chez les Russes,
cet office est également célébré après les matines du Grand
Mercredi, ou un autre jour.
Le Triode rappelle qu'à partir de ce jour jusqu'au dimanche de
Thomas on ne lit plus le mesonyktikon à l'église.
LES OFFICES DU TRIODE 241

Matines du Grand Jeudi.


Le Triode prescrit de célébrer les matines du Grand Jeudi à la
septième heure de la nuit. On chante, après la grande synaptie,
« Alléluia» suivi du tropaire propre au jeudi saint: « Lorsque les
glorieux disciples », que l'on trouve dans le Triode.
Il n'y a plus de stichologie des matines. Par conséquent,
immédiatement après le tropaire, le prêtre lit la péricope de
l'évangile prescrite par le Triode. Après cette lecture, on lit le
psaume 50. On ne dit pas la prière« Sauve, ô Dieu, ton peuple »,
On commence alors le canon à neuf odes attribué à Cosmas de
Maïouma. Après la troisième ode et la petite synaptie, on chante
le tropaire-cathisme du Triode. Après la sixième ode et la petite
synaptie, le kondakion est suivi de l'ikos et du Synaxaire de
Nicéphore Calliste Xanthopoulos. On ne chante pas le Magnificat.
Après la neuvième ode et la petite synaptie, on chante l'exaposti-
laire du Triode : « Voyant Ta chambre nuptiale toute parée».
Aux laudes, on chante les stichères du Triode en 4. On lit la
doxologie dans sa rédaction palestinienne. Après la litanie des
demandes, on chante les apostiches du Triode. On dit: «Il est
bon de confesser le Seigneur» (1 fois), le Trisagion. Après le
Notre Père, on chante le tropaire du Grand Jeudi. Le diacre dit
l'ecténie. Après l'ecphonèse du prêtre, on lit la première heure
avec le tropaire et le kondakion du Grand Jeudi et au cours de
laquelle on lit une prophétie de Jérémie, accompagnée d'un
tropaire de prophétie et de deux prokeimena. Le congé est parti-
culier: « Que Celui qui a accepté volontairement de souffrir la
Passion ... » (voir Hiératikon).

Les heures et les typiques.


Les autres heures sont lues sans cathismes. On dit le tropaire
et le kondakion du Grand Jeudi. Les Béatitudes aux typiques sont
lues (et non pas chantées). Le Grand Jeudi et le Grand Vendredi
(comme avant la Nativité et la Théophanie), les typiques sont
lus avec les psaumes 102 et 145, et non en commençant par les
Béatitudes comme pendant le Carême. On dit le kondakion du
Grand Jeudi. On fait le petit congé.
Le Typikon d'Alexis le Stoudite prévoyait, après les heures, la
célébration du lavement des pieds avant la liturgie, conformément
242 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

à la pratique de la Grande Église l . Dans la tradition sabaïte,


cet office est célébré après la Divine Liturgie. De nos jours, il
n'est guère célébré que dans les cathédrales (par l'évêque) ou
les monastères (par I'higoumènef', Au Mont Athos, il n'est pas
célébré.

Vêpres et liturgie de saint Basile.


Le Triode prévoit de célébrer à la huitième heure du jour les
vêpres avec la liturgie de saint Basile. Au lucernaire, on chante les
stichères du Triode en 10. Après l'entrée avec l'évangile, on dit
le prokeimenon du Triode, accompagnant la première prophétie
(tirée de l'Exode). Après la lecture, on dit le deuxième prokei-
menon du Triode, puis on lit la seconde prophétie (tirée du livre
de Job). Après la lecture, on ajoute une troisième lecture d'Isaïe.
Le diacre dit alors la petite litanie, puis on chante le Trisagion. On
lit l'Apôtre et l'Évangile du Grand Jeudi, puis on enchaîne avec
la Divine Liturgie de Basile le Grand. Au lieu du Chérubikon, du
koinonikon et du tropaire : «Que nos lèvre~ s'emplissent », on
chante le tropaire « A ta Cène Mystique ». A table, l'huile et le
vin sont autorisés à cause de la fête.

Les offices du GrandVendredi.

Apodeipnon du jeudi soir.


Dans les Triodes de rédaction sabaïte, il est prévu de lire au
petit apodeipnon du jeudi soir un canon à trois odes attribué à
saint André de Crète. Dans la tradition stoudite, telle qu'attestée

1. IIEHTKOBCKRH, TunUKOH, p. 250; )l;MRTPREBCKRH, Onucauue; t. 1,


TU1ttlca, li. 1, p. 129; MATÉos, Typicon, II, p. 72.
2. Lire à ce sujet A. LOSSKY, «Lavement des pieds et charité fraternelle:
l'exemple du rite byzantin », Liturgie et charité fraternelle. Conférences
Saint-Serge. 45< semaine d'étudb liturgiques (BEL 101), Rome, 1999, p. 87-
96; A. LoSSKY, «La cérémonie du lavement des pieds: un essai d'étude
comparée »,Acts of the International Congress. Comparative Liturgy Fifty
Yearsafter Anton Baumstark (1872-1948), R. TAFfet G. WINKLER (éd.), Rome,
2001, p. 809-832.
LES OFFICES DU TRIODE 243

par le Typikon d'Alexis le Stoudite, on ne lisait pas l' apodeipnon


ce jour-là, et le canon à trois odes était lu aux matines 1.

Les matines du Grand Vendredi.


Le Typikon sabaïte prévoit de célébrer les matines du grand
vendredi à la deuxième heure de la nuit. Cet office, qui porte
également le nom « d'Acolouthie de la Passion sainte et salvi-
tique de notre Seigneur Jésus-Christ », est aussi communément
appelé « office des douze évangiles ».11 correspond tout à fait à
la vigile constantinopolitaine du vendredi saint qui était connue
du Typikon d'Alexis le Stoudite et du Typikon de la Grande
Église sous le nom de « pannychis des souffrances de la Passion
de Notre Seigneur Jésus-Christ »2. Toutefois, l'origine de cette
vigile est hiérosolymitaine. Égérie nous donne l'attestation de
son existence au Ive siècle'. Le Lectionnaire arménien nous
fournit la liste des lectures qui étaient prévues à Jérusalem, et il
est intéressant de remarquer que celles-ci furent ensuite reprises
par la Grande Église de Constantinople et constituent aujourd'hui
encore les douze évangiles de la Passion",
Après la grande synaptie, on chante « Alléluia » et le tropaire
du jeudi saint: «Lorsque les glorieux disciples », Pendant ce
temps, dans l'ordo russe, le prêtre encense toute l'église (grand
encensement). Le diacre dit la petite synaptie, puis le prêtre lit le
premier des douze évangiles de la Passion. Il est d'usage, du moins
chez les Russes, de lire l'évangile au milieu de l'église, devant la
Croix. Dans l'ordo grec, le supérieur lit le premier évangile sur
le soléa devant les portes face au peuple comme à l'habitude, et
les évangiles suivants sont lus par les autres prêtres, par ordre
d'ancienneté; seul le dernier évangile est lu par le diacre devant
la Croix. On commence alors le chant des quinze antiphones.

1. ITEHTKOBCKHH, TunUKOH, p. 252-253, 255, 376.


2. ITEHTKOBCKUH, Tunuxon; p. 253 ; MATÉOS, Typicon, II, p. 76.
3. ÉGÉRIE, Journal de voyage 35, 3 - 36, 5 (SC 296, p. 280-285).
4. RENOUX, II, p. 270-281 ; MATÉOS, Typicon, II, p. 76-78 ; pour un tableau
comparatif, voir notre article J. GETCHA, «Le système des lectures bibliques du
rite byzantin », La Liturgie, interprète de l'Écriture, I. Les lectures bibliques
pour les dimanches et fêtes. Conférences Saint-Serge. 48' semaine d'études
liturgiques (BELS 119), Rome, 2002, p. 39.
244 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Après la troisième antiphone, le diacre dit la petite synaptie.


On chante ensuite le tropaire-cathisme, pendant lequel, dans
l'ordo russe, le prêtre encense (petit encensement). Le prêtre lit
ensuite le deuxième évangile.
Après la sixième antiphone, le diacre dit la petite synaptie. On
chante ensuite le tropaire-cathisme, pendant lequel, dans l'ordo
russe, le prêtre encense (petit encensement). Le prêtre lit ensuite
le troisième évangile.
Après la neuvième antiphone, le diacre dit la petite synaptie.
On chante ensuite le tropaire-cathisme, pendant lequel, dans
l'ordo russe, le prêtre encense (petit encensement). Le prêtre lit
ensuite le quatrième évangile.
Après la douzième antiphone, le diacre dit la petite synaptie.
On chante ensuite le tropaire-cathisme, pendant lequel, dans
l'ordo russe, le prêtre encense (petit encensement). Le prêtre lit
ensuite le cinquième évangile.
Dans l'ordo grec, après la treizième antiphone, les sacristains
préparent le socle de la Croix au centre de l'église, et après la
quinzième le prêtre sort, précédé d'un diacre portant un cierge et
encensant, par la porte nord en portant le Crucifié ; il le suspend
à la Croix, puis encense sur le mode de l' artoclasia, et on dispose
la relique de la Croix (le cas échéant), puis l'higoumène et toute
la communauté en ordre d'ancienneté viennent vénérer la Croix.
Une veilleuse est accrochée devant la Croix et l'icône de 1'« Ex-
trême humilité» est disposée sur le proskynitaire.
Après la quinzième antiphone, le diacre dit la petite synaptie.
On chante ensuite le tropaire-cathisme, pendant lequel, dans
l'ordo russe, le prêtre encense (petit encensement). Le prêtre lit
ensuite le sixième évangile.
On lit ensuite les Béatitudes, accompagnées de.leurs tropaires.
Pendant ce temps, dans l'ordo russe, le prêtre encense. On chante
ensuite le prokeimenon : « Ils se sont partagé mes vêtements ... »,
puis le prêtre lit le septième évangile.
Après le psaume 50, le prêtre lit le huitième évangile.
On chante alors le canon à trois odes de Cosmas de Maïouma.
Après la cinquième ode, le diacre dit la petite synaptie, puis on
chante le kondakion suivi de son ikos. On lit le Synaxaire de
Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la neuvième ode, on ne
chante pas le Magnificat. Après la neuvième ode, le diacre dit la
LES OFFICES DU TRIODE 245

petite synaptie, puis on chante trois fois l'exapostilaire du Grand


Vendredi: «Au bon larron... », Le prêtre lit alors le neuvième
évangile.
On chante les laudes (« Que tout souffle») avec les stichères
du Triode en 4. Le prêtre lit ensuite le dixième évangile.
On lit ensuite la doxologie dans sa rédaction palestinienne'.
Le diacre dit la litanie des demandes, puis le prêtre lit le onzième
évangile.
On chante alors les apostiches du Triode et le prêtre lit le
douzième évangile. Notons qu'il est lu par le diacre dans l'ordo
grec.
On lit: «Il est bon de confesser le Seigneur» (une seule
fois). Après Notre Père, on chante le tropaire: «Tu nous as
rachetés ... » Le diacre dit l' ecténie, puis le prêtre donne le congé
approprié (« Que Celui qui a enduré les crachats, les coups ... »,
voir Hiératikon).

Les Heures Royales.


Dans l'usage actuel, on ne lit pas la première heure après le
congé des matines. Le Grand Vendredi, prime, tierce, sexte et
none sont lues ensemble, l'une à la suite de l'autre, et forment,
tout comme la veille de Noël et de la Théophanie, ce qu'on appelle
l'office des« Grandes» Heures ou des Heures« Royales ». Il est
de plus prévu de lire à chaque heure un passage des prophéties,
de l'Apôtre et de l'Évangile. Le Triode prévoit, par ailleurs,
quelques psaumes particuliers, différents de ceux de l'Horo-
logion, ainsi qu'une série de stichères.
Le Typikon d'Alexis le Stoudite prescrivait de son côté de lire
la première heure à la suite des matines, et les autres heures en
leur temps, avec une lecture d'évangile à la troisième, sixième
et neuvième heure, et une lecture prophétique (parémie) à la
sixième heureê, Le Typikon de la Grande Église ne prévoyait que
l'office de tierce-sexte (tpt"COÉK'tT\) avec sa parémie. Comme le

1. Notons au passage que la structure: laudes (« Que tout souffle »), doxo-
logie (rédaction palestinienne), apostiches, était commune à tous les offices de
grande fête dans la tradition stoudite. C'est sans doute de celle-ci que provient
l'office contenu dans les Triodes de rédaction sabaïte.
2. IIEHTKOBCKUH, Tunuxon, p. 253-254.
246 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

remarque J. Matéos, « on notera l'absence des Grandes Heures


d'origine palestinienne! »,
Dans la tradition sabaïte, il est prévu de célébrer le matin du
Grand Vendredi les Grandes Heures ou «Heures Royales »,
Dans la pratique courante, on lit toutes les heures l'une après
l'autre. Toutefois, certains manuscrits témoignent d'une pratique
antérieure selon laquelle prime était lue à la première heure du
jour et les autres heures à la septième heure du jour.
La tradition sabaïte ignore« l' acolouthie des douze tropaires
des saintes souffrances », que la tradition stoudite célébrait le
Grand Mardi à la deuxième heure du jour, entre tierce et Sexteê,
Cependant, si nous confrontons la description qu'en fait le Typikon
d'Alexis le Stoudite avec l'acolouthie des Grandes Heures du
Grand Vendredi des Triodes de rédaction hiérolosymitaine', nous
retrouvons le même matériau hymnographique et scripturaire, tel
qu'il apparaît clairement dans le tableau suivant:

1. MATÉüS, Typicon, II, p. 79, note 3.


2. MAHCBETüB, aepKo6HblU ycmae; p. 82, 145. Description du déroulement
de cet office dans le Typikon d'Alexis le Stoudite : IIEHTKüBCKFIÎt, Tunuxon;
p.248-249.
3. Voir, par exemple, Tpuoôs nocmnas, Moscou, 1992 (réédition), p.448-
460 v. ; Triode de Carême, trad. D. Guillaume, Parme, 19933, p. 538-562.
LES OFFICES DU TRIODE 247

Tradition stoudite Tradition sabaïte


Saint et Grand Mardi Saint et Grand Vendredi
Troisième heure Acolouthie des Grandes Heures
Acolouthie des Douze Tropaires des Première heure:
Saintes Souffrances Après les psaumes, le tropaire et le théo-
Première antiphone : tropaires : tokion, ces stichères idiomèles :
1. Aujourd'hui, le rideau du temple. 1. Aujourd'hui, le rideau du temple.
2. Comme une brebis menée à l'abattoir. 2. Comme une brebis menée à l'abattoir.
3. Les impies t'ayant capturé. 3. Les impies t'ayant capturé.
Prokeimenon, ton 8 : Car je suis prêt pour Prokeimenon, ton 4 : Son cœur a accu-
les blessures. Verset: Seigneur, dans ta mulé l'iniquité. Verset: Bienheureux celui
colère. (Ps 6, 3.2) qui comprend. (Ps 40,7.2)

Parémie: Za II, 10-13. Parémie: Za 11,10-13.


Apôtre: Ga 6,14-18. Apôtre: Ga 6,14-18.
Évangile: Mt 27, 1-56. Évangile: Mt 27,1-56.
Troisième heure :
Après les psaumes, le tropaire et le théo-
tokion, ces trois tropaires des douze:
[Deuxième antiphone] : tropaires :
4. À cause de la peur des Iudéens. 1. À cause de la peur des Iudéens.
5. Devant ta vénérable [CroixJ. 2. Devant ta vénérable [Croix].
6. Cloué sur la Croix. 3. Cloué sur la Croix.
Prokeimenon, ton 8 : Son cœur a accu- Prokeimenon, ton 4 : Car je suis prêt pour
mulé l'iniquité. Verset: Bienheureux celui les blessures. Verset: Seigneur, dans ton
qui comprend. (Ps 40, 7.2) courroux. (Ps 6, 3.2)
Parémie : Is 8,4-11. Parémie : Is 8, 4-11.
Apôtre: Rm 5, 6-11. Apôtre: Rm 5, 6-11.
Évangile: Mc 15, 16-41. Évangile: Mc 15, 16-41.

Sixième heure:
Après les psaumes, le tropaire et le théo-
[Troisième antiphone] : tropaires : tokion, ces trois tropaires des douze:
7. Voici ce que dit le Seigneur aux 1. Voici ce que dit le Seigneur aux
Iudéens. Iudéens.
8. Venez, peuple christophore. 2. Venez, peuple christophore.
9. Les législateurs. 3. Les législateurs.
Prokeimenon, ton 6 : Ils m'ont donné Prokeimenon, ton 4 : Seigneur, notre
pour nourriture du fiel. Verset : Sauve- Seigneur, comme ton nom est admirable
moi, ô Dieu. (Ps 68, 22.2) par toute la terre. Verset: Car ta magnifi-
cence surpasse les cieux. (ps 8, 2)
Parémie: Is 52,13-15.53, 1-12.54,1. Parémie: Is 52, 13-15.53, 1-12. 54, 1.
Apôtre: He 2,II-18. Apôtre: He 2, II-18.
Évangile: Le 23, 32-49. Évangile: Lc 23, 32-49.
Neuvième heure:
Après les psaumes, le tropaire et le théo-
[Quatrième antiphoneJ : tropaires : tokion, ces tropaires des douze :
10. Ce fut terrifiant de voir. 1. Ce fut terrifiant de voir.
Il. Lorsque sur la Croix. 2. Lorsque sur la Croix.
12. Aujourd'hui est suspendu sur la Croix. 3. Aujourd'hui est suspendu sur la Croix.
Prokeimenon, ton 6 : On m'a mis au plus Prokeimenon,ton 6 : L'insensé a dit en son
profond de la fosse. Verset: Seigneur, cœur: il n'y a pas de Dieu. Verset: II n'en
Dieu de mon salut. (Ps 87, 7.2) est aucun qui agisse avec bonté. (Ps 13, 1)
Parémie: Ir 12, 1-15. Parémie: Ir 12, 1-15.
Apôtre: He 10, 19-31. Apôtre: He 10, 19-31.
Évangile: In 18, 28-19, 37. Évangile: In 18,28-19,37.
Sixième heure
248 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Dans les manuscrits liturgiques, les tropaires sont tantôt


attribués à saint Cyrille d'Alexandrie, tantôt à saint Sophrone de
Jérusalem qui est peut-être également l'auteur des tropaires des
Grandes Heures de la Nativité et de la Théophanie'. Ce dernier
détail nous incite à penser que l' acolouthie des tropaires du
Grand Vendredi est d'origine hiérosolymitaine, tout comme le
sont les tropaires de la Nativité et de la Théophanie, d'autant plus
qu'il existe un lien entre ces hymnes idiomèles, d'où il apparaît
que l'hymnographie du Grand Vendredi est sans doute antérieure
à celles de la Nativité et de la Théophanie, puisqu'elle a servi de
modèle à l'hymnographie des deux autres fêtes",
Égérie qui visita Jérusalem pendant la Grande Semaine, en
384, témoigne de l'ancienneté de cette acolouthie lorsqu'elle
raconte que le Grand Vendredi: « quand vient la sixième heure,
on va devant la Croix, [... ] de la sixième à la neuvième heure,
on ne cesse de lire des lectures et de dire des hymnes, pour
montrer à tout le peuple que ce que les prophètes ont prédit au
sujet de la passion du Seigneur s'est réalisé, comme le décrivent
les Évangiles ainsi que les écrits des Apôtres" », En parcourant
divers anciens manuscrits, il apparaît qu'à l'origine l' acolouthie
des douze tropaires formait un office indépendant, inséré entre la
sixième et la neuvième heure, mais que l'on a ensuite peu à peu
réparti entre les divers offices des heures". Selon E. Diakovskij,
le déplacement de l' acolouthie des douze tropaires du Grand
Vendredi au Grand Mardi par les Stoudites aurait été une tentative
de sauvegarder la totalité de l'office contre un processus de
fragmentations.
Il apparaît donc, une fois de plus, que la diffusion du Typikon
sabaïte à partir du XIve siècle a nécessairement entraîné une

1. E. JJ:HAKOBCKHf!, « Ilocnenoaaaae llaCOB BeJIHKOH illITHHQbI», TK,aA


3 (1909), p. 389-390.
2. E. JJ:HAKOBCKHf!, « Ilapcxne llaCbI PO:>K,IJ;eCTBa Xpacrosa H
DOrOMBJIeHIDI», TK,aA 12 (1908), p. 500-501. Sur l'utilisation des automèles
en tant que liens entre l'hymographie des fêtes, lire notre article: J. GETCHA,
« L'utilisation des automèles en tant que liens entre les différentes fêtes de l'éco-
nomie du salut dans le rite byzantin », L'Hymnographie. Conférences Saint-
Serge. 46' Semaine d'études Iiturgiques (BELS 105), Rome, 2000, p. 201-213.
3. ÉGÉRIE, Journal de voyage 37, 4-6 (SC 296, p. 286-289).
4. E. JJ:HAKOBCKlff!, « Iïoenenoaaaae llaCOB BeJIHKOH illITHHW>I», TK,aA
3 (1909), p. 414.
5. Ibid., p. 417.
LES OFFICES DU TRIODE 249

refonte des livres liturgiques, et dans le cas présent, celle du


Triode.
Après la neuvième heure, on lit les Béatitudes, précédées des
psaumes 102 et 145, et le reste de l'office des typiques. On dit,
comme à chacune des heures précédentes, le kondakion du Grand
Vendredi.
On trouve dans le Triode une rubrique expliquant: « que nous
avons reçu en Palestine de ne pas célébrer de Présanctifiés en
ce saint jour de la Crucifixion, ni de célébrer de liturgie, ni de
mettre la table, ni de manger. Si quelqu'un est faible et âgé, et ne
peut endurer le jeûne, qu'on lui donne du pain et de l'eau après
le coucher du soleil. Nous avons ainsi reçu des saints apôtres
de ne pas manger le grand vendredi, car telle est la parole du
Seigneur qui dit aux Pharisiens: "Car lorsque l'Époux leur sera
enlevé, alors ils jeûneront en ce jour" (Le 5, 35). C'est ce que les
divins apôtres ont reçu, et l'ayant trouvé, les canons apostoliques
[nous] l'ont transmis. Et l'épître juste du saint archevêque Denys
d'Alexandrie le prescrit avec évidence".» Cette rubrique fait
référence aux prescriptions du cinquième livre des Constitutions
apostoliques qui ordonnait de s'abstenir de toute nourriture le
vendredi et le samedi de la Grande Semaine'. Nous retrouvons
également la pratique décrite par les Constitutions apostoliques
dans le canon 1 de Denys d'Alexandrie'. Il s'agit ici d'une
tradition très ancienne de l'Église, que Tertullien appelait «jeûne

1. TPUoOb nOCmHaR, Moscou, 1992 (réédition), p. 460 v.


2. Nous lisons au livreV,chapitre 18des Constitutions apostoliques: « Jeûnez
donc pendant les jours de la Pâque, en commençant le lundi, jusqu'au vendredi
et au samedi, soit six jours; ne prenez que du pain, du sel et des légumes, et
comme boisson, de l'eau. Abstenez-vous de vin et de viande ces jours-là, car
ce sont des jours de deuil et non de fête. Jeûnez le vendredi et le samedi tout
entiers, ceux qui en ont la force, ne goûtez à rien jusqu'au chant nocturne du
coq. Si quelqu'un ne peut pas étendre son jeûne sur les deux jours, qu'il l'ob-
serve au moins le samedi ; car le Seigneur lui-même dit quelque part, parlant
de lui-même: "Lorsque l'époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces
jours-là" (Le 5,35) », Constitutions apostoliques V, 18; trad. M. Metzger,
SC 329, Paris, 1986, p. 268-271.
3. Le canon 1 de la lettre canonique de saint Denys d'Alexandrie à l'évêque
Basilide dit : « En effet, pas même les six jours de jeûne qui précèdent [Pâques]
tous ne les gardent également ou semblablement, mais les uns laissent passer
tous les six jours sans prendre de la nourriture, d'autres n'en laissent passer
que deux, d'autres trois, d'autres quatre, d'autres aucun ». Voir P.-P. JOANNOU,
Discipline générale antique (Fonti, fasc. 9), t. II, Rome, 1963, p. 4-11.
250 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

dans l'absence de l'Époux' », Puisque le Grand Vendredi est un


jour de jeûne strict, il était inconcevable pour la tradition sabaïte,
qui se montre toujours très rigoureuse, de rompre ce jeûne par une
célébration eucharistique. C'est pourquoi on ne célébrait pas de
Présanctifiés. Selon S. Janeras, cela ne constituait pas seulement
la tradition monastique de Palestine, mais aussi la tradition de
l'Anastasis de Jérusalem où l'on ne communiait pas ce jour-la'.
Par contre, le Typikon d'Alexis le Stoudite et le Typikon de la
Grande Église prévoyaient la célébration des Présanctifiés après
les vêpres''. Cette célébration s'inscrivait dans la célébration
quotidienne des Présanctifiés à Constantinople pendant le
Carême. On estime que la suppression des Présanctifiés ce jour-là
à Constantinople remonte au xrr siècle et aurait été initiée par le
monastère de I'Evergétis", Par contre, en Russie, il faudra attendre
la réforme du métropolite Cyprien de Kiev pour qu'on supprime
les Présanctifiés du Grand Vendredi. Cela explique l'étonnement
du pèlerin Antoine de Novgorod, visitant Constantinople vers
l'an 1200, et constatant qu'on n'y officiait pas les Présanctifiés
ce jour-là", Syméon de Thessalonique explique que c'est sous
l'influence du typikon monastique hiérosolymitain et de la
tradition d'un jeûne total que les Présanctifiés ont disparu de

1. TERTULLIEN, «Du jeûne» 2,2 (CCL 2) 1258. À ce sujet, voir R. TAFf,


«In the Bridegroom's Absence. The Paschal Triduum in the Byzantine
Church », La celebrazione del Triduo pasquale: anamnesis e mimesis. Atti
del III Congresso Intemazionale di Liturgia, Roma, Pontificio Instituto Litur-
gico, 9-/3 maggio 1988, Rome, 1990, p. 71 (= StudiaAnselmiana 102 = Studia
Liturgica 14).
2. S. JANERAS, Le Vendredi saint dans la tradition liturgique byzantine.
Structure et histoire de ses offices, Rome, 1988 (= Analecta Liturgica 13 =
StudiaAnselmiana 99), p. 383-386.
3. ,IJ;MIfTPIfEBCKHH, Onucauue; 1. 1, Tumxé, 1, p. 131 ; MATÉOS, Typicon, II,
p. 82 ; IIEHTKOBCKIfH, Tunuxou; p. 254.
4. Le Typikon de l'Évergétis sous-entend que les Présanctifiés sont célé-
brés pour la dernière fois le mercredi de la semaine sainte : ,!l;MIfTPIfEBCKHR,
Onucanue, T. 1, TU1tllCa, 'I. 1, p. 553. Voir S. JANERAS, Le Vendredi saint dans
la tradition liturgique byzantine. Structure et histoire de ses offices, Rome, 1988
(= Analecta Liturgica 13 = Studia Anse1miana 99), p. 356-357.
5. S. DE KHITowo, Itinéraires russes en Orient, traduits pour la Société de
l'Orient latin, I, 1, Genève, 1889, p. 105 ; voir JANERAS, Le Vendredi Saint dans
la tradition liturgique byzantine, p. 374-375 ; T. Parr, La Réforme liturgique
byzantine: Étude du phénomène de l'évolution non spontanée de la liturgie
byzantine (BEL 104), Rome, 2000, p. 156-157.
LES OFFICES DU TRIODE 251

la liturgie constantinopolitaine'. Ainsi, suite à la réforme du


XIVe siècle, les vêpres, le soir du Grand Vendredi, ont conservé
la première partie vespérale des Présanctifiés avec les lectures de
l'Apôtre et de l'Évangile, prévues par le Typikon de la Grande
Église, mais sans les parties propres aux Présanctifiés tels « La
lumière du Christ illumine tous les hommes» et le grand prokei-
menon constitué des versets du psaume 1402•

Les offices du Grand Samedi.

Les vêpres.
Le Triode prévoit de célébrer les vêpres à la dixième heure
du jour. Au lucernaire, on chante les six stichères du Triode.
Après l'entrée avec l'évangile, on dit le prokeimenon du Triode,
accompagnant la première prophétie (tirée de l'Exode). Après la
lecture, on dit le deuxième prokeimenon du Triode, puis on lit
la seconde prophétie (tirée du livre de Job). Après la lecture, on
ajoute une troisième lecture d'Isaïe. Puis on chante le prokei-
menon de l'apôtre et on lit l'Apôtre et l'Évangile du Grand
Vendredi. Ces lectures étaient prescrites par le Typikon de la
Grande Église pour les Présanctifiés, et reprises par le Typikon
d'Alexis le Stoudite",
Dans l'ordo grec contemporain, au moment où on lit le passage
sur la descente de la Croix, un prêtre en phélonion sort par les
portes saintes avec un diacre, décroche le Crucifié de la Croix,
le diacre le recouvre d'un linceul et le présente à l'higoumène
(ou évêque) qui est au trône et l'asperge d'eau parfumée, puis le
prêtre rentre par les portes saintes pour déposer le Crucifié sur
l'autel. Après l'ecténie, pendant laquelle les sacristains installent
la table devant la Croix si cela n'était déjà fait, la prière « Daigne,

1. SYMÉON DE THESSALONlQUE, «De la prière sacrée », PG 155, 905-907.


Voir Parr, La Réforme liturgique byzantine, p. 157.
2. Sur ces éléments, voir S. JANERAS, «La partie vespérale de la liturgie
byzantine des Présanctifiés », OCP 30 (1964), p. 215-216.
3. )l;MHTPHEBCKHH, Onucauue; t. 1, Tumxé, 1, p. 131 ; MATÉOS, Typicon, II,
p. 82 ; IIEHTKOBCKHH, Tunuxon, p. 254.
252 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Seigneur» et la litanie des demandes, on chante les apostiches


du Triode.
Pendant le chant du doxastikon, le prêtre encense I'épitaphion
déposé sur l'autel. Après le cantique de Symëon, les prières du
Trisagion et le Notre Père, on chante les tropaires du Grand
Samedi, « Le noble Joseph» et «Aux femmes myrrhophores »,
Pendant ce chant, le clergé prend I'épitaphion de l'autel et le
porte jusqu'au milieu de l'église pour le déposer sur la table
préparée à cet effet. Il faut cependant noter que, dans les typika et
les Triodes, rien n'est dit au sujet de l'épitaphion qui n'est apparu
que tardivement, après le XIve siècle'.
Dans l'ordo grec actuel, quatre prêtres portent I'épitaphion
au début des apostiches. Le premier tient l'évangile, le second
la relique de la Croix. Après qu'ils l'ont déposé sur la table,
l'higoumène descend du trône et dispose des fleurs autour, puis,
après que les deux diacres ont encensé I'épitaphion sur le mode
de l'artoclasia, l'higoumène le vénère, suivi de toute la commu-
nauté. Le chant du « Gloire ... Et maintenant. .. » est un des plus
ornés du répertoire byzantin.

L'apodeipnon.
Le Triode prescrit de lire l'apodeipnon et le mesonyktikon
en cellule. Le Typikon d'Alexis le Stoudite ne prévoyait pas la
lecture de l'apodeipnon en cellule-. Cependant, dans la pratique
russe actuelle, il est d'usage de lire l'apodeipnon dans l'église,
devant I'épitaphion, constitué du canon de Syméon Logothète
sur les pleurs de la Mère de Dieu. Cela n'est plus pratiqué dans
l'ordo grec.

1. L'épitaphion est une représentation iconographique sur un tissu peint


ou brodé de la mise au tombeau du Christ. Lire au sujet de l'épitaphion:
JIHCHllblH, llep6oHattO.llbHblU CtIa6JIHo-PycCKUU Tunuxou, p.149-151, note
171 ; G. WAGNER, « Réalisme et symbolisme dans l'explication de la liturgie »,
La Liturgie, expérience de l'Église. Études liturgiques (AS 1), Paris, 2003,
p.187.
2. IIEHTKOBCKHM:, Tunuxon; p. 254.
LES OFFICES DU TRIODE 253

Les matines.
D'après le Triode, les matines du Grand Samedi sont célébrées
à la septième heure de la nuit. Après la grande synaptie, on
chante «Le Seigneur est Dieu» suivi des tropaires du Grand
Samedi: «Le noble Joseph ... » ; «Gloire ... »: «Lorsque Tu
descendis ... » ; «Et maintenant... »: «Aux femmes myrrho-
phores ... » Pendant ce temps, le clergé sort (les prêtres en
phélonion) du sanctuaire pour venir devant l'épitaphion. Le
prêtre précédé du diacre portant un cierge encense toute l'église.
L'assemblée tient un cierge à la main, comme pour l'office des
funérailles. Puis le chœur entonne le psaume 118 (cathisme 17).
Après chaque verset, un tropaire de louange est inséré. TI est regret-
table que pour des raisons pratiques, dans l'ordo grec contem-
porain, on lise d'abord le psaume avant de chanter les louanges
(engkomia) sans versets psalmiques. Le cathisme 17 est divisé
en trois parties. À la fin de chaque partie, le diacre dit la petite
synaptie. Au début de chacune, le prêtre encense l' épitaphion. La
troisième partie se conc1utpar les eulogétaires de la Résurrection
(« Tu es béni, Seigneur... » ; «Le chœur angélique... »). Après
la petite synaptie, on chante les tropaires-cathismes du Triode.
On ne chante pas: « Ayant contemplé la résurrection du Christ »,
On lit le psaume 50, puis on chante le canon du Grand Samedi.
Les odes 1 à 5 sont de Marc le Moine ; les odes 6 à 9 forment
l'ancien canon à quatre odes de Cosmas de Maïouma. Après la
troisième ode et la petite synaptie, on chante le tropaire-cathisme
du Triode. Après la sixième ode et la petite synaptie, on chante
le kondakion, suivi de son ikos et de la lecture du Synaxaire
de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la neuvième ode, on
ne chante pas le Magnificat. Après la neuvième ode et la petite
synaptie, on chante trois fois, dans le ton 2, l' exapostilaire fixe
du dimanche (« Saint est le Seigneur notre Dieu»). On chante
les laudes (« Que tout souffle»), avec les quatre stichères du
Triode, suivis de la grande doxologie dans sa rédaction constan-
tinopolitaine. Pendant ce temps, le prêtre encense trois fois l' épi-
taphion des quatre côtés. Pendant le dernier Trisagion, on porte
l'épitaphion en procession autour de l'église. Dans l'ordo grec
contemporain, on fait quatre haltes avec des demandes, puis, en
rentrant dans l'église, les fidèles passent sous l'épitaphion que
les prêtres tiennent soulevé à l'entrée, et un sacristain les asperge
254 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

d'eau parfumée. Une fois de retour à l'intérieur, on porte l'épita-


phion jusqu'aux portes saintes, puis, après l' ecphonèse du prêtre :
« Sagesse ! Tenons-nous droit ! » (« Soyons attentifs. Paix à tous.
Sagesse» dans l'ordo grec), on repose, dans l'ordo russe, l'épi-
taphion sur la table et le prêtre l'encense de nouveau alors que
le chœur chante le tropaire : « Le noble Joseph... » Dans l'ordo
grec, on pose déjà l'épithaphion sur l'autel où il restera jusqu'à
la clôture de Pâques.
Viennent ensuite trois lectures: la prophétie d'Ézéchiel
(précédée d'un tropaire de prophétie et d'un prokeimenon),
l'Apôtre (précédé d'un prokeimenon de l'apôtre) et l'Évangile
(précédé par Alléluia et ses versets: « Que Dieu se lève ... »). TI
est intéressant de citer la rubrique correspondante dans le Typikon
d'Alexis le Stoudite soulignant que: « Comme à la Grande Eglise,
on chante à la fin de ces [stichères] "Gloire à Dieu au plus haut
des cieux" de façon asmatique. Alors que l'on chante "Gloire",
le prêtre fait l'entrée avec le diacre tenant l'évangile, précédés
d'un cierge. Et il monte au synthronon. Et ayant donné la paix,
on dit immédiatement le prokeimenon [... l On chante "Gloire à
Dieu au plus haut des cieux" de façon asmatique, comme nous
n'avons jamais l' habitude de le faire à l'exception d' aujourd' hui,
en vérité. Le prokeimenon du jour est chanté dans le ton 6. Puis a
lieu l'entrée du prêtre et un autre office est prévu à cause du jour
exceptionnel. Après [le prokeimenon], l'Apôtre aux Corinthiens:
"Frères, un petit levain". Alléluia, ton 4 : Que Dieu se lève. Puis
l'Évangile de Matthieu: "Le matin qui est après le vendredi".
TI est lu par le prêtre à l'autel. Après l'évangile a lieu l'ecténie
du diacre et le congé comme d'habitude".» Cette rubrique
fait donc appel au Typikon de la Grande Église qui prévoyait
l'ordre suivant: «Après l'orthros, au trisagion du "Gloire à
Dieu au plus haut des cieux", a lieu l'entrée du patriarche et des
prêtres avec l'évangile. Les psaltes montent alors à l'ambon et
disent le tropaire [... l Après cela, on monte au synthronon et
on s'asseoit sur le trône d'en haut. Ensuite, prokeimenon [... l,
lecture [... l deuxième prokeimenon [... l Apôtre [... l Alléluia
[...l Évangile', » En tenant compte des expressions: « entrée »,

1. IIEHTKOBCKHfl, TunUKOH, p. 255.


2. MATÉOS, Typicon, II, p. 83. À comparer avec ,Il;MliTPliEBCKlifl, Onucauue,
T. 1, Tomxé, q. 1, p. 132.
LES OFFICES DU TRIODE 255

« asmatique », « synthronon », nous constatons que nous avons


dans notre Triode actuel un vestige de l'ancienne tradition de
Constantinople où les matines se terminaient par des lectures
bibliques'. Toutefois, l'entrée solennelle avec l'évangile, prévue
à la Grande Église de Constantinople, s'est transformée, après le
XIVe siècle, en une procession solennelle avec l'épitaphion autour
de l' église-.
.Les matines se terminent avec l' ecténie et les demandes. Après
le congé, on lit la première heure.

Les heures et les typiques.


Les autres heures sont lues avant la Divine Liturgie. On dit
les tropaires et le kondakion du Grand Samedi. Les Béatitudes
aux typiques sont lues (et non pas chantées) et précédées des
psaumes 102 et 145. On dit le kondakion du Grand Samedi. On
fait le petit congé.

Vêpres et liturgie de saint Basile.


Le Triode prévoit de célébrer les vêpres avec la liturgie de
saint Basile à la dixième heure. Cette liturgie était initialement
celle de l'ancienne vigile pascale, et c'est pourquoi elle a un fort
caractère de la Résurrection. C'est d'ailleurs pourquoi durant
celle-ci tous les ornements sont changés en blanc, s'ils ne le sont
pas dès le début.
Au lucernaire, on chante les huit stichères du Triode. Les quatre
premiers proviennent de l' Octoèque, ton 1 (les trois stichères de
la résurrection au lucernaire et la première des apostiches). Les
trois suivants sont ceux du Grand Samedi (« Aujourd'hui l'Hadès
selamente... »).11 est intéressant de noter que le Typikon d'Alexis
le Stoudite ne prévoyait de chanter que ces trois derniers, attribués
à saint Théodore le Stoudite, deux fois chacun, avec leur doxas-

1. Voir: nHCHQbIH, Ilep6oHa'lQ/lbHbu'1 Ctla6J/Ho-PycCKUU Tunuxou; p. 32,


43.
2. Selon Lisitsyn, cette évolution serait survenue au cours des xvr-xvtr siè-
cles. Voir nHCHQbIH, Ilepeonasansnuû Ctla6J/Ho-PycCKUU Tunutcon, p. 149-151,
note 171.
256 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

tikon'. Le Triode, dans sa rédaction actuelle, ajoute le théotokion


dogmatique de l' Octoèque, ton 1.
Après la Petite Entrée avec l'évangile, il n'y a pas de prokei-
menon, mais on commence immédiatement une longue série de 15
lectures de l'Ancien Testament. Souvent, de nos jours, en Grèce,
on lit la plupart des ces prophéties avant ou pendant les heures,
pour n'en lire que trois aux vêpres. Ces lectures proviennent du
Typikon de la Grande Église où elles étaient destinées à occuper
l'assemblée pendant que le patriarche baptisait dans le baptistère.
On peut lire en effet dans le Typikon de la Grande Église, après la
septième lecture, la notice : « Si le patriarche doit baptiser encore
longtemps, huitième lecture... » (et la suite des lectures)". De nos
jours, on ne baptise guère plus pendant ces lectures et, pourtant,
on les lit toutes. La sixième se conclut par le chant du cantique de
Moïse (« Chantons au Seigneur : car Il s'est couvert de gloire »).
La quinzième se conclut par le chant des trois jeunes gens
(« Chantez au Seigneur et glorifiez-le dans tous les siècles »),
avec refrain, comme c'était l'usage à Constantinople.
Le diacre dit alors la petite synaptie. Au lieu du Trisagion, on
chante l'hymne baptismale: «Vous tous qui avez été baptisés
en Christ.» Cela atteste bien qu' à l'origine nous étions en
présence d'une liturgie baptismale. On lit le passage de l'épître
aux Romains (qui est la lecture prévue au baptême). Au lieu de
chanter «Alléluia », on chante: «Ressuscite, ô Dieu, et juge
la terre ... » Pendant ce temps, dans l'usage russe, on change
les ornements sombres pour des ornements blancs. Chez les
Grecs, les cloches sonnent et les talanta retentissent pendant
ce chant et le prêtre passe dans l'église en jetant des feuilles de
laurier. Vient ensuite la lecture du passage de l'évangile selon
saint Matthieu sur la Résurrection. On poursuit alors la Divine
Liturgie de Basile le Grand. Au lieu du Chérubikon, on chante
l'hymne: «Que toute chair humaine demeure muette... » Au
lieu de l'hymne à la Mère de Dieu, on chante l'hirmos de la
neuvième ode du canon. Le koinonikon du Grand Samedi qui
n'est pas un verset biblique provient du Triode : « Le Seigneur
s'est levé comme du sommeil et est ressuscité en nous sauvant. »
Selon l'ordo grec, après la sainte communion, au lieu de chanter:

1. IIEHTKOBCKHR, TunUKOH, p. 255.


2. MATÉOS, Typicon, II, p. 86-87.
LES OFFICES DU TRIODE 257

«Nous avons vu la vraie lumière », on chante : « Souviens-toi


de nous, ô Compatissant, comme tu t'es souvenu du Larron, dans
le Royaume des cieux. »
Nous constatons que le déroulement de cette liturgie vespérale
du Grand Samedi qui constitue la vigile pascale d'après la
tradition sabaïte est conforme aux descriptions du Typikon de la
Grande Église et du Typikon d'Alexis le Stoudite'. Toutefois, ce
dernier prévoyait de rompre le jeûne après cette liturgie vespérale
en mangeant au réfectoire du poisson, du fromage et des œufs",
Cet usage est typiquement stoudite puisqu'on le retrouve dans
l'Hypotypose attribuée à saint Théodore le Stoudite'. Par contre,
le Triode, dans sa rédaction actuelle, témoigne de la tradition
sabaïte plus rigoureuse. On y lit la rubrique suivante: «Après le
congé, le prêtre distribue l'antidoron. Alors a lieu la bénédiction
du pain et du vin. TI faut que l'ecclésiarque ait le discernement
pour que le congé de la liturgie ait lieu à la deuxième heure de la
nuit. Après le congé de la liturgie, nous ne sortons pas de l'église,
mais chacun reste assis à sa place. Le cellérier entre et distribue
à chaque frère un morceau de pain et six figues ou dattes, et un
verre de vin. Alors que nous sommes assis, a lieu la grande lecture
des Actes des apôtres", »
Selon T. Pott, «les différentes manières dont on a rempli le
temps entre les vigiles pascales (vêpres et liturgie) et l' orthros,
témoignent par elles-mêmes de l'évolution que les célébrations
pascales ont connue dans le rite byzantin. Deux facteurs ont
joué un rôle important: l'évolution extraordinaire qui a fait de
l' orthros de Pâques le vrai sommet de la fête, au détriment de
l'ancienne et vénérable liturgie vigiliaire, et, sans doute liée à
cela, l'incertitude sur le moment précis où le Carême prend fin.

1. ,IJ,MIITPHEBCKHM, Onucauue, T. 1, Tumxri, '1. 1, p. 132-135 ; MATI30S,


Typicon, II, p. 84-90 ; IIEHTKOBCKHM, Tunuxon; p. 255.
2. IIEHTKOBCKlfM, Tunuxou, p. 377.
3. Nous y lisons: « Le Grand Samedi, à la Ile heure, commence le lucer-
naire, et après le renvoi, nous mangeons du fromage, du poisson et des œufs,
et buvons trois [verres] » (« "Cep ôèayicp l:a~I3â"C(O rop«;x évoEKa't'U iiPXE"Cat "Co
À,UXV~KOV Kat 07tOU (JcOOe~ Tt à7toÀ,umç, èaflioj.lEv êè 'tUpOV Kat lx8'ÙçKat cOO
Kat xivouev àvà i »), PG 99, 1716.
4. TPUOiJb nOCmHaJI, Moscou, 1992 (réédition), p. 502 v.
258 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Par ailleurs, il s'agit là d'un vrai symptôme de la monasticisation


de la liturgie byzantine! »,
En fait, en dépit du principe de « monasticisation » de la liturgie
byzantine évoqué par ce dernier auteur, il ne faut pas oublier
que le moment de la rupture du jeûne de la semaine sainte a fait
l'objet de discussions au fil de l'histoire. Dans sa lettre canonique
à l'évêque Basilide, saint Denys d' Alexandrie (II~ siècle) a traité
longuement de cette question-, D'après lui, les chrétiens de Rome
attendaient le chant du coq pour rompre le jeûne, alors que ceux
d'Alexandrie rompaient le jeûne dès la veille au soir. Denys passe
en revue les récits de la Résurrection chez les évangélistes : « dans
la nuit du samedi» chez Matthieu, «de grand matin quand il
faisait encore obscur» chez Jean, « à la première pointe du jour »
selon Luc et « de grand matin, au lever du soleil» selon Marc.
Denys écrit: «À quel moment Il est ressuscité, aucun d'eux ne
nous le dit clairement mais que, tard dans la soirée du samedi,
à l'aube du premier jour de la semaine, ceux qui sont venus au
tombeau ne l'y trouvèrent pasê, »Ne pouvant donc établir l'heure
précise où il faut rompre le jeûne, Denys conclut: « Cela étant,
nous répondons à ceux qui cherchent à préciser à une heure ou
une demi-heure ou un quart d'heure près, quand il convient de
commencer à nous réjouir de la résurrection d'entre les morts de
notre Seigneur. Ceux qui y mettent trop de hâte et se relâchent
avant que la nuit ait déjà approché de son milieu, ceux-là nous
les blâmons comme des gens pusillanimes et intempérants,
car pour un peu ils mettent fin à leur course avant le but, alors
qu'un sage a dit: "ce n'est pas peu dans la vie que de manquer
le but de peu". Tandis que ceux qui s'attardent et attendent le
plus longtemps possible et persévèrent jusqu'à la quatrième
veille, à laquelle le Sauveur apparut marchant sur la mer à ceux
qui naviguaient, nous les approuvons comme gens vaillants et
amateurs de la pénitence. Ceux qui, entre ces deux extrêmes, ont
cessé le jeûne selon leur mouvement intérieur et leurs possibi-
lités, ne les troublons pas outre mesure; en effet, pas même les
six jours de jeûne qui précèdent, tous ne les gardent également
1. T. Pm, «L'évolution de l'intermezzo entre les vigiles et l'orthros de
Pâques », La Réforme liturgique byzantine, p. 162.
2. Canon 1 de saint Denys d'Alexandrie. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline
générale antique (Fonti, fasc. 9), t. II, Rome, 1963, p. 4-11.
3. Ibid., p. 6.
LES OFFICES DU TRIODE 259

ou semblablement, mais les uns laissent passer tous les six jours
sans prendre de la nourriture, d'autres n'en laissent passer que
deux, d'autres trois, d'autres quatre, d'autres aucun. Or, ceux qui
ont bien peiné en laissant passer les jours sans nourriture, qui par
suite de cela, épuisés, presque défaillent, on les excusera d'avoir
pris de la nourriture un peu plus tôt; tandis que ceux qui non
seulement n'ont pas laissé passer les jours sans nourriture, mais
n'ont même pas jeûné ou même après avoir banqueté les quatre
premiers jours, arrivés aux deux derniers n'ont laissé passer que
ceux-ci sans nourriture, c'est-à-dire le vendredi et le samedi, et
croient faire quelque chose de grand et de splendide, s'ils restent
à jeun jusqu'à l'aube du dimanche, je suis d'avis que de telles
gens n'ont pas lutté à l'égal de ceux qui se sont exercés pendant
de nombreux jours 1 »,
Par la suite, le concile in Trullo a établi que: «Après avoir
passé les jours de la Passion rédemptrice dans le jeûne, la prière
et la componction de cœur, les fidèles ne doivent rompre le jeûne
qu'à minuit du samedi saint, vu que les évangélistes Matthieu
et Luc, l'un par la locution "tard dans la nuit qui suit le samedi"
(Mt 28, 1), l'autre par celle de "très grand matin" (Le 24, 1),
désignent l'heure avancée de la nuitê, »

Mesonyktikon.
La tradition sabaïte conservée dans la rédaction actuelle du
Triode s'est donc montrée plus rigoureuse dans l'observance des
canons en ne rompant le jeûne qu'après la liturgie qui se célèbre
très tôt le dimanche matin, dans la nuit du samedi au dimanche. Le
samedi soir, après la liturgie qui clôt la vigile pascale, il n'est donc
pas prévu de sortir de l'église. On écoute la lecture des Actes des
Apôtres. Après cela, le paraecclésiarque allume toutes les lampes
et sort frapper la grande simandre et commence le mesonyktikon
selon un ordo particulier. Après le Trisagion, on lit le psaume 50,
puis on chante de nouveau le canon du Grand Samedi. À la fin
de la neuvième ode, on chante de nouveau, comme catavasie,
l'hirmos de la neuvième ode. C'est pendant ce chant que, chez

1. Voir ibid., p. 9-11.


2. 8ge eanon in Trullo. Voir P.-P. JOANNOU, Discipline générale antique
(Fonti, fase. 9), t. I, 1, Rome, 1962, p. 225.
260 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

les Russes, le prêtre ramène l'épitaphion dans le sanctuaire où il


est déposé sur l'autel. Il y restera jusqu'à la clôture de Pâques.
Après la ge ode, on dit le Trisagion, et après le « Notre Père »,
on chante le tropaire de la Résurrection, ton 2 : «Lorsque Tu
descendis ». Puis ont lieu l'ecténie et le congé. Un tel office est
absent du Typikon d'Alexis le Stoudite pour les raisons évidentes
que nous avons évoquées plus haut. Dans l'ordo grec actuel,
pour des raisons pratiques, on chante d'abord le canon avec, à la
troisième ode, la lecture de la magnifique homélie attribuée à saint
Épiphane sur le Grand Samedi (« Donne-moi cet étranger ... »),
laquelle a inspiré l'hymnographie, et à la sixième ode, la lecture
du synaxaire du jour, puis, après la neuvième ode, on commence
la lecture des Actes, de manière à l'interrompre à l'heure précise
(sixième heure de la nuit) de la Résurrection, toutes les lumières
étant éteintes, avant que n'apparaisse la lumière sainte.
CHAPITRE V

LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE

LA SEMAINE PASCALE

L'office de Pâques.

Les matines pascales.


Après le mesonyktikon, il est habituel aujourd'hui de sortir de
l'église pour faire la procession pascale. Dans la tradition grecque,
le prêtre sort du sanctuaire et distribue le feu pascal en chantant :
«Venez et recevez la lumière, la lumière sans déclin, venez et
adorez le Christ qui se lève d'entre les morts. » Ce chant, attesté
par le nouveau Typikon de la Grande Église, reflète une pratique
généralisée au XIXe siècle qui s'enracine dans la tradition de
Jérusalem, sans doute en lien avec le feu pascal miraculeux attesté
dès le XII" siècle. Depuis quelques années, au Mont Athos et en
Grèce, on reçoit, des mains des officiers de la police portuaire,
la Lumière sainte venue en avion de Jérusalem (via Athènes et
Thessalonique), l'office de la Lumière ayant été célébré dans
l'après-midi à la basilique de la Résurrection de Jérusalem.
Cette pratique tend à se répandre dans d'autres pays orthodoxes,
l'Ukraine par exemple. La procession se poursuit au chant du
tropaire : « Ta résurrection, ô Christ Sauveur », que l'on retrouve
aux apostiches du dimanche du ton 6 de l'Octoèque. Après la
procession, une ou trois fois autour de l'église, on s'arrête devant
les portes fermées de l'église. Le nouveau Typikon de la Grande
Église prévoit de lire la péricope de Marc 16, une pratique qui est
apparue au XIX e siècle.
262 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Les anciens typika ne précisent rien au sujet de la procession. Ils


disent seulement que tous sortent dans le narthex. Seul l' allumeur
de lampes reste dans l'église pour allumer tous les cierges et toutes
les lampes. Il prépare deux luminaires qu'il place, allumés, au
milieu de l'église. Il allume également les autres cierges devant
les portes saintes et prépare l'encensoir dans le sanctuaire. Ayant
mis beaucoup d'encens, il encense partout. Toutes les portes de
l'église demeurent fermées. Le prêtre revêt tous ses ornements
de couleur blanche et sort dans le narthex par le côté nord, en
encensant, tenant la Croix et le bougeoir pascal à trois branches,
précédé des deux luminaires. L'higoumène ou l'ecclésiarque
distribue des cierges à tous les frères qu'ils allument. Lorsque le
prêtre a encensé l'assemblée, il se tient devant les portes royales
(qui conduisent du narthex à la net) en faisant le signe de la Croix
avec l'encensoir, et donne la bénédiction initiale des matines
pascales. Il entonne alors le tropaire pascal. Nous retrouvons la
même description de cet office qui n'est pas sans nous rappeler
le début des matines asmatiques dans le narthex 1, dans le Typikon
d'Alexis le Stoudite, sauf que ce dernier prévoit que les frères
aillent se coucher et qu'on les réveille à la troisième garde de la
nuit'.
Après la bénédiction initiale des matines (« Gloire à la
sainte, consubstantielle ... »), le tropaire pascal est chanté trois
fois par le prêtre et trois fois par le chœur, puis quatre versets
psalmiques sont chantés, en intercalant le tropaire pascalê, Les
trois premiers (Ps 67, 2-3-4) sont attestés par l'ancien Typikon
sabaïte Sin. gr. 10964 • Le Typikon d'Alexis le Stoudite ne
prévoyait que deux versets", alors que le rite byzantin actuel en
ajoute un quatrième (Ps 117,24), résultant ici d'un compromis
entre deux usages", Puis de nouveau, le prêtre chante la moitié
du tropaire. Les portes s'ouvrent alors, et le prêtre entre dans
1. JIHCHIJ,bIH, /Iep60Ha'lMbHblU Clla6JlHo-PycCKUU TunUKOH, p. 81, note 87.
2. IIEHTKOBCKHH, Tunuxou, p. 256.
3. Par exemple, Typikon, Moscou, 1906, p. 459-459 v.
4. ,IJ;MHTPHEBCKHH, Onucauue, T. 3, Tomxé, '1. 2, p. 64. Dans le Sin. gr.
1094, on trouve 3 versets mais différents. Voir fol. 46 v. (édité par: LOSSKY,
Le Typikon byzantin, p. 206). Voir également G. BERTONIÈRE, The Historical
Development of the Easter Vigil and Related Services in the Greek Church,
(OCA 193), Rome, 1972, p. 272-273.
5. IIEHTKOBCKHH, Tunuxon; p. 256.
6. Par exemple, Typikon, Moscou, 1906, p. 459 r.-459 v.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 263

l'église, précédé des luminaires et suivi de l'higoumène et des


frères qui chantent la fin du tropaire. Le prêtre entre dans le
sanctuaire et dit la grande synaptie. Il est d'usage que les portes
de l'iconostase restent ouvertes pendant toute la semaine pascale.
Après l'ecphonèse, le supérieur entonne le canon pascal attribué
à saint Jean Damascène'. Les deux chœurs chantent alternati-
vement les tropaires du canon. Il y a des petites synapties qui sont
dites à l'intérieur de l'autel pour chaque ode, avec des ecpho-
nèses particulières (voir Pentecostaire). Les typika précisent que
le prêtre encense au début du canon. Il est d'ailleurs d'usage
d'encenser ce jour-là toute l'église à chaque ode. Après la
troisième ode et l'hypakoï, il est prévu de faire la lecture d'un
discours de saint Grégoire le Théologien, intitulé « Je veux me
tenir à mon poste- », et après la sixième ode et le kondakion, du
premier discours de saint Grégoire le Théologien, intitué « Jour
de la Résurrection: c'est un début prometteur" », On trouve à
cet endroit dans les Pentecostaires imprimés le Synaxaire de
Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Après ces lectures, on chante
le stichère « Ayant vu la Résurrection du Christ» trois fois, suivi
de « Jésus est ressuscité du tombeau», également trois fois. Après
la neuvième ode et l'exapostilaire, le chœur chante les versets
psalmiques « Que tout souffle » en y intercalant quatre stichères
de la Résurrection du ton 1 de l' Octoèque, suivis des stichères de
Pâques. Le Typikon d'Alexis le Stoudite prévoyait de conclure
les matines pascales autrement. Aux laudes, on chantait des
stichères idiomèles, après lesquels on chantait « à voix basse» la
grande doxologie dans sa rédaction hiérosolymitaine. Puis, à la
place des apostiches, on chantait les stichères de Pâques",
À la fin des stichères pascales, l'assemblée se donne le baiser
pascal. Le prêtre tenant le saint évangile se place devant les
portes saintes. Le supérieur vient vénérer le saint évangile, puis
donne le baiser au prêtre de qui il reçoit l'évangile et vient se
placer à sa droite. Les frères passent alors dans l'ordre donner

1. Sur le canon pascal, voir A. LoSSKY, « Le canon des matines pascales byzan-
tines : ses sources bibliques et patristiques », L'Hymnographie. Conférences Saint-
Serge. 46 e Semaine d'études liturgiques (BELS 105), Rome, 2000, p. 257-284.
2. GRÉGOIRE LE THÉOLOGiEN, Discours 45 (E. DEVOWER, Saint Grégoire de
Nazianze, Namur, 1961, p. 118-162).
3. GRÉGOIRE LE THÉOLOGiEN, Discours 1 (SC 247, Paris, 1978, p. 72-83).
4. IIEHTKOBCKHfI, Tunuxou, p. 256.
264 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

le baiser pascal. Dans l'ordo grec actuel, les prêtres sortent et


se placent dans le chœur de droite pendant les stichères et on
vient baiser l'évangile que tient l'higoumène au trône. Après
le baiser pascal, le supérieur lit l'homélie pascale attribuée à
Chrysostome'. Pendant cette lecture, par respect pour cet illustre
Père de l'Église, il est spécifié que l'on se tient debout. La lecture
terminée, le prêtre dit les deux litanies et le congé de Pâques en
tenant la Croix et le bougeoir pascal à trois branches. On retrouve
la même description dans leTypikon d'Alexis le Stoudite, sauf
que les matines se terminent par une seule litanie, celle qui suit
normalement les apostichesê,

Les heures pascales.


Les heures ont un déroulement particulier le jour de Pâques.
Les offices habituels des heures dans l' Horologion sont remplacés
par un office particulier du Pentecostaire, chanté entièrement,
trois fois selon les typika plus anciens, pour chacune des heures
et l'apodeipnon, pendant toute la semaine pascale, du Grand
Dimanche de Pâques jusqu'au samedi suivant. On chante d'abord
le tropaire pascal trois fois, puis: «Ayant vu la Résurrection
du Christ », également trois fois. On dit alors l'hypakoï, le
kondakion et les tropaires : «Dans le tombeau selon la chair »,
« Comme porteur de la vie » et « Sanctifié par le Très-Haut».
«Kyrie, eleison» (40 fois). «Plus vénérable ... » Puis a lieu le
congé de l'heure suite auquel on chante de nouveau le tropaire
pascal trois fois.
Le Typikon d'Alexis le Stoudite prescrivait un autre dérou-
lement pour les heures. Il était prévu de chanter d'abord le
tropaire pascal trois fois, puis le tropaire de la Résurrection, ton
3, puis le kondakion pascal et le théotokion de l'heure. Puis on
disait le Trisagion et les autres prières jusqu'au« Notre Père », et
« Kyrie, eleison» douze fois'.

1. Homélie catéchétique attribuée à saint JEAN CHRYSOSTOME, PG 59, 721-


724.
2. IIEHTKOBCKHM, TUnUKOH, p. 257.
3. Ibid.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 265

La Divine Liturgie.
Les typika prévoient de célébrer ensuite la Divine Liturgie de
saint Jean Chrysostome. Après la bénédiction initiale, le prêtre,
tenant la Croix et le bougeoir pascal à trois branches, encense
l'église en chantant trois fois le tropaire pascal qui est repris trois
fois par le chœur, puis entonne les quatre versets psalmiques,
intercalés par le tropaire pascal. Au lieu desantiphones
habituelles, on chante celles de la fête. À l'entrée, après le verset
d'entrée particulier à la fête, on chante le tropaire : «Le Christ
est ressuscité », suivi de l'hypakoï et du kondakion. Au lieu du
Trisagion, on chante «Vous tous qui avez été baptisés ». On lit
l'Apôtre et l'Évangile de la fête. Chez les Russes, il est d'usage
que l'évangile soit lu en plusieurs langues, en commençant
par les langues anciennes. Cet usage prend son origine dans la
pratique constantinopolitaine où, le jour de Pâques, le prologue
de Jean était lu par le patriarche et repris, verset par verset, par
le diacre qui se tenait sur l'ambon'. Chez les Grecs, cet usage
est observé aux vêpres de Pâques. Au lieu de l'hymne à la Mère
de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos de la neuvième ode.
À la communion, au lieu de « Béni est celui qui vient. .. », « Que
nos lèvres» et « Nous avons vu la vraie lumière », on chante le
tropaire : « Le Christ est ressuscité ». La liturgie se termine avec
le chant du tropaire pascal et le congé de Pâques que le prêtre
prononce avec la Croix et le bougeoir pascal à trois branches.
Après le congé de la liturgie, le prêtre bénit l'artos, le pain pascal
symbolisant le Christ ressuscité, qui sera distribué le samedi
suivant. À la suite de la liturgie, il est prévu « une grande conso-
lation » pour les frères au réfectoire.

Les vêpres de Pâques.


L'office de vêpres débute d'une manière semblable à celui
des matines. Le dimanche soir, le prêtre revêt tous ses vêtements
sacerdotaux. Après la bénédiction initiale des vêpres (« Béni est
notre Dieu ... »), le tropaire pascal est chanté trois fois par le
prêtre et trois fois par le chœur, puis quatre versets psalmiques
sont chantés, en intercalant le tropaire pascal. Pendant ce temps,

1. MATÉOS, Typicon, II, p. 94-96.


266 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

le prêtre, tenant la Croix et le bougeoir pascal à trois branches,


encense toute l'église. Le diacre dit ensuite la grande synaptie.
Puis on chante « Seigneur, je crie », On chante 6 stichères de
l'Octoèque, ton 2, puis le doxastikon et le théotokion. On fait
l'entrée avec l'évangéliaire. Après «Lumière joyeuse », on
chante le grand prokimenon (« Quel dieu est grand »). Puis on
lit la péricope de Jn 20, 19-25. Chez les Grecs, il est d'usage
de lire cet évangile dans plusieurs langues. On dit l'ecténie, on
chante « Daigne, Seigneur »,puis on dit la litanie des demandes.
On chante le premier stichère apostiche de l' Octoèque, ton 2,
puis les stichères de Pâques. L'office se termine par le congé de
Pâques que le prêtre prononce en tenant la Croix et le bougeoir
pascal à trois branches.

Particularités des offices de la semaine pascale.

Pendant toute la semaine pascale (Semaine Lumineuse ou


Semaine du Renouveau), on célèbre chaque jour les mêmes
offices qu'à Pâques, comme si toute cette semaine n'était en fait
qu'une seule et même journée. C'est le vestige de l'ancienne
octave pascale, attestée à Jérusalem à la fin du Ive siècle par
Égérie, pendant laquelle avait lieu la mystagogie de ceux
qui avaient reçu le baptême le Grand Samedi. Ces offices ont
toutefois quelques particularités. Tout d'abord, à l'exception du
jour de Pâques, le prêtre célébrant ne revêt pas l'ensemble de
ses ornements sacerdotaux. On ne fait pas de procession avant
le début des matines. Au début des vêpres, des matines et de la
Divine Liturgie, après la bénédiction initiale, le prêtre, tenant la
Croix et le bougeoir pascal à trois branches, encense l'église en
chantant trois fois le tropaire pascal qui est repris trois fois par
le chœur, puis entonne les quatre versets psalmiques, intercalés
par le tropaire pascal. Une procession a toutefois lieu à la fin de
la Divine Liturgie qui est célébrée quotidiennement. Dans l'ordo
grec, on fait une procession le lundi ou le mardi de Pâques et
on célèbre la bénédiction des eaux pour signifier la participation
de la création sensible au mystère de la Résurrection. Jadis, à
Constantinople, comme l'atteste le Typikon de la Grande Église
et le Typikon d'Alexis le Stoudite, une procession n'avait lieu que
LES OFFICES DU PENTECOSTAlRE 267

le lundi de Pâques à la deuxième heure, comme pour le dimanche


des Palmes. L'évangile n'est lu qu'aux vêpres du dimanche soir.
Chaque jour, au lucernaire et aux apostiches des vêpres, de
même qu'aux laudes des matines, on chante des stichères diffé-
rents de l'Octoèque. Cette semaine est considérée comme la
semaine des sept dimanches, chaque jour étant consacré à un
ton de l' Octoèque : dimanche ton 1 ; lundi ton 2 ; mardi ton 3 ;
mercredi ton 4 ;jeudi ton 5 ; vendredi ton 6 ; samedi ton 8. Chaque
soir de la semaine, on chante un grand prokimenon différent.
Aux matines, dès le lundi matin, on ajoute aux tropaires du
canon pascal de saint Jean Damascène, pour «Gloire» et «Et
maintenant », les théotokia de Théophane et Joseph. Dans l'ordo
grec, ces théotokia ne sont chantés que les dimanches suivants,
pendant le canon de Pâques. Les petites synapties n'ont lieu
qu'après les troisième, sixième et neuvième odes. Les encen-
sements se font donc au début de chacune des trois parties
(à la première, quatrième et septième ode), de même qu'à la
neuvième. Dans l'ordo grec, on dit les petites synapties à chaque
ode, comme le dimanche de Pâques, mais on n'encense qu'à la
première et à la neuvième ode.
Les offices de vêpres, matines et la Divine Liturgie se terminent
par le congé de Pâques que le prêtre prononce en tenant la Croix
et le bougeoir pascal à trois branches.
Le vendredi de la Semaine Lumineuse, on commémore
la source porteuse de vie à Constantinople. On trouve dans le
Pentecostaire un office qui lui est consacré, attribué à Nicéphore
Calliste Xanthopoulos. Cet office peut être associé à l'office
pascal. À cause de cette solennité, il est d'usage de bénir l'eau ce
jour-là. Dans l'ordo grec, la bénédiction des eaux est célébrée le
lundi ou le mardi.
Le samedi clôt la semaine pascale. Dans la tradition stoudite, la
clôture de Pâques avait lieu le samedi de la Semaine Lumineuse,
et non le mercredi de la sixième semaine comme c'est le cas
aujourd'hui. Après la Divine Liturgie, on distribue l'artos. Après
la neuvième heure, on referme les portes de l'iconostase. Souvent,
dans l'ordo grec, on ne ferme les portes qu'aux vêpres quand on
chante le stichère « Toute porte étant fermée »,
268 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

LA DEUXIÈME SEMAINE APRÈs PÂQUES

Le dimanche de Thomas (Antipascha).

Origine.
Le deuxième dimanche de Pâques, c'est-à-dire celui qui suit
le dimanche de Pâques, est le dimanche de l'attouchement de
Thomas. Il est aussi appelé «Antipascha» (AV'tt7t<lO'Xa) ou
«dimanche du Renouveau». Il conclut l'octave pascale dont
la célébration particulière à Jérusalem à la fin du IVe siècle est
attestée par Égérie dans son Journal de voyage et, au v e siècle,
par le Lectionnaire arménien. Au chapitre trente-neuf de son
Journal de voyage, Égérie nous dit que « ces fêtes de Pâques se
célèbrent durant huit jours 1 ». Elle précise que le jour de l'octave
de Pâques, «on fait [...] le lucernaire tant à l'Anastasis qu'à
la Croix, puis tout le peuple sans exception, avec des hymnes,
escorte l'évêque jusqu'à Sion. Quand on est arrivé, on dit de
même des hymnes appropriées au lieu et au jour, on lit encore
ce passage de l'Évangile où, huit jours après Pâques, le Seigneur
entra là où étaient les disciples et reprocha à Thomas d'avoir été
incrédule- », Le Lectionnaire arménien nous renseigne davantage
sur le déroulement des offices. Pour le dimanche de l'octave, il
prévoit à la liturgie pour l'évangile la lecture du prologue de Jn
(Jn 1, 1-17) qui, de nos jours, dans le rite byzantin, est lu le jour
de Pâques, conformément à la tradition constantinopolitaine, déjà
attestée par le Typikon de la Grande Église. Le passage de Jean
20, 26-31, où le Seigneur apparaît aux apôtres le huitième jour
et prouve à Thomas qu'Il est bien ressuscité, était lu à Jérusalem
le dimanche soir à l'office de vêpres qui avait lieu à Sion. Cette
péricope, dans le rite de Constantinople, sera lue à la liturgie et
donnera au deuxième dimanche de Pâques le nom de dimanche
de Thomas.
La cinquantaine pascale étant depuis les origines du christia-
nisme une période de réjouissance, l'hymnographie chantant la
Résurrection du Christ, habituellement réservée pour l'office
du dimanche, vient s'étendre sur les autres jours de la semaine.

I. ÉGÉRIE, Journal de voyage 39, 1 (SC 296, p. 293).


2. ÉGÉRIE, Journal de voyage 40, 2 (SC 296, p. 295).
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 269

La cinquantaine pascale est marquée, tout comme la Sainte


Quarantaine, de plusieurs solennités qui font l'objet d'un office
liturgique dans le Pentecostaire. Les thèmes de ces différents
dimanches reprennent celui de la péricope de l'évangile lue
à la litur~ie. Par conséquent, ils suivent le lectionnaire de la
Grande Eglise'. Celui-ci prévoyait à la liturgie eucharistique
en lecture continue les Actes des Apôtres et l'évangile de Jean
pour la période pascale se terminant par la fête de la Pentecôte.
Il faut dire qu'on lisait déjà les Actes des Apôtres et l'évangile
de Jean à Jérusalem pendant la même période. Toutefois, le
choix des péricopes était différent à Constantinople de celui de
Jérusalem'. On constate donc que la rédaction actuelle de notre
Pentecostaire est constantinopolitaine, puisqu'elle suit la théma-
tique des lectures de l'évangile à la liturgie dominicale prévues
par le Typikon de la Grande Église. On peut émettre l'hypothèse
qu'elle est l'œuvre des Stoudites.
La lecture continue de Jean s'inaugurait à Constantinople
par la lecture du Prologue le jour de Pâques (Jn 1, 1-17), que la
tradition hiérosolymitaine lisait le dimanche après Pâques. Nous
pouvons remarquer trois exceptions à la règle pour ce qui a trait
aux lectures de l'évangile : le mardi de Pâques, on lit la péricope
de Le 24, 12-35 sur les disciples d'Emmaüs, qui était la péricope
prévue ce jour-là par le Lectionnaire arménien', témoin de la
liturgie hiérosolymitaine de la première moitié du v e siècle ; la
péricope de Mc 15,43-16,8, lue le 3e dimanche de Pâques et
relatant l'ensevelissement et le tombeau vide, qui est en fait une
lecture choisie en fonction de la commémoration, ce dimanche-
là, des Myrrhophores, de Joseph d'Arimathie et de Nicodème,
et finalement, la péricope de Luc (24,36-53) lue le jeudi de
l'Ascension, qui est une lecture choisie en fonction de cette fête.
Dans la tradition stoudite, le dimanche de Thomas était
considéré comme une fête despotique avec un jour d'après-fête".
Toutefois, le rite byzantin actuel, marqué par la tradition sabaïte,

1. Voir,Il,MHTPHEBCKHH, Onucauue, T. 1, T'Ultt1cu, '1. 1, p. 135-148 ; MATÉOS,


Typicon, II, p. 92-138. Sur ce cycle de lectures, voir J. GETCHA, « Le système de
lectures bibliques du rite byzantin », p. 41-43.
2. Voir le tableau comparatif dans S. JANERAS, «Les lectionnaires de l'an-
cienne liturgie de Jérusalem », CCV 2 (2005), p. 84-85.
3. RENOUX, II, p. 316-317.
4. Voir par exemple, IIEHTKOBCKHH, Tunuxon, p. 262.
270 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

ne connaît pas de déroulement particulier pour le lundi de la


deuxième semaine de Pâques. On remarque cependant que toute
la semaine qui suit ce dimanche possède une structure d'après-
fête. Ce sera aussi le cas des dimanches suivants.

Déroulement.
À partir du dimanche de Thomas, les offices liturgiques
reprennent à peu près leur déroulement habituel. À partir de ce
jour-là, on reprend la lecture des stichologies du Psautier, inter-
rompue le mercredi de la Grande Semaine. Chaque dimanche,
pendant la cinquantaine pascale, on n'utilise que le Pentecostaire.
L'office du saint du Ménée est reporté à l'apodeipnon (ou à un
autre jour), à moins que ce ne soit un office avec polyéleos.
Jusqu'à la clôture de Pâques, chaque office débute par le chant du
trop aire : « Le Christ est ressuscité », Ce trop aire est chanté trois
fois au début des offices majeurs (vêpres, matines et liturgie), et
récité trois fois au début des autres offices.
L'office du dimanche de Thomas suit le déroulement d'une
fête despotique. Avant la neuvième heure, on referme les portes
de l'iconostase restées ouvertes pendant toute la semaine pascale.
À l'Athos, elles sont refermées au chant du premier stichère du
lucernaire. Aux vêpres, au lucernaire, on chante les stichères
du Pentecostaire, attribués à Jean le Moine (Damascène), en 10
tropaires, suivis de leur doxastikon. LePentecostaire prévoit
des stichères de la litie, de même que des stichères apostiches.
À l'artoclasie, on chante trois fois le tropaire de la fête : «Le
tombeau étant scellé », Comme grande lecture, entre les vêpres et
les matines (si l'on célèbre l' agrypnie), il est prévu de lire pendant
la période pascale les commentaires de saint Jean Chrysostome
sur les Actes des Apôtres depuis le début.
Les matines commencent par le chant du tropaire : « Le Christ
est ressuscité» (3 fois) suivi de l'hexapsalme. Pour« Le Seigneur
est Dieu », on chante trois fois le tropaire de la fête (« Le tombeau
étant scellé »), Après chaque stichologie, on prend les tropaires-
cathismes du Pentecostaire. On chante le polyéleos et le psaume
choisi, accompagné du mégalynaire de la fête. Cette exception
vient du fait que l'office de ce dimanche est assimilé à celui d'une
fête despotique. Après la petite synaptie, on chante le tropaire-
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 271

cathisme de la fête, la première antiphone des anavathmi, ton


4 (« Depuis ma jeunesse »), suivis du prokeimenon de la fête (du
Pentecostaire) et de la lecture.du premier évangile matutinal (de
la Résurrection). Le stichère «Ayant contemplé la résurrection
du Christ» est dit trois fois. Après le psaume 50, on chante les
stichères habituels du dimanche : «Gloire»: «Par les prières
des apôtres » ; «Et maintenant » : «Par les prières de la Mère .
de Dieu» ; «Aie pitié de moi» ; «Le Christ étant ressuscité
du tombeau ». Après la prière: «Sauve, ô Dieu, ton peuple »,
on exécute le canon de la fête (Pentecostaire), attribué à Jean le
moine (Damascène) en 14 tropaires, chaque ode étant conclue par
les hirmi du canon pascal comme catavasie. Après la troisième
ode, on lit l'hypakoï du Pentecostaire. Après la sixième ode, on
chante le kondakion et l'ikos du Pentecostaire. Vient ensuite la
lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la
neuvième ode, le Magnificat est omis. Après la neuvième ode,
après «Saint est notre Dieu », ton 1, on ajoute l'exapostilaire
du Pentecostaire. Aux laudes, on chante les quatre stichères du
Pentecostaire et leur doxastikon, suivis de la grande doxologie
et du tropaire de la fête. Entre le congé et la première heure,
on chante le premier stichère de l'évangile qui est suivi, selon
le Typikon, d'une litie pour les défunts et de la lecture dans le
narthex d'une catéchèse de saint Théodore le Stoudite.
Chaque heure commence par la lecture du tropaire «Le Christ
est ressuscité » (qui remplace, selon les cas, la prière « Roi céleste »
ou «Venez, adorons »). À toutes les heures, on lit le tropaire et le
kondakion de la fête.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, on chante trois fois le tropaire « Le Christ est
ressuscité». À l'entrée, seuls le tropaire et le kondakion de la fête
sont chantés. Le prokeimenon, l'Apôtre, les versets d'alléluia,
l'Évangile et le koinonikon sont ceux de la fête. Au lieu de
l'hymne à la Mère de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos de la
neuvième ode du canon pascal : « L'Ange chanta... » « Illumine,
illumine-toi », Le tropaire « Nous avons vu la vraie lumière» est
remplacé par« Le Christ est ressuscité », Avant le congé, après:
« Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on chante le tropaire : « Le
Christ est ressuscité» trois fois.
272 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Dans la tradition russe, le mardi de la deuxième semaine de


Pâques est appelé «Radonitsa» Gour de réjouissance). Il est
d'usage ce jour-là d'aller au cimetière, d'y commémorer les
défunts afin de partager avec eux la joie pascale. Toutefois, l'ordo
des offices liturgiques à l'église n'est pas modifié. On ne célèbre
à l'église qu'une pannychide, soit après les vêpres, soit avant ou
après la liturgie. Cet usage se fonde sur le fait que, d'après le
typikon, la célébration des lities pour les défunts reprend après
les matines du dimanche de Thomas.

Les offices de semaine pendant la cinquantaine pascale.

Pendant la cinquantaine pascale, les solennités du dimanche


(désignées comme «fête») se poursuivent tout au long de la
semaine qui suit, constituant ainsi l'après-fête du dimanche,
jusqu'au samedi. On utilise le Pentecostaire et le Ménée.
Tous les offices quotidiens commencent par le chant ou la
lecture du tropaire : «Le Christ est ressuscité» (trois fois). La
prière« Roi céleste» n'est plus lue jusqu'à la Pentecôte. Le prêtre
dit chaque jour, à la fin de chaque office, le congé dominical
(« Que Celui qui est ressuscité des morts ... »).
Aux vêpres, on chante 3 stichères de la fête du Pentecostaire,
suivies de 3 stichères du Ménée (dans le cas d'un office sans
signe). [Le soir du dimanche de Thomas, on chante exception-
nellement aux vêpres le grand prokeimenon «Quel dieu est
grand », précédé de la petite entrée.] Aux apostiches, on a les
stichères de l' Octoèque prévus par le Pentecostaire (2e semaine:
ton 1; 3e semaine: ton 2; 4e semaine: ton 3 ; 5e semaine:
ton 4; 6e semaine: ton 5), suivies d'un doxastikon de la fête
(Pentecostaire). Après le Trisagion et le Notre Père, on chante
le tropaire du dimanche précédent, «Gloire », celui du saint du
Ménée, « Et maintenant» : le théotokion dominical dans le ton
du tropaire du saint du Ménée. La semaine qui suit le dimanche
de Thomas, on ne chante, que le tropaire du saint du Ménée,
« Gloire », « Et maintenant », et le tropaire de la fête.
À l' apodeipnon, il est prévu de lire les canons à trois odes
de Joseph de Thessalonique, frère de saint Théodore le Stoudite.
Ceux-ci se trouvent dans une annexe des éditions slaves du
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 273

Pentecostaire', Ils sont toutefois absents des éditions grecques


modernes. Il est intéressant de remarquer que, dans la tradition
stoudite, ces canons à trois odes étaient chantés aux matines-.
Ainsi, lors de la diffusion du Typikon sabaïte, à partir du
XIve siècle, ces canons d'origine stoudite furent incorporés à
la tradition sabaïte, en étant toutefois relégués à l'apodeipnon,
comme ce fut le cas pour les canons à trois odes d'André de Crète
dans la Grande Semaine.
Aux matines, on supprime l'office royal. Après: «Le
Seigneur est Dieu », on chante le tropaire du dimanche
précédent, «Gloire»: le tropaire du saint du Ménée, «Et
maintenant »: le théotokion dominical dans le ton du tropaire
du saint du Ménée. La semaine qui suit le dimanche de Thomas,
on chante le tropaire de la fête, « Gloire» : le tropaire du saint
du Ménée, « Et maintenant» : le tropaire de la fête. Après la
première stichologie et la petite synaptie, on prend le tropaire-
cathisme de l' Octoèque qui est donné par le Pentecostaire
(2e semaine: ton 1 ; 3e semaine: ton 2 ; 4e semaine: ton 3 ;
5e semaine: ton 4; 6e semaine: ton 5). Après la deuxième
stichologie et la petite synaptie, le tropaire-cathisme de la
fête (Pentecostaire). On chante ensuite le stichère «Ayant
contemplé la résurrection du Christ» (une fois), puis on lit
le psaume 50. On exécute ensuite le canon de la fête (du
Pentecostaire) et le canon du saint du Ménée :
1) Si le saint du Ménée n'a pas de signe, on chante le canon
de la fête (du Pentecostaire) en 8 tropaireset le canon du saint
du Ménée en 4. Après la troisième ode, on chante le kondakion,
l'ikos et le tropaire-cathisme du saint suivi du tropaire-cathisme
de la fête. Après la sixième ode, le kondakion et l'ikos de la
fête.
2) Si l'office du saint du Ménée est « à 6 stichères », on chante
le canon de la fête (du Pentecostaire) en 6 tropaires et le canon
du saint du Ménée en 6. Après la troisième ode, on chante le
le kondakion et l'ikos de la fête et le tropaire-cathisme du saint
suivi du tropaire-cathisme de la fête. Après la sixième ode, le
kondakion et l'ikos du saint du Ménée.

1. Voir, par exemple, Tpuoô» I4SemHaJl,.Moscou, 1992, p. 289 et s.


2. Voir, par exemple, IIEHTKoBcKHfI:, Tunuxon, p. 263.
274 LE TYPIKüN DÉCRYPTÉ

3) S'il y a deux saints dans le Ménée, on chante le canon de


la fête (du Pentecostaire) en 6 tropaires et les canons des deux
saints du Ménée en 8.
4) Le samedi matin, on chante le canon de la fête (du
Pentecostaire) en 6 tropaires, le canon du saint patron de l'église
(si et seulement si elle est consacrée à un saint) en 4 et le canon
du saint du Ménée en 4.
À la neuvième ode, on chante le Magnificat. Après la neuvième
ode, on dit l'exapostilaire de la fête, « Gloire », l'exapostilaire du
Ménée (s'il y en a un),« Et maintenant », le second exapostilaire
de la fête.
Aux laudes qui sont lues dans leur rédaction palestinienne,
on ajoute les stichères de la Résurrection de l'Octoèque prévus
par le Pentecostaire (2e semaine: ton 1 ; 3e semaine: ton 2 ;
4e semaine: ton 3 ; 5e semaine: ton 4 ; 6e semaine: ton 5), suivis
d'un doxastikon de la fête (Pentecostaire). Aux apostiches, on
chante les stichères de la fête (Pentecostaire). Après « Il est bon
de confesser» (lu une seule fois), le Trisagion et le Notre Père,
puis le trop aire du saint du Ménée, « Gloire », « Et maintenant» :
le trop aire de la fête.
Aux heures, on lit: le trop aire de la fête, «Gloire », le
tropaire du saint du Ménée, « Et maintenant» : le théotokion de
l'Horologion. Toutefois, on ne dit que le kondakion de la fête
(Pentecostaire).
À la liturgie, à l'entrée, on chante «Venez, prosternons-nous ...
qui est ressuscité des morts ... », puis: le trop aire de la fête
(Pentecostaire), le tropaire de l'église (si elle consacrée à la Mère
de Dieu ou à un saint), le (ou les) tropaire(s) du (ou des) saint(s)
du Ménée, le kondakion de l'église (si elle consacrée à la Mère
de Dieu ou à un saint), le ou les kondakion (kondakia) du (ou des)
saint(s) du Ménée et le kondakion de la fête (Pentecostaire). Le
prokeimenon.Ies versets d'Alléluia et le koinonikon sont ceux de
la fête (du dimanche précédent, dans le Pentecostaire). Si le Ménée
en prévoit, ces versets sont ajoutés à ceux du Pentecostaire. On
lit les lectures du jour, prévues pour la période du Pentecostaire.
Si le Ménée en prévoit pour le saint commémoré, celles-ci sont
lues après celles du jour. Au lieu de l'hymne à la Mère de Dieu,
on chante le refrain et l 'hirmos de la neuvième ode du canon
pascal: «L'Ange chanta... » «Illumine, illumine-toi », Il faut
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 275

cependant noter qu'à l'Athos, on continue de chanter «Il est


digne en vérité ... »et que l'hirmos du canon pascal n'est chanté
que les dimanches et jours de fête. Le tropaire « Nous avons vu
la vraie lumière» est remplacé par « Le Christ est ressuscité »,
Avant le congé, après: «Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on
chante le tropaire : « Le Christ est ressuscité» trois fois.

Les offices d'un saint avec polyéleos pendant


la cinquantaine pascale.

Généralement, des fêtes avec polyéleos comme celles du grand


martyr saint Georges (23 avril), du saint apôtre Jean le Théologien
(8 mai), de saint Nicolas (9 mai dans l'ordo russe ou 20 mai dans
l'ordo grec) et des saints Constantin et Hélène (21 mai) tombent
pendant la cinquantaine pascale.
Aux vêpres, on chante 3 stichères de la fête du Pentecostaire
suivis des stichères du Ménée sur 5, le doxastikon du Ménée et,
pour « Et maintenant », l'idiomèle de la fête du Pentecostaire.
Après l'entrée et le prokeimenon du soir, on lit les trois
prophéties prévues dans le Ménée. À la litie, on chante les
idiomèles de l'église, du Ménée, suivies du doxastikon de la fête
du Pentecostaire prévu aux apostiches des matines. Les stichères
aux apostiches sont ceux du Ménée suivis d'un doxastikon de
la fête (Pentecostaire). Après le Trisagion et le Notre Père, si on
ne célèbre qu'un office avec polyéleos, on chante le tropaire du
saint du Ménée, «Gloire », «Et maintenant»: le théotokion
dominical ; si on célèbre l' agrypnie, on chante le tropaire du saint
du Ménée (deux fois) et « Mère de Dieu, Vierge» (une fois).
Aux matines, après : «Le Seigneur est Dieu», on chante le
tropaire de la fête, «Gloire» : le tropaire du saint du Ménée,
« Et maintenant» : le théotokion dominical. Après la première
stichologie et la petite synaptie, on prend le tropaire-cathisme de
la fête (Pentecostaire). Après la deuxième stichologie et la petite
synaptie - le tropaire-cathisme du saint du Ménée suivi de celui
de la fête (Pentecostaire). On chante le polyéleos et le psaume
choisi, accompagné du mégalynaire. Après la petite synaptie, on
chante le tropaire-cathisme du Ménée, puis la première antiphone
de l'anavathmi, ton 4 [« Depuis ma jeunesse »), Après le prokei-
276 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

menon et l'évangile prévu dans le Ménée, on chante le stichère


«Ayant contemplé la Résurrection du Christ» (une fois), puis on
lit le psaume 50. On chante les versets habituels et I'idiomèle du
Ménée prévu après l'évangile. Après la prière « Sauve, ô Dieu,
ton peuple », on exécute le canon de la fête (du Pentecostaire)
en 6 tropaires et le canon du saint du Ménée en 8. On chante
les hirmi du canon pascal comme catavasie. Après la troisième
ode, le kondakion et l'ikos de la fête et le tropaire-cathisme du
saint suivi de celui de la fête. Après la sixième ode, le kondakion
et l'ikos du saint du Ménée. À la neuvième ode, on chante le
Magnificat. Après la neuvième ode, on chante l'exapostilaire du
saint du Ménée, « Gloire... Et maintenant. .. », l'exapostilaire de
la fête. Aux laudes (dans leur rédaction constantinopolitaine), on
ajoute les 4 stichères du Ménée, «Gloire» : le doxastikon du
Ménée, «Et maintenant» : le stichère de la fête (Pentecostaire).
Après la grande doxologie, on chante le tropaire du saint du
Ménée, «Gloire ... Et maintenant» : le théotokion dominical.
Aux heures, on lit: le trop aire de la fête, « Gloire », le tropaire
du saint du Ménée, «Et maintenant» : le théotokion de l'Horo-
logion. On dit le kondakion de la fête (Pentecostaire) et celui du
saint du Ménée en alternance.
À la liturgie, à l'entrée, on chante «Venez, prosternons-
nous ... qui est ressuscité des morts ... », puis: le tropaire de la
fête (Pentecostaire), le tropaire de l'église (si elle est consacrée
à la Mère de Dieu), le tropaire du saint du Ménée, le kondakion
de l'église (si elle est consacrée à la Mère de Dieu), le kondakion
du saint du Ménée et le kondakion de la fête (Pentecostaire). On
chante d'abord le prokeimenon, les versets d'Alléluia et le koino-
nikon de la fête (du dimanche, dans le Pentecostaire) suivi de celui
du Ménée. On lit les lectures du jour, prévues pour la période du
Pentecostaire, puis celles du saint du Ménée. Au lieu de l'hymne
à la Mère de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos de la neuvième
ode du canon pascal: « L'Ange chanta... » « Illumine, illumine-
toi », Le tropaire « Nous avons vu la vraie lumière» est remplacé
par « Le Christ est ressuscité ». Avant le congé, après: « Gloire à
Toi, ô Christ notre Dieu », on chante le tropaire : « Le Christ est
ressuscité» trois fois.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 277

LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS PÂQUES

Le dimanche des Myrrhophores.

Origine.
Le troisième dimanche de Pâques commémore les femmes .
Myrrhophores, Joseph d'Arimathie et Nicodème. La péricope de
l'évangile choisie par le Typikon de la Grande Église pour être
lue à la liturgie de ce dimanche est le passage de Mc 15, 43-16, 8,
relatant l'ensevelissement et le tombeau vide. Ce dimanche qui
suit l'octave pascale constitue une sorte de « synaxe » de tous
les témoins de l'ensevelissement et de la Résurrection du Christ,
un peu comme la synaxe de la Mère de Dieu suit le jour de la
Nativité ou comme la synaxe de Jean le Baptiste suit la fête de la
Théophanie.
Il faut savoir que, dans la tradition de Jérusalem, la péricope
de Mc 15,42-16,8 était lue à la liturgie du dimanche de Pâques,
alors qu'on lisaitJn 2, 1-11 le troisième dimanche de Pâques'. Ce
n'est qu'à Constantinople qu'on lisait cette péricope le troisième
dimanche de Pâques, faisant ainsi une exception dans la lecture
continue de l'évangile de Jean. On peut donc en déduire que la
solennité du troisième dimanche de Pâques est d'origine constan-
tinopolitaine.

Déroulement.
Comme tous les dimanches de la cinquantaine pascale, l'office
suit scrupuleusement le Pentecostaire. L'office du saint du Ménée
est reporté à l' apodeipnon (ou à un autre jour), à moins que ce ne
soit un office avec polyéleos.
Aux vêpres, au lucernaire, on chante 7 stichères de l' Octoèque,
ton 2, repris par le Pentecostaire (3 de la Résurrection et 4 « orien-
tales»), et 3 stichères des Myrrhophores (dits «orientaux»),
suivis d'un doxastikon attribué à Cosmas de Maïouma et du
théotokion dogmatique, ton 2. À la litie on prend les stichères
1. Voir lectures prévues dans le Lectionnaire géorgien: Le Grand Lection-
naire de l'Église de Jérusalem (éd. par M. TARCHNISVILI), CSCO 189, p. 115,
124. Voir le tableau comparatif dans JANERAS, « Les lectionnaires de l'ancienne
liturgie de Jérusalem », p. 84-85.
278 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

idiomèles du Pentecostaire. Aux apostiches, on chante le stichère


de la Résurrection de l' Octoèque, ton 2, repris par le Pentecostaire,
suivi des stichères de Pâques auxquels on ajoute le doxastikon
des apostiches du vendredi saint: « Toi qui te revêts de lumière
comme d'un manteau ». À l'artoc1asie, on chante trois fois le
tropaire « Mère de Dieu et Vierge».
Les matines commencent par le chant du tropaire : « Le Christ
est ressuscité» (3 fois) suivi de l'hexapsalme. Pour« Le Seigneur
est Dieu », on chante les tropaires : «Lorsque Tu descendis»
(tropaire dominical, ton 2), «Gloire»: «Le noble Joseph »,
«Et maintenant»: «Aux femmes Myrrhophores» (tropaires-
cathismes après la première stichologie des matines du dimanche
dans l' Octoèque, ton 2, chantés comme tropaires le vendredi saint).
Après la première stichologie, on entonne les tropaires-cathismes
repris par le Pentecostaire de l' Octoèque, ton 2. Après la deuxième
stichologie, les tropaires-cathismes de la fête du Pentecostaire.
On chante le polyéleos et les eulogétaires de la Résurrection.
Après la petite synaptie, on chante le tropaire-cathisme de la
fête (Pentecostaire), puis les anavathmi de l'Octoèque, ton
2, repris par le Pentecostaire, le prokeimenon matutinal du
dimanche de l'Octoèque, ton 2, repris par le Pentecostaire, et on
lit le troisième évangile matutinal (de la Résurrection), suivi du
« Ayant contemplé la Résurrection du Christ» trois fois. Après
le psaume 50, on chante les stichères habituels du dimanche :
« Gloire» : «Par les prières des apôtres» ; « Et maintenant» :
« Par les prières de la Mère de Dieu» ; « Aie pitié de moi» ; « Le
Christ étant ressuscité du tombeau ». Après la prière: « Sauve,
ô Dieu, ton peuple », on exécute le canon de Pâques avec les
théotokia de Théophane en 6 tropaires et le canon de la fête (des
Myrrhophores) attribué à André de Crète en 8, avec les hirmi
du canon pascal comme catavasie. Notons que le canon d'André
de Crète a plus de huit tropaires et commence par des tropaires
de la Résurrection: l'usage est de les omettre en comptant 8 à
partir de la fin, et de chanter les tropaires omis les jours d'après-
fête. Après la troisième ode, le kondakion de Pâques suivi des
tropaires-cathismes du Pentecostaire. Après la sixième ode, le
kondakion et l'ikos de la fête (des Myrrhophores). Vient ensuite
la lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos.
À la neuvième ode, on omet le Magnificat. Le Magnificat n'est
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 279

jamais chanté le dimanche jusqu'à la clôture de Pâques puisque


le canon de Pâques est chanté avec ses mégalynaires propres.
Après la neuvième ode, après «Saint est notre Dieu », ton 2,
on chante l'exapostilaire de Pâques et l'exapostilaire de la fête
(des Myrrhophores). Aux laudes, on choisit huit stichères de
l' Octoèque, ton 2, repris par le Pentecostaire (4 de la Résurrection
et 4 dits « orientaux»), auxquels on ajoute un stichère de la fête
(en l'honneur des Myrrhophores), « Gloire» : le second idiomèle
éothinon de l'évangile (ton 2), « Et maintenant» : le théotokion :
« Th es bénie par-dessus tout ô Mère de Dieu, Vierge». Après la
grande doxologie, on chante le tropaire de la Résurrection prévu
à la fin des matines dominicales (« Ressuscité du tombeau»).
Aux heures, on lit lestropaires: «Lorsque Th descendis »,
«Gloire» : «Le noble Joseph », «Et maintenant» : théotokion de
l'Horologion. On lit le kondakion de la fête (des Myrrhophores).
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, le tropaire «Le Christ est ressuscité» est
chanté trois fois. L'entrée est suivie des tropaires : « Lorsque Tu
descendis », «Le noble Joseph », «Gloire» : le kondakion du
Pentecostaire, «Et maintenant» : le kondakion de Pâques. Le
prokeimenon, l'Apôtre, les versets d'Alléluia et l'Évangile sont
ceux de la fête (Pentecostaire). Au lieu de l'hymne à la Mère
de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos de la neuvième ode du
canon pascal: « L'Ange chanta ... » « Illumine, illumine-toi », Il
y a deux koinonika : «Recevez le corps du Christ» et « Louez
le Seigneur du haut des cieux », Le tropaire «Nous avons vu
la vraie lumière» est remplacé par « Le Christ est ressuscité ».
Avant le congé, après: « Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on
chante le tropaire : « Le Christ est ressuscité» trois fois.

Les offices de la troisième semaine de Pâques.

Les offices de la troisième semaine de Pâques suivent le dérou-


lement prévu pour tous les offices de semaine pendant la cinquan-
taine pascale (voir p.274-278). Il faut toutefois signaler que,
durant toute cette semaine, le chant des tropaires est particulier:
-À la fin des vêpres et àlafindes matines, «LenobleJoseph »,
« Gloire» : tropaire du saint du Ménée, « Et maintenant x.: « Aux
280 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

femmes Myrrhophores », ou bien: «Lorsque Tu descendis »,


« Gloire »: tropaire du saint du Ménée, «Et maintenant»:
«Aux femmes Myrrhophores ».
- Au début des matines, après «Le Seigneur est Dieu» :
«Le noble Joseph », «Lorsque Tu descendis », «Gloire»:
tropaire du saint du Ménée, «Et maintenant» : «Aux femmes
Myrrhophores»
- Aux heures, on lit les tropaires : «Le noble Joseph» à
prime et none, « Lorsque Tu descendis» à tierce, « Aux femmes
Myrrhophores» à sexte, puis: «Gloire» : tropaire du saint du
Ménée. On lit le kondakion de la fête (= des Myrrhophores).
- À la liturgie, après l'entrée: « Le noble Joseph », « Lorsque
Tu descendis », «Aux femmes Myrrhophores », tropaire de
l'église (si elle est consacrée à la Mère de Dieu ou à un saint),
tropaire du saint du Ménée (un ou deux), kondakion du saint du
Ménée, kondakion de la fête (= des Myrrhophores).

LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈs PÂQUES

Le dimanche du Paralytique.

Origine.
Le quatrième dimanche de Pâques est appelé « dimanche du
Paralytique », en lien avec la péricope de l'évangile choisie par
le Typikon de la Grande Église pour être lue à la liturgie de ce
dimanche (Jn 5, 1-15). Toutefois, dans la tradition de Jérusalem,
on lisait le passage de Jn 4, 4-23 sur la Samaritaine'. Ce passage
sera lu le dimanche suivant à Constantinople. L'hymnographie
du paralytique est donc d'origine constantinopolitaine.

1. Voir les lectures prévues dans le Lectionnaire géorgien: Le Grand


Lectionnaire de l'Église de Jérusalem, éd. par M. TARCHNISVILI, CSCO 189,
p. 127. Voir le tableau comparatif dans JANERAS, «Les lectionnaires de l'an-
cienne liturgie de Jérusalem », p. 84-85.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 281

Déroulement.
Comme pour tous les dimanches de la cinquantaine pascale,
l'office suit scrupuleusement le Pentecostaire. L'office du saint
du Ménée est reporté à l'apodeipnon (ou à un autre jour), à moins
que ce ne soit un office avec polyéleos.
Aux vêpres, au lucernaire, on chante 7 stichères de l'Octoèque,
ton 3, repris par le Pentecostaire (3 de la Résurrection et
4 « orientaux»), et les trois stichères idiomèles du paralytique,
suivis d'un doxastikon du paralytique et du théotokion dogma-
tique, ton 3. À la litie on prend l'idiomèle de l'église, puis le
doxastikon etle théotokion du Pentecostaire. Aux apostiches, on
chante un stichère de la Résurrection de l'Octoèque, ton 3, repris
par le Pentecostaire, suivi des stichères de Pâques auxquels on
ajoute un doxastikon du paralytique. À l'artoc1asie, on chante
trois fois le tropaire « Mère de Dieu et Vierge ».
Les matines commencent par le chant du tropaire: «Le
Christ est ressuscité» (3 fois) suivi de l'hexapsalme. Pour « Le
Seigneur est Dieu », on chante le tropaire dominical, ton 3, et
son théotokion. Après la première et la deuxième stichologies,
on entonne les tropaires-cathismes de l'Octoèque, ton 3, repris
par le Pentecostaire. Après le cathisme 118, on chante les eulogé-
taires de la Résurrection. Après la petite synaptie, on chante
l'hypakoï de l'Octoèque, ton 3, repris par le Pentecostaire, puis
les anavathmi de l'Octoèque, ton 3, repris par le Pentecostaire,
le prokeimenon matutinal du dimanche de l'Octoèque, ton
3, repris par le Pentecostaire, et on lit le quatrième évangile
matutinal (de la Résurrection). On chante le «Ayant contemplé
la Résurrection du Christ» trois fois. Après le psaume 50, on
chante les stichères habituels du dimanche:« Gloire»: «Par
les prières des apôtres » ; «Et maintenant »: «Par les prières
de la Mère de Dieu »; «Aie pitié de moi » ; «Le Christ étant
ressuscité du tombeau », Après la prière: « Sauve, ô Dieu, ton
peuple », on exécute le canon de Pâques avec les théotokia de
Théophane en 8 tropaires et le canon de la fête (du paralytique),
en 6. Le tropaire avant le doxastikon de ce canon est consacré à
l'archange Michel, peut-être en lien avec l'ange qui descendait
pour agiter les eaux de la piscine probatique. Le tropaire qui le
précède est le seul qui fasse allusion au paralytique. On chante les
hirmi du canon pascal comme catavasie. Après la troisième ode,
282 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

on chante le kondakion et l'ikos de Pâques, puis les tropaires-


cathismes du paralytique (Pentecostaire). Après la sixième ode,
on chante le kondakion et l'ikos de la fête (= du paralytique).
Vient ensuite la lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste
Xanthopoulos. À la neuvième ode, on omet le Magnificat. Après
la neuvième ode, après « Saint est notre Dieu », ton 3, on chante
l'exapostilaire de Pâques et celui de la fête (= du paralytique).
Aux laudes, on chante huit stichères de l'Octoèque, ton 3, repris
par le Pentecostaire (4 de la Résurrection et 4 dits « orientaux»),
puis le doxastikon de la fête (en l'honneur du paralytique), «Et
maintenant»: le théotokion: «Tu es bénie par-dessus tout,
ô Mère de Dieu, Vierge». Après la grande doxologie, on chante le
tropaire de la Résurrection prévu à la fin des matines dominicales
(« Aujourd'hui le salut du monde»). Après le congé, on chante:
«Gloire... Et maintenant ... » : troisième stichère de l'évangile
(ton 3). Puis on lit la catéchèse de saint Théodore Stoudite, suivie
de la première heure.
Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 3, et le kondakion
du Pentecostaire.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, on chante trois fois le tropaire : « Le Christ
est ressuscité ». À l' enrrée, on chante le tropaire dominical, ton
3, « Gloire », le kondakion du Pentecostaire, « Et maintenant» :
le kondakion de Pâques. Le prokeimenon, l'Apôtre, les versets
d'Alléluia et l'Évangile sont ceux de la fête (Pentecostaire). Au
lieu de l'hymne à la Mère de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos
de la neuvième ode du canon pascal: «L'Ange chanta ... »
«Illumine, illumine-toi ». On chante deux koinonika: «Recevez
le corps du Christ» et : «Louez le Seigneur du haut des cieux ».
Au lieu du tropaire : «Nous avons vu la vraie lumière », on
chante: «Le Christ est ressuscité ». Avant le congé, après:
« Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on chante le tropaire : « Le
Christ est ressuscité» trois fois.

La tête de la Mi-Pentecôte.

Les offices de la quatrième semaine de Pâques suivent le


déroulement prévu pour tous les offices de semaine pendant la
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 283

cinquantaine pascale (voir p. 274-278). Il faut cependant noter


qu'on ne chante l'office du dimanche du Paralylique que le lundi
et le mardi. En effet, le mercredi de la quatrième semaine, nous
avons la fête de la Mi-Pentecôte dont la célébration va durer toute
une semaine.

Origine.
L'origine de cette fête est constantinopolitaine'. La première
attestation de celle-ci se trouve dans une homélie de Pierre
Chrysologue, évêque de Ravenne dans le second quart du ye siècle.
Sévère d'Antioche atteste l'existence de cette fête à Antioche
au vr siècle. La première attestation proprement constantino-
politaine de cette fête remonte également au vr siècle, dans
l'homélie de Léonce de Constantinople. À son époque, on lisait
le passage de ln 9, 1-14 qui, par la suite, avant le xe siècle, a
été remplacé par le passage de ln 7, 14-30 que nous connaissons
aujourd'hui, à cause de l'affirmation: « on était déjà au milieu
de la fête». L'évangile fait évidemment référence à la fête
juive des tabernacles que l'Église a transposée sur la cinquan-
taine pascale. On peut penser que la solennisation du milieu
de la cinquantaine pascale ne fut pas antérieure à celle du jour
de la clôture de la cinquantaine de même que du quarantième
jour après Pâques. Le thème de la sagesse développé dans les
prophéties et l'hymnographie de la fête va peut-être de pair avec
la tradition de convoquer en ce jour, ou du moins en cette période,
les synodes régionaux conformément aux prescriptions du canon
5 du concile de Nicée. La solennisation de cette fête a peut-être
aussi contribué à combattre l'ennui et la mollesse qui survenaient
plus que d'habitude durant les réjouissances de la cinquantaine

1. Sur la Mi-Pentecôte, voir S. GARNIER, La Mi-Pentecôte dans la liturgie


byzantine des vr-x: siècles (Mémoire de maîtrise dactylographié soutenu à
l'E.P.H.E.), Paris, 1998 ; S. GARNIER,« Les leçons scripturaires de la Mi-Pente-
côte », La Liturgie, interprète de l'Écriture, I. Les lectures bibliques pour les
dimanches et fêtes. Conférences Saint-Serge. 48< semaine d'études liturgiques
(BELS 119), Rome, 2002, p. 213-220.
284 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

pascale, comme le faisait déjà remarquer la correspondance de


Barsanuphe et Jean de Gaza en Palestine au ye siècle'.
Cette fête se poursuit de nos jours pendant une octave.
Toutefois, le Typikon d'Alexis le Stoudite, de son côté, prévoyait
de ne chanter l'office de la Mi-Pentecôte que jusqu'au samedi'',
La péricope choisie par le Typikon de la Grande Église pour
cette fête est celle de Jn 7, 14-30 où Jésus, « au milieu de la fête»
(Jn 7, 14), enseigna dans le temple. Elle est en fait un prélude au
discours sur l'eau vive (Jn 7,37-52) qui lui fait suite mais qui ne
sera lu qu'à la Pentecôte. L'interdépendance des deux fêtes est
ainsi soulignée de manière concrète. Cette péricope est entourée
de la péricope du paralytique (Jn 5, 1-15), thème du quatrième
dimanche de Pâques, et de la péricope de la Samaritaine (Jn 4, 5-
42) lue le cinquième dimanche de Pâques. Ces deux péricopes
encadrent admirablement, par leur allusion à l'eau comme
symbole de l'Esprit Saint. À Jérusalem, on lisait la péricope de Jn
7, 28-36 le cinquième dimanche de Pâques. Dans son Synaxaire,
Nicéphore Calliste Xanthopoulos s'était déjà aperçu de l'inversion
opérée dans la lecture continue de l'évangile de Jean et s'en
explique ainsi : « C'est aussi, je pense, la raison pour laquelle on
célèbre après la Mi-Pentecôte la fête de la Samaritaine, car elle
parle abondamment de la messianité du Christ, ainsi que de l'eau
et de la soif, comme ici. Par contre, dans l'évangile de Jean, c'est
la guérison de l'Aveugle-né qui vient tout de suite après et non la
samaritaine dont il a été question plus haut. »

Déroulement.
L'office de la Mi-Pentecôte suit scrupuleusement le
Pentecostaire. L'office du saint du Ménée est reporté à l'apo-
deipnon (ou à un autre jour), à moins que ce ne soit un office avec
polyéleos.
Aux vêpres, au lucernaire, on chante les six stichères de la fête,
suivis d'un idiomèle pour «Gloire ... Et maintenant... », Après
l'entrée et le prokeimenon du soir, on lit les trois prophéties de la
fête. Aux apostiches, on chante les stichères de la fête attribués

1. BARSANUPHE et JEAN DEGAZA, Correspondance, Lettre 452, Solesmes,


1993, p. 331.
2. IIEHTKüBCKHM:, Tunuxou, p. 266.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 285

à Jean Damascène. Après le Notre Père, on chante le tropaire de


la fête.
Les matines commencent par le chant du tropaire : « Le Christ
est ressuscité» (3 fois), suivi de l'hexapsalme. Pour « Le Seigneur
est Dieu », on chante le tropaire de la fête trois fois. Après la
première et la deuxième stichologie, on prend les tropaires-
çathismes de la fête. Après le deuxième tropaire-cathisme, on
chante le «Ayant contemplé la Résurrection du Christ» (une
seule fois). Après le psaume 50, on exécute les deux canons
de la fête en 14 tropaires. Le premier est attribué à Théophane,
le second à saint André de Crète, avec comme catavasie les
hirmi du deuxième canon. Après la troisième ode, les tropaires-
cathismes de la fête. Après la sixième ode, le kondakion et l'ikos
de la fête, suivis de la lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste
Xanthopoulos. À la neuvième ode, on omet le Magnificat. Après
la neuvième ode, on chante l'exapostilaire de la fête trois fois.
Aux laudes, on interprète les quatre stichères de la fête, suivis de
l'idiomèle de la fête pour« Gloire ... Et maintenant... ». Après la
grande doxologie, on chante le tropaire de la fête.
Aux heures, on lit le tropaire et le kondakion de la fête.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, on chante trois fois le tropaire « Le Christ
est ressuscité », L'entrée est suivie du tropaire et du kondakion
de la fête. Le prokeimenon, l'Apôtre, les versets d'Alléluia et
l'Évangile sont ceux de la fête. Au lieu de l'hymne à la Mère de
Dieu, on chante l'hirmos de la neuvième ode du canon de la fête
(tout comme le jour de la clôture de la Mi-Pentecôte - alors que
les autres jours on chante le refrain et l' hirmos de la neuvième ode
du canon pascal). Le koinonikon est celui de la fête: « Celui qui
mange ma chair et boit mon sang ... » Le tropaire «Nous avons
vu la vraie lumière » est remplacé par « Le Christ est ressuscité »,
Avant le congé, après: « Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on
chante le tropaire : « Le Christ est ressuscité» trois fois.
Après la Divine Liturgie, il est d'usage, du moins dans la
pratique russe, de célébrer la petite bénédiction des eaux, en lien
avec la thématique de la fête.
Pendant les huit jours qui suivent, le déroulement des offices
est celui des offices de semaine pendant la cinquantaine pascale
(voirp. 274-278). Il faut cependant noter que l'office« de la fête »
286 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

que l'on ajoute à celui du Ménée est celui de la Mi-Pentecôte et


non celui du dimanche précédent. On alterne chaque jour un des
deux canons de la Mi-Pentecôte, chanté en 6 tropaires, avec celui
du Ménée.

LA CINQUIÈME SEMAINE APRÈs PÂQUES

Le dimanche de la Samaritaine.

Origine.
Le cinquième dimanche de Pâques est appelé « dimanche de la
Samaritaine », en lien avec la péricope de l'évangile choisie par
le Typikon de la Grande Église pour être lue à la liturgie de ce
dimanche (Jn 4, 5-42). Toutefois, dans la tradition de Jérusalem,
on lisait le passage de Jn 4,4-23 le quatrième dimanche de
Pâques. Le cinquième dimanche, on lisait Jn 7, 28-36, lu partiel-
lement pour la Mi-Pentecôte à Constantinople'. Notons que
l'hymnographie de la Samaritaine est d'origine constantinopoli-
taine, stoudite.

Déroulement.
Comme tous les dimanches de la cinquantaine pascale, l'office
suit scrupuleusement le Pentecostaire. L'office du saint du Ménée
est reporté à l'apodeipnon (ou à un autre jour), à moins que ce ne
soit un office avec polyéleos.
Aux vêpres, au lucernaire, on chante 4 stichères de l'Octoèque,
ton 4, repris par le Pentecostaire (3 de la Résurrection et
1 «oriental»), 3 stichères de la Mi-Pentecôte et les 3 stichères
idiomèles de la Samaritaine, suivis d'un doxastikon de la
Samaritaine et du théotokion dogmatique, ton 4. À la litie
on ajoute un stichère de l'église l'idiomèle pour «Gloire...
Et maintenant. .. » de la Samaritaine (Pentecostaire). Aux

1. Voir les lectures prévues dans le Lectionnaire géorgien: Le Grand Lection-


naire de l'Église de Jérusalem, éd. par M. TARCHNISVILI, CSCO 189, p. 127,
129. Voir le tableau comparatif dans JANERAS,« Les lectionnaires de l'ancienne
liturgie de Jérusalem », p. 84-85.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 287

apostiches, on chante le premier stichère de la Résurrection de


l'Octoèque, ton 4, repris par le Pentecostaire, suivi des stichères
de Pâques auxquels on ajoute le doxastikon de la Samaritaine
(Pentecostaire). À l'artoclasie, on chante trois fois le tropaire
« Mère de Dieu et Vierge »,
Les matines commencent par le chant du tropaire: «Le
Çhrist est ressuscité» (3 fois) suivi de l'hexapsalme. Pour « Le
Seigneur est Dieu », on chante le tropaire dominical, ton 4, et le
tropaire de la Mi-Pentecôte. Après la première et la deuxième
stichologies, on prend les tropaires-cathismes de l'Octoèque, ton
4, repris par le Pentecostaire. Après le psaume 118, on chante
les eulogétaires de la Résurrection. Après la petite synaptie, on
chante l'hypakoï de l'Octoèque, ton 4, repris par le Pentecostaire.
Puis on chante les anavathmi de l'Octoèque, ton 4, repris par
le Pentecostaire. On chante le prokeimenon matutinal du
dimanche de l'Octoèque, ton 4, repris par le Pentecostaire. On
lit le septième évangile matutinal (de la Résurrection), suivi du
« Ayant contemplé la Résurrection du Christ» trois fois. Après
le psaume 50, on chante les stichères habituels du dimanche:
« Gloire » : «Par les prières des apôtres » ; «Et maintenant » :
« Par les prières de la Mère de Dieu » ; « Aie pitié de moi » ; « Le
Christ étant ressuscité du tombeau », Après la prière: «Sauve,
ô Dieu, ton peuple », on exécute le canon de Pâques avec les
théotokia de Théophane en 6 tropaires, le deuxième canon de
la Mi-Pentecôte (de saint André de Crète) en 4 et le canon de la
fête (de la Samaritaine), attribué à Joseph l'Hymnographe, en 4.
On chante les hirmi du canon pascal comme catavasie. Après la
troisième ode, le kondakion et l'ikos de la Mi-Pentecôte, puis les
tropaires-cathismes de la Samaritaine (Pentecostaire). Après la
sixième ode, le kondakion et l'ikos de la fête (de la Samaritaine).
Vient ensuite la lecture du Synaxaire de Nicéphore Calliste
Xanthopoulos. À la neuvième ode, on omet le Magnificat. Après
la neuvième ode, on chante l'exapostilaire de Pâques, l'exaposti-
laire de la Samaritaine et l'exapostilaire de la Mi-Pentecôte. Aux
laudes, on prend les sixstichères de l'Octoèque, ton 4, repris par
le Pentecostaire (4 de la Résurrection et 2 dits «orientaux »),
puis deux idiomèles de la Samaritaine avec leur doxastikon, puis,
« Et maintenant» : le théotokion : «Tu es bénie par-dessus tout
ô Mère de Dieu, Vierge », Après la grande doxologie, on chante
288 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

le tropaire de la Résurrection prévu à la fin des matines domini-


cales (« Ressuscité du tombeau »), Après le congé, on chante:
« Gloire... Et maintenant... » : septième stichère de l'évangile
(ton 7). Puis on lit la catéchèse de saint Théodore Stoudite, puis
la première heure.
Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 4, « Gloire... » :
le tropaire de la Mi-Pentecôte. On lit les kondakia de la Mi-
Pentecôte et de la Samaritaine en alternance.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, le tropaire « Le Christ est ressuscité» est
chanté trois fois. À l'entrée, on chante le tropaire dominical,
ton 4, et le tropaire de la Mi-Pentecôte, « Gloire », le kondakion
de la Samaritaine, «Et maintenant» : le kondakion de la Mi-
Pentecôte. Le prokeimenon, l'Apôtre, les versets d'Alléluia et
l'Évangile sont ceux de la Samaritaine. Au lieu de l'hymne à la
Mère de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos de la neuvième ode
du canon pascal: « L'Ange chanta... » «Illumine, illumine-toi ».
TI y a deux koinonika : « Recevez le corps du Christ» et « Louez
le Seigneur du haut des cieux ». Le tropaire «Nous avons vu
la vraie lumière » est remplacé par « Le Christ est ressuscité »,
Avant le congé, après: «Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on
chante le tropaire : « Le Christ est ressuscité» trois fois.

Les offices de la cinquième semaine.

Les offices de la cinquième semaine de Pâques suivent le dérou-


lement de tous les offices de semaine pendant la cinquantaine
pascale (voir p. 274-278). TI faut cependant noter qu'on chante
comme office « de la fête» celui de la Mi-Pentecôte le lundi,
le mardi et le mercredi (clôture de la Mi-Pentecôte). Le jour de
la clôture de la Mi-Pentecôte, on reprend intégralement l'office
de la fête (en supprimant l'office du Ménée), à l'exception de
l'entrée et des prophéties. Le jeudi, le vendredi et le samedi, on
chante comme office « de la fête» celui de la Samaritaine.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 289

LA SIXIÈME SEMAINE APRÈs PÂQUES

Le dimanche de l'Aveugle-né.

Origine.
Le sixième dimanche de Pâques, appelé «dimanche de
l'Aveugle-né », tire son nom de la péricope de l'évangile choisie
par le Typikon de la Grande Église pour être lue à la liturgie de ce
dimanche (Jn 9, 1-38). Toutefois, dans la tradition de Jérusalem,
on lisait le passage de Jn 2, 12-25 sur les marchands du temple et
l'annonce par le Christ de sa Résurrection le troisième jour'. Ce
passage, dans la tradition de Constantinople, est lu le vendredi de
la Semaine Lumineuse. Par conséquent, l'hymnographie propre à
l'Aveugle-né est d'origine constantinopolitaine.

Déroulement.
Comme pour tous les dimanches de la cinquantaine pascale,
l'office suit scrupuleusement le Pentecostaire. L'office du saint
du Ménée est reporté à l'apodeipnon (ou à un autre jour), à moins
que ce ne soit un office avec polyéleos.
.Aux vêpres, au lucernaire, on chante 7 stichères de l' Octoèque,
ton 5, repris par le Pentecostaire (3 de la Résurrection et
4 « orientaux»), et les 3 idiomèles de l'Aveugle-né, suivis d'un
doxastikon de l'Aveugle-né et du théotokion dogmatique, ton
5. À la litie on prend l'idiomèle de l'église puis le doxastikon
et le théotokion du Pentecostaire. Aux apostiches, on chante le
premier stichère de la Résurrection de l'Octoèque, ton 5, repris
par le Pentecostaire, suivi des stichères de Pâques, auxquels on
ajoute un doxastikon de l'Aveugle-né. À l'artoclasie, on chante
trois fois le tropaire « Mère de Dieu et Vierge ».
Les matines commencent par le chant du tropaire: «Le
Christ est ressuscité» (3 fois) suivi de l'hexapsalme. Pour « Le
Seigneur est Dieu », on chante le tropaire dominical, ton 5, et
son théotokion. Après la première et la deuxième stichologies,
1. Voir les lectures prévues dans le Lectionnaire géorgien: Le Grand
Lectionnaire de l'Église de Jérusalem, éd. par M. TARCHNISVILI, CSCO 189,
p. 132. Voir le tableau comparatif dans JANERAS, « Les lectionnaires de l'an-
cienne liturgie de Jérusalem », p. 84-85.
288 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

le tropaire de la Résurrection prévu à la fin des matines domini-


cales (« Ressuscité du tombeau»). Après le congé, on chante:
«Gloire... Et maintenant... » : septième stichère de l'évangile
(ton 7). Puis on lit la catéchèse de saint Théodore Stoudite, puis
la première heure.
Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 4, « Gloire... » :
le tropaire de la Mi-Pentecôte. On lit les kondakia de la Mi-
Pentecôte et de la Samaritaine en alternance.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, le tropaire «Le Christ est ressuscité» est
chanté trois fois. À l'entrée, on chante le tropaire dominical,
ton 4, et le tropaire de la Mi-Pentecôte, « Gloire », le kondakion
de la Samaritaine, «Et maintenant» : le kondakion de la Mi-
Pentecôte. Le prokeimenon, l'Apôtre, les versets d'Alléluia et
l'Évangile sont ceux de la Samaritaine. Au lieu de l'hymne à la
Mère de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos de la neuvième ode
du canon pascal: « L'Ange chanta... »« Illumine, illumine-toi »,
Il y a deux koinonika : « Recevez le corps du Christ» et « Louez
le Seigneur du haut des cieux », Le trop aire «Nous avons vu
la vraie lumière» est remplacé par « Le Christ est ressuscité ».
Avant le congé, après: «Gloire à Toi, ô Christ notre Dieu », on
chante le tropaire : « Le Christ est ressuscité» trois fois.

Les offices de la cinquième semaine.

Les offices de la cinquième semaine de Pâques suivent le dérou-


lement de tous les offices de semaine pendant la cinquantaine
pascale (voir p. 274-278). Il faut cependant noter qu'on chante
comme office «de la fête» celui de la Mi-Pentecôte le lundi,
le mardi et le mercredi (clôture de la Mi-Pentecôte). Le jour de
la clôture de la Mi-Pentecôte, on reprend intégralement l'office
de la fête (en supprimant l'office du Ménée), à l'exception de
l'entrée et des prophéties. Le jeudi, le vendredi et le samedi, on
chante comme office « de la fête» celui de la Samaritaine.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 289

LA SIXIÈME SEMAINE APRÈs PÂQUES

Le dimanche de l'Aveugle-né.

Origine.
Le sixième dimanche de Pâques, appelé «dimanche de.
l'Aveugle-né », tire son nom de la péricope de l'évangile choisie
par le Typikon de la Grande Église pour être lue à la liturgiede ce
dimanche (ln 9, 1-38). Toutefois, dans la tradition de Jérusalem,
on lisait le passage de Jn 2, 12-25 sur les marchands du temple et
l'annonce par le Christ de sa Résurrection le troisième jour'. Ce
passage, dans la tradition de Constantinople, est lu le vendredi de
la Semaine Lumineuse. Par conséquent, l'hymnographie propre à
l'Aveugle-né est d'origine constantinopolitaine.

Déroulement.
Comme pour tous les dimanches de la cinquantaine pascale,
l'office suit scrupuleusement le Pentecostaire. L'office du saint
du Ménée est reporté à l'apodeipnon (ou à un autre jour), à moins
que ce ne soit un office avec polyéleos.
.Aux vêpres, au lucernaire, on chante 7 stichères de l'Octoèque,
ton 5, repris par le Pentecostaire (3 de la Résurrection et
4 « orientaux»), et les 3 idiomèles de l'Aveugle-né, suivis d'un
doxastikon de l'Aveugle-né et du théotokion dogmatique, ton
5. À la litie on prend l'idiomèle de l'église puis le doxastikon
et le théotokion du Pentecostaire. Aux apostiches, on chante le
premier stichère de la Résurrection de l'Octoèque, ton 5, repris
par le Pentecostaire, suivi des stichères de Pâques, auxquels on
ajoute un doxastikon de l'Aveugle-né. À l'artoc1asie, on chante
trois fois le tropaire « Mère de Dieu et Vierge ».
Les matines commencent par le chant du tropaire : «Le
Christ est ressuscité» (3 fois) suivi de l'hexapsalme. Pour « Le
Seigneur est Dieu », on chante le tropaire dominical, ton 5, et
son théotokion. Après la première et la deuxième stichologies,
1. Voir les lectures prévues dans le Lectionnaire géorgien: Le Grand
Lectionnaire de l'Église de Jérusalem, éd. par M. TARCHNISVILI, CSCO 189,
p. 132. Voir le tableau comparatif dans JANERAS, «Les lectionnaires de l'an-
cienne liturgie de Jérusalem », p. 84-85.
290 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

on exécute les tropaires-cathismes de l' Octoèque, ton 5, repris


par le Pentecostaire. Après le cathisme 118, on chante les eulogé-
taires de la Résurrection. Après la petite synaptie, on chante
l'hypakoï de l'Octoèque, ton 5, repris par le Pentecostaire, suivi
des anavathmi de l'Octoèque, ton 5, repris par le Pentecostaire,
et du prokeimenon matutinal du dimanche de l'Octoèque, ton 5,
repris par le Pentecostaire. On lit le huitième évangile matutinal
(de la Résurrection), suivi du « Ayant contemplé la Résurrection
du Christ» trois fois. Après le psaume 50, on chante les stichères
habituels du dimanche :« Gloire» :« Parlesprières des apôtres » ;
« Et maintenant » : « Par les prières de la Mère de Dieu » ; « Aie
pitié de moi » ; « Le Christ étant ressuscité du tombeau », Après
la prière: « Sauve, ô Dieu, ton peuple », on exécute le canon de
Pâques avec les théotokia de Théophane en 8 tropaires et le canon
de la fête (de l'Aveugle-né), en 6. Seul le tropaire avant le doxas-
tikon de ce canon est en fait proprement consacré à l'Aveugle-
né - les autres évoquant la crucifixion, l'ensevelissement et la
Résurrection. Comme catavasies, on chante les hirmi du canon
de l'Ascension. Après la troisième ode, on chante le kondakion
et l'ikos de Pâques, puis les tropaires-cathismes de l'Aveugle-né
(Pentecostaire). Après la sixième ode, on chante le kondakion et
l'ikos de la fête (= de l'Aveugle-né). Vient ensuite la lecture du
Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la neuvième
ode, on omet le Magnificat. Après la neuvième ode, après « Saint
est notre Dieu », ton 5, on chante l'exapostilaire de Pâques et les
deux exapostilaires de la fête (= de l'Aveugle-né). Aux laudes,
on chante sept stichères de l'Octoèque, ton 5, repris par le
Pentecostaire (4 de la Résurrection et 3 dits « orientaux»), puis
un idiomèle et le doxastikon de la fête (en l'honneur de l'Aveugle-
né), « Et maintenant» : le théotokion : « Tu es bénie par-dessus
tout ô Mère de Dieu, Vierge ». Après la grande doxologie, on
chante le tropaire de la Résurrection prévu à la fin des matines
dominicales (« Aujourd'hui le salut du monde»). Après le congé,
on chante: « Gloire ... Et maintenant... » : huitième stichère de
l'évangile (ton 3). Puis on lit la catéchèse de saint Théodore
Stoudite, puis la première heure.
LES OFFICES DU PENTECOSTAlRE 291

Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 5, et le kondakion


de l'Aveugle-né.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, après la
bénédiction initiale, le tropaire «Le Christ est ressuscité» est
chanté trois fois. À l'entrée, on chante le tropaire dominical, ton
5, « Gloire », le kondakion du Pentecostaire, « Et maintenant» :
le kondakion de Pâques. Le prokeimenon, l'Apôtre, les versets
d'Alléluia et l'Évangile sont ceux de la fête (Pentecostaire). Au
lieu de l'hymne à la Mère de Dieu, on chante le refrain et l'hirmos
de la neuvième ode du canon pascal: «L'Ange chanta... »
« Illumine, illumine-toi ». Il y a deux koinonika : «Recevez le
corps du Christ» et «Louez le Seigneur du haut des cieux».
Le tropaire «Nous avons vu la vraie lumière» est remplacé par
« Le Christ est ressuscité », Avant le congé, après: «Gloire à
Toi, ô Christ notre Dieu », on chante le tropaire : « Le Christ est
ressuscité» trois fois.

La clôture de Pâques.

Les offices des deux premiers jours de la sixième semaine


de Pâques suivent le déroulement prévu pour tous les offices de
semaine pendant la cinquantaine pascale (voir p. 274-278). Par
contre, le mercredi de la sixième semaine, on procède à la clôture
de la fête de Pâques pour laquelle le déroulement est particulier,
combinant trois offices: celui de Pâques, de l'avant-fête de
l'Ascension et de l'Aveugle-né.

Origine.
La célébration de la clôture de Pâques le mercredi de la sixième
semaine, la veille de l'Ascension, a été généralisée au XIve siècle
avec la diffusion du Typikon sabaïte. En effet, jusqu'alors dans
la tradition stoudite, la clôture de Pâques se faisait le samedi
de la semaine pascale. De ce fait, on ne célébrait le mercredi de
la sixième semaine que l'office de l'avant-fête de l'Ascension
et celui du saint du Ménée! ~ La tradition sabaïte voulait peut-
être préserver une tradition plus ancienne, où la fête de Pâques

1. IIEHTKOBCKHfI:, TunUKOH, p. 261, 268.


292 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

durait véritablement pendant toute la cinquantaine pascale. La


cinquantaine pascale se verra en quelque sorte abrégée lorsqu'on
commencera à célébrer l'Ascension le quarantième jour, par
souci d'historicité.

Déroulement.
L'office de la clôture de Pâques suit scrupuleusement le
Pentecostaire. L'office du saint du Ménée est reporté à l'apo-
deipnon (ou à un autre jour), à moins que ce ne soit un office
avec polyéleos.
Aux vêpres, avant le psaume 103, on commence l'office
comme pendant la semaine pascale : le prêtre, tenant la Croix et
le bougeoir pascal à trois branches, encense et chante le tropaire
de Pâques avec ses versets. Au lucernaire, on chante les stichères
de l'Aveugle-né sur 6, suivis d'un stichère pour «Gloire...
Et maintenant. .. », Aux apostiches, le premier stichère de la
Résurrection de l'Octoèque, ton 5, repris par le Pentecostaire, est
suivi des stichères de Pâques. Après le Notre Père, on chante le
tropaire dominical, ton 5, et son théotokion.
Les matines commencent, comme pendant la semaine pascale:
le prêtre, tenant la Croix et le bougeoir pascal à trois branches,
encense et chante le tropaire de Pâques avec ses versets. Puis
on lit l'hexapsalme. Pour «Le Seigneur est Dieu », on chante
deux fois le tropaire dominical, ton 5, et son théotokion. Après
la première stichologie, on entonne les tropaires-cathismes
du dimanche de l'Octoèque, ton 5, repris par le Pentecostaire.
Après la deuxième stichologie, on chante le tropaire-cathisme
de l'Aveugle-né (Pentecostaire), puis le «Ayant contemplé la
Résurrection du Christ» (une seule fois). Après le psaume 50,
on exécute le canon de Pâques en 6 tropaires, de l'aveugle-né
en 4 et de l'avant-fête de l'Ascension en 4. On chante comme
catavasies les hirmi du canon de l'Ascension. Après la troisième
ode, le kondakion, l'ikos et les tropaires-cathismes de l'Aveugle-
né. Après la sixième ode, le kondakion et l'ikos de Pâques.
Le Pentecostaire prévoit ensuite, étrangement, la lecture du
synaxaire du Ménée même si l'office du saint du Ménée n'est
pas célébré. Toutefois, dans la pratique athonite, il est d'usage de
lire tous les jours, après la sixième ode, le synaxaire du Ménée
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 293

même si son office n'est pas célébré. À la neuvième ode, on


omet le Magnificat. Après la neuvième ode, on chante deux fois
l'exapostilaire de Pâques, puis l'exapostilaire de l'Aveugle-né.
Aux laudes, après les quatre stichères de l'Aveugle-né, on ajoute
les stichères de Pâques. Après la grande doxologie, on chante le
tropaire dominical, ton 5, et son théotokion.
Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 5, et le kondakion .
de l'Aveugle-né.
La Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome commence
comme à Pâques avec, après la bénédiction initiale, l'encensement
de toute l'église par le prêtre tenant la Croix et le bougeoir pascal
à trois branches, accompagné du chant du tropaire de Pâques et
de ses versets. À l'entrée, on chante le tropaire dominical, ton
5, « Gloire », le kondakion du Pentecostaire, «Et maintenant» :
le kondakion de Pâques. La lecture de l'Apôtre est précédée
du prokeimenon de Pâques. Les versets d'Alléluia sont ceux
de Pâques. Les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile sont celles
du jour. Le reste de la liturgie se déroule comme le dimanche
de Pâques. Au lieu de l'hymne à la Mère de Dieu, on chante le
refrain et l'hirmos de la neuvième ode du canon pascal. Le koino-
nikon est celui de Pâques [« Recevez le Corps du Christ»).
À la communion, au lieu de « Béni est celui qui vient. .. », « Que
nos lèvres» et «Nous avons vu la vraie lumière », on chante le
tropaire: «Le Christ est ressuscité». La liturgie se termine,
comme à Pâques, avec le chant du tropaire pascal et le congé de
Pâques que le prêtre prononce avec la Croix et le bougeoir pascal à
trois branches. Après la liturgie, on enlève l' épitaphion qui est resté
depuis Pâques sur l'autel, et on le range à sa place. Ce mercredi, au
réfectoire, le poisson est autorisé avec le vin et l'huile.
Il faut noter que, d'après le nouveau Typikon de la Grande
Église du xrx- siècle, observé même à l'Athos pour cette circons-
tance, le mardi de la sixième semaine, on célèbre la clôture de
l'Aveugle-né. Le mercredi, jour de la clôture de Pâques, on
reprend intégralement l'office de Pâques. Aux vêpres, au lucer-
naire, on chante 6 stichères de l'office dominical du ton 1 de
l' Octoèque, suivis du théotokion dogmatique. Aux apostiches, on
chante le stichère dominical du ton 1 de l' Octoèque, suivi des
stichères de Pâques. Les matines, les heures et la Divine Liturgie
sont célébrées comme le jour de Pâques.
294 LE TYP1KON DÉCRYPTÉ

Il faut savoir qu'à partir de la clôture de Pâques jusqu'à la


Pentecôte, pour les prières initiales, on ne dit toujours pas la
prière «Roi céleste », ni le tropaire pascal, mais on commence
directement par le Trisagion.
De manière un peu paradoxale, dans le nouveau Typikon de
la Grande Église du X1X e siècle, la neuvième heure du mardi est
déjà l'heure pascale, suivie des vêpres selon l'ordo pascal, mais
la neuvième heure du mercredi est célébrée avec la lecture des
psaumes normalement. Elle se termine par le chant solennel
du tropaire de Pâques pendant que toute l'assemblée vénère
l'icône de la Résurrection disposée sur un lutrin dans le narthex,
et que sonnent les cloches. Une fois la vénération achevée, le
prêtre revêtu du phélonion prend l'icône et la réintroduit dans
le sanctuaire par les portes saintes, et l'on commence alors les
petites vêpres de l'Ascension.

U Ascension.

Origine.
Le jeudi de la sixième semaine, quarantième jour après Pâques,
on célèbre la fête de l'Ascension du Christ. Si le livre des Actes
des Apôtres affirme clairement que le Christ ressuscité est apparu
pendant quarante jours avant de remonter aux cieux (Ac 1,3),
cette fête n'a pas toujours été célébrée le quarantième jour après
Pâques. En effet, pendant les premiers siècles, la cinquantaine
pascale dans son intégralité aurait été une période de réjouis-
sance de la Résurrection du Christ, où le jeûne et les génuflexions
étaient supprimés'. Cette période aurait ensuite été fractionnée,
par souci de fidélité à l'histoire, par l'introduction de la fête de
l'Ascension le quarantième jour.

1. Épiphane de Salamine écrit par exemple: «C'est de cette façon que le


jeûne est observé pendant toute l'année dans la sainte Église catholique, je veux
dire le mercredi et le vendredi, jusqu' à la neuvième heure, à la seule exception
de toute la Pentecôte des cinquante jours, pendant laquelle on,ne plie pas le
genou et on ne jeûne pas ... » (EpIPHANE, De fide, 22). De même, Egérie nous dit
au chapitre 41 de son récit de voyage qu'il n'y a pas de jeûne pendant toute la
cinquantaine pascale, y compris les mercredis et les vendredis.
LES OFFICES DU PENTECOSTAlRE 295

Certains ont vu chez Égérie une première attestation de la fête


de l'Ascension le quarantième jour après Pâques. Il est vrai que
cette dernière mentionne au chapitre 42 de son Journal de voyage
une solennité du quarantième jour à Bethléem. Certains y ont vu
une attestation de la fête de l'Ascension'. D'autres ont toutefois
considéré qu'il y avait une coïncidence, l'année où Égérie se
trouvait en Terre Sainte, entre le quarantième jour après Pâques
et une fête fixe célébrée à Bethléem, comme par exemple la
dédicace de l'église de la Nativité, célébrée le 31 mai", ou encore
la fête des saints Innocents, célébrée le 18 mai".
L'idée d'une telle coïncidence d'une fête avec le quaran-
tième jour pose toutefois le problème de la supériorité d'une
fête du Seigneur par rapport à la fête d'un saint'. L'Ascension
n'aurait-elle pas eu normalement préséance sur la fête des
saints Innocents? Cette remarque vient renforcer l'hypothèse
selon laquelle le quarantième jour après Pâques mentionné par
Égérie n'a peut-être rien à voir avec l'Ascension. Cabrol avait
remarqué qu'Égérie ne donnait pas le nom d'« Ascension» à la
fête, et que la célébration avait lieu non pas au mont des Oliviers
mais à Bethléem, ce qui l'avait amené à conclure que la fête de
l'Ascension était encore combinée à son époque avec celle de la
Pentecôte, comme l'atteste le récit qu'elle fait de cette dernière
fête", Ainsi, le « quarantième jour de Pâques» serait, chez Égérie,
une solennité indépendante que Cabrol interprète comme étant la
fête de l'Annonciation",
Il faut dire qu'au chapitre 43 de son Itinerarium, Égérie nous
dit que le cinquantième jour, après l'assemblée à l'Anastasis le
matin, l'office a lieu à Sion (lieu de la descente du Saint-Esprit)

1. J. G. DAVIES, «The Peregrinatio Egeriae and the Ascension », Vigiliae


Christianae 8 (1954), p. 96.
2. Dom E. DEKKERS, « De datum der Perigrinatio Egeriae en het feest van
Ons Heer hemelvaart », Sacris Erudiri 1 (1948), p. 181-205. Sa thèse est résumée
chez DAVIES, « The Peregrinatio Egeriae and the Ascension », p. 93-94.
3. C. RENüUX, «Liturgie de Jérusalem et lectionnaires arméniens: Vigiles
et année liturgique », Mgr CASSIEN-Dom BOITE, La Prière des heures (LO 35),
Paris, 1963,p. 197-198.
4. J. CREHAN, «Assumption and the Jerusalem Liturgy», TS 30 (1969),
p.315-316.
5. Dom CABRüL, Étude sur la Peregrinatio Silviae : Les églises de Jéru-
salem, la discipline et la liturgie au TV" siècle, Paris, 1895, p. 122-123.
6. Ibid., p. 79.
296 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

l'après-midi, puis au mont des Oliviers où on lit « le passage de


l'évangile qui relate l'ascension du Seigneur » et celui « tiré des
Actes des Apôtres, où l'on parle de l'ascension du Seigneur dans
les cieux après la résurrection 1 ».
La description d'Égérie refléterait donc encore l'antique
tradition où le cinquantième jour mettait une fin au mystère
pascal et où l'Ascension du Christ, moment où l'Époux quittait
ses disciples, était associée à la fin du temps pascal marqué
par l'absence de jeûne et de génuflexion'. Cela est d'ailleurs
confirmé par d'autres passages d'auteurs antérieurs. Eusèbe
de Césarée, par exemple, écrivait dans son traité De sollem-
nitate paschali, composé vers 332, au sujet de la cinquantaine
pascale: «Et le nombre de la cinquantaine ne s'arrête même
pas à ces sept semaines: mais, après avoir dépassé les sept
semaines, à la dernière unité qui les suit immédiatement il met
le sceau sur le jour très festif de l'Ascension du Christ. C'est
donc à bon droit que dans les saints jours de la cinquantaine, par
figure du repos futur, nous réjouissons nos âmes et délassons le
corps, comme nous trouvant désormais réunis à l'Epoux et ne
pouvant jeûner". » Eusèbe nous dit pratiquement la même chose
dans un autre passage, tiré de la Vie, rédigée vers 335-340, de
l'empereur Constantin, mort lejour de la Pentecôte : «Tous ces
événements s'accomplissaient au cours de la grande fête, c'est-
à-dire la très vénérable et très sainte Pentecôte, qui est honorée
de sept semaines, et scellée d'une unité, durant laquelle ont eu
lieu, au rapport des livres divins, l'Ascension aux cieux de notre
commun Sauveur et la descente du Saint-Esprit sur les hommes.
L'empereur reçut la faveur d'atteindre ce terme : le dernier jour
de toute la série, celui qu'on ne se tromperait point en appelant
la fête des fêtes, vers l'heure de midi, il faisait son ascension
à Dieu", » Tirant profit de ces différents passages, S. Salaville
avait conclu au début du xx- siècle que la véritable solennité

1. ÉGÉRIE, Journal de voyage 43, 5 (SC 296, p. 3(0).


2. ÉGÉRIE, Journal de voyage 41 (SC 296, p. 296).
3. EUSÈBE DECÉSARÉE, « De sollemnitate paschali », PG 25, 697 C. Traduc-
tion (revue par nos soins) de ~. SALAVILLE, « La tessarokostê, Ascension et
Pentecôte au IVe siècle », Échos d'Orient 28 (l929), p. 260.
4. EUSÈBE DECÉsARÉE, « De VitaConstantini », 1, IV, c. LXIV; PG 20, 1220.
Traduction de S. SALAVILLE, « La tessarokostê, Ascension et Pentecôte au
IV" siècle », p. 263.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 297

du « quarantième jour après Pâques d'Égérie» était la fête des


saints Innocents et non pas celle de l'Ascension'. Telle était aussi
l'opinion de Dom B. Botte-.
Dans une thèse plus récente, R. Cabié considérait également
que le quarantième jour après Pâques d'Égérie n'a rien à voir
avec l'Ascension, mais constitue une fête indépendante, car
l'Ascension était toujours célébrée le cinquantième jour avec la .
descente du Saint-Esprit. Selon lui, « la liturgie de Jérusalem à
l'époque d'Égérie constituait sans doute un stade intermédiaire
entre la pratique antérieure consistant à célébrer, à la fin de la
cinquantaine, le mystère global de la glorification du Christ et
de l'effusion de l'Esprit, et un usage plus récent, qui en dissocie
les éléments selon le développement historique des événements
du salut. La tradition palestinienne de l'Ascension au cinquan-
tième jour s'est heurtée, semble-t-il, dans la Ville sainte, à une
conception topographique qui a dû naître vers la fin du we siècle.
Il était normal que les pèlerins, venus pour les fêtes de toutes
les régions de la chrétienté, désirent unir leur vénération des
lieux saints à la célébration du mystère liturgique se rattachant
à chacun d'eux. Cela pouvait leur paraître d'autant plus légitime
que certains solennisaient, dans leur propre Église, l'Ascension
et la Pentecôte à des jours différents! ». Cabié suggérait lui aussi
que le « quarantième jour après Pâques» de l' Itinerarium était
une fête des saints Innocents",
Le Lectionnaire arménien, dont le manuscrit le plus ancien ne
peut dater d'avant 417, nous donne de son côté, à la section 67,
un ordo pour la fête de l'Ascension. Cela témoigne du fait que
la célébration «historicisante» de l'Ascension le quarantième
jour est apparue quelque part au début du cinquième siècle, voire
même lors des dernières années du quatrième.
C. Renoux explique que «l'Ascension, déjà fêtée en divers
lieux à la fin du IVe siècle (voir la deuxième homélie de saint
Jean Chrysostome sur la Pentecôte prêchée à Antioche, PG 50,

1. SALAVILLE, «La tessarokostê, Ascension et Pentecôte au Iv" siècle »,


p.267.
2. B. BOTIE, Les Origines de la Noël et de l'Épiphanie, Louvain, 1932,
p.17.
3. R. CABIÉ, La Pentecôte. L'évolution de la cinquantaine pascale au cours
des cinq premiers siècles, Tournai, 1965, p. 168.
4. Ibid., p. 169.\
298 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

col. 463 ; le sermon In Ascensione de Grégoire de Nysse, PG 46,


col. 690-694), et vraisemblablement à Jérusalem, est bien établie
au début du v e siècle! ».
C'est justement l'homélie de Grégoire de Nysse pour la fête
de l'Ascension qui nous renseigne sur l'origine de cette fête. Le
patrologue Jean Daniélou nous dit à son sujet: « Il est normal que
ce soit après le Concile de 381 et en Cappadoce que se soit fait le
transfert. En effet, l'objet principal du Concile avait été de définir
la divinité de l'Esprit-Saint. On comprend que l'accent à partir
de là ait été mis principalement sur la descente de l'Esprit-Saint
à la fête du cinquantième jour. Aussi bien est-ce le thème des
sermons sur la Pentecôte de Grégoire de Nazianze et de Grégoire
de Nysse. Mais dès lors l'Ascension n'était plus solennisée. Il y
avait de nombreuses raisons de la rattacher au quarantième jour.
Celui-là était déjà une date importante dans la vie ecclésiastique.
Par ailleurs, les Actes des Apôtres fixent l'Ascension du Christ
au quarantième jour. [... ] La fête de l'Ascension au quarantième
jour est postérieure au Concile de 381. Elle doit même lui être
postérieure de quelques années, si elle est en fait une consé-
quence de la concentration sur l'effusion de l'Esprit-Saint de la
fête du cinquantième jour. »
Daniélou voit la confirmation de cette thèse dans l'attestation
d'une fête de l'Ascension dans les Constitutions apostoliques qui
remontent au milieu antiochien des dernières années du IVe siècle,
ainsi que dans l'homélie de saint Jean Chrysostome prononcée
également à Antioche en 392 selon la datation de Tillemont".
Daniélou fait ainsi de saint Grégoire de Nysse l'initiateur de la
fête de l'Ascension au quarantième jour en datant son homélie
de l'an 3884 •
Cette thèse de Daniélou contredit donc l'affirmation de
Renoux selon laquelle « il est impensable que la pèlerine Égérie
n'ait pas connu l'Ascension à la fin du IVe siècle, alors que la
fête existait partout en Asie Mineure »5. En effet, il semble bien

1. RENOUX, II, p. 337, note LVII - 1.


2. J. DANIÉLOU,« Grégoire de Nysse et l'origine de la fête de l'Ascension »,
Kyriakon - Festschrift Johannes Quasten (édité par P. GRANF1ELD et J. A. JUNG-
MANN), vol. II, Münster Weste, Verlag Aschendorff, 1970, p. 664.
3. Ibid., p. 664.
4. Ibid., p. 666.
5. RENOUX, J, p. 73, note 32.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 299

que les années du pèlerinage d'Égérie (381-384) correspondaient


tout au plus à la diffusion progressive depuis Constantinople de
la fête de l'Ascension au quarantième jour. Ainsi, nous consi-
dérons que l' Itinerarium est une dernière attestation de la fête de
l'Ascension le cinquantième jour, et que le Lectionnaire arménien
témoigne de ce changement survenu à Jérusalem au tournant des
IVe_Ve siècles.

Déroulement.
L'office de l'Ascension, une des douze grandes fêtes, suit
scrupuleusement le Pentecostaire. L'office du saint du Ménée est
reporté à un autre jour.
Aux vêpres, pour le lucernaire, on chante les 5 stichères
du Pentecostaire en 10, suivis de l'idiomèle doxastikon pour
«Gloire ... Et maintenant... », Après l'entrée, on lit les trois
prophéties de la fête. Pour la litie, on chante les idiomèles du
Pentecostaire. On trouve également dans le Pentecostaire les
stichères apostiches avec des versets spéciaux. À l'artoclasie, on
chante trois fois le tropaire de la fête.
Aux matines, pour «Le Seigneur est Dieu », on chante le
tropaire de la fête trois fois. Après chaque stichologie et la petite
synaptie, on prend les tropaires-cathismes du Pentecostaire. Après
le polyéleos, les versets choisis (eklogée) et la petite synaptie,
on chante le tropaire-cathisme du Pentecostaire. Il est prévu de
lire ensuite l'homélie de saint André de Crète pour la fête. Puis
on chante le premier antiphone de l' anavathmi, ton 4 (« Depuis
ma jeunesse»), suivi du prokeimenon de la fête et de la lecture
de l'évangile de la fête. Après l'évangile, on chante le «Ayant
contemplé la Résurrection du Christ» une seule fois. Le psaume
50 est suivi des stichères après l'évangile: «Gloire... » ; « Par
les prières des apôtres ... » ; « Et maintenant» ; « Par les prières
de la Mère de Dieu» ; «Aie pitié de moi ... » ; et l'idiomèle de
la fête. Après la prière « Sauve ô Dieu ton peuple », on chante
les deux canons de la fête. Le premier est attribué à saint Jean
Damascène, le second à Joseph l'Hymnographe. À chaque ode,
on prend comme catavasie les hirmi du canon de la Pentecôte.
Après la troisième ode et la petite synaptie, on chante le tropaire-
cathisme du Pente'costaire. Après la sixième ode et la petite
300 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

synaptie - le kondakion et l'ikos de la fête dans le Pentecostaire,


suivi du synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. Comme
pour les autres fêtes despotiques, on omet le Magnificat. Après
la neuvième ode, on chante l'exapostilaire de la fête trois fois.
Aux laudes, on chante les 3 stichères idiomèles du Pentecostaire
en 4, « Gloire... Et maintenant ... », le doxastikon idiomèle de la
fête. Après le chant de la grande doxologie, on chante le tropaire
de la fête. Est prévue ensuite la lecture habituelle dans le narthex
d'une catéchèse de saint Théodore Stoudite.
Aux heures, on lit le tropaire et le kondakion de la fête.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, on chante les
antiphones de la fête (voir Pentecostaire). Après l'entrée et le
verset d'entrée (eisodikon) de la fête, on chante le tropaire et le
kondakion de la fête. On chante le Trisagion puis le prokeimenon
de la fête. Les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile sont celles
de la fête. Comme pour toutes les fêtes despotiques, au lieu de
l'hymne à la Mère de Dieu (« Il est digne en vérité »), on chante
l'hirmos de la neuvième ode du canon. Le koinonikon est celui
de la fête. Le tropaire «Nous avons vu la vraie lumière» est
remplacé par le tropaire de l'Ascension.

L'après-fête de l'Ascension.
L'après-fête de l'Ascension se poursuit jusqu'au vendredi de la
septième semaine. Les offices se déroulent en combinant l'office
du Pentecostaire à celui du Ménée.
Aux vêpres, on ajoute aux 3 stichères du Pentecostaire
3 stichères du Ménée (dans le cas d'un office sans signe). [Le soir
de l'Ascension aux vêpres, on fait l'entrée et l'on chante, comme
le soir des fêtes despotiques, le grand prokeimenon« Notre Dieu
aux cieux et sur terre ».] Aux apostiches, on chante les stichères
de la fête (Pentecostaire).
Aux matines, après chaque stichologie, on dit le tropaire-
cathisme de la fête (Pentecostaire). Après le psaume 50, on
exécute l'un des deux canons de la fête (Pentecostaire), alternés
un jour sur deux, en 6 tropaires, et le canon du saint du Ménée en
4. Après la troisième ode; on lit le kondakion et l'ikos de la fête,
le tropaire-cathisme du saint du Ménée et le tropaire-cathisme
de la fête (Pentecostaire). Après la sixième ode, le kondakion et
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 301

l'ikos de la fête (Pentecostaire). À la neuvième ode, on chante le


Magnificat. Après la neuvième ode, on chante l'exapostilaire de
la fête, «Gloire », l'exapostilaire du Ménée (s'il y en a un), «Et
maintenant », le second exapostilaire de la fête. Aux apostiches,
on prend les stichères de la fête (Pentecostaire).

LA SEPTIÈME SEMAINE APRÈs PÂQUES

Le dimanche des saints Pères du concile de Nicée.

Origine.
Comme l'a montré S. Salaville, les fêtes des conciles dans
le rite byzantin tirent leur origine de la fête des Pères des six
premiers conciles œcuméniques le dimanche le plus proche du
16 juillet qui n'est rien d'autre, au départ, que la fête du concile de
Chalcédoine. En effet, après la mort de l'empereur monophysite
Anastase et l'avènement de l'empereur orthodoxe Justin I", le
peuple profita de la première apparition du nouveau souverain
dans la Grande Église pour réclamer la destitution de Sévère
d'Antioche et le rétablissement du concile de Chalcédoine. Alors
que le patriarche Jean II de Constantinople proclamait publi-
quement les décisions du concile de Chalcédoine le 15juillet 518,
le peuple exigea de lui qu'il proclame une fête solennelle, une
synaxe du concile de Chalcédoine. À leur demande, le patriarche
fixa au lendemain, 16 juillet 518, une synaxe des saints Pères de
Chalcédoine auxquels on associa les saints Pères des premiers
conciles de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse. Dès lors, cette
décision fut incluse dans les livres liturgiques qui ne font pas
que mentionner cette fête, mais renferment également I'hymno-
graphie qui a été composée par la suite en l'honneur de ces Pères
et de la théologie de ces conciles. Plus tard, on ajouta à la liste le
sixième concile. Le septième concile œcuménique fut célébré le
dimanche le plus proche du Il octobre, fête attestée au IXe siècle
par le Typikon de la Grande Église!.
r

1. S. SALAVILLE, « La fête du concile de Nicée et les fêtes des conciles


dans le rite byzantin », Échos d'Orient 24 (1924), p. 445-470 ; ID., « La fête
du concile de Chalcédoine dans le rite byzantin », dans: A. GRILLMEIER et
302 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

La fête des 318 saints Pères théophores de Nicée est également


attestée dans ce Typikon au dimanche après l'Ascension. Cette
date correspond plus ou moins à l'ouverture de ce concile qui
s'est tenu du 20 mai au 25 août 325 1• Cette fête pourrait également
avoir été instituée en lien avec la fête de l'Ascension qui, comme
le souligne Nicéphore Calliste Xanthopoulos dans son Synaxaire,
montre bien que « le Fils de Dieu est devenu homme en vérité, et
l'homme parfait est monté aux cieux comme Dieu et s'est assis
à la droite de sa grandeur dans les hauteurs ». Or, les Pères de ce
concile « L'ont ainsi proclamé, Le confessant consubstantiel et
partageant le même honneur que le Père».

Déroulement.
L'office de ce dimanche suit scrupuleusement le Pentecostaire.
L'office du saint du Ménée est reporté à l'apodeipnon (ou à un
autre jour), à moins que ce ne soit un office avec polyéleos.
Aux vêpres, au lucernaire, on chante 3 stichères de la
Résurrection de l'Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire,
3 stichères de l'Ascension et les 4 stichères des saints Pères,
suivis de leur doxastikon et du théotokion dogmatique, ton 6.
Après l'entrée et le prokeimenon du soir, on lit les trois prophéties
des saints Pères. À la litie on prend le stichère de l'Ascension,
le doxastikon des saints Pères, puis, pour « Et maintenant ... »,
l'idiomèle de l'Ascension. Aux apostiches, on chante les stichères
de la résurrection de l' Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire,
auxquels on ajoute le doxastikon des saints Pères et, pour « Et
maintenant... », l'idiomèle de l'Ascension. À l'artoclasie, on
chante trois fois le tropaire « Mère de Dieu et Vierge ».
Aux matines, pour « Le Seigneur est Dieu », on chante deux
fois le tropaire dominical, ton 6, « Gloire» : le tropaire des saints
Pères, «Et maintenant»: le tropaire de l'Ascension. Après
les première et deuxième stichologies, on prend les tropaires-

H. BACHf, Das Konzil von Chalkedon. Geschichte und Gegenwart, Würzburg,


1953, II, p. 677-695 ; A. GRILLMEIER, Le Christ dans la tradition chrétienne.
Le concile de Chalcédoine (451) : réception et opposition (« Cogitatio fidei »
154), Paris, 1990, p. 443-447. Voir égalementM. ARRANz,« Les fêtes théolo-
giques du calendrier byzantin », La Liturgie, expression de lafoi. Conférences
Saint-Serge. XXV' Semaine d'études liturgiques, Rome, 1979, p. 48-54.
1. HÉFÉLÉ-LEcLERcQ, Histoire des conciles, t. I, Paris, 1907, p. 417.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 303

cathismes de l'Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire. Après


le psaume 118, les eulogétaires de la Résurrection, la petite
synaptie, on chante l'hypakoï et les anavathmi de l'Octoèque, ton
6, repris par le Pentecostaire. Après le prokeimenon matutinal du
dimanche de l'Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire, on
lit le dixième évangile matutinal (de la Résurrection). Après le
«Ayant contemplé la Résurrection du Christ» (une seule fois) et
le psaume 50, on chante les stichères habituels du dimanche.Après
la prière: « Sauve, ô Dieu, ton peuple », on exécute le canon de la
Résurrection de l' Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire, en
4 tropaires, le premier canon de l'Ascension, en 4, et le canon des
saints Pères en 6 (dont l'acrostiche est : «je chante la première
synaxe des pasteurs»), avec les hirmi du canon de la Pentecôte
comme catavasie. Après la troisième ode, on chante le kondakion
et l'ikos de l'Ascension, puis les tropaires-cathismes des saints
Pères et celui de l'Ascension. Après la sixième ode, le kondakion
et l'ikos des saints Pères. Vient ensuite la lecture du Synaxaire de
Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la neuvième ode, on chante le
Magnificat. Après la neuvième ode, après « Saint est le Seigneur
notre Dieu », ton 6, les exapostilaires du dixième évangile de
la Résurrection, des saints Pères et de l'Ascension. Aux laudes,
on ajoute aux quatre stichères de la Résurrection de l'Octoèque,
ton 6, repris par le Pentecostaire, trois stichères des saints Pères
en 4 et leur doxastikon, puis, « Et maintenant », le théotokion :
«Tu es bénie par-dessus tout ô Mère de Dieu, Vierge », Après la
grande doxologie, on chante le trop aire de la Résurrection prévu
à la fin des matines dominicales [« Ressuscité du tombeau»).
Après le congé, on chante: «Gloire... Et maintenant... » : le
dixième stichère de l'évangile (ton 6). Puis on lit la catéchèse de
saint Théodore Stoudite et la première heure.
Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 6, « Gloire... » :
le tropaire de l'Ascension et des saints Pères en alternance et les
kondakia de l'Ascension et des saints Pères en alternance.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, à l'entrée, on
chante le tropaire dominical, ton 6, le tropaire de l'Ascension
et le tropaire des saints Pères, «Gloire », le kondakion des
saints Pères, «Et maintenant» : le kondakion de l'Ascension.
Le prokeimenon de l'Apôtre et les versets d'Alléluia sont ceux
des saints Pères. Les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile sont
304 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

celles du jour. Au lieu de l'hymne à la Mère de Dieu, on chante


l'hirmos de la neuvième ode du canon de l'Ascension. Il y a
deux koinonika : celui du dimanche « Louez le Seigneur du haut
des cieux », et celui des saints Pères: «Réjouissez-vous », Le
tropaire « Nous avons vu la vraie lumière» est remplacé par le
tropaire de l'Ascension.

Les offices de la septième semaine.

Le dimanche soir, aux vêpres, on procède à la clôture de la fête


des saints Pères. Au lucernaire, on chante 3 stichères des saints
Pères et 3 stichères du Ménée, suivis du doxastikon des saints
Pères, puis, «Et maintenant », et un idiomèle de l'Ascension.
Aux apostiches, on chante les stichères des saints Pères chantés
aux laudes des matines du dimanche, suivi du doxastikon
des saints Pères et, pour «Et maintenant», de l'idiomèle de
l'Ascension. Après le Notre Père, on chante le tropaire des saints
Pères, «Gloire» : le tropaire du Ménée (s'il y en a un), «Et
maintenant» : le tropaire de l'Ascension.
Pour la suite de la septième semaine de Pâques jusqu'au
vendredi, les offices suivent le déroulement prévu pour l'après-
fête de l'Ascension (voir p. 302-303).
Le vendredi, on célèbre la clôture de l'Ascension. Le
Pentecostaire prévoit de reprendre intégralement l'office de la
fête (en reportant l'office du Ménée à l' apodeipnon), à l'exception
de l'entrée, des prophéties et du polyéleos.

Commémoration universelle de tous les défunts.

Le samedi de la septième semaine, il est prévu de faite la


commémoration de «nos pères et frères, de tous les pieux
chrétiens défunts, endormis depuis les siècles ». Le déroulement
de l'office est exactement le même que celui du samedi de
l'Apokréo.
Aux vêpres, au lucernaire, on chante 3 stichères (en l'honneur
des martyrs) de l'Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire,
et 3 stichères des défunts du Pentecostaire. Le doxastikon est
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 305

du Pentecostaire, puis on chante, comme tous les vendredis


soir, le théotokion dogmatique de l'Octoèque, ton 6, repris par
le Pentecostaire. Il n'y a pas d'entrée. Au lieu du prokeimenon
du soir, on chante «Alléluia» dans le 8e ton, avec les versets
des défunts (« Bienheureux ceux que Tu as élus », « Leurs âmes
reposeront parmi les justes»). Aux apostiches, on chante les
stichères de l' Octoèque, ton 6, repris par le Pentecostaire, avec
les versets pour les défunts. Après le Notre Père, on chante le
tropaire des défunts, ton 8 : « Dans la profondeur de la sagesse»
et son théotokion : « En toi nous avons un rempart».
Le Pentecostaire prévoit, après le congé des vêpres, de
célébrer la panichide (office des défunts), durant laquelle on
chante le canon des défunts de l' Octoèque, ton 6, repris par le
Pentecostaire. À l'Athos, on célèbre les vêpres et la panichide au
cimetière.
Aux matines, on chante «Alléluia» dans le ton 8, avec les
versets des défunts (« Bienheureux ceux que Tu as élus », « Leurs
âmes reposeront parmi les justes»), puis deux fois le tropaire
des défunts, ton 8 : « Dans la profondeur de la sagesse» et son
théotokion: «En toi nous avons un rempart », Comme tous les
samedis, on lit les cathismes 16 et 17. Après le premier cathisme,
on chante les tropaires-cathismes de l'Octoèque, ton 6, repris par
le Pentecostaire. Conformément aux offices pour les défunts, le
cathisme 17 est entrecoupé de refrains et divisé en deux stances.
Le prêtre (accompagné du diacre) sort alors du sanctuaire et se
dirige vers la table des défunts (table où l'on fait brûler des cierges
à la mémoire des défunts et où certains déposent des collyves
ou autres offrandes) que le diacre encense continuellement.
Après la première stance (Ps 118, 1-93), il y a une litanie avec
lecture de la prière pour les défunts. Puis on chante la deuxième
stance du cathisme 17 (Ps 118, 94-176), après quoi on chante
les tropaires eulogétaires pour les défunts (« L'assemblée des
saints », etc.). Pendant ce temps, le prêtre encense toute l'église,
précédé du diacre portant un cierge. Après les eulogétaires, il y a
de nouveau une litanie avec lecture de la prière pour les défunts,
puis le tropaire-cathisme du Pentecostaire (« Fais reposer avec
les justes»). Le prêtre et le diacre retournent dans le sanctuaire.
On lit le psaume 50, puis on commence à chanter le canon:
d'abord le canon de la dédicace de l'église (fête ou saint à
306 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

qui l'église est consacrée) en 6 tropaires, puis le canon du


Pentecostaire, attribué à Théodore le Stoudite, en 8. Signalons
que le canon du Pentecostaire possède une deuxième ode, qui
est donc chantée sur 8. Après la 3e ode, on dit la petite synaptie
habituelle, puis on chante le tropaire-cathisme du Pentecostaire
et son théotokion. Après la 6e ode, durant la catavasie, le prêtre
et le diacre se rendent de nouveau devant la table des défunts.
On répète la litanie avec lecture de la prière pour les défunts.
Puis on chante le kondakion des défunts (« Fais reposer avec les
saints»). Pendant ce chant, le diacre encense la table des quatre
côtés, l'iconostase, le prêtre et les fidèles. Puis les célébrants
retournent au sanctuaire. À la 9" ode, on chante le Magnificat,
comme d'habitude. Après la ge ode, on dit la petite synaptie
habituelle, puis l'exapostilaire et le théotokion du Pentecostaire.
Aux laudes, qui sont lues, on chante quatre stichères, un doxa-
stikon et un théotokion du Pentecostaire. La doxologie est lue.
Aux apostiches, on chante les stichères des défunts de l' Octoèque,
ton 6, repris par le Pentecostaire, avec les versets pour les défunts
(« Bienheureux ceux que Tu as élus », « Leurs âmes reposeront
parmi les justes»). Après le Notre Père, on chante le tropaire
des défunts, ton 8 : « Dans la profondeur de la sagesse» et son
théotokion: «En toi nous avons un rempart », Puis on termine
l'office des matines comme les jours ordinaires.
Aux heures et à la liturgie, on chante le tropaire et le kondakion
des défunts. À la liturgie, on ajoute le théotokion : « En toi nous
avons un rempart». Le prokeimenon de l'Apôtre, les versets
d'Alléluia et le koinonikon sont ceux des défunts. Les lectures
sont celles du jour et des défunts. Au lieu du tropaire : «Nous
avons vu la vraie lumière », il est d'usage chez les Russes de
chanter le tropaire des défunts, ton 8 : « Dans la profondeur de
la sagesse », D'après l'ordo grec, on chante comme au Grand
Samedi : « Souviens-toi de nous, ô Compatissant, comme tu t'es
souvenu du Larron, dans le Royaume des cieux. »
LES OFFICES DU PENTECOSTAlRE 307

LA PENTECÔTE

Le dimanche de la Pentecôte.

Origine.
Comme nous l'avons vu, le cinquantième jour après Pâques
marquait à l'origine, du moins à Jérusalem, la clôture du temps
pascal, comme en témoigne encore Égérie dans la description de
la fête de l'Ascension-Pentecôte qu'elle qualifie de « journée très
chargée pour le peuple» au chapitre quarante-trois de son récit
de voyage'. Après l'office habituel à l'Anastasis de Jérusalem, la
communauté hiérosolymitaine se rendait à cette époque à Sion
pour la troisième heure du jour, afin de commémorer la descente
de l'Esprit Saint, puis, après s'être restaurée et reposée, elle se
rendait au mont des Oliviers, à l'endroit d'où le Seigneur est
monté aux cieux, pour commémorer l'Ascension.
Toutefois, le Lectionnaire arménien connaissait déjà, dans
la première moitié du cinquième siècle, deux fêtes distinctes.
L'office décrit à la section 58 2 commémore bien la descente
du Saint-Esprit. On lisait à la liturgie à l'Anastasis le récit de
la descente de l'Esprit Saint sur les apôtres (Ac 2, 1-21) et la
péricope de Jean (Jn 14, 15-24) sur la promesse du Seigneur
d'envoyer un Paraclet. À la troisième heure, on se rendait à Sion
pour commémorer, sur les lieux et à l'heure même, la descente de
l'Esprit, puis, à la dixième heure, au mont des Oliviers, où après
les lectures, on faisait une prière d'agenouillement, reprise trois
fois. Nous avons ici l'embryon des trois prières d'agenouillement
aux vêpres du dimanche de la Pentecôte au soir dont on parlera
plus bas.
Il faut signaler que l'office au mont des Oliviers le soir de la
Pentecôte décrit par le Lectionnaire arménien n'est pas qu'une
« sorte de conservatisme assez fréquent dans les institutions litur-
giques" », comme l'a laissé croire R. Cabié. En effet, les paroles
prononcées à cet endroit par les « hommes vêtus de blancs» aux
apôtres le jour de l'Ascension - « Hommes de Galilée, pourquoi

1. ÉGÉRIE, Journal de voyage 43, 1 (SC 296, p. 298).


2. RENOUX, II, p. 339.
3. CABlÉ, La Pentecôte, p. 171.
308 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

restez-vous ainsi à regarder le ciel? Celui qui vous a été enlevé, ce


même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous
l'avez vu s'en aller vers le ciel» (Ac 1, Il) - donnent un caractère
eschatologique au mont des Oliviers. Le mont des Oliviers n'est
donc pas seulement le lieu du départ du Christ, mais aussi le lieu
de son retour. C'est ce que C. Renoux nous rappelle: «L'église
du mont des Oliviers, mémorial de l'Ascension, se reliait aussi,
par les enseignements que Jésus y avait donnés sur lui-même et
sur la fin des temps, à toute l'économie rédemptrice, à son départ
pour les cieux, à son retour dans la gloire, et par là à l'attente
de l'humanité. [... ] Face au Temple détruit, l'église de l'Éléona,
à l'orient de Jérusalem, rappelait aux chrétiens la domination du
Seigneur ressuscité, monté dans la gloire, et vivant dans une terre
nouvelle d'où il viendra pour y attirer son peuple. Ce n'est pas
de la Jérusalem terrestre, mais de son Orient, du ciel, vers lequel
Jésus était parti que viendra le salut. Au-delà de sa fonction de
mémorial - conserver le souvenir de l'Ascension -, l'Éléona
à l'orient de la Ville Sainte évoquait aussi tout le mystère du
Christ et l'avenir de l'homme qui lui est lié. L'Éléona, signe de
la Parousie, rappelait donc aux fidèles, chaque fois qu'ils s'y
rassemblaient, que le Seigneur, célébré dans tel ou tel mystère
particulier, était aussi celui qui viendrai ».
Ainsi, l'assemblée au mont des Oliviers l'après-midi de la
Pentecôte montre bien que, même après que l'Ascension en
fut séparée après le deuxième concile œcuménique dans le but
d'accorder plus d'importance à la divinité de l'Esprit Saint, le
cinquantième jour mettait toujours le sceau au temps pascal et au
mystère du salut en entier. Celui-ci, dans une perspective escha-
tologique, culminera dans le second et glorieux avènement du
Christ, que chaque chrétien de toute époque confesse et attend en
s'y préparant adéquatement.

1. C. RENaux, « En tes murs, Jérusalem: Histoire et mystère », La Liturgie:


son sens, son esprit, sa méthode - Conférences St-Serge, XXVIII' Semaine
d'études liturgiques, Rome, 1982, p. 259-260.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 309

Déroulement.
L'office de la Pentecôte, une des douze grandes fêtes, suit
scrupuleusement le Pentecostaire'. L'office du saint du Ménée
est reporté à un autre jour.
Aux vêpres, pour le lucernaire, on chante les 8 stichères
idiomèles du Pentecostaire en 10, suivis de «Gloire... Et
maintenant... » et du doxastikon idiomèle - «Venez, peuple,
adorons la divinité tri-hypostatique... » attribué à l'empereur
Léon le Sage. Après l'entrée, on lit les trois prophéties de la fête.
Pour la litie, on chante les stichères idiomèles du Pentecostaire.
On trouve également dans le Pentecostaire les stichères apostiches
avec des versets spéciaux. Le troisième de ces stichères est
l'hymne « Roi céleste ». À l'artoc1asie, on chante le tropaire de
la fête trois fois.
Aux matines, pour «Le Seigneur est Dieu », on chante le
tropaire de la fête trois fois. Après chaque stichologie et la petite
synaptie, on chante les tropaires-cathismes du Pentecostaire.
Après le polyéleos et la petite synaptie, on chante le tropaire-
cathisme du Pentecostaire. Il est prévu de lire alors le discours
de saint Grégoire le Théologien sur la Pentecôte'. Cette lecture
patristique, une des premières homélies pour la Pentecôte, a
inspiré l'hymnographie de la fête, particulièrement le premier
stichère du lucernaire et le canon. On chante ensuite la première
antiphone de l' anavathmi, ton 4 (« Depuis ma jeunesse»), suivi
du prokeimenon de la fête. Après la lecture du neuvième évangile
matutinal qui est lu comme les jours de fête, au milieu de l'église
(usage russe) ou au soléa (usage grec), et non sur l'autel, on ne
chante pas le stichère «Ayant vu la Résurrection du Christ »,
mais on lit immédiatement le psaume 50. On chante ensuite les
stichères après l'évangile: «Gloire... » ; «Par les prières des
apôtres. " » ; « Et maintenant » ; « Par les prières de la Mère de
Dieu» ; «Aie pitié de moi. .. » ; et le stichère «Roi céleste »,
Après la prière « Sauve, ô Dieu, ton peuple », on chante les deux
1. Sur la Pentecôte dans l'Église orthodoxe, lire: V. ZANDER, « La Pentecôte
dans l'Église orthodoxe ». Sanctae Ecclesiae 29 (1948), p. 83-102 ; V. ZANDER,
«La Pentecôte dans le rite byzantin », Irénikon 5 (1928), p. 256-261 ; R. BOR-
NERT, «La Pentecôte dans le rite byzantin », Notes de Pastorale Liturgique 38
(1962), p. 9-14.
2. GRÉGOIRE LE THÉOLOGIEN, Discours 41 (SC 358, Paris, 1990, p.312-
355).
310 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

canons de la fête. Le premier est attribué à Cosmas de Maïouma.


Son acrostiche reprend les premiers mots du discours 41 de
saint Grégoire le Théologien: « Nous célébrons la Pentecôte »,
Le second, un canon îambique, est attribué à Jean d'ArcIas
(Damascène). À chaque ode on chante comme catavasie les hirrni
des deux canons de la Pentecôte. Après la troisième ode et la
petite synaptie, on chante le tropaire-cathisme du Pentecostaire.
Après la sixième ode et la petite synaptie, le kondakion et l'ikos
de la fête dans le Pentecostaire, suivis du Synaxaire de Nicéphore
Calliste Xanthopoulos. On omet le Magnificat. Après la neuvième
ode qui est accompagnée de ses mégalynaires, on dit les deux
exapostilaires de la fête en répétant le premier. Aux laudes, on
chante les 3 stichères idiomèles du Pentecostaire en 6 tropaires,
« Gloire... Et maintenant... », le stichère « Roi céleste ». Après
la grande doxologie, on chante le tropaire de la fête.
Aux heures, on lit le tropaire et le kondakion de la fête.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, on chante
les antiphones de la fête (voir Pentecostaire). Après l'entrée et
le verset d'entrée spécial de la fête, on chante le tropaire et le
kondakion de la fête. Au lieu du Trisagion, on chante: « Vous tous
qui avez été baptisés en Christ' », Le prokeimenon de l'Apôtre,
les versets d'Alléluia, les lectures de l'Apôtre et de l'Évangile et
le koinonikon sont ceux de la fête. Comme pour toutes les fêtes
despotiques, au lieu de l'hymne à la Mère de Dieu (« Il est digne
en vérité»), on chante l'hirrnos de la neuvième ode du canon.

Les vêpres de la génuflexion.


L'après-midi, le jour de la Pentecôte, on célèbre les vêpres de
la génuflexion qui ont plusieurs particularités. On lit durant cet
office sept prières d'agenouillement, regroupées en trois parties.
Comme nous l'avons vu plus haut, l'origine de cet office est la
synaxe qui avait lieu à Jérusalem, à Sion, à la troisième heure
le jour de la Pentecôte. Dans beaucoup d'endroits, cet office est
célébré immédiatement après le congé de la Divine Liturgie.

1. Ce chant à la liturgie s'explique du fait qu'à Constantinople, on baptisait


le jour de la Pentecôte tout comme le jour de la Pâque. Voir MATÉOS, Typicon,
II, p. 136-137.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 311

À l'origine, cet office marquait solennellement le fait qu'on


priait de nouveau à genoux - chose que l'on n'avait pas faite
de Pâques à la Pentecôte. Au début, l'office de la génuflexion
d'origine palestinienne a été adopté à Constantinople comme
une pieuse dévotion. Au début du xl" siècle, ces prières étaient
lues après les antiphones, dans le cadre de l'office des vêpres
asmatiques (chantées). Après le XIVe siècle, le schéma de l'office
de la Grande Église de Constantinople a été incorporé aux vêpres
monastiques de l'Horologion palestinien'.
À la grande synaptie du début des vêpres, on ajoute des
demandes particulières, pour que la grâce du Saint-Esprit
descende sur l'assemblée (voir Euchologe ou Pentecostaire). Au
lucernaire, on chante les 3 stichères prévus aux laudes pour les
matines de la fête en 6, suivis de « Roi céleste », Comme le soir
de toute fête despotique, il y al'entrée suivie du chant du grand
prokeimenon« Quel dieu est grand comme notre Dieu? », Après
le grand prokeimenon, le diacre dit: « Encore et encore, pliant les
genoux, prions le Seigneur. » L'assemblée s'agenouille pour la
première fois depuis la fête de Pâques. Le prêtre (l'higoumène ou
l'évêque) lit alors les deux premières prières d'agenouillement,
face au peuple, au milieu des portes saintes de l'iconostase qui
sont ouvertes. Puis le diacre termine la petite synaptie et, après
l'ecphonèse du prêtre, enchaîne avec l' ecténie. Après l'ecphonèse
du prêtre, le diacre dit de nouveau : «Encore et encore, pliant
les genoux, prions le Seigneur. » L'assemblée s'agenouille de
nouveau. Le prêtre lit alors les troisième et quatrième prières
d'agenouillement, face au peuple. Puis le diacre termine la petite
synaptie. Après l'ecphonèse du prêtre, on dit la prière «Daigne,
Seigneur », Puis le diacre dit de nouveau: «Encore et encore,
pliant les genoux, prions le Seigneur », L'assemblée s'agenouille
de nouveau. Le prêtre lit alors les cinquième, sixième et septième
prières d'agenouillement, face au peuple. Le diacre termine la
petite synaptie. Après l' ecphonèse du prêtre, le diacre dit la litanie
des demandes. Aux apostiches, on chante les stichères idiomèles

1. Sur l'évolution de ces prières à Constantinople, lire M. ARRANz, «Les


prières de Gonyldisia ou de la Génuflexion du jour de la Pentecôte dans l'an-
cien Euchologe byzantin », OCP 48 (1982), p. 92-123. Sur leur origine pales-
tinienne, voir particulièrement A. RENaux, « L'office de la génuflexion dans la
tradition arménienne », Le Saint-Esprit dans la Liturgie. Conférences Saint-
Serge 1969 (BELS 8), Rome, 1977, p. 149-163.
312 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

du Pentecostaire. Après le Notre Père, on chante le tropaire de la


fête. Le congé des vêpres est particulier: «Que Celui qui s'est
abaissé des entrailles divines et paternelles... » (voir Euchologe,
Hiératikon ou Pentecostaire).
Le même soir, au petit apodeipnon, on lit le canon au Saint-
Esprit, attribué à Théophane le Marqué, dont l'acrostiche est « Je
chante l'Esprit ayant façonné toute la création» (absent des livres
grecs actuels). Le lundi de Pentecôte est en effet appelé «jour du
Saint-Esprit », qui est la synaxe après la fête de la Pentecôte.
Comme l'explique Nicéphore Calliste Xanthopoulos dans son
Synaxaire, on célèbre en ce jour «le très saint et vivifiant et
tout-puissant Esprit, Dieu, l'un de la Sainte Trinité, partageant
le même honneur, consubstantiel et co-glorifié avec le Père et le
Fils ». On reprend l'office de la Pentecôte, et l'office du Ménée
est reporté à un autre jour. Il faut signaler toutefois que le Typikon
de la Grande Église (!Xe siècle) prévoyait ce jour-là la « synaxe
des apôtres' ». La seule différence est qu'on ne chante pas le
polyéleos. À la Divine Liturgie, on chante comme d'habitude le
Trisagion et non pas «Vous tous qui dans le Christ... »Au lieu
de «Il est digne en vérité ». on chante l'hirmos du 2e canon de
la fête, et après la communion, on recommence à chanter « Nous
avons vu la vraie lumière ... »

La première semaine après la Pentecôte.

L'après-fête de la Pentecôte se poursuitjusqu'au samedi suivant.


Les offices se déroulent en combinant l'office du Pentecostaire à
celui du Ménée.
Aux vêpres, on chante au lucernaire 3 stichères de la fête
(Pentecostaire) et 3 stichères du Ménée. Tous les théotokia sont
remplacés par des idiomèles de la fête. Les stichères apostiches
sont du Pentecostaire.
Aux matines, après chaque stichologie, on dit le tropaire-
cathisme de la fête (Pentecostaire). Après le psaume 50, on exécute
l'un des deux canons de la fête (Pentecostaire) en 8 tropaires et le
canon du saint du Ménée en 4. Après la troisième ode, on chante
le kondakion, l' ikos et le tropaire-cathisme du saint du Ménée

1. MATÉOS, Typicon, II, p. 140-141.


LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 313

suivi du tropaire-cathisme de la fête (Pentecostaire). Après la


sixième ode, le kondakion et l'ikos de la fête (Pentecostaire). À la
neuvième ode, on chante le Magnificat. Après la neuvième ode,
on chante l' exapostilaire du Ménée et de la fête. Les stichères
apostiches sont ceux de la fête (Pentecostaire).
Le samedi, clôture de la Pentecôte, l'office de la fête est
repris intégralement (à l'exception des prophéties, de la litie, du .
polyéleos et de l'évangile des matines). L'office du Ménée est
reporté à un autre jour.

LE PREMIER DIMANCHE APRÈs LA PENTECÔTE

Le dimanche de Tous les Saints.

Origine.
Le Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos (xrvs siècle)
nous donne trois raisons pour lesquelles l'Église orthodoxe
commémore tous les saints en lien avec la descente du Saint-
Esprit, le premier dimanche après la Pentecôte: premièrement,
pour montrer que le Saint-Esprit est la source de sainteté;
deuxièmement, pour commémorer tous les saints du passé ou
à venir, connus ou inconnus ; troisièmement, pour montrer que
tous les saints que nous célébrons personnellement sont tous
réunis en Christ. Par ailleurs, Nicéphore Calliste fait remarquer
que la fête de tous les saints mettant un terme au cycle du Triode-
Pentecostaire montre comment l'économie divine s'accomplit:
« Car le Triode, en résumé, renferme avec minutie tout ce que
Dieu a fait pour nous par des paroles ineffables. Le premier récit
[du Triode] est la chute du diable des cieux, l'expulsion d'Adam
et la transgression. [Puis] toute l'économie de Dieu le Verbe en
notre faveur, et comment nous sommes montés de nouveau aux
cieux grâce au Saint-Esprit, et comment nous avons accompli
l'ordre déchu, ce qui se reconnaît en tous les saints. Que l'on
sache que nous célébrons aujourd'hui tous ceux que l'Esprit saint
a sanctifiés par sa grâce' ... »
1. Lire sur le dimanche de tous les saints: H. <p~Ymlc, « IIpa3;D;HHK scex
CBHTbIX », Beunoe 333 (1976), p. 19-24.
314 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Nicéphore Calliste nous donne également, dans son synaxaire,


la raison historique de l'institution de cette dernière solennité du
Pentecostaire. Selon lui, l'empereur Léon VI le Sage (886-912)
voulut construire une église en l'honneur de sa femme Théophano
qui, derrière son apparence d'impératrice, menaitune vie ascétique
et qui, après son rappel à Dieu en 893, accomplit de nombreux
miracles à travers sa sainte relique qui avait été déposée en l'église
des Douze Apôtres. Ayant construit une église magnifique et très
grande tout près de l'église des Douze Apôtres, l'empereur se dit
qu'il ne convenait pas de la consacrer à celle qui, il y avait encore
très peu de temps, avant sa mort, était impératrice. « L'empereur
très sage dédia alors l'église qu'il venait de construire à tous
les saints de l'univers, suite à une décision conciliaire de toute
l'Église, en se disant: Si Théophano est sainte, qu'elle soit unie
à tous les saints 1. » Telle est donc, selon Xanthopoulos, l'origine
constantinopolitaine de cette dernière solennité du Pentecostaire.
Celle-ci est déjà attestée par le Typikon de la Grande Église
(IXe siècle), qui prévoit pour ce dimanche un office qui commence
à Sainte-Sophie et qui se poursuit en « l'église de tous les saints
près des Saints-Apôtres? ».

Déroulement.
L'office de ce dimanche suit scrupuleusement le Pentecostaire.
L'office du saint du Ménée est reporté à l'apodeipnon (ou à un
autre jour), à moins que ce ne soit un office avec polyéleos. Il
s'agit du dernier office du Pentecostaire. Les hymnes reprises de
l'Octoèque sont du ton 8. On clôt ainsi un cycle de l'Octoèque
pendant la cinquantaine, où l'on a omis le ton 7. À partir du
deuxième dimanche après la Pentecôte, on commencera les
cycles habituels de l'Octoèque, à partir du ton 1, où tous les tons
se succéderont les uns après les autres, sans aucune omission,
jusqu'à la fête de Pâques suivante.

1. Sur l'église de tous les saints à Constantinople, lire R. JANIN, La Géogra-


phie ecclésiastique de l'empirebyzantin; Première partie, tome III, Paris, 1969,
p. 389-390; G. DOWNEY,« The ChurchofAll Saints (ChurchofSt. Theophano)
near the Church of the Apostles at Constantinople », DOP 9-10 (1956), p. 301-
305.
2. MATÉOS, Typicon, Il, p. 144-145.
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 315

Aux vêpres, au lucernaire, on chante 6 stichères de l'Octoèque,


ton 8, repris par le Pentecostaire (3 de la Résurrection et 3 dits
« orientaux»), et 4 stichères de tous. les saints, suivis de leur
doxastikon et du théotokion dogmatique, ton 8. Après l'entrée et
le prokeimenon du soir, on lit les trois prophéties en l'honneur de
tous les saints. À la litie, on prend les stichères de l'église et les
idiomèles de tous les saints. Les stichères apostiches sont ceux de
la Résurrection de l'Octoèque, ton 8, repris par le Pentecostaire,
auxquels on ajoute le doxastikon de tous les saints. À l'artoclasie,
on chante le tropaire « Mère de Dieu et Vierge» deux fois et le
tropaire de tous les saints, une fois.
Aux matines, pour « Le Seigneur est Dieu », on chante deux
fois le tropaire dominical, ton 8, « Gloire» : le trop aire de tous les
saints, ton 4, « Et maintenant» : le théotokion dominical, ton 4.
Après les première et deuxième stichologies, on prendles tropaires-
cathismes de l'Octoèque, ton 8, repris par le Pentecostaire. On
chante le psaume 118 et les eulogétaires de la Résurrection.Après
la petite synaptie, on lit dans le Pentecostaire l'hypakoï repris de
l'Octoèque, ton 8, et le cathisme de tous les saints. Puis on chante
les anavathmi et le prokeimenon matutinal du dimanche de
l'Octoèque, ton 8, repris par le Pentecostaire, suivis de la lecture
du premier évangile matutinal (de la Résurrection) sur l'autel.
À partir de ce dimanche, on commence à lire les Il évangiles
matutinaux, l'un à la suite de l'autre, jusqu'à la fête de Pâques
suivante. Après «Ayant contemplé la Résurrection du Christ»
(une seule fois), on lit le psaume 50 et on chante les stichères
habituels du dimanche. Après la prière: «Sauve, ô Dieu, ton
peuple », on exécute le canon de la Résurrection en 4 tropaires,
le canon de la Croix et de la Résurrection en 2 et le canon de
la Mère de Dieu en 2, tous les trois repris par le Pentecostaire
de l'Octoèque, ton 8, et on ajoute le canon de tous les saints en
6 tropaires (dont l'acrostiche est : « je chante les ordres de tous les
saints aux noms nombreux»), avec les hirmi du canon de la Mère
de Dieu (« Ma bouche s'ouvrira») comme catavasie. Après la
troisième ode, on chante le kondakion et l'ikos de la Résurrection
et les tropaires-cathismes de tous les saints. Après la sixième ode,
le kondakion et l'ikos de tous les saints. Vient ensuite la lecture
du Synaxaire de Nicéphore Calliste Xanthopoulos. À la neuvième
ode, on chante le Magnificat. Après la neuvième ode, « Saint est
316 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

le Seigneur notre Dieu », ton 8, suivi de l'exapostilaire du premier


évangile de la Résurrection, de l' exapostilaire de tous les saints et
de son théotokion. Aux laudes, aux cinq stichères de l' Octoèque,
ton 8, repris par le Pentecostaire (4 de la Résurrection et un dit
« oriental»), on ajoute trois stichères de tous les saints, « Gloire»,
l'idiomèle éothinon du premier évangile de la Résurrection, puis,
« Et maintenant », le théotokion : «Tu es bénie par-dessus tout,
ô Mère de Dieu, Vierge », Après la grande doxologie, on chante
le tropaire de la Résurrection prévu à la fin des matines domini-
cales (« Aujourd'hui le salut du monde»).
Aux heures, on lit le tropaire dominical, ton 8, « Gloire ... » :
le trop aire de tous les saints et le kondakion de tous les saints.
À la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, à l'entrée, on
chante le tropaire dominical, ton 8, le tropaire de tous les saints,
« Gloire... Et maintenant... », le kondakion de tous les saints. Les
prokeimena de l'Apôtre, les versets d'Alléluia et les koinonika
sont ceux du dimanche, ton 8, et de tous les saints. Les lectures
de l'Apôtre et de l'Évangile sont celles de tous les saints.

Le jeûne des Apôtres.

Une rubrique à la fin de l'office de la Pentecôte précise que


pendant toute la première semaine après la Pentecôte, les œufs,
le fromage, le poisson, le vin et l'huile sont autorisés à table. Le
jeûne est donc supprimé durant toute cette semaine, et les laïcs
peuvent même manger de la viande. Cette rubrique ne se trouve
que dans les Pentecostaires et les typika de rédaction sabaïte. Elle
est absente du Typikon d'Alexis le Stoudite. Cela s'explique par
fait que ce dernier accordait une telle autorisation pour toute la
cinquantaine pascale'.
En effet, conformément à la tradition ancienne de l'Église,
la cinquantaine pascale était une période de réjouissance qui
se traduisait par la suppression du jeûne et des génuflexions.
Égérie-, saint Jean Cassien", de même que le 20e canon du concile

1. IIEHTKOBCKHM, TunUKOH, p, 261, 378.


2. ÉGÉRIE, Journal de voyage 41 (SC 296, p. 296-297). Égérie ne parle pas
de l'absence de génuflexion.
3. JEAN CASSIEN, Conférences, XXI, Il (SC 64, Paris, 1959, p. 85-86).
LES OFFICES DU PENTECOSTAIRE 317

de Nicée! en témoignent. Toutefois, la semaine qui suivait soit


directement la Pentecôteè, soit son octave", marquait le retour à
l'observance ordinaire par la reprise du jeûne.
Le jeûne qui durait initialement une semaine" se développa
par la suite en un jeûne de plusieurs jours. Vers 700, trois jeûnes
étaient connus dans la discipline ecclésiastique: la Sainte
Quarantaine, le jeûne des apôtres après la Pentecôte, et le jeûne
avant la Nativité du Christ. Divers commentateurs y voient un
parallèle avec les trois temps de jeûne dans l'année prescrits par
le Seigneur à Moïse dans l'Exode. Selon certaines sources, le
jeûne des apôtres qui aurait été prolongé pour durer quarante
jours se serait même prolongé jusqu'à la fête de la Dormition
(15 août). C'est alors que l'Église aurait usé d'« économie»
et créé deux jeûnes distincts : celui des apôtres se prolongeant
jusqu'à la fête des apôtres Pierre et Paul, et celui de la Dormition
(du 1er au 14 août)",
Ainsi, conformément à l'ancienne tradition de l'Église, le jeûne
reprend le lundi après le dimanche de Tous les Saints et se poursuit
jusqu'à la fête des saints apôtres Pierre et Paul, le 29 juin. C'est
ce qu'explique le patriarche Michel II de Constantinople dans
une lettre qui lui est attribuée (vers 1143-1146), voulant justifier
une véritable tradition apostolique: «Le jeûne des apôtres est
observé de la façon suivante: les apôtres ayant jeûné pendant
sept jours après la descente du Saint-Esprit, une telle pratique fut
donnée comme modèle à l'Église. Plus tard, les apôtres ayant été,
le 29 juin, consommés par le martyre, comme le jeûne tombait à
cette époque, on décida de l'observer jusqu'au jour de leur fête.
C'est pourquoi le nombre de jours de ce jeûne n'a pas été fixé

1. Le 20" canon de Nicée affirme : « Comme quelques-uns plient le genou


le dimanche et aux jours du temps de la pentecôte, le saint concile a décidé
que, pour observer une règle uniforme dans tous les diocèses, tous adresseront
leurs prières à Dieu en restant debout. » Voir P.-P. JOANNOU, Discipline géné-
rale antique, (Fonti, fasc. 9), t. I, I, Rome, 1962, p. 41.
2. ÉGÉRIE, Journal de voyage, 44, 1 (SC 296, p. 305).
3. Les Constitutions apostoliques, Livre V, 20, 14, trad. M. METZGER,
SC 329, Paris, 1986, p. 282-283.
4. Ibid.
5. Sur cette question, lire l'article très fouillé de V. GRUMEL, «Le jeûne de
l'Assomption dans l'Église grecque », Échos d'Orient 32 (1933), p. 162-194.
Sur les jeûnes de l'Église orthodoxe, voir également H. MAHCBETOB, 0 nocmax
npaeocnaenoù 80CmO'lHOU Ilepxeu, Moscou, 1886.
318 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

comme il l'est pour les autres périodes de pénitence, la durée


en étant subordonnée au cycle liturgique, c'est-à-dire à la date
de Pâques ; souvent en effet, il ne dure que neuf jours, ce qui
équivaut à peu près à la durée du jeûne observé par les apôtres'. »
Qualifié de «jeûne des apôtres », il est attesté à la fois par la
tradition stoudite- et par la tradition néo-sabaïte.
Cette dernière, plus rigoureuse, a toutefois réintroduit le jeûne
les mercredis et les vendredis de la cinquantaine pascale, à
l'exception de la semaine après Pâques et de la semaine après la
Pentecôte. Pour compenser une telle pratique, on a alors accordé
une dispense de jeûne pendant l'octave de la Pentecôte 3.
Tout comme le jeûne de la Nativité, le jeûne des apôtres est
moins rigoureux que le jeûne de la Dormition. Dans les monas-
tères, les mardis et les jeudis, on prend de l'huile et on a deux
repas. Les samedis et les dimanches, on mange du poisson et on
prend de l'huile et du vin.

1. MiCHEL II, «Au sujet du jeûne des saints apôtres », I. Otmor, Patriar-
chatus Constantinopoli, Acta Selecta 1 (Fonti, Serie II, fasc. III), Rome, 1941,
p.28-29.
2. IIEHTKOBCKHfI, Tunuxou, p. 261,275.
3. Par exemple, on lit : « À partir du lundi après le dimanche du renouveau,
après avoir lu la troisième et la sixième heure selon leur ordre avec leurs heures
intermédiaires, ainsi que les typiques, il convient de permettre aux frères, le
lundi, le mercredi et le vendredi de toute la Cinquantaine de ne manger que
deux biscuits seulement. Ce n'est qu'après la neuvième heure que l'on peut
manger complètement. Il en est de même pour les paramonies de la Nativité
et de la Théophanie lorsque celles-ci tombent un samedi ou un dimanche. Le
dimanche de la Descente du Saint-Esprit, il y a les génuflexions aux vêpres et,
pendant la semaine qui suit, il est permis de manger du poisson, du fromage,
des œufs et du lait, et pour les laïcs, de la viande, jusqu'au dimanche de tous les
saints» (Typikon, chap. 32, Moscou, 1906, p. 39).
Glossaire

Acathiste: [gr. aKo8tcr'toç ÜJ.lvoç ; sl. ,i"ci.o.HtT7l] Hymne composée de


13 kondakia et de 12 ikoi chantée debout, comme son nom l'indique.
L'hymne acathiste la plus connue est l'Acathiste à la Mère de Dieu,
chantée le cinquième samedi du Carême, qui est le prototype de tous
les acathistes.
Acolouthie: [gr. aKoÀ.ou8ia; sl, not.\ofiAoK"Hif] Terme signifiant
« déroulement », Il peut désigner l'ordo d'un office, ou encore le
corps hymnographique constituant un office.
Acrostiche: [gr. aKpocrnxiç; sl. "P"ftTpo'lif ou "pmp"H&tif] Initiales
d'une série de tropaires qui, lues dans le sens vertical, forment une
phrase.
Agrypnie : [gr. aypu7tVia ; sl. IiAofiHif] Selon le Typikon sabaïte, office
des Vigiles de toute la nuit constitué des grandes vêpres, d'une lecture
et des matines avec Polyéleos, célébré la veille des dimanches et des
grandes fêtes.
Alléluia: [héb. Hallelujah ; gr. aMT]À.outa ; sl. ,i",,",,~i,,] Terme signi-
fiant littéralement, «Louez le Seigneur ». 1) Peut désigner l'office
dit «d'Alléluia », c'est-à-dire l'office des jours de jeûne où l'on ne
chante pas aux matines le « Seigneur est Dieu» mais, à sa place,
Alléluia avec des versets exécutés par le canonarque. 2) Peut aussi
désigner la doxologie: «Alléluia, alléluia, gloire à Toi, ô Dieu »,
Allumeur de lampes: [gr. KaVOT]À.01t'tT]ç; sl. ""HAH"OKlI\HrciTfJ\h]
Personne désignée pour allumer les lampes de l'église. Généralement,
synonyme de paraecclésiarque.
Alphabétiques, Stichères : [gr. aMpa~tl'tou ; sl, no ,i"~"KI1T\I] Série de
stichères, chantés aux apostiches des vêpres du samedi soir, dont la
première lettre de chacun suit l'ordre de l'alphabet.
Ambon: [gr. aJ.l~rov ; sl. ,i"'KOH7>] À l'origine, lieu surélevé situé au
milieu de l'église et où se faisaient les lectures. Dans l'usage actuel,
partie centrale du soléa située devant les portes saintes.
Anavathmi: [gr. ava~a8J.loi; sl, tTfn&HHhl] Graduels. Hymnes
antiphonées, réparties sur les 8 tons de l'Octoèque, composées sur
320 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

la base des psaumes graduels (Ps 119-133) et chantées aux matines


festives avant le prokeimenon et la lecture de l'évangile. Le dimanche,
on chante les anavathmi du ton du dimanche, alors que les jours de
fête, on chante la première antienne des anavathmi du 4" ton.
Antidoron: [gr. àvti.ôropov; sI. ciHTiAWP7t.] Terme signifiant littéra-
lement «au lieu du don ». Pain distribué par le prêtre à la fin de la
Divine Liturgie, consistant en des restes des prosphores ayant été
utilisées à la proscomidie.
Antienne: [gr. àvti.<I>c.ovov; Sl.ciHTit\lWH7t.] 1) Psaume (ou groupe
d'hymnes) prévu pour être chanté antiphonalement. 2) Une des trois
parties constitutives d'un cathisme se terminant par une doxologie.
Antimension : [gr. évn + lat. mensa; sI. ciHTiMIÎHt7t.] Terme désignant à
l'origine le couvercle d'un tombeau, puis l'autel dressé sur la tombe
d'un martyr, et finalement, la table d'autel. Linge en soie ou en lin
d'environ 40 x 60 cm sur lequel est représentée la mise au tombeau
du Christ, consacré et signé par l'évêque local, auquel est jointe une
parcelle de reliques, et qui constitue un autel portatif.
Antiphonalement: Voir « À deux chœurs ».
Antiphone : Voir Antienne.
Antiphoné : Voir « À deux chœurs».
Apodeipnon : [gr. à1tôôet1tVov ; sl. nOIi''lfpi,] Complies. Office qui suit
les vêpres, et habituellement, le repas du soir. On distingue le grand
apodeipnon du petit apodeipnon.
Apokreo, Semaine ou dimanche de l': [gr. à1tÔlCpec.o; sl, M~ton~
tTHl\~] Carnaval. Neuvième semaine avant Pâques, se terminant le
huitième dimanche avant Pâques, qui est la dernière semaine où l'on
peut manger de la viande.
Apolytikion: [gr. à1toÂ.U'tilCtOV; sI. Tpondph wn\ltTIÎTfAhHhlii] Hymne,
généralement brève, chantée à la fin des vêpres, au début et à la fin
des matines.
Apostiches: [gr. à1tôcrnxa; sl. Hl\ tTHXOIiHofi] Stichères accompagnés de
versets [gr. miXOt;sl. tTIX7t.] psalmiques et chantés à la fin des vêpres
de toute l'année et à la fin des matines des jours non festifs.
Après-fête : [gr.J.LEgeôpta ; sl, nonpd3AHtTIiO] Période suivantune grande
fête pendant laquelle l'office de la fête continue d'être chanté jusqu'à
la clôture. Certaines périodes d'après-fête durent une octave (8 jours).
Artoclasie: [gr. àptOlCÂ.aaia; sl. IiArOt/lOlifHi, XA'iiIiOIi7t. ou X"'liIiHHI\l\]
Bénédiction des pains, du blé, du vin et de l'huile quia lieu à la fin
des vêpres lors de l'agrypnie.
Artophorion: [gr. àpto<l>opiov; sl. Al\POXPl\HIÎTfAhHHI\l\] Coffret,
habituellement en forme d'église, destiné à contenir les saints dons
consacrés en vue de la communion des malades ou de la liturgie des
Présanctifiés.
GLOSSAIRE 321

Autel: [gr. ~ii'.l(l ou 9u<Jta<J-nlptOV ; sl, "ATdph] Partie est de l'église,


séparée de la nef par l'iconostase, et où se trouve la sainte Table.
Automèle: [gr. aùtoJ,ŒÀOv; sl. (tdMo)noAOlifH7l] Hymne servant de
modèle rythmique et mélodique pour d'autres hymnes (appelées
prosomia, signifiant «imitées sur ») appelées à être calquées, tant
dans la composition que dans l'interprétation, sur cette dernière.
Avant-fête: [gr. 1tpoeopna ; sl. npfAnp43AHtTKO] Jour(s) précédant une
grande fête, ayant une hymnographie festive qui prépare les fidèles à
célébrer le mystère de la fête.
Baptistère: [gr. Â,outi'ip ; sl. 1>11T"AHlJ.lf] Lieu, généralement adjacent au
narthex, abritant les fonts baptismaux où l'on célèbre les baptêmes
ainsi que la bénédiction des eaux.
Béatitudes: [gr. uœxœptouoi ; sl. IiAméHHhI] Versets tirés du Discours
sur la Montagne (Mt 5,3-12) commençant par l'expression
« Bienheureux », chantés aux typiques et à la liturgie, et auxquels on
intercale soit les tropaires de l'Octoèque (tropaires des Béatitudes)
ou des tropaires extraits du canon des matines de la fête.
Canon: [gr. xovév ; sl. I>dHWH7l] Composition hymnographique
constituée d' hirmi et de tropaires, où ces derniers étaient intercalés,
à l'origine, aux versets des neuf cantiques bibliques. Cela explique
pourquoi les canons sont constitués de neuf odes, la seconde étant
le plus souvent absente, car le deuxième cantique biblique n'est
chanté que pendant la quarantaine. Toutefois, certains canons ne
sont constitués que de quatre odes [tétra-ode], de trois odes [tri-ode]
ou de deux odes [di-ode).
Canonarque: [gr. KaVOVapXTJç ; sI. I>dHOH4PX7l] Chantre désigné pour
annoncer (au centre de l'église) certains refrains psalmiques et
exécuter leurs versets.
Cantique biblique ou de Moïse: [gr. cPOT] ; sl. n'iltH7l] Les neuf cantiques
bibliques constituant la structure du canon des matines et figurant
dans le Psautier palestinien: 1) le cantique de Moïse (Ex 15, 1-
. 19) ; 2) le cantique de Moïse (Dt 32, 1-43) ; 3) la prière d'Anne (1
R 2, 1-10); 4) la prière d'Habacuc (Ha 3,1-19); 5) la prière d'Isaïe
(Is 26,9-20) ; 6) la prière de Jonas (Jon 2,3-10); 7) la prière des
trois jeunes gens (On 3, 26-56) ; 8) le cantique des trois jeunes gens
(On 3, 57-88) ; 9) le Magnificat et le Benedictus (Le 1,46-55.68-79).
Carnaval: Voir Apokreo.
Catavasie: [gr. Kata~acria ; sl. I>dTdK4tïd] Hirmos chanté à la fin de la
troisième, sixième, huitième et neuvième ode du canon des matines (et
à la fin de chaque ode, les jours de fête) comme conclusion de l'ode.
Ce terme vient du grec « Kata~aivco », signifiant« descendre », car,
à l'origine, les deux chœurs descendaient de leur place pour se réunir
au milieu de l'église pour exécuter ce chant.
322 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Cathisme: [gr. lCu8icrflu; sl. "d.o.icMd] Une des vingt divisions du


Psautier palestinien.
Cathisme, Tropaire-: [gr. lCu8icrflU; sl. d'Ad"fH'b] Tropaire faisant
suite à la stichologie d'un cathisme ou à une partie du canon, où il
est prévu de s'asseoir.
Chantre: [gr. uflvroOoÇ ; sI. n"'lih~'b] Personne assurant le chant au chœur,
ou désigné pour faire une lecture (voir Lecteur et Canonarque).
Chérubikon: [gr. xepU~tlCOv; sl. Xfp~Ii"MC"d'" nilcHb] Hymne des
Chérubins, chantée au moment de la Grande Entrée à la Divine
Liturgie.
Chœur: [gr. lCÀ;fjPOÇ ; sl. """POC'b ou """'11] Terme désignant les empla-
cements, à gauche et à droite de l'iconostase, où se tiennent les
chantres pendant l'office. Plusieurs chants sont interprétés « à deux
chœurs» ou « antiphonalement », c'est-à-dire que chacun des deux
chœurs exécute, à tour de rôle, un verset.
Cinquantaine: [gr. 1tEV'tT\lCOcr'ti]; sl. n"'TAfCtIITHHlld] Période de
cinquante jours festifs, de Pâques à la Pentecôte.
Clôture: [gr. à1toôomç ; sl, IDAdHif] Dernier jour d'après-fête, qui clôt
la période de festivité d'une grande fête et où l'on reprend presque
entièrement l'office de la fête.
Collyves : [gr. lCOÀ.À:Û~u ; sl. "0""1i0] Plat de grains de blé bouillis avec
du miel offert en mémoire d'un saint ou d'un défunt.
Congé: [gr. à1toÀ.umç ; sl. dTn~CT'b] Formule liturgique de renvoi à la
fin d'un office, consistant en une bénédiction finale dite par le prêtre
célébrant.
Despotique: [gr. Ôecr1to'ttlCTt ; sl, rocnôc"bIH] Du Seigneur. Les grandes
fêtes du Seigneur sont: l'Exaltation de la Croix, la Nativité, la
Théophanie, l'Entrée à Jérusalem, l'Ascension, la Pentecôte, la
Transfiguration.
Diakonika: [gr. ÔtalCOVtlCà ; sl. Aid"OHCTM] Voir Ecténie ; Synaptie :
Litanie.
Diataxis : [gr. ôtà'tuçtç ; sl, 0YCTdli'b] Ordre prescrit pour une cérémonie.
Ordo.
Dimanche du Renouveau : [gr. Tt lCUptalC'li 'tfjç ÔtalCatv'limflou ; sl.
HOM'" HfAil"",] Dimanche de Thomas. Le premier dimanche après la
fête de Pâques.
Diptyques: [gr. ôi1t'tUXu ; sl. A"nTHX'b] Livre où sont inscrits les noms
des vivants et les morts commémorés pendant la Divine Liturgie.
Diskos : [gr. ôtoxéptov; sl. AI1C"OC'b] Vase liturgique, en forme d'assiette
sur pied, destiné à contenir le saint pain (agneau). Patène.
Dispense: Voir Permission.
Doxastikon: [gr. OOÇUcr'ttlCOV; sl. C"dIiHH"'b] Stichère chanté après
« Gloire au Père ... »
GLOSSAIRE 323

Ecclésiarque : [gr. ÈKKÂ.llcnapXllç; sl, è""i\H,i.ipX7l] Personne respon-


sable de veiller au bon ordre des offices (voir typikariste) et suscep-
tible de remplacer l' higoumène (ou le supérieur) en son absence.
Ecphonèse: [gr. ÈK<!>rovllcnÇ ; sl, liogri\.u7l] Formule doxologique, dite
par le prêtre, qui conclut une synaptie, ecténie ou litanie, ou toute
autre exclamation à caractère doxologique, dite à voix haute, par le
prêtre.
Ecténie: [gr. ÈKteviJç; sl. e"TfHioII ('~r~li"oII)] Ensemble de courtes
phrases par lesquelles le diacre (ou, en son absence, le prêtrejinvite
l'assemblée à prier pour diverses intentions et auxquelles l'assemblée
(ou le chœur) répond par un triple «Seigneur, aie pitié» [Kyrie,
eleison]. Voir Diakonika ; Litanie.
Eothinon : Voir Évangile matutinal.
Eulogétaires: [gr. eùÂ.0Yll'tapta; sl. 1ii\"rOUOlifHHbl] Tropaires en
l'honneur de la Résurrection ou en mémoire des défunts chantés
après les Irréprochables (Ps 118) et dont le refrain est: « Tu es béni,
Seigneur, enseigne-moi Tes jugements» (Ps 118, 12).
Évangile matutinal: [gr. É:ro9tvov eùaYYÉÂ.tOv ; sl. eVi\if 1i0'''pHO] Un
des onze évangiles de la Résurrection lu aux matines dominicales.
Exapostilaire: [gr. Èça1tometÂ.<iptOv; sl. è3""0'Tii\.ipiii] Signifiant
littéralement hymne d'envoi (du gr. Èça1toa'tÉUro), synonyme de
photagogikon. Cette pièce tire son nom de son contenu, non de sa
place dans l'office. On y fait allusion à l'envoi des apôtres après la
Résurrection (le dimanche) ou de la lumière (en semaine), et non pas
du renvoi de la communauté. L'expression « exapostilaire matutinal »
[è3""0'Tii\.ipiii OVTpfHHiii] désigne l'une des onze hymnes attribuées à
Constantin Porphyrogénète, chantée à la fin du canon des matines
dominicales, accompagnant la lecture de l'un des onze évangiles de
la Résurrection.
Heure: [gr. ffipa ; sl. 'I.i'7l] Office composé de trois psaumes, d'hymnes
et de prières, lu à un moment de la journée. On distingue : la première
(prime), la troisième (tierce), la sixième (sexte) et la neuvième (none)
heure.
Heure intermédiaire: [gr. ueoœpiov ; sl, Mfll\,o\O'l.idf] Office lu entre
deux offices des heures certains jours de l'année, à la suite de l'une
des heures.
Hexapsalme : [gr. É:ça'l'aÂ.l.loç ; sl. Wf'TOV.ii\Mif] Les six psaumes [3, 37,
62,87, 102 et 142] récités quotidiennement au début des matines.
Higoumène: [gr. llYOÙ/JEvoç ; sl. "r~MfH7l] Supérieur d'un monastère.
Hirmos: [gr. eipuôç ; sl. "PMO'7l] Terme signifiant littéralement en
grec « lien ». Hymne ouvrant chaque ode du canon, qui fait ainsi le
« lien» entre le cantique biblique et l'hymnographie.
Hypakoï: [gr. Ù1taKoiJ; sl. 1r"""01l] Du grec «Ù1taKoùro» signifiant
324 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

« écouter attentivement », hymne chantée le dimanche après le canon


triadique du mesonyktikon et après les eulogétaires (tropaires de la
Résurrection) des matines. Les offices des grandes fêtes peuvent
également comporter un hypakoï après la troisième ode du canon.
Iconostase: [gr. eixovooeéotov ; sl. ""oHomit71] Rangée(s) d'icones
servant de séparation entre l'autel et la nef. Au centre de l'iconostase,
les portes saintes donnent sur la sainte Table.
Idiomèle: [gr. tÔtOIŒA.oV ; sl. tI1MOr"dUH71] Stichère ayant sa propre
structure rythmique et sa propre mélodie, qui n'est pas reprise par
d'autres stichères.
Ikos : [gr. OtKOÇ ; sI. H"Ot71] Hymne faisant suite au kondakion.
Imité sur: voir prosomion et automèle.
Indiction: [gr. ivôucnœv ; sl. "HA""T7l] Début du nouvel an ecclésias-
tique, le 1er septembre. À l'origine, l'indiction correspondait à la
fixation de l'impôt foncier annuel dans l'Empire romain.
Irréprochables: [gr. aj.L~ot; sl, HfnOp0'lHbl] Terme désignant le
cathisme 17 (psaume 118).
Isodikon: [gr. ElaOÔtKOV; sl. KXOAHOf] Verset psalmique chanté à la
petite entrée de la Divine Liturgie.
Jeûne: [gr. vnoreiœ ; sl. notT7l] 1) Pratique ascétique consistant à
l'abstinence de certains types d'aliments (viande, œufs et laitages,
poisson, vin et huile) ou de toute nourriture. 2) Type d'office célébré
les jours de jeûne comportant un nombre important de métanies, le
chant d'Alléluia au début des matines, et la lecture de la prière de
saint Éphrem accompagnée de métanies à la fin de chaque office,
suivant un ordo particulier. 3) Synonyme de Quarantaine.
Koinonikon: [gr. xowœvucév ; sl. npH'IdtTfH71] Verset de communion.
Verset psalmique chanté à la Divine Liturgie, pendant la communion
du clergé (et des fidèles).
Kondakion: [gr. xovréxtov ; sl, "OHAd"71] Hymne chanté après la
sixième ode du canon des matines.
Laitages, semaine ou dimanche des: Voir Tyrophagie.
Laudes: [gr. atvm; sl. XK"""Tf] Les psaumes du matin (148,149 et 150),
lus ou chantés quotidiennement à la fin des matines. Le nom vient du
verbe « louez» qui est répété tout au long de ces psaumes. Les jours
de fête, les versets de ces psaumes sont intercalés de stichères.
Lecteur: [gr. avaYVoXnr1ç ; sl. '1Té~71] Personne désignée pour faire une
lecture.
Lectures: [gr. avayvroaj.La 0111 avayvromç; sl, '1TéHïf] Voir Parémie. Ce
terme, au singulier, peut aussi désigner les lectures bibliques, patris-
tiques ou hagiographiques prescrites à l'agrypnie, à la fin des grandes
vêpres (<< grande lecture »), après le polyéleos, après la troisième et
la sixième ode du canon ou à la fin des matines.
GLOSSAIRE 325

Litanie (des demandes): [gr. Ot't11mç; sl. èr;TfHÎIII (npOtttTfAbHdlll)]


Ensemble de courtes phrases par lesquelles le diacre (ou, en son
absence, le prêtre) invite l'assemblée à prier pour diverses intentions
et auxquelles l'assemblée (ou le chœur) répond par « Seigneur, aie
pitié» [Kyrie, eleison} ou par «Accorde, Seigneur» (litanie des
demandes).
Litie: [gr. Â.t'tiJ; sI. AHTÎ~] Procession, souvent accompagnée d'une.
ecténie d'intercession. Il y a une litie à la fin des vêpres lorsqu'on
célèbre l' agrypnie. L'assemblée se rend alors généralement au
narthex en chantant les stichères de la litie, puis le diacre y dit la
longue ecténie d'intercession. Il peut y aussi y avoir une litie à la fin
des matines, et c'est à ce moment que l'on prie particulièrement pour
les défunts. De là, le terme « litie » est parfois appliqué pour un court
office d'intercession pour les défunts.
Liturgie: [gr. À.Ettoupyio; sl. AÎT~prilll] Terme désignant commu-
nément la Divine Liturgie eucharistique.
Liturgie complète: [gr. À.Et'toupyio 'tEÀ.Eio; sl. nOAHdlII AÎT~prilll]
Expression désignant la Divine Liturgie eucharistique normale,
c'est-à-dire avec l'anaphore et la consécration des saints dons, par
opposition aux Présanctifiés.
Liturgie vespérale: [gr. À.Ettoupyio É01tEptvi] ; sl. AiT~prilll Iif'lepHIII]
Divine Liturgie qui commence par les vêpres en raison d'un jour de
jeûne strict. Par exemple: pour les paramonies de la Nativité et de la
Théophanie, le Grand Jeudi ou le Grand Samedi.
Lucernaire: [gr. Â.UXVtlCOV; sl, tdTttAbHH'IHblii] Psaumes du soir, chantés
au moment où l'on allume les lampes de l'église. Voir Seigneur, je
crie.
Martyrikon: [gr. uœprupucôv; sl, M~'1fHH'IfH71] Hymne en l'honneur
des saints martyrs.
Matines: [gr. opepoÇ; sl. OrrpfHIII] Office du matin, célébré avant le
lever du soleil et faisant suite au mesonyktikon.
Mégalynaire: [gr. IlEY0Â.uvapwv ; sl. IifAH'IdHÏf] 1) Refrain accompa-
gnant le chant de la neuvième ode des canons de certaines fêtes. 2)
Refrain accompagnant le chant des versets du psaume choisi, faisant
suite au polyéleos.
Ménée: [gr. unvoïov ; sl. MHHelll] Livre liturgique du cycle liturgique
annuel fixe. Du grec «Ilfiv» signifiant «mois », livre contenant
l'hymnographie pour tous les jours du mois. Il y a douze volumes de
ce genre, un pour chaque mois de l'année.
Ménologe: [gr.IlTlvoÂ.6ywv ; sl. Mitllll(ftAOIi71] Voir Synaxaire.
Mesonyktikon :. [gr. ueoovmcnxôv ; sl. nOA~HoIfIHHl(d] Office de minuit.
Métanie: [gr. uetévotn ; sl. nOr;AOH71 ou MfTdHif] Prosternation. La
petite métanie désigne une prosternation qui se fait en allant toucher
326 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

le sol de la main. La grande métanie désigne une prosternation qui


se fait en touchant le sol avec la tête, ce qui implique une flexion des
genoux. Il faut noter que, dans le présent manuscrit, I'expression « 3
grandes métanies » peut parfois sous-entendre qu'elles sont accom-
pagnées de la prière de saint Éphrem.
Narthex: [gr. vOP9rll;; sl. npUTKOp71] Vestibule située à l'ouest de
l'église et séparé de la nef centrale par les portes royales. C'est
habituellement ici que sont lues le mesonyktikon, les heures et l'apo-
deipnon, et qu'a lieu la litie lors des agrypnies.
Nekrotikon: [gr. VEKpcOOtJlOV; sl, nOliouu ou MfPTKfU71] Hymne en
l'honneur des défunts.
Octoèque: [gr. OK't<ÔT1XOÇ; sl, OIiTOUX71] Livre des huit tons ou modes.
Livre liturgique du cycle hebdomadaire. Ce livre contient l'hym-
nographie pour chaque jour de la semaine, pour un cycle de huit
semaines, chacune correspondant à un ton.
Ode: [gr. cPait ; sl, n-litu,,] Une des parties du canon, constituée d'un
hirmos et de tropaires, accompagnant à l'origine les versets d'un
cantique biblique. N.B. : Nous utilisons le terme «ode» pour le
matériau hymnographique, et le terme « cantique » pour le matériau
biblique, bien que cette distinction n'existe ni en grec, ni en slavon.
Office: [SI.UlÎlIilid] Voir Acolouthie.
Orthros : [gr. ôpëpoç] Voir Matines.
Paraecclésiarque: [gr. 1tOPOEKKÀl1moPXl1ç; sl. ndpdflili"Uti.ipX71]
Responsable du service au sanctuaire. Sacristain. Voir Allumeur de
lampes.
Paramonie: [gr. 1tOpOJlovit ; sl, UdKf'lfpif] Terme grec signifiant littéra-
lement veille, vigile, attente instante et qui désigne les veilles de la
Nativité du Christ et de la Théophanie où l'on jeûne de façon stricte
dans l'attente de la fête.
Parémie: [gr. 1tOpEtJltO ; sl. ndpfMi~] Terme désignant généralement
une lecture de l'Ancien Testament aux vêpres. Dans quelques cas,
cette lecture peut être tirée du Nouveau Testament. Voir Prophéties.
Permission: [gr. Ko'toÀumç; sl. Pd3pofiwfUif] Terme désignant un
assouplissement accordé dans une règle de jeûne, autorisant ainsi,
généralement à cause de l'occurrence d'une fête, la consommation
de certains produits dont on s'abstient normalement tels le vin,
l'huile et le poisson. Dispense.
Peuple: [gr. Ào6ç ; sl, "I6Ai\i] Terme désignant l'assemblée liturgique.
Photagogikon : [gr. epIDtoYO>'Y1x6v; sl, tdT""fU71] Hymne chantée à la
conclusion du canon, à la fin des matines, au moment où est censée
commencer à paraître la lumière du jour. Souvent, le thème du Christ,
lumière du monde, y est développé. C'est pourquoi cette hymne a
reçu l'appellation d' « hymne de lumière». Voir Exapostilaire.
GLOSSAIRE 327

Polychronion: [gr.1toÂ.uxpovtov; sI. "'"OroA'iiTif] Chant d'acclamation


demandant au Seigneur d'accorder à quelqu'un de nombreuses
années. À l'origine, le polychronion était destiné à l'empereur, puis
au patriarche et à l'évêque.
Polyéleos : [gr. 1toÂ.uÉÂ.Eoç; sI. no.wufii] Chant des psaumes 134 et 135,
avec «Alléluia» comme refrain intercalé aux versets, aux matines
des jours de fête et de certains dimanches, constituant ainsi une.
troisième stichologie.
Portes royales : [gr. ~acriÂ.Etat 9upai ou ~acriÂ.Etat 1tuÂ.ai ; sI. ~"pn;iGl
Iip"Tci] Portes centrales, situées entre le narthex et la nef.
Portes saintes: [gr. li'Yial 9upai ou li'Yial 1tuÂ.ai ; sI. cf"'GI AlifP"] Portes
centrales de l'iconostase donnant sur l'autel. À ne pas confondre
avec les Portes royales.
Présanctifiés: [gr. 1tPOl1'Yta<JJ.lÉveov; sI. npfIllAfOCIiGllflf"""GI] Office
vespéral de communion eucharistique, célébré après les vêpres les
jours de jeûne strict où il n'est pas prévu de célébrer une liturgie
complète. On communie aux saints dons consacrés lors de la
Divine Liturgie précédente, habituellement celle du dimanche, d'où
l'expression « présanctifiés ».
Prière de l'ambon: [gr. 61ttcr9af.1~O)voç euxit ; sI. 3"""'1i0"""GI "'ATIi"]
Dernière prière de la Divine Liturgie dite par le prêtre se tenant
derrière l'ambon, qui consiste en une dernière intercession avant le
congé.
Prokeimenon: [gr. zpoxeiuevov; sI. npO"""'f""] Refrain psalmique
accompagné de versets psalmiques exécutés par le canonarque ou le
lecteur, précédant généralement une lecture biblique.
Prophétie(s) : [gr. 1tpolj>l1'tela ; sI. npOp0'lfCTM] Voir Parémie.
Proscomidie : [gr. 1tP0crK0f.1tôit ou 1tpogemç ; sI. npoC"O"'"AiGl] Prothèse.
Première partie de la Divine Liturgie, où le prêtre prépare le pain et le
vin eucharistiques, et commémore tous les membres de l'Église: les
saints, les vivants et les morts.
Proskynitaire : [gr. 1tP0crKUVTJtTtPtov ; sI. &"""oriii ou &"""oii] Meuble,
pupitre ou table inclinée, généralement destiné à recevoir une icône
devant être vénérée.
Prosomion: [gr. npooéutov ; sI. nOAOlif""] Hymne calquée rythmi-
quement et mélodiquement sur un automèle.
Prosphore : [gr. 1tpocrlj>opa ; sl, npoc~op"] Pain liturgique utilisé pour
l'Eucharistie pendant la proscomidie.
Prothèse: Voir Proscomidie.
Psautier: [gr. ",aÂ.tTtPtov ; sl, '''''T"P''] Livre liturgique contenant les
150 psaumes de la Septante, répartis dans le Psautier palestinien en
vingt cathismes, ainsi que les neuf cantiques bibliques.
Quarantaine, Sainte ou Grande: [gr. teooœpcocoorù ; sl. '1fT"'pfAf_
328 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

C,gITHHqll] Carême. Période de jeûne commençant la septième semaine


avant la fête de Pâques. Notons que la Grande Semaine (semaine
sainte) ne fait pas partie, à proprement parler, de la quarantaine.
Que tout seuffle : [gr. 7taO'a 1tVolÎ ; sI. IU,glI\Of AklXdHif] 1) Exécution
chantée, aux matines des jours de fête, des Laudes commençant par
le chant du verset « Que tout souffle loue le Seigneur» (Ps 150,5).
2) Chant du verset: « Que tout souffle loue le Seigneur» (Ps 150, 5)
comme prokeimenon fixe, avec pour verset: «Louez-le en ses saints,
louez-le au firmament de Sa puissance » (Ps 150, 1), après le prokei-
menon des matines. Cette dernière exécution nous rappelle que, dans
l'office asmatique, l'évangile était alors lu à la fin des matines, après
les laudes.
Seigneur est Dieu, Le: [gr. 8EOÇ KUptoÇ; sI. Iir71 rAb] Choix de versets
psalmiques tirés du psaume 117 exécutés par le canonarque au début
des matines et ayant pour refrain le verset du Ps 117,26.25. D'une
manière générale, cette expression désigne l'office festif par rapport
à ce qui fut jadis l'office normal, conservé maintenant les jours de
jeûne, désigné par l'office d'Alléluia.
Seigneur, je crie: [gr. KUpl.E ÈKÉKpaça; sI. rAH Ii033IidX71] Expression
composée des premiers mots des psaumes du soir (140, 141, 129 et
116), chantés quotidiennement aux vêpres. Les derniers versets de
ces psaumes sont intercalés de stichères. Voir Lucernaire.
Skevophylakion: [gr. crKEUO<\lUMlKtoV; sI. cOC~AOXPIlH"i\bHHqll]
Sacristie. Endroit, habituellement adjacent à l'autel, où l'on range
les vases sacrés et les précieuses reliques.
Sluzhebnik: [gr. iepœrncôv ; sI. "'~ffi'IiHHI\71] Livre liturgique qui
contient les prières et les ecténies dites par le prêtre (ou le diacre)
lors des vêpres, des matines et des trois liturgies.
Soléa: [gr. O'roÀ.Éaç ; sI. COi\fd] Espace surélevé devant l'iconostase.
Stance: Voir Stasis.
Stasis: [gr. O''tamç; sI. cTdTi~ ou "'dM] Une des trois parties d'un
cathisme.
Stichère: [gr. O''tl.xlÎpov ; sI. CTHX"PIl] Hymne intercalée entre des
versets psalmiques.
Stichère de l'évangile: [gr. O''tl.XTJPà 'trov tr08wrov Eua'Y'YEÂ,irov; sI.
CTHX"PIl ~Vi\bCI\Il~] L'une des onze hymnes attribuées à l'empereur
Léon le Sage, liée à chacun des onze évangiles matutinaux (de la
Résurrection).
Stichologie : [gr. O''tl.xoÀ.O'yia ; sI. cTixo"'Oliif] Lecture psalmodiée d'un
cathisme du Psautier. Psalmodie.
Supérieur: [gr. 7tpOEO"tcOç;' sI. HIlCTO,glTUb] Terme désignant
l' higoumène, ou le recteur de l'église.
Synaptie : [gr. cruva7t't'l1 ; sl, €I\TfHï~1Ensemble de courtes phrases par
GLOSSAIRE 329

lesquelles le diacre (ou, en son absence, le prêtre) invite l'assemblée à


prier pour diverses intentions et auxquelles l'assemblée (ou le chœur)
répond par « Seigneur, aie pitié» [Kyrie, eleison]. On distingue la
grande synaptie (ou synaptie de paix), que l'on retrouve au début
des offices et qui est constituée d'au moins douze pétitions, de la
petite synaptie, composée de trois pétitions et que l'on retrouve tout
au long des offices.
Synaxaire: [gr. cruvaçaptov ; sI. tHHcl~"jlïii] Ménologe. Liste des saints, .
fête et solennités commémorés chaque jour de l'année. Elle couvre
les douze mois de l'année ecclésiastique, de septembre à août.
Synaxe: [gr. crUvaçtç; sI. tOIiOjl71] Rassemblement. 1) Ce terme
désigne généralement l'assemblée eucharistique. Dans le cadre du
monachisme de type lavratique, il désigne le moment où tous les
moines anachorètes et kelliotes se rassemblent au catholicon du
monastère à l'occasion d'une fête importante pour une agrypnie et
une Divine Liturgie. 2) Ce terme peut aussi désigner la solennité,
le lendemain d'une grande fête, qui honore le personnage qui a été
choisi par Dieu pour servir d'instrument à l'accomplissement de Son
dessein. Par exemple, le lendemain de la Nativité du Christ, l'Église
célèbre la Synaxe de la Très Sainte Théotokos. 3) Ce terme peut
aussi désigner la fête d'un rassemblement de plusieurs saints, par
exemple: la synaxe des douze apôtres, la synaxe des soixante-dix
apôtres, etc.
Synodikon: [gr. cruVOÔt1COV; sI. tHHOAUI\71] Texte lu le dimanche de
l'Orthodoxie (premier du Carême) qui contient les anathèmes contre
les hérétiques, particulièrement contre les iconoclastes.
Table, sainte: [gr. ayia 'tpa1tEÇa ; sI. tTcldl Tjlclnf3cl ou njll!tTOi\71] Table
de l'autel sur laquelle est célébrée la Divine Liturgie.
Tétraode: [gr. 'tE'tpaq)ôtov ; sI. '1mUjlon'iitHI!/471] Canon composé de 4
odes que l'on trouve généralement à l'office du samedi pendant la
période du Triode.
Théotokion: [gr. SEO'tOlCtoV ; sI. liorOjloAH'II!H71] Hymne en l'honneur à
la Mère de Dieu, concluant une suite de tropaires ou de stichères.
Théotokos: [gr. SEO'tOlCOÇ ; sI. liorojloAH/4cl] Ancien titre patristique
accordé à la Vierge Marie, approuvé au troisième concile œcumé-
nique (Ephèse, 431). Souvent traduit par l'expression «Mère de
Dieu », bien que celle-ci traduise plus précisément l'expression
« I!TJ'tTlP roû SEOÛ )) [MTH IiliÎïcl].
Ton: [gr. ~xoç; sI. ri\"t71] Une des huit mélodies types (voix ou mode)
du chant byzantin, à la base de l'Octoèque.
Trebnik: [gr. EÙX0Â.6ytov ; sI. TjlfIiHHI\71] Du mot « Tjlflicl )) signifiant
« nécessité », livre liturgique contenant les acolouthies des divers
sacrements et bénédictions.
330 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

Triadique: [gr. 'tptaÔUCOV ; sl. TjlOH'IfH'll] Tropaire en l'honneur de la


Sainte Trinité.
Triode: [gr. 'tptqlôtov ; sl. TjlïWAh] 1) Livre liturgique du cycle annuel
mobile, contenant l'hymnographie pour la période préparatoire à la
quarantaine allant du dimanche du Publicain et du Pharisien (lO e
dimanche avant Pâques) au dimanche des Laitages (7 e dimanche
avant Pâques), pour la Sainte Quarantaine et la semaine sainte. 2)
Canon composé de 3 odes (tri-ode; sl, TjlHn1itHfl4'll) et qui a donné
son nom à la période précédant la fête de Pâques où l'on utilise ce
genre de canon. .
Trisagion: [gr. 'tptcraytov; sl. TjlHtfof] Terme désignant la prière
« Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous »,
Tropaire : [gr. tpozéptov ; sl. TjlOn.ijlh] Hymne, généralement brève.
Typikariste: [gr. W1ttKapTlç ; sI. OYtT.iKHH"'ll] Personne responsable de
l'ordo de l'office et du bon déroulement des offices.
Typiques: [gr. 't'U1tu.:a; sl. OdAHHl4d ou ItgolijldgHTfAhHhl] Ce terme
désigne généralement l'office qui, à son origine en Palestine, accom-
pagnait la communion en cellule. Par la suite, il est devenu un office
qui vient se substituer à la Divine Liturgie lorsque celle-ci n'est pas
célébrée. Ce terme peut également désigner les psaumes 102 et 145,
psalmodiés au début de cet office.
Tyrophagie, Semaine ou Dimanche de la : [gr. 't'Upo«l>ayou ; sl, thljlO_
n\ÎtTHdlll] Semaine ou dimanche des Laitages. Huitième semaine avant
Pâques, se terminant le septième dimanche avant Pâques. Dernière
semaine (ou dernier dimanche) avant le début de la quarantaine où les
laïcs s'abstiennent déjà de viande, mais où la consommation d'œufs
et de laitages est autorisée, y compris le mercredi et le vendredi.
Vêpres: [gr. èonepwéç; sl. Kf'lfjlHIII] Office du soir, célébré au coucher
du soleil.
Verset: [gr. <J'ttXOç; sl. tTiX'll] Terme désignant généralement un verset
psalmique.
Vigile de toute la nuit: [sl, KtfHolfIHOf IiA1iHïf] Voir Agrypnie.
Bibliographie

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Bocmoxa, T. 1, Tumxd, q. 1, IIaMJlmHuKu nampuaptuux ycmaeoe
U xmumopcxue uouacmupcxue munuxouu, Kiev, 1895; "T. 2,
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332 LE TYPIKON DÉCRYPTÉ

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