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Étudiants à Télécom Bretagne - Groupe 35

Cécile Abraini
Hamza Elkhalloufi
Baptiste Navez
Mehdi Nemri
Romain Russier
Da Teng

Encadrants : Myriam Le Goff-Pronost, Inna Lyubareva et


Éric Cousin

Client : Chrysalide
Soutien : l'ADESS

Expérimentation d'une monnaie


complémentaire locale
Création d'un système monétaire social et solidaire
État de l'art
Année scolaire 2010/2011
A l'attention du groupe de pilotage

Projet ingénieur

Télécom Bretagne
Sommaire
INTRODUCTION....................................................................................................................4

1.ANALYSE ÉCONOMIQUE ................................................................................................5


1.1PRINCIPES ÉCONOMIQUES MIS EN JEU.....................................................................................................................5
1.1.1 La monnaie : définition et fonctions......................................................................................................5
1.1.2 Les types de création de monnaie.......................................................................................................5
1.1.3 Création et régulation de la monnaie...................................................................................................6
1.1.4 Les transactions économiques.............................................................................................................6
1.2 ANALYSE DE L'IMPORTANCE D'UNE MONNAIE COMPLÉMENTAIRE....................................................................................7
1.2.1 Définition d'une monnaie complémentaire...........................................................................................7
1.2.2 Enjeu d'une monnaie complémentaire.................................................................................................7
1.2.3 Les types de monnaie..........................................................................................................................7

2.LES MONNAIES COMPLÉMENTAIRES...........................................................................8


2.1 MONNAIES LOCALES..........................................................................................................................................8
2.1.1Principe.................................................................................................................................................8
2.1.2 Limites .................................................................................................................................................9
2.1.3 Expériences.........................................................................................................................................9
2.2 LES MONNAIES DE RÉPUTATION..........................................................................................................................11
2.2.1 Principe de fonctionnement................................................................................................................11
2.2.2 Limites................................................................................................................................................11
2.2.3 Expériences.......................................................................................................................................11
2.3 MONNAIES FONDANTES.....................................................................................................................................13
2.3.1Principe...............................................................................................................................................13
2.3.2 Avantages..........................................................................................................................................14
2.3.3Expériences........................................................................................................................................15
2.4 PROBLÉMATIQUES LIÉES À L'IMPLÉMENTATION D'UNE MONNAIE COMPLÉMENTAIRE...........................................................16
2.4.1 Problématiques économiques ...........................................................................................................16
2.4.2 Problématiques techniques et gestionnaires .....................................................................................17
2.4.3 Problématiques juridiques..................................................................................................................17

3. LES LOGICIELS UTILISÉS POUR LA GESTION D'UNE MONNAIE


COMPLÉMENTAIRE...........................................................................................................18
3.1.1 Cyclos ...............................................................................................................................................18
3.1.2 Mutual credit.......................................................................................................................................18
3.1.3 OurBank.............................................................................................................................................18
3.1.4 Octopus..............................................................................................................................................18
3.1.5 OSCurrency ......................................................................................................................................19

CONCLUSION.....................................................................................................................19

BIBLIOGRAPHIE ...............................................................................................................20

GLOSSAIRE........................................................................................................................21

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INTRODUCTION

La question des monnaies complémentaires est étonnamment peu abordée par les économistes. Pourtant,
elles apparaissent de plus en plus dans nos vies quotidiennes. Lorsqu'un individu souscrit par exemple à un
programme de fidélité avec une certaine entreprise, elle obtient généralement des points de fidélité (carte
S'miles, Carrefour, …) pouvant être échangés contre des biens donnés (billets de train, produits partenaires
de l'entreprise). Ces points sont des représentations récentes de monnaies complémentaires. La volonté de
développer des monnaies complémentaires n'est pas, comme il peut le sembler, une volonté récente. Elles
étaient déjà très utilisées au Moyen-Age par exemple. Les monnaies officielles, faites de métaux rares,
étaient utilisées pour les échanges à longue distance et pour les transactions à gros volume. Elles étaient
complétées par des monnaies locales faites en métaux non nobles, les méreaux, pour les échanges
journaliers. Ce n'est qu'en 1265 que Saint Louis fit promulguer des lois réservant au roi le droit de battre la
monnaie, afin d'augmenter son pouvoir sur le royaume.
En 2009, l'économiste Bernard Lietaer dénombrait plus de 5000 monnaies complémentaires [1]. Selon lui,
l'écart entre l'économie réelle et l'économie financière s'est accentué, dû notamment à la valeur spéculative
de la monnaie. Ce dernier soutient qu’il est aujourd’hui possible de « rendre le capitalisme soutenable en
changeant le mode de structure du système monétaire ». Nous devons pour ce faire utiliser différents
systèmes monétaires, même si nous sommes accoutumés à n’utiliser qu’une seule monnaie nationale. Il
suggère le développement à la fois de systèmes monétaires complémentaires régionaux, et d’une monnaie
globale qui n’aurait de lien avec aucun état-nation et dont l’objectif serait de servir de monnaie stable et
fiable pour le commerce et les contrats internationaux. Cette monnaie, dite monnaie complémentaire,
améliorerait le développement durable et stabiliserait le commerce international.
Dans ce contexte, Chrysalide (coopération d'activités et d'emploi soutenant le statut d’entrepreneur salarié
regroupant différentes entreprises brestoises) [2] travaille, avec le soutien et l'aide de l'ADESS (Association
de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire), sur la mise en place d'une monnaie numérique
complémentaire solidaire et sociale dans le Pays de Brest. L'objectif de notre projet est ainsi de contribuer à
cette étude, en développant un système de gestion de monnaie numérique pour le compte de Chrysalide.
Dans ce présent rapport, nous présenterons tout d'abord les outils économiques nécessaires à la
compréhension du projet. Puis nous étudierons les principes de fonctionnement associés à chaque type de
monnaie complémentaire, avec leurs spécificités, leurs limites et des exemples d'expériences réussies.
Nous terminerons par une description des principaux logiciels de gestion de monnaie complémentaire
existants.

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1.ANALYSE ÉCONOMIQUE
1.1PRINCIPES ÉCONOMIQUES MIS EN JEU

1.1.1 La monnaie : définition et fonctions


Il est tout d'abord nécessaire de définir ce qu'est une monnaie, et ses différents rôles dans l'économie. Selon
Wikipédia [3], la monnaie est « un instrument de paiement spécialisé accepté de façon générale par les
membres d’une communauté en règlement d’un achat, d’une prestation ou d’une dette ». Aristote identifie
trois grandes fonctions de la monnaie :
•une fonction d''unité de compte, ou d'après Jean-Michel Cornu [4] une « fonction d'expression de la
valeur et d’unité pour le calcul économique et la comptabilité» , c'est-à-dire détermine la valeur
économique d'un objet
•une fonction d’intermédiaire dans les échanges. La monnaie est utilisée pour acquérir ou céder un
bien, sachant qu'il est possible de vendre un bien à un instant donné, puis d'en acheter un autre à un
instant plus tard (améliorant ainsi le principe de troc)
•une fonction de réserve de valeur, représentant «la capacité de transférer du pouvoir d’achat dans le
temps ». On peut ainsi se constituer une réserve d'encaisses en empruntant un montant donné.

Jean-Michel Cornu souligne différentes contradictions entre les fonctions de la monnaie. Lorsque nous
augmentons notre pouvoir d'achat en s'endettant, nous devons en échange payer un intérêt sur la monnaie
empruntée, et non une somme forfaitaire. La monnaie acquiert ainsi de la valeur, achetée par de l'argent,
donc de la monnaie. La monnaie, instrument de mesure de la valeur d'un objet, a donc elle-même une
valeur donnée. Elle n'est par conséquent pas immuable et universelle, elle fluctue suivant les spéculations.

1.1.2 Les types de création de monnaie


Le type d'objet servant comme support est un élément majeur dans le choix du type de création de monnaie.
En effet, la considération que l'on a pour une monnaie est conditionnée par sa représentation matérielle ou
immatérielle. Ainsi, suivant le support utilisé pour fabriquer la monnaie, on peut avoir différentes visions de
celle-ci. On distingue principalement quatre manières de créer de la monnaie.
L'objet représentant la monnaie peut intrinsèquement avoir une valeur. Lorsque l'objet a pour valeur celle de
la monnaie qu'elle représente, elle est dite monnaie marchande. Lorsque l'objet est fait en métal précieux,
elle est définie comme espèce (pièce en or par exemple). L'objet peut aussi ne pas avoir pour valeur celle de
la monnaie qu'elle représente. On la nomme monnaie fiduciaire.
Une autre représentation matérielle de la monnaie est également possible. On peut faire garder l'argent
qu'on possède afin d'éviter l'encombrement (auprès d'une banque par exemple). En échange, le gardant
nous fournit une preuve matérielle de cette échange, sous forme papier par exemple. Cette attestation peut
être utilisée comme monnaie d'échange pour effectuer une transaction. Cette pratique présente néanmoins
plusieurs inconvénients. Tout d'abord, il est possible de faire perdre de la valeur à l'objet représentant la
monnaie, et fausser ainsi la véracité de l' échange. L'attestation aura pour valeur marchande une valeur sur-
estimée par rapport à la valeur de la monnaie confiée. Cette technique est appelée technique d'adultération.
Utiliser un objet intermédiaire comme monnaie peut en outre induire des fluctuations de valeur suivant l'offre
et la demande, ce qui est en contradiction avec sa fonction d'unité de compte. Le fait d'utiliser des objets
précieux comme monnaie renforce l'idée que la monnaie a intrinsèquement une grande valeur, consolidant
l'idée de fascination développée par Patrick Viveret dans Reconsidérer la richesse [5]. Enfin, si à la place de
l'objet représentant la monnaie, on prête un document représentant un objet, il est dès lors possible de
tricher en prêtant ce que l'on ne possède pas ou alors en prêtant plusieurs fois ce que l'on possède.
Le choix du type de monnaie est très important dans la conception d'une monnaie, puisqu'elle impacte
directement sur la confiance portée en elle. Nous verrons plus loin quel rôle joue la confiance dans la mise
en place d'une monnaie, et comment y contribuer. Cette pratique peut fausser de manière notoire les
échanges, et un contrôle et une régulation des transactions est dès lors nécessaire afin de limiter au plus ce
phénomène.[6]

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1.1.3 Création et régulation de la monnaie
Une des quatre fonctions régaliennes des États est la création de monnaie (à travers les Banques
Centrales). La plupart des personnes pense que la masse monétaire provient majoritairement de cette
action. En réalité, seule 10% de la masse monétaire provient de ce mécanisme. Deux situations
macroéconomiques peuvent dès lors se présenter :
•augmentation de la masse monétaire (c'est-à-dire la quantité de monnaie), ce qui impliquera une
augmentation de la consommation qui, si elle n'est pas accompagnée d'une augmentation de l'offre,
crée de la rareté et induit une augmentation des prix, donc de l'inflation
•insuffisance de la masse monétaire, provoquant une baisse des achats, et qui conduit à une baisse de
la production engendrant du chômage

L'État doit donc adapter la création de monnaie à la capacité de production nationale afin de limiter l'inflation
ou le chômage. Il se trouve ainsi devant plusieurs alternatives :
•créer de l'argent en suivant exactement la production nationale, mais l'État ne pourra investir pour
soutenir cette production, provoquant une baisse de la compétitivité
•créer plus d'argent afin d'investir et soutenir la production, mais les effets seront lents, et une période
de décalage où l'offre sera insuffisante va s'établir provoquant de l'inflation
•favoriser la rotation de la monnaie, car la production vendue ne dépend pas seulement de la masse
monétaire, mais aussi de la vitesse de rotation

Une solution équilibrée est de créer de l'argent pour investir en masse (ou faire investir les acteurs) et d'en
récupérer une partie à travers la taxation. L'argent récupéré sera ensuite détruit, ce qui permet de prendre
en compte le décalage entre l'augmentation de la demande et l'augmentation de la capacité de production,
et évitant ainsi l'inflation.

Dans les faits, la création de monnaie a été déléguée comme un monopole par l'État au secteur bancaire,
grâce à des opérations dites d'open-market (cf glossaire). Plus précisément, lorsqu'une demande de prêt est
effectuée auprès d'une banque et qu'elle est acceptée, celle-ci crée purement et simplement la monnaie
grâce à une opération d'écriture en s'appuyant sur la promesse de remboursement du demandeur. Cet
argent est ensuite détruit au fur et à mesure que l'argent est remboursé. L'argent ainsi créé est qualifié de
scripturale, et représente 90% de la masse monétaire globale.
La quantité de monnaie créée par les banques est régulée par les Banques centrales de deux manières. La
première est de jouer sur le taux directeur, taux d'intérêt auquel empruntent les banques et influant sur le
nombre de prêts. La seconde est en faisant varier le taux de réserve obligatoire, proportion des fonds que
les banques doivent avoir en dépôt. Notons que seules la monnaie créée par les États ou les Banques
Centrales (monnaie fiduciaire) et la monnaie créée par les banques (monnaie scripturale) sont légales [4].

1.1.4 Les transactions économiques


On définit une transaction économique comme étant un échange entre deux ou plusieurs agents
économiques. Il existe deux types de transactions économiques différentes. Les transactions financières,
échanges de monnaie contre un actif financier, et les transactions commerciales, échanges de monnaie
contre un bien ou service. On voit donc que suivant la transaction, et les acteurs engagés, l'échange de
monnaie n'a pas le même formalisme.
On peut aussi différencier les transactions commerciales par leur nature [3] :
• la transaction commerciale bilatérale ou directe entre le vendeur et l'acheteur;
• la transaction commerciale multilatérale ou indirecte entre:
• un vendeur et plusieurs acheteurs potentiels (vente aux enchères
par exemple, des compagnies d'aviation, des agences de voyage, des antiquaires, etc.
vendent aux enchères sur Internet, des billets d'avion, des séjours, des antiquités, etc.
• un acheteur et plusieurs fournisseurs potentiels (vente aux enchères inversée
par exemple)

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1.2 ANALYSE DE L'IMPORTANCE D'UNE MONNAIE COMPLÉMENTAIRE

1.2.1 Définition d'une monnaie complémentaire


Il est important de définir ce que représente une monnaie complémentaire. Une monnaie complémentaire
est une monnaie pouvant être utilisée en complément à une monnaie nationale, et visant à favoriser le
développement économique d'une zone, d'un secteur, ou d'une région donnée. Une monnaie
complémentaire ne représente donc pas un substitut à la monnaie officielle. En effet, une telle monnaie
n'étant pas gérée et régulée par des autorités étatiques, elle ne peut se substituer à une monnaie officielle.
Néanmoins, on peut se demander quelle est la réelle utilité de pouvoir utiliser une monnaie en complément à
une autre. Quelle est la valeur ajoutée en terme fonctionnel d'une monnaie complémentaire par rapport à
une monnaie de référence? [7]

1.2.2 Enjeu d'une monnaie complémentaire


Imaginons par exemple l'existence d'une « monnaie spécialisée » selon les termes de Jean-Michel Cornu
[4]. La monnaie est de manière générale indépendante du type d'usage que l'on en fait. L'argent pour
acheter une baguette et l'argent pour effectuer des transactions illégales est le même. L'introduction d'une
monnaie spécialisée permettrait de favoriser l'économie de certaines régions ou de certains types d'activités,
tout en empêchant d'autres.
Un bateau de transport, en contrat avec des entreprises militaires et agroalimentaires, peut par exemple
transporter des chars ou des oranges. Les contrats mis en jeu sont payés avec le même argent. Si on
imaginait une monnaie qui servirait à ne payer que des oranges, on favoriserait l'échange d'oranges, tout en
limitant celui des chars. Mais cette monnaie doit s'établir de manière complémentaire à la monnaie officielle.
Cela permettrait de contribuer au commerce équitable, tout en exerçant une pression sur la monnaie
officielle afin qu'elle soit elle-même vecteur de solidarité. Mais cette monnaie doit, pour être efficiente, être
inscrite dans un modèle viable et consistant. L'argent reçu pour le transport des oranges ne doit pas servir à
acheter uniquement de l'argent. Il doit pouvoir être utilisé dans un champ d'action développé, prenant en
compte tous les types de transactions des différents acteurs. Les monnaies complémentaires sont donc
créées avec des caractéristiques, des objectifs et des opérabilités différents. La monnaie complémentaire
est ainsi orientée par son utilisation et l'usage que la collectivité en fait, contrairement à la monnaie
traditionnelle, orientée par la maximisation du profit.
Leur développement ne vise donc pas à remplacer le système actuel mais à pallier ses défauts.

1.2.3 Les types de monnaie


Suivant l'usage que l'on souhaite en faire, la monnaie joue différents rôles. L'économiste Jacques Robin
identifie dans son ouvrage Perspectives pour les monnaies plurielles trois types de monnaie différents [8] :
•une monnaie thésaurisable, à péremption longue, permettant l'échange et l'investissement dans le
secteur marchand
•une monnaie non thésaurisable, de consommation immédiate et de péremption courte, permettant
d'assurer à chacun une vie décente. Ce type peut être rapproché de celui de l'allocation universelle et
des propositions avancées pour les "revenus de citoyenneté".
•une monnaie de l'économie solidaire affectée seulement à un domaine ou à un territoire donné

Faire coexister ces trois types d'instruments monétaires nécessite une coordination et une gestion accrue
des autorités responsables, d'autant plus que dans des systèmes interagissant continuellement,
l'acceptation collective et l'appréciation des besoins démocratiques requièrent une adaptation constante des
flux monétaires produits. C'est donc dans cette optique que la monnaie complémentaire doit s'adapter au
contexte socio-économique de la collectivité auquel elle est destinée. Pour ce faire, Lietaer distingue trois
fondamentaux sur lesquels s'appuient la majorité des monnaies complémentaires [7] : les monnaies locales
ou régionales, les monnaies de lien social et les monnaies de réputation. Nous allons précisément les
expliciter par la suite.

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2.LES MONNAIES COMPLÉMENTAIRES
2.1 MONNAIES LOCALES

2.1.1Principe
Une monnaie locale est une monnaie exclusivement destinée à une région. Elle vise à dynamiser les
échanges entre individus d'une même région, en stimulant une croissance endogène adaptée aux
spécificités et aux caractéristiques économiques et sociologiques locales. Ce particularisme régional semble
s'opposer aux processus de mondialisation. En réalité, il ne s'agit pas ici d'opposer de manière binaire
régionalisme et mondialisation.
La monnaie locale vise à compléter un système régional ouvert sur le monde, et à combler les
conséquences néfastes associées à une globalisation de l'économie. Notamment on en distingue trois
majeures. La fuite des capitaux, qui selon Robert Mesnil empêche une relance efficace. La région
initialement bénéficiaire du plan de relance n'a aucun moyen de conserver les liquidités injectées. Elles
partent après la première utilisation dans une région à plus forte rentabilité. Ensuite la délocalisation de la
production, impactant sur le niveau de production et donc sur la consommation, même si la délocalisation
permet sur le moyen terme de faire baisser le niveau des prix. Enfin, la pollution liée à la logistique, due aux
déplacements de la production délocalisée entre les filiales de production et de commercialisation.

FIGURE 1 – Comportement de la monnaie dans un circuit local

Le principe de la monnaie locale est schématisée sur le schéma figure 1. L'argent généré par une
transaction en monnaie officielle peut être utilisé partout ailleurs. Au niveau local, il aura donc « servi »
uniquement à la personne l'ayant employé s'il a quitté le circuit économique local. Donc les régions à forte
rentabilité sont les régions tirant le plus parti de ce phénomène.
Lorsqu'une monnaie locale est mise en place, l'argent généré par les transactions en cette monnaie est
réinvesti localement. Les locaux bénéficient donc directement des échanges. Cette création monétaire peut
en outre se faire en fonction des besoins locaux, ce qui permet une réelle politique de développement
économique régionalisée.
Chaque monnaie a ses caractéristiques, dépendant de la finalité qu'on souhaite donner à sa mise en place.
Même si elles n'ont pas nécessairement toutes une unité de compte en valeur d'échange (par exemple
comptabilisée en temps), selon Lietaer [7] plusieurs caractéristiques communes existent pour les monnaies
d'économie locale ou régionale. Elles doivent avoir un moyen de calculer un équivalent en monnaie officielle
(ou un ensemble de monnaies officielles) afin de permettre une taxation par l'État. Il existe deux principaux
cas de figure :
•la monnaie complémentaire peut être achetée en monnaie officielle uniquement en entrée, ce qui fera
croître la masse monétaire associée à la monnaie complémentaire à mesure que les personnes l'achètent
•la monnaie complémentaire est achetable en monnaie officielle uniquement en entrée par les

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consommateurs mais les destinataires, tels que les commerçants, peuvent échanger de la monnaie officielle
contre de la monnaie complémentaire. Le principe est dans ce cas équivalent à celui de carte de fidélité.[8]

2.1.2 Limites
Une focalisation trop accentuée des décisions régionales peut entraîner une autarcie locale qui ne peut être
souhaitable. En effet, il suffit de se rendre compte du nombre de choses auxquelles nous devrions nous
priver pour se rendre compte que ce serait contre-productif. Dans leur livre Monnaies régionales, Lietaer et
Kennedy estiment que le volume des échanges monétaires devraient représenter entre 10 et 30% du
volume total. A l'inverse, un volume des échanges monétaires trop important induirait des risques d'inflation
et de revente de la monnaie « au noir ». [1]
Ils estiment aussi la population optimale pour ce type de système. Les monnaies officielles concernent
actuellement plusieurs dizaines de millions de personnes. Les monnaies régionales devraient générer entre
quelques dizaines de milliers et quelques millions de personnes.

2.1.3 Expériences

a) La banque WIR
En 1934 dans un contexte de crise, 16 hommes d'affaires suisses, en réponse à l'instabilité de la banque qui
géraient leurs crédits, décidèrent de créer une monnaie commune inter-entreprise, le WIR. Ils se prêtaient
mutuellement des WIRs qu'ils dépensaient dans les entreprises participantes.
Selon Lietaer [1], la banque WIR compte 75000 PME clientes. Cette monnaie est actuellement utilisée par
près d'un quart des entreprises suisses et les échanges en WIR atteignent 2 milliards d'euros par an.
James Stoodder, professeur d'économie américain, a montré que la stabilité de l'économie suisse s'explique
par la présence de cette monnaie. L'utilisation de cette monnaie joue le rôle de vase communicant. Lorsque
l'économie globale va bien, les WIRs sont peu utilisés et inversement. Un homme d'affaires préférera
naturellement vendre en monnaie usuelle quand c'est possible car lui offrant plus de liberté. Mais il
acceptera de vendre en WIR s'il trouve un acheteur.
La coopération WIR a aujourd'hui le statut de banque, et la monnaie est ancrée sur le franc suisse. La
banque coopérative Wir est basée dans plusieurs villes du pays et travaille sous le contrôle de la banque
Suisse. C'est elles qui délivrent et gèrent les Wirs. Pour chaque transaction effectuée, la banque perçoit 1%
de la transaction. La banque Wir injecte les Wirs échangés à travers les crédits accordés aux PME. Pour se
couvrir, elle a besoin des apports en francs suisses de nouveaux clients [1][4][7].

b) L'abeille
L'abeille est la première monnaie locale française, et s'appuie sur les travaux de Philippe Derruder, auteur
du livre Rendre la création monétaire à la société civile. Elle a été créée le 23 janvier 2010 à Villeneuve sur
Lot, et est de type papier de 1, 2, 5 ou10 abeilles, avec une abeille ayant la valeur d'un euro. On échange
ses euros contre des abeilles que l’on pourra utiliser pour payer ses achats auprès des producteurs ou
commerçants locaux adhérents à l’association « Agir pour le vivant » et ayant signé un contrat
d’engagement. Ceux-ci doivent respecter la charte de l’association au mieux de leurs possibilités (achat de
matières premières locales, bio ou s’inscrivant dans la démarche du bio etc...). Actuellement, l’association
compte seulement une quinzaine d’adhérents professionnels. On y trouve des maraîchers, producteurs de
fruits, de céréales, boulangers, éleveurs, producteurs de vin, commerçants bio, produits de santé,
naturopathe, couture, vêtements, livres. Les producteurs et commerçants recevant ces abeilles peuvent les
dépenser auprès des autres professionnels adhérents et ainsi les abeilles vendus par l’association ne
sortent pas du circuit local. Les professionnels doivent déclarer les ventes comme si elles étaient réalisées
en euros.
On peut tout de même compléter une somme avec des euros, puisque la monnaie abeille ne possède pas
de centimes. L'abeille est une monnaie qui se dévalue de 2% tous les six mois. Si une coupure est
dévaluée, pour continuer à l’utiliser, on doit acheter à l’association une vignette pour une valeur de 2% du
prix du billet et à coller sur les billets, c’est le principe des monnaies fondantes. Les professionnels n’ayant
pas suffisamment fait usage de leurs abeilles peuvent les rendre à l’association contre des euros,
moyennant une dévaluation de 2%. En cas de déménagement, les consommateurs peuvent aussi

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reconvertir leurs abeilles en euros moyennant la même dévaluation. Les sommes recueillies servent à payer
les frais de fonctionnement de l’association. Tous les euros reçus par l’association pour l’achat des billets
constituent le fond de garanti du système. Ces sommes sont également déposées à la NEF, banque
coopérative de l’économie sociale et solidaire. [1][4][7]

c) Le projet Fomenta à Fortaleza (Brésil)


Le Palmas est une monnaie créée par le projet Fomenta dans une favela de Fortaleza. La banque a
commencé en 1998, avec un capital de 2000 reals. Maintenant, elle gère 2 millions de reals et tous les
commerçants acceptent cette monnaie. En 2003, Torrents a comparé l'impact qu'aurait l'injection de
monnaie nationale contre l'injection de monnaie locale. Il a mesuré un effet multiplicateur de 25 % en faveur
de la monnaie locale au bout de 10 cycles, représentant une hausse de 25 % du pouvoir d'achat. [4][11]

d) Le RES
Le Res est une monnaie locale belge qui a été créée pour faire face à la crise. Elle permet une entre-aide
entre les PME belges. Walther Smets, ex dirigeant d’une entreprise d’ameublement en Belgique, fait faillite
et perd tout. A l’issue de cette expérience, il réalise la nécessité de renforcer les circuits économiques des
TPE/PME, pour soutenir les entreprises face à la mondialisation et aux grandes chaînes d’entreprises
(grands groupes). S’inspirant alors de l’expérience WIR en Suisse, qui repose sur un principe de b to b
(échanges d’entreprises à entreprises), il crée le RES en 1996, sous forme de société coopérative (RES
scrl), en reprenant le principe de btob, mais en l’agrémentant d’un principe de btoc (entreprise à
consommateur), qui invite le consommateur à participer à cette démarche, en lui offrant des avantages au
même titre qu’une carte de fidélité multi-enseignes (comme le SOL). La méthode de conversion est simple :
1 RES = 1 euro.
A partir de septembre 2009, on observe une augmentation du pouvoir d’achat des utilisateurs de 10%.
Walther Smets a investi fortement dans la technique, ce qui lui a coûté environ 250 000 euros (prêt
personnel du fondateur) il y a une quinzaine d’années. Coût élevé en fabrication du logiciel, dont il a émis le
cahier des charges, impression des documents de communication, mais le système est particulièrement
fiable. La valeur du logiciel seul vaudrait à ce jour environ 1,5 million d’euros. (Information reçue par le
fondateur en juin 2009). RES a énormément évolué depuis sa fondation, au niveau des systèmes, du
marketing et des logiciels. RES est devenu un des leaders dans ce domaine en Europe, voire même au
niveau international. Ils ne sont que quelques uns à pouvoir offrir à leurs membres un concept complètement
automatisé comprenant cartes à puce, terminaux POS, mobiles et internetbanking.
Les investissements et les bénéfices restent dans l'économie locale. Ce projet regroupe à l'heure actuelle
100 000 porteurs de carte de paiement et plus de 5 000 PME et PMI. Le RES est interprété à la fois comme
un moyen de paiement, et comme une carte de fidélité. Chaque membre de l'association possède un relevé
de compte en RES, visible en ligne, ainsi qu'une carte de paiement, comme pour un compte classique. Le
RES est une monnaie dont l'épargne n'est pas rémunérée, et qui ne possède pas de taux d'intérêt sur les
crédits.
Le support de transactions utilise une carte magnétique avec terminal, serveur téléphonique ou on-line
(Internet). Les paiements en ligne sont sécurisés. Tout est automatisé et fonctionne 24 h /24 h ; 7j/ 7j. En
revanche, les Euros RES ne sont pas transformables en Euros.
[1][7]

e) Monnaie autrichienne
À Wörgl, village du Tyrol autrichien, la situation économique est dramatique. Un habitant sur trois est
enregistré au chômage. Pour sortir de cette crise, le maire M. Unterguggenberger décide d'expérimenter la
monnaie fondante, selon Silvio Gesell. Il convainc les membres du comité de secours municipal de soutenir
cette initiative.
Entre 1932 et 1933, le maire de la ville autrichienne lance une des toutes premières expériences de
monnaie fondante d’après le modèle inspiré par le livre L’ordre économique naturel de Silvio Gesell (1916).
Soutenue par un montant équivalent de schillings officiels déposés à la Banque, la mairie émet 5.490
‘certificats de travail’ en circulation, plutôt que de s'endetter en déboursant l'argent qu'elle n'a pas. Elle en
fait un moyen d'échange local. La municipalité paie donc ses employés et ses ouvriers en bons de travail.
Ainsi, les bouchers, boulangers et autres commerçants sont-ils aussi réglés en bons de travail et non plus en
monnaie courante. Grâce à ce système, les chômeurs retrouvent un emploi et un pouvoir d'achat : la
fabrique de ciment embauche 400 personnes, l'usine de cellulose engage 350 ouvriers, la mairie poursuit les

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constructions de route et de canaux. L'engrenage fonctionne.
Le pouvoir d'achat des bons de travail s'aligne sur celui du schilling officiel. Mais pour lutter contre la
thésaurisation, les certificats sont taxés à hauteur de 1 % par mois (cet argent perdait 1% de sa valeur par
mois). Pour garder sa valeur, il fallait y coller des timbres d’une valeur de 1%. Les certificats de travail ont
circulé ainsi 463 fois pendant les 13,5 mois suivants, générant des marchandises et des services d’une
valeur de 5.490 x 463, soit plus de 2.283.840 millions de schillings. À un moment où la plupart des pays en
Europe étaient en pleine récession avec pénurie de travail, Wörgl a réduit son taux de chômage de 25% en
un an. Le Revenu des impôts locaux a augmenté de 35%, et l’investissement dans les travaux publics de
220%. La taxe dite de monnaie fondante (cf 2.3) de 1% par mois récoltée par la mairie qui vise la circulation
de l’argent en l’incitant à changer de mains pour en posséder le moins possible à échéance et éviter les
taxes à payer chaque mois, s'est élevé à 12% de 5.490 schillings soit un total de 658 schillings.
Cet argent a été employé dans de l’action publique, non pas au profit d’un individu quelconque mais au profit
de la communauté entière. Quand 130 autres collectivités en Autriche ont commencé à s’intéresser à ce
modèle, la banque nationale autrichienne a vu son propre monopole en danger, et a interdit l'impression de
toute monnaie locale. En 1933 le gouvernement du Tyrol met fin à l'expérience, il interdit l'émission de ces
bons de travail. [9][10]

2.2 LES MONNAIES DE RÉPUTATION

2.2.1 Principe de fonctionnement


Le deuxième type de monnaie complémentaire est la monnaie basée sur la réputation. Elle permet de savoir
si l'on peut avoir confiance en une personne, et son degré d'action sociale. Ce type bien précis de monnaie
se base sur l'idée de reconnaissance, concept impacté par la confiance qu'ont les individus dans la
monnaie, et entre eux. La reconnaissance est conditionnée principalement par l'estime et le prestige de la
monnaie. La monnaie basée sur la réputation ne nécessite donc pas un système de sécurité important, si
bien que leur mise en place est relativement simple. Cependant, elle nécessite de définir la frontière
souhaitée entre la confiance « entre les personnes » et « envers le système de monnaie complémentaire » .
Concrètement, les personnes inscrites dans un modèle de confiance s'échange de l'argent donné à crédit,
plutôt qu'emprunter auprès d'un établissement bancaire classique. A chaque échange, de la monnaie est
ainsi créée, mais le volume global est nul. C'est la circulation de la dette à taux nul qui crée du pouvoir
d'achat.
Le fait que le prêt se fait à l'ensemble de la communauté et non à une seule banque assure la stabilité du
système. En effet si un membre fait faillite, l'argent perdu est distillé entre tous les membres. C'est la masse
monétaire qui est affectée, non les membres. On se retrouve dans la même situation que l'Internet. Si une
partie du réseau disparaît, le réseau global est faiblement impacté. Une part de l'information est perdue mais
le réseau peut continuer de fonctionner. Ceci est permis car l'intelligence est à la périphérie. De la même
manière, dans les monnaies de fonctionnement, l'argent est à la périphérie ce qui lui assure sa stabilité. [1]
[4]
2.2.2 Limites
Des risques d'abus existent, et ils peuvent être lourds de conséquences dans le cas d'une généralisation. Le
système gérant la monnaie doit prévoir des sanctions à l'encontre des personnes trahissant la confiance
accordée en eux. Si un membre cumule trop de débit, il peut profiter de la situation. Il faut donc par exemple
lui demander de rembourser ses prêts en argent officiel. Et à l'inverse si une personne cumule trop de crédit,
il peut être tenté de les vendre « au noir » (de manière contournée), entraînant des conséquences
inflationnistes. [1][7]

2.2.3 Expériences

a) Les SEL (ou LETS en anglais)


Le système LETS (pour Local Exchange Trading System) est un système d'échange très répandu à travers
le monde. Il est né au Canada dans la Comox Valley en 1980. Pour aider les habitants de l’île de Vancouver
touchés par le chômage, il leur propose un système d’échanges basé sur le troc, mais avec une monnaie

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locale : le green dollar. La version française des LETS, les SEL, a plutôt pour objectif de favoriser le lien
social, la solidarité et l’entraide dans son quartier. Pour préserver l’environnement et résoudre le problème
des ordures qui s’entassent dans les favelas, le maire de Curitiba au Brésil, invente une monnaie
complémentaire : 1 plein sac de détritus ramené et trié = 1 ticket de bus offert. Toujours au Brésil, les
banques communautaires Palmas sont nées dans la favela du Cojunto Palmeiras pour lutter contre la
pauvreté et l’exclusion avec du microcrédit en monnaie sociale. De même, les clubs de troc en Argentine ont
permis de pallier le manque de liquidités pendant la crise fin des années 90. Les monnaies locales comme
l’Abeille en France, la Brixton Pound à Londres, ou le Chiemgaeur en Allemagne, sont de formidables outils
pour redynamiser le commerce local. On peut aussi citer l’expérience française du SOL pour favoriser
l'Économie Sociale et Solidaire avec « le SOL engagement » (carte de fidélité de l’ESS). Tous ces systèmes
d’échange alternatifs permettent d’acquérir des biens et services en échangeant au moyen d’une monnaie
complémentaire. On estime qu’il existe 3 à 4000 structures dans le monde à des échelles différentes,
impliquant jusqu’à 1 million de personnes. Lietaer observe un fort développement depuis le milieu des
années 90. On les retrouve maintenant partout dans le monde. Le Tauschring en Allemagne, le SEL en
France, le Noppes aux Pays-Bas et dans les pays anglophones l'appellation LETS a été gardée. Ces
monnaies permettent d'échanger des biens, du savoir et du temps sans distinction.
L'impact de ces monnaies semble plutôt faible. Une étude faite sur les Lets de Pacione (2001) [9][11] montre
que 7 % des membres n'ont pas échangé en Lets et que seulement 7 % ont échangé plus de 10 fois en un
an. De plus, la moyenne sur l'ensemble des lets britanniques des échanges par membre et par an en
moyenne s'élève à 64,50 $. Ce qui est relativement faible en comparaison de l'Ithaca Hour, une monnaie
temps. Le sociologue Jérôme Blanc note que les SEL ont une double filiation : l'une utopiste socialiste et
l'autre raccordée aux expériences nationales de monnaies franches européennes. Les utopies
révolutionnaires sont nées, pour l'essentiel, dans des sociétés en voie d'industrialisation où la distribution
des richesses et des chances culturelles d'accéder à une position supérieure était très inégalitaire. Elles se
sont constituées dans des sociétés relativement "pauvres" économiquement et se sont adressées avant tout
aux classes sociales les plus exposées à l'insécurité économique et à l'absence de droits et de protections
sociales, c'est-à-dire, à l'époque, à la majorité de la population. Les SEL, eux, ont vu le jour dans des pays
capitalistes développés dont une partie de leur population s'est appauvrie. Cela explique selon lui les échecs
historiques des LETS. Après un succès rapide des projets inspirés de celui autrichien, tels qu'à Nice ou à
Lignières-en-Berry dans le Cher, des décisions publics contraignantes apparaissent. Pour Wörgl sur ordre
du gouvernement fédéral. Pour Nice, sur intervention de la Banque de France ; et pour Lignières-en-Berry et
Marans sous la pression des services fiscaux, principalement auprès des commerçants.
Ce qui caractérise l'identité et le fonctionnement des SEL et du même coup les éloigne, en nature et en
degré, des multiples entreprises constituant l'économie solidaire, c'est la possibilité offerte aux adhérents,
grâce à un crédit gratuit en monnaie locale, d'accéder, dans un temps très court et au moindre coût
financier. Mais ce crédit indigène, délivré des contraintes qui définissent les principes et les conditions
d'accès au marché bancaire (conditions de ressources, taux d'intérêt, agios, pénalités, interdiction de
chéquier...), n'est pas un crédit sans obligations. Celles-ci existent bel et bien, mais elles fonctionnent
comme un régime à la fois de dettes symboliques personnelles, de facteur de cohésion collective, et de lien
d'attachement et de rattachement au groupe. Au fond, ce crédit pourrait être défini à la fois comme une
structure d'accès au monde des échanges, indépendamment du statut social des personnes et de leurs
ressources ; et comme un mode de gouvernement collectif des relations de confiance, mécanisme décisif
pour assurer le maintien et la reproduction des échanges. Le crédit "inventé" par les SEL engage très
fortement celui qui en bénéficie. Il l'engage bien évidemment à honorer ses dettes, c'est-à-dire à participer
régulièrement aux cycles des transactions par les offres qu'il propose aux adhérents du groupe.

b) Les monnaies temps


Les monnaies temps sont des dérivées des monnaies Lets. Elles sont basées sur un système de confiance
où le temps est l'unité de valeur. On échange une heure de soutien scolaire contre une heure bricolage (pas
nécessairement entre les mêmes personnes) par exemple. Elles ont pour principe qu'une heure vaut une
heure pour tout le monde. En d'autres termes, il n'y a pas de raison qu'une heure de l'un ait plus
d'importance qu'une heure d'un autre. Cette monnaie est particulièrement adaptée aux échanges de
services.
La monnaie temps la plus connue, le Time Dollar, a été créée en 1996 aux États-Unis. Elle permet
d'améliorer concrètement la vie quotidienne des utilisateurs, en permettant à une personne de la
communauté de travailler une heure pour une autre et de bénéficier dès lors d'une heure de travail. Lorsque
quelqu'un aide, quelque soit le travail, cela lui rapporte des Time Dollars, qu'il peut à son tour dépenser, pour
avoir les services d'un artisan par exemple [10]. Ils permettent à tout le monde de convertir leur temps
personnel en pouvoir d’achat, étendant celui-ci beaucoup plus loin que ce que peut faire le dollar officiel. Ils
renforcent la réciprocité et la confiance, et récompensent l’engagement civique et les actes de gentillesse

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d’une façon qui génère, heure par heure, le capital social [13].
A titre d'exemple, on peut aussi citer l'Ithaca Hour aux États-Unis et The Volunteer Bank au Japon. Les
Ithaca hours sont utilisés dans l'état de New York depuis 1991. Cette monnaie est une monnaie
complémentaire qui est impliquée dans toutes les transactions, de l'achat des producteurs locaux à l'achat
d'une maison. Un Ithaca Hour équivaut à 10 dollars, le salaire horaire moyen de la ville. Chaque personne
possédant un Ithaca Hour peut demander une heure de travail à un artisan, ou à un commerçant et payer
ainsi le travail effectué. Une librairie de la ville sert de banque, délivre et gère l'utilisation des Ithaca Hours.
Une Ithaca Hour peut y être obtenue en échange de 10 dollars, l'inverse n'est pas possible. Après une
campagne de sensibilisation, 1500 commerces utilisent actuellement les Ithaca Hours. La liste des
établissement acceptant les Ithaca Hours est réactualisée tous les deux mois.
La réussite de cette expérience a inspiré plusieurs autres villes telles que Santa Fe ou Kingston (il y en a
vingt cinq). Les habitants voient cette expérience d'un point de vue positif, elle leur a permis de payer des
services, de choses, qu'ils n'auraient pas pu payer [6][7]. La même étude réalisée sur les Lets en Angleterre
a été effectuée sur l'Ithaca Hour. Les chiffres sont meilleurs. La moyenne des échanges par membre et par
an en moyenne s'élève à 350 $. Et 70 % des personnes interrogées disent échanger moins de 500 $ et 14,6
% échangent plus de 2000 $. Les économistes expliquent cette différence par le fait que l'Ithaca Hour est
composée de particuliers et d'entreprises, et que le nombre de membres est plus élevé.

c) Les monnaies à logique lucrative


Ce sont des cas très particuliers de monnaies complémentaires, basées sur la réputation des coopérations
responsables. La SNCF (Société Nationale des Chemins de Fer) propose à ses clients la possibilité de
cumuler des points, appelés s'miles, à chaque billet de train acheté, moyennant une inscription tarifaire à l'un
des abonnements (carte 12-25, carte senior, ….). Les s'miles ainsi obtenus permettent d'acheter des biens
ou services à des entreprises partenaires à la SNCF, ou à la SNCF elle-même. Ce système basé sur la
réputation permet dans le cas des s'miles de favoriser les déplacements en train, donc de contribuer au
développement durable en utilisant moins sa voiture, tout en permettant aux entreprises d'augmenter leur
profit en incitant à la consommation. Jérôme Blanc considèrent ces dispositifs de fidélisation de la clientèle
comme un objectif de maximisation du profit. Elles peuvent aussi prendre la forme de bons d’achat (comme
des chèques cadeau). La monnaie est l’outil par lequel un surcroît d’activité est apporté. Elles peuvent aussi
prendre la forme de « systèmes d’échange-marchandise » : il s’agit alors « d’entreprises qui se chargent de
faciliter, comptabiliser et compenser en une monnaie interne les transactions entre leurs clients ». Dans ce
cas, la monnaie interne est le support même de l’activité rémunératrice. Aux États-Unis, ces systèmes dits
de barter (troc) sont assez répandus. Le système suisse de banque WIR en est une application.
Lietaer note un réel succès des s'miles, avec un échange global de l'ordre du trillion. En ce qui concerne les
tickets restaurants, une loi va être promulguer afin de favoriser la consommation de fruits et légumes et
permettant leur achat avec des tickets restaurants.

2.3 MONNAIES FONDANTES

2.3.1Principe
On doit l'invention de ce type de monnaie à Silvio Gessel, un négociant argentino-allemand [10]. Il avait fait
la constatation suivante : ses marchandises parfois se vendaient rapidement à un prix élevé et d'autre fois
lentement à bas prix. Il remarqua que cette fluctuation était due au taux d'intérêt. Quand il est haut, les gens
préfèrent placer leur argent plutôt que de le dépenser et inversement.
Ce phénomène s'explique par l'asymétrie vendeur/acheteur créée par la monnaie. En effet, le vendeur a tout
intérêt à vendre ses marchandises rapidement car elles se déprécient avec le temps. A l'inverse l'acheteur a
tout intérêt à attendre. Comme l'argent ne se déprécie pas, pourquoi se presserait-il ? Surtout qu'une fois
qu'il aura dépensé son argent, il perd son pouvoir de décision. De plus, il a tout à gagner à attendre que le
prix baisse et qu'il atteigne la valeur qui lui convienne. Cette asymétrie favorise donc l'acheteur sur le
vendeur dans les échanges et pousse à la thésaurisation et à la spéculation. Un marchand voit donc ses
produits perdre de la valeur, alors que l'acheteur est en possession d'argent à valeur fixe, et thésaurisable.
Afin que l'acheteur ait autant intérêt à acheter rapidement que le vendeur a besoin de vendre, Gessel
préconise l'introduction d'une monnaie fondante. C'est-à-dire qu'elle perde de la valeur avec le temps. Ce
qui équivaut à taxer sa possession. Rétablir la symétrie, pour limiter la thésaurisation (source des inégalités)
et éviter la spéculation permet de favoriser la rotation de la monnaie : plus une monnaie change de main,
plus sa disponibilité pour les échanges augmente. La création d'une monnaie avec un taux d'intérêt négatif

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permettrait de mettre en place une monnaie inefficiente comme réserve de valeur. Le principe de monnaie
fondante permet ainsi de rétablir une symétrie entre les acteurs, et une équité économique bilatérale. En
effet, thésauriser n'a dans ce cas plus d'intérêt puisque l'acheteur perd de l'argent. L'économiste Silvio
Gesell préconise un taux d'intérêt négatif de 6 % par an, soit 0.5 % par mois (le SEL de saint-Quentin
propose un taux d'intérêt négatif de 8% par an par exemple) [10].
Pour mettre en pratique le principe de la monnaie fondante, il suffit de débiter les comptes positifs de x %
par semaine, par mois, ou par trimestre.
Le principe de la monnaie franche peut être mis en place par la mise en circulation de :
• Billet daté, dont la durée de vie est limitée. Au terme de sa vie, le billet sera échangé par une
coupure de valeur inférieure.
• Billet muni d'un coupon dont on détache chaque jour un morceau, ce qui lui fait perdre une partie de
sa valeur.
• Billet où se trouvent 12 cases mensuelles. Chaque mois, il faut coller un timbre représentant x % de
la valeur du billet pour que celui-ci puisse continuer à circuler (C'est le cas de certaines monnaies
régionales allemandes appelées Chiemgauer. Dans leur cas, il n'y a que 4 cases : l'intérêt est donc
trimestriel).
• monnaie électronique qui automatiquement perd 0.5% de sa valeur chaque mois.

Une deuxième idée pour favoriser l'échange serait de rendre l'économie indépendante des crises bancaires
et financières. Lors des crises, les banques sont moins susceptibles de contribuer aux demandes de prêts,
et un ralentissement de la production apparaît, dû à une baisse de la demande. La création d'une monnaie
complémentaire permettrait de continuer à échanger de la monnaie pendant les crises, et donc de supprimer
les effets des aléas financiers sur l'économie.

2.3.2 Avantages
Margrit Kennedy, dans son livre Libérer l'argent de l'inflation et des taux d'intérêt, indique 4 avantages
majeurs à l'introduction d'un monnaie fondante.
•Une plus grande justice sociale.
•Élimination de l'inflation et baisse des prix de l'ordre de 30 a 50 %.
•Disparition des taux d'intérêt
•Une baisse du chômage et une relance économique

Une plus grande justice sociale.


La diminution du volume agit comme un impôt naturel sur ceux qui ont de l'argent, sans fraude possible (il
faut veiller à ce que l'immobilier par exemple ne devienne pas une valeur refuge).

Élimination et baisse des prix de l'ordre de 30 a 50 %.


L'introduction d'une monnaie fondante entraîne la diminution progressive du volume monétaire. L'inflation est
susceptible de disparaître, pouvant même laisser place à de la déflation.

Diminution des taux d'intérêt.


Il devient inutile et désavantageux de garder de la monnaie fondant. Ainsi si l'on veut conserver une quantité
d'argent sans qu'elle se dévalue, il faut la prêter.
On peut même pousser le raisonnement un peu plus loin. Cette monnaie fondante va faire augmenter le
nombre de prêts disponibles. Or d'après la loi du marché, les taux d'intérêt vont devoir baisser. On pourra
donc voir l'apparition de taux d'intérêt négatifs

Une baisse du chômage et une relance économique


La vitesse de rotation de la monnaie va augmenter, ce qui entrainera une augmentation du nombre des
échanges, et donc de l'activité. Une augmentation de la consommation ne pouvant être suivie par une
augmentation de l'emploi que si les capacités de production suivent.

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2.3.3Expériences

a) Le Sol
Le projet Sol est un projet européen mené par Patrick Viveret, visant à expérimenter une monnaie
numérique dans trois régions françaises. Cette monnaie permet les échanges entre les membres de
l'association Sol, et a trois objectifs.
Le Sol doit contribuer au développement de l'économie, faciliter les échanges entre les inscrits et créer un
mécanisme de solidarité entre les membres de l'association. Enfin il doit permettre d'avoir le choix et la
possibilité d'utiliser une autre monnaie et de se l'approprier.
Les structures agréées par l'association peuvent être : des associations, des coopératives, des mutuelles,
les structures dont les actions répondent aux principes de l'économie sociale et solidaire.
Il y a deux types de Sols: les Sols coopérations et les Sols engagement.
Le Sol coopération est une monnaie utilisée pour payer des articles pour une structure membre. Ces articles
sont répertoriés. Ainsi, la monnaie est utilisée uniquement au sein de l'association pour payer certains
éléments. Les Sols coopération peuvent être cédés à un proche, comme dans le cas de la monnaie
nationale. Ils peuvent aussi être investis dans un projet proposé par l'association.
Le Sol est une monnaie valable trois ans. C'est une monnaie qui se dévalue de 2% chaque mois pendant
neuf mois, puis qui perd 3% par mois au cours de la deuxième année, et enfin, perd le reste de sa valeur au
bout de la troisième année. L'argent perdu sert à fiancer des projets choisis par les membres de l'association
démocratiquement.
Le Sol engagement est, quant à lui, utilisé pour valoriser les actions solidaires ou citoyennes.
Les structures faisant parties de l'association achètent des Sols en payant en euros. Les euros engagés font
l'objet de placement qui vont dans le sens des actions de l'association.
Seule une structure agréée peut demander le remboursement de ses Sols en euros, en moyennant une
dévaluation de 5%. Une personne ne peut pas faire la demande.
Lors de la phase d'expérimentation, le Sol a conservé sa valeur initiale pendant les six premier mois et il n'y
a pas de décote lors d'un remboursement durant cette phase d'expérience.
Le mode de financement du système est déterminé durant la phase d'expérimentation Equal.

b) Le Chiemgauer
Le Chiemgauer est une monnaie complémentaire utilisée en Bavière. C'est l'association Chiemgauer qui
délivre les bons ou les billets présents sur le marché. L'association Chiemgauer est constituée de plusieurs
associations. Lors de l'ouverture d'un compte, le client choisit de soutenir une de ces associations. La
conversion est telle que 100 Chiemgauers = 100 euros. L'association perçoit 3% de la somme qu'elle
délivre, et les donne à l'association membre choisie par le possesseur du compte lors de son inscription.
Les Chiemgauers peuvent être échangés contre des euros moyennant une dévaluation de 5%. (3% de la
somme reviennent à l'association, et 2% reviennent à la banque centrale.)
Le Chiemgauer est une monnaie fondante. Au début de chaque semestre, il faut coller un timbre d'une
valeur de 2% du bon sur ce dernier. La vente de ces timbres permet de récolter des fonds qui serviront à
financer des actions sociales choisies par l'association.
A l'heure actuelle, le Chiemgauer représente 5% du chiffre d'affaire des commerçants et des entreprises de
la région, sauf pour les producteurs bio, où elle représente 50% [9].

c) Les monnaies affectées, ou de développement sectoriel


Les monnaies affectées ont pour but de relancer un secteur économique donné. Elles permettent donc lors
d'un fort ralentissement conjoncturel de mener des politiques de relance. Une des expériences les plus
connues est celle de la monnaie SABER. C'est une monnaie sectorielle récemment proposée au Brésil, à
visée éducative.
Actuellement, 40% de la population du Brésil a moins de 15 ans, ce qui crée un énorme problème éducatif.
Avec la privatisation de l'industrie du téléphone mobile, le gouvernement a mis en place une surtaxe pour
l'éducation sur chaque facture de téléphone portable. Ceci a généré des fonds de 1milliard US $ (soit de 3
milliards de Reals) pour l'éducation en 2004. En 2004, le Professeur Bernard Lietaer a proposé l’introduction
d'un système de bons appelés le “Saber” pour multiplier le nombre d'étudiants ayant accès à une éducation
de troisième niveau.
La valeur du Saber sera nominalement identique à celle du Real, toutefois il ne sera accepté que dans le
circuit prédéfini de soutien scolaire et accès universitaire et il perdra 20% de sa valeur par an pour éviter la

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thésaurisation des bons. Il sera distribué à l’école chez les plus jeunes - les enfants de 7 ans - , à la
condition qu'ils choisissent un mentor d'une classe supérieure pour leur assurer le soutien scolaire dans leur
sujet le plus faible. Le Saber est alors transféré à l'étudiant plus âgé, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'enfin un
aîné de 17 ans qui veut aller à l'université puisse employer ses Sabers pour payer une partie de son
inscription et de sa scolarité. Bernard Lietaer estime que le Saber devrait permettre de multiplier par 10 la
somme d’une attribution directe de subventions pour l'éducation. [15]

2.4 PROBLÉMATIQUES LIÉES À L'IMPLÉMENTATION D'UNE MONNAIE COMPLÉMENTAIRE

2.4.1 Problématiques économiques


Les conditions économiques nécessaires à la création d'une monnaie complémentaire sont, d'après Lietaer,
tout d'abord la confiance [1]. En effet, afin que quiconque puisse se servir de monnaie, les gens doivent être
prêts à l'accepter. Pour mettre en place une monnaie complémentaire, il faut ainsi créer un réseau de
personnes et d'acteurs locaux importants, diversifiés, afin que différents tissus économiques soient
directement alimentés par la monnaie créée. La fiabilité technique et des modèles économiques égalitaires
contribueraient directement à créer un sentiment de confiance envers la monnaie complémentaire.
Pour ce faire, il faut tout d'abord définir le type de monnaie complémentaire envisagée. Pour cela, il est
fondamental de définir le contexte et le cadre dans lequel la monnaie sera utilisée. De plus, il est nécessaire
de définir le but de la monnaie en tant que facilitateur d'échanges (ce que l'on souhaite faciliter) , unité de
compte (ce que l'on mesure) et réserve de valeur (par principe de monnaie fondante). D'autre part, le choix
du nombre d'acteurs est fondamental, puisqu'il cadre numériquement l'espace ciblé, et conditionne le
nombre de transactions. Cette étude correspond à la recherche de la taille critique pour le système
monétaire. Interviendra ici notamment le problème de régulation de la masse monétaire, à travers la
définition de sa stabilité et de la vitesse de rotation de la monnaie.
Réfléchir sur la convertibilité et la taxation de la monnaie est aussi primordial, puisque la relation avec les
financements de la collectivité et avec les autres monnaies est un enjeu important. Le mode de conversion
doit donc être rigoureusement défini, en s'appuyant sur le cadre de mise en place de la monnaie (taux de
conversion, conversion en entrée, sortie, amortissement des coûts de gestion, ...)

Malgré les avantages décrits précédemment, les monnaies complémentaires présentent quelques limites
qu'il vaut mieux connaître pour mieux les appréhender.

Risque inflationniste : c'est le problème auquel font face actuellement les compagnies aériennes par
exemple. Leurs clients ont engrangé trop de points de fidélité et il devient risqué de les utiliser tous. Certains
utilisateurs peuvent ainsi détenir trop de monnaie et être tenté de les vendre au « noir »

Mode de gouvernance : choisir un mode de gouvernance adapté aux objectifs et à la population et région
ciblées

Singularité : veiller à ne pas recopier des modèles déjà existants car chaque monnaie a ses caractéristiques
et ses ambitions qui lui sont propres.

Taille critique : c'est certainement le risque principal. Il faut s'assurer qu'un nombre suffisant de personnes
utilisent la monnaie, afin d'éviter le manque d'utilisation. En effet, comme le montre les statistiques sur les
monnaies de LETS et l'Ithiaca Hour, pour être réellement efficaces, elles ont besoin d'une population
minimale. Un nombre insuffisant d'utilisateurs rend la monnaie obsolète, alors qu'un nombre trop important
peut lui nuire (comme pour la monnaie autrichienne). Chaque monnaie a sa taille optimale et il est
nécessaire de la définir pour mener à bien son développement. Un système de bonus peut être intéressant
afin d'assurer un nombre d'utilisateurs suffisants.[13][14]

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2.4.2 Problématiques techniques et gestionnaires
Le désir de développer une monnaie numérique nécessite une analyse globale des problèmes techniques
susceptibles d'être rencontrés lors du développement. Les principaux choix à effectuer en terme technique
sont tout d'abord le type d'objet matériel ou immatériel choisi comme monnaie (numérique, papier, pièces,
…). Le choix du logiciel de gestion suivant sa compatibilité aux protocoles et aux paradigmes permettra de
développer l'interface entre l'utilisateur et le serveur. La question d'identification, d'authentification et de
sécurité des transactions sera un enjeu pour la mise en place d'un système monétaire fiable. Ces
considérations techniques sont d'autant plus importantes qu'elles doivent contribuer à une réelle relation de
confiance entre l'utilisateur et la coopération. La gestion notamment des comptes, des soldes et des
interfaces sont dans notre projet la clé de voûte pour la création d'une monnaie sûre et viable.
Le système monétaire devant être en outre numérisé, des problèmes liés à la gestion d'un portail web
peuvent apparaître. Sécuriser les bases de données, assurer une accessibilité au service à tout utilisateur
sont autant de problématiques liées à l'implémentation d'une monnaie complémentaire. Certaines personnes
n'ont pas nécessairement accès à Internet lors de leurs achats ou consultations de comptes : le système doit
donc assurer une méthode d'accès au système monétaire complémentaire à celui du portail web. Le
passage d'un serveur web (lié à l'administrateur) à un serveur mobile (terminal mobile, terminal RFID, …)
doit être fait de manière fiable et sécurisée.

2.4.3 Problématiques juridiques


La création de monnaie officielle étant un monopole de l'État et des banques, il peut sembler que la création
d'une monnaie complémentaire se rattache à cette fonction.
Pourtant, la création d'une monnaie complémentaire consistant à l'échange de biens contre de l'argent,
représentation matérielle ou immatérielle de la monnaie, c'est une activité tout à fait légale, sans conditions
particulières. Les coopérations en charge de la gestion d'une monnaie complémentaire ont le statut juridique
de coopération, puisqu'elle représente un partenariat entre personnes partageant une confiance mutuelle.
Elles sont soumises en France à l'impôt sur la fortune et une transparence vis-à-vis de ses différentes
productions (création de charte, rapport annuel, …).
En ce qui concerne les démarches juridiques, elles sont identiques à celles de la création d'entreprise.
Définition du capital minimum nécessaire pour amortir les différents coûts de gestion et de création de
l'activité, enregistrement auprès de la chambre du commerce,... [12]

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3. LES LOGICIELS UTILISÉS POUR LA GESTION D'UNE
MONNAIE COMPLÉMENTAIRE

Dans l'optique de créer une monnaie numérique, le problème associé au développement de l'interface
graphique apparaît très vite. Il existe aujourd'hui plusieurs logiciels de gestion de monnaie. Dans le cadre de
notre projet, il nous a été demandé de la part du client d'utiliser un logiciel de gestion libre. Cela permet en
effet de bénéficier de tous les avantages d'un logiciel libre, notamment de l'utilisation, la modification et la
duplication du logiciel gratuitement. Plus précisément, les logiciels open-source permettent une utilisation
libre et sans coût de licence. Cela bénéficie aux institutions qui n’ont souvent que de petits moyens pour
exister et leur permet ainsi de disposer d’un outil de gestion adapté à leur activité.
D'autre part, l’open source reste bien souvent le seul moyen pour des pays en voie de développement de
s’équiper de logiciels informatiques sans avoir à pratiquer le piratage systématique comme on le constate
dans bien de ces pays.
Une description succincte est proposée sur le site [16], avec les liens menant aux sites associés à ces
différents logiciels.
Dans cette partie, nous avons fait le choix de ne décrire que les logiciels de gestion libres, car nous
considérons non seulement qu'ils offrent aux utilisateurs une plus grande accessibilité à notre future
monnaie , mais aussi qu'ils remplissent en majorité les fonctions nécessaires souhaitées par notre client.
Pour être plus précis, ils fournissent pour la plupart les fonctionnalités suivantes :
•Gestion des utilisateurs et de leurs comptes monétaires associés.
•Gestion des transactions opérées entre comptes monétaires.
•Permettre de réaliser des actions de paiement via le web.
•Gestion de crédits.
•Gestion des règles de création monétaires.

3.1.1 Cyclos
Cyclos est un logiciel de gestion de monnaie open source, développé en Java par deux équipes de
programmeurs au Brésil et au Vénézuéla. Il est utilisé notamment par le Sel de Loire Atlantique pour gérer le
ClisSel.
Il a pour objectif de permettre la gestion de monnaies complémentaires et des échanges commerciaux pour
stimuler la circulation et la disponibilité de crédit dans des régions défavorisées. Cette volonté de résoudre
des problèmes sociaux est souvent à l'origine de la création de tels projets comme nous le verrons plus loin.
Ce logiciel permet les achats sur le web, et a la particularité d'être accessible à partir d'un téléphone
portable. Il offre la possibilité d'utiliser des applications comme voir son relevé de compte par exemple, ou
effectuer une transaction. La gestion de microcrédits est aussi une possibilité avec Cyclos, c'est-à-dire de
gérer des transferts de propriété d'argent d'un montant relativement peu élevé. Des modules
complémentaires sont disponibles comme par exemple un module de paiement externe pour les boutiques
en ligne. Cela signifie que vous pouvez proposer dans une boutique le paiement depuis un compte Cyclos,
même si plusieurs transactions sont déjà en cours de traitement du côté de l'utilisateur. Ceci permet dans le
cas de l’utilisation d’une monnaie complémentaire d’offrir la possibilité de régler ces achats dans une
monnaie autre que celle ayant “officiellement” cours.
Cyclos est le logiciel de gestion le plus utilisé. Il est développé en Java ce qui lui offre une portabilité vers
différents systèmes d’exploitation comme GNU/Linux, Windows, MacOS et Solaris mais peut complexifier sa
mise en oeuvre. Les compétences en Java sont plus rares que celles pour des plateformes type
PHP/MySQL. Les protocoles WAP1 et 2.0 (cf glossaire) sont également supportés

3.1.2 Mutual credit


C'est un module complémentaire open source pour le logiciel de gestion Drupal (logiciel qui permet de gérer
un vaste éventail de contenu sur un site web). Ce module permet d'effectuer des opérations monétaires.
Il peut être utilisé comme base de donnée dorsale pour les projets monétaires. Il propose une API pour
pouvoir effectuer des paiements à partir de sites tiers (boutiques en ligne …). Une association à but non
lucratif, Community Forge, propose une solution directement utilisable, créée à partir de ce module. [16]

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3.1.3 OurBank
Les technologies utilisées pour développer ce logiciel sont PHP, MySQL, Smarty, Zend ; le support est
Ubuntu (Linux). C'est un logiciel open source de gestion de services de micro-finance. Il permet une gestion
de prêt, d'épargne et d'assurance. Les institutions utilisant ce logiciel sont souvent des associations, des
organisations non gouvernementales dont les moyens peuvent être réduits et où l’investissement dans un
budget logiciel est souvent mission impossible.

3.1.4 Octopus
Octopus est un logiciel de gestion des crédits pour les activités de micro-finance. Il est actuellement
utilisé par des instituts de micro-finance en Asie centrale. Il gère clients individuels et groupes. Il permet la
gestion des crédits et gère la comptabilité associée à l'activité de crédits. C'est un logiciel capable de
supporter un gros volume de données dans un environnement multibranches. Le logiciel permet une gestion
avec plusieurs devises. Il permet l'accès à plusieurs utilisateurs. Disponible sous licence LGPL, il est tout de
fois configuré pour ne fonctionner que sur Windows, car basé sur des technologies propriétaires comme la
base de données SQL Server de Microsoft et le framework .Net . L’utilisation d’une base LAMP (Linux,
Apache, Mysql, PHP) aurait permis de construire une solution entièrement libre y compris pour les postes de
travail.

3.1.5 OSCurrency
C'est un logiciel qui permet de gérer les transactions entre systèmes financiers. Un nouveau logiciel est
Flowerplace, il est open source, mais toujours en phase de test. Il est créé pour donner la possibilité à
chacun de créer sa propre monnaie.

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CONCLUSION

Les monnaies complémentaires sont une solution pour diversifier le système monétaire, et favoriser le
développement économique d'une région, d'un secteur, ou d'un groupe d'entreprises. Elles comblent les
lacunes des monnaies nationales en donnant plus d''autonomie aux régions. Par le compromis et la
confiance, elles affranchissent les individus en leur donnant les moyens de maitriser leur destin, renforçant
ainsi les processus démocratiques. Il faut tout de fois bien veiller à s'assurer qu'un nombre minimum de
personnes utilisent ces monnaies, tout en respectant les spécificités locales
Face à cette situation, le projet de Chrysalide de création d'une monnaie complémentaire solidaire et sociale
dans le Pays de Brest semble être riche en opportunité. La nécessité pour cela de définir clairement les
entreprises partenaires, leur nombre et leur secteur d'activité apparaît comme fondamentale pour la mise en
place d'un système fiable, sure et digne de confiance.

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BIBLIOGRAPHIE

[1] Bernard Lietaer et Margrit Kennedy : Monnaies Régionales : de nouvelles voies vers une prospérité durable.
[2] http://www.eco-sol-brest.net/spip.php?page=acteur&id_acteur=132
[3] www.wikipedia.fr
[4] Jean-Michel Cornu : De l'innovation monétaire aux monnaies de l'innovation
[5] Patrick Viveret : Reconsidérer la richesse
[6] Bernard Lietaer : The future of money.
[7] Bernard Lietaer : Créer des monnaies régionales pour traiter la crise globale.
[8] Jacques Robin : Perspectives pour les monnaies plurielles
[9] Jérôme Blanc : Les systèmes d'échanges locaux : quelques éléments d'histoire et de sociologie
[10] Silvio Gesell : L'ordre économique naturel
[11] Marie Fare : L'impact des monnaies complémentaires en termes de développement soutenable : état des lieux
empirique et critères d'évaluation, 2009.
[12] P Derudder et A-J Holbecq : Une monnaie nationale complémentaire.
[13] Jérôme Blanc : Les monnaies parallèles, une composante normale des usages monétaires
[14] Patrick Viveret : Des monnaies plurielles pour une économie plurielle
[15] Anne-Laure Porée : Les monnaies affectées : l'exemple de l'économie sociale
[16] http://philippe.scoffoni.net/logiciels-libres-banque/

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GLOSSAIRE
Définitions tirées de Wikipedia

Open-market : « terme anglo-saxon désignant le marché sur lequel les emprunts d'État s'échangent. »

monnaie franche : « imaginée par l'économiste Silvio Gesell, désigne une monnaie perdant de la valeur au
cours du temps. Vise à rétablir la symétrie entre acheteur et vendeur. »

économie sociale et solidaire : « regroupe un ensemble de coopératives, mutuelles, associations, de


syndicats et fondations, fonctionnant sur des principes d'égalité des personnes (1 personne 1 voix), de
solidarité entre membres et d'indépendance économique. Toutefois le premier terme de l'expression se
réfère plutôt à des organisations identifiées par leur statut et occupant une place importante dans la vie
économique (banques, mutuelles, etc.) et le second terme, à des activités visant à expérimenter de
nouveaux "modèles" de fonctionnement de l'économie, tel le commerce équitable ou l'insertion par l'activité
économique.»

endogène : « une variable est endogène dans un modèle économique lorsque ses valeurs sont déterminées
par le modèle lui-même, par exemple par les décisions économiques des acteurs, ou l’influence d’autres
variables économiques. »

PME : Petites et Moyennes Entreprises

inflation : « baisse durable de la valeur de la monnaie, entrainant une augmentation des niveaux des prix »

taux directeur : « taux d'intérêt auquel empruntent les banques et influant sur le nombre de prêts. «

taux de réserve obligatoire : « proportion des fonds que les banques doivent avoir en dépôt, représentant la
part de capitaux propres qu'une banque doit posséder relativement aux flux de monnaies créés. »

BtoB : « Business to Business » - échanges d’entreprises à entreprises

BtoC : «Business to Consumer » - échanges d’entreprises à particuliers

Protocole WAP : (en anglais : Wireless Application Protocol ou WAP) : « protocole de communication qui
permet d'accéder à Internet à partir d'un appareil de transmission sans fil, comme par exemple un téléphone
portable ou un assistant personnel.

LGPL : « La Licence publique générale limitée GNU, ou GNU LGPL (pour GNU Lesser General Public
License) en anglais, est une licence utilisée par certains logiciels libres. »

API : « Une interface de programmation (Application Programming Interface ou API) est une interface
fournie par un programme informatique. Elle permet l'interaction des programmes les uns avec les autres, de
manière analogue à une interface homme-machine, qui rend possible l'intéraction entre un homme et une
machine.
Du point de vue technique une API est un ensemble de fonctions, procédures ou classes mises à disposition
par une bibliothèque logicielle, un système d'exploitation ou un service. La connaissance des API est
indispensable à l'interopérabilité entre les composants logiciels. »

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