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> Conflits et

mobilisation sociale

Séquence 5-SE01 129

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Introduction .........................................................................................................................................................................
133

Chapitre 1 > Mutations du travail et conflits sociaux ..............................


135

A La notion de conflit du travail

B Société industrielle et conflit social


 La conception marxiste des classes sociales
 Les conflits dans la société industrielle

C L’institutionnalisation des conflits du travail


 Les débuts de l’industrialisation
 L’évolution de la réglementation des relations du travail

D L’évolution des conflits du travail


 Constat
 Éléments explicatifs

Chapitre 2 > La diversité des conflits


et des mouvements sociaux ....................................................................
144

A Les nouveaux mouvements sociaux : quelle réalité ?


 Caractéristiques
 Éléments d’analyse

B Enjeux, acteurs et formes de lutte aujourd’hui


 Nouveaux thèmes, nouveaux acteurs
 De nouvelles stratégies pour ces nouveaux conflits

Séquence 5-SE01 131

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ntroduction

L es conflits sont inhérents à la vie en société. Dans la séquence 4, vous avez étudié la dynamique de la
stratification sociale. L’analyse marxiste montre que les classes sociales sont indissociables de la lutte
des classes, elle-même moteur du changement social. Marx a étudié la difficile condition ouvrière du
XIXe siècle et a démontré que les rapports de domination et d’exploitation issus du mode de production
capitaliste déboucheraient sur une lutte des classes sonnant le glas de l’ère capitaliste.
La société industrielle va être marquée par d’importants conflits sociaux qui peuvent être analysés
comme de véritables conflits de classe au sens marxiste du terme. En effet, le mouvement ouvrier va
être au cœur de ces conflits qui naissent dans la sphère du travail et opposent ouvriers et patronat.
Progressivement les relations du travail vont être réglementées.
Plus récemment, les conflits du travail et le mouvement ouvrier connaissent un véritable déclin sym-
bolisant la crise du syndicalisme. Pour autant, les conflits opposant employeurs et salariés n’ont pas
disparu mais connaissent de profonds changements au moment même où naissent des mouvements
collectifs hors de la sphère du travail.
Dans un premier chapitre sera étudiée l’évolution des conflits sociaux dans la sphère du travail et dans
un second chapitre sera étudiée la diversification des objets et des formes de l’action collective.
Cette étude prend appui sur le cas français

Mots clés (notions essentielles et complémentaires à connaître)


Classes sociales, syndicat, rapports sociaux
Lutte des classes

Mouvements sociaux, institutionnalisation des conflits


Mobilisation collective, identités, valeurs, groupes de pression

Séquence 5-SE01 133

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Mutations du travail
et conflits sociaux
Les transformations des conflits du travail sont à mettre en relation avec les bouleversements écono-
miques, sociaux et politiques qu’a connus la société française depuis la première révolution industrielle
et, plus récemment, avec les mutations du marché du travail.
Après avoir défini la notion de conflit du travail, une mise en perspective historique permettra de
mieux appréhender l’évolution de ce type de conflits. Ensuite une analyse plus contemporaine de leurs
transformations sera nécessaire avant de terminer sur une présentation de l’institutionnalisation qu’ont
connue ces conflits.

A La notion de conflit du travail


Les conflits du travail opposent les salariés à leurs employeurs. Ces conflits prennent des formes variées :
débrayage, occupation des locaux, séquestration, pétition, diffusion de tracts, délégation des employés
auprès des chefs de service. Cependant la forme la plus institutionnalisée est la grève, et c’est l’indicateur
qui est généralement utilisé pour mesurer l’état des conflits.
Les motifs des conflits sont divers. On distingue aujourd’hui 5 catégories de conflits : conflits de droit
(11%), les salaires (39%), les conditions de travail (18%), l’emploi (25,5%), l’aménagement de la
réduction du temps de travail (6,5%). La répartition en pourcentage correspond aux données de 2004,
en France.
Ce type de distinction est cependant souvent difficile à établir. Un conflit est en effet souvent la résul-
tante d’un ensemble de revendications.

B Société industrielle et conflit social


Du début de l’industrialisation (fin du XVIIIe siècle ) jusqu’au triomphe de la société salariale, les conflits
opposant travailleurs salariés et employeurs vont se multiplier, et la grève s’imposer.
Jusqu’au milieu des années 70, le mouvement ouvrier est au cœur des conflits sociaux, véritables conflits
de classes au sens marxiste du terme.

 La conception marxiste des classes sociales


Selon K.Marx, les classes sociales désignent des groupes sociaux inégaux en nombre, qui résultent de la
division de la société en fonction des rapports sociaux de production ; ces rapports sont placés sous le
signe de l’exploitation et de la domination qui engendrent des groupes antagonistes : les propriétaires
du capital d’un côté et, de l’autre, les prolétaires qui n’ont d’autres ressources que leur force de travail ;
les classes sociales naissent dans la sphère de la production.
Trois dimensions s’imposent pour l’existence de classes :
 Êtredans la même position sociale : une classe réunit les individus qui occupent la même position
dans le processus productif.

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 Partager
les mêmes valeurs, un même style de vie, voire une même culture, donc former une com-
munauté de vie.
 Avoir une conscience collective : il ne suffit pas d’occuper la même place, il faut aussi défendre ses
intérêts, partager la même expérience et lutter contre les autres classes, du moins celles qui sont
responsables de la situation de la classe ; chez Marx, les classes sociales sont indissociables de la
lutte de classe.
Il distingue la « classe en soi » de la « classe pour soi » ; une classe en soi désigne des individus qui
sont objectivement dans la même situation, qui partagent les mêmes difficultés mais qui n’ont pas de
conscience collective donc qui ne forment pas un groupe en lutte : ce n’est pas une classe pour soi.

 Les conflits dans la société industrielle

Exercice 1  Document 1

Des grèves isolées à la déferlante du Front populaire

Questions
 Expliquez la phrase soulignée : « Les grèves sont minoritaires ».
 En quoi consiste la victoire de la classe ouvrière mentionnée ici ?
 Quels facteurs ont contribué à la victoire des grévistes en 1936 ?

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Exercice 2  Document 2
Le mouvement ouvrier : un mouvement social « central »

« Le rôle du mouvement ouvrier qui s’efforçait de fondre les pauvres et les exclus dans la masse des exploités pour en faire des acteurs centraux de la société
industrielle a été triple.

D’abord, il a participé à la formation d’une communauté de vie, d’un cadre d’intégration sociale. Les banlieues rouges ont construit tout un appareillage de
mouvements, d’organisations et d’associations qui ont assuré l’intégration des travailleurs. Tout autant que des forces critiques, les partis de gauche et les
syndicats, notamment le parti communiste et ses satellites, ont joué un rôle «social» à partir des communautés de vie ouvrières et populaires.

Puis le mouvement ouvrier a été un acteur essentiel de la formation de l’État-providence, il a participé à la construction d’un ensemble de droits sociaux à
partir des conditions de travail et des luttes dans l’entreprise.

Enfin, le mouvement ouvrier a forgé une conscience de classe. Il a porté une conscience fière du travail industriel, il a transformé les plus défavorisés en acteurs
collectifs, il s’est identifié au progrès et aux versions utopiques de l’avenir.

Il a intégré les ouvriers dans la nation. Quand les ouvriers de Renault étaient l’»avant-garde» des luttes ouvrières, ils combattaient le capitalisme et le pouvoir
patronal, mais ils défendaient aussi l’État contre le capitalisme libéral. Avec la crise de la société industrielle, tous ces éléments se sont décomposés. »

François Dubet et Danilo Martucelli, Dans quelle société vivons-nous ?

Questions
 Quels sont les trois rôles que les auteurs attribuent au mouvement ouvrier ?Illustrez vos réponses.
 En utilisant le passage souligné, vous expliquerez pourquoi les ouvriers ont joué « un rôle central »
historique.
Les conflits sociaux dans la société industrielle s’appuient sur une lutte organisée et efficace qui s’inscrit
dans une perspective historique du mouvement ouvrier (revendications, défense des acquis), la lutte
étant entérinée par le droit (document 2).

Dans les années 50-60, les conflits du travail portent sur les conditions de travail et les conditions salaria-
les. Les syndicats, autorisés en 1884, véritables porte-parole des salariés, jouent un rôle déterminant.
Les grèves, légalisées en France en 1864, représentent la forme privilégiée des conflits. Il faudra cepen-
dant attendre 1950 pour que la grève ne soit plus considérée comme une rupture du contrat de travail.
Les trente glorieuses feront de ce type de mobilisation un instrument légitime de régulation sociale.
Partout en Europe, les grèves se multiplient dans les années 60-70.

C L’institutionnalisation des conflits du travail


Progressivement, les conflits du travail ont acquis des règles, acceptées et reconnues par tous, et en
particulier par le droit : c’est l’institutionnalisation des conflits. Dans ces transformations, les syndicats
ont joué un grand rôle, en devenant eux-mêmes des institutions. Leur rôle dans la régulation sociale
est devenu déterminant.

 Les débuts de l’industrialisation


À la fin du XVIIIe siècle , au moment de la première révolution industrielle, les conflits du travail sont
le plus souvent extrêmement violents et durement réprimés par les forces de l’ordre.
La grève ne sera autorisée en France qu’en 1864 et jusqu’à cette date les grévistes étaient condamnés
par les tribunaux.
Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que les syndicats sont autorisés, c’est-à-dire que les travailleurs ont
le droit de se réunir en acteur collectif pour tenter de défendre leurs intérêts.

Séquence 5-SE01 137

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 L’évolution de la réglementation
des relations du travail

Exercice 3  Document 3

Législation et relations du travail

Questions
 Comment a évolué la réglementation du droit de grève ?
 Pourquoi les salariés peuvent-ils être couverts par des conventions collectives de branche sans
nécessairement être syndiqués ou avoir participé à une grève ?

Exercice 4  Document 4
« Lorsque l’opposition entre salariés et employeurs est reconnue par les deux parties, cela favorise un règle-
ment pacifique des conflits par la mise en place de règles et d’instances pour encadrer et gérer les conflits
ouverts, c’est-à-dire l’institutionnalisation des conflits. Des lois fixent le cadre juridique du droit de grève et
des conventions collectives interprofessionnelles. Une organisation concentrée de syndicats d’employeurs
et de salariés n’évite pas les grèves, mais débouche sur des accords plus stables car légitimés par tous.

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Le droit de grève comme « cessation concertée et collective du travail » est devenu licite en 1864, puis sans
rupture du contrat de travail (sauf pour faute grave) en 1950. Ce droit individuel nécessite un motif collectif :
la grève de solidarité avec un salarié pour sanction disciplinaire est interdite, les conflits individuels entre
salariés et employeurs relevant des Conseils de prud’hommes. »

Question
Pourquoi peut-on dire que le droit de grève est « institutionnalisé » ?

1. L’institutionnalisation des syndicats

Les syndicats vont progressivement acquérir une certaine légitimité, tant auprès des travailleurs que des
patrons. Véritable porte-parole des grévistes, leur premier rôle sera d’endiguer la violence des conflits
et de diminuer les risques encourus par les grévistes.
En 1936, ils participeront aux accords de Matignon avec les patrons et l’État.
Après la seconde guerre mondiale, ils deviendront les partenaires obligés de toutes les négociations. Ils
participent alors directement à la gestion des conflits, mais aussi à la gestion des institutions mises en
place pour protéger et défendre les travailleurs (protection sociale et tribunal des prud’hommes).

2. Le droit du travail

Les grandes avancées sociales ont été obtenues grâce à des négociations entre les pouvoirs publics,
les entreprises et les syndicats (document 3).
Le droit du travail va permettre l’amélioration progressive des conditions de travail (diminution de la
durée du travail, sécurité…) et l’association des travailleurs au fonctionnement des entreprises et des
branches.
 Les comités d’entreprises en France (1946) permettent l’information et la consultation des repré-
sentants salariés.
 Au niveau des branches, des conventions collectives (conditions de travail, rémunération, qualification)
sont négociées et signées par les syndicats de salariés (1950).
 Les lois Auroux (1982) rendent obligatoires les négociations collectives chaque année dans les entre-
prises.
Lors de conflits du travail déclarés, des procédures de conciliation, de médiation, et d’arbitrage sont
créées pour en faciliter la résolution.
Les difficultés économiques et le chômage vont remettre en cause les instances et les règles issues de
l’institutionnalisation des conflits, considérées comme des rigidités défavorables à l’emploi.

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D L’évolution des conflits du travail
 Constat
Exercice 5  Document 5
Évolution des grèves et du taux de syndicalisation

Ce document vise à illustrer le déclin des conflits traditionnels (sous forme de grèves) qu’on peut relier
à leur institutionnalisation.
Questions
 Que signifie la donnée correspondant à 2004 ?
 Calculez la diminution en % du nombre de grèves en France entre 1975 et 2004.
 En quoi le graphique peut-il illustrer un effacement des conflits du travail ?

Exercice 6  Document 6

La société française. Pesanteurs et


mutations, Olivier Galland et Yannick Lemel.
© Armand Colin, 2006.

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Questions
 Comparez les conflits sociaux dominants aujourd’hui avec ceux des trente glorieuses.
 Pourquoi ces conflits sont-ils « très largement sous-estimés » ?
 Ce tableau confirme-t-il le constat dressé dans ce texte ?
Des années 50 au milieu des années 70, les conflits du travail sont relativement fréquents. Ils portent
sur les revendications salariales mais aussi sur les conditions de travail. À la fin des années 60, c’est
la révolte des OS qui refusent les conditions de travail très difficiles que leur impose l’organisation
taylorienne. Les syndicats, véritables porte-parole des salariés, jouent un rôle déterminant dans l’action
collective qui prend généralement la forme de grèves.
À partir du milieu des années 70, le nombre de grèves diminue en France parallèlement au taux de
syndicalisation . Les conflits du travail n’ont pas disparu pour autant mais ils sont moins souvent
déclenchés par les organisations syndicales, et s’organisent autour des coordinations (exemple : le
mouvement des infirmières en 1986).
Depuis le début des années 80, cette nouvelle forme d’organisation se développe dans différents
secteurs (les routiers ).
Le document 6 montre que le déclin des conflits du travail est à relativiser. D’une part, le conflit ne prend pas
toujours la forme d’un arrêt de travail d’au moins 24 heures. D’autre part, la conflictualité demeure forte dans
le secteur public qui semble parfois agir « par procuration » pour le privé (ex : grève de décembre 95).
En réalité, c’est surtout la nature des conflits du travail qui a changé. Ils sont devenus plus défensifs :
il s’agit davantage de s’opposer aux licenciements que d’obtenir de nouveaux droits ou une hausse
des salaires, par exemple.

 Éléments explicatifs

Exercice 7  Document 7

L’éclatement de la classe ouvrière, facteur de la crise du syndicalisme


« Le groupe ouvrier apparaît bel et bien comme le grand perdant de la crise et plus généralement des mutations industrielles. […] Non
seulement son poids relatif dans la structure sociale décline depuis les années 1960 mais ses effectifs chutent significativement depuis
1975. […] Le groupe ouvrier a ainsi perdu les figures de rpoue qui le structuraient socialement et symboliquement : les mineurs, depuis
longtemps, plus réccemment les sidéruristes, les métallurgistes, les travailleurs de l’automobile aux effectifs fortement réduits n’ont plus
la place centrale qu’ils occupaient dans les années 1960. Même les collectivités ouvrières de certains grands services – les cheminots, les
dockers – n’échappent pas au rétrécissement de leurs rangs et surtout à la destructuration professionnelle. Cet éclatement accélère le
déclin du mouvement ouvrier [dont] la crise du syndicalisme […] constitue un des aspects. […] Le syndicalisme français n’a jamais été
un syndicalisme de masse. […] Il reste que, durant les Trente Glorieuses, on pouvait parler de la force d’un syndicalisme «maigre» : des
syndicats [étaient] implantés dans de nombreuses entreprises et capables de conduire avec succès des actions. […] Avec le chômage,
la précarisation, un rapport de force défavorable aux salariés, les années 1980 et 1990 enregistrent une chute continue des adhérents.
[…] Délocalisations et reconversions industrielles ont entraîné la disparition de nombreuses bases ouvrières. »

Serge Bosc, Stratification et classes sociales. La société française en mutation.

Questions
 Pourquoi peut-on parler d’un « éclatement » du monde ouvrier ?
 Expliquez la phrase soulignée.

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Exercice 8  Document 8
Pourquoi les salariés français ne se syndiquent-ils plus ?
Parce qu'ils n'ont pas le sentiment
que les syndicats comprennent bien 38 %
leurs préoccupations.

Par peur des représailles. 36 %


Parce que les syndicats
ne sont pas efficaces. 25 %

Parce que les cotisations sont chères. 16 %


Univers : salariés actifs

Source : sondage TNS-SOFRES réalisé les 20 et 21 décembre 2005


en face-à-face auprès d’un échantillon de 513 salariés actifs.

Question
Quelles explications de la crise du syndicalisme ce sondage fournit-il ?

Exercice 9  Document 9

Pourquoi adhérer à un syndicat ?

« Qu’est-ce qui fait que des gens décident de se syndiquer ? Mancur Olson […] avait répondu dans les années 1960 en ramenant l’acte
d’engagement à un comportement d’homo œconomicus. Les gens se syndiquent, disait-il, parce qu’ils y ont un intérêt économique. Et
de soulever aussitôt ce paradoxe devenu fameux : chacun a individuellement intérêt à ce que l’action collective existe car c’est large-
ment elle qui produit des biens communs, mais personne n’a intérêt à s’y impliquer lui-même car l’engagement individuel est coûteux.
Tout individu est donc tenté par le comportement de free rider, de passager clandestin. […] C’est pourquoi, […] les organisations et
notamment les syndicats ont intérêt à l’existence d’incitations, voire de contraintes à l’adhésion. […] La fermeture des professions aux
seuls syndiqués (closed-shop), l’obligation de l’adhésion collective dès lors que le syndicat est habilité à négocier (union shop) ont été
mises en œuvre dans les syndicalismes anglo-saxons ; l’application des conventions collectives aux seuls syndiqués est la règle dans
les pays nordiques ; la syndicalisation couplée à l’accès à des services de l’économie sociale est également pratiquée aux Pays-Bas, en
Belgique, en Autriche. »
Jean-Marie Pernot, Syndicats : lendemains de crise ?

Questions
 Expliquez la phrase soulignée.
 Quelle est l’hypothèse de départ de Mancur Olson ?
 Comment l’analyse d’Olson peut-elle expliquer le déclin du syndicalisme ?

1. Le contexte économique et les mutations du marché du travail

Le contexte de croissance économique et de plein emploi semble favoriser les luttes sociales. Les acteurs
se battent alors pour une répartition plus équitable des fruits de la croissance.
Inversement, le contexte de crise et de dégradation du marché du travail inhibe la lutte collective. La
crainte de perdre leur emploi rend les salariés plus prudents. Ainsi la grève de décembre 95 a essen-
tiellement été le fait du secteur public. Enfin depuis le début 80, les emplois précaires se développent
et constituent une main-d’œuvre moins syndiquée et moins revendicative.

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2. Les modifications de la structure des emplois

La structure des emplois s’est profondément modifiée, le nombre d’ouvriers ayant considérablement
diminué dans des secteurs traditionnellement impliqués dans les conflits et fortement syndiqués (sidé-
rurgie, automobile…). L’éclatement de la classe ouvrière et le déclin du mouvement ouvrier ont diminué
la mobilisation collective.
Inversement, le nombre d’emplois tertiaires a fortement augmenté mais concerne une main-d’œuvre
féminine et traditionnellement moins syndiquée.

3. La crise du syndicalisme

Aujourd’hui environ 8 % des salariés sont syndiqués, contre environ 30% au début des années 50.
Cette crise du syndicalisme provient tout d’abord des mutations précisées précédemment mais elle
s’explique aussi par des comportements plus utilitaristes des individus. L’institutionnalisation des syn-
dicats a également éloigné les responsables syndicaux de « la base ».
Cependant, paradoxalement, les syndicats français demeurent puissants, notamment dans le secteur
public. Ils conservent une capacité de mobilisation considérable même s’ils sont concurrencés, comme
nous l’avons vu précédemment, par des coordinations ou des collectifs.

4. Les explications sociologiques

La montée des valeurs comme l’individualisme entraîne le repli des individus sur leurs propres intérêts.
« Le paradoxe de l’action collective », mis en évidence par M. Olson, peut se résumer ainsi : « personne
ne participe à une action à laquelle chacun aurait intérêt que tous participent ». Autrement dit, dans
certaines situations, chaque membre du groupe confrontant les coûts et les avantages d’une action
collective, se rend compte qu’il n’a pas intérêt à participer lui-même mais que les autres le fassent à
sa place.
Exemple Pourquoi ferais-je grève et perdrais-je une journée de salaire alors que je profiterai de toute façon des
résultats du mouvement ?

Séquence 5-SE01 143

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La diversité des conflits
et des mouvements sociaux
L’action collective et les mouvements protestataires sont loin d’avoir disparu. L’ampleur de la mobilisa-
tion de novembre-décembre 1995 indique clairement que, trente ans après mai 68, le temps des luttes
collectives n’est pas révolu. Pour autant, l’action collective s’exprime aujourd’hui selon des formes
relativement novatrices.

A Les nouveaux mouvements sociaux :


quelle réalité ?
À partir du milieu des années 60, se développent des luttes sociales en dehors de la sphère du travail.
Ces nouvelles formes d’action collective ont fait l’objet de nombreuses études. Le sociologue A. Touraine
qui les a particulièrement analysées, les a qualifiées de « nouveaux mouvements sociaux ».

Exercice 10  Document 10
L’éclatement des mouvements sociaux
Femmes
1993 - Manifestation de femmes devant l’Assemblée nationale pour réclamer la parité politique.
1994 - Le délit de harcèlement sexuel est inscrit dans le nouveau code pénal.
1998 - Le principe de la parité est introduit dans la Constitution.
2003 - Naissance de « Ni putes ni soumises », créé suite à la Marche des femmes contre les ghettos et
pour l’égalité après que Sohanne, 19 ans, a été brûlée vive dans un local à poubelles.

Antiracisme
1983 - À la suite d’affrontements à Lyon, un mouvement de jeunes Beurs entame une grève de la faim,
puis une marche pacifique à travers la France pour dénoncer la violence raciste. 100 000 personnes les
accueillent à leur arrivée à Paris.
1984 - Création de SOS-Racisme. Lancement en 1985 de la campagne « Touche pas à mon pote ».
2005 - Appel des « Indigènes de la République » et création du CRAN (Conseil représentatif des asso-
ciations noires) pour lutter contre les discriminations des personnes issues des colonies « anciennes ou
actuelles ».

Mal-logés, chômeurs, exclus


1990 - Création du DAL (Droit au logement), association de soutien aux mal-logés.
1994 - Naissance d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage !), qui organise la première marche contre le
chômage et l’exclusion.
1994 - Création de Droit devant !, mouvement pour la défense des exclus.
2006 - Installation de SDF dans des tentes à Paris et dans 14 villes de province à l’initiative des Enfants
de don Quichotte. Ils obtiennent la promesse sur le « droit au logement opposable » et des mesures pour
l’accueil d’urgence.

Étrangers et sans papiers


1991 - Vague de grèves de la faim chez les demandeurs d’asile déboutés. Elle dure jusqu’en 1992.
1996 - Occupation de l’église St-Bernard, à Paris, et grève de la faim. Les grévistes sont expulsés en août

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et, le soir même, 10 000 personnes manifestent en leur faveur.
1997 - Pétition dite des « intellectuels » contre les lois sur l’hébergement des étrangers. 110 000 personnes
manifestent le 21 février.
2002 - Occupation de la basilique St-Denis.
2004 - Création de RSF (Réseau éducation sans frontières) et Appel à la régularisation des sans-papiers
scolarisés.
2006 - Mobilisation pour empêcher l’expulsion des enfants sans-papiers scolarisés et de leur famille.

Homosexuels et lutte contre le sida


1984 - Naissance de l’association Aides, qui milite pour la prévention des risques du sida.
1989 - Création de la filiale française d’Act Up, mouvement américain de lutte contre le sida, animé par
des homosexuels.
1993 - Premières marches de la fierté homosexuelle.
1997 - L’Europride réunit quelques 300 000 participants à Paris.
1998 - Ces mouvements militent pour la création d’un contrat de vie commune ouvert aux couples de
même sexe. Le Pacs est voté en 1999.
Depuis 2000, le débat se déplace vers la question du mariage homosexuel et de l’homoparentalité.

Questions

 En quoi ces nouveaux mouvements sociaux se différencient-ils des conflits du travail traditionnels
étudiés précédemment ?
 Quels sont les thèmes communs à ces différents mouvements ?
 Trouvez d’autres exemples de ce type de mouvements sociaux ne figurant pas dans ce document.
 En quoi ces mouvements sociaux peuvent-ils contribuer au changement social ?

 Caractéristiques
C’est à partir des années 60 que se développent ces nouvelles formes d’action collective. Ces mouve-
ments sont multiples et variés : mouvements noirs au États-Unis, mouvements des étudiants en 68,
mouvements pacifiques, écologiques, luttes féminines, régionales, mouvements antinucléaires, mou-
vements homosexuels, liberté sexuelle…
Ils ne concernent plus la production et l’économie, mais portent sur des valeurs (liberté individuelle,
identité de certains groupes sociaux). Ils proviennent d’inspirations plus générales : environnement,
paix dans le monde, droits de l’homme…
Les modes d’action diffèrent. Ces mouvements s’organisent de manière décentralisée, en assemblée
générale, en rupture avec les syndicats. Les formes de protestation sont peu institutionnalisées : ce sont
des « sit-in », des occupations de locaux, des grèves de la faim. Le but étant essentiellement d’alerter
l’opinion.

 Éléments d’analyse

1. Analyse d’Alain Touraine

Au cœur de son analyse, le concept « d’historicité » définie comme étant la capacité d’un groupe à
orienter les choix de la société, son image, son devenir. Les groupes vont essayer d’influencer l’histoire
dans un sens qui leur soit favorable .

Alain Touraine considère que l’analyse marxiste était valable dans la société industrielle du début du
siècle. L’ordre économique dominait et la maîtrise de l’historicité reposait sur la détention des moyens de

Séquence 5-SE01 145

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production qui était bien à l’origine du pouvoir. La classe dirigeante était bien la bourgeoisie capitaliste
propriétaire des moyens de production.

Dans la société postindustrielle d’aujourd’hui, le contrôle de l’historicité ne repose plus sur les moyens
de production, mais sur la maîtrise des projets scientifiques (accumulation des connaissances, du
savoir..).

La classe dirigeante est celle des technocrates qui s’approprient le savoir ; elle définit l’historicité selon
ses propres intérêts. Ainsi, les dirigeants d’EDF, sous prétexte de confort domestique, imposent le tout
nucléaire pour assurer la croissance de leurs entreprises.

Les nouveaux mouvements sociaux correspondent à la contestation de la classe dominée pour échapper
au contrôle de la classe dominante. Pour Touraine, le mouvement antinucléaire serait le mouvement le
plus achevé qui succéderait au mouvement ouvrier.

De nombreuses critiques ont été formulées à l’encontre de l’analyse de Touraine. En effet, pourquoi
caractériser ces mouvements de « nouveaux », alors que certains d’entre eux existaient dès le milieu
du XIXe siècle (mouvements féministes) ? De toute façon faut-il rechercher le mouvement social le
plus achevé qui prendrait le relais du mouvement ouvrier ou constater la multitude des mouvements
sociaux ? R. Inglehart, sociologue américain, donne une interprétation différente de ces différents
mouvements.

2. Analyse d’Inglehart

Exercice 11  Document 11
Assiste-t-on à une montée du post-matérialisme ?

Erik Neveu, Sociologie des mouvements


sociaux. © Éditions La Découverte.
www.editionsladecouverte.fr
www.collectionreperes.com

146 Séquence 5-SE01

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La propension à participer à une manisfestation (en %)

Questions
 Caractérisez les types de revendications des NMS par rapport à ceux des conflits sociaux traditionnels.
 Quelle interprétation de ces nouveaux enjeux le texte ci-dessus fournit-il ?
 Que signifie le chiffre entouré ?
 Dans quelle mesure ce tableau confirme-t-il l’analyse de Ronald Inglehart ?
Pour cet auteur les valeurs des sociétés modernes deviennent de plus en plus « post-matérialistes ».
Avec la période de prospérité qui a suivi la seconde guerre mondiale, les besoins matériels (alimentation,
logement, habillement..) sont pour l’essentiel satisfaits. Les revendications seraient plus qualitatives
que quantitatives en réponse à l’aspiration de valeurs post-matérialistes (qualité de la vie, défense de
l’environnement, épanouissement de la personnalité, réalisation de soi, égalité des sexes…). Plus géné-
ralement, cette évolution des valeurs provient des mutations structurelles :développement économique
mais aussi hausse du niveau d’instruction, essor des classes moyennes. Ces nouveaux mouvements
sociaux s’accompagnent d’un recul des antagonismes de classe.

Changements économi- Nouvelles valeurs Transformations de l’action


ques, sociaux et culturels collective
- Prospérité économique - Recherche de la réalisa- Nouveaux mouvements
tion de soi, de l’épanouis- sociaux
- Élévation du niveau d’ins-
sement personnel
truction

Cependant, une enquête récente sur l’activité manifestante de la France des années 80, montre que la
mobilisation à visée « matérialiste » (salaire, emploi…) en demeure bien la composante essentielle. Il
n’y aurait donc pas substitution mais juxtaposition de différents mouvements sociaux.

Séquence 5-SE01 147

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B Enjeux, acteurs et formes de lutte aujourd’hui

 Nouveaux thèmes, nouveaux acteurs


Exercice 12  Document 12
La mobilisation des « sans »

Jacques Ion, « La dignité, nouvel enjeu


de mobilisation »
Sciences Humaines n°172 - juin 2006.

Questions
 Pourquoi la mobilisation de ces groupes a-t-elle longtemps été considérée comme « improbable » ?
 Quel est l’enjeu commun à la mobilisation de ces différents groupes ?

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Exercice 13  Document 13
La mobilisation pour les sans-logis

Question
Quelles sont les revendications et l’issue de la mobilisation des « enfants de Don Quichotte » ?

Exercice 14  Document 14
Des organisations et des individus en réseau
« En France, les organisations antimondialisation les plus actives sont toutes récentes : SUD, associations
de « sans et, bien sûr, ATTAC. Elles illustreraient un « nouveau type d’engagement » caractérisé par le
pragmatisme, la recherche d’efficacité qui suppose des actions locales aux objectifs limités, le refus de la
délégation et la participation active des militants. Leurs « luttes transversales » les amènent à coopérer
et à rechercher l’extension de leurs actions et alliances au-delà du cadre national : « Pensez globalement,
agissez localement ».
Les facteurs de réussite des mobilisations antimondialisation sont l’emploi intensif de l’outil de communica-
tion et de propagande internet et les « contre-experts » (anciens membres de la Banque mondiale, ingénieurs
agronomes, etc.). Des contre-sommets sont organisés par les protestataires en marge des réunions officielles
des instances internationale (Seattle en 1999. Nice en 2000). L’influence des « Nouveaux mouvements
sociaux » des années 1970 se voit dans l’aspect festif et coloré des manifestations. »
D’après Xavier Crettiez et Isabelle Sommier, La France rebelle.

Question
Quelles sont les caractéristiques de ces organisations contestataires ?
Ces différents documents permettent de recenser les nouveaux thèmes, les nouveaux acteurs et les
nouvelles stratégies en jeu.

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 Les nouveaux acteurs sont les premières victimes de la crise économique et sociale :
Les exclus et les précaires avec les mouvements de chômeurs, les sans-logements, les sans-
papiers….

 Les nouvelles stratégies :


Création de collectifs

 Les nouveaux thèmes :


La défense des droits fondamentaux que l’État doit ou devrait garantir.

 Mobilisations contre la mondialisation « libérale » : ATTAC et pour une autre mondialisation (on parle
aujourd’hui « d’alter mondialistes »).

 De nouvelles stratégies pour ces nouveaux conflits

 Organisations en dehors des syndicats.

 Vers des stratégies médiatiques : appel aux médias pour créer de l’émotion et mobiliser l’opinion
publique.

 Organisations en réseau.

Conclusion

 Document 15

Les nouveaux mouvements sociaux


Les mouvements sociaux actuels
(1960-1970)

• Enjeux post-matérialistes Monbilisation Antimondialisation :


• Participation directe des "sans" : au niveau mondial
• Petite bourgeoisie cultivée au niveau local

• Ne sont pas toujours nouveaux • Organisations en réseau,


• Sont des groupes de pression contre-expertise
• N'ont pas remplacé les revendications • Recours à la médiatisation,
matérialistes multi-appartenance associative et syndicale,
• Se sont institutionnalisés refus de la délégation

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