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Université de la Méditerranée Aix-Marseille II

Licence 3 Sciences de la mer et de l'environnement


Rapport Océan-Atmosphère-Climat

El Nino-La Nina

Nicolas Chaplain Promotion 2010/2011


Léo Lacour
Sommaire

Introduction

I. La machinerie climatique

1. Couplage océan-atmosphère
2. La cellule de Hadley
3. Circulation de Walker et alizés

II. El Nino-La Nina

1. Indice de l'oscillation australe (SOI)


2. El Nino
3. La Nina

III. Conséquences sur le climat global

1. Les téléconnections entre ENSO et les parties tropicales de l'Océan Indien et Atlantique
2. Les téléconnections entre ENSO et les plus hautes latitudes.

Conclusion

Références bibliographiques
Introduction
On sait à présent que le régime climatique terrestre oscille depuis près de 3 millions d’années entre
période glaciaire et période de réchauffement comme actuellement. Il n’y a donc pas d’équilibre immuable
mais une évolution perpétuelle du climat mondial induit par les interactions entre océan, atmosphère et
biosphère. A une plus petite échelle de temps, la dynamique climatique est soumise à des épisodes
saisonniers annuels instaurant une certaine périodicité dans l’apparition des phénomènes météorologiques
et qui a permis le développement des activités anthropiques telles que l’agriculture, l’élevage et la pêche au
cours des âges. Cependant outre ces phénomènes récurrents, l’apparition d’épisodes moins variables à des
échelles pluridécennales viennent perturber cette «équilibre» et affectent tout particulièrement l’être humain.
C’est à un de ces phénomènes interannuels nommé El Nino, très médiatisé actuellement due à ces forçages
non négligeables sur l’activité anthropique qui tend à croitre sans limite, mais qui affectait déjà la civilisation
Incas auquel nous allons nous intéresser spécialement.

L’appellation traduit par «l’enfant jesus» fut attribué à ce phénomène tout d’abord par les pêcheurs
espagnols pour désigner un contre courant chaud apparaissant en fin d’année, du nord vers le sud, le long
des côtes péruviennes provoquant une diminution des pêches. Il fut ensuite repris bien plus tard en 1891,
par la société géographique de Lima qui après l’étude d’archives de missions espagnoles antérieures,
relièrent l’apparition de ce courant chaud avec les fortes précipitations, constatées dans les Andes
péruviennes habituellement arides, durant la même période. Le terme El Nino depuis se jour désigne ce
phénomène océanique exceptionnel d’une périodicité de 2 à 10 ans impactant les régions tropicales et
provoquant des inondations dans les Andes et en Afrique de l’est, régions habituellement arides et au
contraire des sécheresses sans précédents en Indonésie, en Australie et au Brésil. Or si les conséquences
d’El Nino sont souvent décrites comme catastrophiques par les médias ravageant le territoire des hommes,
notamment El Nino de 1997-1998 qui fut sous estimé, elles leurs sont aussi bénéfiques à plus ou moins long
termes offrant à la nature un second souffle et faisant l’objet pour les scientifiques d’un testeur de modèle
pour les prévisions climatiques.

Les recherches sur El Nino furent fondées sur les travaux de deux précurseurs, Walker qui découvrit
l’oscillation australe en 1924 et Bjerkness qui mis en évidence les relations entre El Nino et l’oscillation
australe en 1966. L’étude de ce phénomène durant les 40 dernières années grâce aux programmes
Internationaux de recherche entre autres, à permis une meilleure compréhension d’El Nino, et ainsi des
relations physiques existantes, reliant les forçages que subissaient les régions tropicales et l’ensemble du
globe. Cependant même si l’on sait à présent qu’il est la manifestation d’un phénomène climatique mondiale
due à un déplacement des systèmes météorologiques, il est indispensable d’améliorer sa prédiction.

Dans une période de réchauffement climatique global avéré et de ressources halieutiques limitées,
une meilleure connaissance de cet aléa permettra des avancées dans l’étude du système climatique global
ainsi qu’une exploitation raisonnée des ressources océaniques et la prévention de pertes humaines. Le
couple El Nino-la Nina, phénomène mystique ou manifestation de la variabilité du système climatique
mondial ?

Dans la suite du rapport nous allons décrire les moteurs de la machine climatique et la dynamique
d’El Nino-la Nina. Nous discuterons ensuite de ses conséquences sur le climat mondial.
I. La machinerie climatique
Le climat mondial est affecté par de multiples acteurs jouant chacun un rôle prépondérant dans sa
régulation à différentes échelles spatio-temporelles. Ces conditions climatiques dépendent de
caractéristiques extérieures à notre planète telles que la distance Terre-Soleil, l’orbite terrestre et la
puissance émise par le soleil. Mais également de conditions intrinsèques à notre planète : répartition des
océans, des continents et des composantes de l’atmosphère en gaz à effet de serre.

1. Couplage océan atmosphère.


L’océan qui recouvre près de 70% du globe ainsi que l’atmosphère sont deux des principaux
moteurs du climat impliqués dans la conversion et la distribution de l’énergie solaire sur la planète.
Néanmoins la répartition énergétique est inégale à la surface de la terre. Les océans absorbent 32% et
l’atmosphère 20% des 240W/m2 que la terre perçoit chaque jour à sa surface. Elle diminue de l’équateur
jusqu’aux pôles induisant un gradient de température important. Les masses d’eaux ainsi que les masses
d’airs chaudes des basses latitudes sont entrainées vers les hautes latitudes de chaque hémisphère. Durant
leur voyage l’océan et l’atmosphère échangent cette énergie par rayonnement, par conduction et par
évaporation entrainant une circulation générale contribuant à diminuer le contraste thermique entre
l’équateur et les pôles. Les régions tropicales et plus précisément l’océan tropicale Pacifique grâce aux
conditions locales qu’il réunit est considéré comme la «chaudière» du climat mondial.

Cette circulation est plus complexe qu’il n’y parait, les fluides d’airs et d’eaux étant soumis à la
pesanteur de la terre et aux forces de pression. Hormis ces 2 forces qui engendreraient à elles seule une
circulation des courants atmosphériques et océaniques des hautes pressions vers les basses pressions, les
grandes circulations atmosphériques et océaniques obéissent à des mouvements en forme de gyres
impliqué par l’effet de rotation de la terre sur les corps en mouvement. La force de Coriolis qui en est la
résultante, leur impose une déviation vers la droite dans l’hémisphère nord et vers la gauche dans
l'hémisphère sud.

2. La cellule de Hadley.
Au niveau de l’atmosphère, la circulation à l’équateur est décrite par la cellule de convection dit de
Hadley. L’air aux alentours de la ZITC (zone intertropical de convergence) ou équateur météorologique, se
réchauffe et se charge d’humidité due à l’évaporation océanique. Elle s’élève en altitude provoquant une
zone de basse pression atmosphérique. En montant cet air se refroidit, la vapeur se condense pour former
des masses nuageuses sources de précipitations dans cette région (forêt tropicales humides). Les masses
d’air en altitudes se refroidissant et s’asséchant, elles migrent vers la zone subtropicale nord et sud pour
redescendre en surface vers 30°engendrant une zone anticyclonique avant de se réchauffer en surface et de
repartir à l’équateur pour fermer le cycle. Ces zones correspondent aux régions désertiques décrites par le
désert du Sahara dans hémisphère nord et du Kalahari dans l’hémisphère Sud. Ces mouvements d’airs
allant de 30° vers l’équateur sont déviés vers l’est dans les deux hémisphères via la force de Coriolis. La
partie équatoriale des anticyclones qui constitue les alizés entrainent une circulation convergente de ces
vents vers l’ouest dans la ZITC pour les deux hémisphères.

Dans cette région subtropicale, les mouvements atmosphériques s’appuient sur la circulation de
Hadley qui est partagée en deux cellules de part et d’autre de la ZITC entrainant une circulation Nord-Sud et
Sud-Nord. Ils obéissent aussi à une circulation longitudinale (Est-Ouest ou Ouest-Est) au dessus des océans
dites cellules de Walker. Les alizés soufflants poussent les masses d’eaux superficielles chaudes de l’océan
Pacifique du secteur Est vers le secteur Ouest provoquant un upwelling le long des côtes péruviennes. Ce
phénomène offre aux pêcheurs Sud-américains des prises abondantes grâce à ces eaux froides chargés en
nutriments qui enrichissent la production primaire et par conséquent augmente le rendement de production
de la pêche halieutique. Les eaux chaudes condensées dans le secteur du Pacifique ouest génèrent un
réservoir d’eaux chaudes à une température avoisinante les 30°C. Cette la région du monde où l’évaporation
y est maximale vers l’atmosphère. L’air très humide et chaud s’élève de cette zone pour aller précipiter sur
les régions indonésiennes et australiennes (zone dépressionnaire) à l’ouest de l’océan Pacifique alors que
l’air sec redescend (zone d’anticyclone) sur les côtes péruviennes.

3. Circulation de Walker et alizés.


Au niveau océanique, l’action des alizés provoque l’apparition de 2 courants analogues à la
circulation de Walker sur le plan équatorial: le courant équatorial Sud et Nord. Ces courants dirigés vers
l’ouest, la dérive d’Ekman étant nulle, induisent une augmentation du niveau marin afin de répondre aux
variations du champ de pression. Il en résulte une pente permanente à la surface du Pacifique, stabilisée par
les alizés avec un niveau de 50cm plus élevé à l’ouest du Pacifique qu’à l’est (à 180° de longitude).

Il existe donc un couplage étroit entre océan et atmosphère chacun répondant aux variations de
l’autre. Contrairement à l’atmosphère, l’océan est le principal pilote de ces processus climatiques car son
temps d’évolution est plus long, amortissant sans cesse les variations du climat, induisant une restitution de
ces effets à l’atmosphère des décennies plus tard (effet de rétroaction).

A la connaissance de ce couplage océan-atmosphère, on peut comprendre qu’une anomalie peut


facilement affecter ces processus à l’échelle du Pacifique tropicale et par conséquent à l’échelle globale. Par
l’étude de ces phénomènes, la coopération scientifique et notamment Bjerkness (1966) ont pu proposer des
schémas d’interactions entre l’oscillation austral, l’intensité de la circulation de Walker et le phénomène El
Nino preuve de la variabilité du climat et des relations étroites qui lie l’océan et l’atmosphère.

Source: la.climatologie.free.fr
II. El Nino-La Nina.
1. Indice de l'oscillation australe (SOI).

Le SOI est un indice qui caractérise l'évolution de l'oscillation australe. Il s'agit de la différence de
pression atmosphérique au niveau de la mer entre Tahiti (17,5°S ; 149,6°O) et Darwin en Australie (12,4°S ;
130,9°E).

Source : acces.inrp.fr

A cette indice de l'oscillation australe , on associe des variations de la température des eaux de
surface par rapport a la moyenne dans le Pacifique équatorial. On remarque que ces deux graphiques sont
corrélés pic à pic. Aux pics positifs de l'oscillation australe correspondent des anomalies négatives de la
température donc des eaux superficielles plus froides et réciproquement. On peut alors distinguer trois
situations caractéristiques. La situation dite normal quand le l'indice SOI est à 0, la situation qualifiée d'El
Nino pour un indice négatif et La Nina pour un indice positif.

2. EL Nino.

El Nino est selon l'OMM un « phénomène caractérisé par une anomalie positive de la température
de surface de la mer (par rapport à la période de référence 1971-2000), dans la région Niño 3.4 du Pacifique
équatorial, dans la mesure où cette anomalie est supérieure ou égale à 0,5°C selon une moyenne calculée
sur trois mois consécutifs » (OMM - Nouvelles du Climat Mondial - Janvier 2004 n°24).
Ce réchauffement des eaux superficielles du Pacifique Est est le résultat d'interactions fortes entre
l'océan et l'atmosphère. Les mouvements océaniques sont plus lents que les mouvements atmosphériques,
il y une certaine inertie. Il est donc difficile de relier les mouvements atmosphériques telle que la cellule de
Walker aux mouvements d'eaux chaudes vers le Pacifique Est, de même que d'identifier le véritable moteur
de cette anomalie.
Cependant, on constate durant la phase El Nino une faible intensité des alizés dans l'est du
Pacifique et une intensité nulle dans l'ouest. Ceci correspond à une diminution de l'indice de l'oscillation
australe et donc à un affaiblissement de la cellule de Walker. Les eaux chaudes ne sont plus accumulées
dans la région indonésienne et un contre courant se créé vers l'est du Pacifique (voir figure ci dessous).
Source : NOAA/PMEL/TAO Project Office.

Les eaux le long des côtes de l'Amérique du sud sont plus chaudes (+4/5°C) et plongent en
profondeur (downwelling) ce qui abaisse la thermocline (parallèle au niveau de la mer). Le courant de
Cromwell peut disparaître privant de sa source la divergence équatorial. Ce mouvement d'eaux chaudes
entraîne avec lui la zone de convection atmosphérique et participe à la dislocation de la cellule de Walker.
L'évaporation dans le Pacifique Est est accrue ce qui entraîne de fortes précipitations et inondations sur la
côte et une modification du climat local. Inversement , de l'autre coté du Pacifique, la sécheresse sévit. A
l'échelle du climat global, ce transfère d'énergie vers l'atmosphère renforce la cellule de Hadley et alimente
donc les régions de plus hautes latitudes.
Les chercheurs Takeshi Izumo (JAMSTEC) et Sophie Cravatte (LEGOS/OMP) ont mis en évidence
l'action du dipôle de l'océan Indien qui viendrait se coupler à l'oscillation australe. Le dipôle de l'océan Indien
(ou IOD pour Indian Ocean Dipole) est une variabilité climatique liée aux interactions océan-atmosphère et
qui alterne événements positifs et négatifs : l'IOD est dit positif quand la température de l'océan Indien
augmente à l'ouest et baisse à l'est, et négatif dans le cas contraire. Dans le cas d'un IOD négatif,
l'augmentation de la température de l'eau à l'est de l'océan Indien intensifierait l'évaporation et la
décompression adiabatique et donc à terme les alizés. Le basculement de l'IOD vers des valeurs positives
entraînerait une brusque diminution de l'intensité des alizés à l'origine de la phase El Nino. Il s'agirait donc
d'un forçage externe du dipôle de l'océan Indien. Par ailleurs, un IOD fortement négatif pourrait déclencher la
phase La Nina.

3. La Nina.

La Nina est l'épisode froid d'ENSO (El Nino Southern Oscillation) durant lequel l'indice de l'oscillation
australe est fortement positif. Elle est « caractérisée par une anomalie négative de la température de surface
de la mer (par rapport à la période de référence 1971-2000), dans la région Niño 3.4 du Pacifique équatorial,
dans la mesure où cette anomalie est inférieur ou égale à 0,5°C selon une moyenne calculée sur trois mois
consécutifs » (OMM - Nouvelles du Climat Mondial - Janvier 2004 n°24). Ce phénomène est pratiquement
similaire à une situation normale hormis les plus faibles température des eaux superficielles. C'est pourquoi
il attire beaucoup moins l'attention des médias.
Source : NOAA/PMEL/TAO Project Office.

La Nina renforce les conditions habituelles avec une intensification de la cellule de walker. Les
alizés, plus soutenus, agissent comme un rétrocontrôle positif et accentuent les mouvements d'eaux
chaudes vers l'ouest ce qui implique un upwelling plus important et donc des eaux plus froides à l'est du
Pacifique.
Cela a pour conséquences une augmentation des pluies sur le Pacifique occidental et sur le
continent marin entre Pacifique et Indien. Le gradient thermique entre les deux rives du Pacifique s'accentue
et des températures significativement plus basses apparaissent à l'équateur. De plus, la transition entre la
phase La Nina et la phase El Nino peut être très rapide et bouleverser radicalement le climat local. Ce fut le
cas par exemple en 1998-1999 en Indonésie où le pays subit en quelques mois sécheresses et incendies
suivi de violentes inondations (Bruno Voituriez, Guy Jacques; El Nino, Réalité et fiction).
La théorie de l'oscillateur retardé de Bjerknes pourrait expliquer ces transitions rapides entre les
deux épisodes d'ENSO. Il considère l'océan Pacifique comme une vaste cuvette fermée où les ondes
peuvent interagir et se réfléchir sur les côtes. En effet, la diminution des alizés entraîne le déplacement
d'eaux chaudes vers l'est et la création d'une onde de Kelvin se propageant vers l'est qui atteindra les côtes
de l'Amérique du sud en deux mois. Elle induit en même temps en sens opposé une onde de Rossby qui
s'éloigne vers l'ouest trois fois plus lentement. Sur son passage, l'onde de Kelvin élève le niveau de la mer et
abaisse la thermocline tandis que l'onde de Rossby produit l'effet inverse. La thermocline est alors parallèle
à la surface océanique. C'est un épisode El Nino. L'onde de Rossby se réfléchit sur la côte ouest du
Pacifique et génère une seconde onde de Kelvin. Cette onde abaisse la thermocline et remonte le niveau de
la mer à l'ouest ce qui correspond à la phase normale d'ENSO. Si l'onde est assez intense, elle peut
entraîner un épisode La Nina directement après El Nino. Cependant ce modèle est basé sur de nombreuses
hypothèses plus ou moins réalistes. Bjerknes considère tous les acteurs de la machinerie climatique d'ENSO
(alisés, mouvements de masse d'eau...) en phase alors qu'on a vu que l'océan agissait avec un retard sur
l'atmosphère. De plus, il considère l'oscillation australe comme un phénomène isolé du système climatique
global. Dans le cas contraire, quel sont les interactions d'ENSO avec le climat global?
III. Conséquences sur le climat global.

Les océans tropicaux sont les principaux fournisseurs d'énergie de l'atmosphère en particulier le
Pacifique, qui dans sa partie équatoriale couvre presque la moitié de la circonférence terrestre. La moindre
perturbation de ses échanges avec l'atmosphère a des répercutions sur le climat planétaire. Un phénomène
comme ENSO, localisé dans le Pacifique équatorial, peut donc avoir une influence sur le reste du globe. Il
ne faut pas non plus attribuer à ENSO toutes les variabilités climatiques de la planète comme ont pu le faire
les médias. Quel est alors le véritable champ d'action de ENSO?

1. Les téléconnections entre ENSO et les parties tropicales de l'Océan Indien


et Atlantique.

La téléconnection est le terme utilisé par les scientifiques pour décrire « les liens qui existent entre
les anomalies climatiques a grande distance les unes des autres » (Bruno Voituriez, Guy Jacques) .Les
phénomènes El Nino-La Nina sont concernés par ces téléconnections. Il existe des interactions
longitudinales sur les océans voisins (Atlantique et Indien) par l'intermédiaire de la cellule de Walker. Il est
plus facile d'observer les répercutions de El Nino car il provoque un changement radical du climat alors que
La Nina ne fait que renforcer les traits habituelles.
L'océan Atlantique possède lui aussi dans sa zone équatorial une cellule de Walker mais plus
réduite de par la présence proche des continents Africain et d'Amérique du sud. La branche ascendante se
situe sur l'Amazonie et la branche descendante concerne l'ensemble de l'Atlantique du Nordeste Brésilien au
sud-ouest de l'Afrique. Il n'existe pas comme dans le Pacifique une oscillation entre hautes et basses
pressions aux extrémités de la cellule, les variations climatiques sont en phases. De même, la variation
interannuelle du réchauffement de l'Atlantique ne provient pas du mouvement atmosphérique de cette cellule
mais surtout de la fluctuation de la position de la ZITC ( zone où confluent les alizés des deux hémisphères).
En période El Nino, la zone convective du Pacifique se déplace vers l'est attirant vers elle les vents d'est ce
qui renforce les alizés de l'Atlantique. La petite cellule de Walker est alors activée et toute la branche
descendante est concernée par une période sèche. Quand La Nina domine dans le Pacifique, à son
extrémité est, la zone de subsidence devient plutôt une aire de divergence des vents qui vont repousser les
alizés d'Atlantique. La cellule de Walker s'affaiblit, la ZITC descend vers le sud et apporte les précipitations
sur le Nordest brésilien et les régions désertiques de la côte africaine. Les deux océans sont en opposition
de phase.
L'océan Indien lui, est en contact direct avec le Pacifique mais a une configuration particulière car il
est fermé à 25°N où il subit l'influence du large continent asiatique et de la chaîne himalayenne. Il y a dans
cette région une alternance entre des vent de sud-est en été, chargé d'humidité de l'océan Indien, et des
vents de nord-est en hiver venant du continent. C'est la mousson indienne. Il existe une téléconnection entre
celle ci et ENSO. Ces deux variabilités climatiques ont en commun le réservoir d'eaux chaudes de la région
Indo-Pacifique qui alimente par convection à la fois la cellule de Walker du Pacifique et les flux de mousson.
Lors d'un épisode El Nino, la convection se déplace vers l'est et la pression augmente au niveau de l'océan
Indien ce qui entraîne une défaillance de la mousson. Inversement, La Nina intensifie l'évaporation et la
décompression adiabatique dans l'océan Indien ce qui implique des moussons excédentaires. Cependant,
ENSO ne permet pas d'expliquer a lui tout seul la variabilité de la mousson. Toute prévision de celle ci est
difficile car plusieurs acteurs entrent en jeu notamment les interactions entre l'atmosphère et le continent
asiatique.

2. Les téléconnections entre ENSO et les plus hautes latitudes.

Il existe aussi des téléconnections entre ENSO et les régions extra-tropicales par l'intermédiaire de
la cellule de Hadley. En effet, un événement El Nino provoque une descente vers l'équateur de la ZITC, une
augmentation de la convection atmosphérique et donc une intensification de la cellule de Hadley qui de
proche en proche transfère plus d'énergie vers les plus hautes latitudes. La première région concernée est le
Pacifique Nord qui subit un renforcement de la zone de basse pression et permet de faciliter l'entrée d'air
marin sur le nord ouest des États Unis et du Canada qui connaissent alors des hivers doux et humides. Le
surplus d'énergie dans la cellule de Hadley s'évacue en partie par le renforcement et l'extension vers l'est du
jet-stream subtropical. Cela a pour conséquences des grains et des orages en hiver sur la Californie et le
Mexique. Inversement, au cours de La Nina, le jet-stream s'affaiblit et provoque la sécheresse sur le
Mexique et l'accentuation de la fréquence des cyclones atlantiques. Il faut bien entendu prendre en compte
de nombreux autres acteurs qui interviennent dans la variabilité climatique de ces régions dont ENSO n'a
qu'une influence relative.
Conclusion
L'ensemble des études montre une relation incontestable entre la dynamique des systèmes
climatiques mondiaux et le couple El Nino-La Nina à l'échelle du Pacifique.
Ce phénomène, à la variabilité interannuelle, résulte d'un couplage complexe entre océan et
atmosphère dont la moindre perturbation peut avoir des répercussions sur des régions locales et
extratropicales :
• sécheresse et incendies violents à l'ouest du Pacifique intertropicale (Australie, Indonésie)
• précipitation intense et inondation (Amérique du sud, Afrique subsaharienne)
• accentuation des cyclones en Atlantiques
• perturbation de la Mousson
Ces aléas climatiques provoquent des problèmes socio-économique très fort sur l'activité humaine
ce qui explique la médiatisation importante de ce phénomène. Néanmoins, il existe des anomalies
économiques positives comme la douceur du climat et les pluies qui favorisent l'exploitation des zones
arides de l'Amérique du sud ou du Nordest Brésilien côté Atlantique.
ENSO est un phénomène aléatoire mais cependant récurrent et très sensible aux perturbations
extérieurs. Dans un contexte de réchauffement climatique, sa récurrence pourrait augmenter et ses effets
néfastes s'intensifier. La variabilité climatique naturelle d'El Nino pourrait servir comme modèle afin de
pouvoir tester les prévisions climatiques. En incorporant les prévisions du climat dans ses décisions de
gestion, l’humanité sera plus apte à affronter les rythmes irréguliers du climat.
Références Bibliographiques

Bruno Voituriez, Guy Jacques; El Nino, Réalité et fiction; Éditions UNESCO (116 pages)

http://www.insu.cnrs.fr/a3426,oceans-indien-pacifique-histoire-david-goliath-qui-permet-ameliorer-
prediction-el-nino.html

http://www.wmo.int (Organisation météorologique mondiale)

Pierre Henri Gouyon, Helene Leriche; Aux origines de l'environnement; Édition fayard (495 pages)

http://www.ifremer.fr/lpo/cours/elnino/index.html

A. Chapel, M. Fieux, G. Jacques, J.-M. Jacques, K. Laval, M. Legrand, H. Le Treut; Océans et


atmosphère (1996); Édition Hachette

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