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Institut Régional de Formation en Masso-Kinésithérapie

Centre Hospitalier Régional d’Orléans

Faculté des Sciences


Rue de chartres – Bâtiment Michel Royer
45 100 ORLEANS
 02 38 69 69 11  02 38 69 69 46 (télécopie)

Prise en charge Masso-Kinésithérapique


d’un patient atteint d’un syndrome de
Guillain-Barré en phase de récupération

Travail écrit réalisé par :

COURTOIS Jean-Romain

En vue de l’obtention du Diplôme d’Etat de Masseur-Kinésithérapeute

Année Universitaire 2011-2012

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Remerciements :

 Monsieur R de m’avoir permis de réaliser ce mémoire sur lui-même

 Monsieur J. Benozio, cadre de Santé, pour son écoute et son aide à la réalisation de ce
mémoire

 Monsieur S. Pinto, cadre de Santé, pour ses conseils et le suivi de la réalisation de ce


mémoire

 Sabrina, la kinésithérapeute référent de Monsieur R, de m’avoir aidé dans la


réalisation des différents exercices de rééducation, et dans la réalisation de ce mémoire

 L’ensemble de l’équipe médicale et paramédicale de l’établissement pour son accueil

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Sommaire

Introduction ............................................................................................................................................1
I Bilan de début de prise en charge ....................................................................................................5
I.1 Dossier du patient et interrogatoire : ................................................................................ 5
I.2 Bilan Algique : ................................................................................................................. 6
I.3 Bilan Cutanée, Trophique, Vasculaire : ........................................................................... 8
I.4 Sensitif ........................................................................................................................... 10
I.5 Bilan Articulaire : ........................................................................................................... 11
I.6 Bilan de la Fonction Motrice: ......................................................................................... 12
I.7 Bilan des activités physiques du patient : ....................................................................... 14
II Diagnostic masso-kinésithérapique ...............................................................................................16
II.1 Déficit de structure : ....................................................................................................... 16
II.2 Déficit de fonction : ....................................................................................................... 16
II.3 Limitations d’activité du patient : .................................................................................. 17
II.4 Participation du patient au sein de la société : ............................................................... 17
III Moyens thérapeutiques mis en œuvre .........................................................................................17
III.1 Objectifs : ...................................................................................................................... 17
III.2 Principes : ..................................................................................................................... 18
III.3 Moyens thérapeutiques : ............................................................................................... 19
IV Bilan de fin de prise en charge ....................................................................................................29
IV.1 Bilan Algique : ............................................................................................................. 29
IV.2 Bilan Cutané/Trophique/Vasculaire : .......................................................................... 29
IV.3 Bilan Sensitif ............................................................................................................... 30
IV.4 Bilan Articulaire : ........................................................................................................ 32
IV.5 Bilan de la fonction motrice : ...................................................................................... 32
IV.6 Bilan des activités physiques du patient : .................................................................... 34
V Discussion ........................................................................................................................................36
Conclusion ............................................................................................................................................41

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Introduction

Le syndrome de Guillain Barré, isolé par Barré et Strohl en 1916, est une
polyradiculonévrite, pathologie touchant le système nerveux périphérique (SNP). Ce
syndrome consiste en une démyélinisation segmentaire multifocale, d’origine auto-immune et
de diagnostic clinique. En effet la myéline forme une gaine autour des nerfs du SNP
permettant la transmission de l’influx nerveux. La destruction de la myéline provoque un
ralentissement voire un arrêt de l’influx nerveux. Nous observons alors, en premier lieu des
déficits sensitifs d’abord subjectifs puis objectifs, et enfin des déficits moteurs entrainant des
paralysies. Il touche à la fois les membres inférieurs, les membres supérieurs et le tronc. [1][2]

L’évolution du syndrome de Guillain Barré s’effectue en 3 phases :

- une phase d’extension : cette phase dure de 2 jours à 1 mois (en moyenne 12 jours),
avec apparition et aggravation des symptômes.

- une phase de plateau allant de quelques jours à quelques semaines où l’état général se
stabilise [3]

- une phase de récupération qui peut s’étendre de quelques semaines à quelques mois, où
l’on observe une régression des symptômes [4]

En France l’incidence annuelle de ce syndrome est de 1,5/100000 par habitant. « La


prise en charge de ces malades nécessite des équipes entrainées, disposant de moyens de
réanimation, de rééducation et pouvant pratiquer l’ensemble des thérapeutiques spécifique. »
[5] (Annexe 1)

Lorsque nous l’avons pris en charge, Monsieur R était déjà en phase de récupération et il
se déplaçait en fauteuil roulant. De plus il suivait un programme de renforcement musculaire,
encadré par les éducateurs en activités physique adapté (APA) en collaboration avec les
kinésithérapeutes, ainsi que des séances d’ergothérapie où le travail du membre supérieur était
privilégié. Notre intervention s’est donc surtout portée sur la rééducation des membres
inférieurs, qui présentaient un œdème veineux bilatéral, des hypoextensibilités, des pertes
d’amplitude articulaire, et un déficit moteur majeur.

Au cours d’une rééducation qui a duré 2 semaines et demie, nous avons tenté de prendre
en charge l’ensemble des déficits. La problématique se posait de savoir quel programme

4
thérapeutique le masseur-kinésithérapeute peut-il mettre en place pour accompagner la
récupération musculaire des membres inférieurs.

I Bilan de début de prise en charge


Le 16/04/2011

I.1 Dossier du patient et interrogatoire :

- Mode de vie :

Monsieur R, 67ans, retraité, vit avec sa femme dans une maison de plain pied, avec jardin.
De plus, il a équipé son logement d’une douche dans la salle de bain et ses toilettes sont
suffisamment larges pour accueillir un fauteuil roulant. Monsieur R, qui est droitier, a pour
loisirs le jardinage, la pêche, la chasse et les promenades. Il marchait sans canne, pendant une
durée illimitée et conduisait. Monsieur R, ancien chef de rayon en grande surface, a vendu
pendant 10 ans du matériel médical, avant de prendre sa retraite. Le fils de Monsieur R vit à
proximité dans le même village.

- Diagnostic médical :

Monsieur R est atteint du Syndrome de Guillain Barré

- Antécédents :

Médicaux : éthylisme chronique, hyper tension artérielle, tabagisme sevré il y a 30 ans.

Chirurgicaux : Varices jambe gauche.

- Histoire de la Maladie :

Fin Décembre 2010 : Monsieur R souffre d’une gastro-entérite pouvant être le


déclenchement du syndrome de Guillain Barré. De plus, des douleurs apparaissent au niveau
des membres supérieurs, elles démarrent à l’épaule et irradient à la face latérale des bras et
des avant bras. Elles sont ressenties comme des douleurs correspondant à des brûlures, à des
picotements.

5
Une semaine après : ces douleurs se propagent sur les cuisses, les mollets et les pieds et un
déficit moteur, du membre supérieur gauche et des deux membres inférieurs, s’installe,
entrainant des chutes.

Début Janvier 2011 : Monsieur R souffre d’une bronchite, qui peut elle aussi être le
facteur déclenchant d’un syndrome de Guillain Barré.

Le 31 Janvier 2011 : Monsieur R entre à l’hôpital Bretonneau de Tours, au service


neurologie, pour un déficit sensitivo-moteur évolutif d’installation progressive des quatre
membres.

Le 28 février 2011 : Monsieur R est admis dans l’établissement.

- Traitement médicamenteux:

Nicobon®, Xatral® 10 LP, Inexium® 20, Ixprim ®, Lyrica® 25, Sérum physiologique
ophtalmo pour chaque œil, Vitamine A en pommade pour l’œil gauche, Lovénox® 0,4mL.
(Voir tableau ci-contre)

- Projet du patient

Monsieur R souhaite rentrer chez lui, en marchant de façon autonome. Il souhaiterait


reprendre ses activités qu’il exerçait avant d’être atteint du syndrome de Guillain-Barré
(pêche, jardinage et chasse).

I.2 Bilan Algique :

Au repos (décubitus dorsal) le patient ne se plaint pas de douleur. Lors de la


mobilisation en abduction de hanche droite, le patient se plaint de douleurs cotées à 7/10, à
l’échelle visuelle analogique (EVA), au niveau de la face externe de hanche. L’origine de ces
douleurs est inconnue.

Lors de la flexion de hanche genou tendu, des douleurs apparaissent au niveau des
ischio-jambiers sur les deux membres inférieurs, cotées à 5/10 sur l’EVA. Ces douleurs
semblent liées à une hypoextensibilité des ischios jambiers.

6
Traitement médicamenteux Indication

Xatral ®10 LP Hypertrophie bénigne de la prostate

Inexium ® 20 Reflux gastro-œsophagien / Œsophagite par


reflux

Ixprim ® Douleur modérée à intense

Lyrica ®25 Douleur neuropathique / Trouble anxieux

Lovénox ® Prophylaxie de la thrombose veineuse en cas


d’alitement

Traitement médicamenteux et Indications

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Lors de la mobilisation en flexion de hanche, flexion de genou, on retrouve des
douleurs au niveau du corps musculaire du quadriceps et de son tendon. Elles sont cotées à
6/10 à l’EVA. Une hypoextensibilité du quadriceps et plus particulièrement des vastes peut
expliquer ces douleurs

I.3 Bilan Cutanée, Trophique, Vasculaire :

- I.3.a Bilan Cutané

Monsieur R ne présente pas de cicatrice ni de signe d’escarre. La peau est souple mais très
sèche sur le membre inférieur gauche avec de nombreuses desquamations au niveau de la face
médiale du segment jambier ainsi qu’au niveau de l’arche médiale et de la plante pied.

- I.3.b Bilan trophique

Nous observons la présence d’un œdème veino-lymphatique au niveau des deux segments
jambiers. Nous objectivons cette observation par la présence du signe du godet et une
difficulté à prendre le pli de peau au niveau de la face dorsale du second orteil (signe de
Stemmer). Les mesures de l’œdème sont résumées dans le tableau ci-contre (Tableau I.3.b) :

Une hypothèse quant à l’origine de cet œdème serait que la démyélinisation aurait
empêché la contraction du triceps sural, et la chasse veineuse ne pouvant donc pas se réaliser.
De plus, dans la mesure où le patient ne peut pas marcher, la semelle de Lejard ne s’effectue
pas. Sur la jambe gauche, les antécédents de varice pourraient également expliquer
l’apparition d’œdème, car la dilatation des veines rend les valvules inefficaces, ce qui pourra
créer une stase veineuse.

- I.3.c Bilan Vasculaire

Le patient ne semble pas présenter de phlébite car il ne présente ni de douleur à la


palpation du mollet et à la flexion dorsale (signe de Homans), ni de perte du ballant du mollet
(signe du drapeau). Il faut rajouter que Monsieur R porte des bas de contention de classe I
(Annexe 2).

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Membre inférieur Membre inférieur Différence
Droit gauche

Pointe de la patella 41cm 43cm +2cm

+10cm 37cm 38,5cm +1,5cm

+20cm 34,5cm 36cm +1,5cm

+30cm 27cm 28,5cm +1,5cm

+40cm 25,5cm 26cm +0,5 cm

Pointe de malléole 33cm 32cm -1cm


interne

Base M5 26,5cm 31cm +4,5cm

Tête de M1 29,5cm 27,5cm -2cm

Tableau I.3.b : Mesure de périmètre des segments jambiers et des pieds

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I.4 Sensitif

- I.4.a Sensibilité Subjective

Monsieur R se plaint de fourmillements spontanées à titre de paresthésies au bout des


doigts de la main droite seulement, et dysesthésie sur l’ensemble du corps.

- I.4.b Sensibilité Objective

I.4.b.1 Sensibilité superficielle

Sensibilité épicritique statique :

Au niveau des membres inférieurs le patient présente une hypoesthésie épicritique à la


face plantaire de chaque pied. Cette sensibilité, pour être validée, est comparée à la sensibilité
du visage parce qu’il y a eu une atteinte des quatre membres et par conséquent la comparaison
avec un coté sain n’est pas possible.

Au niveau des membres supérieurs il n’y a pas de déficience de la sensibilité épicritique


statique constaté.

Sensibilité épicritique dynamique :

Pas de déficit de la sensibilité épicritique dynamique.

Sensibilité algique :

Cette sensibilité est toujours comparée à celle de la face, à l’aide d’une aiguille. Le bilan
révèle une hypoesthésie algique de la face dorsale du pied gauche.

I.4.b.2. Sensibilité profonde consciente

Sensibilité Kinesthésique :

Le patient arrive à sentir le mouvement de ses différentes articulations des membres


inférieurs. Nous constatons cependant un défaut de sensibilité kinesthésique au niveau de
l’articulation talo-crurale gauche ou le patient sent son pied « aller à l’intérieur » lors de la
réalisation de mouvement en flexion dorsale et en flexion plantaire. Le patient est capable de
sentir le mouvement mais il y a un déficit de perception de la direction du mouvement. La

10
validation de ce test, en demandant au patient de reproduire le mouvement réalisé avec son
autre membre inférieur, ne peut pas se faire, en raison du déficit de force musculaire.

Sensibilité Statesthésique :

Pas de trouble de la sensibilité statesthésique notée lors de la réalisation du bilan.


Cependant, comme le précédent, ce test n’a pas pu être validé pour les mêmes raisons.

I.5 Bilan Articulaire :

- Amplitudes articulaires

Le tableau en Annexe 3 récapitule l’ensemble des amplitudes articulaires des membres


inférieurs du patient. Elles sont prises en décubitus dorsal. Nous retrouvons un déficit de 15° à
25° touchant presque la totalité des mouvements des différentes articulations des membres
inférieurs excepté l’adduction de hanche. La flexion de genou est la plus touchée puisque
nous mesurons un déficit de 40° de flexion à droite et 30° à gauche par rapport aux références
bibliographiques [6].

Les déficits articulaires retrouvés se manifestent par des arrêts douloureux et/ou mous : ce
peut-être du à des rétractions capsulo-ligamentaire et musculo-tendineuse. Ces limitations
surviennent suite à l’immobilisation prolongée provoqué par la paralysie musculaire. Les
hypoextensibilités musculaires sont rapportées dans le bilan musculaire. L’œdème peut
également être à l’origine des déficiences articulaires.

Au niveau des membres supérieurs les données sont répertoriées dans le tableau situé en
Annexe 3 et ont été mesurées en position assise. Nous trouvons un déficit de flexion de coude
de 30° du coté droit, et un déficit de 10° environ dans toutes les amplitudes de mouvement du
poignet droit.

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I.6. Bilan de la Fonction Motrice:

- Qualitatif

Amyotrophie :

Au niveau des membres inférieurs l’atteinte étant bilatérale et symétrique, nous avons
demandé au patient s’il constatait une diminution de volume de ses cuisses et de ses mollets
par rapport à son état sain, mais ce n’est pas le cas. Cependant l’œdème présent au niveau des
jambes et des pieds peut cacher cette amyotrophie.

Au niveau des membres supérieurs le même examen à été réalisé, mais le patient
remarque une légère diminution du volume de ces bras.

Hypoextensibilité :

Le patient se plaint régulièrement que « ça le tire » au niveau de la face antérieure des


segments cruraux et du genou ainsi qu’au niveau de la face postérieure des segments cruraux,
des genoux et des jambes. Nous constatons une hypoextensibilité du muscle droit fémoral, du
biceps fémoral, du semi-tendineux, du semi-membraneux et des gastrocnémiens que nous
avons quantifié par des mesures d’angle :

Pour les ischio-jambiers : le patient est en décubitus dorsal, hanche fléchie à 90° (voir
figure ci contre I.3.c 1). On quantifie grâce au calcul : 180°- l’angle poplitée.

 A droite : 45°

 A gauche : 25°

Nous constatons une différence de mesure de 20° entre les deux membres inférieurs.

Pour le droit fémoral : le patient est en décubitus latéral, la hanche supra-latérale placée en
rectitude puis on mesure alors la flexion de genou (voir figure ci contre I.3.c 2). La hanche en
rectitude permet de mettre en tension le muscle droit fémoral. La hanche infra-latéral est placé
en flexion.

12
Figure I.3.c 1) Mesure des hypo-extensibilités des ischio-jambiers

Figure I.3.c 2) Mesure des hypo-extensibilités des droits fémoraux

13
 A droite : 60°

 A gauche : 60°

Pour les gastrocnémiens le patient est en décubitus dorsal, genou tendu on mesure la
flexion dorsale de chaque articulation talo-crural. Cette mesure diffère de celle réalisée dans
le bilan articulaire car nous plaçons le genou en extension afin de placer en position
d’étirement les gastrocnémiens.

 A droite : 0°

 A gauche : 0°

- Quantitatif

Au niveau des membres inférieurs et des membres supérieurs, un testing [7] a été réalisé
et résumé dans le tableau situé en Annexe 3. Les cotations oscillent entre 0 et 2+ pour
l’ensemble des muscles des membres inférieurs.

Nous pouvons constater que le déficit de force musculaire touche principalement les
muscles des membres inférieurs et en particulier les muscles distaux du côté gauche. Ceci
s’explique par la récupération proximo-distale observée dans le syndrome du Guillain-Barré.

Au niveau des membres supérieurs les cotations évoluent entre 3 et 4 à droite et à gauche.

I.7 Bilan des activités physiques du patient :

- Retournements et transferts

Monsieur R réalise son retournement du décubitus dorsal au latéro-cubitus de manière


autonome. Cependant le passage du décubitus dorsal au décubitus ventral où à la position
assise nécessite une aide humaine afin de mobiliser les membres inférieurs tout comme le
passage de la position assise au décubitus dorsal.

Il est impossible pour Monsieur R de se mettre en position debout.

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Pour le passage de la position assise au fauteuil roulant à la position assise sur le lit ou sur la
table de Bobath, il utilise une planche de transfert de façon autonome mais encore sous
surveillance.

- Équilibre

L’Équilibre assis est maitrisé sans aide technique ou humaine, malgré les déstabilisations
extrinsèque et intrinsèque. Le patient est capable de réaliser, divers mouvements avec ses
membres supérieurs et son tronc, de type rotation du tronc avec les bras en chandelier/tendu.
Nous l’avons testé avec l’appui des membres inférieurs au sol.

L’Équilibre bipodal est impossible. (0 seconde)

Pour la réalisation de ce bilan nous n’avons pas utilisé d’échelle.

- Déambulation

Il se déplace grâce à un fauteuil roulant manuel sur terrain plat et sécurisé et sur une
distance supérieure à 500m.

- Activité et geste de la vie quotidienne

Une aide humaine doit être apportée pour l’habillage et la toilette des membres inférieurs tout
comme pour la toilette du dos. Cependant, pour l’habillage et la toilette des membres
supérieurs, Monsieur R est autonome.

Pour le bilan fonctionnel des membres supérieurs, Monsieur R ne peut mettre sa main droite
ni sur son épaule homolatérale ni derrière sa nuque. Cependant il est capable de réaliser les
mouvements « main-épaule controlatérale », « main-bouche », « main-vertex », « main-dos »
de façon bilatérale.

Pour la préhension, il arrive à opposer le pouce à chaque doigt pour les deux membres
supérieurs. Il peut également se saisir d’un objet stable ou instable et le déplacer d’un point à
un autre.

Monsieur R. s’alimente seul, sans surveillance humaine ni aide technique.

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- Mesure d’Indépendance Fonctionnelle (MIF) [8]

Nous utilisons la MIF comme outil clinique pour évaluer quantitativement l’autonomie du
patient. Cet outil qui est validé n’est pas spécifique aux patients atteints de syndrome de
Guillain Barré. Il évalue les capacités à la fois motrices et cognitives. Les scores sont
regroupés en annexe, ou Monsieur R a obtenu un score total de 87/126. (Annexe 4).

II Diagnostic masso-kinésithérapique

II.1 Déficience de structure :


L’atteinte première est celle de la myéline du système nerveux périphérique, provoqué
par le syndrome de Guillain Barré.

II.2 Déficience de fonction :


Déficience de la fonction motrice avec un déficit de la force musculaire due à la
démyélinisation des motoneurones entrainant un arrêt des contractions et par conséquent une
perte de force. Ce déficit de force se situe principalement aux niveaux des membres inférieurs
(cf. le tableau dressé lors du bilan initial).

Hypoextensibilité des muscles droit fémoraux, ischio-jambier et triceps suraux qui vont
entrainer une déficience de la fonction articulaire au niveau de la flexion de genou (40° à
Droite et 30° à Gauche), de la flexion de hanche (déficit de 20° de chaque coté), de flexion
dorsale (15° à Droite 20° à Gauche).

Déficience de la fonction trophique remarquée par la présence d’un œdème veineux (cf.
le tableau du bilan initial). Les déficiences trophiques touchent aussi la fonction cutanée ou
nous constatons avec une peau sèche présentant des desquamations au niveau du segment
jambier et du pied gauche

Déficience de la fonction algique avec la présence de douleur lors de la flexion de genou


cotée à 6/10à l’EVA, et lors de la flexion de hanche genou tendu coté à 5/10 à l’EVA.

Déficience de la fonction sensitive, avec une hypo-esthésie épicritique statique et au


niveau de la plante du pied. On constate également un déficit de la sensibilité kinesthésique de

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l’articulation talo-crurale gauche. Cette déficience de la fonction sensitive est due à la
démyélinisation des nerfs véhiculant l’information sensitive.

II.3 Limitations d’activité du patient :


Le patient se déplace en fauteuil roulant du fait de son déficit de force global au niveau de
ses membres inférieurs ne lui permettant pas de se tenir debout.

Il est impossible à Monsieur R de réaliser le transfert assis-assis sans l’aide d’une planche
de transfert, en raison de son déficit de force musculaire au niveau des membres inférieurs.

Il ne peut pas passer de la position assise à la position de décubitus dorsal, sans l’aide
d’une tierce personne qui transfère les membres inférieurs. Il en est de même pour le passage
de la position de décubitus dorsal à la position assise, car sa force musculaire ne lui permet
pas

Le changement de position décubitus dorsal – décubitus ventral ne peut pas se réaliser de


façon autonome.

La toilette des membres inférieurs doit être réalisée par une aide soignante, tout comme
l’habillage des membres inférieurs, en raison des déficits d’extensibilité musculaire.

II.4 Participation du patient au sein de la société :


Le patient, en hospitalisation à temps complet, ne peut vivre avec sa famille et ses
proches, et ne peut pas participer pleinement à sa vie sociale.

En effet, Monsieur R ne peut plus s’adonner à la pêche, au jardinage et à la chasse.

Arrêt de la conduite [9].

III Moyens thérapeutiques mis en œuvre


III.1 Objectifs :
- Prévention des complications

Notre prise en charge est intervenue en cours de traitement, les préventions ont été
réalisées avant notre intervention. Il a été décidé pour Monsieur R de porter des bas de
contentions de classe II.

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Nous avons également mobilisé les membres inférieurs pour lutter contre l’installation de
déficiences orthopédiques. [1]

- Prise en charge des déficiences

Afin de réduire ces déficiences nous avons déterminé des objectifs à court, moyen et long
terme.

Objectifs à court terme :

 Résorber l’œdème.

 Réduire les hypoextensibilités.

 Réhydrater la peau du patient.

 Diminuer le déficit de sensibilité épicritique au niveau de la plante du pied.

Objectifs à moyen terme :

 Réaliser un renforcement musculaire des membres inférieurs.

 Acquérir une autonomie dans les transferts.

Objectifs à long terme :

Ces objectifs ne sont que purement théorique en vu de la prise en charge trop courte que
me permet d’effectuer la durée du stage. De plus, l’évolution de la maladie ne nous permet
pas de déterminer si ces objectifs sont atteignables. Ils vont également dépendre de l’atteinte
des objectifs à court et moyen terme.

 Reprise de la marche sans boiterie.

 Retour au domicile.

III.2 Principes :
- Respecter l’indolence du patient.

- Respecter la fatigabilité du patient. Un muscle en cours de réinnervation n’est pas


adapté à l’exécution d’un effort intense quelle que soit la durée. [1] Ces différents facteurs de

18
prise en charge vont déterminer les effets bénéfiques ou néfastes sur la récupération. Un
travail approprié permet de jouer sur la libération de facteur trophique (BDNF et NGF)
influençant la régénération nerveuse. [10]

- Éviter de mettre le patient en situation d’échec.

III.3 Moyens thérapeutiques :

- III.3.a Pour réduire l’œdème veineux

 Massage de Santos Pereira :

La station prolongée du patient au fauteuil peut-être à l’origine de stase veineuse par


défaut de la vis à latere (qui correspond aux forces exercée latéralement sur les veines pour
favoriser le retour [11]), pouvant aboutir à la formation d’un caillot responsable d’une
phlébite. Lorsqu’un patient présente un œdème veineux, le massage de Santos Pereira est une
technique de choix car son objectif est de suppléer à la diminution du retour veineux. Lors de
la station immobile la pression sanguine est de l’ordre de 90mm de mercure au niveau de la
cheville, mais la marche va faire chuter cette pression sanguine autour de 30 mm de mercure.
Le but de cette manœuvre va donc être d’augmenter le flux veineux afin de diminuer la
pression sanguine au niveau des membres inférieurs et d’augmenter le retour veineux. [12]

Le patient est en position de décubitus dorsal avec les membres inférieurs en position de
déclive à 45° de flexion de hanche afin de placer les membres inférieurs au dessus du niveau
du cœur. Placé ainsi nous débutons le massage de Santos Pereira. Nous commençons par
exercer des pressions statiques de 6 secondes au niveau du talon du patient. Ensuite nous
faisons des glissées profondes du talon jusqu’à la base des métatarsiens, suivi de pressions
statiques d’environ 6 secondes également, à la tête des métatarsiens. Nous réalisons une dorsi-
flexion des orteils de manière passive. Nous faisons ensuite des glissées en peignage sur la
face dorsale du pied de façon disto-proximal suivi de glissées sur le trajet des veines grande
saphène (anté-malléolaire) et petite saphène (rétro-malléolaire). Une fois arrivé au niveau du
creux poplité nous exerçons des pressions statiques de 6 secondes environ sur le creux poplité
puis nous reprenons nos glissées sur le trajet de la veine grande saphène jusqu’au trigone

19
fémoral ou nous réalisons des pressions statiques de 6 secondes. Ces manœuvres sont
réalisées 5 fois sur chaque membre. [13][14]

Plusieurs mesures de périmètre des segments jambiers et des pieds ont été réalisées afin de
vérifier l’efficacité des manœuvres. (Annexe 5)

 Port de chaussette de contention de catégorie 2

Ces chaussettes étaient déjà portées par Monsieur R, avant d’arriver dans l’établissement,
à cause de ses varices à la jambe gauche. Elles favorisent la circulation du bas des jambes vers
le cœur, et évite les stases veineuses. (Annexe 2)

 Mise en déclive du lit.

Le lit de Monsieur R, dispose d’un système de mise en déclive manuel. Ainsi le lit est
positionné en déclive de 15° par rapport à l’horizontale. La pression hydrostatique, au niveau
de la veine saphène médiale peut-être négative lorsque, couché, les jambes sont surélevées.
(Voir figure ci contre)[15]

 Contraction contre résistance du triceps sural.

Cet exercice est décrit dans le renforcement musculaire. Cependant dans le cas présent, il
n’as pas le même but puisque, par la contraction du triceps nous cherchons à stimuler le retour
veineux. Le gastrocnémien médial possède un réseau de veines musculaires qui débite 7 fois
plus de sang que son homologue latéral, ce qui lui confère un rôle important dans le drainage
veineux du membre inférieur (C.Gillot) [16]. Même s’il est impossible de demander une
contraction isolée du gastrocnémien médial, en revanche il est avéré qu’une contraction contre
résistance du triceps sural exerce une vidange complète et rapide des veines profondes chez
les sujets insuffisants veineux et variqueux [17]. De plus malgré le déficit moteur, « des
contractions de faible intensité suffisent pour obtenir la déplétion veineuse ». [11]

- III.4.b Pour la prise en charges des limitations articulaires.

Les hypoextensibilités peuvent être sources de douleurs et de gènes fonctionnelles, il est donc
important de les prendre en charge afin d’améliorer le confort de Monsieur R.

20
Figure III.5.a : Lit de Monsieur R positionné en déclive afin de favoriser le retour veineux.

21
 Mobilisations passives.

Nous réalisons des mobilisations passives avant les étirements dans plusieurs buts. Le
premier est un entretien articulaire afin d’éviter l’installation de déficience orthopédique. Le
second est de réaliser une mobilisation tissulaire en préalable des étirements [18]. Ces
mobilisations vont permettre de rompre certaines adhérences intra-articulaires tout en
respectant la règle de la non-douleur. [19]

 Étirements manuels du droit fémoral, Ischio-jambiers, Triceps sural :

Le droit fémoral, s’il est hypoextensible, va entrainer un déficit de flexion de genou


lorsque la hanche est tendue et peut-être source de douleur à la face antérieur de cuisse. Pour
l’étirer, le patient est placé en décubitus dorsal, au bord de table du coté homolatéral du
membre à étirer. Le membre inférieur controlatéral est placé en triple flexion afin d’éviter
l’hyperlordose lombaire. La hanche est placée en légère abduction afin de placer le membre
inférieur en dehors de la table. La pesanteur nous aide à placer la hanche en rectitude. On
amène alors le genou en flexion, afin d’étirer le droit fémoral. L’étirement est constitué de
trois temps :

T1 : temps d’établissement de l’étirement

T2 : période de maintien de l’étirement

T3 : temps de relâchement

T4 : temps de repos avant d’appliquer d’autres manœuvres. [18]

Cet étirement est réalisé quotidiennement

Les ischios jambiers sont à l’origine d’un déficit d’extension de genou lorsque la hanche
est en flexion, ou d’un déficit de flexion de hanche lorsque le genou est en extension. Ils vont
provoquer des douleurs à la face postérieure de hanche. Afin de les étirer le patient est en
décubitus dorsal. La hanche est amenée en flexion, genou tendu afin d’aller dans la
physiologie inverse des ischio-jambiers. L’étirement est réalisé selon les quatre temps décrit
ci-dessus, et quotidiennement.

Le soléaire quand il est hypoextensible va entrainer la cheville dans une attitude de flexion
plantaire, ce qui va engendrer une gène fonctionnelle s’il y a une reprise de marche. Pour

22
l’étirement le patient est en décubitus dorsal hanche et genou fléchis à 90°, afin de détendre
les gastrocnémiens. En effet, ce sont des muscles bi-articulaires, et la position de flexion de
genou permet de les détendre. Ainsi, nous pouvons cibler le soléaire de préférence. Afin de
réaliser l’étirement on amène l’articulation talo-crurale en flexion dorsale. L’étirement est
réalisé dans les quatre temps décrit ci-dessus et quotidiennement.

Les gastrocnémiens sont étirés à l’aide de postures décrites ci-dessous.

 Posture instrumentale:

Ces postures d’étirement concernent essentiellement les gastrocnémiens. Le patient est


placé sur le standing avec des cales placées sous les pieds afin de positionner l’articulation
talo-crurale en position de flexion dorsale. Le patient ayant les genoux tendus, les
gastrocnémiens sont étirés. Le patient est laissé dans cette position 30 minutes par jour (voir
figure ci contre). Cet étirement permet de lutter contre l’installation d’équin.

Une étude démontre qu’il faut un temps de maintien de l’étirement de 30 secondes afin
d’augmenter l’amplitude articulaire. La souplesse musculaire n’est pas augmentée si nous
passons à un étirement de 30 à 60 secondes, où en réalisant 1 à 3 étirements par jour. [20]

- III.4.c Pour le renforcement musculaire.

 Travail actif analytique :

Travail du moyen fessier : le patient est en décubitus dorsal, les membres inférieurs en
rectitude et en adduction. Il doit alors emmener sa jambe vers l’extérieur en gardant sa pointe
de pied vers le haut et sa patella au zénith. C’est un exercice actif concentrique sans l’action
de la pesanteur. Ce travail vise à renforcer le moyen fessier. Il permet à Monsieur R d’amener
ses membres inférieurs en dehors de la table ou en dehors du lit pour qu’il puisse réaliser, en
autonomie, ses transferts couché-« assis en bord de table/lit » et « assis en bord de table/lit »-
couché. Nous réalisons cet exercice à raison de 2 voir 3 séries d’une dizaine de répétitions
quotidiennes, en bilatéral.

Travail des adducteurs : le patient est en décubitus dorsal, membre inférieur en abduction
et en rectitude. Il rapproche sa jambe de son autre membre inférieur en gardant sa pointe de
pied vers le haut et sa patella au zénith. Cet exercice est réalisé en actif aidé, et correspond à
un travail concentrique sans l’action de la pesanteur. Avec cet exercice nous cherchons à

23
Figure III.5.b : Posture d’étirement des gastrocnémiens

24
améliorer la contraction des adducteurs pour que le patient puisse effectuer ses transferts
« assis en bord de table/lit »-couché et couché-« assis en bord de table/lit » de façon
autonome. Cet exercice est réalisé par 2 à 3 séries d’une dizaine de répétitions quotidiennes,
en bilatéral.

Travail des releveurs du pied : le patient est en décubitus dorsal, hanche en flexion à 90°
et genou fléchi à 90° afin de détendre les gastrocnémiens. Il doit remonter la pointe de pied
entrainant une contraction du tibial antérieur, et du long extenseur des orteils. L’augmentation
de leur tonicité permettra de lutter contre l’installation d’un équin au pied. Ce travail actif aidé
est réalisé 2 à 3 séries d’une dizaine de répétitions quotidiennes, de façon bilatérale.

Travail des fléchisseurs plantaires : le patient est en décubitus dorsal, pied en flexion
dorsale. Nous plaçons une résistance avec l’avant bras caudale, au niveau de la face plantaire
du pied avec un crochetage de la tubérosité calcanéenne. Le patient doit alors emmener sa
pointe de pied vers le bas. Avec cet exercice, il réalise un travail actif contre résistance, et
concentrique. La contraction du triceps va également permettre d’accélérer le retour veineux
(Cf. la prise en charge visant à réduire l’œdème). Cet exercice est réalisé quotidiennement
avec 2 à 3 séries d’une dizaine de répétitions.

 Travail actif global

Travail de triple flexion (ilio-psoas, droit fémoral, ischio-jambier, tibial antérieur et long
extenseur des orteils): ce travail est réalisé en priorité pour permettre au patient d’effectuer
ses transferts assis-assis de manière plus aisé, et lui permettre de rentrer à son domicile une
journée par week-end. Le patient est en décubitus dorsal, et nous lui demandons de faire
glisser son talon sur la table en rapprochant son genou de sa poitrine. Cette consigne permet
de réaliser une flexion de hanche couplée à une flexion de genou. Nous réalisons ainsi un
travail concentrique contre la pesanteur, dans la course externe et moyenne des fléchisseurs de
hanche et de genou.

Au cours de la prise en charge, nous avons pu mettre en place une progression dans ce
travail : en effet ce travail est effectué les deux premières semaines en « actif aidée » afin de
réduire l’action de la pesanteur sur le membre. Pour cela nous placons notre main craniale à la
face postérieure du segment cuisse, et notre main caudale à la face plantaire du pied. Par la

25
suite, à partir de la 3ème semaine, le patient est capable de le réaliser en actif seul au niveau de
sa hanche gauche. De plus, au retour du mouvement, le patient doit freiner la descente ce qui
correspond à un travail excentrique sollicitant d’avantage les éléments contractiles des
muscles [21]. Nous réalisons cet exercice avec 2 à 3 séries d’une dizaine de répétitions de
manière bilatérale et quotidiennement.

Travail du grand fessier, du quadriceps et des gastrocnémiens : le patient est en décubitus


dorsal, membre inférieur placé en triple flexion. Nous plaçons une résistance, avec la main
craniale, au niveau de la face postérieure du segment crural, et une seconde résistance, avec
l’avant bras caudal, au niveau de la face plantaire du pied. Le patient doit alors ramener son
membre inférieur sur la table, en tendant le genou. Avec cet exercice, le patient réalise un
travail actif contre résistance, concentrique afin de renforcer le grand fessier (extenseur de
hanche), le quadriceps (extenseur de genou) et le triceps sural (fléchisseur plantaire de
cheville). Cet exercice est réalisé par 1 à 2 séries d’une dizaine de répétitions quotidiennes, de
façon bilatérale.

Le nombre de série est choisi en fonction de la fatigue du patient. Le protocole de


Delorme et Watkins préconise 3 séries de 10 répétitions comme notre prise en charge mais en
ajoutant une résistance [22]. Or le testing des muscles est compris entre 0 et 2+, ce qui ne
nous permet pas de placer une quelconque résistance.

Selon l’ « american academy of neuroly » lorsqu’un muscle est coté à 2, les exercices de
travail musculaire devront être réalisés en neutralisant l’action de la gravité, en restant dans un
plan parallèle à celui du sol [23].

- III.4.d Pour réduire le déficit de la sensibilité épicritique au niveau de la


plante du pied

 Massage de la plante du pied :

Monsieur R est installé en décubitus dorsale pied nu. Nous réalisons alors des manœuvres afin
de stimuler les récepteurs sensitifs épicritiques de la plante du pied. Pour cela nous
effectuons : des pressions statiques étagées, des glissées avec les pouces et avec les paumes de
main, des manœuvres en épi.

26
Par le biais du massage nous essayons également de simuler le déroulement du pas lors de la
marche en démarrant les manœuvres au niveau du talon, puis nous continuons sur la partie
latérale de plante du pied, et nous finissons par des manœuvres sur la tête des métatarsiens
puis sur les orteils.

- III.4.e Pour l’autonomie des transferts

 Mise en situation de transfert :

Nous réalisons en premier lieu le transfert assis-assis avec une planche de transfert, avec
la table à la même hauteur que l’assise du fauteuil roulant. Monsieur R réalise à chaque
séance ce transfert de façon autonome. Cette mise en situation lui permet d’effectuer seul ses
transferts dans sa chambre. Il est prêté à Monsieur R une planche de transfert afin qu’il puisse
effectuer les transferts seuls de son fauteuil roulant à son lit. Ainsi les progrès faits en séance
de kinésithérapie sont directement applicables lors de ses transferts au quotidien.

Monsieur R a fait une demande de permission d’une journée le week-end. Nous avons
vérifié s’il était capable d’effectuer le transfert fauteuil roulant – siège passager de la voiture.
Le siège passager a une assise de 10cm au dessus de celle du fauteuil roulant. Aussi, afin de
préparer la sortie pour la journée, nous avons réalisé des exercices de transferts en salle avec
un plan de Bobath 10cm aussi de l’assise du fauteuil roulant manuel, avec une planche de
transfert. Monsieur a bien été en mesure d’effectuer seul ce transfert avec la planche (voir
figure ci contre).

 Déplacements latéraux en position assise

Le patient est en position assise en bord de table avec les pieds au sol. Nous lui demandons
d’effectuer des déplacements latéraux, en passant ses pieds par-dessus un obstacle de 12cm de
hauteur. Cet exercice a pour but de simuler le passage au-dessus du rebord inférieur de la
voiture de Monsieur R. (voir figure ci contre).

- III.4.f Pour la prise en charge de la douleur

 Étirements manuel du quadriceps, et des ischio-jambiers

D’après le bilan initial les douleurs semblent correspondre aux hypoextensibilités du


quadriceps et des ischio-jambiers. C’est pourquoi notre intervention pour la douleur est

27
Figure III.5.e 1): Mise en situation de transfert siège passager – fauteuil roulant.

Figure III.5.e 2) : Déplacement latéraux en position assise avec obstacle pour mimer le
passage au-dessus du rebord inférieur de la voiture

28
identique à celle effectué pour les hypoextensibilités. (Cf. Prise en charge des
hypoextensibilités). Les étirements peuvent être une solution pour traiter des douleurs
musculaires, notamment due à un déficit d’extensibilité musculaire. [24]

IV Bilan de fin de prise en charge


Le 07/04/11

IV.1 Bilan Algique :

Les douleurs, à la face externe de hanche, lors de la mobilisation en abduction ont


disparus mais d’autres douleurs en regard des adducteurs, cotées à 4/10 à l’EVA, sont
apparues.

Persistance des douleurs sur les trajets du quadriceps lors de la mobilisation en flexion de
genou, hanche fléchie, coté à 4,5/10 à l’EVA. Pour rappel ces douleurs étaient coté à 6/ 10
lors du bilan initial, ce qui correspond à un gain d’1,5 cotation.

Lors de la mobilisation en flexion de hanche, genou tendu, les douleurs persistent au


niveau des ischio-jambiers mais sont cotés à 3/10 à l’EVA. Lors du bilan initial la cotation
était de 5 sur 10, soit un gain de 2 cotations.

Les étirements des droits fémoraux, et des ischios-jambiers ont eu une action positive sur
ces douleurs d’après la comparaison des résultats.

IV.2 Bilan Cutané/Trophique/Vasculaire :

- IV.2.a Bilan Cutanée

Lors de la dernière semaine de ma prise en charge, le patient présente une peau


comportant moins de desquamation. Seul persiste celles situées sous la voute plantaire des
deux pieds.

29
- IV.2.b Bilan Trophique

A la suite de notre prise en charge de l’œdème nous pouvons observer une nette
diminution de l’œdème au niveau du pied. Les mesures confirment cette constatation visuelle.
L’évolution de l’œdème est regroupée dans le tableau ci contre. Le détail, des périmètres du
segment jambier et du pied, mesuré lors du bilan final, est placé en Annexe 6.

- IV.2.c Bilan Vasculaire

Monsieur R porte toujours ses bas de contention de catégorie 2, mais il n’y a aucun signe
de phlébite qui est apparu à la suite de cette prise en charge.

IV.3 Bilan Sensitif

- IV.3.a Sensibilité subjective :

Monsieur R ne ressent plus de fourmillement spontané, à titre de paresthésie, au bout des


doigts de sa main droite.

- IV.3.b Sensibilité objective :

IV.3.b.1 Sensibilité superficielle

Sensibilité épicritique statique :

Nous ne notons pas d’amélioration des troubles de la sensibilité épicritique statique. Un


déficit au niveau de la plante du pied persiste.

IV.3.b.2 Sensibilité profonde consciente

Sensibilité kinesthésique :

Aucun déficit de la sensibilité kinesthésique n’apparait au cours de la prise ne charge, au


niveau de la hanche et du genou. Cependant les déficits retrouvés au début de la prise en
charge, au niveau de l’articulation talo-crurale, ne diminuent pas. La validation de ce test n’est
toujours pas possible du fait du déficit moteur qui persiste.

30
Membre inférieur droit Membre inférieur gauche

Pointe de patella 0cm -0,5 cm

+10cm -1,5cm -1,5 cm

+20cm 0cm -1,5 cm

+30cm 0 -1,5 cm

+40cm -1,5cm -1cm

Pointe de malléole interne -1,5cm 0cm

Base M5 0 -2,5 cm

Tête de M1 -4cm -1,5cm

Tableau IV.2.b : Variations de périmètres des segments jambiers par rapport au bilan initial

31
IV.4 Bilan Articulaire :

Les différentes amplitudes articulaires ont été répertoriées dans le tableau ci contre.

Des progrès sont réalisés sur l’abduction de hanche. De chaque coté un gain d’amplitude
de 15° est remarquable (Nous avions mesuré 20° d’amplitude lors du bilan initial et nous
mesurons 35° d’amplitude lors du bilan final). Des progrès sont également réalisés dans la
flexion de genou. Une augmentation de 20° d’amplitude est notée dans ce tableau (lors du
bilan initial nous avions mesuré une amplitude de 100° à droite et 110° à gauche, et lors du
bilan final nous mesurons une amplitude de 120° à droite et 130° à gauche). Ces gains
d’amplitude en flexion de genoux sont à corréler avec la diminution des hypoextensibilités,
notamment celles des droits fémoraux.

IV.5 Bilan de la fonction motrice :

- Qualitatif

L’hypoextensibilité qui existait sur les droits fémoraux, les ischios jambiers et les
gastrocnémiens a diminué. Les tests effectués dans la même position qu’au bilan initial,
donnent ces résultats :

Pour les droits fémoraux :

- 95° à Gauche (+35°, la mesure initial était de : 60°)

- 85° à Droite (+25°, la mesure initial était de ; 60°)

Pour les ischios jambiers (180°- angle poplitée):

- 20° à Gauche (+5°, mesure initiale : 25°)

- 30° à Droite (+15°, mesure initiale : 45°)

32
Référence Membre Déficit à Membre Déficit à
Bibliographique inférieur Droit Droite inférieur Gauche
Gauche Remarques
[6]

Hanche

Flexion 110° 90° 20° 100° 10° Douleur face


postérieur fesse.

Genou en Flexion

Extension 20° 5° 15° 5° 15° Douleur face


antérieur de cuisse

Testé en Latéro-
Cubitus

Abduction 45° 30° 15° 30° 15° Arrêt mou et


douloureux à la face
médiale de cuisse

Adduction 20° 20° 0° 20° 0°

Rotation 30° 10° 20° 10° 20° Evaluer en DD,


Médiale Hanche et Genou à
90° de Flexion

Rotation 50° 30° 20° 25° 25° Evaluer en DD,


Latérale Hanche et Genou à
90° de Flexion

Genou

Flexion 140° 120° 20° 130° 10° Douleur face


antérieur de genou
avec arrêt mou

Mesuré Hanche en
Flexion à 90°

Extension 0° 0° 0° 0° 0°

Talo-Crurale

Flexion 20° 5° 15° 0° 20° Arrêt mou avec


Dorsale douleur face
postérieure jambe

Flexion 40° 35° 15° 30° 10°


Plantaire

Tableau IV.4 : Mesure des amplitudes articulaires à la fin de prise en charge

33
Pour les gastrocnémiens :

- 5° à Droite (+5°, mesure initiale : 0°)

- 0° à Gauche (mesure initiale : 0°)

Nous ne constatons pas d’amélioration pour les soléaires. La diminution des


hypoextensibilités est surtout visible au niveau des droits fémoraux et des ischios-jambiers.
Le patient peut désormais se placer en décubitus dorsal sans ressentir de douleur au niveau du
quadriceps.

- Quantitatif

Un testing complet des muscles des membres inférieurs a été refait à la fin de notre prise
en charge. Nous avons réalisé le testing uniquement sur les membres inférieurs, dans la
mesure où nous avons effectué la prise en charge seulement sur cette partie inférieure du
corps. Il est résumé dans le tableau ci contre.

Une réduction du déficit est constatée, principalement visible au niveau des muscles
proximaux (Moyen fessier, TFL, Grand fessier, Quadriceps, Ilio Psoas et Sartorius) qui
passent d’une cotation 1 à une cotation 2. Les muscles distaux (court fibulaire, long fibulaire,
tibial postérieur) atteignent une cotation 1.

IV.6 Bilan des activités physiques du patient :

- Transferts et Retournements

Monsieur R est désormais capable de passer de la position assise à la position de


décubitus dorsale, et inversement, sans aide humaine. Il faut ajouter à ces progrès le fait de
réaliser les transferts assis-assis sans planche de transfert. La planche de transferts n’est
utilisée que pour monter sur le siège passager de la voiture de sa femme, plus haut de 10cm
par rapport à son fauteuil roulant.

Une aide est encore nécessaire pour passer en position de procubitus, à partir d’une
position de décubitus dorsale, pour mobiliser les membres inférieurs.

34
Membre Nom du muscle Membre
inférieur inférieur
Droit Gauche

2+ Ilio-psoas 2+

1+ Sartorius 2-

2 Tenseur du Fascia Lata 2

2 Moyen Fessier 2

2 Petit fessier 2

2+ Pelvi-Trochantérien 3-

1 Adducteurs 1

1+ Grand fessier 1+

2+ Quadriceps 3-

2- Ischio-Jambiers 2-

1+ Tibial Antérieur 2-

1+ Long extenseur de l’hallux 2-

2- Long et court extenseur des orteils 2-

1+ Long extenseur des orteils 1+

1 Court fibulaire 1

1+ Long Fibulaire 1

2 Gastrocnémiens 2

2 Soléaire 2

1 Tibial postérieur 1

1+ Long fléchisseur de l’Hallux 1+

1+ Long fléchisseur des orteils 1+

Tableau IV.5 : Testing final des muscles des membres inférieurs avec leur innervation

35
- Équilibre

L’équilibre assis est toujours maitrisé.

L’équilibre bipodale reste impossible.

- Habillage

L’habillage des membres inférieurs est encore impossible sans l’intervention d’une tierce
personne. L’habillage des membres supérieurs peut être réalisé seul.

- Toilette

La toilette des membres inférieurs reste difficile et nécessite l’aide d’une tierce personne.
Cependant monsieur R effectue sa toilette au niveau des membres supérieurs seul, excepté
pour la toilette du dos

- Déambulation

Monsieur R se déplace toujours en fauteuil roulant, il se déplace toujours sur une distance
supérieure à 500m, mais de façon plus rapide.

La duré de notre prise en charge n’a pas été suffisamment longue pour permettre de
refaire une mesure d’indépendance fonctionnelle. Après observation, Monsieur R a surtout
réalisé des progrès dans ses transferts et les changements de position.

V Discussion

Rôle de la Masso-Kinésithérapie face à un syndrome de Guillain-Barré

Le syndrome de Guillain Barré est une pathologie où l’évolution est imprévisible, en effet la
vitesse de récupération varie d’un patient à l’autre tout comme le degré de récupération [25].
Il est donc impossible de fixer des objectifs datés pour la rééducation. C’est pour cela que
nous nous sommes demandés si la masso-kinésithérapie peut influencer la vitesse de
récupération, la remyélinisation spontanée ainsi que le degré de récupération. Et par
conséquent, quelle place tient la masso-kinésithérapie face à un patient atteint du syndrome de
Guillain-Barré, notamment dans la phase de récupération.

36
 Rôle du masseur-kinésithérapeute lors de la phase d’extension des symptômes
et lors de la phase de plateau.

L’installation des différents symptômes se faisant de manière très rapide (4 semaines au


maximum) le masseur kinésithérapeute n’intervient que très peu lors de la phase d’extension.
Son principal rôle lors de ces deux phases va être de prévenir l’apparition des complications
que pourrait entrainer la maladie. Le syndrome de Guillain Barré peut toucher l’ensemble du
système nerveux périphérique, y compris les paires de nerfs crâniens. Cela provoque des
déficiences motrices, sensitives et végétatives sources d’incapacité à réaliser les
retournements et à mouvoir ses membres, ce qui peut entrainer des complications secondaires
cutanées et articulaires. Le kinésithérapeute tient un rôle de choix dans la prévention des
risques cutanés liés à l’alitement prolongé, en réalisant lui-même les retournements et en
l’enseignant aux autres membres du personnel soignant [26]. Pour la prévention des risques
articulaires, le kinésithérapeute doit placer les articulations du patient en position
fonctionnelle, à l’aide de bloc de mousse, et réaliser des mobilisations de chaque articulation,
dans toute l’amplitude 2 à 3 fois par jour pour éviter les rétractions musculo-ligamentaires [1].

 Rôle du masseur kinésithérapeute lors de la phase de récupération.

Les phases d’extension des symptômes et de plateau laissent place à une phase dîte de
récupération où l’on peut observer une régression des symptômes. Cette régression se fait
surtout de manière proximo-distal. Les axones débarrassés de leurs débris vont être
remyélinisés, après prolifération des cellules de Schwann [27] ce qui va permettre une
récupération des différentes déficiences. C’est au cours de cette phase que nous sommes
intervenus auprès de Monsieur R. La prise en charge masso-kinésithérapique est
essentiellement symptomatique, comme le montre notre diagnostic, Monsieur R présentait de
multiples déficiences qu’il a fallu traiter. Cependant si le kinésithérapeute est intervenu
précocement pour éviter tous les troubles liés à l’alitement et à l’immobilité, les déficiences
persistantes à cette phase ne sont que les déficiences sensitives et musculaires. Or nous avons
dit que suite à la prolifération des cellules de Schwann nous observons une remyélinisation et
ainsi la conduction de l’influx nerveux va pouvoir se refaire peu à peu. Par conséquent les
déficiences sensitives et musculaires doivent récupérer spontanément. Nous pouvons alors
nous interroger sur le rôle de la kinésithérapie lors de cette phase si les déficiences récupèrent
spontanément. La kinésithérapie peut-elle influencer cette récupération spontanée ? Et si non
quel rôle joue-t-il lors de cette phase de récupération ?

37
Une étude anglo-saxonne [28], sur une population touchée par le syndrome de Guillain-
Barré (1535 participants), tente de comparer les patients ayant reçu un traitement
kinésithérapique et ceux qui ne l’ont pas reçu. La conclusion de cette étude dit que la
physiothérapie ou kinésithérapie fait partie intégrante et bénéfique de la prise en charge
pluridisciplinaire des patients atteints du syndrome de Guillain-Barré. Ainsi un patient pris en
charge par un masseur-kinésithérapeute présenterait a posteriori moins de déficiences qu’un
patient n’en ayant pas eu le droit. Lors de notre intervention Monsieur R présentait un déficit
essentiellement moteur et très peu sensitif, c’est pourquoi nous allons nous attarder
principalement sur la rééducation motrice. Certains ouvrages et articles [1] [29] affirment que
l’un des objectifs de la kinésithérapie dans la prise en charge d’un syndrome de Guillain-
Barré est de favoriser la régression des déficits et le renforcement musculaire, sachant que
celui-ci permettrait probablement d’amplifier le processus de récupération spontanée, à
condition que les exercices soient modulés en nombre, en intensité et en durée du fait que l’on
travaille sur des muscles en cours de réinnervation. Ces différents facteurs de prise en charge
vont déterminer les effets bénéfiques ou néfastes sur la récupération. Un travail approprié
permet de jouer sur la libération de facteur trophique influençant la régénération nerveuse
[10]. Cela passe par un travail musculaire qui se veut analytique dans un premier temps puis
global. Avec cette approche notre prise en charge aurait pu se compléter d’exercices avec un
biofeedback afin de cibler la rééducation sur les muscles les plus déficitaires, et d’être sur de
leur contraction, comme le moyen fessier, ou encore le tibial antérieur.

Cette hypothèse valorise notre intervention thérapeutique mais nous constatons une
absence d’essai contrôlé randomisé, ou d’essai clinique contrôlé et la « meilleure » preuve à
ce jour provient d’études observationnelles [30].

L’étude anglo-saxonne citée précédemment montre également que certains patients


récupèrent totalement leurs fonctions antérieures sans bénéficier de traitement masso-
kinésithérapique, mais que les patient qui bénéficient d’une rééducation ont une meilleure
récupération (F-score augmentant de 3) que ceux qui n’en bénéficient pas (F-score
augmentant de 2). Le F-score est une échelle de 7 points qui permet de décrire le niveau
fonctionnel d’un patient [28]. De plus, O.Zerbib [31] affirme que la rééducation « optimise la
force musculaire au fur et à mesure de la récupération nerveuse ». Ainsi le renforcement
musculaire permettrait de solliciter les unités motrices réinnervées. Par conséquent le gain de
force observé serait un subtil compromis entre la remyélinisation qui va permettre de recruter

38
plus d’unité motrice, et la rééducation qui elle va renforcer ces unités motrices remyélinisées.
Cette hypothèse est confirmée par un article anglo-saxon [32], où la rééducation, notamment
motrice et sensitive, n’est utile que lorsque le patient est dans un état qui lui permet de réaliser
ces exercices. La masso-kinésithérapie sert alors à optimiser le potentiel moteur et sensitif du
patient en stimulant la contraction des muscles en cours de réinnervation et en stimulant les
récepteurs sensitifs réinnervés. Les protocoles préconisent ensuite un travail moteur d’abord
analytique puis global [29]. Étant donné que la remyélinisation progresse de façon continue,
le nombre d’unité motrice réinnervée va augmenter de jour en jour. Le rôle du kiné est alors
de solliciter régulièrement les muscles en cours de réinnervation afin de recruter de plus en
plus d’unité motrice pour les renforcer. Notre prise en charge aurait alors pu s’accompagner
de travail musculaire isométrique et excentrique. En effet ces 2 types de contractions
permettent de solliciter d’avantage d’éléments contractiles au sein du muscle qu’un travail
concentrique [21]. Dès lors que le patient est capable de se mettre debout, la rééducation sera
enrichi de nouveaux exercices. En effet, tout un programme de rééducation à la marche et de
rééducation de l’équilibre pourra être mis en place.

Il reste un point important à souligner, c’est l’importance de la relation


« kinésithérapeute-patient ». En effet de nombreux témoignages de patients [33] [34] attestent
du bénéfice que leur a apporté l’intervention du masseur-kinésithérapeute. Certains voient
dans leur « kiné » la personne qui les pousse à aller plus loin, d’autres y voient la personne
qui leur donne le courage et la motivation de continuer la rééducation, et d’autres encore y
voient une personne en qui se confier. Le « kiné » est alors perçu bien plus qu’un simple
rééducateur grâce auquel on récupère, il est perçu comme une personne a qui le patient peut
confier ses craintes, ses joies et qui est là pour soutenir le patient, lui redonner de la
motivation et le pousser, le stimuler pour atteindre de nouveaux objectifs au fur et à mesure de
la récupération.

L’importance de la pluridisciplinarité

Notre prise en charge de Monsieur R a pu se focaliser sur les membres inférieurs grâce à
la pluridisciplinarité : les APA et les ergothérapeutes orientaient leur intervention sur les
membres supérieurs.

39
En effet, notre patient participait à l’atelier de renforcement musculaire dirigé par un
APA en collaboration avec un masseur-kinésithérapeute. Cet atelier lui permettait de
renforcer sa musculature au niveau des membres supérieurs (cotée initialement entre 3 et 4), à
travers des exercices ciblant les triceps, les pectoraux ou encore les grands dorsaux.

En complément il bénéficiait aussi de séances d’ergothérapie, 4 fois par semaine, lui


procurant une prise en charge plus fonctionnelle de ses membres supérieurs. Au cours de ces
séances Monsieur R travaillait les différentes prises : termino-pulpaire, pulpo-latéral,
trigiditale. Ces différents travaux de préhension sont associés à des activités manuelles
comme par exemple l’écriture. Un autre exercice consistait à déplacer des objets d’un point à
un autre, tout en ayant un poids (1kg) accroché à l’avant bras. Cet exercice permettait de
réaliser une activité de la vie quotidienne tout en effectuant un travail musculaire contre
résistance.

Les ergothérapeutes ont également confectionné une planche de transfert à Monsieur R


afin qu’il puisse réaliser ses transferts seul dans sa chambre. Cela lui permet de gagner en
autonomie. Cette planche de transfert lui a également permis de passer de son fauteuil roulant
au siège passager de sa voiture, pour qu’il puisse rentrer chez lui le temps des week-end

40
Conclusion

Notre suivi de Monsieur R a pu se focaliser sur la prise en charge des membres inférieurs
grâce à la pluridisciplinarité. En effet, l’atelier de renforcement musculaire dirigé par un APA
en collaboration avec un masseur-kinésithérapeute, et les séances d’ergothérapie lui permettait
de bénéficier d’une rééducation adaptée pour ses membres supérieurs.

Le cas de Monsieur R nous a montré que le syndrome de Guillain Barré peut provoquer
l’apparition de multiples déficiences. Suite à notre prise en charge, nous avons pu constater,
au niveau des membres inférieurs une diminution des hypoextensibilités, une diminution de
l’œdème, ainsi qu’un gain des amplitudes articulaires et un gain de force également. Il est
également très important de travailler l’aspect fonctionnel, malgré la persistance de
déficience, afin de permettre au patient une plus grande autonomie.

A l’issue de notre intervention, Monsieur R était autorisé à rentrer chez lui le temps des
week-ends. Le phénomène de remyélinisation nous oblige à adapter nos techniques
constamment afin d’être le plus efficace possible pour le patient. C’est ainsi que notre patient,
2 mois après notre intervention, était capable de marcher sous couvert de 2 cannes anglaises.

Nous nous sommes posés la question de savoir ce qu’apportait la rééducation en phase de


récupération d’un syndrome de Guillain-Barré, et plus précisément la rééducation motrice à
travers un programme de renforcement musculaire. D’après les recherches effectuées dans la
littérature, nous constatons que cette rééducation, permet d’accompagner la récupération
spontanée, sans pour autant favoriser la remyélinisation. Ainsi, s’il n’y a pas de processus de
remyélinisation, nous ne verrons pas de phénomène de récupération. Lors de la récupération,
la rééducation nous permet de stimuler toutes les unités motrices remyélinisées dont le
nombre augmente jour après jour.

Ce que nous retiendrons de l’étude de ce cas clinique, c’est que l’intervention du


masseur-kinésithérapeute se doit d’être complète face aux multiples déficiences, et adaptée
face au processus de remyélinisation du syndrome de Guillain-Barré.

41
Bibliographie
Ouvrage :
[6] Duffour M. / Pillu M., Biomécanique fonctionnelle, éditions Masson 2005

[7] Lacôte M, Chevalier A-M, Miranda A, Bleton J-P, Évaluation clinique de la fonction
musculaire, édition Maloine 2010

[11] J-C. Ferrandez, S. Theys, J-Y. Bouchet, Rééducation des œdèmes des membres
inférieurs, éditions Masson 1999, p. 87-90

[13] J.-C. Chanussot, A. Quesnot, R.-G. Danowski, Rééducation de l’appareil locomoteur,


tome 1, éditions Masson, p 37-38, 2008

[15] A. Leduc, Le drainage lymphatique, théorie et pratique, éditions Masson, p 9-12, 1983

[16] M. Duffour, Anatomie de l’appareil locomoteur, Membre inférieur, p 357, éditions


Masson 2007

[18] C. Génot, H. Neiger, A. Leroy, G. Pierron, M. Dufour, G. Péninou, Kinésithérapie 1


principes, Bilans, Techniques passives et actives de l’appareil locomoteur, p.87-92, éditions
Flammarion. 1983

[19] A. Chantraine, Rééducation neurologique: guide pratique de rééducation des affections


neurologiques, éditions Armettes, 1999

[21] N. Kotzki, A. Dupeyron, Renforcement musculaire et reprogrammation motrice, édition


Masson 2008, p7-10.

[22] J.N. Heuleu, L. Simon, Muscle et rééducation, p161-165, éditions Masson, 1988.

[23] Gareth J. Parry, Joel S. Steinberg, Guillain-Barré Syndrome, From diagnosis to recovery,
American Academy of Neurology, p118-121, 2007

[24] J. Ylinen, traduit de l’anglais par M. Pillu, Étirements musculaires en thérapie manuelle,
Théorie et Pratique, éditions Elsevier Masson, p.68-69, 2011

[29] C. Hérisson, L. Simon, Progrès en médecine physique et de réadaptation, éditions


Masson 1999, p145-151

Site Internet :
[4] http://www.med.univ-rennes1.fr/sisrai/art/syndrome_de_guillain-barre_p._255-257.html

[8] http://douleurchronique.canalblog.com/docs/MIF.doc

[14] J.-L. Estrade http://kinesitherapie.chez-alice.fr/P15massagecirculatoiremi.htm

42
[33] http://sgbfrance.free.fr/rubriques/temoignages/109delphine.htm

[34] http://sgbfrance.free.fr/rubriques/temoignages/149-guillain-barre-kine-therapie-
motivation.htm

Articles :
[1] Jean-Yves Salle, Sandrine Guinvarc'h, Marguerite Munoz, Gaëtan Cresson, Sylvie
Dauriac, Thierry Sombardie, Pierre Dudognon, Claude-Louis Labrousse. Principes de
rééducation du syndrome de Guillain-Barré, des polyradiculopathies et des polyneuropathies.
EMC (Elsevier Masson SAS), Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation, 26-470-A-
10, 1996

[2] O. Zerbib, Le syndrome de Guillain-Barré (1ère partie), Kinésithérapie Scientifique n°426

[3] T. Sharshar, S. Siami, D. Orlikowski, Ce Malade est-il atteint d’un syndrome Guillain
Barré ?, Science Direct, Elsevier Masson, 2007

[5] Raphaël J.-C., Sharshar T, Syndrome de Guillain-Barré : aspects épidémiologiques,


pronostiques et thérapeutiques, Annales de médecine interne, 2000, vol. 151

[9] H. Aboiron, La classification internationale du fonctionnement du handicap et de la santé :


de la CIH à la CIF, Kinésithérapie Scientifique n°426, 2002

[10] Udina E, Cobianchi S, Allodi I, Navarro X. Effects of activity-dependent strategies on


regeneration and plasticity after peripheral nerve injuries. Annals of anatomy, volume 193,
p347-353. 2011

[12] Eveno D, Le Lamer S. Traitement physique de l’insuffisance veineuse. Méd Phys Réad
La Lettre 2001

[17] Joly B., Steiner B. Assistance au retour veineux. Flexion dorsale ou plantaire ?
Opposition ou association ? Annales de Kinésithérapie tome 25 n°2. pp 50-54. 1998

[20] Bandy WD; Irion JM; Briggler M. The effect of time and frequency of static stretching
on flexibility of the hamstring muscles. Phys Ther, 77(10):1090-6 1997 Oct

[25] G. Said, C. Goulon-Goeau, Syndrome de Guillain-Barré, Encyclopédie Médico-


Chirurgicale (Editions Scientifique et Médicale Elsevier SAS, Paris, tout droit réservés),
Neurologie, 17-095-A-10, 2002

[26] F. Fardouet, M.A. Planche, Place du kinésithérapeute dans la prévention des escarres en
réanimation, Annales de Kinésithérapie Vol 26, N° 5 - août 1999 p. 232

[27] G. Said, Syndrome de Guillain-Barré : Les lésions morphologiques et leurs rapports avec
les manifestations cliniques, Revue neurologique, Masson (Revue), Congrès ,Réunion
internationale de la société française de neurologie, 1996, vol. 152

43
[28] I. Davidson, C. Wilson, T. Walton, S, Brissenden, Physiotherapy and Guillain-Barré
syndrome: results of a national survey, Physiotherapy, 2009

[30] Khan F, Ng L, Amatya B, Brand C, Turner-Stokes L, Multidisciplnary care for Guillain-


Barre syndrome (Cochrane review), Cochrane Database of Systematic Reviews 2010.

[31] O. Zerbib, Le syndrome de Guillain-Barré (2ème partie), Kinésithérapie Scientifique


n°429, 2003

[32] Dr. Pieter A. van Doorn, Guillain-Barre syndrome, éditeur scientifique : professeur
marianne de visser, Orphanet Encyclopedia, 2004

44
Annexes

45
Sommaire des Annexes

Annexe 1 : Syndrome de Guillain-Barré .......................................................... 46


Annexe 2 : Les différents bas de contentions.................................................... 53
Annexe 3 : Tableaux des amplitudes articulaires et tableaux des testings ........ 54
Annexe 4 : Mesure d’indépendance fonctionnelle (MIF).................................. 60
Annexe 5 : Mesure de périmètre suite aux manœuvres de Santos Pereira ......... 61
Annexe 6 : Mesure finale des oedèmes des membres inférieurs ....................... 64
Annexe 7 : Echelle de fonctionnement physique F-score ................................. 65

46
Annexe 1
Syndrome de Guillain barré

I Introduction

Le syndrome de Guillain-Barré, isolé par Barré et Strohl en 1916, est une polyradiculonévrite
aigüe démyélénisante du système nerveux périphérique. Il se traduit par des manifestations
cliniques (motrices et/ou sensitives) le plus souvent d’installation rapide, ascendante,
symétrique et bilatérale. Elles débutent généralement au niveau des membres inférieurs pour
remonter par la suite vers le haut du corps, pouvant atteindre parfois les muscles respiratoires
et les nerfs crâniens. Ces atteintes sont le plus souvent limitées dans la durée et réversibles
dans la majorité des cas observés, mais avec des séquelles ou des évolutions prolongées
possibles dans certains cas. [1]

II Épidémiologie [1] [2]

L’incidence du syndrome de Guillain-Barré varie entre 0,6 et 1,9 par an pour 100 000
habitants, sans grande variation d’un pays ou d’une région à l’autre. Nous pouvons l’observer
à tous les âges, elle reste cependant rare avant 5 ans et l’incidence augmente avec l’âge. Il
n’est pas noté de prédominance saisonnière.

Chez deux tiers des patients touchés, nous retrouvons un antécédent infectieux, 1 à 3 semaines
avant les premiers symptômes de la maladie. Cet épisode infectieux est le plus souvent
d’origine virale, non spécifique.

Si les atteintes sont généralement limitées dans la durée et réversibles, le syndrome de


Guillain-Barré n’est pas pour une pathologie bénigne. En effet « la mortalité actuelle est de
5% dans les essais thérapeutiques récents et 10% des malades garderont des séquelles
motrices très invalidantes après un an de recul. » [3]

III Localisation des atteintes

La structure touchée dans le syndrome de Guillain-Barré, est le système nerveux périphérique,


c’est-à-dire les racines rachidiennes et les paires de nerfs crâniens. Les différentes cellules
nerveuses qui les constituent sont recouvertes d’une gaine de myéline au niveau de leur axone

47
permettant la conduction de l’influx nerveux. Cette conduction est rendue possible car la
myéline n’est pas une structure continue recouvrant l’axone, en effet elle est disposée en
plusieurs segments séparés par les « nœuds de Ranvier ». C’est au niveau de ces nœuds de
Ranvier que l’influx nerveux est transmis. La myéline et les nœuds de Ranvier permettent une
conduction rapide, sans déperdition de l’influx nerveux [4]. Or la structure touchée dans le
syndrome de Guillain-Barré est la myéline, il en résulte une diminution de la vitesse et de la
qualité de la conduction, voire une abolition totale de la transmission de l’influx nerveux.

IV Physiopathologie

Si l’étiologie n’est pas encore imprécise, on sait que ce syndrome s’accompagne d’une
réaction inflammatoire et immunitaire. Il est suspecté un mécanisme immunoallergique à
l’origine de cette pathologie. Il est possible de constater diverses atteintes morphologiques :

- Il est noté un infiltrat lymphocytaire et macrophagique associé à des démyélinisations


segmentaires des fibres nerveuses périphériques. Ces deux aspects sont distribués de façon
multifocale et au hasard, ils peuvent ainsi intéresser l’ensemble du système nerveux.
- La destruction de la myéline est réalisée par les macrophages qui deviennent de plus
en plus nombreux au fur et à mesure que la réaction inflammatoire s’intensifie. Elle débute en
général au niveau de nœud de Ranvier. L’axone est en général respecté mais quand la réaction
inflammatoire est importante il peut y avoir une dégénérescence de l’axone.
- La remyélinisation débute par la multiplication des cellules schwanniennes, dont
certaines vont participer à la remyélinisation. Cette dernière aboutit au remplacement de
chaque segment internodal démyélinisé par plusieurs espaces internodaux plus courts. Les
cellules de Schwann qui perdent le contact avec l’axone vont dégénérer progressivement.

Deux théories essayent d’expliquer le mécanisme immunitaire mise en jeu lors de ce


syndrome :

1) Les lymphocytes T sensibilisés par la protéine P2 de la myéline, attaqueraient ensuite


cette myéline ou activeraient les macrophages.
2) Présence d’un anticorps anti-myéline, dirigé contre un composant non identifié de la
myéline, et qui entraînerait la destruction de la myéline et l’afflux de macrophage.

48
La démyélinisation des racines nerveuses provoque un bloc de conduction proximal,
responsable de l’arrêt de la transmission de l’influx nerveux, et de la paralysie pendant le
temps que dure ce bloc. [2]

V Diagnostic [1] [2]

Le diagnostic est posé en milieu hospitalier, généralement après que le patient s’y soit
présenté suite à une faiblesse musculaire des muscles des membres inférieurs, souvent
associés à des paresthésies voire à des douleurs.

Le diagnostic est suspecté par des signes cliniques décrits ci-dessous et est confirmé par une
ponction lombaire et un examen électrophyiologique.

La ponction lombaire permet de réaliser une analyse biochimique où l’on recherche une
hyprotéinorachie supérieure à 0,5 g/L (pouvant aller jusqu'à 10g/L). Cependant, celle-ci est
retardée d’environ 1 semaine par rapport à l’apparition des premiers signes cliniques.

L’examen électrophysiologique permet lui de rechercher des signes de démyélinisation,


d’apprécier la dénervation et une éventuelle perte axonale. Les anomalies les plus marquantes
que provoque le syndrome de Guillain-Barré sont une baisse des vitesses de conduction
nerveuse, un allongement de la latence des ondes F (démyélinisation proximale) et de la
latence distale, ainsi que des blocs de conduction.

VI Signes cliniques [1]

Ce syndrome se manifeste par l’apparition de différents signes cliniques

- Troubles moteurs : ils se manifestent dans un premier temps par une faiblesse
musculaire se traduisant par des difficultés à la marche et à monter les escaliers. L’atteinte est
souvent bilatérale et symétrique, et de progression plus ou moins rapide. Elle peut aboutir
rapidement à une forme comparable à une tétraplégie flasque. Cette atteinte motrice peut
toucher également les muscles de la face et les muscles respiratoires.

49
On constate une diminution des réflexes ostéo-tendineux, évoluant en aréflexie. Cependant la
non-diminution des réflexes ne permet pas de récuser le diagnostic.

Certaines formes de Guillain-Barré présentent une atteinte motrice seulement si la


démyélinisation ne touche que la corne antérieure.

- Troubles sensitifs : ils se manifestent par des paresthésies, d’abord distales, à titre de
« fourmillement », de « picotements ». On note d’abord un trouble de la sensibilité subjective
puis par la suite de la sensibilité objective. Ces paresthésies peuvent précéder les troubles
moteurs. Il est fréquent de voir apparaître des douleurs de type dorsalgie, lombalgie, myalgie
ou encore radiculalgie.
- Troubles dysautonomiques : les manifestations neurovégétatives sont nombreuses et
variées : troubles de la tension (hypotension orthostatique, hypertension artérielle), troubles
du rythme cardiaque (bradycardie, tachycardie), troubles digestifs (constipation)…

VII Évolution [2]

L’évolution de ce symptôme suit 3 phases :

- Une première phase ascendante, marquée par l’aggravation progressive des différents
déficits, qui dure généralement entre 11 et 12 jours. Les premiers symptômes sont le plus
généralement localisés au niveau des membres inférieurs pour ensuite suivre une progression
ascendante.
- Une phase de plateau, au maximum de l’intensité des déficits qui reste stationnaire.
Elle dure de quelques jours à quelques semaines dans les formes habituelles, mais peut aller
jusqu'à plusieurs mois.
- Une phase de récupération, plus ou moins longue, qui peut s’étaler sur plusieurs mois.
La récupération est en général totale mais des séquelles s’observent sur le long terme chez 7 à
22% des patients.

VIII Traitement

Le traitement est réalisé en milieu hospitalier. Différentes techniques immunomodulatrices


ont été proposées, notamment les échanges plasmatiques et l’injection d’immunoglobuline.

50
Les échanges plasmatiques ont pour but de retirer de la circulation des anticorps ou d’autres
facteurs humoraux pathogènes. Ils semblent raccourcir le temps de ventilation mécanique, le
temps pour récupérer une marche indépendante et augmenter le pourcentage d’amélioration à
1 et 6 mois [5]. Actuellement, les échanges plasmatiques précoces sont considérés par
beaucoup comme le traitement de choix dans le syndrome de Guillain-Barré. [2] Cependant
certains patients gardent quand même des séquelles.

Les injections d’immunoglobuline, dites polyvalentes, auraient une action au niveau des
cellules immunitaires de l’individu et pourraient bloquer d’éventuels auto-anticorps
pathologiques circulants. Leur mécanisme d’action est encore mal connu. Ces injections
semblent donner des résultats plus probants que les échanges plasmatiques [6]. Des patients
ont vu leur état s’améliorer rapidement pour malheureusement rechuter par la suite.

Les 2 traitements spécifiques sont coûteux et ont une efficacité qui reste limitée, tout en
comportant certains risques. La corticothérapie, précoce et à forte dose, n’est pas efficace.

A ces 2 traitements spécifiques s’ajoute un traitement symptomatique, notamment de


surveillance de l’état cardio-respiratoire, d’assistance respiratoire si besoin est, ou encore de
prévention des troubles du décubitus.

[1] T. Lalu, D. Adams, Syndrome de Guillain-Barré, EMC Elsevier Paris, Encyclopédie


Pratique de Médecine, 1998.

[2] G.Said, C. Goulon Goeaun, Syndrome de Guillain-Barré, EMC, Editions scientifique et


Médicale Elsevier, 2002

[3] T. Sharshar, S. Siami, D. Orlikowski, Ce Malade est-il atteint d’un syndrome Guillain
Barré, Science Direct, Elsevier Masson, 2007

[4] Gareth J. Parry, Joel S. Steinberg, Guillain-Barré Syndrome, From diagnosis to recovery,
American Academy of Neurology, p1-9, 2007

51
[5] French cooperative group on plasma exchange in Guillain-Barré syndrome : efficiency of
plasma exchange in Guillain-Barré syndrome : role of replacement fluids, Ann. Neurol. 1987;
22; 753-761.

[6] Comblath DR. Guillain-Barré syndrome. In: Said G ed. Treatment of neurological
disorders with intravenous immunoglobulins. London : Martin Dunitz, 2000 : 83-91

52
Annexe 2
Les bas de contention
Comment fonctionnent-ils?

Les bas de contention exercent sur les veines une compression qui, très prononcée aux chevilles, se
réduit graduellement vers le haut. Cela favorise donc la circulation du sang depuis le bas de la jambe
vers le cœur.

Les bas de contention ne peuvent pas guérir les varices mais ils peuvent prévenir une éventuelle
dégradation des veines. Le port à long terme des bas de contention est recommandé même après
l'ablation chirurgicale des varices pour prévenir leur réapparition.

Types de bas de contention

Il existe trois classes de bas selon leur grade de contention. La classe 1 est en vente libre dans les
pharmacies, tandis que les classes 2 et 3 sont vendues seulement sous prescription médicale.

Classe 1- recommandée pour les personnes qui ont les jambes fatiguées, endolories, légèrement
enflées aux chevilles ou présentant des varices mineures, ou encore pour prévenir l'enflure des jambes
durant des vols de longue durée.

Classe 2 - recommandée pour les personnes ayant des varices mineures ou majeures, une enflure
prononcée aux chevilles ou qui ont subi une ablation chirurgicale des varices. Elle est aussi suggérée
pour prévenir la réapparition des ulcères veineux.

Classe 3 - recommandée pour les personnes ayant des varices sévères, une enflure très prononcée aux
jambes ou des ulcères actifs et aussi pour prévenir la réapparition d'ulcères.

Les bas de pleine longueur sont habituellement conseillés pour les personnes ayant des varices dans
les cuisses ou pour les femmes enceintes. Toutefois, les bas au genou peuvent très bien suffire lorsque
les problèmes de varices, d'enflure ou d'ulcères sont situés dans le bas des jambes.

53
Annexe 3
Référence Membre Déficit Membre Déficit à
Bibliograph inférieur à inférieur Gauche
ique Droit Droite Gauche Remarques

[1]

Hanche

Flexion 110° 90° 20° 90° 20° Douleur face


postérieur fesse.

Genou en Flexion

Extension 20° 5° 15° 5° 15° Douleur face


antérieur de cuisse

Testé en Latéro-
Cubitus

Abduction 45° 25° 20° 25° 20° Arrêt douloureux


face externe de
hanche

Adduction 20° 20° 0° 15° 5°

Rotation 30° 10° 20° 5° 25° Evaluer en DD,


Médiale Hanche et Genou à
90° de Flexion

Rotation 50° 30° 20° 25° 20° Evaluer en DD,


Latérale Hanche et Genou à
90° de Flexion

Genou

Flexion 140° 100° 40° 110° 30° Douleur face


antérieur de genou
avec arrêt mou

Mesuré Hanche en
Flexion à 90°

Extension 0° 0° 0° 0° 0°

Talo-Crurale

Flexion 20° 5° 15° 0° 20° Arrêt mou avec


Dorsale douleur face post
jambe

54
Flexion 40° 35° 15° 30° 10°
Plantaire

Tableau I.5 : Tableau des mesures initiales des amplitudes articulaires des
membres inférieurs.

[1] Duffour M. / Pillu M., Biomécanique fonctionnelle, éditions Masson 2005

55
Références Membre Déficit Membre supérieur Déficit Remarques
Bibliographiques supérieur Droit Gauche Gauche
[1] Droit

Gléno-Humérale

Antépulsion 90° 90° 0° 80° 10°

Abduction 100° 100° 0° 90° 10°

Rétropulsion 30° 30° 0° 30° 0° Évaluée coude


fléchi

Rotation Latérale 80° 70° Evaluée en


position R2 avec
90° d’abduction

Rotation Médiale 50° 40° Evaluée en


position R2 avec
90° d’abduction

Adduction 0° 0° 0° 0° 0°

Coude

Flexion 160° 130° 30° 160° 0°

Extension 0° 0° 0° 0° 0°

Pronation 80° 70° 20° par 90° Évaluée coude


rapport à fléchi, au corps,
Droite pouce orienté vers
le haut

Supination 85° 90° 90° Évaluée coude


fléchi, au corps,
pouce orienté vers
le haut

Poignet

Flexion 75° 60° 15° 70° 5° Poignet Droit étant


sujet à de
l’arthrose

Extension 75° 60° 15° 70° 5° Poignet Droit


étant sujet à de
l’arthrose

Inclinaison Radiale 45° 40° 5° 45° 0°

56
Inclinaison Ulnaire 15° 5° 10° 10° 0°

Tableau I.5 (suite) : Tableau de mesure des amplitudes articulaires des


membres supérieurs

[1] Duffour M. / Pillu M., Biomécanique fonctionnelle, éditions Masson 2005

57
Membre Nom du muscle, innervation, physiologie évaluée Membre
inférieur Droit inférieur Gauche

1 Ilio-psoas 1

1 Sartorius 1

1 Tenseur du Fascia Lata 1

1 Moyen Fessier 1

2 Petit fessier 2

2+ Pelvi-Trochantérien 2+

1 Adducteurs 1

1 Grand fessier 1

2 Quadriceps 2+

2- Ischio-Jambiers 2-

1+ Tibial Antérieur 2-

1 Long extenseur de l’hallux 1

1+ Long et court extenseur des orteils 2-

1+ Long extenseur des orteils 1+

1 Court fibulaire 0

1 Long Fibulaire 0

2 Gastrocnémiens 2

2 Soléaire 2

0 Tibial postérieur 0

1+ Long fléchisseur de l’Hallux 1+

1+ Long fléchisseur des orteils 1+

Tableau I.6 : Testing des muscles des membres inférieurs.

58
Membre supérieur Nom du muscle, innervation, physiologie Membre supérieur Gauche
Droit évaluée

4 Trapèze moyen, portion supérieur 4

4 Trapèze moyen, portion inférieur 4

4 Trapèze inférieur 4

4 Rhomboïde et Elevateur de scapula 4

4 Petit Pectoral 4

4 Dentelé Antérieur 4

4 Deltoïde Antérieur et Coraco Brachial 3

4 Deltoïde Moyen et Supra Epinaux 3

4 Deltoïde Postérieur 3

4 Subscapulaire 4

4 Infra-Epineux et Petit Rond 4

4 Grand Pectoral 4

4 Grand Rond 4

4 Grand Dorsal 3

4 Biceps Brachial 4

4 Brachial 4

4 Brachio-Radial 4

3 Triceps Brachial 4

4 Supinateur 4

4 Rond et Carré pronateur 4

3 Fléchisseur Ulnaire du Carpe 4

3 Fléchisseur Radiale du Carpe 4

3 Long Extenseur Ulnaire du Carpe 4

3 Court Extenseur du Carpe 4

3 Extenseur Ulnaire du Carpe 4

Tableau I.6 : Testing des muscles des Membres Supérieur

59
Annexe 4
La mesure d'indépendance fonctionnelle (MIF)
La MIF comprend 18 tâches avec 7 niveaux d'évaluation. Ainsi :
Dépendance complète :- 1 point est accordé si l'aide est totale (autonomie = 0%+)
- 2 points sont accordés si l'aide est maximale (autonomie = 25%+)
Dépendance modifiée - 3 points sont accordés si l'aide est modérée (autonomie = 50%+)
- 4 points sont accordés si l'aide est minimale (autonomie = 75%+)
- 5 points sont accordés si une surveillance est nécessaire
Sans aide - 6 points sont accordés si l'indépendance est relative (utilisation d'un appareil)
- 7 points sont accordés si l'indépendance est complète

Évaluation 1: les soins personnels

 1. Alimentation 7 points
 2. Soins de l'apparence 7 points
 3. Hygiène/toilette 2 points
 4. Habillage: partie supérieure 6 points
 5. Habillage: partie inférieure 1 point
 6. Utilisation des toilettes 2 points

Évaluation 2: le contrôle des sphincters

 7. Contrôle de la vessie 7 points


 8. Contrôle des intestins 7 points

Évaluation 3: les transferts

 9. Lit, chaise, fauteuil roulant 3 points


 10. Aller aux toilettes 2 points
 11. Baignoire, douche 2 points

Évaluation 4: la locomotion

 12. Marche, fauteuil roulant 5 points


 13. Escaliers 1 point

Évaluation 5: la communication

 14. Compréhension auditive 7 points


 15. Expression verbale 7 points

Évaluation 6: la conscience du monde extérieur

 16. Capacité d'interagir et de communiquer socialement 7 points


 17. Résolution des problèmes 7 points
 18. Mémoire 7 points

Total : 87 points

60
Annexe 5
Mesure de périmètre suite aux manœuvres de Santos Pereira
Le 23/03/11

Membre Inf. Droit Membre Inf. Gauche

Avant Après Différence Avant Après Différence

Pointe de 41,5cm 41cm -0,5cm 43cm 42,5cm -0,5cm


patella

+15cm 36cm 35cm -1cm 37,5cm 36,5cm -1cm

+30cm 27cm 26,5cm -0,5cm 27cm 26,5cm -0,5cm

Pointe de 32cm 31,5cm -0,5cm 33cm 30,5cm -2,5cm


malléole
médiale

Base de 30,5cm 29cm -1,5cm 31,5cm 29cm -2,5cm


M5

Tête de 26cm 26cm 0 27cm 27cm 0


M1

Nous pouvons voir que la réalisation du massage de Santos Pereira a un effet immédiat par
une diminution du périmètre du segment jambier, en particulier sur le segment jambier
gauche.

Le 25/03/11

Membre Inf. Droit Membre Inf. Gauche

Avant Après Différence Avant Après Différence

Pointe de 42cm 41cm -1cm 43cm 43cm 0


patella

+15cm 36cm 35,5cm -0,5cm 37,5cm 36,5cm -1cm

+30cm 27cm 27cm 0 27cm 26,5cm -0,5cm

61
Pointe de 32,5cm 31,5cm -1cm 32cm 30,5cm -1,5cm
malléole
médiale

Base de 30,5cm 29cm -1,5cm 30cm 30cm 0cm


M5

Tête de 26cm 25,5cm -0,5cm 27cm 26cm -1cm


M1

Le 30/03/11

Membre Inf. Droit Membre Inf. Gauche

Avant Après Différence Avant Après Différence

Pointe de 43cm 41,5cm -1,5cm 43,5cm 43cm -0,5cm


patella

+15cm 36cm 36cm 0cm 38cm 37cm -1cm

+30cm 27,5cm 27cm -0,5cm 28,5cm 27,5cm -1cm

Pointe de 31cm 30,5cm -0,5cm 31,5cm 30,5cm -1cm


malléole
médiale

Base de 30cm 29,5cm -0,5cm 29,5cm 28 ,5cm -1cm


M5

Tête de 26cm 25,5cm -0,5cm 27cm 26,5cm -0,5cm


M1

Le 01/04/11

Membre Inf. Droit Membre Inf. Gauche

Avant Après Différence Avant Après Différence

62
Pointe de 41,5cm 41,5cm 0cm 43,5cm 43cm -0,5cm
patella

+15cm 36cm 35,5cm -0,5cm 37cm 36,5cm -0,5cm

+30cm 27cm 27cm 0cm 28cm 27,5cm -0,5cm

Pointe de 31cm 30,5cm -0,5cm 31,5cm 30,5cm -1cm


malléole
médiale

Base de 29,5cm 28,5cm -1cm 29,5cm 28 ,5cm -1cm


M5

Tête de 25,5cm 25,5cm 0cm 26cm 26cm 0cm


M1

Les résultats finaux montrent une diminution du périmètre du segment jambier à droite
comme à gauche, traduisant une diminution de l’œdème veineux. Cependant cette diminution
ne semble pas durer, et l’œdème semble revenir entre chaque séance.

63
Annexe 6

MID MIG Différence

Pointe de patella 41cm 42,5cm +1,5cm

+10cm 35,5cm 37cm +1,5cm

+20cm 34,5cm 34,5cm 0

+30cm 27cm 27cm 0

+40cm 23,5cm 25cm +1,5cm

Pointe de malléole 31,5cm 32cm +0,5cm


médiale

+7cm 28cm 28,5cm +0,5cm

Tête de M1 25,5cm 26cm +0,5cm

Tableau IV.2.b : Mesure des périmètres des segments jambiers et des pieds.

64
Annexe 7

Physical functioning of patients with Guillain–Barré syndrome (F-score)

0 Healthy

1 Minor symptoms or signs, able to run

2 Able to walk more than 5 metres without assistance but unable to run

3 Able to walk more than 5 metres with assistance

4 Bed or chair bound

5 Requiring assisted ventilation for at least part of the day

6 Dead

Fonctionnement physique des patients atteints de syndrome de Guillain-Barré (F-score)

0 Sain

1 Signe ou symptôme mineur, capable de courir

2 Capable de marcher plus de 5 mètres sans aide, mais non capable de


courir

3 Capable de marcher plus de 5 mètres mais avec assistance

4 Reste au lit ou au fauteuil

5 Nécessite une assistance ventilatoire au moins une partie de la journée.

6 Mort

D’après cette échelle Monsieur R aurait un F-score à 4.

65

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