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ROSE CROIX N° 204 – HIVER 2002


REVUE TRADITIONNELLE DE L'ANCIEN ET MYSTIQUE ORDRE DE LA ROSE-CROIX

SOMMAIRE

Les fruits amers de la connaissance, par P. Coulomb ............................. 2

Divinité dans les gènes, par S. Ngoma Joly ............................................... 11

L’hermétisme : La sagesse éternelle, par S. Vankerkhove...................... 20

Akhenaton, pharaon réformateur et mystique, par L. Caillaud .......... 34

COUVERTURE : Le Château d’Omonville en hiver,


peinture de Jean Coudert, artiste rosicrucien. (Photo A.M.O.R.C.)

Cette revue trimestrielle est publiée par la Diffusion Rosicrucienne et sous l'égide de
l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, mondialement connu sous le sigle
« A.M.O.R.C. ». Dans tous les pays où il est actif, il est reconnu comme une Organisation
philosophique, initiatique et traditionnelle, qui perpétue la Connaissance que les Initiés
se sont transmise depuis la plus haute Antiquité. Parfois désigné sous le vocable « Ordre
de la Rose-Croix A.M.O.R.C. » pour associer son nom traditionnel au sigle sous lequel il
est connu actuellement, il a pour devise : « La plus large tolérance dans la plus stricte
indépendance ».
En raison même de son origine, de sa nature et de son but, l'A.M.O.R.C. n’est pas une reli-
gion. Il n’est pas non plus une secte. De surcroît, il est totalement apolitique. Ouvert aux
hommes et aux femmes de toute confession religieuse et de tout milieu social, il propose
ses enseignements séculaires à tous ceux et à toutes celles qui s’intéressent à la philoso-
phie et à la spiritualité. Dans son symbole, qui n'a aucune connotation religieuse, la croix
représente le corps physique de l'homme et la rose son âme en voie d’évolution.

Publication trimestrielle Abonnement annuel : 20 €


Le numéro : 6 €
Directeur : Serge Toussaint
Rédactrice : Nelly Lopetuso Ces prix sont valables pour la France
et l'étranger.
Sauf mention spéciale, les articles publiés
dans cette revue ne représentent pas la Les abonnements peuvent être
pensée officielle de l'A.M.O.R.C. mais réglés par chèque bancaire, mandat
uniquement celle de leurs auteurs. Les ou chèque postal adressé à :
manuscrits non insérés ne sont pas rendus. A.M.O.R.C.
Château d'Omonville
Tous droits de reproduction réservés. 27110 Le Tremblay - France
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LES FRUITS
Photo A.M.O.R.C.

AMERS
DE LA
CONNAISSANCE

par Pierre Coulomb,


membre de la section « Écologie »
de l’Université Rose-Croix Internationale.
Exposé présenté à la Convention de Toulon le 18 mai 2001.

La science, les sciences, substantifique moelle de ces


quelles sciences ? différentes approches, en une
construction qui se veut cohéren-
Sciences sociales, sciences hu- te et détentrice de la vérité après
maines, sciences de l'esprit, scien- élimination des branches considé-
ces occultes, sciences maudites, rées comme illégitimes. Dans les
sciences expérimentales, sciences faits, cette science-là se substitue
spéculatives, sciences naturelles, de plus en plus au besoin de croi-
sciences formelles, sciences dures, re et d'espérer qui était autrefois
sciences molles, fausses sciences, le domaine des religions.
pseudo-sciences... n'est-il pas
nécessaire de préciser les choses ?
Quelques définitions
La science au singulier, dans
l'acception la plus courante du Croyance : Acceptation per-
mot, constitue l'idéalisation, la sonnelle d'éléments que l'on n’a

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pas soi-même vérifiés, ou qui ne La Connaissance : La


sont pas vérifiables par des voies connaissance (avec un grand C)
reconnues, mais qui constitue, constitue une perception et une
pour la personne, la conception la compréhension intimes de certai-
meilleure sur le sujet. Il s'agit nes lois de l'univers. Elle s'acquiert
généralement de choses abs- toujours à travers l'expérimenta-
traites ou immatérielles. tion éprouvée et vécue, non par
l'être rationnel, mais par l'être
Savoir : Acceptation mentale total. Elle est incommunicable en
ou intellectuelle d'éléments géné- tant que telle. Pour le mystique,
ralement admis collectivement, l'ensemble de la vision de la
qui ont fait antérieurement l'objet Création que lui confère l'Illumi-
de vérifications. L'enseignement nation constitue la Connaissance.
diffuse un savoir. Il s'agit le plus
souvent de choses concrètes. Exem- Sciences : Éthymologique-
ples : On sait que la Terre tourne ment, ce mot vient de « savoir ».
autour du Soleil. On sait que la C’est l’ensemble des éléments du
distance Paris-Marseille est d’en- savoir collectif ayant pour but la
viron 800 km. Ce que la science peut découverte méthodique des lois
diffuser est un savoir scientifique. de la nature. Il y a un très grand
nombre de sciences, qui diffèrent
Connaissances : Éthymolo- entre elles par l'objet de leur
giquement, « naître avec ». Ce domaine d'investigation et par
sont des éléments d'information les méthodes employées. De fait,
ou de compréhension pouvant l'évolution observée au niveau
provenir d’une croyance ou d’un des méthodes (rationalité, objec-
savoir, (mais pas nécessaire- tivité, reproductibilité, causa-
ment), qui émergent sous la for- lité...) a conduit peu à peu les
me d’une conviction intime, à la scientifiques à soustraire du
suite d'une expérimentation per- domaine scientifique des pans
sonnelle. Par exemple, pour un entiers de la recherche potentielle.
chercheur, une hypothèse consti-
tue une croyance provisoire ; Dépassant le domaine de l'in-
après diverses vérifications posi- terprétation de la nature, les
tives et confirmations, elle mathématiques, discipline exacte
devient savoir. Dans certains cas et rigoureuse par essence, mais
d'expérimentations ou de mises à sans lien direct avec le monde
l'épreuve particulièrement fortes, sensible, constituent l'instrument
qui dépassent les seules facultés unificateur de toutes les sciences.
mentales, elle peut s'imposer au Pour autant, aucune science ne
chercheur comme faisant partie peut prétendre être qualifiée de
de ses connaissances. science exacte.

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La science : La notion de beaucoup plus méprisants ne


science, au singulier, est une sont pas employés… L'intuition
création mentale, une sorte est de toute évidence un instru-
d'idéalisation des diverses ment de progression de la scien-
sciences, à l'initiative des scienti- ce, mais n'étant pas considéré
fiques eux-mêmes, dans le but de comme maîtrisable, cet instru-
créer une notion à caractère glo- ment est rarement revendiqué.
bal, unitaire, pérenne, opposable
à d'autres notions fondamentales
de l'activité humaine telles que la La science est-elle porteuse
religion, l'art ou la philosophie. de valeurs ?
Les scientifiques entendent choi-
sir eux-mêmes les critères de Les scientifiques sont des
validité et les attributs dont ils hommes comme les autres, en ce
souhaitent que la science soit sens qu'ils n'ont aucune légitimité
revêtue. Retenons cette défini- à revendiquer une quelconque
tion formulée par Yvan Illich : supériorité. Ils s'attachent à
« J'appelle science la recher- répondre au comment plutôt qu'au
che sur la nature des choses, et pourquoi. Contrairement aux appa-
technologie la recherche sur leurs rences, les orientations de la
modalités d'utilisation. » recherche sont de plus en plus
motivées par des considérations
idéologiques. Il existe de moins
Les outils de la science en moins de scientifiques libres et
indépendants. La science n'a ni
L'esprit scientifique met en projet global de société, ni éthi-
jeu les aptitudes de l'intellect de que, considérant le plus souvent
l'homme : intelligence, observa- que toute recherche envisageable
tion, raisonnement, faisant de la est digne d'être conduite. Les for-
science une construction du mon- mulations de la science pour
de sensible limitée aux seuls appréhender les phénomènes
aspects matériel et rationnel de naturels sont conjoncturels :
leur approche. « Il ne faut surtout pas croire
que l'on sait, mais savoir que l'on
Le plus souvent, sont pris en ne fait que croire. » Jean Rostand.
compte les phénomènes dont on
considère qu'ils sont reproduc-
tibles et objectivables. Les autres La science :
sont rejetés comme faisant partie idéologie moderne
du domaine de l'illusion et relé-
gués au rang de pseudo-sciences, Concernant l'approche et la
lorsque d'autres qualificatifs formulation des phénomènes par

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impartiale et détentrice d'une


vérité d'ordre supérieur. Comme
toutes les idéologies, elle refuse
d'admettre qu'elle en est une,
mais elle a ses dogmes, ses
doctrines cachées, ses réseaux
d'influence, ses gourous, ses
révisionnistes, ses mercenaires et
ses bourreaux… Voici le point de
vue de l'éminent « père » de l'éco-
logie, récemment décédé, René
Dumont :
Icare dans sa chute « Les idéologies dominantes,
même lorsqu'elles se combattent,
la science, voici ce qu'en dit un admettent que la technique est
chercheur et philosophe contem- neutre, qu'elle fera le bien et le
porain, Paul Feyeraband : mal selon les intentions de ceux
« Il n'y a pas d'idée, si ancien- qui la gèrent. Nous croyons, au
ne et si absurde soit-elle, qui ne contraire, que les maux et les
soit capable de faire progresser frustrations dont souffre l'huma-
notre connaissance. Les interven- nité ne sont pas dus simplement à
tions politiques ne sont pas non des « bavures » ou à une planifi-
plus à rejeter. La science est beau- cation défectueuse de la société
coup plus proche du mythe qu'une industrielle, mais découlent inévi-
philosophie scientifique n'est prê- tablement de caractéristiques
te à l'admettre. La science est intrinsèques du projet technique,
indiscrète, bruyante, insolente, qui amènent à prendre pour fin ce
elle n'est essentiellement supé- qui n'est que moyen. Il est grand
rieure qu'aux yeux de ceux qui ont temps de reconnaître que l'outil
opté pour une certaine idéologie, est parvenu à imposer sa loi
ou qui l'ont acceptée sans avoir propre, même à ceux qui s'imagi-
jamais étudié ses avantages et ses nent en être les maîtres. »
limites. »
Sachons reconnaître que s'il
Qu'est-ce qu'une idéologie ? en est ainsi, c'est parce que nous
Une représentation générale du le voulons bien ! On prête sotte-
monde, qui emboîte les réponses ment aux savants une sagesse
aux questions de manière à ce qu'ils n'ont pas nécessairement.
qu'il n'y ait qu'une seule réponse Les avancées spectaculaires des
recevable pour chaque question. retombées de la science contri-
La science, qui revendique la buent à cette domination. Nous
neutralité, se considère comme les redoutons autant que nous les

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admirons, mais elles s'imposent à notre savoir… C'est sans doute


nous, et il semble impossible au encore vrai dans certaines disci-
plus grand nombre d'engager le plines comme l'astrophysique et
fer contre une machine aussi certaines autres, mais qu'en est-il
puissante et insaisissable. Les de la communauté scientifique
grandes théories modernes de la dans son ensemble ?
science, (le chaos, le big-bang)
revêtues de noms très média- La mise en œuvre des
tiques, ne devraient-elles pas conquêtes de la science, ou plutôt
être considérées que comme des des techno-sciences, dont le
mythes modernes ? Voici le point développement est aujourd'hui
de vue d'un éminent scientifique, exponentiel, conduit à un embal-
Albert Einstein, qui sait de quoi il lement, lui-même générateur de
parle : bouleversements de moins en
« La science, considérée com- moins maîtrisés. Les moteurs
me un projet qui se réalise pro- essentiels de cet emballement
gressivement, est tout aussi sont de plus en plus liés à l'appé-
subjective et psychologiquement tit de puissance, de profit, de
conditionnée que n'importe quelle domination, qui ont été codifiés
autre entreprise humaine. » dans un système qui ne fonction-
ne que pour son propre compte : la
course au prix Nobel, les brevets,
Les dérives de la science les royalties, les référents, les
guerres d'influence, la dépendan-
Quel est le moteur ? La scien- ce des puissances industrielles et
ce est née de la technique : l'hom- financières, aboutissent à un cli-
me cherche d'abord à se doter mat perpétuellement conflictuel,
d'outils pour maîtriser son envi- à des règlements de compte par-
ronnement. Primum vivere. Ce fois sordides, tant individuels que
faisant, il met en œuvre toutes collectifs… (les bûchers moder-
ses capacités et, au fur et à mesu- nes, les batailles industrielles,
re de ses conquêtes, en vient à l'espionnage, etc.). L'ivresse du
privilégier le rôle de son intellect chercheur engagé dans sa démar-
et à bâtir un système à la mesure che peut hélas parfois le rendre
de son ambition : la science, vitri- sourd et aveugle au simple bon
ne honorable et honorée de la sens, avec des conséquences
supériorité de l'homme… désastreuses. On a donné le nom
savant de « dissonance cognitive »
On se plaît à penser qu'il exis- à cette pathologie.
te une vraie recherche fondamen-
tale, animée de la seule Ainsi on ne s'étonnera pas si
motivation de faire progresser les orientations de la recherche

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obéissent souvent à des motiva- environnement de plus en plus


tions que l'homme de la rue peut pathogène, plutôt que d'adapter
à juste titre contester… de même, l'environnement à ses exigences
des pans entiers de recherche physiologiques. Le résultat, qui
sont abandonnés au profit n'en est qu'à ses débuts, est
d'autres, pour des motifs qui ne inavouable, y compris dans les
sont pas rendus publics. pays développés, dans lesquels de
gros moyens de « communication »
De nos jours, les problèmes sont mis en œuvre pour en dissi-
liés à l'environnement et à la muler les réalités. En outre cette
santé prennent une importance façon de faire a pour conséquence
considérable du fait du dévelop- de répandre auprès du plus
pement anarchique de certaines grand nombre l'idée selon laquel-
applications. Face à cela, le plus le la nature est plutôt malveillan-
souvent, l'absence de prise en te envers les hommes, et qu'il
compte d'une vision globale des faut se substituer à elle et la com-
enjeux aboutit à la fuite en avant battre pour survivre, grâce à la
en guise de réponse. Ce faisant, science...
on génère de nouveaux pro-
blèmes, pas toujours prévisibles, A noter enfin que les pro-
et encore moins maîtrisables : blèmes posés par les manipula-
C'est ainsi par exemple que pour tions génétiques en général sont
s'attaquer au problème de l'aug- d'une ampleur sans précédent et
mentation de l'effet de serre, on feront vraisemblablement peser
prévoit d'intensifier le recours à sur notre espèce, à brève échéan-
l'énergie nucléaire, génératrice ce, des menaces immenses…
de nuisances de nature différen-
te, mais non moins dévastatrices,
de même qu'on projette de favori- Et l'homme dans tout cela ?
ser le piégeage du CO2 par la
plantation massive d'arbres modi- Voici quelques citations d'hom-
fiés génétiquement pour leur mes libres et lucides :
croissance rapide...
De Jean Rostand : « La science a
En matière de santé, plutôt fait de nous des dieux, avant même
que de remettre en cause les que nous ne soyons des hommes. »
nuisances induites par certai-
nes formes du développement De Peter Ustinov : « La der-
industriel, on tente de changer nière voix audible avant l'explo-
l'homme, par une médicamen- sion du monde sera celle d'un
tation multiforme généralisée, expert qui dira : c'est technique-
dans le but de l'adapter à un ment impossible ! »

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notre génération, si grande dans


ses réalisations d'ordre scienti-
fique et technique, ait pu dégéné-
rer spirituellement au point de
renoncer à penser. »

De Sigmund Freud : « Exiger


de la science qu'elle établisse une
éthique est déraisonnable. L'éthi-
que est une espèce d'ordre de
marche à l'usage du commerce
des hommes entre eux. Le fait que
la physique admette aujourd'hui
que soient ronds les atomes qui,
hier, étaient carrés, est exploité
de façon abusivement tendan-
cieuse par tous les assoiffés de
croyance. »

Arrêtons là, il serait possible


de continuer des heures en citant
des avertissements innom-
brables... ! Il est urgent de com-
Du professeur Lépine, chef de prendre que la science est une
service de virologie à l'Institut affaire bien trop sérieuse pour
Pasteur, membre de l'Académie être abandonnée aux seuls scien-
des sciences, et de l'Académie tifiques, ou à ceux qui se préva-
nationale de médecine : « Nous lent de leurs avis pour décider. Il
sommes des apprentis-sorciers, faut définitivement admettre
surtout dans le domaine scienti- que, même sans être spécialiste,
fique. Nous nous glorifions de même en étant totalement étran-
découvertes qui, en même temps, ger au sujet, l'approche de chacun
nous empoisonnent. Je crois qu'il de nous sur tous les sujets impli-
faudra beaucoup de temps et de quant des choix de société peut
courage aux générations qui nous être fondée… En 1923, le mys-
suivent pour se débarrasser des tique Rudolph Steiner déclarait
conséquences désastreuses des au cours d'une conférence :
recherches. » « Si le bœuf mangeait directe-
ment de la viande, il en résulterait
Du Dr Albert Schweitzer : une sécrétion d'urate en énorme
« Les siècles à venir ne parvien- quantité, l'urate irait au cerveau,
dront pas à comprendre comment et le bœuf deviendrait fou. »

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Soixante-dix ans après, nos les phénomènes qui régissent


éminents spécialistes n'ont tou- notre existence ; tels sont les
jours pas compris, scientifique- engagements que chacun de nous
ment, comment la chose a été devrait retenir. Les questions
possible… car l'approche scienti- sérieuses que soulèvent les déve-
fique, même si elle revêt un loppements non maîtrisés de la
grand intérêt, est forcément techno-science s'inscrivent dans
réductrice de la réalité. Le rôle un vaste combat qui a pour déno-
quasi messianique que d'aucuns minateur commun le devenir de
voudraient attribuer aux scienti- l'homme. En matière de choix de
fiques dans un combat pour les développement scientifique, le
lumières contre l'obscurantisme petit nombre des décideurs ne
est le piège dans lequel avant eux doit pas être confondu avec la
sont tombés bien d'autres institu- grande majorité de ceux qui ne
tions humaines… demandent pas mieux que de se
consacrer à autre chose, mais
Tout récemment, le biologiste sont contraints de devenir les mer-
Jacques Testard, dans une remar- cenaires d'un système qui peut
quable intervention, plaidait s'avérer dévastateur… Le rapport de
ardemment pour que le fameux force actuel entre les décideurs et
« principe de précaution » soit les cobayes que nous sommes ne
intelligemment appliqué. Notam- saurait perdurer sans que d'encore
ment par l'utilisation réelle du plus tragiques conséquences se
savoir profane et des savoirs par- manifestent prochainement.
tagés dans toutes les couches de
la population, en matière d'intui- Mais comprenons bien que,
tion, de bon sens, d'esthétisme, sans notre approbation tacite,
de sentimentalité, de savoir rien ne serait possible ! Chacun
vivre, de savoir faire… « toutes de nous, par notre soumission
choses qui ne sont l'apanage plus ou moins consciente, ou par
exclusif ni des scientifiques ni des l'abandon de l'exercice de nos
décideurs politiques ». droits, porte une part de respon-
sabilité de ce qui se passe. La
S'opposer au secret des déci- prise de conscience planétaire de
sions, s'opposer à la tentation de l'interdépendance absolue qui relie
dissoudre les débats par la tous les êtres vivants de la Terre
casuistique, s'opposer au principe est une nécessité, car, comme le
du moratoire, trop souvent utilisé disait Alexandre Soljenitsyne,
pour préparer l'opinion à l'accou- « La violence, pour se maintenir,
tumance, et s'opposer aux choix n'exige de nous que notre
qui ne tiennent pas compte de participation quotidienne au
l'absence de frontières pour tous mensonge. »

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Mais ne désespérons
pas ! Le génial Victor Hugo
avait pressenti qu'« aucune
force au monde n'a autant de
pouvoir qu'une idée dont le
temps est venu ». Souhaitons
que la publication du Mani-
festo Positio Fraternitatis
Rosæ Crucis marque l'avè-
nement de la mise en œuvre
de cette idée… Et n'oublions
pas non plus, que nous,
Rosicruciens, qui avons le
privilège de vivre dans un
pays libre, relativement
prospère, et d'être des mys-
tiques, sommes particulière-
ment concernés et équipés
pour ce combat.

Je laisserai le mot de la
fin à un scientifique, un
homme qui a eu le privilège
de contempler du regard
notre planète entière, deve-
nu par la suite philosophe et
humaniste, Edgar Mitchell,
qui déclarait en 1974 :

« Maintenant, il est temps que nous commencions à construire un


ensemble humain unique. Maintenant, il est temps que nous dévelop-
pions nos facultés non rationnelles dans le sens d'une technologie
subjective qui permettra le mariage de la science et de la religion, de la
raison et de l'intuition, du physique et du spirituel. Cette union de la
tête et du cœur, de la perspicacité et de l'instinct, ne sera une assuran-
ce que quand la science en viendra à appréhender l'aspect non matériel
de la réalité, aussi bien qu'elle en connaît l'aspect matériel, c'est-à-dire
quand la science s'approchera de l'omniscience. Alors, notre connais-
sance deviendra sagesse, notre amour du pouvoir deviendra pouvoir
de l'amour, et l'homme universel de la conscience cosmique pourra enfin
se lever ».

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