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UNIVERSITE DE MONASTIR

FACULTE DE MEDECINE DENTAIRE DE MONASTIR

Année 2022

MEMOIRE

POUR LE DIPLOME D’EQUIVALENCE NATIONAL


DE DOCTEUR EN MEDECINE DENTAIRE

Présenté par
Fatnassi Mohamed Ali

Les kystes péricoronaires de


grande étendus

Dirigé par
DR. OUERTANI HEND
Remerciements

Avant tout développement sur ce mémoire, j’adresse mes remerciements les plus

sincères aux personnes qui m’ont apporté leur aide et qui ont contribué

l’élaboration de ce modeste travail.

Mes remerciements à Dr.Ouertani Hend pour sa bonne volonté d’accepter de

m’encadrer, par son encouragement continu et par ses précieux conseils tout au

long de ce travail.

Mes meilleurs remerciement s’adressent a tous les membres du jury pour

l’honneur qu’ils m’ont fait d’examiner et d’évaluer mon travail.


Résumé
Les kystes dentigères sont des kystes odontogènes bénins. Ils sont définis comme une cavité
pathologique bordée d’épithélium qui entoure la couronne d’une dent incluse au niveau de la
jonction cémento-amélaire. Ces kystes restent initialement asymptomatiques et sont le plus
souvent découverts lors d'un examen radiographique de routine ou suite à une déformation
faciale lors du stade d’extériorisation. Leur diagnostic reste relativement simple vu
l’association d’une dent incluse en rapport avec l’image. La prise en charge est généralement
chirurgicale par l’énucléation de la lésion avec ou sans préservation de la dent causale,
d’autres attitudes thérapeutiques conservatrices sont parfois tentée comme la marsupialisation
ou la décompression de la lésion surtout chez le jeune enfant.

Dans ce travail, on va présenter le cas d’un kyste péricoronaire de grande étendue en rapport
avec la 38 incluse et on va discuter la prise en charge sous anesthésie locale ou générale
devant les lésions volumineuses. Par la suite à travers une revue de la littérature nous allons
présenter les signes cliniques et radiologiques caractéristiques du kyste péricoronaire en
détaillant la prise en charge chirurgicale de ces lésions.

Abstract
Dentigerous cysts are benign odontogenic cysts. They are defined as a pathological cavity
lined with epithelium that surrounds the crown of an impacted tooth at the cemento-enamel
junction. These cysts remain initially asymptomatic and are most often discovered during a
routine radiographic examination or following a facial deformity during the exteriorization
stage. Their diagnosis remains relatively simple given the association of an impacted tooth in
relation to the image. Management is generally surgical by enucleation of the lesion with or
without preservation of the causal tooth, other conservative therapeutic attitudes are
sometimes attempted such as marsupialization or decompression of the lesion, especially in
young children.

In this work, we will present the case of a large pericoronal cyst in relation to the included 38
and we will discuss the management under local or general anesthesia in the face of large
lesions. Thereafter through a review of the literature we will present the clinical and
radiological signs characteristic of the pericoronal cyst by detailing the surgical management
of these lesions.
Sommaire

Introduction ……………………………………...………………………….... 1

1. Observation Clinique ………………………………………………….… 2

2. Discussion ……………………………………………...………………... 11

2.1. Définition et étiologie ……………………………………………………………. 11

2.2. Epidémiologie ……………….......……………………………....……………… 11

2.3. Aspects cliniques ….…………..…………………………………....…................ 12

2.4. Aspects radiologiques ....…….…………………………………………....……... 13

2.5. Diagnostic différentiel ………………………….……………………………...… 13

2.6. Traitement …….…………………………………………………………..…...… 14

2.6.1. Enucléation ………………………………………………………………….. 14

2.6.2. Marsupialisation ….………………………...……………………………….. 17

2.7. Aspect macroscopique …...………………………….………………………...… 23

2.8. Aspect histologique ………...……………………….………………………… 23

2.9. Pronostic et facteur prédictif …………………………………………………….. 24

Conclusion ...……………………………………………………………….… 25

Bibliographie ………………………………………………………………… 26
Introduction

Les kystes dentigères sont classés parmi les kystes des maxillaires odontogéniques

accompagnant l’évolution d’une dent. Leur découverte se fait généralement de façon

fortuite ou dans le cas d’un retard d’éruption. Parfois, la découverte se fait suite

à des signes évocateurs qui apparaissent lorsque les lésions ont atteint un volume important,

à un stade d’extériorisation et lorsqu’elles modifient la symétrie du visage et/ou

des maxillaires, accompagnant souvent des troubles de l’occlusion liés à des déplacements

dentaires.

La radiographie est l’examen d’investigation de base pour les diagnostiquer, de façon le plus

souvent fortuite. L’accessibilité et la grande fiabilité des procédés d’imagerie actuels

permettent de mieux les identifier, malgré les risques d’erreur liés à la variété et à la

diversité des lésions ostéolytiques.

L’anatomopathologie reste l’examen incontournable pour confirmer le diagnostic et prévoir,

Le cas échéant, un suivi pour les cas suspects.

Le traitement est souvent basé sur énucléation kystique parfois devant l’âge jeune

et l’étendu d’une lésion peut être proposé une décompression chirurgicale.

Le but de ce travail est de détailler à travers un cas clinique la démarche diagnostique et

la prise en charge d’un kyste péricoronaire de grande étendue.


1. Observation clinique

Il s’agit d’un patient âgé de 47 ans sans antécédents particuliers connus, il a été adressé par

son médecin dentiste traitant après la découverte d’une lésion d’allure kystique au niveau de

l’angle mandibulaire gauche sur un examen panoramique de routine réalisé dans le cadre d’un

bilan pré-prothétique.

L’interrogatoire a révélé que le patient été suivi par son médecin dentiste dans le cadre

d’une réhabilitation prothétique par une prothèse partielle amovible. Et que il y a eu

découverte fortuite d’une image radioclaire étendue mandibulaire gauche en rapport avec

la 38. Le patient n’a pas rapporté d’épisodes infectieux ni de douleurs en rapport avec ce

secteur.

Cliniquement

L’examen exobuccal n’a pas montré de déformation faciale, l’absence d’adénopathies

Sub mandibulaires à la palpation ainsi que l’absence de signes d’hypoesthésie

labio-mentonnière. (Figure1)

Figure1: Vue exobuccale du patient : montrant une symétrie faciale et l’absence de


déformation
L’examen endobuccal a montré la présence d’une lésion d’aspect bleuâtre au niveau de la

crête mandibulaire gauche en regard de la 37, fluctuante à la palpation.

Une hygiène insuffisante, avec un édentement bilatéral mandibulaire terminal limité par les 45

et 35. Au niveau supérieur présence d’un édentement maxillaire sub-total avec persistance

des 15, 14, 13, 11 et la 24 couronnée. (Figure2)

L’anamnèse a révélé des dents qui ont été extraites depuis longtemps suite à

desdélabrements carieux.

A la palpation Absence de douleur, présence d’une déformation de la corticale vestibulaire

en regard des sites des 37 et 38, avec l’aspect bleuté de la gencive et la fluctuation à la

palpation évoquant un contenu liquidien de la lésion.

Figure 2: Vue endobuccal: voussure bleuâtre, de consistance molle en regard du site de


la 38
L’examen radiologique

La radiographie panoramique  apporté par le patient a montré une lésion radioclaire faisant

7 cm de grand axe homogène, bien limité au niveau de l’angle mandibulaire s’étendant sur la

branche horizontale jusqu’à la 35 et vers la branche verticale, centrée par la 38

incluse et refoulée vers le bord basilaire. On note que le canal mandibulaire est refoulé vers

le bord basilaire. Par ailleurs, on a noté la présence d’une image de petite taille

1 à 2 mm radio-opaque superposée avec le bord basilaire en dessous de l’angle mandibulaire.

On note aussi la présence de la 48 incluse et d’une image radioclaire évoquant un granulome

en rapport avec la 42. (Figure3)

Figure 3 : Radiographie panoramique pré-opératoire montrant une image radioclaire


homogène, bien limitée en rapport avec la 38 incluse.
Devant l’étendue de la lésion et afin de mieux apprécier ses rapports avec les éléments

anatomiques de cette région, un TDM a été demandé confirmant la nature ostéolytique

homogène de la lésion avec ses extensions antérieures et postérieures.

Cette image refoulait le canal mandibulaire vers le bas et la table vestibulaire de façon

harmonieuse. On a noté la présence d’une légère déformation de la table vestibulaire avec une

extériorisation de la lésion au niveau de la crête osseuse par endroit.

Le TDM a permis de préciser l’insertion de la lésion au niveau du la jonction émail-cément

de la 38 dont la couronne est complètement incluse dans la lésion. La 38 semblait être

refoulée vers le bas. (Figure 4 5 et 6)

Figure4
Figure 5

Figure 6 : TDM : Coupes horizontales, frontales et reconstructions coronales obliques


passant par l’angle mandibulaire et la branche horizontale montrant : une image
hypodense occupant l’angle mandibulaire gauche en rapport avec la 38 incluse dans une
position basse avec une légère déformation des corticales.
Les diagnostics évoquées devant cet aspect clinique et radiologique étaient :

- Un kyste péricoronaire en rapport avec la 38.


- Un améloblastome uni-kystique en rapport avec la 38 .
- Un kératokyste greffé sur un kyste dentigère en rapport avec la 38.
- Un kyste résiduel en rapport avec la 37 ou la 36 a été évoqué mais vu l’insertion au
niveau du collet de la 38 de la lésion ce diagnostic restait peu probable.

 Conduite à tenir :

Devant l’étendue de la lésion et le risque de fracture osseuse, le choix d’une intervention

sous anesthésie locale ou générale a été soulevée.

La décision thérapeutique a été de réalisé une énucléation de la lésion kystique avec

extraction de la dent causale sous anesthésie locale après accord du patient.

En effet, le choix a été conditionné par la difficulté de la réalisation d’une ostéosynthèse par

plaque vu que la lésion a évidé toute la branche horizontale. De ce fait, la prise en charge en

cas de fracture aurait été le blocage bi-maxillaire, nous orientant ainsi vers une intervention

sous anesthésie locale. (Figure 7)

Figure 7: Incision et décollement d’un lombeau muco périosité montrant


l’exteriorisation au niveau de la crête alvéolaire de la lésion kystique
Figure 8 : la 38 extraite

Figure 9 : La pièce opératoire

Figure 10 : La cavité résiduelle


L’acte s’est déroulé sans complications per-opératoires. Le patient a été mis sous

antibiothérapie par voie orale ( Amoxicilline à 2grammes / jour, un antalgique de niveau 2

et un bain de bouche).

Les suites opératoires ont été dominé par un lâchage de sutures avec une légère hypoesthésie

labiale.

Figure 11: Vue endobuccale après la réalisation des points de sutures et fermeture du
site.

 Examen anatomopathologique

L’examen anatomopathologique a confirmé le diagnostic de kyste péricoronaire. On a noté

la présence d’un épithélium pavimenteux non kératinisant mince, composé de 2 à 3 assises

de cellules. La paroi kystique mince, constituée d’un stroma conjonctif lâche. (Figure 12)

Figure 12 : Examen anatomopathologique


 Contrôles post-opératoires

Les contrôles réguliers cliniques et radiologiques ont permis de voir une évolution favorable

de la plaie ainsi que la lésion radiologique. (Figure 13)

Figure 13 : Vue endobuccal de control après 2 ans.

Une radiographie post-opératoire réalisées après 6 et 12 mois et 2 ans ont montré une

réossification complète de la lésion. (Figure 14)

Figure 14 : contrôle radiologique post opératoire à 2 ans: disparition de la lésion


kystique et une réossification complète de la cavité.
2. Discussion

2.1. Définition et étiologie


Les kyste dentigères font partie des kystes épithéliaux odontogéniques de développement

(Kramer et Coll.1992) , ils sont définis comme une cavité pathologique tapissée par un

épithélium associé à la couronne d'une dent incluse. Il s'agit le plus souvent par ordre de

croissance des troisièmes molaires, des canines maxillaires et des prémolaires, mais il peut

également s'agir de dents surnuméraires incluses.(1)

Le kyste dentigère résulte d'une accumulation de liquide entre l'épithélium réduit de l'émail

et l'émail ou entre les couches de l'organe de l'émail. La muqueuse d'un kyste dentigère est un

épithélium pavimenteux stratifié non kératinisé (2)

D'autre part, les cellules épithéliales sont capables de produire des changements

métaplasiques et d'évoluer vers des lésions plus agressives telles que les kératokystes

odontogènes, l'améloblastome, le carcinome muco-épidermoïde ou le carcinome

épidermoïde.(3)

L’ étiopathogénie exacte reste encore incertaine mais c’est possible qu’elle soit liée

à un développement anormal du follicule ou une dégénérescence tardive du follicule.

2.2. Epidémiologie

Les kystes dentigères sont les plus fréquents des kystes odontogéniques après les kystes

inflammatoires radiculaires (4)(5), ils représentent entre 17% et 24% des kystes des

maxillaire. Ils sont le plus souvent rencontrés chez les tranches d’âge entre 20 et 40 ans.
L’incidence est légèrement plus importante chez les hommes, avec un sex-ratio variant de

1.4M/1F à 1.6M/1F selon les études. (7)(8)

La mandibule est la plus fréquemment touchée par les kystes dentigéres (5)(9) , seulement

25% des kystes siègent au maxillaire supérieur contre 75% se situant à la mandibule(10)

Environ 93% des cas possèdent une localisation unique, seulement 3% des kystes

dentigères sont multiples(1)

Les dents les plus concernées sont par ordre décroissant: la troisième molaire mandibulaire,

la canine maxillaire, les prémolaires mandibulaires et la troisième molaire maxillaire (11).

2.3. Aspects cliniques :

Les kystes dentigères sont habituellement asymptomatiques (12) ils sont souvent découverts

lors d’une investigation radiologique de routine ou dans le cadre d’une dent manquante ou

d’un retard d’éruption.

Cependant, le kyste peut atteindre une grande taille et se traduire sous la forme d’une

expansion de la mâchoire qui augmente lentement.

Lorsqu’il est associé à une dent permanente, la dent n’est pas présente sur l’arcade et il existe

occasionnellement une tuméfaction lors du stade d’extériorisation (13)(12)(14).

Le kyste dentigère peut dans certains cas être accompagné d’une douleur, d’un déplacement

des dents voisines, d’épisodes de surinfection ou d’une paresthésie due à la pression

kystique sur le nerf mandibulaire le plus souvent(14)


2.4 Aspects radiologiques :

Le kyste dentigère doit être suspecté devant l’élargissement d’un sac folliculaire au-delà

de 5 mm (15)

La lésion apparait comme une zone uniloculaire homogène et radiotransparente avec

bordure sclérotique bien définies, associées à la couronne d’une dent incluse en cours

de formation ou complètement formée, une expansion corticale est souvent observée (16)

On peut distinguer quelquefois une résorption radiculaire sur les dents adjacentes

et la lésions peut atteindre un volume important, refoulant ainsi la dent causale loin de

son site normal, évidant la majeure partie d’un maxillaire(13)

Souvent solitaire, la présence bilatérale de kystes est très rare et est associée au syndrome

De Maroteaux-Lamy, à la mucopolysaccharidose, à la dysplasie cléidocrânienne et le

syndrome de Klippel-Feil . (17)

L’examen radiologique complémentaire mais indispensable dans ce cas permet d’évaluer

l’expansion du kyste et de préciser son insertion au collet de la dent incluse.

2.5. Diagnostic différentiel

Radiologiquement, le diagnostic différentiel de kyste dentigère doit inclure toutes les lésions

radioclaires d’allure kystiques. Sachant que les stades de début de différentes tumeur bénignes

des maxillaires sont ostéolytiques le diagnostic peut parfois être difficile.

Les lésions kystiques, telles que le keratokyste ou les kystes inflammatoires, marginales

mésiales ou distales doivent être suspecté.

Les tumeurs odontogènes telles que l’améloblastome unikystique, le fibrome améloblastique

et tumeur odontogène adénomatoïde peuvent prêter à confusion (10)(18).


Des entités encore plus sévères comme le kyste glandulaire odontogène ou même

le carcinome épidermoïde et le carcinome mucoépidermoïde doivent être suspectés devant des

signes d’agressivité de la lésion.

2.6. Traitement

2.6.1. Traitement chirurgical conservateur :Enucléation

Une intervention chirurgicale conservatrice est le plus fréquemment utilisé pour traiter

les kystes dentigères, préconisée dans les lésions des petites taille ou les lésions

potentiellement agressives et est associé à l’extraction des dents impliquées dans la lésion

kystique (Martinez Perez et Valera-Morales, 2001 ; Martin-Duverneuil et Auriol, 2004,

Enilidis 2004)

Cette technique consiste à l’énucléation de la lésion selon un plan de clivage tout en

préservant la continuité osseuse tant qu’elle est respecté par la lésion. Dans ce même temps

chirurgicale la dent en rapport avec la lésion sera le plus souvent extraite avec la lésion.

Parfois dans le cas de patients jeunes avec une dent causale immature (avec les deux tiers

radiculaires formées idéalement) il est décris dans la littérature la possibilité de réimplanter la

dent dans la cavité kystique après énucléation et désinsertion de la paroi du collet de la dent.

Une évolution des racines de la dent réimplanter et son éruption peuvent se voir par la suite.
Une autre possibilité thérapeutique est de réaliser l’énucléation de la lésion avec mise en place

de la dent sur arcade (dans le cas où son espace a été préservé par la dent temporale) et

surtout si la dent a terminé son édification radiculaire avec une contention pour la maintenir et

un traitement endodontique avec un suivi à long terme afin d’évaluer son intégration

parodontale.

 Indication (19)

Indiqué pour les lésions de petites taille de diamètre inférieur à 2cm.

Indiqué chez les enfants et les adolescents en denture mixte dans le cas d’un déplacement

dentaire important impliqué par la lésion qui diminue la possibilité d’une mise en place des

dents sur l’arcade

Dans le cas où l’exérèse ne risque pas d’endommager les dents voisines.

Dans le cas où la lésion présente des signes de transformation malignes

 Technique

L’énucléation consiste à retirer à l’aide d’une curette le kyste après incision décollement

et éventuellement ostéotomie pour rendre la lésion accessible.

La lésion peut être en rapport étroit avec les structures anatomiques nobles adjacentes

tell que le nerf alvéolaire inferieur, le plancher du sinus maxillaire ou les fosses nasales tout

geste agressif est donc prohibé afin d’éviter l’effraction accidentelle d’une corticale osseuse

amincie.
Un défaut osseux peut persister après l’intervention chirurgicale mais une réossification

sera favorisée grâce à la formation d’un caillot sanguin dans la cavité (20).

L’ostéogénèse peut être ou non comblé par des substituts osseux, mais cette option reste rare

surtout pour les lésions de grandes étendues

Les cavités sont remplies partiellement par l’os dans le cas où les corticales externes et/ou

internes sont rompues par la croissance du kyste.

Les cavités guérissent souvent de façon incomplète en raison de la croissance plus rapide du

tissus conjonctif qui empêchent ainsi l’ostéogenèse.(21)(22)

le suivi exige une surveillance radiographique à travers des clichés panoramiques,

pour apprécier l’intégralité ou la discontinuité des marges osseuses , sa périodicité dépend

de la conclusion anatomopathologique.

 Avantages (23)

La plaie est suturés en fin d’intervention et la cicatrisation est de première intention

-La gestion des suites opératoires est plus courte et sera terminé 10 jours après ablation des

sutures

-contrairement à la marsupialisation qui exige une hygiène orale irréprochable et une grande

coopération du patient au traitement , les contraintes pour le patient en énucléation est moins

importantes

-un taux très faible de risque de récidive due à l’élimination complète de la lésion kystique

L’analyse anatomo-pathologique est plus précise qui porte sur la totalité de la pièce opératoire
 Les inconvénients

-Délicates dans le cas de kystes dentigères de grande taille vu le risque de fracture osseuse

post-opératoire.

-présente un risque pour les structures anatomiques nobles.

2.6.2. Marsupialisation / Décompression chirurgicale

La décompression est une intervention chirurgicale conservatrice qui diminue

progressivement la taille du kyste. L'intervention consiste à réaliser une fenêtre sur la paroi

du kyste par incision, drainage du contenu intra kyste et suture de la muqueuse kystique

à la muqueuse buccale dans le cas de la marsupialisation ou la mise en place d’un drain dans

le cas de décompression. Le bénéfice de la décompression comprend le maintien de la vitalité

de la pulpe, la préservation du nerf alvéolaire inférieur ou du sinus maxillaire, la prévention

des fractures de la mâchoire et un faible risque de récidive (24)

 Objectif :

chez les adultes

- La diminution de volume de la lésion avant l’énucléation pour diminuer le


traumatisme chirurgical, surtout devant un patient âgé, polytaré chez qui une
intervention chirurgicale lourde n’est pas possible ou une intervention sous anesthésie
générale.
- La protection des structures anatomiques nobles avoisinantes
- La réduction de risque de fractures mandibulaire pouvant apparaitre suite à
l’énucléation d’un kyste de dimension trop important
- La diminution de perte osseuse engendrée par une énucléation pour faciliter la
réhabilitation prothétique.
Chez les enfants

Après la décompression chirurgicale, La diminution de la pression intra-kystique moteur de

l’expansion du kyste va permettre la réossification, la modification de l’axe éruptif des

dents et l’accélération de leur éruption. Des études rapportent des éruptions de dents

encore immatures, profitant du fait qu’une dent à apex ouvert possède un potentiel

éruptif très important, parfois aidée primairement ou secondairement par des tractions

orthodontiques.

 Indications (25)(26)(27)

-Dans le cas de volumineux kystes pour diminuer :

 la taille de la lésion
 le risque de fracture mandibulaire pathologique
 l’importance de la perte osseuse et dentaire .
- suivi ou pas d’une énucléation tout dépend de type de lésion et les résultats
obtenus après décompression.

-Pour les kystes dentigères avec déplacement dentaire important de la dent incluse ou des

dents adjacentes.

-Chez l’enfants et l’adolescents en denture mixte pour préserver les dents impliquées dans la

cavité kystique et favoriser leur éruption spontanée.

-Dans le cas des patients coopérants


 Contre indications

- Dans le cas de petits kystes qui peuvent être éliminés simplement par une énucléation

et sans risque de dommage sur les dents et structures avoisinantes

- Dans le cas de doute sur le potentiel éruptif de la dent incluse ou sur la nature histologique

du kyste.

- Dans le cas d’un patient non coopèrent.

 Technique utilisée :

Il est nécessaire de maintenir ouvert la cavité kystique afin d’avoir une marsupialisation.

l’insertion d’un drain qui doit être suturé à la muqueuse buccale ou d’un obturateur en résine

acrylique empêchant la fermeture de l’orifice peut être utilisé. De nombreuses autres

techniques ont été décrites :

- stents ou stents fixés par des des minivis

- pack de gaze iodoforme,

- tubes de décompressions,

- gouttière.
Figure15: Aspect de la cavité après suture de la muqueuse
buccale et de l’épithélium kystique lors du traitement par
marsupialisation d’un kyste dentigère maxillaire antérieur
chez un enfant de 7 ans

Figure 16 : Aspect clinique immédiatement après


décompression d’un kyste dentigère et insertion d’un
drain en plastique suturé à la muqueuse buccale
Figure 17 : Exemple de stents utilisés pour la décompression, fabriqués à partir de tubes
d’administration intraveineuse (à droite), et de canules nasopharyngée à (gauche)

Figure 18 : Aspect clinique obturateur en résine acrylique


 Suivi :

Le suivi postopératoire nécessite de maintenir une excellente hygiène bucco-dentaire.

Une réadaptation en longueur du drain et un rinçage de la cavité avec du sérum

physiologique deux fois par jour doivent être instauré tout au long du suivi du patient.

Les radiographies panoramiques de contrôle après 3 mois initialement puis chaque

6 mois permettent d’évaluer l’absence des signes d’infections, l’évolution des dents

impliquées et la régénération osseuse jusqu’à la disparition totale du kyste

et la fin de la cicatrisation osseuse.

La réussite de l’éruption spontanée des dents impliquées dans la lésion après l’intervention

chirurgicale est environ de 70% à 90% des cas sa durée est variable entre 7 mois

et 5 ans.

Dans le cas des lésions kystiques étendues, accompagnées d’un grand déplacements des

dents, la technique de marsupialisation aide à l'éruption des germes dentaires, tout en limitant

à la fois le délabrement chirurgical et les risques de lésions neurologiques associées au clivage

des lésions kystiques

 Limites :

- La persistance du tissu pathologique présente un risque de récidive de la lésion qui peut

se développer en un améloblastome ou un carcinome muco-epidermoïde,.

 une énucléation en un deuxième temps opératoire est donc nécessaire après s’être
assuré que la lésion kystique est éloignée des structures anatomiques nobles.

- La réalisation des analyses anatomopathologiques de l’intégralité de la lésion est


impossible
- Les risques de surinfection associés à un manque d’hygiène

- Le risque de perdre de vue un patient en cours de route, et donc une grande coopération du

patient et des ses parents est obligatoire.

2.7. Aspect macroscopique :

Les kystes dentigères sont toujours attachés à la dent incluse ou enclavée à hauteur de la

jonction émail-cément. Le centre du kyste est situé au dessus ou en-dessous de la couronne de

la dent en rapport avec le kyste, sauf lorsque le kyste se trouve orienté vers une position

latérale lors de son développement. Dans ce cas , le kyste peut se trouver en position latérale

par rapport à la dent d’origine.

2.8. Aspect Histopathologique :

Lorsqu’il n’est pas surinfecté, il se caractérise par une paroi mince de tissu conjonctif

relativement lâche pauvre en fibres de collagènes souvent avec un aspect légèrement

myxoïde, et un revêtement épithélial constitué de 2 à 4 couches de cellules cubiques.

La paroi peut contenir de petits restes quiescents d’épithélium odontogène.

Les changements métaplasiques peuvent inclure des cellules muqueuses et des cils.

Lorsqu’il est surinfecté, la paroi fibreuse est plus collagénisée avec un infiltrat inflammatoire

chronique. La muqueuse épithéliale hyperplasique, avec des cristaux de cholestérol

adjacents et une surface kératinisée est parfois observé.


2.9. Pronostic et facteurs prédictifs :

Les kystes dentigères sont traités par énucléation, avec extraction de la dent incluse.

La transformation carcinomateuse, quoique exceptionnelle, doit être prise en compte et

imposer l’énucléation complète de la poche kystique et l’extraction de la dent incluse .

La marsupialisation doit être envisagée en présence d’un kyste folliculaire sur une canine ou

une prémolaire chez un sujet jeune, afin de permettre l’éruption de la dent causale .dans ce

cas ,un examen anatomopathologique reste indispensable ainsi qu’un suivi postopératoire

jusqu’à la fin de l’éruption de la dent.


Conclusion

Les kystes dentigères sont fréquemment retrouvés dans notre pratique, il est donc crucial

d'effectuer un suivi avec recherche pour éviter les complications et décider le meilleur

traitement selon le cas individuel de chaque patient. L’examen radiographique est primordial

dans l’investigation et le diagnostic des kystes. D’habitude la prise en charge est chirurgicale

par énucléation ou par marsupialisation, les critères de choix de la modalité de traitement sont

basés sur l'âge, la taille de la lésion kystique, l'emplacement et le stade de développement

de la racine, la position de la dent impliquée et la relation de la lésion avec les dents

adjacentes et les structure anatomiques nobles.

Le rapport bénéfice- risque reste le critère essentiel pour l’évaluation ces différentes

techniques de traitement tout en gardant dans l’esprit que le choix de traitement peut être

reconsidéré vu la possibilité de pouvoir se trouver face à des lésions tumorales plus

agressives.
Bibliographie

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