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Support - Chap. II – section 1 M.

MARCHAND

CHAPITRE 2 – La politique monétaire


Section 1

Introduction générale

La politique monétaire est l'une des politiques économiques permettant de contrôler/guider/réguler l'activité
économique en agissant directement sur la sphère monétaire et bancaire pour ensuite agir sur la sphère financière et
réelle.

La naissance de la politique monétaire est récente et apparaît avec l'essor de la banque centrale, sorte de banque des
banques qui au gré de l’histoire était détenue par l'État ou des acteurs privés. Aujourd’hui, la plupart des banques
centrales sont des organes publics mais indépendant des gouvernements des pays auxquels elles sont rattachées
(section 1). Dans les premiers temps1, les banques centrales étaient surtout utilisées pour (1) conserver les réserves
d'or et de devises (monnaies étrangères) du pays, (2) émettre (en contrepartie de ces réserves) des billets et des
pièces, (3) agir pour l’Etat en l’enrichissant à travers la différence entre la valeur faciale de la monnaie émise et son
contenu en or2.

Au 20ème siècle, le rôle de la banque centrale a évolué. Dans un premier temps, elle reste relativement passive et ne
participe pas ou très peu à l’activité économique. Néanmoins, la crise de 1929 et la réaction passive des banques
centrales couplé à la Théorie générale de Keynes publiée en 1936 qui appelait au contraire à une intervention des
banques centrales se traduisent par un nouveau rôle des banques centrales après la Seconde Guerre Mondiale. Les
banques centrales deviennent parties prenantes du financement de l’économie et plus particulièrement des Etats à
travers la monétisation de la dette publique (la banque centrale finance directement les Etats). Dans les années 1970,
les hauts niveaux d’inflation conduisent à repenser cette activité de monétisation qui contribuait à augmenter les prix
(hausse de la masse monétaire = inflation ; cf. section 2). En effet, conjugué au choc pétrolier (hausse des prix du
pétrole, donc hausse des coûts de production et donc hausse des prix = choc d’offre négatif), la monétisation des
dettes pousse l’inflation à des niveaux très hauts dans les années 1970. Pour lutter contre celle-ci, la monétisation de
la dette est bannie dans plusieurs pays (la France en 1973). En parallèle, les pays décident de libéraliser leurs
mouvements de capitaux (l’économie de chaque pays peut être financée par l’épargne du monde entier). Cette
libéralisation financière pousse les pays à lutter contre l’inflation qui est un frein pour attirer l’épargne du monde. La
politique monétaire des banques centrales prend donc la direction de la lutte contre l’inflation au cours des années
1970 et plus particulièrement dans les années 1980 (ex. politique monétaire américaine de Paul Volcker).

1
Les premières banques centrales apparaissent au 17ème siècle. Plus précisément, en 1609 à Amsterdam dans les Provinces Unies
(Pays-Bas) puis en 1694 au Royaume-Uni (Bank of England). Il faut attendre 1800 pour que la Banque de France soit créée par
Napoléon et 1914 pour la FED aux Etats-Unis.
2
Cette pratique est appelée le seigneuriage. Elle remonte bien avant la naissance des banques centrales, à environ -600 avant
notre ère en Lydie (Anatolie actuelle - Turquie asiatique ; en face d'Athènes) avec le roi Alyatte (père de Crésus) dont la capitale
de son royaume était traversée par le fleuve Pactole qui regorgeait d’électrum (un alliage d’or et d’argent). Alyatte fut le premier
roi à frapper des pièces en électrum à son effigie mais avec un contenu d’or inférieur à ce qu’il y avait dans l'électrum naturel.
Alyatte récupérait la différence en or pour sa propre richesse.
08 février 2022
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Durant cette décennie, les Etats simplifient également les règles du financement de leurs économies ce qui accentue
la financiarisation de celles-ci notamment à travers le recours au crédit bancaire et aux marchés financiers3. Le double
mouvement de libéralisation des capitaux et de financiarisation des économies amènent les banques centrales à
contrôler l’inflation et à surveiller les acteurs du financement des économies (i.e. les banques commerciales). Pour ce
faire, les banques centrales deviennent indépendantes des gouvernements avec des mandats précis qui fixent des
objectifs en matière d’inflation (section 1). Néanmoins, la crise économique de 2008 a rappelé le rôle important des
banques centrales en tant qu’acteur majeur pour stabiliser l’économie (section 3).

Aujourd’hui, les banques centrales ont donc un double rôle. D’un côté, l'intervention de la banque centrale cherche à
stabiliser l'activité économique de sorte que la politique monétaire est conjoncturelle. D’un autre côté, les mandats
des banquiers centraux comme celui de la BCE mentionnent principalement l'objectif de stabilité des prix et non celui
de stabilité de l’activité économique. Ainsi, la politique monétaire est aussi une politique structurelle devant contrôler
l'évolution des prix pour maintenir la croissance de l'économie sur un sentier de croissance stable. Ainsi, en maitrisant
les prix, la banque centrale crée les incitations suffisantes permettant la prise de décision économique (ex.
investissement pour une entreprise, consommation pour des ménages) et agit ainsi indirectement sur l'allocation des
ressources. En résumé, la politique monétaire est mixte (conjoncturelle/stabilisation et structurelle/allocation) et
selon les exigences de la réalité est soit une politique conjoncturelle (le cas de la BCE en ce moment), soit une
politique structurelle. La théorie économique (section 2) permettra de clarifier son rôle.

3
Il s’agit de la réforme dite des 3D : décloisonnement, déréglementation et désintermédiation.
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1. Enjeux
1.1. Définition
1.1.1.Monnaie

La monnaie est une institution (=une règle) sociale créée par les sociétés humaines pour plusieurs raisons. La monnaie
a donc le rôle que la société veut bien lui donner.

L’un des rôles de la monnaie est d’être un instrument économique qui possède trois fonctions importantes : (1)
compter et comparer – la monnaie est un instrument de compte/unité de compte ; (2) payer et échanger – la
monnaie est un instrument de paiement/moyen de transaction (elle a un pouvoir économique, un pouvoir d'achat) ;
(3) se protéger et spéculer – la monnaie est un instrument de réserve de valeur (thésaurisation) qui lui permet d’être
un moyen de précaution et de spéculation.

La monnaie remplit ses trois fonctions sous différentes formes. Elle existe sous forme (A) d'espèces composées (1) de
pièces (appelée monnaie marchandise ou divisionnaire) et de (2) billet (appelée monnaie fiduciaire) et (B) de dépôts
bancaires (appelée monnaie scripturale) qui sont par l'utilisation d'instruments financiers utilisés comme monnaie
(exemple : carte de crédit pour payer, transferts bancaires, ...). Ainsi, la quantité de monnaie dans une économie est
faite d’espèces et de dépôts bancaires.

Pour la mesurer, il existe des agrégats allant de M1 à M3. Autrement dit, la masse monétaire correspond à l'ensemble
des placements (avoirs monétaires et financiers sous formes d’espèces et de dépôts bancaires) que les agents
détenteurs de monnaie (ménages, sociétés non financières, administrations publiques, sociétés d'assurance, OPC non
monétaires, entreprises d'investissement et organismes de titrisation, pour l'essentiel) détiennent auprès des
institutions financières et monétaires (établissements de crédit, sociétés de financement, Caisse des dépôts et
consignations, OPC monétaires et banque centrale).

Dans le détail, l'agrégat M1 correspond aux espèces (billets et pièces) et les dépôts à vue (compte courant). L'agrégat
M2 est l’agrégat M1 auquel on ajoute les comptes sur livrets d'une durée inférieure à 2 ans (ex. livret A). L'agrégat M3
est l'agrégat M2 auquel on ajoute certains instruments négociables (titres de dettes) à court terme (moins de deux
ans) et très liquides émis par les institutions financières (banques notamment) et par les OPCVM (Organisme de
Placement Collectif en Valeurs Mobilières) sous la forme de (1) certificats de dépôts (fonds à vue ou à moins de deux
ans du terme reçu par une banque), (2) créance à moins de deux ans de type obligations, (3) SICAV monétaire
(mélange d'obligations, bons à moyen terme négociables).

Pour aller plus loin : Données dans la zone euro

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1.1.2.Création monétaire et acteurs

La création monétaire se fait par :

▪ Pièce : Trésor public (Etat) qui gère les pièces et peut augmenter la masse monétaire par la hausse du nombre de
pièce en circulation
▪ Billet : Banque centrale qui gère la création de billet et peuvent augmenter la masse monétaire par la hausse de
billet en circulation
▪ Dépôts bancaires : banques commerciales qui gèrent les dépôts bancaires et peuvent augmenter la masse
monétaire par le crédit bancaire (qui nourrit les dépôts à vue)

Même si les banques commerciales sont les principaux acteurs en matière de création monétaire par le crédit
bancaire, la banque centrale a un rôle important car elle peut agir directement sur l’activité de crédit des banques
commerciales avec sa politique monétaire (cf. infra sur les objectifs et les instruments).

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1.2. Objectifs et instruments des banques centrales


1.2.1.Les objectifs de la politique monétaire

La politique monétaire : une politique économique structurelle ou conjoncturelle

Pendant longtemps les banques centrales avaient des mandats larges et imprécis sous l'autorité des gouvernements
de leur pays. Cependant, depuis les épisodes d'inflation des années 1970 et 1980, les objectifs assignés aux banques
centrales sont plus précis et dans la plupart des pays, la stabilité des prix reste l'objectif principal (cf. introduction). Les
banques centrales modernes sont dorénavant indépendantes et conduisent la politique monétaire dont les objectifs
poursuivis correspondent à des mandats déterminés par les parlements nationaux ou, dans le cas d'union monétaire,
par un traité international.

Néanmoins, ces objectifs font débat parmi les politiques et les économistes. Les expériences récentes permettent de
retenir quatre objectifs : la stabilité des prix, la stabilité de la production, la stabilité du taux de change et la stabilité
financière.

Ainsi, l'objectif de stabilisation de l'économie est au cœur de l'intervention des banques centrales et de la politique
monétaire moderne. En revanche, elle n'est pas seulement une politique conjoncturelle et contracyclique mais aussi
une politique structurelle. Autrement dit, que ce soit (1) en cas de crise ou (2) en période normale, la politique
monétaire doit gérer et émettre la monnaie afin de stabiliser l'économie. En période de crise, la politique monétaire
devient « conjoncturelle et contracyclique » quand elle cherche à relancer l'économie pour la rapprocher de son
potentiel (économistes keynésiens ; cf. section 2). En période normale, la politique monétaire est « structurelle » c'est
à dire qu’elle cherche à affecter la quantité et la qualité des ressources productives de l’économie par le biais du
maintien de la stabilité de l'économie à travers notamment de la maîtrise de l’évolution des prix (économistes
classiques et monétaristes ; cf. section 2).

Exemple : bien que le mandat de la BCE mentionne uniquement l'objectif de stabilité des prix, la politique monétaire
de la BCE est à la fois structurelle et conjoncturelle. En période normale (situation de plein-emploi), la politique
monétaire de la BCE est structurelle. A travers le contrôle de l'évolution des prix, elle fixe les incitations des agents
économiques qui peuvent prendre leurs décisions dans un environnement prévisible. Cette stabilité garantit la prise
de décisions économique et agit ainsi sur l'allocation des ressources. En revanche, en période de crise, la BCE
intervient pour contrecarrer le ralentissement économique en agissant sur la demande agrégée (à travers les taux
d'intérêt et parfois les taux de change – cf. section 2 sur les canaux de transmission à l’économie réelle).

En résumé, la politique monétaire est mixte et selon les exigences de la réalité est soit une politique conjoncturelle
(aujourd'hui), soit une politique structurelle. La théorie économique (section 2) permettra de clarifier cette opposition
qui devient finalement des postures complémentaires selon l'horizon temporel.

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a) La stabilité des prix

Stabilité des prix, inflation et valeur interne de la monnaie

Les banques centrales ont très souvent pour mandat principal de stabiliser les prix (éviter l’inflation). C’est le cas de la
BCE qui doit maintenir l'inflation autour de 2% par an dans la zone euro. Stabiliser les prix implique de maintenir la
valeur de la monnaie. En effet, si l’inflation est importante, cela veut dire que le pouvoir d’achat d’une monnaie (ce
qu’il est possible d’acheter avec elle) est fortement réduit. Elle perd de la valeur. Autrement dit, l’inflation réduit la
valeur d’une monnaie. Elle est une mesure de celle-ci : plus l’inflation augmente, plus la valeur de la monnaie baisse.
Plus précisément, il faut parler de valeur interne de la monnaie. La valeur externe est quant à elle mesurée par le taux
de change (valeur d’une monnaie en une autre monnaie ; cf. objectif du maintien du taux de change infra).

La lutte contre l’inflation est donc un objectif important de la politique monétaire car celle-ci est garante de la valeur
d’une monnaie. Plus celle-ci est préservée, plus les individus ont envie de l’utiliser pour consommer, investir,
épargner, etc. Une économie qui se porte bien, est une économie qui maitrise son inflation. Dans le cas contraire, les
conséquences peuvent être très désagréables (cf. paragraphe sur les conséquences infra). Néanmoins, l’inflation est
un phénomène économique dont les causes sont multiples. La politique monétaire peut en être une (et donc être une
solution) mais il y a aussi des facteurs qui proviennent de l’économie réelle (cf. paragraphe sur les causes infra).

Les causes de l'instabilité des prix

Il y a deux types d’instabilité : l’inflation (hausse des prix) et la déflation (la baisse des prix)4.
Il est possible de distinguer trois grandes causes de l'inflation.
La première est appelée inflation par la demande et s'explique par l'inélasticité de l'offre à court terme à une hausse
de la demande. Cette situation apparaît lorsque la demande augmente (consommation des ménages, investissement
des entreprises ou encore dépenses de l’Etat dans le cadre d’une politique budgétaire de relance par exemple (cf.
chapitre précédent)) en situation de plein-emploi des facteurs de production.
La deuxième est appelée inflation par les coûts et a pour origine une hausse des coûts de production répercutés les
producteurs sur les prix de vente (ex. une hausse des salaires, une baisse du taux de change qui provoque une hausse
des produits importés par les entreprises et utilisées pour produire, une hausse du prix des matières premières (choc
pétrolier par exemple), …).
La troisième est appelée inflation monétaire et consiste en une augmentation de la masse monétaire en circulation
dans l’économie. Cette hausse est provoquée par les créateurs de monnaie que sont les banques centrales et les
banques commerciales. Nous comprenons ici que la banque centrale peut, elle aussi, être à l’origine de l’inflation.
Néanmoins, si son mandat est de lutter contre l’inflation, elle devra contrecarrer celle-ci en réduisant la masse
monétaire (cf. les instruments infra pour savoir comment). Par exemple, si l’inflation augmente à cause d’un choc
pétrolier qui pousse les entreprises à répercuter la hausse des coûts de production sur les prix de vente (inflation par
les coûts), alors la banque centrale mène une politique monétaire dite restrictive pour dégonfler la masse monétaire.
Dans cet exemple, à l’inflation par les coûts, la banque centrale répond déflation monétaire. Si cette dernière est
efficace et bien calibrée, la somme des deux permet de stabiliser les prix.

4
A ne pas confondre avec la désinflation qui signifie un ralentissement de la hausse des prix (donc une baisse de l’inflation d’une
période sur l’autre : ex. inflation de 4% en t et de 3% en t+1).
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A noter enfin qu’il est fréquent de lire que l’inflation monétaire est une composante de l’inflation par la demande. En
effet, si l’inflation a pour origine une hausse de la masse monétaire, cette dernière se transforme en inflation en
agissant sur la demande. Plus précisément, si la masse monétaire augmente, les ménages sont incités à plus
consommer et les entreprises à plus investir (cf. section 2 sur la théorie). Si cette hausse de la demande se fait dans
une économie en plein emploi, alors il y a de l’inflation.

A l’image de l’inflation, il est possible de distinguer trois types de déflation (baisse des prix).
La première est appelée monétaire et est le fruit d’une décision de la banque centrale de réduire délibérément la
quantité de monnaie en circulation. A l’inverse de l’inflation monétaire, une baisse de la masse monétaire réduit les
prix en étouffant la demande. Une banque centrale qui ferait cela n’aurait pas pour mandat de stabiliser les prix
(puisqu’elle les baisse) mais un autre mandat notamment en matière de maintien des taux de change (cf. infra).
La deuxième est appelée financière et consiste en une contraction de la masse monétaire de la part des banques
commerciales. Ici, il y a une baisse du crédit par exemple suite à une crise bancaire (qui touche les banques) et/ou
financière (qui touche les marchés financiers et par répercussion les banques). La contraction du crédit entraine une
chute de la demande des entreprises (investissement) et des consommateurs provoquant une baisse des prix.
La troisième est appelée réelle quand l’économie est en surproduction : l’offre est supérieure à la demande ce qui
pousse les prix à la baisse. A noter que cela est le cas soit quand les producteurs ont trop produit (erreur de jugement
sur le niveau de la demande) ou bien quand la demande baisse pour des raisons diverses comme les deux
précédentes formes de déflation évoquées. Autrement dit, la déflation monétaire ou financière a pour résultat une
déflation réelle (demande inférieure à l’offre).

Les conséquences de l'instabilité des prix

L’inflation et la déflation ont des conséquences économiques très négatives.


Concernant l’inflation, il est possible d’isoler trois conséquences.
Premièrement, l'inflation, notamment quand elle est importante, implique une perte de pouvoir d’achat des individus
(les économistes disent érosion du revenu réel) ce qui réduit la demande adressée aux entreprises et par conséquent
plonge l’économie dans une baisse de la production (récession) avec un risque de chômage entretenant la baisse de la
demande.
Deuxièmement, l'inflation, notamment si elle est instable, brouille les informations que reçoivent les individus et les
plonge dans l'incertitude en matière de choix de consommation (acheter maintenant ou demain) et d’investissement
pour les entreprises. C’est particulièrement vrai pour ce dernier qui a des effets dans le futur (un investissement fait
aujourd’hui génère des revenus dans le futur). Une entreprise qui ne sait pas à quels prix elle vendra ses produits peut
décider de ne pas investir. En conséquence, il y a une baisse de la demande adressée aux entreprises menant à une
récession économique et à une hausse du chômage.
Troisièmement, l'inflation a pour conséquence de modifier la répartition des revenus entre les créanciers/épargnants
(perdants) et débiteurs (gagnants) qui si elle est trop forte peut déstabiliser l'économie en incitant les épargnants à
placer leur épargne à l’étranger (fuite des capitaux à l'étranger)5.

5
En effet, une épargne est constituée en t pour être dépensée en t+1. Si les prix ont augmenté en t+1 alors l’argent placé vaut
beaucoup moins en t+1 (en matière de pouvoir d’achat) qu’au moment de son placement. L’épargnant peut anticiper l’inflation
est décider de placer son argent dans un pays où l’inflation est modérée (fuite des capitaux). Aussi, si cet épargnant décide de
prêter son argent (il devient créancier) en t, il est perdant car le débiteur (celui qui emprunte) le remboursera en t+1 mais la
somme reçue a perdu en pouvoir d’achat. Pour éviter cela, le créancier peut demander un taux d’intérêt élevé (au risque que le
débiteur ne puisse par emprunter ou qu’il fasse défaut de paiement) ou bien le créancier peut aller voir ailleurs et prêter à un
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La déflation a aussi des conséquences encore plus négatives. Ses effets indésirables apparaissent immédiatement
alors qu’un faible niveau d'inflation a peu de conséquence sur l'économie6. La déflation a un triple effet. Tout d'abord,
elle réduit la demande adressée aux entreprises à cause des comportements d’attentes des demandeurs
(consommateurs et entreprises) dans l'attente de prix plus bas provoquant un recul de la production et une hausse du
chômage aggravant la spirale déflationniste par la contraction de la demande. Ensuite, des prix en baisse provoque
immédiatement une baisse du chiffre d’affaire des entreprises (sauf si elle vend plus mais en vertu du premier effet, il
y a peu de chance). Cette baisse est répercutée sur les salaires ou se traduit en licenciement aggravant la spirale
déflationniste par la contraction de la demande. Enfin, la déflation alourdit le poids (coût) de la dette des débiteurs
pouvant entraîner des phénomènes de faillites dommageable pour le secteur bancaire et le financement de
l'économie.

b) La stabilité de la production

L'objectif de stabilité de la production est lié à l'intervention contracyclique de la banque centrale. Autrement dit,
quand apparait une crise économique, ou un ralentissement important de la production avec une hausse du
chômage, la banque centrale peut intervenir pour relancer l'économie (politique conjoncturelle). Nous verrons dans la
section 2 comment la politique monétaire peut agir sur la production d’un pays. En quelques mots, il s’agit de
comprendre que la politique monétaire agit de la même façon que la politique budgétaire : à savoir en agissant sur la
demande (consommation des ménages et demande des entreprises). Néanmoins, au lieu de jouer sur les impôts et les
dépenses publiques, la politique monétaire consiste à utiliser d’autres instruments (cf. infra) qui conduisent à réduire
les taux d’intérêt et/ou à injecter directement de la nouvelle monnaie ce qui, par voie de conséquence, stimule
l’investissement des entreprises et la consommation des ménages (cela sera expliqué dans la section 2 quand nous
aborderons la théorie).

Remarque : lien entre les objectifs de lutte stabilité des prix et de la production

A noter que la banque centrale américaine (la FED) a un mandat de lutte contre l’inflation et de stabilité de la
production (et donc de chômage) alors que la BCE n’a pas de mandat officiel en terme de stabilité de la production.
Néanmoins, cette dernière intervient depuis 2008 comme sa consœur américaine pour relancer l’économie et réduire
le chômage (cf. section 3). En revanche, contrairement à la FED, la BCE le fait tant que l’objectif de stabilité des prix
n’est pas remis en cause. Si cela devait être le cas (c’est-à-dire un taux d’inflation supérieur à 2% par an - autour de 0%
aujourd’hui sur an dans la zone euro (données à consulter ici)), elle serait forcée de mener une politique monétaire de
lutte contre l’inflation, contradictoire avec son désir de relancer la production et de réduire le chômage (autour de 8
% dans la zone euro). Pourquoi ? car combattre l’inflation nécessite de recourir à une politique monétaire restrictive
(réduction de la masse monétaire) alors que relancer la production et réduire le chômage appelle au contraire à
mener une politique monétaire expansionniste (hausse de la masse monétaire). Voir tableau dans le support avec
diapositives.

emprunteur résidents d’un pays avec une inflation modérée (fuite des capitaux). Dans tous les cas, l’économie du pays en inflation
forte est perdante.
6
En règle générale, une inflation inférieure à 5% a peu de conséquences négatives.
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c) La stabilité financière

La stabilité financière touche au financement de l’économie effectué par le secteur bancaire et les marchés financiers.
Depuis le milieu du 19ème siècle, la stabilité des économies repose en grande partie sur la stabilité. Les crises
économiques, qui par définition remettent en cause la stabilité, ont très souvent une origine bancaire et financière
(ex. 1873,1929,1987, 2000 et 2008). Dans ce cadre-là, l'objectif de la banque centrale est de renforcer la stabilité
financière.

Pourquoi cet objectif ?

Bien que cela n'apparaissent pas toujours clairement dans ses mandats, la banque centrale s'intéresse à la stabilité
financière pour deux raisons.

La première est liée à l’objectif de stabilité des prix. En effet, il n’est pas possible de dissocier confiance dans une
monnaie (et donc maintien de la valeur d’une monnaie et donc contrôle de l’inflation) et secteur bancaire. En effet, ce
dernier est responsable, nous l’avons vu, d’une grande partie de la masse monétaire d’une économie (cf. supra sur les
agrégats monétaires). Autrement dit, si la banque centrale a pour mission de protéger la valeur d’une monnaie en
matière d’inflation, elle doit s’assurer que le secteur bancaire soit stable. Si ce n’est pas le cas, la confiance dans la
monnaie est rompue et les individus peuvent se détourner d’elle (au risque d’une crise économique).

La seconde raison est liée plus directement à la politique monétaire que met en place une banque centrale. Cette
dernière a besoin du secteur bancaire et financier pour répercuter ses décisions de politiques monétaires. Nous
verrons cela dans le détail dans la partie infra sur les instruments. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la politique
monétaire de la banque centrale s’effectue à travers le canal du financement de l’économie par les banques et les
marchés financiers pour toucher l’économie réelle (inciter les entreprises à produire et embaucher, et les
consommateurs à consommer). Si jamais, ce canal ne fonctionne pas, la politique monétaire peut ne pas atteindre son
objectif soit de stabilité des prix, soit de stabilité de la production.

Comment atteindre cet objectif ?

Pour maintenir la stabilité du secteur bancaire et financier, la banque centrale peut intervenir à titre préventif ou
curatif. Plus précisément, elle assure la stabilité (1) en alimentant les banques avec de la nouvelle monnaie pour
faciliter le fonctionnement du secteur bancaire et maintenir le financement de l'économie réelle (rôle de prêteur en
dernier ressort (celui qui sauvera le système) - rôle du pompier), (2) en assurant aux déposants auprès des banques
que leurs avoirs sont garantis (éviter la ruée vers les guichets), et (3) en supervisant le secteur bancaire (rôle du
gendarme).

Remarque sur la complémentarité avec les objectifs de stabilité des prix et de la production

Par exemple, une poursuite de la stabilité financière peut renforcer la stabilité de la production mais pas forcément de
stabilité des prix. En effet, restaurer la confiance des individus dans leur monnaie à travers un soutien aux banques
par une intervention massive de refinancement des banques commerciales se traduit par une hausse de la masse
monétaire dans l'économie et un risque d'inflation qui, dans un premier temps, remettent en cause l'objectif de
stabilité des prix, et après quelques années génèrent des phénomènes de bulles pouvant provoquer une instabilité à
la fois du secteur financier et de la production. L'art de la politique monétaire est donc de restaurer la confiance sans
provoquer la prochaine crise de confiance.

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La troisième casquette de la banque commerciale, celle du gendarme, est une façon de mener ce jeu d'équilibriste car
les banques commerciales ont des normes prudentielles très strictes à respecter pour éviter toutes prises de risques
systémiques et des faillites. La banque centrale est là pour contrôler que les banques commerciales respectent de ces
règles.

Exemple de la BCE : prévenir (gendarme) plus que guérir (pompier) avec l’Union bancaire

Depuis 2014, la BCE a, un plus de son mandat de stabilité des prix, un nouveau rôle de superviseur unique du secteur
bancaire qui s’inscrit dans l’Union bancaire que la zone euro a créé après la crise de 2008. Cette Union bancaire a trois
piliers qui illustrent le rôle de la BCE en tant que garante de la stabilité financière : pilier SUPERVISION avec le
Mécanisme de Surveillance Unique (MSU – entrée en vigueur le 4 novembre 2014) qui consiste à surveiller les 119
plus grosses banques européennes (82% des actifs bancaires de la zone euro) en matière de placement et de prêt de
ces dernières pour s’assurer qu’elles ne prennent pas trop de risque + pilier RESOLUTION avec le Mécanisme de
Résolution Unique (MRI – entrée en vigueur le 1 janvier 2016) qui consiste en la création d’un fond de résolution
unique alimenté par les banques (55 milliards d’euros) qui doit être utilisé pour aider les banques en difficulté) + pilier
PROTECTION (système européen de garantie des dépôts (SEDG)) qui consiste à rembourser les déposants (ex. dans la
limite de 100 000 euros en France – besoin d’harmonisation au niveau de la zone euro ; but de ce pilier)) en cas de
défaillance de leur banque et d'indisponibilité de leurs dépôts (remboursement possible à partir d’un fonds alimenté
par le secteur bancaire). Pour ce dernier pilier, les négociations sont toujours en cours. Autrement dit, il n’existe pas
encore !

d) La stabilité du taux de change

La valeur d'une monnaie est à la fois interne et externe :


▪ la valeur interne d'une monnaie se mesure par l'inflation (plus elle est importante, moins la monnaie a de valeur).
▪ la valeur externe d’une monnaie se mesure par le taux de change de la monnaie nationale, i.e., le prix de la
monnaie nationale en monnaie étrangère.

La stabilité du taux de change de la monnaie nationale par rapport aux principales monnaies étrangères est un objectif
très important car elle conditionne le volume et la nature (i.e., commerciaux ou financier) des échanges
internationaux. La banque centrale peut :
▪ avoir comme mission officielle de maintenir une certaine valeur du taux de change (dans le cadre de la politique
de change) quand le régime de change est fixe,
▪ agir arbitrairement (décision de politique de change) ou involontairement (décision de politique monétaire qui a
un impact sur le taux de change alors que ce n’est pas l’objectif premier de la banque centrale (elle veut maintenir
l’inflation par exemple)) sur la valeur du taux de change quand le régime de change est flottant.

Quand la banque centrale se préoccupe du taux de change (officiellement – régime de change fixe, ou officieusement –
régime de change flottant) alors la politique monétaire se mélange avec la politique de change (cf. chapitre 3). Aussi,
même lorsque la banque centrale ne se préoccupe pas du taux de change, elle agit malgré tout dessus notamment à
travers la modification des taux d’intérêt (ex. infra sur le taux de change flottant).

Exemples d’intervention de la banque centrale pour agir sur le taux de change (nous reverrons tout cela dans le chapitre
3)

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Exemple 1 : Si le taux de change est fixe – régime de change fixe (ex. pays de la Zone Franc en Afrique ancrée sur l’Euro),
alors la banque centrale intervient sur le marché des changes en agissant sur la demande et/ou l'offre de monnaie
nationale pour influencer le taux de change. Par exemple, si le taux de change augmente à cause d’une demande plus
forte de monnaie nationale (ex. suite à une entrée de capitaux étrangers dans l’économie), la banque centrale peut
intervenir en offrant plus de monnaie nationale (i.e., elle augmente la masse monétaire) en achetant les devises
étrangères des investisseurs étrangers qui demande de la monnaie nationale. En augmentant ses réserves de devises
étrangères (car elle achète des devises), la banque centrale agit contre la hausse du taux de change. Autrement dit, à
la hausse de la demande de monnaie nationale, elle répond par une hausse de l’offre de monnaie nationale
neutralisant toute tension sur le taux de change. L’implication en termes de politique monétaire est que ce genre
d’intervention empêche d’utiliser la politique monétaire à des fins de stabilité des prix ou stabilité de la production du
pays (cf. chapitre 3 – triangle de Mundell).

Exemple 2 : Si le taux de change est flottant – régime de change flottant (ex. Zone Euro, Etats-Unis et Royaume-Uni)
alors le marché des changes détermine lui seul le taux de change et la banque centrale n’agit pas directement dessus
par des interventions consistant à acheter ou vendre de la monnaie nationale (cf. régime de change fixe). Dans ce cas-
là, la stabilité du taux de change dépend de la stabilité du marché.
▪ La banque centrale peut agir indirectement (de façon volontaire/arbitraire ou non) sur le taux de change en
attirant ou en repoussant les capitaux étrangers par l’intermédiaire des taux d'intérêt dans sa zone monétaire. Par
exemple, une banque centrale qui décide d’augmenter ses taux d’intérêt directeurs (instruments de politiques
monétaires expliqués infra) provoque une hausse des taux d’intérêt dans son économie attirant les capitaux
étrangers. Ces derniers sont échangés contre la monnaie nationale sur le marché des changes. Ainsi, la monnaie
nationale est plus demandée et le taux de change augmente (rappel – point de départ : une hausse des taux
d’intérêt directeurs).
▪ La banque centrale peut agir directement en achetant ou en vendant sa propre monnaie sur le marché des changes
au risque d'envoyer un signal de manipulation du marché car il s’agit en effet d’une manipulation du taux de
change alors que celui-ci doit normalement être déterminé par le marché. Par exemple, la banque centrale de
Chine est souvent décriée pour ce genre de comportement (ex. baisse du yuan pour relancer la croissance
chinoise à travers une hausse des exportations). Il est reproché à la Chine d'acheter des devises étrangères en
injectant des yuans nouvellement créés pour augmenter l'offre de yuan en réponse à la demande de yuan des
investisseurs étrangers qui veulent investir en Chine. L'objectif de la banque centrale chinoise est de maintenir le
yuan à un niveau bas pour stimuler la compétitivité-prix des produits chinois car les exportations sont l'un des
moteurs les plus importants de la croissance chinoise.

08 février 2022
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1.2.2.Les instruments de la banque centrale

a) Lien entre les instruments et les objectifs

Objectif final
Cibles sous le contrôle Objectifs
intermédiaires Objectif(s) assigné(s)
de la banque centrale

b) Les instruments conventionnels

• 1er type d’instrument : les réserves obligatoires


Remarque – la base monétaire/les réserves monétaires : La quantité de monnaie dans l'économie est constituée
d'espèces (pièces et billets) et de monnaie scripturale des dépôts bancaires. De cette quantité, la banque centrale (BC)
ne contrôle qu'une petite partie qu'on appelle la base monétaire, aussi appelée monnaie banque centrale, qui désigne
la monnaie qui est directement créée par la banque centrale (cf. figure supra). La base monétaire se compose (1) des
billets et pièces en circulation mais aussi (2) des avoirs monétaires détenus par banques commerciales auprès de la
banque centrale. Ces avoirs forment ce que l'on appelle les réserves obligatoires que les banques commerciales
doivent détenir auprès de leur BC quand elles font (1) des crédits sans dépôts ou (2) en proportion de leurs dépôts.

Pourquoi ces réserves monétaires :


➔ (1) pour maintenir la confiance dans le système bancaire : en effet, quand une banque détient des dépôts
bancaires (qu’elle a reçu ou qu’elle a créé suite à un crédit accordé), elle se doit d'avoir un certain montant sur son
compte auprès de la banque centrale c'est à dire avoir suffisamment de billets au cas où ses clients viennent en
retirer.
➔ (2) pour contrôler la création monétaire donc la masse monétaire : les réserves obligatoires encadrent l’activité de
crédit des banques donc la création monétaire.

Exemple : En Europe, la BCE exige un pourcentage minimum des dépôts à vue ou à terme (dépôts et des titres de
créance et instruments du marché monétaire dont les échéances sont inférieures à deux ans) des clients des banques
commerciales pour constituer les dépôts des banques auprès de la BC (1% en zone euro).

Mécanisme - I : deux possibilités :


(1) Si la banque octroie un crédit suite à un dépôt, elle doit placer 1% du dépôt reçu (si on prend l’exemple de la BCE)
pour faire face à la possibilité que ses clients viennent retirer leur argent. En faisant ça, la partie du dépôt qui peut
être prêtée à un autre client est réduite d'1%, limitant ainsi le crédit.
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(2) Si jamais la banque fait un crédit à partir de rien (i.e., pas de dépôt préalable), elle doit mettre de côté une partie
du crédit, ici 1% ➔ problème, elle n’a pas cet argent banque centrale car c’est le seul qu’elle ne peut pas créer – elle
doit donc le trouver ailleurs : plus le taux de réserve obligatoire augmente, plus elle doit trouver de l’argent banque
centrale, moins elle fait de crédit. Aussi, elle limitera le volume de crédit si c’est compliqué de trouver cet argent (à
taux de réserve obligatoire donné). Pour trouver cet argent, les banques ont plusieurs options…

Mécanisme – II : …. Pour comprendre ces options, il faut comprendre l’activité des banques. Elles prêtent chaque jour
mais reçoivent dans le même temps des dépôts ou des remboursements de prêts (qui lui permettent d’avoir l’argent à
placer à la banque centrale suite aux crédits qu’elle a octroyés). A la fin de la journée, une banque peut se retrouver
soit en manque, soit en excès de liquidité (on dit aussi en manque ou excès de financement). Selon le cas de figure
(excès ou manque), la banque a plusieurs choix possibles.
- Si elle a un manque de liquidité (prêts accordés > dépôts reçus et prêts passés remboursés), elle peut (1) puiser
dans ses réserves auprès de la BC si elles sont excédentaires (dans ce cas-là, elle ne fait rien), (2) emprunter
auprès de la banque centrale (par le biais des opérations de financement ou des facilités permanentes accordées
par la banque centrale – cf. infra), (3) emprunter auprès des autres banques commerciales sur le marché
interbancaire/monétaire.
- Si elle a un excès de liquidité (prêts accordés < dépôts reçus et prêts passés remboursés), elle peut (1) le laisser sur
son compte courant à la banque centrale (ne rapporte quasiment rien), (2) le laisser sur un autre compte courant
à la banque centrale pour seulement 24H (cf. infra – facilités permanentes de dépôt), (3) le prêter à une autre
banque sur le marché interbancaire/monétaire.

Remarque – marché interbancaire/monétaire : marché sous la forme de réseau de banques qui leur permet
d'emprunter et de prêter des liquidités bancaires entre elles pour répondre aux exigences de la banque centrale en
matière de réserves obligatoires suite à leurs activités de crédit  marché sur lequel les banques commerciales
peuvent se prêter des liquidités bancaires pour équilibrer leurs engagements pris en matière de prêt à leurs clients
(sorties de liquidités) et les remboursements de prêts/nouveaux dépôts de clients (entrées de liquidités).
Plus concrètement :
➢ quand une banque a besoin de liquidités suite à ses activités de crédit, elle se rend sur le marché interbancaire et
emprunte à une autre banque (une qui a un excès de liquidité) le montant dont elle a besoin au taux d'intérêt du
marché appelé taux au jour le jour (car le taux change tous les jours – les banques doivent respecter l’obligation de
réserves obligatoires à la fin de la journée) ou loyer de l'argent ou encore prix de la liquidité et plus formellement
en Europe taux EONIA (= Euro Over Night Index Average).
➢ ce taux n'est pas laissé aux seules forces du marché (offre et demande de liquidité de la part des banques
commerciales entre elles) puisque la banque centrale intervient pour le canaliser par le biais du deuxième type
d’instrument, appelé les instruments de financement des banques commerciales plus couramment appelés taux
d’intérêt directeur (cf. infra).

• 2nd type d’instrument : les instruments de financement pour les banques commerciales
- les opérations de refinancement (open market) : taux d’intérêt directeur I  taux d’intérêt auquel la banque
centrale prête de la liquidité aux banques commerciales (contre pension de titres pour la BCE – autrement dit, la
BCE prête de l’argent si la banque dépose une garantie sous forme de titre (ex. un bon du trésor, un prêt
d’entreprise, etc.)).

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- les facilités permanentes (prêts et dépôts de liquidité à 24H aux banques commerciales): taux d’intérêt directeurs
II et III  taux d’intérêt des prêts des facilités permanentes de la banque centrale aux banques commerciales
(pour les banques qui ont un manque de liquidités (cf. supra)) + taux d’intérêt de rémunération des facilités
permanentes (sous forme de dépôts – pour les banques qui ont des excès de liquidités (cf. supra))) des banques
commerciales auprès de la banque centrale.
 Ces trois taux d’intérêt encadrent le taux d’intérêt du marché interbancaire : le taux de rémunération des facilités
permanentes de dépôt constitue le taux planché du marché interbancaire au jour le jour (car c’est le taux le plus
bas auquel une banque commercial peut placer son argent si elle a un excès de liquidité) et le taux d’intérêt des
facilités permanentes de prêt constitue le taux plafond du marché interbancaire au jour le jour (car c’est le taux le
plus haut auquel emprunte une banque commercial en manque de liquidité).
 Exemple – BCE : le taux EONIA au 07 février 2022 est de -0.50% est encadré par (1) le taux de rémunération des
facilités permanentes (-0.50%) (taux d’intérêt directeur III) – (2) le taux des opérations de refinancement (0%)
(taux d’intérêt directeur I) – (3) le taux d’intérêt des facilités permanentes de prêt (0.25%) (taux d’intérêt
directeur II).
 Ainsi, par ces trois taux, la BC influence fortement les taux d'intérêt à court terme et à long terme car les
variations des taux d'intérêt du marché interbancaire sont répercutées [plus ou moins rapidement et plus ou
moins complètement] sur les taux d'intérêt que les banques exigent pour prêter de l'argent (c’est-à-dire le taux
auquel vous empruntez auprès de votre banque).

c) Les instruments non-conventionnels


1. 1er instrument non-conventionnel : l’assouplissement quantitatif (quantitative easing ou QE)

 Définition :

Il s’agit d’opérations de la BC qui prennent la forme d’une injection massive de liquidité de la part de la BC auprès des
banques commerciales par le biais de programme de rachat (NB : la BC peut aussi acheter directement au lieu de
racheter – on explique la différence plus bas) de titres de créances (ex. obligations d’Etat (bons du Trésor), obligations
d’entreprise, billet de trésorerie, actions d’entreprise, etc.) ou des titres adossés à des actifs (ex. un titre adossé à un
crédit immobilier suite à une transformation appelée titrisation) sur les marchés financiers secondaires (car il s’agit de
rachat ; dans le cas d’achat directement, il faut parler de marché primaire) afin de stimuler la création monétaire des
banques commerciales, c’est-à-dire les pousser à prêter plus de monnaie.

 Formes :

Il existe en fait trois formes d’assouplissement quantitatif qui ont toutes pour but d’inciter les banques commerciales à
prêter de l’argent à l’économie réelle (entreprises et ménages) : (1) l’assouplissement quantitatif à proprement parler
(augmentation de la taille du bilan de la BC), (2) l’assouplissement qualitatif (augmentation du risque dans le bilan de la
BC) et (3) l’assouplissement du crédit (qui est la somme des deux autres).

 Eléments de définition concernant le bilan de la BC :

Le bilan de la BC rassemble tous les actifs et passifs qu’elle détient. Du côté des actifs, il y a l’ensemble des titres de
créances dont elle dispose ainsi que des avoirs en or. Du côté du passif, il y a la monnaie dites banques centrales
essentiellement (pièces et billets en circulation + les comptes courants des banques commerciales).

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L’objectif de la BC est d’accroitre son bilan en achetant des titres de dette aux banques commerciales (donc hausse de
son actif) ce qui en contrepartie leur permet d’accroitre leur compte courant auprès de la BC (ce qui va donc leur
permettre de prêter de l’argent à leurs clients car elles ont les réserves en monnaie banque centrale).

 Fonctionnement et objectifs : l’objectif visé est d’agir sur la demande des entreprises et des ménages grâce à
l’endettement mais de deux façons.

Premièrement, l'idée est que la banque centrale achète aux institutions financières privées (les institutions de
dépôts/les banques commerciales) des titres de créances/dette (majoritairement des obligations d’Etat ou
d’entreprise) qu’elles ont déjà préalablement achetés (ex. une banque qui a un bon de Trésor d’un Etat) en échange
de liquidité ce qui doit les pousser à prêter de l’argent en retour aux acteurs de l’économie réelle (entreprises et
ménages) puisqu’elles pourront répondre aux exigences de refinancement suite à l’octroi d’un crédit (cf. supra
concernant les réserves obligatoires) grâce à cet afflux de liquidités de la part de la BC qui se trouve sur le compte
courant auprès de la BC. Autrement dit, le supplément de liquidités fourni par la banque centrale aux banques
commerciales sert à augmenter les réserves de celles-ci auprès de la banque centrale, à charge pour elles d’utiliser in
fine ces réserves pour octroyer des crédits. Ces derniers permettent ensuite aux entreprises et aux ménages de
consommer.

Deuxièmement, il y a effet incitatif à l’endettement des acteurs économiques non par le biais du crédit des banques
mais par le biais des marchés financiers (titre de dette et actions). Explication : la venue de la BC sur les marchés
financiers pour acheter des titres de dette fait que les taux d’intérêt sur ces marchés baissent (en vertu de la loi de
l’offre et de la demande : cette dernière augmente à cause de la BC ce qui pousse les taux d’intérêt (le prix sur les
marchés financiers) vers le bas). La baisse des taux d’intérêt est censée stimuler les acteurs économiques comme les
entreprises à vouloir s’endetter pour accroître leur consommation (de biens d’investissement) en passant par les
marchés financiers en émettant des titres de dette (puisque les taux ont baissé, c’est intéressant de s’endetter). Dans
le même temps, sur le marché des financiers des actions (un autre marché financier différent de celui des titres de
dette), ces dernières voient leur prix augmenter car plus intéressante. En effet, étant donné que les titres de dette
voient leur rendement baisser (à cause de la baisse des taux d’intérêt), les investisseurs sont plus attirés par les
actions (qui sont rémunérées, elles, par dividendes). Ainsi, il devient intéressant pour les entreprises d’émettre des
actions qui trouveront facilement preneur sur les marchés financiers. Ces actions émises veulent dire que l’entreprise
reçoit de l’argent et avec celui-ci, elle peut investir, donc consommer des produits fabriqués par d’autres entreprises.

En résumé, l’intervention de la BC par le QE doit pousser les agents économiques comme les entreprises et les
ménages à s’endetter auprès des banques par le crédit (premier point) ou auprès des marchés financiers par
l’émission de titre de dette (deuxième point) afin de consommer plus et donc créer des débouchés pour les
entreprises (création de richesse et baisse du chômage).

 Différence entre l’assouplissement quantitatif et qualitatif : le premier consiste pour la BC à accroitre la quantité de
titres de dette qu’elle détient alors que le second consiste à détenir la même quantité mais en modifiant la nature
du risque des titres de dette.

Plus précisément, l’assouplissement quantitatif consiste par exemple à racheter un titre de dette (ex. un bon du trésor
de français) à une banque commerciale en échange de liquidité alors que l’assouplissement qualitatif consiste pour la
BC à acquérir des titres plus risqués (non triple A - par ex. un bon du trésor grec) au détriment de titres moins risqués
(triple A – par ex. un bon du trésor français).

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Par exemple, la banque centrale achète un bon du trésor grec à une banque française qui en possède et en
contrepartie revend sur le marché financier un bon du trésor allemand (moins risqué) qu’elle possède à un
investisseur intéressé (une banque ou autre).

Ce faisant, la banque centrale atténue la part de risque au bilan des banques auprès desquelles elle a acquis ces titres
risqués leur facilitant l’emprunt de liquidité sur le marché interbancaire auprès des autres banques. En effet, même si
le compte courant des banques commerciales auprès de la BC n’augmente pas en liquidité, leur bilan devient moins
risqué (ex. la banque française n’a plus le bon du trésor grec puisque la BC vient de lui racheter) ce qui facilite
l’emprunt de liquidité auprès des autres banques commerciales sur le marché interbancaire puisque ces dernières
jugent leur consœur moins risquée.

Si la BC fait les deux formes d’assouplissement, alors elle fait du credit easing (l’assouplissement du crédit).

 Quand utiliser cet instrument ?

Le QE est nécessaire lorsque les taux d'intérêt directeur sont proches de 0 car il est impossible d'injecter des liquidités
supplémentaires par l’intermédiaire de prêt auprès des banques commerciales. En effet, le taux étant déjà à 0%, il
n’est pas possible d’inciter davantage les banques commerciales à prêter de l’argent à l’économie réelle par ce biais
car elle emprunte déjà auprès de la BC à 0% (comme si la BC leur donnait de l’argent gratuitement mais qu’elle n’en
voulait pas). Bref, le QE est utilisé lorsque la BC ne peut pas stimuler la création de crédit et de donc la quantité de
monnaie en circulation par le biais des instruments conventionnels.

 Remarque I :

Cette politique est dite non-conventionnelle car elle est indépendante des taux d'intérêt puisqu’il s’agit d’acheter ou
de racheter des titres de dettes.

 Remarque II :

La FED aux Etats-Unis l’utilise massivement depuis 2009 et la BCE en Europe depuis 2015.

 Remarque III – le cas de l’achat et non du rachat :

Les BC, au lieu de racheter un titre de dette déjà émis à une banque commerciale, peuvent acheter directement le
titre de dette auprès de l’agent qui l’a émis (ex. la BCE achète un bon du Trésor de l’Etat français auprès du Trésor
français ou une obligation de Danone auprès de Danone). Bref, la BC ne passe par les banques.

Pourquoi acheter plutôt que racheter ? Pour deux raisons : (1) rendre le crédit aux ménages et entreprises plus
attractif que l’achat de titres sur les marchés financiers aux yeux des banques commerciales – la BC en achetant des
titres de dette de façon massive crée un surcroît de demande pour ces titres et entraîne une chute des taux d’intérêt
pour ces titres (ils deviennent moins intéressant car le taux d’intérêt est le revenu du titre) ce qui incite les banques
commerciales à rechercher d'autres placements plus rémunérateurs comme celui de prêter à des entreprises ou à des
particuliers  la banque centrale cherche ainsi à évincer les banques commerciales des marchés financiers pour les
obliger à financer l’économie réelle par l’intermédiaire des crédits ; (2) de court-circuiter les banques commerciales en
prêtant directement à l’économie réelle. Il s’agit ici de financer directement l’économie réelle mais il faut
préalablement que les agents économiques décident d’émettre un titre de dette ce qui sous-entend (1) qu’ils veulent
s’endetter (le cas d’un Etat par exemple pour financer des investissements publics) et (2) qu’ils passent par les
marchés financiers pour emprunter (c’est important car en Europe, beaucoup d’entreprises passent encore par le
canal du crédit bancaire pour s’endetter et non par le canal des marchés financier par l’émission d’un titre de dette).
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 Risque et fin de l’assouplissement quantitatif :

Le risque de cet instrument est celui de l’inflation puisqu’il consiste à accroitre la quantité de monnaie en circulation
dans l’économie soit à travers le crédit bancaire des banques (cas du rachat de titres) soit à travers le financement
direct des agents économiques (cas de l’achat de titre). Si l’inflation redémarre dans le pays alors la Banque Centrale
doit en théorie (1) vendre les titres précédemment achetés ou (2) bien attendre qu’ils arrivent à maturité (ex. si la BCE a
un bon du trésor français qui a une maturité de 5 ans alors au bout des 5 ans elle demande à l’Etat français de lui
reprendre le bon du trésor ce qu’il fait en contrepartie d’une somme d’argent qui part vers la BC et qui sort donc de
l’économie  la masse monétaire baisse donc) ce qui se traduit par une destruction de monnaie. Il s’agit dans ce cas-
là de stérilisation de l’intervention (c’est-à-dire que tout ce qui a été injecté et repris par la BC). La FED par exemple
était en train jusqu’à la crise économique de 2020 de se retirer c’est-à-dire de faire dégonfler très progressivement la
taille de son bilan puisqu’elle ne remplaçait pas une grande partie des titres qui arrivaient à maturité par des titres
nouveaux dans son bilan.

2. 2nd instrument non-conventionnel : L’engagement sur la trajectoire future des taux directeurs

 Objectif : La banque centrale peut agir sur la pente de la courbe des taux qui est le lien entre les taux à court
terme et les taux à long terme (pour être plus précis : le taux d’intérêt directeur I auquel la BC prête aux banques
commerciales et le taux d’intérêt auquel votre banque vous prête de l’argent sur 20 ans pour acheter une maison
par exemple) en s'engageant sur la trajectoire future des taux directeurs (les trois vus plus haut) de façon à
orienter les anticipations des agents.
 Formes : elles sont diverses – l’idée est de changer quelques choses dans l’usage et la communication des
instruments conventionnels.
 Exemples I : la banque centrale peut s'engager explicitement à maintenir son taux directeur à un niveau très bas
(voire nul) pour une période de temps significative. Ainsi, les individus anticipent une baisse des taux long ou un
maintien à un niveau bas ce qui les incitent à emprunter de l’argent auprès de leurs banques. De la même façon,
la BC peut également définir les conditions préalables à une augmentation future de ce taux en la couplant par
exemple à une reprise de l'inflation. La BCE s’est engagée par exemple à maintenir durablement (sans horizon de
fin) ses taux d’intérêt directeurs à un niveau très bas (ex. le taux I est à 0%). Ainsi, les ménages, les entreprises, les
Etats, tous ceux qui veulent s’endetter savent que les taux seront bas pour un long moment ce qui les incite à
emprunter et donc à relancer l’activité économique.
 Exemples II : l'échéance du refinancement accordé au taux directeur participe également à cette politique – l’idée
est de dire aux banques commerciales qu’elles rembourseront dans un délai plus long (par ex. aujourd’hui la BCE
leur prête donc à 0% (cf. supra pour le taux directeur I) mais elles peuvent rembourser bien au-delà de la semaine
conventionnelle puisqu’elles ont jusqu’à 3 ans (ces opérations de refinancement sont appelées Longer-Term
Refinancing Operations (cf. section 3))).
 Remarque : L’idée ici est donc de changer quelques choses dans l’usage et/ou la communication en lien avec les
instruments conventionnels ce qui les rend donc non-conventionnels.

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