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Abdoulaye DIAGNE et Ousmane BIRBA, Les déterminants de l’adoption d’internet en

Afrique : Cas de 17 pays sub-sahariens, Consortium pour la recherche économique et sociale


(CRES) et Université Cheikh ANTA DIOP de Dakar.

NOTE DE LECTURE :
Introduction

Le rapport produit par Abdoulaye DIAGNE et Ousmane BIRBA dont le thème est : « Les
déterminants de l’adoption d’internet en Afrique : Cas de 17 pays sub-sahariens », est une
étude économétrique ayant pour objectif de procéder à une analyse des facteurs explicatifs de
la demande de l’internet par les ménages africains. Parti du constat selon lequel l’enjeu sous-
jacent de l’adoption de l’internet est le développement économique ou la prospérité des pays
africains, les auteurs ont construit la thématique centrale de leur investigation autour de la
question ci-après : Quels sont les facteurs qui favorisent ou freinent l’adoption de l’internet en
Afrique ? Du point de vue de la méthodologie, il est à noter que l’étude s’est appuyée sur une
importante base de données en coupe transversale provenant de l’enquête ménage sur les E-
Accès Usage du réseau Research ICT in Africa (RIA) réalisée en 2007 sur 17 pays africains.
Chaque pays a été subdivisée en trois strates (métropole, autres métropoles, et zones rurales).
Des districts de recensement (DR) ont été prélevés selon un tirage à probabilités inégales dans
les strates, et dans chaque DR, 30 ménages ont été prélevés suivant un tirage systématique.
Enfin, dans chaque ménage un individu, d’au moins 16 ans, a été choisi par un tirage aléatoire
simple. A cet effet, une importante littérature faisant état d’un ensemble de facteurs a été
mobilisé. A travers cette large gamme de facteurs, les auteurs ont identifié deux grands types
de facteurs influençant positivement l’adoption de l’internet en Afrique et portant sur un
nombre représentatif des pays africains subsahariens tant aux plans économique, spatial que
démographique. D’une part, les facteurs micro, et d’autre part les facteurs macro. Le troisième
temps fort de cette analyse a consisté à présenter les entraves ou les écueils à l’adoption de
l’internet et les pistes de sortie.

I. Les facteurs microscopiques déterminant l’adoption de l’internet

Au rang des facteurs micro identifiés par les chercheurs, figurent les caractéristiques
individuelles, l’environnement familial ou l’influence des ménages, et enfin les disparités des
lieux de résidence.

Concernant les caractéristiques individuelles, la lecture comparée opérée dans le cadre de


cette recherche montre clairement que les indicateurs d’âge, du niveau d’étude, du revenu, de
l’appartenance à un réseau social, du style de vie entendu comme étant le fait de disposer d’un
ordinateur ou d’une connexion à domicile, influencent significativement l’adoption de
l’internet aussi bien en Afrique que dans les sociétés occidentales. A titre d’exemple,
l’utilisation de l’internet décroît avec l’augmentation de l’âge (14% des personnes âgées de
moins de 30 ans utilisent l’internet pendant que 10%, 9%, et 4% des personnes dont l’âge est
compris respectivement entre 30 et 40 ans, 40 et 50 ans, et 50 ans et plus font recours à cette
technologie). Dans la lancée des illustrations, ils font remarquer que le niveau d’étude est un
élément incontournable pour l’appropriation des NTIC. Plus le niveau d’étude est élevé, plus
la probabilité d’utiliser l’internet est grande. Néanmoins, ils insistent sur la nuance à prendre
en compte concernant la variable genre. Si la mobilisation de cette variable est tombée en
désuétude pour ce qui est de l’explication du recours à l’internet dans les pays développés, il
demeure qu’elle reste importante pour le cas des pays en développement en raison des
pesanteurs culturelles qui restreignent de manière considérable l’accès des femmes à cette
technologie.

Le déterminant relatif à l’environnement familial met au goût du jour plusieurs indicateurs à


l’instar de la taille des ménages, le fait de posséder des équipements facilitant l’accès à
l’internet comme un ordinateur, et le fait d’être connecté sur interne au sein du ménage. Les
résultats obtenus démontrent à suffisance que plus la taille du ménage est grande, moins les
individus issus des ménages de moins de 5 personnes utilisent l’internet, contre 9% et 8%
pour les individus issus respectivement des ménages de 6 à 10 personnes et d’au moins 11
personnes. En sus de cela, plus les individus dans un ménage disposent d’un ordinateur ou
d’une connexion, plus la proportion d’internautes augmentent. 83% de personnes dont les
ménages disposent d’une connexion internet utilisent internet, alors que cette proportion est
d’environ 10% dans les ménages ne possédant pas de connexion internet.

Le dernier élément attaché aux facteurs micro est la disparité des lieux de résidence. La
disparité des lieux de résidence entre la proportion des internautes en milieu urbain et rural
s’explique compte tenu de ce que les centres urbains bénéficient d’une plus grande dotation
en infrastructures. De ce fait, l’adoption de l’internet est un phénomène urbain. Plus de 17%
des personnes selon cette enquête vivant dans les principales villes ou capitales y ont accès
tandis que cette proportion tombe à 9% dans les autres zones urbaines, et seulement, à 3% en
zones rurales.

II. Les facteurs macroscopiques déterminant le choix de l’adoption de l’internet

Le deuxième type de facteurs permettant de rendre compte de l’adoption de l’internet a une


portée macro et rassemble plusieurs variables, notamment, le taux d’achèvement du cycle
d’éducation primaire et la densité démographique.
A ce propos, s’agissant du taux d’achèvement du cycle d’éducation primaire, les chercheurs
font remarquer que la proportion d’internautes dans les groupes d’individus issus des pays à
taux d’achèvement du primaire élevé (entre 65% et 95%) est significativement supérieure à
celle du groupe d’individus provenant des pays à faible taux d’achèvement du primaire
(moins de 65%). Cet état de fait traduit clairement la nécessité d’un niveau d’instruction
minimal en ce qui concerne l’adoption de l’internet.

Dans le registre dédié aux grandes tendances d’analyse, la densité de la population est
également un facteur favorable à l’utilisation de l’internet. Ils mentionnent à ce propos que
dans les pays à forte densité (plus de 100 habitants/km 2) et par ricochet propices aux
interactions sociales, la proportion d’internautes est sensiblement plus élevée que celles des
pays à faible densité.

III. Les obstacles à l’usage de l’internet en Afrique

Le troisième temps fort qui marque la progression de la pensée des auteurs est la présentation
des facteurs entravant l’utilisation de l’internet en Afrique. C’est fort à propos qu’ils ont fait
cas de l’indisponibilité de l’énergie devant favoriser la diffusion plus forte de cette
technologie dans les ménages africains. Après avoir fait le diagnostic en termes de facteur
entravant ou freinant l’adoption de l’internet en Afrique, les chercheurs proposent un panel de
solutions pour contourner cet écueil. Ces voies de contournement visent pour l’essentiel à
intensifier le processus d’éducation à l’effet de faire reculer l’analphabétisme, d’éliminer les
disparités de genre dans l’accès à l’instruction, à encourager le financement privé
d’investissements dans les infrastructures en énergie et télécommunications avec la clause
obligatoire de couvrir la totalité des zones rurales, à favoriser l’accès à un ordinateur par les
ménages africains, à utiliser les organisations sous-régionales Communauté Economique des
Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), SADEC, comme cadres appropriés pour la
réalisation de grands projets regroupant plusieurs pays voisins.

Conclusion

Les travaux d’Abdoulaye DIAGNE et Ousmane BIRBA dont le thème est : « Les
déterminants de l’adoption d’internet en Afrique : Cas de 17 pays sub-sahariens », avaient
pour objectif de procéder à une analyse des facteurs explicatifs de la demande de l’internet par
les ménages africains. L’on retiendra d’eux que plusieurs facteurs déterminent l’adoption et
l’usage de l’internet en Afrique. Ils ont fait état de deux types de facteurs. D’un côté, il y a les
facteurs de petite portée avec pour corollaires les caractéristiques individuelles, l’influence
familiale ou des ménages, et les disparités de lieux de résidence. De l’autre côté, ils ont fait
cas des facteurs de grande portée avec notamment le taux d’achèvement du cycle d’éducation
primaire et la densité démographique. De façon générale, cette position ressemble à plusieurs
égards celle de Raphaël SUIRE, qui sans avoir rejeté en bloc la place des trajectoires
individuelles dans la détermination des usages de l’internet en général et des achats en ligne
en particulier, met l’accent sur l’influence de l’encastrement social de l’internaute décliné à
travers son capital social transversal, horizontal et aussi du rapport de confiance entre lui et
les institutions pour le cas de l’usage de l’administration.

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