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Différentielles des fonctions

de plusieurs variables indépendantes


janvier 2007
1 Notion de différentielle d’une fonction à deux va-
riables
En Physique, nous avons souvent à étudier les fonctions de plusieurs variables indépen-
dantes. Nous nous limiterons à deux variables notées x et y mais les résultats sont facile-
ment généralisables à n variables.
Soit une fonction f (x, y), nous appellerons différentielle de f (notation df ) la quantité
∂f (x, y) ∂f (x, y)
df = dx + dy (1)
∂x ∂y
∂f (x, y)
est la dérivée (partielle) de f par rapport à x, la variable y étant considérée
∂x
comme une constante dans cette dérivation (prononciation d rond f sur d rond x ).
L’application de la formule (1) aux calculs d’erreurs est une applicatiuon très importante
du calcul différentiel.
Théorème : soit une fonction de deux variables f (x, y), on a (sous réserve que toutes les
dérivées partielles soient continues) :
∂2f
   
∂ ∂f ∂ ∂f
= =
∂x ∂y ∂y ∂x ∂x∂y
Autrement dit : pour la dérivée seconde croisée l’ordre de dérivation importe peu ; que
l’on commence par x et que l’on continue par y, ou que l’on commence par y et que l’on
continue par x, le résultat est le même.

2 Forme différentielle
L’expression E(x, y) = A(x, y) dx + B(x, y) dy est une forme différentielle. Mais a-t-on
affaire à la différentielle d’une fonction f (x, y) c’est à dire existe-t-il une fonction f (x, y)
vérifiant df = A(x, y) dx + B(x, y) dy ?
Le théorème sur les dérivées croisées nous permet d’établir la relation très importante de
Cauchy. Si E(x, y) est la différentielle d’une fonction f (x, y), alors on doit avoir
∂A ∂B
= (2)
∂y ∂x
La conséquence de cette relation est simple.
Soit la forme différentielle E(x, y) = A(x, y) dx + B(x, y) dy,

1
1. les coefficients A(x, y) et B(x, y) obéissent à la relation de Cauchy , alors il existe
généralement 1 une fonction f (x, y) telle que df = A(x, y) dx + B(x, y) dy. On dit,
ce qui est équivalent, que la forme différentielle E(x, y) = A(x, y) dx + B(x, y) dy est
une différentielle totale exacte et la fonction f (x, y) est calculable ;
2. les coefficients A(x, y) et B(x, y) n’obéissent pas à la relation (2), alors la fonc-
tion cherchée f (x, y) n’existe pas et la forme différentielle E(x, y) = A(x, y) dx +
B(x, y) dy n’est pas une différentielle totale exacte.

3 Exemples en physique
En Physique (plus particulièrement en Thermodynamique), nous avons parfois affaire à
des formes différentielles qui sont des différentielles totales exactes que nous notons df et
nous pouvons alors calculer la fonction f (x, y).
C’est le cas des fonctions d’état (comme la fonction U (énergie interne), ou la fonction H
(enthalpie) ou la fonction S (entropie) etc.).
Nous rencontrons aussi des formes différentielles qui ne sont pas des différentielles totales
exactes, nous les notons δg ce qui veut dire qu’il n’existe pas de fonction g(x, y) vérifiant
la forme différentielle.
C’est le cas de δW et δQ qui sont des quantités élémentaires (aussi petites que l’on veut),
respectivement de travail et de chaleur, échangées.
Nous devons comprendre d comme l’opérateur mathématique différentiel et δg comme
une quantité élémentaire.

3.1 Exemple 1
On a la relation générale de thermodynamique (découlant du premier principe)

dU = δW + δQ

on voit qu’une différentielle exacte est ici la somme de deux formes différentielles, il faut
préciser quelles sont les variables indépendantes.
Dans le cas d’un fluide, il y a (pour un nombre donné de moles) 3 variables et 1 équation
d’état F (p, v, T ) = 0, ce qui réduit à 2 le nombre de variables indépendantes. On choisira
l’un des trois couples suivants : (p, v) ou bien (p, T ) ou encore (v, T ).
Dans le cas d’une transformation réversible partant d’un état initial noté i et allant à un
état final noté f , on a
δWr = −p dv
qui est une forme différentielle (et non une différentielle exacte
R comme nous allons le
vérifier). On peut toujours écrire formellement que Wr = − p dv mais cette intégrale
i→f

1
Les cas singuliers sont abordés en cours de mathématiques

2
n’est pas calculable car il n’y a, a priori, pas de relation entre p et v puique ces variables
sont indépendantes.
En revanche, si l’on peut exprimer p, v, et dv en fonction d’une seule variable qui variera
entre une valeur initiale et une valeur finale, ce qui suppose que l’on connaît le chemin
Rf
(suite des états permettant d’aller de i à f ), alors on pourra écrire : Wr = − p dv,
i
intégrale qui sera calculable en remplaçant p et dv en fonction de la nouvelle variable ;
Rf
c’est le cas notamment où p = cste = P0 et on aura Wr = −P0 dv = −P0 (Vf − Vi ).
i

3.2 Exemple 2
Toujours en thermodynamique et transformation réversible, on trouve les formes différen-
tielles (non exactes, donc !) suivantes :

δQr = nCv dT + ℓ dv

δQr = nCp dT + h dp

3.3 Exemple 3
Cas du champ électrostatique et du potentiel.
Une charge ponctuelle q placée en un point O, "rayonne" un champ en tout point M de
l’espace (différent de O)

→ q − →
ur
E =
4πε0 r 2
−−→

→ OM
où r = OM > 0 distance de M à O et ur = vecteur unitaire allant de O vers M.
OM−−→ −

Pour un déplacement élémentaire du point M, dOM = d ℓ = d(r − →
u ) = (−→
u dr + r d−
r r

u ), r
on a la circulation élémentaire du champ que nous noterons δC (car nous ne savons pas
s’il s’agit d’une forme exacte !) ;
→ −
− →
δC = E d ℓ
q − →
ur −
δC = (→
ur dr + r d− →
ur )
4πε0 r 2
q − →
ur −
δC = (→
ur −

ur dr + r −

u r d−

ur )
4πε0 r 2

2
et finalement compte tenu que −

u r d−

ur = 0 car (− →
ur ) = 1,

q dr
δC =
4πε0 r 2

3
δC ne dépendant que d’une seule variable (r), on peut alors sans problème calculer C par
intégration entre l’état i (où r = ri ) et l’état f (où r = rf ) :

Zf  r  
q dr q 1 f q 1 1
Ci→f = = − = −
4πε0 r2 4πε0 r ri 4πε0 ri rf
i

4 Exemples mathématiques
1.
(y 2 − 3)x dx + (1 + x2 )y dy
∂ ∂
on a bien [(y 2 − 3)x] = 2yx et aussi [(1 + x2 )y] = 2xy
∂y ∂x
Il existe donc bien une fonction f (x, y) telle que df = (y 2 − 3)x dx + (1 + x2 )y dy
que nous pouvons calculer.
2.
sin 2x cos2 y dx + sin2 x sin 2y dy
∂ ∂  2 
on calcule [sin 2x cos2 y] = − sin 2x sin 2y et sin x sin 2y = sin 2x sin 2y
∂y ∂x
Il n’existe donc pas de fonction g(x, y) vérifiant la forme différentielle et la notation
sera
δg = sin 2x cos2 y dx + sin2 x sin 2y dy
il faut entendre que δg correspond à une quantité élémentaire (non assimilable
à une petite variation) d’une grandeur g, mais que la forme différentielle δg =
sin 2x cos2 y dx + sin2 x sin 2y dy ne nous permet pas de calculer g(x, y).