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Ecole Nationale de l’Industrie Minérale

Cours de SOCIOLOGIE

Professeur Abdelkarim BELHAJ

Année 2011
INTRODUCTION

La Sociologie, une science humaine


La sociologie, comme science de la société, est née avec son objet, au XIXème siècle.
Il était question de la formation d'un savoir sur la vie sociale qui participe du mode de
construction politique de la société.
Selon une conception largement admise quant à la définition de la sociologie, on dit
que c’est une science qui a pour objet « la société ». Mais il n’est pas aisé de définir ce
qu’on appelle la société en dehors du fait qu’il s’agit d’une représentation et d’une
construction intellectuelle correspondant largement à des États-nation. Cependant, cette
construction intellectuelle est associée à une série de concepts et de notions que les
sociologues continuent à utiliser tout en montrant comment ils font système, comment
chaque concept renvoie aux autres. Ces concepts constituent des matériaux fondés sur
un ensemble de théories et de thèses qui ont permit un crédit scientifique à la sociologie.
De même que ce sont des concepts qui peuvent être définis comme des outils permettant
de répondre aux quelques grandes questions qui ont fondé la sociologie et qui continuent
à se poser aujourd’hui, même quand les réponses à ces questions ne sont plus les mêmes.
Il faut dire que les mutations qui traversent les sociétés contemporaines dans un monde
marqué par la mondialisation ou la globalisation, font que les interrogations et les
interventions sociologiques sont d’une actualité fructueuse et pratique.

Sociologie : individu –société


Les sociologues font observer que les notions d'individu ou de société sont des
catégories relatives et sont le produit d'une évolution historique donnée. Dans le sens
que la notion de société n'a pris son véritable sens que confondue avec un mode
particulier d'organisation étatique à une période bien définie de l’histoire humaine. De la
même façon, la conception de l'individu et la relation individu-société ont profondément
changé, se sont transformées et ont considérablement varié tout au long de l'histoire.
La société n’a donc rien de naturel : c’est une catégorie de la pratique sociale, une
catégorie politique tout autant que sociologique. Comme discours politique et moral sur
la vie sociale, la sociologie travaille à « faire la société ».

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L’idée de société
Le terme de société est le plus souvent utilisé avec un qualificatif national. Quand on
parle d'une société on parle toujours de «société marocaine», de«société française», de
«société américaine» ou de «société espagnole». Tout naturellement, la société est le
cadre d'analyse de la vie sociale et des phénomènes sociaux.
Dans son ensemble, la sociologie a construit ses modèles à partir de cette
identification directe de la vie sociale. La pensée marxiste a fait de même à l'aide de la
catégorie de «formation sociale», équivalent à l'idée de société, comme ensemble
concret et articulé de divers «modes de production» dans un espace national.
Les sociologues pensent la société comme le mode moderne d'organisation d'une vie
sociale dont l'unité se construit à l'intérieur du territoire national. Dès lors, la Société en
tant que société nationale, remplace les communautés, la solidarité organique se
substitue à la solidarité mécanique, la volonté réfléchie à la volonté organique [voire
plus loin : Division travail].
Quant à l’idée de société, au-delà de sa dimension anthropologique et bien qu’elle
s’oppose à celle de communauté, elle reste attachée au thème de la modernité et la
sociologie a construit plusieurs récits de la modernité qui se ressourcent et se renforcent
sans cesse dans la pensée sociologique, de ses origines à aujourd’hui.
La société est un ensemble organisé dans lequel s’exercent des relations de pouvoir qui
reposent sur des formes de domination plus ou moins légitimes, voire institutionnalisés.
Elle représente, aussi, un ensemble de structures assurant des fonctions, de même
qu’elle est par sa nature composée par des individus agissant, le plus souvent, de façon
autonome, mais agissant aussi de manière coordonnée et prévisible. Cette coordination
assure une certaine intégration sociale à travers des mécanismes de socialisation et de
contrôle social.

Les sociétés modernes et l'émergence de l'individu


L'idée de société ne peut se réduire à sa simple identification aux ensembles sociaux
concrets. Car la société s'inscrit aussi dans une réalité culturelle moderne.
Par ailleurs, l'individu s'affirme comme un être séparé et isolé de la société. L'individu
isolé a acquis sa liberté privée en se détachant de la vie communautaire. La société

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moderne est, donc, une société à liens sociaux faibles et dans laquelle progresse
l'amoindrissement des formes de solidarité. C'est un contraste important avec les
sociétés plus anciennes dans lesquelles les liens sociaux étaient forts. L'individu y était
complètement enserré dans des réseaux de solidarité qui le privaient de toute
indépendance réelle. Au contraire, dans les sociétés modernes, les liens sociaux ont été
dissous et les individus séparés les uns des autres. L'individu est libre et capable de
mobilité. Ses droits l'emportent sur ceux de la collectivité. La société moderne est donc
le produit de la destruction du monde traditionnel.
Ainsi, une opposition est affichée entre les sociétés traditionnelles «holistes» et les
sociétés modernes «individualistes». Les premières considérées comme étant des
sociétés du passé du fait qu’elles sont organisées par un principe hiérarchique qui
détermine les rapports entre les individus. Ceux-ci n'ont pas d'existence autonome dans
la mesure où toutes leurs relations s'inscrivent dans la hiérarchie et renvoient
directement à la totalité sociale. Dans les sociétés modernes fondées sur des principes
égalitaires, l'individu requière une importance sur la totalité et devient la valeur centrale.
Alors qu'auparavant l'individu était soumis aux nécessités de l'ordre social. L'inversion
des fins et des moyens est totale. Les sociologues font observer que ce sont les sociétés
traditionnelles qui mettent en leur coeur les relations humaines. Au contraire, les
sociétés individualistes et égalitaires (ex: communistes), dans la mesure où elles
privilégient l’individu, mettent en leur coeur les relations instrumentales, les relations
aux choses. C’est ce qui laisse voire le pourquoi d’une domination des idéologies
économiques.
Dans la communauté, le «nous» ou le groupe l'emportent sur l'indépendance des
membres et surtout sur leur individuation. A l'inverse, dans la société, la liberté de
chacun l'emporte sur l'appartenance au groupe.
La sociologie s'est développée dans ce cadre de raisonnement, donnant des
explications plus matérialistes de cette rupture. Selon Durkheim, les progrès de la
division du travail et la complexification des sociétés s'accompagnent d'une plus grande
autonomie des individus. Il existe donc un lien étroit entre le mode d'organisation
sociale «moderne» et l'existence de l'individu libre.
La sociologie est, ainsi, l'étude de la « société» en tant qu'elle est composée d'individus

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ayant une même appartenance. Elle cherche à comprendre comment s'effectue la «
socialisation», c'est à dire la formation et la constitution de la société et des individus
dans leurs interrelations. La société possède une unité, une structure constituée par les «
actions réciproques des individus entre eux». Elle représente l'espace des relations
sociales qui se place entre la personne unique et le groupe dans son ensemble.

Aperçu sur l’histoire et la Théorie sociologique


La sociologie bien qu’elle soit une science produite des temps modernes (19 siècle), il
n’en demeure pas moins que l’un des précurseurs qui en a fait état au 14ème siècle
comme champ de savoir est le penseur arabe Abderrahmane Ibn Khaldun, (1332-
1406) auteur célèbre de «Al Muqaddima : Prolégomènes». Avec cette œuvre, création
d’une science basée sur la méthode et l'examen rigoureux des faits sociaux.
Ibn Khaldun avait donné naissance à une nouvelle discipline des sciences humaines et
sociales, appelée : science de la civilisation « Îlm al’Umran", qui :
 traite les relations entre le monde rural et le monde urbain qui constituent
une source de conflit social majeur "Assabiyya".
 a pour finalité l'analyse des faits historiques et des phénomènes sociaux
reposant sur une causalité multiple.
La méthodologie qu’il développe repose sur l'observation et la logique, avec le recours
au raisonnement inductif.

La sociologie se présente comme la science du social, en ce sens qu’elle est envisagée


dans l’étude du comportement des individus, leurs croyances, leurs interactions avec
autrui ainsi que les différentes institutions (famille, école…) qui composent la société.
La Sociologie est une Science humaine et sociale qui a pour objet : le fait social. Dès
lors, l'étude de ce fait social en tant qu'objet doit le ramener à une définition objective
pour lui donner une légitimité scientifique.
Quant à la méthode, il s’agit essentiellement de l’observation et de l’analyse causale.
C’est dire que la sociologie emploi des méthodes qui exigent l’objectivité et la rigueur
qui revient à l’investigation scientifique. Ces méthodes commandent la démarche des
sociologues dans l’étude des phénomènes de la vie sociale et de la société.

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« Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir »
Pour la sociologie, son champ de réalité est défini comme étant tous les faits mesurables,
analysables et observables par des outils empirico- rationalistes.

La Sociologie, comme discipline, délimite son champ d'investigation et ses objets


d'étude d'abord en prenant modèle sur les sciences de la nature, puis en s'opposant aux
explications en termes de contrat.
Trois auteurs vont mettre en œuvre des paradigmes propres à cette nouvelle discipline
scientifique : Auguste Comte, Emile Durkheim et Karl Marx.
Schématiquement, ces paradigmes s’articulent autour de trois propositions :
- refus d'expliquer les faits sociaux en termes de motivations ou de projets
individuels;
- adoption d'une méthode d'analyse holiste privilégiant le tout (le groupe, la société
ou le mode de production) sur les parties ;
- recherche des lois susceptibles d'éclairer la nature et l'évolution des sociétés.
Le champ sociologique est aujourd’hui organisé autour de plusieurs paradigmes de
l’action sociale qui sont autant de définitions de ce qu’on appelle la société et de ses
mécanismes. La plupart de ces paradigmes sont présents dès les débuts de la sociologie,
de même qu’ils se sont développés et affirmés au cours de l’histoire, quitte à fonder leur
légitimité dans l’oeuvre incessamment relue et revue des pères fondateurs.

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LES DEBUTS DE LA SOCIOLOGIE

Auguste Comte (1798 – 1857) et la nouvelle science


Le terme «sociologie» constituait un néologisme et qui faisait référence expressions de
«science de l'homme» ou «physiologie sociale» pour analyser la société, comparée au
corps humain, et qui «n'est point une simple agglomération d'êtres vivants, dont les
actions, indépendantes de tout but final, n'ont d'autre cause que l'arbitraire des volontés
individuelles, ni d'autre résultat que des accidents éphémères ou sans importance; la
société, au contraire, est surtout une véritable machine organisée dont toutes les parties
contribuent d'une manière différente à la marche de l'ensemble» .
Le modèle pour cette nouvelle science est donc celui des sciences de la nature.
A. Comte apporte de nouvelles dimensions au contenu et à la méthode de cette science
des lois sociales. En 1838, il invente le mot sociologie, se démarquant de l'expression «
physique sociale » qu’il avait assigné au début à cette discipline scientifique.
Pour cet auteur la nouvelle discipline se définit comme la «vraie science de la nature
humaine» se rapportant à «l'étude positive de l'ensemble des lois fondamentales propres
aux phénomènes sociaux». Postulant l'unité de toutes les sciences : tous les domaines de
la connaissance doivent être étudiés selon les mêmes règles et les mêmes méthodes, il
dégage cependant la spécificité de la sociologie.
Cette science «finale», science des généralités, apparaît comme la discipline totale de
l'entendement humain. Selon la double affirmation : «l'inférieur conditionne le
supérieur» et «le supérieur explique l'inférieur», elle reste tributaire des acquis des
sciences de la nature, mais peut seule éclairer les autres sciences. Ainsi la biologie
fournit les données objectives et une méthodologie pour la connaissance des faits
sociaux. Le principe d'unité organique du corps vivant la différencie des sciences de la
matière. Car en fait pour ces sciences, la méthode consiste à étudier les parties pour
parvenir au tout alors que pour la biologie, dans le domaine de la vie organique, et la
sociologie, dans celui de la vie sociale, il faut partir du tout pour comprendre les parties.
Par ailleurs, le tout ne peut s'expliquer par les parties qui le composent. L'homme, en
effet, n'est pas un sujet abstrait mais un être de mémoire immergé dans l'histoire,
présente et passée, de l'humanité entière, «car la décomposition de l'humanité en

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individus proprement dits ne constitue qu'une analyse anarchique autant irrationnelle
qu'immorale qui tend à dissoudre l'existence sociale au lieu de l'expliquer, puisqu'elle
ne devient applicable que quand l'association cesse. Elle est aussi vicieuse en sociologie
que le serait, en biologie, la décomposition chimique de l'individu lui-même en
molécules irréductibles, dont la séparation n'a jamais lieu pendant la vie » (Discours
sur l'esprit positif, 1844).
Ces principes expliquent son refus des théories du contrat. L'accord des volontés,
valorisé par les économistes classiques et les philosophes des Lumières, ne peut fonder
un ordre équilibré.
La vie en groupe constitue la réalité première comme l'ensemble d'idées et de croyances
reposant sur un consensus incarné dans certaines institutions, et seul capable de conférer
aux acteurs sociaux une identité.

Le contenu de la sociologie et ses méthodes


La connaissance du social relève de l'observation. Les lois de la société sont
comparables aux lois de la nature : «II y a des lois aussi déterminées pour le
développement de l'espèce humaine que pour la chute d'une pierre.» Cependant ces lois
ne sont pas susceptibles d'être quantifiées.
En fait si les lois sociales se révèlent invariables et impliquent un déterminisme strict,
qu'en est-il de la liberté humaine? Pour A. Comte les lois sociales sont beaucoup plus
complexes que les lois de nature, car elles laissent place à une «intervention». L'individu
restant soumis à ces lois, alors que seul le collectif, pour A. Comte, peut transformer les
représentations sociales.
Avec cette science, il y a un esprit sociologique qui se soumet à l'observation de la
réalité sociale. La sociologie ne se construit pas de manière déductive, mais à l'aide
d'hypothèses, la vérité du fait social s'impose de l'extérieur au sociologue. Celui-ci
observe la gravitation sociale comme l'astronome celle des planètes. Alors, A.Comte
découvre que les individus et les groupes sociaux, comme les planètes, sont soumis à un
ordre équilibré mais en mouvement, d'où sa proposition de deux branches de la
sociologie :

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1- la statique sociale étudie l'anatomie de la société, c’est-à-dire les fondements de
l'ordre social, dont l'axiome élémentaire stipule que: «La société humaine se
compose de familles et non d'individus». D'où une défense «scientifique» de la
famille patriarcale structurée autour d'une séparation nette des rôles et des valeurs
incarnées par les deux parents.
2- la dynamique sociale étudie la physiologie de la société, c’est-à-dire l'évolution
vers le progrès. Une loi positive, celle des trois états, commande l'évolution de
l'humanité, donc de toute société, ainsi que celle de l'intelligence humaine.

La société et le social selon comte


Il ne faut pas rester passif car la généralisation de l'esprit positif se heurte à des
résistances. La nature du lien social, en dernière analyse, est religieuse. L'homme est un
être positif de raison mais demeure un être de foi et de croyance, un enfant. L'équilibre
social ne va pas de soi. Ces deux dimensions révèlent la nature humaine profonde de
l'être social. La société du XIXe siècle a bien réalisé une partie du programme positiviste.
L'industrialisation et la Révolution française favorisèrent l'émancipation économique et
juridique des individus, mais le consensus a disparu. L'individu revendique ses droits
mais oublie ses devoirs. La science positive doit alors s'accompagner d'un plan de
réorganisation morale.
Le modèle proposé par A. Comte s'inspire des structures du Moyen Âge : restauration
des libertés locales et du respect des hiérarchies dans le cadre de corporations et dans
celui d'une famille ordonnée autour des figures traditionnelles du père et de la mère. Les
nouveaux liens communautaires puiseraient leurs sources dans de nouvelles croyances.
Cette religion «moderne» prend pour objet de culte l'humanité toute entière avec ses
vivants mais aussi avec tous ses morts, et pour principes directeurs l'amour et le respect
mutuel. Ainsi, il n'y a pas de lutte de classes inexpiable, ni de lutte entre les sexes. Le
prolétariat et les femmes doivent s'accommoder des «lois naturelles» légitimant l'usine
et la famille patriarcale.

L’ordre des sciences. A. Comte dans une perspective épistémologique place la


sociologie au sommet de l'ensemble des sciences. Seule, elle livre l'énigme de la vie

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sociale et permet la maîtrise du destin de l'humanité. Par ailleurs, elle montre l'illusion
de toute idée absolue, religieuse ou sociale : «Tout est relatif, voilà la seule chose
absolue.» Ce relativisme doit entraîner le respect et la solidarité entre les individus.
En général, l'héritage positiviste peut se résumer en quelques propositions :
a) la société se substitue à la nature pour fonder une épistémologie nouvelle faisant
une analogie entre société et humanité;
b) comme la nature, la société est régie par des lois immuables et indépendantes des
actions humaines ;
c) la connaissance de ces lois reste soumise aux mêmes exigences méthodiques que
celles qui étaient à l'œuvre parmi les sciences de la nature au XIXe siècle.

Dans cette option naissante en sociologie, la tentation subsistait de vouloir éliminer


toute subjectivité dans l'analyse du social. Ce postulat réunit deux démarches opposées,
le scientisme et le mysticisme. A. Comte succombe certainement aux deux et montre
ainsi combien elles sont proches l'une de l'autre.

Le Positivisme
La doctrine positiviste est liée à la confiance dans le progrès de l'humanité par les
sciences et à la croyance dans les bienfaits de la rationalité scientifique. Elle appelle à
une systématisation de l’empirisme accompagné d'une sorte de confiance absolue dans
la science, fondée sur un déterminisme mécaniste.
Auguste Comte a l'ambition de se débarrasser de la métaphysique : sa démarche
philosophique ignore volontairement les causes premières. Pour lui la connaissance doit
reposer sur l‘observation de la réalité et non sur des connaissances a priori.
L’esprit "positif" est un esprit qui :
- renoncerait à la question «pourquoi?», c'est-à-dire à chercher les causes premières
des choses.
- se limiterait au «comment», c'est-à-dire à la formulation des lois physiques de la
nature, exprimées en langage mathématique, en dégageant, par le moyen
d'observations et d'expériences répétées, les relations constantes qui unissent les
phénomènes.

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Pour le Positivisme: Il s'agit seulement d‘expliquer les faits par des lois mathématiques.
La théorie positiviste de Comte est liée à la confiance dans le progrès de l'humanité par
les sciences et à la croyance dans les bienfaits de la rationalité scientifique. Auguste
Comte avait l'ambition de se débarrasser de la métaphysique et sa démarche
philosophique ignore délibérément les causes premières tout en s'éloignant
définitivement des concepts développés par depuis les philosophes grecques.
La connaissance, selon Comte, doit reposer sur l’observation de la réalité mesurée d'une
façon scientifique et non sur des connaissances a priori. Le positivisme constitue donc
une systématisation du rationalisme accompagné d'une sorte de confiance absolue dans
la science, fondée sur un déterminisme mécanique.
Avec la conception positiviste, Auguste Comte postule la loi des trois états dans la
sociologie de la dynamique sociale en faisant succéder trois étapes :
 L’état théologique, dans lequel l'esprit humain, dirigeant essentiellement ses
recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les
effets qui le frappent, en un mot vers les connaissances absolues, se représente les
phénomènes comme produits par l'action directe et continue d'agents surnaturels plus ou
moins nombreux, dont l'intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes
de l'univers. L'état théologique est appelé aussi âge théologique ou « fictif », il
correspond à celui de l'âge de l’enfance de l’humanité; dans lequel l’esprit recherche la
cause des phénomènes soit en attribuant aux objets des intentions, soit en supposant
l'existence d'êtres surnaturels ou d'un seul Dieu.

 L’état métaphysique, qui n'est au fond qu'une simple modification générale du


premier, dans lequel les " agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites,
véritables entités inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables
d'engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l'explication consiste
alors à assigner pour chacun l'entité correspondante. L'état métaphysique est appelé
aussi âge métaphysique ou « abstrait », il correspond à celui de l’adolescence de la
pensée ; dans lequel les agents surnaturels sont remplacés par les forces abstraites. On
rapporte la réalité à des principes premiers.

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 L’état positif, dans lequel l'esprit humain renonce à chercher l'origine et la
destination de l'univers et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s'attacher
essentiellement à découvrir, par l'usage bien combiné du raisonnement et de
l'observation, leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations invariables de succession
et de similitude». L'état positif est appelé aussi âge positif, il est décrit comme «l'état
viril de notre intelligence». L'esprit positif rejette la recherche du «pourquoi ultime» des
choses pour considérer les faits et leurs lois effectives.

Cette loi signifie-t-elle un évolutionnisme strict ou, comme le note, une évolution qui
ne fait que révéler la vérité profonde de la nature humaine, laquelle se dévoile au cours
du développement de l'histoire?
Pour Auguste Comte un lien étroit s'établit entre l'état mental d'une société et ses insti-
tutions. Au Moyen Âge, l'esprit théologique, dominé par la référence au surnaturel,
impose une société hiérarchisée et militaire, dans laquelle les pouvoirs temporel et
spirituel se confondent. De la Renaissance aux Lumières, l'esprit métaphysique,
valorisant la spéculation abstraite, permet la rupture avec l'ordre ancien et favorise
l'essor d'une société fondée sur des entités comme les droits de l'homme. Enfin au XIXe
siècle, l'avènement de l'âge industriel consacre l'esprit positif qui se définit par l'analyse
concrète et scientifique. Si les industriels se sont emparés du pouvoir temporel, il reste
aux savants positivistes à forger un nouveau pouvoir spirituel.
Il ne s'agit pas pour A. Comte de décrire l'histoire des sociétés. La loi des trois états se
dégage d'une réflexion sur l'essence de la pensée humaine.
La pensée, dans un premier temps, cherche l'intelligibilité absolue des phénomènes
sans en avoir les moyens. Dès lors, la société et l'histoire obéissent à des causes surnatu-
relles. Puis vient une phase de doute, dans laquelle l'individu se révolte. C'est la phase
des droits de l'homme; essentiellement critique, elle met fin aux tabous mais cède aux
illusions abstraites. Enfin, l'esprit humain reconnaît sa dette vis-à-vis de la réalité sociale
et se soumet à ses lois.

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SOCIOLOGIE DU FAIT SOCIAL
Emile Durkheim (1858 -1917) et La consécration de la sociologie :
Durkheim est considéré comme le père de l'«école française de sociologie ». Il impose la
sociologie comme discipline à part entière au sein de l'Université et l’introduit comme
discours scientifique dans l’étude des phénomènes de la société.
Le projet théorique d'Emile Durkheim s’appuie sur une réflexion critique de la société
du XIXe siècle. « la société comme état de nature ».
Certes la Révolution française satisfait l'« idéal de justice» et renforce le fait national
mais suscite dans le même temps une montée sans précédent des revendications et des
conflits. L'«individu» dans la société du XIXe siècle semble l'objet d'un culte sans que
cette religion nouvelle ne parvienne à forger les institutions qui uniraient les acteurs
sociaux entre eux. L'individualisme, valeur «idéale», apparaît alors, pour reprendre
l'expression d'A. Comte, comme la «maladie du monde occidental». Si cet
individualisme ne parvient pas à maintenir dans les relations humaines une solidarité
désintéressée, chacun se sent isolé et insatisfait. On ne peut pas comprendre les faits
sociaux à partir des individus.
Dans ce cadre, Durkheim proposera un postulat théorique: la société constitue l'état
de nature. Les volontés individuelles ne peuvent pas fonder un ordre social stable. Il
reste ainsi fidèle à une conception de la double nature de l'homme, mais il change de
place les deux pôles :
Le pôle raisonnable appartient à l'homme social alors que l'individu laissé à lui-même
se perd dans la poursuite d'intérêts égoïstes et s'abandonne aux passions. L'intérêt
individuel, trop fluctuant, ne peut pas assurer la pérennité du lien social.
La solidarité n'est donc pas de nature économique, ni politique, mais bien sociale; elle
préexiste aux individus. Ainsi la société se révèle comme un être, psychique et moral,
autonome : «Le seul moyen de contester cette proposition serait d'admettre qu'uni tout
est qualitativement identique à la somme de ses parties, qu'un effet est qualitativement
réductible à la somme des causes qui l'ont engendré, ce qui reviendrait ou à nier tout
changement ou à le rendre inexplicable.» (Le Suicide, PUF, 1986, p. 350.)
A l'origine, donc, et selon Durkheim, le sociologue découvre la société et plus
généralement les groupes: «En s'agrégeant, en se pénétrant, en se fusionnant, les âmes

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individuelles donnent naissance à un être psychique si l'on veut, mais qui institue une
individualité psychique d'un genre nouveau.». Ce qui signifie que le groupe pense, sent
et agit différemment des membres qui le composent. Cette réalité sociale est non
seulement première mais supérieure, car l’individu laissé à ses seules forces manque
d'énergie. C’est ainsi qu’une définition de la société s’est dégagée, en considérant
celle-ci comme un ensemble de croyances, de sentiments, de représentations et de
pratiques qui associent les hommes entre eux, imposant un «type psychique» collectif et
transcendant. D'où la création de la notion de «conscience collective», éternelle et
première, un «big-bang» du social, lieu théorique qui permet de fonder en dernier
ressort l'analyse objective du social.
En effet, la sociologie devient la science qui étudie comment se reproduit cette réalité
collective à travers des valeurs et des règles historiquement déterminées. Deux
obstacles s'opposent à cette reproduction du lien social : les conflits externes possibles
dus aux multiples différences entre les individus et pour chacun d'entre eux, les conflits
internes dus à l'infinité des pulsions. Ces obstacles semblent s'aviver au XIXe siècle. La
question universelle traitée par la sociologie devient alors : comment les gens
peuvent-ils vivre ensemble, s'associer, sans que les conflits ne viennent bouleverser
l’ordre social ou déchirer le tissu social? Cette question appliquée au XIXe siècle, se
pose dans les termes suivants: quelles institutions peuvent élever au niveau du social les
nouvelles valeurs individualistes en intégrant les différences qui s'accroissent tout en
régulant la multiplication des désirs individuels?
Il ne s'agit pas pour Emile Durkheim de conserver l'ordre existant, ni de le détruire
d'ailleurs. Il distingue la société de sa traduction politique contemporaine (de son
époque:19°s) qu'il critique d'ailleurs sévèrement.

• Les Règles de la méthode sociologique (1895) C’est dans ce cadre que Durkheim a
insisté sur une méthodologie appropriée qui représente le manifeste de la sociologie
universitaire naissante. On y trouve le projet, révolutionnaire à l'époque, d'appliquer au
social le raisonnement expérimental qui s'impose comme critère de scientificité avec la
mécanique classique et la biologie. La sociologie doit se construire à partir de faits
établis par l'observation selon un principe inductif.

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Le fait social, nouvel objet de recherche :
Pour Durkheim, sont des faits sociaux les «manières d'agir, de penser et de sentir qui
présentent cette remarquable propriété qu'elles existent en dehors des consciences
individuelles. Non seulement ces types de conduite ou de pensée sont extérieurs à
l'individu, mais ils sont doués d'une puissance impérative et coercitive en vertu de
laquelle ils s'imposent à lui, qu'il le veuille ou non. ».
Chacun joue, pour utiliser un langage actuel, des rôles (époux, fils, profession...) dans
la société. Chacun respecte des règles et des normes sans pouvoir les remettre en cause.
Les relations sociales contraignantes s'incarnent dans des institutions (famille, nation,..)
dont la logique ne dépend pas des seuls comportements individuels. Dès lors, l'objet
privilégié de la sociologie inspirée par Durkheim sera justement l'institution dont la
permanence transcende les conduites individuelles. Si l'on contrevient à ces
«contraintes», une sanction intervient.
Il est donc possible d'étudier ces faits sociaux comme des choses : «Est chose, en effet,
tout ce qui est donné, tout ce qui s'offre ou, plutôt, s'impose à l'observation.» Enfin, un
fait social ne peut être expliqué que par un autre fait social.
Durkheim critique le finalisme de son prédécesseur A. Comte pour qui le fait social est
explicable par sa finalité définie par les lois générales d'évolution des sociétés. Le
«parce que» doit toujours l'emporter sur le «pour quoi» dans l'explication sociologique.
Ainsi la dynamique sociale ne résulte pas de lois nécessaires, mais obéit à un
déterminisme social, endogène, sans buts préétablis par l'observateur.
Ces principes posés, la question est : comment appréhender le contenu spécifique des
faits sociaux'? Tout d'abord, par le traitement des données statistiques qui, par leur
généralité, apparaissent comme un matériau privilégié.
Pour Durkheim le fait social est l'objet d'étude de la sociologie et qui comprend tous les
phénomènes, tous les comportements, toutes les représentations répondant à ces trois
critères :
- la généralité : un fait social est par définition marqué d'une certaine fréquence dans
une population, à un endroit et à un moment. Un fait social à la caractéristique de la
régularité, de la répétition dans les mêmes circonstances et correspondant à un
comportement typique des individus d’une même société.

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- l'extériorité : le fait social est extérieur aux individus ; il ne se situe pas dans la
sphère individuelle mais dans la sphère collective, c’est-à-dire la sphère sociale. Il faut
considérer les faits sociaux en eux -même, détachés des sujets qui se le représentent.
Aussi les étudier du dehors comme des choses extérieures, car en cette qualité qu’ils se
présentent aux individus.
- la coercition : le fait social s'impose aux individus, il ne résulte pas d'un choix
individuel mais il est le fruit d'une combinaison de différents facteurs sociaux,
économiques, historiques, politiques. Cette combinaison impose des contraintes à
l'individu.

Fait social

généralité extériorité coercition

L'étude du fait social en tant qu'objet doit le ramener à une définition objective pour lui
donner une légitimité et le distinguer de l'idée.

La Spécificité du fait social: avoir une certaine indépendance du groupe par rapport à
ses membres et, comme tel, non réductible à la somme des caractéristiques et des
comportements individuels et pouvant donc imposer une contrainte à l'individu les faits
sociaux sont extérieurs à l'individu et doivent être expliqués « par les modifications du
milieu social interne et non pas à partir des états de la conscience individuelle » afin de
ne pas confondre les faits sociaux avec d'autres variables telles que la psychologie du
sujet, son contexte familial, culturel, etc.
Une tradition en sociologie veut qu’«On appelle fait social tout ensemble d'actions
humaines dont la trace sur un appareil d'enregistrement présente une certaine
régularité, à savoir : constance quand la société (pays, religion, classe sociale, famille)
ne change pas; variation réglée et définie quand plusieurs grandeurs sociales varient
simultanément.» Il s'agit de comparer entre elles des variables sociales. Durkheim utilise
l'expression «variations concomitantes», l’antécédente de l'actuelle analyse de

16
corrélation entre les faits sociaux, qui devront être régulières et vérifiées dans leur
ensemble et dans le détail.
Ainsi, Emile Durkheim, à l'aide de tableaux statistiques à double entrée créés à partir des
variables suivantes : âge, sexe, état civil, lieu de résidence, tente de mettre à jour une loi
sociale explicative du niveau et de l'évolution des faits sociaux. Aussi il a été amené à
réintroduire le finalisme dans l'explication, faisant par exemple des taux moyens de
suicide, de nuptialité, de divorce... des indicateurs de certains «états de l'âme
collective».
Ainsi, la sociologie peut se comparer aux sciences de la nature. Elle refuse, en principe,
toute déduction théorique a priori. Emile Durkheim se livre à une critique de ce qu'il
nomme «analyse idéologique». L'analyse idéologique étudie les relations logiques entre
les concepts (cohérence ou contradictions internes) et non celles qui s'établissent entre
les faits.
• Toute définition d'un fait, naturel ou social, suppose un choix théorique dont il faut
comprendre le contenu. Durkheim insiste sur la phase préalable à toute étude: celle de la
définition des variables et des phénomènes observés, définition partielle et provisoire
par essence. Ainsi, les règles de la méthode laissent ouverte la question de l'origine du
lien social.
Durkheim a posé un axiome dont la causalité ne peut rendre compte: « l'harmonie de la
société avec elle-même», ou «la solidarité». Celle question crée la cohérence de toute
son œuvre.

La Division du travail social


Dans son premier ouvrage « De la division du travail social » (1893), Durkheim utilise
une typologie, courante au XIXe siècle, entre les sociétés traditionnelles et les sociétés
modernes.
A la suite de cette option, un certain nombre de sociologues ont construit un discours sur
le changement à partir de l’idée de division du travail et de la complexité croissante de la
vie sociale. Dans cette perspective on retiendra la thèse de Durkheim à propos de la
solidarité «mécanique » et de la solidarité « organique ». Dans tous les cas, on postule
que la société moderne est caractérisée par sa complexité, par son haut degré

17
d’organisation, par l’abstraction des échanges sociaux, par la séparation continue des
domaines d’activité et par l’éloignement de communautés homogènes « simples » dans
lesquelles dominent les relations personnelles et familiales, voire dans une certaine
mesure les relations « tribales ». Il est question aussi pour certains, d’une certaine
appréciation de la complexité de la société compte tenu de la coexistence de l’opposition
du couple tradition/modernité.

Division du travail et types de sociétés

Solidarité mécanique Solidarité organique


Sociétés rurales et traditionnelles Sociétés industrielles et urbaines
Conscience collective Individuation
Droit répressif Droit coopératif
Solidarité par similitude Solidarité par différenciation
Conscience collective comme source de Division du travail comme source de
solidarité solidarité

La solidarité
Les sociétés modernes sont perçues sous l’angle de l’affirmation de l’individu comme
centre de la vie sociale. Alors que dans les sociétés holistes (communautaires,
collectivistes..) chacun est assigné à une position et un rôle qui lui sont imposés par la
naissance, dans les sociétés individualistes chacun est, a priori, en mesure de choisir une
part de ses rôles sociaux, sa profession par exemple, de ses goûts personnels...
La solidarité traduit une réalité qui anime les sociétés, en ce sens qu’elle :
- n’est pas de nature économique, ni politique, mais bien sociale ;
- préexiste aux individus.
La solidarité représente aussi une pratique de l’existence sociale, du fait qu’elle:
- peut se pratiquer au niveau individuel, mais elle s'exprime souvent sous une
forme collective ;
- revêt des formes différentes selon le type de société.

18
La solidarité mécanique :
Ce type de solidarité est propre aux sociétés traditionnelles et rurales. Dans lequel la
« conscience commune » est très forte : des valeurs, principalement religieuses sont
partagées par tous les individus. Le poids de ces valeurs est tel qu'il laisse peu de
possibilité et de liberté à chacun pour affirmer une personnalité propre. Le mode de vie
des individus fait qu’ils ressemblent les uns aux autres. Presque tout le monde à une
même activité : ex. cultiver la terre. Il y a moins de spécialisation.

La solidarité organique
Ce type de solidarité produit la division du travail suppose que les individus diffèrent les
uns des autres. Il marque la vie dans les sociétés industrielles et urbaines, dans lesquelles
la conscience commune est beaucoup moins forte. De même que les individus vivants
dans les sociétés fondées sur ce type de solidarité peuvent développer des personnalités
variées. Quant à l’exercice des activités et l’existence de métiers, ils sont très divers, et
donc, il y’a une spécialisation. Chaque métier (et aussi chaque être humain) est se
représente comme un organe de la société ; comme dans le corps humain, les organes
sont complémentaires entre eux.
Chaque type de société se caractérise par deux phénomènes sociaux de nature
différente : la conscience collective et la division du travail. La conscience collective
trouve ses racines dans la solidarité entre les individus créant ainsi leur «milieu interne».
Ces deux phénomènes sont structurellement liés. La solidarité mécanique ou par
similitude propre aux sociétés traditionnelles (conscience collective forte/division du
travail faible) fait place à la solidarité organique des sociétés modernes (conscience
collective affaiblie/division du travail forte). Ce passage a créé les conditions objectives
d'une autonomisation progressive des individus, d'une moindre pression du groupe et
d'une reconnaissance possible des compétences individuelles. Mais, il reste lourd de
menaces quant au maintien de l'harmonie primitive du lien social.
L'opposition que met en lumière Durkheim entre les systèmes juridiques
essentiellement répressifs (le coupable doit être exclu momentanément ou
définitivement de la communauté) qu'il juge propres aux sociétés primitives et
traditionnelles et les mesures plus "redistributives" (la victime doit être indemnisée)

19
marquant l'émergence d'un droit coopératif, soulève des objections. La principale réside
dans l'observation de nombreuses manifestations des deux types de justice dans les deux
types de société.
Durkheim cherche aussi dans les sociétés primitives une matrice simplifiée expliquant
la genèse de toute société. D'abord un constat s'impose : toutes les sociétés, quels que
soient leurs types, manifestent l'existence de phénomènes religieux. Reste à définir ce
que l'on entend par religion. La définition proposée est la suivante : toutes les religions
ont en commun l'idée du sacré et toutes se traduisent par l'émergence d'une commu-
nauté institutionnalisée de croyants.
La distinction sacré/profane fonde la séparation entre ce qui est interdit cl autorisé, en
un mot, la morale. La communauté religieuse perpétue et maintient l'unité du groupe.
Dans un second temps, il s'agit de trouver derrière la multiplicité des rites religieux un
dénominateur commun. Il semble qu'une force émerge alors du groupe, presque visible,
lors des cérémonies collectives.
Donc, tous les rites religieux, au-delà des différences de dogmes, accouchent de cette
force collective. Là se trouve l'énigme cachée du lien social. La solution n'apparaît pas
dans les discours spontanés des croyants : «Les raisons que le fidèle se donne à lui-même
pour se justifier peuvent être, et sont même le plus souvent erronées; les raisons vraies
ne laissent pas d'exister; c'est affaire à la science de les découvrir. » La sociologie
donne la réponse : c'est la société elle-même, et non le culte des dieux, qui est célébrée.
Que se passe-t-il quand cette célébration n'a plus lieu? La société moderne qui voit
l'affaiblissement du rôle et du pouvoir des institutions religieuses devrait confirmer
l'intuition fondatrice en montrant les conséquences négatives sur l'individu de
l'atténuation des liens communautaires.

Le suicide : Un modèle d'analyse sociologique


Pour Durkheim le choix du suicide comme objet d'étude doit démontrer définitivement
l'intérêt de la sociologie : révéler des régularités sociales dans l'explication d'un acte
individuel que l'opinion spontanée considère comme irréductible aux déterminismes
sociaux. L'analyse des chiffres et des corrélations entre les variables sociales débouche
sur un paradigme sociologique.

20
- Tout d’abord le suicide est défini comme étant: «Tout cas de mort qui résulte
directement ou indirectement d'un acte positif ou négatif, accompli par la victime
elle-même et qu'elle savait devoir produire ce résultat. »
L'application du raisonnement expérimental, tel que adopté par Durkheim, sépare
quatre moments dans l'analyse sociologique :
1- Classer les données. Plusieurs critères de classement sont retenus (âge, sexe, état
civil, lieu de résidence) et comparés au taux de suicide.
2- Expliquer. Les résultats statistiques mettent en valeur certaines relations entre les
variables. Ainsi au XIXe siècle, le taux de suicide croît avec l'âge, se différencie selon
les sexes (les hommes plus que les femmes), l'état civil (les personnes seules sont les
plus touchées) et le lieu de résidence (Paris plus que la province). Durkheim privilégie la
relation entre deux faits sociaux : état civil et taux de suicide. Les personnes divorcées
— notamment les hommes — se suicident plus que les gens mariés. Deux hypothèses
vraisemblables sont avancées :
-la montée des taux de divorce marque un relâchement des structures familiales;
-les hommes trouvent dans le mariage un moyen stable de satisfaction des pulsions
sexuelles.
Ces hypothèses permettent de construire une variable sociale, la fragilité du couple
conjugal, pour expliquer les relations statistiques. Durkheim tire de ces résultats un
postulat : «Le suicide varie en raison inverse du degré d'intervention des groupes
sociaux dont fait partie l'individu.»
3- Prouver. Cette loi devra être vérifiée en l'étendant à tous les groupes sociaux :
professionnels, religieux, amicaux...
Ainsi se résume ce paradigme cohérent et vérifiable :
a. La cohésion sociale fournit un soutien psychique aux membres du groupe qui
sont sujets à des tensions et à des anxiétés violentes.
b. Le pourcentage de suicides dépend des anxiétés et des tensions non soulagées
auxquelles les personnes sont sujettes.
c. Les catholiques ont une plus grande cohésion sociale que les protestants.
d. On doit donc s'attendre à trouver un pourcentage plus bas de suicides chez les
catholiques que chez les protestants. »

21
Certaines études confirment cette déduction. «Durkheim demeure l'un des rares
sociologues à avoir fait une découverte. Il y a quelque chose dans le suicide qui dépend
de manière régulière et intelligible de grandeurs qui caractérisent la société. »
Cependant, les lois sociales et culturelles restent fondamentalement différentes des lois
de la nature. Il est clair que l'argumentation précédente révèle des choix théoriques et
moraux sous-jacents.
L'analyse du suicide permet à Durkheim de valider indirectement l'axiome de
l'harmonie sociale préétablie. La critique qu'il entreprend de l'individualisme témoigne
de ces choix : «L'individualisme n'est pas nécessairement l'égoïsme mais il s'en
rapproche; on ne peut stimuler l'un sans répandre davantage l'autre.». Il ajoute depuis
cette assertion: «Que l'individualisme bien entendu n'est pas l'égoïsme, mais la pitié et
la sympathie de l'homme pour l'homme, et que je mets au défi qu'on nous propose une
autre fin que celle-là.»
Plus généralement, le projet théorique de Durkheim part de présupposés théoriques et
méthodologiques : le primat des équilibres sur les déséquilibres, du consensus sur les
conflits, des solidarités sur les oppositions.

La fécondité de Théorie sociologique.


L'importance de l’apport de Durkheim dans la sociologie en général n'est plus à
démontrer. Dans ce cadre, on peut dire qu’une grille de lecture se dessine, à savoir :
a) fonder l'objectivité de la sociologie (deux personnes ayant des opinions différentes
mais utilisant les mêmes méthodes devraient parvenir aux mêmes conclusions);
b) chercher les relations entre variables sociales à l'intérieur d'une même société (par
exemple: résultats scolaires/ milieu social /niveau d'instruction des parents,
comportements politiques /appartenance religieuse /milieu social, consommation/
âge/ milieu social /sexe / lieu d'habitation...) et bâtir certaines hypothèses pour
relier les résultats à un modèle explicatif;
c) confronter les lois générales ou particulières déduites du maximum de données.
Cette grille s'accompagne souvent du projet social, fondamental pour Durkheim,
d'établir dans les groupes ou la société une unité qui transcende les conflits
interindividuels.

22
UNE SOCIOLOGIE CRITIQUE
Karl Marx (1818 - 1883) : Le poids de l'économie
Karl Marx et le marxisme. Karl Marx a abordé à la fois la philosophie, la sociologie,
l’analyse économique du capitalisme, et à partir de ces éléments a milité pour un projet
révolutionnaire : le communisme, une société libre et égalitaire, débarrassée des
inégalités, du salariat, du capitalisme, de l’Etat. Parallèlement à l'élaboration théorique
de ses idées, il mène une activité politique importante.
La question a été débattue de savoir si 1'œuvre de K. Marx forme un corps de doctrines
homogène et cohérent. S'il a cherché une explication totale de la société en train de
naître, son désir de connaissance ne peut se séparer de sa volonté de transformer cette
société. Cette science sociale «définitive», baptisée matérialisme historique, bien que
l'expression n'ait pas été utilisée par K. Marx, tend à révéler non seulement la clé du
capitalisme industriel mais aussi et surtout la nécessité de son inéluctable disparition.

- Le matérialisme historique: ce projet «scientifique» rejoint celui de Comte et de


Durkheim : «Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des
rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté.» Le sens des pratiques
sociales n'est pas transparent à la conscience, ni déchiffrable dans les discours des
acteurs sociaux. Il faut partir non pas des individus mais des structures et des lois de leur
évolution. Ces lois restent, par essence, semblables à celles de la nature: «le
développement de la formation économique de la société est assimilable à la marche de
la nature»ou:«la vie économique présente dans son développement historique les
mêmes phénomènes que l'on rencontre dans d'autres branches de la biologie. » Les
rapports sociaux «indépendants» des volontés individuelles sont les «rapports de
production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces
productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure
économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure
juridique et politique, et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale.»
Ainsi, toute société se définit d'abord par les structures qui permettent aux hommes de
vivre matériellement. Ces structures forment donc un «système», le mode de production,
lequel se subdivise en forces productives et rapports de production.

23
- Les forces productives comprennent l'ensemble des ressources matérielles (énergie,
matières premières, machines...) et humaines (quantité de main-d'œuvre,
qualification...) disponibles dans une société donnée.
- Les rapports de production sont les relations de propriété et de contrôle des forces
productives. Ces rapports fondent l'existence de classes sociales antagonistes.
Propriétaires /non propriétaires s'opposent pour l'appropriation des ressources.
De cette représentation des rapports sociaux, Marx note la première phrase célèbre du
Manifeste : «L'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de la lutte des
classes.». C’est ainsi que Marx a identifié au cours de l'histoire de trois modes de
production : l'esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme. Aussi c’est dans cette
perspective qu’il a noté les relations structurelles entre forces productives / rapports
de production, capital/travail salarié qui prévalent normativement sur les relations
interindividuelles entre les capitalistes et les salariés ou entre les membres d'une même
société ou d'un même groupe.
Cette dynamique des structures contient en germe le principe de son évolution. La
succession des différents modes de production se traduit par la croissance des forces
productives, de plus en plus socialisées (machinisme et entreprises géantes), et par une
misère accrue du plus grand nombre. Cette richesse collective croissante est cependant
incompatible, à terme, avec la paupérisation absolue ou relative du plus grand nombre.
Cette dynamique implique aussi un certain finalisme dans l'analyse des institutions, le
plus souvent expliquées par les fonctions assumées dans la reproduction du système.
Dans son principal ouvrage "le Capital", Marx dévoile la réalité théorique cachée, la
loi de la valeur : c'est-à-dire l’appropriation du surplus créé par le salarié sous la
forme de plus-value. Au contraire des mouvements des prix et des salaires, les variations
de la plus-value ne peuvent pas faire l'objet de vérification empirique. la loi de la valeur
constitue le fondement théorique de la loi sociale de la lutte des classes.

La dialectique marxiste suppose que l'on étudie les phénomènes sociaux en tant que
«processus» en mouvement. La dynamique de ces processus résulte du dépassement
dans les faits des contradictions entre les processus : contradictions entre les forces
productives et les rapports de production, entre les classes a travers leurs luttes. Si ces

24
contradictions apparaissent bien comme une méthode privilégiée par Marx et dont les
propriétés heuristiques sont évidentes, l'analyse du sens historique de leur résolution
relève d'une philosophie de l'histoire.
Dans certains textes, notamment ses analyses historiques, il montre l'autonomisation
possible de 1’appareil d'Etat par rapport aux classes dominantes Plus fondamentalement,
en théorisant la lutte des classes, K. Marx ne vise-t-il pas à construire une vision du
monde susceptible de transformer la réalité matérielle.

La classe sociale
D’emblée, on peut dire qu’il n’y a pas de société sans ordre social. La société
différencie les individus et hiérarchise les fonctions. Alors, la classe sociale est un
indicateur de milieux sociaux au sein desquels évoluent des individus. Les sociétés pour
leur organisation se construisent des stratifications ou des hiérarchisations sociales. A
cet égard, la classe sociale rend compte de tout ensemble d’individus manifestant des
caractéristiques, des comportements, identiques ou comparables.

Critère de différenciation de la classe sociale


La classe sociale désigne un type de groupement fondé sur un ensemble de
caractéristiques liées à la position professionnelle et sociale de ceux qui le constituent:
- La division du travail social
- la nature et le niveau de revenu.
- L’inégalité de détention des pouvoirs.
- Les genres de vie.
- Les comportements culturels.
- la situation hiérarchique
Ces critères sont liés en termes de cursus social, culturel et professionnel des individus
et de leur descendance.

Marx et l’analyse des classes sociales


Rappelons que l’analyse marxiste a consacré une portée importante à la question des
classes sociales dans l’évolution des sociétés, et qui se rapporte principalement à deux :

25
la classe dominante qui détient les moyens de production (classe : bourgeoise,
capitaliste, exploitante) et la classe dominée qui représente la force de
production (classe : ouvrière, prolétaire, exploitée). L’antinomie existante entre les
deux classes se traduit par une lutte qui doit conduire à la révolution et la suppression
des classes sociales, et donc, l’établissement de la société socialiste.
L’analyse de la notion de lutte de classe s’inscrit plus dans une orientation idéologique
et politique que dans une perspective proprement sociologique.
L’influence de K. Marx sur les sciences humaines en général et sur la sociologie en
particulier, a été très importante, notamment dans ce qu’elle a permis comme débats
scientifiques et comme traditions dans la recherche dans ces domaines.
Ainsi une tradition de théorisation qui marque une séparation nette entre idéologie et
science. Une idéologie, comme l'individualisme, présente les apparences de la raison et
de la cohérence mais constitue une connaissance fausse. L'individu se croit autonome et
concoure ainsi à la reproduction de sa condition d'exploité. L'idéologie de la classe
dominante se donne, sans pour cela postuler une stratégie consciente de la part de ses
membres, les moyens de sa domination en développant les appareils d'État.
Une seconde tradition part d'une critique de l'analyse structurelle et qui accorde une
place importante à l'autonomie des phénomènes culturels et politiques. Elle fait de
l'expérience collective d'un groupe, mélange de déterminisme matériel et de sociabilité
primaire (événements partagés en commun dans le cadre de la famille, des
communautés locales, des lieux de travail...), un facteur d'identité commune qui lui
permet d'agir.
Par la recherche et l'analyse en termes de mode de production, la théorie de Marx met
en valeur la cohérence fonctionnelle et l'inertie des systèmes économiques et sociaux;
ainsi que la mise en situation des idées : le marxisme montre que les projets, les idées,
les valeurs ne peuvent être étudiés indépendamment des enjeux entre les groupes
sociaux, voire aussi l'hypothèse du poids des acteurs collectifs dans l'analyse des actions
collectives.
Les thèses et les analyses de Marx restent, malgré les nombreuses controverses,
fécondes à condition de ne pas les figer sous la forme de conclusions dogmatiques.
Marx, lui-même, appelait au débat. Elles restent liées, comme pour Comte et

26
Durkheim, à un projet de transformation de la société. Ces trois auteurs, précurseurs de
cette science qu social qui est la sociologie et réunis dans un même paradigme
déterministe, firent preuve, paradoxalement, d'une foi égale dans la possibilité pour la
société de se transformer elle-même.

Structure et classes sociales


Les classes sociales semblent à la fois évidentes et extrêmement difficiles à définir car
elles ne sont pas réductibles aux seules inégalités et surtout, toutes les inégalités sociales
ne sont pas des inégalités de classes. Le sociologue allemand Max Weber distingue la
classe, le statut et le pouvoir en fonction de la nature du critère choisi de définition des
inégalités : l’économie, le prestige et la puissance. Ainsi, les classes ne définiraient que
les inégalités de pouvoir dans le domaine économique. Le sociologue français Pierre
Bourdieu reprend une distinction assez proche de celle de Weber en distinguant
plusieurs types de capital, économique, culturel et social. Ainsi certains acteurs peuvent
posséder tous les types de capitaux ou, au contraire, être privés de tous, mais en général,
les positions de ne sont pas homogènes sur ces divers registres. C’est ce qui fait que la
notion de classe est à la fois permanente car elle renvoie à l’expérience forte des
inégalités, et difficile à construire. Par exemple, selon le critère qu’il choisit, Marx
comptera deux principales classes.
Il faut surtout noter que dans tous les cas les classes supposent un principe et une
position par rapport à l’égalité et une certaine mobilité sociale. Pour exister
sociologiquement, une classe doit aussi posséder une conscience de classe ; celle-ci est
l’articulation d’un sentiment d’appartenance à un groupe large, d’un sentiment
d’opposition à une autre classe et de la définition d’un espace d’enjeu de cette
opposition, comme disait un autre sociologue français Alain Touraine. Il ne peut y
avoir de classes sociales sans conflits de classes. Tous les acteurs partageant la même
condition n’ont pas forcément une conscience de classe et pour que la classe soit autre
chose qu’un dénombrement statistique, il fait que les individus aient le sentiment
d’avoir des intérêts et des idéaux communs.
La force de l’analyse sociale en termes de classes vient de ce qu’elle établit un système
de correspondances étroites entre plusieurs facteurs : la position objective des individus

27
d’une côté, leurs attitudes et leurs représentations et leurs conduites individuelles et
collectives, de l’autres.
Les classes sont des communautés de modes de vie, des ensembles d’intérêts, des
acteurs collectifs ; la classe est donc un concept « total », mais qui ne veut pas dire
totalitaire.
Alors que les inégalités ne diminuent pas sensiblement, et même qu’elles augmentent
selon certains critères, la notion de classe pose quelques problèmes quand s’affaiblit la
force des correspondances qu’elle vise à établir.
1- Actuellement on observe une multiplication des critères de définition des inégalités
qui ne relèvent pas tous des classes sociales, comme par exemple les inégalités entre les
sexes (hommes-femmes ; filles-garçons) ou entre les classes d’âge
(jeunes-adultes-vieux).
2- Il faut aussi y ajouter la complexité de l’organisation économique qui rend souvent
difficile l’identification des positions de classe des individus : à quelle classe appartient
un étudiant ? à celle de ses parents, à celle du métier auquel il se destine ? Est-il défini
par son mode de vie, par son niveau de revenu, par sa culture, par son sexe... ?
Se pose alors la question des vastes classes moyennes où les individus sont plus définis
par leurs niveaux de consommation et par leur goût que par leur stricte activité
professionnelle.
Aujourd’hui, la notion de classe se heurte à d’autres principes de clivage :
classe/exclusion, classe/culture, classe/sexes, classes/âges... Les mutations du marché
du travail font que bien des positions de classe sont plus incertaines. Le déclin des
économies nationales lié à la mondialisation (globalisation) conduit vers des théories
des classes plus complexes comme pour la distinction des rapports de classes et des
rapports de domination entre divers secteurs d’activités plus ou moins performants et
plus ou moins protégés. Par exemple, il peut sembler pertinent de distinguer les ouvriers
qui travaillent dans les grandes entreprises publiques, semi-publiques ou privées, des
ouvriers précaires travaillant dans les secteurs de sous-traitance. Ils n’ont ni les mêmes
conditions de travail, ni les mêmes les conditions de vie.
Cependant, il semble que la notion de classe sociale est importante, en ce qu’elle permet
de distinguer les simples inégalités et la stratification d’une part, des rapports de classe

28
qui impliquent des mécanismes de domination et d’exploitation d’autre part. Il y a lieu
de noter aussi que la notion de classe sociale est moins utile à la description de la vie
sociale qu’à son analyse et à l’interprétation de ses conflits.

Classes et action collective.


Il est certain que la notion de classe a fait l’objet d’un examen systématique
particulièrement au niveau de la société industrielle, dans laquelle elle a été conçue
comme une des mises en formes sociales d’un système économique, le capitalisme. La
plupart des recherches sociologiques ont porté sur la classe ouvrière et le mouvement
ouvrier. Il faut distinguer plusieurs moments historiques de la conscience de classe:
conscience prolétaire, conscience de métier, conscience de classe. Dans quelle mesure
peut-on parler de conscience de classe ouvrière aujourd’hui, et surtout, peut-on
considérer que tous les conflits sociaux relèvent des conflits de classes ?
Un des problèmes classiques de la sociologie est celui de la formation de l’action
collective, ainsi que les « conflit » comme formes de réponses possibles aux mêmes
problèmes sociaux.
Depuis quelques décennies, nous assistons à la multiplication des conflits et des
mouvements sociaux. Les mouvements collectifs parlent au nom d’identités culturelles
(berbères..), de groupes d’intérêt (ex. chauffeurs de taxi..), de causes (droit de l’homme,
travail, contre la violence ...) sans que toutes ces actions soient pour autant des actions
de classes. Au sortir de la société industrielle, les mouvements sociaux paraissent de
diversifier et se multiplier sans entrer forcément dans le cadre d’une lutte des classes.
En générale, on peut dire que la sociologie reste attachée à la notion de classe à travers
la description et l’analyse des inégalités sociales qui représentent des indicateurs
pertinents dans l’organisation et la structuration de la société.

29
LA CULTURE

Dans sa signification anthropologique la plus large est synonyme de Civilisation. Elle


désigne « les manières d’être en société qui varient selon les groupes et sont
déterminées par des valeurs, des usages et des représentations qui leurs sont propres.
Aussi qu’elle englobe les connaissances, les croyances, les arts, la morale, les lois les
coutumes ainsi que les autres habitudes acquises par l’homme entant que membre d’une
société ».
La culture peut être aussi considérée comme l’ensemble des représentations et des
valeurs que se donne une société et qui confèrent un sens et une orientation aux actions.
La culture a plusieurs dimensions.
- La culture est une définition de la nature, elle est un système cognitif permettant
d’appréhender le monde de façon partagée.
- Elle est aussi une morale dans la mesure où elle définit et hiérarchise des valeurs :
elle dit ce qui est bien, beau, juste et produit ainsi un ensemble de motifs d’action.
- Elle est aussi un ensemble de codes et de « mœurs » qui régulent les échanges
sociaux de manière routinière. Autrement dit, aucune conduite et aucune pensée
partagée qu’elles sont par une communauté ne peuvent échapper à une obligation de
signification culturelle.
Enfin, la culture possède une dimension subjective en ce qu’elle définit des identités et
des représentations de soi et d’autrui. C’est le thème de la personnalité de base et plus
largement celui des liens entre culture et personnalité qui a été un des grands objets de
l’anthropologie sociale (Kardiner). Certains auteurs (Elias, Riesman) montrent ainsi
comment la modernité peut être pensée en termes de transformation de ces «
personnalités ».

Fonctions de la culture
Du fait que la société est animée pleinement par la culture, il n’en demeure pas moins
que celle-ci remplit un certain nombre de fonctions qui permettent de :
- Proposer des modèles à une société qui permettent de construire les modes de vie
et à assurer son organisation.

30
- Identifier des membres de la société à travers les manières de penser et de vivre
communes et donnant une identité collective.
- Réaliser une personnalité de base constituée par l’ensemble des éléments culturels
qui vont produire les traits communs de la personnalité sociale.
- Façonner la personnalité en marquant les manières de se comporter, ainsi que les
faits et les actions spécifiques aux membres de la société.
- Dynamiser les conduites à travers les modalités mentales et affectives qui animent
les rapports sociaux et la vie commune.

Culture et Manières de vie collective


Dans la vie en société, la culture permet de distinguer quelques indicateurs qui
caractérisent les usages et les conduites collectives. (tableau) :
Traits communs Exemples
Principes et valeurs - opinions
- croyances
- rôles
normes et règles - rapports
- comportement
- système de sanctions
Pratiques et attitudes communs - manières de faire
- manières de parler
- manières de s’habiller

Caractéristiques de la culture
La culture peut être considérée:
 comme phénomène social:les manières de vivre sont produites et acquises
socialement.
 comme modèle: dans le sens que les comportements sociaux sont standardisés et
sont formés en conformité à un modèle reconnu comme normatif ou référence.
 Comme processus: les manières de vivre ne sont pas le produit de l’hérédité, mais
d’un apprentissage.
Dans ce cadre, on relève quelques processus issus de la dynamique de la culture et qui
sont en jeu dans la vie sociale en générale et celle de l’individu en particulier: la
socialisation, l’enculturation et l’acculturation.

31
 La socialisation
Il s’agit d’un processus d’apprentissage et d’intégration dont l’individu fait l’objet
dans la société, particulièrement durant les périodes de l’enfance. Il recouvre le
développement de la sociabilité, c’est-à-dire les différents types d’apprentissage
auxquels est soumis l’individu et lesquels sont opérés par le biais de l’éducation. La
socialisation permet à la personne d’acquérir, en relation avec d’autres personnes, les
normes, les valeurs, les rôles, les connaissances et les compétences avec lesquels elles
agiront comme membres d’une société donnée.
La socialisation est le travail d’intériorisation de la culture et des attentes sociales.
Dans son ouvrage « Les règles de la méthode sociologique» Durkheim explique que la
socialisation remplit une fonction morale et culturelle essentielle dans la mesure où la
nature humaine ne peut pas être régulée par autre chose que par le social. Aussi, l'action
humaine est-elle sociale parce qu’humaine.
On distingue habituellement la socialisation primaire, celle de la petite enfance, de la
famille, et la socialisation secondaire qui s’accomplit tout au long de la vie dans les
institutions et la plupart des interactions sociales. La socialisation a une double face :
- une face interne par laquelle l’individu fait siennes les règles sociales entraînant
souvent un sentiment de culpabilité quand l’individu sent qu’il n’est pas
conforme à ces règles ;
- une face externe liée au contrôle social, au regard d’autrui, ce qui peut provoquer
un sentiment de honte, une réprobation et parfois un châtiment.
La socialisation, donc, est l’ensemble des opérations par lesquelles les individus
intériorisent ces orientations culturelles afin qu’elles deviennent une « seconde nature »
proprement sociale.
La sociologie consiste alors à montrer comment les conduites, les choix, les goûts a
priori les plus libres sont en fait des productions sociales tenant aux valeurs et aux
positions des acteurs « programmés » pour accomplir certains types d’action.

 L’enculturation
C’est l’ensemble des opérations par lesquelles les individus s’approprient la culture de
leur propre groupe ou société. Il représente un processus dont l’objectif est l’inculcation

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de la culture de la société à l’individu.
Les agents socialisateurs (famille, école) opèrent l’enculturation à partir des modèles
que la culture pose pour les membres de la société.

 Acculturation
C’est l’ensemble des phénomènes qui résultent du contact direct et continu entre des
groupes d’individus de cultures différentes, avec des changements subséquents dans les
types de culture originaux de l’un ou des deux groupes.

L’acculturation désigne l’adaptation à une forme particulière de culture, c’est-à-dire


une sorte d’intégration secondaire pour l’individu. Elle renvoi à des phénomènes
d’affront (ou de choc) entre deux cultures. L’exemple de la réalité socioculturelle des
immigrants marocains en France (cas de la deuxième génération).

Sociologiquement, la culture est considérée comme une matière première de la


réalité sociale qui se mélange à toutes les formes représentation et d’expression de la vie
individuelle et collective. Dans cette optique, la culture englobe plusieurs phénomènes
qui animent cette réalité et la communauté qui s’y identifie.

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L’INSTITUTION ET L'ORGANISATION

Dans ce chapitre, il sera question d’un niveau de fonctionnement de la réalité sociale


à travers l'analyse de deux formes de sa structuration : l'institution et l'organisation.
A la différence du groupe social, il ne s'agit plus de considérer un ensemble de
personnes réunies, mais des systèmes relativement permanents qui s'expriment selon
des modalités distinctes.
On traite « l'institution » pour marquer la prédominance des facteurs qui donnent
configuration sur ceux qui organisent ultérieurement le tissu social.
Au sens large et général, une institution est ce qui donne commencement, ce qui
établit, ce qui forme (Littré).
Les institutions ont une valeur fondatrice par rapport au système social, alors que les
organisations constituent des applications diverses de ces principes.
On caractérise d'emblée les institutions comme des formations spécifiques des rapports
sociaux et humains ; dans ce sens, le travail est, pour chaque société, non seulement une
activité particulière, mais une façon d'instaurer un type de relations, de structure.
Par contre, une organisation est l'application d'une forme instituée, définie, d'activités
et de relations dans une réalité sociale particulière ; ainsi une entreprise est un lieu dans
lequel l'institution du travail s'exprime et s'exerce avec des règles propres.
Il est difficile de séparer nettement et de caractériser clairement l'institution d'un côté et
l'organisation de l'autre, et l'on observe fréquemment une réduction de l'une à l'autre,
dans le sens où l'institution est souvent confondue avec l'organisation. En réalité,
comme l'a montré l'institution n'est saisissable directement dans aucune organisation,
mais elle est présente dans chacune d'elle. On peut donc considérer les institutions
comme des instances fondatrices des structures sociales et toujours en œuvre.

Le concept d’Institution
Au sens large, l'idée d'institution désigne le fait de mettre en place, de donner forme et
de maintenir un état de choses. Elle englobe le fait de stabiliser la réalité à travers des
normes établies une fois pour toutes. En sciences humaines, la notion d'institution
s'appuie sur une tradition philosophique dans laquelle elle a essentiellement désigné les

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systèmes juridiques, le droit, la loi. C'est avec l'avènement de la sociologie que les
institutions ont été étudiées comme des faits sociaux comme les autres.
La conception marxiste assimile notamment institution et idéologie, de sorte que
l'institution est considérée comme faisant partie des superstructures d'une société, les
infrastructures étant les forces et les rapports de production.

La Conception sociologique
C'est avec Durkheim (1895) que la notion d'institution devient l'objet d'une approche
systématique ; il définira la sociologie elle-même comme « science des institutions ».
Dans ce sens, l'idée d'institution recouvre celle de fait social : c'est-à-dire un ensemble
de données constantes, régulières et prévisibles. L'institution sera analysée comme un
fait social spécifique qui va se reconnaître à son caractère contraignant. Toute institution
s'articule ainsi sur la notion de contrainte sociale.
La contrainte institutionnelle suggère l'idée d'intériorisation des normes. Toutefois,
pour Durkheim, l'institution ne se réduit pas au poids des contraintes qu'elle exerce : elle
est, par nature, transcendante aux groupes sociaux.
L'orientation sociologique a par ailleurs mis l'accent sur les phénomènes de
représentations collectives et de consensus comme éléments de pérennisation des
institutions. Le rôle des institutions est de créer un consensus au travers de l'adhésion
d'un ensemble d'individus et de catégories sociales aux valeurs qu'elle propose.
En sociologie, l'institution a été conçue comme l'ensemble des normes qui
s'appliquent dans un système social et qui définissent ce qui est légitime et ce qui
ne l'est pas dans ce système. A partir de ces éléments, la définition synthétique
suivante de l'institution peut être proposée : une institution est un fragment des relations
sociales établi sur un système de valeurs, mythes, idéologies et ordonné selon des
normes, des rôles, des manières d'être, dont la fonction est d'assurer la conformité des
individus et la maintenance d'un état des choses.

Les caractéristiques de l'institution


Les institutions comportent plusieurs caractéristiques fondamentales. Elles sont
organisées autour d'un système de valeurs qui constitue leur doctrine et se présente

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comme un énoncé de vérités. Une institution est nécessairement chargée de valeurs qui
se transforment en codes de conduite institutionnelle ; certaines se présentent sous
forme de règles ou lois écrites, d'autres apparaissent à travers les habitudes, les
coutumes, les interdits, les pressions. Les institutions apparaissent comme des systèmes
garants de la pérennité de ces valeurs, et cela, à plusieurs titres. Elles sont tout d'abord
relativement permanentes ; par nature, elles sont un élément de stabilité pour l'ensemble
d'une société. Elles tendent à s'inscrire dans la durée et de la sorte à se reproduire.
Les institutions déterminent des manières de penser et d'agir qu'elles encodent :
l'individu n'a pas à inventer sa propre façon de faire les choses, c'est l'institution qui y
pourvoit. Toute conduite est ainsi institutionnalisée dans des formes de relations et de
rôle sociaux. Les institutions fournissent de cette manière une bonne adéquation entre
les caractéristiques de ses membres et la manière d'y répondre : sachant ce que l'on
attend d'un bon soldat, d'un bon mari, d'un bon étudiant, ceux-ci n'ont plus qu'à se couler
dans le rôle ainsi défini pour eux.
De ce fait, les institutions tendent à contrôler la conduite de leurs membres, en
développant des processus de socialisation et de formation qui permettent à chacun de se
situer par rapport à la norme instituée, et cela en respectant les procédures, les codes que
l'institution a établi. Ainsi les institutions se présentent comme des formes stables et
durables des relations sociales, en se référant à des modèles en vue d'assurer un ordre et
un certain équilibre social.

Les formes de l'institution


Les institutions revêtent des formes diverses, dont la typologie suivante :
- L'institution familiale est le système qui règle, stabilise et standardise les relations
affectives, sexuelles, et la reproduction humaine. Sa forme la plus répandue et la plus
reconnue dans nos sociétés est le couple de parents vivant avec un ou plusieurs enfants.
- L'institution éducative est le processus systématisé de socialisation et d’éducation
qui se développe dans le contexte familial et dans le cadre complexe du dispositif
scolaire créé par la société.
- L'institution économique est la configuration des modèles par lesquels une société
produit ses biens matériels et ses services ; elle comporte la production, la distribution,

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l'échange et la consommation de biens.
- L'institution politique est l'ensemble du système juridique, législatif, administratif
qui organise l'ordre public dans une société.
- L’institution religieuse est l'ensemble des systèmes qui prennent en compte les
dimensions du rapport de l'être humain avec une transcendance (divinité): elle s'exprime
à travers des structures connues souvent sous le nom de mosquées ou d'églises et prend
la forme de rassemblements appelés cultes auxquels les individus s'adonnent
collectivement ; elle comporte toujours des codes moraux qui indiquent le caractère bon
ou mauvais des diverses conduites. Ainsi toute institution religieuse est
fondamentalement un système social de gestion des croyances auxquelles adhèrent les
membres d’une société.
- L'institution récréative est la configuration des modèles qui permettent la satisfaction
du besoin social de détente physique et mentale.

L'ensemble de ces institutions ne fonctionne pas sur un mode séparé, même si chacune
a ses modalités spécifiques. Les institutions sont interdépendantes, et chacune influence,
à des degrés divers et selon des modalités particulières, toutes les autres. Les institutions
tissent entre elles des réseaux complexes d'interdépendances qui se manifestent à des
titres divers et à des occasions nombreuses. La coexistence et l'interdépendance des
institutions jouent un rôle essentiel dans la régulation sociale globale d'une société.

La Notion d’Organisation
A la différence des institutions, les organisations se présentent comme des ensembles
coordonnés, orientés vers des objectifs définis ; elles définissent leurs moyens à travers
une structure de rôles qui leur permettent d'être efficaces.
L'organisation représente une unité sociale délimitée ayant des objectifs définis dans
un domaine de la vie sociale. Elle est conçue comme un système autonome, c'est-à-dire
comme système ayant ses règles propres de fonctionnement dans le champ social. En ce
sens elle l'organisation, donc, se présente comme un morceau d'institution se
manifestant dans un cadre déterminé; elle se définit en tant que système d'action
coordonné vers des objectifs explicites.

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La notion d'organisation englobe l'idée d'un cadre social qui révèle une structure de
positions considérées comme essentielles pour la poursuite des objectifs particuliers :
ainsi une banque, une association, un syndicat, sont des organisations en tant qu'elles
constituent des systèmes sociaux définis. D'autre part, elle désigne les conduites sociales
qui s'exercent à l'intérieur de ces structures : l'organisation du travail, la définition des
procédures, la fixation d'objectifs, sont autant d'éléments qui déterminent une manière
de se comporter au travail.
Dans ce sens le sociologue Français George Lapassade a défini une organisation
comme « une collectivité instituée en vue d'objectifs définis, tels que la production, la
distribution des biens, la formation des hommes ». L'organisation apparaît donc
essentiellement comme un système de moyens mis en œuvre pour réaliser des tâches
définies en vue d'atteindre un but.
A partir de ces éléments, la définition suivante peut être retenue: une organisation est
une unité sociale instituée qui réalise un ensemble d'activités à travers un système de
moyens orientés vers des buts définis.

Synthèse sur l’institution et l’organisation


A la différence du groupe, l'institution se caractérise comme un système à l'intérieur
duquel sont formées et organisées les relations sociales.
Pour traiter cette question, on distingue l'institution de l'organisation, bien qu'il est
difficile de séparer nettement les deux. Les institutions sont en effet des instances
fondatrices et structurantes du lien social ; elles sont par conséquent des lieux privilégiés
pour examiner comment s'opère la dynamique des relations entre l'individuel et le
collectif, entre le particulier et le commun.
L’institution est considérée comme un fragment des relations sociales établi sur un
système de valeurs et ordonné selon des normes, des rôles, des manières d'être dont la
fonction est d'assurer la conformité des individus.
L'analyse de l'organisation enfin, nous montre que celle-ci représente un ensemble
social délimité, ayant des objectifs propres dans un domaine de la vie sociale.
L'organisation est d'une certaine façon un morceau d'institution se manifestant dans un
cadre déterminé. La définition de l'organisation a mis l'accent sur la coordination d'un

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ensemble, l'existence de moyens et méthodes, l'orientation vers des objectifs définis.
Les conceptions de l'organisation s'inspirent de visions préétablies sur ce que doit être le
fonctionnement d'une société.
Quant à la question de la dynamique organisationnelle, elle s'articule essentiellement
autour de quatre phénomènes : la structure, le climat, les conflits et la culture. Ces
dimensions permettent de montrer que toute organisation, en tant qu'ensemble structuré
de rôles et d'activités, révèle des enjeux liés, non seulement aux structures
psychologiques en présence, mais aussi au système social qui les porte et les anime.
Ainsi, l'analyse des institutions et des organisations parait comme un élément essentiel
pour la compréhension des phénomènes sociaux.

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LES NORMES SOCIALES
En sociologie, la société n’est pas conçue comme une entité indépendante de l'individu
ou comme une sorte de « personne » morale supérieure ou dans une logique collective,
mais elle est définie comme une réalité active. C’est dire que la société n'existe pas en
dehors des conduites sociales de la communauté, des représentations, des actions et du
sens commun qui l’anime. C'est, donc, au niveau des conduites sociales que la société
peut être saisie et comprise. En fait, la société est une dimension des conduites sociales.
On pourrait dire avec Durkheim que la société possède une réalité en soi, différente de
l’individu.
A partir de là, la question qui va se poser est celle du lien existant entre les « structures
sociales » et les individus considérés en tant qu’« acteurs » sociaux. Ainsi, que le lien
entre les facteurs « macro-sociologiques » et les facteurs « micro-sociologiques » qui
prédominent dans la vie sociale. Dans ce cadre, la société, de par ses structures et des
conduites sociales qui l’animent, est organisée au niveau de la collectivité et des
individus selon un ordre social qui se manifeste dans la régularité et la généralité.
Dans ce contexte, toute action et toute relation sociales s'inscrivent dans un cadre
normatif qui prescrit les comportements de chacun, donne les options de perception des
situations et définit les orientations.

La notion de norme :
- une règle explicite ou implicite, qui guide et oriente la conduite sociale;
- se présente comme un ensemble de valeurs largement dominant et suivi dans
la société;
- sollicite une adhésion de la part des individus et de la communauté, tout en
impliquant des sanctions dans un champ d’interactions complexes.

Objectif de la norme :
La norme est une règle que la société adopte dans un sens permettant de :
- engendrer l’uniformité;
- créer un monde (société, vie sociale) stable;
- identifier les comportements sociaux.

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La norme est considérée comme un standard de comportements auquel se réfère
l’individu.
La vie sociale, et plus généralement l'existence concrète de la société, supposent la
présence des cadres normatifs qui organisent les relations et les échanges. Et si les
individus sont socialisés et appelés à suivre les prescriptions normatives de ces cadres,
pour faire vivre la société. Aussi ces cadres permettent d’assurer le fonctionnement
normal de la vie en société et autorisent les individus à accomplir leurs différentes
activités sociales et de remplir leurs obligations sociales, tout en s’éloignant des
situations qui peuvent conduire à un état d’anormalité et de déviance. La société prescrit
à l’individu ce qui est bien pour elle, qui est aussi bien pour lui et comment il doit faire
pour sa conformité, son adaptation et son intégration.

La relation aux normes :


La relation sociale est envisagée à partir des rôles que chaque individu joue, selon son
appartenance à un groupe social donné. Ainsi que les activités auxquelles se livrent les
individus dans une situation donnée, sont le produit de comportements réglés et
déterminés socialement. Dans ce sens, ce ne sont pas seulement les aspects
interpersonnels qui structurent et font fonctionner les relations, mais le champ social a
une part importante dans leur régulation et leur conditionnement.

Rôles et Statuts
La tradition sociologique analyse les interactions humaines dans les contextes sociaux à
partir des notions de rôle et de statut des individus. Les actions et les positions des
individus sont expliqués grâce aux rôles, aux attentes et exigences des rôles qui leur sont
prescrit.
Une telle approche repère les individus en ce qu’ils assument des rôles dans leur
existence sociale, car il s’agit bien de plusieurs rôles et non d’un seul, que l’individu
occupe dans la vie sociale. Ainsi, le comportent social est envisagé selon le rôle tenu par
la personne dans une situation sociale donnée.
Le rôle peut être défini en termes « des fonctions remplies par une personne
lorsqu’elle occupe un position particulière à l’intérieur d’un contexte social donné ».
Dans ce sens, le rôle est conçu et expliqué de trois manières différentes :

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- le rôle prescrit désigne l’ensemble des comportements attendus du fait du contexte
social et de la position occupée par l’individu ;
- le rôle subjectif renvoi chaque personne joue plusieurs rôles selon les contextes.
- le rôle est saisi en tant qu’il est mis en acte compte tenu des comportements
effectifs de l’individu en interaction avec d’autres individus.
Dans la vie de tous les jours, chaque individu joue plusieurs rôles selon les contextes.
Ainsi le nombre et la diversité de ces rôles constituent un reflet de la réalité
psychologique et sociale des individus dans leur vie quotidienne.
Le rôle, donc, renvoie à différents comportements exprimés en accord avec le contexte
social dans lequel se trouve l’individu et selon la position que celui-ci occupe dans une
situation précise.
Par ailleurs, les relations entre rôle et personnalité sont complexes et varient selon les
situations (milieu social, milieu du travail). Il y’a réciprocité quand une personnalité
prédispose à certains rôles et que ces mêmes rôles apparaissent comme le moyen
d’atteindre des besoins personnels. Il y’a conflit de rôle lorsque les prédispositions de
la personnalité ne satisfont pas les exigences d’un rôle ou lorsque les prescriptions de
rôles sont en désaccord avec les besoins personnels.
Conception:
- Le rôle est un modèle organisé de conduites relatif à une certaine position de
l’individu dans un ensemble interactionnel.
- Le statut est l’ensemble des positions qu’un individu occupe dans un système
social.
Déterminants des rôles et statuts
- Les rôles sont les aspects dynamiques des statuts: les conduites attendues des
personnes en fonction de leur statut.
- Les rôles et les statuts constituent deux faces d’une même réalité :
 Le rôle est dynamique
 Le statut est structurel
- le rôle est lié au statut et dans l’ensemble il n’ y a pas de rôle sans statut ni de statut
sans rôle.

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- Le statut se défini par rapport au rôle comme une règle par rapport à son
application.
Les rôles renvoient à différents comportements exprimés par les individus en accord
avec le contexte social dans lequel ils se trouvent et selon les positions qu’ils occupent.
En résumé, la sociologie conçoit et explique le comportement social des individus en
termes de rôles qui leur sont prescrit ou qu’ils jouent dans la vie quotidienne. Il en
résulte qu’un comportement social apparaît comme étant ordonné et adapté lorsque les
individus agissent en conformité avec les normes et les exigences des rôles appropriés
dans les diverses situations sociales que traverse leur vie.

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LA MOBILITE SOCIALE
La mobilité sociale est la circulation des individus d'une société donnée entre des
positions sociales (classes, rangs, niveaux) qui ne sont pas toutes équivalentes, mais
hiérarchisées; car elles ne procurent pas toutes les mêmes avantages, économiques
et symboliques. Certaines positions sociales sont socialement valorisées alors que
d'autres sont dévalorisées.
Dans les sociétés modernes (industrielles), l’individu naît dans une classe sociale
donnée (fils de paysan, de banquier, d’ouvrier, etc.) mais il peut passer, plus ou moins
facilement, d’une classe à une autre (par le cursus scolaire, le mariage, le travail, etc.).
Les changements de classe et la circulation des individus entre les classes sociales
constituent la mobilité sociale. Dans ce cadre on peut distinguer deux types de mobilité:
 Mobilité intra-générationnelle: le passage des individus d’une catégorie à une
autre durant la même génération ; c’est-à-dire le changement opéré chez un
individu au cours de sa vie professionnelle, comme la comparaison de
l’appartenance entre la fin de carrière et le début de carrière.
 Mobilité intergénérationnelle: la circulation de l’individu du groupe social
auquel appartient sa famille à un autre groupe ; c’est-à-dire le changement de
l’expérience de vie d'un individu par rapport à la position sociale de ses parents.

Les facteurs de la mobilité sociale


Un certain nombre de facteurs interviennent pour favoriser la mobilité sociale ou au
contraire la freiner. D’autant que ce sont différentes questions qui se posent dans
l’approche sociologique de ce phénomène des sociétés contemporaines : les trajectoires
de mobilité ou d'immobilité sont-elles plutôt le résultat de l'action des individus (des
acteurs, dit-on souvent) ou plutôt le résultat des transformations de la société qui rendent
nécessaires cette mobilité sociale ?
Ainsi, des principaux facteurs qui sont en jeu dans la mobilité sociale, on notera :
1- Le rôle des structures économiques : l'évolution des emplois offerts impose une
certaine mobilité sociale. Celle-ci peut être perçue à partir de ce qui suit :

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- Certaines Catégories socioprofessionnelles se développent tandis que d'autres
régressent, il faut donc nécessairement que les individus « circulent » d'une
position sociale à l'autre.
- La mobilité structurelle est le changement de position sociale qui est dû aux
changements des structures économiques et sociales.
- La mobilité nette n'est pas due à l'évolution des structures, mais au fait que deux
individus permutent leur position sociale.
2- Le rôle de la famille: qui permet la transmission d'un patrimoine économique et
culturel mais aussi le développement de stratégies d'ascension sociale. C’est-à-dire,
que la famille, notamment par le biais de la socialisation transmet un capital
économique, un capital culturel et un capital social à ses enfants, et contribue ainsi à
la reproduction des inégalités.
3- Le rôle de l'école : dans une société où le diplôme devient la clé de l'accès aux
emplois, l'école donne de grands moyens de la mobilité sociale.

Cependant, un constat s’impose : une société plus mobile n'est pas forcément plus
égalitaire, et la mobilité peut servir d'alibi à l'inégalité.
Des enjeux de la mobilité sociale on retiendra les observations suivantes : Dans les
sociétés traditionnelles, cette question de la mobilité sociale ne se pose pas compte tenu
du fait que la stratification sociale y est très rigide. Tandis que, dans les sociétés
modernes, les individus ne se voient plus assignés un statut social prédéfini.
En somme, la mobilité sociale est bien possible en tant que dynamique sociale, car il
n’y a pas de raisons déterminées qui puissent empêcher les individus de s'élever dans la
société et de changer de classe sociale.

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BIBLIOGRAPHIE

- R. Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard. 1967.


- R. Boudon, La logique du social, Paris, Hachette, 1979.
- P. Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Ed Minuit, 1981
- M.Crozier, E. Friedberg, L’acteur et le système, Paris, Seuil, 1977.
- F. Dubet, D. Martuccelli, Dans quelle société vivions-nous ? Paris, Seuil, 1998.
- E. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 1963.
- E. Durkheim, le suicide, Paris, PUF, 1982
- N. Elias, La société des individus, Paris, Fayard, 1987.

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