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Studium de Notre Dame de Vie Thèse d’Ecriture Sainte et Morale Frère Leandro SALLES DA COSTA

Le témoignage du disciple du Christ à partir de 1Jn 2,3-11


I. Etude biblique de 1 Jn 2,3-11
1. Contexte et analyse littéraire
 Contexte supposé de la rédaction1: L’auteur insiste sur le réalisme de l’incarnation, en combattant
des tendances gnostiques qui avaient atteint sa communauté. Division dans la communauté au sujet de
l’importance salvifique des actes que le Verbe avait accomplis dans sa chair et de leur normativité pour
la vie morale des chrétiens. Pour certains, la seule chose importante était de croire au Verbe.
 Situation de notre péricope dans dans l’épître: elle se situe dans un contexte de spécification de ce
qu’est «marcher dans la lumière», condition de la communion avec Dieu, qui est lumière, et avec les
autres (1,5-7). Ainsi, il insiste sur la nécessité de garder les commandements, notamment celui de
l’amour. Il est suivi par un encouragement aux fidèles dans leur combat en ce monde (2,12-17).
 Vocabulaire et style: Commandement, qui passe du pluriel (v.3-4) au singulier (v.6-7);
connaissance (vv. 3-5, 11), amour (v.5 et 10), vérité (vv. 4,5,8 [2x])
-usage d’oppositions, reflet des oppositions dans la communauté: mensonge/vérité; ténèbres/lumière;
haine/amour
-répétitions de «Celui qui dit» (ὁ lέgwn), qui introduit toujours un critère de vérité de ce qui est dit.
 Structure: A. v.3-6: Critère de la vrai connaissance du Christ
B. v. 7-8: Le commandement ancien et nouveau
C. v. 9-11: Explicitation de ce commandement
2. Interprétation Littérale
A. V. 3-6: Le critère de la vraie connaissance du Christ2
Dans quelle mesure peut-on dire qu’on connaît le Christ?
-«Connaître»: dans la Bible, pas simple savoir théorique, mais implique un rapport personnel entre le
sujet et l’objet, une certaine communion. Ce verset relie ainsi notre péricope à 1 Jn 1,5-7, où il est
question de la communion avec Dieu et avec les autres, qui exige la marche dans la lumière.
-Critère pratique de la vérité de la connaissance du Christ: l’observation de ses commandements.
-donc, la vie morale du chrétien est signe et manifestation de sa connaissance-communion du Christ.
-s’agissant des commandements du Christ, la morale a une dimension christologique essentielle.
-v. 5: le fait de garder la parole du Christ est signe de la perfection de l’amour de Dieu en la personne.
-Lien à Jn 14,23: «Celui qui garde mes commandements, c’est celui-là qui m’aime. Si quelqu’un
m’aime, il gardera ma parole»: il s’agit de notre amour pour Dieu.
-v.6: Le comportement du chrétien ne sera pas qu’une observance des commandements énoncés par le
Christ, mais une imitation de sa vie.
-ce «marcher comme le Christ» n’est pas qu’une imitation extérieure, puisqu’elle provient de
l’amour et d’une connaissance intime.
-ce verset fait le lien entre tout ce qui précède et la partie suivante: la pluralité des commandements
s’unifie dans la vie du Christ, où ils sont pleinement vécus. C’est ainsi que l’auteur pourra parler, à
partir du verset 7, du commandement, au singulier.
-Dans cette première partie, nous voyons que la connaissance du Christ est associée à l’amour et à
l’«être en lui» (v.5), ce qui se manifeste par le «marcher comme Lui», qui englobe les commandements.
B. V. 7-8: Le commandement ancien et nouveau
-v. 7: lien entre Le commandement et la parole reçue dès le début: avec l’accueil de la Parole, les

1
Cf. BROWN R., Que sait-on du Nouveau Testament?, Bayard, Paris, 2000, p. 427.
2
Comme la péricope qui précède la nôtre se termine en parlant du Christ (2,1b-2), nous concluons qu’il s’agit ici de la
connaissance et des commandements du Christ (cf. Jn 14,21), ce qui apporte une nuance importante par rapport à la
connaissance et aux commandements de Dieu.

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Le témoignage du disciple du Christ à partir de 1Jn 2,3-11
chrétiens reçoivent le commandement. L’aspect moral a donc fait partie de la première annonce.
-«Nouveau» (v.8): référence à la nouveauté d’une morale centré sur le Christ, plénitude de la vie morale.
-c’est le commandement des temps nouveaux inaugurés par le Christ. Dimension
eschatologique confirmée par la victoire de la lumière sur les ténèbres.3
-Peut-on préciser davantage ce commandement nouveau que donne le Christ? Jean 13,34: «Je vous
donne un commandement nouveau: comme je vous ai aimés,... aimez-vous les uns les autres».
-D’après ce passage, le commandement nouveau donné et vécu par Jésus est celui de l’amour du
prochain. Ce sera confirmé dans la troisième partie de notre texte
C. V. 9-11 Explicitation du commandement nouveau
-L’amour du frère acquiert ici une très grande importance: il est la condition incontournable pour qu’on
puisse dire avec vérité qu’on est dans la lumière, c’est-à-dire, qu’on est en communion avec Dieu.
-cet amour protège contre les occasions de chutes (v. 10), car «quiconque aime est né de Dieu» (4,7), et
que «quiconque est né de Dieu ne commet pas le péché» (3,9)
-à l’opposé, celui qui hait son frère marche dans les ténèbres, même s’il dit être dans la lumière.(v. 9)
-la haine du frère entraîne l’ignorance sur son propre chemin, un aveuglement qui empêche de
reconnaître ses erreurs et ce à quoi elles conduisent. (v. 11)
 Conclusion de l’interprétation Littérale: La vraie connaissance du Christ se vérifie par
l’accomplissement de ses commandements. Mais garder sa parole n’est simple obéissance extérieure,
mais une imitation de sa vie provenant d’une relation d’amour avec Lui. Le Verbe incarné montre par son
existence concrète, humaine, ce qu’est le plein accomplissement des commandements, qui s’unifient
dans son commandement. Ce dernier est nouveau car le Christ lui-même en est la référence et parce
qu’il inaugure les temps nouveaux. Ce commandement est celui de l’amour, qu’Il a vécu jusqu’à
l’extrême par le don de sa vie, preuve suprême de l’amour (cf. Jn 15,13), et qui assure aux croyants leur
«demeurer dans la lumière».
II. Des conséquences pour le témoignage du chrétien
1. La foi et la vie des croyants
A. Foi, charité et commandements
-La foi, qui est la véritable connaissance du Christ, n’est pas d’ordre purement intellectuel.
-elle est liée à l’accomplissement de l’amour de Dieu dans le coeur du croyant (cf. v. 3 et 5).
-c’est une véritable communion d’amour et de vie avec Jésus-Christ (cf. VS 88) qui procure la grâce.
-Etant ainsi animée par la charité, la foi pousse à l’accomplissement des commandements donnés par
Dieu, dont la pratique est rendue possible par la grâce et qui sont l’expression de sa volonté:
«La charité ne peut exister sans l’obéissance. [Suit une citation de 1Jn 2,4-5] Et cela parce que
l’amitié procure aux amis identité des vouloir et des refus»4. -C’est ainsi que, grâce à l’amitié qu’elle
instaure entre Dieu et les fidèles, la foi est une «décision qui engage toute la vie» (VS 88).
-Ainsi, le témoignage chrétien porte une marque d’absolu, ce qui devient manifeste dans le martyr
chrétien: par lui le fidèle montre que son attachement à Dieu et à sa Loi l’empêche de poser une seul
acte intrinsèquement mauvais, même si cela peut coûter sa propre vie. C’est le témoignage suprême.
-La foi, parce qu’elle comporte la volonté de Dieu sur l’homme, a un contenu moral (cf. VS 89). Cela
nous prévient contre les courants contemporains qui dissocient la foi de tout contenu moral objectif.
B. L’option fondamentale (cf. VS 65-70)
-Théories qui dissocient dans la personne une option de fond, une orientation générale de sa vie, de ses

3
Cf. MORGEN M., Les épîtres de Jean, Cerf, Paris, 2005.
4
D’AQUIN Thomas, Somme Théologique, II-II, Q. 104, art.3.

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choix particuliers, concrets.
-Seule l’option fondamentale compterait pour la relation avec Dieu et pour la moralité de la personne.
-Les comportements intrinsèquement contraires à la loi morale ne sépareraient pas de Dieu si l’option
fondamentale pour Dieu et pour la charité demeure. Seul le refus explicite de Dieu opérerait cette
séparation.
-Mais 1 Jn 2,4 est clair: «qui dit "je le connais" alors qu’il ne garde pas ses commandements est un
menteur, et la vérité n’est pas en lui».
-En réalité, il n’est pas nécessaire de poser un refus explicite de Dieu pour se séparer de Lui. Tout péché
mortel fait perdre la grâce, même si on garde la foi, car on rejette par là-même le Dieu qui donne la loi
morale (cf. VS 68)
2. Aspect christologique du témoignage chrétien
-clé pour comprendre la portée morale de notre passage: «demeurer dans le Christ» (cf. v.6). C’est cette
relation étroite avec lui qui fonde la conduite morale du chrétien. Autrement dit, «suivre le Christ est le
fondement essentiel et original de la morale chrétienne» (VS 19). C’est l’adhésion à la personne même
de Jésus qui portera le chrétien à un mode de vie nouveau.
-l’adhésion au Christ implique l’accueillir comme le Sauveur,y compris dans le domaine moral. Ainsi, la
vie morale du chrétien aura pour origine non pas l’effort humain pour vivre la vertu, mais la participation
à la vie divine donnée par le Christ.
-notre passage invite à observer les commandements du Christ. Donc, le témoignage du chrétien
portera la marque de la nouveauté de son message. Cette nouveauté est flagrante dans le Sermon sur
la Montagne, qui opère une intériorisation et une radicalisation des commandements anciens (cf VS 15).
-Non seulement la parole du Christ, mais encore sa vie elle-même est normative pour le Chrétien (v. 6)
«L’agir de Jésus, sa parole, ses actions et ses préceptes constituent la règle morale de la vie
chrétienne» (VS 20)
-Et l’enseignement moral du Christ et l’exemple concret de sa vie peuvent se résumer en un mot: la
charité. C’est son commandement nouveau: aimer comme Il aime (cf. Jn 13,34). Ceci résume et
implique tous les autres commandements.
-Jésus a vécu le commandement de l’amour de manière extrême en donnant sa vie sur la Croix. Il est
ainsi «l’accomplissement vivant de la Loi, en tant qu’il en réalise la signification authentique par le don
total de lui-même: il devient lui-même la Loi vivante personnifiée, qui invite à sa suite» (VS 15).
-Ainsi donc, le Chrétien est appelé à reproduire en sa vie l’image du Fils de Dieu (cf. Rm 8, 29). Il le fera
par une vie de charité et de don de soi, ce qui suppose la pratique des commandements. Sa vie morale
sera pour ainsi dire une confession de foi, qui renverra ceux qui l’entourent au Christ auquel il croit. Il
faut dire aussi, que c’est la grâce du Christ qui permettra au chrétien de vivre tout cela.
III. Conclusion Générale
A partir de la péricope étudiée et avec l’aide notamment de Veritatis Splendor, nous avons conclu que
la foi chrétienne a un contenu moral objectif, ce que finissaient par nier les théories de l’option
fondamentale. Ce contenu se résume dans le commandement de l’amour, lequel implique tous les
autres commandements eu leur donne une force et un sens nouveaux. Enfin, l’aspect christologique est
apparu comme caractérisant essentiellement le témoignage chrétien: le Christ est source et modèle de
l’accomplissement parfait de la Loi, notamment par le Mystère Pascal.
Bibliographie
MORGEN M., Les épîtres de Jean, Cerf, Paris, 2005.
BROWN R., Que sait-on du Nouveau Testament?, Bayard, Paris, 2000.
CARREZ M., Nouveau Testament interlinéaire grec/français, Alliance Biblique Internationale, 1993.
JEAN PAUL II, Veritatis Splendor, Mame/Plon, 1993. 3

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