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Studium de Notre Dame de Vie Thèse de Morale Conjugale et Familiale Frère Leandro SALLES DA COSTA

Sujet: En vous appuyant principalement sur l’exhortation apostolique Familiaris Consortio1 de


Jean-Paul II, montrez à quelles conditions le mariage et la famille permettent à la personne humaine de
réaliser pleinement la vérité de son être, créé homme et femme, à l’image du Dieu Amour.
Introduction
Pour connaître de telles conditions, il faut d’abord savoir clairement quelle est la vérité de l’être de la
personne humaine. Les conditions de réalisation de celle-ci seront celles qui respecteront une telle
vérité, et qui conduisent à l’accomplissement de la vocation indiquée par elle. Notre première partie, sur
la vérité de la personne humaine, servira donc de base pour la deuxième, où les conditions de
réalisation de cette vérité dans la famille et le mariage seront dégagées.
I. La vérité de la personne humaine, image du Dieu Amour
-Pour connaître la vérité de la personne humaine, il convient de partir de la vérité du Créateur dont elle
est l’image.
a) « Dieu est vie et amour en lui-même » (FC 11)
- Dieu est plénitude de vie, plénitude de l’être. Plénitude qui est fécondité à l’intérieur même de Dieu:
dans la Trinité, le Père engendre éternellement le Fils, et des deux procède l’Esprit.
- «Dieu est amour» (1Jn 4,8). Comme l’amour est toujours unitif et source de communion, nous pouvons
dire que Dieu est communion de Personnes.
- «En Dieu, ces plénitudes de vie [ou d’être] et d’amour sont inséparables»2.
-De cette plénitude de vie et d’amour jaillira le choix libre de Dieu de créer. «Parce qu’il est, il aime et
parce qu’il aime, il crée et donne la vie»3.
-Toute la création portera la marque de l’Etre-Amour du Créateur, et tout particulièrement l’homme, fait à
son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26-27).
b) L’homme: fait par amour et appelé à l’amour (cf. FC 11)
-Image du Dieu amour, l’homme trouve en son être l’orientation vers l’amour. C’est la vocation
fondamentale inscrite en lui, en même temps qu’une capacité et une responsabilité. (cf. FC 11)
- Mais «l’amour est essentiellement don» (FC 14). L’homme est donc ontologiquement porté à se donner
à autrui, et c’est ce don qui lui permettra de vivre la communion de personnes dans laquelle il trouve son
accomplissement.
-En ce sens, «être une personne, c’est être aussi pour une autre personne ou d’autres personnes»4.
c) Regarder l’homme dans son unité et son intégrité
- Union intime entre corps et esprit dans la personne humaine: «l’homme est un esprit incarné,
c’est-à-dire une âme qui s’exprime dans un corps et un corps animé par un esprit immortel» (FC 11)
- Le corps n’est pas quelque chose qui se surajoute à la personne. Il fait partie de son être personnel
- La vocation à l’amour, au don, à la communion de personnes, est inscrite en tout l’être personnel de
l’homme, corps et esprit
«L’amour embrasse aussi le corps humain, et le corps est rendu participant de l’amour spirituel» (FC 11).
-Le corps sexué a une «signification nuptiale» (FC 37): il manifeste que la personne tout entière est faite
pour le don, pour la communion.
- La sexualité ne doit donc pas être vue comme «purement biologique, mais elle concerne la personne

1
Ce document sera désormais indiqué par l’abréviation FC.
2
O’CONNOR J. T., «Le plan de Dieu sur la mariage et la famille», dans Jean Paul II et la famille, Téqui, Paris, 1984, p 60, cité en
MATTHEEUWS A., Les «dons» du mariage, Culture et Vérité, Bruxelles, 1996, p. 193.
3
O’CONNOR J. T., op. cit., p. 64, cité en MATTHEEUWS A., op. cit, p. 194.
4
SATTLER H.V., «Articles 36-41 de l’Exhortation apostolque "Familiaris consortio"», dans Jean Paul II et la famille, Téqui, Paris,
1984, p. 126, cité en MATTHEEUWS A., op. cit, p. 201.
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humaine dans ce qu’elle a de plus intime» (FC 11).


Transition: Ces considérations sur la vérité de l’être et de la vocation de la personne humaine nous
permettront de voir à quelles conditions celle-ci peut se réaliser pleinement dans le mariage et la famille.
II. Conditions de réalisation de cette vérité
a) La communion entre les époux
-Par le Mariage, l’homme et la femme s’engagent à se donner l’un à l’autre de manière totale, selon la
vocation inscrite en eux. La fidélité quotidienne à cette promesse est nécessaire à la croissance de leur
communion (cf. FC 19)
-Cette communion doit englober toutes les dimensions des personnes: corps, affectivité, esprit, volonté,
visant ainsi une unité profondément personnelle, «celle qui, au-delà de l’union en une seule chair,
conduit à ne faire qu’un cœur et qu’une âme» (FC 13), et qui est enracinée dans la complémentarité
naturelle entre l’homme et la femme (cf. FC 19).
- C’est donc par le don de toute la personne que cette communion se réalise (cf. FC 19).
- Cette totalité du don doit comprendre la dimension temporelle de la personne: un don qui ne se veuille
pas comme allant jusqu’à la mort ne saurait être total. D’où la nécessité de l’indissolubilité.
-Les époux doivent se recevoir comme un don de Dieu (cf. FC 25) et en se respectant mutuellement
dans leur dignité personnelle.
-C’est dans ce cadre de don total des personnes, de communion véritable et de respect de la dignité de
l’autre que doit s’inscrire l’acte conjugal, afin qu’il contribue à la réalisation des personnes.
b) L’acte conjugal
-Nous avons vu que le corps et la sexualité font partie de l’être personnel de l’homme et de la femme.
-Dans l’acte sexuel, il y a le don total des corps. Mais comme la personne est une, corps et âme, cette
donation physique doit être le fruit et le signe d’une donation totale des personnes, faute de quoi ceux
qui s’unissent sont dans le mensonge (cf. FC 11)
- «La sexualité est un engagement de toute la personne» (FC 32), c’est pourquoi «la vérité du don des
corps dépend de la vérité du don total des personnes» (FC 11).
-Ce n’est que dans le contexte du Mariage que cela peut se faire, car c’est par lui que les époux
engagent toute leur personne par un pacte d’amour, et ceci jusqu’à la mort.
-L’acte conjugal doit être un don et un accueil mutuel qui englobe les corps et les âmes. Par lui, le corps
participe d’une manière éminente à l’amour spirituel (cf. FC 11).
- «L’amour imprègne la sexualité de l’homme et la rend personnelle»5. Il fait voir l’autre comme une fin
en soi, fait vouloir le bien de l’autre au lieu de l’utiliser comme moyen de plaisir.
-Une condition particulière pour que la donation physique soit le «signe et le fruit de la donation
personnelle» consiste dans l’ouverture à la fécondité.
c) Ouverture à la transmission de la vie
-Dieu est en même temps communion de personnes et abondance de vie. L’homme et la femme, créés
à son image, trouvent aussi leur réalisation pleine et dans la communion des personnes et dans la
fécondité. De même qu’en Dieu l’être et l’amour sont inséparables, de même «le pouvoir ... de procréer
avec Dieu est une composante inséparable de cet amour total qui unit l’époux et la femme»6.
-L’acte conjugal a donc foncièrement deux significations: unitive et procréative, qu’il importe de ne pas
séparer afin de ne pas atteindre à la dignité de la sexualité et donc des personnes des époux (cf.FC 32).
-En séparant ces deux significations par la contraception, la totalité du don des personnes serait

5
MATTHEEUWS, op. cit, p. 191.
6
O’CONNOR J. T., op. cit., p. 64, cité en MATTHEEUWS A., op. cit, p. 194.
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compromise. C’est comme si un disait à l’autre: «Je te donne mon corps, mais je ne te donne pas ma
capacité d’être fécond».
-Cela consiste donc en une «falsification de la vérité intérieure de l’amour conjugal, appelé à être un don
de la personne tout entière» (FC 32).
-La contraception ne respecte pas toute la dignité de la sexualité humaine, mais la manipule de manière
contraire au dessein créateur de Dieu.
-Quand l’acte conjugal aboutit à la génération d’un enfant, le don atteint son sommet: outre le don de soi
mutuel, les époux coopèrent avec Dieu pour le don de la vie à une nouvelle personne humaine. Et cet
enfant est aussi un don que l’un fait à l’autre, «reflet vivant de leur amour, signe de l’unité conjugale et
synthèse vivante et indissociable de leur être de père et de mère» (FC 14)
d) Famille: lieu de communion
-Selon le dessein de Dieu, la famille est une communauté de vie et d’amour. Plus elle sera fidèle à ce
dessein, plus chacun de ses membres pourra accomplir sa vocation à l’amour et à la communion.
-Une telle communion trouve dans l’amour son fondement: il en est le «principe interne, la force
permanente et le but ultime» (FC 18).
-La famille tend vers ce but «à travers les soins et l’amour donnés aux jeunes enfants, aux malades, aux
personnes âgées, à travers les services réciproques de tous les jours, dans le partage des biens, des
joies et des souffrances» (FC 21)
-De toute évidence, cela exige l’engagement constant de chacun et un esprit de sacrifice, afin de
sauvegarder cette communion (cf. FC 21)
e) L’éducation des enfants
-Les enfants, fruits de l’amour et du don mutuel de leur parents, sont eux-mêmes appelés à une vie
d’amour, de don, de communion.
-Il revient en premier lieu aux parents de les orienter, à travers l’éducation, vers l’accomplissement de
leur être, image du Dieu Amour.
-Par l’éducation les parents prolongent leur fécondité en transmettant les «fruits de vie morale, spirituelle
et surnaturelle» (FC 28).
- «le don de soi qui anime les époux entre eux se présente comme le modèle et la norme de celui qui
doit se réaliser dans les rapports entre frères et soeurs» (FC 37).
-Les enfants doivent donc pouvoir rencontrer dans leur foyer l’exemple et les lumières qui leur
permettront de s’engager librement dans la voie du don de soi. La famille sera ainsi comme une école
d’amour qui les préparera à semer l’amour et la communion dans la société et dans l’Eglise, et à
construire aussi une nouvelle famille. Pour cela, une éducation sexuelle et à la chasteté se fait
nécessaire.
Conclusion générale
Images de Celui qui est Amour, Don et Communion de Personnes, l’homme et la femme ont inscrite en
leur être la vocation à l’amour, au don et à la communion de personnes. Le mariage et la famille leur
permettront de réaliser cette vocation à condition que leur don mutuel soit total, que la dignité et
l’intégrité des personnes soient respectées, que la communion soit vécue au quotidien, qu’ils demeurent
ouverts à la fécondité, et que cette fécondité se prolonge dans une éducation des enfants qui aide
ceux-ci, à leur tour, à réaliser cette vocation que nous venons de décrire. Finalement, il faut dire que
toute ces conditions ne peuvent être vécues que si le mariage et la famille sont fondés dans l’amour.
Bibliographie
JEAN PAUL II, Exhortation apostolique Familiaris Consortio, Téqui, Paris, 1981.
MATTHEEUWS A., Les «dons» du mariage, Culture et Vérité, Bruxelles, 1996.
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