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E-ISBN : 9782845927568

Copyright © Presses du Châtelet, 2001.

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Sommaire

Avant-Propos
Sources

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AVANT-PROPOS

Depuis les origines de sa conscience, tout indique que l’être humain


a prié. Les textes de prière les plus anciens qui nous soient
parvenus remontent à quelque six mille ans. S’il n’en est pas
d’antérieurs, c’est que l’écriture n’avait pas été inventée.
L’homme a donc toujours prié. Sur la totalité des terres émergées
et dans toutes les langues de l’histoire, il a prié. Dans la douleur ou
dans la joie, pour demander le soulagement de sa misère ou pour
remercier son Créateur. Car c’est aux puissances surnaturelles que
l’homme ou la femme s’adresse dans les circonstances
exceptionnelles de sa vie, étrangement semblable en cela à l’enfant,
pour lequel l’autorité toute-puissante est celle de son père, maître
provisoire des joies et des souffrances.
Le trait le plus marquant des textes présentés dans cette
anthologie est le besoin de transcendance qui s’exprime dans toutes
les civilisations, à toutes les époques. L’être humain ne sait se
satisfaire du seul monde terrestre. Pénétrés de l’intime conviction
qu’il est possible, par la prière, d’atteindre la divinité, certains
ascètes ont même décrit les techniques les plus efficaces pour y
parvenir, et c’est la raison pour laquelle on trouvera ici, bien qu’elle
ne soit pas une prière à proprement parler, la description des «
mauvaises techniques » et de la « bonne technique » de prière, qui
a profondément marqué la tradition monastique orientale.
On relève d’ailleurs que, dans l’immense majorité des textes de
toutes les religions, c’est une puissance masculine que l’être humain
invoque. La part féminine des puissances divines n’est invoquée que
de façon exceptionnelle, par exemple dans les prières très
anciennes relatives à la fertilité de la terre ou de la femme, et, plus
tard, dans celles qui sont adressées à la Vierge Marie.
La prière n’est pas seulement une supplique, une invocation, voire
un exorcisme ; elle peut également être une célébration de la divinité

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et prend alors le nom d’« hymne ». Même quand il est heureux, l’être
humain garde donc assez de mémoire pour nourrir de la
reconnaissance. C’est pourquoi le lecteur trouvera dans ce petit livre
de nombreux Miserere, mais aussi beaucoup d’Hosannas.
Un fait se dégage : supplique ou célébration, la prière est toujours
le reflet d’une émotion : angoisse, souffrance, exultation ou élan
d’amour. Elle en est même le reflet le plus direct. Telle est la raison
pour laquelle figurent dans ces pages plusieurs prières de poètes,
de l’Antiquité à nos jours.
Les prières antérieures à l’invention de l’écriture sont le plus
souvent ritualisées. À l’exception de suppliques clandestines, telles
celles que les fidèles du monde hellénistique destinaient aux
divinités infernales, elles consistaient en formules consacrées,
rédigées par les prêtres avec un soin jaloux, chaque terme du
discours destiné à la divinité devant être soigneusement choisi. Elles
appartenaient à une liturgie. C’est après le XVe siècle, et surtout avec
la propagation du papier, que des textes plus personnels purent être
imprimés. Et, si l’auteur était un personnage remarquable, un saint
par exemple, ils parvenaient parfois à la postérité.
Nous ne saurons donc jamais quelles prières le paysan de
Mésopotamie ou la fileuse inca formulaient jadis en leur for intérieur.
Peut-être n’étaient-elles pas si différentes de celles de nos
contemporains.
Les quelque trois cents prières rassemblées dans le présent
ouvrage proviennent du monde entier. Elles sont de toutes les
époques. Leur grande diversité procède d’une intention : montrer
l’universalité de la prière, mais aussi du sentiment divin, et pointer la
frappante identité de principes qui existe entre des cultures séparées
par l’espace et les siècles. Ainsi, le sens du péché, présent chez les
Babyloniens et les Égyptiens d’il y a trente ou quarante siècles, l’est
aussi chez les Indiens d’Amérique du Nord d’il y a deux siècles.
L’hymne à la déesse sumérienne Inanna, « celle en qui l’on met sa
confiance », pourrait à quelques termes près s’adresser à la Vierge
Marie. Une prière des morts tibétaine éveille les mêmes échos que
les paroles de sainte Catherine de Sienne : ici et là, même aspiration
à la sérénité suprême, même renoncement à soi. Même mysticisme
dans l’invocation à Amon des Égyptiens d’il y a trente siècles que

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dans la voix du soufi Hallâj montant vers Allah, au Xe siècle. Même
émouvante tendresse chez les Fon d’Afrique et chez saint Augustin
priant leurs divinités respectives…
Il y a d’ailleurs longtemps que l’étude des textes religieux éclaire
les ethnologues sur la pérennité des structures de l’esprit humain,
quelles que soient les cultures et les époques, celle d’Internet
comme celle des textes gravés sur des tablettes d’argile. L’un des
objets de ce livre est d’enrichir le sentiment de la fraternité humaine
universelle.
Les niveaux de spiritualité de ces prières sont différents et même
contrastés. Ainsi, le Chypriote du IVe siècle avant notre ère qui
invoque les démons infernaux ne se soucie que de régler – non sans
animosité – une querelle personnelle par l’intercession des
puissances surnaturelles ; les Bushmen d’Afrique du Sud
demandent naïvement une bonne chasse à leurs divinités, parèdres
de notre saint Hubert ; quant au grand Nabuchodonosor, il ne
demande que puissance et longue vie, biens terrestres et égoïstes.
Mais Hallâj, sainte Thérèse d’Avila, les moines tibétains, Bruno de
Cologne ou Pascal ne demandent rien d’autre à Allah, aux divinités
suprêmes ou à Dieu que d’entretenir leur disposition à l’adoration. Et
même quand ils se livrent à des exorcismes, les taoïstes
n’ambitionnent que de rétablir l’ordre du monde.
Dans un éclair d’intuition philosophique aiguë, sainte Thérèse
d’Avila notait qu’on verse plus de larmes sur les prières exaucées
que sur celles qui ne le sont pas. Ce qui revient à dire, dans un
raccourci, que l’être humain n’est guère clairvoyant dans ses désirs
et que la prière la plus pure est celle qui ne demande rien.
Nous avons néanmoins choisi de présenter ici ces deux niveaux
de prières, témoignages instructifs de la faiblesse humaine, sans
oublier d’y inclure la délectable supplique de saint Thomas More, qui
demandait à Dieu de lui accorder… le sens de l’humour ! Elle nous
semble plus sage qu’il y paraît d’abord.
Quant à moi, la valeur de la prière me paraît résider aussi dans sa
sincérité, et je n’oublie pas, au-delà de l’amusement, l’émotion
ressentie lorsque j’assistai, il y a quelques années, dans une église
méditerranéenne, à la véritable scène de ménage qu’une dévote

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faisait à sainte Rita, patronne des causes désespérées. Car cet éclat
témoignait surtout de la vivacité de sa foi.

Philosophiquement, la prière pose une question abordée par


Nietzsche dans Le Gai Savoir : est-il possible que l’être humain
puisse, par une prière, infléchir la volonté de la divinité ? Les acquis
de la cosmologie contemporaine ont désormais associé notre
représentation de l’univers à des mécanismes d’une ampleur et
d’une complexité qui défient l’imagination humaine et qu’animent des
forces inconcevables. Or, le Créateur a également doté ses
créatures de raison, afin qu’elles distinguent le bien du mal et la
vérité probable de l’erreur. N’est-il donc pas déraisonnable, sinon
impie, d’imaginer que la prière d’un humain, sur une des myriades
de planètes du cosmos, puisse modifier ces équilibres formidables ?
Un premier élément de réponse, d’une portée évidemment limitée,
est fourni par les dernières découvertes de la médecine. Il est
désormais reconnu que le stress nuit à la santé physique et mentale,
et c’est la raison pour laquelle les thérapies de méditation sont
enseignées dans 60 % des facultés médicales américaines, sans
orientation religieuse et dans un cadre strictement non croyant. La
prière étant communément assimilée à une forme de méditation par
les autorités médicales, on peut en déduire qu’elle exerce un effet
bénéfique sur celui qui la pratique.
À première vue, une telle déduction paraît dénuée de spiritualité et
digne d’être reléguée aux franges de la foi. Assimiler la prière à une
thérapeutique, n’est-ce pas lui retirer une partie de sa transcendance
et de son élévation ? Néanmoins, les malades et les infirmes qui se
rendent à Lourdes dans l’espoir d’une guérison ne suscitent qu’une
compassion légitime. L’objection tombe donc.
Cependant, la science, ou du moins certains scientifiques, hésitent
au seuil d’une hypothèse plus troublante : la prière dite
d’intercession peut-elle avoir un effet sur les autres ? Des
expériences ont déjà été menées en ce sens. Bien qu’invitant –
évidemment – à d’amples vérifications, elles s’annoncent d’emblée
incapables de répondre à la question la plus importante de toutes :
d’où procède le besoin inné de transcendance dont la prière est la
forme la plus évidente ?

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Gérald MESSADIÉ

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Lorsque tu pries, baisse les yeux et élève ton cœur.

Ne change pas les formulations que les sages ont faites des prières.

Laisse ceux qui ignorent l’hébreu apprendre les prières dans leur
propre langue, de manière qu’ils comprennent les prières.

Si le cœur ne connaît pas ce que les lèvres murmurent, alors il ne


s’agit pas d’une prière.

L’homme doit se perdre dans la prière et oublier sa propre existence.

La prière d’un pauvre homme fait tomber toutes les barrières et le


porte en la présence du Tout-Puissant.

Les portes de la prière ne sont jamais closes.

La prière est une conversation avec Dieu.

Proverbes juifs.

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J’ai mangé un pain de larmes et de pleurs,
J’ai enfreint sans le savoir l’interdit de mon dieu,
J’ai foulé sans le savoir ce que déteste ma déesse.
Mon seigneur, mes fautes sont nombreuses, grands sont mes
manquements ;
Mon dieu, mes fautes sont nombreuses, grands sont mes
manquements ;
Ma déesse, mes fautes sont nombreuses, grands sont mes
manquements ;
Ô dieu, qui que tu sois, mes fautes sont nombreuses, grands sont
mes manquements ;
Ô déesse, mes fautes sont nombreuses, grands sont mes
manquements ;
La faute que j’ai commise,
Je ne la connais pas ;
L’interdit que j’ai enfreint,
Je ne le connais pas ;
La chose détestable que j’ai foulée,
Je ne la connais pas.
Mon dieu miséricordieux,
Tourne-toi vers moi, je t’implore ;
Ma déesse, je baise tes pieds,
Je me traîne sans cesse devant toi.
Ô dieu, qui que tu sois,
Tourne-toi vers moi, je t’implore.
Ô déesse, qui que tu sois,
Tourne-toi vers moi, je t’implore.

Mon seigneur, ne rejette pas ton serviteur ;


Il gît dans un bourbier, prends-le par la main.

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Le manquement que j’ai commis, tourne-le en bien.
La faute que j’ai commise, que le vent l’emporte.
Mes méfaits sont nombreux ; comme un vêtement, enlève-les.

Extrait d’une prière pénitentielle babylonienne du XXXVIe siècle


avant notre ère.

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Nous révérons Mithra aux vastes pâturages,
Puisse-t-il venir à nous pour nous donner victoire,
Puisse-t-il venir à nous porteur de félicité,
Puisse-t-il venir à nous pour la justice, lui, le fort,
Mithra aux vastes pâturages,
Puisses-tu entendre nos louanges, Mithra.
Reçois nos offrandes,
Emporte-les avec toi dans la Maison des chants,
Accorde-nous ce que nous sollicitons de toi.
Toi, le fort, le respectueux de la parole donnée,
Donne-nous des richesses, la force et la victoire,
La vie bonne et la possession de la vérité,
La gloire honorable et la paix de l’âme.

Nous révérons Mithra aux vastes pâturages


Qui anime la bataille et fait trembler les rangs ennemis.
Puisse-t-il les accabler de terreur.
Même leurs lances à la pointe aiguë ne lui causent pas de
blessures,
Mithra les effraie.
Leurs dieux protecteurs désertent leurs rangs.

Nous révérons Mithra aux vastes pâturages


Qui parcourt le monde et ses lointaines frontières,
Et peut en un jour en toucher chaque extrémité.
Il voit tout ce qui est entre ciel et terre…

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Prière au dieu iranien Mithra,
vers le XXXIIe siècle avant notre ère,
fragment du Yasht 10 –
les yashts sont des poèmes dédiés
à la gloire des dieux associés
au grand dieu Ahoura Mazda.

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Père, nous sortons pour mourir !
Éloigne de nos cœurs la crainte,
La crainte qui ne nous étreint pas pour nous-mêmes,
Mais seulement pour ceux qui vont rester après nous !
Père, nous sortons pour mourir !

Prière des guerriers apaches avant le combat, recueillie au


XIXe siècle,
mais probablement antérieure.

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Dieu miséricordieux, qui as créé tous les hommes et qui ne portes
de haine à rien que Tu aies créé, et qui ne voudrais pas la mort du
pécheur, mais plutôt qu’il se repente et qu’il vive : aie pitié de tous
les juifs, Turcs, infidèles et hérétiques et enlève-leur toute ignorance,
dureté de cœur et mépris de Ta parole ; et ramène-les ainsi au
bercail, Seigneur béni, dans Ton troupeau, afin qu’ils puissent être
sauvés avec le reste des vrais Israélites et qu’ils ne soient qu’un
troupeau menés par un seul berger, Jésus-Christ notre Seigneur, qui
vit et règne avec toi et le Saint-Esprit, un Dieu, un monde sans fin.
Amen.

Prière pour le Vendredi saint, The Book of Common Prayer,


Angleterre, 1662.

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Ne me châtie pas pour mes nombreux péchés !
Je suis un homme qui ne se connaît pas lui-même.
Je suis un humain qui n’a plus de raison.
Je passe le jour à la poursuite de ma parole,
Comme un bœuf à la recherche de l’herbe…

Prière à Rê-Harakhtès. Fragment


provenant d’un papyrus d’école,
1300 – 1100 avant notre ère.

19
Celui qui délie les maux, qui chasse les maladies,
Médecin qui guérit l’œil sans remède,
Qui ouvre les yeux, qui chasse l’aveuglement.
C’est lui, Amon,
Qui sauve celui qui l’aime, même s’il est déjà aux Enfers,
Libérant du destin fatal selon son bon plaisir.
Il possède yeux et oreilles
Si loin qu’il chemine, pour celui qu’il aime.

Le Monstre est impuissant quand son nom est prononcé.


Le vent tourne, la tempête se détourne
Et se plaît à cesser quand on se souvient de lui.
Dieu dont la parole est utile dans l’effroi,
Doux vent pour celui qui l’invoque,
Qui sauve le naufragé,
Dieu complaisant, bienveillant dans ses desseins.
À lui appartient l’homme souple, docile à son inspiration.
Il est plus utile que des millions
À celui qui l’a placé dans son cœur.

« Hymne à Amon », extrait d’un recueil retrouvé sur un papyrus du


XIIIe siècle avant notre ère.

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Je t’appelle, ô mon père Amon !
Je suis au milieu de peuples nombreux que je ne connais pas.
Toutes les nations sont unies contre moi.
Je suis tout seul, aucun autre avec moi.
Mes soldats innombrables m’ont abandonné.
Pas un de mes charriers n’a regardé vers moi.
Je n’ai pas cessé de crier vers eux,
Mais pas un n’a entendu pendant que je les appelais.
Je vois qu’Amon vaut plus pour moi que des milliers de fantassins,
Et que des centaines de milliers de chars,
Plus que dix mille frères et fils, tous unis d’un seul cœur.
Ce n’est pas l’œuvre d’hommes nombreux qui compte !
Amon est bien plus utile qu’eux !
Je suis parvenu sur l’ordre de ta bouche, ô Amon.
Je n’ai pas transgressé tes volontés.

Extrait de la prière du pharaon Ramsès II à Amon, lors de la


bataille de Kadesh contre les Hittites, en Syrie, vers 1285 avant
notre ère. Le pharaon, cerné par les ennemis, ne dut qu’à son
courage de garder la vie sauve. Ce poème, qui reflète à la fois la
reconnaissance et l’élan religieux du monarque, fut gravé sur les
murs de plusieurs temples d’Abydos.

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Ô Seigneur, ne me tiens pas dans ton indignation et dans ton
déplaisir, ne me fais pas de reproches.
Aie pitié de moi, ô Seigneur, parce que je suis faible. Ô Seigneur,
guéris-moi car mes os me font mal.
Mon âme aussi est douloureusement troublée, mais, Seigneur,
combien longtemps me puniras-tu !
Tourne-toi vers moi, ô Seigneur, et délivre mon âme. Ô sauve-moi,
au nom de ta miséricorde.
Car dans la mort, nul ne se souvient de toi, et qui donc te rendra
grâce quand il sera dans l’abîme ?
Je suis las de mes plaintes, chaque nuit je trempe mon lit de larmes.
Ma beauté s’est enfuie à cause de mes souffrances, elle s’est fanée
à cause de mes ennemis.
Que s’éloigne de moi toute vanité car le Seigneur a entendu mes
sanglots.
Le Seigneur a entendu ma requête, le Seigneur recevra ma prière.
Tous mes ennemis seront confondus et humiliés ; ils seront renvoyés
et couverts de honte.

Prière du soir, The Book of Common Prayer, 1662.

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Ô toi ! Beauté du Jour ! Toi, Huracan ! Toi, Cœur du Ciel et de la
Terre ! Toi, dispensateur de richesses, de la verte pluie d’été, du
maïs du printemps, de fils et de filles ! Tourne vers nous ta face et
répands la gloire et la richesse sur nous ! Concède à nos fils et
vassaux la vie et la croissance ! Que se multiplient et grandissent
ceux qui ont la charge de s’alimenter et de te soutenir, ceux qui
t’invoquent sur les chemins, dans les champs, à la lisière des
fleuves, dans les ravins, sous les arbres et les lianes !

Donne-leur des fils et des filles ! Qu’ils ne rencontrent pas la


disgrâce, ni l’infortune ! Que ne s’introduise pas le trompeur, ni
devant ni derrière eux. Qu’ils ne trompent pas, ne soient pas
blessés, ni ne forniquent ! Qu’ils ne trébuchent pas en amont ni en
aval du chemin. Qu’ils ne rencontrent pas d’obstacle ni chose qui les
frappe. Qu’ils ne connaissent ni infortune ni disgrâce ! Que soit
bonne l’existence de ceux qui portent la substance et l’aliment à ta
bouche, en ta présence, ô toi, Cœur du Ciel, Cœur de la Terre, l’«
Enveloppoir » de la majesté ! À toi, Pluvieux ! À toi, Semeur ! À toi,
Volcan, Voûte du Ciel, Superficie de la Terre, les quatre coins, les
quatre points cardinaux ! Qu’il y ait seulement paix et tranquillité
devant ta bouche, en ta présence, ô Dieu !

Prière des Indiens mayas quichés, extraite du Popol Vuh ou Livre


des Événements, transcrit en 1688, mais vraisemblablement
beaucoup plus ancien.

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Mon Dieu, si c’est par crainte de l’Enfer que je Te sers, condamne-
moi à brûler dans son feu, et si c’est par espoir d’arriver au Paradis,
interdis-m’en l’accès. Mais si c’est pour Toi seul que je Te sers, ne
me refuse pas la contemplation de Ta face.

Prière d’un mystique musulman, extraite du Mémorial des saints


de Farid al-Din ’Attar, mystique musulman de Bassora, 1150-1220.

24
Dieu ! Reçois le salut du matin !
Ancêtres ! Recevez le salut du matin !
Nous sommes au jour choisi,
Nous allons sortir pour ensemencer,
Nous allons sortir pour cultiver.
Dieu ! donne au mil la germination,
Que les huit graines pointent,
Ainsi que la calebasse neuvième.
Donne une femme à celui qui n’en a pas.
À celui qui a une femme sans enfant,
Donne un enfant.
Protège les hommes contre les épines,
Contre les morsures de serpent,
Contre le mauvais vent,
Verse la pluie
Comme on verse la poterie à eau.
Mil ! Viens !

Prière du Hogon des Dogon avant les semailles. Le Hogon


forgeron est, chez les Dogon, peuple d’Afrique occidentale, le chef
religieux et l’intercesseur entre la communauté
et les puissances ancestrales et divines.

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Ercé, Ercé, Ercé, mère de la Terre,
Que le Tout-puissant, le Seigneur éternel t’accorde
Des champs verdoyants et florissants,
Fertiles et renaissants,
Des greniers pleins de millet luisant,
Et de larges moissons d’orge,
Et de blanches moissons de blé,
Et toutes les moissons de la terre.
Puisse le Seigneur éternel
Et ses saints qui sont au ciel
Faire que ses territoires soient exempts d’ennemis
Et protégés contre tous les maux,
Et les sorcelleries semées par les champs.
Maintenant, je prie le Maître qui gouverne le monde
Qu’aucun sorcier ne soit assez éloquent, ni aucun homme assez
puissant
Pour pervertir les mots que voilà.

Prière adressée, dans l’Angleterre christianisée des premiers


siècles, à Ercé, déesse-mère des moissons, dont l’existence
n’était jugée incompatible ni avec le Dieu de l’Église, ni avec ses
saints, et qui était révérée par les Celtes depuis le IIe millénaire
avant notre ère. Vers 1075, toutefois, une sainte chrétienne,
Walpurga, fêtée soit le 1er mai, soit le 25 février, date des
semailles, fut substituée, en tant que patronne des moissons et
des paysans,
à cette déesse jugée trop païenne.

26
Va-t’en, Mort, par ton propre chemin, qui est différent de la route des
dieux. Je te dis à toi qui as des yeux et des oreilles : ne fais pas de
mal à nos enfants ni à nos hommes.

Quand tu seras parti, toi l’endeuillé, effaçant les traces de pas de la


mort et portant ta vie toujours plus loin, deviens alors propre et pur,
et digne qu’on te fasse des sacrifices, débordant de descendance et
de richesses.

Ceux qui sont vivants sont désormais séparés de ceux qui sont
morts. Nos invocations aux dieux se présentent sous des jours
fastes. Nous sommes allés danser et rire, portant notre vie toujours
plus loin.

Je dresse cette pierre pour les vivants, afin qu’ils n’aillent pas au-
delà. Puissent-ils vivre cent automnes abondants et enterrer la mort
sur cette colline.

De même que les jours se succèdent dans l’ordre, de même que les
saisons se succèdent aussi dans l’ordre, ô Arrangeur, ordonne la
durée des vies de telle sorte que les jeunes n’abandonnent pas les
vieux.

Vous tous qui êtes ici, gravissez la pente du grand âge et faites-vous
une longue vie régulière. Que Tvastr, qui préside aux bonnes
naissances, vous donne à vivre de longues vies.

Que ces femmes qui ne sont pas des veuves et qui ont de bons
maris prennent les places qui sont les leurs et qu’elles enduisent
leurs yeux de beurre purifié. Et sans larmes, sans maladies et bien
vêtues, qu’elles aillent vers le lit conjugal.

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Lève-toi, veuve, dans le monde des vivants. Viens ici, te voici près
d’un homme dont le souffle est parti. Tu as été l’épouse de cet
homme qui a pris ta main et qui t’a désirée.

Un jour viendra où ils me porteront en terre, comme la plume qui


dirige la flèche. Et je me retiendrai ici de dire les paroles qu’il ne faut
pas, de même qu’on bride le cheval fougueux.

Prière védique à l’Arrangeur et aux gens en deuil, extraite de


l’hymne d’inhumation des Rig-veda, ensemble de plus d’un millier
d’hymnes écrits en langue sanscrite entre le XIIIe et le IXe siècle
avant notre ère, et qui reflètent l’ensemble des conceptions
théologiques et morales de la religion védique.

28
Et si je me réjouis, Seigneur,
Dans l’espérance de te voir,
En voyant que je puis te perdre
Cela redouble ma douleur ;
Vivant en si grande frayeur
Et espérant comme je l’espère,
Je me meurs de ne pas mourir.

Arrache-moi à cette mort,


Mon Dieu, et donne-moi la vie ;
Ne me garde pas entravée
Dans ce lacet si rigoureux ;
Vois que je peine pour te voir,
Et mon mal est si entier
Que je meurs de ne pas mourir.
Je pleurerai ma mort déjà,
Et je déplorerai ma vie,
Tout le temps qu’elle restera
Détenue par mes péchés.
Ô mon Dieu, quand est-ce que
Je pourrai dire en vérité :
Oui, je vis de ne pas mourir ?

Que je meurs de ne pas mourir

Couplets de « L’âme qui peine pour voir Dieu », extraits du célèbre


poème de saint Jean de la Croix (1542-1591), qui, bien qu’il
s’agisse d’un texte littéraire, est écrit sur le ton de la prière.

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30
Ô jour, lève-toi ! Des atomes dansent,
Les âmes, éperdues d’extase, dansent.
À l’oreille, je te dirai où les entraînent leurs danses.
Tous les atomes qui se trouvent dans l’air ou dans les déserts,
Sache qu’ils sont épris comme nous,
Et que chaque atome, heureux ou malheureux,
Est fasciné par le Soleil de l’Âme universelle.

Prière de Mewlana au jour, extraite des Rubaiyât du grand


mystique musulman Djellal el-Dine el-Roûmi, dit Mewlâna (1207-
1287), fondateur de l’ordre des Derviches tourneurs.

31
Sois loué, Éternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui verses le sommeil
sur mes yeux et l’assoupissement sur mes paupières. Éternel mon
Dieu et Dieu de mes pères, permets que je me couche en paix et
que je me relève de même, que mon repos ne soit pas troublé par
des images fâcheuses, par des rêves sinistres ou des pensées
impures.

Que mon sommeil soit celui de l’innocence, et daigne rendre demain


la lumière à mes yeux, afin que je ne m’endorme pas du sommeil de
la mort, car c’est Toi qui rends la lumière à la prunelle des yeux. Sois
loué, Éternel, qui fais rayonner Ta gloire sur tout l’univers.

Prière juive du coucher.

32
Salut à toi, Grand Dieu ! Je suis venu vers toi, ô mon maître,
Ayant été amené pour contempler ta perfection. Je te connais et je
connais
Les noms des quarante dieux qui sont avec toi dans cette salle des
deux Mâat, qui vivent de la garde des péchés et s’abreuvent de
leur sang.
Voici que je suis venu vers toi et que je t’ai apporté
Ce qui est équitable, j’ai chassé pour toi l’iniquité.
Je n’ai pas commis l’iniquité contre les hommes.
Je n’ai pas maltraité les gens.
Je n’ai pas commis de péchés dans la Place de Vérité.
Je n’ai pas cherché à connaître ce qui n’est pas à connaître.
Je n’ai pas fait le mal.
Je n’ai pas commencé de journée ayant reçu une commission de la
part des gens qui devaient travailler pour moi,
Et mon nom n’est pas rapproché des fonctions d’un chef d’esclaves.
Je n’ai pas blasphémé le Dieu.
Je n’ai pas appauvri le pauvre.
Je n’ai pas fait ce qui est abominable aux dieux.
Je n’ai pas desservi un esclave auprès de son maître.
Je n’ai pas affligé.
Je n’ai pas affamé.
Je n’ai pas fait pleurer.
Je n’ai pas tué.
Je n’ai pas ordonné de tuer.
Je n’ai pas réduit les offrandes d’aliments dans les temples.
Je n’ai pas souillé le pain des dieux.
Je n’ai pas volé les galettes des bienheureux.

Je n’ai pas forniqué dans les lieux saints du dieu de ma ville.

33
Je n’ai pas retranché au boisseau.
Je n’ai pas amoindri le champ.
Je n’ai pas triché sur les terrains.

Je suis pur, je suis pur, je suis pur !

Prière du mort innocent devant le Grand Dieu, extraite du Livre


des Morts
des Anciens Égyptiens.

34
Ifa Orûmila !
Ate-gbini-mô-se !
Me voici, ton enfant,
Je suis venu maintenant,
Voici le cabri que je t’ai donné.
Ne me laisse pas mourir, ne me laisse pas tomber malade !
Oiseau qui passes dans la nuit
Et parles la langue des hommes,
Nous t’invoquons !
Animaux sauvages qui passez dans la nuit,
Et parlez la langue des hommes,
Nous vous invoquons !
Animaux sauvages qui criez dans la nuit,
Et prenez le nombre de ceux qui vont mourir,
Nous vous invoquons !
Oiseau qui passes dans la nuit,
Et parles la langue des hommes,
Et donnes le nombre de ceux qui vont naître,
Nous t’invoquons !
C’est vous qui offrez ce repas à Fa :
Moi, je n’ai pas d’arme pour tuer la victime.

Cette prière des Fon d’Afrique occidentale au génie Fa avant le


sacrifice d’un cabri, prononcée en public, a pour but d’éviter les
désordres que pourrait entraîner la mort de l’animal, spécialement
une rupture dans l’ordre
du monde. Ate-gbini-mô-se
est le nom honorifique de Fa.

35
36
Entends ma voix, ô Dieu, dans ma prière ; préserve-moi de la peur
de l’ennemi.
Protège-moi contre la réunion des rebelles et l’insurrection des
méchants ;
Ils se servent de leur langue comme d’une épée et lancent leurs
vilenies comme des flèches ;
Ils s’en prennent à celui qui est parfait, ils l’attaquent soudainement
et ils ne le craignent pas ;
Ils s’encouragent au crime les uns les autres et s’entendent entre
eux pour semer des pièges, et ils disent que personne ne les verra ;
Ils imaginent le mal et puis ils le font et chacun d’eux enferme son
secret au tréfonds de son cœur ;
Mais Dieu les frappera soudain d’une flèche rapide et ils seront
blessés.
Oui, leurs langues causeront leur perte et ceux qui les verront
tomber les couvriront de sarcasmes.
Et tous les hommes le verront et ils diront : cela est l’œuvre de Dieu
et ils comprendront que c’est son œuvre.
L’homme droit se réjouira dans le Seigneur et il mettra sa confiance
en Lui, et tous ceux qui ont le cœur droit seront bienheureux.

Psaume pour demander la protection divine contre les méchants,


The Book
of Common Prayer, § 64, 1662.

37
Viens chez moi, Seigneur Hermès, comme les bébés dans le ventre
de leur mère, viens chez moi, toi qui rassembles la nourriture des
dieux et des hommes, viens chez moi tel jour du mois, Seigneur
Hermès. Accorde-moi charme, nourriture, victoire, bonheur, attrait
sexuel, beauté du visage, force à l’égard de toutes et de tous…

Prière à Hermès, typique des prières de l’époque hellénistique


(IIIe siècle), que l’on adressait au dieu par l’entremise d’un sorcier.

38
Eh ! Eh !
Dieu Sen, tue-le !
Le sorcier de Sobem,
Dieu Sen, tue-le !
Qu’il soit homme ou femme,
Dieu Sen, tue-le !
Lui qui vient ici,
Dieu Sen, tue-le !
Avec son estomac et ses intestins déroulés,
Dieu Sen, tue-le !

Prière du soir des initiés pour conjurer les sorciers étrangers, chez
les Serer du Sénégal. Ce chant est entonné par les initiés
partagés en deux groupes et tournés vers l’est. Il est ensuite repris
par tout le village, puis par les villages des environs, pour obtenir
un sommeil paisible.

39
Gloire à Ahoura Mazda !
La sainteté est le bien suprême !
Elle est aussi le bonheur !
Le bonheur récompense celui qui est saint
De la sainteté suprême !

À ton fidèle, donne gloire et prospérité !


Donne-lui la santé du corps,
La joie du corps,
La maîtrise du corps !

Donne-lui la grâce d’une satisfaction légitime,


La grâce d’une descendance
Dotée d’intelligence !

Donne-lui la grâce d’une vie qui dure longtemps


La grâce de vivre
Vertueux et juste,
Prospère et comblé.
Puisse cette grâce que je désire m’être donnée !

Viens à mon aide, Seigneur !


Viens à mon aide, Seigneur !

Prière à Ahoura Mazda, dieu suprême


de la religion iranienne antique, pratiquée jusqu’à la conquête
islamique.

40
41
Que les dieux chassent le prince du pays,
Que les dieux le punissent du pillage de mon bien ;
Courroucés soient Odinn et les Puissances ;
Que Freyr et Njörôr fassent fuir
De ses terres le tyran ;
Que l’Ase du pays se lasse
De l’ennemi des hommes qui viole le sanctuaire.

Prière de vengeance scandinave, extraite de la Saga d’Egill


Skallagrimson, texte datant sans doute du IVe siècle avant notre
ère. Egill, spolié de ses biens par le roi Eirikr, récite cette
invocation aux dieux tout en se livrant à une opération magique
consistant à ériger un « poteau d’infamie ». Odinn, dieu de
l’extase et de la magie, est le chef des dieux, les Ases (ou Aesir) ;
Freyr est le dieu de la prospérité, fils de Njörôr, dieu du vent, de la
mer et du feu,
beau-frère d’Odinn.

42
Père, aie pitié de nous !
Nous te supplions.
Tout est fini ! Tout est fini !
Nous allons mourir de faim !

Prière de grande détresse des Indiens cheyennes pour le temps


de famine.

43
La santé ne va pas, la récolte n’est pas bonne !
Vous nous faites du mal.
Prenez la bière de mil, c’est pour vous ;
Laissez-nous en paix ;
Faites que mon corps soit bien fort !

Prends cette bière ;


Appelle tous tes frères les morts, qu’ils boivent.
Fais que ma tête soit bien forte ;
Que tous les malheurs passent loin de moi ;
Que j’aie bientôt un enfant
Et que je gagne beaucoup d’argent.

Prières des Sara du Tchad, adressées aux défunts au terme du


deuil. Un an après la mort d’un des leurs, les Sara procèdent à la
cérémonie de levée du deuil. Un bœuf est sacrifié et des libations
sont offertes au défunt pour qu’il laisse les vivants en paix ; on
suppose en effet que certains morts continuent de rôder parmi
eux.

44
Dieu éternel, Maître de l’univers ! Du haut de ton trône tu abaisses
les regards de ta Providence vers les cieux et la
terre ; la force et la puissance t’appartiennent ; par toi seul tout
s’élève et tout s’affermit. De ta demeure sainte, ô Seigneur, bénis et
protège la République française et le peuple français. Amen !

Rends à notre bien-aimé pays la sécurité et le bonheur afin qu’il


jouisse d’une paix profonde. Amen !

Que la France se relève par le travail, l’instruction et la concorde et


qu’elle conserve toujours son rang glorieux parmi les nations. Amen
!

Que les rayons de ta lumière éclairent et guident ceux qui sont à la


tête de l’État, que la miséricorde et la grâce soient leur bouclier.
Amen !

Accueille favorablement nos vœux ; que les paroles de notre bouche


et les pensées de notre cœur trouvent grâce devant toi, ô Éternel,
notre Créateur et notre Libérateur. Amen !

Prière pour la République de la communauté juive de France,


récitée à l’occasion
des fêtes nationales.

45
Je me tiens debout, tourné vers l’est ; je prie pour demander une
faveur.
Je prie le Grand Seigneur ; je prie le Seigneur tout-puissant ;
Je prie le Saint Gardien des Cieux.
Je prie la Terre et le Ciel suprême.

Prière d’un Anglo-Saxon pour les semailles. Teintée de


paganisme, et probablement amendée par les moines chrétiens,
cette prière rituelle
des premiers siècles de notre ère était suivie d’une purification du
manche du soc
par le sel et le savon béni.

46
Ô mon tendre Maître, donnez quelque valeur à ces tristes larmes et
rendez limpide une eau si trouble. Faites-le, quand ce ne serait que
pour prévenir dans les autres la tentation que j’ai eue de faire des
jugements téméraires. Je vous disais au fond de mon âme :
Seigneur, pourquoi si infidèle, et religieuse seulement de nom, suis-
je comblée par vous de ces grâces que vous refusez à des épouses
si saintes qui se sont données à vous, et vous ont toujours
fidèlement servi dès leur plus tendre jeunesse ? Je pénètre
maintenant la cause de votre conduite. J’étais faible et vous m’avez
accordé ce secours. Ces âmes étaient fortes et désintéressées ;
sans ces faveurs, elles se montraient héroïques dans votre service,
et vous vouliez leur réserver la récompense tout entière au sortir de
cette vie. Vous savez néanmoins, ô mon Dieu, qu’un cri montait
souvent vers vous du plus intime de mon cœur. J’excusais les
personnes qui parlaient contre moi, trouvant qu’elles n’avaient déjà
que trop de sujet de le faire. Déjà, il est vrai, à cette époque, votre
bonté prêtant son appui à ma faiblesse, je ne vous offensais plus
autant, et je travaillais à éviter tout ce que je croyais devoir vous
déplaire. À peine vous avais-je donné ce gage de fidélité que vous
commençâtes, Seigneur, à ouvrir vos trésors à votre servante. Vous
n’attendiez, semble-t-il, de moi qu’un peu de bonne volonté et de
préparation, tant vous fîtes paraître de promptitude, non seulement à
m’enrichir, mais à vouloir que vos dons fussent connus.

Sainte Thérèse d’Avila, « Adresse à Dieu », extraite de sa Vie


écrite par elle-même.

47
Je te supplie, Évangélos, par Anubis, par Hermès et par tous les
autres dieux infernaux, de conduire, après l’avoir liée, Sarapias, fille
d’Hélénê, vers Héraïs, fille de Thermoutharion, maintenant,
maintenant, vite, vite. Par son âme et son cœur, conduis cette
Sarapias, qu’a enfantée Hélénê, de sa propre matrice, maei ote
elbosatok alaoubêtô œio aen, conduis, après les avoir liés, l’âme et
le cœur de Sarapias, qu’a enfantée Hélénê, vers Héraïs, qu’a
enfantée Thermoutharion de sa propre matrice, maintenant,
maintenant, vite, vite.

Prière d’Héraïs aux dieux infernaux majeurs, l’Égyptien Anubis et


l’hellénique Hermès, pour qu’il concoure à l’envoûtement d’une
certaine Sarapias, dont elle est amoureuse. Ce texte du IIe ou
IIIe siècle a été retrouvé à Hawara, dans le Fayoum, en Égypte.
Comme de coutume dans les invocations infernales, la prière est
répétée et accompagnée de mots incompréhensibles…
du moins pour nous.

48
Je t’ai aimée bien tard, ô beauté si ancienne et si neuve,
Je t’ai aimée bien tard.
Tu m’as appelé et tu m’as crié
Et tu as mis fin à ma surdité,
Et tu m’as envoyé ta lumière
Et tu as resplendi sur moi,
Et tu as dissipé ma cécité ;
Ton souffle parfumé m’a enveloppé,
Et j’ai retenu mon souffle pour ne pas haleter :
Je t’ai goûtée et j’ai maintenant faim et soif de toi ;
Tu m’as touché et j’ai brûlé d’ardeur pour toi.

Saint Augustin, Confessions, X, 27 sq.

49
Dans l’heure où l’homme s’unit à sa femme, il doit diriger ses
pensées vers la sainteté de son Seigneur et dire :
Dans un doux vêtement de velours, es-tu ici ?
Arrête, arrête ! N’entre pas et ne sors pas !
Rien de toi, rien en toi !
Retourne, retourne ! La mer gronde et ses vagues t’appellent !
Moi, je saisis la partie sacrée, je suis entouré de la sainteté du Roi.
Puis, pendant quelque temps, il doit couvrir sa tête et celle de sa
femme de linges, et plus tard arroser son lit d’eau claire.

Incantations du Zohar (III, 19) destinées à écarter Lilith la Noire, la


première femme stérile d’Adam, qui s’efforce par ruse de prendre
la place de l’épouse légitime dans le lit conjugal, et dont la
descendance ne peut être que démoniaque. Telle est la raison
pour laquelle le Zohar interdit à tout homme
de coucher seul dans une maison.

50
Ah ! Ne ralentis pas tes flammes ;
Réchauffe mon cœur engourdi,
Volupté, torture des âmes !
Diva ! Supplicem exaudi !

Déesse dans l’air répandue,


Flamme dans notre souterrain !
Exauce une âme morfondue,
Qui te consacre un chant d’airain.

Volupté, sois toujours ma reine !


Prends le masque d’une sirène
Faite de chair et de velours,

Ou verse-moi tes sommeils lourds


Dans le vin informe et mystique,
Volupté, fantôme élastique !

Charles Baudelaire, « Prière d’un païen ».

51
Trinité sainte, Éternel,
Redoutable et bon,
Puissant, miséricordieux,
Invisible, ineffable,
Roi, ami des hommes,
D’une science sans limite,
Devant qui tremblent toutes les créatures,
Pour qu’il fasse de toi un saint,
Précepteur véritable du bien,
Guide de la piété
Qui rende la vue aux aveugles, fasse entendre les sourds,
Aime la sainteté et haïsse le vice,
Et qu’il te mène en même temps que nous dans les lieux
Qu’il nous a promis par la bouche des saints prophètes et des
apôtres,
En qui nous mettons notre espoir pour mériter d’y parvenir.

Prière de Balahvar, extraite de La Sagesse de Balahvar, texte


géorgien du XIe siècle, réalisant un syncrétisme entre Jésus et
Bouddha, en foi duquel ce dernier, renommé Josaphat, entra
en 1583 au martyrologe catholique.

52
Celui qui est fidèle au grand œuvre,
Le monde vient à lui.
S’il vient ainsi et n’en éprouve aucun mal,
Il trouve paix et équilibre.

Musique et nourriture
Arrêtent celui qui passe,
Mais la voie qui traverse la bouche
Est sans saveur.

Elle ne peut être vue,


Elle ne peut être entendue,
Pourtant, elle s’avère inépuisable.

Laozi, Tao-Te-King.

53
Nous voyageons solitaires à travers la Mesa balayée par les vents ;
Nous voyageons solitaires sur le sable
brûlant du désert ;
Nos cœurs sont riches d’espérance au lever du soleil ;
Frissonnants, flétris et solitaires, nous nous endormons dans la nuit
sombre.
Ô, qui guidera nos pas hésitants et leur indiquera la bonne voie ?
Aidez-nous et priez avec nous les Sept Dieux afin qu’ils nous
guident.

Prière des Indiens Hopi en voyage,


texte recueilli au XIXe siècle.

54
Nos pères ont fixé à ce jour la date de la fête des morts du Grand
Dieu.
Un tel est venu avec les offrandes du sacrifice.
C’est le sacrifice du renouvellement de l’année.
C’est le sacrifice du renouvellement du mois.
Il est venu rendre visite à son père.
Il a pris ces choses pour te les donner en sacrifice.
Rends son pays heureux et délivre-le de son ennemi.
Si son bien est en haut, qu’une araignée puissante le fasse
descendre !
Si son bien est en bas, qu’une fourmi puissante le fasse sortir !
Le tas de mil de l’année, donne-le-lui !
La brassée de mil, donne-la-lui !
Donne-lui beaucoup d’enfants, comme sont nombreuses les crottes
de bouc !
Qu’une nouvelle femme dans la maison, ainsi qu’un fils vivant !
Préserve-le la nuit, préserve-le le jour !
Délivre-le des sorciers, des puissants ! Délivre-le des sorciers, des
pauvres !

Prière des Bambara du Mali


pour le renouvellement de l’année. Il s’agit,
en fait, d’une prière aux ancêtres.

55
Il est juste, ô Dieu, que les peuples chantent Tes louanges et qu’ils
soient heureux de se réjouir en Toi. Tous les esprits méchants
s’enfuient de peur, mais les légions des saints s’inclinent devant Toi.

Comment pourraient-ils ne pas s’incliner dans l’amour et l’adoration


devant Toi, Dieu des dieux, Esprit suprême ? Toi, créateur de
Brahma, le dieu de la création, Toi, refuge éternel et infini du monde
! Tu es tout ce qui existe, et qui n’existe pas et qui est au-delà.

Toi, Dieu depuis les origines, Dieu dans l’homme depuis que
l’homme existe. Toi, Trésor suprême de ce vaste univers. Toi,
l’Unique à connaître et le Connaisseur, le lieu de repos final. Toi,
présence infinie en qui sont toutes choses.

Dieu des vents et des eaux, du feu et de la mort ! Seigneur de la


Lune solitaire, le Créateur, l’Ancêtre de tout ! Sois adoré, sois adoré
mille fois ; et sois adoré encore et encore.

Sois adoré, Toi qui es devant et derrière moi ; sois adoré, Toi qui es
de tous côtés, Dieu de tout. Tout-puissant Dieu d’incommensurable
force. Tu es la consommation de tout : Tu es tout.

Par présomption étourdie et peut-être même par amitié, j’ai dit : «


Krishna ! Fils de Yadou ! Mon Ami ! », mais je l’ai fait sans avoir
conscience de Ta grandeur.

Et si j’ai inconsidérément manqué de respect, quand j’étais seul ou


avec d’autres, et si j’ai plaisanté sur Toi en jouant ou en rêvant ou
lors d’une fête, pardonne-moi dans Ta miséricorde, ô Toi
l’incommensurable !

56
Père de tout, Maître suprême, Puissance suprême dans tous les
mondes. Qui est pareil à Toi ? Qui est au-delà de Toi ?

Je m’incline devant Toi, je me prosterne en adoration, et j’implore Ta


grâce ô Seigneur glorieux ! Comme un père à son fils, comme un
ami à son ami, comme un amant à l’objet aimé, donne-moi Ta grâce,
ô Dieu.

Adresse d’Arjuna au Créateur, extraite de la Bhagavad-gîtâ, XI, 36-


44.

57
Ô toi, guirlande de blancs éclairs qui capte le nuage,
Ornement du ciel, toi qui ravis mon cœur,
Souriante jouvencelle des musiciens célestes,
Affectueusement viens à moi.

Toi à la face pareille au lotus,


Aux yeux ensorceleurs,
À la chevelure lumineuse,
Yang Tchénma à la danse enjouée,
Accorde-moi le don de l’éloquence.

Ô ravisseuse de l’esprit qu’on ne peut se rassasier de contempler,


Toi à la tendresse sans exemple,
Rends mon éloquence semblable à la tienne,
Ta voix mélodieuse surpasse en suavité même celle de Brahma,
Ta gloire surpasse celle que répand l’automne fécond,
Plus vaste et plus profonde es-tu que l’incommensurable et
insondable océan,
Devant ta forme, ton verbe et ton esprit, je me
prosterne.

Invocation à la déesse Yang Tchénma, par Tsong Khapa,


pseudonyme de Lobsang Tagpa, réformateur de la discipline
monastique tibétaine au XIVe siècle. La répétition de cette prière
était censée doter le fidèle
d’une intelligence brillante.

58
59
Je t’apporte une feuille de bétel à mâcher,
Imprègne-la de citron, Prince féroce,
Pour que Quelqu’un, la fille du Prince du Trouble, la mâche.
Quelqu’un qui, à l’aube, sera troublé d’amour pour moi,
Quelqu’un qui, au crépuscule, sera troublé d’amour pour moi.
Comme tu te rappelles tes parents, souviens-toi de moi ;
Comme tu te rappelles ta maison et l’échelle de ta maison, souviens-
toi de moi ;
Quand le tonnerre grondera, souviens-toi de moi.
Quand le vent soufflera, souviens-toi de moi.
Quand il pleuvra, souviens-toi de moi.
Quand l’oiseau-cadran racontera ses histoires, souviens-toi de moi.
Quand tu regarderas le soleil, souviens-toi de moi.
Quand tu regarderas la lune, souviens-toi de moi.
Car je suis là, dans ce croissant de lune.
Cluck ! Cluck ! Âme de Quelqu’un, viens à moi.
Je ne te laisserai pas posséder mon âme.
Laisse la tienne venir vers moi.

Incantation au Prince féroce, divinité nocturne, pour obtenir


l’amour d’une aimée, rapportée par sir James George Frazer.
Répandue en Malaisie, cette incantation relevant de la sorcellerie
devait être prononcée selon un rituel précis, les pieds nus, un
orteil sur l’autre, deux nuits de suite par pleine lune, en brûlant de
l’encens. Le nom de la personne à envoûter remplace le mot «
Quelqu’un » et l’onomatopée « Cluck ! » se fait avec un
claquement de langue.

60
Les particularités de la première oraison sont les suivantes : un
homme se met en oraison et élève les mains et les yeux aussi bien
que l’esprit au ciel ; l’esprit façonnant alors des concepts divins et
imaginant des beautés célestes, hiérarchie des anges et demeures
des justes et, pour tout dire d’un mot, rassemblant à l’heure de
l’oraison tout ce qu’il a appris des Saintes Écritures, excite son âme
à l’amour divin en regardant le ciel fixement. Il arrive même que ses
yeux versent des larmes, et tout doucement son cœur s’enfle et
s’élève et il prend pour une consolation divine ce qu’il ressent et il
souhaite de se livrer toujours à pareille occupation. Et voilà les
signes de son égarement, car le bien n’est bien que lorsqu’il se fait
bien. Si donc un tel homme s’adonne à une vie solitaire sans
rapports extérieurs, il ne peut pas échapper à la folie. Que si par
hasard il ne tombe pas dans ce mal, il lui sera du moins impossible
d’arriver à la possession des vertus et à l’apatheia. C’est ce genre
d’attention qui a égaré ceux qui voient sensiblement des lumières,
perçoivent certains parfums, entendent des voix et beaucoup
d’autres phénomènes semblables. Les uns ont été possédés du
démon entièrement, se transportant de lieux en lieux et de contrées
en contrées ; les autres, pour n’avoir pas su reconnaître celui qui se
transforme en ange de lumière, s’en sont fait accroire et se sont
égarés et sont demeurés désormais incorrigibles, parce qu’ils
n’admettent aucune remontrance de la part des hommes…

Cette « Première oraison », texte souvent attribué à Méthode


(XIVe siècle), émane d’un courant mystique du christianisme
oriental illustré par Syméon le Nouveau Théologien et Grégoire
Palamas de Thessalonique, dont l’importance fut considérable
dans l’Orient orthodoxe entre le XIVe et le XIXe siècle, et qui
subsistait encore au XXe, quoique dénoncé par Rome avec

61
virulence. Ce courant prônait l’« hésychasme », mode d’oraison
visant à contrôler sa respiration de façon à apercevoir Dieu dès
cette vie. Dès lors, on pouvait parvenir à la quiétude ou apatheia.
L’extrait choisi est une condamnation du premier de trois modes
d’oraison déterminés, sous peine de folie. (Pages suivantes :
description des deux autres modes.)

62
La deuxième oraison est celle-ci : l’esprit, se retirant des choses
sensibles, se gardant des sensations du dehors et recueillant toutes
ses pensées, avance, oublieux de toutes les vanités ; tantôt il fait
l’examen des pensées et tantôt il adresse son attention aux
demandes que la bouche adresse à Dieu, tantôt il attire à lui ses
pensées captives et tantôt, pris lui-même par la passion, il use de
violence pour revenir à soi. À combattre ainsi, la paix est impossible
et aussi la victoire. Tel un homme qui se bat dans la nuit entend bien
la voix des ennemis et reçoit leurs coups, mais quant à voir
clairement qui ils sont, d’où ils sont venus et comment ou dans quel
but ils se battent, cela ne lui est pas possible, étant donné les
ténèbres de son esprit.

« Deuxième oraison »,
attribuée à Méthode (voir page précédente).

63
Toi qui es mon Seigneur, Toi dont je préfère les volontés aux
miennes propres, puisque je ne puis toujours prier avec des paroles,
si quelque jour j’ai prié avec une vraie dévotion, comprends mon cri :
prends en gré cette dévotion qui Te prie comme une immense
clameur ; et pour que mes paroles soient de plus en plus dignes
d’être exaucées de Toi, donne intensité et persévérance à la voix de
ma prière. Ô Dieu, qui es puissant, dont je me suis fait le serviteur,
quant à moi je Te prie et je Te prierai avec persévérance afin de
mériter de T’obtenir ; ce n’est pas pour obtenir quelque bien terrestre
: je demande ce que je dois demander, Toi seul.

Prière de Bruno de Cologne (1035-1101), fondateur de l’ordre des


Chartreux.

64
C’est chose étrange et malaisée à expliquer, pour les ignorants non
seulement difficile à comprendre, mais presque incroyable… Mon
avis est que ce grand bien s’est enfui en compagnie de l’obéissance.
Car l’obéissance dégageant ses amants des mauvais liens du siècle
présent et les libérant des soucis et des attaches des passions, les
rend constants et décidés dans la poursuite de leur but, si du moins
ils trouvent en même temps un guide sûr… Le principe de la
troisième oraison n’est pas de commencer par regarder en haut ou
étendre les bras et recueillir des idées et invoquer le secours du ciel
: ce sont là, avons-nous dit, les caractères du premier égarement.
Elle ne débute pas davantage par la seconde manière où l’esprit
faisant attention aux sensations du dehors ne distingue pas les
ennemis du dedans ; car à ce compte, nous l’avons dit, on est frappé
et ne frappe pas ; blessé et on l’ignore ; emmené captif sans pouvoir
repousser les agresseurs. De toutes parts les pécheurs lui labourent
le dos ou plutôt le front et font de lui un vaniteux et un
présomptueux.

[…] Assis dans une cellule tranquille, à l’écart dans un coin […],
ferme la porte et élève ton esprit au-dessus de tout objet vain et
temporel, ensuite la barbe sur la poitrine et tournant l’œil corporel
avec tout l’esprit sur le milieu du ventre, autrement dit le nombril,
comprime l’aspiration d’air qui passe par le nez de façon à ne pas
respirer à l’aise et explore mentalement le dedans des entrailles
pour y trouver le lieu du cœur où aiment à fréquenter toutes les
puissances de l’âme. Dans les débuts, tu trouveras une ténèbre et
une épaisseur opiniâtres, mais en persévérant et en pratiquant cette
occupation de jour et de nuit, tu trouveras, ô merveille, une félicité
sans borne. Sitôt, en effet, que l’esprit trouve le lieu du cœur, il
aperçoit tout à coup ce qu’il n’avait jamais su ; car il aperçoit l’air

65
existant au centre du cœur, et il se voit lui-même tout entier lumineux
et plein de discernement, et dorénavant, dès qu’une pensée pointe,
avant qu’elle ne s’achève et ne prenne une forme, par l’invocation de
Jésus-Christ, il la pourchasse et l’anéantit…

« Troisième oraison ». Comme on peut en juger ici, il semble


qu’une partie de l’inspiration des hésychastes provienne du
gnostique Valentin (IIe siècle), peut-être des théories hellénistiques
d’Érasistrate sur le souffle ou pneuma, et sans doute aussi de
certaines techniques transcendantales de yoga
par contrôle de la respiration.

66
Je prie le mentor du Corps de Vérité, non né, immuable,
Dans le palais du Royaume de la Vérité parfaite et qui embrasse
tout,
Empli d’une dévotion respectueuse, je le prie ardemment !
Libéré du moi, mais sans abandonner l’illusion de celui qui se
trompe,
J’accepte librement la bénédiction du Corps de Vérité parfait,
Comme étant la sagesse primordiale, dénuée d’artifice.

Je prie le mentor du Corps de Béatitude, immortel et à la grande


félicité,
Dans le palais de la béatitude universelle de la pure sagesse
lumineuse,
Empli d’une dévotion respectueuse, je le prie ardemment !
Libéré du moi, sans abandonner la convoitise, ni la jalousie,
J’accepte librement la bénédiction du Corps de Béatitude qui agit
sans effort,
Comme étant la libération naturelle issue de la félicité universelle et
de la sagesse intérieure.
Je prie le mentor du Corps d’Émanation, ineffable et auto-créé,
Dans le palais du lotus parfait et sans défaut,
Empli d’une dévotion respectueuse, je le prie ardemment !
Libéré du moi sans avoir abandonné la haine qui est erreur,
J’accepte de mon plein gré la bénédiction sans effort du Corps
d’Émanation,
Comme illumination intérieure de moi-même, issue de la sagesse
qui est évidence.

Cette prière du mentor Padma Sambhava, intitulée « Prière de la


libération naturelle » et sous-titrée « Libération naturelle sans

67
abandonner les trois poisons », est associée à la récitation de
mantras. Elle repose sur la relation du disciple à son guru, qui lui
permet d’accéder à la libération du moi de la sujétion aux trois
poisons (convoitise, haine et illusion). Ce guru peut être n’importe
quel maître,
prêtre ou saint de toute religion.

68
Donne-moi, Seigneur, une petite rémission pour que je pleure, car
j’ai entendu dire que les larmes peuvent beaucoup et sont un grand
remède pour le malheureux corps, ton modelage.

« Prière de Sedrach », extraite de l’Apocalypse de Sedrach, écrit


apocryphe chrétien, sans doute d’origine palestinienne,
antérieur au VIIe siècle.

69
Hommage aux gourous et aux Dakinis
Ô vous, Lama, à la bienveillance sans égale,
Donnez-moi d’atteindre la suprême sagesse,
Écartez tout ce qui pourrait m’être un obstacle,
Yidams, Khandos, Chöskyongs, vous tous,
Accordez-moi ce pour quoi je vous implore,
Les voies profondes de la vue parfaite,
Et l’amrita de vos paroles ô Maîtres héroïques,
À qui vous les demandera.

Le pouvoir pénétrant de l’œil


Fait voir les choses,
Mais l’œil ne peut pas se voir lui-même.
Le feu ne peut pas se brûler lui-même.
L’esprit lui-même ne peut pas trouver l’esprit,
C’est lui qui est l’esprit…

Invocation aux gurus et Dakinis, texte attribué à Sharapa, sage


d’origine indienne qui aurait vécu au Tibet vers le XIe siècle. Les
Dakinis sont des divinités furieuses représentant la compassion, le
vide et la connaissance. Les Yidams, Khandos et Chöskyongs
sont les divinités personnelles.

70
Déesse au corps diapré, immortelle Aphrodite,
Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie :
N’aie pas recours aux tourments nauséeux, au fléau de l’angoisse
pour me dompter
Souverainement le cœur.

Viens à moi, plutôt, si jamais en d’autres temps


Quand je criais de loin vers toi, tu as entendu ma voix,
Si tu m’as exaucée, si tu as quitté le palais doré de ton père
Pour venir jusqu’à moi,

Sur ton char attelé ; de beaux oiseaux t’entraînaient,


Des passereaux rapides sur la terre bleue et noire,
Du battement pressé de leurs ailes, depuis l’espace ouranien et au
travers
De l’éther.

Et soudain ils furent là. Et toi, ô Bienheureuse,


Un sourire éclairait ton immortel visage,
Quand tu me demandais quel tourment nouveau était le mien,
Et pourquoi de nouveau j’avais crié vers toi.

Et quel désir en moi devait être assouvi


En mon cœur affolé : « Quelle fille de nouveau dois-je persuader
De te séduire en son spasme d’amour ? Quelle amie, ô Sappho,
Te porte préjudice ?

Car si elle fuit, bientôt elle sera chasseresse,


Si elle refuse les cadeaux, demain elle en offrira,
Si elle n’est pas amoureuse, bientôt elle sera amoureuse,
Même contre son gré. »

71
Viens à moi, et maintenant, encore ! Du poids de l’angoisse
Délivre-moi ! Tous les désirs de mon cœur passionné,
Accomplis-les. Et toi, maîtresse,
Combats à mes côtés.

Sappho, « Prière à Aphrodite », VIIe-VIe siècle avant notre ère.

72
Démons qui êtes sous terre, démons de toutes sortes, pères et
mères de mes pères, démons qui affrontez les humains, vous qui
gisez là et avez ce séjour ici, arrachez de son cœur les sentiments
malveillants, emparez-vous des sentiments malveillants, emparez-
vous des sentiments malveillants qu’Ariston nourrit contre moi,
Sotérianos, appelé aussi Limbaros, ainsi que de sa colère ; enlevez-
lui sa faculté d’agir et sa force, rendez-le froid, sans voix, sans
souffle, froid devant moi, Sotérianos, appelé aussi Limbaros.
J’atteste devant vous, le roi des démons silencieux. Écoutez ce
grand nom, car c’est l’ordre que vous donne le grand Sisochor, qui
pousse les portes de l’Hadès, et liez fortement celui qui plaide contre
moi, Ariston, et endormez complètement la langue, les sentiments et
la colère qu’il a contre moi, Sotérianos, appelé aussi Limbaros, cet
Ariston, afin qu’il ne puisse être mon adversaire en aucune affaire.
Je vous adjure, démons des cimetières, morts par violence, morts
prématurés, morts sans sépulture, au nom de celle qui ébranle la
terre, celle qui précipite le corps et qui tient les membres, je vous
adjure par Agalemorphôth, quel qu’il soit, seul dieu qui est sur la
terre, Osous Osonorphris Ousrapiô, faites ce qui est écrit ci-contre.

Adresse d’un Chypriote aux démons infernaux, extraite d’un texte


du IVe siècle avant notre ère.
Les démons invoqués ne doivent pas être identifiés à des êtres
malfaisants, au sens moderne, mais à des divinités secondaires.

73
Entonnez des lamentations sur moi,
bons anges et archanges,
prophètes, apôtres et martyrs,
confesseurs et vierges
et ensuite ensevelissez-moi.
Seigneur Jésus-Christ
ne m’abandonne pas
au moment où mon âme sortira de mon corps ;
que les anges de Satan ne viennent pas à ma rencontre
et qu’ils ne me causent aucun dommage.

Prière prononcée par Esdras, prophète présumé, avant sa mort,


un 9 juillet, extraite de la Vision d’Esdras, écrit apocryphe chrétien
datant probablement du IIe siècle.

74
Puisque mon Sé m’a fait, qu’il soit maudit !
La malédiction ne fait rien à un épervier !
Mon Sé m’a fait.
Pourquoi m’a-t-il envoyé dans le monde ?
Dans le sein de sa mère, l’enfant est ignorant.
Si j’avais su, je serais resté là-bas,
Je serais encore sur les rives du fleuve-frontière et je boirais son
eau.
Malédiction à mon Sé !
Mais une malédiction ne peut pas tuer un épervier.
Je suis venu en ce monde, je suis si pauvre,
Ô pauvreté, mortelle pauvreté, sois maudite !

Prière de malédiction et de reproche au dieu Sé des Ewe du Togo


et du Ghana. Les Ewe croient qu’avant d’entrer dans le monde,
l’âme peut choisir son destin, mais que Sé
peut lui être de mauvais conseil.

75
Ea, roi de l’Abîme, qui trouves le bon conseil,
Je suis le conjurateur1, ton serviteur.

Va à ma droite, viens à l’aide à ma gauche ;


Joins ton incantation pure à mon incantation,
Joins ta bouche pure à ma bouche ;
Rends efficace ma parole pure,
Assure le succès de ce que dit ma bouche ;
Ordonne que mes rites soient purs ;
Où que j’aille, que je réussisse ;
Que l’homme que je vais toucher devienne bien portant.
Qu’il y ait devant moi une rumeur favorable,
Qu’on tende derrière moi le doigt avec faveur ;
Sois mon bon génie,
Sois ma bonne Fortune.
Que Mardouk, le dieu qui sauvegarde,
Où que se dirigent mes pas, procure le salut.
Que le dieu de l’homme dise tes hauts faits,
L’homme, lui, qu’il chante tes louanges,
Et moi, le conjurateur, ton serviteur, que je chante tes louanges !

Prière du conjurateur akkadien au dieu de la sagesse, des


magiciens et de la mer d’eau douce souterraine, IIIe millénaire
avant notre ère.

76
Gloire à toi, Logos !
Gloire à toi, Grâce ! Amen.

Gloire à toi, Esprit !


Gloire à toi, Saint !
Gloire à ta gloire ! Amen.

Nous te louons, Père !


Nous te rendons grâces, Lumière
Dans laquelle les ténèbres n’habitent pas ! Amen.

Je vais dire ce pour quoi nous rendons grâce :

Je veux être sauvé


Et je veux sauver. Amen.
Je veux être délivré
Et je veux délivrer. Amen.

Je veux manger
Et je veux être mangé. Amen.
Je veux écouter et je veux être écouté. Amen.

Je veux être compris par l’intelligence,


Moi qui suis tout entier intelligence. Amen.
Je veux être lavé
Et je veux laver ! Amen.

Hymne du Christ avant sa Passion, discours de Jean l’apôtre,


extrait des Actes de Jean, texte du IIe siècle qui s’adressa à un
large public, de l’Asie mineure à l’Espagne, jusqu’à sa
condamnation au VIIe concile œcuménique de Nicée, en 787, date

77
à laquelle il fut décrété hérétique. Saint Augustin l’avait pourtant
utilisé dans son argumentation et le concile de Hiéria l’avait
accueilli favorablement, à l’instar d’une grande partie du monde
chrétien. Seules cinq sections de ce texte sont parvenues jusqu’à
nous.

78
Ô toi, qui fus le premier être, lors de la première fois,
Amon qui vins à l’existence au
commencement,
On ne sait d’où tu viens…
Puissance à l’inconcevable naissance
Qui demeures dissimulée aux yeux,
Cachée, même aux autres dieux,
Nul ne peut dessiner ton contour ;
Nul ne peut témoigner t’avoir connue.

Prière à Amon, Égypte ancienne.

79
Libéré dans le monde intermédiaire, je salue avec révérence
La multitude des divinités bénignes à la Bonté parfaite et celle des
féroces divinités Chemchok
Et la multitude des cent familles réunies,
Puissent tous les êtres demeurer dans la réalité des Trois Corps !
Puissent ceux dont le devenir est favorable et qui ont des maîtres
sacrés
Contempler, réciter toujours et ne pas oublier
Cette lumineuse pratique du Dharma, union des divinités bénignes
et féroces !

Prière du contemplateur des divinités, nécessaire à la pratique de


la contemplation par la visualisation des divinités bénignes et
féroces, et destinée aux fidèles de toutes les religions, afin qu’ils
se libèrent des instincts négatifs de convoitise et de haine, ainsi
que de l’illusion.

80
Ô mon cher Pan, et vous toutes, autres divinités de ces lieux !
Accordez-moi d’acquérir la beauté intérieure et, dans les choses du
dehors qui sont à moi, de trouver l’amitié pour celles du dedans !
Puissé-je tenir pour riche l’homme sage ! Puisse l’abondance de
mes biens être de la mesure voulue pour que nul autre homme,
sinon le tempérant, ne soit capable ni de les prendre, ni de les
emmener ! Avons-nous, Phèdre, autre chose à demander ? Pour
moi, en effet, j’ai exprimé les vœux qu’il fallait.

Prière de Socrate à Pan, épilogue


du Phèdre de Platon.

81
Ô Dieu miséricordieux, veuille que le vieil Adam meure dans ces
personnes, de sorte que l’homme nouveau naisse en elles. Amen.

Veuille que toutes les affections charnelles meurent en elles et que


toutes les choses appartenant à l’Esprit vivent et croissent en elles.
Amen.

Veuille qu’elles aient la puissance et la force pour vaincre et dominer


le Diable, le monde et la chair. Amen.

Veuille que ces personnes, qui Te sont dédiées par notre office et
ministère, soient également imprégnées des vertus célestes et
récompensées éternellement par Ta grâce, ô Dieu béni, qui vis et
gouvernes sans fin toutes choses de ce monde. Amen.

Prière du prêtre pour le baptême des adultes.

82
Shamash, grand Seigneur,
Quand tu entres avec joie dans le temple Ebabbar,
Ta rutilante maison,
Regarde soigneusement l’ouvrage précieux de mes mains,
Et que sur tes lèvres fleurissent des mots en ma faveur.

Donne l’ordre ferme


Que j’arrive pleinement à un très grand âge ;
Que je reçoive en présent une vie aux jours lointains
Et la stabilité du trône,
Et que mes années de règne soient infiniment longues et
florissantes.
Qu’un sceptre royal et légitime de justice, un bon pastorat
Qui veille au salut des gens,
Soit pour toujours le lot de ma royauté.
Qu’avec des armes furieuses dans la bataille,
Tu sois la protection de mon armée,
ô Shamash !

Réponds-moi justement dans le jugement et la divination,


À ta parole pure, irremplaçable,
Que mes armes brandies, acérées,
Terrassent les armées ennemies !

Prière au dieu Shamash du roi Nabuchodonosor II


(605-562), responsable de la déportation
des Juifs à Babylone en 587 avant notre ère.

83
Très Haute parmi les hautes et sans rivale est Ta dignité,
Ô Seigneur,
Variées sont Tes couleurs et Tes super-couleurs.
On ne peut se représenter Tes actes merveilleux.
Toi seul es la vie intérieure des êtres vivants et sais tout.
Tout est soumis à Ta puissance et Ta demeure est splendide.
La félicité emplit Ta demeure et les vénérations s’y déversent.
Ta renommée, Ta magnificence et Ta gloire n’appartiennent qu’à Toi.
Tu débordes de toutes les puissances et Tu es partout visible.
Nanak, l’esclave de tes esclaves, Te soumet sa supplique.

Prière sikh au Seigneur, en langue punjabi. Le sikhisme, religion


monothéiste distincte de l’islam comme du christianisme, fut fondé
au XVe siècle par le guru Nanak du Panjab, dans le nord-ouest de
l’Inde, dont c’est l’une des quatre grandes religions. Cette prière
est attribuée à Nanak lui-même.

84
Maître, ne permets pas qu’André, qui a été lié à ton bois, soit à
nouveau délié ! Jésus, ne me livre pas au Diable impudent, moi qui
suis attaché à son mystère ! Père, que ton adversaire ne me délie
pas, moi qui suis suspendu à ta grâce ! Que celui qui est petit
n’humilie pas celui qui a connu ta grandeur ! Mais reçois-moi toi-
même, Christ que j’ai désiré, que j’ai aimé, que je connais, que je
possède, que je chéris, à qui j’appartiens, en sorte qu’advienne,
grâce à mon départ vers toi, la réunion de mes nombreux
congénères, et qu’ils trouvent le repos dans ta grandeur.

« Prière de l’apôtre André demandant à ne pas être délivré de sa


croix », extrait des Actes d’André, long récit en grec racontant
l’itinéraire du frère de Pierre du Pont jusqu’à Patras, en Achaïe, où
il fut crucifié. Ce texte, qui semble dater du milieu du IIe siècle,
connut un succès considérable dans le monde chrétien, en dépit
des nombreuses condamnations de l’Église, qui le classe parmi
les apocryphes. Cette prière est celle qu’André, pour rejoindre
plus tôt le Christ, prononce avant de rendre l’âme, ayant refusé
l’offre du proconsul Égéate
de lui laisser la vie sauve.

85
Quand j’erre dans l’égarement du samsâra,
Sur le chemin droit et lumineux de l’étude, de la réflexion et de la
méditation,
Que les gourous de la lignée sacrée me précèdent,
Et que leurs escortes de dakinis me suivent ;
Qu’ils m’aident à franchir le chemin dangereux du Bardo
Et me conduisent à l’état parfait du Bouddha.

Quand dans l’intense ignorance j’erre dans le samsâra,


Sur le chemin lumineux de la sagesse du dharmadhatu,
Que le béni Vairocana me précède,
Que sa compagne la Reine de l’Espace Vajra me suive ;
Qu’ils m’aident à franchir le chemin dangereux du Bardo
Et me conduisent à l’état parfait du Bouddha.

Quand j’erre dans l’agression intense dans le samsâra,


Sur le chemin lumineux de la sagesse pareille au miroir,
Que le béni Vajrasattva me précède,
Que son compagnon le bouddha-Locana me suive ;
Qu’ils m’aident à franchir le chemin dangereux du Bardo
Et me conduisent à l’état parfait du Bouddha.

Prière dite d’inspiration pour le salut sur le chemin dangereux du


Bardo, extraite du Livre des morts tibétain. Le Bardo est à la fois
l’état et l’espace de suspension instables et dangereux dans
lesquels l’âme se trouve après la mort, et qui ne peut être franchi
qu’avec le secours
des divinités bienveillantes.

86
Si ceux qui se dirigent vers Allah se détournaient des nombreuses
stations qui allongent cette voie, ainsi que des épreuves qui rendent
son parcours difficile, et s’ils se tournaient avant tout vers la station
et l’état de servitude, la voie leur serait rendue courte et facile. Ils
sauraient qu’Allah est plus proche d’eux que leur veine jugulaire et
qu’eux sont pareillement proches de Lui, si seulement ils réalisaient
qu’ils sont Ses esclaves. – Qu’Il soit magnifié et exalté.

« Sur ceux qui cherchent Allah », par Ibn’Arabî, mystique


musulman né en 1164 à Murcie et mort à Damas en 1240.
Ibn’Arabî, qui jouit d’un prestige considérable dans l’islam,
recommandait la constante invocation
de Dieu, ou dhikr.

87
C’est le thrène d’Hadès, c’est l’hymne d’Hadès, ô père ; je t’adresse
sous terre mes gémissements. Sans relâche, ainsi chaque jour, je
m’y abandonne, tandis que de mes ongles je déchire ma gorge
tendre, et que ma main s’abat sur ma tête rasée en souvenir de ton
trépas.
Ah ! Ah ! Meurtris ton visage. Comme un cygne à la voix sonore
appelle sur les eaux d’un fleuve son père, son père aimé qui a péri
dans les nœuds d’un filet perfide, ainsi, père, pour tes malheurs je
me consume dans les larmes.

« Prière d’Électre à son père mort », extraite d’Électre, d’Euripide.


Les prières, chez les Grecs, pouvaient également s’adresser aux
défunts, comme c’est le cas ici, où l’héroïne prend à témoin les
mânes de son père Agamemnon, assassiné par sa femme.

88
Je suis vieux et décrépit. Mon corps est faible et ma chair est livide.
Je peux à peine voir et j’entends mal. Ne me laisse pas mourir dans
la confusion, mais enseigne-moi Comment Sont les Choses, afin
que je puisse savoir comment ne plus penser à la naissance et à la
vieillesse.

« Regarde, dit le Bouddha, regarde combien de gens sont


tourmentés par la douleur. Regarde comme ils sont négligents et
combien ils souffrent à cause du corps et des formes. Si tu ne veux
pas continuer à aller de la sorte, Pingiya, tu dois oublier le corps et
les formes. »

« Dans toutes les dix directions, dit Pingiya, dessus, dessous et


dans toutes les directions, il n’y a pas une chose que tu n’aies
entendue, vue, connue ou comprise. Enseigne-moi Comment Sont
les Choses, afin que je puisse savoir comment ne plus penser à la
naissance et à la vieillesse. »

« Peux-tu voir, répondit le Bouddha, combien les gens sont


oppressés par le désir ? Peux-tu voir combien ils sont ravagés et
usés par l’âge ? Si tu ne veux pas continuer à aller de la sorte,
Pingiya, tu dois renoncer au désir. »

Requêtes du brahmane Pingiya à Bouddha et réponses de celui-


ci, extraites de la Sutta-Nipâta, canon de la Theravada, VIe-Ve
siècle avant notre ère.

89
Ô Toi, qui es chez Toi
Au fond de mon cœur,
Permets-moi de Te rejoindre
Au fond de mon cœur.

Prière tamoule.

90
Ô Dieu, la nuit est passée et l’aube point. Combien je languis de
savoir si Tu as accepté mes prières ou si Tu les as rejetées.
Console-moi donc, car il Te revient de remédier à mon état. Tu m’as
donné la vie et Tu as veillé sur moi, et la gloire Te revient. Si Tu
voulais m’écarter de Ta porte, je ne T’en tiendrais pas rigueur, pour
l’amour que je Te porte.

« Prière de l’âme anxieuse », par Rabi’a al-Adawiyya, la plus


célèbre femme mystique
de l’islam, morte en 801.

91
N’offensons pas celui qui a engendré la terre et le ciel, dont les lois
sont vraies, qui a créé les mers hautes et scintillantes. Quel est le
dieu que nous honorerions sans offrande ?

Ô Prajapâti, seigneur de la descendance,


nul autre que toi n’embrasse toutes ces créatures. Accorde-nous les
désirs pour lesquels nous te faisons une offrande. Fais de nous des
seigneurs de richesses.

Prière pour les désirs, extraite des Rig-veda.


Il s’agit d’un hommage à la fertilité
demandée par les dieux.

92
Pourquoi serais-je découragé ?
Pourquoi les ténèbres tomberaient-elles ?
Pourquoi mon cœur serait-il solitaire
Et nostalgique du ciel et de mon pays,
Quand Jésus m’est donné
Et qu’il est un ami constant ?

Son œil veille sur le moineau,


Et je sais qu’il veille sur moi.

Je chante parce que je suis heureux,


Je chante parce que je suis libre.

Son œil veille sur le moineau,


Et je sais qu’il veille sur moi.

Negro spiritual, chant des esclaves noirs d’Amérique.

93
La Grâce danse.
Je veux jouer de la flûte,
dansez tous ! Amen.
Je veux chanter une complainte,
frappez-vous tous la poitrine ! Amen.

Je n’ai pas de lieu


et j’ai des lieux. Amen.
Je n’ai pas de temple
et j’ai des temples. Amen.

Je suis une lampe pour toi


qui me regardes. Amen.
Je suis un miroir pour toi
qui me comprends. Amen.
Je suis une porte pour toi
qui frappes à moi. Amen.
Je suis un chemin pour toi
le passant. Amen.

En répondant à ma danse, vois-toi en moi qui parle


et, voyant ce que je fais, garde le silence sur mes mystères.
Toi qui danses, comprends ce que je fais,
car elle est tienne, cette souffrance de l’Homme que je dois endurer.

Hymne du Christ avant sa Passion, discours de Jean l’apôtre,


extrait des Actes de Jean. Il s’agit en fait de la suite du premier
hymne, p. 107.

94
95
Je Te trouve, Seigneur, dans toutes choses et dans toutes
Mes créatures-sœurs, vibrantes de Ta vie.
Tu veilles comme un petit germe dans ce qui est petit,
Et dans l’immensité, Tu t’étends immensément.

Rainer Maria Rilke, extrait


du Livre des Heures.

96
Cela est beau, cela est vraiment beau,
Moi, moi je suis l’esprit de la terre.
Les pieds de la terre sont mes pieds,
Les jambes de la terre sont mes jambes.
La force de la terre est ma force,
Les pensées de la terre sont mes pensées,
La voix de la terre est ma voix,
La plume de la terre est ma plume,
Tout ce qui appartient à la terre m’appartient,
Et tout ce qui entoure la terre m’entoure.
Moi, moi je suis les paroles sacrées de la terre,
Cela est beau, cela est vraiment beau.

Chant d’allégresse navajo.

97
Ô douce parole de Zeus, que viens-tu apporter de Pythô l’opulente à
notre illustre ville,
À Thèbes ? Mon âme tendue par l’angoisse est là, qui palpite
d’effroi. Dieu qu’on invoque avec des cris aigus, dieu de Délos, dieu
guérisseur,
Quand je pense à lui, je tremble : que vas-tu exiger de nous ? Une
obligation nouvelle ? Ou bien une obligation omise, à renouveler au
cours des années ?
Dis-le-moi, Parole éternelle, fille de l’éclatante Espérance, c’est toi
que j’invoque d’abord, toi, la fille de Zeus, immortelle Athéna ; et ta
sœur aussi, reine de cette terre,
Artémis, dont la place ronde de Thèbes forme le trône glorieux ; et
avec vous, Phoebos l’Archer ; allons !
Tous trois ensemble, divinités protectrices, apparaissez à mon appel
! Si jamais un désastre menaçait jadis notre ville,
Vous avez su [jadis] écarter d’elle la flamme du malheur, aujourd’hui
encore, accourez !

Sophocle, « Prière à Zeus et à d’autres dieux », extraite d’Œdipe


roi. La ville de Thèbes craint une épidémie de peste. On mesure
aux accents du poète l’intensité du sentiment religieux
dans la Grèce antique.

98
Toi, ô Trinité éternelle, tu es une mer profonde dans laquelle, plus je
pénètre, plus je trouve de choses, et plus j’en trouve et plus j’en
cherche.

Ô abîme,
Ô éternelle tête de Dieu,
Ô mer profonde,
Que pourrais-tu me donner de plus que toi-même ?

Sainte Catherine de Sienne.

99
Ancêtre,
Contemple notre déréliction.

Nous savons que dans toute la création,


Seule la gent humaine
S’est écartée de la Voie sacrée.

Nous savons que nous sommes


Ceux qui sont divisés,
Et nous sommes ceux
Qui doivent se rassembler
Pour avancer sur la Voie sacrée.

Ancêtre,
Toi l’homme sacré,
Enseigne-nous l’amour, la compassion et l’honneur,
Afin que nous guérissions la terre
Et que nous nous guérissions les uns les autres.

Prière des Indiens ojibwa.

100
Voici ce que je te demande,
Seigneur, réponds-moi bien :
Qui a été à la naissance,
Le père premier de la Justice ?
Qui a assigné leur chemin
Au soleil et aux étoiles ?
Qui est celui, si ce n’est toi,
Par qui la lune croît et décroît ?
Voilà ce que je veux savoir
Ô Sage, et d’autres choses.

Voici ce que je te demande,


Seigneur, réponds-moi bien :
Si les choses sont telles que je veux les proclamer,
Est-ce que la Dévotion secondera par ses actes la Justice ?

De quelle manière mon âme,


Parvenue au Bien, sera-t-elle ravie ?
Voici ce que je te demande,
Seigneur, réponds-moi bien :
Comment livrerai-je le mal
Aux mains de la Justice
Pour qu’elle l’abatte
Selon les formules de la doctrine ?

« Questions au Seigneur », extrait du Yasna 44 du Zend Avesta,


recueil de textes attribués à Zarathoustra (v. 628-551 av. J.-C.),
prophète, grand réformateur de la religion mazdéenne et «
inventeur » du monothéisme bipolaire, dans lequel un dieu unique
et bon, Ahoura Mazda, s’oppose à un dieu mauvais, Ahriman.

101
Cette invocation fait partie du Yasna, canon des Avesta, et est une
prière rituelle à prononcer lors de certaines cérémonies.

102
Seigneur, fais de moi un instrument de Ta paix,
Là où se trouve la haine, que je sème l’amour ;
Là où se trouve l’injure, que je sème le pardon ;
Là où se trouve le doute, que je sème la foi ;
Là où se trouve le désespoir, que je sème l’espoir ;
Là où règnent les ténèbres, que j’apporte la lumière ;
Là où règne la tristesse, que je sois la messagère de la joie.
Ô Divine Mère, accorde-moi d’avoir moins besoin
D’être consolée que de consoler moi-même.

Prière de Mère Teresa.

103
Nous devons nous installer devant Dieu comme face à face et
contempler la lumière de son visage. Invoquer le nom du Seigneur
en frappant comme d’un silex notre esprit jusqu’à ce qu’il
s’enflamme. Revenant sans cesse à la vision du Seigneur jusqu’à ce
que Lui-même fasse sentir sa douceur dans nos cœurs.

« Pour prier », extrait des Oraisons méditatives de Guillaume de


Saint-Thierry, bénédictin, théologien et mystique du XIIe siècle (v.
1075-1148), ami et disciple de Bernard de Clairvaux.

104
Par le secours de Ta miséricorde, Seigneur,
Accorde en Ta bonté
La libération des opprimés,
La délivrance des prisonniers,
Le soulagement des affligés,
La guérison des malades,
Le retour de ceux qui sont loin.

Accorde, Seigneur, en Ta bonté,


La santé à ceux qui sont proches,
Le pardon aux pécheurs,
L’accueil aux pénitents,
Le bonheur aux justes,
Aux pauvres ce dont ils ont besoin,
Un chemin droit pour les égarés,
Le retour des exilés,
Le souvenir des défunts,
La miséricorde et la clémence pour tous.
Accorde-nous ainsi qu’à tous,
Ce qui pourra nous aider,
Faibles et pécheurs que nous sommes,
Que nous soyons agréables à Ta majesté,
Par Ta bonté et Ta miséricorde,
Maintenant, en tous temps
Et dans les siècles des siècles.

Prière liturgique orthodoxe.

105
106
Ô Mère des hommes et des peuples, aide-nous à vaincre la menace
du mal qui s’enracine si facilement dans le cœur des hommes
d’aujourd’hui et qui, avec ses effets incommensurables, pèse déjà
sur la vie actuelle et semble fermer les voies vers l’avenir.

Prière de Jean Paul II à la Vierge


pour le monde en danger.

107
Ô Maîtresse de vérité, Mère des jeux d’Olympie que l’or couronne,
Où les devins déchiffreurs des flammes
Sollicitent de Zeus aux fulgurants éclairs
Un encouragement pour les hommes
Qui désirent qu’une grande vaillance emplisse leurs cœurs
Et ranime leur souffle après les ahans !

Grâce à leur piété les prières humaines sont exaucées.


Ô arborescent Bosquet de Pise sur l’Alphée,
Accueille cette fête et reçois cette couronne laurée.
La Gloire est éternelle pour ceux

Auxquels tu as accordé ton hommage.


La Fortune les comble
Et les dieux du prodige leur ouvrent des avenues !

Pindare, « Adresse à Athéna, patronne des jeux Olympiques »,


extraite
de la Septième Olympique.

108
Mon Dieu, donne-moi de Te rendre grâce de la faveur que Tu m’as
accordée,
Ce sont Tes serviteurs qui se sont réunis pour me tuer
Par zèle pour Ton culte et pour se rapprocher de Toi.

Pardonne-leur.
Si Tu leur avais fait connaître ce que Tu m’as fait connaître,
Ils n’auraient pas agi ainsi.
Et si Tu avais caché à mes regards ce que Tu as dérobé aux leurs,
Je ne souffrirais pas l’épreuve dont je souffre.
Louange à Toi pour ce que Tu fais,
Louange à Toi pour l’éternité.

Mohamed Hussein Mansour al-Hallâj (857-922), sans doute le


plus célèbre de tous les mystiques musulmans. Ses prédications
lui valurent une renommée éclatante, mais ses discours sur la
possibilité de l’union de l’homme avec son Créateur par la
contemplation mystique lui attirèrent la vindicte d’une faction qui
réussit à le faire emprisonner, puis lapider et décapiter. Sa
destinée lui a valu d’être parfois comparé à Jésus, qu’il a d’ailleurs
désigné
comme Juge suprême à la fin des temps.

109
Il est midi, je vois l’église ouverte.
Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.
Rien que pour un moment
Pendant que tout s’arrête.
Midi !

Paul Claudel, « La Vierge à midi »,


extrait des Poèmes de guerre.

110
Ô étoile qui viens,
Fais-moi voir un springbok !

Ô étoile qui viens,


Fais-moi déterrer de la nourriture de fourmis
Avec ce bâton !

Ô étoile qui viens,


Je te donne mon cœur,
Donne-moi ton cœur !

Ô étoile qui viens,


Je voudrais voir demain un loup,
Fais que le chien le tue,
Fais-le-moi manger.
Fais-moi remplir mon ventre,
Que je puisse me coucher et dormir la nuit !

Prière des Bushmen – ou Bochimans –


d’Afrique du Sud à l’étoile Canope.

111
J’ai cru en toi en vérité, mon Seigneur, Jésus le Christ, don de ton
père,
Car c’est en toi que sont tous les secours,
En toi toutes les ressources,
En toi toutes les guérisons,
En toi la vie pour les pénitents qui, en vérité, reviennent vers toi de
tout leur cœur.
Oui, mon Seigneur, j’implore ta compassion.
Viens me secourir et me convertir !

« Prière du jeune homme inconnu », extraite des Actes de


Thomas, sans doute rédigés à Édesse dans la première moitié du
IIIe siècle et actuellement classés parmi les apocryphes chrétiens.
Cette prière est attribuée à un jeune homme qui a tué sa
maîtresse et s’en repent.

112
Toi dont la force est sans égale,
Prends pitié, ne m’accuse pas
Si j’aime la nuit sépulcrale
Et les passions d’ici-bas,
Si je ne bois pas à la source
Où jaillit Ton verbe naissant,
Si mon esprit vagabonde
Loin de Toi, seul, impuissant,
Si dans ma poitrine bouillonnent
Les flots de l’inspiration,
Si les cruels tourments sillonnent
Mes yeux, voilant ma vision,
Si je suis à l’étroit sur la terre,
Si je crains d’approcher, Seigneur,
Si dans mon chant frivole
Je ne suis pas Ton serviteur.
Mais éteins ce brasier magique
Dont la flamme a tout consumé,
Change en pierre mon cœur solitaire,
Retiens mon regard avide ;
Seigneur, qu’on me délivre du chant
Et de son empire absolu,
Alors j’irai vers Toi,
Sur la voie étroite du salut.

Mikhaïl Lermontov (1814-1841), « Molitva ».

113
114
On verse plus de larmes sur les prières qui sont exaucées que sur
celles qui ne le sont pas.

Sainte Thérèse d’Avila.

115
Ô ciel au-dessus de moi, ciel pur, ciel profond ! Abîme de lumière !
En te contemplant, je frissonne de désirs divins.
Me jeter dans ta hauteur, c’est là ma profondeur ! M’abriter dans ta
pureté, c’est là mon innocence !
Le dieu est voilé par sa beauté : c’est ainsi que tu caches tes étoiles.
Tu ne parles point : c’est ainsi que tu m’annonces ta sagesse.
Aujourd’hui tu t’es levé pour moi, muet au-dessus des mers
mugissantes ; ton amour et ta pudeur parlent à mon âme agitée.
Tu es venu à moi, beau et voilé de ta beauté, tu me parles sans
paroles, te révélant par ta sagesse…

Friedrich Nietzsche, « Avant le lever du soleil », extrait d’Ainsi


parlait Zarathoustra.

116
Je te loue, écoute mon appel ;
J’étais un juste sur terre !

J’étais un ignorant, un insensé


Qui ne distinguait pas le bien du mal.
Comme j’avais commis une transgression contre la Cime,
Elle me donna une leçon.
J’étais dans son pouvoir nuit et jour ;
J’étais assis sur les briques comme une femme qui accouche.
J’appelais le souffle et il ne venait pas à moi.

Alors je me suis humilié devant la Cime-de-l’Occident


Dont la puissance est grande,
Et devant tout dieu et toute déesse.
Vois, je dirai au grand et au petit
Qui sont dans les équipes d’ouvriers :
« Prenez garde à la Cime, car il y a un lion dans la Cime !
Elle frappe comme un lion furieux.
Elle harcèle celui qui a péché contre elle ! »

Et moi, j’ai crié vers ma Maîtresse.


J’ai senti qu’elle était venue dans un souffle doux.
Elle a eu pitié de moi et m’a montré sa main.
Elle s’est retournée vers moi, apaisée.
Elle a fait que j’oublie les maux qui me tenaient.

Oui, la Cime-de-l’Occident est


miséricordieuse
Quand on l’appelle…

117
Prière d’un malade, inscription remontant aux environs de 1230
avant notre ère, découverte sur une stèle de la chapelle funéraire
d’un certain Noferabou, à Deir el-Medineh, en Égypte.
La Cime personnifie la déesse Mert-Seger.

118
Je te loue, Seigneur,
Puisque je t’aime.
Très-Haut, ne me laisse pas,
Puisque tu es mon espérance.
Gratis, je reçus ta grâce,
Je vivrai d’elle.

Viennent mes persécuteurs,


Ils ne me verront pas.
Qu’une nuée d’obscurité leur tombe sur les yeux,
Qu’un air de brouillard les enténèbre.
Qu’ils soient privés de lumière
Et qu’ils n’y voient pas pour m’empoigner.

Que leurs desseins soient des tumeurs,


Que leurs machinations leur retombent sur la tête.
Ils avaient ourdi un méfait,
Ils ne l’ont pas accompli.
Ils se préparaient à faire du mal,
Ils se sont évanouis.
Dès lors je fonde mon espérance sur le Seigneur,
Je n’aurai pas peur,
Puisque le Seigneur est mon salut.
Je n’aurai pas peur.
Il est comme une couronne sur ma tête,
Je ne serai pas ébranlé.

Si tout vacille,
Moi je tiens debout.
Si toute chose visible périt,
Moi je ne mourrai pas,

119
Puisque le Seigneur est avec moi,
Et moi avec Lui.
Alléluia.

Extrait des Odes de Salomon, recueil de quarante-deux poèmes


composés en syriaque au début de l’ère chrétienne par un auteur
inconnu classé parmi les apocryphes chrétiens.

120
Je suis Vôtre : pour Vous je suis née ;
Que voulez-Vous faire de moi ?
Majesté souveraine,
Éternelle sagesse,
Bonté si bonne pour mon âme,
Dieu, l’Être un, bonté sublime !
Voyez l’extrême vileté
Qui Vous chante aujourd’hui son amour.
Que voulez-Vous de moi, Seigneur ?

Je suis Vôtre, par Vous créée ;


Vôtre, par Vous je suis rachetée,
Vôtre, puisque Vous me souffrez,
Vôtre, car Vous m’avez appelée,
Vôtre, Vous m’avez attendue,
Vôtre, puisque je ne suis pas perdue,
Que voulez-Vous faire de moi ?

Je suis Vôtre.

Sainte Thérèse d’Avila,


« Prière de Pierre sur sa croix ».

121
Ô Mort, ne sois pas fière, même si certains
t’ont dite puissante et terrifiante, car tu ne l’es pas ;
ceux que tu crois, en effet, avoir renversés
ne meurent pas, pauvre Mort, et tu ne peux même pas me tuer…
Un petit sommeil, nous nous éveillons à l’éternité,
et la mort n’existera plus. Mort, tu mourras alors !

John Donne (1573-1631), « Ô Mort ! »,


extrait des Sonnets sacrés.

122
Voilà ce que tu m’as fait connaître et révélé, Parole vivante. […] Je
te rends grâce non avec ces lèvres clouées, ni avec la langue par où
viennent vérité et mensonge, ni avec la parole, produite par l’art
d’une nature matérielle ; mais je te rends grâce ô Roi, avec cette
voix qui est comprise à travers le silence : elle ne s’entend pas
publiquement, elle n’est pas émise par des organes du corps, elle ne
pénètre pas dans des oreilles de chair, elle n’est pas entendue par la
substance corruptible, elle n’est pas dans le monde ni émise sur
terre, elle n’est pas écrite dans les livres, elle n’est pas à l’un sans
être à l’autre. Oui, c’est par ce silence qui est ta voix que je te rends
grâce, Jésus-Christ. Lui par qui l’esprit en moi t’aime, te parle et te
voit, toi que seul l’esprit peut comprendre. Tu es mon père, tu es ma
mère, tu es mon frère, mon ami, mon esclave, mon intendant. Tu es
tout et tout est en moi. Tu es l’Être et il n’existe rien d’autre que toi
seul.

« Martyre de saint Pierre apôtre », extrait des Actes de Pierre,


texte grec datant probablement de la fin du IIe ou du début du
IIIe siècle, classé parmi les apocryphes chrétiens.

123
Tu sais mon nom, je ne sais pas le Tien,
Tu sais tout de moi, je ne sais rien de Toi,
Tu connais ma faiblesse et je devine à peine Ta force,
Je ne peux pas dire « Moi », car je fais partie de Toi,
Tu es même dans les machines que nous croyons commander,
Et moi, je n’y suis pas,
Tu es la certitude et je ne suis que le doute,
Je ne peux demander que Ta compassion.
Fais-moi entendre Ta voix
Et Toi, entends la mienne !

Prière de la pauvre créature,


anonyme, XXe siècle.

124
Quelle route pourrais-je suivre, quel chemin faut-il éviter ?
Sur quelle montagne faut-il monter, et de quel côté ?
Et quelle grotte faudra-t-il y explorer à tâtons ?
Ou bien quel marais faudra-t-il traverser pour être digne de voir
Et de retenir, malheureux, Celui qui est présent partout,
Celui qui est insaisissable, Celui qui est invisible ?
Dans quel enfer descendre ? Jusqu’à quel ciel monter ? Aux
extrémités de quelle mer faudrait-il aller pour trouver Celui qui est
totalement inaccessible,
Celui qui est absolument illimité, tout entier impalpable ?
Comment trouver, dis-moi, l’Immatériel parmi les êtres matériels,
Le Créateur dans sa Création, l’Incorruptible parmi les corruptibles ?
Comment sortir du monde, moi qui suis dans le monde ?
Moi qui suis tout entier herbe sèche, comment oser toucher au feu ?
Et pourtant maintenant, écoute l’explication de ces mystères !
Avant que ne soit le Ciel, avant que la Terre soit créée,
Il y avait Dieu, la Trinité, l’Unique et Lui seul,
Lumière éternelle, Lumière incréée, Lumière totalement
inexprimable,
À la fois Dieu immortel et sans terme, unique,
Éternel, perpétuel, plus que très bon.

« Quelle route pourrais-je suivre ? », par Syméon le Nouveau


Théologien, né à Byzance en 949 et mort en 1022. Il fut à l’origine
d’un vaste
et durable courant du mysticisme chrétien.

125
Je suis éphémère,
Rends-moi éternel.
Je suis de la terre,
Fais-moi céleste.

Iqbâl (1876-1938), poète considéré


comme le père spirituel du Pakistan.

126
Faites, mon Dieu, que dans une uniformité d’esprit toujours égale, je
reçoive toutes sortes d’événements, puisque nous ne savons ce que
nous devons demander, et que je n’en puis souhaiter l’un plutôt que
l’autre sans présomption, et de me rendre juge et responsable des
suites que votre sagesse a voulu justement me cacher. Seigneur, je
ne sais qu’une chose, c’est qu’il est bon de vous suivre, et qu’il est
mauvais de vous offenser. Après cela, je ne sais lequel est le
meilleur ou le pire en toutes choses. Je ne sais lequel m’est
profitable, de la santé ou de la maladie, des biens ou de la pauvreté,
ni de toutes choses au monde. C’est un discernement qui dépasse
la force des hommes et des anges, et qui est caché dans les secrets
de votre Providence que j’adore et que je ne veux pas approfondir.

Blaise Pascal, « Prière pour l’équanimité », extraite de Prière pour


demander
la grâce de la conversion.

127
Je me demande en mon cœur : « Quand serai-je proche de Varouna
? Mon sacrifice lui agréera-t-il et ne provoquera-t-il pas son
ressentiment ? Quand verrai-je sa miséricorde et me réjouirai-je ? »
Je me demande quelle était la faute, Varouna, parce que je veux
comprendre. J’interroge les hommes sages. Et ils m’ont répondu la
même chose : « Varouna est en colère contre toi. »

Ô Varouna, quel était le crime terrible pour lequel tu veux détruire


ton ami qui te loue ? Dis-le-moi afin que je m’empresse de me
prosterner devant toi et d’être absous du péché, car tu es difficile à
tromper et tu n’es gouverné que par toi.

Libère-nous des actes mauvais de nos pères et de ceux que nous


avons nous-mêmes commis avec nos propres corps. Ô roi, libère
Vasistha comme tu libérerais un voleur de bétail, un veau qui a
rompu sa longe.

Le méfait n’a pas été commis par ma propre volonté, Varouna ; le


vin, la colère, le jeu ou la négligence m’avaient égaré. Les vieux sont
responsables des erreurs des jeunes. Même le sommeil ne permet
pas d’éviter le mal.

De même que l’esclave sert un maître généreux, je servirai le dieu


furieux et je serai libéré du péché. Le dieu noble a donné la
compréhension à ceux qui ne comprenaient pas ; et toujours plus
intelligent, il a conduit l’homme sage vers la fortune.

Ô Varouna, toi qui n’es régi que par toi-même, que cet éloge monte
à ton cœur. Que tout aille toujours bien pour nous avec tes
bénédictions.

128
« Prière de Vasistha au dieu Varouna », extraite des Rig-veda,
Varouna, I-8. Varouna est le dieu gardien de la Loi et de l’ordre
cosmique.

129
Accordez-nous votre amitié ; ayez pitié de nous. Ne nous ensorcelez
pas par la force de votre terrible sorcellerie. Calmez votre colère et
votre haine. Laissez quelqu’un d’autre tomber dans le piège des dés
bruns.

« Prière aux dés », extraite de la


« Lamentation du joueur », 14, Rig-veda.

130
Mère du Soleil aux noms multiples, Théïa,
C’est de ton fait que les hommes vénèrent par-dessus tout
L’or tout-puissant,
Que les vaisseaux rivalisent sur les mers,
Et les juments dans les courses de chars,
C’est grâce à ton or, ô Souveraine, en ton honneur,
Que vaisseaux et juments font merveille
Dans les combats virevoltants.

C’est grâce à lui que dans les Jeux,


Et par la force de ses mains ou la vitesse de ses pieds,
Le vainqueur emporte la gloire et les nombreuses couronnes
Qui ceignent ses cheveux.
Et les Démons, eux, jugent la bravoure des hommes.

Pindare, « Hymne à la Mère du Soleil », extrait de la Cinquième


Isthmique,
écrite pour les Jeux de ce nom.

131
L’orante : Le Dieu que je prie et qui m’entend.
Le chœur : Le Dieu que je prie pour être mère.

Je prie les corps célestes qui se sont levés.


Le Dieu que je prie pour être mère.
Ramène nos enfants, ramène nos enfants.
Ramène nos enfants, ramène nos enfants.

Dieu, Dieu, arrache


Les flétrissures du peuple.
Arrache, arrache,
Les flétrissures du peuple.

Jeunes filles, ne restez pas muettes,


C’est le moment de prier Dieu.
Arrache, arrache
Les flétrissures du peuple.
Vénus qui se lève
Est l’étoile du soir.
Arrache, arrache
Les flétrissures du peuple.
Nuages des monts couverts de neige, arrachez
Les flétrissures du peuple.
Celui qui attends que les cieux soient rouges, arrache
Les flétrissures du peuple.

Chant des femmes Masaï de Tanzanie


et du Kenya, récité quand
les hommes sont au combat.

132
Ne demande pas que les choses arrivent comme tu les désires,
mais désire qu’elles arrivent comme elles arrivent, et tu prospéreras
toujours…

Épictète, Manuel, VIII.

133
Dieu très bon, je Te supplie de m’accorder
La grâce de T’aimer de tout mon cœur.
Accorde-moi aussi la grâce
D’aimer et de respecter tous les hommes,
De ne juger et de ne mépriser jamais personne.

Fais en sorte que je ne cherche plus à plaire


À qui que ce soit en dehors de Toi,
Et que je n’aie de déplaire qu’à Toi.
Accorde-moi qu’en toute chose et
par-dessus tout,
Je ne veuille poursuivre que Ta gloire et Ta volonté très aimable.

Seigneur très aimant, je Te demande aussi


Que je ne présume plus de moi-même,
Mais que je m’appuie entièrement sur Toi et Tes mérites très saints ;
Qu’en eux je place mon espoir et ma confiance,
Sans toutefois m’abstenir de faire toujours de mon mieux.

Prière de Jan van Ruysbroek (1293-1381), dit l’Admirable, ou le


Maître extatique, le plus grand mystique flamand du Moyen Âge.

134
Mon Dieu, quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L’un veut que, plein d’amour pour Toi,
Mon cœur Te soit toujours fidèle ;
L’autre à Tes volontés rebelle,
Me révolte contre Ta loi.

L’un tout esprit et tout céleste,


Veut qu’au ciel sans cesse attaché,
Et des biens éternels touché,
Je compte pour rien tout le reste.
Et l’autre, par son poids funeste,
Me tient vers la terre penché.

Hélas ! En guerre avec moi-même,


Où pourrai-je trouver la paix ?
Je veux et n’accomplis jamais.
Je veux, mais ô misère extrême !
Je ne fais pas le bien que j’aime
Et je fais le mal que je hais.
Ô grâce, ô rayon salutaire !
Viens me mettre avec moi d’accord,
En domptant par un doux effort
Cet homme qui T’est si contraire,
Fais Ton esclave volontaire
De cet esclave de la mort.

Jean Racine, « Plaintes d’un chrétien


sur les contrariétés qu’il éprouve
au-dedans de lui-même ».

135
136
Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat. Soyez notre
secours contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu
lui retire tout pouvoir de nous nuire, nous vous en supplions !

Ô Prince très saint de la milice céleste, repoussez en enfer, par la


puissance divine, Satan et ses légions d’esprits mauvais qui
rôdent dans le monde en vue de perdre les âmes !

Amen.

Léon XIII, pape de 1878 à 1903.

137
Fais luire Ta face sur Ton serviteur,
Sauve-moi par Ta grâce !

De même qu’une biche soupire


Après les eaux vives,
Ainsi mon âme soupire
Après Toi, mon Dieu !

Mon âme a soif de Dieu,


Du Dieu de ma vie.
Quand donc irai-je revoir
La face de Dieu ?

Je n’ai pour pain que mes larmes,


De jour et de nuit,
À m’entendre sans cesse répéter :
« Où est-il, ton Dieu ? »

Pourquoi défaillir, ô mon âme,


Et gémir sur moi ?
Espère en Dieu ; je Le louerai,
Le salut de ma face.

Psaume 63.

138
Ô Viracocha, Seigneur de l’univers,
Que tu sois homme,
Que tu sois femme,
Seigneur de la reproduction,
Où que tu puisses être,
Seigneur de divination,
Où es-tu ?
Tu peux être en haut,
Tu peux être en bas,
Ou peut-être alentour,
Avec ton trône splendide et ton sceptre,
Écoute-moi !

Du haut du ciel,
Où peut-être tu es,
De la mer là-bas,
Où peut-être tu es,
Créateur du monde,
Faiseur de tous les hommes,
Seigneur de tous les seigneurs,
Mes yeux m’abandonnent
Par désir de te voir,
Par seul désir de te connaître.
Puissé-je t’admirer,
Puissé-je te connaître,
Puissé-je te contempler,
Puissé-je te comprendre,
Tourne donc ton regard vers moi
Puisque tu me connais.
Le soleil, la lune,

139
Le jour, la nuit,
Le printemps, l’hiver
Ne sont pas vainement commandés
Par toi, ô Viracocha !
Eux tous se meuvent vers un lieu déterminé,
Tous arrivent à leur fin,
Là où il te plaît.
Ton sceptre royal, tu le manies.
Écoute-moi,
Fais que je ne me fatigue,
Ni ne meure.

Hymne à Viracocha, fils du Soleil et d’une vierge, créateur du


monde dans la religion
des Incas, auxquels il apporta le feu.

140
Seigneur et maître de ma vie, éloigne de moi l’esprit de paresse,
d’abattement, de domination, de vaines paroles : accorde-moi, à moi
Ton serviteur, un esprit de chasteté, d’humilité, de patience et
d’amour. Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes propres péchés
et de ne pas juger mon frère, car Tu es béni dans les siècles des
siècles. Amen.

Saint Ephraïm Syrus, dit Ephraïm le Syrien (306-373), « Prière du


grand carême », extraite des Carmina Nisibena. Ephraïm a été
élevé au rang de docteur de l’Église par Benoît XV en 1920.

141
Où Te caches-Tu ?
Qui as-Tu été secourir ?
Dors-Tu, mon Dieu ?

Où Te caches-Tu ?
Quel appel d’amour Te retient ?
Ne peux-Tu T’arracher au visage des bergères ?

De qui consoles-Tu les peines ?


Serait-ce la longueur du chemin
Qui retarde Ton arrivée ?

Mes manquements, mes défauts


Auraient-ils provoqué Ta colère ?
Ô Maître du destin !

Dis-moi, qu’as-Tu écrit sur mon front ?


Tout ce qui me reste de vie, dit Toukâ,
Est écrit dans mes yeux.

Toukaram (1598-1650), « Où te caches-tu ? », poème indien en


langue marathi.

142
Vous avez été tels des héros sur cet océan sans commencement,
sans socle, sans point d’appui quand vous, les Asvins, vous avez
sauvé Bhujyu et l’avez ramené chez lui sur votre vaisseau aux cent
rames.

Le cheval blanc que vous avez donné, vous les Asvins, à l’homme
qui ne possédait que des canassons, est la joie de sa vie et ce grand
cadeau, devenu fameux, a permis à cet homme de prendre part à la
course de Pedu.

Vous, Seigneurs des humains, vous avez exaucé le vœu de Pajriya


Kaksivat quand il a fait vos louanges : du sabot de votre puissant
étalon, vous avez fait jaillir cent jarres de vin comme s’il coulait d’une
source.

Vous avez tenu le feu rouge en respect avec de la neige quand Atri
a été jeté dans le four rougeoyant. Vous les Asvins, vous lui avez
apporté de la nourriture et vous l’avez conduit vers la sécurité, lui et
les siens.

Vous les Nasatyas, vous avez renversé le puits et avez mis le fond
en haut et la margelle en bas et des flots d’eau bonne à boire ont
coulé pour les mille gens assoiffés de Gotama.

Vous les Nasatyas, vous avez dépouillé Cyavana de son fourreau de


chair quand il est devenu vieux, comme si c’était un manteau. Vous
les maîtres, vous avez prolongé sa vie et vous en avez fait le mari
de jeunes filles.

J’ai proclamé vos hauts faits, Asvins. Laissez-moi donc régner sur
ce monde, avec de bons troupeaux et de bons fils. Accordez-moi

143
une longue vie et laissez-moi atteindre un grand âge comme si
j’allais à la maison.

Hymnes aux Asvins, génies du ciel, extrait des Rig-veda, « Les


Dieux solaires », 5-10 et 25. Les Asvins, souvent identifiés aux
Nasatyas,
sont des génies infaillibles et sauveurs.

144
Je suis si malheureux !
Cette maladie, elle vient de Votre main,
Veuillez, Seigneur, m’en délivrer.
Mais si Vous voulez me détruire,
Alors faites-le.
Mes souffrances sont trop grandes.

Prière des Ba-luba – ou Luba –


de la République démocratique du Congo.

145
Beaucoup se sont dressés contre moi,
Beaucoup disent à mon âme :
« Il n’a pas le salut de Dieu. »
Mais toi, ô Seigneur, tu es mon refuge,
Ma gloire et celui qui relève ma tête.
De ma voix, je crie à Dieu,
Et il m’entend depuis la montagne de la sainteté.
Moi, je me suis couché et me suis endormi,
Et je me suis levé parce que le Seigneur m’a fait lever.
Je n’ai nulle crainte des myriades de nations
Qui m’entourent et se sont dressées contre moi.
Lève-toi, ô Seigneur mon Dieu, et sauve-moi !
Car toi-même punis tous ceux qui sont mes ennemis sans raison,
Et tu brises les dents des pécheurs.
Au Seigneur le salut !
Que ta bénédiction soit sur ton peuple !

Prière que Jésus aurait formulée pendant la nuit sur le mont des
Oliviers, extraite de l’Épître des Apôtres, texte grec de la seconde
moitié du IIe siècle, classé parmi les apocryphes chrétiens.

146
Maître de tout, Christ, de ces maux délivre-nous,
des passions qui nous détruisent,
et des pensées nées des passions.

À cause de toi nous fûmes créés,


afin de jouir des délices où tu nous as mis, au jardin de Paradis,
planté par toi.

Nous avons fait venir sur nous le déshonneur présent


pour avoir préféré aux délices bienheureuses la ruine
dont nous avons reçu la rétribution en nous,
qui avons échangé pour la mort la vie éternelle.

Maintenant donc, ô Maître, comme tu nous as regardés,


à la fin regarde-nous.
Comme tu t’es fait homme, sauve-nous tous.
Car tu es venu nous sauver, nous qui étions perdus.
Ne nous sépare pas du lot des sauvés.
Ressuscite les âmes et sauve les corps,
purifie-nous de toute souillure.

Brise les liens des passions qui nous tiennent,


toi qui as brisé les phalanges des démons impurs.

Et délivre-nous de leur tyrannie,


afin que nous puissions te servir toi seul, Lumière éternelle,
ressuscités des morts et avec les anges,
dansant la ronde bienheureuse,
éternelle et indissoluble. Amen.

147
Prière au Christ, par Thalassius l’Africain, dit parfois le Libyen, qui
fut higoumène
d’un monastère de Libye au VIIe siècle.

148
Je me suis reconnue moi-même
Et je me suis rassemblée moi-même de toutes parts ;
Je n’ai pas disséminé d’enfants pour
l’Archonte,
Mais j’ai arraché ses racines
Et rassemblé les membres dispersés,
Et je sais qui tu es, car je suis de ceux
d’En haut.

« Prière de l’âme quand elle monte au ciel », extraite de l’Évangile


grec de Philippe, texte que sa coloration gnostique a fait rejeter
parmi les apocryphes chrétiens.

149
De l’abîme, ô Yahweh, je crie vers Toi :
Entends mon cri !
Que Tes oreilles soient attentives
Au cri de ma prière !

Si Tu retiens les fautes, ô Yahweh,


Qui pourra survivre ?
Mais non, près de Toi réside le pardon :
Ainsi en sera-t-il, je l’espère !

Oui, mon âme espère en Yahweh,


Je suis sûr de Sa miséricorde !
Mon âme est plus sûre de Sa miséricorde
Que les veilleurs ne sont sûrs de l’aurore !

De profundis, Psaume 69.

150
Laissons nos cœurs éclater d’amour et levons nos mains vers le ciel,
car bientôt nos cœurs ne battront plus et la terre pèsera de tout son
poids sur nos mains.

Cet arbre que tu vois, le vent de l’hiver l’a dépouillé de ses feuilles.
Comme un suppliant il hausse ses branches vers la nue. Le ciel
écoute la prière de cet arbre, qui recevra au printemps une robe de
feuilles et de fleurs. La Providence, ensuite, le chargera de fruits.

Si tu veux bien te repentir de tes fautes, mon frère, les portes du


Paradis s’ouvriront devant toi et Dieu te sourira ! Pour cela, dès à
présent et avec la ferveur de l’arbre qui demande au ciel de lui
envoyer des fruits, lève tes mains vers le ciel.

Seigneur, daigne jeter vers nous un regard de pitié ! Nous sommes


d’indignes coupables, mais nous avons confiance dans ta bonté
infinie. Pourquoi nous donnes-tu notre nourriture quotidienne ? Nous
nous sommes habitués à tes faveurs. Le mendiant peut-il s’éloigner
du riche qui lui fait l’aumône ? Les biens dont tu nous combles en ce
monde nous permettent d’espérer que tu nous prodigueras des
trésors dans les Jardins du Paradis. Maître puissant, toi seul
dispenses toute gloire et toute honte !
Je t’en conjure par ta gloire, ô Seigneur, ne permets pas que je cède
à la tentation, du péché, à la honte ! Si je dois être puni, ne laisse
pas ce soin à un autre… Si tu m’élèves, aucun homme ne
m’abaissera, et si tu me baignes de ta lumière, j’éblouirai le soleil !

Moucharraf Eddine Sa’âdi (1184-1291), « Première prière »,


extraite du Boustân ou Jardin des fruits, un des classiques
de la littérature persane.

151
Dès lors, Esprit béni, pure lampe de lumière,
Éternel printemps de grâce et vraie sagesse,
Daigne verser dans mon esprit aride
Une modeste goutte de céleste rosée,
Pour imprégner mes vers de son effluve exquis,
Et m’inspirer des mots fidèles à ma pensée
Pour dire les merveilles que ta grâce accomplit.

Edmund Spenser (1552-1599), « Prière du poète


à l’Amour céleste », extraite des Four Hymns.

152
Nul mortel n’a pu Te voir,
Mille amoureux pourtant Te désirent ;
Il n’est pas de rossignol qui ne sache
Que dans le bouton sommeille une rose.
L’amour est là où la splendeur
Vient de Ton visage : sur les murs du monastère
Et sur le sol de la taverne,
C’est la même flamme inextinguible.
Là où l’ascète enturbanné
Célèbre Allah nuit et jour,
Là où les cloches appellent à la prière,
Là où se trouve la croix du Christ.

« Hymne du poète », par Chams al-Dîn Muhammad Hâfiz (1325-


1390), le plus célèbre des poètes persans. Son inclination soufie,
c’est-à-dire mystique, a inspiré une ouverture au christianisme,
sensible dans ce poème.

153
L’heure approche
des amères douleurs,
combien longtemps
les endurerai-je, Dieu sait.
Ô Seigneur mon Dieu,
je Te demande humblement
hâte-Toi, doux Christ,
et délivre-moi sûrement.
Bien que mon péché
mérite bien
pareille douleur,
que je ne puis dire, oh oui :
Pourtant mon Dieu
ne te détourne pas de moi,
ni ne m’abandonne
en si dure épreuve.
Ce ventre et le fruit
qui doit en jaillir,
Tu les as créés
pour glorifier Ton nom.

Au nom du Christ
je souffrirai mon labeur ;
maintenant, Saint Esprit,
console-moi dans l’affliction.
Viens, Père aimé,
que Ta puissance advienne.
Ô Jésus-Christ,
étends sur moi ta grâce.
Ô Dieu, vois

154
ma douleur et ma peine.

Exaudi me
Miserere mei.

« Méditation sur le labeur des femmes en couches », par William


Hunnis, poète,
et musicien anglais mort en 1597.

155
Dieu tout-puissant et éternel, qui ne détestes rien de ce que Tu as
créé et qui pardonnes tous les péchés de ceux qui font pénitence,
crée-nous des cœurs nouveaux et contrits, afin que nous regrettions
justement nos péchés, reconnaissions notre abjection et puissions
obtenir de Toi, le Dieu de toute miséricorde, la rémission et le pardon
parfait par l’intercession de notre Seigneur Jésus-Christ.

Prière pour le Mercredi des Cendres, extraite


du Cranmer’s Prayer Book, XVIe siècle.

156
C’est toi qui es, Seigneur :
Les gens parlent de toi comme d’un père et d’une mère,
C’est toi qui, comme Shamash, illumines leurs ténèbres.
Tu fais justice chaque jour à l’opprimé et à celui qui est maltraité,
Tu rétablis la déshéritée, la veuve, celui qui gémit et qui ne peut pas
dormir.
L’objet de leur attention, celui qui les conduit, c’est toi.
Tous les pays et les foules prospèrent sur ton ordre.
Tu es miséricordieux, Seigneur, tu sauves de la peine et de la
difficulté.
Tu regardes celui qui est fatigué, épuisé, celui qui a péché,
Tu relâches le captif, tu le prends par la main.
Celui qui gît blessé sur un lit, tu le fais se lever.
À celui qui croupit dans une prison obscure, tu fais voir la lumière.

Prière à Mardouk, XIXe siècle avant notre ère. Mardouk était le dieu
tutélaire de l’empire babylonien. Shamash était le dieu du soleil,
du droit et de l’équité et le patron des devins.

157
N’est-ce qu’au ciel que tu révèles ta parole ?
Comment la communiqueras-tu ?
Toi qui dérobes la gloire sur la terre.
Nul ne peut être l’âme de celui qui donne la vie.
Vous tous, Aigles et Jaguars1, où irez-vous ?
Quelles seront vos souffrances ?
Au creux de sa paume, il nous tient,
Nous agite à son gré.
Nous sommes comme ses jouets.
Maître du proche et du lointain,
Nul ne déplore d’être près de toi,
Toi qui donnes la vie.
Tous nous partirons pour la région des morts.
Qui sommes-nous pour toi ?
Voilà pourquoi je pleure,
Toi qui donnes la vie.
Tu nous détruis, tu nous fais disparaître,
Mais tu répands tes dons, ta nourriture, tes refuges,
Ô toi qui donnes la vie.
Nul ne peut dire s’il vit près de toi.

« Adresse au dieu indéchiffrable », texte aztèque. Aucun des


quatre grands dieux aztèques n’occupe une place prédominante,
mais il se peut que ce dieu soit Quetzalcoatl,
créateur de la nouvelle humanité.

158
Seigneur, donne-moi une bonne digestion et naturellement aussi,
quelque chose à digérer… Donne-moi une âme qui ne connaisse
pas l’ennui, les murmures, les soupirs, les lamentations. Ne permets
pas que je me soucie trop de cette chose envahissante qui se
nomme « moi ». Donne-moi le don de savoir rire d’une plaisanterie,
afin que je sache tirer un peu de joie de la vie et que je puisse en
faire part aussi aux autres. Seigneur, donne-moi le sens de l’humour.

« Prière pour demander le sens de l’humour », par saint Thomas


More (1478-1535), prélat, moine, érudit et éminent personnage
politique anglais, canonisé en 1935.

159
Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?

Paul Verlaine, Sagesse.

160
Ô Dieu, accepte ce sacrifice, car l’homme blanc est venu à mon
foyer. Si l’homme blanc tombe malade, fais que ni lui ni sa femme ne
deviennent très malades. L’homme blanc est venu chez nous de son
pays, de l’autre côté de l’eau ; c’est un homme bon et il traite bien
les gens qui travaillent pour lui. Si l’homme blanc et sa femme
tombent malades, fais qu’ils ne deviennent pas très malades, car
moi et l’homme blanc sommes unis pour Te faire un sacrifice. Ne les
laisse pas mourir, car nous Te sacrifions un bélier très gras.
L’homme blanc est venu de très loin chez nous et maintenant nous
nous sommes entendus pour Te faire un sacrifice. Où qu’il aille, ne le
laisse pas tomber malade, car il est bon et extraordinairement riche,
et je suis aussi bon et riche ; et moi et l’homme blanc nous vivons
dans d’aussi bons rapports que si nous étions fils d’une même mère.
Dieu, nous Te destinons un grand mouton ; l’homme blanc et sa
femme et moi et mon peuple, nous allons sacrifier pour Toi sur le
tronc d’un arbre un mouton, un mouton très précieux. Fais que je ne
tombe pas malade, car je lui ai appris à Te prier, comme s’il était un
vrai Kikouyou.

Prière Kikouyou en faveur de l’ethnologue anglais Routledge et de


sa femme, lesquels, au début du XXe siècle, tombés malades lors
d’un séjour au Kenya ; se lièrent d’amitié avec le chef d’une tribu
Kikouyou, qui composa
cette prière en leur faveur.

161
Grand est notre Dieu, grande est sa puissance, sa sagesse est
infinie.
Louez-le, cieux ! Louez-le, soleil, lune et planètes,
dans la langue qui vous est donnée pour louer votre Créateur.

Louez-le, chœurs célestes, louez-le, vous qui régnez,


et toi aussi, mon âme, chante ;
chante tant que tu le peux l’honneur du Seigneur.
De lui, par lui et pour lui sont toutes choses,
celles encore inconnues et celles que nous connaissons.
À lui louange, honneur et gloire d’éternité en éternité.

Je te rends grâces, Seigneur et Créateur,


de m’avoir donné cette joie à la vue de ta création,
ce plaisir à contempler les œuvres de tes mains.
J’ai essayé d’annoncer aux hommes la splendeur de tes œuvres,
dans la mesure où mon esprit limité pouvait saisir ton infini.
Pardonne dans ta grâce si j’ai prononcé une parole indigne de toi
ou si, par moments, j’ai cherché ma propre gloire. Amen.

« Hymne au Créateur » de Johannes Kepler (1571-1630),


luthérien, l’un des pères
de l’astronomie moderne.

162
Mon Dieu, daigne me donner le sentiment continuel de Ta présence,
de Ta présence en moi et autour de moi et en même temps cet
amour craintif qu’on éprouve en présence de ce qu’on aime
passionnément et qui fait qu’on se tient devant la personne aimée
sans pouvoir détacher d’elle les yeux, avec un grand désir et une
volonté de faire tout ce qui lui plaît, tout ce qui est bon pour elle, et
une grande crainte de faire, dire ou penser quelque chose qui lui
déplaise ou lui fasse mal.

Charles de Foucauld (1858-1916).

163
Maintenant, grâces à Dieu qui nous a honorés de Son heure,
et saisi notre jeunesse et tirés de notre sommeil.
D’une main sûre, d’un œil clair et d’une force renouvelée,
nous nous sommes coulés, comme des nageurs bondissant dans
l’eau pure,
contents de quitter un monde vieilli et froid et las
et les cœurs malades que l’honneur n’émouvait plus.

Oh ! Nous qui avons souffert la honte, nous avons là connu


l’émotion,
là où il n’est ni maladie ni chagrin, mais où le sommeil répare,
où rien n’est rompu si ce n’est ce corps et rien n’est perdu si ce n’est
le souffle ;
où rien ne peut distraire le cœur de sa profonde paix
si ce n’est l’agonie, transitoire ;
et où la pire amie et la pire ennemie n’est que la Mort.

« Paix », par le poète anglais Rupert Brooke (1884-1915).

164
Protège-moi, mon Dieu, car j’ai mis ma confiance en Toi.
Ô mon âme, tu as dit au Seigneur : Tu es mon Dieu, mes
possessions ne sont rien en regard de Toi.
Toute ma dilection est dans les saints du martyrologe et dans ceux
qui excellent en vertu.
Mais ceux qui honorent un autre dieu, ils souffriront de grandes
épreuves.
Je ne leur ferai pas d’offrandes de sang, mes lèvres ne prononceront
pas leurs noms.
Le Seigneur lui-même fait part de mon patrimoine et de mon
quotidien : Tu maintiendras mon lot.
Et ce lot est chu en terre fertile : oui, j’ai fait un bel héritage.
J’ai toujours placé Dieu devant moi : Il se tient à ma droite et je ne
serai donc pas défait.
C’est ainsi que mon cœur a toujours été heureux et que ma gloire
s’en réjouit : ma chair aussi se reposera dans l’espoir.
Pourquoi, en effet ? Tu ne conduiras pas mon âme en enfer, et Tu
ne souffriras pas que Ta créature soit atteinte par la corruption.
Tu me guideras sur le chemin de la vie ; en Ta présence la joie
atteint sa plénitude et à Ta droite, le plaisir est éternel.

Prière du roi Édouard VI d’Angleterre, extraite du First Prayer


Book of Edward VI.

165
Ô la puissance et la gloire du char de la tempête ! Il fracasse tout sur
son passage et fait comme un bruit de tonnerre ! En touchant le ciel,
il laisse des traînées rouges, en touchant le sol, il répand la
poussière. […] Souffle des dieux, embryon de l’univers, ce dieu va
partout où il veut. On l’entend, mais on ne peut voir ses formes.
Honorons la tempête avec une offrande.

Hymne au dieu de la tempête, Rig-veda,


« Le vent de la tempête », 1-4.

166
Ô Père Nzame, Ta création est bonne, mais Tu nous causes une
grande douleur par la mort. Tu aurais dû T’arranger pour que nous
ne soyons pas assujettis à la mort, ô Nzame. Ô Nzame, nous
sommes dans une grande tristesse.

Déploration funèbre des Fang du Gabon. Dans la religion Bwiti


des Fang, Nzame est l’ancêtre fondateur, indirectement identifié à
Dieu, sans doute sous l’influence du christianisme.
Il s’agit d’une prière rituelle.

167
Je vous supplie Marie, sainte dame, mère de Dieu, très pleine de
piété, fille du plus grand roi, très glorieuse mère, mère des orphelins,
consolation des affligés, chemin des égarés, salut de ceux qui
espèrent en vous, vierge avant de donner naissance, vierge pendant
les couches, vierge après les couches, fontaine de pitié, fontaine de
salut et de grâce, fontaine de piété et de joie, fontaine de consolation
et de bonté, […] avec tous les saints et les élus de Dieu, hâtez-vous
de venir à mon aide et conseil dans toutes mes prières et requêtes,
dans toutes mes difficultés et tous mes besoins, dans toute chose
que je ferai, que je dirai, que je penserai chaque jour, chaque nuit,
chaque heure, chaque moment de ma vie. Obtenez de moi, votre
serviteur, auprès de votre fils estimé la plénitude de toute
miséricorde et consolation, de tout conseil et de tout secours, de
toutes bénédictions et sanctification, de tout salut, paix et prospérité,
de toute joie et bonheur, et une abondance de choses bonnes pour
l’esprit et le corps, ainsi que la grâce du Saint-Esprit afin qu’il
ordonne toutes choses en bon ordre pour moi…

Obsecro Te (« Je t’adjure »), extrait d’un livre d’heures français, dit


Livre de Paris (vers 1460). La liste des requêtes présentées
ne s’arrête toutefois pas là.

168
Ô saint Expédit, confiant dans ta promptitude et la force de ton
intercession, je te supplie d’intervenir pour moi auprès du Seigneur.
Voici la grâce que je sollicite :
Je suis indigne de tout bien, mais j’ai confiance en toi et en la Vierge
Marie. Que le Seigneur daigne exaucer ton ardente prière et qu’Il me
rende digne d’être un jour capable comme toi de répandre mon sang
pour l’amour du Christ ! Amen.

Prière à saint Expédit, patron des causes pressantes. Selon le


martyrologe romain, le légionnaire romain Expédit subit le martyre
pour sa foi le 19 avril 303. Il est le plus souvent invoqué pour
l’intervention dans les affaires pressantes – son nom signifie «
célérité » –, le succès aux examens – il est le patron de la
jeunesse – et la réconciliation dans les brouilles.

169
Que luise pour eux, Seigneur, l’éternelle lumière avec Tes Saints,
parce que Tu es bon. Donne-leur, ô Seigneur, le repos et que luise
pour eux la lumière pour toujours.

Antienne pour la communion


de la messe des morts.

170
Je vous salue, saints anges gardiens de mes parents, de mes amis,
de mes bienfaiteurs,
gardez-les et protégez-les d’une manière spéciale,
secourez-les dans tous leurs besoins pendant leur vie et surtout à
l’heure de la mort.
Je vous salue, saints anges gardiens du Souverain pontife, des
évêques et de tous les pasteurs qui nous gouvernent et nous
dirigent dans les voies du salut ;
obtenez-leur le zèle, la prudence, les lumières et la sainteté
nécessaires pour remplir dignement les fonctions de leur ministère.
Je vous salue, saints anges gardiens de tous ceux qui sont chargés
de nous gouverner dans l’ordre des choses temporelles ;
obtenez-leur cette sagesse que Dieu donna à Salomon pour
gouverner son peuple.
Je vous salue saints anges gardiens de tant d’hommes qui ne vous
connaissent pas,
je vous témoigne pour eux le respect, l’amour et la reconnaissance
que vous méritez pour les soins que vous leur prodiguez.
Qu’ils parviennent avec vous au terme de la félicité éternelle.
Je vous salue, saints anges gardiens de cette maison et de ses
membres,
obtenez-nous de vivre toujours unis en paix et conduisez-nous aux
pieds du Très-Haut pour y recevoir la couronne de l’immortalité.

Prière à tous les anges gardiens.

171
Nul ne peut avoir en lui la prière pure s’il est dominé par l’amour du
luxe et des honneurs. Car les penchants naturels et les pensées de
la vanité s’enroulent autour de lui comme une chaîne et retiennent
l’intelligence qui, tel un oiseau attaché, essaie de s’envoler au
moment de la prière.

Le moine Élie de Crète vécut sans doute à Constantinople aux XI-


XIIe siècles. Il fut également juge ou avocat,
d’où son autre nom d’Élie Ecdicos.

172
Jésus, qui revêtis un corps, devins homme et apparus à nous tous
afin que nous ne soyons pas séparés de Ton amour,
Notre Seigneur, qui donnas Ta vie pour nous, nous rachetas par Ton
sang et nous acquis pour Toi comme une possession achetée à
grand prix !
En effet, qu’avons-nous que nous puissions Te donner en échange
de Ta vie,
Car c’est Toi qui as donné Ta vie pour nous ?
Il n’y a rien qui appartienne à personne.
Et d’ailleurs, Tu ne demandes rien,
Sinon que nous Te priions et vivions.

Prière de Thomas, extraite des Actes de Thomas, rédigés à


Édesse dans la première moitié du IIIe siècle et classés
parmi les apocryphes chrétiens.

173
Donnez, Seigneur, à ceux qui lisent vos Écritures, le progrès ; à ceux
qui recherchent votre Loi, la rémission de tous les péchés ; afin que
nous, qui sommes habités par un grand désir de parvenir à la
lumière de vos Écritures, nous ne soyons obscurcis ou aveuglés par
les ténèbres d’aucun péché. Attirez-nous vers vous par la vertu de
votre Toute-puissance. Ne laissez pas errer au gré de leur volonté
ceux que vous avez rachetés de votre sang précieux. Ne permettez
pas que votre image soit obscurcie en nous, cette image qui est
toujours excellente si elle est défendue par votre grâce.

Donnez-nous, Seigneur, nous vous en supplions, la très glorieuse


sainteté de cette vision ; ne décevez pas ceux en qui vous avez
excité un si ardent désir de cette bonté. Puissions-nous vous voir
vivants dans l’éternité, vous qui avez daigné souffrir pour nous.
Puissions-nous voir la gloire de votre majesté, vous qui avez voulu
paraître dans l’humilité de notre chair.

Prière de Flavius Magnus Aurelius Cassiodorus (mort en 757),


sénateur romain et secrétaire de l’empereur chrétien Théodoric. Il
passa la dernière partie de sa vie dans un monastère.

174
Saint Antoine, je viens te confier ma peine. Je te sais le digne frère
de saint François d’Assise. Pour Dieu, tu as renoncé aux richesses
et aux honneurs, tu as désiré le martyre, tu as prêché à toute
créature et converti de nombreux pécheurs, tu as dès cette vie
obtenu beaucoup de miracles. Puisque Dieu t’a concédé une telle
puissance de prière, si mon exaucement peut servir à ta gloire,
présente-Lui toi-même mon intention. Amen.

Prière à saint Antoine de Padoue (1195-1231).

175
Les hommes tombent de toi comme des fruits pourris. Absorbe-les,
ils reviennent à tes racines. Que je puisse seulement, ô Arbre de vie,
reverdir avec toi, entourer de mon souffle, dans une paix ardente, les
mille bourgeons de ta couronne, car nous sommes tous issus de la
même semence dorée !
Ô sources de la terre ! Ô fleurs, aigles, forêts et toi, lumière
fraternelle, notre amour est en même temps ancien et nouveau !
Nous sommes libres et sans souci de nous ressembler tous
extérieurement : comment les figures de la vie ne varieraient-elles
pas ? Mais tous nous aimons l’Éther et nos ressemblances
profondes sont intérieures.

Hölderlin, « Hymne à la Nature », extrait


de Hypérion ou l’Ermite de Grèce.

176
Salut à toi qui demeures dans la paix !
Seigneur épanoui aux apparitions puissantes.
Les dieux se plaisent à te regarder
quand le pschent repose sur ton front,
quand ton amour s’étend sur le Double-Pays [d’Égypte],
quand tes rayons brillent dans les yeux.
Les nobles sont heureux quand tu te lèves,
Ton troupeau défaille quand tu brilles.
Ton amour est dans le ciel du sud, et ta tendresse dans le ciel du
nord.
Ta beauté captive les cœurs et ton amour alanguit les bras,
ton apparence parfaite désarme les mains
et les cœurs oublient tout pour t’avoir regardé.
Forme unique qui crées tout ce qui existe,
Un qui demeures unique tout en créant les êtres,
les hommes sont sortis de ses yeux, les dieux ont existé par sa
bouche.
Il fait l’herbe pour nourrir le bétail
et les arbres fruitiers pour les humains.
Il fait ce dont vivent les poissons du fleuve
et les oiseaux qui peuplent le ciel…

Fragment de l’Hymne à Amon, papyrus 17


de Boulak, XVe siècle avant notre ère.

177
Connais-Le, Celui qui est au-dessus de la raison ; et que Sa paix te
donne la paix. Sois un guerrier et tue le désir, ce puissant ennemi de
l’âme.

Extrait de la Bhagavad-gîtâ, III, 43.

178
Seigneur, ne me refuse pas ton secours, car personne ne m’aiderait.
Si tu me chasses, je resterai couché sur le parvis de ton temple.

Tu vois mes vices et ma honte, tu sais que je ne peux résister à mes


passions… Au nom de tes fils préférés, je te supplie de permettre
que je change de route.

Seigneur ! Par les saintes prières que prononcent les pèlerins, par la
dépouille mortelle du Prophète, par les hymnes de reconnaissance
des guerriers que tu as fait triompher, par la sagesse des vieillards,
par les chants des derviches, je te supplie de m’épargner de mourir
dans une religion autre que l’islam ! Brandis toujours devant mes
pas le flambeau de la Vérité, défends à mes mains de toucher ce
qu’elles ne doivent pas toucher et empêche mes yeux de regarder
ce qu’ils ne doivent pas voir ! Devant ta majesté, ta splendeur, je
n’existe pas. Mais si tu me regardes, j’existe aussitôt !

Deuxième prière de Sa’âdi (voir p. 199).

179
À Celle qui vient des cieux,
je veux dire « salut » !

Au hiérodule qui vient des cieux,


je veux dire « salut » !

À la Grande Dame des cieux, à Inanna,


je veux dire « salut » !

À la torche sainte qui embrase les cieux,


à Inanna, lumière qui brille comme le jour,
à Inanna, Grande Dame du ciel,
je veux dire « salut » !

Au hiérodule, la Dame redoutable des cieux Anounna,


à Celle en qui l’on met sa confiance,
celle qui embrase cieux et terre,
à la fille aînée de la Lune, à Inanna,
je veux dire « salut » !
Pour son caractère auguste, sa grandeur,
la confiance qu’on met en elle,
pour sa venue radieuse, au soir,
pour la torche sainte qui embrase les cieux,
pour la place qu’elle occupe dans les cieux,
égale à la Lune et au Soleil,
du Bas jusqu’au Haut-Pays, tous la connaissent,
pour la grandeur du hiérodule du ciel,
pour Inanna,
je veux chanter !

180
Hymne à la déesse sumérienne Inanna, IIIe millénaire avant notre
ère. Dans la mythologie sumérienne, Inanna était à la fois la
déesse de l’amour et de la guerre. Il semble qu’elle ait été
identifiée à l’étoile Vénus.

181
Quand tu seras arrivé dans les profondeurs de la terre, au lieu de
séjour des morts, envoie aux heures de minuit ce démon chez moi,
***, dont je tiens les restes corporels dans les mains, et qui viendra
sur ton ordre pour accomplir tout ce que j’ai dans le cœur, en se
montrant doux, inoffensif et dépourvu de pensées hostiles à mon
égard.

Prière au Soleil d’un sorcier grec d’Égypte, extraite d’un papyrus


de l’époque hellénistique. Ce texte vise à faire parvenir un
message à un mort avant son ensevelissement, par l’intercession
du Soleil et l’intermédiaire d’un démon.

182
Ô Zeus Père, qui trônes sur l’échine de l’Atabyrion,
Bénis l’hymne qui consacre la victoire olympique
Et l’homme qui a trouvé dans son poing la vaillance.
Fais-lui accorder avec révérence les grâces du peuple et de ses
hôtes.
Car il va droit sur sa route, loin de l’orgueil ennemi,
Habité des lumières qui guidaient les droits esprits de ses excellents
ancêtres.
N’enfouis jamais la semence issue de Kallianax.
Mais voici que grâce à la générosité des Ératides, la ville festoie.
Et soudain, la brise se lève.

Pindare, extrait de la Septième Olympique, à l’occasion de la


victoire du boxeur
Diagoras le Rhodien.

183
Ô Seigneur Tout-puissant,
Ahoura Mazda !
Puisse l’Esprit du Mal être contenu !
Puisse-t-il être repoussé !
Défait !
Que soient défaits
le Malin, les démons,
les méchants, les trompeurs,
les pécheurs, les aveugles,
les sourds, les cruels,
les mauvais, les menteurs, les tentateurs !
Que soient contenus les mauvais souverains !

Ô Seigneur Tout-puissant,
Ahoura Mazda !
Je m’écarte de tout péché !
Je me repens de toute mauvaise pensée,
de toute mauvaise parole,
de toute mauvaise action,
que j’ai pu avoir l’intention
de faire, de dire, de commettre !
Je me repens de tout le mal
qui a pu venir de moi,
de ces péchés par pensée, paroles et actions
concernant mon corps ou mon âme,
concernant ce monde-ci ou celui de l’esprit,
je m’écarte,
demandant humblement la miséricorde
et par trois fois, je me repens.

184
Zarathoustra, prière mazdéenne de repentir.

185
Dieu éternel et Tout-puissant, qui souffris pour la plus grande
confirmation de la foi que ton saint apôtre Thomas doutât de la
résurrection de ton Fils, accorde-nous de croire parfaitement et sans
aucun doute en ton fils Jésus-Christ, et que notre foi sous ton regard
ne soit jamais prise en défaut. Entends-nous, ô Seigneur, par
l’intercession du même Jésus-Christ, auquel soient donnés ainsi
qu’à toi et au Saint Esprit tout l’honneur et toute la gloire pour
maintenant et l’éternité.

Prière pour la fête de saint Thomas, apôtre.

186
Ô Jésus, toi qui souffres,
donne-moi de pouvoir chaque jour voir ton visage sur celui des
malades,
donne-moi de pouvoir te servir en leur prodiguant mes soins,
donne-moi de te reconnaître partout,
même caché sous le masque de la colère, du crime ou de la folie,
donne-moi de pouvoir dire : « Jésus, toi qui souffres, qu’il est doux
de te servir »,
donne-moi, Seigneur, cette vision de foi,
et ma tâche ne m’apparaîtra jamais monotone…

Mère Teresa.

187
Écoutez, vous, nos anciens,
vous qui êtes partis
et m’avez laissé avec le clan,
vous avez entendu les coups de fusil
comme ils ont crépité,
vous avez entendu les tambours, les grands et les petits,
voici maintenant le vin nsamba.
Buvez-en, tous les vieux et les mères et les aînés,
pour que vous favorisiez la procréation et le trésor humain !
Voici les assiettes que nous avons apportées
pour que vous mangiez les matondo
et que vous nous aimiez !

Nous aussi nous mourrons,


mourir n’est pas fini !
Mais maintenant que vous êtes glorifiés,
vous qui vous en êtes allés,
à nous qui demeurons dans la savane,
donnez-nous la fécondité !

Prière aux ancêtres prononcée par le sacrificateur lors de la fête


des morts chez les ba-Kongo du Congo, de l’ex-Zaïre et de
l’Angola.

188
Le Maître [Confucius] tomba gravement malade. Zilu lui demanda la
permission d’offrir une prière expiatoire. Le Maître dit : « Cela se fait-
il ? — Cela se fait, répondit Zilu ; ainsi est-il dit dans l’Oraison : “Pour
toi, nous offrons cette prière aux Esprits du ciel et à ceux de la terre.”
» Le Maître dit : « Oh, si c’est cela que tu veux dire, il y a longtemps
que je prie. »

Extraits des Entretiens avec Confucius, Ve siècle avant notre ère.


Confucius, qu’on suppose né en 551 et mort en 479 avant
notre ère, passe souvent pour agnostique.

189
Très doux Seigneur Jésus, je te prie de bien vouloir exaucer, par les
mérites de ta très sainte vie, cette prière que je t’adresse pour tous
les défunts de tous les temps et spécialement ceux pour qui on ne
prie jamais. Je te demande de suppléer à tout ce que ces âmes ont
négligé dans l’exercice de tes louanges, de ton amour, de la
reconnaissance, de la prière, de la vertu et de toutes les autres
bonnes œuvres qu’elles auraient pu accomplir et qu’elles n’ont point
faites ou qu’elles ont accomplies avec trop d’imperfection. Amen.

« Prière pour les âmes du Purgatoire » de sainte Gertrude, grande


mystique née en Saxe en 1256 et morte en 1301. Elle fut
favorisée de visions et de dons spéciaux et est l’une des
initiatrices du culte du Cœur de Jésus.

190
Ô Toi que nul n’a pu connaître
Et n’a renié sans mentir,
Réponds-moi, Toi qui m’as fait naître,
Et demain me feras mourir !

Puisque Tu te laisses comprendre,


Pourquoi fais-Tu douter de toi ?
Quel triste plaisir peux-Tu prendre
À tenter notre bonne foi ?

Dès que l’homme lève la tête,


Il croit T’entrevoir dans les cieux.
La création, sa conquête,
N’est qu’un vaste temple à ses yeux.

Dès qu’il redescend en lui-même,


Il T’y trouve, Tu vis en lui.
S’il souffre, s’il pleure, s’il aime,
C’est son Dieu qui le veut ainsi.
De la plus noble intelligence,
La plus sublime ambition
Est de prouver Ton existence,
Et de faire épeler Ton nom.

De quelque façon qu’on T’appelle,


Brahma, Jupiter ou Jésus,
Vérité, justice éternelle,
Vers Toi tous les bras sont tendus.

Alfred de Musset, « L’espoir en Dieu »,


Poésies nouvelles.

191
192
Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël, car Il a visité et racheté Son
peuple ;
et Il a suscité pour nous un puissant salut, dans la maison de Son
serviteur David ;
comme Il l’a dit par la bouche de Ses saints prophètes, qui existaient
depuis le commencement du monde ;
nous serions sauvés de nos ennemis et des mains de tous ceux qui
nous haïssent,
nous recevrions le pardon promis à nos aïeux et nous nous
rappellerions Sa sainte alliance ;
qu’Il s’acquitterait de la promesse faite à nos aïeux et serait
généreux envers nous,
que nous serions sauvés des mains de nos ennemis afin de pouvoir
Le servir sans crainte
dans la sainteté et la droiture en Sa présence pendant tous les jours
de notre vie…

« Benedictus », Prière du roi Édouard VI d’Angleterre, extraite du


Second Prayer Book of Edward VI.

193
Je m’inclinerai volontiers sous le poids des épines et du bois mort.
L’air est un tambourin de cristal que Tu fais vibrer de Tes doigts
délicats.
Les peupliers de France seront mes témoins.
Ta bonté est comme le vieux soleil sur les branches qui attendent de
verdir.
Je viens à Ta rencontre dans le silence.
Des pigeons blancs volent vers Ton cœur.

Heinz Piontek (1925-2003)


« Les chemins du destin ».

194
Tant que mes yeux pourront larmes épandre,
À l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre


Du mignard luth pour tes grâces chanter :
Tant que l’esprit se pourra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre :

Je ne souhaite encore point mourir.


Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour


Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

Louise Labé, Sonnet XIV.

195
Seigneur, dont l’esprit est si bon, si doux en toutes choses, faites-
moi la grâce de n’agir pas en païen dans l’état où votre justice m’a
réduit : que comme un vrai chrétien, je vous reconnaisse pour mon
Père et pour mon Dieu, en quelque état que je me trouve, puisque le
changement de ma condition n’apporte à la vôtre, que vous êtes
toujours le même et que vous n’êtes pas moins Dieu quand vous
affligez que quand vous consolez.

Vous m’avez donné la santé pour vous servir, et j’en ai fait souvent
un usage tout profane. Vous m’envoyez maintenant la maladie pour
me corriger : ne permettez pas que j’en use pour vous irriter par mon
impatience !

Blaise Pascal, « Imploration d’un malade ».

196
Arc-en-ciel, ô ! Arc-en-ciel,
toi qui brilles tout là-haut, si haut,
par-dessus la forêt si grande,
au milieu des nuages noirs,
partageant le ciel sombre,
tu as renversé sous toi,
vainqueur de la lutte,
le tonnerre qui grondait,
qui grondait si fort, irrité.
Était-il fâché contre nous ?
Au milieu des nuages noirs
partageant le ciel sombre,
comme le couteau qui tranche le fruit trop mûr,
Arc-en-ciel, Arc-en-ciel.
Et il a pris la fuite,
le tonnerre tueur des hommes,
comme l’antilope devant la panthère,
et il a pris la fuite,
Arc-en-ciel, Arc-en-ciel.
Arc puissant du chasseur de là-haut,
du chasseur qui poursuit le troupeau des nuages,
comme un troupeau d’éléphants effrayés,
Arc-en-ciel, dis-lui notre merci.
Dis-lui ! Ne sois pas fâché.
Dis-lui ! Ne sois pas irrité.
Dis-lui ! Ne nous tue pas.
Car nous avons très peur.
Arc-en-ciel, dis-le-lui.

197
Chant pygmée de l’Arc-en-ciel. Chez les Pygmées de la forêt
équatoriale du Congo et du Gabon, l’arc-en-ciel est un symbole de
Dieu. Dès qu’il l’aperçoit, chacun doit quitter son travail, prendre
son arc et se placer face à l’arc-en-ciel, pour le cacher de son
regard.

198
Tang a dit : « Moi, pauvre avorton, j’ose sacrifier un taureau noir.
J’ose proclamer ceci devant le glorieux Souverain du Ciel :
“Je n’ose pas gracier les coupables.
Tes serviteurs ne peuvent rien te cacher,
c’est Toi qui les juges.” »

Extrait des Entretiens avec Confucius,


vers 460-400 avant notre ère.

199
Que le havre de ton âme soit lumineux !
Aucun esprit plus charmant que le tien
ne quitta jamais le joug des mortels
pour étinceler dans les orbes bénis !

Ici-bas tu ne fus que divine,


ainsi que le sera toujours ton âme ;
que notre chagrin se taise
quand il sait que ton Dieu t’accompagne.

Légère soit l’herbe sur ta tombe !


Et les feuillages comme d’émeraude ;
que nulle ombre de tristesse
ne plane sur nos souvenirs de toi.

Que de jeunes fleurs et un arbre toujours vert


jaillissent sur ton lieu de repos ;
mais non des cyprès ni des ifs, car
pourquoi pleurer des bienheureux ?

Lord Byron (1788-1824).

200
Seigneur, notre Dieu, nous croyons en Toi, Père, Fils et Saint-Esprit.
[…] J’ai orienté mon effort selon cette règle de foi, autant que je l’ai
pu, autant que Tu m’en as donné le pouvoir. Je T’ai cherché, j’ai
essayé de saisir par l’intelligence ce que je croyais, j’ai beaucoup
disserté, j’ai beaucoup peiné.

Seigneur, mon Dieu, mon unique espérance, exauce-moi de peur


que je ne me lasse de Te chercher et que je cherche sans cesse Ton
visage ardemment. Toi, tu accordes la force de Te chercher, Toi qui
m’as permis de Te trouver et qui m’as donné l’espoir de Te trouver
de plus en plus. Devant Toi ma force et ma faiblesse, garde l’une,
guéris l’autre. Devant Toi mon savoir et mon ignorance : là où Tu
m’as ouvert, accueille-moi qui entre ; où Tu as fermé, ouvre à qui
frappe. Que je me souvienne de Toi, que je Te comprenne, que je
T’aime. Augmente en moi ces dons jusqu’à ce que Tu me reformes
tout entier.

Saint Augustin, « Prière de l’âme qui cherche », extraite de De


Trinitate.

201
Je ne suis qu’un bonhomme en bois, la peau de ma tête se
dessèche. Oh Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu ! J’ai peur, pitié. Ah, j’ai
soif.

Arthur Rimbaud, « Fausse conversion ».

202
Ô Sage, toi qui,
en tant qu’Esprit très saint,
as façonné le bœuf
et les eaux et les plantes,
donne-moi Immortalité
et Intégrité,
force et endurance
avec la Bonne Pensée,
lors du Jugement !

Je vais donc, ô Sage,


puisqu’on doit en informer l’initié,
parler et du mal qui menace le méchant
et du bonheur qui maintient la Justice.
Car c’est avec joie que le Prophète en informe l’initié.

Quelle rétribution
tu destines aux deux partis,
ô Sage,
par ton feu brillant et par le métal fondu,
donnes-en signe aux âmes,
pour causer dommage au méchant
et bénéfice au juste.

L’homme de la Dévotion est saint ;


par l’Intelligence,
par les paroles,
par l’action,
par la conscience,
il accroît la Justice ;
le Seigneur en tant que Bonne Pensée

203
fait obtenir l’Empire.
Je prie pour cette heureuse récompense.

Zarathoustra, « Prière avant le Jugement dernier », extraite du


Gâtha dit « L’Empire », Yasna 51 du Zend Avesta. La croyance
dans le Jugement dernier était essentielle au mazdéisme, religion
de Zarathoustra.

204
Ô mon Dieu, tout ce que Tu m’as réservé comme choses terrestres,
donne-les à Tes ennemis, et tout ce que Tu m’as réservé dans le
monde à venir, donne-le à Tes amis. Car Tu me suffis.

Ô mon Dieu, si je T’adore par crainte de l’enfer, brûle-moi en enfer,


et si je T’adore dans l’espoir du Paradis, exclus-moi du Paradis.
Mais si je T’adore uniquement pour Toi-même, ne me prive pas de
Ta beauté éternelle.

Ô mon Dieu, ma seule occupation et tout mon désir en ce monde, de


toutes les choses créées, c’est de me souvenir de Toi, et dans le
monde à venir, de toutes les choses du monde à venir, c’est de Te
rencontrer. Il en est pour moi ainsi que je l’ai dit. Mais Toi, fais tout ce
que Tu veux.

Rabi’a al-Adawiyya, (voir p. 125).

205
Cœur douloureux et immaculé de Marie,
priez pour nous.

Cœur douloureux et immaculé de Marie,


intercédez pour nous.

Cœur douloureux et immaculé de Marie,


aidez-nous.

Cœur douloureux et immaculé de Marie,


secourez-nous.

Cœur douloureux et immaculé de Marie,


protégez-nous.

Invocations au Cœur immaculé de Marie.

206
L’aurore terrestre
se revêt de lumière
pour rendre hommage
au Créateur de l’homme.
Le Haut ciel
chasse ses nuages
et se soumet
au Créateur de l’homme.
Le Seigneur des Étoiles,
notre Père le Soleil,
répand sa chevelure
à ses pieds.
Le vent à son tour
secoue la cime des arbres,
agite les branches
et les courbe vers le sol.
Au cœur des arbres
les oiseaux chantent
et rendent leur hommage
au maître de la terre.
Toutes les fleurs,
éclatantes et belles,
déploient leurs couleurs
et leurs parfums.

Ainsi mon cœur


à chaque aurore
Te rend louange,
mon Père, mon Créateur.

207
Hymne inca au Créateur de l’homme. Les résonances chrétiennes
de ce texte pourraient refléter l’influence des missions espagnoles
après la conquête du Pérou.

208
Notre Père
qui es aux cieux,
que Ton nom soit sanctifié,
que Ton règne advienne,
que Ta volonté soit accomplie sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain supersubstantiel
et remets-nous de nos dettes
comme nous les remettons à nos débiteurs,
et ne nous induis pas en tentation,
mais délivre-nous du mal,
car à Toi appartiennent le règne,
la puissance
et la gloire.
Amen.

« Notre Père » des Cathares. Condamnés et traqués par l’Église


de Rome, les Cathares étaient surtout présents dans le sud de
l’Europe et de la France. Un coup fatal leur fut porté avec
l’incendie de la citadelle de Montségur, le 16 mai 1244. Ce « Notre
Père » ne diffère pas sensiblement de celui de l’Église de Rome,
si ce n’est par l’expression de « pain supersubstantiel », qui
désigne la nourriture spirituelle autant que matérielle.

209
Ô mon âme, tu cherches de la nourriture ? Béni soit Dieu de ce que
tu n’as point de pain à manger ni même d’eau à boire. […] Ô mon
âme, comment t’est venue cette préoccupation, toi qui possèdes
avant tout la nourriture spirituelle du Seigneur ? […] Je n’ai pas à
espérer une nourriture corporelle offerte par le monde. Ceux, en
effet, qui travaillent en Jésus ont une nourriture immortelle, car la
nourriture de la Parole leur suffit.

Exhortation de l’apôtre Philippe à son âme, extraite des Actes de


Philippe, vraisemblablement rédigés dans la deuxième moitié du
IVe siècle sur des bases beaucoup plus anciennes, et désormais
classés
parmi les apocryphes chrétiens.

210
Lorsqu’il faudra aller vers Vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller comme il me plaira,
au Paradis où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route,
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui,
d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…

Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes


que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivis de ceux qui portent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en rond.

Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.


Faites que dans la paix des anges nous conduisent

211
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur Vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

Francis Jammes (1868-1938), « Prière pour aller au Paradis avec


les ânes », extraite
du Deuil des Primevères.

212
Jésus, Tu sais,
Jésus, Tu peux,
Jésus, Tu vois,
Jésus, Tu pourvois.
Alors Jésus, penses-y pour moi, moi je n’y pense plus.

Saint Augustin.

213
Celui qui vit d’habitude
proche du Bien-aimé,
la patience ne peut l’accoutumer
à l’exil.
L’esclave de l’Amour
ne peut se résoudre
à délaisser le Bien-aimé,
il n’en a pas la force.
Quand mes yeux ne Te voient pas,
ô mon Bien-aimé,
c’est mon cœur
qui ne cesse de Te contempler.

Abou Bakr el-Chibli, mystique disciple de Hallâj. Ayant échappé à


la persécution
en feignant la folie, il mourut en 946.

214
Mon cœur désire te voir, Seigneur des météores,
lorsque ta gorge souffle le vent du nord.
Tu fais qu’on soit rassasié sans qu’on ait à manger ;
tu fais qu’on soit ivre sans qu’on ait à boire.
Mon cœur désire te voir.
Mon cœur est dans la joie, Amon, protecteur du pauvre !
Tu es le père de celui qui n’a pas de mère,
l’époux de la veuve.

C’est chose douce que de prononcer ton nom !


Il est comme le goût de la vie,
il est comme le goût du pain pour l’enfant,
comme l’étoffe pour quelqu’un qui est nu,
comme le goût du fruit à la saison des chaleurs.

Tu es comme le goût du serment sur le Régent,


le souffle de la brise pour celui qui est en prison.
Puisses-tu placer la joie au cœur des hommes,
mon visage se réjouit de te voir, Amon !
Alors il sera en fête, chaque jour.

Prière à Amon, dieu Vent-Esprit, extraite d’un texte retrouvé sur


une tombe de Thèbes, XIXe dynastie, vers 1200 avant notre ère.

215
Grande est la joie d’Adam, car il va être ramené à son origine !
Amen !
Michel avec sa paix. Amen !
Gabriel avec ses bonnes nouvelles. Amen !
Raphaël avec l’huile de vie. Amen !
Rakouël avec son fruit. Amen !
Salaphouël avec ses psaltérions. Amen !
Balsamos avec sa virginité. Amen.
Harmosiel, celui de la trompette de l’esprit. Amen.
Sareiou avec son parfum. Amen !
Kadiel avec son tambour. Amen !
Ouriel avec la lumière du soleil. Amen !
Voilà les anges de la lumière !
Venez pour la joie de notre roi Jésus, amen !
Car nous nous réjouissons tous du pardon d’Adam et de tous ses
fils.
En paix ! Amen ! Alléluia !

Hymne de l’archange Michel à Adam, extrait du Livre de la


Résurrection de Barthélemy, manuscrit copte du Ve siècle, classé
parmi les apocryphes chrétiens. Le nom de Rakouël et les
suivants sont ceux des anges convoqués pour célébrer la
rédemption de l’humanité jusqu’à Adam.

216
Éclaire nos ténèbres, nous T’en prions, ô Seigneur, et dans Ta
grande miséricorde protège-nous contre tous les périls et dangers
de cette nuit, pour l’amour de Ton fils unique, Notre-Seigneur Jésus-
Christ.

Prière du soir, extraite de A Prayer for All Seasons, d’après le


Sacramentaire
du pape Gélase, XVIe siècle.

217
Mon Dieu, fais-moi sortir des ténèbres
vers la lumière,
éclaire mon cœur par la sagesse,
donne-nous la lumière par laquelle nous nous dirigerons vers Toi.
Ô mon Dieu, mets la lumière dans nos cœurs,
la lumière dans mes oreilles,
la lumière dans mes yeux,
la lumière sur ma langue,
la lumière à ma droite, la lumière à ma gauche,
la lumière au-dessus de moi,
la lumière en dessous de moi,
la lumière devant moi,
la lumière derrière moi.
Mets dans mon âme la lumière,
inonde-moi de lumière.
Seigneur, dilate mon cœur et facilite ma tâche.
Je viens à Toi, ô mon Dieu, d’un pays lointain,
portant mes nombreuses fautes et mes mauvaises actions,
ayant besoin de Toi et craignant ton châtiment.
Je Te prie de me recevoir dans Ta clémence
et de m’introduire dans Ton grand paradis.
Mon Dieu, Tu entends ma parole, Tu vois ma place,
Tu connais mes plus intimes secrets et mes moindres gestes.
De mon être rien n’est mystérieux pour Toi.
Je suis le pauvre qui implore Ton assistance
et cherche Ta protection…

Prière rituelle des pèlerins


musulmans à La Mecque.

218
Les Pères appellent la prière arme spirituelle. Nous ne pouvons pas
aller au combat sans elle, afin de n’être pas capturés et accablés
dans le pays des ennemis. Il n’est pas possible d’acquérir la prière
pure sans s’attacher à Dieu dans un cœur droit. Car c’est Lui qui
donne la prière à celui qui prie et qui enseigne à l’homme la
connaissance.

« Sur la prière », par saint Théodore d’Édesse, moine au


monastère de Saint-Sabbas, évêque d’Édesse, qui vécut aux
environs de 660.

219
Misérable moine du nom de Théophane,
j’expose l’échelle des grâces divines
que l’expérience a fait connaître à ceux qui portaient Dieu.

C’est d’abord une prière très pure.


D’elle vient dans le cœur de la chaleur.
Après elle une énergie étrangère et sainte.
Puis les larmes divines du cœur.
Enfin la paix de toutes les formes de pensées,
d’où naissent la purification de l’intelligence
et la contemplation des mystères d’en haut.
C’est alors, d’indicible manière, un flamboiement étranger,
que suit l’ineffable illumination du cœur
et désormais, la perfection n’a pas de fin.

Théophane le Climaque, ermite


qui aurait vécu après le XIVe siècle.

220
Vierge humaine et d’orgueil ennemie,
que te meuve l’amour de commune origine ;
miséricorde pour un cœur humble et contrit !
Car si un peu de terre, mortelle et périssable,
j’ai aimée avec si merveilleuse foi,
que ne devrai-je faire, ô noble objet, pour toi ?
Et si de mon état très misérable et vil,
par tes mains je me relève,
Vierge, je consacre, purifiés,
à ton nom mes pensées, mon génie et mon style,
et ma langue et mon cœur, mes larmes, mes soupirs.
Guide-moi vers le meilleur gué
et agrée mes désirs convertis.

Le jour s’approche, il ne peut être loin,


si vite court et vole le temps,
ô Vierge unique et seule,
et tour à tour conscience et mort poignent mon cœur.
Recommande-moi à ton fils, véritable
homme, véritable Dieu,
qu’il reçoive mon ultime esprit en paix.

Pétrarque, « Vierge bien-aimée »,


extrait du Canzoniere.

221
Pense à Zeus, au seul nom de Némée,
évoque tranquillement la riche harmonie des hymnes.
Célèbre ici comme il convient le roi des dieux d’une voix calme,
lui qui, dans une brûlante étreinte, engendra Éaque,
prince de mon illustre patrie.
Ô Héraklès, il fut pour toi un hôte
prévenant et un frère, car lorsque l’homme
se soucie de l’homme, nous pouvons dire qu’un voisin
qui aime son prochain d’un cœur chaleureux est une joie
qui vaut tout. Si seulement Dieu l’accorde !

Pindare, « Invocation de l’altruisme », extraite de la Septième


Néméenne. On trouve dans ces vers une évocation, rare dans la
poésie grecque classique, de l’altruisme considéré comme don
des dieux et, plus singulièrement encore, de Dieu au singulier.
Ces vers comportent également une allusion savante à la
mythologie : Zeus, en effet, conçut un fils nommé Éaque, qui jouit
durant sa vie d’une grande réputation de justice et de piété, et qui
accueillit avec générosité son demi-frère Héraklès, épisode
symbolique
de l’altruisme comme vertu divine.

222
Terre, si je viens à mourir,
c’est de toi que je dépends.
Terre, tant que je suis en vie,
c’est en toi que je mets ma confiance,
terre qui reçois mon corps.

Ode ashanti à la terre, invocation rituelle


des Ashantis du Ghana.

223
Seigneur, tout ce que j’ai est désormais à Vous. Régnez en
souverain dans mon cœur. Je ne veux plus Vous en disputer la
possession. Il n’est fait que pour Vous et je Vous le dois par justice,
par reconnaissance, par tous les motifs imaginables. Et quand je ne
Vous le devrais pas, ne serais-je pas trop heureux d’avoir à Vous
offrir quelque chose du mien, à Vous qui rendez au centuple, qui
Vous piquez de vaincre en libéralité ceux qui Vous donnent, et qui
êtes le plus magnifique de tous les maîtres : mes penchants, mes
désirs, mes projets, mes talents, mes forces, mes faiblesses même,
tout est à Vous ; je n’en veux plus user que comme d’un bien
emprunté et dont je dois Vous rendre compte. Mais aussi tout ce que
Vous êtes est à moi dans le moment où Vous me nourrissez de
Votre chair : Vos mystères, Votre doctrine, Vos dons, Vos
promesses, tous les biens me sont arrivés avec elle ; Vous Vous
donnez tout entier à moi dans ce sacrement. Heureux si je ne
rétracte jamais le don que je Vous fais, et encore plus heureux si je
conserve précieusement celui que Vous venez de me faire. Ainsi
soit-il !

Prière du don de soi, par Jean-Baptiste Massillon (1663-1742),


oratorien et prédicateur.

224
Ô Dieu Tout-puissant, qui as fait surgir la force des enfants et des
nourrissons, et qui as voulu que des enfants Te glorifient par leur
mort, mortifie et tue en nous tous les vices, renforce-nous ainsi par
Ta grâce, de telle sorte que par l’innocence de nos vies et la
constance de notre foi jusque même dans la mort, nous puissions
glorifier Ton saint nom, par l’intercession de Jésus-Christ notre
Seigneur.

« Prière pour la fête des Saints Innocents », extraite du First


Prayer Book of Edward VI.

225
Toi, immortel, même si les Grecs
ne te chantent plus d’hymnes, dieu de la mer !
Que ton ressac résonne encore souvent dans mon âme,
qu’impavide et agile, ainsi que le nageur
dans ta houle vive et joyeuse, l’esprit
s’exerce pour y saisir le mouvement, le devenir,
le langage des dieux, et si le temps qui tout emporte
m’étreignait trop fortement et que l’errance
et la détresse disloquaient chez les mortels mon existence de
mortel,
alors laisse-moi dans tes profondeurs recueillir le silence.

Hölderlin, « Adresse à Neptune »,


extraite de L’Archipel.

226
Ô amour pur, sincère et parfait !
Ô lumière substantielle !
Éclaire-moi pour que je reconnaisse Ta lumière et perçoive Ton
amour,
donne-moi Ton amour afin que je voie tes entrailles paternelles.

Mon Dieu, donne-moi un cœur pour T’aimer


et des yeux pour Te voir.
Donne-moi des oreilles pour entendre Ta voix
et des lèvres pour parler de Toi.
Donne-moi le goût pour T’apprécier,
l’odorat pour sentir Ton parfum.
Donne-moi des mains pour Te toucher
et des pieds pour Te suivre.

Sur la terre et dans le ciel, je ne désire que Toi, mon Dieu !


Tu es mon seul désir, ma consolation,
la fin de toutes mes angoisses et souffrances.
Je ne cherche que Toi, en Toi seul sont ma joie et ma béatitude,
dans le temps et comme je l’espère, dans l’éternité.

« Prière pour demander la lumière », par Tikhon de Zadonsk


(1724-1783), évêque de Voronezj, qui démissionna de sa fonction
pour mener une vie de moine. Il exerça une grande influence
sur la Russie de son temps.

227
Très-haut, Tout-puissant, bon Seigneur,
à Toi sont les louanges, la gloire et l’honneur
et toute bénédiction.
À Toi seul, Très-haut, ils conviennent,
et nul homme n’est digne de Te nommer.
Loué sois-Tu, mon Seigneur, avec toutes Tes créatures,
spécialement messire frère soleil,
qui est le jour, et par lui Tu nous illumines.
Et il est beau et rayonnant avec grande splendeur,
de Toi, Très-haut, il porte le signe.
Loué sois-Tu, mon Seigneur,
pour sœur lune et les étoiles
que dans le ciel Tu as formées,
claires, précieuses et belles.
Loué sois-Tu mon Seigneur pour frère vent
et pour l’air et le nuage et le ciel serein et tous les temps,
par lesquels Tu soutiens Tes créatures.
Loué sois-Tu mon Seigneur pour sœur eau,
qui est très utile et humble, et précieuse et chaste.
Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour frère feu,
par lequel Tu illumines la nuit,
il est beau et joyeux, et robuste et fort.
Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère
la terre,
qui nous soutient et nous gouverne
et produit divers fruits,
ainsi que les fleurs de couleurs et l’herbe.
Loué sois-Tu, mon Seigneur,
pour ceux qui pardonnent par amour pour Toi
et supportent maladies et tribulations.

228
Heureux ceux qui les supportent en silence,
car par Toi, Très-haut, ils seront couronnés.
Loué sois-Tu, mon Seigneur,
pour sœur notre mort corporelle,
à qui nul vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels,
heureux ceux qu’elle trouvera dans Tes très saintes volontés,
car la seconde mort ne leur fera pas de mal.
Louez et bénissez le Seigneur,
et rendez-lui grâces
et servez-Le avec grande humilité.

« Cantique de Frère Soleil », écrit à la fin de sa vie par saint


François d’Assise,
dit « il poverello » (1181-1226).

229
Je n’existe pas, mais tout le mal est de moi,
Il n’existe que Toi, mais tout le bien vient de Toi.

Farid al-Din ‘Attar, l’un des grands mystiques


de l’islam, mort en 1220.

230
Ô Seigneur, Tu as comblé Ton serviteur de grâces, fidèle à Ta
parole.
Ô apprends-moi la compréhension et la sagesse vraies, car j’ai eu
foi dans Tes commandements.
J’étais auparavant troublé et dans l’erreur, mais maintenant je suis
fidèle à Ta parole.
Tu es bon et plein de grâces. Ô ! apprends-moi Tes règles.
Les orgueilleux ont propagé des mensonges sur moi, mais
j’observerai Tes commandements de tout mon cœur.
Leur cœur est aussi gras que noir, mais je me suis réjoui dans Ta loi.
Il est bien pour moi que j’aie été dans l’épreuve, car cela m’a
disposé à apprendre Tes règles.
La loi qu’énonce Ta bouche m’est plus chère que dix mille pièces
d’or et d’argent.
Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit.
Comme cela était au commencement, comme cela est maintenant et
sera toujours, le monde est infini. Amen.

Prière d’Édouard VI (1537-1553) pour


le IXe dimanche après la Trinité, extraite
du First Prayer Book of Edward VI. Il s’agit à l’évidence d’une
prière destinée au monarque protestant, ainsi que l’indiquent
les sous-entendus politiques.

231
Je m’en vais pour toujours,
il est temps de pleurer.
Envoyez-moi où je dois aller.
À ses ordres, j’ai déjà dit
au Seigneur effroyable que je m’en vais à jamais,
il est temps de pleurer.
Emporté par le vent,
il faut aller au pays de ceux qui n’ont plus de chair.

« Lamentation d’un mortel », hymne aztèque extrait du Codex


florentin.

232
Le Seigneur porte en Lui tout ensemble le périssable et
l’impérissable, le manifesté et le non-manifesté. L’âme sans le
Seigneur reste entravée par le fait qu’elle gît dans la jouissance.
Quand elle a reconnu le dieu, elle est dégagée de ses liens.

Périssable est la matière, immortel et impérissable est le dieu Shiva.


Le dieu unique est maître des événements et du Soi. Quand on
médite sur lui, qu’on s’unit à lui et qu’on se réalise par lui, toute
illusion s’affaiblit et disparaît.

Quand on a reconnu le dieu, toutes les chaînes disparaissent.


Quand les tourments sont abolis, naissance et mort se dissipent.
Quand en troisième lieu le corps se détache et l’on atteint la
souveraineté absolue par la méditation. Libéré, on réalise ainsi ses
désirs.

« Sur la clef de la méditation », extrait des Upanishad ou Vedanta,


qui forment la conclusion des Rig-veda, rédigés entre le XVIe et le
VIIe siècles avant notre ère, et qui contiennent les bases de la
philosophie hindoue.

233
Jusqu’à quand y aura-t-il entre Toi et moi le Toi et le moi ? Supprime
entre nous mon moi ; fais qu’il devienne tout entier ton Toi et ne soit
plus mon moi.
Mon Dieu, si je suis avec Toi, je vaux mieux que tous, et si je suis
avec moi-même, je vaux moins que tous.
Mon Dieu, l’exercice de la sainte pauvreté et la pratique des
austérités m’ont fait parvenir jusqu’à Toi. Dans Ta générosité, Tu n’as
pas voulu que mes peines fussent perdues.
Mon Dieu, ce n’est pas l’ascétisme, la connaissance par cœur du
Coran et la science qu’il me faut, mais donne-moi une part de Tes
secrets.
Mon Dieu, je cherche mon refuge en Toi et c’est par Toi que je
parviens à Toi.
Mon Dieu, si je T’aime, rien de moins étonnant, puisque je suis Ton
serviteur, faible impuissant, nécessiteux. Ce qui est merveilleux est
que Tu m’aimes, Toi, le Roi des rois !
Mon Dieu, je Te crains en ce moment et cependant je T’aime si
passionnément ! Comment donc ne T’aimerais-je pas lorsque j’aurai
reçu ma part de Ta miséricorde et que mon cœur sera libre de toute
crainte ?

« Prière de l’âme éperdue », par Bayazid Bistâmi, l’un des grands


mystiques de l’islam, fondateur au IXe siècle de la confrérie soufie
dite Bistamiyya.

234
Avec des mots comme « matière originelle » et « cause première »,
Vous ne trouverez pas la voie qui conduit à la présence du Seigneur.

Extrait des Mathnawiyya d’Aboul Majd Majdoud Sana’i, mystique


musulman mort en 1131.

235
Quand je Te serai attaché de tout moi-même, il n’y aura plus
désormais nulle part de souffrance et de peine ; ma vie, toute pleine
de Toi, sera alors une vraie vie. Celui que Tu remplis de Toi, tu
l’allèges, mais comme je ne suis pas encore rempli de Toi, je me
pèse à moi-même. Mes joies, qui devraient pourtant m’arracher des
larmes, luttent avec mes chagrins, dont je devrais me réjouir, et je ne
sais pas encore de quel côté se trouve la victoire. Ô Seigneur,
prends pitié de moi ! Mes tristesses mauvaises combattent avec mes
pures joies, et où sera la victoire, je ne le sais pas encore. Ô
Seigneur, prends pitié de moi ! Oh ! mes blessures, je ne les cache
pas : Tu es le médecin et je suis le malade ; Tu es miséricordieux et
je suis misérable.

Saint Augustin, « Prière de l’âme délivrée », extraite des


Confessions, X, 27.

236
Si ce n’est pas mon lot de Te rencontrer dans cette vie, que du
moins je ne perde jamais le regret de ne T’avoir point vu – que pas
un instant je n’oublie, et que dans le rêve ou la veille j’emporte le
tourment de ce chagrin.

Tandis que s’écoulent mes jours parmi la foule mercantile et que


mes mains s’emplissent des bénéfices quotidiens, que toujours je
sente que je n’ai rien gagné – que pas un instant je n’oublie, et que
dans le rêve ou la veille j’emporte le tourment de ce chagrin.

Quand je me tiens sur le bord de la route, tout las et pantelant,


quand je fais mon lit dans la poussière, que toujours je sente que le
long voyage est devant moi – que pas un instant je n’oublie, et que
dans le rêve ou la veille j’emporte le tourment de ce chagrin.
Quand mes chambres auront été pavoisées, quand retentiront les
chants de flûte et les rires, que toujours je sente que je ne T’ai pas
invité dans ma demeure – que pas un instant je n’oublie, et que dans
le rêve ou la veille j’emporte le tourment de ce chagrin.

Rabindranath Tagore, écrivain et poète indien (1861-1941), prix


Nobel de littérature en 1913.

237
Ouvre le voile et ferme la porte,
Tu es moi et vide est la maison.

Sans Ta parole, l’âme n’a pas d’oreille,


Sans Ton oreille, l’âme n’a pas de langue.

Djellal el-Dine el-Roûmi.

238
Ô mon Dieu, Vous m’avez blessé d’amour
et la blessure est encore vibrante,
ô mon Dieu, Vous m’avez blessé d’amour.

Ô mon Dieu, Votre crainte m’a frappé


et la brûlure est encore là qui tonne,
ô mon Dieu, Votre crainte m’a frappé.

Ô mon Dieu, j’ai connu que tout est vil


et Votre gloire en moi s’est installée,
ô mon Dieu, j’ai connu que tout est vil.

Noyez mon âme aux flots de Votre vin,


fondez ma vie au pain de Votre table
noyez mon âme aux flots de Votre vin.

Voici mon sang que je n’ai pas versé,


voici ma chair indigne de souffrance,
voici mon sang que je n’ai pas versé…

Paul Verlaine, extrait de Sagesse.

239
Connu depuis longtemps du devin à la longue mémoire, il y a au
loin, près des abîmes silencieux de la nuit du Styx, le palais des
Cimmériens et une terre inconnue à Ceux d’en haut, sous des
ténèbres noirâtres et moisies. Jamais le soleil n’y conduit son
attelage de feu, jamais Jupiter n’y envoie les saisons soumises aux
astres. Il s’y élève des frondaisons mystérieuses, une immobile forêt
y hérisse d’érables les coteaux chevelus. Il s’y trouve un antre, des
chemins où vont les ombres, le bruit retentissant de l’Océan qui fait
rage, des campagnes où une noire épouvante fait le vide et, après
de longs silences, tout à coup des cris. Là, porteur d’une épée, assis
dans des vêtements sinistres, Celæneus purifie de leur erreur les
criminels involontaires et, pour leur faire remise de leur faute, il
déroule des incantations qui apaisent les mânes sans repos. C’est
lui qui m’a révélé les rites expiatoires qu’il fallait accorder à ceux qui
furent massacrés…

« Sur les incantations pour les mânes des assassinés », extrait


des Argonautiques de Valerius Flaccus, officier romain chargé des
rites à la fin du Ier siècle. Ce texte étrange, aux résonances
préromantiques, indique l’existence de rites religieux au cours
desquels on purifiait les âmes des assassins et l’on apaisait les
mânes des victimes par des incantations.

240
L’amour nous est donné
… ô nuit unique, ô volupté !
Poème unique de l’éternité
– Et le soleil devant les yeux
de tous, c’est la face de Dieu.

Novalis (1772-1801), extrait des Hymnes à la nuit.

241
Jusques à quand, Yahweh, m’oublieras-Tu ? Jusqu’à la fin ?
Jusques à quand vas-Tu me cacher Ta face ?
Jusques à quand la révolte sera-t-elle en mon âme,
et de jour et de nuit le chagrin dans mon cœur ?
Jusques à quand mon adversaire sera-t-il victorieux ?
Regarde, réponds-moi, Yahweh, mon Dieu !
Illumine mes yeux, que je ne m’endorme dans la mort.
Que l’adversaire ne dise : « Je le vaincs »,
que mes oppresseurs n’exultent de me voir chanceler !
Quant à moi, je m’abandonne à Ton amour.
Que mon cœur exulte, admis dans Ton salut,
que je chante Yahweh pour le bien qu’Il m’a fait,
que je joue pour le nom de Yahweh le Très-haut !

Appel, extrait des Psaumes, 12.

242
Où es-Tu, ma Lumière et ma Joie ? Le parfum de Ton passage est
resté dans mon âme, et j’ai soif de Toi ! Mon cœur est sans courage
et rien ne me donne de joie. Je T’ai attristé et Toi, Tu T’es caché de
moi.

Enfant, j’aimais le monde et sa beauté, les bois et les prés


verdoyants ; j’aimais les jardins et les forêts, les clairs nuages qui
passent au-dessus de nos têtes. J’aimais toute cette belle création
de Dieu. Mais depuis que j’ai connu le Seigneur, tout a changé dans
mon âme devenue Sa prisonnière. Je ne désire plus ce monde. Mon
âme cherche inlassablement le monde où habite mon Seigneur.

Comme un oiseau prisonnier désire s’enfuir de la cage, ainsi mon


âme désire-t-elle Dieu. Où es-Tu, ô ma Lumière ? Je Te cherche
avec des larmes. Si Tu ne T’étais pas révélé à mon âme, je ne
pourrais pas Te chercher ainsi. Aujourd’hui, Tu m’as visité, moi
pécheur, et Tu m’as fait connaître Ton amour. Tu m’as révélé que,
par amour pour nous, Tu T’es laissé attacher à la croix et que, pour
nous, Tu as souffert et Tu es mort. Tu m’as fait voir que Ton amour
T’a mené du ciel sur la terre et jusqu’au fond des enfers pour que
nous puissions voir Ta gloire. Tu as eu pitié de moi et Tu m’as
montré Ton visage, et maintenant mon âme a soif de Toi, mon Dieu !
Comme un enfant qui a perdu sa mère, elle pleure vers Toi jour et
nuit et ne trouve pas de paix.

« Imploration de l’âme esseulée », par le starets Silouane. Né en


Russie en 1866 et mort au mont Athos en 1938, il s’inscrit dans la
tradition du mysticisme orthodoxe slave, illustré au XIXesiècle par
le starets Ambroise, modèle du starets Zosime des Frères
Karamazov, par Séraphin de Sarov et Jean de Cronstadt, dans le

243
sillage de Syméon le Nouveau Théologien. « Starets », mot russe
signifiant « vieillard », désigne les moines errants ou
thaumaturges, souvent considérés comme maîtres spirituels.

244
Il est la lumière de toutes les lumières, et lumineux par-delà les
ténèbres profondes de notre ignorance. Il est la connaissance et
l’objet de la connaissance. Il siège dans le cœur de tous.

Extrait de la Bhagavad-gîtâ.

245
Dieu, c’est Toi, mon Dieu, je Te cherche,
mon âme a soif de Toi,
après Toi languit ma chair,
terre sèche, altérée, sans eau.
Oui, au sanctuaire je T’ai contemplé,
voyant Ta puissance et Ta gloire.

Ton amour est meilleur que la vie,


mes lèvres prononceront Ton éloge.
Oui, je veux Te bénir dans ma vie,
élever les mains en Ton nom.
Comme de graisse et de moelle mon âme se rassasie,
mes lèvres jubilantes profèrent Ta louange.

Quand je songe à Toi sur ma couche,


que je médite sur Toi dans mes veilles,
Toi mon secours,
je me réjouis à l’ombre de Tes ailes,
Ta droite me soutient.

Psaume 62 de la Bible de Jérusalem. On situe la rédaction des


Psaumes, jadis attribués à David, entre le Xe et le IVe siècle avant
notre ère.

246
Il est des âmes sur la terre
qui cherchent en vain le bonheur,
mais pour moi, c’est tout le contraire :
la joie se trouve dans mon cœur.
Cette joie n’est pas éphémère,
je la possède sans retour,
comme une rose printanière,
elle me sourit chaque jour.

Longtemps encore je veux bien vivre,


Seigneur, si c’est là Ton désir.
Dans le ciel je voudrais Te suivre,
si cela Te faisait plaisir.
L’amour, ce feu de la Patrie
ne cesse de me consumer.
Que me font la mort ou la vie ?
Jésus, ma joie, c’est de T’aimer !

« Hymne de la joie », par sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897),


carmélite, également appelée sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus,
canonisée en 1925.

247
Le Ciel est à nous dans l’enfance !
Les ombres de la prison commencent
à s’allonger dès l’adolescence…
À la fin, l’homme fait comprend que son Ciel pâlit
et, dans la clarté du jour banal, s’évanouit.

Extrait d’Ode : Intimations of Immortality from Recollections of


Early Childhood, de William Wordsworth (1770-1850), l’un des
poètes majeurs du romantisme anglais.

248
Reste avec moi, Seigneur, car il est nécessaire de T’avoir présent
pour ne pas T’oublier. Tu sais avec quelle facilité je T’abandonne.

Reste avec moi, Seigneur, parce que je suis faible et que j’ai besoin
de Ta force pour ne pas tomber si souvent.

Reste avec moi, Seigneur, parce que Tu es ma vie et que sans Toi,
je suis sans ferveur.

Reste avec moi, Seigneur, parce que Tu es ma lumière et que sans


Toi, je suis dans les ténèbres.

Reste avec moi, Seigneur, pour me montrer Ta volonté.

Reste avec moi, Seigneur, pour que j’entende Ta voix et Te suive.


Reste avec moi, Jésus, parce que dans cette nuit de la vie et des
dangers, j’ai besoin de Toi. Fais que je Te reconnaisse comme Tes
disciples à la fracture du pain, c’est-à-dire que la communion
eucharistique soit la lumière qui dissipe les ténèbres, la force qui me
soutienne et l’unique joie de mon cœur…

Padre Pio (1887-1968). Longtemps persécuté par les autorités


épiscopales, ce religieux italien fut innocenté en raison des
miracles qu’il accomplit et des stigmates qu’il présenta.

249
Écoute, Jupiter, écoute, prends conscience de ma qualité de père
patrat ; écoute aussi, peuple albain. Les clauses [de ce traité], telles
qu’elles ont été lues à haute voix, d’un bout à l’autre, d’après ces
tablettes de cire, sans mauvaise foi, et telles qu’en ce lieu et en ce
jour elles ont été clairement comprises, le peuple romain ne sera
jamais le premier à s’en écarter. S’il s’en écarte le premier par une
décision officielle et par mauvaise foi, alors ce jour-là, toi, Jupiter,
frappe le peuple romain comme moi je vais frapper un porc en ce
lieu et en ce jour, et que ce coup soit d’autant plus violent que tu as
de force et de puissance.

Tite-Live (59 av. J.-C.-17 apr. J.-C.), extrait de


l’Injonction à Jupiter, I, 24/4. Cette prière reflète le caractère public
spécifique de la religion romaine et constitue en fait
un traité entre Jupiter et Rome.

250
Si Vous parliez, Seigneur, je Vous entendrais bien,
car toute voix humaine pour mon âme s’est tue.
Je reste seule auprès de ma force abattue,
j’ai quitté tout appui, j’ai rompu tout lien.

Mon cœur méditatif et qui boit la lumière


Vous aurait absorbé et, transgressant les lois,
comme le vent des nuits qui pénètre les pierres,
Votre verbe enflammé fût descendu sur moi.

Nul ne Vous souhaitait avec tant d’indigence :


je Vous aurais fêté au son du tympanon
si j’avais, dans mon triste et studieux silence,
entendu Votre voix et connu Votre nom…

Anna de Noailles (1876-1933), extrait des Vivants et les morts,


1913.

251
Je veux faire une prière
à la Mère que les filles chantent souvent,
avec Pan, près de mon porche,
à la Sainte Déesse, la nuit.
Si tu peux, Hiéron, comprendre
les paroles sublimes, alors tu sais déjà
ce que les anciens t’ont enseigné :
les Immortels taxent les mortels
d’avoir engendré en échange d’un bien
un couple de maux
qu’ils n’ont pas le courage
de supporter dignement,
et qu’ils ne sont bons
que lorsqu’ils montrent leur bonne moitié.

Pindare, « Prière à la Nuit », extraite


de la Troisième Pythique.

252
Demeure avec moi, le soir tombe,
l’obscurité s’épaissit. Seigneur demeure avec moi.
Quand les autres secours viennent à manquer
et que les réconforts se dérobent, Secours
des secourables, oh ! demeure avec moi.

Le soir bref de la vie s’avance vite vers sa fin.


Les joies de la terre s’estompent avec ses jours de gloire.
Je ne vois alentour que changement et déréliction.
Oh, Toi qui ne changes pas, demeure avec moi.
À chaque heure qui passe j’ai besoin de Ta présence.
Si ce n’est donc Ta grâce, qui triomphera de la nature,
qui d’autre que Toi sera mon guide et mon soutien ?
À travers nuages et ciel bleu, Seigneur, sois avec moi.
Je ne redoute nul ennemi quand Tu es près de moi pour me bénir,
les mots n’ont pas de poids, les larmes pas d’amertume.
Où est la morsure de la mort ? Où est la victoire de la tombe ?…

« Prière du soir », extraite de Voices of the Night,


de Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882),
le plus populaire des poètes américains du XIXe siècle.

253
Ô mon Dieu, toute éternité de mon amour
ma prière te voit dans le silence épais
du noir où je parviens encore après un jour :
obscurité sacrée, misérable blessure.
Ô Dieu substantiel, à la nuit tu renais
de l’absence et non moins de la blessure amère,
la blessure épousant le noir avec la paix.
Tu es ce vide pur et tout est vide obscur,
Tu es cet agneau noir où déjà la mort claire
est inscrite sans lettre ; et ferme la blessure
et ferme la douceur des rideaux sur l’espoir.

Pierre Jean Jouve (1887-1976), « Prière du soir », extraite de Vers


majeurs.

254
Seigneur, ne me rejette pas au temps de ma vieillesse. Quand
décline ma force, ne m’abandonne pas.

Extrait du Psaume 70.

255
Que l’élément de l’espace ne me soit pas hostile,
Que je voie le royaume du bouddha bleu.
Que l’élément de l’eau ne me soit pas hostile,
Que je puisse voir le royaume du bouddha blanc.
Que l’élément de la terre ne me soit pas hostile,
Que je puisse voir le royaume du bouddha jaune.
Que l’élément du feu ne me soit pas hostile,
Que je puisse voir le royaume du bouddha rouge.
Que l’élément de l’air ne me soit pas hostile,
Que je puisse voir le royaume du bouddha vert.
Que l’arc-en-ciel des éléments ne me soit pas hostile,
Que je puisse voir les royaumes de tous les bouddhas,
Que les sons, les lumières et les rayons ne me soient pas hostiles,
Que je puisse voir les royaumes infinis des Pacifiques et des
Féroces.
Que je puisse connaître tous les sons à l’égal de mon propre son,
Que je puisse connaître tous les rayons à l’égal de mon propre
rayon,
Que je puisse connaître toutes les lumières à l’égal de ma propre
lumière,
Que je puisse spontanément connaître le Bardo comme moi-même,
Que je puisse atteindre les royaumes des trois kayas.

Prière tibétaine pour le salut sur le chemin dangereux du Bardo.

256
Père céleste ! Tu parles à l’homme de bien des manières. Toi à qui
seul appartiennent la sagesse et l’entendement, Tu veux pourtant Te
faire comprendre de lui. Et même quand Tu gardes ce silence, Tu lui
parles encore. Bénis donc aussi ce silence comme chacune de Tes
paroles à l’homme ; veuille qu’il n’oublie pas que Tu parles aussi
alors que Tu Te tais ; donne-lui cette consolation, s’il T’attend, que
Tu Te tais par amour comme Tu parles par amour, de sorte que dans
Ton silence comme dans Ta parole Tu es cependant le même Père,
le même amour paternel, soit que Tu guides par Ta voix, soit que Tu
instruises par Ton silence.

Sören Kierkegaard (1813-1855),


« Prière sur le silence de Dieu ».

257
Quand tu cherches Dieu, cherche-Le dans ton cœur.
Il n’est pas à Jérusalem, ni à La Mecque, ni dans le pèlerinage.

Yunns Emre (mort vers 1321), poète mystique turc, considéré


après sa mort comme un saint, a exercé une influence
considérable
sur la littérature de son pays.

258
Nous avons peur que, lorsque vous vous mettrez en route, vous
trouviez le ciel noir et la terre sombre et que vous n’arriviez pas
jusqu’ici. Au bout du bambou il y a un miroir de bronze qui se
transforme en soleil ou en lune pour vous éclairer le chemin. Peut-
être les âmes rencontreront-elles des fossés et des crevasses et
enlèveront-elles leurs vêtements pour les traverser. Alors, elles
n’oseront plus revenir : sur le bout du bâton, j’accroche du coton
pour qu’elles puissent [se vêtir], traverser et revenir. Ou bien elles ne
reviendraient pas parce qu’elles ont faim : de vraies perles de riz se
transforment en nourriture pour les âmes et les aident à revenir.
Pour traverser fossés et crevasses, elles n’ont pas de pont et ne
peuvent donc pas revenir : cette règle de Luban se transforme en
pont pour que les âmes puissent traverser et revenir. Elles
rencontreront rivières et mer et n’auront pas de bateau pour
traverser : la corne de dragon de l’École des méthodes est torse ;
elle se transforme en grand bateau pour faire traverser les âmes.
Sur la route, elles vont rencontrer les filets du ciel et de la terre qui
les empêcheront de revenir : avec des ciseaux je les coupe afin
d’aider les âmes à revenir.

Récitation de l’officiant dans la cérémonie taoïste d’invocation des


morts du nord de Taïwan, qui consiste à rappeler les âmes
défuntes pour les transformer et pacifier le monde.

259
Je gis au seuil de Ta demeure, ô mon Sauveur,
au déclin de mes jours ne me jette pas en enfer,
bien que je sois vain et stérile.
Mais avant ma mort, donne-moi
la rémission de mes péchés,
ô Toi qui aimes l’homme.

Aie pitié de moi, mon Dieu, aie pitié de moi.

Dans le vide j’ai dissipé le patrimoine de mon âme.


Je n’ai pas les fruits de la ferveur et j’ai faim.
Je crie : Père plein de tendresse, viens à moi,
prends-moi dans Ta miséricorde.

Aie pitié de moi, mon Dieu, aie pitié de moi.

Je me jette à Tes pieds, Jésus,


j’ai péché contre Ton amour.
Décharge-moi de ce trop lourd fardeau
et dans Ta miséricorde, accueille-moi.
Aie pitié de moi, mon Dieu, aie pitié de moi.

N’entre pas en jugement avec moi,


ne dévoile pas mes actions,
ne scrute pas mes motifs et mes désirs,
mais dans Ta compassion, ô Tout-puissant,
ferme les yeux sur mes fautes et sauve-moi.

Aie pitié de moi, mon Dieu, aie pitié de moi…

260
Canon de repentir orthodoxe de saint André de Crète
(660-740).

261
Conduis-moi de la mort à la vie, du mensonge à la vérité.
Conduis-moi du désespoir à l’espoir, de la peur à la confiance.
Conduis-moi de la haine à l’amour, de la guerre à la paix,
que la paix emplisse notre cœur, notre monde, notre univers !
Paix ! Paix ! Paix !

Mère Teresa, « Prière pour la paix ».

262
Dieu, jeune-ancien,
approche et reçois Ton eau de jeune-ancien,
Toi, le premier, Tu as tout créé.
Tu as donné forme aux créatures et Tu as parlé.
Tu as multiplié les bêtes de la brousse
et fait peu nombreux les habitants de la maison.
Tu as créé les bêtes énormes et les tout petits poissons et reptiles.
Je ne sais où je vais, si c’est à gauche ou si c’est à droite, je ne sais.
Sois ferme pour me garder.

Prière initiatique des Moba du Togo.

263
Détruire et construire,
arracher et installer,
t’appartient, ô Inanna.

Faire du mâle une femelle


et d’une femelle un mâle,
t’appartient, ô Inanna.

Attrait et désir charnels,


construire une maison et payer loyer,
t’appartient, ô Inanna.

Commerce et profit,
perte et banqueroute,
t’appartient, ô Inanna.

Examen, instruction et réforme,


constater, arranger,
t’appartient, ô Inanna.

Inspirer astuce ou vergogne,


chance ou marché régulier,
t’appartient, ô Inanna.

Hymne sumérien à Inanna (voir p. 239).

264
Maintenant Tu congédies Ton serviteur, Seigneur, selon Ta parole,
dans la paix,
car mes yeux ont vu Ton salut,
que Tu as préparé à la face de tous les peuples,
lumière pour l’illumination des païens et pour la glorification de Ton
peuple Israël.

Prière de Siméon portant Jésus à la circoncision, Évangile selon


saint Luc, II, 25-32. C’est la prière de l’homme pieux de Jérusalem
prenant Jésus dans ses bras.

265
La vie de l’homme sur terre est vraiment une épreuve ! Qui pourrait
désirer des peines et des tracas ? Tu ordonnes de les supporter, non
de les aimer… Dans l’adversité, j’aspire au bonheur, et dans le
bonheur, je redoute l’adversité. Entre ces extrêmes existe-t-il un
point d’équilibre où la vie ne soit pas une épreuve ?

Saint Augustin, Confessions, X, 28-29.

266
Amour plus de vingt ans me retint dans sa flamme,
où je versais, joyeux, des pleurs d’espoir mêlés ;
et depuis que mon cœur accompagna ma dame
dans son vol vers le ciel, dix ans sont écoulés.

Maintenant je suis las ; je comprends et je blâme


mes trop longues erreurs, mes bons désirs troublés ;
et je T’offre, Seigneur, en Te livrant mon âme
les extrêmes moments de mes jours désolés.

Triste et me repentant de mes folles années,


que d’un meilleur emploi mon cœur a détournées,
car il fuyait la paix et ses divins appas,

Je viens Te demander que ma prison coupable


me sauve d’un arrêt, le seul irrévocable.
Je sais quelle est ma faute et ne l’excuse pas.

Pétrarque, « Prière du Retour à Dieu ».

267
Je vous offre, ô ma tendre Mère, mon travail et mes peines, mon
esprit et mon cœur : daignez accepter ce faible hommage de mon
respect et de mon amour pour vous, et l’offrir vous-même à Jésus-
Christ, votre divin Fils et mon Sauveur.

« Offrande à la Vierge », par saint Stanislas Kostka, dit le


Confesseur (1550-1568), mort quelques mois après avoir été
admis
au noviciat des pères jésuites.

268
Il faut souffrir,
pour Toi, gracieuse Personne de mon Dieu.
Tu as sué le sang dans le jardin des oliviers nocturnes ;
il faut s’alléger par la souffrance en Toi,
renoncer au monde
comme Tu renonças,
en l’offrant délivré par un acte de souffrance.
Et alors,
ainsi que le déclare le vieux Poète,
l’Énergie est la seule vie,
l’Énergie est l’éternel délice.

Pierre Jean Jouve, « Prière pour les jours de souffrance », extraite


de Noces.

269
Salut à toi ! déesse auguste,
dont l’autorité est plus vénérable que celle des dieux,
disque qui se lève à l’horizon,
dont l’admiration est grande
dans le cœur des puissances divines,
dont la douceur est vénérée dans le sein des déesses.
J’ai vénéré ton corps jour après jour,
j’ai apaisé ton beau visage…

Adoration de Hathor, déesse du ciel, de l’amour et de la danse. Ce


chant rituel de l’Égypte antique était inscrit dans la salle des
offrandes du temple de Hathor à Dendérah et récité à l’occasion
de la fête de l’ivresse placée sous son égide.

270
Si Tu me disais : « Meurs ! », je mourrais en pleine obéissance
et je dirais : « Bienvenu celui qui m’appelle à la mort. »

Abdel Hamid el-Ghazâli (1058-1111), mystique musulman dont


l’œuvre développe le thème de l’annihilation de soi dans l’amour
de Dieu.

271
Là-haut sur la roche, ô fils du feu, fais de Penthée un taureau… Et
de nous fais des fauves, mangeurs de chair crue, armés de griffes
meurtrières. Pour que, ô Dionysos, nous le lacérions de notre
bouche.

« Prière des bacchantes demandant à Dionysos la métamorphose


de Penthée en taureau », extraite des Bacchantes d’Euripide.

272
Ô Vierge, fille de votre Fils, humble et plus élevée qu’aucune
créature, chef-d’œuvre de la Volonté éternelle, vous êtes celle qui a
tellement ennobli la nature humaine que le Créateur n’a pas
dédaigné de devenir votre ouvrage.

Vous êtes pour nous au Paradis, un soleil de charité dans son midi,
et là-bas, parmi les hommes, une source vive d’espérance.

Femme, vous êtes si grande et si puissante que celui qui souhaite


une grâce et ne s’adresse pas à vous veut que son désir vole sans
ailes. Votre bonté ne vient pas seulement en aide à ceux qui
demandent, mais souvent elle devance les vœux avec libéralité.

En vous est la miséricorde, en vous la pitié, en vous la magnificence.


En vous se réunit tout ce qu’il y a de bonté dans la création.

Dante Alighieri (1265-1321), « Hommage


à Marie », extrait des Canzoni.

273
J’ai fini de courir avec ma requête, mais je n’ai rien à offrir :
aux divinités on offre de l’or, de l’argent et des trésors.
Respectueusement, je les offre aux divinités : venez les chercher ;
on est toujours content, dans la vie, de recevoir de l’argent.
Une bourrasque de vent d’immortels vient les éconduire,
le vent d’immortels souffle et les mène jusqu’au ciel du Grand Filet.
Au-dessus du ciel du Grand Filet, il y a le ciel du Petit Filet…

Cette récitation taoïste pour un exorcisme clôt une cérémonie


complexe au terme de laquelle le prêtre a renvoyé au ciel un
immortel avec une grue blanche portant dans son bec une requête
sacrée.

274
Feu, feu, feu contre feu.
Puisses-tu perdre ta chaleur et ta rougeur
comme Judas a perdu sa fureur
en trahissant Notre-Seigneur
dans le Jardin des oliviers.

Prière du guérisseur pour traiter


les brûlures en pays messin.

275
Salut, jour !
Salut, fils du jour !
Salut, nuit et sœur de la nuit !
D’un œil bienveillant regardez-nous ici,
et donnez-nous la victoire, à nous que voici !

Salut, Ases,
Salut déesses ases !
Salut à toi, généreuse terre !
Donnez éloquence et sagesse
À nous deux, pleins de gloire,
Et des mains guérisseuses tant que nous serons en vie !

Invocation nordique aux divinités, extraite de Sigurdrifuma, Edda


poétique, 3-4, ensemble de poèmes islandais de la seconde
moitié du XIIIe siècle, considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de
la poésie germanique.

276
Ne nous frappe pas dans nos fils, ni dans la durée de nos jours.
Ne sois pas insensible.
Ne fais pas de mal à notre bétail ni à nos chevaux,
ne massacre pas nos héros dans ta rage,
Seigneur-des-Larmes !

Imploration au Seigneur-des-Larmes, extraite du Shvetâshvatara


Upanishad, IV, 22. Le Seigneur-des-Larmes est Rudra, dieu de
l’obscurité, des tempêtes hurlantes, des fantômes et des
cimetières, et l’un des trois dieux destructeurs de l’hindouisme –
les deux autres étant Shiva et Kali.

277
Mon âme glorifie le Seigneur,
et mon esprit exulte de joie
en Dieu, mon Sauveur,
car Il a jeté les yeux sur son humble servante.

Le Tout-puissant a fait pour moi


de grandes choses,
Saint est Son nom !

Éternelle est Sa bonté


pour ceux qui L’honorent.

Magnificat.

278
Parfois nous T’appelons vin, parfois
gobelet,
parfois nous T’appelons grain de blé, parfois piège.
Il n’y a pas de lettre sauf Ton nom sur le tableau du monde.
Maintenant, de quel nom T’appellerons-nous ?

Mewlana Abd el-Rahman Jâmi, mystique musulman ottoman mort


en 1492.

279
Ô Dieu Tout-puissant qui, à la place du traître Judas, as choisi Ton
fidèle serviteur Matthias pour appartenir aux Douze apôtres,
accorde-nous que, par Ton Église, nous soyons toujours préservés
des faux apôtres, que nous soyons dirigés et guidés par de vrais et
fidèles pasteurs, par l’intercession de Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Prière anglicane pour la fête de saint Matthias, tirée de A Prayer


for All Seasons.

280
L’auteur de tout, c’est Dieu ;
les hommes me souhaitent du mal ;
le Dieu du ciel ne l’acceptera pas ;
je pense que le Tout-puissant ne l’acceptera pas.
Notre Seigneur du ciel, sa parole change comme l’ombre, tu vois ?
Le Blanc du ciel, sa parole change comme l’ombre, lui, c’est ça ;
je pense que s’il dit ce qui ne se fera pas, c’est fini.
Il y en a qui ont des pères, il y en a qui ont des mères ;
il y en a qui ont des oncles.
Moi, s’il m’arrive quelque chose aujourd’hui, qui va sortir me secourir
?
Si le Blanc, celui du ciel, ne me secourt pas, qui va sortir me secourir
? Notre Maître du ciel, sa parole change comme l’ombre, tu vois
?

Extrait d’une prière de l’orphelin, chez les Guin du Burkina Faso,


qui se récite au son du balafon.

281
C’est Toi que je veux ! Toi seul !
Que mon cœur le répète sans cesse !
Tous les désirs qui me distraient jour et nuit
sont faux et vides jusqu’au cœur.
Comme la nuit garde cachée dans son ombre l’exigence de lumière,
ainsi dans la profondeur de mon inconscient retentit le cri :
C’est Toi que je veux ! Toi seul !
Comme la tempête aussi aspire à sa fin dans la paix,
lorsqu’elle l’assaille de toutes ses forces,
ainsi ma rébellion assaille-t-elle Ton amour et s’écrie :
C’est Toi que je veux ! Toi seul !

Rabindranath Tagore, « Comme la nuit… ».

282
Ô combien douce me sera Ta présence, Toi qui es le bien suprême.
Je m’approcherai silencieusement de Toi et je Te découvrirai les
pieds pour que Tu daignes m’unir à Toi en mariage. Et je refuserai
toute joie jusqu’à ce que je sois heureux dans Tes bras. Et
maintenant, je T’en prie, Seigneur, ne me laisse plus jamais dans
mon isolement, car je ne peux qu’y gaspiller mon âme.

Saint Jean de la Croix.

283
Ô Seigneur mon Dieu, enseigne à mon cœur où et comment il faut
qu’il Te cherche, où et comment il Te trouvera. Si Tu n’es pas ici, ô
Seigneur absent, où Te trouverai-je ? Sans doute habites-Tu une
lumière inaccessible. Mais où est cette lumière inaccessible,
comment m’approcherai-je d’elle ? Qui me conduira, qui m’introduira
dans ce séjour de lumière ? Qui fera que je T’y contemple ? Par
quels signes ensuite, sous quelle forme Te chercherai-je ? Je ne T’ai
jamais vu, mon
Seigneur Dieu, je ne connais pas Ta face. Que fera, Seigneur Tout-
puissant, cet être exilé par Toi, si loin de Toi ? Que fera Ton serviteur,
tourmenté par l’amour de Tes perfections, et rejeté loin de Ta
présence ? Il s’épuise en cherchant à Te voir, et Ta face est trop loin
de lui. Il désire s’approcher de Toi, et Ta demeure est inaccessible. Il
brûle de l’ardeur de Te trouver, et il ignore en quel lieu Tu habites…

« Prière de l’âme qui cherche Dieu », par saint Anselme (1033-


1109), théologien, philosophe, archevêque de Cantorbéry et
docteur de l’Église, auteur d’une œuvre considérable qui fait de lui
l’un des représentants les plus célèbres
du rationalisme chrétien.

284
Ô Bien-aimé des cœurs, je n’ai personne
qui soit comme Toi,
prends donc pitié en ce jour de la pécheresse
qui vient à Toi.
Ô mon Espoir et mon Repos et ma Joie,
le cœur ne peut aimer nul autre que Toi.

Rabi’a al-Adawiyya.

285
Que soit magnifié et sanctifié son grand nom
dans le monde qu’il a créé selon son bon plaisir !
Qu’il fasse régner son règne
durant votre vie et durant vos jours, et durant la vie de toute la
maison d’Israël,
à l’instant même et dans un temps proche,

et que l’on dise : Amen !

Qu’il soit béni, loué, glorifié, élevé, exalté, honoré, magnifié et chanté
le nom du Saint – béni soit-il !
Il est au-dessus et plus haut
que toute bénédiction, hymne, louange, consolation
qu’on prononce en ce monde.

Et que l’on dise : Amen.

Ce kaddish (« prière » en araméen) marque


la fin de l’office synagogal.

286
Rien n’est beau comme un enfant qui s’endort en faisant sa prière,
dit Dieu.
Je vous le dis, rien n’est aussi beau dans le monde.
Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau dans le monde.
Et pourtant j’en ai vu des beautés dans le monde,
et je m’y connais. Ma création regorge de beautés.
Ma création regorge de merveilles…
Or, je le dis, dit Dieu, je ne connais rien d’aussi beau dans tout le
monde
qu’un petit enfant qui s’endort en faisant sa prière…
Et qui déjà mêle tout ça ensemble et qui n’y comprend plus rien…

Charles Péguy (1873-1914), « Un enfant qui s’endort en faisant sa


prière… », extrait du Mystère des Saints Innocents.

287
Prenez, Seigneur, et recevez
toute ma liberté, ma mémoire,
mon intelligence et toute ma volonté,
tout ce que j’ai, tout ce que je possède.
Vous m’avez tout donné,
je Vous rends tout, Seigneur.
Tout est à Vous, disposez-en selon Votre bon plaisir,
donnez-moi seulement ce qui me suffit,
Votre amour et Votre grâce !

Saint Ignace de Loyola.

288
Dieu des esprits qui sont en tout ce qui est chair,
Toi qui m’as fait grâce, qui as sauvé mes fils des eaux du déluge,
et ne m’as pas fait périr comme Tu l’as fait des fils de perdition,
parce que Ta miséricorde envers moi a été grande,
et grande Ta clémence à mon égard,
que Ta grâce se lève sur mes fils
et que les esprits mauvais n’aient pas de pouvoir sur eux,
pour qu’ils ne les exterminent pas sur la terre,
Toi, bénis-moi ainsi que mes fils.

« Prière de Noé contre les démons », extraite des Jubilés, textes


intertestamentaires du début de notre ère, dont on a toutefois
retrouvé des fragments dans diverses grottes de Qumrân. La
prière se situe à l’endroit du récit où les démons entreprennent de
séduire les fils de Noé.

289
Salut à toi, Ptah,
grand dieu dont la forme est cachée.
Tu t’éveilles en paix,
père des pères de tous les dieux.
[…]

Il s’éveille, le disque du ciel,


il s’éveille en paix, lui qui a fondé le Double-Pays,
les montagnes et les déserts, et les fait verdoyer par l’eau qui vient
du ciel.
En paix !
[…]

Il s’éveille, lui qui traverse l’éternité,


Seigneur qui donne sans cesse la nourriture
à celui qu’il aime.
En paix !

Hymne du matin à Ptah, dieu tutélaire de l’Égypte, qui créa le


monde avec son cœur et sa langue.

290
Si le cœur ne connaît pas ce que les lèvres murmurent, alors ce
n’est pas une prière.

Proverbe juif.

291
Mon âme désire le Seigneur et Le cherche en larmes.
Comment ne chercherais-je pas le Seigneur ?
Mon âme était heureuse avec Lui et dans la paix, et l’Ennemi n’avait
pas de prise sur moi.
Maintenant l’Esprit de malice a pris du pouvoir sur moi,
mon âme saisie d’incertitude est sous ses coups.
Aussi se languit-elle du Seigneur et Le désire à en mourir.
Mon esprit aspire à Dieu, rien sur la terre ne me réjouit plus,
rien ne peut consoler mon âme !
Je veux voir le Seigneur et me rassasier en Lui.
Je ne peux L’oublier et je crie dans l’immensité de ma peine !

Dieu, mon Dieu,


aie pitié de Ta créature qui est tombée !

Starets Silouane, Les Lamentations d’Adam.

292
Salut à vous, qui êtes dans cette salle, vous qui êtes par essence
exempts de mensonge, qui vivez de ce qui est équitable ! Me voici
venu à vous, sans péchés, sans délits, sans vilenie, sans
accusateur, sans avoir jamais sévi contre quiconque… J’ai donné du
pain à l’affamé, de l’eau à l’assoiffé, des vêtements à celui qui était
nu, une barque à celui qui n’en avait pas, et j’ai fait le service des
offrandes divines pour les dieux et des offrandes funéraires pour les
bienheureux. Alors sauvez-moi, protégez-moi, ne faites pas rapport
contre moi devant le Grand dieu.

Déclaration d’innocence devant les quarante-deux dieux de


l’Égypte, extraite du Livre des Morts des Anciens Égyptiens.

293
Au Grand Maître des destinées :
grande ouverte la porte du Ciel !
Dans les ténèbres, je chevauche d’obscures nuées.
J’ordonne aux vents déchaînés d’être mon avant-garde,
aux pluies torrentielles qu’elles inondent les poussières !
Seigneur, vous tournoyez dans votre descente,
vous franchissez Kongsang et je vous suis…
Haut est notre vol, paisible notre errance ;
chevauchant le pur éther, maîtrisant les forces cosmiques.
Vous et moi, Seigneur, tout purs, tout prompts,
nous ouvrons une voie vers le Souverain céleste…

« Prière au Grand Maître des destinées », extraite du chant 5 des


Élégies de Chu, poésies chinoises du IIIe siècle de notre ère, peut-
être antérieures. Selon l’ethnologue Rémi Mathieu, il s’agirait de
versions lettrées de chants chamaniques. On y voit l’âme de
l’orant suivre le Grand Maître des destinées vers le Souverain
céleste.

294
Ah Seigneur ! donnez-moi la force et le courage
De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !

Charles Baudelaire, « Un voyage à Cythère », Les Fleurs du Mal.

295
Celui dont la prière n’est pas pure de pensées n’a pas d’arme pour
le combat. Je parle de la prière qui œuvre intarissablement dans les
profondeurs inaccessibles de l’âme, afin que par l’invocation du
Christ soit fustigé et soit brûlé l’adversaire qui nous combat en
secret.

Hésychius de Batos. Selon certaines indications, il fut prêtre à


Jérusalem jusqu’en 333, mais selon la Patrologie de Migne, ce
serait un abbé qui vécut au VIIe ou au VIIIe siècle au monastère
du Buisson-Ardent, au Sinaï.

296
Ne pourrais-je enfin penser aux autres, penser à d’autres que mes
ennemis ! Mais l’horreur de la vieillesse, c’est d’être le total d’une vie
– un total dans lequel nous ne saurions changer aucun chiffre. J’ai
mis soixante ans à composer ce vieillard mourant de haine. Je suis
ce que je suis ; il faudrait devenir un autre. Ô Dieu, Dieu… Si vous
existiez !

François Mauriac, extrait du Nœud de vipères.

297
La prière est une conversation avec Dieu.

Proverbe juif.

298
Incline vers Toi, ô Dieu,
ce peu de chose que Tu as voulu que je sois.
De ma pauvre existence,
je Te supplie de prendre les années
qui me restent à vivre.

Quant à celles que j’ai perdues,


j’en éprouve humiliation et repentir.
Veuille ne pas dédaigner mes regrets.

Désormais, il n’y a plus en moi


que le désir de sagesse
et un cœur que je T’offre.

« Prière du grand âge », par saint Bernard de Clairvaux (1190-


1153), fondateur de l’ordre des cisterciens.

299
Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.

Alphonse de Lamartine.

300
Resplendissant ! Je vois en ta personne
tous les dieux assemblés ainsi que tous les êtres.
Je vois le Créateur sur son lotus,
le roi du ciel, les sages, les serpents célestes.
Je ne vois à ta forme ni début, ni centre, ni fin.
Ta force est sans égale et tes bras sont sans nombre.
Tes yeux sont le Soleil et la Lune
et je peux discerner ton visage de gloire,
brûlant les mondes de ses rayons de flammes
comme le feu sacré dévore les victimes.
Bras puissant ! Ta forme m’apparaît immense
avec tous ces membres et tous ces yeux,
tous ces visages, toutes ces formes, tous ces ventres et ces dents
terribles…

« Adresse du Conquérant-de-la-Richesse à l’Être divin », extraite


de la Bhagavad-gîtâ, XI, 10-16.

301
La croix du ciel me protège
et la force de la foi,
Très Sainte Trinité,
Jésus Marie Joseph.
Arrête-toi, bête féroce,
moi je suis né avant toi,
car je suis fils de Dieu
et toi pas.

Cette oraison indienne, courante dans le sud du Pérou, doit être


prononcée très vite lorsqu’on est attaqué par des forces
maléfiques.

302
Seigneur ! Je ne sais pas que Te demander. Tu es seul à savoir ce
qui m’est nécessaire. Tu m’aimes davantage que je ne puis m’aimer
moi-même. Accorde-moi, à moi Ton serviteur, de voir ce que je suis
incapable de demander par moi-même. Je n’ose demander ni la
croix ni la consolation. Je me tiens seulement devant Toi. Mon cœur
T’est ouvert. Tu vois les besoins que j’ignore. Vois et agis selon Ta
miséricorde. Frappe-moi et guéris-moi. Terrasse-moi, relève-moi. Je
révère Ta volonté et je me tais devant Toi, devant Ta volonté sainte,
devant Tes arrêts impénétrables. Je me
donne à Toi entièrement. Il n’y a en moi ni volonté ni désir, si ce n’est
le désir d’accomplir Ta volonté. Enseigne-moi à prier. Prie Toi-même
au-dedans de moi.

« Prière de l’abandon à Dieu », par Philarète Drozdov (1783-


1867), métropolite de Moscou, auteur d’un Catéchisme et l’une
des personnalités majeures de l’Église
orthodoxe russe au XIXe siècle.

303
Et si tu n’étais Dieu, j’établirais encore
sur Rien la primauté spirituelle,
car Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants.
Ne peuvent plus mourir les morts ressuscitant.

Pierre Jean Jouve, extrait de « Résurrection des Morts », in Gloire


1940.

304
Ô mon Dieu ! J’agenouille à tes pieds mes victoires.
Hamlet, Lear, à genoux ! À genoux, Roméo !
Courbez-vous, mes drapeaux, devant le Dieu des gloires,
Vous chantiez homini, la tombe dit Deo.

Victor Hugo, extrait des Tables tournantes de Jersey.

305
Voisin, ami, compagnon, tout est Lui.
Dans le froc grossier du mendiant et la soie des rois, tout est Lui.
Dans la foule de la séparation et dans la solitude du recueillement,
par Dieu ! Tout est Lui, et par Dieu ! Tout est Lui.

Mewlana Abd el-Rahman Jâmi, « Hymne »

306
Je t’implore, ô mon père ! Prends pitié de moi, de mon Oreste chéri,
fais-le revenir en cette contrée. Aujourd’hui nous sommes errants,
trahis par celle qui nous a mis au monde et qui pour époux a pris à
ta place Égisthe, le complice de ta mort. Moi, je compte ici comme
une esclave ; Oreste a été chassé de ses biens, il vit en exil ; mais
eux, au sein des plaisirs, ils jouissent insolemment du fruit de tes
travaux. Fais, je t’en supplie, qu’Oreste revienne triomphant en ces
lieux. Écoute aussi, ô mon père ! mes vœux pour moi : donne-moi
un cœur plus chaste que celui de ma mère, des mains plus pures.

Eschyle, « Imploration d’Électre aux mânes de son père », extrait


des Choéphores. Ce texte, comme d’innombrables autres, montre
que les Anciens priaient aussi les morts. Électre prie ici son père,
le roi Agamemnon, assassiné par sa femme Clytemnestre avec la
complicité d’Égisthe.

307
Mon dieu, mon bien-aimé,
il m’est doux de plonger,
de me baigner devant toi.
Que je te laisse voir ma beauté
dans ma tunique de lin royal,
quand elle est mouillée.
J’entre dans l’eau avec toi,
je viens vers toi.
Splendide, un poisson rouge
frétille dans mes doigts.
Allons, viens avec moi, regarde-moi.

« Prière amoureuse d’une Égyptienne antique


à la divinité », texte du Nouvel Empire.

308
Puisses-tu nous apparaître, Rudra, habitant des montagnes,
sous cette forme qui est tienne et ne suggère rien de mauvais,
qui nous est bénéfique et ne nous terrifie pas,
qui envers nous est bienveillante.

Ô toi qui vis dans les montagnes, protecteur des montagnes !


Rends favorable cette flèche que tu tiens à la main,
prête à être lancée,
qu’elle ne blesse ni homme, ni chose.

« Prière au dieu terrible Rudra », extrait des Shvetâshvatara


Upanishad, III, 3, 5-6.

309
Notre Dieu et Dieu de nos pères, bénis-nous de la triple bénédiction
écrite dans Ta Loi par Ton serviteur Moïse et récitée par tes saints
prêtres Aaron et ses fils.
Que l’Éternel te bénisse et te prenne en Sa garde !
Que l’Éternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable !
Que l’Éternel tourne Sa face vers toi et te donne la paix !

Bénédiction des prêtres juifs.

310
Salut, vrai corps de dieu éblouissant aux larmes
qui renaît, salut vrai corps de l’homme
enfanté du Triple esprit par la charité.

Pierre Jean Jouve, extrait de Noces.

311
Je vous rends grâce, Christ Jésus, pour l’amour ineffable qui vous a
porté à mourir pour racheter le genre humain, et je vous prie de ne
pas permettre que votre sang sacré ait été répandu en vain pour
moi. Que votre corps nourrisse toujours mon âme, que votre sang
vivifie mon esprit afin que, croissant peu à peu en vertus, je
devienne un membre digne de votre corps mystique, qui est l’Église,
et que jamais je ne me sépare de l’alliance sacrée que vous avez
conclue avec vos disciples élus à la dernière Cène, en distribuant le
pain et en présentant le calice, et par eux avec tous ceux que le
baptême a introduits dans votre société.

« Prière à Jésus », par Érasme de Rotterdam (1469-1536), auteur


du célèbre Éloge de la folie. Il s’opposa à Luther, bien qu’il fût
partisan d’une réforme du christianisme axée sur le
développement du sens moral et l’assouplissement du
dogmatisme.

312
Ô Dieu, c’est en paix que je me suis reposé ;
fais que je passe en paix cette journée.
Tu as préparé en paix le chemin que je suivrai,
fais que sur ce chemin je marche droit.
Si je parle, ôte la calomnie de mes lèvres ;
si j’ai faim, enlève-moi le murmure ;
si je suis dans l’abondance, détruis en moi l’orgueil.
Que je passe cette journée en T’invoquant,
Toi, Maître qui ne connais pas d’autre maître !

Prière du matin des Galla d’Éthiopie et du Kenya, citée par Louis-


Vincent Thomas.
On y perçoit une nette influence chrétienne.

313
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Voltaire, « À l’auteur du livre des Trois Impostures » (le baron


d’Holbach), Épîtres.

314
Ô Notre-Dame, Mère de Dieu,
par qui l’Éternel est né,
l’Absolu devient et l’Éternel grandit !

Salut, ô Notre-Dame, Mère de Dieu


par qui l’Incorporel s’incarna pour nous,
l’Intemporel commence
et l’Inaccessible est contenu !

Salut, ô Notre-Dame, Mère de Dieu,


par qui la Vie commence à vivre,
Celui qui est sans prix est mis à prix,
celui qui est sans chair s’incarne !
[…]

Salut, ô Notre-Dame, Mère de Dieu,


par qui vint le plus beau des enfants des hommes !

Saint Jean Damascène, « Prière à Notre Dame ».

315
Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car Il pleure.
Vous qui souffrez, venez à Lui, car Il guérit.
Vous qui tremblez, venez à Lui, car Il guérit.
Vous qui passez, venez à Lui car Il demeure.

Inscription de Victor Hugo au bas d’un crucifix.

316
Quel est le pouvoir du Grand Roi sur la terre ?
Il a le pouvoir de faire pousser les plantes et de donner au ciel ses
teintes variées.
Saluons le pouvoir du Grand Roi.
Quel est le pouvoir du Grand Roi sur la terre ?
Il a le pouvoir de peupler la terre, de créer rois et sujets.
[…]

Le pouvoir du Grand Roi n’a pas de limites.

Hymne des Pascuans au Grand Roi, texte trouvé sur une tablette
dite « Rongo Rongo » de l’île de Pâques, antérieure à la
christianisation.

317
Vous nous avez unis, Seigneur, et vous nous avez séparés quand il
vous a plu. Ce que vous avez commencé dans la miséricorde,
achevez-le aujourd’hui dans un comble de miséricorde, et ceux que
vous avez un jour séparés l’un de l’autre en ce monde, unissez-les
pour toujours dans le Ciel, ô notre espérance, notre partage, notre
attente, notre consolation.

« Prière des amants séparés », extraite des Epistola,


correspondance de Pierre Abélard (1079-1142), philosophe et
théologien, avec Héloïse. Abélard se vit condamné à être
émasculé sur ordre de l’oncle de la jeune femme.

318
Je ne demande rien qu’un été, ô Puissantes, et qu’un automne
encore où mûrissent mes chants, afin qu’il en coûte moins à mon
cœur, dans le rassasiement du jeu charmant, de mourir ensuite.
[…]
Alors je sourirai au monde silencieux des ombres…

Hölderlin, « Prière aux Parques ».

319
Vous cherchez Dieu ? Alors cherchez-le dans l’homme. Sa divinité
se manifeste dans l’homme plus que dans tout autre objet. Cherchez
un homme qui déborde de l’amour de Dieu, un homme qui ait soif de
Dieu, un homme ivre de son amour. Dans un tel homme, Dieu s’est
incarné.

Gadadhar Chattopadhyaya Ramakrishna (1834-1886), brahmane


bengali qui prêcha l’unité de toutes les religions.

320
L’homme prie pour obtenir le mal, comme il prie pour le bien.
L’homme est toujours trop pressé.

Le Coran, sourate xvii, 12.

321
Toi qui nous as aimés le premier, ô Dieu,
hélas, nous le disons comme si Tu ne nous avais aimés le premier
qu’une seule fois, historiquement,
alors que sans cesse, au long des jours et de la vie,
Tu nous aimes le premier.
Quand nous nous éveillons le matin
et que nous tournons notre âme vers Toi,
Tu es le premier…
[…]
Quand je me retire de la distraction
et recueille mon âme pour penser à Toi,
Tu es le premier.
Et ainsi toujours,
et nous parlons en ingrats,
comme si Tu ne nous aimais le premier
qu’une seule fois.

Sören Kierkegaard.

322
Sources

La « Prière de repentir babylonienne » et la « Prière du conjurateur


akkadien » sont tirées des Prières akkadiennes, traduites par Marie-
Joseph Seux ; les deux « Hymnes à Amon », ainsi que la « Prière
d’un malade dans l’Égypte ancienne », des Hymnes et prières aux
dieux de l’Égypte, traduits et présentés par André Barucq, in Prières
de l’Ancien Orient, Le Cerf, 1989. ◊ La « Prière des Indiens Apaches
» avant le combat et la « Prière de grande détresse des Indiens
Cheyenne pour le temps de famine » sont tirées de Mœurs et
Histoire des Peaux-Rouges, de René Thévenin et Paul Coze, Payot,
1977. ◊ La « Prière pour le Vendredi Saint », la « Prière du soir », le
« Psaume pour demander la protection divine contre les méchants »
et la « Prière du prêtre pour le baptême des adultes » sont tirés de
The Book Of Common Prayer, Everyman Library, Cambridge
University Press, Cambridge, 1999. ◊ La « Prière des Indiens Mayas
Quichés » est tirée du Popol Vuh, Albin Michel, 1991. ◊ La « Prière
du Hogon des Dogon » est tirée de Dieu d’Eau, entretiens avec
Ogotemmêli, de Marcel Griaule, Fayard, 1966. ◊ La « Prière des
Anglais chrétiens à la déesse-mère des moissons » est tirée de The
Goddess Obscured, de Pamela Berger, Beacon Press, Boston,
1985. ◊ La « Prière à Rê Harakhtès », la « Prière à Ahoura Mazda »
et l’« Adoration de Hathor » sont tirées de Les Voix du Sacré, textes
traduits et présentés par Gérard Chaliand, Robert Laffont, 1992. ◊ La
« Prière védique à l’Arrangeur et aux gens en deuil », la « Prière
pour les désirs », la « Prière de Vasistha à Varouna », la « Prière aux
dés », les « Hymnes aux génies du ciel », les Asvins, l’« Hymne au
dieu de la tempête », ont été traduits en français et adaptés par
Gérald Messadié d’après la traduction anglaise de Wendy Doniger
O’Flaherty de The Rig Veda, Penguin Classics Londres, 1981. ◊ «
Que je meurs de ne pas mourir… » est tiré du poème du même
nom, in Poésies complètes de Saint Jean de la Croix, traduction

323
Bernard Sesé, Les Cahiers Obsidiane, 1983. ◊ La « Prière des Fon
au génie Fa avant le sacrifice d’un cabri », la « Prière des Sara du
Tchad adressées aux défunts pour la levée du deuil » (recueillie par
le R.P. Fortier), la « Prière de malédiction Ewe », la « Prière des
Bushmen à l’étoile Canope », le « Chant des femmes Masaï », la «
Déploration des Fang sur la mort », la « Prière Ba-luba », la « Prière
initiatique des Moba », la « Prière de l’orphelin chez les Guin »
(recueillie par R. Somé) sont tirés des Religions de l’Afrique noire,
de Louis-Vincent Thomas et René Luneau, Arthème Fayard, 1969. ◊
La « Prière à Hermès » est tirée de La Magie dans l’Antiquité gréco-
romaine, de Fritz Graf, Les Belles Lettres, 1994. ◊ La « Prière de
vengeance scandinave » est tirée de La Mort chez les anciens
Scandinaves, de Régis Boyer, Les Belles Lettres, 1994. ◊ La «
Prière d’une amoureuse d’Égypte » et l’« Adresse d’un Chypriote
aux démons infernaux » sont tirées de Sorciers grecs, d’André
Bernand, Fayard, 1991. ◊ L’« Adresse à Dieu » de sainte Thérèse
d’Avila est extraite de sa Vie écrite par elle-même, Stock, 1981. ◊ La
« Prière de Balahvar » est tirée de La Sagesse de Balahvar, une vie
christianisée du Bouddha, traduit du géorgien, présenté et annoté
par Annie et Jean-Pierre Mahé, Gallimard, 1993. ◊ La « Prière des
Indiens Hopi en voyage » est tirée de Le Folklore des Peaux-
Rouges, de H. R. Rider, Payot, 1976. ◊ L’« Invocation à la déesse
Yang Tchénma » et l’« Invocation aux gourous et Dakinis » sont
tirées de Textes tibétains inédits, d’Alexandra David-Neel,
Pygmalion, 1977. ◊ L’« Incantation au Prince Féroce » est tirée de
The Golden Bough, de sir James George Frazer, MacMillan, New
York, 1950. ◊ La « Prière tibétaine » et la « Prière du contemplateur
des divinités » sont tirées du Livre des Morts tibétain, Christian de
Bartillat, 1995. ◊ Les extraits des « Trois Oraisons » sont tirés de La
Méthode d’oraison hésychaste, d’Irénée Hausherr, S.J., Pont.
Institutum Orientalium Studiorum, Rome, 1927. ◊ La « Prière de
Bruno de Cologne » est tirée de La Tradition cartusienne, textes
choisis et présentés par Dom G.M. Oury, C.I.D. Chambray, 1978. ◊
La « Prière de Sedrach » est tirée de l’Apocalypse de Sedrach, in
Écrits apocryphes chrétiens, Gallimard, 1997, de même que la «
Prière d’Esdras », tirée de l’Apocalypse d’Esdras ; l’« Ode de
Salomon », tirée des Odes de Salomon ; la « Prière de Pierre sur sa

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croix », tirée des Actes de Pierre ; la « Prière de l’apôtre André
demandant à ne pas être délivré de sa croix », tirée des Actes
d’André grecs ; la « Prière de l’âme quand elle monte au ciel », tirée
de l’Évangile grec de Philippe ; et la « Prière de Jésus », tirée de
l’Épître des Apôtres. ◊ La « Prière à Amon » est reprise de la
traduction de Serge Sauneron, in Karnak d’Égypte, domaine du
divin, par J. Lauffray, CNRS, 1979. ◊ La « Prière sikh au Seigneur »
est tirée de Sikhism and Christianity, A Comparative Study, de W.
Owen Cole et P.S. Sambhi, Macmillan, Basingstoke et Londres,
1993, traduite en français et adaptée par G. Messadié. ◊ La « Prière
pour le salut sur le Chemin dangereux du Bardo » est tirée de The
Tibetan Book of the Dead, traduction et commentaires de Francesca
Fremantle et Chögyam Trungpa, Shambhala éd., Boston et Londres,
1987, traduite en français et adaptée par G. Messadié. ◊ Les «
Requêtes du brahmane Pingiya à Bouddha et réponses de celui-ci »
sont extraites de The Sutta-Nipâta, traduction anglaise du pali de H.
Saddhatissa, Curzon Press, Londres, 1985, traduite en français et
adaptée par G. Messadié. Le texte « Sur ceux qui cherchent Allah »
est tiré de Les Voies d’Allah, sous la direction d’Alexandre Popovic
et de Gilles Veinstein, Fayard, 1996. ◊ La « Prière de Mère Teresa »
et « Jésus, toi qui as souffert ! » sont tirés de Au cœur du monde, de
Mère Teresa, La Table Ronde, 1995. ◊ La « Prière pour le Mercredi
des Cendres » est tirée de A Prayer For All Seasons, The
Lutterworth Press, Cambridge, 1999, traduction et adaptation de G.
Messadié. ◊ L’« Adresse au dieu indéchiffrable » et la « Lamentation
d’un mortel », traductions de G. Chaliand, sont tirées du codex
florentin Cantares Mexicanos, Mexico, 1967. ◊ La « Prière au Christ
» de Thalassius l’Africain, la « Relation de Théophane le Climaque »
et la citation d’Hésychius de Batos sont tirées de La Philocalie,
textes présentés par Olivier Clément, Desclées de Brouwer/J.-Cl.
Lattès, 1995. ◊ La « Méditation pour le labeur des femmes en
couches » est tirée de Seven Sobs of a Sorrowful Soul, de William
Hunnis. ◊ La « Prière au Soleil du sorcier grec d’Égypte » est
reproduite dans La Magie dans l’Antiquité gréco-romaine, de Fritz
Graf, Les Belles Lettres, 1994. ◊ La « Prière du sénateur romain
Cassiodore » est reprise de Prières chrétiennes de la vie liturgique à
la prière personnelle, Desclées & Cie, 1962. ◊ L’anecdote sur

325
Confucius et « Tang a dit… » sont tirés des Entretiens de Confucius,
traduction de Pierre Ryckmans, préface d’Étiemble, Gallimard, 1987.
◊ La Prière d’Édouard VI d’Angleterre et le « Benedictus » sont tirés
de The First and Second Prayer Books of Edward VI, The Prayer
Book Society, Londres, 1999, traduction et adaptation de G.
Messadié. ◊ La « Prière du don », de Massillon, est tirée de La
Spiritualité bérullienne, CID, Chambray, 1983. ◊ La « Prière pour
demander la lumière », de Tikhon de Zadonsk, est tirée de Des mots
pour prier, prières des grands orants, rassemblés par Jean Dorcase,
Le Cerf, 1988. ◊ Le texte « Sur les incantations pour les âmes des
assassinés » est tiré de Études sur la religion romaine, de Pierre
Boyancé, École française de Rome, 1972. ◊ La « Récitation de
l’officiant dans la cérémonie taoïste d’invocation des morts » et la «
Récitation du prêtre taoïste pour un exorcisme » sont tirées de « Les
têtes tombent par milliers – Le fachang, rituel exorciste du nord de
Taïwan », de John Lagerwey, in L’Homme, janvier-mars 1987. ◊ L’«
Hymne des esséniens à la Création divine et au destin de l’homme »
est repris de La Bible, écrits intertestamentaires, Gallimard, 1987. ◊
La « Déclaration d’innocence devant les quarante-deux dieux de
l’Égypte » est tirée du Livre des Morts des anciens Égyptiens,
traduction de Paul Barguet, Le Cerf, 1979. ◊ L’« Oraison indienne
contre les forces maléfiques » est reprise des Appeleurs d’âmes, de
Sabine Hargous, Robert Laffont, 1975. ◊ L’« Appel à la prière chez
les harristes africains » et la « Prière des kimbanguistes » sont tirés
de Rencontre du christianisme avec l’Afrique noire, in Les
Croyances du monde – Afrique noire, Amérique, Océanie, Brepols,
1991. ◊ La « Prière avant la fin » de saint Jean Damascène est tirée
de La Prière des Pères de l’Église, CLD, Chambray, 1979. ◊ La «
Prière dite de l’apôtre Paul » est reprise de Nag Hammadi – Textes
gnostiques aux origines du christianisme, présentés par Raymond
Kuntzmann et Jean-Daniel Dubois, Cahier Évangile, n° 58, 1987.
Les sources de tous les autres textes sont indiquées dans les notes.
Les traductions et adaptations de certains textes et les traductions
de John Donne, d’Edmund Spenser, de William Hunnis, de Rupert
Brooke, de Byron, de Wordsworth, de Longfellow, de Hölderlin et de
Novalis, ainsi que de Pindare, sont de Gérald Messadié.

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