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UNIVERSITE OMAR BONGO

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FACULTE DE DROIT ET DES SCIENCES ECONOMIQUES
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DEPARTEMENT D’ECONOMIE
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Cours d’Histoire de la Pensée Economique


Introduction générale
1-Définition 
Le terme économie vient du grec oîkos qui veut dire maison et nomos qui
signifie loi. C’est pourquoi, on considère dans la Grèce antique que l’économie
domestique porte sur les règles d’administration de la maison.

Avec la constitution de l’état moderne émerge à la fin du 15iéme siècle le


concept d’économie politique qui justifie la continuité entre l’économie
domestique et l’administration d’économique de l’Etat. Précisément, le terme
économie politique apparait en 1615 dans un traité d’Antoine de
Montchrestien avec l’avènement du mercantilisme, l’économie politique
devient une branche de l’art du gouvernement.

A la fin des années 1760, l’économie atteint une nouvelle dimension sous
l’impulsion des physiocrates qui utilisent les termes d’économie générale, des
sciences économiques.

Selon cette nouvelle approche, l’économie politique est définie comme


l’étude de la production, de la répartition et de la consommation des richesses
dans une société. Cette nouvelle définition a deux caractéristiques :

Premièrement, la science économique vise à établir des principes entendus


comme des lois scientifiques du fonctionnement d’un système.

Deuxièmement, le glissement de l’art de gouverner les Etats à la science


de l’enrichissement des nations conduit à assigner à celle-ci la tâche de donner
un fondement rationnel à une vision doctrinale. C’est l’avènement du laisser-
faire qui est la règle dans un système d’économie libérale.

La révolution marginaliste des années 1870 modifie cette approche avec


le concept d’agent économique. Léon Walras propose alors une trilogie
découlant de sa définition de la richesse sociale : « l’ensemble des choses rares
c’est-à-dire utiles et en quantité limité ». Puisque leur rareté rend ses choses
appropriables, échangeables et multipliables; l’économie politique peut-être
selon Walras diviser en trois domaines distincts :

Le premier domaine est appelé la théorie de la propriété et de la justice,


encore appelé l’économie sociale ;

Le deuxième est la théorie positive de la valeur d’échange ou économie


pure ;

Enfin, le troisième est la théorie de l’organisation de la production ou


économie appliquée.

Plus tard, contre une théorie économique keynésienne privilégiant


l’étude des relations macroéconomiques pour fonder une philosophie
sociale marquée par l’intervention économique de l’Etat, la micro-économie
enrôle alors l’individu rationnel, déjà transformé en agent économique
marginaliste, pour en faire un homo economicus, dégagé de toute
détermination sociale. Cette transformation émancipe complètement la
théorie pure par rapport à la morale sociale, et la neutralisation de ce dernier
change la définition même de l’économie : l’économie politique, qui était
depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle la science de la production, de la
répartition et de la consommation des richesses dans une société donnée, est
définie à présent comme : « la science qui étudie le comportement humain
comme relation entre des fins et des moyens rares à usages alternatifs »
(Robbins).

2-Les principaux débats dans l’histoire de la pensée économique

2.1-Les débats entre approche réelle et approche monétaire


La distinction entre l’approche réelle et l’approche monétaire résulte
de deux façons différentes, constatées dans l’histoire de la pensée
économique, d’envisager d’un point de vue théorique la monnaie dans
l’économie marchande. L’une, apparue dès Adam Smith avec la théorie
classique de la valeur, relève de ce que Don Patinkin (1956) a appelé une
approche « dichotomique ». Elle consiste à déterminer d’abord les
caractéristiques essentielles de l’économie par une théorie réelle de la valeur
(dont l’objet est de déterminer le système de prix relatifs), élaborée en
faisant abstraction de la monnaie, et à introduire ensuite la monnaie dans
cette théorie à travers l’une de ses fonctions.
L’autre approche, qu’on peut qualifier de « monétaire », a été
défendue par des économistes préclassiques dès le XVI e siècle et plus tard
par les auteurs critiques de la théorie réelle de la valeur, tels que Marx,
Keynes et certains de leurs continuateurs modernes. Elle considère la
monnaie comme un élément fondamental et inéliminable de la
représentation d’une économie marchande, puisqu’elle est ce en quoi on
paie et on compte.

2.1.1-Approches réelle et monétaire jusqu’au début du XXème siècle

Le mercantilisme est le premier courant de l’histoire de la pensée


économique a consacré une analyse sur la monnaie. En effet, pour les auteurs
mercantilistes, la monnaie est la forme de l’enrichissement des nations. Elle est
également un objet du pouvoir régalien et le commerce extérieur est le champ
d’expansion des marchands et de confrontation entre les souverains. L’économie
politique devient ainsi la branche de l’art du gouvernement visant à
l’enrichissement de la nation par un commerce extérieur contrôlé,
l’encouragement de l’emploi par la protection des industries nationales, et à la
stimulation de l’activité interne par la circulation de liquidités suffisantes et à la
valeur stable.
Cette vision monétaire et interventionniste sera rejetée par Adam Smith,
influencé par le courant français de la physiocratie, dont il retient la croyance en
un ordre naturel. Adam Smith fonda une école classique, dont l’apogée fut
atteint au début du XIXe siècle avec David Ricardo (1817- 21) qui illustra
l’approche réelle et libérale par un système d’économie politique reposant sur
une théorie des prix relatifs et de la répartition des revenus. Si cette approche,
parée de l’autorité de Ricardo, établit sa domination, elle fut progressivement
dépouillée de ses fondements analytiques, qui, paradoxalement, subsistèrent au
sein d’une approche monétaire et critique de l’économie de marché, élaborée par
Karl Marx (1867).

La « révolution marginaliste » des années 1870 conserva l’approche réelle


et libérale, mais la fonda sur une autre théorie de la valeur que celle de Ricardo :
l’utilité marginale et la loi de l’offre et de la demande devinrent les outils
privilégiés de l’analyse économique. Le marginalisme s’imposa sous sa version
« anglo-saxonne », influencée davantage par Alfred Marshall (1890) que par
Stanley Jevons (1871) ; une version « autrichienne », élaborée par Carl
Menger (1871). Une troisième version plus complète, fondée par le français
Léon Walras (1874-1900) sur le concept d’équilibre général. Enfermé dans les
débats internes, le marxisme fut progressivement relégué hors de l’enseignement
de la science économique.

Ce survol de l’histoire de la pensée économique jusqu’au début du XX e


siècle montre que l’évolution de la pensée économique à partir d’Adam Smith a
été dominée par une approche réelle, incarnée dans deux théories successives de
la valeur : la théorie classique et la théorie marginaliste. Pour importants qu’ils
aient pu être à certaines périodes, les débats sur la monnaie sont demeurés
périphériques, sans doute parce que les pays économiquement avancés, où
s’élabore la science économique connaissent jusqu’a 1914 une grande stabilité
monétaire. Il n’en va plus de même après la première guerre mondiale, et les
ravages de l’inflation et de la déflation forceront les économistes à prendre la
monnaie au sérieux ; ce sera en particulier le cas avec Keynes en 1936.

2.1.2-Les deux conceptions de la monnaie

Fonctionnellement, la monnaie est non seulement l’instrument dans lequel


on effectue le paiement, mais encore celui dans lequel on mesure ce qui est
payé : elle est à la fois moyen de paiement et unité de compte. Dans sa première
fonction, elle se présente comme objet concret (une pièce, un billet) ; et dans la
seconde (le franc, l’euro ; unité monétaire), elle a dans la pratique même ce
caractère abstrait qui la prédispose à la conceptualisation théorique.

Cette conception instrumentale de la monnaie est le corollaire d’une


vision libérale de la société où le marché est le seul régulateur. Elle conduit à
disqualifier le prince de tout rôle de coordination entre les agents privés, puisque
ceux-ci sont tous des marchands, liés naturellement entre eux dans la « société 
commerçante » d’Adam Smith. Elle réduit ainsi la monnaie à un simple voile
qui habille les échanges et qu’il convient d’écarter pour analyser la réalité des
phénomènes économiques.

Une autre conception de la monnaie est institutionnelle et


interventionniste. Pour elle, la monnaie n’est pas un appendice du marché, mais
l’institution minimale sans laquelle celui-ci ne pourrait exister et qui permet
d’agir favorablement sur l’ensemble de l’économie. Seule la puissance publique
peut garantir l’émission de la monnaie, mais le succès de son intervention n’est
pas assuré, en raison d’une tendance des agents à considérer la monnaie autant
comme la richesse que comme moyen de paiement. Quand cette tendance à la
thésaurisation est trop forte, l’activité économique se ralentit et le chômage
s’accroit.
2.2-Le clivage entre macroéconomie et microéconomie

En 1936 est publiée par John Maynard Keynes « The General Theory »,
qui constituait à la fois une critique de la théorie de l’équilibre global contenue
dans le marginalisme, et une démonstration de l’incapacité de l’économie de
marché à assurer le plein-emploi. La nouvelle théorie renouait avec une
approche monétaire et interventionniste. Elle donna naissance à un nouveau
courant, le Keynésianisme, dont le modèle IS-LM, présenté par John Hicks dès
1937, constitua le cadre d’exposition.

2.2.1-Le « no bridge »

Après la redécouverte par Hicks (1939) de la théorie de Walras, le champ


de la science économique fut divisé en deux : la micro-économie, concernant
l’allocation des ressources, les prix relatifs et la répartition, et fondée sur
l’équilibre général walrasien, et la macro-économie, concernant l’activité
économique d’ensemble, l’emploi et la monnaie, et fondée sur l’équilibre global
Keynésien. A cette division théorique correspondait une division pratique du
travail, l’économie de marché étant chargée de l’égalisation des offres et des
demandes par branches d’activité, et l’Etat étant chargée de la régulation
conjoncturelle du niveau global d’activité. Dans les années 1950, cette division
de l’économie fut complétée par l’introduction de la dynamique, qui se fit, du
côté de la micro-économie walrasienne, par Kenneth Arrow et Gérard Debreu
(1954), et, du côté de la macro-économie Keynésienne, par Roy Harrod (1939)
et Robert Solow (1956).

Ce partage des taches, qualifié de synthèse néo-classique et dont Paul


Samuelson fut l’incarnation par son œuvre abondante dès les années 1940,
juxtaposait plus qu’il n’intégrait les composantes micro et macro de la science
économique, ainsi que la défense du marché et l’intervention de l’Etat. Malgré
cette faiblesse, il demeura jusqu’au milieu des années soixante, où il fut remis en
cause.

2.2.2-Les fondements microéconomiques de la macroéconomie

Une deuxième remise en cause vint de la théorie du déséquilibre, qui, à la


suite de Robert Clower (1965), s’efforça d’intégrer les idées de Keynes et de
Walras en une théorie plus générale. Mais le coup fatal fut porté par le
monétarisme, défendu par Milton Friedman (1956,1968), et dont la critique des
politiques monétaires orientées vers la recherche du plein-emploi déboucha sur
le rejet pur et simple de la macro-économie Keynésienne par les Nouveaux
classiques regroupés autour de Robert Lucas (1973). Ce rejet suscita, à partir
des années 1980, une réaction d’autres économistes se présentant comme
Nouveaux keynésiens, cherchant à retrouver des résultats qualifiés de
keynésiens à partir des fondements microéconomiques adaptés.

Le cours est organisé en quatre parties : la première partie porte sur la


période pré-industrielle. Elle comporte deux chapitres, à savoir le mercantilisme
(chapitre 1) et la physiocratie (chapitre 2). La deuxième partie est consacrée à la
période de la révolution industrielle. Elle est composée de quatre (4) chapitres :
l’économie politique de Smith (chapitre 3), le système de Ricardo (chapitre 4),
la théorie économique de Marx (chapitre 5) et l’école marginaliste (chapitre 6).
La troisième partie étudie la période de l’entre-deux-guerres, déclinée sur deux
chapitres, instabilité du capitalisme et prééminence du marché (chapitre 7),
l’économie keynésienne. Enfin, la quatrième partie est consacrée à l’histoire de
la pensée économique au cours des dernières décennies. Elle s’articule
également autour de deux chapitres : l’école de la synthèse et les remises en
cause en économie (chapitre 9), la relation inflation-chômage (chapitre 10).

Première partie : la période pré-industrielle

Cette période est marquée par le développement du mercantilisme, d’une


part, celui de l’école physiocratique, d’autre part.

Chapitre 1 : Le mercantilisme


Le mercantilisme se développe entre les années 1530 et 1739. Par ailleurs,
il est marqué par une diversité des courants.

Section 1 : Les principales écoles mercantilistes


Les principales écoles sont : le mercantilisme Espagnol, Français, Anglais
(commercialiste) et enfin le mercantilisme fiduciaire.

1.1-Le mercantilisme Espagnol


Du 16 ème au 17 ème siècle, les empires coloniaux espagnol et portugais ne
forment qu’une seule nation puisque le Portugal s’est réuni avec l’Espagne après
que le roi PHILIPE II ait envahit le Portugal.

Le mercantiliste est le fait de la noblesse Espagnole. IL se développe dans le


cadre de la colonisation de l’Amérique Latine. L’Espagne contrôle l’exploitation
des mines d’or et d’argent  au Mexique, au Pérou et en Bolivie et l’or arrive en
Espagne par bateau entier. Selon les estimations, entre 1500 et 1600, la quantité
d’or importée des colonies d’Amérique Latine aurait été multipliée par 8 en
Europe. Pour conserver cet or, tous les moyens sont mis en œuvre. C’est ainsi
que sont développées les doctrines défensives et thésaurisatrices. Pour parvenir à
conserver l’or, l’Espagne a recours à l’interdiction de sortie d’or, puis à
l’interdiction des exportations :

-interdiction des sorties d’or : dans un premier temps, les sorties d’or sous
quelque forme sont prohibées. Or comme la quantité d’or en Espagne ne cesse
d’augmenter, il y a surabondance des prix, ce qui conduit à l’augmentation des
prix ;

-interdiction des importations : comme il faut payer ces importations en or,


cela provoque des sorties de métal. On décide alors de recourir au
protectionnisme pour limiter les importations ;

-interdiction des exportations : au lieu de favoriser les exportations, ce qui


aurait permis de faire rentrer l’or, on les interdit de sorte que l’or ne s’échappe
sous couvert d’exportations de marchandises.

Les conséquences de ces politiques sont l’inflation et la pénurie.

1.2-Le Mercantilisme français


Il est l’œuvre de certains auteurs tels que Jean Bodin (1530-1596), Antoine
de Montchrestien (1575-1621) et Jean Batiste Colbert (1621-1683°. Il s’agit
d’enrichir l’Etat plus par le développement industriel que commercial.

Pour Bodin et Montchrestien, la richesse est la valeur suprême. C’est la fin


ultime de la vie sociale. C’est pourquoi, ces auteurs se sont préoccupés par la
recherche des conditions de la richesse d’un Etat.

Colbert va mettre en pratique cette idée. En effet, il développe l’industrie en


créant des manufactures d’Etat (entreprises publiques) ou en octroyant des
monopoles d’exportation à des entreprises privées. Les nouvelles industries sont
protégées de la concurrence étrangère grâce à des droits de douane prohibitifs.
Cette politique dirigiste et protectionniste s’accompagne du développement des
infrastructures. Par ailleurs, pour accroître les richesses, l’expansion coloniale
est encouragée, tandis que sont fondées de grandes compagnies de commerce
dotées de privilèges et de monopoles, capables de rivaliser avec les concurrentes
hollandaises et anglaises : Compagnie des Indes orientales et son homologue
Compagnies des Indes occidentales. L’objectif de la politique était d’accroître la
puissance économique de la France, et par répercussion celle du Roi Louis XIV.
La politique économique de Colbert est restée dans l’histoire sous la
dénomination de Colbertisme.

1.3-Le mercantilisme Anglais


Il est appelé également le mercantilisme commercialiste. Il est représenté par
des hommes liés à la Compagnies anglaise des Indes Orientales, comme Thomas
MUN (1551-1641) ou Josiah CHILD (1630-1699) qui prônent un mercantilisme
basé sur l’enrichissement par le commerce en général et le commerce maritime
en particulier.

Les idées de MUN sont largement inspirées de sa pratique professionnelle en


tant membre de l’East India Company ou Compagnie des Indes Orientales qu’il
finira par diriger. Il établit un lien direct entre l’excédent commercial du pays et
la capacité à encourager les exportations et à limiter les importations. Il soutient
que le commerce extérieur, principalement maritime (l’Angleterre étant une île)
est le moyen essentiel d’enrichir le Trésor anglais. Ce qui le conduit à recenser
les moyens de l’encourager : limiter la consommation à l’intérieur du pays,
développer l’agriculture et la production de ressources naturelles, réduire les
droits de douane sur certaines consommations intermédiaires, spécialiser
l’Angleterre sur la production et l’exportation de bien peu sujets à d’importantes
variations de prix.
CHILD est un riche marchand anglais qui soutient que la Compagnies des
Indes Orientales (dont il est actionnaire) doit obtenir des privilèges
commerciaux plus importants, voire disposer d’un monopole sur le commerce
avec les colonies. Préoccupé par la montée en puissance de la Hollande, CHILD
propose de la contrer grâce à des arguments mercantilistes : politique de faible
taux d’intérêt en Angleterre comme en Hollande de sorte de la Compagnie des
Indes Orientales emprunte de l’argent à bas prix.

1.4-Le mercantilisme fiduciaire


Le mot fiduciaire vient du latin « fiduciarus » qui signifie « confiance ».
L’idée du mercantilisme fiduciaire est la suivante : l’enrichissement d’un pays
dépend de l’existence d’un système bancaire performant, c’est-à-dire un système
qui garantit en permanence que la quantité de monnaie en circulation est
suffisante pour permettre les transactions. Et l’un des auteurs qui mettra cette
idée en œuvre est John Law (1621-1729). En 1705, il écrit un ouvrage intitulé
‘’Considération sur le numéraire et le commerce’’. Dans ce dernier, il expose
l’idée selon laquelle un Etat puissant devrait se doter d’une banque appelé
aujourd’hui banque centrale. Cette banque serait chargée d’émettre des billets en
quantité proportionnelle aux besoins de l’activité économique.

Section 2 : Les limites du mercantilisme


Adam Smith est l’un des auteurs à avoir remis en cause la doctrine
mercantilisme sur au moins deux aspects : les limites de la doctrine de la balance
commerciale et la confusion entre monnaie et capital.

2.1- La limite de la doctrine de la balance commerciale


Selon Adam Smith, l’âme du mercantilisme réside dans la doctrine selon
laquelle une balance commerciale favorable est désirable parce qu’elle engendre
la prospérité nationale. Selon lui, le mercantilisme n’ait rien d’autre qu’un tissu
d’erreurs protectionnistes soutenu par un parlement vénal issu de nos marchands
et industriels et fondé sur l’opinion populaire selon laquelle la richesse consiste
en espèce monétaire’’. Autrement dit, il refuse la doctrine de la balance
commerciale parce qu’elle traduit la richesse en espèces monétaires. De ce fait,
dans son ouvrage « La richesse des Nations » (1776), il prend le contre-pied des
mercantilistes en soulignant que la richesse est autre chose que des espèces
monétaires.

2.2- La confusion entre monnaie et capital


La monnaie est un flux. En revanche, le capital est un stock. Les
Mercantilistes font une confusion grave entre la monnaie et le capital qui
constituent des réalités fondamentale différentes. Deuxièmement le capital fait
l’objet d’une avance à l’occasion d’un processus de production ou de
commercialisation. De ce fait, le capital génère un profit qui est proportionnelle
à l’avance consentie. Ainsi, chez les mercantilistes, la monnaie étant confondue
avec le capital, l’excédent de la balance commerciale est confondu avec
l’excédent de revenu de l’accumulation qui est le profit généré par le capital qui
a été avancé.

Section 3 : La transition vers le libéralisme


Elle est opérée par plusieurs auteurs qui peuvent être classé en deux
écoles, l’une française et l’autre anglaise.

3.1- l’école française


Elle est dominée par les auteurs comme de Boisguillebert (1646-1714) et
Richard Cantillon (1680-1734).

De Boisguillebert se montre très critique vis-à-vis des idées


mercantilistes. En effet, il critique l’idée selon laquelle la monnaie est en elle-
même la richesse d’un pays. Selon lui, la monnaie ne joue aucun rôle dans la
production de la richesse, qu’elle se borne à faire circuler. Autrement dit, pour
lui c’est l’activité productive qui fait naître la richesse.

Richard Cantillon, quant à lui, s’intéresse aux effets qu’entraîne un


accroissement de monnaie dans le circuit économique d’un pays. A cet égard, il
montre que le niveau des prix s’élève, ce qui entraine la baisse du niveau des
salaires réels.

3.2-L’école Anglaise
Elle est dominé par des auteurs tels que William Petty (1623-1687) et
David HUME (1711-1776).

Le premier considère que la monnaie est un moyen pour faciliter l’activité


économique. Elle ne constitue pas à proprement parler une richesse. Il contribue
à la réflexion sur le rôle positif du taux d’intérêt puisqu’il explique que le taux
d’intérêt est une compensation pour la gêne exprimée par le prêteur lorsqu’il se
démunie de sa liquidité.

Le second est reconnu pour ses contributions originales sur les théories de
l’inflation et de l’équilibre de la balance des paiements en ce qu’il répond de la
théorie quantitative de la monnaie développée par Jean Bodin. Il est à l’origine
des mécanismes d’ajustement automatique de la balance de paiement par le jeu
de la variation de la quantité de monnaie.

Supposons que les importations croient plus vite que les exportations,
dans ce cas il y aura plus de sortie d’or que d’entrée parce qu’il faut payer les
importations. Il s’en suivra une baisse de la quantité de monnaie dans le pays,
qui entraine une réduction du niveau de prix en raison de la théorie quantitative
de la monnaie. La baisse des prix rend les exportations plus compétitives (afin
que la production se vende à l’extérieur), ce qui rétablit l’équilibre de la balance
de commerciale.
Déséquilibre commerciale
importation¿ exportation

Sorties d’or
Equilibre de la
balance
productive

Réduction de la
quantité de la
monnaie
(théorie
Stimulation
exportations
réduction des
importations

Baisse des prix


intérieurs
Chapitre  2: La physiocratie

Le terme « physiocratie » signifie « gouvernement » (du grec Kratos)


par la nature (« physio »). Cette doctrine peut être résumée en deux
propositions.
Proposition 1 : il existe un ordre naturel gouverné par des lois. Le
rôle des économistes est de comprendre et révéler ces lois de la nature telles
qu’elles opèrent dans la société et l’économie. C’est de montrer comment
elles opèrent dans la formation et la distribution des richesses.

Proposition 2 : le devoir des hommes, et en particulier le devoir des


gouvernants, est de se soumettre à ces lois en interférant aussi peu que
possible avec leur jeu par des interventions. A cet égard, les physiocrates
sont à l’origine du libéralisme.

La physiocratie naît à une époque où plus des trois quarts (3/4) du


revenu national proviennent de l’agriculture, alors que celle-ci connait les
prémices d’un déclin. Ce courant se développe donc d’abord en réaction
contre ce déclin. La physiocratie arrive aussi après deux siècles de
mercantilisme, qui ont vu la multiplication et les abus de la réglementation.
En effet, au milieu du 18esiècle, le déclin de l’agriculture est ressenti
comme un malaise durable qui se manifeste par l’accroissement des
superficies de terres incultes : dans l’ouest et le centre, friches et landes
occupent la moitié du territoire. La misère des populations rurales est
particulièrement grande. La terre est chargée d’impôts et les cultivateurs
sont taillables et corvéables à merci. Ils supportent de nombreuses
redevances réelles et personnelles héritées de la féodalité. De plus, la
politique de Louis XIV, qui consiste à attirer à la cours les nobles disposant
de grands domaines et à les pousser à la dépense vestimentaire, pour les
amener par l’endettement à dépendre de lui, à détourner l’épargne des
investissements dans l’agriculture.

Section 1 : La physiocratie comme une réaction aux politiques


mercantilistes
1.1-La critique du mercantilisme

Sous l’influence mercantiliste, l’Etat a multiplié les réglementations. Il


intervient dans l’agriculture en interdisant ou en limitant certaines cultures,
la vigne par exemple. Il règlemente de façon très étroite le commerce des
grains par le jeu de droits de péages et des droits prélevés sur le marché et
les foires. Une « police des grains » veille à ce que les agriculteurs ne
vendent pas leurs grains s’ils n’ont pas connu une autorisation au préalable.
Ces entraves ont préparé l’opinion à recevoir favorablement la doctrine des
physiocrates qui défend la liberté au nom de l’efficacité et qui donne à
l’agriculture le premier rôle dans la création des richesses.

1.2-La conception de l’économie

Alors que le mercantilisme est dirigiste, protectionniste,


interventionniste c’est-à-dire que celui-ci se manifeste par des
règlementations, la physiocratie, en revanche, défend la liberté économique.
Autrement dit, la physiocratie prône le libéralisme économique au nom de
l’efficacité. Par ailleurs, la physiocratie entend donner à l’agriculture un rôle
prépondérant dans la création des richesses.
Section 2 : Les principaux apports de la physiocratie

Les apports de la doctrine physiocrate peuvent être identifiés dans l’œuvre


de ces principaux auteurs. Parmi ceux-ci, il y a le Docteur François Quesnay
(1694-1774), qui a contribué à la rédaction de l’encyclopédie de DIDEROT
(1713-1784) en écrivant deux articles : l’un sur « le fermier » et l’autre sur « Les
grains ». Il est surtout connu pour avoir élaboré en 1758 le Tableau Economique
qui est la première représentation de l’économie sous la forme d’un circuit de
flux et contre flux.
Comme autre auteur majeur de la physiocratie, on peut citer TURGOT
(1724-1787), ami de QUESNAY et SMITH. TURGOT constitue pour ainsi dire
un trait d’union entre la physiocratie et l’économie politique classique. Il a écrit
de nombreux ouvrages dans lesquels il proteste contre les normes étatiques et les
interventions de l’Etat et défend la compétition libre. En 1770, il écrit des lettres
sur la liberté du commerce des grains dans lesquelles il défend le commerce
agricole. Enfin, il partage pleinement l’idée selon laquelle la terre est la seule
source des richesses.

2.1-Le produit net

Pour QUESNAY et les physiocrates, toutes les productions, toutes les


richesses d’une nation proviennent en dernière instance de l’agriculture.
L’agriculture ne permet pas seulement la production de subsistance, elle permet
aussi d’obtenir toutes les matières premières dont les produits artisanaux et
manufacturés sont faits.
Selon ces auteurs, le sol possède une propriété physique qui fait qu’il rend à
celui qui l’exploite plus que ce qu’il lui a apporté. II y a une sorte de générosité
intrinsèque de la nature, que QUESNAY appelle le ‘’don gratuit’’. Ce don
gratuit de la nature représente en somme un surplus, un excédent du produit par
rapport au cout physique de production. C’est à cet excédent que QUESNAY
donne le nom de produit net. Le produit net, la richesse nette, c’est donc ce qui
reste en plus une fois que l’on a retiré de la production courante ce qui sert à la
renouveler.

2.2- Le Tableau Economique

Le Tableau Economique est la première représentation schématique du


circuit économique. II recoupe les flux de revenus et de dépenses entre les trois
classes identifiées par les physiocrates : la classe productive ; la classe des
propriétaires et la classe stérile.

La classe productive est celle qui fait naitre, par la culture du territoire, les
richesses annuelles de la nation. Elle est celle qui fait les avances des dépenses
des travaux de l’agriculture et qui paie annuellement les revenus des
propriétaires fonciers.

La classe des propriétaires comprend le souverain, les possesseurs de terres et


les décimateurs (ceux qui avaient le droit de lever la dîme dans les paroisses.
Cette classe subsiste par le revenu ou le produit net de la culture, qui lui est payé
annuellement par la classe productive, après que celle-ci a prélevé, sur la
reproduction qu’elle fait renaitre annuellement, les richesses nécessaires pour se
faire rembourser de ses avances annuelles et pour entretenir ses richesses
d’exploitation.

La classe stérile est formée de tous les citoyens occupés à d’autres services et à
d’autres travaux que ceux de l’agriculture, et dont les dépenses sont payées par
la classe productive et par la classe des propriétaires qui, eux-mêmes, tirent leur
revenu de la classe productive.
Deuxième partie : la période de la révolution industrielle

Chapitre 3 : L’économie politique de Smith


A l’instar des physiocrates, Smith croit en un « ordre naturel » et est
favorable au « laissez faire ». Le fait que Smith est considéré comme le père de
la science économique s’explique par deux traits de son œuvre. En premier lieu,
elle embrasse l’ensemble des champs du savoir de son temps : philosophie,
morale, logique, économie, histoire, droit, religion. L’unité de ces
représentations réside dans une même question (comment les hommes vivent-ils
ensemble en société ?), et dans une même conception de la connaissance comme
élément de la formation du sujet humain. Il y a une continuité de l’étude de la
psychologie individuelle dans la théorie des sentiments moraux(1759), où la
« sympathie » est le moteur des relations humaines, à l’analyse du mécanisme
économique dans la Richesse des nations(1776), où la « main invisible » du
marché gouverne la recherche du bien commun.
En second lieu, Smith met au centre de son analyse économique
l’échange. Chaque individu est un sujet marchand, c’est l’échange qui est le lien
social. C’est chaque individu qui, en achetant et en vendant les biens ou le
travail en vue de son intérêt, contribue à l’harmonie sociale. Le succès de Smith
depuis plus de deux siècles tient à ce qu’il a ouvert la voie au libéralisme
économique comme fondement de la société.
Adam Smith est né en 1723 à Kirkcaldy, en Ecosse. Il est recruté comme
Professeur à l’université de Glasgow en 1751 et il publie en 1759 The Theory of
Moral Sentiments (la théorie des sentiments moraux). Influencé par François
Quesnay, il se consacra après à son retour en Ecosse à l’étude de l’économie
politique. Son chef d’œuvre parut en 1776 : An Inquiry into the Nature and
Causes of the Wealth of Nations (Enquête sur la nature et les causes de la
richesse des nations), ouvrage qui fut à l’origine de l’école classique. Il mourut à
Edimbourg en 1790.
On étudie successivement la division du travail et l’échange, la théorie de
la valeur-travail commandé et la répartition.

Section 1-La division du travail et l’échange


1.1-La conception de la richesse chez Smith
Le point de départ de Smith est la définition de la richesse : la richesse est
constituée de « toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ».
Contre les mercantilistes, pour qui la richesse est monétaire, Smith
affirme qu’elle est réelle. Contre les physiocrates, pour qui la richesse est
foncière, il souligne qu’elle est produite. Toute « enquête sur la nature et les
causes de la richesse des nations » part donc de la question suivante : d’où vient
la production des biens que consomment les individus dans une nation donnée ?
La réponse de Smith est que cette production provient  du travail. En effet,
affirme-t-il « Le travail annuel d’une nation est le fonds primitif qui fournit à sa
consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ; et
ces choses sont toujours, ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées des
autres nations avec ce produit ».

S’interroger sur les moyens d’augmenter la richesse, c’est du même coup


rechercher les « causes qui ont perfectionné les facultés productives du travail ».
Le travail devient productif à mesure qu’il est plus divisé, c’est-à-dire que
chacun se consacre à une tache pour laquelle il dispose d’un talent particulier.
L’exemple que donne Smith est devenu traditionnel : c’est celui de la fabrique
d’épingles : un ouvrier, accomplissant seul toutes les opérations de fabrication
des épingles, en produirait peut-être une dans toute la journée ; si ces opérations
sont réparties entre dix ouvriers, leur production quotidienne se montera à
quarante-huit mille épingles, soit quatre mille huit cent par ouvrier. La division
du travail permet ainsi d’augmenter de façon considérable la quantité de biens
que peut produire un nombre donnée de travailleurs  Le « principe qui donne
lieu » à la division du travail est, selon Smith, l’échange. La division du travail
n’existe donc que parce que l’échange tisse entre les hommes des relations où ils
trouvent leur intérêt.

1.2-Le rôle de l’échange


L’échange est ainsi à l’origine à la fois du bonheur des individus et de
l’opulence des nations ; de sorte que c’est l’étendue du marché qui détermine le
développement de ce bonheur et de cette opulence. Les nations civilisées et en
progrès ne le sont que parce qu’elles sont fondées sur l’échange : chacune
devient une « société commerçante » tandis que « chaque homme subsiste
d’échanges ou devient une espèce de marchand ».
L’extension de l’échange passe d’ailleurs par des perfectionnements
techniques dans son fonctionnement, dont le principal est l’introduction de la
monnaie. Celle-ci permet en effet d’éviter le troc direct en marchandises, qui
suppose que chaque producteur ait besoin de la marchandise produite par l’autre.
La monnaie n’a donc pas d’autre rôle que de faciliter des échanges qui ont pour
véritable nature d’être un système de troc généralisé.
Analyser la société c’est ainsi pour l’économie politique expliquer le
fonctionnement de l’échange, c’est-à-dire déterminer la valeur d’échange des
marchandises.
La théorie de la société s’identifie alors avec la théorie de l’économie de
marché. Par ailleurs, la vraie cause de la richesse des nations n’est pas la
production mais l’échange. L’enrichissement de la collectivité est donc attendu
de l’accroissement de l’extension du marché, dans toutes les sphères et dans tous
les lieux où cela est possible. Là se trouve le véritable fondement du libéralisme
économique.

1.3-Une théorie réelle de l’économie de marché


Dans ce qu’elle a d’essentiel, la théorie économique peut faire abstraction
de la monnaie. Celle-ci n’est qu’un intermédiaire des échanges, et son usage
n’affecte pas les principes qui règlent la valeur des échanges des marchandises.
Ainsi se trouve justifié une approche réelle, qui dominera toute la pensée
économique jusqu’à KEYNES, plus d’un siècle et demi après la richesse des
nations.
L’approche « réelle » constitue une rupture avec l’approche monétaire des
mercantilistes, mais elle n’apparait pas avec SMITH. On peut ainsi lire chez
David HUME  que « La monnaie n’est pas à proprement parler, l’un des sujets
du commerce ; mais seulement l’instrument sur lequel les hommes se sont
accordés pour faciliter l’échange des marchandises entre elles. Ce n’est pas
l’un des rouages du négoce, mais l’huile qui rend le mouvement des rouages
doux »
Cette conception instrumentale de la monnaie est le corollaire d’une
vision libérale de la société ou le marché joue le rôle de régulateur. Elle réduit
ainsi la monnaie à un simple voile qui habille les échanges et qu’il convient
d’écarter pour analyser la réalité des phénomènes économiques.

Section 2 : La théorie de la valeur-travail commandé


2.1-Valeur d’usage et valeur d’échange
Selon SMITH, « Il faut observer que le mot valeur a deux significations
différentes : quelquefois il signifie l’utilité d’un objet particulier, et quelquefois
il signifie la faculté que donne la possession de cet objet d’acheter d’autres
marchandises. On peut appeler l’une valeur en usage et l’autre valeur en
échange. Des choses qui ont la plus grande valeur en usage n’ont souvent que
peu ou point de valeur en échange ; au contraire, celles qui ont la plus grande
valeur en échange n’ont souvent que peu ou point de valeur en usage. Il n’y a
rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter ; à peine y a-t-
il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune
valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une
très grande quantité d’autres marchandises ».
Dans une société fondée sur l’échange, la richesse consiste, à travers la
capacité d’acheter des marchandises produites par d’autres, à acheter en fait leur
travail ou, comme le dit Smith, à le commander.

Le principe qui fonde la valeur d’échange d’une marchandise s’en déduit


immédiatement; c’est le travail commandé. Ainsi, : « la valeur d’une denrée
quelconque pour celui qui la possède, et qui n’entend pas en user ou la
consommer lui-même, mais qui a l’intention de l’échanger pour autre chose, est
égale à la quantité de travail que cette denrée le met en état d’acheter ou de
commander ».

2.2-Détermination de la valeur d’échange

Quand on considère les marchandises dans l’échange, la seule chose qui


importe est de rendre compte de leurs valeurs d’échange. Celles-ci viennent du
travail qu’elles commandent. La détermination de la valeur d’échange de la
marchandise concerne donc ce que Smith appelle son prix réel, et non son prix
monétaire (ou nominal).

Dans les nations développées où il y a l’appropriation privé des terres et


l’accumulation du capital, le produit n’est plus partagé en nature entre les
travailleurs, le maître capitaliste et le propriétaire foncier ; c’est son prix qui est
reparti entre le travailleur (sous forme du prix du travail : le salaire), le
capitaliste (sous forme de la rémunération du capital : le profit), et le propriétaire
(sous forme du loyer de la terre : la rente). Le prix réel Pi d’une unité de la
marchandise i, mesuré en travail commandé, est ainsi égal à la somme du salaire
(Wi), du profit (i), et de la rente (Ri), versés à l’occasion de sa production :
(1) PiWi+i+Ri

2.3-Prix naturel et prix de marché


Le prix naturel de la marchandise est ainsi l’addition de salaire, du profit
et de la rente payés à leurs taux naturels ; c’est le prix qui doit être payé pour
que la marchandise soit produite.
Le prix auquel la marchandise est effectivement vendue (que Smith
appelle prix de marché) peut s’écarter du prix naturel ; il tend néanmoins à y être
nécessairement ramené par la concurrence.
C’est donc le prix naturel de la marchandise qu’il convient d’analyser
puisqu’il gouverne le fonctionnement de la société. C’est sur le prix de marché
que l’offre et la demande ont une influence, et non sur le prix naturel.
La question à présent posée est celle de la détermination du salaire, du
profit et de la rente qui «  constituent » le prix d’une marchandise. Il faut
d’abord observer que ces revenus sont mesurés, comme tout prix, par la quantité
de travail que chacun d’eux peut acheter ou commander.

Section 3-La répartition chez Smith


3.1-Salaire et rente
1) Le salaire :
Dans l’équation (1), le montant Wi des salaires payés pour la production
d’une unité de la marchandise i est par définition égal au produit de la quantité l i
de travail incorporé (pris en compte) par le taux de salaire naturel W (uniforme
dans l’économie) :
(2) Wi  l i w
Il faut donc déterminer le taux de salaire naturel. Cela est aisé si l’on se
rappelle qu’il est mesuré, comme tous les prix, en quantité de travail
commandée. Le taux de salaire est en effet le prix réel d’une unité de travail, par
exemple une journée ; cela signifie qu’avec ce salaire on peut acheter ou
commander une unité de travail. Le taux de salaire est ainsi par définition égal à
un. On a vu que pour Smith le prix d’un bien possédé par un individu est par
définition égal à la quantité de travail d’autrui contre laquelle s’échange une
unité de ce bien. Le prix d’une heure de travail que possède un travailleur et qui
souhaite vendre (c’est-à-dire le taux de salaire horaire) est donc égal à la
quantité de travail d’autrui contre laquelle il peut l’échanger. En effet,
puisqu’une heure de travail s’échange contre une heure de travail, le taux de
salaire w est donc égal à un. Ce salaire doit permettre au travailleur d’assurer sa
subsistance et celle de sa famille.
Le taux de salaire naturel mesuré en travail commandé est donc donné
par :

(3) w 1

On a ainsi, d’après (2) et (3) :

(4) Wi  l i

2) La rente :
Elle a bien un taux naturel, mais celui-ci n’est pas susceptible d’une
détermination économique. C’est en effet un prix de monopole, celui de la terre,
qui dépend uniquement du rapport de force entre le propriétaire foncier et le
fermier capitaliste. L’état de ce rapport de force dépend lui-même surtout du
niveau du prix des produits agricoles. C’est d’ailleurs pourquoi cette
indétermination de la rente n’a pas de conséquence dommageable pour la théorie
du prix, puisqu’elle est un effet, et non une cause de celui-ci.

Cet élément du prix naturel est supposé connu. Pour simplifier, on


supposera par la suite Ri=0.
Les problèmes posés par la détermination du salaire et de la rente étant
résolus, la détermination du prix naturel dépend à présent entièrement de celle
du profit. La théorie de la valeur d’échange exige chez Smith une théorie du
profit.

3.2-Profit
La spécification de ce revenu par rapport à ceux des autres classes apparait
d’abord en négatif :
 Le profit se distingue du salaire en ce qu’il ne dépend pas du travail de
celui qui le perçoit ;
 Le profit se distingue de la rente en ce qu’il n’est pas un revenu de
monopole, sans rapport avec la production. La rente est un revenu de
monopole car les terres sont limitées (on ne peut pas les produire) ; la
propriété exclusive des terres ouvre donc droit à ce revenu. En revanche,
le capital n’est pas limité : on peut le produire avec le travail. La
concurrence s’exerce donc entre les propriétaires du capital (les
capitalistes) pour l’obtention du profit.
La spécification du profit apparait ensuite positivement, à travers deux
caractères : le profit est le revenu d’un capital avancé, et il est proportionnel à la
grandeur de ce capital :

Si Kj est le capital avancé dans la production d’une unité de i, et r le taux


de profit naturel, le montant i de profit requis dans cette production s’écrit :
(5) i= Ki r
On peut tirer deux conséquences importantes de cette définition :
- dans la société qu’observe Smith, ou la production suppose l’avance d’un
capital, cette avance revient dans toutes les branches au capitaliste augmentée
d’un profit. Celui-ci est donc la forme générale qu’y prend le produit net,
découvert par les physiocrates dans la seule agriculture ;
- la spécification du profit se manifeste dans l’existence d’un taux de profit
défini comme le rapport du produit net en valeur à la valeur des moyens de
production et des subsistances avancées aux travailleurs. Ce nombre (ou plutôt
ce rapport) mesure la capacité qu’à chaque capital d’obtenir une rémunération,
et il est donc l’expression économique de la position du capitaliste dans la
société.
Chapitre 4 : Le système de David RICARDO
L’influence intellectuelle et politique considérable que Ricardo a eu sur
l’économie politique au XIXe siècle ne peut être comparée qu’à celle de Keynes
au XXe siècle. En cela, Ricardo est sans doute le premier véritable économiste
moderne. La primauté donnée par Ricardo à l’analyse de la répartition des
revenus, puis la publication par Piero Sraffa, à partir de 1951, des Works and
Correspondance of David Ricardo, sont parmi les éléments à l’origine de la
redécouverte de cet auteur, dont la spécificité apparaît par rapport aux théories
marginaliste et marxiste.

David Ricardo est né à Londres en 1772. Il commença à travailler à 14 ans


avec son père à la Bourse de Londres. Il y devient courtier et se constitue en
quelques années une grande fortune. Il continue à participer au débat public sur
les questions économiques et est élu à la Chambre des Communes en 1819. Il
meurt de maladie en 1823.

Les premiers articles de Ricardo datent de 1809 et sont consacrés aux


questions monétaires : la « controverse sur le bullion » qui opposait deux
interprétations de la dépréciation de la livre sterling et se manifestait par un prix
élevé de l’or et un taux de change défavorable. Dans son Essai intitulé « le haut
prix du lingot, preuve de la dépréciation des billets de banque » (The High Price
of Bullion, a Proof of the Depreciation of Bank Notes) (1810), Ricardo justifie
la dépréciation de la livre par une émission excessive de billets par la Banque
d’Angleterre. En 1816, il publie des propositions pour une monnaie économique
et sûre (proposals for an Economical and Secure Currency) . Il plaide pour une
réforme du régime monétaire anglais, qui garantit au moindre coût la stabilité de
la livre. Son plan est à l’origine du retour à la convertibilité en 1821.
Ricardo participe aussi au débat sur les « lois sur le blé » (corn laws).
Dans son Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits du capital
(Essay on the Influence of a low Price of Corn on the Profits of Stock,1815),
Ricardo démontre la nocivité de ces lois, qui poussaient le prix du blé à la
hausse obligeant ainsi à élever les salaires pour garantir la subsistance des
travailleurs, ce qui avait pour conséquence de faire baisser le taux de profit. La
théorie générale qui fondait rigoureusement cette thèse paraît en 1817 dans
« Les principes de l’économie politique et de l’impôt », où Ricardo établit
l’existence d’une relation inverse entre les salaires et les profits, et en dérive les
conséquences pour l’analyse des prix et de la croissance économique. La
principale conclusion pratique de cette thèse est la supériorité du libre échange
international, qui permet à chaque pays de se spécialiser dans la production des
biens pour lesquels il a un avantage comparatif.
Ricardo continue ses recherches sur les questions monétaires, avec son
plan pour une banque nationale (Plan for a National Bank,1823, publié à titre
posthume en 1824), et la théorie de la valeur et de la répartition.
Les recommandations de Ricardo s’imposent, même si c’est avec retard
car le Bank Charter Act de 1844 réforme la banque d’Angleterre en partie selon
ses vues. Et sa proposition centrale en matière monétaire (la convertibilité des
billets en lingot, et non plus en espèces) est adoptée (1925). Par ailleurs,
l’abolition des lois sur le blé en 1846 marque le début d’une application de la
doctrine du libre-échange qui, après avoir assuré la puissance de la Grande –
Bretagne au XIXe siècle, gouverne encore les relations économiques
internationales de nos jours.
Ricardo centre son analyse sur la sphère de la production. En déterminant
la valeur d’échange des marchandises par leur difficulté de production, mesurée
par une quantité de travail, il en déduit des conclusions essentielles sur la
répartition des revenus, l’accumulation du capital et le commerce international.

L’étude de l’économie politique Ricardo est décliné selon trois sections :


la théorie du prix (section 1), les théories de la répartition, de l’accumulation et
du commence international (section 2), la théorie de la monnaie (section 3).

Section 1 : La théorie du prix


1.1-La conception de la marchandise
La définition qu’en donne Ricardo, après avoir repris à son compte la
distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange, est la suivante : « ainsi,
lorsque nous parlons des marchandises, de leur d’échange, et des lois qui
gouvernent leur prix relatif, nous entendons toujours des marchandises dont la
quantité peut être accrue par l’industrie de l’homme, et dont la production est
soumise à une concurrence sans entrave ».
La qualité de marchandise implique la réunion simultanée de deux
conditions : i°) la chose (le produit, le bien ou le service) doit être reproduite par
le travail ; ii°) elle doit être reproduite par le travail librement. Ainsi, se trouvent
écartées de la théorie de la valeur les choses non reproductibles. C’est le cas
notamment des statues, peintures, livres et monnaies rares.

« En tant qu’elles possèdent une utilité, les marchandises tirent leur valeur
d’échange de deux sources : leur rareté et la quantité de travail nécessaires pour
les obtenir ». La plupart des marchandises, celles qui relèvent de la division du
travail constitutive de la société, tirent leur valeur du travail incorporé et ce sont
elles qu’il faut considérer.

C’est donc la quantité de travail consacrée à la reproduction des


marchandises (ou travail incorporé dans les marchandises) qui règle leurs
valeurs d’échange. Ainsi, la détermination du prix d’une marchandise ne renvoie
plus à un échange particulier, comme chez Smith, mais à une caractéristique de
la production, susceptible d’être déterminée indépendamment des prix.

1.2-Travail incorporé, appropriation des terres et accumulation des


capitaux
Comme chez Smith, la propriété privée des terres est à l’origine de la
rente. Cependant, pour Ricardo, la rente a un caractère différentiel, lié à la
fertilité inégale des terres. Il ne peut en effet exister pour un produit agricole, par
exemple une tonne de blé, qu’un seul prix naturel autour duquel gravit le prix
unique du marché. Ce prix est fixé par la quantité de travail qu’il faut pour
produire une tonne de blé sur la terre la moins fertile, car, s’il lui était inferieur,
la production sur cette terre se ferait à perte, et donc ne se ferait pas. Sur une
autre terre, plus fertile, la quantité de travail nécessaire à la production d’une
tonne de blé sera par définition inferieure ; et néanmoins le prix obtenu pour sa
vente sera le même. Sur cette terre apparait donc une différence qui échoit en
définitive à son propriétaire sous forme de rente. On constate ainsi que :

- le taux de la rente varie selon la terre ;


- la terre la moins fertile ne paie pas de rente ;
- le prix de la marchandise, déterminé sur cette terre, ne comprend pas de
rente.

L’accumulation des capitaux donne naissance à un profit ; et celui-ci est


bien, pour Ricardo comme pour Smith, une « partie constituante » du prix des
marchandises.C’est la règle permettant de déterminer la valeur d’échange dans
toute société, et elle consiste à prendre en compte la valeur et le travail direct
incorporé dans la marchandise (par les travailleurs qui la produisent) et le travail
indirect qu’elle contient (c’est-à-dire celui fourni par les producteurs des moyens
de production utilisés, et qui est transmis à la marchandise quand ceux-ci sont
consommés dans sa production).

La valeur d’échange d’une marchandise reflète, selon Ricardo, sa


difficulté de production, et il faut pour la déterminer prendre en compte les
marchandises qui servent à la produire. Cette difficulté de production est
exprimée par la quantité de travail direct et indirect que cette production requiert
sur la terre la moins fertile (celle qui ne donne pas de rente).

Insérer ici les développements du paragraphe 1 de la page 84, y compris


l’équation (1)

Section 2- Les théories de la répartition et de l’accumulation, du commerce


international

La théorie ricardienne de la répartition se résume en la démonstration


d’une relation inverse entre les salaires et les profits. C’est sur la base de cette
théorie que Ricardo reprend la question smithienne de la croissance des
richesses, pour conclure à l’existence d’une tendance à l’état stationnaire. Et la
principale préconisation pour éviter l’état stationnaire est la liberté du commerce
international par l’importation des biens de subsistance des nations où ils sont
bon marchés selon les avantages ou coûts comparatifs.

2.1-La relation entre salaires et profits


La répartition des revenus a pour origine l’affectation de la valeur agrégée de
l’ensemble des marchandises produites dans la nation. Mais seule une partie de
cette valeur, le revenu national, est susceptible d’être partagée entre les trois
classes constituant la société.

Si l’on produit dans l’économie n biens notés 1…i…n, dans des quantités X 1…
Xi…Xn, et à des valeurs d’échange V1…Vi …Vn, la valeur agrégée de la
production est :
i =n
∑ vi Xi
(2) V= i =1

Avec, en vertu de l’équation (1), v i =l0i + l-1i + l-2i + …. + l-ti. L’équation (2) peut
donc être réécrite :
i=n i=n
∑ loi X i + ∑ ( l−1 i +. ..+l−ti ) X i
(3) V= i=1 i=1

=Y+C
Le premier membre (Y) de la partie de droite (3) représente la valeur créée par
le travail total dépensé dans l’économie dans la période courante ; c’est le
produit net susceptible d’être réparti en revenus, ou le revenu national. Le
second membre (C) représente la valeur transmise par le travail passé, incorporé
dans la fraction du capital (moyens de production, matières premières) qui a été
consommée dans la période courante (0). Cette valeur C (ou amortissement du
capital) doit être reconstituée pour permettre la poursuite du processus de
production et ne peut donc être distribuée sous forme de revenus.
Ricardo reprend la division smithienne de la société en trois classes.
Ainsi, le revenu national(Y) se divise donc en salaire(W), profits (), et rentes
(T) :
i =n
∑ lOi X i =W + Π +T
(4) Y= i =1

1) La détermination de la rente globale


Tb= vb Xb - L0b - Cb
La rente par unité produite d’un bien i sur une terre donnée étant
égale à la valeur d’une unité de ce bien diminuée de la quantité de travail
nécessaire à sa production, la rente globale T est égale à la valeur de la
production globale diminuée de la quantité totale de travail (direct et indirect)
nécessaire à sa production, soit :

i=n i=n i=n


∑ v i X i−∑ L0i −∑ C i
(4) T= i=1 i=1 i=1

Ou encore :
(5) T = V – LO −¿C

Insérer des équations ici.

La rente globale est égale à la différence entre deux quantités globales de


travail direct, la valeur créée par le travail direct total et la quantité de celui-ci. Il
existe bien une différence positive entre ces deux quantités ( et donc une rente
globale positive),puisque, rappelons-le, l0i est la quantité de travail direct requise
par la production d’une unité de i sur la terre la moins fertile, tandis que L 0 est la
quantité agrégée de travail direct dépensée sur toutes les terres(c’est-à-dire,
outre la terre la moins fertile, sur toutes les autres terres où la quantité de travail
direct requise par la production d’une unité de i est inférieure à l 0i). On retrouve
au niveau global le caractère différentiel de la rente constaté dans chaque
branche de production : il existe une rente globale positive (qui constitue le
revenu d’une classe particulière, les propriétaires fonciers), non parce que les
terres font l’objet d’un monopole d’appropriation (comme chez Smith), mais
parce qu’elles sont de fertilité différente et que la valeur du bien produit est
nécessairement (en raison de la concurrence entre capitalistes) déterminée la
moins fertile.
De l’équation (6) et de l’équation (4), on déduit :
(7) W +  = L0
Après déduction de la rente globale, le revenu national divisé en salaires et
profits est égale à la quantité totale de travail direct employée dans l’économie.
La conclusion principale de la théorie ricardienne de la répartition est alors
l’existence d’une relation inverse entre les salaires et les profits. Cette relation
est l’expression analytique des deux traits essentiels de la représentation
ricardienne de la société :
1°)les capitalistes et les travailleurs salariés sont les deux classes
fondamentales (les propriétaires fonciers sont en position dérivée) ;
2°)leurs intérêts sont opposés.

2) La détermination des salaires


Des deux parts en lesquelles se décompose le revenu national, la masse des
salaires est celle qui est déterminée d’abord. Elle dépend en effet :

- De la quantité totale de travail employée dans l’économie (Lo) ;


- Du taux de salaire annuel (W) par travailleur.
(8) W=L0 w
L’équation (7) peut alors être réécrite de la façon suivante :
(9) II=Lo (1-w)
Pour une quantité de travail donnée employée dans l’économie, la masse
des profits varie en sens inverse du taux de salaire. Ce dernier dépend lui-
même  (voir page 88, intégrer l’équation 10):

2.2- La tendance vers l’état stationnaire


Ricardo analyse les relations de long terme entre la répartition des revenus
et l’accumulation du capital.
En effet, la relation (9) établit que la masse des profits ∏ dépend de la
quantité L0 de travail employée dans l’économie et du taux de salaire w. Or,
l’accumulation du capital suscite un accroissement de L0. Pour Ricardo comme
les autres auteurs classiques, la population active disponible n’est pas à long
terme un facteur limitatif de la production. Elle augmente en fonction de la
population totale, qui peut elle-même s’accroitre si les quantités produites de
biens de subsistance augmente. Une accumulation de capital dans les branches
des biens-salaire permet donc de susciter un accroissement de la quantité totale
de travail disponible dans l’économie.
Il est à présent nécessaire de raisonner en termes de taux de profit. Le taux
de profit est le rapport entre la masse des profits et le capital total avancé dans
l’économie. Celui-ci comprend deux composantes :
a) le « fonds de salaire », avancé par les capitalistes aux travailleurs pour
leur permettre d’assurer leur subsistance pendant la durée du processus de
production. Il est donc égal à la masse des salaires ; ceci est la conséquence de
ce que le taux de salaire est égal au minimum social de subsistance ;
b) le capital constitué des matières premières et des moyens de production
nécessaires à ce processus. On a vu que la valeur de ce dernier consommée dans
la production était égale à C, somme des quantités de travail indirect entrant
dans la valeur d’échange de l’ensemble des marchandises. Mais la partie
constituée par du capital fixe est composée de moyens de production dont
l’amortissement s’opère sur plusieurs périodes, et dont la valeur doit être
avancée au début du processus de production. Si l’on fait l’hypothèse d’un
amortissement linéaire (tel que la même proportion de la valeur d’un capital fixe
est amortie chaque année de sa durée de vie), et si l’on appelle c le coefficient
d’amortissement annuel  moyen du capital composé des matières premières et
des moyens de production, la valeur de ce capital est égale à K= C (1/c). La
valeur totale du capital avancé est donc égale à W + K, et le taux de profit r est :
(11) r = ∏/ (W +K)

C’est une quantité donnée de travail indirect (équation (3)) ; et c est un


paramètre. K est donc une grandeur donnée et l’évolution du taux de profit dans
le temps dépend des évolutions respectives de W et de ∏.
En remplaçant ces grandeurs par leurs valeurs dans (8) et (9), on obtient :
r = L0(1-w)/ (L0w + K)
Soit :
(12) r = (1-w)/(w + K/L0)
Le taux de profit dépend du taux de salaire et de K/L0, qui mesure ce
qu’on appelle l’intensité capitalistique de l’économie : plus l’économie emploie
de matières premières et de moyens de production par rapport au travail, plus
K/L0 est élevé.

L’évolution à long terme du taux de profit dépend des évolutions respectives


du taux de salaire et de l’intensité capitalistique dans l’économie.
a) Le facteur déterminant de l’évolution du taux de profit est celle du taux de
salaire, qui, en raison de l’accroissement de la difficulté de production des
biens-salaire, a tendance à augmenter, poussant le taux de profit à la
baisse. Cette interprétation est cohérente avec l’intérêt prioritaire porté par
Ricardo à la théorie de la répartition, donc à la relation entre le taux de
salaire et le taux de profit. L’influence de la structure plus ou moins
capitalistique de la production (représentée par K/L0) est secondaire.
b) L’évolution du taux de profit est la résultante de deux influences, celle de
l’évolution du taux du taux de salaire (qui pousse le taux de profit à la
baisse) et celle de l’évolution de l’intensité capitalistique. On a alors deux
cas possibles :
- si K/L0 décroit dans le temps (le progrès technique est à forte intensité en
travail), l’évolution de r est indéterminée ;
- si K/L0 est constant ou croissant dans le temps (le progrès technique est
neutre à la Hicks, ou à forte intensité en capital), r décroit.
Ricardo souligne que la substitution des machines au travail peut susciter du
chômage, qui est ainsi causé par le progrès technique et non, comme plus tard
chez Keynes, par une insuffisance de la demande effective. On peut donc
imaginer que pour lui le progrès technique est à forte intensité en capital ; la
baisse du taux de profit, provoquée principalement par une hausse du taux de
salaire, est alors renforcée par la hausse de l’intensité capitalistique. Ricardo
conclut que le taux de profit tend à baisser à long terme. Lorsqu’il tombe au-
dessous du niveau jugé minimum par les capitalistes, l’accumulation du capital
s’interrompt, et avec elle la croissance des richesses. Il existe donc dans la
société une dynamique qui conduit naturellement à une économie stationnaire.
Elle a deux causes : l’une, interne, tient aux lois de la production capitaliste,
l’autre, externe tient à la décroissance de la fertilité des terres.

Comment enrayer cette tendance à l’état stationnaire ?


Puisqu’elle a pour origine un accroissement du prix des biens-salaire, il faut
chercher à les rendre moins chers. Ricardo insiste quant à lui sur l’opportunité
d’importer les biens salaire de pays où, en raison de circonstances naturelles ou
d’un degré moins avancé de l’accumulation du capital, leur difficulté de
production est moindre. Il est ainsi favorable à l’abrogation des lois sur le blé ;
mais ses idées sur la liberté du commerce extérieur ne s’imposeront que près de
vingt ans après sa mort. On peut observer que cette défense du libre échange
international (illustrée par la théorie dite des « couts comparatifs ») s’appuie
simplement sur le souci d’abaisser le prix des biens de subsistance, et non,
comme chez Adam Smith, sur le désir d’étendre le marché.

2.3- La théorie des coûts comparatifs


La théorie des coûts comparatifs est également appelé la théorie des
avantages comparés ou la loi des avantages comparés.
L’idée à la base de cette théorie est que si un pays est plus compétent que
ces partenaires pour produire des biens, il a néanmoins intérêt à se spécialiser
dans la production et l’exportation des biens qu’il s’est produire avec une plus
grande compétence encore.

Pour illustrer sa théorie, Ricardo prend l’exemple de l’Angleterre et du


Portugal. Deux pays qui produisent à la fois du vin et du drap.

Angleterre Portugal
Vin a Lv =120 a ¿Lv =80
¿
Drap a Ld =100 a Ld =90

-L’indice a Lv =120représente le nombre d’heures de travail nécessaire pour


produire une unité de vin en Angleterre ;
¿
-L’indice a Lv =80 représente le nombre d’heures de travail nécessaire pour
produire une unité de vin au Portugal ;
-L’indicea Ld =100représente le nombre d’heures de travail nécessaire pour
produire une unité de Drap en Angleterre ;
¿
-L’indice a Ld =90 représente le nombre d’heures de travail nécessaire pour
produire une unité de drap au Portugal.

Pour simplifier, on va supposer que les termes de l’échange sont égaux à


1, c’est-à-dire que chaque unité de vin du Portugal permet d’obtenir une unité de
drap d’Anglais et réciproquement.

Supposons que le Portugal souhaitent obtenir une unité de drap, il a le choix


entre :
- produire lui-même cette unité de drap au coup de 90 heures de travail ou ;
- l’importé en échange d’une unité de vin qu’il va produire pour un coup de
80 heures de travail. Ainsi avec 90 heures de travail, le Portugal peut
obtenir 90/80 soit 1,125 unités de vin. Il pourra vendre une unité de vin
contre une unité de drap Anglais et il lui restera encore 0,125unités de vin.
En conséquence, le Portugal a donc intérêt à produire du vin plutôt que du
drap et à échanger une partie de son vin contre du drap.

Intéressons-nous maintenant à L’Angleterre. Si l’Angleterre veut obtenir une


unité de vin elle peut soit produire son vin elle-même pour un coup d’heures de
travail de 120 ou elle peut choisir de l’importer en échange d’une unité de drap
qu’elle aura à produire à un coup de 100heures de travail. L’Angleterre peut
obtenir plus qu’une unité de vin. Elle peut encore obtenir 120/100=1,2 unité de
vin. L’Angleterre pourra donc vendre une unité de drap contre une unité de vin
portugais et il lui restera encore 0,2 unité de drap. Elle a donc intérêt à produire
du drap plutôt que du vin et à échanger une partie de son drap contre du vin.

Ainsi pour Ricardo, dans le commerce international, un pays a intérêt à se


spécialiser dans la production de biens pour lesquels il a un avantage comparatif
relativement à un autre pays.

Section 3-La théorie ricardienne de la monnaie

Historiquement, Ricardo est rangé dans le camp des « bullionistes » lors


de la controverse sur les effets de la suspension de la convertibilité des billets
(1797-1821), et il est décrit comme le père de la Currency School qui inspira la
réforme du statut de la banque d’Angleterre (1844). Analytiquement, son nom
est associé aux deux piliers de l’approche monétaire orthodoxe, la théorie
quantitative de la monnaie au plan interne et la théorie de la parité des pouvoirs
d’achat au plan externe.
Les positions monétaires de Ricardo se forment entre 1809 (trois lettres au
Morning chronicle), 1810 avec l’essai Le haut prix du lingot, preuve de la
dépréciation des billets), 1816 (propositions pour une monnaie économique et
sure), et 1817 où il publie son ouvrage majeur (Des principes de l’économie
politique et de l’impôt).

3.1-Ricardo et la controverse sur le bullion


Elle s’ouvre en 1800, trois ans après que la convertibilité des billets de la
banque d’Angleterre en espèces d’or, prévue par les statuts de cette banque
depuis sa création en 1694, ait été suspendue.
Dès 1800 en effet, la dépréciation de la livre sterling se manifeste de deux
manières : au plan interne, par une hausse à Londres du prix de marché du lingot
d’or (le bullion price) au-dessus du prix officiel de l’or monnayé, le mint price ;
au plan externe, par une baisse du change de la livre sterling avec la principale
place européenne, Hambourg ( les relation de change avec paris étaient alors
perturbées par la guerre). La question centrale de la controverse porte sur le sens
de la causalité entre ces deux dépréciations, interne et externe, de la monnaie
anglaise. Pour certains auteurs, le facteur premier est la dépréciation interne de
celle-ci, qui se manifeste par une hausse du prix du bullion (c’est pourquoi on
appelle ces auteurs des « bullionistes »). La baisse du change n’en est qu’une
conséquence. Leurs adversaires (appelés pour cette raison « anti-bullionistes »)
soutiennent au contraire que cette baisse du change, provoquée par le déficit
extérieur, qui est le facteur premier, se répercute ensuite sur le marché de l’or,
signe d’une dépréciation interne de la monnaie.
L’analyse de la relation entre la valeur interne et la valeur externe de la
monnaie (question récurrente aujourd’hui dans la théorie de la monnaie et de la
finance internationales) passe donc par celle de la relation entre le marché de
l’or et le marché du change. Les débats se focalisent sur trois questions :
- Existe-t-il un mécanisme d’ajustement automatique de la valeur de la
monnaie ?
- Peut-il exister une surémission de billets ?
- Dans quelles conditions revenir à la convertibilité des billets ?

A/ Un mécanisme d’ajustement automatique :


Les bullionistes fondent leur analyse sur l’existence d’un mécanisme, le price-
specie flow mechanism (qu’on peut traduire par « mécanisme reliant les prix au
flux d’espèces »), dont la paternité remonte aux écrits de David Hume en 1752.
Si, pour une raison tenant à l’état de la circulation monétaire, la monnaie subit
une dépréciation interne, celle-ci se traduit par une hausse du prix de marché de
l’or en monnaie et des prix monétaires de toutes les marchandises. Celle-ci
devenant moins concurrentielles par rapport aux marchandises étrangères, un
déficit commercial apparait qui fait baisser le change : la dépréciation interne
provoque la dépréciation externe. Lorsque le taux de change atteint le « point
d’or de sortie » (le taux de change qui rend plus avantageux un transfert de
fonds à l’étranger par transport de métal plutôt que par lettre de change), la
demande d’or à Londres pour l’exportation en accélère la hausse du prix. Dans
un pays comme l’Angleterre qui ne produit pas le métal, et dans une situation ou
le change était au point de sortie, aucune importation d’or ne se produit, cette
hausse du prix ne peut susciter une offre additionnelle d’or que si celui-ci est
obtenu dans la circulation. L’exportation du métal est ainsi alimentée par deux
sources : la fonte frauduleuse des espèces, ou, avant la suspension de 1797, la
conversion des billets à la banque d’Angleterre. Dans les deux cas, la masse
monétaire en circulation est réduite, ce qui, en accord avec la théorie
quantitative de la monnaie, stoppe la dépréciation de la monnaie et suscite au
contraire son appréciation.
Il existe donc selon les bullionistes un mécanisme qui ajuste
automatiquement les valeurs interne et externe de la monnaie. Il joue aussi
d’ailleurs dans le cas où le déséquilibre à une origine externe, par exemple un
choc exogène sur la balance des paiements.

Selon les anti-bullionistes, au contraire, ce mécanisme d’ajustement


n’existe pas. L’or transféré d’un pays à l’autre n’est pas de la monnaie mais du
capital ; un transfert de métal n’est donc qu’une forme particulière de
mouvement de capital d’un pays à l’autre, et non une hydraulique des quantités
de monnaie. Une exportation d’or par le pays dont la balance extérieure est
déficitaire n’a aucune raison de contracter sa masse monétaire : les billets se
substituent simplement aux espèces dans la circulation interne. Un raisonnement
de l’émission de billets pour préserver les réserves en or de la banque
d’Angleterre ne peut que provoquer une crise de liquidité comme celle qui
(après la réduction des escomptes) conduisit à la suspension de la convertibilité
en 1797.
S’ils réfutent le price-specie flow mechanism, les anti-bullionistes admettent le
mécanisme des points d’or, puisque celui-ci est la simple traduction de
l’existence d’arbitrage entre le marché du change et le marché de l’or. Mais il
s’intègre dans une causalité inverse entre les valeurs interne et externe de la
monnaie. En cas de déficit extérieur, le change baisse jusqu’au point d’or de
sortie, et la demande d’or sur le marché de Londres en fait alors monter le prix
au-dessus du prix officiel de l’or monnayé. Cette prime sur l’or manifeste une
dépréciation interne de la monnaie, qui est donc la conséquence de sa
dépréciation externe. Selon Thornton (1802), elle ne peut cesser que si des
entrées de capitaux interviennent pour ramener le change en deça de point de
sortie d’or

B/ Une surémission de billets :


La position des bullionistes, pour qui la crise monétaire a une origine
interne, conduit à focaliser le débat sur une question particulière, celle de la
surémission. Celle-ci se définit comme l’excès d’émission de billets par la
banque d’Angleterre par rapport à ce qui aurait été émis s’il n’y avait pas de
dépréciation interne de la monnaie, donc si l’or restait à sa valeur légale.
Cette définition se retrouve chez Ricardo : « Lorsque nous parlons d’un
excédent de billets de banque, nous pensons à cette fraction du volume des
émissions de la banque qui peut actuellement circuler, mais ne le pourrait pas si
la monnaie en circulation avait pour valeur celle du métal en lingot. »
Cette surémission est selon les bullionistes rendue possible par la
suspension de la convertibilité, qui dispense la banque d’Angleterre de la
prudence qu’elle devrait avoir dans ses émissions (par l’escompte d’effets de
commerce) si elle était exposée à tout moment au risque d’une demande de
conversion de billets. C’est cette surémission qui, en application de la théorie
quantitative de la monnaie, suscite une dépréciation interne de la livre qui
provoque ensuite une baisse du change. La responsabilité de la crise monétaire
retombe donc sur la banque d’Angleterre, et la solution de cette crise passe par
une limitation de son émission, qui ne peut être effective qu’avec le retour à la
convertibilité.
Cette thèse est défendue en 1810 dans le «  rapport sur le lingot »,
présenté au parlement britannique et inspiré principalement par Thornton. C’est
pour l’appuyer que Ricardo publie ses premiers écrits monétaires, même s’il ne
partage pas toutes les vues de Thornton.
Les anti-bullionistes, tels que Robert Torrens, y opposent la « doctrine des
effets réels », qui conteste cette vision en termes de surémission. Pour eux, cette
notion n’a pas de sens, car les billets émis par la banque d’Angleterre entre dans
la circulation par l’escompte d’effets de commerce nés d’une activité réelle de
production et d’échange. La quantité de billets émise ne peut donc jamais être
« excessive », puisqu’elle correspond à un besoin engendré par le commerce. Si
le prix du bullion s’élève au-dessus du prix officiel de l’or monnayé, ce ne peut
être pour des raisons liées à la circulation monétaire interne, mais seulement
pour des raisons liées à la position extérieure de la Grande-Bretagne.

Ce débat sur la surémission pose le problème de l’éxogénéité ou de


l’endogénéité de l’offre de monnaie, dont le traitement dans l’analyse moderne a
été initié par Wicksell (1906). Pour les bullionistes, l’émission de monnaie
bancaire dépend principalement du comportement de la banque d’Angleterre,
qui peut accepter les effets à l’escompte avec plus ou moins de laxisme, selon la
contrainte qui pèse sur elle (convertibilité ou inconvertibilité). L’offre de
monnaie est donc considérée comme exogène, et elle peut être excessive par
rapport aux besoins réels de la circulation, ce qui provoque sa dépréciation. On
retrouve aujourd’hui ce point de vue dans la théorie monétariste. A l’inverse,
les anti-bullionistes considèrent qu’étant créée à la demande des agents
économiques pour financer une activité réelle, l’offre de monnaie bancaire est
endogène, et son rationnement ne peut que provoquer une crise de liquidité et un
ralentissement de la production.

C/ Vers le retour à la convertibilité 


La première question est celle des conditions du retour à la convertibilité :
Faut-il conserver la définition en or de la livre d’avant-guerre ou adapter
le prix légal de l’or monnayé au prix constaté pour le lingot sur le marché ?
Faut-il réduire les émissions de la banque d’Angleterre pour revenir à une
situation monétaire saine, ou approvisionner l’économie en liquidités pour
faciliter la reconversion d’une économie de guerre ?
On retrouve sur chacun d’eux l’opposition entre les partisans de la
stabilisation monétaire (les bullionistes) et ceux d’une utilisation de la monnaie
pour faciliter les adaptations (les anti-bullionistes).
La seconde question est celle du fonctionnement du régime monétaire à
mettre en place. Ricardo manifeste sa supériorité sur tous ses contemporains.
Pour ceux-ci, le retour aux principes du régime monétaire antérieur, avec
circulation mixte d’espèces et billets convertibles en espèces est suffisant pour
assurer la stabilité monétaire (préoccupation des bullionistes) ou l’adaptation de
la quantité de monnaie aux besoins de la circulation (préoccupation des anti-
bullionistes). Ricardo innove dans ses propositions de 1816, où il plaide pour un
régime monétaire dans lequel ne circuleraient que des billets convertibles en
lingots. En 1819, ce plan est adopté par le parlement pour le retour à la
convertibilité, mais celle-ci s’opère finalement en 1821. Il faudra attendre la
réforme de la banque d’Angleterre en 1844 pour que certaines dispositions du
plan de Ricardo passent dans les faits, mais c’est seulement en 1925, lors du
retour à la convertibilité après un autre conflit majeur (la première guerre
mondiale), qu’il sera intégralement appliqué.

3.2-La conception de la monnaie chez Ricardo


Il ne fait pas de doute que dans les débats préparant et accompagnant
le bullion Report, Ricardo défend les positions bullionistes. En 1810, dans
le haut prix du lingot, preuve de la dépréciation des billets, il écrit : « il est
donc évident que la dépréciation du moyen de circulation est la conséquence
de son excès, et que dans l’état habituel de la monnaie nationale cette
dépréciation est contrebalancée par l’exportation de métaux précieux ».
Cette citation illustre bien que c’est une quantité excessive de billets
émis par la Banque d’Angleterre qui explique la dépréciation interne de la
monnaie, mesurée par le prix élevé du lingot sur le marché et conduisant à
l’exportation du métal, conséquence ultime de la baisse du change. Ce
processus, mis en évidence par le Bullion Report, est cumulatif :
C’est la convertibilité des billets en Lingots qui fera reculer les
bullionistes et leurs continuateurs de la Currency School.

Deux éléments conduisent traditionnellement à classer Ricardo dans


l’orthodoxie monétaire : sa défense de l’étalon-or et son adhésion à la
théorie quantitative de la monnaie.
C’est ce premier aspect qui conduit Keynes à attribuer à Ricardo la
paternité du Gold Exchange Standard : dans un tel régime, l’or reste l’étalon
de la monnaie, mais cet étalon n’est pas monnayé, et donc son prix ne peut
pas être affecté par sa demande comme moyen de circulation. C’est
pourquoi, pour reprendre le titre de l’ouvrage de 1816, la monnaie
« proposée » par Ricardo est à la fois « économique » (c’est l’argument de
Smith) et « sûre » (c’est son propre argument). Ricardo énonce
explicitement que la valeur de la monnaie dépend de sa quantité, et que la
stabilisation de cette valeur passe par un ajustement de cette quantité. La
quantité de monnaie a une telle importance analytique dans la théorie de
Ricardo : sa définition de la valeur de la monnaie et sa vision du processus
d’ajustement de celle-ci en dépendent.
Chapitre 5 : La théorie économique de Karl Marx

Karl Marx est né en 1818 à Trier en Prusse. Il étudie aux universités de


Bonn et de Berlin où il obtient un doctorat de philosophie. Il se tourna très tôt
vers le journalisme où il marqua son adhésion au principe de la propriété
collective des moyens de production dans des manuscrits philosophiques et
économiques rédigés en 1844.

En 1848, il rédige avec Hegel le programme de la ligue des communistes


qui sera plus tard appelé « Le manifeste du parti communiste ». Installé à
Londres dès 1849, Marx mène une intense activité de recherche dont le
témoignage est la présence de plusieurs manuscrits retrouvés.

En 1859, il publie un ouvrage appelé Contribution à la philosophie de


l’économie politique qui sera repris et développé dans son ouvrage majeur
intitulé Le capital : critique de l’économie politique, dont le livre premier sera
publié en 1867. Les livres 2, 3 et 4 du capital seront publiés après sa mort. De la
même manière, le livre Les fondements de la politique économique sera
publié bien plus tard.

Il mène également une activité politique qui débouche en 1844 sur la


création à Londres de l’association internationale des travailleurs qui sera
communément appelé L’internationale.

Son ouvrage principal, Le capital, vise à élaborer une théorie du


capitalisme fondée sur la critique radicale du système de production capitaliste.
En effet, sur les questions relatives à la production, à l’échange et à la
répartition, Marx semble se situé à l’opposé du courant classique développé par
Smith et Ricardo. Marx considère que la production, dans le système capitaliste,
génère une plus-value qui provient de l’exploitation de la classe ouvrière.

Comme dans la vision des classiques A. Smith et D. Ricardo, l’échange


est réglé par les conditions de production. Et l’influence de la demande sur les
prix est reconnue seulement sur les prix de marché. Comme avec Ricardo, la
répartition des revenus est centrée sur les conflits entre capitalistes et les
travailleurs.

Cependant, chez Marx la production, l’échange et la répartition des


richesses ne sont pas fondée sur une approche réelle. Au contraire, chez lui, la
monnaie joue un rôle essentiel, alors qu’avec A. Smith et D. Ricardo la
monnaie est considérée comme un voile. De même, les classiques prennent la
défense du libéralisme économique (fondement du système capitaliste).
L’analyse de Marx, en revanche, envisage le renversement du système
capitaliste.

Section 1 : Théorie de la valeur et du travail

Le livre 1 du Capital débute avec l’étude du concept de la marchandise.


Selon Marx « la richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de
production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de
marchandises ». L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette
richesse du capitalisme, sera par conséquent le point de départ de l’analyse de ce
système.

1.1- La théorie de la valeur

Selon Marx, les notions de valeur d’usage, de valeur d’échange ou de


valeur tout simplement, permettent de caractériser la marchandise. Pour lui, une
marchandise a de la valeur d’usage lorsqu’elle satisfait un besoin. Cependant, il
précise que l’utilité d’un bien ou d’un objet ne détermine pas que ce bien ou cet
objet soit une marchandise.

Pour produire les marchandises, le travail humain doit, non seulement


produire des valeurs d’usages, mais également des valeurs d’usage pour d’autres
biens : des valeurs sociales.

Pour Marx, la valeur d’échange apparait d’abord comme la proportion ou


le rapport dans lequel des valeurs d’usages d’espèces différentes s’échangent les
unes contre les autres. Puis, il précise que la détermination de la valeur
d’échange requiert la définition du concept de valeur.

Il désigne par valeur la propriété commune à toutes les marchandises


qui les rend commensurables. A cela, il distingue 2 caractéristiques
essentielles :

1- la valeur se présente, tout d’abord, comme une grandeur. De ce fait, la


valeur d’échange entre deux marchandises correspond à leurs valeurs
respectives ;

2- la valeur se présente, ensuite, comme un fait social. En effet, la valeur


se manifeste dans les relations d’échanges entre agents dans la société
capitaliste ;

1.2- La conception du travail

Selon Marx, le travail est à la fois la substance et la mesure de la valeur.


Un article quelconque n’a de valeur que parce que le travail humain est
matérialisé en lui. Et c’est la quantité de travail contenue dans la marchandise
qui crée la valeur de celle-ci. La quantité de travail a pour mesure la durée
d’exécution de la tâche, c’est-à-dire le temps de travail mit pour réaliser une
marchandise. Ce dernier lui-même est mesuré par la partie du temps telle que
l’heure, le jour etc.
Au couple valeur d’usage- valeur d’échange, Marx fait correspondre le
couple personne-individu social (individu dans la société). Et au travail
concret (travail privé) Marx fait correspondre le travail abstrait (travail en
société). Ainsi, toute marchandise résulte d’une quantité de travail privé et d’une
quantité de travail social. Les valeurs des marchandises ont cette qualité, dans la
mesure où, elles traduisent la même unité sociale du travail humain.

La transformation du travail privé en travail social ne serait possible,


selon Marx, que grâce à la monnaie, car elle permet de mesurer les
marchandises à l’occasion des échanges. Elle est ici considérée comme un
équivalent général, c’est-à-dire comme un objet dont la valeur est égale à celle
de la marchandise contre laquelle il s’échange. Aussi, la valeur d’échange d’une
marchandise, qui est l’expression objective de sa valeur, sera égale à une
quantité de cet équivalent général, c’est-à-dire qu’elle est un prix monétaire et
non réel exprimé dans un étalon arbitraire comme dans l’économie classique
d’Adam Smith et David Ricardo.

Section 2 : La théorie de la monnaie

2.1 – Monnaie et échange

Selon Marx, la monnaie permet de mesurer la valeur des marchandises


hétérogènes par leur fonction d’usage, et donc de les faire exister comme
grandeur de valeur. La monnaie permet de rendre mesurable également des
travaux hétérogènes et ainsi de les faire exister comme quantité de travail social.
Même si Marx souligne l’importance du travail comme substance de la valeur,
la constitution de l’unité sociale, plus simplement de la valeur des différentes
marchandises, se fait par l’évaluation des marchandises en monnaie.

Chez Smith comme chez Ricardo, la question de la mesure de la valeur


d’échange (l’étalon) est séparée de celle de l’intermédiaire des échanges (la
monnaie) ; la première est essentielle pour l’élaboration d’une théorie des prix
relatifs, la seconde ne peut être articulée à celle-ci de façon satisfaisante, de
sorte que la valeur d’échange reste réelle. Chez Marx, la seule unité de mesure
socialement reconnue de la valeur d’échange est le moyen d’échange, la
monnaie ; et l’existence de l’échange monétaire est la négation de la fiction
attribué par Marx aux économistes classiques, l’échanges de troc : la monnaie
est intégrée par Marx dans sa théorie de la valeur en tant que marchandise.

2.2- Monnaie et théorie de la valeur

Pour Marx, la théorie de la valeur d’échange n’est rien d’autre qu’une


théorie monétaire. Marx introduit la monnaie dans sa théorie de la valeur en
distinguant les différentes formes sous lesquelles la valeur d’une marchandise
peut être évaluée. Il distingue 4 formes :

1) La « forme simple » : selon laquelle la valeur d’échange de la marchandise i


est la quantité d’une autre marchandise j contre laquelle elle s’échange ;

2) La « forme développée »  : ici se sont des valeurs d’échange d’une


marchandise i allant de 1……j….n. Elles sont mesurées par la quantité i qui est
leur unité de mesure commune ou équivalente général. La valeur d’échange de i
est la série des quantités de marchandise 1…..j….n contre laquelle elle
s’échange ;

3) La « forme générale »  : à présent se sont des valeurs d’échanges de i allant


de 1….j…n. qui sont mesurées par les quantités de i, qui est leur unité de mesure
commune ou « équivalent général » ;

4) La forme «  Monnaie ou argent »: la valeur d’échange d’une marchandise


est son prix monétaire. « L’équivalent général » de toutes les marchandises n’est
plus une marchandise i arbitraire, mais cette marchandise que la société a
consacré comme monnaie, l’or.
Ici se situe la distinction entre Marx et les auteurs classiques. En effet,
chez les auteurs classiques A. Smith et D. Ricardo, la caractéristique de la
mesure de la valeur d’échange est un étalon séparé de celle de l’intermédiaire
des échanges qu’est la monnaie. La première caractéristique de la mesure de la
valeur d’échange aboutie à une théorie des prix relatifs. La valeur d’échange
reste une caractéristique réelle, c’est un prix réel chez les auteurs classiques.

En revanche, chez Marx la seule unité de mesure socialement reconnu de


la valeur d’échange est la monnaie. Le prix est donc monétaire.

2.3- La monnaie-marchandise, unité de compte et moyen d’achat

Lorsque le propriétaire d’une marchandise i participe à l’échange d’une


marchandise j, il lui attache un prix appelé prix idéal, c’est-à-dire une quantité
de monnaie qui va mesurer la valeur d’échange de cette marchandise. Pour que
le marchand annonce le prix d’une marchandise, la monnaie est nécessaire mais
sur sa forme idéale. On dit qu’elle est l’unité de compte, c’est-à-dire
l’expression commune dans laquelle des marchandises i sont mesuré. L’unité de
compte fait partie intégrante de la définition de la monnaie chez Marx, alors que
celle-ci n’existe pas dans l’économie classique.

L’annonce du prix qui est faite par le marchand n’est cependant qu’un
idéal, le prix annoncé devient réel lorsque la vente s’effectue en réalité. Il faut
que le prix soit validé. Lorsque l’échange a eu lieu, on passe d’une monnaie
idéale (unité de compte) à une monnaie moyen d’achat ou monnaie réelle. Ce
passage est rendu possible par la présence d’un pouvoir d’achat monétaire entre
les mains des acheteurs. C’est précisément ce pouvoir d’achat qui égalise le prix
idéal ou annoncé et le prix constaté durant l’échange.

Section 3 : La théorie du capital et de la plus-value

3.1- Circulation des marchandises et du capital


Marx distingue deux types de situation dans lesquelles la monnaie est
respectivement un moyen d’échange et un capital.

1) ce que Marx nomme la circulation simple du capital est représenté par le


schéma :

Marchandise Argent Marchandise

M A M

Dans ce schéma, Marx montre que l’argent joue également le rôle de


moyen d’échange. L’argent est simplement un moyen de circulation, il permet
de faire circuler les marchandises. Le mouvement M A M est un
mouvement de circulation de la marchandise et non de la monnaie. Il est peut
être résumer par la formule : vendre pour acheter.

A cette circulation des marchandises, Marx oppose la circulation du


capital. Selon la circulation du capital, nous retrouvons le schéma suivant :

Argent Marchandise Argent

A M A

Le mouvement A M A à pour finalité le retour de l’argent vers


son propriétaire originel. Il se résume dans la formule : acheter pour vendre. La
marchandise n’est ici que le moyen de circulation de l’argent.

C’est l’existence d’une différence entre l’avance avancé et l’argent retiré


(la plus-value) qui spécifie la forme de l’apparition de la valeur dans cette
circulation, forme appelée par Marx le capital. Le capital avancé s’auto valorise.
Le circuit devient alors:

A M A’ avec, A’ > A
Le capital, d’après Marx, n’est pas une marchandise, il est au contraire
une valeur. Et il a une tendance à s’auto valorisé, c’est-à-dire à augmenter de
grandeur par rapport à l’avance initiale.

3.2 - La marchandise « force de travail » comme origine de la plus-value

Marx identifie un nouveau concept qu’il désigne sous le nom de


marchandise particulière. Selon Marx, la plus-value a pour origine la
particularité d’une marchandise M* (c’est avant tout une marchandise qui
s’échange par une valeur, mais cette valeur peut être modifiée tant que M* est
en circulation).

Pour que la plus-value apparaisse M* doit sortir de la circulation. Dès


lors, il y a création de valeur de sorte qu’en revenant dans la circulation, cette
valeur soit élevée par rapport à ce qu’elle était au début de la circulation. Chez
Marx, la création de valeur suppose la création de marchandise car la valeur
n’existe qu’avec la marchandise.

La valeur ne réapparait pas augmentée dans la circulation sous la forme de


la marchandise M*, mais sous la forme de marchandise ordinaire M’. Dès lors,
le cycle du capital A M A’ se présente comme un mouvement qui
s’écrit A M* M’ A’. Les points de suspension expriment l’idée qu’il y a
sortie de la circulation.

Cette marchandise particulière qui, lorsqu’elle sort du circuit, a le pouvoir


de créer de la marchandise, c’est-à-dire de la richesse c’est la force de travail.
Marx constate que la force de travail est cette marchandise particulière dont
l’échange et la circulation permettent de créer la plus-value.

3.3- L’exploitation capitaliste


L’étude de la plus-value conduit Marx à distinguer deux types de classe :

a) la classe capitaliste : cette classe possède la marchandise ordinaire qui lui


rapporte de l’argent et avec cet argent, elle achète la force de travail.

b) la classe des travailleurs : cette classe possède la force de travail dont la


vente sous forme de salaire rapporte de l’argent qu’elle va dépenser pour acheter
les biens ordinaires ;

Lorsque la classe des capitalistes avance un capital en argent pour l’achat


d’une marchandise particulière nécessaire à la production (force de travail
ouvrière comprise) ce capital lui revient augmenté d’une plus-value.

En revanche, la classe des travailleurs ne possède que la marchandise


force de travail qui lui rapporte un salaire lui permettant de consommer des
biens de subsistances dans la société capitaliste.

Ainsi, pour Marx le mode de production capitaliste est unique car il


conduit à la généralisation du salariat. Dans le salariat, les travailleurs
(prolétaires) ont des intérêts contradictoires à ceux des capitalistes, précisément
les intérêts des travailleurs sont contraires au maintien du capitalisme vu que les
capitalistes ne recherchent que la plus-value.

Les travailleurs peuvent donc être un acteur majeur au renversement du


système capitaliste. Ce renversement du capitalisme peut surgir des crises
ouvrières successives qui vont paralysées progressivement ce système dans le
cycle de reproduction du capital.

3.4- Reproduction du capital et crises

L’analyse du capital conduit Marx à reformuler la détermination de la


grandeur de la valeur et à traiter trois questions principales liés à la reproduction
du capital : la circulation de la valeur entre les sections productives (les schémas
de la reproduction), la transformation des valeurs-travail en prix de production,
la dynamique du taux de profit à long terme (soumis à une loi de la baisse
tendancielle).

A compléter voir pages 167 à 173 .


Chapitre 6 : L’école marginaliste

Le marginalisme est né au début des années 1870, et il tire son nom du


concept central autour duquel il s’est constitué : l’utilité marginale. Trois
économistes de nationalités différentes, l’autrichien Carl Menger(1840-1921),
l’anglais Stanley Jevons(1835-1882), et le français Léon Walras (1834-1910),
sont traditionnellement associés comme les pères fondateurs de la « révolution
marginaliste ». Leur innovation va consister à relier l’ancienne notion d’utilité
d’un bien à la quantité consommée de ce bien :l ’utilité d’un bien n’est pas une
grandeur absolue, mais décroit avec la quantité consommée. Le calcul
économique de l’agent porte donc sur l’utilité marginale du bien, c’est-à-dire
celle de la dernière unité.
De cette loi psychologique de décroissance de l’utilité marginale sont
déduites trois conséquences. D’abord, l’individu n’accepte de consommer
davantage d’un bien (ce qui en fait diminuer l’utilité marginale) que si son prix
baisse : la demande d’un bien est une fonction décroissante de son prix. Ensuite,
il maximise l’utilité de sa consommation totale lorsque les prix relatifs des
différents biens sont proportionnels à leurs utilités marginales respectives.
Puisque celles-ci dépendent des quantités disponibles, les prix des biens sont des
indicateurs de leur rareté relative. Enfin, si ces quantités sont données, les prix
des biens sont indépendants de leur cout de cout de production : la théorie
classique de la valeur est ainsi démentie. Le marginalisme propose ainsi une
théorie de la valeur plus générale que celle fondée sur le coût de production,
puisqu’elle explique aussi la valeur des biens non reproductibles.
Sous la forme que lui donne Menger et Jevons, il présentait cependant une
grave lacune : l’utilité marginale expliquait les prix des biens pour des quantités
données. La supériorité de Walras se manifeste par une détermination unifiée
des prix et des quantités au moyen de la loi de l’offre et de la demande appliquée
sur des marchés interdépendants.

Une autre solution est trouvée dans la transposition du raisonnement à la


marge de l’utilité productive. La loi de décroissance de la productivité marginale
des facteurs avec des quantités produites des biens explique que l’offre de ceux-
ci est croissante en fonction du prix, et la conjonction d’une fonction d’offre
croissante et d’une fonction de demande décroissante détermine simultanément
le prix et la quantité. Cette approche d’équilibre partiel s’impose dans le monde
anglo-saxon sous l’influence d’Alfred Marshall (1842-1924).

Section 1-L’émergence de l’école marginaliste


Après avoir indiqué en quoi réside la rupture entre la théorie classique et
la théorie marginaliste, on examinera les apports respectifs de Menger et de
Jevons avant de distinguer les deux méthodes d’analyse de l’équilibre
concurrentiel proposées par Walras et Marshall.

1.1-De la théorie classique à la théorie marginaliste

Aux XVIIIe siècle, Ferdinando Galiani (1728-1787),Jacques Turgot (1727-


1781),Etienne de Condilac (1714-1780),avaient avancé que la valeur d’un bien
ne réside pas dans une propriété du bien lui-même mais dans la perception qu’à
l’individu de sa capacité à satisfaire un besoin ;c’est l’utilité subjective d’un bien
qui en ferait ainsi la valeur. Adam Smith considéra cependant que la valeur
d’usage était une condition nécessaire mais non suffisante de la d’échange, qui
s’expliquait en fait par le cout de production. Cette conception fut développée
par la théorie classique et, pendant près d’un siècle Smith, l’explication de la
valeur d’échange par l’utilité fut ainsi minoritaire, malgré les travaux des
français Augustin Cournot (1801-1877) et Arsène Dupuit (1804-1866), et des
allemands Johann Von Thünen (1783-1850) et Hermann Gossen (1810-1858).un
trait commun est cependant son opposition à la théorie classique de la valeur.
Mais il y a plusieurs façons de comprendre cette opposition.
La première est de contraster la vision classique d’une économie où les agents
entrent principalement en relation à travers les classes sociales auxquelles ils
appartiennent, et la vision marginaliste centrée sur les comportements
individuels. Un avatar de cette opposition est la distinction souvent faite entre
une théorie objective (classique) et une théorie subjective (marginaliste) de la
valeur, identifiées respectivement aux théories de la valeur-travail et de la
valeur-utilité.

Une deuxième façon de comprendre l’opposition entre les théories classiques et


marginalistes concerne les analyses de la production et du marché.la théorie
classique détermine les prix « naturels) comme ceux qui sont compatibles avec
une certaine structure (technique et sociale) de la production ; les prix « de
marché » gravitent autour d’eux, grâce à des processus d’ajustement dont
l’analyse est jugé secondaire. A l’inverse, ce sont les forces de marché (la « loi
de l’offre et de la demande ») qui jouent un rôle essentiel pour la détermination
des prix « d’équilibre » dans la théorie marginaliste.

Enfin, on peut opposer la théorie classique et marginaliste à travers la manière


dont elles envisagent la relation entre les quantités et les prix des marchandises.
Un trait essentiel de la théorie classique plus précisément : de la théorie
rocardienne est de séparer la détermination des quantités produites et celle des
prix naturels :ceux-ci sont déterminés pour des quantités données (celle qui
garantissent la reproduction de l’économie),et la variation des quantités relève
d’une analyse distincte(celle de l’accumulation du capital).à l’inverse, en se
focalisant sur « l’équilibre concurrentiel » résultant de l’action conjuguée de
l’offre et de la demande, la théorie marginaliste insiste sur la détermination
simultanée des quantités et des prix d’équilibre.

Il semble qu’analytiquement, l’unité de la théorie marginaliste réside dans le


concept d’équilibre concurrentiel, entendu comme l’état d’une économie dans
lequel la compensation entre les forces de l’offre et de la demande détermine
simultanément les quantités et les prix relatifs des biens.

1.2-L’utilité et la rareté chez Menger


Carle Menger (1840-1921) fit des études de droit et de science politique à
vienne et à Prague, avant d’obtenir un doctorat de l’université de Cracovie.il
découvrit l’économie par le journalisme, et publia la même année son premier
ouvrage (principe d’économie politique) qui lui permit d’entamer une brillante
carrière de professeur à l’université de vienne. En 1883, il publia recherches sur
la méthode des sciences sociales et en particulier de l’économie politique et en
1892, Menger publia plusieurs articles sur la monnaie.
C’est pour la théorie de la valeur développée que Menger est considéré comme
l’un des promoteurs de la « révolution marginaliste ».il faut donc la résumer
rapidement.

1) Les biens et les besoins


Le point de départ est la définition du bien économique. Est bien toute chose
dotée d’une utilité reconnu par l’homme.la connaissance des propriétés qu’ont
les biens de satisfaire des besoins, et le pouvoir qu’ont les hommes d’utiliser
cette connaissance pour satisfaire effectivement ces besoins, sont à l’origine de
toute activité économique, qu’elle soit de consommation ou de production.
Il y a un point sur lequel Menger insiste beaucoup : le caractère subjectif de la
valeur. Puisqu’elle résulte de la conscience qu’à l’homme de la capacité qu’a un
bien de satisfaire un besoin, cette valeur n’existe pas en dehors de ce rapport
subjectif entre lui et le bien économique.

2) La relation entre la valeur et la quantité d’un bien


Une question se présente : pourquoi un bien a-t-il plus de valeur qu’un autre ?la
réponse passe par l’élaboration de la notion d’utilité marginale.
Ce calcul constitue l’activité économique par excellence :

« Partout où habitent les hommes et quel que soit le degré de culture qu’ils aient
atteint, nous pouvons toujours observer que l’individu économique compare
l’une à l’autre l’importance de la satisfaction de ses divers besoins en général,
ainsi que des diverses phases de satisfaction plus ou moins complète d’un besoin
particulier, et que, finalement, à la suite de ces examens, il oriente son activité
économique vers la satisfaction la plus complète possible de ses besoins ».

Ce comportement de l’agent économique vis-à-vis de la satisfaction de ses


besoins a pour conséquence l’attribution par cet agent d’une valeur plus ou
moins grande aux biens.

Hermann Gossen avait déjà énoncé en 1854 ce qu’on désigne aujourd’hui dans
la littérature comme la « première loi de Gossen » : l’intensité d’un besoin
décroit au fur et à mesure de sa satisfaction. Menger développe cette loi en
établissant une « loi psychologique fondamentale », selon laquelle la valeur d’un
bien est d’autant plus élevée :

- que le besoin que ce bien satisfait est estimé prioritaire ;


- et que la quantité disponible du bien est faible.
Ce principe, qui fait dépendre la valeur des biens de la capacité des individus à
en disposer, a pour Menger une validité universelle.il s’applique non seulement
aux biens de consommation (« biens de premier ordre »), mais aussi aux biens
de production (« biens d’un ordre supérieur »).

1.3-Utilité abstraite et équilibre individuel chez Jevons


William Stanley Jevons (1835-1882) publia dans les années 1870
plusieurs ouvrages de logique, et en 1875 Money and the Mechanism of
Exchange(la monnaie et le mécanisme de l’échange),où il défend un « étalon
tabulaire » de la valeur de la monnaie, est-à-dire une mesure de celle-ci par le
pouvoir d’achat de la monnaie sur un panier de biens et non plus sur une seule
marchandise, l’or. Cette conception, reprise en 1911 par l’américain Irving
Fisher, est à l’origine de la pratique répandue aujourd’hui, qui consiste à
mesurer les variations dans la valeur de la monnaie par celles d’un indice du
niveau général des prix.
Mais c’est surtout pour sa contribution à la formation de la théorie marginaliste
de la valeur que Jevons est le plus connu. Dès 1862,il présenta à la British
Association une Notice of a General Mathematical Théory of Political
Economy, dans laquelle le prix d’une marchandise est déterminé en égalisant
l’utilité marginale de sa consommation(est le rapport entre le dernier
accroissement ou une offre infiniment petite de l’objet, et l’accroissement de
plaisir qu’il procure) et la désutilité marginale de sa production. Ces idées furent
développées dans The Theory of Political Economy.

1) La référence à l’utilitarisme

Jevons baigne dans un univers intellectuel où l’utilitarisme occupe une place


prépondérante, ainsi il affirme vouloir « entièrement la fonder sur un calcul des
plaisirs et des peines ».

2) La loi de décroissance de l’utilité marginale

En accord avec sa vision de l’utilitarisme, le point de départ de Jevons est une


théorie de l’utilité :

« Le plaisir et la peine sont sans conteste les objets ultimes du calcul
économique. Satisfaire le plus possible nos désirs au moindre effort - procurer le
plus grand montant de ce qui est désirable au prix du plus petit montant de ce
qui indésirable – en d’autres termes, maximiser le plaisir ,voilà le problème de
l’économie. Mais il est souhaitable de transférer dès que possible notre attention
aux objets physiques ou aux actions qui sont pour nous la source des plaisirs et
des peines ».
La maximisation du plaisir suppose que l’utilité soit conçue comme une
grandeur homogène et mesurable ; et le déplacement de l’attention du plaisir aux
objets qui le procurent conduit à considérer cette utilité abstraite comme une
propriété du bien.
Y
P

.0 m n x
xftx xx

Figure n°1 : intensité de la sensation en temps discret.

o
m n

Figure 2 : intensité de la sensation en temps continu.

Chez Jevons, l’utilité devient une quantité mesurable, dont la variation (le
« degré final d’utilité », c’est-à-dire l’utilité marginale) est à mettre en relation
avec la quantité consommée du bien. Après avoir représenté sur un histogramme
l’utilité (en ordonnée) correspondant à des doses successives (en abscisse) de
nourriture (figure 1), Jevons en dérive une courbe continue (figure 2), où l’utilité
marginale de la nourriture (en ordonnée) est une fonction décroissante de la
quantité consommée.
Jevons commente la figure 2 de la manière suivante :
« La loi de variation de degré d’utilité de la nourriture peut ainsi être représentée
par une courbe continue, et la hauteur perpendiculaire de chaque point de la
courbe au-dessous de la droite ox représente le degré d’utilité de la marchandise
quand un certain montant en a été consommée. Le degré d’utilité est ainsi
correctement mesuré par la hauteur d’un rectangle très étroit correspondant à
une très petite quantité de nourriture qui théoriquement devrait être infiniment
petite ».de la théorie de l’utilité, Jevons en déduit les valeurs d’échange des
marchandises.

1) Les valeurs d’échange des biens comme rapports de leurs utilités


marginales

Il s’agit ici de déduire la valeur d’échange des biens de leur valeur, c’est-à-dire
de leur utilité marginale pour les échangistes.
En obtenant une unité d’un bien A, un individu augmente sa satisfaction d’une
mesure égale à l’utilité marginale de A. Mais, dans un tronc, il fournit en
échange une certaine quantité d’un bien B, qui est le prix qu’il paye pour cette
unité de A. Or le bien B a lui-même pour cet individu une utilité marginale, et
s’en dessaisir revient pour lui à diminuer sa satisfaction (à la cession du bien
correspond une désutilité).l’opération d’échange ne peut avoir lieu que si, pour
notre individu, le surcroit de la satisfaction qu’il en tire est supérieur ou égal à sa
diminution ; il veut donc donner le moins possible de B contre le plus possible
de A. L’autre coéchangiste se comporte de la même manière. En obtenant B
contre A, il cherche à augmenter sa satisfaction d’une mesure supérieur ou égale
à celle dont il la diminue : il veut donc donner le moins possible de A contre le
plus possible de B.les deux individus ne peuvent ainsi être échangé que si la
valeur attribuée à une unité de A est égale à la valeur attribuée à la quantité de B
qui en est le prix. Le prix d’une unité de A c’est-à-dire la quantité de B contre
laquelle elle s’échange est ainsi égale au rapport des valeurs (c’est-à-dire des
utilités marginales) de A et B pour ceux qui les possèdent :

(1) PA/B ═ UmA/UmB

C’est ce que commente Jevons :

« Le rapport d’échange de deux marchandises quelconques sera l’inverse du


rapport des degrés finals d’utilité des quantités de marchandises disponibles
pour la consommation après que l’échange est achevé ».

Il est alors possible de reformer mathématiquement ce que Gossen avait établi


dès 1854 et que la littérature appelle aujourd’hui « seconde loi de Gossen » :
l’individu répartit ses dépenses entre les différents besoins de façon à égaliser
les satisfactions de chaque dépense. À l’équilibre, les prix relatifs de chaque
paire de biens sont déterminés par les rapports de leurs utilités marginales.

Avec cette détermination des prix d’équilibre apparaissent les deux traits
caractéristiques de la théorie marginaliste, qu’on retrouvera par la suite tout au
long de son développement :

- les prix des biens résultent de la jonction de deux éléments : l’estimation


que fait l’individu de ses besoins et la disposition qu’il a des biens en
certaines quantités. Ces deux éléments influencent symétriquement les
prix, ce qui donne un sens à la « loi de l’offre et de la demande » ;
- il existe ainsi une relation entre le prix d’un bien et la quantité disponible
de ce bien.

Section 2- La loi de l’offre et de la demande en équilibre général selon


Walras
Fils d’Auguste Walras, Léon Walras naquit en 1834.en 1870,il obtint un
poste de professeur d’économie politique à l’université de Lausanne, où il
enseigna jusqu’à sa retraite en 1892.il distingue trois domaines de l’analyse de la
société :la théorie positive de la richesse sociale, objet de l’économie
pure ;l’organisation de l’activité économique, objet de l’économie appliquée ;et
la réflexion sur les principes de la justice et de la morale, objet de l’économie
sociale.il illustra chacun de ses domaines par un ouvrage : Eléments d’économie
politique pure (1874-1877,achevé dans la quatrième édition,1900),Etudes
d’économie sociale (1896),Etudes d’économie politique appliquée (1898).
C’est pour son économie pure que Walras est considéré aujourd’hui comme la
référence obligée de la théorie micro-économie moderne. Découvrant le
marginalisme en même temps que Jevons et Menger, il les dépassa en
soumettant l’analyse de tous les phénomènes économiques à un principe unique,
celui de la rareté, et en formulant leur interdépendance en un système général de
marchés.la théorie de l’équilibre général synthétise cette vision de l’économie.

2.1-Une théorie de la richesse sociale


L’objet de l’économie politique pure est la théorie de la richesse sociale,
comme on le voit dès le titre de l’ouvrage principal de Walras : Eléments
d’économie politique pure ou théorie de la richesse sociale. C’est cette théorie
centrée sur la relation entre les prix et la rareté, telle qu’elle s’établit en
concurrence parfaite :
« L’économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination
des prix sous un régime hypothétique libre concurrence sociale. L’ensemble de
toutes les choses, matérielles ou immatérielles, qui sont susceptibles d’avoir un
prix parce qu’elles sont rares, c’est-à-dire à la fois utiles et limitées en quantités,
forme la richesse sociale. C’est pourquoi l’économie politique pure est aussi la
théorie de la richesse sociale ».

La définition de la richesse sociale est ainsi différente chez Walras de celle


présente dans la tradition classique de Smith à Ricardo, en ce qu’elle découle de
la notion de rareté. Pour Smith, la « richesse des nations » est composée des
« choses nécessaires à la vie » que la division du travail conduit les individus à
se procurer par l’échange. Pour Ricardo, elle est constituée par les marchandises
librement reproductibles.
Walras souligne que quelle que soit sa quantité, un bien est rare dès l’instant où
celle-ci est limitée par rapport à l’étendue du besoin.

La rareté a trois conséquences .la première est l’appropriation.si un bien est


inutile, personne ne cherche à l’obtenir .s’il est utile et en quantité illimitée
(Walras donne l’exemple de « l’air atmosphérique dans les circonstances
ordinaires » personne ne peut se l’approprier en totalité et n’y a d’ailleurs
intérêt, puisqu’à à tout moment le besoin peut en être satisfait. Par contre s’il est
rare, il y a un sens à en prendre possession et il est possible de le faire.la rareté
est un phénomène naturel, l’appropriation l’est aussi. Elle se distingue de la
propriété, « qui n’est que l’appropriation légitime ou conforme à la justice » et
relève ainsi de la morale.
La deuxième conséquence de la rareté découle de la première : c’est l’échange et
son corollaire, la valeur d’échange. Une fois qu’ils se les sont appropriés, les
individus peuvent se dessaisir des biens pour l’échanger dans certaines
proportions contre ceux appropriés par les autres individus.la valeur d’échange a
un caractère tout aussi naturel que la rareté qui est la source.
C’est la libre concurrence entre acheteurs et vendeurs que la valeur
d’échange s’impose aux échangistes, qui ne peuvent ainsi que se soumettre à sa
loi, comme on ne peut échapper à une loi naturelle.
La troisième conséquence de la rareté est l’industrie, c’est-à-dire l’ensemble des
opérations visant à augmenter la quantité disponible des biens et donc à en
réduire la rareté. Comme l’échange, la production n’est qu’une conséquence de
la définition de la richesse par la rareté.
C’est pourquoi, en économie politique pure, la richesse sociale peut-être
indifféremment définie comme « l’ensemble des choses matérielles ou
immatérielles qui sont rares » ou comme « l’ensemble des choses matérielles ou
immatérielles qui sont valables et échangeables » .du fait que la valeur
d’échange se détermine sur le marché, l’économie politique pure est aussi la
théorie générale du marché.

2.2-Les principes de construction de la théorie de la valeur d’échange


Les principes généraux de construction de la théorie désignent le terme
habituel de théorie de l’équilibre générale walrasien.

1) L’équilibre de marchés interdépendants en concurrence parfaite


L’objectif de Walras est de déterminer le système de prix relatifs et de
quantités échangées des biens lorsqu’une économie de concurrence parfaite est à
l’équilibre général. Cette caractérisation de l’économie recouvre trois aspects.
Le premier est la concurrence parfaite.la concurrence parfaite se définit moins
par ses conditions (grand nombre d’agents, libre entrée et sortie sur les marchés,
homogénéité du bien, information parfaite, etc.) que par leur conséquence :
aucun agent individuel n’est pas supposé avoir d’influence sur les prix.
Ce régime de concurrence se distingue de la concurrence imparfaite au sens le
plus général, où pour quelque raison que ce soit, un agent ou un groupe
particulier d’agents peut, comme on dit dans la littérature moderne, « faire le
prix ».
Le deuxième aspect est l’équilibre du marché. Celui-ci est réalisé pour un bien
lorsqu’il n’existe aucune force endogène susceptible de modifier le prix, qui est
ainsi le prix d’équilibre. Puisque c’est le rapport entre l’offre et la demande du
bien qui fait varier son prix, l’équilibre de marché se définit par l’absence d’une
offre ou d’une demande excédentaire. Comme l’offre et la demande sur le
marché d’un bien résultent de l’agrégation des offres et demandes individuelles
respectives, cette condition signifie que chaque agent est lui-même en équilibre,
puisqu’il écoule exactement la quantité la quantité qu’il offre au prix d’équilibre
ou obtient exactement la quantité qu’il demande à ce prix.
Le troisième aspect est l’équilibre général.il désigne l’état d’une économie dans
laquelle, non seulement tous les marchés sont en équilibre, mais encore leur
interdépendances explicitement analysée. Cette méthode diffère ainsi de
l’analyse en équilibre partiel. En équilibre partiel, chaque marché est étudié
ceteris paribus, sous l’hypothèse que tous les autres marchés sont et demeurent
en équilibre, quoi qu’il, arrive sur le marché considéré.la rationalité de l’agent
individuel étant un choix sous contrainte, il va de soi qu’une offre ou une
demande adressée à un marché a un effet sur les autres marchés. Mais l’on
suppose qu’il est possible de séparer d’une part cet effet (et donc aussi les effets
que ce marché subit en provenance des autres), et d’autre part les phénomènes
propres au marché considéré.

2) Les agents et les marchés


Les biens de la nomenclature sont définis par leur valeur d’usage, et il existe
autant de marchés qu’il y a des biens. Les agents individuels se répartissent sur
ces marchés du côté de l’offre et du côté de la demande. On peut distinguer deux
catégories d’agents : les ménages et les entreprises.
Dans les seize premières leçons des Eléments, Walras traite d’une « économie
d’échange pure », où ne sont considéré que des biens de consommation, c’est-à-
dire ceux qui satisfont directement un besoin. Leurs quantités disponibles sont
supposées données ; leurs prix sont alors proportionnels à leurs utilités
marginales. Puis il introduit le fait que ces biens sont produits à l’aide de
services producteurs.
On peut alors introduire la distinction fonctionnelle entre les ménages, qui
demandent les biens de consommation, et les entreprises, qui les offrent. Pour
les produire, les entreprises doivent combiner les services producteurs, qui
constituent le deuxième type de marchandise, demandées par les entreprises et
offertes par les ménages. L’analyse des marchés de biens de consommation et de
services producteurs constitue, dans les termes de Walras, la théorie de
l’échange et de la production. Elle a pour objet la détermination des quantités et
prix d’équilibre des biens de consommation et des services producteurs.
3) Le traitement des capitaux
La théorie de la capitalisation, qui est exposée à partir de la vingt-troisième
leçon, concerne les ressources, encore appelées éléments ou capitaux, dont sont
issus les services producteurs. Cette théorie de la capitalisation a pour objet la
détermination des prix des capitaux.
Les prix des services producteurs sont les revenus bruts des capitaux qui les
fournissent. Mais les capitaux, quels qu’ils soient, s’usent et peuvent être
détruits par accident. Une partie des revenus bruts doit être affectée par leurs
propriétaires à leur amortissement et à leur assurance. On obtient alors leurs
revenus nets. Ce qui détermine la demande d’un capital est alors le taux de
revenu net, égal au rapport entre le revenu net et le prix du capital.

Il existe trois sortes de capitaux. Les capitaux fonciers (ou encore terres) sont
donnés par la nature, et leur quantité n’est pas susceptible d’augmenter grâce a
un processus de production.
Les capitaux personnels (ou encore personnes) sont également en quantités
données.il existe enfin un troisième type de ressources : les « capitaux
proprement dits » (ou encore capitaux mobiliers ou biens de production) sont
produits comme les biens de consommation, et leurs quantités sont donc
variables, au moins pour les biens de production neufs. Les biens de production
anciens, produits lors des périodes précédentes, sont par définition en quantités
données. Les biens de production appartiennent aux ménages (même s’ils sont
localisés dans les entreprises), qui en offrent les services mobiliers contre des
revenus, les intérêts ou profits.
Cette conception du « capital proprement dit » revient à considérer
exclusivement le capital fixe, et à négliger le capital circulant, c’est-à-dire les
biens intermédiaires, qui ne satisfont pas directement un besoin mais dont la
propriété ne fournit pas un revenu aux périodes futures.
La totalité des revenus obtenus par les ménages n’est pas dépensée en achat de
biens de consommation ; une partie est épargnée. L’épargne donne lieu à l’achat
d’actifs financiers. Ceux-ci sont émis par les entreprises pour financer l’achat de
biens de production neufs. Puisque la totalité de la valeur produite par les
entreprises est distribuée aux ménages, l’investissement est intégralement
financé par l’émission de titres souscrits par ces ménages (il n’y a pas
d’autofinancement, qui supposerait que les entreprises conservent une partie des
profits).la demande et l’offre de titres sont confrontées sur des marchés
financiers.

2.3-Le modèle de l’équilibre général


Le modèle est statique, c’est dire que les prix et les quantités d’équilibre dans
une période ne dépendent que de déterminants dans cette période. Il est
également réel, au sens où les échanges sont supposés se faire sans intervention
d’une monnaie.
-L’équilibre sur les différentes marchés :
Soit la nomenclature comprenant en nombre n les marchandises suivantes :
- Les biens de consommations, notés i ;
- Les services de producteurs, notés j ;
- Les capitaux non produits dans la période (fonciers, personnels, et bien de
production produit antérieurement), notés l ;
- Les biens de production neufs, notés k ;
- Le marché d’un actif financier, noté e.
Les inconnues sont les quantités d’équilibre, mesurées dans les unités physiques
correspondant aux marchandises échangées, les prix d’équilibre mesurés dans
une des marchandises choisies comme numéraire.

Quantité Prix
Biens de consommation Yi Pi
Services producteurs Xj Vj
Capitaux non produits Ll Pl
Biens de production Kk Pk
neufs
Actifs financiers Te Pe

Sur le marché du bien de consommation i, l’équilibre des demandeurs est


réalisé lorsqu’ils obtiennent exactement la quantité qu’ils demandent au prix
d’équilibre. Celle-ci est fonction des prix de tous les biens, les prix de tous les
services producteurs et du prix de l’actif financier. On a donc :

(2) Yi=fi( P1 … ; Pi…. ;V1… ;Vj… ;Pe)


L’équilibre des offreurs est réalisé lorsque le prix de vente du bien est au moins
égal à son coût de production en services producteurs. A l’équilibre le prix de
vente du bien est donc égal à son coût de production :

(3) Pi=∑
j
a ji V j
Sur le marché du service producteur j, l’équilibre des offreurs est réalisé
lorsqu’ils vendent exactement la quantité qu’ils offrent au prix d’équilibre.
Celle-ci est déterminée comme la demande de biens de consommation, puisque
la vente d’un service producteur vise à obtenir un revenu qui sera dépensé ou
épargné. On a :

Xj=gj ( P1 … ; Pi…. ;V1… ;Vj… ;Pe)

L’équilibre des demandeurs est réalisé lorsqu’ils obtiennent exactement la


quantité qu’ils demandent, c’est-à-dire celle qui leur est nécessaire pour produire
les quantités d’équilibre de tous les biens, qu’ils soient de consommation ou de
production. On a donc :

Xj=∑
j
a ji Y i+ ∑ b jk K k
k

Sur le marché du capital non produit l, l’équilibre des offreurs est réalisé
lorsqu’ils vendent exactement la quantité qu’ils offrent au prix d’équilibre, qui
est une donnée. On a donc :

Ll= Ll

L’équilibre des demandeurs est réalisé lorsque le taux de revenu net sur le
capital (l) est égal à celui qu’on peut obtenir sur n’importe quel capital, ainsi que
sur l’actif financier. Le taux de revenu net r est le rapport du revenu net de l à
son prix, soit : r =(Vl – dlPl)/ Pl. On a donc

Pl = Vl/ (r + dl)

Sur le marché du bien de production neuf k, l’équilibre des offreurs est


déterminé comme celui des offreurs de biens de consommation, soit :

Pk = ∑
j
b jk V j

L’équilibre des demandeurs est déterminé comme celui des demandeurs des
autres capitaux, soit :
Pk = Vk/ (r + dk)

Sur le marché de l’actif financier e, enfin, l’équilibre des demandeurs


s’expriment exceptionnellement par deux équations. En effet, la demande d’un
titre est un acte d’épargne, qui arbitré avec les demandeurs de biens de
consommations et les offres de services producteurs, est comme elles fonction
de l’ensemble des prix :

Te=Fe ( P1 … ; Pi…. ;V1… ;Vj… ;Pe)

Demander un titre est aussi obtenir un capital immatériel (financier) dont on


attend un revenu, et dont le prix obéit donc à la même détermination que les prix
des autres capitaux. Son prix s’écrit alors :

Pe= 1/r

L’équilibre des offreurs est réalisé lorsqu’ils placent la quantité de titres requise
pour financer l’investissement en biens de production neufs :

PeTe = ∑
j
Pk Kk

Au total, une économie comprenant n marchés est ainsi représentée par 2n+1
équations.

2.4-De l’équilibre général au fonctionnement d’une économie de marché


Le résultat principal atteint par Walras est qu’il existe pour un ensemble donné
de paramètres un état de l’économie et un seul tel que tous les marchés sont
soldés : sur chaque marché, les offreurs écoulent exactement la quantité qu’ils
offrent au prix d’équilibre, et les demandeurs obtiennent exactement la quantité
qu’ils demandent à ce prix. Cet état d’équilibre général walrasien est représenté
par un ensemble de quantités et de prix d’équilibre. Sa signification doit être
précisée, en particulier par rapport à l’objectif assigné depuis Smith à
l’économie politique : la compréhension du fonctionnement d’une économie de
marché.
L’importance de la démonstration d’un équilibre général ne doit pas être
sous-estimée. Elle établit la possibilité d’un état de l’économie dans lequel les
décisions des agents, guidées par la recherche de l’intérêt individuel, sont
mutuellement compatibles : un ordre social est possible.

Section 3- La loi de l’offre et de la demande en équilibre partiel selon


Marshall

Né dans la banlieue de Londres en 1842, diplômé de mathématique en 1865 à


Cambridge. Alfred Marshall, après avoir enseigné Bristol et Oxford, il revint à
Cambridge en 1885 comme professeur d’économie politique.il y marqua
profondément l’enseignement de cette discipline, ayant pour élèves Arthur
Cécile Pigou et John Maynard Keynes. Ses principaux ouvrages sont les
Principes d’économie politique de 1890, Industrie et commerce (1919) et
Monnaie, crédit, et commerce (1923).

3.1- La « symétrie fondamentale »

Les principes de base de la théorie marginaliste de la valeur peuvent être


résumés en trois propositions.
a) La valeur est déterminée par la conjonction de deux forces qui jouent
symétriquement : l’offre et la demande. Cette « symétrie fondamentale
des relations générales de la demande et de l’offre par rapport à la
valeur » détermine en un premier sens une valeur d’équilibre.
b) La valeur d’un bien est déterminée en même temps que la quantité
échangée, par ce mécanisme d’offre et de demande. Les « forces de l’offre
rendent ainsi compte d’une possibilité de variation de la quantité produite.
c) La valeur et la quantité échangée sont déterminées pour chaque bien sur
son propre marché, les forces de l’offre et de la demande s’y exerçant
indépendamment de celles qui jouent sur les autres marchés .cette
détermination se fait donc en équilibre partiel. « toutes choses égales par
ailleurs ».elle consiste en fait à séparer ce qui fait l’objet de l’analyse (la
relation entre la quantité et le prix d’un bien) et ce qui est pour cela
considéré comme paramétrique (les quantités et prix de tous les autres
biens).
Le fonctionnement d’un marché est ainsi représenté par deux relations distinctes
entre le prix et la quantité du bien : une première relation entre le « prix de
demande » et la quantité demandée au marché.
Le prix et la quantité échangée à l’équilibre correspondent à la coïncidence de
ces deux prix ; en ce point sont réalisés à la fois l’équilibre des offreurs (les
producteurs) et celui des demandeurs (les consommateurs) :
Graphiquement ces deux relations entre le prix et la quantité d’un bien i se
présentent comme des courbes qui ont habituellement la forme suivante (elle
sera justifiée infra) :
Pi OI

Pi o

Pi*

PiD
DI

qi * qi

Figure 3 : Détermination de l’équilibre partiel


Le point d’équilibre A (de coordonnées pi et qi) est situé à l’intersection des
courbes d’offre et demande Oi et Di. Cette représentation géométrique permet
d’illustrer la méthode d’équilibre partiel : le déplacement sur une courbe
appréhende les variations conjointes de la quantité et du prix d’un bien, telles
qu’elles traduisent les comportements des offreurs ou des demandeurs ; le
déplacement de la courbe rend compte des variations dans les éléments
paramétriques : les quantités et prix des autres biens.
Pour être d’équilibre, le point A ne doit pas correspondre à une situation réalisée
par accident .cela suppose deux conditions : a) que l’équilibre soit obtenu par le
déplacement sur les courbes ; b) que l’obtention de l’équilibre n’entraine pas un
déplacement des courbes.

3.2-La relation entre coût et quantité produite

Il existe un cas où, non seulement la théorie marshallienne n’est pas vérifiée,
mais encore les premières conclusions marginalistes sont invalidées. Cela arrive
lorsque la relation entre le prix d’offre et la quantité produite est telle que ce prix
ne varie pas avec cette quantité. Graphiquement, la courbe d’offre est alors
parallèle à l’axe des quantités :

pi

Pi* Oi

Di*2
Di1

qi
*2
qi* qi

Figure 4 : Equilibre partiel avec rendements constants


- La demande n’intervient pas dans la détermination du prix, mais
seulement dans celle des quantités (lorsque la courbe de demande se
déplace de Di1 en Di2, le prix pi reste inchangé et seule se modifie la
quantité échangée, qui passe de qi1 à qi2) ;
- Le prix d’équilibre est déterminé avant la quantité, et indépendamment
d’elle. Le prix n’est donc plus un indicateur de rareté.
Il n’est pas nécessaire dans ces conditions de s’interroger sur la construction de
la courbe.la question de la détermination de la courbe de l’offre doit par contre
être élucidée. Les étapes du raisonnement sont les suivantes :
a) L’offre agrégée d’un bien est égale à la somme des offres faites par les
différents producteurs.la courbe d’offre au marché est donc obtenue par
sommation horizontale des courbes d’offre individuelles.
b) Chaque producteur individuel est supposé maximiser son profit, c’est-à-
dire la différente entre le prix de vente du bien et son cout de production.
En raison de l’hypothèse de concurrence pure et parfaite, le prix de vente
est pour chaque producteur une donnée ; le cout de production, par contre,
varie avec la quantité produite, et cette variation peut-être en particulier
enregistrée grâce à la relation entre le cout marginal du bien (le cout de la
production d’une unité supplémentaire) et cette quantité produite
individuellement.
c) Le producteur compare donc le prix du marché (qui est la recette qu’il
perçoit lors de la vente d’une unité supplémentaire du bien) et le cout
marginal ; son profit est par définition maximum lorsque, dans la zone où
le cout marginal est croissant, la production d’une unité supplémentaire
supporterait un cout marginal supérieur au prix.la courbe d’offre
individuelle est ainsi la courbe de cout marginal.
En définitive, puisque la courbe d’offre au marché est la sommation des courbes
de cout marginal, la variabilité du prix d’offre avec la quantité produite dépend
de celle du cout de production.il apparait donc que la variabilité de la théorie
marshallienne dépend de l’existence d’une relation entre le cout et la quantité
produite.si le bien est produit à cout constant, la théorie symétrique de la valeur
d’équilibre partiel s’effondre. A contrario, la condition nécessaire de son
existence est que le cout de production varie avec la quantité produite.la
compréhension de cette notion de cout de production va à présent introduite à
celle de rendement de facteur.

3.3-La loi des rendements non proportionnels

Le cout de production d’un bien est ainsi l’addition des couts en facteurs de
production. Chacun de ces couts est lui-même le produit de la quantité de facteur
utilisée dans la production du bien par le prix unitaire de ce facteur. Le cout de
production d’un bien peut alors en principe varier avec la quantité produite de ce
bien à travers deux effets :

- Un effet-quantité : l’augmentation de la quantité produite d’un bien


provoque une variation de ka quantité de facteur nécessaire pour la
production d’une unité de ce bien ;
- Un effet-prix : l’augmentation de la quantité produite d’un bien provoque
une variation du prix des facteurs utilisés.
En analyse d’équilibre partiel, on a vu qu’un changement intervenu sur un
marché ne doit pas avoir un effet sur le fonctionnement d’un autre marché.
L’effet-prix doit donc être écarté, puisqu’il suppose qu’un changement sur le
marché d’un bien (la variation de sa quantité produite a effet sur les marchés
des facteurs (la variation de leurs prix).la relation cherchée entre cout et quantité
produite d’un bien ne peut donc provenir que de l’effet-quantité.
Précisons celui-ci, afin de déterminer comment il se traduit par une relation
entre cout marginal et la quantité offerte. L’augmentation d’une unité de la
quantité produite d’un bien implique un accroissement des quantités des facteurs
utilisées.au lieu d’étudier simultanément de combien elles augmentent toutes, on
n’analysera que la variation de la quantité d’un facteur (appelée pour cette raison
« facteur variable »),celle des autres facteurs étant supposée inchangée (on les
appellera donc « facteurs constants »).il faut remarquer que le caractère
« variable » ou « constant » d’un facteur ne tient pas à sa nature :c’est une
simple convention analytique qui permet de d »terminer le rendement du facteur
dit variable, ce caractère s’attachant ainsi successivement à chacun d’eux.

Le produit de cette quantité additionnelle du facteur variable par son prix donne
le cout marginal du bien, puisque ce cout est le seul à varier. Ce cout est
croissant ou décroissant selon que la quantité additionnelle du facteur variable
nécessaire à la production d’une unité supplémentaire du bien augmente ou
diminue avec la quantité produite de ce bien. Quel est l’effet de l’accroissement
d’une unité de la quantité utilisée d’un facteur variable (les quantités des autres
facteurs étant supposées constantes) ? l’augmentation consécutive dans la
quantité produite du bien est le rendement (ou la productivité) marginal(e)
physique de ce facteur ;il est décroissant ou croissant selon que la quantité
additionnelle de produit obtenue avec une unité supplémentaire du facteur
variable diminue ou augmente avec la quantité produite du bien.il s’agit bien sur
là de deux expressions d’un même phenomène.il vaut mieux cependant
raisonner en termes de rendements, pour mieux montrer que la relation entre
cout et quantité produite résulte d’un effet-quantité (ce qui apparait quand on
parle de rendement sous-entendu :physique-mais non quand on parle de cout).

L’existence d’une relation entre cout et quantité produite d’un bien, qui fonde
une courbe d’offre susceptible d’entrer dans une explication « symétrique » de la
valeur, ne peut ainsi résulter, en équilibre partiel, que de celle de rendements
non proportionnels (c’est-à-dire variant avec la quantité produite).ce que
Marshall appelle la « loi des rendements non proportionnels » est donc la
condition nécessaire de la théorie symétrique de la valeur en équilibre partiel.
3iéme PARTIE: LA PERIODE DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES

Chapitre 7 : Instabilité du capitalisme et prééminence du marché

Section 1 : Instabilité du capitalisme et innovation chez A. Schumpeter

Schumpeter a effectué ses études d’économie à l’université de Viennes ou


il eut pour professeur les précurseurs de l’école marginaliste à savoir Von
WEISER et Bohm BAWERK. Il rencontre Alfred MARSHALL en Angleterre
avant de s’installer aux Etats-Unis comme professeur d’économie à l’université
de colombia. En 1932, il devient professeur d’économie de la célèbre université
de Harvard ; c’est durant cette période qu’il rédige ses deux ouvrages majeurs
intitulés respectivement Capitalisme, socialisme et démocratie (1942) et Histoire
de l’analyse économique(1954). Il aura pour élève plusieurs futurs prix Nobels
tels que Samuelson (1970), Leontief (1973) et James TOBIN (1981).

1.1- Grappes d’innovation et cycles

Schumpeter observe les innovations qui révolutionnent la vie économique


de son époque par ex : l’électricité, l’automobile et le téléphone. Il observe
également que certaines industries jouent un rôle d’entrainement pour toute
l’économie par exemple les industries de chemin de fer. Il note enfin que
l’activité économique est soumise à des cycles entendus comme des phases
successives d’expansion et de récession (ascendante ; descendante). Partant de
ces observations, il développe une théorie selon laquelle ce sont les innovations
qui commandent les cycles économiques. Par ailleurs, il considère que les
innovations n’apparaissent jamais seules elles surviennent comme des grappes
c’est-à-dire par vague successive. Schumpeter est ainsi appelé à faire la
différence entre l’invention et l’innovation. L’invention est une création qui peut
rester sans suite alors que l’innovation est une création qui connait un succès
économique. De ce fait, l’innovation est selon Schumpeter le moteur de
l’activité économique. Dans ce processus, le personnage clé est l’entrepreneur
en ce sens que c’est lui qui supporte l’invention et la transforme en succès
commercial par sa vision et son aptitude à la prise de risques. C’est pourquoi
selon Schumpeter l’évolution économique est liée au dynamisme de
l’entrepreneur. En effet le succès commercial d’un entrepreneur fait naitre
d’autres entreprises par imitation d’où le caractère à la fois moteur de
l’innovation et sa production en grappes d’innovation.

1.2- La destruction créatrice

L’approche de Schumpeter est dynamique dans la mesure où l’innovation


perturbe les équilibres anciens, accélère l’obsolescence des méthodes de
production des produits et des méthodes antérieures. Dans ce processus les
entreprises dépassées disparaissent ou doivent s’adapter. Il en va de même pour
les secteurs qui doivent s’adapter ou disparaitre. Par ailleurs, des nouveaux
secteurs apparaissent et se développent. C’est le principe de destruction-création
qui constitue selon Schumpeter la donnée fondamentale du capitalisme c’est-à-
dire que c’est l’élément essentiel de la dynamique du capitalisme.

Section 2 : Prééminence du marché selon Von HAYEK

Après ses études d’économie à l’université de Viennes Hayek deviendra


«le chef de fil» de l’école autrichienne qui est reconnue comme un courant qui
défend le système capitaliste. En cela, il va poursuivre la pensée des pères
fondateurs de l’école autrichienne tels que K. Menger et Von WEISER. Dans les
années 30 il devient professeur et quitte l’Europe pour s’installer aux Etats-Unis
ou il deviendra professeur d’économie à l’université de Chicago en 1950. C’est
en 1944 qu’il publie l’un de ses ouvrages les plus connus intitulé La route de la
servitude. Dans cet ouvrage Hayek soutient contre l’opinion dominante que
l’intervention de l’Etat dans le marché se traduit par la disparition des libertés
individuelles et il montre que le socialisme conduit à la dictature/capitalisme.
Avec la crise économique des années 70, l’avènement des régimes conservateurs
au pouvoir au Etats-Unis avec REAGAN et en Angleterre avec THATCHER,
Hayek devient le théoricien du renouveau du libéralisme.

2.1- Le capitalisme comme résultat d’un ordre spontané

Selon Hayek, la nature produit elle-même un ordre spontané Il serait donc


une grave erreur de croire que l’ordre économique doit être construit par
l’homme. La société et l’économie se construisent seules par expérimentation
successive ce sont des édifices ordonnés selon Hayek. Il réinvente ainsi la main
invisible chère à Adam Smith et l’ordre naturel cher aux physiocrates ; il est
considéré comme un précurseur de la nouvelle économie classique.

2.2- Hayek précurseur de l’ère économique classique

A l’instar de Smith, Hayek s’oppose à l’intervention de l’état car


contrairement au marché, celui-ci ne peut pas disposer de toutes les informations
nécessaires à la construction de l’ordre spontané.

L’intervention de l’état conduirait selon Hayek au totalitarisme pour lui le


marché est un processus de découverte et de révélation de l’information, et
comme c’est par le marché que les prix se forment et que ce sont les prix qui
transmettent l’information sur la valeur d’un bien et des ressources, le marché
permet selon lui une allocation optimale des ressources bien plus sure que ne le
ferait l’état.
Chapitre 8 : L’économie Keynésienne
Section 1 : Keynes et la rupture avec la théorie marginaliste
1.1. La vie et l’œuvre de Keynes

Keynes débuta son parcours à l’université de Cambridge par les mathématiques


avant d’étudier l’économie avec Marshall et Pigou. En 1913, il publie son
premier ouvrage intitulé « La monnaie et la finance en Inde » puis, il rejoint le
Trésor (où il était un membre imminent de la délégation britannique lors des
négociations du traité de Versailles) pendant la première guerre mondiale. Il
démissionne de la délégation britannique en 1919 et publie un ouvrage intitulé
« Les conséquences économiques de la paix ». Dans les années 1920, Keynes
s’intéresse aux questions monétaires. En 1923, il publie « La réforme
monétaire » et, en 1930, ses points de vue théoriques et appliqués sont
rassemblés dans un ouvrage intitulé « Le traité de la monnaie ». Entouré des
jeunes économistes de Cambridge (Richard Kahn, John Robinson et Straffa), il
élabore le cadre analytique qui permettra plus tard de comprendre la crise de
1929 dont la responsabilité intellectuelle incombe selon lui aux idées héritées de
l’école marginaliste.

Ainsi, en 1936, il publie «La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt, et de la


monnaie », qui est son ouvrage le plus célèbre. Après la seconde guerre
mondiale, il s’intéresse de nouveau aux questions monétaires. A cet égard, il
élabore un plan qui vise l’instauration d’un système monétaire international. Ce
dernier prévoit la création d’une monnaie internationale ; ce qui permet de
stabiliser les échanges et l’approvisionnement des pays en liquidité. Il prit la
défense de ce plan au nom du gouvernement britannique en 1944 à la conférence
de Bretton Woods.
Même si c’est le plan de White (du nom de l’économiste qui défendait la
position américaine) qui fut retenu, Keynes peut être considérer comme l’un des
architectes du Fond monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

1.2. La structure de la théorie générale

L’ouvrage de Keynes, « La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la


monnaie » se veut une rupture avec la théorie marginaliste sur au moins trois
aspects.

Premièrement, cette rupture porte sur la détermination de l’emploi. Selon


Keynes, le déterminant de l’emploi, c’est la demande effective. En effet, il
considère que le niveau de l’emploi global n’est pas déterminé sur le marché du
travail par la confrontation entre l’offre de travail (provenant des salariés) et la
demande de travail (émanant des entreprises). Le niveau de l’emploi dépend des
décisions de production prisent par les entrepreneurs en fonction de leurs
anticipations sur l’état futur de la demande. Autrement dit, le niveau de l’emploi
dépend du niveau de la demande effective anticipée.

Deuxièmement, la rupture de Keynes avec l’orthodoxie marginaliste concerne le


taux d’intérêt. Pour Keynes, ce taux est déterminé par les facteurs monétaires.
Ce taux est le prix que les agents économiques exigent pour renoncer à la
liquidité que procure la monnaie et accepter de détenir leur épargne sous forme
d’actifs financiers. Les marginalistes en revanche, considèrent que le taux
d’intérêt est déterminé sur le marché des fonds prêtables. Il dépend de l’offre
d’épargne des ménages et de la demande d’investissement des entreprises.

La troisième rupture enfin, vient du fait que la théorie générale prend appui sur
une critique détaillée de ce que Keynes nomme la théorie classique. Cette
critique, qui concerne essentiellement Alfred Marshall et Pigou, est la référence
à la loi de Jean Baptiste Say, d’une part, et, le principe de la flexibilité des prix.
Section 2 : La théorie de l’emploi

2.1. La position classique

Selon la loi de Say, le niveau du produit global et de l’emploi qui lui est associé,
ne peut être limité par une insuffisance de la demande puisqu’en principe
« l’offre créé sa propre demande ». L’équilibre global dépend donc
exclusivement des caractéristiques de l’offre globale. C’est alors sur le marché
du travail qu’est déterminé le niveau de l’emploi. Tant qu’un excès subsiste, la
baisse du salaire réel engendre une augmentation de la demande de travail
venant des entreprises et une réduction de l’offre de travail émanant des salariés.
Cet ajustement s’effectue jusqu’à ce que l’égalité offre-demande soit établie. En
dehors de cette période d’ajustement, à l’équilibre il ne peut exister de chômage
involontaire. Le niveau du produit global est alors celui qui est obtenu en
utilisant pleinement la population active disponible.

2.2. La critique de Keynes à la loi de Say

Selon Keynes, tout niveau de produit global n’est pas nécessairement un niveau
d’équilibre. Au lieu de s’adapter mécaniquement à l’offre, comme le propose la
loi de Say, la demande globale est autonome. C’est pourquoi l’auteur soutient
qu’en dehors de l’équilibre de plein emploi décrit par les classiques, d’autres
équilibres sont possibles. Un autre niveau d’équilibre macroéconomique est
possible. Dans cet équilibre, la demande globale autonome suscite une offre qui
lui est global : c’est l’équilibre macroéconomique de sous-emploi.

2.3. L’absence d’ajustement au plein emploi


Pour Keynes, il n’existe pas de mécanisme d’ajustement sur le marché du travail
susceptible d’éliminer le chômage involontaire (tout simplement parce-que le
niveau n’est pas déterminé sur le marché du travail). Plus clairement, le marché
du travail n’est pas comme les marchés ordinaires étudiés par Marshall sur
lesquels, la confrontation de l’offre et de la demande permettait d’obtenir un
prix d’équilibre. Le salaire monétaire résulte bien de la confrontation entre
l’offre de travail des salariés et la demande de travail des entreprises. Cependant,
le niveau de l’emploi est déterminé lui, en dehors de la relation salariale ; il est
déterminé par les comportements des entreprises sur le marché des biens. Deux
situations sont alors possibles selon Keynes : soit l’économie est en plein
emploi, mais cela relèverait du hasard, soit l’économie est spontanément en
équilibre de sous-emploi et elle y reste. Dans ce dernier cas, une intervention
extérieure (une politique économique) peut permettre à l’économie de passer
d’une situation d’équilibre à une autre. Tant que l’économie est en dehors du
plein emploi, le niveau de l’emploi d’équilibre se déduit, non du fonctionnement
du marché du travail, mais du niveau d’équilibre du produit global.

Section 3-La théorie de la demande effective


Keynes détermine d’abord le niveau de l’équilibre global en supposant donner le
niveau de l’investissement, puis il élabore une théorie de l’investissement
global.
3.1-L’équilibre global
A/ Définition de l’équilibre global :
Si Z est la somme des couts de l’ensemble des marchandises produites dans
l’économie (appelée prix de l’offre globale), Z est par définition égal à
l’ensemble des revenus distribués à l’occasion de cette production (le revenu
national), soit :
(1) Z=Y
Cette production est affecté soit a la consommation C, soit à l’épargne S, et donc
par définition :
(2) Y= C+S
La valeur de la demande globale D (appelée prix de la demande globale) se
définit par ailleurs comme la somme de la demande C de biens de
consommation et de demande I de biens de production, soit :
(3) D=C+I
L’équilibre global se définit enfin comme l’égalité entre le prix de l’offre
globale et le prix de la demande globale, soit :
(4) Z=D

Il découle des équations précédentes qu’à l’équilibre on a :


(5) I=S
B/Les déterminants de l’équilibre global
L’enjeu de cette théorie est la détermination du niveau d’emploi d’équilibre, il
est utile de relier le prix de l’offre globale Z et le prix de la demande globale
d’au niveau de l’emploi N.
On a vu que le produit globale Z, le revenu national Y et la demande globale D
sont égaux à l’équilibre. Examinons successivement les deux fonctions Z et D
dont l’égalité permet de déterminer le niveau du revenu national d’équilibre Y.
Supposons que les entrepreneurs ne s’engagent dans l’activité de production que
si elle leur procure une marge de profit jugée suffisante sur les couts de
production. Cette hypothèse est compatible avec le comportement traditionnel
de maximisation de la masse de profit, puisque, à taux de marge donné, la masse
de profit est d’autant plus élevée que la production est importante. Cela explique
le «  mobile qui incitera les entrepreneurs à accroitre l’emploi ».
Par simplification on supposera ici que les couts de production se réduisent aux
couts salariaux. Si N est le niveau de l’emploi, w le taux de salaire nominale et
 le taux de marge de profit, la fonction d’offre globale est donnée par :
(6) Z=N w (1+)
L’équation (6) est une autre expression de (1), puisqu’elle établit que le prix de
l’offre globale est égal à la somme des revenus distribués dans l’économie
(salaires et profits), c’est-a-dire le revenu national Y.
En vertu de (3) , la demande globale résulte de l’addition de deux composantes :
la consommation globale et l’investissement globale. La première est ainsi
définie par Keynes :
Si l’on appelle c la propension à consommer, c’est-à-dire la proportion de son
revenu qu’une communauté nationale souhaite consommer, on a par définition
C=cY, et donc, d’après (3) :
(7) D=c Y +1
Dans cette équation, c Y est le niveau de la consommation globale, il reste à
déterminer l’investissement global I. L’investissement global contribue à
déterminer le niveau d’équilibre du revenu national, mais il est lui-même
autonome par rapport à celui-ci. L’explication de cette autonomie réside dans la
nature des anticipations faites par les entrepreneurs. Quand ils décident
d’augmenter la production courante et pour cela embauchent des travailleurs
supplémentaires, c’est qu’ils anticipent une augmentation de la demande globale
à court terme. Quand ils décident d’accroitre leurs capacités de production et
pour cela investissent dans des biens de production nouveaux, c’est qu’ils
anticipent que cette augmentation de la demande se poursuivra à long terme.
C/ Le point de la demande effective
En résumé, pour des paramètres w,  (de répartition des revenus) et c (de
comportement de consommation), et un niveau donné de la variable
indépendante I (investissement autonome), le modèle de l’équilibre global
s’écrit :
(1) Z=Y
(6) Z= N w (1+)
(7) D=c Y+1
(4) Z=D
Ce modèle détermine les valeurs d’équilibre Z °, Y°, D°, N° des inconnues.

3.2-L’investissement global
1) Les effets de l’investissement
Le caractère crucial du niveau d’investissement pour la détermination de la
demande effective et donc de l’emploi apparait dans un concept que Keynes
reprend de son collègue à Cambridge Richard Kahn : le multiplicateur. En vertu
de (1),(7) et (10) on obtient Y=cY+I, soit :

(8) Y = I / (1-c)
c étant la propension à consommer,(1-c) est la propension à épargner (puisque
l’épargne est la fonction non consommée du revenu national), et (1-c)Y est le
montant de l’épargne. L’équation (11) signifie simplement que l’économie est
en équilibre global, caractérisé par I=S (équation 8).l’investissement étant
donné, le revenu national se fixe à un niveau d’équilibre qui dégage une épargne
égale à l’investissement .autrement dit, c’est l’épargne qui s’égalise à
l’investissement, et non, comme dans la théorie classique, l’investissement et
l’épargne qui s’ajustent l’un à l’autre.
L’autonomie de l’investissement signifie que son niveau ne dépend pas
chez Keynes des comportements d’épargnes. Mais l’équation (11) implique une
autre conséquence contraire à l’enseignement classique traditionnel : l’effet de
l’investissement sur l’activité globale dépend des comportements d’épargnes, et
cela négativement. Pour un niveau d’investissement donné I, le revenu national
d’équilibre Y* est d’autant plus élevé que (1-c) est faible, et donc que la
propension à épargner est faible. Alors que la théorie classique professe que
« l’abstinence » d’une communauté, c’est-à-dire sa propension à épargner, est
un facteur favorable à l’activité globale, Keynes établit qu’elle est au contraire
un facteur défavorable.
Keynes souligne l’existence d’un multiplicateur d’investissement. Un
accroissement autonome I de l’investissement s’accompagne d’une
augmentation Y du revenu national telle que Y = I/(1-cM) (avec cM la
propension marginale à consommer, égale ici à c). Puisque c M est inférieur à 1,
l’augmentation induite du revenu national est supérieure à l’accroissement initial
de l’investissement. Le multiplicateur k = 1(1-cM) est d’autant plus fort que la
propension marginale à consommer est élevée, et cet effet de multiplication
s’explique par le fait que l’accroissement de la demande d’investissement
suscite une augmentation du revenu national, qui entraine elle-même une
augmentation de la demande de consommation, qui suscite une nouvelle
augmentation du revenu national, etc.il y a deux déterminants de
l’investissement global, l’efficacité marginale du capital et le taux de l’intérêt.
2) L’efficacité marginale du capital
« Nous définirons l’efficacité marginale d’un capital le taux d’escompte qui,
appliqué à la sérié d’annuités constituée par les rendements escomptés de ce
capital pendant son existence entière, rend la valeur actuelle des annuités égale
au prix d’offre de ce capital ».
L’efficacité marginale du capital est ainsi le taux de rendement escompté du
capital nouveau.
3) Le rôle du taux d’intérêt
Ce rôle est facile à comprendre si on revient au niveau du comportement de
l’entreprise.si elle doit financer un projet d’investissement sur des fonds
d’emprunt, elle ne le décidera que si l’efficacité marginale de ce projet (c’est-à-
dire son taux de rendement attendu) est supérieur ou égale au taux d’intérêt
(c’est-à-dire son cout de financement).l’entreprise augmente donc son niveau
d’investissement (dont l’efficacité marginale décroit au fur et à mesure qu’il
augmente) jusqu’à ce que ces deux grandeurs soient égales. Alternativement,
l’entreprise peut disposer des fonds propres (par exemple issus des profits
accumulés) susceptibles d’autofinancer le projet d’investissement. Elle ne
décidera que si son efficacité marginale est supérieure ou égale au taux d’intérêt
qu’elle peut obtenir en prêtant ces fonds pour la même durée sur le marché
financier. Dans les deux cas, le point d’équilibre de l’entreprise se situe à la
rencontre de la courbe décroissante d’efficacité marginale du capital et de la
droite horizontale correspondant au taux d’intérêt sur le marché financier.

Section 4 : La théorie de la préférence pour la liquidité

On s’intéresse à la théorie monétaire de l’équilibre global.la comparaison


entre le « le taux d’intérêt naturel » et le taux d’intérêt bancaire, qui permet
d’expliquer l’inflation dans le cadre d’une théorie réelle de l’équilibre monétaire
global.
A. le taux d’intérêt naturel
Le caractère réel du taux d’intérêt : bien qu’effectué en monnaie, un prêt est un
transfert de capital d’un capitaliste financier à un capitaliste industriel, et sa
rémunération n’est donc pas déterminé par des facteurs monétaires, mais par le
taux de profit.
Le capital n’est pas lui-même un facteur de production mais consiste en biens
dont la production est obtenue par l’emploi des facteurs primaires (terre, travail)
détournés de celle des biens de consommations.
Deux décisions sont donc requises pour l’accumulation de capital : une
diminution de la demande de biens de consommation, qui constitue une
épargne ; une réallocation des facteurs primaires, qui constitue une production
de capital.
B. Le taux d’intérêt bancaire
Si tous les paiements se font par jeux d’écriture, et si l’on est en économie
fermée, aucune fuite hors du système bancaire n’est possible et celui-ci peut
alimenter toutes les demandes de crédit d’une façon indépendante de l’épargne.
Si le taux d’intérêt monétaire peut être différent du taux d’intérêt réel, existe-t-il
un mécanisme qui ramène le premier au niveau du second ?
C. Taux d’intérêt et inflation
Il existe donc bien un mécanisme d’adaptation du taux bancaire au taux naturel.
Mais à court terme, le déséquilibre monétaire se traduit par une conséquence
non désirée : l’inflation (ou la déflation, dans le cas symétrique).
D. Une théorie réelle de l’équilibre monétaire global
L’analyse d’un mécanisme d’adaptation du taux d’intérêt bancaire au taux
naturel, indépendamment de l’action de la banque centrale. Wicksell considère
que les déséquilibres monétaires ne sont pas dus au comportement actif des
banques, mais au contraire à leur passivité.
L’inflation ne s’explique pas chez Wicksell, mais par la relation entre l’offre et
la demande globales. L’augmentation de la quantité de monnaie en circulation
est une conséquence de la hausse des prix (via l’accroissement de la demande
d’encaisses de transaction).

Les variations dans la valeur de la monnaie ont pour origine le taux d’intérêt
monétaire, mais ni dans son niveau absolu, ni dans sa variation relative au cours
du temps ; ce qui importe est son niveau relatif par rapport au taux naturel.

4.1- L’approche monétaire de Wicksell et le débat autour du treatise on


money

Tant Keynes (1930) que Hayek (1931) mettent au centre de leur analyse le
fonctionnement d’une économie monétaire, dans une perspective héritée de
Wicksell ; mais ils se positionnent de façons différente par rapport à celui-ci, et
surtout leurs conclusions sont opposées.

Le treatise On money de keynes est le premier ouvrage théorique majeur de


keynes, dont les analyses d’économie appliquée (contenue dans le volume II)
s’appuient sur une « Théorie pure de la monnaie » (titre du volume I). Il marque
une étape importante vers la théorie générale pour au moins trois.

 En premier lieu, Keynes affirme d’emblée que :


« Le premier concept d’une théorie de la monnaie est la monnaie de compte, à
savoir celle dans laquelle les dettes, les prix, et le pouvoir d’achat général sont
exprimés ».

Cette insistance sur l’unité de compte est singulière dans la théorie monétaire, et
il faut remonter à Marx pour en trouver une semblable, même si elle conduit ici
à une conception étatique de la monnaie.

 En deuxième lieu, le treatise établit que :


Le prix des biens des biens d’investissement est déterminé d’une façon
indépendant de celui des biens de consommation : il dépend uniquement de leur
rendement attendu et du taux d’intérêt ; Cela annonce l’autonomie de
l’investissement global par rapport au revenu national et à l’épargne, élément
clef du principe de la demande effective dans la théorie général.

 En troisième lieu l’ajustement à l’équilibre monétaire global, en cas de


déséquilibre, implique les variations dans le niveau de l’emploi.
L’analyse du Treatise repose sur une relation entre le niveau général des prix P
et la différence entre l’investissement global (I) et l’épargne global (S), ce que
Keynes appelle la seconde équation fondamentale. Par définition :

PQ = Nw + π

Les profits π sont égaux à la différence entre d’une part les recettes tirées par les
entreprises de la vente de biens capitaux (I) et de bien de consommation
(revenus de facteurs moins l’épargne : Nw – S) et d’autre part les coûts de
production (Nw).

π = (I + (Nw – S) ) – Nw
4.2. La nature monétaire du taux d’intérêt chez Keynes

L’approche classique du taux d’intérêt peut être considérée comme une


approche réelle dans la mesure où elle implique des comportements vis-à-vis
desquels la monnaie est neutre. En effet, selon les classiques, le taux d’intérêt est
déterminé sur le marché des fonds prêtables. Il dépend de l’offre d’épargne (qui,
elle-même, dépend de l’arbitrage que les ménages peuvent faire entre la
demande de biens de consommation et la demande de titres). Et la demande de
capital des entreprises dépend de l’évolution de sa productivité marginale. A
l’opposé, la théorie du taux d’intérêt de Keynes est monétaire ; il renoue ainsi
avec une tradition dominante avant Smith. Au XIXème siècle, cette tradition
s’est perpétrée de manière minoritaire avec la Banking school et dans les années
1920 avec un économiste appelé Hawtrey. WICKSELL avait insisté sur les
relations entre le système bancaire, le taux d’intérêt, le niveau des prix et
l’activité économique. Cependant, son analyse conservait la primauté des
déterminants réels du taux d’intérêt, conformément à la théorie classique. La
deuxième innovation importante de Keynes porte sur l’analyse de la monnaie
qui s’identifie à la théorie quantitative de la monnaie issue de l’enseignement de
Marshall.

Selon cette théorie, l’offre exogène de monnaie déterminée par les autorités, est
confrontée à une demande d’encaisse pour les transactions. Ainsi, « la monnaie
est neutre ». Cela signifie que toute variation de l’offre de monnaie n’a pas
d’effet sur l’activité réelle. Elle influence uniquement le niveau général des prix.
C’est cette neutralité de la monnaie que Keynes rejette. Pour lui, la monnaie
n’est pas neutre, elle a un effet sur l’activité réelle.

Une dernière innovation introduite par Keynes concerne l’arbitrage entre


monnaie et actif financier. Pour en comprendre l’essence,

Keynes distingue 2 décisions relatives à l’épargne :


 La détermination du niveau de l’épargne : Ici, l’agent fait le choix entre
consommation et épargne. L’arbitrage entre consommation et épargne dé-
pend des préférences.
 La forme de l’épargne : Faut-il détenir l’épargne sous forme d’actif finan-
cier ou sous forme d’encaisse monétaire ?

Le taux d’intérêt n’intervient pas dans la première décision. En revanche, il jour


un rôle central dans la deuxième décision.

4.3. L’offre et la demande de monnaie

Selon Keynes, la préférence pour la liquidité obéit à trois (3) motifs : le motif de
transaction, le motif de précaution et le motif de spéculation.

 Le motif de transaction signifie que les agents ont besoin de monnaie pour

réaliser les échanges quotidiennes (paiement courant) ;


 Le motif de précaution signifie que les agents demandent la monnaie pour

faire face à des dépenses imprévues ;


 Le motif de spéculation signifie que les agents demandent la monnaie

pour acheter des actifs financiers et, donc diversifier leur richesse ou pa-
trimoine.

Les motifs de demande de monnaie pour les transactions et la précaution


dépendent tous les deux du taux d’intérêt du revenu. Le motif de demande de
monnaie pour la spéculation dépend du taux d’intérêt.

Si : Y= revenu national

I= taux d’intérêt à long terme ;

L= la demande totale de monnaie ;

L1= la demande de monnaie de transaction et de précaution ;


L2= la demande de monnaie de spéculation.

L= L1(Y) + L2(i) avec L1> 0 et L2< 0

Si l’on considère que M= offre de monnaie exogène, l’équilibre du marché


monétaire est alors : M= L1(Y) + L2(i)
Références bibliographiques

Baslé M. et alii (1993), Histoire des pensées économiques, les fondateurs, 2 ème
édition, Sirey, Paris, 422 pages.
Béraud A. et Faccarelo G. (2000), La nouvelle histoire de la pensée économique,
tome 1, 2 et 3, La Découverte, Paris.
Deleplace G. (2007), Histoire de la pensée économique, 2 ème édition, Dunod,
Paris, 539 pages.
Jessua C. et alii (sous la direction de) (2001), Dictionnaire des Sciences
Economiques, PUF, Paris, 10.691 pages.

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