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Epicurisme et Stoicisme

By charlierenard in bonheur, conscience, désir, liberté, morale on 22 novembre 2015.

Le désir est considéré parfois comme une passion, souffrance. Il peut devenir obsédant,
pathologiquement frustrant ce qui en fait un obstacle dans l’accession au  bonheur. C’est le
rapport du désir au bonheur que les philosophes antiques et notamment l’épicurisme et le
stoïcisme ont étudié.

L’épicurisme est  une école philosophique (Le Jardin) fondée à Athènes par Épicure en 306 av. J.-
C. Elle entrait en concurrence avec l’autre grande pensée de l’époque, le stoïcisme, fondé en 301
av. J-C. L’épicurisme est axé sur la recherche d’un bonheur et d’une sagesse dont le but est
l’atteinte de l’ataraxie, la tranquillité de l’âme. Ils considèrent la philosophie comme une
médecine, sa visée est thérapeutique. Ils considèrent donc aussi que le bonheur dépend de
nous, qu’il est le fruit de nos actions. Dans la Lettre à Ménécée, il propose un tetrapharmakon :
quadruple remède dont l’application répétée pourrait nous libérer de nos maux.

1-Ne pas craindre les dieux

2-Ne pas craindre la mort

3- Le bonheur est possible => par une tripartition des désirs

4- La douleur peut être évitée. => et un calcul des plaisirs

Les dieux ne sont pas à craindre car s’ils sont bienheureux et parfaits, incorruptibles, ils ne
devraient pas s’occuper de la bassesse des affaires humaines. Epicure, ici, s’oppose aux
conceptions de la foule, de l’opinion sur les dieux. De plus, la mort n’est rien pour nous car c’est
seulement la cessation de la sensibilité. La vie est un certain assemblage des atomes
(doctrine matérialiste et atomiste); la mort est la désagrégation de ceux-ci. On ne sentira pas
notre mort ni ne regrettera notre corps, puisque pour eux, l’âme n’est pas immortelle (Cf.
dualisme).

L’épicurisme considère que ce n’est pas tant le désir lui-même, que l’usage qu’on en fait qui
cause notre malheur. Il préconise donc, non de tous les satisfaire (hédonisme libertin) mais
de faire le tri, de les classifier. L’homme doit avoir le contrôle de ses désirs, il ne doit pas
être passif, les subir (esclavage) mais les dominer et les maîtriser rationnellement.  

Il divise donc les désirs en :

-naturels et nécessaires (boire, manger…) =à satisfaire

-naturels mais non nécessaires (manger un met raffiné, sexe…)=à limiter

-ni naturels ni nécessaires (luxe, richesse, honneurs…)= à supprimer

L’idée étant de ne pas se retrouver dans la situation où l’on pourrait ressentir un manque, une
privation. L’habitude du confort pourrait, par exemple, provoquait une souffrance si l’on en était
privé.
Le calcul des plaisirs consiste à évaluer les plaisirs et peines selon leurs avantages et
inconvénients. Le plaisir est un bien en soi (c’est-à-dire abstraction faite des conséquences) mais
tout plaisir n’est pas à rechercher et toute douleur à fuir. En effet, un plaisir peut entrainer
des souffrances plus grandes et une douleur un plaisir plus grand.

ex: sport, accouchement, travail, dentiste…pour les douleurs

drogues, gourmandise, excès… pour les plaisirs.

La doctrine épicurienne nous invite donc, jeunes comme âgés, à user de notre raison pour
mesurer, tempérer, maîtriser ses désirs pour être heureux. C’est une philosophie de la
modération. Cependant on peut néanmoins objecter le fait que la tripartition semble confondre
désir et besoin et ainsi méconnaitre la réelle nature du désir. N’est-il pas tourné par nature vers
le contingent, le superflu, le dispensable ?

Le stoïcisme est une doctrine qui recherche également l’ataraxie. Ce qui trouble les hommes et
les empêchent d’être heureux est le fait qu’ils désirent ce qu’ils ne peuvent changer et regrettent
ce qu’ils ne peuvent plus changer. Ainsi il y a déséquilibre entre désir, pouvoir et réalité. Il
faut pour un stoïcien proportionner ses désirs à son pouvoir. Or quel est le champ où
s’exerce leurs pouvoirs ?

Partant d’une prise de conscience du tragique de l’existence (impuissance des hommes


devant certaines choses : maladie, mort, climat…), il faut faire la distinction entre ce qui dépend
de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Seule la pensée dépend uniquement de nous. Si
certaines choses nous échappent, s’il existe un Destin, la seule chose qui soit en notre pouvoir,
c’est notre pensée. Tout le reste nous est indifférent, c’est-à-dire ne peut nous troubler
(forteresse intérieure P.Hadot). Je peux, comme dit Descartes dans le Discours de la
méthode, « Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». Mes désirs reposent sur mes
représentations, mes jugements, sur la valeur que j’accorde aux choses et évènements.

Ainsi comme le dit Epictète, « Ce ne sont pas les choses qui nous troublent , mais les jugements
que nous portons sur elles » Manuel

Le stoïcien n’est pas fataliste mais accepte de recevoir ce qui arrive comme tel sans regretter,
désirer et s’en rendre malheureux. Cela ne signifie pas non plus qu’ils sont passifs (Beaucoup
d’entre eux avaient des rôles politiques) mais agissent en faisant de leur mieux en sachant que la
réussite de leur entreprise ne dépend pas que d’eux-mêmes.

« Malheureux que tu es de ne jamais avoir été malheureux  car tu as traversé l’existence sans
rencontrer d’adversaire. Pour se connaître, il faut s’éprouver » Sénèque

« On n’est pas privé de ce dont on n’a pas besoin » Cicéron

« Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir mais à ne rien désirer car il consiste à être
libre » Epictète

« le destin conduit celui qui y consent et tire celui qui y résiste » Lettre à Lucilius Sénèque 107

EPICURISME ET STOÏCISME
Les différences sont nombreuses (morale, conception de l’homme, ontologie,
métaphysique, …) entre l’épicurisme et le stoïcisme :Epicure prône un bonheur minimal,
mais une philosophie de la volonté. Les Stoïciens (Epictète, Marc-Aurèle, …) défendent
une philosophie du renoncement, de l’acceptation du destin.

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