Vous êtes sur la page 1sur 12

Chapitre 3

Analyse par thermographie infrarouge

Sommaire
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
3.2 Notions de la thermographie infrarouge . . . . . . . . . . . . . . . 3
3.2.1 Spectre électromagnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
3.2.2 Concepts de transfert de chaleur . . . . . . . . . . . . . . . . 3
3.2.3 Bilan du rayonnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3.2.4 Effet de la surface des objets sur la rayonnement . . . . . . . 6
3.2.5 Facteur d’émissivité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
3.3 Instruments de mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3.3.1 Thermomètre infrarouge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3.3.2 Scanner linéaire infrarouge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3.3.3 Imagerie infrarouge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
3.3.4 Choix d’un instrument . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
3.4 Grandeurs d’influence pour la mesure de la température . . . . . 10
3.5 Applications de la thermographie infrarouge en maintenance . . 10
3.5.1 Chauffage, ventilation et climatisation . . . . . . . . . . . . . 11
3.5.2 Équipements électriques de haute et basse tension . . . . . . 11
3.5.3 Équipements mécaniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.5.4 Équipements thermiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.6 Avantages et inconvénients de la thermographie infrarouge . . . 13
3.6.1 Avantages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
3.6.2 Inconvénients . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

1
CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

3.1 Introduction
L’analyse par thermographie infrarouge est l’une des techniques du Contrôle
Non-Destructif (CND). Elle est utilisée en maintenance prédictive pour surveiller
les conditions de fonctionnement des machines, structures et autres systèmes indus-
triels. Cette technique utilise des instruments conçus pour surveiller les émissions
d’énergie infrarouge (i.e. température) afin de déterminer les conditions de fonc-
tionnement. En détectant les anomalies thermiques (i.e. les zones plus chaudes ou
plus froides qu’elles devraient l’être), un ingénieur expérimenté peut localiser les
débuts de défaillance dans un système quelconque.

3.2 Notions de la thermographie infrarouge


2. LOIS DU RAYONNEMENT INFRAROUGE THERMOGRAPHIE INFRAROUGE EN MAINTENANCE PRÉDUCTIVE
La température d’un corps est une grandeur physique qui caractérise le niveau
énergétique de ce corps. Elle est exprimée en degrés Celsius (◦ C) ou en Kelvin (K).
L’échelle du Kelvin
2. Lois duest référencée au
rayonnement zéro absolu qui vaut −273.15 ◦ C. A cette tem-
infrarouge
pérature (i.e. 0 Kelvin), tout corps a une valeur énergétique nulle.
2.1.1 Le spectre électromagnétique :
3.2.1 Spectre électromagnétique
La lumière visible, les ondes radio, TV, les rayons X sont des rayonnements électromagné-
tiques :
Le spectre électromagnétique est composé de la lumière visible, des ondes radio,
des rayonsLeX, etc. électromagnétique
spectre (Voir la Figure 3.1).

Domaine visible
0,4μm 0,8μm

0,1A° 10A° 0,1μm 0,1μm 100μm 1cm

Rayons Gamma Rayons X Ultraviolet Infrarouge Ondes Radio

1A° 100A° 10μm 1mm

2μm 15μm
Bande spectrale utilisée
en thermographie IR

F IGURE 3.1 – Décomposition du spectre électromagnétique

Le domaine visible s’étend des longueurs d’onde allant de 0,4 à 0,8 μm (micromètres).
La bande infrarouge s’étend de 0.8 à 100 µm. En thermographie infrarouge, on
La bande infrarouge s’étend de 0,8 à 1000 μm : celle-ci peut-être divisée en plusieurs
travaille généralement
sections : dans une bande spectrale qui s’étend de 2 à 15 µm. Sur cette
plage, les fabricants du matériel utilisé en thermographie infrarouge exploitent deux
• l’infrarouge proche : 0,8 à 3 μm;
bandes où les rayonnements sont optimaux :
• l’infrarouge moyen : 3 à 6 μm;
– la bande 2 •àl’infrarouge
5 µm appelée à 15 μm; courtes” (Short Waves (SW) en anglais) ;
éloigné : 6”ondes
– la bande 7 •àl’infrarouge
15 µm appelée
lointain : 15”ondes longues” (Long Waves (LW) en anglais).
à 1000 μm.

3.2.2 Concepts de transfert de chaleur


La chaleur est une forme d’énergie thermique. Selon le premier principe de la
thermodynamique, lors d’un transfert de chaleur entre deux objets, la chaleur cé-
dée par le premier objet est égale à celle absorbée par le deuxième (i.e. principe de

Université de Bejaia 2 E. AIT MOKHTAR


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

conservation d’énergie). Le second principe, quant à lui, est basé sur le fait que le
transfert thermique se fait du corps le plus chaud vers le corps le plus froid. Tout
corps émet de l’énergie thermique selon trois modes différents (Figure 3.2) : conduc-
tion, convection et rayonnement.

F IGURE 3.2 – Les trois modes du transfert thermique

3.2.2.1 Conduction
La conduction est le transfert d’énergie thermique à travers ou entre deux ob-
jets solides. Lorsque l’on chauffe une barre de métal à une extrémité, avec le temps,
l’autre extrémité finie par être chauffée. Lorsqu’un roulement de moteur est endom-
magé, la chaleur générée par le roulement est transférée à la flasque du palier.

3.2.2.2 Convection
La convection est le transfert de chaleur à travers ou entre des fluides ou des
gaz. Si on considère le même moteur de l’exemple précédent et on place un ven-
tilateur soufflant directement sur le palier endommagé (chaud), la température de
surface serait différente. Il s’agit du refroidissement par convection qui se produit
à la surface d’un corps. Dans ce cas le maintenancier doit être prudent pour pou-
voir identifier la cause réelle et l’effet de la défaillance. En effet, la différence entre
la source correcte et incorrecte de l’échauffement et du refroidissement est due à la
convection.

3.2.2.3 Rayonnement
Le rayonnement est le transfert de chaleur par les longueurs d’onde de l’énergie
électromagnétique. L’exemple le plus commun du rayonnement est l’énergie solaire.
Si le moteur de l’exemple précédent est installé à l’extérieur, l’énergie électromagné-
tique du soleil augmenterait sa température. Dans ce cas, le maintenancier s’interro-
gerait : le moteur était-il chaud à cause d’un palier endommagé ou du rayonnement
du soleil ? Si l’on ne répare pas le moteur et qu’il tombe en panne plus tard, la dé-
faillance est-elle due au ventilateur qui refroidissait le moteur par convection ?
Le but de cet exemple est de montrer que même si la conduction est le seul mode
de transfert thermique entre les solides, à la surface de ses solides, les trois modes
de transfert thermique peuvent se produire simultanément.

Important : Seule l’énergie rayonnée est détectée par un imageur infrarouge.

E. AIT MOKHTAR 3 Université de Bejaia


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

3.2.3 Bilan du rayonnement


La technologie d’analyse par thermographie infrarouge repose sur le fait que
tous les objets dont la température est supérieure à zéro absolu émettent de l’éner-
gie ou des radiations. Le rayonnement infrarouge est l’une des formes de cette éner-
gie émise. Les émissions infrarouges (i.e. en dessous du rouge) sont les longueurs
d’onde les plus courtes de toute l’énergie rayonnée et sont invisibles sans instru-
mentation spéciale. L’intensité du rayonnement infrarouge d’un objet dépend de sa
température de surface. Cependant, la mesure de température à l’aide de méthodes
infrarouges est compliquée en raison de la possibilité de détecter trois énergies dif-
férentes : (i) l’énergie émise par l’objet lui-même Re , (ii) l’énergie réfléchie par l’objet
Rr et l’énergie transmise par l’objet Rt (voir la Figure 3.3).

Ri
Objet

Rt
Rr Ra

Re

F IGURE 3.3 – Interactions du rayonnement avec un corps quelconque

Lorsqu’un objet reçoit un rayonnement Ri en provenance d’une source quel-


conque :
– une partie de Ri est directement réfléchie au milieu extérieur (i.e. Rr ) ;
– une partie de Ri est absorbée par l’objet (i.e. Ra ) ;
– l’énergie absorbée échauffe l’objet jusqu’à atteindre un équilibre thermodyna-
mique avec le milieu extérieur : l’objet doit donc émettre autant d’énergie qu’il
en absorbe (i.e. Ra = Re ) ;
– une partie de Ri est transmise au milieu extérieur (i.e. Rt ).

On a :
Ri = Rr + Ra + Rt (3.1)
avec : Ra = Re

donc :
Ri = Rr + Re + Rt ⇒ 1 = (Rr /Ri ) + (Re /Ri ) + (Rt /Ri ) (3.2)
sachant que :
– (Rr /Ri ) = r est le facteur de réflexion ;
– (Re /Ri ) =  est le facteur d’émission (émissivité) ;
– (Rt /Ri ) = t est le facteur de transmission.

ainsi, la formule de base du bilan radiatif s’écrit :

r++t=1 (3.3)
Important : seule l’énergie émise Re est importante pour la maintenance prédictive. Les
énergies réfléchies et transmises faussent les données infrarouges acquises, elles doivent donc
être filtrées avant qu’une analyse significative puisse être menée.

Université de Bejaia 4 E. AIT MOKHTAR


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

3.2.4 Effet de la surface des objets sur la rayonnement


La quantité d’énergie émise ou réfléchie est souvent affectée par la surface des
objets. La surface émettrice parfaite est appelée ”corps noir” (Figure 3.4). L’émissivité
d’un corps noir est égale à l’unité (i.e.  = 1). En d’autres termes, les corps noirs
absorbent toute l’énergie externe et la réémettent sous forme d’énergie infrarouge,
ils ne réfléchissent pas.

Ri
Objet Rr  0
Rt  0
  Re Ri  1
Ra

Re

F IGURE 3.4 – Interactions du rayonnement avec un corps noir

Les surfaces reflétant l’énergie infrarouge ont une émissivité inférieure à 1, et


sont nommées ”corps gris” (Figure 3.5). La plupart des équipements de l’industrie
se trouvent dans cette classification. Ainsi, il est important de connaître l’émissivité
réelle des objets (i.e. équipements) pour avoir des résultats significatifs lors de l’ac-
quisition de données. En effet, plusieurs facteurs tels que : les variations de l’état de
surface, les revêtements protecteurs, la peinture, et d’autres facteurs peuvent affec-
ter le facteur réel d’émissivité des équipements.

Ri
Objet
  Re Ri  0.7

r  Rr Ri  0.3
Rr Ra

Re

F IGURE 3.5 – Interactions du rayonnement avec un corps gris

Lors de l’acquisition de données de thermographie infrarouge, l’utilisateur doit


prendre en considération, en plus de l’énergie réfléchie et transmise, l’atmosphère
entre l’instrument de mesure et l’objet. En effet, la vapeur d’eau présente dans l’at-
mosphère, la poussière en suspension dans l’air, certains éclairages et d’autres va-
riables de l’atmosphère peuvent fausser le rayonnement infrarouge mesuré. Sachant
que ses paramètres sont en évolution permanente, il est nécessaire de faire preuve
d’une extrême prudence quant à l’évolution de ses paramètres à chaque acquisition
de données infrarouges.

3.2.5 Facteur d’émissivité


Il est important de noter que la quantification précise de l’émissivité d’un ma-
tériau est une opération compliquée qui est généralement réalisée au laboratoire

E. AIT MOKHTAR 5 Université de Bejaia


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

avec un matériel spécifique. Les utilisateurs de la thermographie infrarouge uti-


lisent généralement les tables d’émissivité trouvées dans la littérature technique.
Le Tableau 3.1 regroupe l’émissivité de certains matériaux.

TABLEAU 3.1 – Facteurs d’émissivité des matériaux courants mesurés à la température T et


une longueur d’onde dl

Matériaux T (◦ C) dl(µm) (dl, T )


Peau 30 2à5 0.98
Papier 30 8 à 12 0.95
Bois brut 20 2à5 0.83
Argile 30 8 à 12 0.95
Béton 20 2à5 0.94
Sol sec 20 2à5 0.90
Sol humide 20 2à5 0.95
Eau 0 à 100 8 à 12 0.93
Eau 0 à 100 2à5 0.95
Glace <0 8 à 12 0.95
Peinture mate 20 à 100 2à5 0.95
Peinture brillante 20 à 100 2à5 0.90
Vêtement (Textile) 30 8 à 12 0.95
Acier oxydé 100 2à5 0.74
Acier poli 100 2à5 0.07
Acier rouillé 20 2à5 0.69
Aluminium 100 2à5 0.09
Argent 30 8 à 12 0.02
Carbone graphite 30 8 à 12 0.70 à 0.80
Cuivre 30 8 à 12 0.05 à 0.10
Fer galvanisé 30 2à5 0.25
Fonte en fusion 1300 2à5 0.28
Or 30 8 à 12 0.01 à 0.10

En pratique, lorsque l’on veut prendre des mesures sur des matériaux dont on
ignore l’émissivité, il est conseillé de recouvrir, lorsque c’est possible, la zone à me-
surer avec une peinture mate. Ceci permet de ramener l’émissivité de surface à des
valeurs de l’ordre de 0.95 dans la bande de 2 à 5 µm. La même procédure peut être
utilisée en appliquant une fine couche d’eau ou d’huile à la place de la peinture
mate.

3.3 Instruments de mesure


La plupart des instruments utilisés pour le monitoring infrarouge utilisent des
filtres spéciaux permettant d’éviter les effets négatifs de l’atténuation atmosphé-
rique des données infrarouges. Il est donc important que l’utilisateur reconnaisse
les facteurs pouvant affecter les données infrarouges lors de leur acquisition. Ceci
lui permettra de choisir les filtres appropriés en fonction des conditions et l’environ-
nement dans lequel il se trouve.
Un instrument de mesure de thermographie infrarouge est essentiellement com-
posé d’un collecteur optique, des détecteurs de rayonnement et un afficheur. Le

Université de Bejaia 6 E. AIT MOKHTAR


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

collecteur optique collecte les radiations et les concentre sur le détecteur. Ce dernier
convertit l’énergie en un signal électrique. Enfin, le signal est amplifié puis traité
de telle sorte à pouvoir l’afficher sous forme d’un thermogramme. En général, trois
types d’instruments sont utilisés en maintenance prédictive : (i) les thermomètres
infrarouges ou les radiomètres ponctuels, (ii) les scanners linéaires et (iii) l’imagerie
infrarouge.

3.3.1 Thermomètre infrarouge


Les thermomètres infrarouges ou les radiomètres ponctuels (Figure 3.6) sont des
instruments conçus pour mesurer la température de surface d’un point, relative-
ment petit, d’un équipement ou d’une surface quelconque. En maintenance prédic-
tive, le thermomètre infrarouge peut être utilisé avec d’autres systèmes d’analyse
vibratoire pour surveiller la température des points critiques des équipements et
des installations industrielles. Cette technique est utilisée pour la surveillance de la
température des chapeaux de paliers, la température des enroulements de moteurs,
les vérifications ponctuelles des températures des tuyauteries, et d’autres applica-
tions similaires. L’inconvénient de cet instrument réside dans le fait qu’il se base sur
la mesure de température en un seul point de la structure ou de l’équipement. Ce-
pendant, son utilisation avec d’autres techniques de monitoring est plus bénéfique.

F IGURE 3.6 – Thermomètre infrarouge

3.3.2 Scanner linéaire infrarouge


Appelé aussi imageur linéaire thermique, le scanner linéaire infrarouge (Fi-
gure 3.7) fournit un balayage unidimensionnel du rayonnement thermique. Bien
que cet instrument offre un champ de mesure plus large (e.g. une zone de la surface
d’un équipement), ses applications en maintenance prédictive restent limitées.

F IGURE 3.7 – Scanner linéaire infrarouge

E. AIT MOKHTAR 7 Université de Bejaia


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

3.3.3 Imagerie infrarouge


Contrairement aux autres techniques précédentes, l’imagerie infrarouge (ou ther-
mique) offre la possibilité de scanner les émissions infrarouges d’une machine, un
équipement ou une installation industrielle en entier, et ce en un temps record. La
plupart des systèmes d’imagerie infrarouge fonctionnent comme une caméra vidéo
(i.e. caméscope) tel qu’indiqué sur la Figure 3.8. Ainsi, l’utilisateur peut visualiser le
profil d’émission thermique d’une vaste zone à travers l’afficheur de l’instrument.
De nos jours, il existe une grande variété d’instruments d’imagerie thermique sur
le marché, allant des scanners noir et blanc relativement peu coûteux aux camé-
ras couleur à base de microprocesseurs. Cependant, les instruments bon marché
fonctionnent uniquement comme des scanners et ne permettent pas le stockage des
images ce qui limite leur utilisation en maintenance prédictive.

F IGURE 3.8 – Caméra thermique infrarouge

3.3.4 Choix d’un instrument


Avant d’opter pour l’un des systèmes de mesure de thermographie infrarouge,
l’utilisateur doit vérifier les critères suivants :
– La portabilité : l’application nécessite-t-elle un instrument de mesure portatif ?
Le poids et la taille de l’instrument affectent-ils la collecte de données ?
– Facilité d’usage : l’utilisateur doit-il être formé pour utiliser l’instrument ? L’ins-
trument peut-il être utilisé facilement dans l’environnement dans lequel se
trouve le système à diagnostiquer ?
– Mesure qualitative ou quantitative : avons-nous besoin de mesurer la tempéra-
ture ? quelle plage de température sera mesurée ? avons-nous besoin de plu-
sieurs plages ?
– Environnement : quelles sont les températures ambiantes maximales et mini-
males dans lesquelles les mesures seront prises ?
– Longueurs d’onde courtes ou longues : les systèmes à grande longueur d’onde
fonctionnent dans la bonde de 8 à 14 µ m garantissant ainsi moins de réflexion
solaire. Les systèmes à courte longueur d’onde, quant à eux, donnent des er-
reurs de température moins importantes lorsqu’une valeur incorrecte d’émis-
sivité est insérée. Ces systèmes fonctionnent dans la bande allant de 2 à 5 µ m.
– Batterie : quelle est l’autonomie des batteries de l’instrument ? avons-nous be-
soin de batteries supplémentaires ? quelle est la durée de leur rechargement ?

Université de Bejaia 8 E. AIT MOKHTAR


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

– Solution de rechange : existent-ils d’autres techniques de mesure (ou diagnostic)


correspondant à l’application en question ? Sont-elles chères ?
– Type d’affichage : avons-nous besoin d’afficher une image en direct aux autres
maintenanciers tout en effectuant l’inspection ?
– Analogique ou numérique : comment les images seront traitées ? l’imageur dispose-
t-il de capacités analogiques, numériques ou les deux ?
– Logiciel d’analyse : l’instrument dispose-t-il de logiciel capable de produire des
rapports de qualité et stocker les images ?

3.4 Grandeurs d’influence pour la mesure de la tempé-


rature
En général, lorsque l’on veut mesurer la température d’un corps réel (opaque) se
trouvant dans une atmosphère normale à une distance d de l’instrument de mesure
(Figure 3.9), ce dernier capte tous les rayonnements se trouvant entre lui et l’objet, à
savoir :
– rayonnement émis par l’objet ;
– rayonnement émis par une source environnante puis réfléchi par l’objet ;
– rayonnement émis par l’atmosphère (milieu semi-transparent).

Distance d

Objet opaque
Thermogramme
Camera infrarouge
Mesure & Température T
correction du Emissivité ε
rayonnement Réflexion r
Système
radiométrique

Source de chaleur

F IGURE 3.9 – Mesure par thermographie infrarouge

Pour pouvoir calculer avec précision la température de l’objet, les systèmes de


mesure sont équipés de systèmes radiométriques permettant de corriger le rayon-
nement capté. En d’autres termes, il permet de filtrer les rayonnements captés et ne
garder que celui émis par l’objet.

3.5 Applications de la thermographie infrarouge en main-


tenance
Dans le domaine de la maintenance, la thermographie infrarouge est utilisée en
tant qu’outil de diagnostic permettant l’estimation de la qualité d’un équipement ou
une installation en exploitation normale. Elle permet aussi de prévenir les irrégula-
rités de fonctionnement bien avant les pannes effectives. Le processus d’inspection
par thermographie infrarouge est illustré sur le diagramme de la Figure 3.10.
Nous exposons dans ce qui suit les principales applications de la thermographie
infrarouge en maintenance.

E. AIT MOKHTAR 9 Université de Bejaia


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

Effectuer une analyse Programmer une Réparer la


sur l’équipement nouvelle analyse défaillance

Conditions de
fonctionnement Non Rédaction d’un
adéquates? OT + rapport de
(charge, température, etc.) thermographie en
Ajouter à fichier attaché
Oui l’historique des
données
Anomalie trouvée? Oui
thermographiques

Rédaction d’un
Non
Non rapport de
thermographie
Problème Oui Maintenance pour planifier
Oui
Suivre le même identifié? exigée? l’intervention
programme d’analyse
Non

Programmer une
Inspecter avec une
Non
Oui analyse vibratoire,
autre technique?
acoustique, etc.

F IGURE 3.10 – Processus d’inspection par thermographie infrarouge

3.5.1 Chauffage, ventilation et climatisation


Les systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (CVC), Heating, Ventiu-
lation, and Air-Conditionning (HVAC) en anglais, ont un rôle capital dans certaines
branches en industrie. En effet, ces systèmes permettent d’assurer une bonne qua-
lité et une meilleure circulation de l’air à l’intérieur des bâtiments et des véhicules
ainsi qu’un niveau de confort adéquat pour le personnel et/ou le client. Cependant,
ces systèmes sont exposés à des défaillances, notamment celles d’ordre mécaniques.
En effet, une construction et une installation non-conformes peuvent entraîner des
fuites d’air, des infiltrations d’eau et des défaillances dans les canalisations aérau-
liques. Ce genre de défaillance peut conduire à d’énormes surcoûts énergétiques
ainsi qu’une mauvaise qualité d’air. L’inspection et l’analyse par thermographie in-
frarouge sont parmi les techniques les plus performantes dans la détection de tels
problèmes. Elles permettent notamment de détecter les problèmes suivants :
– localiser les mauvais conduits d’air ainsi que leurs fuites ;
– identifier les défauts mécaniques et électriques des CVCs ;
– confirmer la cause des pertes énergétiques ;
– détecter les parties mal isolées ;
– détecter les fuites dans les systèmes de climatisation.

3.5.2 Équipements électriques de haute et basse tension


Rappelons que par effet de Joule, les équipements conducteurs parcourus par
un courant dissipent une énergie calorifique par échauffement. L’appareillage élec-
trique en charge s’échauffe donc jusqu’à atteindre l’équilibre thermodynamique (i.e.

Université de Bejaia 10 E. AIT MOKHTAR


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

l’énergie calorifique produite par le courant est égale à l’énergie dissipée dans l’en-
vironnement).
Une installation électrique est composée de nombreux appareillages par lesquels
transitent des courants. Ces appareils sont reliés entre eux par des éléments conduc-
teurs. Une installation électrique peut donc contenir des milliers de connexions.
Lorsqu’une anomalie survient dans ces connexions, un échauffement local est sou-
vent généré. Par comparaison entre les points similaires, la thermographie infra-
rouge permet de détecter ses anomalies.
Les défauts thermiques des installations électriques les plus courants sont :
– mauvais serrages des connexions (bornes) ;
– usure, oxydation, ou corrosion de contacts ;
– positionnement incorrect de contacts mobiles ;
– problème de calibration de l’appareillage ;
– déséquilibre des charges entre phases ;
– ventilation insuffisante des tableaux et locaux électriques ;
– problème de conception des installations (e.g. problèmes d’induction).

3.5.3 Équipements mécaniques

En mécanique, les équipements les plus concernés par l’inspection par thermo-
graphie infrarouge sont les machines tournantes. Par exemple, une friction excessive
dans un roulement, un mauvais alignement ou une mauvaise lubrification, peuvent
générer une chaleur importante. Comme pour le reste des applications, l’inspection
des équipements mécaniques doit se faire en fonctionnement normal de ses sys-
tèmes. L’interprétation des résultats se fait par comparaison entre thermogrammes
identiques et obtenus dans les mêmes conditions de fonctionnement.
Les composants les plus couramment inspectés par thermographie infrarouge
sont :
– les roulements ;
– les engrenages ;
– les courroies d’entraînement ;
– les accouplements ;
– les arbres ;
– les pompes.

3.5.4 Équipements thermiques

L’analyse par thermographie infrarouge permet de détecter les dégradations et


les déperditions thermiques sur des équipements tels que les chaudières, les fours,
les incinérateurs, etc. L’usure des structures de ces équipements peut conduire à des
échauffements excessifs provoquant des contraintes thermiques qui conduisent à la
dégradation voire à la fracture des structures. La thermographie infrarouge permet
de détecter avec précision ces zones et de surveiller leur évolution en vue d’une
planification de leur maintenance.

E. AIT MOKHTAR 11 Université de Bejaia


CHAPITRE 3. ANALYSE PAR THERMOGRAPHIE INFRAROUGE

3.6 Avantages et inconvénients de la thermographie in-


frarouge
3.6.1 Avantages
– fonctionnement et étalonnage simples des instruments de mesure ;
– insensibilité de l’analyse à la taille ou la forme de la surface à analyser. i.e. la
thermographie infrarouge peut analyser des fils fins ou de grandes structures ;
– portabilité des appareils et réponse immédiate ;
– diagnostic rapide, fiable, et reproductible ;
– possibilité de stocker les données pour une analyse ultérieure.
– analyse sur des systèmes en fonctionnement, i.e. sans interruption de la pro-
duction ;
– analyse sans contact.

3.6.2 Inconvénients
– sensibilité de l’instrument de mesure à la position ;
– altération des résultats par la présence de sources de chaleur environnantes ;
– coût élevé des instruments de mesure, notamment les plus développés ;
– détection impossible des températures intérieures des composants séparés par
des supports non transparents ;
– nécessité d’une expertise et des connaissances avancées pour évaluer les résul-
tats.

Université de Bejaia 12 E. AIT MOKHTAR

Vous aimerez peut-être aussi