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spiritualité

D u Tibet à la Russie,
de la Chine à l’Inde,
légendes et textes
sacrés se recoupent sur
l’existence d’un royaume
luxuriant enclavé dans les
contreforts himalayens,
abritant des hommes et
des femmes d’une grande
sagesse. Shambhala
existe-il réellement ?

La légende de
Shambhala
. Tentatives de localisation
A u cours de ces derniers siècles, plusieurs chercheurs
ont essayé de localiser le royaume de Shambhala en
s’appuyant sur les écrits traditionnels. Le Bhâgavata Purâna1
culminant à 4 506 mètres. L’orientaliste et tibétologue italien
Giuseppe Tucci (1894-1984), quant à lui, croit avoir reconnu
Shambhala dans le voisinage du fleuve Tarim (province du
et l’encyclopédie sanskrite Vachaspattya offrent une première Xinjiang, ouest de la Chine).
perspective de localisation. Shambhala serait situé au nord de Néanmoins, l’emplacement géographique du royaume demeure
l’Himalaya, au pied du mont Mérou, le centre de l’univers selon aujourd’hui toujours insaisissable. En ce qui concerne la voie
la cosmogonie indienne, symbole de la rencontre entre l’éternel terrestre, l’argument a longtemps été celui de la difficulté
et le temporel. d’accès dans un milieu extrêmement hostile et escarpé.
Alexandre Csoma de Koros (1784-1842), linguiste et Mais avec les nouvelles technologies dont nous disposons
orientaliste hongrois, a passé quatre ans dans un monastère aujourd’hui, qu’en est-il ? L’éditeur australien Tony Bushby
bouddhiste au Ladakh. Durant cette période, il a reproduit une explique que les tentatives de localiser Shambhala par voies
carte datant du XVIIe siècle qui situait Shambhala entre le 45e aériennes sont extrêmement difficiles du fait du microclimat dont
et le 50e degré de latitude nord, au-delà du fleuve Sir Daria bénéficie ce lieu. Ce climat, à la fois doux et humide générerait
(alimentant la mer d’Aral), c’est-à-dire en Sibérie orientale. en permanence une sorte de brouillard rendant Shambhala
Un autre document religieux, étudié par l’explorateur Russe indécelable.
Nikolai M. Prevalsky (1839-1888), situe Shambhala à environ
88 degrés de longitude est2. Ces deux coordonnées permettent 1. Le Bhâgavata Purâna est l’un des dix-huit textes sacrés de la littérature
de délimiter la zone dans laquelle se situe Shambhala à l’est indienne.
des monts Altaï, important massif montagneux d’Asie centrale 2. N.M. Prevalsky, Mongolia, London, 1876, p. 63.

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spirituali-
Par Orianne Rigel

O
Nicholas Roerich, Song of Shambhala, 1943, Museum d’Art Oriental, Moscou.
© Nicholas Roerich Museum (New York)

Quand l’Occident rencontre l’Orient…


n l’appelle Djang Shambhala1 ou « Sham- Les premières mentions du royaume de Shambhala dans la
bhala du Nord ». Plusieurs générations de religieux tibé- littérature occidentale remontent à la fin du XIXe siècle2. À
tains ont confirmé l’existence de cette vallée d’une grande l’époque, le nouvel Empire des Indes suscite l’engouement
beauté, ceinturée de montagnes enneigées, aux confins du de riches Occidentaux et de chercheurs en quête d’exotisme.
Tibet et de la Mongolie. Au cours du XIXe et du XXe siècle, En traduisant et en vulgarisant différents corpus de textes
plusieurs équipes d’exploration séjournant dans l’Himalaya sacrés, ces derniers vont permettre au public occidental de
ont rapporté avoir campé auprès de sources d’eau chaude se saisir des principaux mythes et philosophies légués par
alimentant une végétation luxuriante dans des endroits l’Orient.
autour desquels il n’y avait que désolation, roche et glace. Shambhala fait partie de ces mystères qui ont été l’objet de
Cependant, la localisation de cet endroit énigmatique ali- convoitise et de bon nombre de spéculations en Occident.
mente toujours la spéculation. Et pour cause, Shambhala en Pendant des décennies, des explorateurs et des chercheurs
tant que « lieu saint sur Terre » semble demeurer inaccessi- se sont aventurés sur les hauts plateaux himalayens pour
ble aux voyageurs inexpérimentés et dépourvus d’un cer- tenter de localiser cet illustre royaume3.
tain entraînement spirituel. Cet article propose d’explorer Si toutes les explorations connues à ce jour se sont soldées
le mystère de Shambhala selon différentes approches. Il ne par des échecs, certaines ont contribué à étoffer notre
s’agit pas ici de privilégier une interprétation du mythe, connaissance sur les manifestations du mystère de Sham-
mais plutôt d’en faire partager la déroutante saveur. Que ce bhala. C’est à ce titre que nous nous pencherons sur l’œu-
soit les récits et la peinture de Nicholas Roerich ou l’étude de vre de Nicholas Roerich (1874-1947), peintre, écrivain et
la littérature sacrée tibétaine, chaque approche prodigue de explorateur russe. Roerich, qui a consacré sa vie à la com-
troublants éclairages. En croisant les perceptions, ressentis préhension de cet Orient si complexe et subtil, nous lègue
et expériences des uns et des autres, nous essaierons d’ef- à travers ses écrits et ses toiles un patrimoine rare et d’une
fleurer au plus près le mystère de la Terre de Shambhala. grande beauté.

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Sur les pas de


L’œuvre de l’explorateur russe
compte parmi les plus beaux témoignages
qui nous aient été légués
sur le mystère de Shambhala.

E
ntre 1923 et 1928, nos travaux sans y avoir été
Roerich a dirigé plu- invité” »7.
sieurs expéditions En 1928, Nicholas Roe-
en Inde, au Xinjiang, dans rich s’entretient avec un
l’Altaï, en Mongolie et au certain Lama Brang. Cet
Tibet (voir carte ci-contre). échange, très riche en
Au cours de ces expédi- détails et en enseigne-
tions, il a glané de nom- ments, sera retranscrit
breuses informations et dans une lettre intitulée
anecdotes concernant une Shambhala la resplendis-
mystérieuse vallée, peu- sante : « – Lama, vous parlez
plée d’hommes à la sages- d’un lieu saint sur la terre.
se et aux pouvoirs hors du La végétation y est-elle
commun. Dans son jour- abondante ? Les montagnes
nal de voyage4, il relate semblent nues et les oura-
les phénomènes étranges gans et le froid dévastateur
dont il a été témoin à plu- Shambhala se cacherait aux confins de la Mongolie, du Tibet et du désert y semblent extraordinaire-
de Gobi (Google-earth).
sieurs reprises lors de son ment sévères.
séjour au nord des hauts plateaux tibétains. L’authenticité de – Au milieu des montagnes, il existe des vallées enclavées dont on
ses expériences sera confirmée par les moines qu’il rencon- ne soupçonne pas l’existence. Des sources chaudes nourrissent une
trera au cours de son voyage. riche végétation. De nombreuses herbes médicinales et plantes rares
Dans Le Cœur de l’Asie, Roerich nous invite avant toute chose à peuvent prospérer sur ce sol volcanique inhabituel. Peut-être avez-
nous détacher de nos préjugés d’Occidentaux ethnocentris- vous remarqué des geysers sur les hautes terres ? Peut-être avez-
tes : « Pour le lecteur non averti, ces renseignements peuvent sans vous entendu dire qu’à seulement deux jours de Nagchu, où l’on ne
doute paraître métaphysiques et abstraits, ou peu importants. Pour peut voir ni arbre ni plante, il existe une vallée avec des arbres, de
l’observateur sceptique, une nouvelle de ce genre, noyée dans les l’herbe et de l’eau tiède. Mais qui peut connaître les labyrinthes de
spéculations politiques et commerciales du jour, peut sembler une ces montagnes ? Sur les surfaces rocheuses, il est impossible de dis-
superstition de plus, dénuée de réalité. Mais l’observateur attentif tinguer des traces humaines ».
qui a pénétré les profondeurs de l’Asie verra les choses tout à fait
autrement […].Tout ce qui est dit sur Shambhala, ces récits, ces lé- Réservé aux « appelés »
gendes, ces chants et ce folklore contiennent ce qui est peut-être le Au cours de cet échange, Roerich interroge le lama sur
plus important message d’Orient ». l’étrange inaccessibilité de la Shambhala terrestre. Com-
ment se fait-il qu’elle n’ait pas encore été découverte alors
Deux Shambhala que sur les cartes, « tous les sommets [semblent avoir été] mar-
Roerich découvre que la tradition orientale (védique et tibé- qués et toutes les vallées, toutes les rivières explorées »8 ?
taine notamment) distingue deux Shambhala : l’une céleste Pour le lama Brang, ce mystère s’explique par la double
(ou Grande Shambhala), dont les rayons sont perceptibles nature du royaume de Shambhala. Si Shambhala a bien
en quelques endroits dans le grand Nord (aurores boréales) ; une existence physique, en tant que « lieu saint sur terre »,
l’autre physique, « lieu sacré dans lequel le monde terrestre est elle procède également d’une nature plus subtile. Les vi-
relié aux plus hauts états de conscience »6. Par ailleurs, il expli- brations de ce lieu sont tellement particulières et élevées
que que les conceptions erronées sur la situation géogra- qu’il est impossible pour les personnes n’ayant pas effectué
phique de Shambhala ont des raisons naturelles : « Dans tous un important travail spirituel d’en percevoir la fréquence.
les livres sur Shambhala, aussi bien que dans toutes les légendes Voilà pourquoi, d’après le lama, la simple quête physique
qui s’y rapportent, sa localisation est décrite dans un langage très du royaume demeure vaine. Seuls les « appelés » sont auto-
symbolique, presque indéchiffrable pour le non-initié. […]. Vous risés à fouler le sol de la vallée mystérieuse : « Si un noble es-
comprendrez facilement pourquoi ce voile est nécessaire. On a de- prit, déjà préparé, entend une voix proclamant “Kalagiya !”, c’est
mandé à un des Mahatmas pourquoi ils cachent si soigneusement l’appel de Shambhala. […] Qu’un homme essaie d’atteindre
leurs ashrams. Le Mahatma a répondu : “Autrement une proces- Shambhala sans un appel ! […] Certains d’entre eux ont disparu à
sion sans fin venue de l’Occident et de l’Orient, du Nord et du Sud jamais. Seuls quelques-uns atteignent le lieu saint, et seulement si
envahirait nos retraites. Actuellement, personne ne peut déranger leur karma est prêt »9.

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Nicholas Roerich

serviteurs sur cette étrange apparition. À sa


grande surprise, ils sont demeurés très calmes
et lui ont dit avec respect : “Le Sahib a vu un
des hommes des neiges qui gardent la région
interdite” […] ».
Au cours de son voyage, Roerich a inter-
rogé plusieurs lamas afin d’en savoir plus
sur ces mystérieux individus. Et à chaque
fois, il obtint la même réponse.

Des apparitions inoubliables


Dans son journal, le professeur Roerich
relate un incident « inoubliable » qui lui
est arrivé près du monastère de Ghum10.
« Un jour, vers midi, quatre d’entre nous rou-
laient en voiture sur une route de montagne.
Soudain, notre chauffeur a ralenti. Sur la route
étroite, nous avons vu une litière portée par
quatre hommes en gris. Dans la litière était as-
sis un lama avec de longs cheveux noirs et une
courte barbe noire, ce qui est absolument inha-
bituel chez les lamas. Il portait une couronne
sur la tête. Ses vêtements rouges et jaunes
Svetoslav Roerich, Portrait de Nicholas Roerich, 1937.
étaient d’une propreté étincelante. La chaise à
© Nicholas Roerich Museum porteurs est passée toute près de nous et le lama nous a souri et
nous a salués de la tête plusieurs fois. Nous avons poursuivi no-
Plusieurs récits de voyageurs ayant parcouru les voies hi- tre route, non sans conserver longtemps une vive impression de
malayennes font état d’étranges rencontres avec des « gar- l’étrange lama. Plus tard, nous avons essayé de le retrouver, mais à
des ». Ces différents témoignages se recoupent dans leur notre grand étonnement, les lamas locaux nous ont informés qu’il
description : toujours très légèrement vêtus, ces individus n’y avait pas de lama de ce genre dans tout le district. Ils nous ont
feraient preuve de capacités physiques inouïes. Dans les dit que les litières ne servent à porter personne d’autres que le Da-
années 1910, le Statesman, grand journal de l’Empire des In- laï Lama, le Tashi Lama et les morts de haut rang, et que la cou-
des, relate la rencontre d’un major britannique avec l’un de ronne n’est utilisée que dans le temple. Les lamas nous ont dit tout
ces individus : « Alors qu’il campait dans l’Himalaya, le major bas : “Vous avez probablement vu un lama de Shambhala !” »11.
s’est éloigné un jour du campement, avant l’aube, et s’est rendu Dans Le cœur de l’Asie, Nicholas Roerich retranscrit un autre
aux falaises voisines pour contempler les majestueuses silhouettes événement marquant survenu en Chine, lors du passage de
des montagnes enneigées. De l’autre son expédition près du Mont Humboldt (6 343 mètres).
côté de la gorge se dressait un grand Nous prenons « Une matinée ensoleillée et sans nuage. Le ciel bleu brille. Au-
rocher. Il a été très étonné de voir, à dans les tentes dessus de notre camp vole un énorme vautour noir. Nous le regar-
travers la brume du matin, un hom- dons avec nos Mongols. Soudain, un des lamas bouriates désigne
me debout sur le rocher. L’homme trois paires un point du ciel bleu : “Qu’est-ce que c’est ? Un ballon blanc ?
était grand, presque nu, et portait de puissantes Un avion ? Nous voyons un objet brillant, volant très haut, du
une longue chevelure noire. Appuyé jumelles pour nord-est vers le sud. Nous prenons dans les tentes trois paires de
sur un grand arc, il observait atten- puissantes jumelles pour observer cet énorme corps sphérique
tivement le secteur situé derrière le observer cet qui resplendit à côté du soleil. Il se détache nettement sur le fond
rocher. Alors, apercevant apparem- énorme corps bleu du ciel et avance à très grande vitesse. Nous le voyons ensuite
ment quelque chose, il a descendu sphérique qui changer brusquement de direction, passant de sud à sud-ouest.
la pente presque verticale à grandes Puis il disparaît derrière la chaîne Humboldt aux pics enneigés.
enjambées. Stupéfait, le major est resplendit Tout le camp a suivi l’étrange apparition et les lamas murmurent :
rentré au camp et a interrogé les à côté du soleil… “c’est le signe de Shambhala !” ».

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Nicholas Roerich, Le Pouvoir des grottes, 1926. © Nicholas Roerich Museum

Un parfum d’encens dans l’air


Lors de son expédition dans l’Altaï, il semble que Nicholas dans ces montagnes reculées où les surfaces blanches des glaciers
Roerich soit passé relativement près de la Shambhala ter- cachent souvent les traces physiques des voyageurs (…). En vérité,
restre. Entre Maral-Bashi et Kuchar (province du Xinjiang, un grand nombre de choses qui pourraient sembler fantastiques et
Chine), le palefrenier de l’expédition, Suleyman, s’adresse à invraisemblables, se transforment lorsqu’elles sont observées sans
l’aventurier en ces termes : « C’est là, derrière cette montagne, préjugé à l’endroit même où elles se sont produites, et deviennent
que vivent les saints hommes. Ils ont quitté le monde pour sauver une force vivante ». Et c’est cette force vivante, celle-là même
l’humanité par leur sagesse ». Un peu plus loin, le lama qui gui- qui donne une consistance bien réelle au « Royaume des hom-
de la caravane adopte un comportement étrange. Au grand mes sages », que le peintre a réussi à poser sur ses toiles.
étonnement du professeur, ce dernier se couvre la bouche
et le nez d’une écharpe, alors que la température est douce. . autres témoignages
Le lama s’explique : « À présent il nous faut prendre des précau-
tions. Nous approchons des territoires interdits de Shambhala. Nous
allons bientôt rencontrer le “sur”, le gaz empoisonné qui garde la
A u Ier siècle de notre ère, le philosophe grec Apollonius de
Tyane voyagea jusqu’à Shambhala en se laissant simplement
« guider » par les messages qu’il percevait. Pendant son voyage,
frontière de Shambhala ». Et Nicholas Roerich de poursuivre : il engagea un scribe assyrien, Damis, afin de retranscrire
« Nous nous regardons stupéfaits, parce que nous sentons simulta- quotidiennement ses enseignements et ses actions. Près de
nément un fort parfum, comme les meilleurs encens de l’Inde. D’où deux siècles après sa mort, l’impératrice Julia Doma mandata
vient-il, alors que nous ne sommes environnés que de rocs dénudés ? le philosophe athénien Philostrate pour rédiger une biographie
Les lamas chuchotent : “Sentez-vous le parfum de Shambala ?” […] d’Apollonius à partir des codex de Damis. Dans Vie d’Apollonius
de Tyane (217-245) de Philostrate, on apprend qu’Apollonius
Notre Tibétain, Konchok, s’approche de nous à cheval et dit à voix
est resté dans la région transhimalayenne pendant plusieurs mois
basse : “Non loin d’ici, lorsque le Dalaï Lama est passé du Tibet à la
et y a rencontré le souverain d’alors : Hiarchas (« le législateur
Mongolie, les gens et les animaux de la caravane se sont tous mis à saint »). Pendant son séjour, il fut le témoin de phénomènes
trembler. Le Dalaï Lama a expliqué qu’ils ne devaient pas avoir peur, incroyables comme ces « puits » projetant des rayons verticaux de
parce qu’ils avaient touché la zone interdite de Shambhala et que les lumière bleue. Il parle également avec beaucoup d’enthousiasme
vibrations de l’atmosphère étaient inhabituelles pour eux” »12. Tou- de pierres lumineuses pouvant être activées afin d’irradier une
jours dans cette même région, Roerich relate le passage de intense lumière transformant la nuit en jour à volonté. Les prouesses
l’expédition devant une « énorme pyramide de sel de Glauber for- scientifiques et mentales des habitants de cette cité perdue
mée par les retombées d’un grand geyser salé »13 en pleine monta- impressionnèrent beaucoup Apollonius. Non seulement le sage
gne. Les lamas expliquent à l’explorateur russe qu’il s’agissait grec fut le témoin de la manière dont le peuple de Shambhala
de la « troisième frontière de Shambhala ». utilisait la lumière du Soleil, mais il vit également des êtres léviter
à environ un mètre du sol, « non pas pour en tirer une quelconque
Dans ses récits, Nicholas Roerich ne prétend jamais ouverte-
satisfaction personnelle, mais parce qu’il considérait cela comme
ment avoir foulé le sol de la Shambhala terrestre. Mais l’on
un hommage acceptable au divin ». Des habitants de Shambhala,
sait qu’il fut touché par elle : « On ressent une émotion particulière Apollonius disait qu’ils « vivaient sur terre, mais cependant pas

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Aux origines du mythe


La tradition bouddhiste tibétaine
considère ce royaume comme
tangiblement relié à notre monde
à travers le partage
d’un enseignement commun :
le Tantra de Kalachakra.

À
l’origine retranscrit par le Roi Suchandra,
de Shambhala, le Tantra de Ka- « Seigneur
lachakra a été diffusé en Orient de la lune
à partir du XIe siècle de notre ère. Ap- parfaite »
pelant à la compassion et à l’amour de en sans-
tous les êtres, le Tantra de Kalachakra krit. Selon
prophétise également la fin prochaine Sofia Stril-
d’un cycle, de notre cycle. Lors de cet évé- Rever, auteur
nement funeste, le royaume de Shambhala du Tantra de Ka-
et notre univers terrestre seront appelés, une lachakra, le Livre du
nouvelle fois, à se rencontrer… corps subtil14, « le Tantra
de Kalachakra s’ouvre avec
Le tantrisme tibétain une strophe dans laquelle le roi
Le mythe de Shambhala plonge ses racines dans la tradi- Suchandra présente sa requête de l’ensei-
tion tantrique du bouddhisme tibétain. Il est lié à l’énon- gnement au Bouddha. Et dans plusieurs strophes, à
ciation par le Bouddha historique Shakyamuni d’un des points différents du développement de l’enseigne-
tantra bien particulier, le Tantra de Kalachakra, terme ment, le Bouddha s’adresse au roi et l’interpelle. » L’enseigne-
signifiant « Roue du Temps » en sanskrit. Le dépositaire ment de Kalachakra ayant été réalisé par le Bouddha de
de l’enseignement de Kalachakra par le Bouddha n’est son vivant, le Tantra de Kalachakra s’inscrit donc dans
autre que le souverain de Shambhala en personne, le roi une époque historiquement déterminée15.
Le roi Suchandra constitue donc notre lien ini-
tial avec le royaume de Shambhala. Néanmoins,
tout à fait posé sur elle, […] ne possédaient rien et cependant avaient comme le précise Sa Sainteté le Dalaï Lama, la
la richesse de tous les hommes ». Ces habitants avaient pour seule singularité de l’enseignement de Kalachakra
idéologie une philosophie cosmique, qui considérait l’Univers comme réside dans le fait qu’il a été transmis « par […]
une chose vivante, se fondant dans le Divin (Vie d’Apollonius de Tyane, Bouddha à des êtres se trouvant dans un état mysti-
livre III). que de karma et de perception purs »16. Le royaume
Des phénomènes similaires furent rapportés au début du XXe siècle par du roi Suchandra n’étant pas à proprement parlé
l’orientaliste de renom et première femme occidentale à devenir lama, un lieu « terrestre », Shambhala n’est ni archivé
Alexandra David-Néel (1868-1969), confortant ainsi des siècles plus dans nos chroniques, ni identifiable dans un atlas
tard, le récit de Philostratus. Dans son livre Magie et Mystère
de géographie. La situation d’énonciation étant
au Tibet, A. David-Néel décrit Shambhala comme étant un royaume
« reliée à un espace-temps dont les coordonnées nous
« non amarré au temps et à l’espace comme nous le sommes ».
Citons également ans les écrivains français Daniel Meurois et Anne échappent », l’inscription temporelle de l’énoncia-
Givaudan qui, dans Le Voyage à Shambhalla1, proposent une tion de Kalachakra demeure donc incomplète.
interprétation du rôle du Royaume et de ses habitants auprès de la
terre et des hommes. Les pages qui composent ce livre sont le fruit Kalachakra, à la croisée des mondes
d’un travail de projection de conscience hors du corps physique, et Pour les bouddhistes tibétains, l’enseignement de
sont donc par définition invérifiables scientifiquement. Néanmoins, les Kalachakra est « karmiquement » relié au royau-
informations qu’elles nous délivrent présentent l’intérêt de questionner me de Shambhala. Et c’est avec la transmission
notre condition d’humain. Comme le précisent ses auteurs, Le Voyage à du Tantra de Kalachakra que, comme l’indique
Shambhalla n’est « rien d’autre qu’un appel de l’Homme à l’homme »2. Sofia Stril-Rever17, « notre monde a touché le monde
de Shambhala, que notre histoire a touché l’histoire
1. Le Voyage à Shambhalla, éditions Le Perséa, [1986] 2001.
2. Ibid., « Préface au lecteur ».
de Shambhala et que notre karma humain a touché
le karma de la société des Éveillés de Shambhala.

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Effectuée sur la base du Tantra, cette connexion n’a cessé d’évo- en une seule famille. Dès lors, le roi Manjushri Yashas prit le
luer au cours de notre histoire qui se trame en parallèle à l’histoire nom de roi kalkin19, rigden en tibétain, titre que portèrent
de Shambhala ». également ses successeurs20.
Suite à ces événements, les habitants du royaume deman-
Du rôle du souverain de Shambhala dèrent à leur roi de rédiger un tantra abrégé. Manjushri-
D’après l’enseignement de Kalachakra, le roi Suchandra Yashas composa un tantra douze fois plus court, en 1 030
est un bodhisattva, c’est-à-dire un être qui a renoncé à strophes, intitulé Sublime Tantra royal abrégé de Kalachakra.
la libération (devenir « bouddha ») par ultime compas- Ce tantra abrégé est l’actuel ouvrage de référence des en-
sion afin d’aider tous les êtres à avancer sur la voie de seignements de Kalachakra. Il fut ramené en Inde par le
la délivrance. Les bodhisattvas sont une forme intermé- pandit Chilupa21, aux alentours du Xe siècle de notre ère.
diaire entre le Bouddha et les êtres humains. De manière Il nous est parvenu en sanskrit et dans ses traductions ti-
générale, les bodhisattvas ont un rôle spirituel, celui de bétaines, elles-mêmes traduites en mongol. Le tantra origi-
veiller au respect du Dharma ou ordre cosmique naturel. nal de 12 000 strophes composé par Suchandra, est occulté
Ils n’interviennent donc pas directement dans la destinée depuis lors.
des peuples. Lorsque cet ordre est gravement menacé, les
souverains de Shambhala manifestent dans l’histoire hu- Les prophéties du Tantra de Kalachakra
maine leur puissance courroucée (voir plus loin). Dans la partie du Tantra intitulée Livre I du monde, il est
Après avoir reçu l’initiation de Kalachakra, Suchandra re- annoncé que trente-deux rois, y compris Suchandra, ré-
tourna dans son royaume afin de retranscrire les ensei- gneront successivement, cent années chacun, sur le trône
gnements du Bouddha. Il composa un Tantra-racine en de Shambhala. Durant cette période de 3 200 ans, les desti-
sanskrit de 12 000 strophes, le Paramadibuddhatantra, ou nées du monde iront en s’assombrissant. L’humanité s’en-
« Tantra du Bouddha primordial suprême ». Suite à cela, foncera dans le matérialisme idéologique et l’ignorance,
il fit construire un grand mandala de Kalachakra (voir en- jusqu’à ce qu’en 2424, une superpuissance, dirigée par des
cadré p. 85) au sud de sa capitale, Kalapa, puis initia les ha- incarnations d’êtres démoniaques, fédère plusieurs pays,
bitants de Shambhala aux enseignements de Kalachakra. à l’issue d’une guerre mondiale de plusieurs années.
Cette transmission fut déterminante pour l’évolution de Le chef de la coalition des États victorieux, connaissant
la société de Shambhala. l’existence du royaume de Shambhala, sera tenté de vou-
loir le faire passer sous sa domination. C’est alors qu’écla-
La lignée des rois kalkin tera une nouvelle guerre, qui ne sera pas limitée à notre
À Suchandra succédèrent six rois dont nous ne univers matériel puisque des forces célestes inter-
connaissons rien sauf pour le dernier d’en- viendront dans les combats. Les massa-
tre eux, Manjushri-Yashas18, appelé cres et les destructions dépasseront
Manjukirti par les Tibétains. en horreur tout ce que nous
Sous le règne de Manjushri- avons connu jusque-là.
Yashas, la société de Sham- Raudra Chakrin, monté
bhala, alors divisée en sur le trône en 2327, ap-
quatre castes, connut paraîtra à la tête des
un schisme. L’une des armées de Shamb-
castes de Shambhala, hala. Le « Seigneur
tentée par le brah- des larmes à la
manisme, décida de roue » sera assisté
partir en Inde afin d’êtres surnatu-
d’étudier le védis- rels combattant
me pour le réin- à ses côtés. Au
troduire ensuite à moyen d’armes
Shambhala. Mais puissantes in-
le Manjushri-Yas- connues, décri-
has sut convaincre tes comme des
les habitants de re- harpons et des
noncer à leur projet roues célestes, il
et de recevoir de lui écrasera les hordes
les enseignements de de « barbares », les
Kalachakra. La société de Mleccha. La victoire du
Shambhala en fut profon- roi-kalkin de Shambhala
dément transformée puisque sera à la fois matérielle et
les quatre castes furent fondues spirituelle. Tous les guerriers

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qui, dans les rangs des armées


antagonistes, auront été tués sur
le champ de bataille, obtiendront
immédiatement la délivrance. La
perte de leur vie sera pour eux
une véritable bénédiction. Ils s’in-
clineront devant le roi, le remer-
ciant de les avoir libérés de leur
karma négatif qui était de faire le
mal. Leur mort, de la main du roi
du Dharma, les lavera de leur im-
pureté foncière.

Un nouvel ordre
spirituel mondial…
Raudra Chakrin établira un or-
dre universel fondé sur la loi du
Bouddha. Le royaume de Shamb-
hala s’étendra à la Terre entière et
l’humanité connaîtra une époque
de paix et de bonheur spirituels.
La durée de vie sera de cent années
et les êtres ne redouteront plus la
mort, car ils sauront transférer leur
principe vital vers les terres pures
de Bouddha. De grandes conscien-
ces de lumière et d’amour se ma-
nifesteront de nouveau, guidant
les hommes vers l’Éveil parfait. Le
troisième Panchen Lama (1505–
1568)22 a annoncé, pour cette épo-
que, le retour du maître spirituel
indien Nagarjuna qui vécut il y a
environ 2 000 ans : « Il reviendra du
paradis de Sukhavati pour reprendre
ses corps antérieurs et il fera resplen-
dir extraordinairement l’enseignement
du Bouddha. »
Mais huit cents ans après l’instau-
ration de cet âge d’or par les rois
kalkin de Shambhala, la loi iné-
luctable des cycles de la roue du
temps verra revenir sur cette terre
les incarnations d’êtres dépourvus
de dispositions karmiques favora-
La bataille de Shambhala, thangka tibétaine © Himmalayanart.com bles à l’évolution spirituelle. Le
royaume de Shambhala passera
de nouveau dans l’occultation.
. Le mandala de Shambhala De nouveau, il sera, comme il l’est
aujourd’hui, inaccessible à notre
À l’extérieur du lotus de Shambhala, au premier plan, les peintres de thangka font figurer le
vingt-cinquième roi kalkin, Raudra Chakrin, le « Seigneur des larmes à la roue ». Monté
sur un cheval bleu sombre, couleur du lotus subtil du cœur, le dharmachakra, il s’élance à la
vision qui n’a pas été purifiée. Il
représentera une aspiration et
tête de ses armées. Un javelot à la main, il transperce les barbares, ou Mleccha, ceux qui une espérance, car il exige d’ac-
combattent le dharma du Bouddha. Des éléphants, des hommes en armes et un grand nombre cumuler les mérites nécessaires
de cavaliers le suivent. Ils sont représentés en train de traverser une passe neigeuse, au sud du pour devenir réalité dans notre
royaume de Shambhala, au nord du fleuve Sita. histoire.

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spiritualité
Érigé en paradis terrestre ou diabolisé,
Shambhala a été malmené par les
mouvements occultes des siècles derniers.
L’eldorado

Nicholas Roerich, Grand esprit des Himalayas, 1934. © Nicholas Roerich Museum

D
ans un article intitulé Mistaken Foreign Myths about reculée : le royaume de Shambhala. Entre 1926 et 1943, cer-
Shambhala23, le tibétologue américain Alexander taines sociétés occultes allemandes – dont la société Thulé –
Berzin récapitule les principales déformations organisent plusieurs expéditions au Tibet. La plus connue a
et avatars théoriques découlant de la légende de Shamb- eu lieu en 1938 sous l’égide de l’Ahnenerbe, institut de re-
hala. De manière générale, il dénonce la réutilisation de cherche nazi créé en 1935 et dédié à l’étude du pangerma-
la légende de Shambhala par les différents mouvements nisme aryen. D’après un rapport24 de Trevor Ravenscroft,
et sociétés occultes qui ont essaimé au début XIXe et du militaire et écrivain britannique, le but de ces expéditions
XXe siècle en Europe, en Russie et aux États-Unis. répétées étaient d’établir et de maintenir un contact avec les
Parmi ces groupuscules ésotériques se dessinent deux ten- habitants de Shambhala, afin de récupérer leur pouvoir et de
dances. La première tend à considérer Shambhala comme un le détourner au profit de la création d’une « super race aryen-
paradis utopique dont les habitants sont appelés à sauver le ne ». D’après Ravenscroft, les êtres de Shambhala refusèrent
monde. La seconde dépeint le royaume comme un lieu rece- d’apporter leur assistance.
lant des pouvoirs malveillants.
Héléna Blavatsky et la théosophie
Le berceau de la « race aryenne » Parmi les courants adeptes d’une version édulcorée du
De nombreux récits des années 1940-1950 mêlant nazisme Shambhala bienveillant, Alexander Berzin cite la Société
et occultisme, et les multiples expéditions organisées sous le théosophique fondée en 1875 par Héléna Blavatsky. Issue
IIIe Reich attestent cette dérive. Plusieurs dignitaires de haut de la noblesse russe, Héléna Blavatsky (1831-1891) a par-
rang du régime nazi, incluant Hitler, et plus particulièrement couru le monde à la recherche d’enseignements occultes et
Himmler et Hess, étaient membres de sociétés occultes. séjourna de nombreuses années sur le subcontinent indien.
Alexander Berzin rappelle dans son étude que les sociétés Entre 1867 et 1870, elle prétend avoir étudié le bouddhisme
secrètes de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, – en parti- tibétain auprès de différents maîtres au monastère de Tashil-
culier la société Thulé – sont directement impliquées dans la hunpo, au Tibet. La connaissance des Européens de la culture
diffusion de l’idéologie nazie. S’intéressant aux origines de tibétaine n’en étant qu’à ses balbutiements à l’époque, elle
la race allemande, la société Thulé considère l’Asie centrale décide de traduire les fragments de textes auxquels elle a eu
comme le berceau de la race dite « aryenne » et une poignée accès et d’en expliquer les concepts de base en les mélan-
de ses descendants directs vivraient encore dans une contrée geant à d’autres concepts issus de l’hindouisme et de l’oc-

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spiritualité

ésotérique
cultisme. Blavatsky était convaincue que l’ensemble des en-
seignements ésotériques des religions du monde entier ne
formait qu’un seul et même corpus de connaissances occul-
tes, d’où le syncrétisme qu’elle réalise dans ses écrits entre
les différentes traditions. En 1888, Héléna Blavatsky men-
tionne pour la première fois le nom de Shambhala dans son
œuvre principale, La Doctrine secrète. En ce qui concerne la
partie portant sur Shambhala, Blavatsky affirme ne faire que
retranscrire des enseignements qu’elle a reçus de ses maîtres
par télépathie. On ignore donc dans quelle mesure Héléna
Blavatsky a effectivement étudié les textes du Tantra de Ka-
lachakra. D’après Alexander Berzin, La Doctrine secrète a joué
un rôle majeur dans l’association, puis dans la confusion,
Nicholas Roerich, Path to Kailas, 1933. © Nicholas Roerich Museum
entre Shambhala et occultisme auprès du public occidental.
De fait, Blavatsky, on le sait aujourd’hui, affabulait à l’envi, Maitreya est chargée de protéger la Force, et le moment
mais son empreinte resta très forte, Roerich n’étant pas l’un venu, initiera les plus « avancés » au « Mystères des Âges »,
de ses moindres lecteurs. au « Plan ».
Alexander Berzin déplore ici une interprétation à la fois
Alice Bailey et la « Force de Shambhala » manichéenne et messianique du mythe de Shambhala, bien
A. Berzin poursuit son énumération des interprétations loin de l’enseignement prodigué par le Tantra Kalachakra.
fausses du mythe de Shambhala en citant le cas d’Alice Bailey Shambhala reste donc drapée dans son mystère... ●
(1880-1949). Cette théosophe britannique, médium de son
état, prétendait capter des messages télépathiques et rece-
Notes
voir des lettres d’un mystérieux maître tibétain. Après avoir 1. Parfois écrit Shambhalla ou Shamballa
brigué sans succès la présidence du mouvement théosophi- 2. La Doctrine Secrète d’Héléna Blavatsky (1888) constitue un
que, elle fonde en 1920 The Lucifer Trust aux États-Unis. Ses tournant dans le rapport des occidentaux au mythe de Shambhala.
Avec cette œuvre, les occidentaux s’approprient la légende de
lectures et ses écrits ont par la suite donné naissance au mou- Shambhala, ce qui donnera lieu à de multiples déformations et donc
vement New Age. Dans Initiations humaine et solaire (1922), Let- à des interprétations erronées du mythe.
tres sur la Méditation Occulte (1922), Traité sur le Feu cosmique 3. Voir Alexander Berzin, Mistaken Foreign Myths on Shambhala
Legend, 1996 [2003], disponible à l’adresse suivante : http://
(1925) et Traité sur la Magie Blanche (1934), Bailey écrivit abon- www.berzinarchives.com/web/en/archives/advanced/
damment sur la « Force de Shambhala ». Cette dernière consi- kalachakra/shambhala/mistaken_foreign_myths_shambhala.html
dérait le royaume comme le « siège du Feu cosmique ». Ce feu, 4. Le Cœur de l’Asie, éditions du IIIe millénaire, 2005.
5. Le Cœur de l’Asie, pp. 71-72
qu’elle associait à Lucifer, était une force destructrice mue 6. Ibid., p. 118.
par la volonté d’annihiler toutes formes d’enseignement dé- 7. Ibid., pp. 118-119
généré (comprendre « autre que celui du Feu cosmique ») et 8. « Shambhala la resplendissante », 1928.
9. Ibid.
l’établissement d’un Nouvel Âge pur. 10. Dans l’État du Bengale occidental, Inde.
La Force de Shambhala, explique Alice Bailey, est l’énergie 11. Le Cœur de l’Asie, pp. 78-79
hautement volatile qui constitue notre volonté. En soi, cette 12. Ibid. pp. 94 et suivantes.
13. Le Cœur de l’Asie, p. 110.
énergie peut être extrêmement destructrice et être source 14. Desclée de Brouwer, 2000.
du « Mal ». En revanche, les initiés, inspirés par la volonté 15. Le Bouddha a vécu aux VIe-5e s. av. J.-C.
divine, peuvent exploiter cette force dans le but de réaliser 16. Paroles prononcées lors de la première initiation de Kalachakra
que le Dalaï-Lama donna en Occident, à Madison, aux États-Unis
le Bien ultime. À Shambhala, une hiérarchie présidée par en 1981.
17. Tantra de Kalachakra, Le Livre du corps subtil,
Desclée de Brouwer, 2000.
Sources 18. Manjushri-Yashas : « Glorieux Seigneur émané de Manjushri »
- Anzaldi Antonino, IZZI, Massimo, (1995), Histoire illustrée de 19. Le terme sanskrit kalkin est dérivé de kalkah et signifie
l’imaginaire universel, Mythes Légendes et Croyances du Monde « ciment », « liant ». à partir de Manjushri-Yashas, les kalkins sont
entier, Gremse International, p. 150. les souverains de Shambhala qui préservent l’unité de leur royaume
- Berzin, Alexander, [1996] (2003), “Mistaken Foreign Myths tantrique cimenté en prévenant l’introduction de systèmes de
about Shambhala”, disponible à l’adresse suivante : http://www. croyance étrangers au tantrisme, considérés comme karmiquement
berzinarchives.com négatifs.
- Meurois Daniel, Givaudan Anne, (1986), Le Voyage à Shambhalla, 20. D’après les enseignements de Kalachakra, l’actuel roi kalkin
Un pèlerinage vers soi, éditions Le Perséa. de Shambhala est Aniruddha, « le Seigneur qu’aucun obstacle
- Roerich Nicholas, [1929] (2005), Le Cœur de l’Asie, éditions du n’arrête ». Monté sur le trône en 1927, il régnera jusqu’en 2027.
IIIe millénaire. 21. Pandit : titre honorifique de la caste des brahmanes, en Inde,
- Roerich Nicholas, (1928), « Shambhala la resplendissante », donné aux savants et aux religieux.
entretien avec le lama Talai Pho Brang. 22. Le panchen-lama est le deuxième plus haut chef spirituel du
- Stril-Rever Sofia, (2001), « La Transmission du Tantra de bouddhisme tibétain Guélougpa (école dite des bonnets jaunes).
Kalachakra », auteur du Tantra de Kalachakra, Le Livre du corps 23. Article publié en 1996 et complété en 2003 sur www.
subtil, texte intégral traduit du sanskrit (2000), Desclée de Brouwer. berzinarchives.com.
Texte disponible sur www.buddhaline.net 24 . The spear of Destiny, 1973

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