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Bio express

N é le 2 mai 1964 à Utrecht (Pays-


Bas), Jan Kounen a étudié aux Arts
Décoratifs de Nice (E.P.I.A.R.), plus
particulièrement dans les domaines
cinéma/animation/pixillation.
En 1989, il réalise Gisèle Kérosène,
qui obtient le Grand Prix du court-
métrage au Festival d’Avoriaz, il réalise
d’autres courts métrages dont Vibroboy,
Le Dernier Chaperon rouge, Capitaine X,
Panshin Beka Winoni.
En 1997, sort en salles son premier
long-métrage, Dobermann, très
controversé mais très remarqué. Parti
ensuite en repérages au Mexique et au
Pérou pour son projet d’adaptation de
la BD Blueberry, Kounen découvre la
médecine traditionnelle des Shipibo-
Conibos à laquelle il consacre plusieurs
années au cours desquelles il filme le
long-métrage documentaire D’Autres
Mondes (2004).
Il est l’auteur de Visions : regards
sur le chamanisme (Éd. Télémaque,
2005) et de Plantes et Chamanisme,
conversation autour de l’ayahuasca
et de l’Iboga, avec Jeremy Narby et
Vincent Ravalec (Mama éditions, 2008)
Longs métrages : Coco Chanel & Igor
Stravinsky (2009) ; 99 francs (2007) ;
(2006) ; Darshan - l’étreinte (2004) ;
Blueberry, l’expérience secrète (2003) ;
Other Worlds (2001) ; Dobermann
(1997).

L’ ayahuasca est un breuvage consommé


traditionnellement par les chamanes d’Amazonie
lors de rituels de guérison sacrés. C’est en préparant
le film Blueberry que le cinéaste Jan Kounen est
devenu « ayahuascuero », c’est-à-dire un adepte
de la « liane des esprits ».
Il a accepté « L’interview Nexus ».
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Jan Kounen
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© Regine Abadia

« Les plantes m’ont appris


à me préserver des
pollutions
mentales »
Nexus : Après Plantes et Chamanisme, vous préparez d’un processus, et non pendant, car on passe par plusieurs
un nouveau livre, plus intime, sur l’ayahuasca, la plante phases ! Sur le plan professionnel, je suis aussi plus zen,
qui vous a ouvert sur « d’autres mondes ». Quelle part je relativise et j’ose sans doute davantage. En levant mes
a-t-elle pris dans votre évolution personnelle ces dix peurs et mes inhibitions, l’ayahuasca m’a permis d’explo-
dernières années ? rer des territoires cinématographiques que je n’aurais
jamais cru pouvoir aborder. C’est le cas de mon dernier
Jan Kounen : Il est difficile de faire la part des choses, film, Coco & Igor Stravinski. Un univers éloigné du mien, les
entre la maturité qui vient nécessairement avec l’expé- années 20, un huis clos psychologique anti-romantique,
rience de vieillir et la pratique de la plante elle-même. demandant une forme classique.
Il est évident que le simple fait de prendre des années
permet de mieux se connaître. Cependant, je dois à l’aya- Dans votre livre, vous mettez en garde contre le « mes-
huasca le fait d’être plus équilibré au final, plus cool… Cet sianisme ». C’est aussi un effet possible de l’ayahuasca ?
équilibre qui est le mien aujourd’hui est intervenu à la fin Cette plante offre de grandes bouffées révélatrices

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ne faut pas laisser tomber. Si l’on se branche exclusivement


sur ses voix intérieures, cela représente un danger, celui
de faire des erreurs d’interprétation. On peut dès lors très
bien se mener soi-même en bateau ! La dimension ration-
nelle a toute son importance. En fait, l’équilibre entre les
deux est primordial. Quand cet équilibre est présent, tout
rentre dans l’ordre. Sinon, on peut vite se dire que l’on
est un grand chamane, puisqu’on est allé voyager dans les
mondes des esprits, de l’âme et des morts. Une grosse er-
reur qui va faire grandir en vous des idées toxiques.

Attention à l’égo qui revient au galop ?


Exactement. Il faut se méfier de nous-même, surtout
lorsque nous pensons posséder la vérité, lorsque nous
construisons une vérité à partir de nos propres expé-
riences dans la médecine… Normalement, lorsque vous fi-
nissez par « lâcher », la plante et le guérisseur se chargent
de vous ramener à la raison et de vous raccrocher au réel.
Il faut rester humble et vigilant.

Les plantes sont-elles les meilleures amies de l’homme ?


Elles sont comme les hommes, certaines bien intention-
nées d’autres moins. Les plantes étaient là avant nous
sur la planète. Elles sont nos ancêtres. Jeremy Narby dit
qu’elles répondent toujours aux questions que nous leur
posons. Même si notre civilisation les brutalise ou les mal-
mène, elles finissent malgré tout par nous donner le ren-
seignement que nous leur avons demandé, un peu comme
un grand-père excédé par un petit-enfant turbulent ac-
« Vision » extraite de Blueberry.
cepte toujours de lui parler et de l’éduquer…
d’union avec soi-même, mais le Les plantes
principal écueil est de vouloir maîtresses sont Y a-t-il différentes familles de plantes ?
conceptualiser. C’est un réflexe des plantes de Les chamanes disent que certaines plantes ont une âme
chez nous, les Occidentaux. (ibo), un monde spirituel. Elles ne sont pas forcément psy-
Or, le chamanisme est d’abord pouvoir, c’est-à- chotropes d’ailleurs, ce sont « les plantes maîtresses », les
une médecine. Sa particularité dire qu’elles ont « plantes enseignantes ». Les plantes maîtresses sont des
est de travailler dans des terri- leurs propres plantes de pouvoir, c’est-à-dire qu’elles ont leurs propres
toires de guérison qui passent intentions par rapport à vous. Il faut donc veiller à main-
par des rencontres spirituelles. intentions par tenir un équilibre dans notre relation à elles : ce qu’elles
Malheureusement, notre psy- rapport à vous. peuvent faire pour nous et ce que nous pouvons faire pour
chisme, notre psychologie, a elles. Sinon, on peut vite devenir leur marionnette ! Il y a
tendance à les interpréter comme des expériences pro- aussi des plantes maîtresses en Occident. Un chamane venu
phétiques alors qu’elles sont des rencontres avec les es- en voyage en France m’a indiqué le gui. Certaines de ces
prits des plantes à travers des expériences visionnaires. plantes maîtresses peuvent être toxiques. Il faut donc bien
Le plus important, c’est finalement de se surveiller soi- les connaître avant de les prendre, car on peut mettre sa
même. Il s’agit d’éviter de saisir le sens à tout prix et de se vie en danger.
laisser emporter par ses propres interprétations. Sinon, L’ayahuasca, elle, n’est ni toxique ni addictive (même si elle
on a tendance à se prendre pour un nouveau prophète. est psychotrope). Les guérisseurs connaissent bien l’alchimie
Les pensées sont des énergies qu’il est préférable de lais- des préparations, ils peuvent préparer des potions contenant
ser circuler. Tenter de les saisir, de les ramener à soi, c’est une dizaine de plantes maîtresses. C’est un savoir ancestral,
faire fausse route. il est dangereux de s’y aventurer si l’on n’est pas guidé.

Il faut garder les pieds sur terre ? Où se situe le cannabis dans tout ça ?
L’ayahuasca ouvre l’intuition, permet de se connecter à C’est une plante très forte qui peut s’avérer bénéfique
son instinct animal. C’est un aspect fondamental. Cepen- dans des conditions particulières qui sont bien éloi-
dant, la rationalité est aussi un outil de connaissance qu’il gnées de celles pratiquées par les jeunes Occidentaux…

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Il m’est arrivé d’utiliser le cannabis dans ma jeunesse,


mais cela ne m’a plus jamais tenté après ma rencontre
avec l’ayahuasca. J’ai compris que nous nous comportions
à l’égard des plantes comme des sauvages mal éduqués,
sans le moindre guidage. Consommer du cannabis en
ayant pratiqué une diète, procéder à une prise consciente
et méditer en silence, en se concentrant sur son état d’es-
prit, peut nous apporter des bienfaits et développer la
créativité, mais cela réclame une hygiène de vie adaptée,
à l’opposé d’une prise purement récréative, voir un mé-
lange dangereux : pétard+alcool+fête.

Sans aller jusqu’en Amazonie, comment rencontrer nos


plantes à nous ?
C’est possible à plusieurs niveaux. Nous le faisons déjà
lorsque nous prenons des remèdes de grand-mère. Cer-
taines tisanes agissent comme des potions alchimiques
qui se transmettent de génération en génération. S’inté-
resser aux huiles essentielles, à l’homéopathie, aux Fleurs
de Bach, c’est déjà chercher à entrer en contact avec elles.
Nous sommes en permanence en relation aux plantes,
mais y être consciemment, c’est plus complexe ! Certains
peuvent, par exemple, se poser à côté d’un arbre pour en-
trer en communication avec lui, mais il est aussi possible
de pratiquer des « diètes de plantes » un peu comme cela
se fait en Amazonie : on se met en retraite et à la diète tout
en concentrant son attention sur une plante particulière,
que l’on absorbe pendant plusieurs jours voire plusieurs
semaines. L’idéal est de trouver des plantes médicinales
Jan Kounen en Amazonie.
utilisées traditionnellement pour faire cette expérience.
Il arrive alors que les plantes nous parlent dans nos rêves. Qu’est-ce que la dépression pour un chamane ?
C’est assez exigeant cependant car cela implique de De mauvais esprits qui ont pris possession de notre psy-
s’isoler, de supprimer l’alcool, le sexe. Pourquoi le sexe ? ché ! C’est une représentation. En traduisant, je dirais que
Pour se concentrer uniquement dans une relation avec la nos pensées sombres peuvent avoir une forme archéty-
plante de diète. Il faut aussi dans ses périodes pratiquer pale, symbolisée par des esprits. Le processus de guérison
une ascèse psychologique… tel que le conçoit le chamane résulte de la confrontation
de ces formes-pensées néfastes, devenues visions, avec
La médecine actuelle est aux antipodes de la tradition l’univers de la plante qui va permettre de les chasser puis
chamane… Comment articuler ces deux visions ? en substituer d’autres plus lumineuses et poétiques, re-
Tout cela me paraît en fait très complémentaire. Je me liées à la joie de vivre et à l’harmonie. Le patient assiste,
soigne à l’homéopathie, mais il m’est arrivé, quoique rare- les yeux grands ouverts, au processus opératoire. Il voit
ment, de prendre des antibiotiques. La médecine occiden- ses émotions, les affronte lui-même, mais il est guidé par
tale est bien plus efficace lorsqu’on aborde le le chant du chamane qui le soutient habilement.
domaine de l’urgence vitale ou de la chirurgie. Il m’est arrivé Il passe par des larmes, des cris, et puis par la
En revanche, pour les troubles psychologiques, d’utiliser le joie qui le reconnecte à lui-même et cicatrise ses
type dépression, les médecines douces ou tra- blessures. Pour celui qui le rencontre, le monde
ditionnelles sont plus appropriées. La phyto- cannabis dans des esprits bons et mauvais est une expérience
thérapie, l’homéopathie, et dans une version ma jeunesse, tangible.
plus radicale, la médecine traditionnelle amazo- mais cela
nienne, sont très douées pour agir sur la sphère La pire des émotions n’est-elle pas la peur ?
psychologique ou, par exemple, sur les troubles ne m’a plus C’est pour moi l’un des plus grands enseigne-
du sommeil, les deuils, les phobies, certaines jamais tenté ments de ces voyages. Avec l’ayahuasca, on y est
névroses, et dans le traitement des origines psy- après ma nécessairement confronté. Ses visages sont mul-
chologiques de nos maladies. Plus on s’intéresse tiples : peur de manquer, peur d’être abandonné,
à la pratique des plantes, plus notre sensibilité se rencontre avec etc. ! La peur racine, sur laquelle poussent toutes
développe et nous rend perméable à leurs effets. l’ayahuasca. les autres est la peur de mourir. Il m’est arrivé de

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Après une mort


la voir. Lorsqu’on est en cérémo- psychique,
nie, on croit vraiment que l’on
va mourir, c’est très angoissant.
nous sommes
Mais on survit malgré tout. Cette reconnectés à
manière d’affronter la peur de nos organes, à
la mort, ainsi que les pensées
et émotions liées à cette der-
nos fluides, aux
nière, nous permet de l’intégrer battements du
d’une certaine façon. Après une cœur, à la joie
mort psychique, nous sommes
reconnectés à nos organes, à
simple de vivre.
nos fluides, aux battements du Cette sensation
cœur, à la joie simple de vivre. d’être en vie
Cette sensation d’être en vie est
extatique !
est extatique !

Avez-vous moins peur de la mort aujourd’hui ?


Il est difficile de dire « je n’ai pas peur de la mort » ! On
ne peut vraiment savoir que le jour où l’on est en face…
L’expérience de l’ayahuasca m’a rapproché de cette peur,
mais avec l’effet positif suivant : désormais, lorsque je me
réveille le matin, je suis plus inscrit dans le moment pré-
sent qu’avant. J’agis davantage comme s’il pouvait s’agir
du dernier jour de ma vie. Finalement, ne plus refouler la
peur de mourir dans son inconscient nous ramène à ap-
précier simplement la vie.

Face à l’angoisse de mourir, la société de consomma-


tion ne joue-t-elle pas le rôle d’anesthésiant ?
Si le confort qu’elle nous apporte a de réels avantages, il
nous enferme finalement plus qu’il nous libère. La techno-
logie, au lieu d’ouvrir le monde, semble le refermer. Chez
les indigènes, le bonheur se traduit par avoir un toit, la san- « Vision » extraite de Blueberry.
té, à manger, et si possible de l’amour. Chez nous, nous ne
parvenons plus à nous connecter à ces fondamentaux. Nous Comment voyez-vous la vie après la mort ?
vivons de plus en plus préservés de tout, ce qui nous prive Je ne me pose plus la question en tout cas. Ce que je sais,
de la rencontre avec nos émotions. Comme cette rencontre c’est que l’histoire ne s’arrête pas après notre dernier
est indispensable, nous la vivons par pro- soupir. C’est ça la bonne nouvelle : il y
curation à travers des films ou des a quelque chose ensuite. Cette
livres. On ne les expérimente . Projets en cours idée peut être fausse, mais
donc pas vraiment. « Mon occupation professionnelle du moment, confie elle vient de mes ren-
Notre humanité est vé- Jan Kounen, est davantage orientée sur l’écriture, avec deux contres avec le monde
cue dans une forme projets, qui sont bien avancés. Le premier concerne l’histoire du des morts, réelles pour
Dalaï-Lama et de la lignée. Ce sera un docu-fiction co-réalisé avec Anne
d’« artificialité ». moi, pas d’une envie
Paris écrit par Jean-Claude Carrière. Le second, c’est l’adaptation d’un
Malgré l’abondance thriller métaphysique, Qumran, d’Eliette Abécassis. »
de continuer l’aven-
de biens et de faci- Qumran (Poche, 1996), est un voyage sur les pas des Esséniens, un « Da Vinci ture. Il y a donc un
lité, il en résulte un Code à l’envers », explique-t-il. L’intrigue de ce roman prend comme point de sens à surveiller ses
sentiment de vacuité départ l’une des plus importantes découvertes du siècle : les manuscrits de la pensées, ses paroles
du Moi qui n’est cer- mer Morte. Le vol d’un des précieux manuscrits de la mer Morte, découverts et ses actes. Je veille
tainement pas étran- en 1947 dans les grottes de Qumran, précipite Ary, jeune juif religieux, autant que possible
ger aux nombreux fils d’un archéologue israélien, dans une enquête jalonnée de cadavres. à être en ordre, à me
cas de dépression. On Ceux des savants ou des prêtres qui ont eu entre les mains un de ces préparer. Je pense aus-
gagne du temps en re- manuscrits… Les énigmes qui entourent la vie et la mort de Jésus ont- si qu’il faut tout faire
poussant la perception elles donc des enjeux susceptibles de provoquer ces meurtres atroces ? pour vivre heureux car
C’est ce thriller théologique, que Jan kounen adapte actuellement
de la mort, mais il faudra nous ne sommes que de
dans un scénario pour un long-métrage.
bien un jour l’affronter. Il prépare également une bande dessinée et un autre livre sur passage.
l’ayahuasca, Carnet de voyage intérieur, un récit intime
agrémenté de témoignages. Une manière de faire le
bilan après dix années d’expérience de la plante,

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dans le cadre du chamanisme shipibo.

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drames offerts en
guise de nourriture
psychologique
Les news, fiction ou réalité ? par les médias dimensions différentes, plus fines et
Fiction. Si le monde ressemblait vraiment aux in- plus vibrantes, celles où demeurent les
fos qui nous sont servies, ma rue serait à feu et à
aux humains, la esprits. Certains chamanes évoquent
sang ou la planète aurait déjà explosé… Avec 90 % conséquence est aussi une espèce extraterrestre dont
de drames offerts en guise de nourriture psycholo- le maintien dans les origines sont terrestres, ayant vécu
gique par les médias aux humains, la conséquence sous les océans, et qui se serait expa-
est le maintien dans la peur. Je n’ai pas envie de
la peur. J’ai jeté triée ensuite dans le cosmos. Il m’a été
laisser mes pensées naviguer dans cet océan-là. ma télévision donné de discuter avec un chamane qui
J’ai jeté ma télévision en rentrant d’Amazonie. en rentrant m’a relaté sa rencontre avec les « ré-
gulateurs », des entités extraterrestres
Sommes-nous manipulés ?
d’Amazonie. qui ne vivent pas sur une planète en
Si manipulation il y a, elle relève davantage de mécanismes particulier, mais qui veillent sur l’équilibre des planètes
inconscients. Peut-être que ce qui tient la société, notre et le mouvement des astres. C’est une réalité pour les
humanité, ce sont des entités bien lourdes, bien sombres : indigènes.
le chamanisme les représente comme de gros démons qui
rôdent et nous manipulent à notre insu. Ils se nourrissent On pourrait donc rencontrer des extraterrestres
des pensées négatives auxquelles nous accordons du cré- grâce à l’ayahuasca ?
dit. Ces démons sont une manière symbolique de décrire Parfois, avec l’ayahuasca, dans les visions, on peut se trou-
les arcanes de notre vision du monde. Dans son film Mulhol- ver en relation avec des entités qui semblent avoir déve-
land Drive*, David Lynch décrit bien le monde sous-jacent et loppé de la technologie, parfois on croit être en relation
invisible des pensées qui sous-tendent nos actes. Voilà un avec des extraterrestres alors qu’il s’agit d’esprits liés aux
réalisateur qui semble avoir exploré certaines profondeurs plantes que l’on a ingérées. Il est toujours très difficile de
de la nature humaine. Ce que nous montre aussi l’ayahuas- donner du sens, de dire que l’on a rencontré les extrater-
ca, c’est justement le vrai visage de nos pensées, et le type restres. Il est tout aussi difficile de valider ses expériences.
de monde auquel elles appartiennent. Les médias ne sont Les Indiens disent aussi que les entités extraterrestres sont
que le reflet de notre manière culturelle de voir le monde comme nous, certaines ont de bonnes intentions, d’autres
et de dépeindre les événements qui le structurent… ou le pas. Aujourd’hui, je sais que certaines réalités de ce type
déstructurent. peuvent s’avérer être des expériences concrètes, même si
l’expérience ressemble parfois à de la science-fiction.
La controverse des attentats du 11-Septembre vous tra-
casse-t-elle ? Les crop circles ressemblent-ils aux visions de l’ayahuasca ?
La propagande (l’intox) est partout, aussi bien dans l’officiel C’est vrai que ces mandalas absolument magnifiques sont
que dans l’officieux. On peut passer des jours et des nuits à proches du monde des visions. J’ai posé la question et mon-
explorer les théories sur le 11-Septembre. J’ai décidé que tré des photos aux guérisseurs en Amazonie. Pour eux,
cela… m’emmerdait. D’une part, je souhaite me préserver ces formes peuvent être le fait d’entités non humaines,
de la pollution mentale : les plantes m’ont enseigné l’im- travaillant l’énergie et pouvant intervenir sur la matière,
portance de cela. D’autre part, je préfère orienter mes pen- mais impossible de décrypter le message visionnaire. Il est
sées ou le viseur de ma caméra sur des sujets sur lesquels tout de même étonnant que l’on ne s’intéresse pas plus à ce
je peux agir. Dans quels territoires ai-je envie d’aventurer phénomène.
mes pensées ? C’est une question que chacun a le droit de se
poser. Personnellement, je n’économise pas mon énergie, 2012, la fin du monde ?
mais je la concentre pour être efficace dans le domaine que Franchement, je n’y pense pas beaucoup. Certains disent
j’ai choisi d’explorer. qu’il s’agit d’un « alignement de la terre sur le centre galactique ».
Y aura-t-il un rayonnement particulier affectant notre
Croyez-vous aux extraterrestres ? conscience ? J’aime bien cette idée. Celle d’une révolution
Oui, je ne pense pas que nous intérieure, une révélation. C’est d’ailleurs la véritable
soyons seuls dans l’univers. Dire traduction du mot « apocalypse ». De même que
le contraire me paraît même j’évite de cultiver la paranoïa « conspiration-
irrationnel. Il y a vraisem- niste », je ne vis pas dans la peur du cata-
blablement des vies ou clysme. Mais cela ne m’empêche pas de faire
des civilisations ailleurs. quelques clins d’œil : mon scénario de Qu-
Les guérisseurs parlent mran se passe en 2012… J’espère avoir l’occa-
également de ce sujet. Il y sion de le porter à l’écran d’ici là.●
existe, selon eux, des enti- Propos recueillis par Pryska Ducœurjoly
tés extraterrestres ici, sur
terre, certainement dans des *César 2002 : meilleur film étranger.

L’ayahuasca est préparée par les chamanes

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sous forme de breuvage thérapeutique.
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