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ECS2 – Culture générale – Aimer V

Texte 15. Descartes. Lettre à Chanut du 1er février 1647

Ainsi je passe à votre seconde question, savoir, si la seule lumière naturelle nous enseigne à
aimer Dieu, et si on le peut aimer par la force de cette lumière. Je vois qu’il y a deux fortes raisons
pour en douter ; la première est que les attributs de Dieu qu’on considère le plus
ordinairement, sont si relevés au-dessus de nous, que nous ne concevons en aucune façon
qu’ils nous puissent être convenables, ce qui est cause que nous ne nous joignons point à eux
de volonté ; la seconde est qu’il n’y a rien en Dieu qui soit imaginable, ce qui fait qu’encore qu’on
aurait pour lui quelque amour intellectuelle, il ne semble pas qu’on en puisse avoir aucune
sensitive, à cause qu’elle devrait passer par l’imagination pour venir de l’entendement dans le sens.
[…]
Tout de même, quand un particulier se joint de volonté à son prince ou à son pays, si son
amour est parfait il ne se doit estimer que comme une fort petite partie du tout qu’il compose avec
eux, et ainsi ne craindra pas plus d’aller à une mort assurée pour leur service, qu’on craint de tirer
un peu de sang de son bras pour faire que le reste du corps se porte mieux. Et on voit tous les jours
des exemples de cet amour, même en des personnes de basse condition, qui donnent leur vie de bon
cœur pour le bien de leur pays ou pour la défense d’un grand qu’ils affectionnent.

Texte 16. Spinoza, Éthique, partie III, préface, traduction de Robert Misrahi (livre de poche).

Je veux donc revenir à ceux qui préfèrent haïr ou railler les Affects et les actions de
1'homme, plutôt que les comprendre. Sans doute leur paraîtra-t-il étonnant que je me propose de
traiter des vices et des dérèglements, en l'homme, d'une manière géométrique et que je veuille
décrire selon une méthode rigoureuse et rationnelle ce qu'ils clament être contraire à la Raison et
n'être que vanité, absurdité et horreur. Mais voici mes raisons. Il ne se produit rien dans les choses
qu'on puisse attribuer à un vice de la Nature ; car elle est toujours la même, et partout sa vertu, sa
puissance d'agir est une et identique. C’est-à-dire que les lois et les règles de la Nature selon
lesquelles tout se produit et se transforme sont toujours et partout les mêmes, et c'est aussi
pourquoi, quelle que soit la nature de l'objet à comprendre, on ne doit poser qu'un seul et même
principe d'explication : par les lois et règles universelles de la Nature. C'est pourquoi les Affects
comme la haine, la colère, l'envie, etc., considérés en eux-mêmes, suivent de la même nécessité et
de la même vertu de la Nature que les autres choses singulières. Ils admettent ainsi certaines causes
précises qui permettent de les comprendre, et ils ont des propriétés particulières, aussi dignes d'être
connues que celles de tout autre objet à la seule considération duquel nous prenons plaisir. Je
traiterai donc de la nature et de la force des Affects, puis de la puissance de l'Esprit à leur égard,
selon la même méthode que j'ai utilisée dans les parties précédentes pour la connaissance de Dieu et
pour celle de l'Esprit, et je considèrerai les actions humaines et les appétits comme s'il était question
de lignes, de surfaces ou bien de corps.

Texte 17. Spinoza, Éthique, partie III, proposition 13, scolie, traduction de Robert Misrahi (livre de
poche).

Nous pouvons ainsi comprendre clairement ce qu'est l'Amour et ce qu'est la Haine. L'Amour
n'est rien d'autre qu'une Joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure et la Haine n'est rien
d'autre qu'une Tristesse accompagnée de l'idée d'une cause extérieure. Nous voyons en outre que
celui qui aime s'efforce nécessairement de conserver l'objet de son amour et de le rendre présent,
celui qui hait s'efforçant au contraire d'éloigner et de détruire l'objet de sa haine.
ECS2 – Culture générale – Aimer V

Texte 18. Spinoza, Éthique, partie III, proposition 9, scolie, traduction de Robert Misrahi (livre de
poche).

Il ressort donc de tout cela que nous ne nous efforçons pas vers quelque objet, nous ne le
voulons, ne le poursuivons, ni ne le désirons pas parce que nous jugeons qu'il est un bien, mais au
contraire nous ne jugeons qu'un objet est un bien que parce que nous nous efforçons vers lui, parce
que nous le voulons, le poursuivons et le désirons.

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