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ENTREPRISES INDUSTRIELLES ET SOCIÉTÉS DE SERVICES AUX

ENTREPRISES : UNE PROXIMITÉ PHYSIQUE EST-ELLE NÉCESSAIRE ?

Fabienne Picard, Nathalie Rodet-Kroichvili

Lavoisier | « Géographie, économie, société »

2012/1 Vol. 14 | pages 73 à 100


ISSN 1295-926x
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-geographie-economie-societe-2012-1-page-73.htm
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géographie
économie
Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100
société

Entreprises industrielles et sociétés de services


aux entreprises :
une proximité physique est-elle nécessaire ?
Industrial and business services firms: is physical
proximity necessary?

Fabienne Picard* et Nathalie Rodet-Kroichvili*


Maîtres de Conférences en Sciences Économiques
Université de Technologie de Belfort Montbéliard, Laboratoire IRTES-RECITS
90010 Belfort Cedex
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Résumé
Cet article cherche à évaluer la nécessité de la proximité physique entre industrie et services aux
entreprises, en analysant la situation des territoires industriels en matière de développement de
services aux entreprises. Une analyse statistique comparative des régions métropolitaines fran-
çaises indique que les territoires industriels français sont relativement bien dotés en services
opérationnels mais pauvres en services avancés. La question se pose donc de la nécessité de la
co-localisation sur un même territoire des clients et des prestataires. Cette question possède d’im-
portants enjeux en termes de politique publique. Une revue de la littérature sur les déterminants
de la localisation des services aux entreprises, centrée sur les facteurs influençant la contrainte
de proximité au client, montre que pour les services opérationnels, ces facteurs favorisent fré-
quemment la proximité physique client/prestataire ; pour les services avancés d’autres formes de
proximité que la co-localisation semblent déterminantes et la proximité physique doit davantage
être considérée comme complémentaire plutôt qu’exclusive de relations distantes. Notre étude de
la localisation des entreprises de services avancés dans la filière automobile de la région Franche-

*
Adresses email : fabienne.picard@utbm.fr, nathalie.kroichvili@utbm.fr
doi:10.3166/ges.14.73-100 © 2012 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.
74 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

Comté permet de souligner que dans une région industrielle dotée de villes de taille moyenne,
la localisation des services avancés aux entreprises se fait davantage sur la proximité aux clients
industriels qu’en réponse à un effet métropolitain.
© 2012 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.

Summary
Our article aims at ascertaining the necessity of physical proximity between industry and business
services by analyzing the situation of industrial territories with respect to business services. A
comparative statistical analysis carried on the different regions in metropolitan France shows
that operational services are relatively well developed but knowledge intensive business services
under-developed in French industrial territories. We may ask if a co-location of clients and ser-
vice providers is necessary on each particular industrial territory. A literature review on location
factors of business services focused on factors influencing the constraint of physical proximity to
clients leads to the conclusion that such factors generally strengthen physical proximity to clients
for operational business services whereas they do not have unequivocal influence as for knowle-
dge intensive business services. For the latter, other forms of proximity than co-location seem to
be determinant and physical proximity should be considered as complementary rather than subs-
titutable to remote interactions. Our automotive industry study of knowledge intensive business
services location emphasizes that physical proximity to industrial clients is more important than
metropolitan effects in industrialized territories where there are only medium-sized cities, such
as the Franche-Comté region.
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Mots clés : territoires industriels, services aux entreprises, proximité


Keywords: industrial territories, business services, proximity
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Introduction

Les territoires industriels sont aujourd’hui confrontés à un processus conjoint de


mondialisation et de désindustrialisation qui se traduit par une diminution de la part
de l’activité industrielle dans la valeur ajoutée et dans l’emploi et conduit à la pré-
dominance d’une économie servicielle. De fait, les activités de service occupent une
part sans cesse croissante de la valeur ajoutée et de l’emploi et participent très lar-
gement à la croissance des économies développées : rappelons qu’aux États-Unis les
services atteignent 79 % de l’emploi, 76 % au Canada et au Royaume-Uni, 68 % en
Allemagne et au Japon, 66 % en Espagne et en Italie (Mouhoud et al. 2010). Ces ser-
vices ne peuvent pas être considérés uniquement comme des activités compensatoires
des faiblesses des activités industrielles : les services aux entreprises, en particulier,
exercent bien une influence sur la structure et le développement économique d’un ter-
ritoire. Ils favorisent et accompagnent les transformations profondes dans lesquelles
l’industrie est actuellement engagée. Ces mutations structurelles interrogent le rôle de
l’acteur public et on peut se demander si la redynamisation d’un territoire industriel
peut se faire sans une politique de développement des services aux entreprises. Ces
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 75

services aux entreprises sont ici définis comme des services achetés par les entreprises
industrielles ou d’autres sociétés de services pour réaliser leur activité. Jusqu’en 2007,
l’INSEE les considérait comme une catégorie distincte correspondant au code EN de
la nomenclature NES (postes et télécommunications ; conseils et assistance ; services
opérationnels ; recherche et développement). Cette distinction n’a cependant pas été
conservée dans la nomenclature actuelle, NAF rév2, dans laquelle l’INSEE classe les
services marchands en fonction de leur contenu (information et communication, activi-
tés financières et d’assurances, activités spécialisées scientifiques et techniques, etc.).
Deux grandes questions structurent les débats sur la relation industrie / services aux
entreprises dans un territoire. La spécialisation industrielle d’un territoire peut-elle frei-
ner l’implantation d’activités de services aux entreprises, comme le laisserait penser une
approche post-industrielle (Bell 1973, Touraine 1969) ? La présence d’une industrie forte
peut-elle favoriser le développement et l’ancrage des services comme tend à le laisser
penser l’approche néo-industrialiste (Gallouj et al. 2006) ? Cette lecture purement secto-
rielle des territoires laisse dans l’ombre l’analyse de l’évolution de la nature même des
activités industrielles et des métiers qui s’y déploient, ainsi que l’analyse des interactions
et des processus de renforcement mutuel qui se tissent entre les activités industrielles et
de services. S’il ne fait pas de doute que le développement des services aux entreprises
constitue une condition sine qua non sinon de la survie de l’industrie, au moins de son
dynamisme, la question se pose de la localisation de ces services relativement aux acti-
vités industrielles et in fine de la spécialisation des territoires. Ceci est loin d’être tri-
vial lorsque l’on sait que les activités de services sont, elles aussi, délocalisables (Barlet
et al. 2008, 2011) et que la répartition géographique de ces entreprises n’est pas neutre
et peut influencer non seulement la pérennité mais aussi la distribution géographique de
l’ensemble des activités économiques (François 1990, Catin et Ghio 1999, Jennequin
2003, 2007). Cet article propose une approche intégratrice de l’ensemble des activités
constitutives de la chaîne de valeur des territoires et pose la question de l’implantation des
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services aux entreprises dans les territoires traditionnellement industriels. Cette question
est abordée sous l’angle de la nécessaire territorialité de la relation que nouent les entre-
prises de services avec leurs clients industriels, territorialité construite sur la base d’une
combinaison, à géométrie variable, des différentes formes de proximité.
Afin d’explorer cette question, nous proposons dans un premier temps d’examiner la
situation des territoires industriels en matière de développement des services aux entreprises.
Prenant appui sur une analyse statistique comparative de la situation des territoires indus-
triels de la France métropolitaine au cours de la période 1990-2009 et au moyen des résultats
d’une enquête portant sur les services aux entreprises industrielles dans un territoire particu-
lier, la Franche-Comté, nous proposons de mettre en exergue une série d’heuristiques. Dans
un second temps, ces résultats empiriques sont éclairés par les conclusions de la littérature
traitant des facteurs de localisation des sociétés prestataires de services aux entreprises. Nous
examinons plus précisément les travaux portant sur les facteurs qui renforcent ou desserrent
la contrainte de proximité physique entre prestataires de services et clients industriels. Enfin,
dans une troisième section, nous affinons l’analyse en présentant une étude de cas portant sur
la localisation des entreprises industrielles et de services avancés aux entreprises dans la filière
automobile de la région Franche-Comté, territoire industriel par excellence au regard de la part
la valeur ajoutée réalisée et des effectifs salariés employés dans l’industrie.
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1. Développement des services aux entreprises dans les régions industrielles


françaises : retour sur quelques faits stylisés

L’objectif de cette première partie est de mettre en évidence les caractéristiques des terri-
toires industriels en matière de développement des services aux entreprises. Pour cela, nous
allons développer une analyse comparative des régions industrielles relativement aux régions
tertiaires en France métropolitaine. Sous le terme régions industrielles, nous regroupons les
régions de France métropolitaine pour lesquelles le poids relatif de la valeur ajoutée de l’indus-
trie manufacturière dans la valeur ajoutée totale en valeur est supérieur à la médiane. En France,
celles-ci sont au nombre de onze. Il s’agit en 2009, par ordre décroissant d’importance, de la
Franche-Comté (17,62 %), de l’Alsace (16,22 %), de la Picardie (15,53 %), de la Champagne
Ardennes (15,07 %), de la Haute Normandie (14,75 %), de la Bourgogne (14,42 %), des Pays
de la Loire (14,17 %), de l’Auvergne (14,11 %), du Centre (14,10 %), du Nord-Pas-de-Calais
(13,95 %) et de la Lorraine (13,52 %) (Tableau 1)1. La prédominance d’un secteur d’activité
dans une région ne doit cependant pas conduire à nier la présence ou le dynamisme d’autres
activités. Une précaution terminologique nous conduirait plus justement à traiter de régions
relativement industrielles et de régions relativement tertiaires, la dynamique tertiaire étant plus
développée encore que la dynamique industrielle dans ces dernières.
Les services aux entreprises ne représentent pas un bloc monolithique. Non seulement les sta-
tistiques distinguent parfois services opérationnels et services avancés, mais la nécessité de proxi-
mité physique au client varie selon ces deux catégories, qu’il s’agit donc de préciser. Les services
opérationnels regroupent des activités faiblement créatrices de valeur ajoutée, standardisables
(sécurité, nettoyage, assainissement, voirie, gestion des déchets, etc.) ou de mise à disposition de
ressources existantes (intérim), qui requièrent des compétences assez élémentaires. Les services
opérationnels correspondent en grande partie2 à la catégorie N3 de la NES (nommée d’ailleurs
services opérationnels). Les services avancés3, quant à eux, regroupent des activités requérant
des compétences plus pointues et intensives en connaissances (conseil, ingénierie, conception,
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R&D) et qui répondent à une volonté de prise de recul sur l’activité de l’entreprise, de gestion de
problèmes complexes, d’accompagnement de la stratégie et du développement futur de l’entre-
prise, de production de connaissances nouvelles. La question du développement des services
avancés trouve un écho tout particulier dans le contexte d’une économie de la connaissance
(Foray 2004), voire d’évolution vers un capitalisme cognitif (Azaïs et al. 2001) puisque les ser-
vices avancés sont des vecteurs importants de l’innovation en tant que catalyseurs, supports et
sources d’innovation (Den Hertog 2000). De fait, la place des services avancés dans un secteur
d’activité constitue un marqueur clé de sa capacité d’adaptation aux nouvelles conditions pro-
ductives (Djellal et Gallouj 2009). Dans la plupart des études, les services avancés correspondent
aux catégories N2 (Conseil et assistance) et N4 (Recherche et développement) de la NES4.

1
Le classement en 1990 est sensiblement le même, mais la région Rhône-Alpes apparaît dans les régions
industrielles, tandis que les Pays de la Loire n’apparaissaient pas encore. Le constat est sensiblement le même si
l’on retient la part que représentent les salariés de l’industrie dans l’emploi salarié régional.
2
Il existe des débats sur le classement de certains services, tels que la maintenance de premier niveau.
3
On considère comme synonymes les expressions services avancés aux entreprises, services à forte valeur
ajoutée, services élaborés, services intensifs en connaissances.
4
Il existe vraisemblablement des interactions entre services opérationnels et services avancés, ainsi que des
stratégies spécifiques de recours à l’une ou l’autre forme de services mais cette question n’est pas l’objet de cet
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 77

1.1. Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie et des services aux entreprises dans
les régions industrielles métropolitaines françaises

De façon à caractériser l’évolution des services aux entreprises dans les régions indus-
trielles, nous avons comparé l’évolution conjointe de la part de l’industrie manufacturière
et des services aux entreprises dans la valeur ajoutée régionale pour les onze régions
industrielles précédemment identifiées.

Figure 1 : Evolution de la part de l’industrie et des services aux entreprises dans la valeur ajoutée
à prix courants des régions industrielles françaises de 1990 à 2009

18,00

Métropole
16,00

Nord-Pas de Calais

14,00 Pays de la Loire


Métropole
Centre Alsace
VA services aux entreprises (% de la VA régionale)

Haute Normandie
Lorraine Alsace
12,00 1990
Auvergne
2009
Picardie Franche-Comté
Haute Normandie
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Bourgogne
Centre Nord-Pas de Calais
10,00 Champagne-Ardennes Lorraine
Pays de la Loire
Bourgogne
Champagne-Ardennes
Picardie
Auvergne Franche-Comté
8,00

6,00
0,00 5,00 10,00 15,00 20,00 25,00 30,00 35,00
VA industrie (% de la VA régionale)

Source : Insee (Comptes régionaux annuels, base 2000) ; valeurs 1990-2007 définitives, 2008 semi-définitives
et 2009 provisoires.

article. Nous ferons l’hypothèse que les comportements des acteurs pour et dans ces deux catégories de services
aux entreprises ne sont pas corrélés : une analyse économétrique serait nécessaire pour confirmer cette hypothèse.
78 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

Tableau 1 : Valeur ajoutée dans les services aux entreprises, régions métropolitaines françaises,
1990-2009

Part de la Taux de
Valeur Part de la valeur
valeur ajoutée croissance
ajoutée des Valeur ajoutée ajoutée des
des services de la valeur
services aux des services aux services aux
Régions aux entreprises ajoutée dans
entreprises entreprises 2009 entreprises dans
dans la VA les services aux
1990 (millions €) la VA régionale
régionale ( %) entreprises ( %)
(millions €) ( %) 2009
1990 1990-2009

Alsace 3 294 12,45 6 139 13,42 86,34


Aquitaine 4 260 10,94 10 369 13,41 143,39
Auvergne 1 495 8,48 3 613 12,07 141,63
Basse-Normandie 1 727 9,38 3 623 11,52 109,82
Bourgogne 2 161 9,54 4 084 10,83 89,00
Bretagne 3 278 9,22 10 277 13,95 213,49
Centre 3 695 10,59 7 914 13,46 114,20
Champagne- 1 814 9,18 3 245 10,05 78,90
Ardennes
Corse 310 10,25 694 10,57 124,00
Franche-Comté 1 318 8,66 2 899 11,44 120,00
Haute-Normandie 2 916 11,37 5 506 12,57 88,80
Ile-de-France 53 201 20,32 121 744 24,44 128,84
Languedoc- 3 317 12,55 7 106 13,01 114,23
Roussillon
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Limousin 829 8,78 1 624 10,28 95,79
Lorraine 3 134 10,16 6 140 12,28 95,92
Midi-Pyrénées 4 429 13,17 11 077 16,04 150,12
Nord — Pas-de- 5 240 10,63 13 336 15,26 154,52
Calais
Pays de la Loire 4 012 9,70 12 040 14,19 200,10
Picardie 2 145 8,78 4 550 11,53 112,08
Poitou-Charentes 1 734 8,51 3 916 10,24 125,80
Provence-Alpes- 8 381 13,36 17 149 13,77 104,62
Côte d’Azur
Rhône-Alpes 11 827 13,60 25 526 15,56 115,83
Province 71 316 11,08 160 827 13,51 125,51
France 124 517 13,75 282 571 16,73 126,93
métropolitaine

Source : Insee (Comptes régionaux annuels, base 2000) ; valeurs 1990-2007 définitives, 2008 semi-définitives
et 2009 provisoires. Calculs des auteures.
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 79

Une tendance, bien connue, est partagée par toutes ces régions, à savoir que la part de
l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée régionale diminue sur la période consi-
dérée, tandis que la contribution des services aux entreprises à la valeur ajoutée régionale
augmente. Si en 2009 la part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière tend à se
situer autour de 13-14 % pour la plupart des régions industrielles (à l’exception notable de
la Franche-Comté et de l’Alsace pour lesquelles cette part avoisine les 16-17 %), l’écart
type est plus élevé pour la part des services aux entreprises dans la valeur ajoutée régio-
nale. Cela contribue à définir des profils différents de régions industrielles, qui ne se
différencient pas sensiblement du comportement des autres régions métropolitaines fran-
çaises, si l’on exclut l’Ile-de-France (Tableau 1). Ainsi, le profil de la région Champagne-
Ardennes (dont la valeur ajoutée dans les services aux entreprises est de 10,05 % de
la valeur ajoutée régionale) se rapproche-t-il de celui du Poitou-Charente (10,24 %) et
celui du Nord-Pas-de-Calais (15,26 %) est-il proche de celui de la région Rhône-Alpes
(15,56 %) ou de la région Midi-Pyrénées (16,04 %).
La dynamique de développement5 des services aux entreprises semble par ailleurs plu-
tôt plus forte en moyenne dans les régions tertiaires que dans les régions industrielles :
seules trois régions, l’Auvergne, le Nord-Pas-de-Calais et les Pays de la Loire se dis-
tinguent par un taux de croissance de la valeur ajoutée produite dans le secteur des ser-
vices aux entreprises supérieur à la moyenne nationale en Province (+125,51 %) ; les
régions Nord-Pas-de-Calais et Pays de la Loire présentent d’ailleurs la part de la valeur
ajoutée régionale produite par le secteur des services aux entreprises la plus importante
des régions industrielles.

1.2. Évolution de l’emploi dans les différents services aux entreprises


dans les régions industrielles françaises

Si l’on saisit l’importance des services aux entreprises dans les régions industrielles
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à travers le prisme de l’emploi, le constat n’est guère modifié. Les statistiques de l’em-
ploi autorisent cependant une analyse plus fine, distinguant services opérationnels et
services avancés. L’Ile-de-France se situe loin devant les autres régions, concentrant
plus d’un tiers des emplois de services aux entreprises de la France métropolitaine
(Tableau 2). Cependant, si cette supériorité est évidente pour la part des services avan-
cés dans l’emploi salarié régional, l’Ile-de-France est distancée par trois régions indus-
trielles pour la part des services opérationnels : le Nord-Pas-de-Calais, les Pays de la
Loire et la Haute Normandie (Figure 2). Le Nord-Pas-de-Calais et les Pays de la Loire
apparaissent d’ailleurs dans les cinq premières régions métropolitaines pour le déve-
loppement des services aux entreprises. La seule différence significative entre régions
industrielles et autres régions françaises (hors Ile-de-France) apparaît non pas dans le
poids des services aux entreprises dans l’emploi salarié régional (sensiblement iden-
tique en moyenne) mais dans la part des services opérationnels toujours plus élevée que
celle des services avancés dans les régions industrielles. Parmi les régions tertiaires,
six présentent au contraire une part des services avancés supérieure à celle des services
opérationnels dans l’emploi salarié régional.

5
Mesurée ici par le taux de croissance de la valeur ajoutée des services aux entreprises en euros courants.
80 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

Tableau 2 : Ratios comparés de l’emploi salarié et de l’emploi dans les services aux entreprises
dans les régions métropolitaines françaises, 2007

Part emploi Part emploi Part emploi


Services aux Services
Part emploi Services avancés
entreprises régional/ opérationnels
Régions salarié régional/ régional/ emploi total régional/ emploi total
emploi total
emploi total ( %) Services
Services Services avancés ( %)
aux entreprises ( %) opérationnels ( %)

Alsace 2,96 2,56 3,07 2,18


Aquitaine 4,71 4,10 4,48 3,44
Auvergne 1,99 1,44 1,61 1,10
Basse- 2,20 1,63 1,97 1,42
Normandie
Bourgogne 2,51 1,77 2,14 1,22
Bretagne 4,81 3,98 4,40 3,33
Centre 3,91 3,44 4,03 2,90
Champagne- 2,05 1,46 1,89 1,03
Ardenne
Corse 0,40 0,25 0,20 0,19
Franche-Comté 1,78 1,41 1,81 1,01
Haute- 2,86 2,45 3,25 1,81
Normandie
Ile-de-France 22,61 32,97 24,83 41,10
Languedoc- 3,39 2,80 2,63 2,89
Roussillon
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Limousin 1,09 0,81 0,90 0,51
Lorraine 3,36 2,72 3,42 1,99
Midi-Pyrénées 4,26 4,21 3,44 4,94
Nord- 5,85 5,66 7,07 4,53
Pas-de-Calais
Pays de la Loire 5,66 5,17 6,42 4,08
Picardie 2,66 2,05 2,89 1,31
Poitou-Charentes 2,57 1,76 2,08 1,33
Provence-Alpes- 7,21 6,53 6,25 6,60
Côte ďAzur
Rhône-Alpes 9,86 9,65 9,97 9,77
Province 77,39 67,03 75,17 58,90
France 100,00 % 100,00 % 100,00 % 100,00 %
métropolitaine
Source : Insee — Estimations annuelles d’emploi au 31/12 (estimations provisoires pour ľannée 2007).
Calculs des auteures.
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 81

Figure 2 : Part de l’emploi salarié de la France métropolitaine dans les services aux entreprises,
les services opérationnels et les services avancés pour les onze régions industrielles françaises et les
onze régions tertiaires, 2007 ( %)
 
22
21
20
19
18
17
16
15
14 Services  aux
entreprises
13
12 Services
opérationnels
11
10 Services
9 avancés

8
7
6
5
4
3
2
1
0
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Régions  industrielles   Régions  tertiaires  

Source : Insee — Estimations annuelles d’emploi au 31/12 (estimations provisoires pour l’année 2007).
Calculs des auteures.

Si l’on compare le poids relatif de l’emploi dans les services aux entreprises (tous ser-
vices confondus ou décomposés en services opérationnels et avancés) dans les régions de
France métropolitaine avec le poids relatif de l’emploi salarié régional global (Tableau 2),
on rend compte de la sur ou sous-représentation des services aux entreprises dans telle ou
telle région. Sans surprise, on observe une sur-représentation des services aux entreprises
en général mais également des services opérationnels et des services avancés en Ile-de-
France. Par ailleurs, l’analyse confirme que les services opérationnels sont relativement
plus développés dans les régions industrielles (c’est le cas dans huit régions industrielles
sur onze), tout comme dans la région Rhône-Alpes. Pour les services avancés, outre la
région parisienne, seule la région Midi-Pyrénées affiche un poids relatif dans ce secteur
supérieur au poids relatif de l’emploi salarié dans l’emploi total. Au final, aucune région
82 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

industrielle, pas même le Nord-Pas-de-Calais ou les Pays de la Loire, qui apparaissaient


comme des régions porteuses pour les services aux entreprises, ne semble sur-dotée en
services avancés aux entreprises.

1.3. Enseignements d’une enquête auprès des clients de services aux entreprises dans
une région industrielle, la Franche-Comté

Des études plus approfondies des comportements et attentes des usagers en


matière de services aux entreprises ont été conduites dans différents territoires
industriels. À titre d’exemple, nous présentons ici les résultats de l’enquête menée
dans la première région industrielle de France, la Franche-Comté (INSEE Franche-
Comté-Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie 2003). Elle porte sur les
comportements des établissements (privés et publics, industriels ou de services)
franc-comtois en matière d’externalisation et d’usage des services, ainsi que sur
leurs attentes en matière de développement régional des services aux entreprises.
Trois résultats méritent d’être rapportés.
Tout d’abord, les établissements franc-comtois ont davantage recours à des presta-
taires franc-comtois qu’à des prestataires hors-région : c’est le cas, selon les services,
pour 40 % à 98 % des établissements. Cela est particulièrement vrai des services opé-
rationnels, pour lesquels les auteurs de la synthèse indiquent que « (…) le prestataire
doit être proche géographiquement » (INSEE-Chambre Régionale de Commerce et
d’Industrie 2003: 8). Pour des services plus élaborés en revanche, les clients franc-
comtois font plus facilement appel à des prestataires hors-région, principalement
situés dans la région parisienne ou dans le Rhône. Ainsi, 60 % des établissements
interrogés se fournissent hors de la région pour la veille stratégique et concurrentielle
et 57 % pour la R&D, pour bénéficier de compétences plus spécifiques. Pour le choix
d’un prestataire de services avancés, le recours à un prestataire à proximité du siège
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social (donc souvent hors région pour les grandes entreprises) est plus fréquent.
Par ailleurs, quatre motivations principales sont évoquées pour le choix de presta-
taires de services : la conformité aux besoins, le savoir-faire spécifique, la proximité et
le coût. La proximité et les coûts sont déterminants pour le nettoyage, l’immobilier et
la restauration, importants pour la sécurité, la location, le traitement des déchets. En
revanche, le savoir-faire, la conformité aux besoins voire la notoriété sont essentiels
pour le choix d’un prestataire de services avancés et la proximité physique apparaît
comme un argument moins déterminant.
Ceci dit, on peut aussi penser que les établissements franc-comtois se fournissent
peu en services avancés dans la région parce que l’offre est limitée en quantité et en
qualité. Quand les services sont disponibles, les établissements ont plus fréquemment
recours aux services en région. Ainsi, les services aux entreprises sont plus déve-
loppés dans la capitale régionale, Besançon, et les établissements situés dans cette
zone font davantage appel à ces prestataires proches géographiquement. De plus,
les clients de services aux entreprises estiment qu’en 2002 cinq besoins sont insuffi-
samment couverts dans la région, soit parce que la catégorie de services est en émer-
gence (correspondant à des besoins nouveaux), soit parce que les prestataires ne sont
pas assez nombreux ou pas assez compétents en région. Il s’agit du traitement des
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 83

déchets, de la formation continue, de la maintenance, du conseil en matière de qua-


lité, sécurité, environnement et risque, et du conseil et de la conception informatique.
Pour conclure, notre analyse statistique comparative des régions françaises indique que
globalement et malgré une diversité de situations, les services aux entreprises ne sont pas
particulièrement développés dans les régions industrielles françaises. Certes, les services
opérationnels sont plutôt bien représentés dans ces régions industrielles, mais en revanche,
on observe une sous-représentation des services avancés et une polarisation de leur dévelop-
pement dans la région parisienne ou autour de l’agglomération toulousaine principalement.
L’enquête auprès des clients de sociétés de services aux entreprises en Franche-Comté
confirme qu’au début de la décennie 2000, les établissements de la région se fournissaient
plus volontiers en services opérationnels en région et en services avancés hors-région. Ainsi
voit-on apparaître l’existence d’un ancrage territorial différencié d’une part selon la nature
de l’activité de service aux entreprises considérée et d’autre part selon la nature du lien entre
services et territoire. Ces faits stylisés sont-ils éclairés par les travaux théoriques portant sur
la localisation des services aux entreprises ? Plus généralement que nous apprennent ces
travaux sur les facteurs de localisation des services aux entreprises ?

2. Localisation des sociétés de services aux entreprises et rôle de la proximité aux sites
industriels : les apports des recherches théoriques et empiriques contemporaines

2.1. Facteurs de localisation des entreprises de services aux entreprises

Dans quelle mesure les entreprises industrielles ont-elles besoin, pour asseoir leur acti-
vité, de services aux entreprises de proximité ? La pérennisation des territoires industriels
passe-t-elle par un développement joint, une co-présence dans un même espace, des ser-
vices aux entreprises — et notamment des services avancés — ou les entreprises de ces
territoires industriels peuvent-elles prendre appui sur des services localisés en dehors de
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l’espace local, urbain voire régional ? Ces questions ne sont pas anodines, et l’enjeu de
politique publique est bien ici d’identifier la nécessité et la nature des services à dévelop-
per à proximité des entreprises industrielles pour soutenir le développement économique
d’un territoire industriel dans une perspective de spécialisation intelligente.
Depuis les années 90, de nombreuses recherches se sont intéressées à la compréhen-
sion et à l’analyse des facteurs de localisation des services aux entreprises. L’analyse
empirique met en lumière une hétérogénéité des déterminants de la localisation des ser-
vices aux entreprises selon leur nature. Ainsi, certaines activités de services aux entre-
prises sont-elles dispersées spatialement, telles que les activités financières, immobilières
ou logistiques, quand d’autres sont concentrées géographiquement, notamment dans les
métropoles, telles que les activités de R&D (Mouhoud et al. 2010). Au-delà, les travaux
de recherche montrent que la localisation des activités de services aux entreprises est
multifactorielle et résulte d’un arbitrage ou d’une combinaison entre trois grands types
de facteurs (Gallouj et al. 2006, Mouhoud et al. 2010) : les facteurs liés à l’offre, aux
ressources présentes sur un territoire donné, aux infrastructures ; les facteurs liés à la
spatialité ou l’organisation des activités dans l’espace (hiérarchie, agglomération, disper-
sion) ; les facteurs liés à la demande, à l’existence d’un marché, à la présence de clients
autorisant un échange, une transaction économique.
84 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

Nous proposons d’approfondir cette dernière catégorie de facteurs, en évaluant la nécessité


pour les sociétés de services aux entreprises d’être présentes à proximité de leurs clients, en
particulier industriels. Il est vrai que les enquêtes existantes montrent que les sociétés de ser-
vices aux entreprises servent principalement d’autres entreprises de services, voire des entre-
prises de services aux entreprises6. Cela explique que l’on observe une localisation plus forte
en moyenne des services aux entreprises dans les régions dont le profil est tertiaire. Mais
cela ne prouve nullement que les entreprises de services aux entreprises n’assurent aucune
présence auprès de leurs clients industriels quand elles en ont. Ceci d’autant plus que, dans les
années 1990, l’essor de la stratégie d’externalisation d’activités liée au recentrage sur le cœur
de métier des entreprises industrielles a fait émerger nombre de spin-off, qui naturellement
dans un premier temps se localisaient à proximité de leur principal client. Ces entreprises
ont ensuite pu avoir des stratégies propres et quitter le « giron maternel » en s’éloignant
géographiquement de la firme originelle. D’autres entreprises de services aux entreprises ont
également pu naître ex-nihilo près de clients industriels. Examiner les conclusions de la lit-
térature qui s’interroge sur les facteurs de la proximité physique entre entreprises de services
aux entreprises et clients7 permettrait de comprendre si cette proximité de circonstance est
également une proximité de nécessité ou non. Il apparaît que la littérature contemporaine
montre que le besoin de proximité physique (généralement évaluée par le biais de distances
mesurées en kilomètres ou en temps) varie selon les modalités de la production du service et
notamment selon la nature et les caractéristiques du service (Mérenne-Schoumaker et Moyart
2006). Elle distingue donc les différents facteurs qui influent positivement ou négativement
sur la contrainte de proximité aux clients mais, à notre connaissance, la littérature n’offre pas
de vision synthétique permettant de proposer une réponse à la question de la nécessité de la
proximité physique clients industriels/prestataires de services aux entreprises.

2.2. Des conclusions ambiguës sur la nécessité d’une proximité physique


client/prestataire de services aux entreprises
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L’analyse de la contrainte de proximité physique varie dans la littérature tout d’abord
selon la nature des services étudiés. Services opérationnels et services avancés ne présen-
tent pas le même profil eu égard à la contrainte de proximité. Si la contrainte de proxi-
mité physique avec le client industriel est prioritaire pour les services opérationnels, elle
varie en fonction de différents paramètres pour les services avancés, notamment selon le
contenu en savoir incorporé dans la relation ou selon les facteurs d’environnement.

2.2.1. Les services opérationnels et les services avancés aux entreprises face à la
proximité physique
La nécessité d’une proximité physique avec le client apparaît très clairement pour la plu-
part des services opérationnels traditionnels (maintenance, nettoyage, entretien des espaces

6
Le tableau des entrées intermédiaires produit par la comptabilité nationale pour l’économie française en
2009 montre que l’industrie (toutes branches confondues, hors énergie) n’utilise qu’environ 20 % de la valeur
produite par les sociétés de services aux entreprises (calculs des auteures).
7
La littérature ne distingue pas à notre connaissance les clients des sociétés de services aux entreprises selon
leur nature, tertiaire ou industrielle. Nous ne retiendrons pas dans les développements suivants les conclusions
qui ne peuvent s’appliquer à des clients industriels.
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 85

verts, gestion des déchets…). En effet, cette catégorie de services sert d’abord un marché
local voire régional. Les facteurs de proximité physique au client sont ici fondamentaux et
plusieurs éléments permettent de le justifier : nécessité de réactivité, fréquence des interac-
tions pour la réalisation de la prestation, déplacement du prestataire chez le client pour réali-
ser la prestation, moindres coûts, partage des mêmes références locales, réduction du risque
lié à l’achat du service par l’effet de réputation… Par ailleurs, certains auteurs soulignent
que le développement de ces services opérationnels renvoie au processus bien connu d’ex-
ternalisation (Rajan 1987) et se trouve donc pour partie lié à l’évolution organisationnelle de
la base industrielle. De fait, ils se localisent assez naturellement à proximité des entreprises
qui leur ont donné naissance et qui les utilisent, voire parfois les contrôlent.
Pour autant, certains services opérationnels non traditionnels, que Mouhoud et
Jennequin (2010) désignent comme « services informationnels associés à la fonction sup-
port » (tels que la maintenance informatique8 ou les centres d’appels), ne nécessitent pas
de proximité physique immédiate avec le client et peuvent être réalisés à distance. Les
auteurs affirment que les deux autres facteurs de localisation des activités de services
(accès aux ressources et économies d’agglomération) ne jouent pas davantage et que ces
services sont volatils, leur localisation étant influencée surtout par les coûts. Ces deux
logiques de localisation des services opérationnels concourent à une large dispersion géo-
graphique de ce genre de services (Zuliani 2004).
En revanche, la problématique de la localisation des services avancés s’avère nettement
plus complexe et requiert une analyse multifactorielle. Nous nous focalisons maintenant
sur l’intérêt pour les fournisseurs de ces services d’être à proximité de leurs clients indus-
triels et pour les firmes clientes de pouvoir disposer de tels services localement. Pour le
dire autrement, nous examinons les facteurs qui, dans la littérature, rendent nécessaire la
proximité physique client/fournisseur de services avancés et les facteurs qui contribuent
à assouplir cette contrainte. Notons tout d’abord que la littérature a connu une évolution
relative à l’importance de la proximité aux clients dans la localisation des services avan-
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cés, en arguant que l’émergence et la diffusion des technologies de l’information et de la
communication (NTIC) contribuent à distendre l’impératif de proximité physique pour
les entreprises de services avancés (Illeris 1989, 1996, Hitchens et  al. 1996, Antonelli
1999, Aguilera et Lethiais 2011). Pourtant l’impact des NTIC reste ambigu et des travaux
plus récents ont tenté de montrer la nécessité d’une analyse plus fine distinguant les ser-
vices avancés selon leur nature et leur contenu en savoir.

2.2.2. Contenu en savoir de la relation de service : vers une relativisation de la


nécessité de proximité physique
Les services avancés jouent un rôle majeur dans la création, le transfert et la diffusion
du savoir entre firmes (Antonelli 1999, Miles et al. 1995, Simmie et Strambach 2006).
À l’instar des services opérationnels, la proximité aux clients est l’un des facteurs expli-
quant la localisation des services avancés compte tenu de la nature des savoirs mobilisés
(Daniels 1993, Wood 1997, Bennett et al. 1999). Selon Mouhoud et al. (2010), les ser-

8
Il existe des débats relatifs au classement de la maintenance informatique en « services opérationnels » ou
en « services avancés » (comme le fait la NES) dans la mesure où la maintenance informatique recouvre des
services différenciés, plus ou moins intensifs en connaissances.
86 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

vices avancés ou services cognitifs et d’investissements immatériels sont des services


très ancrés territorialement car non seulement ils mobilisent des ressources immatérielles
spécifiques, mais ils s’appuient également sur l’obtention d’économie d’agglomération
et sur un besoin de proximité client/prestataire fort en phase de co-production du service.
L’approche cognitive du contenu de la relation de service repose sur une reconnais-
sance de la nature plus ou moins tacite ou codifiée du savoir créé. Elle constitue un élé-
ment essentiel pour expliquer la nécessité d’une proximité physique entre les entreprises.
Muller et Doloreux (2009) distinguent une vision traditionnelle des services avancés
comme transférant de manière unidirectionnelle de l’information spécialisée à leurs
clients, d’une approche contemporaine de la co-production du savoir entre services avan-
cés et entreprises clientes. La co-production de savoirs avec leurs clients est favorisée par
la proximité physique (Garcia Velasco 2005). Cette co-production conduit de fait à poser
la question de la co-localisation : les connaissances dont il s’agit sont certes codifiées
pour partie mais elles restent pour l’essentiel tacites, notamment pour ce qui concerne leur
processus d’appropriation. Comme le rappellent Maskell et al. (1998), Asheim (1999),
Roberts et al. (2000), Foray (2007), le savoir codifié ne peut être transféré efficacement
que combiné à du savoir tacite. Cet élément tacite de la connaissance co-produite rend
donc nécessaire la proximité physique, la relation de face-à-face entre client et prestataire.
Cette approche cognitive de la relation de service entre en résonance avec une autre
tradition de recherche : celle de l’analyse stratégique qui attire, quant à elle, l’attention
sur le rôle joué par la stratégie de l’entreprise et son modèle économique. Trois postures
stratégiques ont été identifiées (Hansen et al. 1999, Landry et al. 2008). Une stratégie
d’échange de savoirs principalement codifiés (stratégie de codification ou de standardisa-
tion), une stratégie d’échange de savoirs principalement tacites (stratégie de personnali-
sation ou d’individualisation) et une stratégie complémentaire mixte. Les stratégies per-
sonnalisées ou d’individualisation requièrent une forte proximité physique. À l’opposé,
les stratégies de codification ou d’adaptation de savoirs codifiés tendent à desserrer la
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contrainte de co-localisation grâce à un processus de standardisation du service et de
duplication de l’offre. Quant aux stratégies mixtes, elles sont dans une position intermé-
diaire. Le choix de localisation pour ces entreprises et pour celles qui adoptent des stra-
tégies de codification va être le résultat d’un arbitrage entre des facteurs qui concourent
à éloigner l’entreprise de son client (présence d’autres clients distants, recherche d’exter-
nalités de connaissances, accès à des fonctions métropolitaines supérieures, etc.) et des
facteurs qui favorisent une proximité physique (fréquence des affaires, importance du
client dans le portefeuille de l’entreprise, coûts et difficultés de transport, etc.).
La relativisation de la nécessité de la proximité physique dans la production de savoirs
qu’opère l’approche stratégique est relayée par le courant évolutionniste de la création de
connaissances et de l’innovation. Les auteurs de cette tradition montrent que le modèle
« tacite=local » versus « codifié=global » est trop simpliste et qu’on peut notamment
échanger du savoir tacite entre partenaires distants (Bathelt et  al. 2004). Les espaces
de la création de savoirs ne sont pas bornés par les espaces physiques : « (…) we define
spaces of knowledge as organized spaces of varied length, shape, and duration, in which
knowing, depending on circumstances can involve all manner of spatial mobilizations
(…)  » (Amin et Cohendet 2004: 12). Des dispositifs existent qui apparaissent comme
des substituts efficaces à la proximité physique, tels que les routines établies par les com-
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 87

munautés de pratiques ou les « clusters temporaires » (Maskell et  al. 2005) ou encore
les réseaux « trans-locaux ». Ces dispositifs supportent la construction d’une proximité
organisationnelle ou relationnelle qui peut s’avérer supérieure à la proximité physique
pour la production, l’identification, l’appropriation et la circulation du savoir tacite (Allen
2000, Amin 2000, Amin et Cohendet 2004, Asheim et Gertler 2005, Maskell et al. 2005).
Enfin, une analyse plus fine du cycle de la production du service et l’introduction de
la dimension temporelle de ce processus met en lumière une variation de la contrainte de
proximité au client en fonction de la maturation de la production du service (Muller et
Zenker 2001) ou encore selon le stade de développement des services (Koch et Stahlecker
2006). Par exemple, pour des activités de services intensives en connaissances, les phases
amont du cycle de l’innovation, plus risquées, plus incertaines requièrent davantage de
proximité physique que les phases aval, plus structurées. Ainsi, dans les activités de R&D,
qui en sont l’archétype, les besoins de proximité physique ne seront pas aussi fortement
marqués en phase de développement qu’en phase de recherche : « la proximité est un
critère primordial pour le déploiement de la recherche et bien moindre pour le déve-
loppement des produits. Il en résulte un ancrage sur le territoire plus important pour la
recherche que pour le développement » (Mouhoud et al. 2010: 45).

2.2.3. Influence des variables propres au contexte et existence de formes alternatives


de proximité
La nature du savoir incorporé dans la relation de service influe sur la contrainte de
proximité. Cependant d’autres facteurs, périphériques relativement au contenu de la
prestation de service et que l’on peut considérer comme des facteurs d’environnement,
impactent également la contrainte de proximité physique client/prestataire pour la fourni-
ture de services aux entreprises. Les études portant sur ces autres facteurs ne mettent plus
en avant le choix de localisation par le prestataire de services, mais adoptent une approche
centrée sur le client qui sélectionne le prestataire, proche ou distant. L’imperfection du
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marché, le réseau de relations sociales, le coût (Bryson 1997, Beyers et Lindahl 1996,
Bryson et  al. 2004), mais également la « proximité sociale » des partenaires (apparte-
nance à un même réseau de relations) ou même la « fibre patriotique » (Rusten et  al.
2005) peuvent être de puissants vecteurs de proximité physique. En particulier, plusieurs
études montrent que les PME recourent principalement, pour ces différentes raisons, à des
fournisseurs de services avancés locaux (Monnoyer et Philippe 1985, Bryson et Daniels
1998, Rusten 2000). À l’inverse, pour échapper au contexte local, certaines entreprises
choisiront volontairement des formes distantes de savoir ou d’expertise (« dislocated
knowledge ») comme le montre l’étude de Rusten et al. (2005) portant sur l’importance
de la géographie dans les relations entre clients et entreprises de consultance en Norvège.
C’est le cas par exemple d’une firme qui souhaite bénéficier d’une expertise extérieure
à la communauté locale, censée ouvrir de nouveaux horizons, ou pour accompagner des
décisions difficiles (plans sociaux). Notons que même quand le besoin de proximité phy-
sique est avéré, celui-ci n’implique pas nécessairement l’implantation d’une unité près du
client. Il existe des formes alternatives à la co-localisation ou temporaires de proximité,
telles que le détachement d’un salarié d’une firme de services aux entreprises chez son
client (Hyypiä et Kautonen 2005), phénomène particulièrement fréquent dans les sociétés
de services en ingénierie informatique.
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Par ailleurs, la littérature en termes de dynamiques de proximités offre un éclairage


essentiel sur le concept de proximité pour dépasser l’opposition proximité physique/
distance physique, appréhendée à travers une mesure euclidienne. Ce courant propose
une analyse renouvelée de la proximité physique ou géographique et montre qu’elle
renvoie à la distance itinéraire, fonctionnellement exprimée en coût et/ou temps (Rallet
2000). Loin de se réduire à une simple métrique, la proximité physique/géographique
renvoie à la notion d’espace géonomique de Perroux. En d’autres termes, la référence
aux contraintes naturelles et physiques, clairement inscrites dans sa définition, n’épuise
pas son contenu, qui comprend également des aspects de construit social tels que les
infrastructures de transport qui modifient les temps d’accès ou encore les moyens finan-
ciers permettant l’utilisation de certaines technologies de communication. Ainsi, deux
entreprises qui, compte tenu de l’état des moyens de transport et des infrastructures,
peuvent se rencontrer physiquement et échanger à un coût faible et/ou rapidement,
seront considérées comme proches.
Au-delà de cette densification du concept de proximité physique/géographique, l’éco-
nomie de la proximité soutient que les interactions entre acteurs sont davantage portées
par une proximité organisationnelle et/ou institutionnelle que par la proximité géogra-
phique. Fondée sur la logique de l’appartenance (c’est-à-dire sur des règles et des codes
de conduite partagés) et/ou sur la logique de la similarité (c’est-à-dire sur des systèmes
de représentations partagées), la proximité organisationnelle et/ou institutionnelle est,
d’après Torre et Rallet (2005), le seul moyen de faire interagir des partenaires quelle que
soit leur localisation. La proximité physique/géographique peut, dans cette configura-
tion, renforcer la proximité organisationnelle/institutionnelle (Hyypiä et Kautonen 2005)
mais la proximité physique/géographique, seule, peut s’avérer inopérante. En cela, cette
approche est cohérente avec les affirmations du courant évolutionniste de l’innovation
développées ci-dessus. Reste à examiner l’origine de cette proximité organisationnelle/
institutionnelle. Pour des entreprises qui opèrent dans des secteurs différents (industrie,
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services aux entreprises), qui n’appartiennent pas à la même organisation ou au même
réseau, elle n’est pas donnée a priori, mais à construire. Dans ce cas, des interactions
fréquentes, fondées au moins provisoirement sur une proximité physique, peuvent être
requises. La proximité physique et les autres formes de proximité apparaissent donc plus
complémentaires qu’alternatives dans la création de connaissances au sein de la relation
de service. Cette complémentarité peut se concevoir pour une même relation client/pres-
tataire de services dans le temps (proximité physique qui sous-tend la génération d’une
proximité organisationnelle et/ou institutionnelle ultérieure susceptible de distendre au
moins partiellement l’impératif de proximité physique) ; elle peut s’entendre également
dans l’espace. Pour le dire autrement, le recours à un prestataire de services proche n’est
pas exclusif de relations avec d’autres prestataires de services distants. La littérature por-
tant sur la création de connaissances au sein des clusters montre même que les interac-
tions locales et globales sont complémentaires : le système local de création de connais-
sances se nourrit et est une condition de l’absorption de connaissances externes, élément
de sa survie (Bell et Albu 1999, Bathelt et al. 2004, Giuliani 2005, Glücker 2007)9.

9
Bathelt et al. (2004) développent la nécessité de combiner un milieu local dense (local buzz) et des sources
distantes de savoirs (global pipelines). Glücker (2007) insiste sur la nécessité d’ouvrir les clusters (global brid-
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En résumé, cette revue de la littérature nous permet d’éclairer la territorialité du lien


entre prestataires de services aux entreprises et clients (notamment industriels) de ces
services. Loin d’aboutir à des conclusions tranchées, elle montre que la question de la
proximité physique dans les relations clients/prestataires de services aux entreprises
s’avère complexe. La proximité physique est essentielle pour la plupart des services aux
entreprises opérationnels. Pour les services avancés, la conclusion est plus ambiguë :
la contrainte de proximité physique ne dépend pas de manière univoque du contenu en
savoir incorporé dans la relation et des facteurs d’environnement (imperfections du mar-
ché, coût, facteurs relationnels et sociaux), qui peuvent jouer, selon les circonstances, de
manière différenciée. La proximité physique est elle-même plus subtile à appréhender
qu’il n’y paraît : elle n’est pas donnée par les contraintes topographiques mais construite,
donc évolutive. Enfin, et c’est là la conclusion la plus saillante de ce travail, envisager la
proximité physique entre prestataires de services aux entreprises et clients utilisateurs
de ces services comme alternative à la relation distante est une manière erronée de poser
le problème. Que l’on se place du point de vue des entreprises utilisatrices ou des terri-
toires — notamment industriels qui cherchent à assurer leur survie — maintenir/attirer
des prestataires de services aux entreprises localement est une condition pour capter des
ressources distantes/externes au territoire. Dans cette perspective, l’existence de terri-
toires tertiaires ne saurait être considérée comme une menace par les territoires industriels
(en tant que territoires plus dynamiques, captant ressources et activités et les condamnant
à disparaître à moyen terme), mais comme une ressource potentielle ; l’enjeu serait alors
de développer la capacité d’absorber les connaissances issues de ces territoires tertiaires
pour asseoir les territoires industriels. Dans ce cas, il s’agit de repérer et d’attirer ou de
renforcer les acteurs susceptibles de construire des ponts avec les autres territoires pour
pérenniser les territoires industriels : comme le dit Malecki (2000: 431), « some places
are able to create, attract, and keep economic activity (…) because people in those places
“make connections” with other places ». Ce rôle pourrait vraisemblablement être joué
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par des entreprises de services aux entreprises, plus mobiles que les entreprises indus-
trielles et capables de développer des relations avec de multiples territoires sous des
formes pérennes ou transitoires de localisation.

3 Développement des services avancés aux entreprises dans les territoires industriels :
enseignements de l’analyse de la filière automobile en Franche-Comté

Les territoires industriels sont des territoires particuliers dont le caractère industriel a
souvent été construit historiquement par les acteurs, en prenant, le cas échéant, appui sur
des spécificités naturelles (présence d’une matière première, d’une voie de communica-
tion fluviale…). Nous examinons ici de façon plus précise le cas de la Franche-Comté
qui compte parmi les territoires les plus industrialisés de France, mais également parmi
les territoires métropolitains en perte de vitesse au regard de l’évolution du PIB régional
depuis le début des années 2000 : la région souffre de sa spécialisation sectorielle dans
l’industrie automobile et les biens intermédiaires, secteurs marqués par la stagnation ou
le recul de la valeur ajoutée depuis 2004 (INSEE-FC 2010b). Dans cette région, l’acti-

ging, local bridging, local brokering, mobile brokering).


90 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

vité industrielle alimente 26,9 % des emplois hors intérim (2005) contre 16,4 % pour
la France métropolitaine. L’industrie automobile, très concentrée autour de la zone de
Sochaux – Montbéliard représente 25 % de l’emploi industriel de la région (hors intérim).
Par ailleurs, contrairement aux territoires limitrophes tels que l’Alsace, la Bourgogne ou
Rhône-Alpes, la Franche-Comté est longtemps restée un territoire enclavé dans lequel les
contraintes des proximités physiques s'expriment aujourd'hui de façon spécifique.
La structure industrielle de la Franche-Comté ne semble pas prédisposer cette région au
développement des services aux entreprises. C’est ce que mettent en avant Léo et Philippe
(2006) qui constatent une sous représentation des services avancés de conseil, études et
de recherche sur la période 1982-1999. Selon ces auteurs, l’amorce récente d’une conver-
sion de la région vers les services aux entreprises semble surtout résulter de l’exploitation
d’opportunités locales de marché offertes par un secteur industriel important, car la capitale
régionale, Besançon, peine à enclencher et à porter le processus de développement tertiaire.
Cette analyse, qui s’inspire du modèle de la base économique, les conduit à préconiser le
renforcement de la capitale régionale et à jouer sur l’effet métropolitain afin de favoriser le
développement des services aux entreprises, notamment les plus intensifs en connaissances.
Malgré un processus de rattrapage sur la période 1989-2005 (+ 73,8 %, INSEE-FC 2009),
la Franche-Comté reste aujourd’hui encore une région sous-dotée en entreprises de services
aux entreprises. Ce faisant, il nous semble que cette analyse purement sectorielle néglige
la capacité du secteur industriel à faire évoluer ses structures productives et à impulser une
dynamique nouvelle de services aux entreprises au sein de la filière.
Afin de cerner ce phénomène en Franche-Comté, nous proposons d’étudier la loca-
lisation des entreprises de services avancés œuvrant comme prestataires des entreprises
de l’industrie automobile. Nous nous focalisons ici sur les services intensifs en connais-
sances, car comme le montre la littérature ci-dessus, la logique de localisation des ser-
vices opérationnels est mieux connue. La majorité des entreprises franc-comtoises de la
filière automobile a été recensée par le Pôle de compétitivité Véhicule du Futur (Hamza
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et al. 2011) et rendue accessible dans une base de données réactualisée périodiquement.
Rappelons que la vocation des pôles de compétitivité, instaurés par la circulaire gouver-
nementale de novembre 2004, est d’organiser un réseau territorialisé d’acteurs hétéro-
gènes travaillant sur des projets communs d’innovation, afin de soutenir le développement
de la compétitivité de l’économie française. Les services aux entreprises recensés dans
cette base de données sont ceux développés par des entreprises présentant un potentiel de
contribution aux projets de R&D et d’innovation du pôle : il s’agit donc de sociétés de
services avancés ou services intensifs en connaissances.
Selon ces données, la filière automobile et transports de Franche-Comté regroupe 498
entreprises industrielles et 111 sociétés de services aux entreprises (Tableau 3). À titre de
comparaison, en Alsace, autre région automobile membre du pôle VdF10, la filière automo-
bile regroupe 278 entreprises et la proportion d’entreprises de services avancés est légère-
ment supérieure puisqu’elle s’établit à 22 % des entreprises (contre 18 % pour la Franche-
Comté). On retrouve là une tendance plus globale, la région Alsace étant une région plus

10
Le Pôle de compétitivité Véhicule du Futur (VdF) se déploie sur deux régions, Alsace et Franche-Comté.
La vocation de cet article n’étant pas comparative mais analytique, nous ciblons notre analyse sur les entreprises
présentes uniquement sur le territoire franc-comtois.
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 91

servicielle que la Franche-Comté, puisqu’en 2007, les services aux entreprises alimentent
13,42 % de la valeur ajoutée régionale, contre 11,44 % en Franche-Comté (Tableau 1).
Les entreprises franc-comtoises de cette filière sont très majoritairement, à 95 %,
des petites et moyennes entreprises (PE et EM) qui s’organisent autour des grands
groupes industriels, constructeurs et équipementiers (Tableau 4). Conformément aux
données nationales, les établissements de services avancés aux entreprises se com-
posent d’une proportion élevée (62 % des 111 entreprises de services avancés) de
petites entreprises (moins de 20 salariés) et une proportion moyenne (36 %) d’éta-
blissements de taille moyenne (EM — déclarant moins de 249 salariés). Les éta-
blissements de taille intermédiaire (ETI) sont très rares et les grandes entreprises
(GE) inexistantes dans ce secteur d’activité. Concernant l’activité industrielle, la dis-
tribution des établissements est différente puisque l’essentiel des entreprises est de
taille moyenne (62 %) ou petite (32 %). Les établissements de taille intermédiaire y
sont davantage présents (4 %) et les grandes entreprises représentent près de 2 % des
entreprises industrielles de la filière.

Tableau 3 : Répartition du nombre d’entreprises de la filière automobile par type et département


franc-comtois
Territoire
Doubs (25) Jura (39) Haute-Saône (70) Total
de Belfort (90)
Entreprises 267 120 56 55 498
industrielles
54 % 24 % 11 % 11 100 %
Entreprises
de services 71 11 6 23 111
avancés aux
entreprises
64 % 10 % 5 % 21 % 100 %
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Total 338 131 62 78 609
55,5 % 21,5 % 10 % 13 % 100 %
Source : base pôle VdF2010-calcul des auteures

Les sociétés de services avancés aux entreprises de la filière automobile relèvent


avant tout du domaine de l’ingénierie et des études techniques (Tableau 5). En
effet, 75 % des établissements de services avancés sont des services d’ingénierie et
d’études techniques. Ils regroupaient en 2005, 3 073 salariés, soit 10,7 % de l’effectif
salarié franc-comtois, alors que cette catégorie représente 6,7 % de l’effectif salarié
au niveau national11. La R&D privée est l’activité principale de 2 % des sociétés de
services avancés et comptabilisait 302 salariés en 2005. Les autres activités, logiciels,
conseils informatiques (782 salariés en 2005) d’une part, activités juridiques, comp-
tables (2255 salariés en 2005) d’autre part, représentent chacune à peine 10 % des
entreprises des services avancés localisées en région. La forte présence d’entreprises
prestataires d’études techniques et d’ingénierie réalisant essentiellement des activi-
tés de conception, de bureau d’études et la faible présence d’entreprises de R&D

11
Chiffres INSEE-CLAP 2005.
92 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

soulignent le caractère appliqué de la recherche et du développement technologique


réalisé dans la région, mais aussi le rôle de l’industrie comme client de ces entre-
prises. Notons que certaines de ces entreprises de services avancés ont été créées
par un processus d’externalisation des grands groupes ou par spin-off. Dans l’indus-
trie automobile, comme dans d’autres industries, la recherche plus fondamentale se
déploie davantage au niveau des sièges sociaux, lieux par excellence de décisions
stratégiques. La recherche sur les sites de production revêt davantage un caractère
appliqué voire technologique. Or la Franche-Comté fait partie des régions très fai-
blement dotées en sièges sociaux, comme le rappelle la dernière édition de Visage
Industriel (INSEE-FC 2009) : en 2004, 61 % des emplois industriels dépendent de
sièges sociaux localisés hors de la région ; ceci est particulièrement vrai pour les 20
plus grands établissements de la région dont le siège social se trouve à l’extérieur de
la région ; quant à l’industrie automobile, presque la totalité des centres de décisions
sont situés en Ile-de-France.

Tableau 5 : Répartition des entreprises de services avancés aux entreprises, servant l’industrie
automobile, par département de localisation
Territoire
Haute-Saône
Doubs (25) Jura (39) de Belfort Total
(70) (90)
Ingénierie, 54 13 2 18 72
études techniques
Réalisation
de logiciels, 7 1 0 2 10
conseil en systèmes
informatiques
Activités juridiques,
comptable et conseil 8 0 1 1 10
de gestion
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Recherche 1 0 0 1 2
et développement
Autres 2
(divers, publicité)
Total 72 14 3 28 96(*)
Source : base pôle VdF2010-calcul des auteures
(*) le nombre total d’entreprises est ici inférieur à 111 du fait de la non-affection de code NAF pour certaines
d’entre elles.

 % 75 % 14,5 % 3 % 29 % 100 %

Concernant la répartition géographique des entreprises, on observe que les 609 entre-
prises franc-comtoises de la filière automobile se répartissent sur 239 communes de
la région (Tableau 6). Sur les 239 communes répertoriées, pratiquement 79 % abritent
uniquement des entreprises industrielles de la filière et à peine 8 % des communes ont
uniquement des sociétés de services avancés, ce qui confirme le caractère éminemment
industriel du territoire. Les communes servicielles sont des communes de petite taille,
dispersées sur tout le territoire (8 dans le Doubs, 6 dans le Jura, 2 en Haute-Saône et 3
dans le Territoire de Belfort). Seulement 13 % des communes présentent une co-loca-
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 93

lisation d’entreprises industrielles et de services avancés de la filière automobile12. Le


département du Doubs regroupe à lui seul plus de la moitié (55 %) des entreprises de la
filière automobile (Tableau 3), mais il est important de noter que celles-ci se localisent
fortement au nord-est du département autour de Sochaux et Montbéliard, à proximité du
Territoire de Belfort. Au-delà des frontières administratives, on voit là se constituer un
territoire industriel automobile (Picard et Rodet-Kroichvili 2004) qui trouve des prolon-
gements en sud Alsace avec la présence à Mulhouse du deuxième site de production de
PSA. Viennent ensuite le Jura avec 21,5 % des entreprises, le Territoire de Belfort avec
12,8 % et la Haute-Saône (10 %).

Tableau 6 : Nombre de communes par départements franc-comtois abritant une activité industrielle ou
de service liée à l’industrie automobile
Territoire
Haute-Saône
Doubs (25) Jura (39) de Belfort Total
(70) (90)
Nombre de 112 62 34 31 239
communes
47 % 26 % 14 % 13 % 100 %
Nombre
d’habitants 525 276 261 277 239 194 142 461 1 168 208
(recensement
2009)
 % 45 % 22,3 % 20,5 % 12 % 100 %
Source : base pôle VdF2010-calcul des auteures

L’analyse de la localisation (carte 1) des entreprises industrielles de la filière automo-


bile met en évidence la présence de deux centres d’activités principaux, l’un au nord-est
de la région, à proximité des villes de Belfort, Montbéliard, Sochaux, l’autre autour de la
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capitale régionale, Besançon (au centre). Le sud de la région est également marqué par
la présence de plusieurs entreprises industrielles autour de la ville de Saint-Claude dans
le Jura. Mis à part le département de la Haute Saône (nord ouest) relativement déserti-
fié, on observe une dispersion des entreprises industrielles de la filière automobile sur
l’ensemble du territoire.

12
Notons que, compte tenu de la configuration du territoire, de la superficie des communes, le niveau com-
munal est probablement trop fin pour appréhender la proximité de localisation des entreprises.
94 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

Carte 1 : Localisation des entreprises industrielles relevant de la filière automobile franc-comtoise13
  LORRAINE  
CHAMPAGNE-­‐ ALSACE  
ARDENNES  
Lure  (70)  
Vesoul  (70)  
Belfort  (90)  
 

Montbéliard  (25)  
Gray  (70)   Sochaux  (25)  

Besançon  (25)  

Dole  (39)  
Pontarlier  (25)  
BOURGOGNE   SUISSE  

Lons  le  Saunier  (39)  

St-­‐Claude  (39)  

RHONE-­‐ALPES  

Source : base pôle VdF2010-calcul des auteures

Le poids relatif des entreprises de services avancés (Tableau 3) apparaît plus élevé
dans le Territoire de Belfort où les entreprises de services avancés représentent 29,5 %
des entreprises de la filière automobile – on se retrouve ici dans la moyenne nationale.
Vient ensuite le Doubs qui compte sur son territoire 21 % des entreprises servant la
filière automobile dans les services avancés. Les départements les plus ruraux restent
quant à eux essentiellement dédiés à l’industrie, les services avancés aux entreprises
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représentant moins de 10 % des entreprises de la filière. Comme le montre la carte
2, ces sociétés de services se localisent à proximité des pôles d’entreprises indus-
trielles, dans les villes de Belfort, Montbéliard et Besançon. Cela étant, si les sociétés
d’ingénierie et d’études techniques sont particulièrement présentes dans le nord-est
de la région, on note que les services avancés de type tertiaires (activités juridiques,
comptables, conseils) sont bien représentés dans la capitale régionale. Malgré l’ab-
sence de données statistiques relatives aux liens qu’entretiennent les acteurs sur ce
territoire, on peut faire l’hypothèse que cette localisation des entreprises de services
avancés à proximité des entreprises industrielles renvoie à une logique de localisation
à proximité des clients, voire découle d’une proximité organisationnelle qui a donné
naissance à la société de service suite à l’externalisation de l’activité au niveau de
l’entreprise industrielle. En définitive, cette tendance à la localisation des sociétés
prestataires de services avancés près de leurs clients peut s’expliquer comme nous
l’avons vu dans la littérature, par un besoin de proximité physique lié à la nature des
activités réalisées, dont le caractère innovant prédomine.

13
Chaque point représente une commune abritant une ou plusieurs entreprises industrielles ; le diamètre des
points est proportionnel au nombre d’entreprises représentées pour cette catégorie.
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 95

Carte 2 : Localisation des sociétés de services avancés aux entreprises relevant de la filière
automobile franc-comtoise
  LORRAINE  
CHAMPAGNE-­‐ ALSACE  
ARDENNES  
Vesoul  (70)  
Belfort  (90)  
 

Montbéliard  (25)  
Gray  (70)   Sochaux  (25)  

Besançon  (25)    

Dole  (39)  

BOURGOGNE   SUISSE  

Lons  le  Saunier  (39)    

RHONE-­‐ALPES  

L’analyse proximiste des activités déployées sur un territoire ne peut se limiter, comme
nous l’avons vu, à la seule nécessité d’une présence physique d’organisations mais
requiert d’approfondir l’analyse en termes de fonctions ou métiers présents sur le terri-
toire, au sein même de ces organisations (proximité organisationnelle / institutionnelle).
Il devient alors possible de tenir compte de la nature de plus en plus intensive en connais-
sances, voire plus servicielle des activités réalisées dans l’industrie automobile. Une
récente étude de l’INSEE Franche-Comté (INSEE-FC 2010a) sur les fonctions recherche
et conception, montre que la Franche-Comté, avec 11 000 emplois dans les fonctions
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conception-recherche, se positionne au cinquième rang des régions métropolitaines pour
le nombre d’emplois tournés vers la conception et la recherche en 2006. De même, partant
des données du recensement, Barret et al. (2010) montrent le développement et la forte
présence de ce métier dans les grandes agglomérations françaises et notent que les villes
de Belfort (sites d’Alstom et de General Electric) et de Montbéliard (site de PSA), villes
de dimension modeste, occupent une position tout à fait spécifique, et de premier plan,
dans ce paysage. Les fonctions recherche-conception y sont très largement représentées.
La proximité des entreprises de services avancés près de leurs clients industriels cor-
respond également à une proximité organisationnelle/institutionnelle. Elle résulte à la
fois du mode de création de ces entreprises de services avancés, pour la plupart fruit de
processus d’externalisation des entreprises industrielles, et de la présence de personnels
externes dans les entreprises industrielles, personnels mis en régie par les sociétés des ser-
vices. Le développement d’activités tertiaires, notamment de recherche, de conception,
d’études techniques mais aussi de conseil en informatique au sein même de l’industrie,
apparaît comme un puissant levier d’attractivité des entreprises de services avancés, mais
aussi comme le socle nécessaire de compétences pour le repérage et l’absorption/hybri-
dation de connaissances produites ailleurs. Le développement des fonctions/métiers de
services avancés dans l’industrie peut, en outre, constituer un levier de changement et
96 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

favoriser à terme l’installation d’un nombre croissant d’entreprises de services avancés,


capables de servir une base industrielle locale mais aussi nationale voire internationale.
Ceci confirme les résultats des théories de l’innovation qui indiquent que la redynami-
sation de l’industrie passe par l’innovation, donc par le développement d’activités de
conception et de recherche, dans et hors des firmes industrielles. L’enjeu pour le territoire
est de se positionner en amont du cycle de vie de l’innovation, là où le besoin d’une pré-
sence physique des prestataires de R&D et d’innovation est la plus forte.

Conclusion

Adoptant la thèse selon laquelle industrie et services participent de concert au


dynamisme économique des territoires, nous avons cherché à analyser la territorialité
du lien entre industrie et services aux entreprises en évaluant la situation des terri-
toires industriels en matière de développement de services et notamment des services
les mieux à même de soutenir l’industrie, à savoir les services aux entreprises. Nous
avons tout d’abord constaté, à travers une analyse statistique comparative des régions
métropolitaines françaises — dont les résultats sont proches des conclusions d’une
enquête conduite par l’INSEE Franche-Comté et la CRCI (2003) sur les compor-
tements et attentes des clients de sociétés de services aux entreprises en Franche-
Comté – que les territoires industriels français sont relativement bien dotés en ser-
vices opérationnels mais pauvres en services avancés. La question s’est donc posée
de la nécessité de la co-présence sur un même territoire des clients et des prestataires
pour qu’une dynamique vertueuse de croissance s’enclenche entre ces activités. Une
revue de la littérature sur les déterminants de la localisation des services aux entre-
prises, avec un approfondissement du facteur de proximité physique au client, a mon-
tré qu’un arbitrage entre les différents facteurs de localisation est effectué et que la
proximité n’est pas toujours déterminante pour les services avancés, alors qu’elle
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l’est fréquemment pour les services opérationnels. La contrainte de proximité phy-
sique est en effet plus équivoque pour les services avancés. Elle varie en fonction de
différents paramètres (contenu en savoir incorporé dans la relation et facteurs d’envi-
ronnement), dont l’influence ne peut être établie de manière univoque. Par ailleurs
des formes de proximité alternatives à la co-localisation ou à la proximité physique
peuvent être mises au jour pour ces services. Au-delà, il semblerait que proximité
physique et relation distante entre clients et prestataires de services avancés doivent
davantage être considérées comme complémentaires que substituables.
La sous-dotation des territoires industriels français en services avancés n’est donc pas
une fatalité. Et ce notamment parce que la proximité est requise pour la fourniture de cer-
tains services avancés, ceux-là même dont le contenu en savoirs est le plus stratégique. Par
ailleurs, cette sous-dotation est peut-être en partie le résultat d’illusions statistiques qu’un
focus sur les emplois et fonctions permet de relativiser. Et en effet, une analyse de cas
portant sur la localisation des acteurs de la filière automobile en Franche-Comté indique
que les services avancés aux entreprises sont relativement bien développés à proximité des
principaux centres industriels situés au nord de la région, autour d’agglomérations de taille
moyenne ; loin de se concentrer dans la capitale régionale, située au centre de la région, ils
essaiment sur le territoire en étant plus dispersés que ne le sont les entreprises industrielles.
F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100 97

Ces résultats confirment que des recherches ultérieures sont nécessaires sur la base
de catégories d’analyse renouvelées. En effet, la problématique de la localisation des
services dans un espace, que ce soit un pays ou une région, est complexe et ne peut faire
l’économie d’un retour sur le contenu de cette activité. Dans cette perspective, les clas-
sifications statistiques traditionnelles fondées sur l’analyse de l’activité (qu’elles soient
marchandes ou non, destinées aux entreprises ou aux ménages) offrent un éclairage qui
reste insuffisant et incomplet pour qui s’intéresse aux dynamiques d’évolution des terri-
toires. C’est également l’avis de Mouhoud et al. (2010: 58) selon lesquels « [l]es ana-
lyses basées sur les classifications traditionnelles des services confirment l’idée que les
activités tertiaires structurent les territoires. Elles modifient leur compétitivité et influent
sur leur vulnérabilité. Mais les classifications traditionnelles ne sont pas adaptées à
l’hétérogénéité des logiques de localisation à l’intérieur de chaque catégorie (…) ». En
particulier, dans une économie mondialisée de la connaissance, le recours à une grille de
lecture sectorielle fondée sur l’activité s’avère inopérante pour intégrer les changements
organisationnels profonds à l’œuvre. Il convient en effet de distinguer les phénomènes
qui relèvent de la croissance des effectifs tertiaires (aspect sectoriel de la tertiarisation)
de ceux qui concernent la tertiarisation des catégories professionnelles et des métiers
(dimension fonctionnelle).
Ces travaux (qui restent à confirmer par une analyse plus systématique, en l’étendant
notamment à d’autres régions) offrent des perspectives intéressantes en termes de poli-
tiques publiques. Non seulement, un espace est ouvert pour le développement des services
avancés dans les territoires industriels pour lesquels la proximité physique est prépondé-
rante, et pour un développement poly-centré de ces services plutôt qu’une concentration
sur une métropole régionale, mais il importe de garder présent à l’esprit que d’autres
formes de services peuvent aussi trouver une place nouvelle, qu’il s’agisse des services
culturels, touristiques, valorisant patrimoine historique des territoires industriels (Gasnier
et Lamard 2007) ou des services à la personne.
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Ces nouvelles perspectives invitent à penser que ce qui importe pour favoriser la
pérennisation d’un territoire industriel dans une économie de la connaissance, ce n’est
pas tant une implantation massive d’entreprises de services avancés à proximité des
entreprises industrielles qu’un développement au sein de ces dernières de fonctions
tertiaires avancées, prenant appui sur une véritable politique industrielle d’innovation.
Ce renforcement des emplois de services avancés dans l’industrie s’inscrit en cohérence
avec l’évolution stratégique que l’on peut observer dans les activités des groupes indus-
triels français autour de la notion de solutions, systèmes ou produits/services (Laperche
et Picard 2012). Ces remarques conclusives conduisent à relire la situation des terri-
toires industriels sous un angle renouvelé, susceptible d’alimenter les réflexions autour
d’une spécialisation intelligente des territoires prônée par la politique de cohésion de la
Commission Européenne pour 2020.
98 F. Picard et N. Rodet-Kroichvili / Géographie, économie, Société 14 (2012) 73-100

Références
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