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UNIVERSITE DE YAOUNDE II

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES


MASTER I DROIT PUBLIC

Cours de
Contentieux international
Par

Pr Brusil Miranda METOU


Université de Yaoundé II/ Faculté des sciences juridiques et politiques
Cours de contentieux international
Pr Brusil Miranda METOU

INTRODUCTION GENERALE

Le contentieux est défini couramment comme un ensemble de différends opposant 2 ou


plusieurs parties et susceptible d’ être soumis au jugement d’ un tribunal. Le contentieux
international est donc l’ensemble des différends opposant des sujets de droit international et
soumis à un règlement juridictionnel. Le règlement juridictionnel est soit l’ arbitrage, soit le
règlement judiciaire.
Le droit du contentieux international, c'est l'ensemble des normes de fond et de procédure qui
gouvernent le règlement juridictionnel de différends opposant des sujets de droit international.
Pour appréhender le contentieux international, il est nécessaire de cerner l'organe en charge du
contentieux international et de bien connaitre la procédure contentieuse devant les divers organes
en charge du règlement juridictionnel des différends.

Section I. La notion de juridiction internationale

Une juridiction est un organe dont la fonction est de mettre fin à un différend par une décision
obligatoire résultant de l’
application des lois / du droit. La iuris dictio signifie dire le droit pour
trancher le différend. Dans les faits, trancher le litige par l'application du droit doit convenir à la
fonction de l’organe.

1. Les critères de définition


La notion de juridiction désigne le pouvoir de rendre la justice. Lorsque l’ on vise la juridiction en
tant qu’ institution, les débats sont plus nombreux mais aussi prolixes. La question de la qualité de
juridiction internationale du TANU s'est posée. En l'occurrence, le TANU avait rendu des arrêts
dans une dizaine d’ affaire d’
octroi des indemnités des fonctionnaires dont le contrat avait été
rompu, où il y avait eu refus d’ indemniser. L’ Assemblée générale des Nations Unies a alors saisi la
CIJ qui rendu un avis consultatif sur la question de savoir si le TANU était une juridiction. Dans
son avis rendu le 13 juillet 1954, la Cour constate que le statut du tribunal emploie une
terminologie judiciaire : "statuer sur les requêtes", "tribunal", "jugements". Ce sont aussi des
dispositions essentiellement judiciaires qu'il contient, lorsqu'il énonce que, "en cas de contestation
touchant sa compétence, le tribunal décide" et que "les jugements sont définitifs et sans appel". II
s'ensuit que le tribunal est institué comme un corps indépendant et véritablement judiciaire,
prononçant des jugements définitifs et sans appel dans le cadre limité de ses fonctions et non pas
simplement un organisme consultatif ou subordonné ; ses jugements avaient donc force
obligatoire à l’ égard de l’ Organisation des Nations Unies et par conséquent de l’ Assemblée
générale. Pour se justifier, la CIJ insiste sur 2 points, d’
abord le fait que le TANU soit un organe
indépendant, mais aussi le fait que le TANU soit habilité à prononcer des jugements définitifs et
sans appels. Finalement, 5 critères peuvent être retenus pour définir la juridiction internationale.
Ces critères sont appréciés de manière cumulative.

a. Le critère organique
C’est le fait que la juridiction internationale est nécessairement un tiers impartial au litige. On
peut préciser cela en affirmant que la juridiction internationale doit être indépendante, et
qu’elle soit impartiale tout au moins vis-à-vis des parties au litige, mais aussi qu'elle soit neutre
vis-à-vis du différend.

b. Le critère formel
C’est le principe lié au procès équitable. Toute les procédures juridictionnelles internationales
doivent être tenues au regard du principe d’ égalité des armes, entre les parties. Un organe qui
ne respecte pas les règles du procès équitable ne peut aspirer au titre de juridiction

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internationale. Le tribunal qui a jugé Saddam Hussein ne l’ était pas. Les droits de la défense
n’étaient pas respectés, des aveux obtenus sous la contrainte ont été retenus.

c. Le critère matériel
L’ examen porte ici sur la nature du droit appliqué et la nature du différend qui est traité. Le
règlement d’ un litige international se fait au regard du DI. Ce qui compte, c’
est de mettre fin à
un litige entre sujets de DI. La juridiction internationale fonde obligatoirement ses décisions
sur des traités, la coutume internationale et toute autre source de droit international énumérée
à l'article 38 du statut de la CIJ. Il a un rôle prétorien.

d. Le critère de l’autorité de la décision


L’autorité de la chose jugée se fonde sur le fait que la décision adoptée est obligatoire et
définitive. Le juge international ne bénéficie cependant pas d’ une force de police pour faire
appliquer ses décisions quand le juge interne peut l’
espérer. Il en résulté des problèmes hautement
pratiques. Pour autant les décisions sont supposées obligatoires. Est "chose jugée" ce qui est
prononcé par une décision judiciaire, que celle-ci soit ou non susceptible de faire l’objet
d’une voie de recours.

La chose jugée ne peut être tenue pour vérité absolue. Dans la plupart des cas, elle peut être
soumise à l’
épreuve d’un nouvel examen par d’ autres juges susceptibles aussi bien de confirmer
que d’
infirmer la première décision.

Il n’en demeure pas moins que la chose jugée revêt, dans une certaine limite, un caractère
judiciairement incontestable : si une demande identique à celle qui a abouti à une précédente
décision venait à être renouvelée, elle se heurterait à une fin de non-recevoir par l’
effet de la
présomption légale de vérité qui lui est attachée.

Cette "autorité de la chose jugée" découle de l’ article 59 du statut de la CIJ. La vérité de la chose
jugée répondrait plutôt à la définition qu’ en donne Aristote, à savoir "la propriété d’ un jugement
affirmant que ce qui est ou que ce qui n’
est pas n’est pas." Mais on pourrait aussi se référer à Leibniz,
pour lequel il n’ est de vérités que par nécessité et celles-ci sont donc, de ce fait, nécessairement
contingentes.

Si elle est relative par nature, la vérité de la chose jugée a une portée différente selon qu’ elle est
invoquée pour s’ opposer à une nouvelle demande ou pour fonder une action, c’ est-à-dire selon
qu’elle revêt une forme active ou passive.

e. Le critère de la source du pouvoir de juger

Ce critère est important. En fonction de l’ acte qui crée la juridiction internationale, les décisions
auront une autorité plus ou moins grande. L’ acte fondateur de l’ institution doit soit dériver d'un
traité international portant création de la juridiction (Statut de la CIJ annexé à la Charte des
Nations Unies, statut de Rome portant création de la CIJ, etc.… ) soit d'un acte d’ une
organisation internationale, (Ex. Résolution du conseil de sécurité ou de l'Assemblée générale des
Nations Unies).

a) Les critères d'identification de la décision juridictionnelle (jugement)


Il faut observer que la question du caractère obligatoire de la décision n’
est pas simple à résoudre.
Deux difficultés se présentent ici :

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1. La relativité du caractère obligatoire : L’ autorité relative de la chose jugée signifie que


l’
arrêt n’
a de caractère obligatoire que pour les parties au litige.

2. Les avis CIJ ne sont pas obligatoires, mais les organisations internationales peuvent
accepter d'être liées par les avis :
ex. : Les jugements obligatoires de TAOIT peuvent faire l’ objet, dans certains cas, d’
un recours
devant la CIJ saisie à titre consultatif. Elle rend alors un avis qui est un simple avis pour toutes les
parties au statut, mais qui est obligatoire pour l’ organisation visée par le jugement du tribunal
arbitral et par son procédure devant la juridiction. (Cette possibilité existait avant pour TAONU
& TAOIT, mais elle a été abandonnée pour le TAONU).

b) Des critères cumulatifs


Peut-on dire que l'organe exerçant des fonctions juridictionnelles internationales se reconnaît
toujours au contenu de sa décision ? Se livre-t-il toujours à une constatation d'un fait, d'une
situation dont il apprécie le caractère légal et illégal sur le plan du droit positif et dont il tire
ensuite les conséquences logiques ? Pour qu'il en fut ainsi, il faudrait d'abord que le droit positif
international fut certain. Mais on connaît ses multiples incertitudes, ses lacunes nombreuses. Le
juge est souvent sollicité de statuer en équité. La mission des arbitres côtoie souvent celle du
médiateur, du conciliateur. Dans certains cas par ses décisions il peut être amené à compléter le
droit positif. Les Parties lui indiquent parfois les règles à appliquer.

Si des organismes vraiment judiciaires comme la C.I.J. sont comparables à cet égard aux
Tribunaux internes, la plupart des autres échappent à toute comparaison.
On peut donc conclure que tant au point de vue formel qu'au point de vue matériel, les
juridictions dans le domaine des relations internationales ne ressemblent que d'assez loin aux
juridictions internes.

1° Le juge, quel qu'il soit, aussi bien le juge international que le juge interne a pour rôle
essentiel de statuer sur des contestations ou des différends. C'est là essentiellement, en effet,
le rôle social du juge. Il doit apaiser et régler les conflits qui s'élèvent entre les sujets de droit. Il
pacifie la vie sociale, lui permet de se développer de façon harmonieuse.

Ce point a été mis en lumière par la jurisprudence de la C. P.J.I, et de la C.I.J. à l'occasion de


l'interprétation des Arrêts qu'elles rendent. L'article 60 du Statut de la Cour ne dit-il pas que la
Cour interprète son Arrêt en cas de « contestation » sur son sens et sa portée ? Et l'article 38,
alinéa 1, stipule que la mission de la Cour est de régler ... les différends qui lui sont soumis. Or
l'expression « contestation » a un sens précis que dans ses arrêts la C.P.J.I. a expliqué, l'opposant à
la « question » qui peut lui être posée et n'aboutit qu'à un Avis consultatif. La C.I.J. (Avis de 1954,
précité) et qui oppose aussi le corps judiciaire à l'organe consultatif (Recueil 1954, p. 53).

En partant de ce point de vue on s'explique que la C.P.J.I. ait reconnu des pouvoirs
juridictionnels au Haut Commissaire de la S.D.N. à Dantzig en vertu de l'article 103 du Traité de
Versailles prévoyant que le Haut Commissaire statue « en première instance » sur toutes les
contestations entre la Pologne « et la Ville libre » au sujet du présent Traité. Certes on ne peut
parler d'un Tribunal mais parmi les fonctions diverses qu'il remplit figure dans ce cadre une
fonction juridictionnelle. Pour autant, le Haut commissaire ne pouvait être assimilé à une
juridiction.

De même les Tribunaux arbitraux mixtes en vertu de l'article 304g du Traité de Versailles «
jugeront les différends de leur compétence ». Dans ce cadre, les Commissions de conciliation

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prévues par les Traités de paix du 10 février 1947 sont aussi des juridictions, puisque d'après ces
traités doivent leur être soumis tous les « différends » relatifs à certaines de leurs parties. On peut
en dire autant des Commissions de conciliation prévues par la Convention de Belgrade sur le
Danube qui leur confère compétence pour la « solution des différends » (art. 45).

2° La juridiction rend des décisions obligatoires et définitives.


La CIJ a pris soin de caractériser la fonction judiciaire en droit international. Dans son Avis
précité du 13 juillet 1954, elle souligne qu'un corps véritablement judiciaire prononce des
jugements définitifs et sans appel dans le « cadre limité de ses fonctions » et « suivant un «
principe de droit bien établi et généralement reconnu, un jugement rendu « par un pareil corps
judiciaire est chose jugée et a force obligatoire entre « les parties au différend », ce qui est le cas
du Tribunal administratif des N.U.

C'est pourquoi les Tribunaux arbitraux mixtes sont bien des juridictions. L'article (304g) du
Traité de Versailles ne déclare-t-il pas que les H.P.C. conviennent de considérer les décisions du
T.A.M. comme « définitives » et de les rendre « obligatoires » pour leurs ressortissants .Ils ne font
que répéter la clause devenue de style que l'on trouvait dans les compromis d'arbitrage où les
Parties s'engageaient à regarder la sentence comme « obligatoire », « définitive » ou « finale ».

Il en est de même dans les Commissions de conciliation prévues par les Traités de paix
de 1947. Tous déclarent que la décision de la Commission est « définitive » et « obligatoire » et
dans le nouveau statut du Danube — l'article 45 de la Convention de Belgrade stipule que la
Commission rend des décisions « définitives et obligatoires » pour les Parties au différend.

La raison de douter pour attribuer au Conseil de l'O.A.C.I. des pouvoirs juridictionnels, c'est que
le Statut de l'Organisation ne mentionne pas le caractère définitif et obligatoire de ses décisions. Il
n'emploie ces expressions qu'à propos du Tribunal arbitral, ou de la C.I.J. saisie en appel (art. 86).
Toutefois les termes « statuer » et « décision » qu'il utilise même pour le Conseil permettent de
penser qu'il vise un pouvoir juridictionnel et non un simple rôle consultatif. Quand un traité
envisage cette fonction simplement consultative il le dit expressément.
C'est ce qui s'est produit pour certains organismes techniques, créés entre les deux guerres
mondiales et à qui on doit refuser les pouvoirs juridictionnels. A titre d'exemple citons la
Convention de 1923 sur le régime inter national des voies ferrées. L'article 35 du Statut stipule
que lorsqu'un différend surgit entre deux ou « plusieurs États pour l'interprétation ou l'application
du Statut et si ce différend ne peut être réglé soit directement entre « les Parties, soit par tout
autre moyen amiable, les Parties au différend « pourront avant l'Arbitrage ou le Règlement
judiciaire soumettre le différend pour avis consultatif à l'organe institué par la S.D.N. comme
organe « consultatif et technique des Membres de la Société en ce qui concerne les peut posséder
de pouvoirs juridictionnels. Recourir à lui équivaut à mettre en mouvement une procédure de
conciliation facultative, avant la procédure arbitrale ou judiciaire.
On peut rapprocher de cette clause d'autres semblables dans d'autres actes de la même date, le
Statut des Ports maritimes (art. 21), la Convention sur le transport en transit de l'énergie
électrique (art. 12) celle sur l'aménagement des forces hydrauliques intéressant plusieurs États (art.
12) .
Telles sont les données auxquelles il est possible de faire appel pour identifier la qualité de juge en
droit international.
Elles bannissent, on le voit, tout esprit de système, nécessairement écarté par la diversité et la
variété des situations qui s'offrent à l'observateur.
C'est à une méthode aussi souple qu'on doit recourir pour rechercher, ce que l'on doit s'efforcer
de faire maintenant, le fil conducteur qui permettra de voir en une juridiction donnée, un
véritable Tribunal international. C'est le deuxième aspect du problème.

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Dans la thèse de la fonction juridictionnelle deux éléments sont à prendre en compte:

1. Les parties doivent se conformer au dispositif ;


ex. : Zone Franche de la Haute Savoie. Si la Cour acceptait de prononcer en contentieux
un arrêt dont l’ exécution serait laissée à la volonté unilatérale, elle sortirait de sa fonction
juridictionnelle et elle méconnaîtrait donc son statut. L’
exercice de la juridiction implique donc
l’
obligation de son exécution.

2. La décision du juge ne crée pas de nouveaux droits pour les parties.


Elle se limite à reconnaître l’
étendue des droits que leur reconnaît l’ordre juridique. Ainsi,
dans le contentieux de la délimitation, la juridiction n’
attribue pas des territoires, elle les délimite,
elle constate l’ étendue des titres territoriaux. De même, lorsque le juge prononce des
indemnisations, il ne donne pas un droit à l’ indemnisation, mais il constate les règles du droit de
la responsabilité.

B. Les fonctions de la juridiction internationale


La fonction principale c’
est de régler un litige. Mais il existe trois autres fonctions.

1. La prévention des conflits internationaux


Le fait pour les parties à un litige de le soumettre à un juge ou une juridiction internationale
entend éviter une escalade une aggravation des revendications, pour éviter un conflit armé.
Pour les juridictions pénales internationales, la fonction préventive permet d’ espérer que les
auteurs d’infractions internationales, comme le génocide, soient poursuivis, punis et que cela ait
un effet dissuasif dans le futur.

2. Le contrôle du respect des obligations internationales et la mise en œuvre de la


responsabilité des sujets de droit
Le juge ou l’ arbitre international doit, de manière générale, mettre en œuvre la responsabilité de
l’État ou de l’individu qui ne respecte pas ses obligations internationales. Il en découle un pouvoir
de sanction pour la juridiction internationale. L’ affaire du génocide de 2007 en est une bonne
illustration.
3. Le développement du droit international
Cette fonction n’ est généralement pas directement recherchée. C’ est toutefois une conséquence
directe de son action. Le juge a un rôle créateur de droit, il entend combler les lacunes du DI, de
préciser des éléments du DI. C’ est encore le juge international qui délimite et développe la
coutume internationale. La fonction normative du juge internationale est donc essentielle. Le
spectre du Gouvernement du juge fait toutefois peur. La jurisprudence internationale reste
reconnue comme une source légitime du DI.

II. LA CREATION D’UNE JURIDICTION INTERNATIONALE PERMANENTE

La mise en place d'une juridiction internationale permanente a été lente et a suivi un processus
évolutif. Cela s’
inscrit dans un contexte mondial où il y a des appels de plus en plus pressants en
faveur du règlement pacifique des différends. Il y a véritablement un mouvement dans la presse
ainsi que dans les parlements (appel de ceux-ci). C’ est un appel pour la paix qui se développe et
qui a pas mal d’ adeptes. Face à cela, il y a aussi des sociétés savantes ( A L'instar de l’ Institut de
DI qui est crée en 1873). L’ objectif de cet institut est de favoriser le progrès DI, il recevra le prix

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Nobel de la paix en 1904 pour le développement du DI par le règlement pacifique, car il appelle à
une Cour de justice, une Cour ad hoc pour régler les différends.

Il y a également une convention panaméenne qui considère que le règlement pacifique des
différends fait partie des principes de droits publics américains. Il y a un mouvement d’
opinion
parmi les juristes et le reste de la population pour éviter le recours à la guerre.
C'est dans ce contexte qu'on organise la première conférence de La Haye en 1899. Cela explique
pourquoi La Haye est devenue en quelque sorte la capitale du DI, un centre du règlement
pacifique des différends.

LA PREMIERE CONFERENCE DE LA HAYE (CONVOQUEE PAR LE TSAR NICOLAS II). C’ est


la Cour de St-Petersburg qui va envoyer des documents diplomatiques en français aux
ambassades des Etats pour les inviter à venir discuter de l’ organisation de la paix à la conférence.
Il faut trouver un terrain neutre et c’ est la Reine des Pays-Bas qui va accepter que cette
conférence ait lieu à La Haye. A l’ époque, ce sont 26 Etats qui sont invités. Les pays d’ Amérique
latine sont peu présents pour des questions d’ accession à l’indépendance. La Corée ne sera pas
invitée1. La conférence va être un succès en ce sens que l’ on va convenir d’ une série de
conventions (la convention de La Haye sur les lois et coutumes de la guerre, sur les principes
applicables à la guerre maritime,… ).
La première est celle qui organise le règlement pacifique des différends de 1899. Il s’ agit d’un
texte assez moderne : document en anglais qui préfigure l’ organisation actuelle d’une juridiction
internationale permanente (par opposition au tribunal arbitral, constitué ad hoc pour les besoins
d’ une affaire). Il y a déjà différents éléments mentionnés dans cette proposition.
Critère d’ intégrité et de compétence que l’ on retrouve encore aujourd’ hui. L’idée de création d’un
greffe (registry) et d’ un secrétariat. Le paragraphe3 parle du caractère permanent de la Cour
ouvert aux Etats tiers. Le paragraphe5 parle de la possibilité d’ avoir des formations restreintes
avec un nombre impair. La contribution aux frais de manière égale. Le paragraphe7 introduit
l'idée de la révision des décisions de justice. Donc ce statut déjà très actuel va inspirer d’ autres
statuts ultérieurs. Certains Etats désiraient une juridiction obligatoire. Là dessus, il n’ y a pas eu
d’ accord, l’Allemagne va notamment s’ opposer à cela. Deux questions très importantes dégagées
lors de la Conférence de La Haye de 1899 :

- Sur le caractère obligatoire de la compétence : presque une majorité est en faveur


d’une juridiction obligatoire. Mais cela ne va pas passer, il n’ y aura pas d’ accord. Ce qui va en
résulter est en quelque sorte un vœu, une recommandation et également ce qui deviendra l’ article
40 de la convention de la Haye de 1907 (les puissances des Etats se réservent le droit de conclure des accords
en vue d’
étendre l’
arbitrage à tous les cas qu’
ils jugent obligatoires, possible de lui soumettre). Il y a un élan vers
le règlement obligatoire des différends, mais la disposition ne veut pas dire grand chose.

- Sur la nomination des juges et de la compétence de la Cour : La deuxième


proposition sera celle de mettre en place une juridiction permanente, de mettre en place une
structure comme la CPJI. Le projet ne verra pas le jour non plus pour une raison essentielle qui
réside dans les difficultés liées au mode de désignation, d’ élection des juges. La question sera
discutée en 1917 (mode de sélection, de désignation). Eternel débat entre les grandes puissances
et les autres. Qui va avoir un juge qui siège au tribunal ? L’ idée : composition au suffrage
universel sans aucune répartition entre Etats mais c’ est une proposition qui n’ est pas retenue. On
revient toujours à ce problème d’ équilibre entre le rôle des grandes puissances et les autres Etats
et c’est l'une des raisons pour lesquelles la Cour de justice ne verra pas le jour. Ce qui va en rester
c’est la convention de La Haye de 1899 qui prévoit surtout le recours au mode diplomatique du

1 Le représentant de la Corée se présenta à La Haye et ne sera pas admis, il se suicidera pour la petite histoire.

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règlement des différends et puis l’organisation de l’arbitrage (règles de procédure,… ). Il n’ y aura
pas d’engagement ferme obligatoire de recourir à l’ arbitrage. C’est une convention qui met à la
disposition le mécanisme arbitrale mais elle le met en place, mais ne le rend pas obligatoire.

Entre 1899 et 1907 (entre les 2 conventions), il y a quelques points qui ne sont
excessivement importants si ce n’ est la composition de la Conférence, la participation à la
conférence. En 1899 : 26 Etats, en 1907 il y en a 44 (les pays d’
Amérique latine s’y joigne). En
1907, un élément nouveau est l’ article 53, c’est un mécanisme de déblocage : Il donne
compétence à la Cour permanente le soin de rédiger le compromis dans certaines circonstances.

Lorsqu’ un accord a été conclu qui prévoit le recours obligatoire à l’ arbitrage, avant de
mettre en place le collège arbitral, il faut d’ abord constituer un compromis. C’ est la pièce
maîtresse, car sans compromis, normalement, il n’ y a pas de collège arbitral qui se constitue. Si un
des deux Etats en présence refuse de coopérer malgré l’ accord et refuse de signer le compromis,
les choses en resteront là. Il y aura bien évidemment méconnaissance d’ une obligation
internationale, mais pas de mécanismes pour la sanctionner. L’ article 53, mécanisme mis en place
en 1907 et prévoit qu’ un tiers (c’
est-à-dire là le secrétariat de la Cour permanente) puisse rédiger
le compromis si une des deux parties fait défaut. C’ est une évolution timide, c’ est un pouvoir très
restreint.

Quelles en sont les conditions car il s'agit d'une entorse à la souveraineté des Etats?
- Il faut une demande des parties (c’ est le principe du consensualisme).
- Après qu’ un accord par la voie diplomatique a été vainement essayé, il faut donc
d’abord qu’ il y ait eu des négociations mais qui n’ ont pas été fructueuses, dans ce cas là,
on peut s’ adresser à la CPA dans deux cas (voir article 53) :

1. D’ un différend entrant dans un traité d’ arbitrage général conclu ou renouvelé après


l’
entrée en vigueur de cette convention. Comme il s’ agit d’
une déviation par rapport au respect
strict de la souveraineté, il ne faut pas que les Etats qui ont conclu cet accord d’ arbitrage avant
1907 soient liés par l’ article 53 sans connaissance de cause. L’ article 53 n’ est pas facilement
utilisable vu toutes ces conditions.
2. Il ne faut pas que ce pouvoir de conclure un compromis dans le chef de la CPA soit
exclu par l’ accord, ni explicitement, ni implicitement. Il ne faut pas non plus que l’ autre partie,
celle a qui on va opposer le compromis, déclare que le différend n’ appartient pas à la catégorie
des différends soumis à l’ arbitrage obligatoire à moins que le traité d’ arbitrage ne confère au
tribunal arbitral le pouvoir de décider de cette question préalable.

Le deuxième cas concerne les dettes contractuelles (l’ arbitrage a été accepté par la partie
débitrice), il est lié a un instrument qui vient d’
être conclu, la convention Drago-Porter qui exclut
le recours à la force pour le recouvrement des dettes contractuelles (canonnière pour forcer le
Venezuela à respecter ses engagements internationaux).

Dans les conventions ultérieures, il y a un mécanisme utilisé de manière un peu plus efficace afin
de contourner la mauvaise foi éventuelle d’ une des parties. Si un des deux Etats ne veut pas
respecter les règles du jeu et de signer un compromis, l’autre Etat ne peut rien faire donc on a
imaginé d’ autres mécanismes pour contourner ces difficultés.

A. LE DEVELOPPEMENT DES JURIDICTIONS INTERNATIONALES

De nombreuses juridictions internationales à caractère régional ont vu le jour avant la juridiction internationale à
caractère universel. Il en est ainsi de la Cour Centre-Américaine de Justice, qui a été mise en place en 1907 par les

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Etats d’Amérique centrale et qui avait son siège au Costa Rica. Elle a eu une expérience intéressante mais
brève de 10 ans. Cette cour a une composition de 5 juges, chaque juge étant nommé par un des
Etats concernés, mais le mécanisme de nomination ne respecte pas pleinement l’ indépendance
qui doit être reconnue aux juges. Chaque juge est nommé par le parlement national et est rétribué
par son Etat. Il ya une filiation un peu trop directe entre le juge et son Etat. C’ est un point faible
de cette juridiction. S’agissant des compétences, il y a une juridiction un peu hybride, c’ est très
large. C’est également un problème. Tout différend entre Etats peut lui être soumis sur la base
d’un compromis et après épuisement des voies diplomatiques. Des différends issus de particuliers
sont également permis. Il faut d’ abord épuiser les voies de recours internes. Il y a eu 10 affaires, 5
vont concerner des différends interétatiques, 5 des différends entre particuliers.

La Cour va être confrontée à des différends politiques et c’ est également une des raisons de son
échec:
L’ affaire Shermorauw Bryan vise la construction d’ un canal interocéanique avec un droit de regard
des USA sur ce canal. Cela va déclencher deux plaintes, une du Costa Rica, car il considère qu’ un
tel canal va porter atteinte à sa souveraineté (décision favorable). Le Salvador va également
introduire une action contre le Nicaragua, car le traité prévoit la mise en place d’ une base
américaine dans le golf de Fonseca. Il se trouve sur le côté pacifique et il borde les cotes du
Salvador, Honduras et Nicaragua. La CCA va lui donner raison. En 1917, les jours de cette Cour
sont comptés car le traité qui l’ a constitué prévoyait un délai. Après 10 ans il fallait un nouvel
accord pour qu’ elle poursuive son activité, ce qui n'a pas été le cas.

Point faible : compétence trop large, manque d’


indépendance des juges, durée de vie de 10 ans (
si une décision déplait à une des parties contractantes, l’accord est saboté. Elle n’ a pas
complètement disparu, les salles sont utilisées par la Cour interaméricaine des droits de
l’
homme…

B. LE PACTE DE LA SDN

Préambule : les Etats parties s’ engagent à limiter le recours à la force dans les relations
internationales et acceptent certaines obligations de ne pas recourir à la force.

LES ARTICLES 12, 13 ET 15 :

L’ article 12 est clair, il y a une obligation de soumettre les différends qui s’ élèvent entre les
membres soit à la procédure de l’ arbitrage, soit au conseil de la SDN. Il y a une double possibilité.
Cela ne vaut pas pour tous les différends, mais juste ceux susceptibles d’ entraîner une rupture de
la paix avec niveau de difficulté élevé.

L’article 13 se rapporte au règlement arbitral ou judiciaire et prévoit qu’ il y a une obligation de


régler le différend par l’ arbitrage ou par le règlement judiciaire si ce règlement est susceptible
d’une solution arbitrale. Il y a l’ idée sous-jacente selon laquelle il y a des différends où un
règlement arbitral est adapté et d’ autres où ca ne l’est pas (différend diplomatique, plus politique)
et où l’action du conseil est plus appropriée. Il y a une définition proposée au paragraphe2.

L’ article 15 pose en quelque sorte une obligation résiduelle. Il n’ y a pas qu’ un choix entre le
mécanisme judiciaire ou arbitral. Si on ne peut pas soumettre le différend à l’ arbitrage ou à la voie
judiciaire, on doit porter le différend devant le Conseil de la Société des Nations. Le conseil règle
ou pas le différend. S’il ne le fait pas, il fait un rapport. Si le rapport est adopté à l’
unanimité : on
ne peut recourir à la guerre. Si le rapport est adopté à la majorité : les Etats recouvrent leur
liberté.

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Il y a des différends à connotation plus juridique, il y a toujours une référence au différend


juridique. L’
obligation de recourir à la force est conditionnée au respect de la sentence arbitrale.
S’agissant du règlement des différends politiques, il y a l’ article 5, qui est le corollaire du
règlement arbitral et judiciaire. Si le compromis risque d’ entraîner une rupture et s’il n’
y a pas
règlement judicaire, il y a l’
obligation de saisir le conseil.

Un point important du pacte (article 14): convenir que l’


on mettra en place une Cour Permanente de
Justice Internationale. Elle n’ est pas été créée par le pacte mais la pacte prévoit la constitution
d’un comité de juristes (10) qui va rédiger un statut (d’ une juridiction internationale à caractère
permanent) le comité de juristes se réunit et remet son rapport au conseil de la SDN, c’ est le
conseil qui va adopter le statut de la CPIJ, statut qui fera l’objet d’un protocole distinct du pacte
de la SDN. Le statut de la Cour sera adopté en 1920 et entrera en vigueur en 1922, date
d’inauguration de la Cour.

Le comité de juristes s’est posé la question de la juridiction obligatoire de la CPJI. Quelles sont
les bases de la juridiction de cette Cour ? Il va proposer une juridiction obligatoire, mais ce ne
sera pas retenu par le conseil, c’
est un engagement qui va trop loin à ses yeux et qui contredirait
l’
article 12 du pacte qui prévoit qu’ il y a la possibilité de choisir entre la voie judiciaire et la voie
politique. Si on rend obligatoire la juridiction de la CPJI, le règlement politique n’ aurait plus
aucune raison d’être. C’est une volonté politique qui fait défaut.

Ce qui va être imaginé en 1921 c’ est la clause facultative de juridiction obligatoire (optional clause)
article 36 du statut de la Cour. C’ est une création de la Cour permanente. C’ est une idée émise
par le Brésil. Une fois le compromis trouvé, on va permettre aux Etats de se lier à l’ avance par la
juridiction de la Cour. Avant la survenance du litige, chaque Etat peut s’ engager à l’ avance à
reconnaître obligatoire la compétence de la Cour. Ils pourront saisir la Cour de manière
unilatérale car l’
accord aura déjà été donné par ces déclarations parallèles.

Deuxième autre question : la question de l’élection des juges et de la composition de la


Cour : Ce qui est convenu, c’est une élection par les deux instances : l’
organe plénier et par le
Conseil de sécurité et l’
Assemblée composé des grandes puissances. On recherche un équilibre
entre le souci de promouvoir la démocratie et la reconnaissance des grandes réalités (poids des
grandes puissances).

Le mécanisme a été mis en place, c’ est également celui de la CIJ (conseil de sécurité et AG de
l’
ONU). En cas de blocage si un candidat est préféré par l’ Assemblée et l’ autre est préféré par le
Conseil (ex : représentant belge) : il a fallu mettre en place un mécanisme pour solutionner ce
problème (voir statut). Il y a eu une première difficulté lors de la première élection : en balance, il
y aura un candidat belge et un candidat chilien et une impossibilité pour l’ assemblée et le conseil
de se mettre d’accord. Donc on va imaginer un mécanisme que l’ on va trouver dans le statut de la
Cour, on va recopier, cela ne veut pas dire que l’ on va faire du plagiat, mais on copie les
mécanismes, celui qui est utilisé : chaque organe désigne 3 de ses membres qui vont constituer un
comité paritaire qui va proposer un candidat.

Dernier point sur le plan de la procédure, c’ est l’


adaptation du statut de la Cour à un moment
donné pour essayer de permettre l’ adhésion des USA. Le Président Wilson a lancé l’ idée de la
SDN mais les USA sont toujours partagés entre interventionnisme et « isolationnisme ». Ils ne
sont pas membre du pacte, la grande puissance de l’ époque étant absente de la CPJI, cela
handicape la crédibilité. Il y a des discussions au sein de la commission pour attirer les USA pour
qu’ils participent au système du règlement pacifique des différends.

10
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Cours de contentieux international
Pr Brusil Miranda METOU

Il est intéressant de noter que le sénat des USA avait adopté des résolutions qui contenaient des
réserves aux statuts de la CPJI, relativement à l’
adhésion des USA et qui prévoyaient une série de
points : si les USA adhèrent au statut, cela ne doit pas être perçu comme établissant quelque lien
que ce soit entre USA et pacte SDN, ils participeront à l’ élection des juges, payeront une part
équitable du financement, pourront se retirer du statut à tout moment. Il y a un point qui pose
problème : la réticence des USA à la procédure de l’ avis consultatif. Ils adoptent cette position
pour des raisons internes, la Cour Suprême des USA ne rend pas d’ avis consultatif.

Les USA considèrent dans leurs réserves que la CPJI ne devrait pas rendre d’ avis consultatif sans
le consentement des USA si la matière qui fait l’ objet de cet avis concerne un différend ou une
question à l’égard duquel les USA considèrent qu’ ils ont un intérêt. S’
ils considèrent qu’ils ont un
intérêt à l’
égard de la question qui fait l’
objet d’un avis, s’
ils n’
y consentent pas, la Cour ne peut
rendre d’ avis. C’
est un droit de regard qui n’
est pas acceptable aux yeux de la SDN.

On va néanmoins conclure un protocole qui va permettre aux USA de souscrire au statut de la


Cour, il prévoit que si les USA font obstacle à l’ exercice de la compétence consultative par la
Cour, s’ il s’
agit d’
un différend auquel est partie les USA, logiquement, selon la jurisprudence de la
Cour, la Cour va s’ abstenir de statuer sans le consentement de cet Etat. Par contre, s’ il s’
agit
d’une question qui porte sur une matière dont les USA ont un intérêt, ou déclare avoir un intérêt,
le protocole prévoit qu’ il y aura une consultation, les USA seront informés. En l’ absence
d’accord, la solution sera de se retirer du statut de la Cour (plutôt qu’ un droit de véto). Ce
protocole va être adopté, mais ne sera pas ratifié par les USA. Ils ne rejoindront pas les Etats
parties aux statuts.

Après la seconde guerre mondiale, la CIJ prend la succession de la CPJI. De plus, plusieurs
juridictions internationales sont créées2. On voit qu'il y a une division entre les judicial bodies et les
quasis judicial bodies. Ce tableau n'est pas complet : dans les juridictions pénales internationales, on
voit que la Cour pénale internationale ne s'y retrouve pas. Il y a également la conclusion de
plusieurs accords concernant le règlement pacifique des différends. Il y a plusieurs accords
bilatéraux mais il y a aussi des accords généraux qui contiennent l’ obligation de recourir au
mécanisme de règlement pacifique. Il y en a essentiellement 3 :

1) LE PACTE DE BOGOTA DE 1948


Il est toujours d’ actualité. C’est un accord général régional visant à soumettre à la CIJ des
différends entre Etats américains. Récemment, un litige entre le Pérou et le Chili a été soumis à la
CIJ sur base de ce Pacte. C’ est un accord obligatoire.
Attention : si on songe à la Convention de La Haye, il ne s’agit pas d’un accord. Elle organise la
procédure arbitrale mais ne contient pas de dispositions obligeant les Etats à soumettre leur
différend devant la Cour permanente de justice. Le pacte : on peut aller devant la CIJ et la saisir
de manière unilatérale si le demandeur et le défendeur sont partie au Pacte. Avec la Convention
de La Haye, on ne doit rien faire.

2) L’acte général d'arbitrage de 1928 sur le règlement pacifique des différends


internationaux

L'acte général d'arbitrage a été adopté le 26 septembre 1928 et révisé en 1949. Il contient une
obligation de recours à un mode pacifique contrairement à la Convention de La Haye de 1899 et
1907. L’ article 1 de l’acte révisé prévoit que les différends de toute nature sont soumis à la
2 Voir la carte des juridictions sur internet

11
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Pr Brusil Miranda METOU
procédure de conciliation (il y a des réserves). C’
est une procédure de conciliation obligatoire sauf
si les parties en ont décidé autrement. Il y a une condition préalable : il faut le recours aux
négociations diplomatiques.

L’article 17 prévoit une autre obligation : recourir à la CIJ. L’ accent est mis sur les différends
juridiques. Pour ces différends, on recourt à la CIJ sauf s’ il y a un accord pour recourir au tribunal
arbitral. L’arbitrage est visé de manière subsidiaire. Le 3ème article qui détermine la structure de
cette juridiction est l’
article 21. Il vise les différends portants sur un intérêt, sur un caractère plus
politique.

Il y a l’engagement de porter ce type de différend devant un tribunal arbitral après conciliation.


Ce qui affaiblit ce type d’acte, c’est la possibilité pour les Etats d’
adhérer à l’acte à la carte (article
38) soit à l’ensemble de l’acte, soit à seulement certaines dispositions. Ensuite, l’ article 39 prévoit
la possibilité de formuler des réserves. Elles visent soit les différends antérieurs à l’
adhésion d’ une
partie qui formule les réserves ou l’ adhésion d’ une autre partie. Il y a également la possibilité
d’ exclure le domaine réservé, c’ est une exclusion qui va de soi. Les Etats peuvent identifier ce qui
constitue leur domaine respectif, il peut être plus large. Il y a une garantie prévue à l’ article 41, en
cas de conflit lié à l’
interprétation de la convention, il y a un mécanisme qui permet de trouver
une solution et de ne pas se heurter à une fin de non recevoir. C’ est une compétence obligatoire.
Il y a eu deux cas d’application (même s’ ils ne sont pas légion).

1er cas: Affaires des Essais nucléaires. La difficulté essentielle est de trouver la base juridictionnelle, le
consentement. Une des bases juridictionnelle qui est invoquée est le fait que la France, la
Nouvelle Zélande et l’ Australie étaient liées par l’ acte initial de 1928 qui n’a jamais disparu. Il y a
une difficulté, car l’ acte général faisait référence à la CPJI (on ne peut pas agir devant la CIJ
donc), mais il y a une ingéniosité dans l’ article 37, on prévoit une solution, c’ est une clause de
succession (lorsque l’ on fait référence à l’ acte de 1928, on fait référence à celui révisé !). Sans ce
mécanisme, ces conventions n’ ont plus aucun effet utile. L’ article 37 ressuscite la clause de
règlement des différends, mais il faut que le traité soit en vigueur. La question reste ouverte de
savoir si on peut invoquer l’ acte de 1928.

2ème cas: Affaire du plateau continental de la mer Egée entre la Grèce et la Turquie. La base de juridiction
faisait l’objet de contestation de la part de la partie turque. L’ acte général révisé faisait aussi
l’objet de contestation. La Grèce avait émis une réserve (point b). Est ce que la réserve inclus des
questions territoriales ? « Notamment » sème le trouble. Cela voudrait dire que ces questions sont
inclues. Ca rentre dans la compétence exclusive des Etats. Selon l’ interprétation, soit on parle de
la compétence exclusive de l’ Etat (domaine réservé), soit ce sont toutes les questions territoriales.
C’ est une question d’ exégèse, d’interprétation. La Cour trouve qu’ il y a plus d’éléments en faveur
de la séparation. La Cour va faire une analyse de ce que recouvre le terme « notamment » et conclut
que ce sont deux exceptions différentes, 2 matières distinctes, donc la réserve grecque serait
d’ application et la Turquie pourrait l’ invoquer. L’ accès ne serait dès lors pas possible devant la
CIJ.

3) La Convention européenne de 1957 sur le règlement des différends internationaux

Acte général mais à caractère régional. Elle existe et est susceptible d’être utilisée. Elle participe
de la même approche que l’ acte général révisé. C’ est surtout en faveur de la CIJ que la
Convention Européenne, telle que visée dans son article 1er , oblige les parties contractantes à
soumettre leur différend à la CIJ. On fait de plus référence aux différends juridiques.

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Il y a toujours cette notion qui fait la différence entre différends juridiques, politiques, justiciables
et non justiciables. La saisine unilatérale est possible. A l’article 4, il y a l’
obligation de soumettre à
conciliation les différends autres que les différends juridiques visés à l’ article 1er. Il y a également
pour les Etats, la possibilité de recourir à l’ arbitrage. Il y a trois formes de règlements offerts.
L’ arbitrage peut être choisi d’ emblée sans passer par la conciliation. Il existe néanmoins des
exceptions comme dans l’ acte révisé (assez classiques, dans des conventions, les déclarations
facultatives sur base de l’article 36 du statut CIJ).

L’ article 27 contient des réserves, des limitations de droit, il ne faut pas l’ expression d’une
volonté, d’ un consentement. Il vise des faits antérieurs avant l’
entrée en vigueur de la convention,
il vaut mieux savoir que ce n’ est que pour l’ avenir. Si ce n’
est pas prévu, on pourrait considérer
que la convention s’ applique à partir de son entrée en vigueur, mais on pourrait quand même
considérer que si un différend est antérieur à la convention, on pourrait toujours le régler avec la
convention actuelle.

Ex : Willigen, la passe de navigation entre la Belgique et les Pays Bas. L’


origine historique est ancienne,
mais est-ce que la convention peut quand même s’ appliquer même si elle est entrée en vigueur
après ? Non, on l’ écarte expressément. Un exclusion classique, c’ est que l’
on écarte également le
domaine réservé qui se réduit progressivement (choix du régime politique (dans le respect des
droits de l’
homme).

L’ article 28 contient la possibilité de mettre sur le côté la convention de 1957 à partir du moment
où les parties contractantes ont choisi un autre mode de règlement des différends (principe de
supplétivité). Il y a un principe du libre choix des Etats. Ils ont une panoplie, un catalogue de
choix. S’ il y a un autre accord qui prévoit un autre mode, cet accord aura priorité MAIS attention,
il faut que la procédure choisie aboutisse à une décision obligatoire.

L’exclusion est admise mais est soumise à une condition essentielle : l’ autre mécanisme doit avoir
des effets obligatoires auquel cas la convention de 1957 continuera à s’ appliquer. On ne peut pas
mettre la compétence de la Cour sur le côté, mais on peut se lier à la carte (article 34). Qu’en est-il
des réserves ? Il y a des réserves qui sont prévues pour des catégories de différends (article 35).

A l’article 38, la CIJ est compétente en cas de difficulté d’ interprétation ou de mise en application
de la convention y compris pour la question de la qualification des réserves. On prévoit le même
mécanisme en cas d’ arbitrage. Le différend lié à l’
interprétation pourrait être soumis à la Cour
pour éviter qu’ il y ait un vide juridique durant une période de 3 mois après la demande. C’ est un
privilège reconnu à la CIJ pour trancher les litiges lié à l’application de la convention qui auraient
pour conséquence de retarder la solution d’ un règlement pacifique mais durant un temps limité.

Exemple, fin des années ‘ 90 : affaire relative à Certains bien entre Lichtenstein et Allemagne. La question
portait sur la confiscation de tableaux, d’ objets appartenant à des ressortissants allemands en
1945. Parmi les biens confisqués, il y avait des tableaux, une personne a demandé à récupérer ses
biens injustement confisqués. La procédure et la base de la compétence étaient la Convention
européenne. La Cour s’ est-elle déclarée compétente ? Le différend est né en 1945, donc résulte de
faits antérieurs à la convention de 1957, donc la convention n’ est pas applicable (article 39). Cela
révèle l’importance de la date critique du différend.

III. LA JURIDICTION INTERNATIONAL CONNAIT DU DIFFEREND INTERNATIONAL

A. LA NOTION DE DIFFEREND INTERNATIONAL

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Pr Brusil Miranda METOU

Selon la CPJI, « un différend est un désaccord sur un point de droit ou de fait, une
contradiction, une opposition de thèses juridiques ou d'intérêts entre deux personnes. »
(Affaire des concessions Mavrommatis en Palestine, arrêt du 30 août 1924, C.P.J.I. série A n° 2, p. 11.)

A. Approche Matérielle

■ Un différend est matériellement international lorsqu’ il met en présence des personnes n’ ayant
pas la même nationalité ou lorsqu’ il se rapporte à des faits qui ont eu lieu dans un territoire autre
que le territoire de l’
État dont les personnes ont la nationalité.
-- On dit, alors, que le litige a un élément de d’ extranéité, soit l’ élément personnel, soit
l’
élément territorial.
■ Cette définition du litige matériellement international n’ est pas adaptée au droit du
contentieux international parce qu’ elle est à la fois trop large et à la fois trop étroite.

▪ Parfois, un litige matériellement national est à la fois un litige formellement international ;


ex. : l’
affaire entre Vivendi et Argentine relatif à une concession en Argentine. Le litige était
formellement international car il a été porté par Vivendi devant un tribunal arbitral international.

▪ En dépit de cet espace commun, la définition est trop large ;


ex. : un litige entre un camerounais et un béninois relative à une vente de marchandises, reste
soumis à des juridictions nationales et échappe, donc, le droit international.

▪ Également, la définition est trop étroite ;


ex. : un litige entre un camerounais et le Cameroun est interne au sens de cette définition, mais il
est international à partir du moment où il est porté devant le CDHNU (Comité des Droits de
l’
Homme des Nations Unies) ou la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’ Homme) - tous les
deux compétents vis-à-vis de là France.

- L’ État ne doit pas nécessairement être une partie du litige.


ex. : La répression pénale (Rwanda, ex-Yougoslavie). Le procureur est un représentant de
l’
organisation de la Cour pénal international (CPI)

ex. : « Le contentieux de la fonction publique internationale » porté devant « les tribunaux


administratifs internationaux », c'est-à-dire les juridictions instituées dans le cadre de certaines
grandes organisations internationales pour traiter le contentieux qui oppose leurs fonctionnaires à
ces organisations. Ces tribunaux sont nombreux :
- TANU (Tribunal administratif des Nations Unies)
- TAOIT (Tribunal administratif de l’ organisation internationale de travail)
- le tribunal de la Banque Mondiale.

B –L’approche formelle
Il est d’abord clair que le côté spatial / territorial n’est pas déterminant. En effet un litige peut
être entièrement localisé sur le territoire d’un État, mais peut être, pourtant, un litige relevant du
droit international ;
ex. : l’
atteinte portée à un investissement étranger sur le territoire d’un État, peut éventuellement
être un litige soumis à un tribunal arbitral international.
ex. : l’
atteinte portée aux droits de l’
homme d'un camerounais par l'État du Cameroun.

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De même, un litige relatif à la liberté démocratique sur le territoire d’
un État peut donner lieu à
un contentieux international devant les tribunaux chargés de la protection des Droits de l'homme
(i.e. CEDH, CIADH, CADHP, et la CDHNU.)

-- Ni le critère territorial, ni le critère personnel n’


est opérant ici.

■ Avant la Deuxième Guerre Mondiale on définissait le contentieux international par référence


aux contentieux entre États. Aujourd’ hui cela n’a plus de sens, d’ abord parce que les organes
internationales peuvent être parties à un différend international qui les opposent à un État.
ex. : Un tribunal arbitral entre la France et l’ UNESCO a décidé que la France avait le droit
d’imposer les impôts sur les retraites des fonctionnaires UNESCO en France.

▪ Il est même devenu un phénomène assez banal que seul un État soit partie à la procédure
internationale ;
ex. : Certaines procédures relatifs aux droits de l’
homme qui opposent la victime à l’ État ;
ex.: le contentieux de l’ investissement à l’ étranger qui n’ est pas réglé par des procédures
interétatiques, mais par des procédures entre l’ investisseur et l’
État d’
accueil.

▪ Il y a aujourd’ hui au moins deux contentieux assez importants auxquels aucun État n’ est
partie :
- Le contentieux de la fonction publique internationale, soumis au tribunal administratif de
l'organisation internationale (TAOIT), qui oppose les fonctionnaires à l’ organisation et aux
agents.
- Le contentieux répressif international devant une juridiction ad hoc ou, désormais, devant la
CPI (Cour Pénale Internationale).

Les juridictions pénales jugent en effet des litiges entre l’


accusé et l’
organisation internationale
dont la juridiction est l’
organe représenté par le procureur (qui est une personne juridique mais
aussi un organe administratif) ;
ex. : le Tribunal Pénal pour l’
Ex-Yougoslavie.

▪ Il y a enfin des cas très marginaux, surtout après les périodes de conflit, dans lesquels les
juridictions internationales sont à peu près substituées aux juridictions nationales pour régler des
litiges entre privés ;
ex. : les Tribunaux Arbitraux Mixtes créés après la Première Guerre Mondiale.

▪ Il y a également une juridiction plus limitée créée après la Deuxième Guerre Mondiale :
la Commission Mixte chargée de s’ occuper des conséquences des dettes extérieurs de
l’Allemagne, qui pour jugeait des litiges privés.

■ On cite, parfois, un critère formel : on considère que la juridiction nationale a un rôle


subsidiaire par rapport aux juridictions internationales. En réalité, le concept de subsidiarité vise
dans ce contexte deux règles :

1. La règle de l’épuisement préalable des recours internes. : La règle du recours préalable


aux tribunaux internes est une exception dans la procédure internationale. Elle s’
applique en
matière de droits de l’ homme (DH), mais non pas dans les domaines comme celui de
l’
investissement ou de la répression pénale.

2. La règle concernant les juridictions répressives. Elle vise en réalité la possibilité pour la

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CPI de connaître des procédures répressives déjà jugées ou pendantes devant la juridiction
nationale, lorsque celle-ci ne poursuit pas diligemment ;
NB : Là encore, la règle est spéciale pour la CPI, et non pas caractéristique de la procédure
internationale.

■ En définitive, la question du caractère international du différend peut être réglée de deux


manières :
1. D’ une manière fonctionnelle : Le différend (= le contentieux) est international si les litiges
peuvent être soumis à des juridictions internationales.
-- Donc, il suffit d’
identifier la juridiction internationale pour régler le différend.
2. D’ une manière purement théorique et moins facile : Cette manière théorique consiste à se référer à
l’
objet du différend. Le différend est international si ce qui est demandé, par une partie et refusé
par l’
autre, relève du droit international.

Le critère est difficile à mettre en œuvre parce qu’


une prétention de droit national portée devant
un juge interne peut avoir comme fondement le différend international.

ex. : on peut demander au juge national l’ application d’ une convention pour obtenir une
réduction de l’
impôt. Mais, cette même convention internationale peut servir pour fondement à
une réclamation dans l’
ordre international.

Ce qu’ il faut établir n’


est pas tant le moyen avancé au titre de la prétention/contestation, mais la
nature de ce qui est demandé.
Reste qu’ en pratique, pour déterminer les champs d’ application du contentieux international, il
faut se référer à une procédure de mise en ouvre : ce qui est un critère du caractère de la
juridiction internationale

■ Les juridictions internationales appliquent le droit international.


Dans l’ ordre international, le droit interne d’un État est un pur fait, susceptible de constituer le
fait générateur de la responsabilité internationale de l’État en question. Le droit applicable par la
juridiction internationale est l’ensemble des règles découlant des sources formelles du droit
international telles qu’
elles découlent de l’article 38 du statut de la CIJ : les traités, la coutume, les
principes généraux de droit, les actes unilatéraux des États et des organisations internationales, la
jurisprudence, l’équité,…

Reprise par une jurisprudence internationale aussi abondante que constante, cette définition ne
tranche cependant pas la question centrale que pose la qualification de différend.3

3 Selon Charles Rousseau, « un différend juridique est un différend dans lequel les parties sont en désaccord sur
l’
application ou l’interprétation du droit existant. » La solution d’ un tel litige découle de l’
application du droit positif.
Cette définition de la notion de différend juridique s’ inspire directement des traités de Locarno du 16 octobre 1925
entre l’Allemagne et différentes puissances : « Toutes contestations entre l'Allemagne et [l'autre partie], de quelque
nature qu'elles soient, au sujet desquelles les parties se contesteraient réciproquement un droit [...] seront soumises
pour jugement soit à un tribunal arbitral, soit à la Cour permanente de Justice internationale. » (Article 1er .) (Société
des Nations, Recueil des traités, vol. 54, p. 304.) À l’
inverse, un différend politique se fonde sur une pure opposition
d’intérêts. Charles Rousseau le définit ainsi : « [C’est] celui dans lequel une partie demande la modification du droit
existant. En somme, c’ est un différend dans lequel les prétentions contradictoires des parties ne peuvent être
formulées juridiquement, car il est tourné vers l’ évolution ultérieure. Il échappe au champ du droit positif, il ne peut
être soumis à un juge. C’ est un organe politique, d’ordre législatif ou gouvernemental qui devrait trancher ce litige. »

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En effet, il est bien établi que si tout différend est nécessairement un désaccord, une
contradiction ou une opposition de la nature spécifiée dans la définition exposée ci-dessus, la
réciproque n’ est pas nécessairement vraie. Il suit de ce constat une question dont le caractère
central ne fait aucun doute : à qui appartient-il de qualifier de différend une affaire mettant
aux prises, par exemple, un État A et un État B ?

L’ examen de la pratique internationale révèle que bien souvent l’ une des parties à une « affaire »
qualifie celle-ci de différend tandis que l’
autre partie rejette cette qualification.
La fréquence de ces désaccords sur l’ existence de différends, de « ces différends sur les différends
», a conduit la Cour internationale de Justice (dénommée ci-après « la C.I.J. » ou « la Cour ») à
énoncer des principes aux fins de la qualification de différend :

1. Premier principe. Il appartient, en dernier ressort, à la Cour de décider s’


il existe ou non un
différend entre des parties.

2. Deuxième principe. Le fondement juridique de la qualification de différend à laquelle


procède la Cour ne réside pas dans la volonté subjective des parties : « L’
existence d’
un différend
international demande à être établie objectivement. » - Interprétation des traités de paix, avis
consultatif du 30 mars 1950, C.I.J. Recueil 1950, p. 74 ; l’ existence d’un différend ne peut
dépendre des simples affirmations ou contestations des parties.

3. Troisième principe. Les affirmations et les dénégations des parties ne lient pas la Cour : « [I]l
ne suffit pas que l'une des parties à une affaire contentieuse affirme l'existence d'un différend
avec l'autre partie. La simple affirmation ne suffit pas pour prouver l'existence d'un différend,
tout comme le simple fait que l'existence d'un différend est contestée ne prouve pas que ce
différend n'existe pas. » - Affaires du Sud-Ouest africain (Éthiopie c. Afrique du Sud ; Libéria c. Afrique
du Sud), Exceptions préliminaires, arrêt du 21 décembre 1962, C.I.J. Recueil 1962, p. 328.

4. Quatrième principe. Concrètement, aux fins de la qualification de différend, la démarche de


la Cour se laisse décrire comme suit : pour démontrer qu’ une affaire mettant aux prises un État A
et un État B peut être qualifiée de différend, la Cour doit rechercher si les attitudes des deux
États sont opposées, si, par exemple, « la réclamation de l’ un des deux États se heurte à
l’opposition manifeste de l’ autre » (Sud-Ouest africain, Exceptions préliminaires, arrêt précité). En
d’ autres termes, la Cour conclut à l’ existence d’ un différend lorsque, d’ une part, l’ État A a
formulé (à tort ou à raison) des griefs à l’
encontre de l’ État B et que, d’autre part, l’État B a rejeté
(à tort ou à raison) ces griefs.

Par la nature des différends

1 - L’objet des différends

L’accent est mis sur les différends interétatiques - distincts des différends transnationaux ou
transétatiques. Ils sont on ne peut plus divers et variés. Cependant, leur objet affecte toujours, au
moins, l’ un des éléments constitutifs de l’ État. (Cf. le célèbre article 1er de la Convention de
Montevideo du 26 décembre 1933 sur les droits et devoirs des États). On peut signaler à cet
égard :
- Les différends territoriaux ou maritimes dans lesquels des États se disputent un territoire ou
une zone maritime - différends portant parfois seulement sur la délimitation d’ un territoire ou
d’un espace maritime (plateau continental ou zone économique exclusive).
On constate une régression, sinon de l’ acuité des différends purement territoriaux, du moins de
leur fréquence.

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En effet, il est désormais universellement admis que le principe Uti possidetis a valeur positive. Ce
principe a été consacré en 1819, lors du congrès d’ Angostura. Les États nouvellement émancipés
d’Amérique latine avaient alors pris l’ engagement de respecter, comme frontières internationales,
les anciennes frontières administratives établies par la Couronne espagnole.
Depuis, d’ autres régions du globe ont souscrit au principe de l’ intangibilité des frontières héritées
de la colonisation. Les controverses sur la validité et la portée de l’
uti possidetis juris ont perdu toute
pertinence, la C.I.J. l’ayant considéré comme une règle coutumière (donc contraignante) et
d’application universelle - Différend frontalier, arrêt du 22 décembre 1986, C.I.J. Recueil 1986, p.
554 ;

- Les différends liés à la mise en œuvre de la protection diplomatique : Un État prend fait
et cause pour ceux de ses nationaux auxquels un autre État aurait causé un préjudice et saisit une
juridiction internationale de ce différend. Il existe une autre variante : un État revendique comme
étant ses ressortissants les nationaux d’un autre État ;

- Les différends relatifs à l’activité interne même de l’ État en cause : par exemple, l’
asile
territorial ou politique accordé à des groupes terroristes ;

- Les différends procédant de l’ingérence ou de l’intervention : Pour des raisons souvent


idéologiques, stratégiques ou économiques, un État s'immisce directement ou indirectement dans
les affaires intérieures ou extérieures d’ un autre État. Une telle immixtion contrevient au principe
de non-intervention ou de non-ingérence.
La C.I.J. a eu l’occasion de déterminer la nature et la consistance de ce principe :
« D'après les formulations généralement acceptées, ce principe interdit à tout État ou groupe
d'États d'intervenir directement ou indirectement dans les affaires intérieures ou extérieures d'un
autre État. L'intervention interdite doit donc porter sur des matières à propos desquelles
le principe de souveraineté des États permet à chacun d'entre eux de se décider
librement.
Il en est ainsi du choix du système politique, économique, social et culturel et de la formulation
des relations extérieures. L'intervention est illicite lorsque, à propos de ces choix, qui
doivent demeurer libres, elle utilise des moyens de contrainte. » (Activités militaires et
paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c. États Unis d'Amérique), Fond, arrêt du 27 juin
1986, C.I.J. Recueil 1986, p. 108, par. 205.)

-Nota bene : Responsabilité de protéger. Le principe de non-ingérence ou de non-


intervention doit être mis en balance avec le principe émergent de la responsabilité de protéger
(R2P ou RtoP) qui lui autorise, sous certaines conditions l’
intervention (militaire ou non) à des
fins humanitaires précises. Voir l’annexe à cette introduction générale pour une
présentation détaillée de la responsabilité de protéger.

- les différends concernant à la fois le territoire, la population, le régime et l’action d’un


État. La survie même de l’ État est alors en jeu. On pourrait, dans cette hypothèse, préférer «
conflit » à « différend », mais, en réalité, le choix du terme de conflit est commandé moins par
l’objet que par le mode de règlement du différend. L’ usage de la force impose le mot de conflit ;
le recours au droit maintient la pertinence du mot de différend.

Cela dit, tous les différends peuvent-ils être tranchés sur la base du droit ?

II. Le débat sur la justiciabilité des différends en droit international

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2 - La justiciabilité des différends

Une analyse statistique des divers instruments internationaux autorise une définition minimale de
la justiciabilité : un différend justiciable est un différend susceptible d'être soumis valablement à une
juridiction internationale.
La justiciabilité a trait à la recevabilité et non au bien-fondé de l’ action juridictionnelle,
contrairement à ce que suggèrent certaines controverses.
Justiciabilité et arbitrabilité n'ont pas la même extension ; la première est à la seconde ce que
le genre est à l'espèce.
Certes, la justiciabilité est une condition de l'arbitrabilité. Mais un différend justiciable peut
recevoir aussi bien une solution judiciaire qu'une solution arbitrale. En d'autres termes, un
différend arbitrable est nécessairement un différend justiciable, mais l'inverse n'est pas toujours
vrai.
- Il y aurait trois catégories de différends :
- les différends justiciables par nature,
- les différends non justiciables par nature et
- les différends non justiciables par la volonté des parties.

a - Les différends justiciables par nature et les différends non justiciables par nature
La doctrine a essayé de proposer un critère pertinent, celui de la justiciabilité par nature.
- La majorité des auteurs inclinent à penser que ce critère réside dans la « juridicité » du différend.
Ils soutiennent que les différends juridiques sont justiciables par nature, et qu’ en revanche les
différends politiques relèvent de la catégorie des litiges non justiciables par nature. Encore
faudrait-il indiquer le critère du caractère juridique ou politique d’un différend - sinon il y aurait
pétition de principe. Et, de fait, plusieurs approches existent.

1. L’approche objectiviste. Selon Charles Rousseau, « un différend juridique est un différend dans
lequel les parties sont en désaccord sur l’ application ou l’
interprétation du droit existant. » La solution d’ un tel
litige découle de l’ application du droit positif.
Cette définition de la notion de différend juridique s’ inspire directement des traités de Locarno
du 16 octobre 1925 entre l’ Allemagne et différentes puissances :
« Toutes contestations entre l'Allemagne et [l'autre partie], de quelque nature qu'elles soient, au
sujet desquelles les parties se contesteraient réciproquement un droit [… ] seront soumises pour
jugement soit à un tribunal arbitral, soit à la Cour permanente de Justice internationale. » (Article
1er.) (Société des Nations, Recueil des traités, vol. 54, p. 304.)
À l’ inverse, un différend politique se fonde sur une pure opposition d’ intérêts. Charles Rousseau
le définit ainsi : « [C’ est] celui dans lequel une partie demande la modification du droit existant. En somme,
c’est un différend dans lequel les prétentions contradictoires des parties ne peuvent être formulées juridiquement, car
il est tourné vers l’
évolution ultérieure. Il échappe au champ du droit positif, il ne peut être soumis à un juge. C’ est
un organe politique, d’ ordre législatif ou gouvernemental qui devrait trancher ce litige. »

Le distinguo opéré par Charles Rousseau encourt l’


objection suivante : dans tous les systèmes, le
droit organise sa propre modification ; l’
abrogation, l’
annulation et le retrait sont d’ un usage
universel. Donc, une prétention tendant à la modification du droit existant peut avoir un
fondement et une forme juridiques.

2. L’approche sémantique. Bien que voisine de la précédente, elle est moins élaborée : un
différend politique est simplement un différend dont la formulation en termes juridiques se révèle
impossible. On peut dire que cette approche participe d’ une pure pétition de principe : un
différend politique est un différend présenté en termes politiques, un différend juridique, un
différend décrit en termes juridiques.

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Mais qu’ est-ce qui empêche de décrire un différend politique en termes juridiques ? Les lacunes
du droit ? Les tenants de l’
approche sémantique n’ont pas répondu à ces questions.

3. L’approche psychologique. Un différend politique serait un différend inspiré par des


mobiles politiques. Cette approche oblige à un sondage psychologique aux résultats extrêmement
aléatoires, comme l’ a sous-entendu la Cour internationale de Justice dans l’ exercice de sa fonction
consultative : « Il a été [… ] prétendu que la question posée doit être tenue pour politique et qu'elle
échapperait, à ce titre, à la compétence de la Cour. La Cour ne peut attribuer un caractère politique à une
demande, libellée en termes abstraits, qui, en lui déférant l'interprétation d'un texte conventionnel, l'invite à remplir
une fonction essentiellement judiciaire. Elle n'a point à s'arrêter aux mobiles qui ont pu inspirer
cette demande [… ] » - Admission d'un État aux Nations Unies (article 4 de la Charte), avis consultatif
du 28 mai 1948, C.I.J. Recueil 1947-1948, p. 61.)

- En réalité, aucun différend interétatique n’


a un caractère purement juridique ou politique.

- La Cour internationale de Justice entrevoit parfois derrière le débat sur la justiciabilité la volonté
de limiter ou d’ étendre indûment sa compétence : « Les différends juridiques entre États
souverains ont, par leur nature même, toutes chances de surgir dans des contextes politiques et
ne représentent souvent qu'un élément d'un différend politique plus vaste et existant de longue
date entre les États concernés. Nul n'a cependant jamais prétendu que, parce qu'un différend
juridique soumis à la Cour ne constitue qu'un aspect d'un différend politique, la Cour doit se
refuser à résoudre dans l'intérêt des parties les questions juridiques qui les opposent. La Charte et
le Statut ne fournissent aucun fondement à cette conception des fonctions ou de la juridiction de la Cour ; si la
Cour, contrairement à sa jurisprudence constante, acceptait une telle conception, il en
résulterait une restriction considérable et injustifiée de son rôle en matière de règlement
pacifique des différends internationaux. » (Personnel diplomatique et consulaire des États-Unis à
Téhéran, arrêt du 24 mai 1980 : C.I.J. Recueil 1980, p. 20, par. 37.
- « 96. Il convient également de rappeler que, comme en témoigne l'affaire du Détroit de Corfou
(C.I.J. Recueil 1949, p. 4), la Cour ne s'est jamais dérobée devant l'examen d'une affaire
pour la simple raison qu'elle avait des implications politiques ou comportait de sérieux
éléments d'emploi de la force. » - Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci
(Nicaragua c. États Unis d'Amérique), Compétence et recevabilité, arrêt du 26 novembre 1984, C.I.J.
Recueil 1984, p. 435, par. 96.)

- Problème commun à ces approches : Un désaccord entre États sur la justiciabilité par
nature d’un différend donné est-il un différend justiciable par nature ?

b - Les différends non justiciables par la volonté des parties


- La doctrine admet bien qu’ il s’
agit parfois de différends juridiques.
- Toutefois, ces différends présenteraient une importance politique si grande pour un État que
celui-ci les exclut à l’
avance de toute procédure arbitrale ou judiciaire.
- Le juriste suisse Emmerich de Vattel illustrait cette catégorie de différends par la formule De
maximis praetor non curat (« Le juge ne doit point statuer sur des causes trop importantes »).
- De tels différends font souvent l’ objet de réserves lorsqu’ un État s’engage à accepter une
éventuelle procédure arbitrale ou judiciaire concernant des contestations futures. La difficulté
peut provenir du fait que dans certains cas la formulation des réserves, souvent générale, doit être
interprétée.

Par exemple, il est loisible aux États d’ accepter la compétence de la Cour internationale de
Justice pour le règlement des différends d’
ordre juridique visés par l’
article 36, paragraphe 2, du

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Statut ; si une contestation survient au sujet de la portée de l’
acceptation, il incombe à la Cour de
la trancher :

« 32. Avant d'aller plus loin, la Cour croit utile de s'arrêter sur une question préliminaire, liée à ce
qu'on pourrait appeler la justiciabilité du différend dont le Nicaragua l'a saisie.[… ] Dans leur
contre-mémoire sur la compétence et la recevabilité les États-Unis ont avancé plusieurs raisons
pour lesquelles la demande devait être jugée irrecevable.
33. En premier lieu, il a été soutenu que le présent différend devrait être déclaré non
justiciable parce qu'il n'entre pas dans la catégorie des « différends d'ordre juridique » au
sens de l'article 36, paragraphe 2, du Statut. Il est vrai qu'en vertu de cette disposition la
compétence de la Cour est limitée aux « différends d'ordre juridique » ayant pour objet l'une
quelconque des matières énumérées.
La question de savoir si un différend entre deux États est ou n'est pas un « différend
d'ordre juridique » aux fins de cette disposition peut être elle-même en litige entre ces
deux États ; dans ce cas il appartient à la Cour de décider, comme le prévoit le paragraphe 6
de l'article 36. » - (Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui- ci (Nicaragua c. États
Unis d'Amérique), Fond, arrêt du 27 juin 1986, C.I.J. Recueil 1986, p. 26-27, par. 32-33.)

-Si, dans ce débat, on fait abstraction des réserves étatiques, des arguments forts militent en
faveur du caractère objectivement justiciable de tous les différends :
- « La Cour est d'avis que, dans le doute, une juridiction basée sur un accord international
s'étend à tous les différends qui lui sont soumis après son établissement » - Affaire des
concessions Mavrommatis en Palestine, arrêt du 30 août 1924, C.P.J.I. série A n° 2, p. 35.
- « La juridiction de la Cour dépend de la volonté des Parties. La Cour est toujours compétente
du moment où celles-ci acceptent sa juridiction, car il n'y a aucun différend que les États
admis à ester devant la Cour ne puissent lui soumettre » - Droits de minorités en Haute-Silésie
(écoles minoritaires), arrêt du 26 avril 1928, C.P.J.I. série A n° 15, p. 22.
- La Charte des Nations Unies ne mentionne pas la distinction entre différends justiciables et
différends non justiciables (Elle procède à d’ autres distinctions). À cet égard, elle se borne à proscrire le
recours à la force ou à la menace de l’ emploi de la force et à préconiser le choix entre des moyens
pacifiques de règlement des différends internationaux :
- Article 2, paragraphe 3 de la Charte : « Les membres de l’ Organisation règlent leurs
différends internationaux par des moyens pacifiques de telle manière que la paix et la sécurité
internationales, ainsi que la justice ne soient pas mises en danger. »
� Article 2, paragraphe 4 de la Charte : « Les membres de l’ Organisation s’ abstiennent, dans
leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’ emploi de la force, soit contre
l’intégrité territoriale ou l’ indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière
incompatible avec les buts des Nations Unies. »

� Nota Bene: De valeur à la fois coutumière et conventionnelle, l’ interdiction du recours à la


force dans les relations interétatiques admet actuellement, on le sait, deux exceptions : légitime
défense (article 51 de la Charte) et action coercitive décidée par le Conseil de sécurité en vertu du
chapitre VII de la Charte. Le recours à des contre-mesures (n’ impliquant évidemment pas
l’
usage de la force) reste également possible. La raison en est simple :
« Dans l'état actuel du droit international général, chaque État apprécie pour lui-même sa
situation juridique au regard des autres États. En présence d'une situation qui comporte à son
avis la violation d'une obligation internationale par un autre État, il a le droit, sous la réserve des
règles générales du droit international relatives aux contraintes armées, de faire respecter son
droit par des "contre-mesures". » - Affaire concernant l'accord relatif aux services aériens du 27 mars 1946
entre les États-Unis d'Amérique et la France, Sentence arbitrale du 9 décembre 1978, Recueil des
sentences arbitrales, Vol. XVIII, p. 483.)

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Selon la C.I.J., « pour pouvoir être justifiée », une contre-mesure doit satisfaire à certaines
conditions :
1. elle doit être prise pour riposter à un fait internationalement illicite d'un autre État et doit être
dirigée contre cet État ;
2. l'État lésé doit avoir invité l'État auteur du fait illicite à mettre fin à son comportement illicite
ou à en fournir réparation ;
3. les effets de la contre-mesure doivent être proportionnés aux dommages subis compte tenu
des droits en cause ;
4. la contre-mesure doit avoir pour but d'inciter l'État auteur du fait illicite à exécuter les
obligations qui lui incombent en droit international ;
5. enfin la mesure prise doit être réversible - (Projet Gabcikovo-Nagymaros, Hongrie/Slovaquie), arrêt
du 25 septembre 1997, C.I.J. Recueil 1997, p. 55-57, par. 82-88).

Une fois réunies, ces conditions légitiment un comportement (la contre-mesure) qui autrement
serait illicite.
- Article 33 de la Charte : « 1. Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible
de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales, doivent en rechercher la
solution, avant tout, par voie de négociations, d’ enquête, de médiation, de conciliation,
d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par
d'autres moyens pacifiques de leur choix. »

- L’un des aspects de la dimension matérielle du droit du contentieux international, c’


est donc
l’
existence d’
un différend sans égard particulier à son objet et à sa forme.

B - Par leur mode de règlement


1 - La pertinence des règles de procédure
Le Vocabulaire juridique Henri Capitant définit ainsi le mot de contentieux : « Ensemble des litiges
susceptibles d’ être soumis aux tribunaux, soit globalement, soit dans un secteur déterminé ».
- Exemples donnés : contentieux commercial, contentieux administratif, contentieux de la
sécurité sociale etc.
On qualifie, dès lors, de contentieuses les questions qui peuvent faire l’ objet d’ une discussion
devant une juridiction.
- Aux fins de ce cours, la définition précitée du Vocabulaire juridique présente un défaut majeur :
elle fait abstraction des normes de procédure applicables à l’ occasion du règlement des différends.
- Aucune analyse approfondie consacrée au droit d’ un contentieux quelconque ne peut faire
l’impasse sur l'étude des règles relatives à la classification des recours (en fonction de la nature des
différends), à la recevabilité, à l’instruction, à l’instance, au délibéré, etc.
- La définition que donne Louis Delbez du contentieux international constitue donc une
étape intéressante vers une définition plus adéquate matériellement : « Nous prenons l’ expression de
contentieux international dans son acception la plus stricte, c’
est-à-dire comme l’
ensemble des questions soulevées
par la justice internationale. »
- En liant ainsi contentieux international et juridiction internationale, nous écarterons
volontairement du centre de ce cours les modes non juridictionnels de règlement des
différends internationaux. Toutefois, nous ne les occulterons pas totalement. En effet, ils
jouent un rôle certain dans la pacification de la société internationale.

Dans le vocabulaire, on parle de « différend » mais on le distingue d’


autres notions comme les
notions de « questions » et de « situations ».

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-« Question » : La notion de « question » fait appel à la compétence consultative d’ une juridiction
internationale, le différend fait appel à la compétence contentieuse (lorsque l’ on soumet un
problème entre 2 Etats, il doit être tranché, il s’ agit d’ un différend). Par contre, la Cour
Internationale de Justice par exemple dispose d’ une compétence consultative, elle donne un avis,
un conseil non obligatoire si on lui demande. Par le biais d’ un avis consultatif, on ne peut pas
essayer de donner une solution à un différend entre deux Etats. On ne se préoccupe pas du
différend, on pose juste une question, on ne peut se prononcer sur l’ existence d’
un différend.
Mais il n’ empêche que dans certains cas, la question est intimement liée à l’ existence d’ un
différend. D’ ailleurs, lorsque la question intéresse un différend, le règlement de la Cour prévoit
qu’une des parties peut demander à ce qu’ un juge ad hoc soit désigné au sein de la cour donc c’ est
bien la preuve qu’ il peut y avoir un lien entre la question de l’avis consultatif et l’existence d’un
différend. Mais il y a une différence essentielle quant à ce qu’ il est demandé à la Cour puisque
dans un avis consultatif, on ne demande pas à la Cour de trancher un différend.

-« Situation »: La notion de « situation » vise un terme plus large. Elle peut viser un différend
mais ce n’ est pas nécessairement le cas. C’ est également un terme que l’ on rencontre dans la
Charte des Nations-Unies (notamment aux articles 12 et 34). Il s’ agit d’un terme neutre. On évite
de se prononcer sur l’ existence d’un différend. La notion de situation est quelque chose de moins
concret et qui ne se rapporte pas nécessairement à deux Etats. On peut être dans une phase ou le
différend n’ est pas encore né ou n’ est pas encore actuel. La différence peut avoir son importance
par exemple dans les affaires du sud ouest africain : la question s’ est posée devant la Cour car à
un moment donné, le Conseil de Sécurité a examiné la question de la Namibie. D’ après l’article
32 de la Charte des NU, si le conseil de sécurité examine un différend auquel un Etat non
membre est partie, cet Etat doit être invité au conseil de sécurité. L’ Afrique du sud n’ avait pas été
invitée donc SOA (Afrique du sud) a soulevé un vice de forme devant la Cour. La Cour a relevé
le fait que le conseil de sécurité avait inscrit à son agenda comme étant la situation en Namibie et
non pas en tant que différend. A l’ époque ca n’ avait pas suscité de réaction de la part de l’
Afrique
du sud. Tous les mots comptent. La distinction peut avoir des répercutions en termes de
règlements des différends, de procédure.

3. LES PRINCIPES ET REGLES APPLICABLES AU REGLEMENT DES DIFFERENDS


INTERNATIONAUX

- Le principe de l’égalité souveraine entre Etats: les Etats sont égaux et dès lors, c’ est la raison des
immunités et du fait qu’ ils ne peuvent être soumis à la juridiction des autres Etats. L’ interdiction du
recours à la force est le corollaire du règlement pacifique des différends puisque l’ on ne peut plus
faire la guerre pour les régler. La guerre étant hors la loi, il faut trouver d’ autres modes de
règlement, pacifiques avec possibilité de soumettre ces règlements à un tiers.

- La non intervention dans les affaires intérieures : les Etats doivent s’


abstenir de prendre position et de
porter atteinte au domaine réservé. S’ ils ont un différend, ils peuvent le porter devant un
mécanisme spécial et non en envoyant des forces rebelles sur le territoire d’ un autre Etat.

La pierre angulaire du système est l’ obligation de régler pacifiquement tout différend dont la
prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationale.
Cela est véritablement le point de départ de la construction; mais attention, l’ obligation est celle
de régler pacifiquement non pas tout différend mais les différends dont la persistance est
susceptible de menacer la paix et la sécurité international.
La différence doit être relever: cela veut dire que s’ il y a un différend entre 2 Etats, il n’y a pas
nécessairement l’ obligation de s’adresser à un tiers, à un juge. Il y a des différends qui subsistent
car ils dorment et ne menace pas la paix. Par exemple : estuaire de Heilm, frontière pas définie mais

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cela n’empêche pas les 2 Etats de vivre en paix. Il faut que le différend soit un peu plus solide,
musclé. C’ est le principe coutumier. A côté de cela, il y a bon nombre de conventions qui
durcissent cette situation et qui prévoient qu’en cas de différend on puisse s’
adresser à un juge (ex
: convention 57, acte général on vise tout différend sauf réserve).

Il y a aussi le dernier principe qui est celui du libre choix des moyens, (article 33 de la Charte des
Nations Unies). C’ est un principe très prégnant dans l’ ordre international, les Etats peuvent
déterminer la manière dont le différend va être réglé. Le but est uniquement de régler le
différend. Il n’ est pas nécessaire d’ aller devant le juge pour régler un différend. Lorsqu'une
convention est conclue en matière de règlement des différends, il y a un chapeau qui est explicite
ou implicite selon lequel le système est convenu sauf accord contraire des parties.
Voilà pour les principes qui règlent le différend.

Maintenant, face à un différend concret, actuel, né et réel, il faudra apprécier dans un premier
temps quelles sont les pistes qui peuvent être suivies, c’ est-à-dire quels sont les liens
juridictionnels, quelles sont les bases dont nous disposons. Quels sont les traités qui existent et
qui imposent d’ aller devant un juge déterminé ? Il faut trouver le traité qui peut être invoqué. (Par
exemple : convention contre le crime de génocide même si l’ affaire ne relève pas exactement d’ un
génocide.)

La difficulté essentielle est de trouver la piste conventionnelle qui nous donnera accès à un juge.
Soit un acte général (et convention de 1957 mais c’ est plus rare car il y a tellement de réserves),
une convention multilatérale ou bilatérale, ou un acte unilatéral (s’ il y a saisine unilatérale de la
juridiction, il y a difficulté car l’ Etat défendeur va essayer de trouver des exceptions à la
compétence de la juridiction). Il faut vérifier les règles applicables dans le cas d’ un différend
particulier et les solutions à apporter à ce différend. C’ est le travail de recherche dès qu’ il y a un
différend. Et il faut connaitre en plus le contenu des règles de ces conventions qui peuvent
contenir des règles obligeant les Etats à négocier, à recourir à la médiation, etc. S’ il y a la
soumission obligatoire à une juridiction internationale, il faudra voir s’ il y a des règles de
procédure à respecter, des règles de formes. Dans certains cas, il faut négocier avant d’ avoir
recours à un juge ou il faut épuiser les voies de recours diplomatiques ou les voies de recours
internes. Mais il n’ y a pas nécessairement obligation d’ épuisement des voies de recours internes
s’il s’
agit d’
un droit attribué à l’
Etat directement.

Ex. Affaire du navire Saïga n°2 (Saint Vincent- et- les - Grenadines c. Guinée). C’
est une question qui a
été soumise au Tribunal international du droit de la mer, étant donné qu’ il s’
agissait de
l’arraisonnement d’ un navire battant le pavillon de Saint-Vincent de Grenadine. Saint-Vincent de
Grenadine a agi devant le tribunal et a réclamé réparation en raison d’ une violation d’une règle de
la convention des Nations-Unies qui octroie aux Etats le droit de faire circuler des bateaux qui
battent leur pavillon en haute mer sous leur juridiction. Il s’ agit d’un droit octroyé aux Etats
parties et non pas au profit des particuliers. Dans ce cas, le tribunal a considéré que la règle de
l’épuisement des voies de recours internes ne s’ appliquait pas, puisque le droit en question n’ était
pas conféré au profit des particuliers.

Egalement la règle de nationalité des demandeurs. En principe un Etat va invoquer une violation d’
un
droit et demander réparation pour des particuliers autres que ses ressortissants, donc cela pose un
problème de recevabilité devant la juridiction. Mais il y a des exceptions à cette règle, notamment
le principe de l’
unité du pavillon : si un Etat réclame réparation pour un dommage au navire, il est
possible de demander réparation pour tout le navire pas seulement pour les dommages causés à
ses ressortissants.

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Ex. La non application de la règle de nationalité a été invoquée dans un différend entre Israël et
Bulgarie suite à la chute d’
un avion abattu par les bulgares et Israël demande réparation pour
l’
ensemble des dommages causés à l’ aéronef ainsi qu’
à tous ses passagers, peu importe la
nationalité.

Ensuite, ce sont les questions de compétence, le lien juridictionnel fait appel à des questions
de compétence. La deuxième étape à franchir avant d’ arriver au fond concerne les questions de
recevabilité (admissibility), c’
est-à-dire des questions qui, bien que la compétence de la juridiction
soit reconnue, peuvent empêcher la juridiction d’ accéder au fond, de connaître le droit substantiel
et matériel lié au fond de l’ affaire. Les questions de recevabilité ont leur importance car l’ on sait
que lorsque la règle est invoquée, la règle qui a été énoncée pour protéger les particuliers, il faut
d’abord épuiser les voies de recours internes dans l’ ordre juridique de l’Etat qui prétendument a
causé le dommage par une violation du droit international. Il convient de relever que cette
condition ne vise pas toutes les violations du droit international, mais celles énoncées au profit
des particuliers (ex : article 91 convention sur le droit de la mer « tout Etat a le droit (… )» la règle
de l’épuisement des voies de recours internes ne joue pas).

Après l’ épuisement des voies de recours internes, il y a également la question de la nationalité des
requérants pour les questions de recevabilité, épuisement des voies de recours internes, la
question de l’ épuisement des voies procédurales si celles-ci existent (avant de saisir la juridiction,
il y a par exemple l’ exigence de négocier, consulter). Si ces obligations existent, ont-elles été
remplies ?
Même si les questions de compétence ont été réglées, il peut y avoir des obstacles liés à la
recevabilité. La compétence détermine le fait que la juridiction est valablement saisie mais avant
de connaître du fond de l’affaire, il y a encore des questions préalables.
C’ est donc un catalogue de règles auquel il faut prêter attention.

V. LA MULTIPLICATION DES JURIDICTIONS INTERNATIONALES

La multiplication des instances judiciaires internationales accentue la dimension jurisprudentielle


du droit international et peut constituer un signe de son efficacité et de sa crédibilité dans la
mesure où l’ élaboration des normes juridiques va de pair avec la création de moyen institutionnels
aptes à en déterminer le contenu et à en assure l’ application pratique. Par ailleurs, la création des
tribunaux pénaux internationaux modifie profondément l’ ordre juridique pénal en mettant fin à
l’
exclusivité de la compétence étatique pour juger les individus et crée donc une faille importante
dans le « paravent de la souveraineté » qui a trop souvent servi de prétexte à l’ impunité des
gouvernants.

Le phénomène de prolifération des juridictions internationales répond pour partie aux


transformations des rapports internationaux et il traduit, d’ un coté, une confiance accrue de la
part des États dans la justice internationale et, d’un autre coté, l’ ouverture progressive de cette
justice internationale à des entités non souveraines (particuliers, entreprises, ONG,… ).

Un plus large éventail d’ instances juridictionnelles au niveau international peut signifier qu’ un
plus grand nombre de différend feront l’ objet d’ un règlement judiciaire international, ce qui
amortit les crises et les différends qui, s’ils n’étaient pas réglés, pourraient mener à une rupture de
la paix et de la sécurité internationales.

Toutefois le rôle des relations internationales dévolues parfois à la justice internationales ne doit
pas être exagéré. La justice internationale ne peut pas juguler la violence qui sévit dans le monde

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moderne en l’ absence de volonté politique de réformer le système international et de
démocratiser les relations et les organisations internationales.

C’ est une utopie que de vouloir confier au juge la résolution des problèmes nationaux et
internationaux. Ce n’ est pas le règlement judiciaire international qui engendre d’ emblée la paix,
c’est au contraire la nécessité de maintenir et de rester en paix qui stimule le règlement judiciaire
des différends. Dans des périodes de forte tension internationale, les États évitent de s’ adresser
aux juridictions, tandis que, les périodes de détente internationale, ils sont davantage enclins à
régler leurs différends par la voie judiciaire.

A. RISQUES DE FRAGMENTATION DU DROIT INTERNATIONAL ?

Il pourrait exister une contradiction entre les différentes juridictions, le risque semble très exagéré
même s’ il peut exister car, premièrement, le risque a toujours existé en ce sens qu’ il y a toujours
eu soit l’arbitrage, soit l’
arbitrage + une juridiction.
La pluralité de juridictions est le prix à payer pour avoir un juge obligatoire, ce qui importe, c’ est
de vider un différend. Si l’ article 287 de la convention de Montego Bay a été mis en place, c’ est
parce que certains Etats ne voulaient pas de la Cour ou du tribunal.
Il est vrai que dans certains cas, il peut y avoir contrariété dans la jurisprudence d’ une même
juridiction, par exemple : affaire Loizidu. La Cour a mis de côté une réserve formulée par la
Turquie à l’ égard du consentement sur la compétence de la Cour. La réserve n’ est pas admise, on
peut l’ annuler et cela n’ affecte pas le consentement. La question se pose de savoir si la Cour
annule une réserve, est ce que ca ne va pas affecter le consentement à l’ égard de la Cour elle-
même ? Il n’ y a pas de contradiction car la question est posée, mais la Cour ne s’ est jamais
prononcée dessus.
Il y a tout de même un climat de courtoisie entre les juridictions internationales, il y a souvent des
renvois à des décisions rendues par un arbitrage. Elles ne fonctionnent pas de manière isolées
mais doivent au contraire prendre en compte les décisions rendues sur des points connexes. C’ est
la meilleure façon d’ arriver à une unité de jurisprudence et d’
éviter les divergences.

B. LE RISQUE DE FORUM SHOPPING


Le forum shopping est la possibilité pour des plaideurs de choisir entre plusieurs juridictions, de
choisir la plus favorable en fonction de ses intérêts, c’ est ce qui existe en DIP. Dans l’ ordre
juridique international, le problème ne se pose pas vraiment d’ être soumis à un tas de possibilité,
on rencontre plus un problème de manque d’ accès à une juridiction. C’ est plutôt le défaut de juge
obligatoire qui pose problème en DI. Bien souvent, il n’ y a pas de juge obligatoire et les plaideurs
doivent véritablement creuser et exploiter toutes les sources pour trouver un filon, pour trouver
LA convention qui contiendra une clause à un accès à une juridiction obligatoire.
Dans bon nombre de cas, à moins d’ un accord entre les Etats, il n’ y a pas de juge obligatoire !
Dans certains cas, c’ est vrai qu’ il y a une possibilité de choisir, pensons à l’ article 287 de la
CNUDM, il y a un choix entre 3 mécanismes mais bien souvent, ce choix ne se fera pas car il y a
une juridiction par défaut qui est l’arbitrage. Dans 80% des cas, c’ est l’arbitrage qui s’imposera par
défaut.

C. LA COORDINATION DES JURIDICTIONS INTERNATIONALES

1. Les mécanismes de renvoi


La coordination des juridictions internationales est assurée de deux manières :

▪ le procédé des voies des recours, qui soumettent une juridiction à une autre

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(-- ce procédé est exceptionnel en droit international. Il est possible entre les tribunaux
administratifs des Nations Unies et la CIJ.
▪ le procédé ordinaire (-- la spécialisation des juridictions) : Aucune juridiction n’
est soumise à
une autre dans l’ordre international.

1 –Les rapports entre les juridictions internationales et nationales


a –Principe général
■ Principe général établi par la jurisprudence : L’ existence de procédure d’un jugement, même
d’un recours, devant les juridictions nationales ne fait pas d’ obstacle à la procédure devant la
juridiction internationale ; à moins qu’
il ne s’
agisse d’une condition nécessaire à la recevabilité du
recours devant une juridiction internationale comme l’ est le mécanisme de la protection
diplomatique.

b –Exceptions conventionnelles : « electa una via » et « recours parallèle » :

1. L’ exception de « electa una via » –“fork the road”: Cette exception oblige le réclamant à
choisir entre la procédure nationale et la procédure internationale. Une fois ce choix effectué, il
n’y a plus de recours à l’
autre procédure.

Cette clause a été insérée dans la plupart des traités d’


investissement conclu par les États-Unis.
Elle figure également dans le traité qui construit l’
ALENA.

Traditionnellement, la France n’ insérait pas ces clauses. Mais, sa politique a évolué car le nouveau
traité bilatéral d’
investissement conclu par la France et le Maroc introduit cette clause, alors que le
traité antérieur ne comportait pas cette clause.

2. L’exception de « recours parallèle » : L’ exception de recours parallèle exclut la


compétence d’ un tribunal, lorsqu’
il y a un autre recours possible.
Cette clause a été parfois insérée dans le passé. Aujourd’ hui elle est réservée aux relations entre
les juridictions internationales.

2 –Les relations entre les juridictions internationales


a –Le principe général
■ Le principe général relatif à l’ autorité de la chose jugée a été énoncé en 1941 dans l’ affaire de
la « Fonderie de Trail » entre les États-Unis et le Canada. D’ après cette sentence, l’ autorité de la
chose jugée n’ existe que lorsqu’ il y a une identité des parties, une identité de cause et une identité d’
objet.

-- Il en résulte que le problème de la concurrence entre les juridictions internationales n’


est posé
en termes de litispendance que s’il y a les trois identités.

(1) –L’
identité des parties

L’ identité des parties a été interprétée traditionnellement stricte ;


ex. : certains intérêts allemands en Haute Silésie polonaise (CPJ, 1925 ; Usine de Chorzów ; Un allemand,
propriétaire d’ une usine saisie par la Pologne, a essayé d’ obtenir la restitution devant un tribunal
arbitral mixte germano-polonais.
Parallèlement, l’ Allemagne a saisi la Cour Permanente de Justice Internationale pour obtenir la
restitution de l’ usine au propriétaire. La Cour Permanente a considéré qu’ il ne pouvait pas y avoir
litispendance, car les parties n’ étaient pas identiques.

ex. : l’
affaire CME contre la République Tchèque. M LAUDER, un américain, possède plusieurs

27
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sociétés qui possèdent des sociétés dans des autres pays qui possèdent la société CME en Pays-
Bas.

CME achète une entreprise dans la République Tchèque qui crée une chaîne de TV. La Tchèque
adopte des mesures de sorte que CME perd le contrôle sur la chaîne. Il y a deux traités bilatéraux
: un traité entre les États-Unis et la République Tchèque qui protège M. LAUDER comme
individu et un traité entre les Pays-Bas et la République Tchèque qui protège CME comme
personne morale.

Devant les deux tribunaux la République Tchèque invoque l’ exception de litispendance. Pourtant,
les tribunaux ont considérés que ce ne sont pas les mêmes parties ;
ex. : 03. septembre 2001, l’
affaire LAUDER contre République Tchèque ; 13. septembre 2001, CME
contre République Tchèque.

(2) – L’
identité de l`objet : ne soulève pas de problèmes en pratique (-- l’
objet est ce qui est
demandé)

(3) –L’
identité de la cause

▪ Élément crucial : l’identité de fondement juridique de la demande ; il faut que les deux recours
soient fondés sur la même cause.
Le problème se posait en 1929 devant la Commission dans l’ affaire « AMERICAN BOTTLE
COMPANY », États-Unis contre Mexique.

Les États-Unis avaient présenté la même argumentation devant deux tribunaux :

-d’
abord devant une commission spéciale de réclamations entre les États-Unis et le Mexique, puis
devant une commission générale entre les États-Unis et le Mexique. Devant la Commission
générale, le Mexique a soulevé l’
exception de litispendance, car la même affaire avait été portée
devant la Commission spéciale.

La Commission générale a rejeté l’ exception, car les deux commissions n’ avaient pas la même
fonction. Les deux traités sont distincts, même s’ils sont rédigés avec les mêmes mots. Ils ne sont
pas considérés comme la même cause au fait du problème de la litispendance.

Exemple. : CEDH. Le Pacte des Nations Unies sur les DH est relatifs aux droits civils et
politiques. La Convention Européenne exclut la compétence de la CEDH, si substantiellement la
même affaire a déjà été portée devant un autre organe juridictionnel international ; (en réalité, la
Convention Européenne ne se limite pas aux organes juridiques internationales -- « une autre
instance internationale d’
enquête de règlement » -- utilisée pour être sûr de recouvrir que les
procédures de TAOIT et CEDH soient prises en compte).
Le pacte des Nations Unies dans son protocole I admet les recours individuels, sauf si ils sont
encore tendant devant un autre organe international.

La différence flagrante, c’ est que une fois que l’ affaire est déjà jugée par un autre organe
international, elle peut être soumis au Comité des Nations Unies, mais pas à la CEDH
-- Le Comité peut surveiller la CEDH, mais jamais l'inverse.

Étant donné que le pacte des Nations Unies est à peu près identique à la CEDH, la CEDH craint
qu’elle devienne subordonnée au Comité. Elle a obtenu que le Comité des Ministres du Conseil
Européen recommande aux États parties à la convention qui décident de adhérer au Pacte de

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mettre une réserve pour exclure que le comité puisse juger (se connaître compétent) des affaires
que la CEDH a déjà jugées.

La plupart des États européens ont émis des réserves. Certaines n’ ont pas voulu, notamment les
Pays-Bas. Depuis cette époque (1960), la Convention de DH s’ est élargie à des États qui étaient
déjà partie au pacte et qui donc ne pouvaient plus faire la réserve ; ex. République Tchèque.

La situation aujourd’
hui, c’est que pour plusieurs États, il n’
y a pas de réserve expresse. Or le
Comité des Nations Unies depuis sa jurisprudence « HENDRIX contre Pays Bas » considère
qu’en l’
absence de réserve, le Comité des Nations Unies peut juger une affaire déjà portée devant
la CEDH, même si le requérant invoque les mêmes dispositions, les mêmes mots.

-- 2 conclusions :

▪ La CEDH s’
aligne systématiquement à la jurisprudence du Comité des Nations Unies

▪ En pratique, la litispendance entre juridictions internationales n’


a jamais été admise en l’
absence d’
une clause
expresse ou d’
une réserve

2. L’exception de « recours parallèle » : Cette exception prévoit qu’ un tribunal est


compétent à moins que la même affaire entré également dans la compétence d’
un autre tribunal.

C’est le cas dans la Convention de Montego Bay pour les litiges relatifs au droit de la mer.
La question se posait dans l’
affaire du « thon à nageoire bleue » entre Australie et Japon. Estimant
que les pêches japonaises étaient excessives, l’Australie a fait une demande d’ arbitrage contre le
Japon fondée sur la convention de droit de la mer, bien qu’ il y ait une réglementation spéciale
pour la préservation du thon.

Le tribunal arbitrale s’est déclaré incompétent, car il existait un recours parallèle – dans le
règlement spéciale fondé sur la Convention – (dans la Convention il y a seulement un renvoi
explicit au règlement spéciale) pour le cas de préservation du thon.
-- Dans la convention sur le droit de la mer, l’
exception parallèle est explicite.

▪ La multiplication des juridictions a rendu fréquent les cas de compétence simultanées entre
plusieurs organes. Cela a provoqué un débat doctrinal très fort et très animé. Pour certains, c’
est
une catastrophe, pour d’autres, c’
est la bonne fortune du droit international.

▪ La multiplication des procédures a souvent lieu en matière des responsabilités ;


ex. : LAUDER/CME cherchent tous les deux la responsabilité tchèque. Pour ce problème s’ est
établi que un État ne saurait pas tenu d’ indemniser deux fois le même préjudice.
Il en résulte pour stade de recevabilité, il faut imputer la somme accordée au titre de la première
procédure sur la somme accordée au titre de la deuxième procédure. Même si la personne n’ est
pas la même, on considère que le dommage est effacé dans la mesure qu’ une indemnité partielle a
été accordée.

En droit international, il est donc possible d’ introduire des recours parallèles devant deux
juridictions compétentes et les décisions discordantes sont admises. Pour pallier le cumul des
procédures, deux grands principes généraux ont été établis : il s’
agit d’
une part du principe de non
bis in idem selon lequel un différend ne peut être jugé qu’une seule fois (la décision ayant acquis
l’
autorité de la chose jugée) et d’ autre part du principe de litispendance selon lequel deux
juridictions ne peuvent être saisies parallèlement d’une même affaire. Ainsi une juridiction doit-

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elle se déclarer incompétente si elle est saisie d’ une requête qui a déjà été jugée ou qui est déjà
soumise à une autre instance. Ces principes sont courants dans les droits nationaux –comme en
droit allemand avec les articles 261 III 1 ZPO et §17 I 2 GVG – et ont été transposés dans
certains cas au droit international et notamment dans le domaine de la protection des droits de
l’homme. En effet, il existe de nombreux mécanismes de protection des droits de l’ homme,
universels ou régionaux, fondés sur des traités distincts mais comportant des dispositions
comparables. Cette forte concurrence augmente le risque qu’ un même comportement étatique
soit soumis à des organes distincts. Or, c’ est en particulier dans ce domaine, basé sur le respect de
conceptions universelles, qu’ il faut veiller à limiter la multiplication des procédures.
La Convention européenne des droits de l’ homme (« CEDH ») entend éviter les cas de
cumul de procédures pour une même affaire. C’ est pourquoi, d’ après l’
article 35 §2 litt. b CEDH
« La Cour ne retient aucune requête individuelle introduite en application de l’ article 34, lorsqu’(… ) elle est
essentiellement la même qu’ une requête précédemment examinée par la Cour ou déjà soumise à une autre instance
internationale d’ enquête ou de règlement, et si elle ne contient pas de faits nouveaux». Il pose ainsi, dans un
sens élargi, un système d’ exceptions de litispendance et de non bis in idem pouvant être soulevées
par l’ Etat défendeur lors de l’ examen de la recevabilité de la requête. Si l’ une d’ elle est constatée,
la requête individuelle ne sera pas examinée au fond.

CHAPITRE I.

LE CONTENTIEUX INTERNATIONAL DEVANT LES ORGANES D'ARBITRAGE


Section I. Naissance et développement de l’arbitrage
A. LES PREMIERES EXPERIENCES CONCLUANTES D’ARBITRAGES INTERNATIONAUX

L’arbitrage correspond à un mode juridictionnel de règlement des différends, ce qui


induit le caractère obligatoire des décisions prises dans ce cadre. Si de nombreux arbitrages
ont été rendus dès la Grèce antique, son histoire moderne remonte au Traité Jay de 1794 et
surtout à l’arbitrage rendu dans l’affaire anglo-américaine de l’Alabama en 1872 (sanction de
la Grande-Bretagne pour violation de sa neutralité pendant la guerre de Sécession). Très utilisé au
début du XXème siècle, il a fait l’ objet de plusieurs tentatives d’institutionnalisation et une
Cour permanente d’arbitrage (CPA) a même été fondée en 1899. Contrairement à ce que
laisse supposer sa dénomination, la CPA n’ est pas une juridiction arbitrale permanente, mais
consiste simplement en une liste de jurisconsultes susceptibles de participer à un tribunal
arbitral. Elle correspond donc surtout à une méthode propre à faciliter la création de telles
instances. Elle existe cependant encore et prête parfois son assistance technique à des
tribunaux arbitraux établis hors de son cadre. Dans la même logique, la SDN a adopté en 1928
l’Acte général d’arbitrage –révisé en 1949 par l’ Assemblée Générale de l’ ONU –pour inciter
à recourir à ce mode de règlement des litiges, mais les progrès les plus significatifs ont été
faits au plan régional (ex : Commission d’ arbitrage pour l’ex-Yougoslavie en 1991). Après une
période de relative défaveur, l’ arbitrage connaît du reste aujourd’hui un regain d’intérêt de la
part des Etats, notamment en matière de délimitation territoriale (ex : différend France-
Canada à propos de la délimitation maritime entre le Canada et Saint-Pierre-et-Miquelon tranché
en 1992 ; différend entre Egypte et Israël à propos de Taba en 1988) ou encore pour des
différends entre un Etat et une personne privée étrangère (ex : litiges entre la Libye et BP en

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1973 ; rôle du Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux
Investissements).

L’arbitrage de 1872 en l’ affaire de l’


Alabama a constitué le début d’ une étape décisive. Aux termes
du traité de Washington de 1871, les États-Unis et la Grande-Bretagne sont convenus de
soumettre à un tribunal arbitral les réclamations que les premiers formulaient contre la seconde
pour avoir violé sa neutralité pendant la guerre de sécession. La sentence par laquelle, le tribunal
arbitral a condamné la Grande-Bretagne au versement d’ une indemnité et l’
exécution effective de
cette sentence ont servi à démontrer l’ efficacité de l’arbitrage pour le règlement d’ un litige
important. C’ est ainsi qu’au XIXe siècle, on a cherché à étendre la pratique de l’ arbitrage soit par
l’
introduction dans les traités des clauses qui prévoyaient le recours à l’ arbitrage, soit par la
conclusion des traités d’ arbitrage pour le règlement de catégories déterminées de différends entre
États, soit par une tentative d’ élaboration d’un droit d’arbitrage.

B.L’institutionnalisation de l’arbitrage
1. La codification
La conférence de la Haye de 1899 aboutit à l’ adoption de la convention pour le règlement
pacifique des différends. Plusieurs clauses évoquent le recours à l’ arbitrage international. Très
ème
utilisé au début du XX siècle, il a fait l’
objet de plusieurs tentatives d’institutionnalisation et une
4
Cour permanente d’ arbitrage (CPA) a même été fondée en 1899 . la CPA n’ est pas une juridiction
arbitrale permanente, mais consiste simplement en une liste de jurisconsultes susceptibles de
participer à un tribunal arbitral.
Vont ensuite se développer les références à l’ arbitrage international : L’ acte général
d’Arbitrage de 1928, article 33 de la Charte des Nations Unies, au niveau régional et bilatéral ; de
nombreuses conventions d’ arbitrage vont être signés entre États.

Malgré tout, depuis la fin du 20e siècle, il n’y a pas eu de nouvelle tentative de codification
sur l’
arbitrage, alors que la CDI en a été saisie depuis 1950. Les États restaient réticents vis-à-vis
de ce projet.

2.Les formes

-L’arbitrage institutionnel : L’ arbitrage institutionnel est l’


arbitrage dont les parties ont confié
l’organisation à une institution permanente d’ arbitrage, et qui se déroule conformément au
règlement d’ arbitrage élaboré par cette institution. Les parties confient le soin à l’ institution
d’ arbitrage d’
organiser tout ou partie de la procédure, et notamment de proposer des arbitres en
les choisissant dans une liste de référence déterminée par l’ institution. Celle-ci n'est pas une

4 La conférence de la Paix de La Haye de 1899 a marqué un nouveau pas dans l’ histoire moderne de l’ arbitrage
international. Cette conférence dont l’ objet principal était de discuter de la paix et du désarmement, a fini par adopter
une convention pour le règlement pacifique des conflits internationaux. La convention de 1899 prévoyait la création
d’une institution permanente qui permettrait de constituer des tribunaux arbitraux et faciliterait leur fonctionnement.
C’est cette institution qui est connue sous le nom de Cour permanente d’ arbitrage. Elle était constituée d’une liste de
jurisconsultes désignés par chacun des pays ayant adhéré à la convention - jusqu’ à concurrence de quatre par pays - et
parmi lesquels on pourrait choisir pour composer chaque tribunal arbitral. En outre la convention a fondé un bureau
permanent, installé à La Haye et chargé de fonctions correspondant à celles d’ un greffe ou d’ un secrétariat, et elle a
défini une série de règles de procédure applicables à la conduite des arbitrages. La Cour permanente d’ arbitrage a été
installée en 1913 au Palais de la Paix construit pour elle grâce à un don d’ Andrew Carnegie. Cette Cour a contribué
de manière positive au développement du droit international. On peut rappeler que quelques affaires ont été réglées
par son mécanisme : la Saisie du Manouba et du Carthage (1913), les Frontières de l’ île de Timor (1914) ou la Souveraineté
sur l’
Ile de Palmas (1928).

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juridiction : son rôle se limite à administrer et à fournir un minimum d'infrastructure aux
arbitrages qui se déroulent sous son égide. Chaque institution peut appliquer son propre
règlement d'arbitrage. Toutefois, mises à part les dispositions destinées à régir la procédure
arbitrale, spécifiques à chaque institution, ces règlements se réfèrent à certains principes
communs : indépendance et impartialité des juges, caractère contradictoire de la procédure, pas
de traitement discriminatoire.
L’ arbitrage commercial international oppose des « opérateurs économiques privés »5.
L’ arbitrage commercial est donc un mode de résolution de litige dans lequel deux entreprises s’ en remettent à un
tribunal privé qu’elles constituent elles-mêmes en nommant le plus souvent un ou trois arbitres. Ces derniers rendent
une sentence qui s’impose aux parties, laquelle est dite exécutoire, parce que chacune des entreprises peut faire appel
à la puissance publique pour la faire appliquer.
L’ essor actuel de l’ arbitrage international dans le domaine de la protection des
investissements internationaux doit sa vigueur aux accords de promotion de l’ investissement qui
se sont multipliés entre pays exportateurs d’ investissement et pays non industrialisés, pour
favoriser le développement des derniers en posant les bases juridiques permettant l’ afflux des
capitaux étrangers. En effet, quelle sécurité offriraient des accords envisageant la promotion des
investissements, sans garanties procédurales permettant de soumettre les différends à des juges
impartiaux ? Comment susciter la confiance des investisseurs, sans mécanisme assurant
l’effectivité de la protection des capitaux qu’ ils apportent ? L’ arbitrage international est apparu
comme la réponse permettant d’ assortir la protection des investissements internationaux d’ un
mécanisme fiable de règlement des différends.
De nouvelles institutions d'arbitrage sont régulièrement créées sur chaque continent, dans
le reflet d'un monde de plus en plus globalisé nécessitant neutre, mais efficace, mécanismes de
règlement des différends. Seules certaines institutions d'arbitrage sont bien établis et ont une
expérience bien établie, toutefois, tels que la Cour pénale internationale à Paris, où la pratique de
l'arbitrage international moderne a été fondée par la Cour internationale d'arbitrage de la Cour
pénale internationale. La CPI, qui a également préparé le premier projet de la Convention de
New York, ce qui permet l'exécution des sentences arbitrales en 154 des pays, est souvent appelé
“Rolls-Royce” de l'arbitrage international pour son prestige, la qualité et de l'histoire. Il est
seulement l'une des nombreuses institutions d'arbitrage qui peut être considéré, toutefois, et ne
peuvent pas toujours être le meilleur choix en fonction de l'emplacement des Parties et les
caractéristiques d'un conflit potentiel.

Ex : La Cour internationale d'arbitrage de la Cour pénale internationale: La Cour


internationale d'arbitrage (souvent appelé la « Cour internationale d'arbitrage ») a fourni des
services pour plus de 23,000 cas d'arbitrage depuis sa création en 1923. La Cour internationale
d'arbitrage est un organisme indépendant et autonome, faisant partie de la Chambre de
commerce internationale (la « CPI »), la plus grande organisation commerciale du monde, dont le
siège est à Paris, France. La Cour internationale d'arbitrage, en dépit d'être appelé « la Cour », est
pas un organe judiciaire et ne pas lui-même porter un jugement sur les aspects de fond des
5 « Arbitrage commercial international », in Dictionnaire de droit international public, op. cit., p. 77. À côté de l’ arbitrage de
type commercial, existe également un système en pleine croissance d’ arbitrage sportif international entre « opérateurs
privés » du monde sportif. Voy. Notamment A. RIGOZZI, L’ arbitrage international en matière de sport, Helbing &
Lichtenhahn, LGDJ/Bruylant, Bâle, 2005, 880 p. et la chronique annuelle des sentences du Tribunal arbitral du sport
(TAS) dans le Journal du droit international et dans la Revue de l’
arbitrage. À noter que nombre d’ arbitres de la CCI ou du
CIRDI font partie des listes du TAS.

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questions litigieuses. Selon son Statut, publié à l'annexe I de la Règlement d'arbitrage CCI, le rôle
principal de la Cour internationale d'arbitrage est d'assurer la supervision des procédures
d'arbitrage conformément au Règlement d'arbitrage CCI, avec son rôle, y compris l'examen et
l'approbation des sentences arbitrales. La Cour internationale d'arbitrage suit son règlement
intérieur, qui sont fixés à l'Annexe II de Règlement d'arbitrage CCI. La Cour internationale
d'arbitrage se compose d'un président, Vice-présidents et de ses membres. Les membres sont
nommés pour un mandat de trois ans par le Conseil mondial de la CCI sur les propositions des
comités nationaux et des groupes. Pour son mandat actuel (2018-2021), la Cour internationale
d'arbitrage a 176 Les membres de 104 pays et territoires, avec la parité des sexes précise de 88 les
femmes et 88 Hommes. Le président actuel de la Cour internationale d'arbitrage est M.. Alexis
Mourre de la France, qui a été nommé pour un second, mandat de trois ans qui a débuté le 1
juillet 2018. Dans son travail, la Cour internationale d'arbitrage est assisté par le Secrétariat de la
CPI. Le Secrétariat général a un secrétaire général, en charge de la gestion au jour le jour du
Secrétariat de la Cour. Le Secrétaire général est assisté par un Secrétaire général adjoint, en
collaboration avec une équipe d'autres activités de planification du personnel et des spécialistes et
de la supervision des opérations quotidiennes. Gestion Conseil et le Secrétaire général et le
Secrétaire général adjoint tous les aider à gérer la charge de travail. Gestion avocats sont assisté
par une équipe composée de deux ou plusieurs sous-conseiller et deux secrétaires ou plus.
Lorsque les parties sont d'accord sur une clause d'arbitrage se référant au Règlement d'arbitrage
CCI, ils attribuent également certains pouvoirs de décision à la Cour internationale d'arbitrage.
Ces pouvoirs comprennent, par exemple: le pouvoir de la Cour internationale d'arbitrage de
prendre des décisions concernant les arbitres (nomination et remplacement des arbitres, décider
des défis à leur encontre); le suivi du processus d'arbitrage pour s'assurer qu'il est effectué
correctement et avec la rapidité et l'efficacité requise; examen et l'approbation de toutes les
sentences arbitrales, afin d'assurer la qualité et le caractère exécutoire; réglage, la gestion et, si
nécessaire, l'ajustement des droits et avance des frais; et la supervision des procédures d'urgence
avant le début de l'arbitrage. Les langues officielles et de travail de la Cour internationale
d'arbitrage sont l'anglais et le français.

La chambre de commerce international de Paris, L’ arbitrage commercial


international s’est développé dans le prolongement de la création à Paris, entre les deux guerres
mondiales, de la Cour internationale d’ arbitrage de la Chambre de Commerce Internationale
(CCI) et de la multiplication des échanges et des investissements internationaux liés à la
reconstruction. C’ est l’
occasion de mentionner le rôle crucial rempli par cette institution dans la
connaissance et l’ acceptation de l’arbitrage international. La CCI enregistre tous les ans un
nombre croissant de requêtes d’ arbitrage (817 en 2009) et gère près de 1500 procédures, soit une
croissance de près de 50 % sur dix ans. Les parties impliquées dans ces litiges représentent près
de 130 nationalités, dont 40 % seulement sont issues de pays d’ Europe du nord et de l’ ouest, les
autres parties du monde étant toutes significativement concernées.

La Cour d'arbitrage de Londres international (le LCIA): Une autre Cour d'arbitrage célèbre
est le Cour d'arbitrage international de Londres (la "LCIA»), une importante institution
d'arbitrage basée à Londres, Royaume-Uni. A l'origine connu sous le nom de « Ville de Londres
Chambre d'arbitrage » et connu sous le nom « Cour d'arbitrage de Londres », en raison d'un

33
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nombre croissant de cas internationaux son nom a été changé en 1986 à la « London Court of
International Arbitration », ou « LCIA », comme il est communément connu. Le LCIA est,
toutefois, pas un tribunal, mais une société indépendante limitée par garantie constituée en
Angleterre. Aujourd'hui, le LCIA est tout à fait indépendant de lui deux organismes fondateurs –
la ville de Londres et la Chambre de commerce de London. Le LCIA est régie par un directeur
général et un conseil d'administration, composé d'éminents praticiens basés à Londres, qui sont
responsables du développement de la LCIA. Le directeur général et le conseil d'administration,
toutefois, n'ont pas d'impact significatif ni implication directe dans l'administration de la
procédure arbitrale. Ceci est pour le Secrétariat LCIA et la Cour d'arbitrage LCIA. Le Secrétariat
a un bureau d'enregistrement, Greffier adjoint et plusieurs conseillers juridiques dont le rôle est
l'administration au jour le jour des cas. La Cour d'arbitrage LCIA, à son tour, est un organe non
permanent du LCIA dont la mission est la nomination des tribunaux d'arbitrage, décisions sur les
défis des arbitres et le contrôle des coûts, tout comme la Cour internationale d'arbitrage de la
Cour pénale internationale. La Cour LCIA a un président et plusieurs vice-présidents, et ses
membres sont des praticiens d'arbitrage de premier plan, arbitres et universitaires. Le président
actuel de la Cour LCIA est Judith Gill QC (Royaume-Uni).

La Cour permanente d'arbitrage: En plus de la Cour internationale d'arbitrage et la


Cour d'arbitrage international de Londres de la CPI, un autre bien connu « Cour d'arbitrage » est
le Cour permanente d'arbitrage (« APC »), à La Haye, Pays-Bas. Le PCA a été créé en 1899 pour
faciliter l'arbitrage et d'autres formes de règlement des différends entre les Etats. L'APC n'est pas
un tribunal international lui-même, mais plutôt une organisation intergouvernementale dans le
but des partis aider à la conduite des arbitrages. Aujourd'hui, l'APC a 121 Parties contractantes
qui ont adhéré à l'une des conventions fondatrices de la CPA. L'APC fournit un soutien
administratif dans les arbitrages internationaux impliquant diverses combinaisons d'Etats, entités
étatiques, les organisations internationales et les parties privées.
Dans les années 1990, cependant, la CPA a connu une certaine renaissance. Aujourd’ hui,
de nombreuses affaires sont pendantes devant son mécanisme, portant sur une grande variété de
litiges entre diverses combinaisons d’ Etats, d’
organes de l’ Etat, d’organisations internationales et
de parties privées. Parmi les différends interétatiques les plus récents pour lesquels la CPA a servi
de greffe figurent l’ affaire opposant l’ Erythrée et le Yémen sur des questions de souveraineté territoriale
et de délimitation maritime (1998 et 1999) ; celles de la commission de délimitation entre l’ Erythrée et
l’Ethiopie (2008) et de la commission des réclamations entre l’ Erythrée et l’
Ethiopie (2009), concernant,
respectivement, la délimitation de leur frontière et diverses demandes en dommages-intérêts à la suite d’
hostilités
entre elles ; l’
arbitrage entre l’
Irlande et le Royaume-Uni (2008) dans le cadre de la convention pour la
protection du milieu marin de l’ Atlantique du Nord-Est de 1992(convention OSPAR) ; l’ arbitrage
entre le Pakistan et l’ Inde relatif aux Eaux de l’ Indus Kishenganga ; et divers arbitrages en
application de l’ annexe VII de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982,
dont un différend lié à l’ environnement dans l’ affaire de l’usine MOX entre l’ Irlande et le
Royaume-Uni(2008) et plusieurs délimitations maritimes : Barbade/Trinité-et-Tobago
(2006),Guyana/Suriname (2007) et Bangladesh/Inde (depuis 2010). La CPA a également fait
fonction de greffe dans le différend frontalier opposant le Gouvernement du Soudan au
Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (2009). Les litiges entre des parties privées
et des Etats ou des organes de l’ Etat entrent depuis longtemps dans le mandat de la CPA, comme
l’arbitrage Radio Corporation of America c. Chine, premier du genre en 1935. Actuellement, les
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différends liés aux investissements entre parties privées et Etats hôtes liés par des traités
d’investissement bilatéraux ou multilatéraux représentent environ deux tiers de ses arbitrages.
L'APC fournit souvent l'administration de cas à l'appui de l'arbitrage en vertu du
Règlement de la CNUDCI. Le Secrétaire général de l'APC effectue également certains fonctions
spéciales en ce qui concerne l'autorité de nomination en vertu du Règlement de la CNUDCI.
L'APC a également ses propres règles d'arbitrage, la PCA Règlement d'arbitrage, dont la version
la plus récente a été publiée en 2012.

La Commission internationale d’arbitrage économique et commercial de la Chine


(CIETAC) : C’ est l’
un des centres d’ arbitrage à très grande activité. La CIETAC a été créée en
1954, pour régler les conflits entre les compagnies étrangères et les sociétés chinoises. Elle a mis
en place des sous-commissions, comme celle de Shanghai qui est très active. En 1998, elle a remis
à jour son règlement d’ arbitrage pour lui permettre d’ étendre sa capacité aux conflits internes
concernant les joint ventures, où participent des investisseurs étrangers, et aux sociétés à capitaux
exclusivement étrangers, implantées en Chine. Le nombre total des nouvelles requêtes d'arbitrage
soumises à la CIETAC en 1999, en incluant ses sous-commissions, était d’ environ 700.

Le Centre international pour la résolution des conflits de l’association américaine


d’arbitrage (AAA) : Fondé en 1926, l'AAA offre un large éventail de services, y compris pour
l’éducation et la formation. Aux États-Unis, en 1999, elle a géré plus de 140,000 litiges avec des
règlements spécialisés dans les domaines de l’ emploi, l’assurance, la construction, le commerce,
les valeurs, etc. En 1996, elle a établi, à New York, le Centre international pour la résolution des
différends, qui administre, aujourd’ hui, les arbitrages commerciaux internationaux de l’ AAA. Le
règlement d’ arbitrage international de l’ AAA, révisé en 2000, régit les arbitrages internationaux
soumis à l’AAA. En 1999, elle a traité environ 450 litiges.

-L’Institut d’arbitrage de la chambre de commerce de Stockholm : Il a été crée en


1917. C’ est une entité indépendante de la Chambre de commerce de Stockholm. Dans les années
70, il a été reconnu par les États-Unis et l’ Union Soviétique comme un centre neutre de
résolution des conflits commerciaux est-ouest. Depuis lors, cet institut a étendu ses services et il
gère des cas impliquant des parties de plus de 40 pays.

-La Cour internationale d’arbitrage de Londres (LCIA) : Elle est établie à Londres et
c’est peut-être la plus ancienne institution d’
arbitrage commercial. D'abord institution à caractère
national, elle s'est grandement internationalisée en 1985, avec la formation de la Cour
"internationale" d’ arbitrage de Londres. Ses principales fonctions sont la nomination des
tribunaux d’ arbitrage, l'examen des demandes de récusation des arbitres et la gestion des frais
d'arbitrage. Elle ne contrôle pas les sentences arbitrales.

Le Centre régional d’arbitrage de Kuala Lumpur : Il a été créé en 1978 à l’ initiative du


comité consultatif juridique africano-asiatique et avec l’ aide du gouvernement de Malaisie. Le
Centre offre des infrastructures pour l’ arbitrage des litiges d’ affaires de la région. Il applique le
règlement d’ arbitrage de la CNUDCI de 1976 avec certaines modifications. Un amendement de la
Malaysian Arbitration Act exclut les arbitrages internationaux soumis règlement du Centre, du
contrôle des juridictions malaisiennes. Le Centre a plusieurs salles d’ audience, des salles pour le
délibéré des arbitres, une bibliothèque et un secrétariat spécialisé.

Le Centre régional d’arbitrage du Caire : Comme celui de Kuala Lumpur, il a été crée
en 1978 à l’
initiative du comité consultatif juridique africano-asiatique, mais avec l’
aide du

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Gouvernement égyptien. Son activité principale est la gestion des cas d’ arbitrages nationaux ou
internationaux. Il a géré environ 38 affaires durant l’année 2000. Ces affaires concernaient aussi
bien la construction, l’import-export, les contrats de fourniture que des contrats de gestion et
d’exécution ou d’ assurance. Depuis 1992, le centre a ouvert une institution d’
arbitrage maritime, à
Alexandrie.

La Cour d’arbitrage commercial international de la Chambre de commerce et


d’industrie de la Fédération de Russie : Elle est basée à Moscou, la Cour internationale
d’arbitrage commerciale (autrefois le tribunal d’ arbitrage de la chambre de commerce et
d’industrie de l’
URSS) a plusieurs décennies d’
expérience en tant qu’ institution d’
arbitrage. Elle a
géré environ 415 cas en 1998 impliquant des parties de 59 pays différents.

Le Centre d’arbitrage et de médiation de l’Organisation mondiale de la propriété


intellectuelle (OMPI/WIPO) : Il est installé à Genève en Suisse. Il a été crée en 1994 afin
d’offrir des services d’arbitrage et de médiation pour la résolution des différends commerciaux
internationaux entre des personnes privées. Ses règlements ont été rédigés pour répondre aux
besoins particuliers des litiges relatifs aux technologies et divertissements et autres litiges
impliquant la propriété intellectuelle. Le Centre a consacré des ressources importantes pour
établir un cadre opérationnel afin de gérer les conflits liés à l’ Internet et au commerce
électronique. Depuis 1999, il a été le seul à prendre des décisions concernant les conflits
provenant de l’ enregistrement des noms de domaine sur l’ Internet.

La Cour commune de justice et d’arbitrage de l'OHADA : En 1993, le traité de


l’
OHADA (organisation pour l’ harmonisation en Afrique du droit des affaires) ratifié par 16 pays
d’Afrique centrale et occidentale, fournit un cadre juridique unifié pour le droit des affaires dans
cette région. Parmi ses institutions, se trouve la Cour permanente de justice et d’ arbitrage, dont le
siège se trouve à Abidjan, en Côte d’ Ivoire. En 1998, l'Acte uniforme de l’OHADA sur l'arbitrage
est entré en vigueur, ainsi que le règlement d’ arbitrage de la Cour permanente. Une des fonctions
administratives de la Cour est de gérer les arbitrages que les parties lui soumettent. Elle contrôle
également la rédaction des sentences arbitrales. Bien que ses activités d’ arbitrage ne se soient
mises en place qu’ en 2001, on s’ attend à ce qu’ elle joue un rôle régional prépondérant dans la
gestion des conflits d’arbitrage en Afrique centrale et occidentale.

Le tribunal arbitral du sport: Une autre « Cour d'arbitrage » de premier plan est le
Tribunal Arbitral du Sport («CAS»). Le CAS est basée à Lausanne, Suisse et est aujourd'hui un
corps principal de la résolution des différends liés au sport. Le CAS est pas non plus un tribunal,
mais plutôt un organe d'arbitrage aider à l'administration d'une procédure d'arbitrage en questions
sportives. Depuis sa création en 1984, dans le cadre du Comité international olympique, le TAS a
considérablement contribué à développer l'arbitrage sportif comme méthode fiable et rapide pour
la résolution des différends sportifs.

Certains tribunaux d'arbitrage sont plus récentes. Une institution d'arbitrage a récemment
établi, par exemple, est le Cour d'arbitrage d'art. le Cour d'arbitrage d'art a été créé à La Haye en
Juin 2018 conjointement par l'Institut d'arbitrage des Pays-Bas et l'authentification dans l'art
Fondation chargé de superviser les services d'arbitrage et de médiation, en réponse aux difficultés
dans les affaires liées à l'administration judiciaire art-. Comment cette institution d'arbitrage va
jouer son rôle prévu dans la pratique reste à voir.

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En conclusion, la « Cour internationale d'arbitrage », « Cour permanente d'arbitrage » et
d'autres tribunaux d'arbitrage ne sont pas des tribunaux au sens des entités à régler les différends
de fond entre les parties elles-mêmes. Plutôt, ils sont des institutions d'arbitrage, ou des organes
des institutions d'arbitrage, dont le rôle principal est d'aider à administrer, superviser et contrôler
les procédures d'arbitrage et de médiation dans différentes règles d'arbitrage.

2.L’arbitrage ad hoc
L’ arbitrage ad hoc est l’ arbitrage qui se déroule en dehors de toute institution permanente
d’ arbitrage. Il est organisé par les parties elles-mêmes qui choisissent librement les arbitres, le lieu,
le droit applicable, la procédure. Cette liberté a toutefois son corollaire : il y a blocage possible de
la constitution du tribunal en cas de refus de l'une des parties ou de désaccord des deux parties.
Ce mécanisme permet la plus stricte confidentialité, car les parties gèrent elles-mêmes la
procédure, et présente l'avantage d'être moins onéreux que l'arbitrage institutionnel (pas de frais
liés à l'organisme d'arbitrage). Il est possible d'encadrer la procédure par un recours subsidiaire à
la loi nationale sur l'arbitrage, ou à un règlement déjà existant. C'est à cette fin que la Commission
des Nations unies pour le droit du commerce international a élaboré un règlement d'arbitrage - il
permet notamment de contrer le risque de blocage de la constitution du tribunal.
L'arbitrage ad hoc est une procédure d'arbitrage qui ne se déroule pas selon le règlement
d'arbitrage d'une institution d’ arbitrage. Les parties n'ayant pas d'obligation de soumettre leur
arbitrage au règlement d'une institution arbitrale, elles peuvent convenir de leurs propres règles de
procédure. En d’ autres termes, l’arbitrage ad hoc est un arbitrage fait par soi-même.

A. La composition de l’organe arbitral


Sous la réserve de l’ arbitrage institutionnel avec un règlement déjà préétabli, la composition du
tribunal arbitral est maîtrisée par les parties. Plusieurs modèles sont possibles :

1. Le modèle le plus ancien : l’arbitre unique : pratiqué encore en 19ème siècle, souvent
avec un homme politique choisi pour l’ arbitre (c’était souvent un monarque) ;

ex. : le tsar de Russie a indemnisé les États-Unis pour la perte pécuniaire résultant de la libération
des esclaves par la Britannique.
ex. : le roi d’Italie a attribué l’
île de Clipperton à la France (France contre Mexique).

▪ La figure de l’
arbitre était souvent un chef d’
État ;
ex. : Reine Elisabeth II a rendu plusieurs arbitrages en Amérique latin après la 2e Guerre
Mondiale

En réalité, le roi n’exerce pas vraiment la fonction d’ arbitre ; il organise lui même un arbitral et
signe la sentence.
Le chef d’ État était désigné en tant que l’
organe. S’
il mourait pendant le procès, son successeur
signerait la sentence.

La figure de l’
arbitre unique n’
a pas disparue, mais elle est pratiquée avec un spécialiste du droit --
parfois devant le CIRDI et parfois dans l’
arbitrage interétatique

2. Le modèle de la commission mixte :


▪ créé par la commission JAY de 1794
▪ chaque partie désigne un nombre égal de commissaires qui sont chargés de rendre la sentence.
En cas de désaccord entre les commissaires, l’
affaire est soumise à un surarbitre qui rend la
décision.

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▪ utilisé souvent au 19ème siècle, encore pratiqué parfois. Mais aujourd’ hui, le surarbitre est
plutôt devenu un tiers membre (surarbitre = « un tiers »).
▪ C’ est ainsi que fonctionnent les commissions concernant le traité de paix de 1947.

3. Modèle de la commission à trois membres :


▪ Aujourd’ hui, le modèle arbitral, c’
est le modèle à trois membres.
▪ Dans l’ arbitrage inter- étatique, les états utilisent également des tribunaux de cinq membres.
▪ Souvent, les parties se servent de la cour permanente de l’ arbitrage
-- règlement de procédure complété par une liste d’ arbitres créée par la Convention de La Haye
de 1907
-- la liste et le règlement sont permanents, mais la cour n’ est pas un organe permanent. Elle ne
siège pas en permanence. Ce n’ est que un mécanisme de composer des tribunaux.

b) Modalités de fonctionnement du tribunal


■ Le statut des arbitres :
-- Les arbitres siègent en tout indépendance.
-- Ils ont un devoir d’ impartialité.
-- Ils ne représentent pas la partie qui les a désignés.
-- Ils ne reçoivent pas d’ instructions.
-- Ils ne disposent pas de pièces autres que celles transmises au tribunal.

▪ Sachant néanmoins, l’ arbitre n’


est jamais indépendant.
L’ indépendance de l’ organe est garantit par l’
équilibre de dépendances des arbitres ! En ce qui
concerne le choix des arbitres, chaque partie fait un équilibre entre deux stratégies :
il faut choisir un arbitre qui va défendre sa position. Mais plus il est clairement dépendant, moins
il peut influencer le troisième arbitre.

CHAPITRE II

LE CONTENTIEUX DEVANT LES JURIDICTIONS INTERNATIONALES


PERMANENTES A CARACTERE UNIVERSEL

SECTION I. LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE (CIJ)

1. HISTORIQUE : DE LA CPJI A LA CIJ

La CPJI a été établie par la Société des Nations. Aux termes de l’ article 14 du Pacte de la Société
des Nations (SDN), le Conseil de la Société était chargé de formuler un projet de Cour
permanente de Justice internationale. Cette juridiction devait non seulement connaître de tout
différend d’un caractère international que les parties lui soumettraient, mais aussi donner des avis
consultatifs sur tout différend ou tout point dont la saisirait le Conseil ou l’ Assemblée. Il restait
au Conseil à prendre les mesures nécessaires pour donner effet à l’ article 14. A sa deuxième
session, au début de l’année 1920, le Conseil a constitué un comité consultatif de juristes qu’ il a
chargé de lui faire rapport sur l’ établissement de la CPJI et qui a siégé à La Haye sous la
présidence du baron Descamps, homme d’ Etat et universitaire de renom (Belgique). En août
1920, un rapport contenant un avant-projet de Statut de la future Cour a été soumis pour examen
au Conseil, qui, après y avoir apporté certaines modifications, l’ a transmis à la première
Assemblée de la SDN, ouverte à Genève au mois de novembre. L’ Assemblée a chargé sa
Troisième Commission d’ examiner la question de la constitution de la Cour. En décembre 1920,

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après une étude approfondie par une sous-commission, la Commission a présenté à l’ Assemblée
un projet révisé, qui a été adopté à l’ unanimité et est devenu le Statut de la CPJI. L’ Assemblée a
estimé qu’ un simple vote ne serait pas suffisant pour instituer la CPJI et que chaque État
représenté à l’ Assemblée devait formellement ratifier le Statut. Par sa résolution du 13 décembre
1920, elle a chargé le Conseil de soumettre aux Membres de la SDN un protocole d’ adoption du
Statut et elle a décidé que, dès que ce protocole aurait été ratifié par la majorité des Etats
Membres, le Statut entrerait en vigueur.
Le protocole a été ouvert à la signature le 16 décembre. Avant que l’ Assemblée ne se réunît de
nouveau en septembre 1921, une majorité des Membres de la SDN l’ avaient signé et ratifié. Le
Statut était ainsi en vigueur. Il ne devait subir qu’ une seule refonte — en 1929, entrée en vigueur
en 1936. Le nouveau Statut réglait entre autres le problème jusqu’ alors insurmontable de
l’élection des membres d’ un tribunal international permanent : il était prévu que l’ Assemblée et le
Conseil de la SDN procéderaient simultanément mais indépendamment
à l’élection des juges, qui devraient assurer « dans l’ ensemble la représentation des grandes formes
de civilisation et des principaux systèmes juridiques du monde ». Aussi simple que cette solution
puisse paraître aujourd’ hui, c’était en 1920 un progrès remarquable que de l’ avoir conçue. La
première élection a eu lieu le 14 septembre 1921. A la suite de démarches faites par le
Gouvernement néerlandais dès le printemps 1919, il avait été convenu que la CPJI aurait son
siège permanent au Palais de la Paix de La Haye. C’ est là que s’ est ouverte le
30 janvier 1922 sa session préliminaire consacrée à l’ élaboration du Règlement et que s’ est tenue
le 15 février 1922, sous la présidence du jurisconsulte néerlandais Loder, sa séance inaugurale.
La CPJI était donc devenue une réalité vivante. On peut mesurer les innovations qu’ elle apportait
dans l’ histoire de la justice internationale en se plaçant à divers points de vue :
- Contrairement aux tribunaux arbitraux, la CPJI était constituée de manière permanente et elle
était régie par un Statut et par des règles de procédure propres qui étaient fixés à l’ avance et
liaient toutes les parties se présentant devant elle.
- Elle disposait d’ un Greffe permanent qui, entre autres, servait d’ intermédiaire pour toutes ses
communications avec les gouvernements et les organismes internationaux.
- La procédure devant la CPJI était largement publique et des dispositions étaient prises pour la
publication des pièces de procédure écrite, des comptes rendus d’ audience et de toutes les pièces
produites comme éléments de preuve.
- En tant que tribunal permanent, elle était en mesure d’ élaborer une pratique homogène et de
donner une certaine continuité à ses décisions, contribuant ainsi à la fois à la sécurité juridique et
au développement du droit international.
- La CPJI était en principe ouverte à tous les Etats pour le règlement judiciaire de leurs différends
internationaux et ils pouvaient à l’ avance déclarer reconnaître comme obligatoire, à l’ égard des
autres Etats acceptant la même obligation, la compétence de la Cour pour certaines catégories de
différends d’ ordre juridique.
- La CPJI avait le pouvoir de donner des avis consultatifs sur tout différend ou tout point dont la
saisirait le Conseil ou l’ Assemblée de la SDN.
- Son Statut énumérait expressément les sources de droit qu’ elle devait appliquer pour régler les
affaires et questions à elle soumises, sans préjudice de sa faculté de statuer ex aequo et bono si les
parties étaient d’ accord.
- La CPJI était plus représentative de la communauté internationale et des grands systèmes
juridiques qu’ aucune juridiction internationale ne l’avait jamais été avant elle.
Bien qu’ instituée par la SDN et mise en place par ses soins, la CPJI n’ en faisait pas formellement
partie. Il y avait un lien étroit entre les deux organismes, qui s’ exprimait entre autres par le fait
que le Conseil et l’ Assemblée de la SDN procédaient périodiquement à l’ élection des juges et
qu’ ils avaient l’ un et l’autre la faculté de demander des avis consultatifs à la CPJI. En outre,
l’Assemblée adoptait le budget de la Cour. Mais celle-ci n’ a jamais fait partie intégrante de la SDN

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et le Statut n’a jamais fait partie du Pacte ; en particulier, un Etat Membre de la SDN n’ était pas,
de ce seul fait, automatiquement partie au Statut.
De 1922 à 1940, la CPJI a connu de 29 procès entre Etats et donné 27 avis consultatifs. En
même temps étaient élaborés plusieurs centaines de traités, conventions ou déclarations qui lui
attribuaient compétence pour telle ou telle catégorie de différends. Aussi les doutes que l’ on avait
pu avoir sur la possibilité de faire fonctionner un tribunal judiciaire permanent de manière
pratique et effective étaient-ils dissipés. La CPJI a prouvé son utilité pour la communauté
internationale de plus d’ une manière et d’ abord par l’ établissement progressif d’
une véritable
technique de procédure judiciaire. Celle-ci a trouvé son expression dans le Règlement que la CPJI
a élaboré dès 1922 puis révisé à trois reprises, en 1926, en 1931 et en 1936. Il y a lieu de
mentionner aussi la résolution de la CPJI concernant sa pratique en matière judiciaire adoptée en
1931 et révisée en 1936, qui fixait la procédure interne applicable au délibéré des juges sur chaque
affaire.
Par ailleurs, nombre de décisions de la CPJI ont éclairé des aspects du droit international
demeurés ambigus ou ont contribué au développement de ce droit, tout en aidant à la solution de
sérieux litiges internationaux dont beaucoup étaient des suites de la première guerre mondiale.

L’ ouverture des hostilités en septembre 1939 ne pouvait qu’ avoir de graves conséquences pour la
CPJI, déjà moins active depuis quelques années. Après sa dernière audience publique, le 4
décembre 1939, elle n’ a plus eu d’ activité judiciaire et il n’ y a plus eu aucune élection de juge. En
1940, elle s’ est transportée à Genève, un seul juge demeurant à La Haye avec quelques
fonctionnaires du Greffe de nationalité néerlandaise.
Les bouleversements entraînés par la guerre ont relancé le débat sur l’ avenir de la Cour et la
création d’ un nouvel ordre juridique international. En 1942, le secrétaire d’ Etat des Etats-Unis et
le ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni se sont prononcés en faveur de
l’établissement ou de la remise en place d’ une Cour internationale après la guerre, et le comité
juridique interaméricain a recommandé l’ extension de la compétence de la CPJI. Au début de
1943, le Gouvernement britannique a pris l’ initiative d’ inviter plusieurs experts se trouvant à
Londres à constituer un comité interallié officieux pour examiner la question. Ce comité a tenu
dix-neuf séances en présence de jurisconsultes de onze pays et sous la présidence de sir William
Malkin (Royaume-Uni). Dans son rapport, publié le 10 février 1944, il a recommandé :
- que le Statut de toute nouvelle juridiction internationale qui serait créée soit fondé sur celui de la
CPJI ;
- que la nouvelle Cour conserve une compétence consultative ;
- que l’ acceptation de la juridiction de la nouvelle Cour ne soit pas obligatoire ;
- que les questions de nature essentiellement politique ne soient pas de son ressort.
Dans l’ intervalle, le 30 octobre 1943, à l’ issue d’ une conférence réunissant la Chine, les Etats-
Unis, le Royaume-Uni et l’ URSS, avait été publiée une déclaration conjointe reconnaissant la
nécessité « d’ établir aussitôt que possible une organisation internationale générale fondée sur le principe de
l’égalité souveraine de tous les Etats pacifiques et ouverte à tous les Etats pacifiques, grands ou petits, en vue du
maintien de la paix et de la sécurité internationales ».

A la suite de cette déclaration, des entretiens ont eu lieu entre les quatre puissances à
Dumbarton Oaks et ont abouti à la publication de propositions relatives à l’ établissement d’une
organisation internationale générale comprenant notamment une Cour internationale de Justice (9
octobre 1944). L’ étape suivante a été la convocation à Washington, en avril 1945, d’ un comité de
juristes composé des représentants de 44 Etats. Ce comité, présidé par M. Hackworth (Etats-
Unis), était chargé de rédiger un projet de Statut de la future Cour internationale de Justice, afin
de le présenter à la conférence de San Francisco qui allait élaborer, d’avril à juin 1945, la Charte
des Nations Unies. Le projet de Statut rédigé par le comité était établi sur la base du Statut de la
CPJI ; ce n’ était donc pas un texte entièrement nouveau. Le comité s’ est toutefois refusé à

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prendre parti sur un certain nombre de points qu’ il estimait être du ressort de la conférence :
convenait-il de créer une Cour nouvelle ? Sous quelle forme sa mission, en qualité d’ organe
judiciaire principal de l’ ONU, devait-elle être définie ? Sa juridiction serait-elle obligatoire et, si
oui, dans quelle mesure ? Quel serait le mode d’ élection des juges ? Les décisions définitives sur
ces points et sur la forme finale du Statut ont été prises à la conférence de San Francisco, à
laquelle cinquante Etats ont pris part.
Cette conférence s’ est prononcée contre la compétence obligatoire et pour la création d’ une Cour
entièrement nouvelle qui serait un organe principal de l’ ONU, au même titre que l’ Assemblée
générale, le Conseil de sécurité, le Conseil économique et social, le Conseil de tutelle et le
Secrétariat, et dont le Statut serait annexé à la Charte et en ferait partie. Les raisons qui ont
motivé la décision de la conférence d’ instituer une nouvelle Cour ont été essentiellement les
suivantes :
- La Cour devant être l’ organe judiciaire principal de l’ ONU, il paraissait inopportun de confier ce
rôle à la CPJI, liée jusqu’ alors à la SDN qui allait être dissoute.
- La création d’ une nouvelle Cour était plus logique compte tenu de ce que plusieurs Etats parties
au Statut de la CPJI n’ étaient pas représentés à la conférence de San Francisco et, inversement,
que plusieurs des pays représentés à la conférence n’ étaient pas parties au Statut.
- On avait le sentiment dans certains milieux que la CPJI participait d’ un ordre ancien, dans lequel
les Etats européens dominaient les affaires politiques et juridiques de la communauté
internationale, et que la création d’ une Cour nouvelle favoriserait l’ accès au règlement judiciaire
des Etats non européens. Et c’ est en effet ce qui s’est passé à mesure que s’ est accru le nombre
des Etats Membres de l’ ONU, passant de 51 en 1945 à 193 en 2013. Les participants à la
conférence de San Francisco se sont toutefois montrés soucieux de ne pas rompre toute
continuité avec le passé, considérant en particulier que le Statut de la CPJI s’ inspirait lui-même
d’ expériences passées et qu’ il était souhaitable de ne pas changer un état de choses qui, dans
l’ensemble, avait bien fonctionné. Aussi la Charte soulignait-elle que le Statut de la CIJ était établi
sur la base de celui de la CPJI. En outre, des dispositions y furent incluses pour assurer que la
compétence de la CPJI fût autant que possible transférée à la CIJ. En octobre 1945, la CPJI a
tenu sa dernière session, au cours de laquelle elle a décidé de prendre toutes mesures utiles pour
assurer le transfert de ses archives et de ses biens à la nouvelle CIJ, qui allait également s’ installer
au Palais de la Paix. Le 31 janvier 1946, tous les juges de la CPJI encore formellement en
fonctions ont remis leur démission et, le 5 février 1946, l’ Assemblée générale des Nations Unies,
au cours de sa première session, et le Conseil de sécurité ont procédé à l’ élection des membres de
la CIJ. En avril 1946, la CPJI a été formellement dissoute et la CIJ, réunie pour la première fois, a
élu président M. Guerrero, dernier président de la CPJI, et a constitué son Greffe (en reprenant
en général les anciens fonctionnaires de la CPJI). La nouvelle Cour a tenu, le 18 avril 1946, sa
séance publique inaugurale.

La CIJ est donc l’ organe judiciaire principal des Nations Unies, d'après l'article 94 de la charte des
Nations Unies. L’ article 7 de la Charte des Nations unies cite la C.I.J parmi les organes principaux
de l’Organisation. A ce titre, la Cour s’ est vue reconnaître un rôle de premier plan dans la vie de
l’organisation mondiale et la gestion des relations conflictuelles entre les Etats membres. Le
chapitre XIV de la Charte établit en effet des liens étroits entre la Cour et l’Organisation. Tous les
membres des Nations unies sont ipso facto parties au statut de la C.I.J qui fait partie intégrante de
la Charte car, « la Charte et le statut forment un tout ». En outre, le rôle de l’ Assemblée générale
et du Conseil de sécurité dans la mise en œuvre de la procédure consultative, ainsi que les
rapports institués entre la Cour et le conseil de sécurité en matière de règlement des différends,
illustrent la complémentarité qui existe entre la C.I.J et les autres organes principaux de l’ O.N.U.
Elle a commencé à fonctionner en 1946 avec sa première affaire, l’ affaire du Détroit de Corfou.
Cette affaire avait été recommandée par le Conseil de Sécurité. La Cour a actuellement un
calendrier et un rôle bien fourni (20 affaires pendantes au 25 mars 2020, cf. https://www.icj-

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cij.org/fr/affaires-pendantes). Cela n’ a pas toujours été le cas, car entre 1946 et 1990, le rôle de la
CIJ était presque asséché. Il y a plus ou moins 150 affaires qui lui ont été soumises et la majorité
d’entre elles ont été soumises après ‘ 89. En 2012, l’Assemblée générale a salué « la contribution
qu’ apporte la Cour internationale de Justice, principal organe judiciaire des Nations Unies,
notamment en réglant des différends entre Etats, ainsi que le rôle qu’ elle joue dans la promotion
de l’état de droit » (Déclaration de la Réunion de haut niveau de l’ Assemblée générale sur l’ état de
droit aux niveaux national et international (A/RES/67/1))

2. ORGANISATION
La Cour est composée de 15 juges élus par l’ AG et le conseil de sécurité siégeant séparément et
indépendamment. Cette élection est parfois très serrée. On peut voter toute la journée jusqu’ au
moment où on a un collège (Voir l'élection de la juge Sebutinde)6 . Il faut avoir la majorité dans
chaque collège. Il arrive qu’ il y ait des majorités différentes. Il y a également un mécanisme prévu
pour éviter les blocages (une commission qui se mettra d’ accord).
Les juges de la CIJ sont indépendants. La Cour ne peut contenir qu’ un juge d’ une même
nationalité d’un Etat (exception de l’ institution du juge ad hoc). Autrement dit, si l’une des deux
parties a un juge de sa nationalité siégeant, l’ autre partie pourra demander de désigner un juge ad
hoc pour restaurer l’équilibre même si les juges sont indépendants. Ce mécanisme permet d’ asseoir
la crédibilité et d’acquérir la confiance des parties. Si aucune des parties n’ a de juges de sa
nationalité, elles peuvent toutes les deux demander un juge ad hoc, on peut arriver à 17. Elles ne
sont pas obligées de demander un juge de leur nationalité, mais peuvent désigner un juge de la
nationalité d’un autre juge qui siège déjà.

La désignation des candidats-juges se fait par la Cour permanente d’ arbitrage. On a à chaque fois
le groupe national constitué par les arbitres désignés par les Etats membres des conventions de
La Haye. C’ est une procédure indépendante. Un Etat peut désigner 4 candidats au maximum et 2
nationaux au maximum. Si on désigne plus de deux candidats, on les place dans des conditions de
difficultés niveau campagne. L’ élection tiendra compte de la représentation des principaux
systèmes juridiques (famille du droit civil, droit anglo-saxon,… ). Cela fait l’ objet d’un certain
équilibrage. Toujours est il que jusqu’ à l’
époque actuelle, il y a par exemple les 5 membres du
conseil de sécurité qui sont représentés à la CIJ, ce n’est pas une règle écrite, ce n’est pas dans les
statuts. C’est logique, car tant que le conseil de sécurité reflète l’Etat du monde avec les grandes
puissances, tant que ces 5 pays sont des grandes
puissances, c’ est logique qu’ils y siègent.

La Cour ne siège pas forcément en séance plénière, on peut choisir un collège de trois membres
ou plus pour traiter une affaire (Ex : affaire du golf du Maine, les Etats ont préféré soumettre cette
affaire à une chambre ad hoc de la Cour).

6 En 2011, il a fallu neuf tours de scrutin pour élire Mme Julia Sebutinde, de l'Ouganda, qui a obtenu la majorité
requise au sein des deux organes, recueillant 9 voix au Conseil et 97 voix à l'Assemblée générale. Pour sa part, M.
Abdul G. Koroma, de Sierra Leone, a obtenu 6 voix au Conseil et 93 voix à l'Assemblée. Le 10 novembre 2011,
après avoir élu 4 des 15 juges de la Cour internationale de Justice pour un mandat de 9 ans à compter du 6 février
2012, le Conseil et l'Assemblée n'étaient pas parvenus à départager, après cinq tours de scrutin, M. Koroma et Mme
Sebutinde, pour pourvoir le dernier siège vacant au sein de la CIJ. Après trois tours de scrutin, le 22 novembre, le
Conseil de sécurité et l'Assemblée générale n'obtenaient toujours pas de résultat concordant pour élire le cinquième
juge. M. Koroma, qui brigue son troisième mandat, avait obtenu la majorité requise au Conseil de sécurité et Mme
Sebutinde, qui est actuellement Présidente de la Chambre de première instance II du Tribunal spécial pour la Sierra
Leone, avait obtenu la majorité requise à l'Assemblée générale. Aucun des deux candidats n'ayant obtenu la majorité
requise au sein des deux organes, le Conseil de sécurité et l'Assemblée générale avaient donc décidé de reporter
l'élection du cinquième juge à une date ultérieure.

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A côté de cela, il y a la chambre de procédure sommaire, elle est instituée pour régler de manière
rapide une affaire. Elle n’ a jamais fonctionné car les juges siègent en permanence à la Haye, il y a
un quorum de 9 juges sur 15 pour siéger. Il n’ est donc pas nécessaire de réunir la chambre de
procédure sommaire pour expédier les affaires. La Cour a également constitué une chambre
(permanente, pas une chambre ad hoc7 à la demande des parties !) pour l’ environnement étant
donné le développement des problèmes liés au respect de l’ environnement. Il s’ agit d’
une
chambre permanente et renouvelée périodiquement. Ce n’ est pas une chambre ad hoc constituée à
la demande des parties et pour le litige des parties.
L’ accord des parties n’ est pas nécessaire pour la constitution de la chambre, elles sont consultées,
mais le dernier mot revient à la Cour pour les chambres ad hoc. Dans l’ affaire du Golf du Maine, les
parties voulaient choisir les juges de la Cour qu’ ils voulaient voir siéger. Dans le compromis, il
était mis que si les juges choisis par les parties n’étaient pas ceux de la chambre, les deux parties
retireraient l’
affaire et constitueraient un arbitrage.

3. COMPOSITION

Il y a 15 juges avec une rotation dans le renouvellement. Il faut regarder aux articles 16 et 17 du
statut. Les juges siègent de manière indépendante, ils ne sont pas des représentants des Etats.
Il peut y avoir des incompatibilités (ambassadeurs, représentant de son pays,… ). Les juges ne
peuvent pas exercer d’ activités similaires (conseils, avocats,… ) dans une même affaire. Ils peuvent
par contre être arbitre (cf. affaire du canal de Beagle) ou juge ad hoc dans une autre juridiction. Être
arbitre est une fonction additionnelle.

Les juges ad hoc: Si, dans une affaire, la Cour ou une chambre de la Cour compte sur le siège un
juge de la nationalité de l’une des parties à une affaire, l'autre partie peut désigner une personne
de son choix pour siéger comme juge ; de même, si la Cour ou une chambre de la Cour ne
compte sur le siège aucun juge de la nationalité des parties, chacune d’ elles peut en désigner un.
Lorsque plusieurs parties font cause commune, elles ne comptent à cet égard que pour une seule.
Il en est par exemple allé ainsi dans les affaires relatives à la Licéité de l’
emploi de la force (Serbie-
et- Monténégro c. Allemagne) (Serbie-et-Monténégro c. Belgique) (Serbie-et-Monténégro c.
Canada) (Serbie-et-Monténégro c. France) (Serbie-et-Monténégro c. Italie) (Serbie-et-Monténégro
c. Pays-Bas) (Serbie-et-Monténégro c. Portugal) et (Serbie-et-Monténégro c. Royaume-Uni), en
lesquelles la Cour a décidé que, compte tenu de la présence sur le siège de juges de nationalités
britannique, française et néerlandaise, les juges ad hoc désignés par les Etats défendeurs ne
devraient pas siéger dans la phase relative aux exceptions préliminaires.

La Cour a également adopté un Règlement de procédure (Voir Règlement de la Cour adopté en


avril 1978 et entré en vigueur en juillet 1978, dernier amendement en 2005 . Ce sont les « invisible
bar », le barreau invisible visant à limiter le fait que lorsqu’ un juge n’est plus juge, qu’il soit recruté
en tant que conseil. Il y a une période de 3 ans durant laquelle le juge ne devrait pas apparaître
dans une autre affaire après la fin de sa fonction. Cela vaut également pour le greffier, le greffier
adjoint et les hauts membres de la procédure.
Si un juge ou un juge ad hoc a la nationalité d’ une partie, il peut continuer à siéger. Par contre si
c’est le président, il doit céder la place au vice président. C’ est pour respecter l’égalité entre les
parties et éviter toute suspicion.
Les chambres ad hoc peuvent être constituées avec assentiment pour le nombre de juge, mais le
nom, l’ identité, la sélection des juges supposent que les parties soient consultées, mais ne requiert
pas leurs accords. Normalement, c’ est la Cour qui décide (mais voir subterfuge dans l’ affaire du

7L’accord des parties n’


est pas nécessaire pour la constitution de la chambre, elles sont consultées mais le dernier
mot revient à la Cour.

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Golf du Maine, si juges pas en adéquation avec les choix des USA et du Canada, recours à
l’
arbitrage). Il y a également des chambres permanentes, les parties ont des services qui leur sont
offerts, mais ne peuvent pas décider de la composition de la Chambre. Il n’ y a qu’une chambre
permanente, celle pour l’ environnement, mais aucune affaire n’ a été portée devant elle.
Les juges bénéficient de privilèges et d’
immunités diplomatiques (statut diplomatique). Le salaire
actuel est fixé à plus ou moins 170 000 dollars par an. Il y a un système d’ alignement.

4. LA COMPETENCE EN MATIERE CONTENTIEUSE


La compétence de la Cour n’ est pas obligatoire, elle repose sur le consentement des parties. Il
faut trouver ce consentement quelque part. C'est le principe du consensualisme.

A) LE REGNE DU PRINCIPE DU CONSENSUALISME

Si la compétence ratione personae doit être établie chaque fois qu’ une affaire est portée devant la
Cour, cette condition n’ est pas suffisante. Un principe fondamental du règlement des différends
sur le plan international est que la compétence des tribunaux internationaux dépend en dernière
analyse du consentement des Etats à être soumis à la juridiction internationale et qu’ aucun Etat
souverain ne saurait être partie à une affaire devant la Cour s’ il n’y a pas consenti d’ une manière
ou d’ une autre. Il doit avoir accepté que le différend ou la catégorie de différends dont il s’ agit
vienne devant la Cour ; c’ est cette acceptation qui détermine la compétence de la Cour à l’ égard
du différend — ou compétence ratione materiae. Certes, selon l’ article 36 de la Charte, le Conseil de
sécurité, qui peut à tout moment d’ un différend recommander les procédures ou méthodes
d’ajustement appropriées, doit « tenir compte du fait que, d’ une manière générale, les différends
d’ordre juridique devraient être soumis par les parties à la Cour internationale de Justice ».
Toutefois, dans l’ affaire du Détroit de Corfou, la CIJ n’
a pas considéré qu’ une recommandation du
Conseil de sécurité en ce sens pût en soi suffire à donner compétence à la Cour indépendamment
de la volonté des parties en cause.

Les différents moyens par lesquels les Etats peuvent consentir à ce que leurs différends d’ ordre
juridique soient jugés par la CIJ sont indiqués à l’ article 36 du Statut. Le paragraphe 1 de cet
article énonce : « La compétence de la Cour s’ étend à toutes les affaires que les parties lui soumettront, ainsi
qu’à tous les cas spécialement prévus dans la Charte des Nations Unies ou dans les traités et conventions en
vigueur. »

-Le compromis
Le premier cas ainsi prévu est celui où les parties conviennent bilatéralement de soumettre un
différend déjà existant à la CIJ, donc de reconnaître sa compétence aux fins de l’ espèce. Elles
concluent à cet effet un traité spécial dénommé « compromis ». C’ est l’
accord postérieur à la
naissance d’ un litige ou d’ une série de litiges par lequel les parties soumettent le litige à l’ arbitrage
ou au règlement juridictionnel.
Le compromis qui saisit la Cour est un accord conclu selon la procédure envisagée par la
convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités8. C’ est un acte aux termes duquel deux ou
plusieurs États conviennent de confier à un arbitre ou à un organisme judiciaire préconstitué la
solution d’un ou de plusieurs litiges déjà nés9 et qui attribue d’ office compétence au juge. Dans
l’
affaire de la Délimitation de la frontière maritime dans la région du Golfe du Maine, la Cour a déclaré qu’
« … ayant été saisie par voie de compromis, il ne se pose pas de questions préliminaires en ce qui

8- Le compromis est un traité qui doit être enregistré comme tel auprès du secrétaire général des Nations unies pour
pouvoir, conformément à la Charte, être invoqué devant la Cour. ( Voy. à cet égard L. MARION, « La saisine de la
Cour internationale de justice par voie de compromis », R.G.D.I.P., 1995, pp. 257-300).
9- J. WITENBERG, L’ organisation judiciaire, la procédure et la sentence internationales, Paris, Pedone, 1937, p. 6.

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concerne sa compétence pour connaître l’ affaire »10. Ainsi, la possibilité de saisir le juge par
compromis et de pouvoir dans une certaine mesure cadrer son intervention dans le différend qui
les oppose, permet aux États de développer cette procédure par rapport à la saisine par requête
unilatérale11.

Le compromis peut être un contrat ou un traité. Normalement, c’ est un traité, sauf, lorsque le
droit international reconnaît aux personnes privées la capacité de compromettre (-- contrat entre
particuliers).
Le compromis est un accord conclu entre les États parties qui établit la compétence de la Cour en
désignant l’ objet du différend et en précisant, dans une certaine mesure, les règles de droit qu’ il
demande à la Cour d’ appliquer. Il présente l’
avantage de limiter les contestations de compétence.

Deux situations sont possible où le compromis est admis comme contrat :

1. Dans le droit des investissements. Le particulier investisseur étranger et l’


État peuvent soumettre
un litige au CIRDI par compromis, si l’ État de l’ investisseur et l’
État sont parties à la Convention
de Washington.

2. Certains tribunaux administratifs des OI (ex. : le TAOIT) peuvent être saisis par compromis entre
l’
organisation internationale et le particulier.

Une fois saisie de ce compromis par la voie de sa notification (unilatérale ou conjointe), la Cour
peut connaître de l’affaire.

-Le forum prorogatum


Il arrive également que le consentement d’ un Etat (en particulier l'État défendeur) puisse être
déduit de son comportement à l’ égard de la Cour ou à l’ égard de l’Etat demandeur ; on se trouve
alors dans la situation assez rare dite du forum prorogatum Pour que la Cour puisse exercer sa
compétence sur la base du forum prorogatum, le consentement doit être explicite ou pouvoir être
déduit sans ambiguïté du comportement de l’ Etat (Anglo-Iranian Oil Co. ; Application de la convention
pour la prévention et la répression du crime de génocide (Bosnie- Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro)). Parfois,
un Etat entend porter devant la Cour une affaire en reconnaissant que son adversaire n’ admet pas
la compétence de la Cour et en l’ invitant à le faire ; jusqu’ à présent, il n’ est arrivé qu’à deux
reprises que l’ Etat contre lequel avait été formée la requête accepte de déférer à ce vœu (Certaines
procédures pénales engagées en France (République du Congo c. France) ; Certaines questions concernant l’ entraide
judiciaire en matière pénale (Djibouti c. France)). Cette acceptation emporte naissance de l’ affaire, qui
est immédiatement inscrite au rôle et suit alors son cours procédural normal.

- Les clauses attributives de compétence insérées dans les conventions internationales


(clauses compromissoires):

10 - Arrêt du 12 octobre 1984, C.I.J., Rec. 1984, p. 265, § 9.


11 C’est ainsi que 11 litiges ont été déférés à la CPJI et que 17 affaires sont venues devant la CIJ par vie de
compromis: Droit d’ asile ; Minquiers et Ecréhous ; Souveraineté sur certaines parcelles frontalières ;Plateau
continental de la mer du Nord(deux affaires) ; Plateau continental (Tunisie/Jamahiriya arabe libyenne) ; Délimitation
de la frontière maritime dans la région du golfe du Maine(affaire portée devant une chambre) ; Plateau continental
(Jamahiriya arabe libyenne/Malte) ; Différend frontalier (Burkina Faso/République du Mali)(affaire portée devant
une chambre) ; Différend frontalier terrestre, insulaire et maritime (El Salvador/Honduras)(affaire portée devant une
chambre) ; Différend territorial (Jamahiriya arabe libyenne/Tchad) ;Projet Gabˇcíkovo-Nagymaros
(Hongrie/Slovaquie) ; Ile de Kasikili/Sedudu (Botswana/Namibie) ; Souveraineté sur Pulau Ligitan et Pulau Sipadan
(Indoné-sie/Malaisie) ; Différend frontalier (Bénin/Niger)(affaire portée devant une chambre) ; Souveraineté sur
Pedra Branca/Pulau Batu Puteh, Middle Rocks et South Ledge (Malaisie/Singapour) ; Différend frontalier (Burkina
Faso/Niger), Différend opposant le Gabon à la Guinée Equatoriale.

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Le second cas prévu à l’ article 36, paragraphe 1, du Statut est celui des traités ou conventions
en vigueur prévoyant la compétence de la Cour. C’ est en effet devenu une pratique
internationale courante que d’ insérer dans les accords internationaux bilatéraux ou multilatéraux
des dispositions, dites clauses compromissoires, énonçant que les litiges de telle ou telle
catégorie devront ou pourront être soumis à un ou plusieurs modes de règlement pacifique des
différends. De nombreuses clauses de cette sorte prévoient le recours à la conciliation, à la
médiation ou à l’ arbitrage ; d’autres visent la saisine de la Cour soit directement, soit après l’ échec
d’ autres modes de règlement. Dans cette hypothèse, les Etats signataires peuvent, s’ il surgit entre
eux un conflit relevant d’ une catégorie couverte par le traité, ou bien saisir la Cour en lui
soumettant une requête unilatérale, ou bien préparer un compromis au même effet. La pratique
connaît diverses formules de clauses compromissoires, que l’ on retrouve d’un traité à l’autre. Des
modèles ont été préparés par des sociétés savantes, notamment par l’ Institut de droit
international (1956), ou dans le cadre d’ organisations régionales (recommandation 2008/8 du
Comité des ministres aux Etats membres relative à l’ acceptation de la juridiction de la Cour
internationale de Justice, Conseil de l’ Europe, 2008). Ces clauses sont inscrites dans des traités ou
conventions :
- ayant pour objet le règlement pacifique des différends en général entre deux ou plusieurs Etats
et visant la soumission au règlement judiciaire des conflits qui surgissent éventuellement entre eux
dans tel ou tel domaine, avec parfois telle ou telle exception (par exemple la convention
européenne pour le règlement pacifique des différends de 1957) ;
- ou ayant un objet particulier, auquel cas elles viseront normalement les litiges concernant
l’interprétation ou l’ application du traité ou de la convention (par exemple la convention
internationale sur l’ élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965), la
convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants (1984), etc.) ou certaines seulement de ses dispositions (par exemple, dans la
convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités, les litiges ayant trait à l’ application et à
l’interprétation de l’
article 64, qui détermine les conséquences de la survenance d’ une nouvelle
norme impérative du droit international — jus cogens).
Ces clauses pourront figurer dans son texte même ou dans un protocole annexe (par exemple les
protocoles de signature facultative concernant le règlement obligatoire des différends, annexés à
la convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) ou à la convention de Vienne sur
les relations consulaires (1963), être obligatoires ou facultatives, être susceptibles de réserves ou
non.
Les clauses compromissoires qui avaient été insérées dans des traités avant la création de
l’ONU visaient, logiquement, la compétence de la CPJI, tandis que les clauses rédigées
actuellement prévoient la compétence de la CIJ. Afin d’ éviter que les premières ne tombent en
désuétude, il a été prévu dans le Statut de la CIJ qu’ elles viseraient désormais la compétence de
celle-ci. A condition que l’ accord auquel elles appartiennent demeure par ailleurs en vigueur et
que les Etats en cause soient parties au Statut de la CIJ, un litige couvert par de telles clauses sera
soumis à la CIJ comme il l’ aurait été à la CPJI. Quelques centaines de traités ou conventions
prévoyant la compétence de la Cour sur le fondement d’ une clause compromissoire ont été
enregistrés au Secrétariat de la SDN ou de l’ ONU, et figurent dans les recueils de traités publiés
par ces organisations. En outre, la CPJI et la CIJ en ont publié des listes et des extraits.

-La clause facultative de juridiction obligatoire


Un troisième moyen de consentir à la compétence de la Cour est défini par les paragraphes 2 et 3
de l’article 36 du Statut : « 2. Les Etats parties au présent Statut pourront, à n’ importe quel moment, déclarer
reconnaître comme obligatoire de plein droit et sans convention spéciale, à l’
égard de tout autre Etat acceptant la
même obligation, la juridiction de la Cour sur tous les différends d’ ordre juridique ayant pour objet : a)
l’
interprétation d’
un traité ; b) tout point de droit international ; c) la réalité de tout fait qui, s’
il était établi,

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constituerait la violation d’un engagement international ; d) la nature ou l’ étendue de la réparation due pour la
rupture d’ un engagement international.
3. Les déclarations ci-dessus visées pourront être faites purement et simplement ou sous condition de réciprocité de la
part de plusieurs ou de certains Etats, ou pour un délai déterminé. »
Ce système, connu depuis la CPJI sous l’ appellation « clause facultative de juridiction
obligatoire », aboutit en quelque sorte à créer un groupe d’ Etats se trouvant vis-à-vis de la Cour
dans une situation quelque peu comparable à celle des habitants d’ un pays à l’ égard de leurs
propres tribunaux. En principe, chaque Etat de ce groupe a le droit de citer un ou plusieurs
autres Etats du même groupe devant la Cour en lui soumettant une requête et, inversement, il
accepte de se présenter devant la Cour au cas ou il serait cité par un ou plusieurs de ces Etats.
C’ est pour cette raison que l’ on donne à ces déclarations, qui peuvent être assorties de réserves
(voir ci-après p. 41-43), le nom de « déclarations d’ acceptation de la juridiction obligatoire de la
Cour ».
Lesdites déclarations, qui prennent la forme d’ un acte unilatéral de l’ Etat, sont déposées auprès
du Secrétaire général de l’ ONU, en général signées par le ministre des affaires étrangères de l’ Etat
intéressé ou par son représentant auprès de l’ Organisation. En dépit d’ appels solennels de
l’Assemblée générale des Nations Unies, du Secrétaire général de l’ ONU (voir, par exemple, son
rapport de 2001 intitulé « Prévention des conflits armés » et son rapport de 2012 intitulé « Rendre
la justice : programme d’ action visant à renforcer l’ état de droit aux niveaux national et
international »7) et de sociétés savantes tel l’ Institut de droit international8, leur nombre n’ est pas
aussi grand qu’ on pourrait le souhaiter. En décembre 2013, il n’ y en avait que 70, dont l’ origine
par groupe régional était la suivante : Afrique, 22 ; Amérique latine et Caraïbes : 13 ; Asie : 7 ;
Europe et autres Etats : 28. Il faut ajouter que 15 autres Etats qui avaient admis pendant un
certain temps la compétence obligatoire de la CIJ à
ce titre ont retiré leur déclaration, neuf d’ entre eux alors qu’ il leur était arrivé d’être cités comme
défendeurs. De même que pour les traités ou conventions, le Statut prescrit que les déclarations
visant la CPJI soient considérées comme s’ appliquant à la CIJ : six d’ entre elles étaient encore
valables en 2013, mais dix pays qui avaient reconnu temporairement la compétence obligatoire de
la CPJI ne l’ ont jamais fait pour la CIJ. Le tableau ci-dessous reflète l’ augmentation ou la
diminution relative du nombre des déclarations au fil des
années.
L’établissement de la compétence de la Cour sur cette base est souvent compliquée du fait
que les déclarations d’ acceptation sont assorties de conditions, dans le but d’ en limiter la portée.
La plupart des déclarations (52 sur 70 en vigueur en décembre 2013) contiennent en effet des
réserves excluant la compétence de la Cour pour connaître de diverses questions. Premièrement,
42 Etats ont limité la portée de leurs déclarations en précisant que tout autre mécanisme de
règlement des différends convenu entre les parties prévaudrait sur la compétence générale de la
Cour. Deuxièmement, 33 Etats ont limité leur consentement à la juridiction de la Cour ratione
temporis, en précisant notamment que seuls seraient couverts les litiges nés après la date de leur
acceptation ou concernant des situations postérieures à celle-ci. Troisièmement, 27 Etats ont
limité la portée de leur déclaration en excluant les questions relevant de leur « compétence
nationale ». Selon le paragraphe 7 de l’ article 2 de la Charte des Nations Unies, aucune disposition
de la Charte « n’ autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent
essentiellement de la compétence nationale d’ un Etat ». Quatrièmement, 18 Etats ont ajouté une
condition à leur déclaration aux termes de laquelle la Cour ne serait compétente que si toutes les
parties à un quelconque traité risquant d’ être affecté par la décision de la Cour étaient également
parties à l’ affaire portée devant elle. Enfin, certains Etats ont exclu certaines questions spécifiques
ou catégories de questions de la compétence de la Cour, telles que les différends territoriaux ou
maritimes, les différends concernant leurs forces armées ou les «différends opposant les membres
du Commonwealth ».

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Tout ceci peut susciter certaines difficultés en raison du fait qu’
une des parties est absente et n’
a
donc pas accepté la compétence de la Cour, celle-ci devra donc se déclarer incompétente, s'il n' ya
aucune base qui lui attribue la compétence. Si une affaire est portée entre 2 ou plusieurs Etats
mais qu’ un des protagonistes fait défaut, si sa présence est essentielle pour que la Cour puisse
statuer, elle devra se déclarer incompétente.
A cet égard, l’affaire classique est celle de l'Or monétaire pris à Rome en 1943 (Italie c. France,
Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et Etats-Unis d'Amérique): Une certaine quantité
d’or monétaire fut prise à Rome par les Allemands en 1943. Par la suite, cet or fut récupéré en
Allemagne et reconnu appartenir à l’ Albanie. L’ accord concernant les réparations à recevoir de
l’
Allemagne (1946) prévoyait que l’ or monétaire récupéré en Allemagne serait réuni en une masse
commune pour être réparti entre les ayants droit. Le Royaume-Uni soutenait que l’ or devait lui
être remis à titre d’exécution partielle de l’ arrêt rendu par la Cour dans l’ affaire du détroit de
Corfou en 1949 (voir ci-dessus no 1.1). L’ Italie soutenait que l’or devait lui être remis à titre de
réparation partielle des dommages qu’ elle prétendait avoir subis par suite d’ un décret albanais du
13 janvier 1945. Par la déclaration de Washington du 25 avril 1951, les Gouvernements français,
britannique et américain, à qui était confiée l’ exécution des dispositions de l’ accord concernant les
réparations, décidèrent que l’ or serait remis au Royaume-Uni, à moins que dans un certain délai
l’
Italie ou l’Albanie n’ eussent saisi la Cour pour l’ inviter à statuer sur leurs propres droits.
L’Albanie n’ intervint pas, mais l’Italie saisit la Cour d’ une requête. Cependant, par la suite, l’ Italie
souleva une exception préliminaire concernant la compétence de la Cour pour statuer sur la
question de la validité de sa réclamation contre l’ Albanie. Dans son arrêt du 15 juin 1954, la Cour
a déclaré qu’ elle ne pouvait connaître d’ un différend entre l’ Italie et l’ Albanie sans le
consentement de l’ Albanie et qu’ elle ne pouvait donc statuer en l’ espèce.
Il y a également l’ affaire du Timor Oriental (Portugal c. Australie) (1995): Le 22 février 1991, le
Portugal a déposé une requête introductive d’ instance contre l’ Australie au sujet de « certains
agissements de l’ Australie se rapportant au Timor oriental », en rapport avec la conclusion entre
l’
Australie et l’Indonésie, le 11 décembre 1989, d’ un traité créant une zone de coopération dans
un secteur maritime situé entre « la province indonésienne du Timor oriental et l’ Australie
septentrionale ». Selon la requête, l’ Australie aurait, par son comportement, méconnu l’ obligation
de respecter les devoirs et les compétences du Portugal en tant que puissance administrante du
Timor oriental et le droit du peuple du Timor oriental à disposer de lui-même. En conséquence,
d’après la requête, l’ Australie aurait engagé sa responsabilité internationale, tant à l’ égard du
peuple du Timor oriental que du Portugal. Pour fonder la compétence de la Cour, la requête fait
référence aux déclarations par lesquelles les deux Etats ont accepté la juridiction obligatoire de la
Cour ainsi qu’ il est prévu au paragraphe 2 de l’ article 36 de son Statut. Dans son contre-mémoire,
l’
Australie a soulevé des questions relatives à la compétence de la Cour et à la recevabilité de la
requête.
La Cour a rendu son arrêt le 30 juin 1995. Elle a tout d’ abord examiné l’ exception de
l’
Australie selon laquelle il n’ existerait pas véritablement de différend entre l’ Australie et le
Portugal. L’ Australie soutenait en effet que l’ affaire, telle que présentée par le Portugal, était
artificiellement limitée à la question de la licéité du comportement de l’ Australie et que le véritable
défendeur était l’ Indonésie, et non l’ Australie. Elle faisait observer que le Portugal et elle-même
avaient accepté la juridiction obligatoire de la Cour conformément au paragraphe 2 de l’ article 36
de son Statut, mais que tel n’ était pas le cas de l’ Indonésie. La Cour a constaté à ce sujet qu’ il
existait un différend d’ ordre juridique entre les deux Etats. La Cour a ensuite fait porter son
examen sur l’ exception principale de l’ Australie, selon laquelle la requête du Portugal obligerait la
Cour à se prononcer sur les droits et obligations de l’ Indonésie. L’ Australie soutenait que la Cour
ne pourrait statuer si, pour ce faire, elle était dans l’ obligation de se prononcer sur la licéité de
l’
entrée et du maintien de l’ Indonésie au Timor oriental, sur la validité du traité de 1989 entre
l’
Australie et l’Indonésie, ou sur les droits et obligations de l’ Indonésie aux termes dudit traité,

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même si la Cour n’ avait pas à décider de la validité de celui-ci. A l’ appui de sa thèse, l’Australie
invoquait l’ arrêt de la Cour dans l’ affaire de l’
Or monétaire pris à Rome en 1943.
Après avoir examiné attentivement l’ argumentation du Portugal tendant à dissocier le
comportement de l’ Australie de celui de l’Indonésie, la Cour est parvenue à la conclusion qu’ il ne
lui serait pas possible de porter un jugement sur le comportement de l’ Australie sans examiner
d’ abord les raisons pour lesquelles l’ Indonésie n’ aurait pas pu licitement conclure le traité de 1989
alors que le Portugal aurait pu le faire ; l’ objet même de la décision de la Cour serait
nécessairement de déterminer si, compte tenu des circonstances dans lesquelles l’ Indonésie est
entrée et s’ est maintenue au Timor oriental, elle pouvait ou non acquérir le pouvoir de conclure
au nom de celui-ci des traités portant sur les ressources de son plateau continental. La Cour a
donc considéré qu’ elle ne pouvait rendre une telle décision en l’ absence du consentement de
l’Indonésie.
La Cour a ensuite rejeté l’ argument additionnel avancé par le Portugal selon lequel, les droits que
l’Australie aurait violés étant opposables erga omnes, le Portugal pouvait exiger de l’ Australie, prise
individuellement, le respect de ces droits. A cet égard, la Cour a considéré qu’ il n’y avait rien à
redire à l’affirmation du Portugal selon laquelle le droit des peuples à disposer d’ eux-mêmes est
un droit opposable erga omnes. Elle a ajouté que le principe du droit des peuples à disposer d’ eux-
mêmes avait été reconnu par la Charte des Nations Unies et dans la jurisprudence de la Cour, et
qu’ il s’
agissait là de l’
un des principes essentiels du droit international contemporain. Toutefois, la
Cour a estimé que l’ opposabilité erga omnes d’ une norme et la règle du consentement à la
juridiction sont deux choses différentes, et qu’ elle ne pouvait en tout état de cause statuer sur la
licéité du comportement d’ un Etat lorsque la décision à prendre implique une appréciation de la
licéité du comportement d’ un autre Etat qui n’ est pas partie à l’instance. La Cour a alors examiné
un autre argument du Portugal qui reposait sur le postulat que les résolutions de l’ Organisation
des Nations Unies, et en particulier celles du Conseil de sécurité, pouvaient être lues comme
imposant aux Etats l’ obligation de ne reconnaître à l’ Indonésie aucune autorité à l’ égard du Timor
oriental et de ne traiter, en ce qui concerne ce dernier, qu’ avec le Portugal. Le Portugal prétendait
que ces résolutions constitueraient des « données » sur le contenu desquelles la Cour n’ aurait pas
à statuer de novo. La Cour a pris note notamment du fait que pour les deux Parties le Territoire du
Timor oriental demeurait un territoire non autonome et son peuple avait le droit à disposer de
lui-même, mais a estimé que lesdites résolutions ne sauraient cependant être considérées comme
des «données » constituant une base suffisante pour trancher le différend qui opposait les Parties.
Il découle de l’ ensemble de ce qui précède que la Cour aurait nécessairement dû statuer, à titre
préalable, sur la licéité du comportement de l’ Indonésie. Or, les droits et obligations de
l’Indonésie auraient dès lors constitué l’ objet même de l’ arrêt, rendu en l’ absence du
consentement de cet Etat, ce qui serait allé directement à l’ encontre du principe selon lequel « la
Cour ne peut exercer sa juridiction à l’ égard d’un Etat si ce n’ est avec le consentement de ce
dernier ». La Cour a en conséquence constaté qu’ elle n’ avait pas à se pencher sur les autres
exceptions de l’ Australie et qu’elle ne pouvait se prononcer sur les demandes du Portugal au
fond.

IL FAUT BIEN DISTINGUER LES NOTIONS DE COMPETENCE, JURIDICTION, SAISINE ET


RECEVABILITE.

La saisine de la Cour vise un acte plus formel. C’ est le dépôt d’ une requête, c'est-à-dire
l’
introduction d’une instance devant la Cour. Il faut que la requête soit signée par le chef d’ Etat, le
Ministre des affaires étrangères, les représentants diplomatiques à La Haye, le chef de
gouvernement,... Cela ne veut pas dire que la Cour est compétente, c’ est juste la saisine formelle
et cela répond à des conditions de validité, peut-on déposer des actes par télécopies, e-mail,… ?

49
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Cours de contentieux international
Pr Brusil Miranda METOU
Une fois que la requête est régulièrement introduite, c’ est-à-dire qu’
il y a eu saisine valable, cela ne
veut pas dire que la Cour est compétente. Elle devra vérifier sa compétence proprio motu12, c'est-à-dire
qu’il y a deux Etats, qu’ ils sont parties au Statut, qu’ ils ont accepté la compétence de la Cour,
qu’ils ont émis des réserves même s’ ils ont accepté la compétence de la Cour.

1 –Compétence et pouvoir

L’identification du concept de compétence dépend de la séparation entre compétence et pouvoir.


La compétence est la sphère dans laquelle l’ organe peut connaître (ex. : la pêche).
Le pouvoir est ce que l’ organe peut faire dans cette sphère (ex. : pouvoir d’ interdiction,
d’
injonction, de recommandation, de décision).

2 –Compétence et recevabilité
Cette conception de la compétence dépend de la distinction entre compétence et
recevabilité.

■ La compétence est l’ aptitude de connaître le litige.


■ La recevabilité est l’ aptitude de la juridiction à exercer son pouvoir juridique (la
fonction juridictionnelle) dans une affaire dont elle peut connaître (donc de trancher le litige qui
entre dans la sphère de compétence).

-- Cette distinction crée une articulation logique entre compétence et recevabilité.


1. Le juge doit d’ abord établir sa compétence sur le différend en regardant le caractère.
2. Enfin il décide si l’
affaire est recevable ou non pour savoir s’
on peut trancher le litige au fond
en disant le droit.

▪ Cet articulation logique n’ est pas nécessairement contraignante du point de vue de la


procédure juridictionnelle.
En droit de contentieux, la juridiction a le pouvoir de rejeter à titre préliminaire une
demande manifestement irrecevable sans régler une question difficile de compétence ;
ex. : affaire « INTERHANDEL » en 1959. La CIJ a déclaré irrecevable pour non-
épuisement des recours interne une requête suisse dirigée contre les États-Unis en décidant de ne
pas répondre à une objection préliminaire d’ incompétence américaine qui soulevait une question
de principe qui donc n’ a jamais été tranché.
Il y a des procédures pour lesquelles la distinction (entre compétence et recevabilité) a une
portée procédurale significative. C’ est le cas dans les procédures devant la CNUDCI et le CIRDI.
Dans ces cas, le déclinatoire de compétence doit être formulé au plus tard lors de la présentation
du mémoire de la défense (-- l’ exception), alors que les autres exceptions peuvent être présentées
à n’
importe quel moment.

Toutefois, la distinction (entre compétence et recevabilité) varie selon les procédures ;


ex. : les conditions de nationalité concernent la recevabilité devant la CIJ (affaire « Nottebohm ») et
la compétence devant le tribunal inter- étatique Iran –États-Unis, qui a une compétence limitée (-
- rationae personae).

■ La condition de compétence ne devient jamais une condition de recevabilité, mais l’


inverse
est possible (-- la condition de recevabilité devient une condition de compétence).

La différence entre compétence et recevabilité dépend de la juridiction. Mais il y a deux limites :

12 De sa propre initiative

50
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Cours de contentieux international
Pr Brusil Miranda METOU
Quand on parle de la compétence du tribunal, on vise la compétence au principale à l’
égard de ce
qui est recherché. Une fois cette compétence est établie, il y deux extensions :

▪ La juridiction compétente pour le principal est compétente pour les incidents de la procédure.
▪ Si on est compétent au principal, on est compétent pour les questions préjudicielles.
On appelle une question « préjudicielle » en droit international, quand la solution du principal
dépend de la solution de la question préjudicielle.

■ la compétence au fond ≠ la compétence de la compétence

La 1ère compétence dérive de la théorie de procès, tandis que la 2ème dérive de la théorie d’état.
La théorie de la compétence de la compétence sert à éviter le paradoxe du jugement d’
incompétence. Si la juridiction qui se déclare incompétent était en réalité compétente, la validité
de jugement est viciée par l’ erreur de l’ appréciation de la compétence. Si en revanche elle se
déclare incompétent à juste titre, la décision d’incompétence n’ est pas valable puisqu’
elle émane
d’une juridiction incompétente

-- Paradoxe : la juridiction ne peut jamais se déclarer incompétente !


■ Le mot compétence peut designer 2 choses :
▪ compétence pour connaître le (vrai) litige présenté au fond
▪ compétence de l’ organe pour connaître des litiges relatifs à l’ existence de sa
compétence au fond (compétence compétence ?)
-- cela nous porte à 2 sphères de compétence :
▪ la plus large : la compétence de la compétence : Il suffit que la juridiction soit
valablement saisie pour qu’ elle soit compétente dans ce sens, mais son seul pouvoir est de
s’
instruire du dossier sur la question de compétence et de décider si elle est ou non compétente.

▪ La plus étroite : la compétence pour connaître le litige porté devant elle :


Des fois il est arrivé qu’
on a crée un tribunal et un autre tribunal est compétent de juger sur la
compétence de ce 1ère tribunal

-- le 2ème tribunal a donc la compétence de la compétence.

-- La règle générale : la compétence de la compétence appartient à la juridiction saisie du litige


au fond.

A. Le domaine de compétence
1 –La règle

La compétence de la compétence appartient à la juridiction saisie au fond.

■ Pour la CIJ l’ article 36 § 6 le dit expressément : « en cas de contestation sur le point de savoir si la
cour est compétente, la cour décide. » Cette formule est généralement reprise par les règlements de
procédure des juridictions d’ arbitrage à l’
absence de la disposition expresse.
-- Ce pouvoir est reconnu à tous les tribunaux en tant que principe général du droit de
procès.
▪ Il y a quelques cas où une exception a été aménagée par le droit conventionnel, par un
texte le prévoyant expressément (« est prévue »).
▪ Aujourd’ hui, il n’
y a presque plus d’exceptions.

51
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Cours de contentieux international
Pr Brusil Miranda METOU
En cas de contestation (= l’ expression d’un principe général qui est à l’ opposé des
principes du droit général) : les moyens d’ incompétence devant les juges internationaux sont
disponibles. La juridiction saisie n’
a pas des moyens pour soulever d’
office.

Les parties peuvent disposer des moyens d’


incompétence soit explicitement par une déclaration
soit en ne les soulevant pas, en ne présentant pas des exceptions préliminaires.

2 –Les exceptions
■ Lorsque le défendeur fait défaut (= ne se présente pas), il est réputé contester la
compétence de la juridiction et il est donc réputé soulever les moyens d’ incompétence que la
juridiction devrait examiner -- les exceptions sont soulevés d’
office (donc le tribunal doit prouver
sa compétence ? ;
ex. : 1974, l’
affaire des « Essais nucléaires »
-- cette exception vaut pour toutes les procédures, même pour la procédure arbitrale.

ex. : procédures pénales internationales où la compétence est d’


ordre public.

La disponibilité des moyens d’ incompétence ne permet pas de porter atteinte à la fonction


pour laquelle une juridiction internationale a été créée par un accord multilatéral.
Les traités qui mettent en places les procédures arbitrales ou judiciaires peuvent décider de
réserver l’utilisation de la procédure à une certaine catégorie de litige. Si la juridiction acceptait
d’aller au delà de ce type de litige dans une procédure donnée, elle trahirait sa mission vis-à-vis
des autres parties au traité qui ne sont pas concernées par la procédure ;

ex. : la fonction contentieuse de la CIJ est limitée aux litiges entre États.
Elle ne pourrait pas juger des litiges entre un État et une organisation internationale par la voie
contentieuse, même si les deux parties acceptaient sa compétence.
■ La Convention de Washington de 1965 réserve la procédure CIRDI au litige entre un
investisseur d’un État partie à la convention et un autre État partie à la convention.
Cette limite est d’ordre public dans le sens où la procédure ne saurait pas être utilisée dans un
autre contexte même s’ il y avait un accord. Les tribunaux CIRDI ne peuvent s’ écarter de cette
limite que dans la mesure où la Convention de Washington le permet elle-même ;

▪ ex. : la convention CIRDI permet le règlement de litige entre une société commerciale d’ un
État et ce même État lorsque les deux parties à la procédure ont accepté de considérer la société
locale comme une société ayant la nationalité de l’
investisseur étranger qui la contrôle

■ Les juridictions relatives aux droits de l’


homme ont une fonction d’ application d’
un traité.
Leur compétence matérielle est donc d’ ordre public sauf dans la limite que le texte permet
d’étendre cette limite, notamment lorsque le texte renvoi au droit national ou au droit
international ;

ex. : on peut déroger aux traités en cas de crise ; mais on ne peut pas déroger à certaines droits du
traité, même en cas de crise : droit à la vie, sauf si l’ atteinte résulte d’
un acte licite de guerre
conforme au droit humanitaire. Ces règles sont extérieures au traité, mais la cour est compétente
parce que le traité renvoie au droit humanitaire.

Une fois que la Cour est compétente, ce n’ est pas terminé, c’ est une course d’
obstacles, il faut
analyser les questions de recevabilité. C’
est-à-dire, est-ce que la demande peut être analysée au fond
par la juridiction ? Avant d’ aborder le fond, d’ autres questions peuvent encore se poser comme
l’
épuisement des voies de recours internes, la protection diplomatique, la nationalité des parties

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qui sont bien celles de l’Etat qui introduit l’affaire. La différence entre juridiction et recevabilité
n’est pas très claire. Dans la plupart des cas introduits unilatéralement, la plupart du temps est
consacré à l’analyse de la recevabilité (nationalité,… ). Construction prétorienne !

Article 36 : le paragraphe 1 est la voie préférée. C’


est le compromis.
Le paragraphe 1 de l’ article 36 du Statut prévoit, en tout premier lieu, que la compétence de la
Cour s’ étend « à toutes les affaires que les parties lui soumettront ». Les parties peuvent donc
convenir ensemble de porter un différend déjà existant devant la Cour et ainsi reconnaître la
compétence de celle-ci aux fins de l’ espèce. Dans une telle hypothèse, la Cour est normalement
saisie par la notification au Greffe d’ un accord, dit compromis, conclu spécialement à cet effet
par les parties.
La clause compromissoire: Le paragraphe 1 de l’ article 36 du Statut dispose également que la
compétence de la Cour s’ étend aux cas « spécialement prévus ... dans les traités et conventions en
vigueur ». Aujourd’ hui, plusieurs centaines de traités et de conventions contiennent une clause
compromissoire prévoyant la compétence de la Cour. A ces instruments s’ en ajoutent d’autres,
conclus auparavant, et qui conféraient compétence à la Cour permanente de Justice
internationale. En effet, le Statut de la CIJ dispose en son article 37 que, lorsqu’ un traité ou une
convention en vigueur prévoit le renvoi à une juridiction que devait instituer la Société des
Nations ou à la CPJI, la Cour internationale de Justice constitue cette juridiction entre les parties
audit Statut. Il n’ est cependant pas aisé de déterminer de manière exacte le nombre de tels traités
actuellement en vigueur.
La clause compromissoire vise l’ insertion d’ une clause dans un traité qui donne compétence à la
Cour en cas de différend. Lorsqu’ il y a une clause compromissoire – en fonction de sa
formulation-, si on compare avec la procédure arbitrale, il ne faut pas de compromis. Dès qu’ il y a
clause, c’ est plus simple, il y a un accès plus facile à l’ organe juridictionnel. La saisine est plus
simple ! Lorsqu’ un Etat invoque la clause compromissoire d’ un traité pour fonder la compétence
de la Cour, celle-ci est normalement saisie par une requête introductive d’ instance, acte unilatéral
qui doit indiquer l’ objet du différend et les parties (Statut, art. 40, par. 1) et comporter, autant que
possible, la mention de la disposition sur laquelle le requérant entend fonder la compétence de la
Cour (Règlement, art. 38).A ce jour, des clauses compromissoires ont été invoquées dans 81
requêtes introductives d’ instance.

Déclarations d’acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour: Le paragraphe 2 de


l’article 36 du Statut définit un troisième moyen de consentir à la compétence. Il prévoit qu’ un
Etat peut, à n’ importe quel moment, déclarer reconnaître comme obligatoire, à l’ égard de tout
autre Etat acceptant la même obligation, la juridiction de la Cour sur tous les différends d’ ordre
juridique ayant pour objet : a)l’ interprétation d’un traité ;b)tout point de droit international ;c)la
réalité de tout fait qui, s’
il était établi, constituerait la violation d’un engagement international ;d)la
nature ou l’ étendue de la réparation due pour la rupture d’ un engagement international. Le
paragraphe 3 dudit article précise que ces déclarations peuvent être faites purement ou
simplement ou être assorties de réserves. Lorsqu’ une déclaration d’ acceptation de sa juridiction
obligatoire est invoquée, la Cour est saisie par requête.
Les déclarations d’ acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour faites en vertu du
paragraphe 2 de l’ article 36 du Statut sont déposées auprès du Secrétaire général de l’
Organisation des Nations Unies et publiées dans le Recueil des traités des Nations Unies.
Ces déclarations vont créer un réseau de liens bilatéraux avec tout autre Etat qui procède à la
même déclaration. Les USA ont retiré leur déclaration après l’ affaire Nicaragua. Par contre, dans
les autres membres du Conseil de Sécurité, il n’ y a que le RU qui a reconnu la compétence de la
Cour sur la base de l’ article 36. Les déclarations qui sont formulées posent des questions parfois
complexes, cela veut dire qu’ elles peuvent être assorties de certaines conditions, de certaines
réserves.

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Il y a un degré le plus simple, par exemple, si l’ on regarde la déclaration d’ Haïti : « je déclare


reconnaître la compétence… . », la même chose pour le Nicaragua, la Belgique quant à elle ne vaut que
pour les différends d’ ordre juridique nés après le 13 juillet 1948. Si avant cette date, compétence
de la Cour pas reconnue.
Si les parties au différend prévoient d’ autres modes de règlement, ceux-là auront la primauté.
Cependant, ce n’ est pas toujours limpide. Les mesures de gestion et de règlementation ainsi que
l’exécution de ces mesures pour les navires de pêches dans la NAFO, le Canada a également émis
une exclusion. Le Canada adopte une loi nationale qui permet au garde côté canadien d’ inspecter
en haute mer des navires de pêche et de vérifier si ces navires respectent les mesures de pêches
édictées par la NAFO (organisation des pêcheries pour l’ Atlantique nord). On vise certains
pavillons comme les portugais, sierra léonais,… En haute mer, les navires sont soumis à la loi de
leur nationalité, sauf s’ il y a un accord. L’ organisation des pêcheries n’ a pas de pouvoirs coercitifs.
Le Canada met sa législation à exécution et il met un navire de pêche espagnol à disposition. Il y a
eu beaucoup de démarches diplomatiques. L’ Espagne a saisi la CIJ. La question cruciale est celle
de la qualification du différend. Elles sont fondamentales car soit il s’ agit d’
un arraisonnement
illicite en haute mer, soit il s’ agit des
mesures édictées par le Canada et l’ exécution de ces mesures rentre dans le champ d’ application
de la réserve. La Cour doit se déclarer incompétente, car elle va analyser la validité de la réserve
sans se préoccuper de la licéité. Il s’ agit de mesures de gestion et de conservation ainsi que de
l’exécution vu qu’ il y a arraisonnement, la Cour ne peut dont pas être compétente.

Cela a déclenché des déclarations dissidentes qui parlent parfois de « faits illicites avec préméditation »
(dixit le Juge Bedjaoui). Certains diront que c’ était pour la bonne cause car cela protégeait les
réserves de poissons. La validité de l’ arraisonnement n’ a pas été analysée. On instrumentalise les
réserves pour commettre un fait illicite. Le risque est que si l’ on déclare que la réserve est nulle,
une des conséquences possibles est que le Canada pourrait considérer que le consentement initial
pourrait ne plus exister.
La CEDH dans l’ arrêt Loisidou s’
est prononcée sur le fait qu’ une réserve pouvait être nulle sans
affecter la validité du consentement de la Turquie. Certains ont considéré que la position de la
CEDH allait à l’ encontre de la position de la CIJ. Dire que c’ est contraire se discute, car la Cour
ne s’est jamais prononcée expressément.
Un autre cas est celui de l’ Australie du 22 mars 2002. Après l’ indépendance du Timor, la question
s’est posée de savoir s’ il n’ y avait pas une remise en cause de l’ accord avec l’ Australie. La
troisième exception est de type procédural. Il y a une sorte de suspicion lorsqu’ une partie n’ a
accepté une déclaration à ce point précise qu’ elle n’envisage que ce différend là. L’ Australie
refuse d’ être mise en cause. Il y a également une réserve temporelle. Les Etats réfléchissent et
essaient de cadenasser la compétence devant la Cour. Une autre règle concernant les déclarations
de la Cour est celle concernant la réciprocité des réserves dans les déclarations. Si l’ on regarde
l’
article 36 paragraphe2, l’ on vise la reconnaissance de la compétence de la Cour à l’ égard de tout
autre Etat acceptant la même obligation, c’ est cela le « deal ». Si un des deux protagonistes a
assorti sa déclaration d’ acceptation d’ une réserve, l’ autre partie peut l’
utiliser. Dans le cadre d’ une
instance introduite par un Etat, par exemple la France contre la Norvège, si la France a émis une
déclaration avec une réserve, la Norvège pourra utiliser la réserve de la France. C’ est le cas dans le
cadre de l’ affaire des emprunts norvégiens. Il s’
agissait d’une violation alléguée de la Norvège à l’ égard
du DI (la Norvège avait refusé de rembourser des emprunts). La compétence de la Cour avait été
reconnue par la France à la CIJ par le biais d’ une déclaration mais elle contenait une réserve
relative aux différends qui relevaient de la compétence nationale de la France.

Il y avait deux questions : celle de la réserve dite automatique en ce sens qu’une telle réserve
s’appliquera ou non selon ce que l’ Etat concerné considère relever de ses affaires intérieures,

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nationales. La Cour évite cette question, car si l’ on invalide ce type de réserve, on risque
d’invalider le consentement général de l’ Etat. La seconde question procède d’ une approche plus
objective de savoir si la Norvège peut invoquer la réserve émise par la France. Par l’ effet de
réciprocité, de miroir, la Norvège va considérer que les emprunts sont une compétence nationale
non soumise à la compétence de la Cour.
La France va invoquer l’ argument comme quoi il existe bien des règles internationales applicables
aux dettes entre nationaux d’ un Etat et ceux d’ un autre, cela ne peut pas être un domaine réservé
ou entrant dans la compétence nationale. Il y a une convention qui lie la France et la Norvège de
1907 contre l’ utilisation de la force (la convention Drago Porter). Ce n’ est pas une convention qui
règle le sort des emprunts donc la réserve s’ applique. La Cour n’ est pas contre. Les réserves sont
utilisées par le demandeur et le défendeur à l’ égard des propres réserves du demandeur. Plus on
formule de réserves, plus il y a des moyens d’ écarter la compétence de la Cour.

Attention! dans ce jeu de réciprocité, cet effet miroir joue pour les réserves substantielles, mais
pas pour les conditions procédurales qui entourent les réserves (ex : Australie qui a déclaré qu’ elle
n’ acceptait pas les recours formés par un Etat qui a accepté la compétence moins de 12 mois
avant). –ce sont les réserves procédurales).
Le cas des « conditions procédurales qui entourent les réserves » c’ est l’
exemple de l’affaire des
Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci. Les USA ont formulé en 1946 et de
manière récurrente une déclaration pour 5 ans, renouvelée. Selon la formulation de cette
déclaration, il y a un maintien en vigueur pendant une période de 6 mois après la notification du
retrait. Le problème est qu’ ils ont vent d’ une affaire introduite contre eux par le Nicaragua, et en
1984, juste avant la saisine de la Cour, ils formulent une nouvelle déclaration en disant qu’ elle ne
sera pas applicable au différend émanant des Etats d’ Amérique Centrale et ce pour bloquer la
saisine de la Cour. Les avocats du Nicaragua vont invoquer la déclaration de 1946 qui reste
valable car il ne s’ est pas écoulé la période de 6 mois. Les avocats des USA vont jouer sur la
réciprocité en invoquant le fait que dans la déclaration d’ acceptation du Nicaragua, il n’y a pas
d’ élément temporel. Si le Nicaragua décide de retirer sa déclaration, cela aura un effet immédiat.
Par contre, les USA sont liés par un délai de 6 mois. Ils vont invoquer l’ effet miroir de la
déclaration du Nicaragua en disant qu’ ils peuvent aussi retirer leur déclaration immédiatement.
Dans la décision de ‘ 84, la décision de réciprocité porte sur les conditions procédurales et leur
contenu et non sur les conditions qui entourent ces réserves comme création, leur retrait, … cela
concerne l’ article 3 paragraphe 2.
L’ article 36 paragraphe 5 concerne les déclarations sous l’ empire de la Cour Permanente. Elles
sont de nouveau considérées comme donnant compétence à la Cour. Il y a novation, succession.
Il s’agit de déclaration pour une durée non encore expirée et cela vise les parties au présent statut.
La Cour clarifie « parties au présent statut » comme impliquant un lien de continuité. Les parties qui
l’
étaient au statut de la Cour Permanente doivent l’ être au statut de la Cour internationale dés
l’
entrée en vigueur de celle-ci, soit le 24/10/1945, quand la Charte des NU entre en vigueur !

Cette question se posera lors de l’affaire de l’


incident aérien. Action introduite par Israël et les USA
contre la Bulgarie mais la Bulgarie est devenue partie au statut de la Cour Permanente le 14
décembre 1955 et non en ‘ 45. Même si elle avait accepté le statut de la CPIJ, il y a eu un hiatus
donc la question ne se pose pas, pas de continuité.

Un autre cas est celui de l’


affaire de Préah Vihéar entre le Cambodge et la Thaïlande. Le problème de la
souveraineté sur le temple a été réglé par une décision de la Cour. En 50, la question est portée
par le Cambodge. L’ histoire est étrange car la Thaïlande avait accepté la compétence de la CPIJ
pour une durée de 10 ans en 1929. Il n’ avait plus renouvelé cette déclaration. Après l’ entrée en
vigueur de la CIJ, la Thaïlande fait une déclaration par laquelle elle se réfère à l’ ancienne
déclaration comme si elle était toujours d’ actualité. Elle la renouvelle pour le futur. C’ est une

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situation confuse car la réserve a expiré, elle n’ est pas devenue partie au Statut et elle renouvelle
une réserve qui n’ existe plus. Cette déclaration est nulle car elle se réfère à une déclaration qui a
expiré. La nouvelle aurait fait revivre l’ ancienne. Dans ce cadre, la Cour a déclaré que le droit
n’ était pas formaliste, mais que ce qui importait c’ était que l’ Etat accepte la compétence de la
Cour, même si cela a été fait de manière maladroite. La Cour s’ est déclarée compétente.
Le dernier cas qui est assez complexe est dans l’ affaire des Activités militaires et paramilitaires au
Nicaragua et contre celui-ci en 1984. Dans les publications de la Cour, il y a le Nicaragua qui a
formulé une déclaration en 1929 une déclaration au nom de la république du Nicaragua. C’ est
clair que l’ application de l’ article 36 paragraphe 5 peut jouer, puisqu'il refait une déclaration en
1945. Cependant, il n’ a jamais été partie au statut, il a fait une déclaration, mais il n’ a jamais ratifié
le statut. Il l’
a juste signé. Dans les publications de la CIJ, on indique que le Nicaragua a reconnu
la compétence de la Cour, mais n’ a jamais été partie au Statut. La Cour va examiner cette
question. Il y a d’ abord une force latente. En anglais, en vigueur se réfère a une déclaration qui a
force obligatoire. La conférence de San Francisco parle d’ une durée non encore expirée. Il y a une
divergence entre deux versions qui semblent démontrer qu’ une déclaration qui n’ est pas
obligatoire pourrait néanmoins être valable. La Cour –pour sauver les meubles - va examiner la
conduite des Etats et dire qu’ il y a une « force latente » (critère quelque peu psychologique) !
L’ interprétation de la Cour de l’ article 36 paragraphe 5 est confirmée par la conduite du
Nicaragua qui ne s’ est jamais opposée, il y a donc bien un acquiescement. Cela a été critiqué car
l’interprétation va un peu loin et met de côté les formalités qui ont été inscrites dans le Statut
pour reconnaître la compétence. On vise un consentement opposable au défendeur et non un
consentement à être attrait.
La Cour considérera en plus de cela, que la conduite des parties peut être analysée comme
confirmant la compétence de la Cour sur base de l’ article 36 paragraphe 2. En d’ autres termes, le
comportement pourrait être considéré comme source de droit et d’ obligation et créant un
consentement. Les circonstances sont uniques.

Un autre fondement de la compétence est le « forum prorogatum ». C’ est un prolongement


de compétence, un accroissement de compétence. Cela vise la situation dans laquelle un
défendeur, en manifestant par certains actes qu’ il acquiesce, qu’ il rend la Cour compétente. Outre
les trois modes susmentionnés, la Cour peut également être saisie d’ une affaire par la voie dite du
forum prorogatum. Le paragraphe 5 de l’ article 38 du Règlement prévoit le cas où un Etat dépose
une requête contre un autre Etat tout en reconnaissant que celui-ci n’ a pas reconnu la
compétence de la Cour au moment du dépôt et en l’ invitant à le faire. L’ Etat contre lequel la
requête est ainsi formée a alors la possibilité d’ accepter cette compétence. L’ instance n’ est réputée
introduite qu’ à la date de cette acceptation. A ce jour, 17 requêtes de ce type ont été déposées.
Dans deux cas seulement, l’ Etat contre lequel la requête avait été formée a accepté la compétence
de la Cour. Cela s’ est produit en avril 2003 en l’ affaire relative à Certaines procédures pénales engagées
en France (République du Congo c. France) et en août 2006 en l’ affaire relative à Certaines questions
concernant l’ entraide judiciaire en matière pénale (Djibouti c. France).
Le règlement de la Cour prévoit que l’ affaire n’ est pas inscrite au rôle, lorsqu’ il n’ y a
manifestement pas de base de juridiction, de consentement du défendeur, l’ affaire n’ est pas
inscrite au rôle tant qu’ il n’
y a pas de manifestation de la part du défendeur et dans ce cas-là, la
Cour a manifesté sa volonté de jouer le jeu même si elle n’ était pas obligée ! On aura
certainement l’ article 36 à l’
examen !

B) LA COMPETENCE RATIONE PERSONAE

La Cour est compétente à l’ égard des Etats. Tous les Etats membres des Nations Unies sont ipso
facto parties au Statut et donc ont vocation à se présenter devant la Cour. Il y a deux cas de figure
additionnels. Des Etats qui ne sont pas membres peuvent être parties au Statut grâce à une

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décision du conseil de sécurité et de l’ AG. Ex : la Suisse avant. Il y a néanmoins des conditions
pour cela (participer au financement, participer aux décisions,… ).
Même si un Etat n’ est pas membre des Nations Unies et non partie au Statut, cet Etat peut
également se présenter et accepter la compétence de la Cour. Ex : L’ Italie, l’
Allemagne fédérale
ont été dans ce cas. Dans ce cas, ces Etats font une déclaration générale ou particulière
d’acceptation selon les modalités édictées par le conseil de sécurité.
Les autres acteurs sont les OI publiques (intergouvernementales). Cependant, les OI n’ ont pas
accès à la Cour en tant que demandeur ou défendeur. Néanmoins il y a trois possibilités pour
qu’elles puissent faire connaître leur position :

1) Lorsqu’ un point de l’ affaire concerne l’ interprétation de la Charte constitutive de l’ OI en


question ou l’ interprétation d’ une convention adoptée en vertu de l’ instrument constitutif de
l’organisation. C’ est l’ article 34 paragraphe3 du statut. Dans ce cas, le greffier doit aviser l’ OI
concernée et l’ inviter à faire connaitre son avis, ses positions. Ex : affaire de l’interprétation de la
convention de Montréal : attentats de Lockerbie. C’
est un droit.

2) Si la Cour considère que l’ OI peut donner des informations importantes, elle peut le lui
demander. C’est une possibilité.

3) L’ action d’ initiative sur l’initiative par l’organisation internationale. C’ est très rare. Les ONG
n’ ont pas accès à la Cour, même si elles essaient d’ avoir un certain accès par la procédure de
l’amicus curiae13. Cependant, il n’ y a rien dans le règlement de procédure ou dans les statuts qui le
permettent.
Dans la compétence consultative, la Cour statue sur une question juridique qui lui est posée (pas
un différend), ce n’ est pas obligatoire. Dans le cadre de la procédure consultative, c’ est le lieu de
prédilection de l’ action des ONG (avis consultatif sur la licéité de l’ emploi de l’ arme nucléaire,
affaire du mur édifié par Israël,… ). A cet égard, des milliers de lettres avaient été envoyées par les
ONG. La Cour a décidé récemment l’ instruction de procédure 12 pour reconnaître le
phénomène, cela montre que les ONG jouent un rôle, même s’ il est subliminal. Les lettres
envoyées par les ONG ne font pas partie de la procédure écrite, ne sont pas considérées comme
des pièces MAIS les parties sont informées. Ici, dans le cadre d’ avis consultatif, il n’ y a pas de
parties, ce sont des représentants d’ Etat qui peuvent agir et formuler des opinions devant la Cour
et ces opinions transmises par les ONG seront mises à la disposition des parties dans une salle de
la Cour. C’ est une avancée timide, on ne
reconnaît pas l’ intervention des ONG à titre d’l’ amicus curiae mais on porte à la connaissance des
« parties » les opinions des ONG.
Dans les affaires du Sud-ouest africain il y a eu une demande d’ une ONG et la Cour l’ a acceptée, mais
de manière limitée. Par la suite, la Cour pris une attitude beaucoup plus ferme pour ne pas ouvrir
les écluses. Seulement, la Cour a dû quelque peu ménager ou trouver une procédure adéquate
face au flot d’ infos qui lui a été communiquées dans le cas de certaines procédures (Exemple : avis
sur la licéité des armes nucléaires). Ces informations non sollicitées n’ existent pas pour la Cour mais il
a fallu adopter des instructions de procédure qui nuancent la position de la Cour. On donne un
certain droit de cité aux papiers émis par les ONG même si ces documents ne sont pas considéré
comme faisant partie du dossier de l’ affaire mais les plaideurs peuvent y faire référence dans leurs
plaidoiries comme ils peuvent se référer à toute publication publique !

C) LA COMPETENCE RATIONE MATERIAE


La Cour a une compétence générale sur tous les différends d'ordre juridique qui lui sont soumis
par les Etats. Dès qu’
il y a une pression juridique qui se pose, la Cour est compétente sauf s’il
s’
agit d’une réserve.
13 Les amis de la Cour.

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D. LA COMPETENCE RATIONE TEMPORIS

A travers l’ examen des divers instruments lui attribuant compétence sur un litige donné, la Cour
parvient à fixer exactement la période sur laquelle s’ étend sa compétence pour connaître du
différend. Elle ne peut connaître d’ un différend à l’ expiration de la durée d’ application d’ un
engagement juridictionnel conventionnel ou unilatéral d’ un État partie au litige. Il peut s’
agir de
l’
exclusion de sa compétence des faits antérieurs à l’ engagement de juridiction obligatoire. Elle
considère que, « Selon une jurisprudence constante, sa compétence doit s’ apprécier au moment
du dépôt de l’ acte introductif d’
instance. Ainsi, si elle est compétente à la date à laquelle une
affaire lui est soumise, elle le demeure quels que soient les évènements survenus ultérieurement.
De tels évènements peuvent éventuellement conduire à constater qu’ une requête a été par la suite
privée de son objet et à prononcer un non lieu à statuer; ils ne sauraient en revanche priver la
Cour de sa compétence »14. En effet, les évènements postérieurs à la saisine de la Cour ne la
privent pas de son pouvoir de juger de sa propre compétence. Les États ne consentant pas à sa
juridiction ni de la même façon, ni au même moment et encore moins pour une même durée,
cette compétence ratione temporis est très souvent fonction des États en présence et du moment
de cristallisation du différend.

E) LE DROIT APPLICABLE
Le droit applicable par la CIJ est consacré à l’ article 38 du Statut qui énumère les sources du droit
international applicables par la Cour pour trancher un litige. Il y a des sources conventionnelles,
la coutume, les actes unilatéraux (affaires des essais nucléaires),… Les décisions judiciaires sont
mentionnées mais on ne fonctionne pas avec la règle du précédent, sous réserve de la disposition
de l’article 59, qui vise l’effet relatif des décisions de justice, la règle de l’ effet relatif de la chose
jugée. Il n’y a pas de règle du précédent, néanmoins, si l’ on regarde la jurisprudence de la Cour,
c’est fort basé sur les décisions similaires antérieures. On démontre que soit c’ est similaire soit
c’est différent. Il y a également la possibilité d’ agir ex aequo et bono avec l’
accord des parties.

F) LA PROCEDURE
L’
introduction de l’
instance peut se faire par :

1. Une requête unilatérale (article 32, 36,..), sur la base d’une clause compromissoire, sur la base
d’un compromis qui prévoit que chaque partie peut saisir de manière unilatérale, sur la base de la
déclaration de l’
article 36 paragraphe 2, sur la base de l’ article 36 paragraphe 5. Il faut en toute
hypothèse un accord pour pouvoir le faire;

2. Notification du compromis pour rendre la Cour compétente, le compromis seul ne suffit


pas. Cette notification peut se faire par les deux parties (notification conjointe), c’ est une
notification, mais cela peut être dangereux si une des deux parties se rétractent. Le compromis est
un accord, il peut être soumis aux ratifications, assentiments des traités.

Suite de la procédure : l’
agent est le représentant de l’
Etat pour les besoins de la procédure devant
la Cour. Il faut qu’
un agent soit désigné par le demandeur dans la requête. C’ est l’
interlocuteur

14-Mandat d’ arrêt, arrêt du 14 février 2002, p. 11, § 26. Dans l’


affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
contre celui-ci, les États-Unis, bien informés des intentions de Managua, tentèrent de se soustraire à la compétence de la
Cour en modifiant sa déclaration d’ acceptation de la juridiction obligatoire à la veille du dépôt de la requête
nicaraguayenne. En effet, par une lettre signée du Secrétaire d’ État M. SCHULTZ et datée du 6 avril 1984, les États-
Unis excluaient immédiatement et pour une durée de deux ans du champ d’ application de leur déclaration du 26 août
1946 les « différends avec l’ un quelconque des États de l’ Amérique centrale ou découlant d’ évènements en
Amérique centrale ou s’ y rapportant » . (I.L.M., 1984, vol. XXIII, p. 670). Cette attitude s’ est répercutée sur le
déroulement de l’ instance juridictionnelle.

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privilégié et exclusif. C’est lui qui dialoguera avec la Cour, le greffier, c’ est lui qui prendra des
engagements, il prend des engagements au nom de l’ Etat. Ils ont une fonction de représentation,
donc ils doivent avoir été autorisés à agir de la sorte. Rien n’ interdit à l’Etat de désigner une
personne étrangère, mais c’ est rare. Il est plus judicieux de désigner une personne qui a un lien
avec l’Etat car elle maîtrise mieux les subtilités de la procédure et des us et coutume de l’ Etat. Le
choix de l’ agent relève de l’ exercice de la souveraineté. Il est entouré d’ une équipe d’ avocats,
d’experts,… .
La procédure se déroule en deux phases, l’ une écrite et l’
autre orale. C’ est un peu la même chose
que la procédure arbitrale.

La procédure écrite
La première phase comprend la présentation à la Cour de pièces écrites contenant un exposé
détaillé des points de fait et de droit, et se répondant l’ une à l’ autre. Etant donné notamment la
nécessité de satisfaire aux préoccupations de la Cour dans son ensemble et de chacun de ses
membres en particulier, c’ est-à-dire de quinze juges venant de systèmes juridiques différents, ces
pièces ont un caractère très complet. Les documents à l’ appui des thèses formulées sont
reproduits en annexe ; s’ ils sont trop volumineux, seuls des extraits sont annexés et, à moins qu’ ils
ne soient déjà dans le domaine public, le texte complet en est déposé au Greffe en deux
exemplaires et mis à la disposition des juges et de l’ autre partie pour consultation. La Cour peut
demander elle-même la production de documents ou d’ explications au cours de la procédure
écrite (exemples : Détroit de Corfou ;Droits des ressortissants des Etats-Unis d’ Amérique au Maroc ; Or
monétaire pris à Rome en 1943 ; Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran ;Activités
militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaraguac. Etats-Unis d’Amérique) ; Délimitation
maritime et questions territoriales entre Qatar et Bahreïn ; Questions d’ interprétation et
d’ application de la convention de Montréal de 1971 résultant de l’ incident aérien de
Lockerbie(mesures conservatoires) ; Ahmadou Sadio Diallo).
- S’agissant d’affaires introduites par requête, le président rencontre les agents des parties
aussitôt que possible après leur désignation afin de se renseigner sur leurs vues à propos du
nombre des pièces de procédure écrite, de leur ordre de présentation et de leur échelonnement
dans le temps. La décision est prise par la Cour, ou le président lui-même si elle ne siège pas, en
tenant compte de ces vues pour autant qu’ elles n’ entraînent pas un retard injustifié. Cette décision
est rendue sous la forme d’ une ordonnance qui intervient, en moyenne, un mois environ après
l’introduction de l’ instance. Les pièces à présenter sont en principe au nombre de deux : « un
mémoire du demandeur [et] un contre-mémoire du défendeur ».Si les parties le demandent ou si
la Cour l’ estime nécessaire, il peut aussi y avoir une réplique et une duplique qui « ne répètent pas
simplement les thèses des parties mais s’ attachent à faire ressortir les points qui les divisent
encore ». L’ autorisation de déposer une réplique et une duplique s’ est généralisée, sans devenir
néanmoins systématique (Compétence en matière de pêcheries (Espagne c. Canada) ; Chasse à la baleine dans
l’Antarctique (Australie c. Japon ; Nouvelle-Zélande (intervenant)). Les délais fixés pour le dépôt des
pièces, « aussi brefs que la nature de l’ affaire le permet », sont normalement égaux pour les deux
parties. la Cour peut, à la demande d’ une partie, les proroger, mais uniquement si « elle estime la
demande suffisamment justifiée ».
Dans les cas où une affaire est portée devant la Cour ou une chambre de la Cour par la
notification d’un compromis, il est habituel que les parties fixent elles-mêmes dans le
compromis — sans que cela lie la Cour — le nombre et l’ ordre de présentation des pièces de
procédure. Dans les affaires les plus récentes, les parties sont tombées d’ accord pour présenter
chacune un mémoire, un contre-mémoire, éventuellement suivis d’ une autre pièce. Elles sont
également convenues de certains délais. La Cour tient compte, dans la mesure où elle le peut, des
désirs des parties sur ces divers points (articles 46 et 92 du Règlement).C’ est ainsi que des
répliques ont été déposées dans les affaires du Plateau continental (Tunisie/Jamahiriya arabe
libyenne), de la Délimitation de la frontière maritime dans la région du golfe du Maine, du Plateau

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continental (Jamahiriya arabe libyenne/Malte), du Différend frontalier terrestre, insulaire et
maritime, duDifférend territorial (Jamahiriya arabe libyenne/Tchad), du Projet Gabcíkovo-
Nagymaros, de l’ Ile de Kasikili/Sedudu, de la Souveraineté sur Pulau Ligitan et Pulau Sipadan et
de la Souveraineté sur Pedra Branca/Pulau Batu Puteh, MiddleRocks et South Ledge
(Malaisie/Singapour). En revanche, dans l’ affaire du Différend frontalier (Burkina
Faso/République du Mali)et dans l’ affaire du Différend frontalier (Burkina Faso/Niger), seuls des
mémoires et des contre-mémoires ont été présentés. S’ agissant de l’ordre de présentation des
pièces de procédure dans les affaires soumises par voie de compromis, la Cour « souhaite
décourager la pratique du dépôt simultané » (instruction de procédure I), la pratique du dépôt
consécutif devant favoriser un échange direct et plus approfondi entre les parties dès la phase de
la procédure écrite. Les parties préfèrent cependant fréquemment procéder au dépôt simultané de
leurs pièces, dès lors qu’il n’
y a ni demandeur ni défendeur.

Puis, il y a la clôture de la procédure écrite. Les parties ne pourront plus déposer de pièces écrites.
Cela veut dire que c’ est d’autres règles qui s’appliquent. Pour déposer de nouveaux arguments, il
faut demander l’ accord de l’ autre partie ou l’
assentiment de la Cour.

Ensuite, il y a la procédure orale. Elle dépendra de la complexité de l’ affaire, de la volonté des


parties d’apporter des témoins ou des experts. Ils sont produits par la partie concernée ; le témoin
raconte ce qu’ il a vu et l’expert dit ce qu’
il sait. Les experts et les témoins doivent prêter serment
avant de déposer et ne peuvent normalement pas assister aux audiences avant leur déposition. Ex
: affaire Elsi entre l’ Italie et les USA. Un des conseils d’ une des parties a communiqué des
informations concernant une réunion à laquelle il avait assisté, l’ autre partie a interrompu le débat
car il a demandé qu’ il soit témoin. Cela déstabilise la personne. Il faut éviter de confondre les
rôles.

F ) DECISION
Chaque juge va rédiger une note sur les points de droit. Lorsque les décisions émergent, un
comité de rédaction est composé. En définitive, il y a un vote. C’ est oui ou non, il ne peut pas y
avoir d’ abstention. On vote par ordre inverse de préséance en fonction de la date de l’ élection. Si
c’est la même date, on prendra le plus âgé. C’ est le junior qui s’
exprime d’ abord pour ne pas être
influencé par ses ainés. Le dispositif peut faire l’objet de votes très différents et la décision peut
être divisée en différents points. La décision est rendue en séance publique.
Il s’agit d’une ordonnance ou d’un arrêt. Un arrêt tranche un point de droit de manière
définitive, il tranche le fond ou les questions de compétence ou de recevabilité. l’ ordonnance se
rapporte aux questions de procédure ou à des affaires provisoires.

LES PROCEDURES INCIDENTES


Il s'agit des procédures qui permettent la suspension de la phase principale d'une instance
contentieuse pour permettre à la Cour de connaitre des demandes connexes qui viennent se
greffer sur la demande principale :

Il y a d’abord le désistement où une partie peut décider de se retirer ou le désistement résulte


d’un accord. Les parties peuvent demander à la cour de prendre acte de l’ accord de désistement
qui aura pour conséquence la radiation du rôle de la Cour. Autrement, il peut y avoir un
désistement unilatéral. Articles 88 et 89 du règlement, c’ est la meilleure solution pour les Etats.
Cela veut dire que le demandeur retire sa demande et, sur cette base, la Cour va acter le
désistement. Il y différents cas de figure comme le retrait pur et simple, mais c’ est plutôt rare car
cela suppose la conclusion d’ un accord.
Exemple : construction par le Danemark sur le détroit qui relie la mer baltique à la mer du nord. Préjudice à
la Finlande car les plates-formes pétrolières ne savaient plus sortir de la baltique par le détroit. La

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Finlande agit devant la cour, a demandé des mesures conservatoires, puis les parties se sont mise
d’accord, donc il y a eu désistement d’
instance.

Ensuite, la demande reconventionnelle vise une demande qui provient du défendeur à


l'instance qui introduit à son tour une action contre le demandeur. Elle doit néanmoins être liée à
l’affaire principale.
Ex. Affaire de la Frontière terrestre et maritime entre Cameroun et le Nigéria. Celui-ci considère que le
Cameroun a engagé la force et que sa responsabilité était engagée. Contexte d’ un différend
territorial.

L’absence ne fait pas défaut à l’ adoption d’ une décision. On peut rendre une décision contre une
partie qui n’ apparaît pas. Cependant, à l’ article 53 paragraphe 2, la Cour doit s’ assurer de sa
compétence et du fait que le demandeur a raison au fond. L’ avocat du défendeur ce sera les juges
de la Cour. Certains disent que si l’ affaire est mauvaise, il ne vaut mieux pas se présenter car au
moins, on sera défendu par les juges mais c’ est vrai qu’une juridiction n’apprécie qu’ une des
parties ne se présente pas.
Objectivement, les juges vont devoir éplucher le dossier et peut-être trouver des éléments que le
défendeur n’ aurait peut-être pas trouvé. Exemple : Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
contre celui-ci après le retrait des USA en 1984. (absence des USA) –affaires du personnel diplomatique et
consulaire des USA à Téhéran (absence de l’ Iran).

LES EXCEPTIONS PRELIMINAIRES ET LES MESURES CONSERVATOIRES SONT LES


PROCEDURES INCIDENTES LES PLUS IMPORTANTES.

LES EXCEPTIONS PRELIMINAIRES visent un obstacle à l’ examen par la Cour du fond de


l’
affaire. Elles sont visées à l’ article 79 du règlement. Elles concernent les exceptions à la
compétence de la Cour ou à la recevabilité de la requête. L’ une des procédures incidentes les plus
fréquentes est celle des exceptions préliminaires, généralement soulevées par le défendeur quand
l’
instance a été introduite par une requête du demandeur. Ces exceptions tendent à suspendre
l’
examen du fond d’ une affaire par la Cour et à empêcher que la Cour se prononce sur celui-ci en
faisant valoir :
— soit que la Cour n’ est pas en réalité compétente ratione personae, parce que l’ une des
parties à l’
instance ne possède pas la capacité pour ester devant la Cour, par exemple lorsque cette
instance n’ a pas valablement été introduite contre l’ Etat défendeur, au motif que celui-ci n’ est pas
« partie au [Statut de la Cour] » ou autrement lié par « [une] disposition particulière d’[un] traité en
vigueur », au sens des paragraphes 1 et 2 de l’ article 35 du Statut14;
— soit que la Cour n’ est pas en réalité compétente ratione materiae si l’ on s’en tient au
traité contenant une clause compromissoire ou à la déclaration d’ acceptation de la juridiction
obligatoire sur la base desquels le demandeur a saisi la Cour. Le défendeur peut alléguer par
exemple que ce traité, ou cette déclaration d’ acceptation, est entaché de nullité ou n’ est plus en
vigueur ; que le différend est antérieur à la date limite énoncée dans le traité ou la déclaration ; ou
encore que le différend n’ entre pas dans leurs prévisions pour tout autre motif (par exemple
parce qu’ une réserve attachée à la déclaration exclut le différend en cause) ;
— soit que, quand bien même la Cour aurait compétence, elle ne pourrait l’ exercer car la
requête est irrecevable pour un motif d’ ordre plus général. On peut alléguer que certaines
dispositions essentielles du Statut ou du Règlement n’ ont pas été observées ; que le différend
n’existe pas, est devenu sans objet, porte sur un droit inexistant ou n’ est pas d’ordre juridique au
sens du Statut ; que la décision serait sans effet pratique ou serait incompatible avec le rôle d’ un
tribunal ; que le demandeur n’ a pas qualité pour agir, n’a pas d’
intérêt juridique en l’
espèce ou n’ a
pas épuisé les négociations ou toute autre procédure préalable ; que le demandeur invoque des
faits qui seraient du ressort d’ un organe politique de l’ ONU ; ou, encore, que le particulier que

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l’Etat demandeur cherche à protéger n’ a pas la nationalité de ce dernier ou n’ a pas épuisé les
recours internes qui lui étaient ouverts dans le pays du défendeur15;— soit qu’ il existe un autre
motif de ne pas poursuivre l’ examen de l’ affaire plus avant : on peut soutenir que le différend
porté devant la Cour comporte d’ autres aspects dont la Cour n’ est pas saisie ; que le demandeur
n’a pas cité devant la Cour certaines parties dont la présence serait indispensable ; que certaines
procédures de négociation n’ ont pas été épuisées, etc.
En pareil cas, c’est à la Cour qu’ il appartient de trancher car elle a, au sens large, « la compétence
de sa compétence ». Comme il est dit au paragraphe 6 de l’ article 36 du Statut : « En cas de
contestation sur le point de savoir si la Cour est compétente, la Cour décide. » La procédure à
suivre est définie à l’ article 79 du Règlement. Lorsque le défendeur entend soulever des
exceptions préliminaires, il doit le faire par écrit dès que possible, et au plus tard trois mois après
le dépôt du mémoire. La procédure écrite sur le fond est alors suspendue, et une procédure écrite
et orale sur les exceptions est ouverte, qui constitue une phase distincte de l’ affaire, une sorte de
procès dans le procès. Par ordonnance, un délai est accordé au demandeur en vue de présenter
par écrit ses observations et conclusions, autrement dit sa réponse aux exceptions.

Enfin, la Cour délibère et rend un arrêt suivant sa méthode habituelle. Il y a trois solutions, et
trois seulement :
— la Cour retient au moins une des exceptions préliminaires et l’ affaire s’
arrête là, quitte à
reprendre un jour s’ il a été remédié au motif de l’exception retenue(exemple : les recours internes
ont été finalement épuisés) ;
— la Cour rejette les exceptions préliminaires et la procédure sur le fond reprend au point
où elle a été interrompue : le défendeur est invité à produire un contre-mémoire dans un certain
délai ;
— la Cour déclare que les exceptions en cause n’ ont pas un caractère exclusivement
préliminaire et la procédure reprend en vue de permettre à la Cour de se prononcer sur
l’
ensemble des questions à elle soumises. Ce schéma général est cependant susceptible de
variations. En voici des exemples :
— Le défendeur retire son exception préliminaire (Droits de ressortissants des Etats-Unis
d’Amérique au Maroc ; Application de la convention pour la prévention et la répression du crime
de génocide (Bosnie- Herzégovinec. Serbie-et-Monténégro)).
— Le défendeur fait valoir dans ses pièces de procédure ou plaidoiries une objection à la
compétence ou à la recevabilité mais ne la présente pas sous forme d’ exception préliminaire: la
Cour l’ examine s’ il y a lieu au stade du fond dans son arrêt (Droits de minorités en Haute-Silésie ;
Nottebohm ; Appel concernant la compétence du Conseil de l’ OACI ; LaGrand ; Mandat d’ arrêt
du 11 avril2000 ; Avena et autres ressortissants mexicains ; Certaines questions concernant
l’
entraide judiciaire en matière pénale; Demande en interprétation de l’ arrêt du 31 mars 2004 en
l’
affaire Avena et autres ressortissants mexicains ;Application de l’ accord intérimaire du 13
septembre 1995 ; Questions concernant l’ obligation de poursuivre ou d’ extrader ; Chasse à la
baleine dans l’ An-tarctique).
— La Cour examine d’ elle-même un point préliminaire n’ ayant pas fait l’ objet d’ une
exception formelle(Emprunts serbes ;Administration du prince von Pless ; Sud-Ouest africain ;
Essais nucléaires ; Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran).
— Les parties s’ entendent pour demander que les exceptions préliminaires ou questions
de compétence et/ou de recevabilité soulevées soient tranchées avecle fond, ce que la Cour est
tenue d’ accepter (Certains emprunts norvégiens ;Elettronica Sicula S.p.A. (ELSI) ; Timor
oriental). Antérieurement à la révision du Règlement effectuée en 1972, la Cour avait la faculté de
décider d’ elle-même une jonction au fond (Administration du prince von Pless, Pajzs, Csáky, Es-
terházy ; Losinger ; Chemin de fer Panevezys-Saldutiskis ; Droit de passage sur territoire indien ;
Barcelona Traction). Depuis, cette faculté est limitée. La nou-velle disposition précise à cet égard
que seules les exceptions n’ ayant pas un caractère exclusivement préliminaire peuvent désormais

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être tranchées lors de l’ examen du fond (Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
contre celui-ci ; Questions d’ interprétation et d’
application de la convention de Montréal de 1971
résultant de l’incident aérien de Lockerbie ; Frontière terrestre et maritime entre le Cameroun et
le Nigéria ; Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide
(Croatie c. Serbie)).— C’ est le demandeur lui-même qui soulève une exception préliminaire dans
le délai fixé pour le dépôt de son mémoire : elle est alors traitée exactement comme une
exception présentée par le défendeur (Or monétaire pris à Rome en 1943).— Dans le cadre d’ une
affaire introduite par la notification d’ un compromis, dans laquelle il n’ y a ni demandeur ni
défendeur, l’ une des parties soulève des exceptions préliminaires).

Exemple d’exceptions préliminaires : une exception soulevée par la Yougoslavie est que la Bosnie
n’était pas partie à la convention sur le génocide lors de l’ introduction de l’instance. Elle a été
introduite le 20 mars 1993, la Bosnie a fait une déclaration d’ acceptation de succession de la
convention sur le génocide le 29 décembre 1992. La question s’ est posée de savoir s’il s’agissait
véritablement d’ une succession ou d’ une adhésion en tant que nouvel Etat. En cas d’ adhésion, il
faut 6 mois avant que la convention ne prenne ses effets. La Cour a considéré que même si on
acceptait le raisonnement, cela n’ entrainerait pas beaucoup de conséquences car la Bosnie aurait
pu attendre quelques jours et soumettre à nouveau sa requête. D’ autres objections étaient le fait
qu’ il n’
y avait pas de reconnaissance de la part de la Yougoslavie de la Bosnie en ‘ 93. Pour la
Cour, la question est réglée car il y a les accords de Dayton qui marque cette reconnaissance. La
partie requérante pourrait porter aisément remède signifie réintroduire l’ action après. C’ est une
entorse à la règle selon laquelle la compétence de la Cour est appréciée au moment du dépôt de la
requête.

Autre objection : sur le champ d’ application de la convention sur le génocide. Pour la


Yougoslavie, elle ne vaut que pour le futur pour les Etats concernés, or les crimes de guerre ont
été commis avant 1993. Là, la question était cruciale mais la Cour considère que la convention sur
le génocide ne prévoit pas cette disposition, qu’ elle s’ applique uniquement aux faits postérieurs. Il
s’agit d’ une question récurrente de savoir si la convention vaut aussi pour des comportements
futurs ou ne vise que des comportements passés ? Sur la base de cette affaire, si rien n’ est dit dans
la convention, une telle convention peut également être applicable à l’ égard des faits du passé !
Il y avait également l’ application de la convention sur le génocide dans le cadre d’ une guerre
interne, la Cour a considéré que la convention ne restreint pas son champ d’ application à un
conflit extérieur, donc il n’ y a pas lieu d’ écarter l’ application de cette convention.
Ce sont 4 exceptions qui ont fait l’ objet d’ une décision et la Cour a reconnu être compétente !
Exemple : l’ affaire de la licéité des frappes de l’OTAN. S’ agissant de la Belgique, les exceptions portaient sur les
questions suivantes :
- La Serbie était-elle partie au statut de la cour à l’ époque ? La Cour va considérer que la Serbie, comme elle a été
admise aux Nations Unies n’ était pas un Etat successeur, donc pas partie au statut.
- Violation par la Belgique de la convention sur le génocide ? D’ après le statut de la CIJ, l’ article 35,
paragraphe2, dispose que la Cour peut être ouverte aux Etats qui ne sont pas partie au statut. Ces conditions sont
fixées par la Conseil de sécurité sous réserve des dispositions particulières des traités en vigueur.
- La convention peut-elle entrer dans le cas de figure de l’ article 35 ? Pour la Cour, le traité doit être en vigueur.
Donc non, la convention est signée en 1948.
- La Serbie avait découvert un traité de 1930 entre la Belgique et la Yougoslavie qui plaidait en faveur de la
compétence de la CPJI. Ce traité produit normalement ses effets. La Cour dit que ce traité faisait référence à la
cour permanente et pas à la CIJ. Donc il faudrait interpréter l’ article 35. Apparemment, le traité est en vigueur au
moment de l’ entrée en vigueur du statut de la Cour. Dernier obstacle : article 37. Celui-ci vise un cas particulier, à
savoir essentiellement la mise en œuvre de l’ article 35. Article 37 est prévu car une série de clauses facultatives
avaient été émise par les Etats en faveur de la cour permanente et donc, il y avait une transposition automatique en
faveur de la CIJ. « entre partie au présent statut » : donc la Serbie pas partie au statut au moment de

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l’
introduction de l’instance. le résultat : la cour a retenu les exceptions préliminaires. Sur cette base-là la cour ne
pouvait pas être compétente.

LE DEFAUT
Le Statut prévoit aussi le cas où le défendeur ne se présente pas devant la Cour, soit qu’ il en
conteste radicalement la compétence, soit pour un autre motif(art. 53). Le défaut d’ une partie
n’empêche pas la procédure dans une affaire de suivre son cours, ce qui est conforme au principe
de l’
égalité des parties, en vertu duquel une partie ne doit pas être pénalisée du fait de l’attitude de
l’
autre. Mais, dans un cas de ce genre, la Cour doit s’ assurer de sa compétence à la lumière de
toutes considérations pertinentes. Si elle conclut positivement, elle doit examiner le bien-fondé
des points de fait ou de droit invoqués par le demandeur, en tenant compte de ce que, dans une
procédure de type largement accusatoire, elle ne dispose pas des preuves et moyens de droit
normalement avancés par le défendeur pour contester la position du demandeur. A cet égard, elle
organise une procédure écrite et une procédure orale, auxquelles participe le demandeur, et rend
un arrêt. Dans certains cas, il y a eu défaut pendant toutes les phases de l’instance(Compétence en
matière de pêcheries ; Essais nucléaires ; Plateau continental de la mer Egée ; Personnel
diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran). Dans d’ autres cas, il y a eu défaut pendant
certaines phases seulement (Détroit de Corfou, fixation du montant des réparations ;Anglo-
Iranian Oil Co., mesures conservatoires ; Nottebohm, exception préliminaire ;Activités militaires
et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, fond, et formes et montant de la réparation). Le
défaut a parfois été suivi d’ un désistement du demandeur pour un motif ou un autre
(Dénonciation du traité sino-belge du 2 novembre 1865 ;Réforme agraire polonaise et minorité
allemande ; Compagnie d’ électricité de Sofia et de Bulgarie ;Procès de prisonniers de guerre
pakistanais)

LES MESURES CONSERVATOIRES sont visées à l’


article 41 du statut. Elles répondent à l’objectif
selon lequel il faut pouvoir prendre des mesures sur le droit de chacun en attendant la décision au
fond afin d’ empêcher que l’ on porte atteinte aux droits des parties. Elles viennent se greffer sur la
procédure pour protéger des droits. Si on attend la décision de fond pour protéger, ca risque
d’être trop tard. Il faut pouvoir agir et avancer. La Cour peut agir proprio motu, de sa propre
initiative ou à la demande des parties au différend. C’ est une procédure urgente qui a priorité sur
les autres procédures.

La Cour doit s’assurer qu’ elle a compétence prima facie (à première vue) mais cela ne veut pas dire
que la décision est définitive. Il faut qu’
il y ait une vraisemblance de compétence. Cela doit être
une apparence, donc elle pourra toujours se déclarer incompétente par la suite. On se contente
que l’ argument soit vraisemblable. Il y aura une ordonnance dont on ne tranche pas les points de
droit.

Il faut qu’ il y ait urgence, que les droits risquent de disparaître ou qu’ il y ait risque d’
atteinte à ces
droits avant la décision. Exemple : l’ affaire du Grand Belt. Entre les différentes parties de territoire,
il y a le détroit. Le Danemark crée un pont qui empêche les plateformes de forage de passer et de
rejoindre la haute mer. La construction du pont aura des conséquences et les plateformes ne
pourront plus s’ exporter.
La Cour va statuer sur des mesures conservatoires en ‘ 71 mais elle va considérer qu’ il n’
y a pas
urgence. Elle estime que d’ après les engagements des agents, les travaux ne vont pas aller très
vite. Les parties vont se désister, il y aura un accord financier, un dédommagement. C’ est
important d’ apprécier l’urgence en fonction de la durée du procès et du risque d’ atteinte aux
droits des parties.

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Pr Brusil Miranda METOU
Les mesures conservatoires doivent protéger des droits qui feront l’ objet du différend au fond, on
ne peut pas demander n’ importe quoi.
Ex : Bosnie Herzégovine lors du génocide. Elle a demandé à ce qu’ on lève l’embargo sur la livraison
d’ armes. Les USA avaient adopté des mesures d’ embargo mais pour la Bosnie, cela l’ empêchait de
se défendre et d’ empêcher que les actes de génocide soient commis. Ces droits ne concernaient
pas directement la convention sur le génocide, le noyau des droits défendus au fond.
La Cour indiquera les mesures conservatoires s’ il y a un risque de dommage irréparable, tel que
l’
atteinte est telle qu’
on ne peut exécuter l’ arrêt de la Cour.
Exemple : Voir affaire de l’
usine de pâte à papier sur le fleuve de l’
Uruguay.
Les droits qui font l’ objet du différend sont des droits des Etats, mais dans certains cas, ils vont
protéger leur population. Ce seront donc des intérêts privés qui justifieront la prise de mesures
conservatoires, des droits des personnes. Ex : affaire Lagrand (condamnation à mort des frères
Lagrand). Est-ce un droit de l’ Allemagne ? C’ est surtout le droit d’un citoyen. Dans cette affaire,
on remarque le caractère obligatoire des mesures conservatoires. En effet, celles-ci lient les Etats.
Il faut que ce soit un droit de l’
Etat demandeur.

Le point crucial et sur lequel il a fallu attendre la décision de la cour en 2003 : le caractère
obligatoire ou non des mesures conservatoires ? Question controversée depuis plus de quarante
ans. La doctrine anglo-saxonne était en faveur du caractère non obligatoire et pour la doctrine
Francophone : obligatoire.
La valeur obligatoire (les mesures conservatoires lient les Etats) : retenir le cas de l'affaire Lagrand
où la Cour a rendu une ordonnance demandant aux autorités américaines de sursoir à l’ exécution
de monsieur Lagrand. Mais devant les juridictions américaines, les mesures obligatoires ne sont
pas obligatoires, donc elles ne vont pas donner d’ effet à l’ordonnance de la Cour. Donc
exécution. Dans la suite de la procédure devant la Cour, procédure sur le fond, l’ Allemagne
invoque la fait que les Etats-Unis ont négligé leur obligation internationale découlant de
l'ordonnance de la Cour. a Cour, après examen des dispositions de son statut, va considérer qu’ il
faut donner un effet utile à la disposition et que, pour cela, il faut considérer que les mesures
conservatoires sont obligatoires ; donc les Etats-Unis ont manqué à leur obligation de respecter
les mesures conservatoires.

Ce qui est visé par les mesures conservatoires est le risque d’une atteinte irréparable des droits en
cause dans la procédure soumise à la Cour. Cela n’ apparaît pas dans l’ article du Statut du
règlement (droit de chacun). Tout est cependant réparable sinon il n’ y a pas de dommages et
intérêts, de réparation. Le dommage irréparable doit être distingué du dommage auquel il est fait
référence dans les questions de responsabilité. Ce que l’ on vise ici c’ est que l’ exécution de
l’obligation ne pourrait pas avoir lieu de manière efficace.
Pour la Cour, un pont peut être détruit, donc il n’ y a pas de risque de dommages irréparables car
les parties doivent être conscientes des conséquences. Idem pour l’ usine de Chorzów même s’ il y a
des millions en jeu. Il faut un risque imminent de dommages irréparables et dans ces cas-là, on
peut réparer.
La non aggravation du différend est une mesure inhérente. La Cour demande aux parties de ne
pas poser des actes (ex : recours à la force) pour aggraver le différend. La Cour peut demander
aux parties de fournir des renseignements sur l’ exécution de ces mesures conservatoires. C’ est
une mesure distincte.

DEMANDES RECONVENTIONNELLES
Dans son contre-mémoire, l’ Etat défendeur peut présenter, outre sa défense face aux griefs
formulés contre lui par l’ Etat demandeur, une ou plusieurs demandes reconventionnelles. Cette
procédure lui permet de soumettre à la Cour une nouvelle demande en riposte à la demande
principale de la partie adverse. Ainsi, un Etat à l’
égard duquel la partie adverse allègue qu’
il a violé

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le droit international peut non seulement le nier, mais soutenir en sus que le demandeur est lui-
même responsable de violations dans le contexte du même différend (pour la pratique récente,
voir Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide
(Bosnie-Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro)(demandes reconventionnelles ultérieurement
retirées) ;Plates-formes pétrolières(République islamique d’ Iran c. Etats-Unis d’ Amérique) ;
Frontière terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigéria (Cameroun c. Nigéria ; Guinée
équatoriale(intervenant)) ; Activités armées sur le territoire du Congo (République démocratique
du Congo c. Ouganda) ; Immunités juridictionnelles de l’ Etat (Allemagne c. Italie ; Grèce
(intervenant)) ; Certaines activités menées par le Nicaragua dans la région frontalière (Costa Rica
c. Nicaragua)).Aux termes de l’ article 80 du Règlement de la Cour de 1978 (tel que modifié le5
décembre 2000), pour être recevable comme telle et pouvoir être traitée en même temps que la
demande principale à laquelle elle riposte, une demande reconventionnelle doit relever de la
compétence de la Cour et être en connexité directe avec l’ objet de la demande principale. Dans le
cas où des demandes reconventionnelles présentées par une partie dans son contre-mémoire sont
déclarées recevables, la Cour prescrit normalement le dépôt d’ une réplique et d’
une duplique ;
afin d’assurer une stricte égalité entre les parties, elle réserve généralement le droit, pour la partie
qui aura à répondre aux demandes reconventionnelles, de s’ exprimer une seconde fois par écrit
sur lesdites demandes, dans une pièce additionnelle (Plates-formes pétrolières ; Frontière terrestre
et maritime entre le Cameroun et le Nigéria ; Activités armées sur le territoire du Congo
(République démocratique du Congo c. Ouganda))

L’INTERVENTION DE TIERS DANS LE LITIGE.

Le statut de la CIJ prévoit la possibilité d'intervention d'un tiers dans une instance contentieuse
opposant deux Etats à titre principal. Il y a deux types d’ interventions possibles prévues aux
articles 62 et 63 du statut. D’ une part, il s’agit du droit d’ intervention. L’ article 63 prévoit un droit
d’ intervention, alors que l’article 62 prévoit une demande en intervention. L’ article 63 contient un
droit reconnu aux Etats parties à une convention. Lorsque l’ interprétation d’ un point de cette
convention fait l’ objet d’un litige devant la Cour, ces Etats ont un intérêt légitime à participer à
l’
action. Il y a un formalisme, même s’ il y a un droit d’ intervention, cela suppose que l’ Etat qui
veut utiliser ce droit doit informer la Cour de sa volonté d’ intervenir, notifie à la Cour. La Cour
va tout de même procéder à un examen de la recevabilité de cette déclaration.
Il y a deux affaires :
- Haya de la Torre, Colombie vs. Pérou. Est-il possible pour une ambassade d’ offrir l’
asile à un
ressortissant d’ un autre pays ? a ce sujet, il y a une convention de la Havane concernant l’ asile
diplomatique. Dès lors, Cuba a demandé d’ intervenir et cette intervention a été acceptée.
- D’ autres cas ont été rejetés car la demande a été jugée futile. C’ est un droit, mais on apprécie
tout de même l’ opportunité. Ex. affaires des essais nucléaires : rejet.

Ex. Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci: rejet

Une autre forme d’ intervention est celle prévue à l’ article 62 qui envisage une requête en
intervention. La requête doit être acceptée. Faut-il accepter qu’ un tiers intervienne dans l’ affaire ?
Il peut intervenir s’
il a un intérêt d’ordre juridique qui est en cause. Cette intervention a connu
des hauts et des bas, la Cour a dû ajuster sa jurisprudence. Il y a eu une évolution, les contours de
l’
intervention sont plus précis.
Le premier cas où l’ intervention a été demandée, c’ est dans l’ affaire du Plateau continental entre la
Tunisie et la Lybie, il y a une frontière reconnue, mais au large, on arrive à Malte. Malte a
demandé à intervenir dans le procédure pour ne pas que la délimitation entre la Tunisie et la
Lybie ne porte atteinte a ses droits. Malte a déclaré qu’il voulait simplement exposer ses vues tout
en prévoyant bien que la décision ne la lierait pas. C’ était juste pour pouvoir exposer ses vues.

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Quel est le statut de l’
intervenant , est-il partie ou pas ? La Cour ne s’
est pas sentie à l’
aise avec
cette demande et l’a rejetée.

LA DECISION RENDUE PAR LA COUR.


Il y a une distinction entre arrêt (tranche un point droit) et ordonnance (décision en matière de
procédure ou décision provisoire comme les mesures conservatoires). Elle doit être lue en séance
publique et être validée par le président (signée) et le greffier de la Cour. Les juges ont le droit
d’ ajouter des textes à la décision, des opinions individuelles ou dissidentes ou d’ autres textes
(déclarations : brefs commentaires, elles sont courtes, positives ou négatives). Le vote contre ou
pour peut être donné pour certaines parties du dispositif. Il faut un vote pour chaque décision.
Les opinions ne font pas partie de la décision, l’ autorité de la chose jugée ne concerne que le
jugement et non ces opinions.
Les recours prévus par rapport à l’ arrêt sont de deux ordres. Il y a un recours en interprétation ou
un recours en révision. Pour l’ exécution des décisions, il n’ y a pas de mécanismes particuliers,
mais il y a l’
article 94 de la Charte qui impose que chaque Etat doit se conformer aux décisions de la
Cour. Face à une décision non exécutée, un Etat peut s’ adresser au conseil de sécurité. C’ est une
sorte de soupape de sécurité. En pratique, cette disposition n’ a jamais été pratiquée, elle a
cependant été invoquée par le Nicaragua contre les USA.
Il peut y avoir des mécanismes plus souples (cf. Cameroun – Nigéria - une partie du territoire
était en jeu).
Une affaire peut se terminer de deux manières. — Désistement : à n’ importe quel stade de la
procédure, les deux parties font connaître à la Cour, conjointement ou séparément, qu’ elles sont
convenues de se désister de l’ instance et la Cour, ou son président si la Cour ne siège pas, rend
une ordonnance de radiation du rôle qui peut mentionner ou citer l’ arrangement amiable auquel
les parties sont le cas échéant parvenues (Délimitation des eaux territoriales entre l’ île de
Castellorizo et les côtes d’ Anatolie; Certaines terres à phosphates à Nauru ; Incident aérien du 3
juillet 1988). Mais le désistement peut aussi être unilatéral : le demandeur déclare, à tout moment
de son choix, qu’ il renonce à poursuivre la procédure. Si le défendeur a déjà fait acte de
procédure, le désistement ne sera suivi d’ effet que si le défendeur ne s’ y oppose pas. La Cour ou
son président rend alors une ordonnance de radiation du rôle (Dénonciation du traité sino-belge
du2 novembre 1865 ; Administration du prince von Pless ; Appels contre certains jugements du
tribunal arbitral mixte hungaro-tchécoslovaque ; Société Electricité de Beyrouth ; Compagnie du
port, des quais et des entrepôts de Beyrouth et Société Radio-Orient ; Procès de prisonniers de
guerre pakistanais ; Actions armées frontalières et transfrontalières (Nicaragua c. Costa Rica) ;
Actions armées frontalières et transfrontalières (Nicaragua c. Honduras) ; Passage par le Grand-
Belt ; Délimitation maritime entre la Guinée-Bissau et le Sénégal ; Questions d’ interprétation et
d’ application de la convention de Montréal de 1971 résultant de l’ incident aérien de Lockerbie
;Convention de Vienne sur les relations consulaires ; Activités armées sur le territoire du Congo
(République démocratique du Congo c. Burundi) (République démocratique du Congo c.
Rwanda) ; Statut vis-à-vis de l’ Etat hôte d’ un envoyé diplomatique auprès de l’ Organisation des
Nations Unies ; Certaines procédures pénales engagées en France ; Certaines questions en
matière de relations diplomatiques ; Epandages aériens d’ herbicides). Si la Cour ne siège pas,
l’ordonnance est rendue par le président. Deux affaires de la CPJI se sont terminées par
désistement explicite ou implicite du fait de la seconde guerre mondiale(*Compagnie d’ électricité
de Sofia et de Bulgarie ). Il se peut que le désistement porte sur une partie seulement du différend
qui n’ a pas été résolue dans une phase antérieure de l’ affaire et reste encore en suspens. Cela s’ est
produit par exemple pour la détermination du montant de la réparation dans les affaires du
Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran
et des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci. Il est enfin à observer
qu’ on parlera de désistement d’ « instance » lorsque le demandeur renonce — ne serait-ce que
temporairement — à poursuivre la procédure devant la Cour, sans pour autant renoncer à

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réintroduire l’
instance ultérieurement (Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited,
affaire dans laquelle la Belgique a renoncé à poursuivre l’ instance en 1961 et a présenté une
nouvelle requête en 1962 ; Activités armées sur le territoire du Congo(République démocratique
du Congo c. Rwanda), affaire dans laquelle un tel désistement est intervenu en 2001 ; en 2002, la
République démocratique du Congo a introduit une nouvelle instance contre le Rwanda ayant un
objet analogue) ; on parlera en revanche de désistement d’ « action » dans le cas où le demandeur
renonce définitivement à faire valoir devant la Cour ses droits sur les questions qui font l’
objet de
l’
instance (Convention de Vienne sur les relations consulaires ; Questions d’ interprétation et
d’application de la convention de Montréal de 1971 résultant de l’ incident aérien de Lockerbie).

— Arrêt : la Cour rend une décision mettant fin à l’ affaire par l’ acceptation d’ un point
préliminaire ou d’ une exception, ou par un prononcé au fond. C’ est cette solution par voie
d’arrêt, de beaucoup la plus fréquente, qui sera examinée en détail dans la présente section.

5. COMPETENCE CONSULTATIVE
Cette compétence est réservée aux organes des NU ou toutes autres institutions spécialisées des
NU (OMI, FAO,) qui a été autorisée à poser une question consultative.

SECTION 2. LE TRIBUNAL INTERNATIONAL DU DROIT DE LA MER

I. HISTORIQUE
Le Tribunal international du droit de la mer est une institution créée par la Convention des
Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 (CNUDM) afin de régler les différends relatifs à
l’
application et l’
interprétation de la Convention.

Le Statut du Tribunal est inclus à l’ annexe VI de la Convention. La Convention est entrée en


vigueur le 16 novembre 1994, 6 mois après le dépôt du 60ème instrument de ratification.
L’ élection des juges eut lieu en août 1996 et la première session du Tribunal se déroula en octobre
1996. Le Règlement de procédure fut adopté en octobre 1997 et la première affaire fut soumise
au Tribunal en novembre 1997 (L'Affaire du navire « SAIGA » (Saint-Vincent-et-les Grenadines c.
Guinée), prompte mainlevée a été soumise au Tribunal le 13 novembre 1997). Le Tribunal est ouvert
aux Etats Parties à la Convention (Convention, article 291, paragraphe 1; Statut du Tribunal ,
article 20, paragraphe 1). Les entités visées à l'article 305, paragraphe 1, lettres c) à f), de la
Convention peuvent également devenir parties à la Convention. Il y a actuellement (au 20 mars
2020) 168 Etats et autres entités à la Convention (état de la Convention et de l'Accord relatif à
l'application de la partie XI de la Convention). Le rôle du Tribunal compte actuellement vingt-
neuf affaires.

La Convention institue trois nouvelles institutions : l’Autorité internationale des fonds marins
(chargée du respect de l’
exploitation des ressources et la protection des patrimoines historiques),
la Commission des limites du plateau continental (organe d’ experts) et enfin le tribunal arbitral du
droit de la mer.

II. ORGANISATION
Le Siège du tribunal est à Hamburg (Allemagne) - Il est composé de 21 juges. Vu que ce n’ est pas
un organe des Nations Unies, le vote se fait au sein des Etats parties à la Convention. Pour qu’ un
juge soit élu, il faut la majorité des 2/3 des membres présents et votant en ce compris la majorité
relative aux Etats parties. Il faut compter 160 votants et au moins 81 votes (majorité relative). Il
faut les Etats de la communauté internationale et non seulement de la Région concernée. La

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majorité est fixée au moment de l’ élection pour contrer l’éventualité ou un Etat disparaitrait.
L’abstention ne compte pas.
Les juges doivent être des experts du droit de la mer et être deux candidats maximum par Etat. Il
y a une rotation tous les 3 ans, le mandat est renouvelable et le terme est de 9 ans. Pour la
première élection, il y a eu un tirage au sort pour savoir quels étaient les juges qui allaient siéger 3
ans. Il y a un principe selon lequel il faut une représentation des principaux systèmes juridiques. Il
y a également la nécessité de respecter un principe de représentation géographique.

Asie : 5 voies
Afrique : 5 voies
Caraïbes et Amérique latine : 4 voies
Europe et le reste : 4 voies
Europe de l’ est :3 voies

A la demande des pays d’ Afrique et d’ Asie, il y a eu une demande de changement estimant que la
représentation était défavorable. La proposition est plus diversifiée. Il y a également la possibilité
de soumettre le litige à des chambres (standing Chambers et chambres ad hoc). Pour les chambres ad
hoc, cela peut être 3, 5, 7 mais il faut l’
accord des parties. La différence est que la composition de
la chambre doit être faite en accord avec les parties. Elles doivent consentir pour la composition
du siège.

Pour les chambres permanentes, il y a une chambre de procédure sommaire et des chambres
pour des catégories d’ affaires (fond marins, pêcherie et pour les questions de délimitations). Il y a
eu une affaire entre le Chili et la Communauté européenne soumise à une chambre ad hoc mise en
place par le tribunal avec le consentement des Etats.
Il y a également une chambre spéciale qui constitue un tribunal au sein du tribunal, c’ est la
chambre pour les différends relatifs à l’ exploitation des fonds marins. Il y a eu une fusion en 82
entre les deux tribunaux. La chambre qui s’ occupe des fonds marins est intégrée dans le tribunal
et se compose de 11 membres élus. Elle a été saisie pour une demande d’ avis consultatif sur une
question relative à la responsabilité des Etats qui parrainent des exploitants, explore les fonds
marins internationaux. Lorsqu’ on exploite, on peut détruire les fonds.

Pourquoi avoir créé une juridiction internationale ?


-Raisons historiques: La convention des Nations-Unies conclue en 1982, négociations dans les
années 70 au moment où voix prépondérantes des Etats en développement pour la création
d’une juridiction.
-Raisons structurelles: Elles sont de différents ordres :
-Dans le cadre du droit de la mer, des acteurs privés, autres que les Etats, doivent pouvoir
faire valoir leurs droits devant une juridiction de droit international (les organisations
internationales, des entreprises privées ou même publiques) ;
-Le droit de la mer est une compétence technique. Donc on a considéré qu’ il était utile
d’avoir des experts, des juges qui maitrisent cette discipline ;
Deux propositions : une pour le droit de la mer et un pour les grands fonds marins. Mais les deux
idées ont été fusionnées.

III. LE MECANISME DE REGLEMENT DES DIFFERENDS PREVU PAR LA CONVENTION DE MONTEGO


BAY

Il n’y a pas d’autres conventions comparables à celle sur le droit de la mer. La partie 15 (divisée
en 2 sections) de la Convention est basée sur le principe du règlement obligatoire des différends
et sur le principe de la liberté de choix laissé aux Etats. Le premier principe est basé sur la section

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1. Elle prévoit que les Etats ont l’ obligation de régler pacifiquement leur différend (obligation qui
est inscrite dans la charte), elle prévoit également que les Etats ont la possibilité d’ avoir recours à
tous les moyens diplomatiques.
Si le différend n’ est pas réglé par ces moyens, on retrouve la section 2 qui est intitulée « procédures
obligatoires aboutissant à des solutions obligatoires ». L’ article introductif de la section 2 (286) pose
quelques questions. Faut-il avoir recours au procédé diplomatique pour avoir recours à la
procédure de l’ article 286 (la section 2) ? L’ article 283 prévoit que les parties à un différend ont
l’
obligation d’ opérer promptement à un échange de vues sur le règlement du différend par la
négociation ou d’ autres moyens classiques. Ce n’ est pas une véritable négociation mais un simple
échange de vues qui peut porter sur le règlement du différend.

Dans une affaire opposant St Vincent les Grenadines et l’ Espagne, St Vincent et les Grenadines
avaient envoyé à la représentation permanente de l’ Espagne auprès des NU qu’ ils comptaient
saisir le tribunal. Cela a été accepté par le Tribunal mais les opinions dissidentes de certaines juges
considèrent que par cette notification, il n’ y a pas eu d’ échange de vues car il n’ y a pas eu de
réponse de l’ Espagne mais le Tribunal a considéré que cela suffisait. Une fois l’ échange de vues
posé (article 283 respecté), tout Etat partie à la convention peut demander à ce que le différend
soit soumis à cette juridiction (compétence universelle).

Le second principe concerne la liberté de choix (article 287). Le mécanisme mis en place par la
Convention pour le règlement de ces différends prévoit quatre moyens de règlement au choix : le
Tribunal international du droit de la mer, la Cour internationale de Justice, l'arbitrage
conformément aux dispositions de l'annexe VII de la Convention, ou l'arbitrage spécial dans le
cadre de l'annexe VIII de la Convention. Un Etat Partie a donc la latitude de choisir un ou
plusieurs des moyens par voie d'une déclaration écrite faite en vertu de l'article 287 de la
Convention et déposée auprès du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies. Il y a la
possibilité pour tout Etat partie et à n’ importe quel moment de déposer une déclaration par
laquelle il liste les recours possibles. La règle de jeu en la matière est que si deux Etats ont accepté
le même mode de règlement, c’ est ce tribunal qui s’impose et une des deux parties peut soumettre
unilatéralement une requête. S’ il n’y a pas de déclaration, l’arbitrage s’
applique par défaut. Une
déclaration faite reste en vigueur pendant 3 mois, l’ Etat ne pourra pas retirer la déclaration. Les
déclarations sur la base de l’ article 287 peuvent être analysées d’ une manière semblable à celles
faites sur la base de l’ article 36 du statut de la CIJ. Un lien juridictionnel se tisse entre les deux
Etats et ils peuvent saisir le Tribunal. Il y a néanmoins des différences :
1) La convention n’ admet pas de réserves. La déclaration se fait en principe sans qu’ il y ait
le problème des réserves.
2) S’ il y a un juge par défaut, c’ est l’
arbitrage obligatoire par défaut. Devant la Cour, s’ il
n’ y a pas de déclaration, aucune juridiction n’ est compétente.
3) Le choix peut porter sur une ou plusieurs juridictions. Pour la Cour, il n’ y a qu’elle qui
peut être choisie.
Si l’on regarde la pratique, il y a actuellement (au 25 mars 2020) 42 Etats qui ont formulé
des déclarations et 31 déclarations donnent compétence au tribunal. Par exemple, la déclaration
de l’ Algérie dit qu’ elle n’
accepte pas la compétence de la Cour, celle de l'Angola réunit les articles
287 et 298 (exception prévue pour les litiges en matière de délimitations, l’ Angola n’ accepte pas
l’article 287 b) arbitrage, il choisit uniquement le Tribunal). La Belgique a choisi sans ordre de
priorité le Tribunal et la Cour. Pour certains Etats, il y a un ordre de priorité. Les règles sont les
suivantes :
- Si pas de déclaration afin de choisir une ou plusieurs juridictions, le paragraphe 3 de l’ article 287,
prévoit que cet Etat est réputé avoir accepté la procédure d’ arbitrage. Au paragraphe 4, si les
parties ont accepté la même procédure, ce sera cette procédure, sinon, l’ Etat ne pourra être

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Pr Brusil Miranda METOU
soumis qu’ à l’
arbitrage. Donc il y a une sorte de primauté à l’ arbitrage (mécanisme subsidiaire
obligatoire).
- Même si on change la déclaration, elle reste en vigueur trois mois après le dépôt et n’
affecte pas
les procédures en cours. Ex. Belgique, préférence pour les juridictions préconstituées donc choisi
dans le même ordre de priorité le tribunal et la CIJ en l’ absence d’ autres modes de règlement
accepté.
Ex. Allemagne. Choix : ordre de priorité : tribunal – tribunal arbitral – CIJ. Les Pays- Bas ont
choisi exclusivement la CIJ donc si litige entre l’ Allemagne et les PB, seule la CIJ sera
compétente.

Les deux systèmes sont séparés. L’ article 36 paragraphe 2 du Statut est indépendant de l’
article
287 de la Convention. Il faudra voir l’
action des Etats.

Une petite complication supplémentaire c’ est que l’on a l’ article 287 qui est une base de
compétence mais on a également l’ article 36 paragraphe2 du statut de la Cour qui est également
une base de compétence et la Cour a une compétence générale pour tout problème de droit
international. Donc, si un différend surgit entre 2 Etats parties à la convention sur le droit de la
mer, il y a plusieurs pistes qui peuvent être explorées. Soit la piste basée sur l’article 36 paragraphe
2, soit l’article 287. Comme juriste on va regarder quelles déclarations ont fait les Etats, est-ce
possible de saisir la Cour par exemple sur la base des déclarations formulées sur base de l’ article
287 mais il ne faut pas en rester là, il faut aller voir les déclarations sur base de l’ article 36 car la
Cour a une compétence générale qui dérive de cette déclaration et donc les déclarations sont une
base autonome pour la juridiction de la Cour.
Si reconnaissance de la compétence de la Cour, une des deux parties peut agir devant la Cour
pour une question relative à la Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer. Les deux
articles, 36 du Statut et 287 de la convention, sont indépendants. Si l’ Etat A a choisi la Cour c’ est
pour les besoins de la convention sur le droit de la mer mais si déclaration facultative sur le statut
de la Cour, cela englobe tout. Pour un Etat qui veut éviter d’ être mis en cause devant une
juridiction internationale, il doit vérifier les bases de juridictions. Une affaire peut être introduite
sur la base de l’ une ou l’
autre disposition, cela dépend de la déclaration des Etats.

Autrement dit, la compétence de la CIJ sur la base de son statut est générale et donc elle peut
également viser la CNUDM. Donc, quand un Etat a déclaré devant le tribunal qu’ il choisissait
avec priorité la CIJ, cela ne veut pas dire qu’
il aura fait une déclaration générale de compétence au
sens de l’article 36 du statut de la Cour. Dans ce cas, un litige pourra être porté devant la Cour
uniquement en ce qui concerne la CNUDM. Une affaire peut donc être introduite sur base de
l’
un ou l’autre texte.

Exemple : l’ Australie avait exclu les différends liés aux espaces maritimes de la compétence de la
Cour. Si elle fait cela sur la base de l’ article 36, elle a bouché une brèche. Mais sur la base de la
CNUDM elle pourrait être mise en cause pour ce type de différends devant la CIJ (mais elle a
émis une réserve).
Il n’y a pas de réserve affectant la convention. Une fois qu’ une des juridictions est compétente, la
convention s’ applique alors que dans les déclarations d’ acceptation de la Cour, on peut vraiment
détailler la déclaration et enlever une série. Toutefois, récemment, on a eu de nouveaux types de
déclarations formulées par les Etats qui nous imposent de devoir apporter une légère
rectification.
Dans une affaire de délimitation, la première soumise entre le Bangladesh et le Myanmar, ni le B,
ni le M. n’ avaient fait de déclarations sur la base de 287, qui est compétent ?

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L’arbitrage. Bangladesh a donc introduit une procédure d’ arbitrage contre Myanmar pour la
délimitation du plateau continental entre les 2 pays mais par la suite, le B. a déposé une
déclaration auprès des NU, sur base de l’ article 287 disant qu’ il acceptait la compétence du
Tribunal pour le différend en question. Par la suite, Myanmar a fait la même déclaration et il y a
eu transfert de la procédure. Ce n’ est pas vraiment une réserve.
Dans l’ affaire entre Saint Vincent et les Grenadines, l’ Espagne avait formulé une déclaration
classique, elle a choisi la Cour et le Tribunal sans ordre de priorité. Saint Vincent et les
Grenadines n’ a fait aucune déclaration à ce sujet, juste une sur le différend lié à l’
arraisonnement
de navires. Il est possible de faire des déclarations pour un litige précis (ex : arraisonnement de
navires). Il y a une mutation des déclarations, les Etats essayant de réduire leur acceptation à un
différend déterminé.

Un autre point qui vise les trois juridictions (l’ arbitrage, la Cour et le Tribunal) concerne
l’
amplitude des différends que l’ on peut soumettre à ces juridictions. Tout différend a un juge
mais ce n’ est pas exact en ce sens qu’ il y a deux dispositions incluses dans la Convention qui
enlèvent de la compétence de ces organes certaines matières (article 297 et 298). Il ne s’ agit pas de
réserve car la réserve est la soustraction par un Etat unilatéralement d’ une partie de la convention.
Ici, c’
est conventionnellement prévu.
L’article 297 concerne une limitation de droit (limitation à la section 2). Les Etats sont libres de
ne pas l’ invoquer mais si les Etats l’invoquent, le tribunal devra en tenir compte. En résumé, les
matières qui sont exclues visent les différends relatifs à la recherche scientifique marine et à la
pèche dans la ZEE (dans la zone de 200 miles soumises au droit souverain des pays côtiers). ( S’ il
y a exclusion, il reste néanmoins une conciliation obligatoire (recours mais pas le rapport).
L’exclusion liée aux droits souverains et pouvoirs discrétionnaires, il s’ agit de droit souverains et
de pouvoirs discrétionnaires liés à une zone d’ exploitation, dans la ZEE mais pas en haute mer.
(cf. affaire du bateau de pèche espagnol et du Canada mais c’ était avant l’entrée en vigueur de la
convention). Deuxième point, il s’ agit de droits souverains donc s’ il n’
y a pas de droits conférés à
l’
Etat côtier, le différend peut être soumis aux organes de règlement des différends (voir article 73
de la convention interdit des peines d’ emprisonnement pour des délits de pèche – l’ Etat de
nationalité du pavillon ou des marins pourrait agir et l’ exclusion ne jouerait pas puisque
l’
emprisonnement est contraire à l’ article 73, il n’
y a pas de droits souverains).

La 3ème précision vise les différends sur la mise en œuvre de ces droits souverains, les mesures
d’exécution, les mesures d’ arraisonnement. L’ Etat côtier est souverain dans sa zone de pèche
mais si un navire est arraisonné dans la zone de pêche parce qu’ il est considéré comme ayant
péché de manière illicite et qu’ à l’occasion de cet arraisonnement, il y a eu mort d’ hommes. Face à
cette situation, on peut avoir 2 réactions, la première c’ est de dire qu’ il ne s’agit pas d’un différend
relatif à la pêcherie, que le navire naviguait dans la zone, c’ est tout, il ne se livrait pas du tout à des
activités de pêche, donc le différend peut être qualifié différemment. Si c’ est un litige de pêche,
c’est exclu, si c’est un litige lié à la liberté de circulation de navigation, c’ est un droit pas qui n’ est
pas visé par l’ article 297 et qui n’ est pas exclu par le mécanisme de règlement des différends.

Deuxième approche que l’ on peut adopter c’ est de considérer que les différends liés aux mesures
d’exécution mises en œuvre ne sont pas visées par l’ article 297. Pourquoi cela ? Parce qu’ils sont
visés par l’ article 298. L’article 297 s’applique de droit, ce sont des limitations de droit. Par
rapport à l’article 297, l’
article 298 adopte une autre approche qui est celle de permettre aux Etats
d’écarter la compétence des juridictions pour certaines catégories de différends moyennant une
déclaration, moyennant une notification qui est faite. Il faut un acte de volonté de la part de ses
Etats.
Le second article (article 298) exclut la délimitation maritime, les différends relatifs aux activités
militaires (également les mesures de police), les différends qui concernent les actes d’ exécution

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forcée accomplis dans l’ exercice souverain de la juridiction et que l’ article 297 (… ) exclut de la
juridiction d’une Cour ou d’ un tribunal15, les différends pour lesquels le Conseil de sécurité
intervient. 31 Etats ont formulé ce type de déclaration, la plupart concerne la délimitation
maritime.
L’article 298 permet donc aux Etats d’ écarter (l’article 297 n’ est pas clair), entre autres, les
différends liés aux mesures d’ exécution de ces mesures sur la base d’ une déclaration de volonté, il
faut une notification. Si l’Etat ne le fait pas sur base de l’ article 298, le différend est inclus dans la
compétence normale des juridictions et donc n’ est pas exclu par le jeu de l’ article 297.

L’article 298 constitue un deuxième élément qui permet d’ exclure des différends de la
compétence d’ une Cour ou d’ un tribunal compétent en vertu de l’ article 287. Donc, cela vise, la
Cour, le Tribunal, l’ arbitrage et là, il y a 3 catégories de différends qui peuvent être exclus : les
différends relatifs à la délimitation maritime, les différends relatifs aux activités militaires mais en
ce compris les mesures de police et les différends pour lesquels le Conseil de sécurité exerce les
responsabilités qui lui incombent en vertu de la Charte mais il faut néanmoins une déclaration !
Revenons sur le cas des délimitations maritimes pour faire 2 commentaires car c’ est souvent une
question qui est posée, en jouant sur la compétence des différentes instances sur la base du droit
international général et sur la base de la convention. Prenons le cas de l’ Australie, cf. affaire du
Timor, l’Australie ne veut pas que cette affaire soit soumise à un organe de règlement des
différends et ce qu’ elle a fait le même jour, elle a fait une déclaration sur la base de l’article 298 de
la CNUDM excluant de la compétence des organes de règlement des différends les différends
relatifs à la délimitation maritime. Le même jour, elle a assorti d’ une réserve semblable la
déclaration d’ acceptation de la compétence de la Cour Internationale pour boucher toutes les
entrées.

C’ est vraiment un principe de base, un fondamental à retenir c’ est la possibilité d’agir dans les
différents ordres judiciaires et les Etats sont de plus en plus conscients de cela et les juristes qu’ ils
emploient doivent également être conscients de cela, ce n’ est pas parce que l’ on fait une
déclaration sur base de l’ article 298 que tout est réglé, il faut éviter que l’
affaire soit introduite sur
d’autres base de compétence et après cela, il faut regarder sur la base de la convention
européenne sur le règlement des différends s’ il n’
y a pas là une autre piste, il faut boucher toutes
les pistes si on ne veut éviter ce type de litige.

Deuxième commentaire, si un Etat exclu de la compétence des organes de règlement des


différends et des litiges liés à la délimitation maritime, il reste une conciliation obligatoire qui
s’applique mais c’ est une conciliation qui est elle-même soumise à des conditions (lire
attentivement l’ article) en ce sens que la conciliation obligatoire ne visera que les différends qui
surgissent après l’ entrée en vigueur de la convention, après1994 (pour certains Etats, ce sera
après, cela dépendra de l’ entrée en vigueur de ces Etats) et s’ il n’
y a pas eu négociations
fructueuses (épuisement des voies de recours diplomatiques). On est dans l’ exception à l’
exception, on
écarte les délimitations mais si on écarte … .et si et si ! il y a une 3ème exception à l’exception c’ est que
l’on ne pourra soumettre à la conciliation qu’ un différend qui ne porte pas en même temps sur
une partie du territoire.

Dernier point, certains dans la doctrine considèrent que la convention ne permet pas un
règlement obligatoire des différends pour des différends relatifs à la délimitation maritime qui

15 A contrario, cela veut dire que s’ il faut une notification pour exclure ce type de différends, s’ il n’
y a pas de
déclaration faite sur base de l’
article 298, les différends relatifs aux mesures d’ exécution forcée peut être soumis
à un juge et donc l’article 297 ne les exclut pas. Il faut qu’
il y ait accord des volontés de le faire dés lors !

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comporterait un volet territorial. C’ est une idée parfois exprimée dans la doctrine francophone,
pas de possibilité dés lors de recourir à 287.

Dernier argument est celui tiré de l’ article 298 paragraphe A (i), cette exclusion ne vise que la
question de la soumission à la conciliation. A contrario, on peut dire qu’ en l’ absence d’ une
déclaration sur la base de l’ article 298, ces différends qui nécessairement impliquent des questions
de souveraineté sur un territoire ou sur une île seraient inclus dans la compétence des organes de
règlement des différends. C’ est un moyen un peu connexe mais en tout Etat de cause, la
référence ici de cette exclusion est purement limitée à l’ examen d’ une conciliation obligatoire,
uniquement.
Donc, l’ article 298 vise également les questions de délimitations maritimes. S’ agissant de l’ article 298 et de
l’exclusion liée aux délimitations maritimes, si un Etat exclut ces délimitations de la compétence du TIDM il doit
également accepter de soumettre ces affaires à une commission de conciliation. Le paragraphe 1 a) prévoit la
possibilité d’exclure les différends concernant les délimitations maritimes avec l’ obligation d’ accepter de soumettre ce
type de différend à la procédure de conciliation. Une fois que la commission de conciliation a présenté son rapport,
les parties négocient un accord sur base de leur accord, si les négociations n’ aboutissent pas, les parties soumettent la
question par consentement mutuel aux procédures de la section 2 à moins qu’ elles n’en conviennent autrement.
Donc il y a une
obligation de prendre ce rapport comme la base de négociations (le rapport a une valeur un peu plus obligatoire). Si
les négociations n’ aboutissent pas, il y a l’ obligation pour les Etats de soumettre par consentement mutuel ce
différend aux procédures juridictionnelles (au tribunal ou à l’ arbitrage). Si un des deux Etats n’ accepte pas, il y
aura violation de la Convention qui n’ est pas liée aux délimitations maritimes mais à l’ article 298 paragraphe 1
a) ii.
Ex. différend relatif suite aux mesures d’ un Etat dans sa ZEE, c’ est un droit souverain, donc c’ est exclu. Si un
navire est arraisonné parce qu’ il n’ a pas respecté ces mesures, ce différend vise la mesure d’ exécution forcée. Sur la
base de 297 seul, ce différend ne serait pas exclu. Mais les Etats pourraient exclure ce type de différend en faisant
une déclaration sur base de l’ article 298 de la convention.
Autre exemple : navire espagnol arraisonné par le Canada en haute-mer. La CIJ ne s’ est pas déclarée compétente
en raison de la réserve faite par le Canada sur base de la déclaration de l’ article 36. Une telle réserve était-elle
possible dans le cadre de la CNUDM ? Non, car l’ article 297 ne vise que la ZEE. Donc le Canada n’ aurait
pas pu échapper à un arbitrage obligatoire sur base de l’ article 287. La deuxième partie de l’ article 298 couvre
aussi uniquement la ZEE.
Si un Etat fait une déclaration sur base de 36 et de 287 ? Il n’ y a pas une priorité à la CIJ ou au tribunal. Il
reste tout de même une conciliation obligatoire si les Etats excluent ces compétences.
Cependant, la conciliation ne visera que les différends qui surgissent après l’ entrée en vigueur de la Convention et
s’il n’y a pas eu de négociations fructueuses. Il faut épuiser les voies diplomatiques.
On ne pourra soumettre à la conciliation un différend qui ne porte pas en même temps sur la souveraineté d’ une
partie du territoire. La question de la délimitation maritime vient après la question de la souveraineté.
Certains dans la doctrine considèrent que la Convention ne permet pas un règlement obligatoire pour le règlement de
litige concernant la détermination territoriale ou souveraineté sur une île. La compétence obligatoire ne concerne que
la délimitation maritime. Il faut bien commencer la délimitation maritime quelque part, il y aura toujours un point
territoriale quelque part. Si un différend lié aux délimitations maritimes comporte un volet insulaire, c’ est une
question accessoire. La question du titre de souveraineté est première. Lorsque c’ est une question accessoire ou
connexe, il n’ y a pas de raison de considérer que la convention n’ est pas applicable.
Article 297 : cela ne veut pas dire que tous les différends relatifs à la pêche et à la recherche scientifique sont
exclus. Le paragraphe 1 prévoit des cas où des organes de règlements des différends sont compétents + conciliation
obligatoire.

En résumé, le mécanisme du règlement des différends institué par la CNUDM est articulé autour
de 2 grands principes, celui du règlement obligatoire des différends et celui du libre choix des
Etats par rapport aux entités auxquelles ils pourront transmettre le différend. Il y a pour ce faire

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pour les Etats parties la possibilité de formuler des déclarations. Il y a des exceptions à la
compétence obligatoire des mécanismes de règlement des différends (la Cour, le tribunal,
l’arbitrage) qui sont contenues aux articles 297 (exceptions de plein droit) et 298 (recèle des
options et des exceptions pour qu’ elles s’
appliquent doivent faire l’ objet d’ une déclaration et
d’ une notification des Etats).
Un exemple de déclaration qui conjugue à la fois l’ article 287 et l’
article 298 est celui de l’
Angola.
La déclaration sur la base de l’ article 287 choisit le Tribunal du droit de la mer et puis sur base de
l’article 298, il y a une exception qui est prévue pour les litiges en matière de délimitation et
l’Angola n’ accepte pas la procédure qui est prévue à l’ article 287 paragraphe1 C et cela, c’ est
l’arbitrage. L’ Angola rejette la compétence des mécanismes de règlement des différends en
matière de délimitation mais pas de manière globale uniquement à l’ égard d’ un mécanisme,
l’arbitrage. L’arbitrage a ceci de particulier que s’ il n’y a pas de déclaration, il a une compétence
subsidiaire. La compétence subsidiaire est écartée par la déclaration de l’ Angola donc il reste –si
un Etat veut introduire une action contre l’ Angola en matière de délimitation – la Cour et le
tribunal. La cour est-elle envisageable dans cette situation si ? Non, car la Cour est une option qui
est écartée car il faut être 2 pour cela et l’Angola n’ a pas choisi la Cour, c’ est seulement le tribunal
qui pourrait être chois sur la base d’ une déclaration connexe d’ un autre Etat. La Norvège s’ est
livrée au même exercice mais pour retenir uniquement la Cour.

D. LA COMPETENCE CONTENTIEUSE DU TRIBUNAL

RATIONAE MATERIAE :

a) Compétence pour connaître de tout différend relatif à l'interprétation ou à l'application


de la Convention

Le Tribunal est compétent pour connaître de tous les différends qui lui sont soumis
conformément à la Partie XV de la Convention et qui concernent l'interprétation ou l'application
de la Convention (Convention, article 288, paragraphe 1; Statut, article 21) et de l'Accord relatif à
l'application de la Partie XI de la Convention. Les limitations et exceptions à l'application des
procédures obligatoires aboutissant à des décisions obligatoires (Convention, section 2 de la
Partie XV) sont énoncées dans les articles 297 et 298 de la Convention (déclarations faites en
vertu de l'article 298).

Tout différend relevant des catégories visées aux articles 297 et 298 de la Convention peut
néanmoins être soumis au Tribunal, si les parties au différend en conviennent.

Sur la base de la compétence contentieuse, il y a les différends relatifs à la convention sur le DM


(288) et les différends relatifs à d’ autres accords. Le tribunal n’ est pas compétent uniquement
pour trancher des litiges relatifs à l’
interprétation ou à l’application de la convention. A l’
annexe
6, il est également compétent toutes les fois que cela est expressément prévu dans un autre accord
relatif à la convention qui désignerait la compétence de ce tribunal (ONU,… ).
Cela peut être des accords bilatéraux. Ex : accord entre la Norvège et la Belgique mais ces accords
doivent être liés à la convention.

b) Compétence pour connaître de tout différend relatif à l'interprétation ou à


l'application d'autres accords

En vertu de l'article 288, paragraphe 2, de la Convention, le Tribunal a compétence pour


connaître de tout différend qui est relatif à l'interprétation ou à l'application d'un accord
international se rapportant aux buts de la Convention et qui lui est soumis conformément audit

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accord. En vertu de l'article 21 du Statut, le Tribunal est compétent toutes les fois que cela est
expressément prévu dans tout autre accord, autre que la Convention, conférant compétence au
Tribunal. Dix accords multilatéraux ont été conclus qui confèrent compétence au Tribunal.
Conformément à l'article 22 du Statut, tout différend relatif à l'interprétation ou à l'application
d'un traité ou d'une convention déjà en vigueur qui a trait à une question visée par la Convention
peut, si toutes les parties à ce traité ou à cette convention en conviennent, être soumis au
Tribunal conformément à ce qui a été convenu.

c) Compétence de la Chambre pour le règlement des différends relatifs aux fonds marins

La Chambre pour le règlement des différends relatifs aux fonds marins a compétence pour
connaître des différends portant sur les activités dans la Zone, telle que définie à l'article premier
de la Convention, et qui relèvent des catégories visées à l'article 187, lettres a) à f), de la
Convention. Les parties à de tels différends peuvent être des Etats Parties, l'Autorité
internationale des fonds marins, l'Entreprise, les entreprises d'Etat ou les personnes physiques ou
morales visés à l'article 153, paragraphe 2, lettre b), de la Convention.

Les différends entre Etats Parties relatifs à l'interprétation ou à l'application de la Partie XI de la


Convention et des annexes qui s'y rapportent peuvent être soumis à une chambre spéciale du
Tribunal, à la demande des parties, ou à une chambre ad hoc de la Chambre pour le règlement des
différends relatifs aux fonds marins, à la demande de toute partie au différend (Convention,
article 188, paragraphe 1). Les différends relatifs à l'interprétation ou à l'application d'un contrat
visés à l'article 187, lettre c), i), de la Convention sont soumis, à la demande de toute partie au
différend, à un arbitrage commercial obligatoire, à moins que les parties au différend n'en
conviennent autrement. Toutefois, un tribunal arbitral commercial n'a pas compétence pour se
prononcer sur des points d'interprétation de la partie XI et des annexes qui s'y rapportent, de tels
points étant renvoyés pour décision à la Chambre pour le règlement des différends relatifs aux
fonds marins (Convention, article 188, paragraphe 2).

La Chambre pour le règlement des différends relatifs aux fonds marins n'a pas compétence pour
se prononcer sur l'exercice par l'Autorité internationale des fonds marins de ses pouvoirs
discrétionnaires et elle ne peut pas se prononcer sur la question de savoir si une règle, un
règlement ou une procédure de l'Autorité internationale des fonds marins est conforme à la
Convention et ne peut déclarer ceux-ci nuls (Convention des Nations Unies sur le droit de la mer,
article 189).

d) Décision du Tribunal relative à toute question concernant sa compétence

En cas de contestation sur le point de savoir si le Tribunal est compétent, le Tribunal décide
(Convention, article 288, paragraphe 4; Règlement du Tribunal, article 58).

RATIONAE PERSONAE :
L’ article 21 prévoit que le tribunal est ouvert aux Etats parties. On vise les Etats et les
organisations comme l’ UE. Le paragraphe2 prévoit également la possibilité pour des entités
autres que des Etats parties d’ agir devant le tribunal. Cela vise quels cas de figure ? Premièrement,
c’est la partie 11, Il y a une compétence personnelle large.
Il y a également la possibilité pour le tribunal d’ être compétent en vertu d’ un accord concernant
le consentement de toutes les Etats parties au différend de porter ce différend devant le tribunal
(article 20). On peut avoir un accord entre des Etats non parties à la convention. Il faut

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néanmoins que les Etats contribuent aux frais de l’ affaire (article 19). Les USA qui ne sont pas
parties pourraient conclure un traité avec la Belgique (qui est partie) sur base de l’ article 19.
« Tout autre accord ». On parle d’accord ici, à l’
article 288 de la convention qui vise la compétence
des 3, on parle d’ accord international. Certains ont considéré que la différence entre les deux
permettait de saisir le tribunal sur la base d’ un accord entre personnes privées ou des personnes
morales privées. La question n’ a pas été tranchée, ce serait aller loin, mais ce n’est pas exclu. Mais
à ce moment, les parties privées devraient contribuer aux frais de procédures et de
fonctionnement du tribunal. C’ est logique vu que les Etats parties contribuent au financement de
ce tribunal.

E. LA COMPETENCE CONSULTATIVE DU TRIBUNAL


Il y a deux points à mentionner. Il y a une compétence consultative (138) qui est conférée à la
Chambre concernant les différends relatifs aux fonds marins. La partie 11 permet de poser des
questions à la chambre. Ex : 1/02/2011 sur la responsabilité des Etats qui parrainent des activités sur
les fonds marins. Ainsi qu’ une compétence basée sur l’ article 21 du statut. Ensuite, il y a la
compétence consultative visé à l’ article 138. Le tribunal peut donner un avis consultatif sur une
question qui lui est soumise sur la base d’ un accord conclu entre les Etats parties. Cette extension
de juridiction repose sur les dispositions du statut, l’ article 21. Il prévoit que le tribunal est
compétent pour tous les différends mais également à toute autre demande. Il n’ y a donc pas que
la compétence contentieuse. Ex : différend territorial. Il faut un accord entre Etats parties pour
pouvoir poser une question consultative. C’ est entre Etats parties mais d’ autres Etats peuvent
venir devant le tribunal. Cela vise des Etats, ex : USA, ou des OI, des entités privées (compagnies
privées qui se livrent à l’
exploitation des fonds marins). Sur la formulation de l’ article 20, se pose
la question de savoir si des personnes privées peuvent avoir accès au tribunal hors contexte de la
partie 11.

F. LA COMPETENCE DE PLEIN DROIT DU TRIBUNAL

Les Etats partie et les organisations internationales deviennent partie (donc cela vise également la
Communauté européenne). Possible pour des entités privées. Il y a aussi une base de compétence
personnelle au départ d’ autres accords :
- soit un accord entre un Etat partie et un Etat non partie (ex. entre E-U et Italie) : dans ce cas,
l’Etat non partie devra participer aux frais du tribunal;
- soit accord entre deux acteurs privés.
L’ instance est introduite comme dans le cadre de la CIJ, soit par le dépôt d’ une requête, soit par
un special agreement (notification d’
un compromis).

Requête unilatérale (soit lorsqu’ il y a deux déclarations faites sur base de l’ article 287, soit un
accord ou un traité entre Etats donne compétence au tribunal, la 3ème possibilité, ce sont les cas
de compétence obligatoire du TIDM).
Cas de compétence obligatoire : il y a des situations dans lesquelles le tribunal est compétent par
voie de requête unilatérale sans nécessité ni de compromis, ni de déclaration faite sur base de
l’article 287. Les Etats, en ratifiant la convention, ont accepté que ces litiges soient soumis devant
un forum international par une seule partie, c’ est notamment le cas dans le cadre des affaires de
prompte mainlevée (l’ immobilisation d’ un navire et de l’ emprisonnement de son équipage), les
mesures conservatoires et les différends relatifs à l’ exploitation et l’
exploration des ressources de
la zone.

Développons :

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- Différends relatifs à l’
exploitation et à l’exploration des ressources de la zone : article 187 de la
convention. Il y a des différends entre Etats parties et l’ autorité (qui est l’ OI qui gère
l’
exploitation des ressources de la zone), ces litiges sont soumis obligatoirement et exclusivement
à la Chambre pour le règlement des différends relatifs aux fonds marins. Exception : si l’ Etat
partie et l’
autorité se mettent d’accord, il y a moyen de soumettre le différend à une chambre.
Il y a également le paragraphe a) qui traite de l’
interprétation de la convention, de sa partie 11. Il y
a une panoplie de différends pour lesquels il y a un juge obligatoire. les différends relatifs aux
fonds marins qui sont soumis à la compétence exclusive de la chambre de 11 juges. Cette
compétence est quasi exclusive en vertu de la convention.
La seule possibilité (article 187) : certains types de ces différends peuvent être soumis à un
arbitrage commercial qui se limite à des questions commerciales (contrat d’ exploration, … ), pas à
l’
interprétation sinon il y a un mécanisme de renvoi préjudiciel pour toute question intéressant
l’
interprétation de la convention.

- Arrestation du navire et de la détention de leur équipage (article 292 de la convention = la


prompte mainlevée). La prompte main levée : l’ idée reprise par les auteurs de la Convention est
de reconnaitre d’ une part les droits de l’ Etat côtier d’ assurer le respect de sa législation et de
pouvoir prendre les mesures à l’ égard de contrevenants (ex : pollution, pêcherie,..). D’ un autre
côté, il y a également l’intérêt de ceux qui font du commerce et des Etats du pavillon, la solution
est de permettre qu’ en cas d’ arraisonnement, dans certains cas, le dépôt d’ une caution qui
permettra la libération du bateau et de l’ équipage. L’ article 292 est l’ article qui spécifie les
conditions qui doivent être remplies. paragraphe1. Champ d’ application. C’ est le dépôt d’ une
caution raisonnable, il renvoie aux dispositions expressément prévue pour la caution.
A défaut d’ accord dans un délai de 10 jours à dater de l’ immobilisation, on peut saisir
unilatéralement le tribunal. Le tribunal doit statuer dans les plus brefs délais (1 mois). L’ affaire
devant le tribunal ne porte que sur la question de la libération et le prix de la caution. La caution
ne doit pas être déraisonnable.
Il y a différents types de dispositions dans la CNUDM qui prévoient la libération :
- Délit de pêche dans la ZEE, article 73 paragraphe 2. La disposition prévoit une hypothèse dans
laquelle il y a libération moyennant dépôt de caution. L’ Etat côtier peut prendre des sanctions
pour réprimer les délits de pêche, mais les peines de prison sont interdites. La procédure de
prompte mainlevée est une procédure formelle (10 jours après immobilisation). L’ article 73 est un
article substantiel qui nécessite une procédure de règlement pacifique.
Si par exemple à la suite d’ un procès des membres de l’ équipage d’ un navire de pèche sont
incarcérés dans les prisons de l’ Etat côtier, on a là une violation matérielle de l’ article 73
paragraphe3. Ce type de violation peut faire l’ objet d’ une action en prompte mainlevée
(procédure de libération moyennant une caution) ? Non, car il faut respecter le délai de 10 jours
où l’équipage est retenu, là, c’ est à la suite d’
un procès.
Pour cette violation de l’ article 73 paragraphe3, il faut avoir recours aux mécanismes de règlement
des différends classiques (déclaration sur base de l’ article 287, arbitrage,… ).

- Les délits en matière d’environnement. Les Etats côtiers durcissent leur


règlementation en la matière (article 220 paragraphe6). Il n’y a pas encore de cas d’
application.
- Section 7 partie 15 prévoirait également la prompte mainlevée.
!!! Pour que l’
article 292 s’
applique, il doit renvoyer expressément à la partie 11. Ce n’ est pas un
article autonome, mais renvoie aux articles qui prévoient expressément la prompte mainlevée
(pêche et environnement uniquement). Il faut que le litige ait lieu entre Etats parties et l’ action
peut être intentée par l’ Etat du pavillon du navire ou en son nom. On encourage l’ Etat du
pavillon à déléguer son pouvoir. L’ Etat peut choisir de déléguer à l’ avocat du navire. Un Etat
peut désigner à l’avance une autorité qui pourra introduire la procédure.

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L’ affaire est introduite après un délai de 10 jours qui suit l’ immobilisation. Quid en matière de
recevabilité ? Quid de l’
épuisement des voies de recours internes : pourrait-on invoquer le fait que dans ce cas l’
Etat
du pavillon exerce la protection diplomatique ?
Dans ce cas, il y a la règle d’ épuisement des voies de recours internes… La règle est écartée et on
peut considérer que la convention institue ici un droit direct à l’ Etat du pavillon. Ce n’ est pas un
droit établit au profit principalement de particuliers.

Quid si aucune caution n’ est permise ou exigée ? L’ article doit le permettre. Si l’


Etat a fait une
déclaration en vertu de l’ article 298 (mesures de polices), l’ exception ne s’ applique pas dans le
cadre de la procédure de prompte mainlevée qui constitue une procédure exceptionnelle et peu
importe qu’ une déclaration ait été faite. En cas de confiscation du navire, l’
article 292 stipule que
c’est sans préjudice de la décision au fond de l’ Etat côtier. Si la confiscation a eu lieu, la
procédure de prompte mainlevée n’ a pas de sens. La seule exception que l’ on peut imaginer est
de dire qu’ il y a eu en quelque sorte fraude à la loi ou une application de la législation nationale
qui ne respecterait pas les droits des accusés. A ce moment là, l’ opposabilité de la confiscation
pourrait à ce moment là être écartée mais ce n’ est pas facile.

Les demandes visant le fond de l’ affaire sur le plan international, ex : arraisonnement suite à un
droit de poursuite, utilisation de la force de manière excessive. Cela constituerait des violations
matérielles de la Convention. Ces demandes au fond ne sont pas recevables dans le cadre de cette
procédure sauf dans un cadre très étroit de la procédure de mainlevée. Il y a des délais fixes
prévus dans le règlement de procédure. Ex : 15 jours pour organiser l’ audience. Il y a une
procédure orale qui dure 2 jours.

Le défendeur a la possibilité de soumettre un mémoire en réponse mais 96 heures avant


l’audience. Il y a un délai assez bref. S’ il ne le fait pas, le demandeur va commencer ses plaidoiries
sans connaître les arguments du défendeur. Rien n’ empêche le tribunal d’ inverser les rôles et de
demander au demandeur de plaider en premier temps au risque pour le défendeur de plaider dans
le noir.
Après l’ audience, l’ arrêt intervient et le délibéré est assez bref. Si le juge détermine que l’ action est
alléguée, va fixer le montant de la caution, le navire et/ou l’ équipage pourront être libérés. Ex :
cas de pollution, le navire peut avoir disparu, mais l’ équipage reste détenu. La caution doit être
raisonnable en fonction de la valeur du navire, le montant d’ une amende qui serait imposée dans
une situation semblable,… S’ agissant du dépôt de la caution, les parties peuvent décider comment
la caution sera déposée. Soit c’ est un Etat qui détient le défendeur qui sera l’ Etat auprès duquel la
caution devra être déposée. Soit, de déposer la caution auprès du greffe qui certifie à ce moment
là que la caution a été déposée.
La 3ème procédure à laquelle il y a une compétence obligatoire du tribunal c’ est la procédure en
prescription des mesures conservatoires. On peut demander au tribunal de prescrire des mesures
conservatoires avant l’ issue du procès au fond pour protéger les droits des parties ou protéger
l’environnement marin. Il ne s’ agit pas là d’ une procédure obligatoire, elles viennent se greffer sur
une procédure au fond qui a été régulièrement introduite. C’ est visé à l’
article 290.
Au paragraphe5 on vise une hypothèse particulière et il débute par l’ expression « en attendant la
constitution d’ un tribunal arbitral saisi d’
un différend (… ) ». pourquoi y-a-t-il une procédure arbitrale ?
La procédure arbitrale est une procédure par défaut car dans bon nombre d’ affaires il n’
y aura pas
de déclaration basée sur l’ article 287. C’ est le seul moyen pour permettre l’ autre partie à trancher
le litige ; c’ est un arbitrage particulier car il démarre non pas par un compromis mais par une
requête unilatérale, on ne peut la stopper.
Le point négatif est que la constitution d’ un tribunal arbitral peut prendre un certain temps
(parfois minimum 3 mois). Dans l’ affaire de l’ usine MOX, il s’agissait d’une situation urgente aux
yeux de l’ Irlande car le RU allait commencer les opérations pour l’ exploitation d’ une nouvelle

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centrale nucléaire. Il ne faut pas se contenter d’
introduire une procédure arbitrale, mais il faut
également demander des mesures conservatoires dans une note soit commune soit séparée.

Les mesures conservatoires ont priorité sur toute autre affaire en cours sauf les affaires de
prompte mainlevée. Il y a la possibilité pour le défendeur de soumettre un exposé jusqu’ à la
clôture de la procédure. Quelles sont les conditions pour prescrire des mesures conservatoires ?
Le tribunal doit s’ assurer de la compétence prima facie du tribunal arbitral (pas du tribunal du droit
de la mer) puisqu’ après la prescription de mesures conservatoires, la question poursuivra son
cours devant le tribunal arbitral. On va revenir devant le tribunal arbitral qui va d’ ailleurs pouvoir
modifier les mesures conservatoires qui ont été ordonnées par le TDM, c’ est vraiment un
appendice (épisode dicté par l’ urgence).
On parle « d’ urgence au carré » car dans la procédure de mesures conservatoires classique,
l’
urgence est appréciée par rapport au délai de la procédure au fond. Ici, l’ urgence est à apprécier
en fonction du moment où le tribunal arbitral pourra prendre des mesures (fonctionnement) (3-
4-5 mois). Il est à noter que la saisine du tribunal du droit de la mer n’ est possible que dans
l’
attente de la constitution du tribunal arbitral. La constitution (désignation des 5 arbitres) du
tribunal arbitral est le moment où le tribunal est constitué, après cela, on ne peut plus le saisir.
S’agissant de la protection des droits qui font l’ objet du différend, il faut prendre en compte la
protection du droit des parties et le dommage grave (on parle de dommage irréparable dans le
cadre de la CIJ).

Si l’on regarde la jurisprudence du TIDM, l’ on constate que les droits de nature procédurale sont
largement pris en compte et font l’ objet de protection des mesures conservatoires qui ont été
adoptées jusqu’ au présent. Dans l’ affaire MOX, on a non seulement des droits substantiels
(protection de l’ environnement) mais aussi le droit à être informé.
Cela étant dit, il y a une autre façon pour le tribunal d’
agir, c’
est de prévenir les dommages graves
au fond marin, cela traduit une sensibilité de la Convention sur le DM relative à l’ environnement.
L’ environnement marin fait partie d’ espaces à propos desquels, sur lesquels l’ Etat côtier exerce
des droits souverains. Les droits des parties englobent les espaces maritimes sous juridiction
Etatique.
L’ intérêt est sans doute premièrement symbolique de manifester l’ intérêt de protéger
l’environnement. Mais plus que cela, on parle de dommage grave à l’ environnement. On ne
précise pas qu’ il s’agit du milieu marin sous compétence nationale donc les milieux en haute mer
pourraient également être une raison pour laquelle le tribunal pourrait prendre des mesures
conservatoires.

On ne parle pas de dommages irréparables et plaider sur cette base, le seuil de gravité est le
dommage grave. Il suffit que le seuil de gravité soit sérieux et franchit (dommage grave). Dès
qu’
il y a un dommage sérieux, des mesures conservatoires peuvent être demandées. Dans les
mesures prises par le tribunal, il y a une insistance sur cette obligation de préserver le milieu
marin. Ex : affaires du thon à nageoire bleue qui ont opposés le Japon à l’
Australie. !!!

Le tribunal peut prendre des mesures conservatoires différentes de celles qui ont été demandées,
comme la Cour au demeurant. La Cour (CIJ) peut prendre d’ office des mesures conservatoires à
la différence du tribunal qui doit attendre la demande d’une des parties. Dans le cadre du statut, la
valeur obligatoire des décisions, des ordonnances ne fait pas de doute, c’est la raison pour laquelle
on parle de prescrire des mesures conservatoires. Le tribunal prescrit et la Cour indique des
mesures conservatoires car la question de la valeur obligatoire des mesures conservatoires
s’agissant de la Cour a été une question qui n’ a pas été tranchée jusqu’ à l’
affaire Legrand.
Maintenant, valeur obligatoire reconnue !

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S’agissant de l’ordonnance16, le tribunal peut également recommander des mesures17. Il ne doit
pas nécessairement prescrire ; Qui peut le plus peut le moins en quelque sorte. La mise en œuvre
de l’ordonnance implique un devoir d’ informations qui incombe aux parties en litige. Il y a un
rapport initial qui doit être soumis. La Cour peut demander des informations. Il y a un groupe
d’experts et les parties ont du expliquer les mesures qu’
elles avaient prises.

6.1 LES PREALABLES A LA SAISINE DU TRIBUNAL (Section 1 de la Partie XV : articles 281, 282 et
283)

Article 283 : obligation de procéder à des prompts échanges de vues.


Avant d’ introduire une procédure les Etats ont l’ obligation de procéder à un prompt échange de
vues. Cela ne veut pas dire qu’ ils doivent recourir aux modes diplomatiques. Si les Etats acceptent
de négocier, avant de saisir la juridiction, il faudra que les négociations ne soient pas fructueuses,
donc il faut les mener de bonne foi. Après les négociations, il y a également un petit échange de
vues. Donc cet échange ne signifie pas une obligation de négocier.
Article 282 : l’article 282 est une disposition importante, procédure alternative, elle instituée une
sorte de clause de conflit de juridiction en quelque sorte puisqu’ elle permet d’ opérer un choix
entre plusieurs juridictions qui seraient compétente. Possibilité de choisir d’ autres mécanismes
que ceux prévus dans la convention des Nations Unies (section é de la partie 15) pour régler les
différends mais il faut que ces mécanismes aboutissent à une décision obligatoire. Attention donc,
il faut que ces autres mécanismes aboutissent à une décision obligatoire (1ère condition). La
deuxième condition est que cette procédure doit pouvoir être utilisée pour régler un différend
relatif à l’
interprétation ou à l’ application de la convention sur le droit de la mer. Dans l’ affaire
MOX, le RU a invoqué l’ article 282 mais n’ a pas été retenu aux motifs que la Cour de justice des
communautés européennes n’ est pas instituée pour régler les différends relatifs à l’application de
la CNUDM, elle est compétente pour statuer sur les litiges liés aux traités européens et pas pour
la convention. Après les mesures conservatoires rendues dans l’ affaire MOX, l’ arbitrage a suivi
son cours mais en parallèle la commission des CE a introduit une action devant la CJCE en vue
de faire constater l’ infraction consistant pour l’ Irlande à avoir agi par l’arbitrage international
contre le RU alors que l’ Irlande aurait dû le faire dans le cadre des traités européens puisque les
CE ont ratifié la convention sur le droit de la mer, cela fait partie de l’ ordre juridique européen en
quelque sorte et a légiféré en la matière. Donc le juge naturel et unique pour les Etats européens
aux yeux de la CJCE c’ est de dire que l’ Irlande ne pouvait pas agir en dehors du cadre des traités
européens. La CJCE n’ a pas dit que l’ Irlande ne pouvait pas agir sur base de l’article 282 mais elle
a statué sur la base des traités européens et comme on le sait, sur la base des traités européens, s’ il
y a une compétence communautaire qui est en cause, il y a l’ obligation pour les Etats de régler
leurs différends par le recours à la CJCE- pas de raison dés lors d’ exporter le différend et d’ en
faire un différend lié à la convention sur le droit de la mer.

En toute hypothèse, dans le cadre de l’ affaire MOX, devant le tribunal, il n’ est pas question de
droit européen , il est question de convention et la Cour de Justice n’ est pas compétente pour
trancher des différends relativement à l’ interprétation.
La 3ème condition, il faut que ce moyen, ce mécanisme différent ait été convenu dans le cadre
d’un accord général18, régional19 ou bilatéral ou « de toute autre manière20 » pour viser les déclarations

16 Car mesures conservatoires, on ne tranche pas au fon auquel cas ce serait un arrêt.
17 C’est une différence avec la Cour qui elle peut en prendre d’office.
18 Acte général de 28 révisé en 1949.
19 Convention européenne de 1957 sur le règlement des différends
20 Pourquoi a-t-on introduit cette expression? Quelle est encore l’autre possibilité pour des Etats de reconnaître la
compétence générale ? Les déclarations. Comme la nature juridique des déclarations est toujours un peu
controversée, car ce n’ est pas tout à fait un accord mais cela produit des effets similaires, l’
expression « toute autre
manière » contrebalance cela.

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sur base de l’article 36, paragraphe2 du Statut de la Cour. L’
article 282 ne s’
applique pas d’
office,
il faut encore que les Etats l’
invoquent.

Exemple : demandeur = Japon, Australie et Nouvelle-Zélande (Affaire du thon à nageoires bleues), ils
ont tous fait la déclaration sur base de l’ article 36 du Statut de la Cour, mais personne n’a invoqué
l’
article 282, donc cela reste le choix des Etats.
Imaginons qu’ un Etat invoque l’ article 282 sur la base des déclarations faites en faveur de la
compétence de la Cour, cela peut fonctionner si ces déclarations sont effectuées sans réserve. Si
elles sont affectées de réserve qui écartent des différends relatifs au droit de la mer, ce serait
absurde d’ invoquer l’article 282 et de rejeter la compétence de la Cour. Il faut que les préférences
données à 282 fonctionnent, aient un effet utile car aboutir à un effet circulaire ne sert à rien.
De plus, par rapport aux réserves permises, si on donne préférence à un mécanisme mais que
celui-ci est exclu par une réserve, cela n’ a pas de sens. Il faut s’
assurer qu’
on arrive quelque part.

Ces accords doivent avoir pour objet de régler le différend relatif à l’


interprétation et à
l’
application de la convention sur le droit de la mer.

Ex. affaire Mox, le Royaume-Uni a invoqué le fait que cette affaire touchait le droit européen et
que pour cela il fallait aller devant la CJCE. Le RU introduit une action devant la CJCE en vue de
faire constater l’ infraction consistant pour l’ Irlande pour avoir agit contre le RU par arbitrage
alors qu’ elle aurait du le faire dans le cadre des traités européens. Le juge naturel pour les Etats
européens aux yeux de la CJCE, c’ est de dire que l’Irlande ne pouvait pas agir en dehors du cadre
des traités européens. On ne dit pas que l’ Irlande ne pouvait pas agir sur base de 282, mais devait
agir sur base des traités (obligation de régler les différends devant la CJCE). C’ était un fait un
différend lié au droit européen et donc il n’ y avait pas de raison de l’
exporter et de le soumettre
au tribunal du droit de la mer. C’ est un différend politique.

Ex. Affaire du thon à nageoires bleues. Convention de 1982 : protection du stock de poissons, mais à
coté : accord sur ce type de thon en 1996 qui contient des dispositions semblables à celles
contenues dans la convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
Il y a également un mécanisme de règlement des différends dans cette convention mais c’ est un
mécanisme qui n’ aboutit à aucun effet obligatoire. Devant le tribunal du droit de la mer, après les
mesures conservatoires plaidées, le Japon a dit que la disposition pouvait s’ appliquer, mais le
tribunal considère que non, car elle n’ est pas obligatoire Si un Etat invoque l’article 282 sur base
de déclarations, cela peut fonctionner si ces déclarations sont effectuées sans réserve. Si les
déclarations sont affectées de réserves, il y a un effet de réciprocité, ce serait absurde d’ invoquer
l’
article 282 pour reconnaitre par la suite que la Cour n’ est pas compétente sur la base des
réserves qui agrémentent les déclarations. Lorsqu’ on a parlé des déclarations sur base de l’article
36 de la Cour, une série d’ entre elles contiennent une clause selon laquelle la déclaration ne joue
pas lorsque les parties ont prévu un mode alternatif de résolution, ce qui est le cas avec l’ article
282.
Ce type de raisonnement ne tient pas la route, il faut reconnaître que normalement ce sera le
demandeur qui choisira le forum compétent. Il ne renverra cela à une autre juridiction que s’ il y a
un effet utile, pas de risque d’ un déni de justice.

L'Article 281 est un article qui ne devrait pas poser de problème mais qui en a posé dans le cadre
d’une affaire. Ingéniosité des rédacteurs de la convention et grand respect à l’ égard de la
souveraineté des Etats. La disposition souligne le libre choix dans le chef des parties. Il y a une
possibilité pour les Etats d’ échapper à la partie 15 de la convention si ils le souhaitent et de
choisir un autre règlement pacifique en précisant simplement qu’ on ne reviendra plus sur la partie

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15 (pas de retour possible dans ce cas là). On peut choisir n’ importe quel moyen de règlements
(bons offices, enquêtes, arbitrage, conciliation) mais si ce moyen n’ aboutit pas, ne réussit pas et
dans ce cas là, on revient à la case départ dans le cadre des mécanismes prévus à la partie 15 sauf
si les parties ont exclu le retour à la partie 15.
La question s’ est posée de savoir si l’article 16 d’
un autre accord pourrait rentrer dans le cas de
figure de l’ article 281. Dans l’
affaire du thon à nageoire bleue, le tribunal arbitral qui a statué après
les mesures conservatoires par le tribunal international du droit de la mer, a décidé qu’ il n’
était
pas compétent en vertu de l’ article 281. Cela concernait la convention de 1993 sur la protection
du thon à nageoire bleue. L’ article 16 de cette convention prévoyait dans le paragraphe1 des
mécanismes diplomatiques si les parties le souhaitent. Si ce n’ est pas résolu, il n’ y a pas de
procédure obligatoire, il faut un accord. Cette disposition exclut la partie 15 de la convention, le
tribunal n’ est donc pas compétent.

Le premier test qui se posait ici est de savoir si la clause de règlement peut être conçue comme
une clause réglant un différend sur la convention du droit de la mer. Le tribunal arbitral a pris la
position suivante : séparer les deux différends est artificiel, il n’
y a qu’
un seul différend. C’ est une
position qui pourrait être discutée, car il s’
agit de deux conventions différentes. Cette vue unifiée
pose des interrogations. Il faut considérer que l’ accord (article 16) exclut la possibilité d’engager
une autre procédure. Il y a une voie choisie par les parties qui les prive de retourner au tribunal.
Mais l’accord ne dit pourtant pas que la clause empêche tout autre mécanisme de règlement. Le
tribunal arbitral a considéré qu’ implicitement, étant entendu que les parties avaient choisi une
autre clause, qu’ elles avaient renoncées au retour à la convention. Si on suit ce raisonnement,
chaque fois que les Etats parties à la convention conclus des accords bilatéraux pour régler des
points précisément des points abordés dans la convention et qui inclus une clause type article 16,
cela veut dire que le mécanisme obligatoire de règlement des différends est mis de côté, donc
conséquence très grave. Sur le plan juridique, l’ article 281 exige que les parties ait exclu le retour
or ici il est question de volonté implicite, il faudrait logiquement une volonté expresse avant
d’exclure. On peut donc légitimement remettre en cause la pertinence de cette décision rendue !

Selon l’ article 282, pour écarter le mécanisme obligatoire, il faut un autre mécanisme obligatoire,
on ne troc pas un mécanisme obligatoire pour quelque chose de diplomatique qui ne va pas
nécessairement résoudre le différend .
Ici, on contourne le verrou de 282 en utilisant un raisonnement implicite.
- Premier raisonnement : il faut accepter que la clause de règlement des différends soit une clause destinée à régler les
différends liés à la convention de 1982. Il serait artificiel de séparer les deux accords (convention de 1982 et
convention des Nations Unies sur le droit de la mer).
Si on regarde le contenu des deux accords, c’ est vrai que les dispositions sont semblables.
- Deuxième raisonnement : il faut que les parties aient exclu la possibilité de revenir à la convention, or la clause
de règlement avait un effet pratiquement nul et n’ excluait rien du tout. Mais le tribunal a considéré que, par
l’inclusion de cette clause, les parties avaient voulu exclure la possibilité de revenir à la partie 15. Cela est
fortement critiquer de déduire cela d’ une telle clause.
Elle s’ inspire des règles de procédure devant la CIJ. Il y a des dispositions différentes, sur des questions de
techniques procédurales mais l’ optique générale est la même. Les décisions sont prises sous la forme d’ arrêt (question
de fond) ou d’ ordonnance (question de procédure).
Décision à la majorité, décision prépondérante du président.
Possible de saisir le conseil de sécurité dans le cas de la procédure devant la CIJ, pour le tribunal, il n’ y a pas ce cas
de figure, mais il y a une réunion annuelle des Etats parties, donc un Etat peut soulever un problème à cette
réunion.
En ce qui concerne les décisions de la chambre, le statut prévoit qu’ elles ont force exécutoire obligatoire dans l’ordre
juridique des Etats parties. Quant à la pratique, la convention des Nations Unies a renforcé l’ utilisation des
mécanismes de règlements des différends.

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Après l’
entrée en vigueur de la convention : 30 affaires.

7. DROIT APPLICABLE
Le droit applicable c’est la convention mais également le DIPU dans la mesure où ces règles ne
sont pas incompatibles avec la Convention. Il y a une primauté qui est donnée à la convention et
sous cette réserve, toute autre règle de DI s’ applique également. Les préalables à la saisine du
Tribunal (Section 1 de la Partie XV : articles 281, 282 et 283 prompt échange de vue, il y a au
minimum l’ obligation d’échanger brièvement leurs vues avant de saisir la juridiction compétente).

8. PROCEDURE
La procédure est semblable à celle devant la Cour Internationale de justice avec quelques petites
distinctions (délais maximum, pour les pièces de la plaidoirie écrite, le mémoire ne doit pas
excéder 6 mois). L’ intervention est réglée dans le statut du tribunal. Comme pour la Cour, il y a
deux types d’ intervention, celle de droit et celle à la demande en intervention lorsque l’ es intérêts
d’un Etat sont en cause. Dans la requête en intervention, le statut du tribunal prévoit que l’ Etat
intervenant est lié par la décision s’agissant du point de droit qui a fait l’
objet de l’
intervention.

9. DECISIONS
Ordonnances et arrêts avec la possibilité d’énoncer des déclarations ou des opinions individuelles
ou dissidentes. Il n’
y a pas de mécanismes prévu tel qu’ à l’
article 94 de la Charte. Les décisions de
la chambre ont une force exécutoire particulière assimilable aux décisions des plus hautes
juridictions dans l’OJ des Etats concernées. C’ est pour une plus grande efficacité. La Chambre
peut trancher des différends entre parties privées et autorité. Logiquement il y aura des mesures
d’exécutions internes qui devront être prises.

SECTION 3. LE REGLEMENT DES DIFFERENDS AU SEIN DE L’OMC

1. INTRODUCTION
Le règlement des différends commerciaux est l'une des activités principales de l'OMC. Un
différend naît lorsqu'un gouvernement Membre estime qu'un autre gouvernement Membre viole
un accord de l'OMC ou un engagement contracté dans le cadre de l'OMC. L'OMC est dotée de
l'un des mécanismes internationaux de règlement des différends les plus actifs au monde. Depuis
1995, 595 différends ont été soumis à l'OMC et plus de 350 décisions ont été rendues.

2 CADRE INSTITUTIONNEL
Les institutions qui le composent : il y a un triptyque:

- L’ organe des règlements des différends (ORD). Le Conseil général se réunit en tant qu'Organe de
règlement des différends (ORD) pour examiner les différends entre Membres de l'OMC. Ces
différends peuvent concerner tout accord figurant dans l'Acte final du Cycle d'Uruguay, qui est
visé par le Mémorandum d'accord sur les règles et procédures régissant le règlement des
différends (le Mémorandum d'accord). L'ORD est l'organe compétent pour établir des groupes
spéciaux chargés du règlement des différends, soumettre des questions à arbitrage, adopter les
rapports des groupes spéciaux et de l'Organe d'appel et les rapports d'arbitrage, surveiller la mise
en œuvre des recommandations et décisions figurant dans ces rapports et autoriser la suspension
de concessions en cas de non-respect de ces recommandations et décisions. A la base, la décision
n’était pas obligatoire. Le rapport est accepté et devient obligatoire sauf s’ il est rejeté par
consensus, c’ est du opting out. Il n’y a pas d’
unanimité sans vote. Dans le cadre du consensus, il n’
y
a pas de vote, on constate simplement qu’ il n’
y a pas d’
opposition. C’est également l’organe de
règlement des différends qui autorisera les sanctions.

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- Le panel ou groupe spécial, s’occupe de mettre en place des groupes spéciaux qui vont trancher
les différends, mais ces groupes sont sous la supervision de l’ ORD. Il va finalement adopter les
recommandations des panels ou les rejeter et, à ce moment-là, cela se fait par consensus (=
accord ou absence d’ objection de la part de tout Etat partie) ou si appel.
Groupes spéciaux, le PANEL. C’ est un groupe spécial composé de 30 personnes. Les noms des
panelistes sont proposés par le secrétariat de l’ organe des règlements des différends. Les noms
sont proposés sur une liste de noms proposés par les Etats parties et avalisés par l’ORD. Ils sont
renouvelables 4 fois.

- L’organe d’appel. L’Organe d’ appel a été institué en 1995 conformément à l’ article 17 du


Mémorandum d’ accord sur les règles et procédures régissant le règlement des différends
(Mémorandum d’ accord). C’est un organe permanent composé de sept personnes qui connaît des
appels concernant des rapports remis par des groupes spéciaux dans le cadre de différends
soumis par des Membres de l’ OMC. L’ Organe d’ appel peut confirmer, modifier ou infirmer les
constatations et les conclusions juridiques d’ un groupe spécial. Lorsqu’ ils sont adoptés par
l’
Organe de règlement des différends (ORD), les rapports de l’ Organe d’ appel doivent être
acceptés par les parties au différend. L’Organe d’appel a son siège à Genève (Suisse). Ce n’ est pas
une cour d’ appel, elle confirme, modifie, infirme la décision du groupe spécial mais il n’ y a pas
retour au groupe spécial après. Les motifs d’ appel sont liés à des objections sur des points de
droit. Le rapport de l’organe d’ appel est approuvé selon la même méthode que l’ organe spécial,
approbation sauf consensus (30 jours et 60 jours pour le groupe spécial).

Le mémorandum d’accord: Le langage utilisé n’ est pas le même que celui rencontré dans un
statut, il s’
agit plus d’
un langage normal qui, parfois, dit certaines évidences.

La position suivie : pousser les parties à s’


entendre, à négocier, et la procédure judiciaire est une
procédure de dernier ressort. C’ est pour cela que, dès qu’ il y a litige, il y a l’ouverture de
consultation. Il est prévu également que le directeur général puisse intervenir, être appelé par les
Etats parties pour faciliter ces consultations. Il faut que des négociations s’ engagent 30 jours
après le dépôt de la requête. En cas d’ échec, possibilité de recourir au directeur. Après cela,
possibilité de demander la constitution d’ un groupe spécial qui va rendre une recommandation
qui va être soumise à l’ organe de règlement des différends. Elle va devenir effective sauf en cas
d’appel ou de rejet de la recommandation par consensus. Si appel, la question sera soumise à
l’
organe d’ appel (7 juges pour un mandat de 4 ans renouvelables une fois) à une section de trois
juges. Le mécanisme de règlement des différends a un caractère exclusif qui peut être déduit de
l’
article 23 du mémorandum d’ accord.

3. PROCEDURE
L’aspect exclusif du mécanisme de règlement des différends empêche un Etat qui s’ estime lésé de
prendre des mesures unilatérales (il ne peut pas se faire justice lui-même). Il doit d’abord utiliser
ce mécanisme (principalement à l’ article 23 du mémoire d’ accord). Avant de déterminer la
violation, il faut passer par le mécanisme sinon violation des principes qui ont été définis.
Ex. affaires successives devant les organes de l’ OMC. Affaire des hormones (viande aux hormones).
Deux plaintes (des Etats-Unis et du Canada). Interdiction de l’ importation de cette viande.

1° Devant les différents organes, ce qui a été considéré en définitive par l’


organe d’appel : violation
des obligations par la Communauté européenne : un Etat peut interrompre l’ importation d’ un
produit s’il est nocif pour la santé, mais il faut que ce soit une suspension temporaire et basée sur
une étude scientifique. Il faut donc prouver que ces substances sont nocives pour la santé. Dans
ce cas-là, la Communauté européenne n’ avait pas apporté cette preuve et l’
interdiction est non
compatible avec l’ accord.

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2° ce qui s’ est passé après : il y a des possibilités de recourir à l’ arbitrage dans le cadre de ce
mécanisme. Il existe trois types d’ arbitrage :
- Dans le cadre de l’ OMC.
- Lorsqu’ un Etat ou une partie a été condamné, cette partie a un délai raisonnable pour aligner sa
législation sur la décision. Si divergence d’ approche : arbitrage sur base de l’ article 21, paragraphe
3 du mémorandum. Dans cette affaire, le délai raisonnable a été de 15 mois.
- Article 22, paragraphe6 du mémorandum : lorsque les parties divergent sur le montant de la
réparation, donc si une partie ne s’ aligne pas, il aura des suspensions de concessions tarifaires, à
titre de réparation, et là aussi, il y a la possibilité de recourir à l’ arbitrage pour la fixation du
montant des compensations. Et dans ce cas, il y a eu un arbitrage avec une décision le 12 juillet
1999. Suite à cette fixation par arbitrage du niveau de compensation, ce niveau a été accepté par
l’organe de règlement des différends.
On revient à l’ article 23 et la nécessité de passer par le mécanisme de règlement des différends au
sein de l’OMC. Une fois l’ affaire clôturée dans ces deux affaires, les Communautés européennes
ont adopté une nouvelle directive qui interdisait l’ importation de la viande d’ hormones mais cette
fois-ci sur la base d’ un rapport scientifique (d’ une évolution du risque). Donc, elles estiment qu’ il
n’ y a plus lieu de maintenir les sanctions qui leur avaient été infligées moyennant l’ accord de
l’organe de règlement des différends. Cela a donné lieu à un nouveau litige. Les Communautés
européennes ont plaidé que les Etats-Unis avaient méconnu le mémorandum d’ accord en
n’ arrêtant pas les sanctions alors que les communautés s’ étaient conformée à la décision. Il y a
donc un problème de preuve.
1ère décision en 2008 par l’ organe spécial.

Par la suite, la décision a été infirmée par l’ organe d’ appel (16 octobre 2008), en disant que les
Communautés européennes n’ avaient pas apporté la preuve qu’ elles s’
étaient conformées à la
décision initiale. Cela montre l’ importance du respect de cette règle. C’ est une institution rapide,
la décision est généralement rendue en 1 an. Toute solution négociée est préférable. Si on regarde
l’article 3 paragraphe 7, il est prévu que le but est d’ arriver à une solution positive et
mutuellement acceptable. L’ accent est mis sur les consultations, négociations,… Les mesures ne
doivent pas être perçues comme des mesures inamicales. On demande l’ ouverture de
consultation dans un délai de 30 jours. Si on n’ a pas répondu à la demande dans les 10 jours et s’ il
n’ y a pas de consultation prévue dans les 30 jours, on peut alors demander à l’ OMC d’ ouvrir un
groupe spécial.
Il n’y a pas de mesures conservatoires, mais on peut raccourcir les délais en cas de différend urgent. Il
faut arriver à un résultat dans un délai de 60 jours. Le directeur général de l’ OMC peut offrir ses
bons offices.

La constitution du groupe spécial interviendra lors de la prochaine réunion de l’ OMC. Les


membres du groupe spécial siège à titre d’ experts. Ils ne sont pas sensés représenter les parties
(caractère judiciaire). Dans la composition, il faut mentionner que si le conflit oppose un pays en
développement avec un pays industrialisé, on peut demander que l’ un des ressortissants soit
représenté par un pays industrialisé pour rétablir un certain équilibre. On peut également
bénéficier d’une assistance financière. Tout Etat qui considère qu’ il a un intérêt en la matière peut
intervenir, l’
intervention est fréquente. L’
insistance est mise dans le mémorandum d’ accord sur la
mise en œuvre des décisions du groupe spécial et ou de l’ organe d’appel.

Les Etats doivent se mettre en ordre et appliquer la décision dans un délai raisonnable. Le délai
peut être convenu entre les deux parties ou être avalisé par l’ ORD. Il peut également y avoir un
arbitrage light qui rendra sa décision dans les 90 jours. Il y a également un recours possible à
l’
article 21 paragraphe5 si les Etats ne sont pas d’accord sur l’existence ou non de la compatibilité
avec la décision rendue. L’ Etat demandeur n’ est pas satisfait et considère que les mesures prises

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ne sont pas compatibles. C’ est la suite d’
un litige ancien. Il faut soumettre ce différend au groupe
spécial initial qui a tranché la question. Parfois il ne sera pas possible de recourir au groupe
spécial initial.
En cas de non exécution, on va permettre sur base bilatérale la possibilité de suspendre des
mesures. L’ ORD peut être autorisé à suspendre des obligations. Il n’ y a pas de contre mesures qui
peuvent être adoptée de manière bilatérale, il faut l’ autorisation de l’ORD. Ex : différend entre les
USA et l’ UE sur l’ importation de la viande de bœuf traitée aux hormones. Il y a eu une demande
de consultation en 1996, une décision de l’ ORD en 97, une décision de l’ organe d’ appel ensuite
un arbitrage pour déterminer le délai raisonnable dans lesquels l’ UE devait appliquer la décision
de l’
organe d’ appel ainsi qu’un autre arbitrage pour déterminer le montant des suspensions sur
base de l’ article 20 paragraphe6. Il y a eu une suspension des droits des conditions tarifaires en
1999.

Il y a donc deux formes d’ arbitrage : article 21 paragraphe3 et sur l’étendue de la suspension


demandée. Par la suite, l’UE a informé l’ ORD et les USA qu’ en réalité, les bœufs aux hormones
étaient nuisibles à la santé, une nouvelle directive a été adoptée qui organisait l’ import de ces
viandes.

4. DIFFERENDSET PLURALITE D’
INSTRUMENTS CONTENANT DES MECANISMES DISTINCTS DE
REGLEMENT DES DIFFERENDS

Il y a un caractère exclusif reconnu au système de règlement des différends. L’ article 23 dispose


qu’ avant de se faire justice, il doit utiliser les voies qui lui sont offertes sur base du mémorandum.
Il n’est pas écrit que les Etats ne peuvent pas s’ adresser à d’ autres juridictions, c’est implicite. Il
n’ y a pas d’ interdiction expresse, mais ca semblerait peu logique et peu conforme au système
prévu. On pourrait avoir une décision de l’ ORD disant que ce type de recours est contraire à
l’esprit et à la lettre prescrite par l’OMC.
Il y a différent types d’ arbitrages :
- 21 paragraphe3,
- 22paragraphe6,
- Contre mesures, mesures de suspension.
- 25 qui vise l’ arbitrage en tant que mécanisme alternatif par rapport aux mécanismes prévus dans
le mémorandum d’ accord. C’ est un arbitrage rapide avec les mêmes doits applicables. Si les
parties choisissent l’ arbitrage, les articles 21 et 22 s’
appliquent. Elle est intégrée.

Le droit applicable est le droit de l’ OMC, le GATT plus les accords dans les annexes du
mémorandum. Le groupe spécial et l’ organe d’ appel pourra utiliser les mêmes méthodes
d’interprétation que dans le DIPU (convention de Vienne). L’ organe d’ appel ne tranche pas les
différends en isolation clinique du DIPU, il en tient compte, mais la primauté est donnée aux
règles du GATT.

Amicus curiae : il y a eu des développements importants devant l’ organe d’appel. Dans le cadre des
différends liés aux groupes spéciaux et organes d’ appel, peut-on prendre en compte les prises de
vue d’ organe d’ intérêt privé ? Sur base de l’ article 13 du mémorandum, il prévoit que le groupe
spécial a le droit de demander des renseignements à toute personne. Dès lors rien ne l’ empêche
de demander des avis à des ONG ou des OI. Dans une affaire pour protéger les tortues marines,
des associations protégeant l’ environnement ont voulu participer. Sur la base de l’ article 13, ils ne
pouvaient pas prendre en compte des mémoires d’ amicus curiae. Ce sont des avis non sollicité,
personne n’ a demandé aux ONG de donner des rapports, … Le groupe spécial a considéré que
l’
article 13 n’ impliquait pas d’ amicus. L’organe d’ appel a considéré que le groupe avait mal
appliqué le droit et s’ est basé sur l’
article 11. Il faut se baser sur une évaluation objective de la

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situation en prenant en compte tout les faits. Rien n’ empêche d’admettre des mémoires d’ amicus
curiae. Ca n’ implique pas qu’ ils ont le droit de soumettre des mémoires, mais rien ne l’
interdit non
plus, il faut apprécier les faits de manière objective.

L’ organe d’ appel a été confronté à des demandes d’ ONG. Ni l’ article 11 ni l’


article 13 ne
s’applique à l’organe d’ appel, il a du trouver une source. Il peut adopter des procédures pour
encadrer les mémoires d’ amicus (article 17paragraphe1). Les règles en question ont été publiées sur
le site internet de l’ OMC. Les exigences formulées étaient qu’ il fallait d’
abord une demande
d’autorisation écrite, datée, signée, pas plus de 3 pages et il faut préciser des liens entre l’ ONG et
une des parties à la cause (subside, intérêt spécifique,… ). Dans un second temps, si le mémoire
est admis par l’ organe d’ appel, il peut être déposé mais ne peut dépasser 20 pages y compris
annexe.
Lien entre groupements d’ intérêts privés et Etats membres. Un EM peut intervenir sans
problème, mais il avait choisi de ne pas le faire. Il a par la suite choisi de déposer un mémoire
d’amicus. Ca a été accepté par l’ organe d’ appel, car il ne faut pas traiter les membres de manière
défavorable par rapport aux organes d’ intérêts privés.

L’ ORD est l’ organe politique qui contrôle la procédure, mais certains Etats veulent la contrôler et
ne veulent pas qu’ il prenne des décisions sans avoir été informé. Il y également eu un conflit nord
sud sur l’ élargissement des possibilités des demandes d’ amicus. L’
organe d’appel a fini par ne plus
accepter les demandes. L’ ORD entend poursuivre l’ examen et contrôler la procédure d’ amicus.
Illustration du jeu qui peut exister entre différents mécanismes de règlements : l’ affaire de
l’
espadon entre le Chili et la CE. Cette affaire a été portée devant l’ OMC (devant l’ ORD et le
tribunal international du droit de la mer).

Dans les litiges d’ordre commercial, il y a d’ autres organisations : NAFTA (North American Free
Trade Agreement), ALENA, .. Dans le cadre des différends commerciaux, les parties ont le choix
d’agir devant les juridictions de l’OMC ou de mettre en place un arbitrage NAFTA ou ALENA.
Ce ne sont pas les mêmes règles que l’ organe d’ appel, mais il y a la liberté des parties et la
conciliation. Dans ce cadre, la procédure d’ amicus curiae ne pose pas de problème. Dans le cadre
d’ALENA une procédure a été mise en place et qui ressemble à l’ organe d’ appel. Au sein de
l’
ALENA/NAFTA, association économique : en cas de différend : faculté soit de s’ adresser au
mécanisme de l’ OMC, soit d’ instituer un arbitrage propre. Ce dernier obéit à des règles,
notamment la disposition selon laquelle les arbitres sont libres, avec une réserve : respect de
l’
égalité entre les parties (qu’
elles puissent exprimer leurs vue).

Donc dans le cadre de cet arbitrage ALENA, pour la première fois en 2001 : Affaire opposant
Métanex corporation c. Etats-Unis : un tribunal arbitral a fait application de l’ article 15 en
considérant qu’ il n’y avait aucune difficulté pour que le tribunal arbitral puisse connaitre des
mémoires d’ amicus curiae déposée par certaines entités privées. Donc si on compare les deux
systèmes : dans le cadre de l’ arbitrage de l’ALENA : la possibilité est acceptée. Dans le cadre de
l’
OMC, la question est plus sensible et la question reste quelque peu en suspend dans l’ attente
d’une disposition qui devra être établie par l’organe de règlement des différends. Mais la question
est toujours discutée.
Devant la CIJ : possibilité d’ amicus curiae uniquement devant la procédure consultative : tout ce
qui provient d’ ONG est placé dans une salle à part et peut être librement utilisé par les parties,
mais il n’
y a pas de statut.
Ex. possibilité d’ introduire des actions parallèles devant plusieurs organes de règlement des
différends : affaire Mox. 4 arbitrages différends sur base de procédures distinctes.

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Ex. Chili c. CE. Cette affaire a démarré globalement en 2000. Le Chili (nation qui a des eaux assez
poissonneuses) a adopté une législation valable pour ses zones maritimes qui prévoit le respect de
certaines techniques de pêche afin de protéger les stocks de poissons et les espèces. Par la suite,
vu qu’ en dehors de la ZEE il y avait une série de bateaux pêchant tout ce qui passait avec un effet
négatif sur les poissons de la ZEE, la Chili a modifié sa législation pour qu’ elle s’
applique aux
techniques de pêche au-delà de la ZEE, ce qui n’ est pas légal. Si des stocks de poissons avaient
été capturés selon des méthodes non respectueuses de sa législation, ces poissons ne pourraient
plus être débarqués dans les ports chiliens. D’ où demande de consultation de la part de la
Communauté européenne auprès de l’ OMC (liberté de transit en cause, imposition de barrières
non tarifaires).
Parallèlement, le Chili a, lui, considéré que la Communauté européenne ne respectait ses
obligations en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, qui prévoit que les
Etats parties ont la responsabilité de s’ assurer qu’ils n’
entraînent pas de pénuries des stocks de
poissons.

Demande d’ arbitrage sur la base de l’


annexe VII, avec la difficulté pour les parties de constituer le
tribunal arbitral, donc consultation du président du tribunal pour le droit de la mer pour procéder
à des désignations. Suite aux consultations, les parties ont accepté de transférer. Donc on a deux
procédures parallèles, mais qui ne comportent pas les mêmes points de droits : d’ une part une
procédure devant l’ organe de règlement des différends pour le non respect des obligations de la
convention et, d’ autre part, l’
autre est devant les organe de règlement des différends de la
conventions des Nations Unies sur le droit de la mer pour le non respect d’ autres obligations.

Les deux procédures ont été suspendues, les Etats ont négocié et ont trouvé un accord. Affaire sur
l’exploitation de l’
espadon, Chili vs. UE. Le Chili a une longue côte et une mer poissonneuse. Il
exploite sa zone économique exclusive, au-delà, c’ est la haute mer et donc c’ est le principe de
liberté qui s’ y appliquent. Il y a des pêcheurs de longue distance qui pèchent également les mêmes
stocks de poissons en l’ occurrence et les Chiliens avaient un souci concernant le stock
d’ espadons. Si un Etat côtier prend des mesures dans sa zone économique (dans les 200 miles),
mais qu’ à l’
extérieur, les autres ne connaissent pas ces règles, il y aura un problème. Le Chili a pris
des mesures nationales pour protéger ses ressources. Ces mesures étaient applicables dans les
zones sous juridiction chilienne ainsi qu’ internationale sur base de la convention sur le droit de la
mer pour assurer la pérennité des ressources.

La situation ne s’ améliorant pas, il a adopté un arrêté d’ exécution de sa loi en vertu duquel il


interdit le débarquement des captures sur son territoire par des navires qui péchaient en haute
mer sans respecter les mesures de protection prises par le Chili. Certains Etats ont accepté, mais
pour les pêcheurs de l’ UE, cela consistait en une infraction de la règlementation de l’ OMC
(GATT). Il y avait la liberté de transit qui y était proclamée. L’ article 5 du GATT 94 prévoit la
liberté de transit. Si un Etat l’ interdit, cela constitue une infraction. L’ UE a demandé des
consultations, elle a agit sur la base du mémorandum d’ accord sur le règlement des différends au
sein de l’OMC. Elle a également demandé la constitution d’ un panel. Parallèlement à cela, le Chili
a introduit une procédure arbitrale contre l’ UE sur la base de la convention des NU sur le droit
de la mer. L’ UE doit respecter les obligations de cette convention qui implique la protection des
stocks et éviter le transit qui serait alors une mesure interdite.

Il y a l’
introduction de la procédure arbitrale (pas de déclaration faite à l’
avance de la compétence
des juridictions, donc la juridiction par défaut est celle de l’ arbitrage). Il y a deux procédures
parallèles concernant les mêmes faits mais avec 2 juridictions distinctes qui occupent 2 volets.
La doctrine internationale se demandait s’ il pouvait y avoir un risque de fragmentation du droit
international. Pas vraiment, d’ un côté on a la protection de l’ environnement et de l’ autre la

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protection du GATT. On pourrait avoir d’ un côté le Chili condamné et de l’ autre, l’UE
condamnée, les 2 ne sont pas incompatibles ! L’ idéal serait qu’une seule juridiction puisse traiter
de l’ensemble du problème, logiquement ce serait la CIJ seulement les différends relatifs à l’ OMC
sont dans un système pas clos mais séparé et les Etats se sont mis d’ accord pour régler leurs
différends au sein du système. De même, au sein de l’ UE, il y a l’
obligation de recourir à la CJCE
pour régler les différends.
Il n’
y a pas de juridiction unitaire qui puisse jouer en la matière, on a à chaque fois des systèmes..
Le seul point d’ interrogation porte sur l’étendue de la perméabilité des deux systèmes ? Devant le
tribunal du droit de la mer, quel est le droit applicable ? La convention est applicable + toutes les
règles de DI qui ne sont pas incompatible avec la convention. Sur le plan de l’ OMC, la protection
de l’environnement fait partie de l’ article 20 du GATT, il y a donc une plus grande perméabilité.
Cela fait l’
objet d’ une interprétation dans le cadre de l’ application de l’ OMC. Le panel est sensé
appliquer les règles du cadre de l’ OMC. Le panel pourrait faire appel à des règles générales
général de DIPU, mais il est resté dans le cadre d’ une stricte interprétation de l’OMC et du
GATT. Il n’ y a pas de risques de contagion.

CHAPITRE II

LES JURIDICTIONS PENALES INTERNATIONALES

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale s'est acheminée


progressivement vers la création d'un système de juridictions internationales, complémentaires
des tribunaux nationaux, afin de juger les personnes accusées de génocide, de crimes de guerre et
de crimes contre l'humanité. Ce système est double : d'une part, il repose sur la création de
tribunaux ad hoc et autres tribunaux internationaux mis en place après un conflit ; d'autre part, il
s'appuie sur la Cour pénale internationale récemment créée.
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les puissances victorieuses ont mis en place des
tribunaux pénaux en Allemagne et au Japon pour juger les crimes de guerre qui avaient été
perpétrés contre des civils et des combattants alliés au cours des hostilités. Malgré certaines
réticences à ce que les vainqueurs prennent une telle initiative, l'opinion publique était largement
favorable à ces procès en raison de l'atrocité des crimes commis, notamment des tueries en masse
de Juifs et d'autres minorités.
Contrairement à ce qui s'était passé lors des guerres précédentes, près de la moitié des victimes de
la Seconde Guerre mondiale étaient des civils. C'est pour cette raison que la communauté
internationale a apporté tout son soutien aux initiatives qui ont été engagées, principalement dans
le domaine du droit conventionnel, pour étendre la portée du droit international humanitaire
(DIH) et ainsi mieux protéger les civils.
Le CICR a donc accueilli avec satisfaction à la fois l'adoption des quatre Conventions de Genève
en août 1949, qui ont permis de développer le droit international humanitaire, et la compétence
universelle obligatoire à l'égard des infractions graves à ce droit, comme moyen de mettre fin à
l'impunité pour les crimes de guerre.
Près de 50 ans plus tard, la fin de la Guerre froide et l'émergence de nouveaux conflits en Europe
et en Afrique, qui ont fait des centaines de milliers de victimes parmi la population civile, ont
convaincu le Conseil de sécurité de la nécessité d'établir à nouveau des tribunaux pénaux
internationaux ad hoc.
Le conflit armé dans les Balkans a conduit l'ONU à mettre en place un tribunal international
pénal à La Haye, aux Pays-Bas, afin de juger les auteurs des crimes de guerre, génocides et crimes
contre l'humanité commis lors de ce conflit. Le plus célèbre des accusés a été sans conteste
l'ancien président de la Yougoslavie, Slobodan Milosevic.

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Peu après, l'ONU a également mis sur pied un tribunal à Arusha, en Tanzanie, pour qu'il juge les
violations du DIH et les autres crimes internationaux qui ont été commis au Rwanda au début
des années 1990.
Depuis, des tribunaux spéciaux ont également été institués pour poursuivre des crimes relevant
du droit national et international. On trouve des exemples de ces tribunaux mixtes au Kosovo, en
Bosnie-Herzégovine, au Timor-Leste, en Sierra Leone, au Cambodge et, plus récemment, au
Liban.
Ces tribunaux pénaux internationaux (et mixtes) peuvent contribuer à développer et à préciser le
droit international humanitaire et le droit des droits de l'homme. Ils peuvent inciter à un plus
grand respect du DIH en rendant justice aux victimes. Ils peuvent aussi avoir un effet dissuasif
lors de futurs conflits armés et contribuer à la réconciliation et à la reconstruction en établissant la
vérité des faits survenus pendant un conflit.
La décision de la communauté internationale, en 1998, d'instituer la Cour pénale internationale,
visait également à répondre à ces préoccupations par la création d'une instance qui peut exercer
sa compétence quand les États ne peuvent pas ou ne veulent pas poursuivre.

SECTION I. LES JURIDICTIONS PENALES INTERNATIONALES A CARACTERE


AD HOC

LE TPIY (Tribunal pénal international pour l'ex- Yougoslavie)

Le Tribunal pénal international pour l’ ex-Yougoslavie (TPIY) était une instance judiciaire de
l’
Organisation des Nations Unies chargée de juger les auteurs de crimes de guerre commis
pendant les conflits des années 90 dans les Balkans. Au cours de son mandat, de 1993 à 2017, le
TPIY a irréversiblement transformé le paysage du droit international humanitaire. Il a permis aux
victimes de mettre des mots sur les horreurs dont elles ont été témoins. Il a démontré que les
principaux responsables présumés des atrocités commises pendant les conflits armés peuvent être
appelés à répondre de leurs actes.

Mis en place en 1993 par les résolutions 808 et 827 du Conseil de sécurité en vertu du chapitre
VII. et s'est établi à La Haye aux Pays-Bas. Le bilan de son travail est mitigé : 48 accusés détenus,
31 faisant l'objet d'un mandat d'arrêt, 23 personnes jugées. La question de juger des personnes
privées pour des crimes internationaux n’ est pas une question nouvelle. Elle transparait déjà dans
le traité de Versailles (pour juger Guillaume II pour la guerre d’ agression). C’ est un organe
subsidiaire du conseil de sécurité, ce n’est pas une juridiction indépendante. Le statut est inclus
dans la résolution du conseil de sécurité. Le budget fait partie de celui des NU. C’ est une
juridiction temporaire sensée disparaitre à brève échéance. Il fermera ses portes dans quelques
années.

C’ est un organe subsidiaire du conseil de sécurité, ce n’ est pas une juridiction indépendante. Le
statut est inclus dans la résolution du conseil de sécurité. Le budget fait partie de celui des NU.
C’ est une juridiction temporaire sensée disparaitre à brève échéance. Il fermera ses portes dans
quelques années.
Quelle est la légalité de la création de ce tribunal ? Affaire Tadic. Les conseils de Monsieur Tadic se
sont posés la question de légalité car ils ont dit que le tribunal n’ avait pas été créé régulièrement et
valablement en vertu des principes qui doivent régler la création de toute juridiction. Dans un
premier temps, la chambre de 1ère Instance n’ a pas statué et a dit que cette question ne relevait
pas de sa compétence. Une juridiction doit normalement être capable de trancher sa compétence
(compétence de la compétence). Dans cette décision de 1999, les arguments invoqués étaient les
suivants :

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1) Le tribunal aurait dû être créé par un traité ou par un amendement à la Charte des NU. Pour
créer une juridiction internationale comme celle là, cela excède les pouvoirs du conseil de
sécurité. Ce n’est pas juste un cas d’ application de la Charte. La réponse est de dire que dans le
chef de la chambre d’ appel que la création du tribunal est une mesure qui a été prise
conformément au chapitre 7 dans le cadre des pouvoirs qui lui sont conférés par l’ article 41 de la
Charte. La création d’ un TI destiné à réprimer des crimes est important pour établir la confiance,
la paix et la sécurité. C’ est donc logiquement dans le cadre de ses compétences et en vue de
maintenir la paix et la sécurité qu’
il a été créé. Le premier argument n’est pas retenu !

2) Le deuxième argument consiste à dire qu’ un organe politique ne peut créer d’ organe judiciaire
indépendant. Le conseil de sécurité qui n’ est pas législatif mais plutôt exécutif, même s’
il n’
y a pas
vraiment de séparation des pouvoirs, pour qu’ un organe judiciaire soit créé, il faut certaines
garanties (organes législatif complet). La Chambre va considérer qu’ en DI, il n’y a pas de
séparation des pouvoirs. La Chambre considère qu’ il n’y a pas de délégation de pouvoirs. Le
conseil de sécurité n’ a pas de pouvoir judiciaire en tant quel tel. La CIJ avait dit la même chose
sur la création d’ un tribunal administratif des NU (TANU), la chambre a également considéré
qu’il n’y avait pas de délégation de pouvoirs dans l’ exercice indépendant des pouvoirs confiés au
conseil de sécurité. Le TANU règle les différends entre les membres des NU. La CIJ s’ est posé la
question de la création du TANU par l’ AG qui n’ était pas un organe judiciaire des NU et ne
pouvait donc déléguer de pouvoirs judiciaires dans cette création. La Cour a considéré qu’ il y
avait création indépendante d’ une juridiction conformément aux articles 101 et 102 de la Charte.
C’est le même raisonnement qui est ici développé.

3) Toute juridiction internationale devrait être créée par la loi, un acte législatif. Cela vaut sans
doute en droit interne mais en DI, il n’ y a pas de séparation des pouvoirs. La distinction ne tient
pas la route et ce qui importe, c’ est que l’organe qui crée cette institution ait le pouvoir d’ adopter
des décisions qui lient les Etats. C’ est l’
exercice d’une fonction législative.
- La décision est importante car elle consacre la légalité de la création de cette juridiction –elle
vaut aussi mutatis mutandis pour la création du tribunal Rwanda. Le TPIY a été créé pour
réprimer les crimes commis lors du conflit armé en ex-Yougoslavie. La compétence temporelle
est limitée aux crimes commis depuis 1991. Comme toute juridiction pénale, le tribunal
comprend 3 organes. Il y a une juridiction (tribunal composé de juges, 3 chambres de 1ère
instance et une d’ appel), le bureau du procureur (pour instruire les plaintes, construire un
dossier), et un secrétariat (le greffe). Dans les tribunaux non pénaux, il n’ y a pas de procureur.
Il n’y a pas de règle prévue pour l’ élection car le tribunal est voué à s’effacer. C’ est plus un mode
de désignation, plus d’ élection. Mais cela a fait l’objet d’
élection pour une période de 4 ans et non
rééligible.

LA COMPETENCE RATIONAE MATERIAE (MATERIELLE)

La compétence matérielle du tribunal s'étend à 4 types d'infractions:

1) Infractions graves aux Conventions de Genève de 1949. Il s’ est posée une question spécifique
car étant donné le TPIY, l’ application des CG de 1949 est conditionnée par la reconnaissance du
caractère international du conflit en Ex-Yougoslavie. Il y a l’ article 3 commun aux conventions
qui vise des conflits non internationaux mais il ne permet pas d’ appliquer l’
ensemble des
conventions de Genève. Il y a une question préalable d’ application des CG et cette question s’est
posée devant le tribunal.
Le conflit qui s’
est déroulé à partir de 1991 est un conflit qui peut être caractérisé comme interne
ou international ? si c’
est un conflit international cela déclenche l’
application des CG de 1949.

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La portée est importante. C’ est dans le cadre de l’ affaire Tadic (affaire fleuve avec pas mal de
décisions) que la question a également été tranchée en 1995 sur la juridiction, sur la compétence
en quelque sorte du tribunal en la matière. Concernant les crimes commis en Bosnie
Herzégovine, il y a une enclave qui est à dominance serbe. Des atrocités ont été commises par
des forces serbes contre des bosniaques. Pour que les conventions s’ appliquent, selon les termes
de celles-ci, il faut que les personnes victimes de crime de guerre aient été sous le contrôle d’ une
puissance occupante (condition). Cela vise le cadre d’ un conflit international (pas interne) ou les
forces d’ un autre Etat interviennent sur le territoire d’un autre Etat pour commettre des atrocités.
Il fallait déterminer si les forces ethniques serbes qui agissaient en BH étaient maîtrisées,
contrôlées et dirigées par la Serbie. Cela signifiait que les agissements de ces forces pouvaient être
imputées à la Serbie. La question est cruciale pour l’ incrimination. S’ il s’
agissait simplement de
forces indépendantes livrées à elles-mêmes, la convention ne s’ applique pas. A cet égard, le TP a
agit en deux phases. En première instance, on a considéré qu’ il y avait bien un caractère
international en retenant un critère de contrôle effectif sur les milices, forces para militaires serbes
et qui opéraient sur le territoire de la BH. Le contrôle effectif fait appel à une autre jurisprudence,
celle de l’affaire Nicaragua.

Dans cette affaire, les actes n’ont pas été imputables car il y avait un contrôle global, (pas effectif) mais la CIJ a
requis que ces actes contraires au DI aient été également supervisés par la puissance à laquelle on les impute. Le
contrôle effectif ne suffit pas, il faut superviser. Cela demande des éléments de preuves
importants. Dans le cadre de l’ affaire Tadic, la question de l’ affaire Nicaragua s’ est posée. Dans un
premier temps, la chambre de première instance a essayé d’ éviter le problème en disant que la
question était différente. La chambre d’ appel s’ est prononcée sur la question ici, elle a analysé la
jurisprudence Nicaragua et l’ a mise de côté car selon elle, il s’ agissait de la responsabilité
internationale des Etats, c’ est-à-dire des USA (différend interétatique) alors que dans l’ affaire
Tadic, il s’agissait de la responsabilité pénale de Monsieur Tadic. Ce n’ était pas le même contexte
et on pouvait appliquer des critères différents.
Cela a été rejeté en appel car selon elle, à partir du moment où il y a un groupe structuré, armé,
équipé par d’ autres puissances, les actes contraires au DI sont imputables à cet Etat. La situation
aurait été différente s’ il avait été question de bandes armées. C’ est le seul cas véritable de
contradiction entre les décisions rendues par les différentes juridictions internationales. La
chambre d’ appel ne cache pas qu’ elle met de côté la jurisprudence Nicaragua et pour telles et
telles raisons.

2) Les violations aux lois et coutumes de la guerre.


3) Crime contre l’ humanité dans le cadre d’ un conflit armé interne ou international, il faut un
conflit. Cela ne doit pas être isolé.
4) Le crime de génocide.

Rationae personae (compétence personnelle): Elle est limitée aux crimes commis par des
personnes physiques. Le statut officiel des fonctions des personnes n’
est pas une cause
d’exemption, de suspension.

Rationae loci et temporis :


Impérativement des crimes commis sur le territoire de l’ Ex-Yougoslavie depuis 1991 Il existe une
concurrence entre le TPIY et les juridictions internes, même si la concurrence doit jouer avec le
principe de subsidiarité des juridictions internes. Dans certaines cas, les juridictions nationales se
sont dessaisies automatiquement au profit de la TPIY (Ex : Tadic). L’ article 11bis du statut
prévoit le phénomène inverse, la possibilité de transférer aux juridictions internes des affaires qui
ne revêtent pas un caractère assez important que pour requérir une juridiction internationale.

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Pour l’
exécution des peines, il y a différents accords avec d’
autres pays pour que des personnes
purgent leur peine dans les prisons de différents Etats.

B. LE TPIR (TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL POUR LE RWANDA)

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été créé par la résolution 955 (1994) du
conseil de sécurité « pour juger les personnes présumées responsables d’ actes de génocide ou
d’autres violations graves du Droit international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda
et sur les territoires d’
États voisins entre le 1er janvier 1994 et 31 décembre 1994 ». Le Tribunal
est basé à Arusha (Tanzanie) et possède des bureaux à Kigali (Rwanda). Sa Chambre d’ appel se
trouve à La Haye (Pays-Bas).

Depuis son ouverture en 1995, le Tribunal a mis en accusation 93 personnes considérées comme
responsables des violations graves du Droit international humanitaire commises au Rwanda en
1994. Au nombre des personnes mises en accusation figurent des hauts dirigeants militaires et du
gouvernement en 1994, des politiciens, des hommes d’ affaires ainsi que des autorités religieuses
et des responsables des milices et des médias.

De concert avec les autres cours et tribunaux internationaux, le TPIR a joué un rôle de pionnier
dans la mise en place d’un système international de justice pénale crédible par le développement
d’un important corpus jurisprudentiel sur le génocide, les crimes contre l’
humanité, les crimes de
guerre ainsi que sur les formes de responsabilité individuelle et de responsabilité du supérieur
hiérarchique.

Le TPIR est ainsi le premier tribunal international à prononcer un jugement relativement au


génocide et le premier à interpréter la définition du génocide énoncée dans les Conventions de
Genève de 1948. Il est également le premier tribunal international à définir le viol en droit pénal
international et à reconnaître le viol comme un moyen de perpétrer le génocide.

Une autre décision historique a été rendue dans « l’ affaire des médias » où le TPIR a été le
premier tribunal international à déclarer coupables les membres des médias pour avoir diffusé
des programmes destinés à inciter le public à commettre des actes de génocide.

Le 14 décembre, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a rendu son dernier
jugement en appel dans l’ affaire contre l’ancienne ministre de la Famille et de la Promotion
féminine, Pauline Nyiramasuhuko, et cinq co-accusés. Pauline Nyiramasuhuko était la première
femme inculpée pour génocide par un tribunal international. Le tribunal l’ a reconnue coupable de
viol, entre autres crimes. La Chambre d’ appel a confirmé les condamnations pour la plupart des
chefs d’ accusation contre Pauline Nyiramasuhuko, son fils Arsène Ntahobali et quatre autres
autorités locales, mais elle a réduit les peines prononcées à l’
encontre des six accusés.

Une fonction essentielle assumée par le Mécanisme porte sur la recherche et l’ arrestation des trois
accusés encore en fuite. Le TPIR a mis en accusation Félicien Kabuga, Protais Mpiranya et
Augustin Bizimana pour génocide et crimes contre l’ humanité. Cependant, ces accusés se sont, à
ce jour, soustraits à la justice. La poursuite de la coopération avec les gouvernements nationaux
et la communauté internationale dans son ensemble revêt une importance primordiale pour
réussir à appréhender ces fugitifs. Une fois arrêtés, le Mécanisme conduira leur procès et
supervisera l’exécution de toute peine imposée ainsi que toutes les peines précédemment
imposées par le TPIR.

La fermeture officielle du TPIR est intervenue le 31 décembre 2015.

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Bilan et critiques

En ce qui concerne les victimes du génocide, le TPIR semble être un temps et un lieu important
de (re)constitution de la mémoire de faits généralement cachés par les auteurs de crimes, ce qui
peut aider à apaiser les tensions interdisant un vrai retour de la paix. Le problème de l'ensemble
des séquelles de guerre, autres qu'économiques semble pouvoir ainsi à l'avenir trouver à être
mieux traité par le droit international, parce que moins "indicible".

Le manque de moyens et de juges, le temps pris par les traductions, sont également sources de
retard et de difficultés d'instruction, évoqués par les membres du tribunal et leurs rapports à
l'ONU. Le travail de ces tribunaux est un travail de longue haleine, dont le bilan définitif ne peut
déjà être produit.

Une instruction limitée aux crimes liés au génocide des Tutsi

Si le TPIR a jugé un nombre important de hauts responsables politiques impliqués dans le


génocide, il n'a entrepris aucune action contre les crimes de guerre ou crimes contre l'humanité
imputés au Front patriotique rwandais (FPR). La procureure Carla Del Ponte, qui a tenté de
mener de telles enquêtes, s'est vu opposer un refus de la part du gouvernement rwandais (issu de
la victoire du FPR) qui estime que le jugement de ces crimes est de son ressort. Le mandat de
procureur de Mme Del Ponte n'a pas été reconduit en 2003 et son successeur n'a pas cherché à
poursuivre ses enquêtes.

Critiques émises par les victimes du génocide

Par ailleurs, les rescapés ont pu être moins bien traités que les détenus. La procureure Carla del
Ponte affirme que le centre de détention était une prison « cinq étoiles » où les détenus étaient
« vraiment très bien traités du point de vue alimentaire » tandis que les « témoins victimes se
trouvaient dans des conditions misérables ». Une rescapée, Yolande Mukagasana, consacre de
nombreuses mentions de son livre aux enquêtes et jugements du TPIR. Elle y relève entre autres
que les rescapés n'ont pas d'avocat (car ils sont témoins et non partie civile), et que leur sécurité
n'étant pas assurée, certains ont été tués à leur retour au Rwanda. Elle critique également le fait
que les plaignantes pour viol soient soumises à des questions déstabilisantes qui sont humiliantes,
et à des tentatives de reconstitution explicites.

Critiques émises par les avocats de la défense

Outre l’ unilatéralité du bilan du Tribunal, d'autres critiques ont été soulevées par des avocats de la
défense. Ainsi, la procédure suivie est celle de la common law anglo-saxonne, où procureur et
accusé sont censés être à égalité face au juge qui tranche au vu des preuves fournies. Mais cette
égalité serait imparfaite, car c'est le procureur qui décide du moment de l'ouverture de la
procédure à l'audience, en fonction des preuves qu'il aura réussi à rassembler. La proximité du
siège du tribunal avec le Rwanda lui permet également de rassembler des preuves et des témoins à
charge plus facilement que les accusés ne peuvent le faire pour les témoins à décharge, ces
derniers vivant parfois en exil, et ceux qui vivent au Rwanda étant susceptibles de subir des
pressions de la part du gouvernement rwandais. Par ailleurs, les garanties que peut accorder ce
gouvernement aux accusés qui ont été acquittés et qui souhaitent retourner au Rwanda seraient
loin d'être acquises. Ces personnes acquittées ne peuvent retourner au Rwanda alors que les pays
d'accueil semblent réticents à les accueillir.

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Des critiques ont également été émises quant à la suite à donner à ses acquittés qui ne peuvent
pas retourner chez eux et pour lesquels le tribunal a du mal à trouver un pays tiers d'accueil.

SECTION II. LA COUR PENALE INTERNATIONALE (CPI)

Le 17 juillet 1998, 120 États ont adopté à Rome le statut –le Statut de Rome de la Cour pénale
internationale–instituant la Cour pénale internationale (CPI). Pour la première fois dans l’ histoire
de l’humanité, des États ont décidé d’ accepter la compétence d’ une cour pénale internationale
permanente, chargée de poursuivre les crimes les plus graves commis sur leur territoire ou par
leurs ressortissants, à compter de l’ entrée en vigueur du Statut de Rome, le 1er juillet 2002, , après
que sa ratification a atteint le quota minimum de 60 pays. Israël, la Russie et les Etats-Unis, qui
sont signataires, ne l’ ont pas ratifié. La Chine n’est pas signataire..La Cour pénale internationale
ne remplace pas les tribunaux nationaux. Le Statut de Rome rappelle que chaque État a le devoir
d’exercer sa compétence pénale vis-à-vis des responsables de crimes internationaux. La Cour ne
peut intervenir que dans le cas où un État est dans l’ incapacité ou n’ a pas la volonté de mener
véritablement à bien des enquêtes et de traduire en justice les auteurs de crimes. La finalité
première de la Cour est d’ aider à mettre un terme à l’ impunité des auteurs des crimes les plus
graves touchant l’ ensemble de la communauté internationale, et de contribuer ainsi à leur
prévention.

L’article 5 de son Statut précise que sa compétence s’exerce à l’encontre des crimes de
guerre, des crimes contre l’humanité, du crime de génocide et du crime d’agression
commis depuis 2002.

Sa compétence peut s’ exercer lorsque le crime a été commis par le ressortissant d’ un État partie
ou qu’ il a été commis sur le territoire d’ un État partie ou d’un État qui a autrement accepté sa
compétence. La possibilité ainsi ouverte de voir juger par la CPI un ressortissant d’ un État non
partie a suscité une véritable hostilité des États-Unis à l’
égard de cette juridiction.

Le principe de complémentarité impose néanmoins que la compétence de la Cour ne peut


s’
exercer que de façon subsidiaire, c’ est-à-dire lorsque les États ne peuvent pas ou ne veulent pas
poursuivre les suspects. La Cour peut être saisie par les États qui lui déférent alors eux-mêmes
une situation, même si elle concerne leur territoire, par le Conseil de sécurité –ce qui peut alors
concerner tous les États – ou par le Procureur (auto-saisine) mais sous réserve d’ autorisation
d’une Chambre préliminaire. Le Procureur peut ensuite ouvrir une enquête avec la coopération
des États qui est essentielle ; il délivre des mandats d’ arrêt. L’
arrêt rendu en première instance
peut faire l’
objet d’
un appel devant la chambre d’ appel de la Cour.

Son Siège est à La Haye au Pays Bas. Actuellement, la CPI compte 123 Etats parties au statut de
la CPI. Il reste des Etats non membres, mais il y a un noyau important qui regroupe beaucoup
d’ Etats européens et africains. Il y a 18 juges d’Etats parties au Statut. C’ est un peu semblable à la
juridiction du droit de la mer. C’ est une juridiction distincte créée par un acte séparé. Il y a une
réunion des Etats parties qui supervisent le financement de l’ institution, vote le budget et réalise
l’élection des juges. Il y a un quota géographique et une élection sur la base de deux listes.
Il y a deux types de compétence recherchée. La liste A concerne les juges qui ont une
compétence en matière pénale. Sur la liste B, il y a des juristes qui ont une expérience sur le plan
international. Il y a une variation entre différents juristes qui ont des spécialités particulières.
La Cour a un caractère mixte. Pour la première fois, il y a une exigence d’ avoir un ratio hommes-
femmes. Cette exigence de partie est un progrès, c’ est la première fois qu’ une telle exigence est

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mise en place. Il y a un aspect régional, on vote pour certains candidats d’ une région, mais pas
plus que le quota pour cette région. Il faut respecter l’ équilibre des listes A et B ainsi que
hommes-femmes.
La mise en place de cette juridiction se fait selon le modèle classique, le triptyque (aspect
judiciaire, procureur, greffe).
Il y a 3 sections sur le plan judiciaire :
1) Chambre préliminaire qui s’ occupe des premiers pas dans le cadre d’
une affaire.
2) La première instance.
3) La chambre d’ appel.

La compétence de la Cour est définie par le Statut, ce sont les crimes contre l’ humanité, les
crimes de guerre et le crime de génocide. Il y a également le crime d’ agression, mais il n’ a pas
encore été défini. Il y a la résolution 3314 qui définit quelque part le crime d’ agression mais faire
plus que cela semble impossible. Il y a eu une conférence de révision et un accord un peu
boiteux. Il y a une résolution adoptée avec un amendement lors de la conférence de Rome qui
reprend largement la définition de la résolution 3314 (article 8bis). Sur le plan procédural, il y a
des garanties, la poursuite d’ un tel crime ne pourra pas avoir lieu avant 2017, mais le crime
d’agression a été accepté en 2010 bien qu’ il ne s’
agisse que d’un amendement qui devra encore
entrer en vigueur.
Lors de la conférence de Rome, il y a eu des tentatives de discussions concernant d’ autres crimes
(terrorisme, trafic de stupéfiants), mais ces crimes n’ ont pas été inclus dans le statut. Il faut avoir
18 ans pour être attrait. La qualité officielle n’ est pas une raison pour que des poursuites ne
puissent être exercées, il n’ y a pas d’exonération en raison de la qualité officielle (ministre, chef
d’Etat,… ).

Une procédure doit être suivie pour l’ exercice de la compétence devant la Cour et la question est
renvoyée au procureur. C’ est lui qui doit instruire l’affaire, déterminer quels sont les éléments à
charge et à décharge, … Il y a trois possibilités :
1) Un Etat partie renvoie une situation au procureur.
2) Le conseil de sécurité.
3) Le procureur peut agir d’initiative. Il peut décider de mener ou d’ ouvrir une enquête, mais dans
ce cas, il y a un verrou. Avant d’ ouvrir une enquête, le procureur doit avoir reçu l’ aval,
l’
autorisation de la chambre préliminaire. Il y a une coopération nécessaire entre le bureau du
procureur et la Cour.

Le premier procès de la CPI, celui du Congolais Thomas Lubanga pour crimes de guerre,
commence le 26 janvier 2009. Le 14 mars 2012, Thomas Lubanga est reconnu coupable de
crimes de guerre. Il est alors le premier individu condamné par la Cour pénale internationale. Il y
a eu des situations déférées par des Etats à la Cour, il s’ agit respectivement de l’ Ouganda, de la
RCA, de la RDC. Des enquêtes ont été ouvertes et des poursuites ont été engagées à l’ égard de
plusieurs prévenus. On a également le conseil de sécurité qui a déféré à la Cour la situation au
Darfour. Cela implique un Etat non partie au Statut de Rome. Cela peut être possible lorsque
c’est le conseil de sécurité qui demande à ce qu’ une situation soit examinée par la Cour même si
cet Etat n’ est pas partie au Statut. Le procureur a également ouvert une enquête concernant les
faits qui se sont déroulés au Kenya.
Une fois qu’ une enquête est terminée, si des charges sont retenues, s’ il y a une base raisonnable, il
y a une ordonnance de confirmation des charges par la Chambre préliminaire et confirmée par la
chambre de première instance suivi d’ un appel possible par une chambre composée de 5 juges. Il
y a également des conditions additionnelles qui encerclent cette compétence. La Cour est
compétente si l’ Etat du territoire duquel le crime a eu lieu est Etat partie. Il y a un critère de
nationalité (auteur présumé) et de territorialité (Etat sur lequel le crime a lieu). Il faut un des deux

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critères pour que la compétence soit reconnue sauf si la situation est déférée par le conseil de
sécurité. Le statut prévoit également que dans certains cas, même si l’ Etat n’ est pas partie au
statut, il y a également compétence de la Cour sur une base ad hoc et donc là, à ce moment là, la
compétence est reconnue.

Compétences

 Elle juge des individus. C'est là l'innovation principale par rapport à la Cour internationale
de justice qui ne juge que les États.
 Sa compétence n'est pas rétroactive : les crimes doivent avoir été commis après l'entrée en
vigueur de son statut (1er juillet 2002). Il n'y a pas de prescription pour les crimes commis
après l'entrée en vigueur de son statut.
 Sa compétence matérielle concerne les crimes de génocide, crimes contre l'humanité,
crimes de guerre et crimes d'agression (article 5 du Statut) :
o Crime de génocide : actes ayant pour but de détruire, en tout ou en partie, un
groupe national, ethnique, racial ou religieux (article 6).
o Crime contre l'humanité : actes graves commis contre une population civile dans
le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population
civile, ou une persécution pour des motifs d’ ordre politique, racial, national,
ethnique, culturel, religieux ou sexiste (article 7).
o Crime de guerre : les infractions graves aux conventions internationales de
Genève, violations graves de l'article 3 commun aux conventions de Genève en
cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international, ou violations
graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés présentant un caractère
international ou non, dans le cadre établi du droit international (article 8).
o L'Assemblée des États parties a défini le crime d'agression par un amendement le
11 juin 2010 à Kampala. Elle le définit comme l’ emploi par un État de la force
armée contre la souveraineté, l’ intégrité territoriale ou l’
indépendance politique
d’un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des
Nations unies. Conformément à l'article 121 du Statut de Rome, l'amendement
entre en vigueur 1 an après le dépôt d'instruments de ratification d'un État. Il
entrera en vigueur pour tous les États parties au Statut de Rome 1 an après que
sept huitièmes d’ entre eux auront ratifié l'amendement (en vigueur depuis juillet
2018).

De plus, il y a eu un grand débat pour savoir s'il fallait ou non inclure le terrorisme dans la
compétence de la CPI. L'idée a finalement été abandonnée.

 La Cour n'est compétente que si l'une des trois conditions suivantes est remplie :
o l'accusé est ressortissant d'un État partie au statut ou qui accepte la juridiction de
la CPI en l'espèce,
o le crime a été commis sur le territoire d'un État partie ou qui accepte la juridiction
de la CPI en l'espèce,
o le Conseil de sécurité a saisi le procureur en vertu du chapitre VII de la Charte des
Nations unies (pas de limite alors de compétence ratione personae).
 En vertu du principe de complémentarité, les États conserveront à titre principal la
responsabilité de poursuivre et juger les crimes les plus graves. La CPI ne sera
compétente qu'en cas de défaillance ou de mauvaise volonté des États. La CPI est seule
compétente pour déterminer si un État est défaillant ou de mauvaise volonté.

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La CPI ne peut être saisie que par un État partie (c'est-à-dire qui a ratifié le statut de Rome), le
Procureur ou le Conseil de sécurité des Nations unies.

Afin d'éviter les procès qui traînent en longueur ou les saisines fantaisistes, une chambre
préliminaire a été créée. Celle-ci instruit le dossier préalablement à l'audience et devra notamment
établir le « contexte historique » des crimes. Elle établit un véritable dialogue avec le parquet,
voire un contrôle, et confère ainsi aux juges une marge d'intervention susceptible d'appel sur la
politique du parquet et le déroulement du procès : fixer des délais, limiter le nombre des
témoins…

Point plus compliqué : le crime d’ agression fait partie d’ un package. Une action sur la base du
crime d’ agression ne peut être introduite qu’ un an après l’ entrée en vigueur des amendements.
C’est une sorte de verrou. Il y a un second verrou temporel, c’ est après le 1er janvier 2017. Même
si les amendements entrent en vigueur avant 2017, il faut encore une décision après le
01/01/2017 avec une majorité confortable. Il y a une victoire symbolique mais des combats
d’arrière garde qui s’
annoncent !
Les Etats peuvent exclure par une déclaration le crime d’ agression de la compétence de la Cour
en ce qui le concerne. Il y a la possibilité d’ un opting out concernant les crimes d’ agression. Un Etat
peut l’exclure dans le statut. Si jamais le procureur agit sur cette base, il doit tenir compte d’ une
constatation du conseil de sécurité qu’ il y a bien eu crime d’ agression mais Si le conseil de sécurité
ne se prononce pas, il n’ y a pas de constatation après un certain délai, il peut y avoir un début
d’enquête moyennant l’ autorisation de la chambre préliminaire et après un certain délai, c’ est un
compromis diplomatique assez complexe !

Quid de la question de concurrence entre juridictions internes et juridictions internationales ? La


compétence de la Cour est complémentaire à celle des juridictions internes, c’ est le principe de
complémentarité ! Ici, ce n’ est pas comme dans le cadre du TPIY où il y a primauté du tribunal
de La Haye. Ici, c’est plutôt l’
inverse en ce sens que c’est un principe de complémentarité, c’est la
juridiction interne qui devrait poursuivre le crime visé, la CIJ ne sera pas compétente si le crime
fait l’
objet d’ une enquête ou d’ une poursuite devant l’ Etat compétent sauf si l’Etat n’a pas la
volonté de poursuivre ou est dans l’ incapacité de mener a bien la poursuite. La notion
d’incapacité sera examinée par la Cour.
Si un Etat ne prend pas les moyens nécessaires de mener les poursuites, cet Etat ne sera peut être
pas considéré comme ayant la capacité de mener les poursuites. C’ est une décision lourde de
compétence, les critères doivent être bien définis.

Peines applicables

La Cour peut prononcer une peine d'emprisonnement maximale de 30 ans ou une peine
d'emprisonnement à perpétuité « si l'extrême gravité du crime et la situation personnelle du
condamné le justifient ». La Cour peut ajouter à ces peines une amende ou « la confiscation des
profits, biens et avoirs tirés directement ou indirectement du crime (… ). » C'est une innovation
dans la justice internationale visant à donner une réalité à la participation des victimes lors des
procès, qui peuvent alors bénéficier de rétributions compensatoires. Les peines
d'emprisonnement sont accomplies dans un État désigné par la Cour sur une liste de pays
candidats.

La peine de mort n'a pas été retenue, tout comme pour les tribunaux internationaux de l'après
seconde Guerre mondiale (les tribunaux d'ex-Yougoslavie (TPIY), du Rwanda (TPIR) et de Sierra
Leone (TSSL)).

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Crise de 2016 et retrait de différents États

En octobre 2016, le Burundi annonce à la suite d'un vote de son Parlement qu'il va se retirer de la
Cour pénale internationale, devenant le premier pays à prendre une telle décision depuis l'entrée
en fonction de la Cour en 2002. Les autorités justifient cette décision par la « politisation de l’ action
de la CPI » devenue selon eux « un instrument de pression sur les gouvernements des pays pauvres ou un
moyen de les déstabiliser sous l’
impulsion des grandes puissances », alors que l'opposition y voit une volonté
d'échapper à d'éventuelles poursuites de la justice internationale.

Quelques semaines plus tard, l'Afrique du Sud et la Gambie annoncent à leur tour qu'ils se
retirent de la CPI, déclenchant une crise au sein de l'institution.

De nombreux Africains accusent la Cour de mener une justice politisée et discriminatoire envers
l'Afrique du fait que neuf des dix procédures ouvertes jusqu'à aujourd'hui à la CPI ne visaient que
des États africains. Le ministre gambien de l'information a accusé la CPI de justice à deux vitesses
car tout en poursuivant les Africains, elle passerait sous silence « les crimes de guerre commis par
les pays occidentaux ».

La procureure de la CPI Fatou Bensouda a reconnu qu'il existait un malaise des États africains
vis-à-vis de la Cour. Même certains d'entre eux réputés favorables à la CPI comme le Sénégal, le
Mali ou encore le Lesotho ont estimé que la Cour présentait des « dysfonctionnements ». De son
côté, le président de l'Assemblée des États parties au Statut de Rome a estimé que les retraits des
États parties étaient des « reculs dans la lutte contre l'impunité ».

En décembre 2016, la Namibie a déclaré qu'elle mettrait des conditions à son maintien dans la
CPI. Par ailleurs, le Président namibien Hage Geingob s'est dit favorable à la création d'une Cour
de justice africaine qui remplacerait « celles imposées par des pays étrangers ».

En février 2017, la Gambie annonce qu'elle demeure dans la CPI à la suite de l'arrivée au pouvoir
du nouveau président Adama Barrow. En conséquence, la procédure de retrait du pays est
arrêtée.

De son côté, la Haute Cour de Pretoria rend un jugement par lequel elle invalide la sortie de
l'Afrique du sud de la CPI pour vice de procédure, le gouvernement ayant omis de consulter le
Parlement. En conséquence, le gouvernement sud-africain annonce en date du 7 mars qu'il
renonce - au moins provisoirement - à la sortie de l'Afrique du Sud de la CPI, tout en précisant
qu'il va réfléchir à toutes les options possibles.

Au début de février 2018, la CPI ouvre un examen préliminaire sur la politique de luttes contre le
trafic de stupéfiants aux Philippines du président Rodrigo Duterte, très critiquée car elle a abouti
à des milliers de morts (entre 4 000 et 12 000 au début de 2018). En réaction, le 14 mars 2018,
Duterte annonce le retrait des Philippines hors de la CPI. Son retrait sera effectif un an plus tard,
soit le 17 mars 2019.

La CPI a pu être critiquée sur le faible nombre de jugements prononcés ou encore sur une
possible partialité, par exemple lors du procès du président Laurent Gbagbo, la Cour passant de
côté les crimes des troupes soutenant son adversaire et successeur Alassane Ouattara.

Les liens entre la CPI et certaines ONG font également l'objet de critiques. Le bureau de la
procureure s'appuie ainsi souvent sur les rapports de Human Right Watch pour monter ses
dossiers d'accusation, au lieu d'enquêter lui-même. Cela questionne l'indépendance de la CPI.

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Toby Cadman notait ainsi en 2015 qu'« un grand nombre des ONG qui fournissent des témoins à la CPI
ont reçu des subventions de la part de gouvernements européens qui financent aussi la Cour ».

En mars 2018, l'antenne norvégienne du Comité Helsinki demande à la procureure de la Cour


pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, de diligenter « des enquêtes larges et transparentes
sur les violations des normes professionnelles et éthiques commises par des membres de la
Cour. », violations pour la plupart en lien avec son ancien procureur, Luis Moreno Ocampo. En
effet, En octobre 2017, Mediapart et plusieurs médias internationaux membres du réseau
European Investigative Collaborations publient des documents confidentiels révélant certaines
pratiques discutables de l'ancien procureur de la Cour Luis Moreno Ocampo, durant et après son
mandat. Ainsi, il est notamment révélé que Luis Moreno Ocampo, redevenu avocat dans le
secteur privé après avoir quitté la CPI, aurait indirectement rémunéré des membres du personnel
de la Cour pour que ceux-ci y fassent du lobbying en faveur de ses clients. Face au scandale, la
procureure Bensouda annonce l'ouverture d'une enquête interne sur ces révélations. Deux
collaboratrices de la CPI, soupçonnées d'avoir été impliquées dans les affaires de lobbying de
Moreno Ocampo, sont suspendues dans l'attente des résultats de celle-ci

La CPI est largement critiquée par certains pays africains qui estiment que la CPI est un
instrument anti-africain. Les détracteurs de la CPI citent souvent le fait que la CPI ne s'est dans
un premier temps intéressée qu'à des situations africaines. En réalité, ce biais est largement dû aux
pays africains eux-mêmes qui ont déféré à la CPI les situations africaines. La CPI a reconnu ces
problèmes et a ouvert des enquêtes visant d'autres territoires. Le Pr Jean-Baptiste Jeangène
Vilmer a dans trois articles publiés dans le Monde tenté de démontrer l'absence de biais anti-
africains. Il faut noter en outre la présence dans le personnel de la CPI d'Africains comme l'actuel
Président de la CPI et la Procureure.

Les États-Unis ne sont plus signataires du statut de Rome du CPI depuis 2002 ; cette même
année, ils ont promulgué la loi nommée American Service-Members’Protection Act permettant
de soustraire tout ressortissant américain d'une mise en cause par le CPI. En septembre 2018, à
propos d'une éventuelle enquête sur des crimes de guerre présumés commis en Afghanistan,
notamment par l’ armée américaine, le conseiller à la sécurité nationale du président Donald
Trump, John R. Bolton, a qualifié la Cour pénale internationale (CPI) d’ « inefficace, irresponsable
et carrément dangereuse ». Il a également mis en garde contre d'éventuelles enquêtes visant Israël
à l'instigation de l'Autorité palestinienne : « Les États-Unis utiliseront tous les moyens nécessaires
pour protéger nos citoyens et ceux de nos alliés contre des poursuites injustes de la part de ce
tribunal illégitime. », ajoutant « Nous allons interdire à ses juges et procureurs l’ entrée aux États-
Unis. Nous allons prendre des sanctions contre leurs avoirs dans le système financier américain et
nous allons engager des poursuites contre eux dans notre système judiciaire. Nous ferons la
même chose pour toute entreprise ou État qui porterait assistance à une enquête de la CPI sur les
États-Unis et nous prendrons note si des pays coopèrent avec les enquêtes de la CPI sur les
États-Unis et leurs alliés », et « Nous laisserons la CPI mourir seule. Après tout, et pour ainsi dire,
la CPI est déjà morte à nos yeux »

CHAPITRE III

LES MECANISMES QUASI-JURIDICTIONNELS

Cela vise deux types de mécanismes qui sont mis en place:

SECTION 1. LA JURIDICTION MIXTE OU HYBRIDE DES TRIBUNAUX INTERNATIONALISES.

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Le caractère mixte concerne le caractère interne/international. Plutôt que de mettre en place des
juridictions internationales, dans certains cas, les membres de la communauté ont préféré mettre
en place des mécanismes (des juridictions) qui empruntent des éléments du droit interne et du
droit international. Dans certains cas, les suites d’une guerre civile nécessitent la mise en place de
juridictions pour punir les crimes. Exemples : Sierra Leone, le tribunal spécial pour le Liban (il est
essentiellement institué pour connaitre d’ un crime commis en 2007 contre un premier ministre),
le tribunal pour le Cambodge (génocide), Timor, Kosovo (juridictions mises en place par les NU).

Ce ne sont pas des juridictions internationales mais internationalisées car elles empruntent des
éléments internationaux. La CPI ne s’ applique qu’ après le 1er juillet 2002. Il y a également des
raisons financières pour ne pas créer des juridictions internationales.
Il y a des avantages : c’
est une justice proche de la population qui connait les usages, c’ est plus
facile pour recueillir des preuves ou pour le devoir d’ informations. Les désavantages sont
l’
indépendance vu que la juridiction se passe là où les crimes ont été commis, sur le plan de la
sécurité également. Ces 2 aspects sont-ils suffisamment garantis ? Le tribunal spécial pour le
Liban et la Sierra Leone fonctionnent tous les deux à la Haye pour des questions de sécurité.

Les modes de création de ces juridictions ? Ces juridictions fonctionnent par traité ou par
décision unilatérale du conseil de sécurité. C’
est un traité dans le cadre de la SL et du Cambodge
avec dans certains cas une loi nationale adoptée en parallèle. La décision unilatérale concerne la
création du tribunal spécial pour le Liban. A la base c’ était un accord entre le Liban et l’ ONU,
mais à cause des troubles internes au Liban, il a fallu une décision unilatérale du conseil de
sécurité. La composition
est mixte : nationale –internationale. Dans le cadre du Cambodge, il y a des juges Cambodgiens
et des juges choisis par la magistrature suprême du Cambodge sur une liste fournie par le conseil
de sécurité. Il y a un mixte également pour le droit applicable entre ce qui est inscrit dans le statut
convenu et le droit national. Il faut que le droit ne soit pas incompatible avec les standards des
DH (ex : peine de mort). On applique du droit national avec ce qui est prévu et sous réserve de
ce qui est prévu dans les statuts.

2) Il existe des mécanismes quasi-juridictionnels par l’ approche qu’ ils traduisent, plus
souples, plus politiques qui ne s’apparentent pas véritablement à un procès judiciaire tranché par
une juridiction internationale.
Exemple : Comité des droits de l’ homme qui est mis en place par le Pacte sur les droits civils et
politiques (PICP) de 1966. Il y a une commission qui est mise en place et qui siège à Genève. Elle
va accompagner le suivi de la convention. Le Pacte est ratifié par plus de 140 Etats.

Le comité a pour objet de surveiller l’ application du pacte par voie de communication de rapport.
Le comité des droits de l’ homme est un treaty organ, c’ est une institution indépendante mise en
place par le traité mais qui n’est pas strictement indépendante des NU. Ce n’ est pas un organe des
NU, mais des institutions mises en place par le statut onusien. Le secrétariat et le financement
sont assurés par les NU même si juridiquement il y a une indépendance. Le comité est composé
de 18 membres, 18 experts nommés par les Etats parties pour 4 ans. Ils examinent les rapports
soumis par les Etats parties et qui ont la compétence de recevoir des communications sur des
manquements allégués aux obligations en vertu du pacte onusien. Ces communications sont de
deux types, communication interétatique (un Etat reproche à un autre Etat de ne pas respecter le
pacte), il faut pour cela une déclaration des deux Etats concernés. L’ autre base concerne les
communications émanant de particuliers (beaucoup plus utilisé). Il faut une déclaration, une
centaine d’ Etats ont accepté ce droit de déclarations individuelles.

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Le comité n’ a pas de sens judiciaire en ce sens qu’ il ne rend pas un jugement ou un arrêt mais il
va instruire l’
affaire, il peut organiser l’affaire, organiser des conclusions, une audience et écrira un
rapport. La force est la publication des vues de cette organisation. Les affaires soumises sont
variées. Exemple : régime différent de pension réservé à des personnes d’ origine sénégalaise qui
avait servi dans l’armée française.
La grande question devant ce comité est celle de la recevabilité. En effet, il faut avoir épuisé les
voies de recours interne dans l’ ordre juridique de l’
Etat auquel on reproche la méconnaissance du
pacte (jusqu’ en cassation en Belgique ou en France). Il ne doit pas non plus y avoir une autre
procédure en cours par exemple devant la CEDH. L’ inverse n’est pas vrai. Il ne s’
agit pas d’une
décision qui a force de chose jugée, qui lie les parties, c’ est un rapport (c’ est plus sur la force
politique ou morale qu’ il y a une évolution).

Mécanismes de contrôle au sein de l’OIT : il y a deux mécanismes, un de réparation, l’ autre


de plaintes. Ils peuvent avoir une efficacité, mais ne sont pas non plus très connus. Mécanisme
sanctionnant le non respect des obligations incluses dans certains traités. C’ est axé sur une
coopération (pression diplomatique) au sein des Etats parties à une convention pour que les
obligations de cette convention soient réellement mises en œuvre et respectées. Au lieu d’utiliser
les mécanismes judiciaires, il y a ce mécanisme qui permet aux Etats parties de gérer ces
violations selon des modalités plus souples, plus diplomatiques. Ex : Convention de Montréal sur
la protection de la couche d’
ozone.

Le principe est le même ; il y a un droit d’initiative qui revient aux Etats parties, à l’
Etat défaillant
(qui explique pourquoi il ne saura pas respecter la convention) ou au secrétariat (sur base de
rapports, communications,… ). Suite à cela, il y a un rapport qui est rendu. Les mesures seront
parfois des mesures d’ accompagnement, comme des mesures financières, un programme de
renforcement des capacités, envoi d’ experts. L’objectif n’est pas de dire que l’Etat a manqué à ses
obligations mais que l’ Etat mette en œuvre ses obligations. Cela repose sur la bonne foi ! Si on
regarde les rapports, il y a des rapports de l’
Etat partie qui constate que l’ Etat n’
a pas respecté ses
obligations et que tels ou tels mécanismes seront mis en œuvre. Le comité d’ application peut
décider d’ autres mesures comme l’ interdiction de toute aide financière ou une mise en garde.
L’interdiction de l’aide financière, cela déborde d’ un mécanisme souple, cela s’ apparente à une
contre-mesure qui ne peut être décidée qu’ en cas de violation d’ un traité.

SECTION II. LES JURIDICTIONS ADMINISTRATIVES INTERNATIONALES

On vise les différends entre une organisation internationale et ses fonctionnaires.


La première juridiction administrative permanente est celle instituée par la SDN. En 1919, le
tribunal administratif de la SDN avait également compétence pour des litiges concernant la
création de l’OIT. Le tribunal avait compétence pour des litiges concernant les fonctionnaires de
l’
OIT (siège à Genève). Après la disparition de la SDN, ce tribunal a survécu pour les litiges entre
fonctionnaires. Il existe toujours et voit sa compétence étendue à d’ autres OI et l’
OIT. Il y a
également l’ ONU à Genève. Une trentaine d’ OI ont choisi le tribunal de l’
OIT pour régler les
conflits entre les fonctionnaires et les Organisations.

Il y a également le TANU (Tribunal administratif des NU) qui a été créé par l’AGNU. La légalité
de sa création a fait l’
objet d’
une discussion devant la CIJ EN 1955 avec un avis consultatif sur les
effets des jugements du TANU. La politique Maccarthiste21 des USA a eu un impact sur les
fonctionnaires onusiens concernant le serment d’ allégeance. Normalement il faut être
indépendant donc certains fonctionnaires américains ont été licenciés. Ces licenciements ont été

21Le maccarthysme ou maccarthisme (McCarthyism en anglais) est une période de l'histoire américaine, connu
également sous le nom de « Peur Rouge » (Red Scare) et qualifié fréquemment de chasse aux sorcières (witch hunt).

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considérés comme abusifs, l’ AG n’a pas été satisfaite par la décision du TANU, donc elle a
demandé un avis à la Cour. Dans le cadre de cet avis, la CIJ a considéré que l’AG avait créé dans
le cadre de ses compétences une institution judiciaire indépendante. Elle aurait pu créer une
juridiction dont les décisions auraient été soumises à un contrôle de l’AG mais elle ne l’
a pas fait.
Une fois qu’ elle a été créée, l’
AG doit respecter les
décisions qui émanent de cette juridiction et les indemnités pour les licenciés doivent être
respectées. Il n’y a pas de délégation de pouvoir. Elle crée une institution pour pouvoir remplir
ses fonctions.

Le compétence du TANU est également étendue à d’ autres OI comme l’ OMI ou le tribunal du


droit de la mer ou l’ autorité d’
exploitation des fonds marins. Le TANU (ancienne mouture) a
disparu en 2009, il y a eu une refonte complète du système de justice au sein des NU. Cela ne
touche pas l’
OIT mais les NU, l’ ONU et les institutions qui sont liées à l’ ONU et qui ont accepté
la compétence du TANU.
Ce qui est mis en place actuellement, c’est 2 piliers. Il y a un pilier conciliation, la médiation qui a
pour objectif d’essayer de trouver une solution. Le second pilier est le pilier judiciaire où il y a un
double degré de juridiction qui est instauré. Il y a le tribunal du contentieux des NU qui siège
alternativement à Nairobi, Genève et NY. En deuxième degré, on a le tribunal d’ appel des NU
(TANU 2ème formule, après la refonte).

Pour l’ heure, le tribunal de l’


OIT continue à fonctionner comme par le passé…
Au sein des NU au sens large, il y a donc deux institutions, le tribunal administratif de l’
OIT avec
la possibilité d’ un appel devant la CIJ mais pour des raisons très réduites et le TANU qui a
disparu pour être remplacé par un système à 2 degrés, le tribunal du contentieux suivi par le
tribunal d’appel mais avant cela, on a une phase de médiation et de conciliation.
A coté des NU, il y a aussi plus de 50 autres juridictions administratives qui fonctionnent, la
banque mondiale, la ligue arabe,… Les jurisprudences peuvent être différentes en fonction de la
juridiction. Il faut chaque fois observer face à une OI quel est le mécanisme juridictionnel qui
doit être suivi en la matière. Dans certains cas, il n’ y a pas de mécanisme juridictionnel mais
seulement des recours administratifs, c’est encore le cas au sein de l’
OTAN.

S’agissant du fonctionnement des juridictions administratives, il y a des juges émis par l’ AG de


l’
OI concernée qui siège de manière indépendante et qui sont assistés par un secrétariat fourni par
l’
OI concernée. Ces juridictions vont statuer sur les recours des fonctionnaires. Il faut que les
personnes concernées puissent faire valoir leur statut de fonctionnaire. Ce n’ est pas parce qu’une
personne travaille pour une OI qu’ elle sera fonctionnaire, il peut y avoir des consultants. Le droit
applicable sera nécessairement celui de l’ OI concerné. Si l’ on regarde la jurisprudence des
juridictions administratives, la plupart des cas concernent des cas allégués d’ abus de pouvoir, de
détournement de pouvoir, de licenciement, de sanction disproportionnée,…

Sur le plan de la procédure, il y a normalement l’ épuisement des voies de recours internes. Cela
vise essentiellement le droit de demander une révision d’ une décision administrative que le
fonctionnaire considère violant ses intérêts et également, il y a une conciliation. Dans bon
nombre d’ institutions, il y a des commissions obligatoires. Ce n’ est que si cette conciliation
n’aboutit pas qu’ il y aura recours. La procédure est normalement écrite et orale, il y a une
audience et la possibilité d’ une intervention des organes représentatifs du personnel pour agir
comme amicus curiae mais pour défendre leur objet social. Les décisions rendues sont sans appel.
Mais rien n’empêche l’ institution qui crée la juridiction de prévoir un mécanisme d’ appel, c’
est le
cas pour l’
OIT. Au sein du TANU, cela a été mis en place après l’ arrêt de la Cour de 1955, l’
AG a
mis en place un mécanisme, mais il n’ existe plus !

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SECTION III. LE CONTENTIEUX DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES

A. LE CONTROLE INTERNE DE LEGALITE


Dans certains cas, existence d’ un contrôle juridictionnel destiné à assurer que les actes adoptés
par l’ OI soient adoptés conformément à sa Charte, cela existe au sein de l’ UE mais pas
uniquement. Exemple : autorité internationale des fonds marins, il y a la possibilité de soumettre
des questions de légalité au contentieux des fonds marins.
Il y a aussi un cas qui est intéressant de connaître, c’ est le mécanisme au sein de l’ OACI pour
l’
aviation (créée par la convention de Chicago). Sur la base de la Charte de l’ OACI, il y a une
possibilité pour les Etats membres à cette convention, de porter un différend lié à certains droits
prévus par la Charte devant le conseil de l’ OACI. Ce n’ est pas organe juridictionnel mais il y a un
mécanisme d’ appel qui concerne la légalité des décisions et le bienfondé de ces décisions. Il y a un
cas qui s’est produit entre l’
Inde et le Pakistan qui contestait l’interprétation d’une règlementation
par l’Inde. L’OACI s’ est déclaré compétente.
L’ Inde a fait valoir son droit d’ appel et a saisi la Cour pour qu’ elle statue sur la compétence de
l’
OACI, la Cour a statué en reconnaissant la compétence de l’ OACI.

Deuxième point : en l’ absence d’ un contrôle juridictionnel, il y a dans certains cas des


mécanismes qui sont prévus pour trancher des différends entre Etats membres sur la légalité de
l’
acte qui va être pris par l’ organe concerné. Par exemple, dans le cadre de la Banque
internationale de construction et de gouvernement, c’ est le conseil des gouverneurs qui est
habilité en vertu de l’
article 9 du statut de la banque à traiter des différends entre Etats membres
concernant la validité des actes, ce n’ est pas un organe juridictionnel mais on lave son linge sale
en famille !

Troisième possibilité, c’ est simplement de poser la question de légalité dans le cadre d’ un recours
qui est lui disponible. Il n’y a pas de recours juridictionnel ouvert, rien n’
empêche néanmoins les
parties de soulever ce point dans le cadre d’ autres différends comme les avis administratifs. Par
exemple, le TANU, dans le cadre de l’ avis consultatif, une série d’Etats est intervenu afin de
démontrer que le TANU n’ avait pas été créé régulièrement. C’ est la même chose dans l’ affaire
Tadic. Il s’
agit du contrôle interne ou externe des actes de l’ OI.

B. REGLEMENT DES DIFFERENDS DES ORGANISATIONS

1. ACCES AUX JURIDICTIONS INTERNATIONALES


On n’ est plus dans un contexte où les recours internationaux sont strictement limités aux Etats à
part à la CIJ. On a vu que le mécanisme de règlement de l’ OMC est ouvert à tout Etat partie et
OI parties. Même chose pour la Convention des NU sur le droit de la mer, les Etats et OI parties
y ont recours. Pour les OI, il y a également l’ arbitrage.
Autre piste qui a été utilisée est la piste de l’avis consultatif obligatoire. C’
est un peu antinomique
car le principe de l’
avis consultatif est qu’ il n’est pas obligatoire.

A ce sujet, revenons sur un point déjà abordé mais pas approfondi: La CIJ dispose d’ une
compétence contentieuse et d’ une compétence consultative. La compétence contentieuse est
réservée uniquement aux Etats et la compétence consultative est réservée uniquement aux OI.
Dans le cadre de sa compétence consultative sur la base de l’ article 96 de la Charte, la Cour peut
donner une réponse à une question juridique à une OI dans le cadre de ses activités. C’ est
également étendu aux autres organes des NU mais également aux institutions spécialisées qui ont
été autorisées à cet effet par l’
AG si celles-ci posent des questions concernant leurs activités.

Sur cet avis consultatif classique, il y a trois remarques :

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A) Un tel avis peut dans certains cas être lié à l’ existence d’ un différend. Exemple : effets de
l’
occupation illégale de la Namibie par l’ Afrique du Sud. Cela concerne un contentieux mais c’ est
une question juridique et elle ne tranchera pas le litige, elle ne videra pas le contentieux sans le
consentement des Etats parties au différend. La question doit être abstraite et générale et qui ne
doit pas trancher le différend.
Exemple : dans le cadre du Sahara occidental. On se demande s’ il y a un droit à
l’
autodétermination. Une question a été posée à la CIJ pour savoir s’ il y a eu une souveraineté
exercée par les populations de ce territoire.
Pour qu’ un avis consultatif puisse être rendu, l’ avis doit porter sur une question objective,
juridique, mais pas nécessairement désincarnée. Elle peut se rapporter à un différend mais elle ne
peut le vider ! La preuve en est que la Cour peut demander qu’ un juge ad hoc soit nommé.

B) La Cour peur toujours refuser de rendre l’


avis, il y a une jugement d’
opportunité qui relève de
son appréciation.

C) La Cour va apprécier le point de savoir si la question qui lui est posée relève de la compétence
de l’
OI concernée. Exemple : avis de l’ OMS sur l’ utilisation des armes nucléaires. La Cour n’
a pas
répondu à l’ OMS car elle dispose d’ une compétence spéciale, la protection de la santé. Les effets
sur la santé relève de la compétence de l’ OMS mais la légalité de l’ OMS ne relève pas de la
compétence de cette OI.
Cela c’est l’
avis consultatif classique qui ne lie pas, c’est une recommandation !

2. AVIS CONSULTATIF OBLIGATOIRE


A côté de cela, il y a l’ avis consultatif obligatoire qui est un subterfuge, un palliatif pour
contourner le fait que les OI n’ ont pas accès à la Cour pour régler un contentieux. Le cas
classique est celui dans le cadre de la Convention de Vienne sur le de droit des traités. Il y a une
compétence obligatoire donné à la Cour sur les différends entre Etats lorsqu’ ils portent sur le jus
cogens (article 66).

Qu’ en est-il pour les organisations internationales, si le différend existe entre un Etat et une
organisation internationale ? A ce moment là, ce qui a été prévu c’ est que s’ il y a un différend
mettant en présence un Etat et une OI, l’ Etat partie peut demander à l’ ONU de poser une
question à la Cour pour vider ce différend. Au lieu de soumettre le différend à l’ arbitrage, on
utilise le moyen de l’ avis consultatif en disant que toute organisation pourra demander un avis
consultatif, la question se posant alors de savoir par quel biais car un Etat partie ne peut pas
demander un avis consultatif. Dans ce cas là, l’ Etat partie devra passer par l’ intermédiaire des
NU.
Si c’est une OI qui n’ a pas été habilitée à demander un avis consultatif, elle devra suivre la même
procédure et demander à un Etat partie d’ agir de la sorte ou demander l’ autorisation des NU.
C’ est une procédure assez complexe qui n’ a jamais été mise en œuvre jusqu’ à présent. Les parties
reconnaissent que l’ avis rendu par la Cour sera considéré comme obligatoire par les parties au
différend.

Autre possibilité, lorsque cela est réglé par un traité pour régler un différend entre un Etat et une
OI. Exemple : accord de siège entre les USA et l’ ONU.
Ce mécanisme a été utilisé également dans l’ affaire de l’
OLP. La CIJ a rendu un avis consultatif. Il
s’agissait d’
un conflit concernant la libération des droits de la Palestine. En ‘ 87, il y a eu l’
affaire
d’un détournement d’ un navire et l’assassinat d’un citoyen américain. Suite à ces actes terroristes,
le Sénat américain a adopté une législation. Il y a eu une procédure devant les tribunaux
américains pour expulser les citoyens palestiniens. Il y a eu un différend entre l’ ONU et les NU.

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Une procédure arbitrale était prévue, les NU ont voulu instituer la procédure arbitrale mais elle
s’est heurtée aux USA qui disaient qu’ il n’
y avait pas de différend entre eux et que la loi des USA
primait. L’ AG a demandé à la Cour de statuer sur cette question et de décider si oui ou non il y
avait obligation de recourir à l’ arbitrage. La Cour a déclaré qu’ il y avait bien existence d’ un
différend et qu’ il y avait nécessité d’agir devant la CIJ. L’avis consultatif lie les deux parties.
La convention de ‘ 46 sur les privilèges et immunités des NU. Lorsqu’ il y a un différend sur cette
base, la question peut être portée devant la Cour par le biais de la procédure consultative qui liera
les parties. Ex : affaire Mazilu (ressortissant roumain). C’ était un rapporteur spécial d’ un comité
établi par l’ECOSOC, il devait remettre un rapport mais il n’ a pas pu se rendre aux NU car il était
malade (version officielle). En réalité il était arrêté. Il y a dés lors eu un différend entre les NU et
la Roumanie. Les NU ont invoqué les privilèges et immunités d’ un rapporteur. La Roumanie
avait bien ratifié la Convention mais avait formulé une réserve excluant la compétence de la Cour
en cas de différend. L’ affaire a tout de même été portée devant la Cour. Si ce n’ est pas l’avis
consultatif obligatoire prévue par la convention des NU sur les privilèges et immunités, c’ est sur
base de l’ avis consultatif classique sur une question objective, juridique, soumise sur base de
l’article 96 de la Charte. On prévoit que tous les experts en mission bénéficient d’ immunité,… La
question était de savoir si Mazilu pouvait être comparé aux experts. La Cour a rendu un avis non
obligatoire classique en disant que c’ était assimilable. On a contourné la possibilité de l’ avis
consultatif obligatoire par l’ avis classique.

Un cas où cela a été appliqué jusqu’ au bout, c’est l’


affaire Umaraz Swami, il s’agit également d’ un
rapporteur spécial de la commission des droits de l’ homme. Il a donné une interview en disant
que les institutions Malaisiennes étaient corrompues. Il a été condamné au versement d’ amendes
importantes et ce malgré les avertissements formulés par les NU qui disaient qu’ il bénéficiait de
l’
immunité en vertu de son statut de rapporteur spécial. La Cour a été saisie sur la base de la
Convention. Il s’ agit d’
un avis consultatif obligatoire. C’
est un véritable contentieux car elle aurait
dû attirer l’attention des autorités Malaisiennes sur l’ avis de la Cour. La Cour a également
considéré qu’ en cas de mise en cause d’ un expert ou d’ une fonctionnaire des NU, il y a une
certaine primauté à reconnaitre aux experts. Selon la Cour il y a une présomption qui s’ attache à
l’
avis rendu par le conseil juridique des NU. Mécanisme d’ avis consultatif obligatoire mené à
terme !

3. Arbitrage (Déjà)

4. Différends entre organisations et particuliers.


Il s’
agit d’un arbitrage qui est prévu. Si ce sont des fonctionnaires, cf. OIT, etc. S’ il n’
y a pas de
mécanismes, l’ OI peut être condamnée pour non respect des droits de la défense. Elle est fautive
car elle aurait dû assurer l’accès à un recours des nationaux sur son territoire. La CEDH semble
dire que s’il n’y a pas de recours véritable, la règle de l’
immunité devrait être effacée.

CHAPITRE IV
LES JURIDICTIONS REGIONALES A CARACTERE GENERAL

SECTION I. LA COUR DE JUSTICE DE L'UNION EUROPEENNE

Les Communautés européennes – Communauté européenne du charbon et de l’ acier (CECA :


Traité de Paris du 18 avril 1951), Communauté économique européenne (CEE) et Communauté
européenne de l’ énergie atomique (Euratom) : Traités de Rome du 25 mars 1957 –, désormais
regroupées en Union européenne, ont mis en place un système juridique original constitué non
seulement de conventions entre les Etats mais aussi de textes pris par les organes de ces
institutions. Ce droit dit communautaire est particulièrement remarquable parce qu’ uniforme,

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d’application directe devant les juridictions internationales et de valeur supérieure au droit
national.

Depuis sa création en 1952, la Cour de justice de l’ Union européenne a pour mission d’


assurer «
le respect du droit dans l’
interprétation et l’
application » des traités communautaires.

Dans le cadre de cette mission, la Cour de justice de l’


Union européenne :

–contrôle la légalité des actes des institutions de l’


Union européenne,

–veille au respect par les Etats membres des obligations qui découlent des traités,

–interprète le droit de l’
Union à la demande des juges nationaux.

Elle constitue ainsi l’


autorité judiciaire de l’
Union européenne et veille, en collaboration avec les
juridictions des Etats membres, à l’ application et à l’ interprétation uniforme du droit
communautaire lequel est particulièrement remarquable parce que d’ application directe devant les
juridictions nationales et d’
autorité supérieure au droit national.

La Cour de justice de l’Union européenne, dont le siège est établi à Luxembourg, comprend trois
juridictions : la Cour de justice, le Tribunal de première instance (créé en 1988) et le Tribunal de
la fonction publique (créé en 2004). Depuis l’ origine, environ 15 000 arrêts ont été rendus par ces
trois juridictions.

La Cour de justice est composée de vingt-sept juges et de huit avocats généraux, désignés d’
un
commun accord par les gouvernements des Etats membres et assistés de référendaires. Leur
mandat est de six ans avec un renouvellement par moitié tous les trois ans. Le président est
actuellement le grec Vassilios Skouris.

La Cour de justice peut siéger en plusieurs formations : en Assemblée plénière, avec un quorum
de quinze juges, en Grande Chambre de treize juges avec un quorum de neuf, ou en chambre de
trois ou cinq juges avec un quorum de trois, neuf chambres pouvant ainsi siéger simultanément.
Peuvent être parties, tant en demande qu’ en défense, non seulement les Etats membres soumis à
la juridiction de la Cour par l’effet de la ratification des traités communautaires, mais aussi les
communautés elles-mêmes ainsi que les particuliers qui peuvent se porter demandeurs ou
intervenir à l’
instance.

Outre des attributions consultatives, la Cour exerce des attributions contentieuses. Elle connaît
d’ abord des recours formé par la Commission européenne contre un Etat qui, invité par celle-ci à
mettre fin à la violation de ses obligations au regard du droit communautaire, ne s’ est pas
conformé à cet avis dans le délai imparti, l’ injonction de la Commission pouvant d’ ailleurs faire
suite à une plainte adressée par un particulier ou par un autre Etat membre (recours en
manquement). La Cour connaît aussi des recours dirigés contre les institutions communautaires
auxquelles il est reproché soit d’ avoir pris un acte illégal (recours en annulation), soit de s’ être
illégalement abstenues de prendre un acte ou une décision (recours en carence). De même, la
Cour connaît des actions en responsabilité dirigées contre l’ Union pour les dommages causés par
ses institutions et par ses agents dans l’
exercice de leurs fonctions (recours en indemnité). Enfin,
la Cour est compétente pour statuer à titre préjudiciel sur l’ interprétation du Traité et celle des
statuts des organismes créés par un acte du Conseil ou sur la validité ou l’ interprétation des actes
pris par les institutions communautaires (recours préjudiciel) : ces recours en interprétation
constituent un levier majeur de modification des droits nationaux.

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En dernier lieu, la Cour connaît en tant que chambre d’ appel des pourvois formés contre les
décisions du Tribunal de première instance. Celui-ci a été crée sur le modèle de la Cour afin de
répondre à l’accroissement des recours et remédier à l’ engorgement qui en résultait. Il connaît
ainsi des mêmes recours dans certaines matières définies limitativement par les textes
communautaires.

Selon le même mouvement, existe également un Tribunal de la fonction publique de l’


Union
européenne ayant compétence pour traiter le contentieux opposant les communautés à leurs
agents.

Chaque Etat membre ayant sa langue propre et son système juridique spécifique, la Cour de
justice de l’ Union européenne est une institution multilingue. Son régime linguistique n’ a
d’équivalent dans aucune autre juridiction au monde, puisque chacune des langues officielles de
l’
Union peut être langue de procédure. La Cour est en effet tenue au respect d’
un multilinguisme
intégral en raison de la nécessité de communiquer avec les parties dans la langue du procès et
d’assurer la diffusion de sa jurisprudence dans l’
ensemble des Etats membres.

SECTION II. LA FUTURE COUR AFRICAINE DE JUSTICE ET DES DROITS DE L'HOMME

Lors de la 3ème Session ordinaire de l’


Assemblée des chefs d’ Etats et de gouvernement de l’ Union
Africaine (UA) tenue en juillet 2004, une résolution sur le siège des organes de l’ UA a été
adoptée. La décision la plus remarquable était celle qui décidait de la fusion de la Cour africaine
des droits de l’homme et de la Cour de justice en une seule Cour, la Cour africaine de justice et
des droits de l’
homme (CAJDH).

L’ argument principal avancé en faveur de cette fusion était l’ absence de financement et de


personnel pour faire fonctionner les deux Cours séparément. De plus, l’ une des raisons ayant
milité en faveur de la fusion de la Cour africaine des droits de l’ homme et de la Cour de justice
était le souci d’
éviter la situation auquel fut confronté à une certaine époque le système européen
des droits humains. En effet, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’ homme et
celle de la Cour européenne de justice ont à un moment donné émergé simultanément donnant
lieu à deux corpus indépendants de jurisprudence des droits de l’ homme. La fusion des deux
Cours permettrait d’ éviter qu’ elles travaillent dans des directions opposées, l’
une empiétant sur la
compétence de l’ autre.

La raison principale de la fusion des deux Cours est la volonté de l’


Union africaine de mettre en
place une Cour régionale effective et disposant des ressources nécessaires pour défendre l’
Etat de
droit, la dignité humaine et les droits de l’
homme.

L’Acte constitutif de l’ UA avait préconisé la mise en place d’ une Cour africaine de justice faisant
partie des principaux organes de l’ UA. Le Protocole relatif à la Cour africaine de justice, adopté
en juillet 2003, est entré en vigueur en février 2009, soit 30 jours après sa ratification par 15 États
membres. Au mois de septembre 2018, 44 États membres avaient signé le Protocole et 18
l’
avaient ratifié. Cependant, la Cour n’ a jamais vu le jour. À sa session de juillet 2008, la
Conférence de l’ UA a décidé de fusionner la Cour africaine de justice et la Cour africaine des
droits de l’homme et des peuples (voir article précédent) pour former la Cour africaine de justice
et des droits de l’homme. La Conférence a adopté le Protocole de 2008 portant statut de la Cour
africaine de justice et des droits de l’ homme pour fusionner les deux cours
(Assembly/AU/Dec.196(XI)).

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Le Protocole de 2008 a remplacé le Protocole de 1998 portant création d’ une Cour africaine des
droits de l’homme et des peuples ainsi que le Protocole de 2003 instituant la Cour africaine de
justice. Néanmoins, le Protocole de 1998 reste provisoirement en vigueur afin de permettre à la
Cour africaine des droits de l’ homme et des peuples qui était opérationnelle avant l’ adoption du
Protocole de 2008 de transférer ses prérogatives, ressources, droits et obligations à la Cour
africaine de justice et des droits de l’
homme lorsque celle-ci prendra ses fonctions. Le passage à la
nouvelle Cour commencera après la ratification du Protocole de 2008 portant statut de la Cour
africaine de justice et des droits de l’homme par 15 États membres. Au mois de septembre 2018,
31 États membres avaient signé le Protocole de 2008 et six l’ avaient ratifié (voir
https://au.int/fr/treaties).L’article 28 des statuts de la Cour africaine de justice et des droits de
l’homme, annexés au Protocole de 2008, stipule que la Cour a compétence pour connaître de
toute affaire ou différend d’ ordre juridique relatif notamment à l’ interprétation et à l’ application
de l’Acte constitutif de l’UA, aux traités de l’Union, à tous les instruments juridiques dérivés, à la
Charte africaine des droits de l’ homme et des peuples (Charte africaine des droits de l’ homme), à
la Charte africaine des droits et du bien-être de l’ enfant (Charte africaine des droits de l’ enfant),
au Protocole à la Charte africaine des droits de l’ homme et des peuples relatif aux droits des
femmes en Afrique (Protocole de Maputo), à tout autre traité sur les droits de l’ homme auquel
l’État concerné est partie, et à toute question de droit international. En juin 2014, la Conférence a
adopté un nouveau Protocole portant amendements au Protocole portant statut de la Cour
africaine de justice et des droits de l’ homme (Assembly/AU/Dec.529(XXIII)). Au mois de
septembre 2018, 11 États avaient signé le Protocole de 2014 mais aucun ne l’ avait ratifié.

SECTION III. LES JURIDICTIONS SOUS-REGIONALES EN AFRIQUE

Le continent africain se trouve morcelé en plusieurs organisations sous-régionales disposant


chacune d’ une juridiction. Mais, s’ il est incontestable que la justice est un pilier important de
l’intégration à tous les niveaux, régional et continental, une interrogation demeure cependant,
celle de savoir si cette multiplicité des organisations d’ intégrations sous régionales entraînant celle
des juridictions, est un avantage ou un inconvénient à l’ intégration africaine ? Certains auteurs
pensent que l’ existence de plusieurs sous régions, ayant toutes des juridictions, permet une
intégration progressive de l’ Afrique car prenant en compte tout d’ abord les spécificités sous
régionales. Tandis que d’ autres soutiennent que ce morcellement de l’ Afrique constitue un
obstacle à l’ intégration régionale africaine. Il existerait non un droit de l’ intégration, mais « des
droits de l’intégration». Ce qui entraine le développement d’ une sorte d’égoïsme sous régionale.
Cela pourrait avoir comme conséquence logique de faire obstacle à la création d’ un système
juridique unifié de l’ intégration. Il n’y a donc pas de système intégré. Chaque organisation a son
système juridictionnel. Il n’ y a non plus de juridictions hiérarchisées.
L'Afrique compte ainsi, à elle seule, douze juridictions régionales sur un total de vingt
répertoriées dans le monde. Cet enseignement s'intéresse à ces juridictions, plus particulièrement
celles qui s'insèrent dans les communautés sous régionales poursuivant un objectif d'intégration
économique. Il s'agit des Cours de justice de la CEMAC, de la CEDEAO, du COMESA, de la
EAC, de l'UEMOA, de l'ex-tribunal de la SADC et du nouveau tribunal en cours de création, de
l'Instance judiciaire de l'UMA et, dans une moindre mesure, de la Cour de la CEEAC.

LA COUR DE JUSTICE DE LA CEDEAO

La Cour de Justice de la CEDEAO est le principal organe judiciaire de la Communauté des Etats
de l'Afrique de l'Ouest.

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La Cour de Justice a d’ abord été créée par un protocole signé en 1991, puis sa mise en place a été
formalisée dans l’ article 15 du Traité révisé de la Communauté en 1993. Cette institution
régionale a pour rôle majeur d’ assurer le respect du droit et des principes d’ équité dans
l’
interprétation et l’application des dispositions du Traité révisé ainsi que d’ autres instruments
juridiques subsidiaires adoptés par la Communauté.

La Cour a officiellement débuté ses activités en 1991 bien que son protocole ne soit entré en
vigueur que le 5 novembre 1996. Les compétences de la Cour sont décrites aux articles 15 et 76
du Traité révisé.

La Cour de Justice connait des différends dont elle est saisie par les Etats dans l’
interprétation des
dispositions du Traité révisé. En outre, elle peut émettre un avis consultatif sur des questions
juridiques, lorsqu’
elle en est saisie par le Conseil des Ministres de la CEDEAO. Elle est également
compétente pour se prononcer sur les violations des principes fondamentaux des droits de
l’
homme.

La Cour de Justice de la CEDEAO est en cours de restructuration afin de permettre à ses juges
de se concentrer sur leurs fonctions essentielles.

Mandat

Le mandat de la Cour est d’ assurer le respect de la loi et des principes d’ équité ainsi que
l’
interprétation et l’application des dispositions du Traité révisé et de tous les autres instruments
juridiques subsidiaires de la Communauté.

–Domaines de compétence

Compétence contentieuse

 La Cour examine les cas de manquement des États membres à leurs obligations en vertu
du droit communautaire;
 La Cour est compétente pour statuer sur tout litige relatif à l’ interprétation et à
l’
application d’actes de la Communauté;
 La Cour statue sur les litiges entre les institutions de la Communauté et leurs
fonctionnaires.
 La Cour est compétente pour connaître des affaires concernant la responsabilité pour ou
contre la Communauté;
 La Cour est compétente pour connaître des cas de violation des droits de l’ Homme dans
tout Etat membre;
 La Cour apprécie la légalité des règlements, directives, décisions, et autres instruments
juridiques subsidiaires adoptés par la CEDEAO.

Compétence consultative

La compétence consultative est dans la tradition des tribunaux internationaux rattachés à une
organisation internationale. C’ est en vertu de l’ article 10 du protocole de 1991 de la Cour que
celle-ci peut « émettre un avis juridique sur des questions nécessitant une interprétation des
dispositions du Traité ». Il permet à la Cour de jouer un rôle important dans la prévention des
conflits ou des différends et d’
interpréter les dispositions du Traité.

Compétence arbitrale

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Conformément aux dispositions de l’ article 9(5) du Protocole additionnel relatif à la Cour, celle-ci
s’est vue confier le mandat d’ agir en qualité d’ arbitre en attendant la mise en place du tribunal
d’arbitrage de la Communauté. Le projet de règlement d’ arbitrage a été soumis au Conseil des
ministres pour examen et approbation. L’ exécution de ce mandat devrait créer un environnement
juridique propice à la réalisation de la Vision 2020 de la CEDEAO.

LE TRIBUNAL DE LA SADC

Le Tribunal du Southern African Development Community (TSADC) est un des organes du SADC
établie conformément à l'article 9 du traité de la SADC. La composition, les pouvoirs, fonctions,
procédures et les questions liées au Tribunal sont contenues dans le protocole de la SADC signé
le 7 aout 2000 à Windhoek, Namibie. Le protocole fait présentement partie intégrante du traité
de la SADC et par conséquent n'a pas besoin d'une ratification séparée. La principale mission du
Tribunal est d'assurer le respect et l'interprétation adéquate du traité de la SADC et des traités qui
lui sont subsidiaires ainsi que le règlement des différends entre les Etats membres de la SADC. Le
siège du Tribunal se trouve à Windhoek, toutefois l'article 13 du protocole de la SADC autorise le
Tribunal à siéger dans des endroits autres que celui où se trouve le siège du Tribunal, mais situés
dans le territoire de la SADC. Le tribunal est composé de cinq juges permanent et de cinq autres
servant de manière temporaire et qui peuvent être appelés à siéger s'il arrivait que l'un des juges
permanent n'est pas disponible. Les premiers juges du Tribunal ont prêté serment le 18
novembre 2005.

Le tribunal de la SADC est compétent pour traiter de tous les différends qui surgissent de
l'interprétation et de l'application du traité de la SADC, son protocole ainsi que des autres
instruments subsidiaires. Il est aussi compétent pour traiter de toute question en rapport avec
tout traité ou accord conclu par les membres de la SADC entre eux ou dans le cadre de la
communauté et dont la compétence est reconnue au tribunal.

Le tribunal n'a pas une compétence spécifique sur les questions des droits humains mais certaines
dispositions du traité de la SADC font référence aux droits de l'homme accordant ainsi la
compétence au Tribunal dans le domaine. En avril 2003, les membres de la SADC ont signé la
Charte sur les droits sociaux fondamentaux (Charter of Fundamental Social Rights) qui n'est pas
encore entrée en vigueur. Au-delà du fait que des arguments ont été avancés sur la justiciabilité
des dispositions de la Charte et qu'une mention explicite du Tribunal a été faite dans ladite
Charte, il existe deux possibilités à travers lesquelles le Tribunal pourrait être saisi pour violation
de la Charte. Premièrement, à l'article 3.2 de la Charte, les Etats membres « s'engagent à observer
les droits fondamentaux dont allusion a été faite dans la Charte ». Bien que l'engagement lie les
Etats, la Charte ne donne pas une définition précise des droits fondamentaux auxquels elle fait
référence. Ensuite, le Tribunal pourrait exercer sa compétence sur la Charte si celle-ci est
considérée comme « instrument subsidiaire adopté dans le cadre de la Communauté ». Ces
possibilités restent encore à être testées au plan juridique.

Les décisions du Tribunal sont définitives, obligatoires et peuvent être mises en œuvre. Les Etats
membres du SADC sont mandatés à prendre toutes les mesures pour assurer la mise en œuvre
des décisions du Tribunal. Les jugements du Tribunal sont mises en œuvre dans les Etats
membres de la même manière que le sont les décisions des tribunaux étrangers. Le Tribunal peut
aussi ordonner des mesures temporaires.

Il n'y a pas de disposition explicite dans le traité de la SADC ou son protocole sur l'accès au
Tribunal par les personnes physiques et morales à part les Etats parties. De la lecture faite de
l'article 4 du traité créant la SADC, la SADC et ses Etats membres sont tenus d'agir selon les

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principes des droits de l'homme, de la démocratie et des règles de droit. Ces préceptes constituent
la base de l'interprétation du tribunal de la SADC de son propre rôle.

En sus, le sentiment est lorsqu'un Etat membre viole les dispositions du traité ou son Protocole
qui touchent aux droits humains, il doit être possible aux personnes physiques et ainsi que
morales d'approcher le Tribunal. Ces dispositions aussi restent à être testées au plan juridique.

L'Article 15 du Protocole prévoit la saisine par toute personne physique et morale.

A. Epuisement des voies de recours internes

Le TSADC dispose d'une juridiction pour les conflits entre les Etats membres de la SADC et les
conflits entre les personnes morales ou physiques et les Etats membres. Cependant, pour qu'une
personne puisse porter une affaire devant la cour, tous les recours juridiques internes de l'Etat
membre concerné doivent avoir été épuisés.

Par ailleurs, une personne peut directement porter une affaire devant le tribunal contre une autre
personne aux termes du droit communautaire (article 15 précité) si l'autre partie consent à
procéder de la sorte. Les personnes peuvent poursuivre la communauté sur la légalité,
l'interprétation ou l'application du droit communautaire. Une personne peut également faire
traduire un Etat membre en justice eu égard au droit communautaire ou aux obligations de l'Etat
en vertu d'un tel droit une fois que les recours nationaux ont été épuisés, faisant ainsi du tribunal
une cour d'appel «finale» pour les litiges relatifs au droit communautaire.

B. Les autres conditions d'admissibilité

Les poursuites devant le tribunal doivent être intentées par le biais d'une demande ou d'un accord
spécial entre les parties concernées par lesdites poursuites. Les conditions d'admissibilité sont les
suivantes:

1. La demande doit mentionner:


(a) le nom et l'adresse du demandeur
(b) le nom, la désignation et l'adresse du défendeur
(c) la nature précise de la plainte avec une déclaration succincte des faits
(d) la forme de réparation ou d'injonction sollicitée par le demandeur
2. La demande doit indiquer le nom et l'adresse de l'agent du demandeur auxquels les
communications relatives à l'affaire, y compris les conclusions et autres documents, doivent être
adressées.
3. Toute demande non-conforme aux exigences des sous-points 1 et 2 entraînera l'inadmissibilité
de la demande.
4. L'original de la demande doit être signé par l'agent de la partie qui la soumet.
5. L'original de la demande accompagné de toutes les annexes auxquelles elle fait référence doit
être rempli avec le greffier en produisant cinq copies pour le tribunal et une copie pour chaque
autre partie concernée par les poursuites. Toutes les copies doivent être certifiées par la partie qui
les remplit.
6. Si la demande sollicite l'annulation d'une décision, elle doit être accompagnée d'une preuve
documentaire de la décision pour laquelle l'annulation est sollicitée.
7. Une demande effectuée par une personne morale doit être accompagnée de:
(a) l'instrument édictant les règles relatives à la personne morale ou un extrait récent du registre
des sociétés, entreprises ou associations ou toute autre preuve de son existence en matière de
droit;

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(b) la preuve que l'autorité octroyée à l'agent du demandeur lui a été conférée en bonne et due
forme par une personne autorisée à le faire.
8. (a) Si une demande n'est pas conforme aux exigences des sous-points 4 à 7, le greffier doit
prescrire une période raisonnable durant laquelle le demandeur est tenu de s'y conformer, en
mettant lui-même la demande en ordre ou en produisant tous les documents requis.
(b) Si le demandeur ne met pas la demande en ordre durant la période prescrite, le tribunal doit,
après avoir entendu les agents, décider si la non-conformité rend la demande formellement
inadmissible.

LA COUR DE JUSTICE DE LA COMMUNAUTE E ST AFRICAINE

La Cour est l'instance judiciaire de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC). Elle associe les rôles
d'une cour de justice pour l'EAC ainsi que celui d'une cour des droits de l'homme et d'appel
(reste à déterminer de manière définitive). La cour dispose d'une juridiction pour l'interprétation
et l'application du Traité de la Communauté d'Afrique de l'Est de 1999 prévue par les articles 23 à
27 du traité instituant l'EAC tel qu'amendé à ce jour. Elle peut disposer d'une juridiction étendue
pour la conclusion d'un protocole à cette fin comme d'autres juridictions originales, d'appel ou
des droits de l'homme comme le prévoit l'article 27.2 du traité. Le protocole pour objet d'étendre
la juridiction de l'EACJ aux droits de l'homme doit encore être conclu. Jusqu'au 31 décembre
2010, aucun Protocole n'avait pas encore été adopté pour élargir la compétence de la Cour.

Jusqu'en 2010, même dénuée d'un mandat sur les droits de l'homme aussi clair que celui de la
cour de la CEDEAO, la Cour de justice d'Afrique de l'Est a cependant un jugement très
progressif des droits de l'homme à son crédit dans l'affaire Katabazi and others Contre The secretary-
general of EAC and others. Au courant de l'année 2010, bien que la juridiction explicite en droits de
l'homme de la cour reste à mettre en œuvre, cette dernière a été suffisamment courageuse pour
garantir le respect des droits fondamentaux des individus au titre du traité.

Les renvois à la cour peuvent être effectués par des personnes morales et physiques résidant dans
tous les Etats membres, par les Etats membres de l'EAC et par le Secrétaire général de l'EAC. La
cour siège temporairement à Arusha, Tanzanie.

A. Conditions de recevabilité des requêtes devant la cour de justice de l'EAC

L'activité judiciaire de l'EACJ est très réduite dans le domaine des droits de l'homme est due à la
non adoption du Protocole devant étendre la compétence de la EACJ à cet effet et au manque
d'allusion aux droits de l'homme dans le plan stratégique quinquennal de l'EACJ qui ne fait que se
référer aussi à l'éventuel Protocole. La cour ne disposant pas ainsi d'un mandat explicite, Il appert
difficile de dégager les conditions auxquelles doivent satisfaire les requêtes individuelles pour être
recevables devant l'EACJ. Les Magistrats de cette dernière n'étant pas collés aux textes à cause de
l'influence du système Common Law qui prévaut dans les quatre des cinq pays qui composent
l'espace communautaire, l'EACJ est arrivée à dégager quelques conditions dans les quelques rares
affaires dont elle a eu à connaitre en matière des droits de l'homme. Entre autres conditions on
peut citer le respect de la chosée jugée qui porte la formule latine de res judicata.

I. Respect de la Chose jugée

Dans l'affaire Katabazi and Others v Secretary-General of the East African Community and
Another (2007) AHRLR 119 (EAC 2007) aux paragraphes 30-32 de l'arrêt la cour fait une analyse
de cette condition en se référant à la doctrine. La cour résume concentre ses analyses sur le

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respect de la chose jugée et sur sa compétence à reconnaitre des litiges relatifs aux droits de
l'homme.

Un des défendeurs à savoir l'Attorney general of Uganda soulevait que cette même affaire avait
déjà fait l'objet d'un jugement par la cour constitutionnelle de l'Ouganda et que par conséquent
l'EACJ était incompétente d'y statuer si on faisait application de la doctrine de la res judicata. Se
référant au cas sous examen, l'Attorney general of Uganda arguait que la règle res judicata doit
s'appliquer parce que même si les parties ne sont plus les mêmes que dans l'affaire portée devant
la Cour constitutionnelle ougandaise, les faits sont substantiellement les mêmes. Cette partie
soulève ensuite la non pertinence de la requête de Katabazi et csrts par rapport au mandat de la
cour en se fondant sur l'article 27.1 du traité de l'EAC.

Pour répondre à la question qui nous préoccupe ici à savoir si l'EACJ peut se déclarer
incompétente en faisant application de la théorie de res judicata, la cour se réfère à la définition qui
en est faite dans la doctrine largement admise dans les procédures civiles de ses pays membres.
Selon cette doctrine, aucune Cour ne tentera de donner suite à un litige qui oppose les mêmes
parties pour les mêmes faits et qui aura déjà été reçu jugement définitif d'une autre cour
compétente.

Après présentation de cette doctrine la Cour dégage trois conditions dégagées de la définition ci-
dessus pour que la res judicata s'applique. La cour parvient à la conclusion que la res judicata ne
s'appliquera pas parce que la décision prise par la cour constitutionnelle ougandaise était contraire
à la constitution ougandaise et violait pour cela une règle de droit et par conséquent le traité
qu'applique le traité de l'EACJ

LA COUR DE JUSTICE DE LA CEMAC

La Cour de Justice Communautaire de la CEMAC est prévue par l'article 48 du Traité CEMAC
qui s'énonce comme suit: "la Cour de Justice assure le respect du droit, de l'interprétation et de l'application
du présent traité et des conventions subséquentes....
les compétences et le fonctionnement de la Cour de Justice et de la Cour des Comptes sont définis par les conventions
qui régissent leurs statuts et par d'autres textes communautaires spécifiques". Il est nécessaire d'appréhender
cette Cour à travers sa composition et sa compétence d'attribution.

La composition de la Cour de Justice

L a Cour de Justice est composée de six (06) membres, à raison d'un membre par État dont les
cinq (05) juges et un Avocat Général. Toutefois, la Conférence peut sur proposition du Conseil
des Ministres et suite au rapport du Président de la Cour, décider de l'augmentation du nombre
des membres de la Cour. Ceux-ci sont nommés par la Conférence pour un mandat de six (06) ans
renouvelables une fois. Ils sont choisis parmi plusieurs candidats présentés par chaque État
membre et remplissant les conditions suivantes:

 être de bonne moralité;


 présenter des garanties d'indépendance et d'intégrité;
 réunir en ce qui concerne les magistrats, les conditions requises pour l'exercice dans leur
pays respectifs, des plus hautes fonctions judiciaires ou avoir exercé avec compétence
pendant au moins quinze (15) ans les fonctions d'avocat, de professeur d'université de
droit et d'économie, de notaire ou de conseil juridique.

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Les membres de la Cour élisent en leur sein et pour un mandat de trois (03) ans renouvelable une
fois le Président de la Cour. L'avocat Général est élu pour un mandat d'un (01) an renouvelable
une seule fois. Les postes de Président et d'Avocat Général sont rotatifs entre les pays membres.
S'agissant du renouvellement des membres de la Cour, celui-ci a lieu conformément aux
prescriptions prévues pour la composition de la Cour des Comptes.
Avant leur entrée en fonction, les nouveaux membres prêtent serment individuellement en
audience publique devant la Cour de Justice selon la formule que celle prévue pour les membres
de la Cour des Compte.
De même, les dispositions relatives aux privilèges et immunités accordés aux personnels de la
communauté sont applicables aux magistrats et greffiers dans les mêmes conditions que celles
prévues pour le personnel de la Cour des Comptes.

La compétence d'attribution de la Cour de Justice

Elle est prévue par les articles 22 à 33 de la Convention régissant la Cour de Justice. Il en résulte
que celle-ci a une triple fonction juridictionnelle, consultative et d'administration des arbitrages.

La fonction juridictionnelle
Dans son rôle juridictionnel, la Cour connaît notamment:

 des recours en manquement des États membres des obligations qui leur incombe en vertu
du Traité CEMAC et des textes subséquents
 des recours en carence des institutions, des organes spécialisées des obligations qui leur
incombe en vertu des actes de la communauté
 des recours en annulation des règlements, directives et décisions des institutions, organes
et institutions spécialisées de la CEMAC ou par les agents et fonctionnaires de celle-ci
dans l'exercice de leurs fonctions sans préjudice des dispositions prévues dans les Traités
CEMAC
 de recours contre les sanctions prononcées par les organismes à fonction juridictionnelle
de la communauté à l'instar de la COBAC
 de recours de tout État membre, de toute institution, organe ou institution spécialisée de
la CEMAC ou de toute personne physique ou morale qui justifie d'un intérêt certain et
légitime de tous les cas de violation des dispositions du Traité CEMAC et des textes
subséquents dont elle est saisie conformément à ses règles de procédure

Il en résulte donc que la Cour de Justice contrôle la légalité des actes juridiques déférés à sa
censure. Dans le cadre de ce contrôle, la Cour prononce la nullité totale ou partielle de actes
entachés de vice de forme, d'incompétence, de détournement de pouvoir, de violation de traité et
des textes subséquent de la CEMAC ou actes pris en application de ceux-ci.

L’État membre, institution, l'organe ou institution spécialisée dont émane l'acte annulé est tenu de
prendre des mesures que comporte l'exécution de l'arrêt rendu par la Cour. Celle-ci a la faculté
d'indiquer les effets de l'acte annulé qui doivent être considérés comme définitifs et de
prononcer une astreinte.

La Cour statue à titre préjudiciel sur l'interprétation du Traité et des textes subséquents sur la
légalité et l'interprétation des actes des institutions, organes et institutions spécialisées de la

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CEMAC quand la juridiction nationale ou un organisme à fonction juridictionnelle est appelée à
connaître un litige.

En outre, chaque fois qu'une juridiction nationale ou un organisme à fonction juridictionnelle ,


saisi des questions de droit ci-dessus évoquées, doit statuer en dernier ressort, elle ou il est tenu
(e) de saisir préalablement la Cour de Justice Communautaire. Cette saisine devient facultative
lorsque la juridiction nationale ou l'organisme à fonction juridictionnelle doit statuer à charge
d'appel.

Les interprétations données par la Cour de Justice en cas de recours préjudiciel s'imposent à
toutes les activités administratives et juridictionnels dans l'ensemble des États membres.
L'inobservation de ces interprétations donnent lieu au recours en manquement.

La Cour de Justice connaît également des litiges relatifs à la réparation des dommages causés par
les institutions, organes ou institutions spécialisées de la CEMAC ou par les fonctionnaires ou
agents contractuels de celles-ci dans l'exercice de leurs fonctions sans préjudice des dispositions
prévues dans le Traité de la CEMAC.

La Cour statue en tenant compte du droit positif communautaire et des principes généraux de
droit communs aux États membres. La Cour juge en premier et dernier ressort des litiges nés
entre la CEMAC, ses institutions, organes et institutions spécialisées et leurs fonctionnaires ou
agents contractuels à l'exception de ceux régis par le contrat de droit local.

Dans son rôle juridictionnel, la Cour rend des arrêts en premier et dernier ressort. Ses décisions
ont autorité de la chose jugée et force exécutoire dans l'espace CEMAC. En effet, la Cour juge en
appel et en dernier ressort des recours formés contre les décisions rendues par les organismes à
compétences juridictionnelles. Les recours formés devant la Cour n'ont pas d'effets suspensifs.
Toutefois, le Président de la Cour ou le Juge qu'il délègue peut ordonner le sursis à exécution des
actes contestés devant la Cour. Dans les affaires dont elle est saisie, la Cour peut prescrire des
mesures provisoires ou conservatoires nécessaires.

A titre de comparaison avec la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de l'OHADA (CCJA)


par exemple, il ressort que, contrairement à la CCJA, la Cour de Justice Communautaire de la
CEMAC ne constitue pas la Cour Suprême des États membres de la CEMAC en matière de
Droit CEMAC. Ainsi, les juridictions nationales des États de la CEMAC, y compris les Cours
Suprêmes ou de Cassations nationales, sont compétentes pour connaître du contentieux de
l'application du Droit Communautaire CEMAC, dont elles sont les véritables juges de droit
commun. La Cour de Justice de la CEMAC n'a donc pas vocation à connaître du contentieux de
l'application des normes communautaires.

Toutefois, elle peut être saisie à titre préjudiciel par un juge national de la question de la validité
ou de la légalité d'une norme communautaire. Dans ce cas, la Cour de Justice de la CEMAC ne
tranche pas le litige dont est saisi le juge national, mais donne uniquement une interprétation de la
norme communautaire en cause ou statue sur la légalité ou sur la validité par rapport à l'ordre
communautaire. La décision de la Cour de Justice statuant à titre préjudiciel va permettre au juge

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national saisi à titre principal de vider sa saisine et de dire le Droit tel que l'a indiqué la Cour de
Justice dans sa décision préjudicielle.

Le rôle consultatif de la Cour

Dans son rôle consultatif, et à la demande d'un État membre, d'une institution, d'un organe ou
d'une institution spécialisée de la CEMAC, la Cour peut émettre des avis sur toute question
juridique concernant le traité CEMAC et ses textes subséquents. Dans ce cas, elle émet des avis
sur la conformité aux normes juridiques de la CEMAC, des actes juridiques ou des projets d'actes
intiés par un État membre, une institution, un organe ou une organisation spécialisée dans les
matières relevant du Traité. Tout État membre, organe ou une institution spécialisée peut
recueillir l'avis de la Cour sur la compatibilité d'un accord international existant ou en voie de
négociation avec les dispositifs du Traité de la CEMAC. Saisie par la Conférence, le Conseil des
Ministres , le Comité Ministériel, la Commission ou un État membre, la Cour peut émettre un
avis sur toute difficulté dans l'application ou l'interprétation des actes relevant du Droit
Communautaire.

La fonction d'administration des arbitrages

Dans ce rôle d'administration des arbitrages, la Cour ne tranche pas elle-même les différends, elle
nomme ou confirme les arbitres. Elle est informée du déroulement de l'instance et examine les
projets de sentence conformément à son règlement d'arbitrage. Cette fonction de la Cour de
Justice de la CEMAC n'est pas encore opérationnelle, car la Cour ne dispose pas en l'état d'un
règlement d'arbitrage.

L'exécution forcée des décisions de la Cour


L'exécution forcée des décisions de la Cour est régie par l'article 45 du Traité CEMAC modifié. Il
s'énonce comme suit: "les décisions qui comportent à la charge des personnes autres que les États, une
obligation pécuniaire forment titre exécutoire. L'exécution forcée est régie par les règle de la procédure civile en
vigueur dans l’ État sur le territoire duquel elle a eu lieu. La formule exécutoire est apposée sans autre contrôle que
celui de la vérification de l'authenticité du titre par l'autorité nationale que le gouvernement de chacun des États
membres désigne à cet effet et dont il donne la connaissance à la Commission et à le Cour de Justice
Communautaire.
Après l'accomplissement de ces formalités, le Président de la Commission peut poursuivre l'exécution en saisissant
directement l'organe compétent suivant la législation nationale.
l'exécution forcée ne peut être suspendu qu'en vertu d'une décision de la Cour de Justice Communautaire. Toutefois
le contrôle de la régularité des mesures d'exécution relève de la compétence des juridictions nationales.

A titre de droit comparé, on peut tout simplement constater que la complexité caractéristique du
système d'exécution forcée des décisions de la Cour de Justice de la CEMAC où l'initiative d'une
exécution forcée semble appartenir au seul Président de la Commission, contraste avec la clarté
de l'article 46 du Règlement de Procédure de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de
l'OHADA régissant l'exécution forcée des arrêts rendus par cette juridiction supranationale.

CHAPITRE V
LES JURIDICTIONS REGIONALES A CARACTERE SPECIALISE

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SECTION I. LA COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L'HOMME

La Cour européenne des droits de l’ homme (CEDH), qui siège à Strasbourg, est chargée de
veiller au respect de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’
homme et des
libertés fondamentales et d’ attribuer une réparation appropriée aux victimes d’éventuelles
violations.

Cette convention a été signée dans le cadre du Conseil de l’ Europe le 4 novembre 1950 et est
entrée en vigueur en 1953, la France ne l’
ayant toutefois ratifiée qu’
en 1974.

Cette convention est d’application directe devant les juridictions des Etats signataires, de sorte
qu’il est maintenant courant que le juge national qu’ il appartienne à une juridiction civile,
répressive ou administrative, vise l’
un de ses articles pour motiver la sanction des droits qu’elle
proclame. La convention a toutefois elle-même prévue le cas d’ une carence des juridictions
nationales et mis en place un mécanisme de sanction propre dont la Cour constitue la pièce
maîtresse.

La Cour compte autant de juges que de pays signataires. Elus pour six ans par l’ assemblée
consultative du Conseil de l’ Europe, ils sont rééligibles, leur renouvellement s’ effectuant par
moitié tous les trois ans. Les juges élisent leur président qui est actuellement le français Jean-Paul
Costa.

La Cour comporte cinq sections dans chacune desquelles fonctionne un comité de trois juges qui
joue le rôle de filtrage des recours individuels et une chambre à sept juges. Une Grande Chambre
de dix-sept juges est également instituée comprenant notamment le président, les vice-présidents
et présidents de section.

La Cour est compétente pour connaître de toute violation de la Convention elle-même ou des
protocoles additionnels qui sont venus en enrichir les dispositions. Le demandeur peut être un
Etat ou, plus fréquemment, un individu qui a formé une requête individuelle soumise au comité
chargé de l’examen préalable des recours. Le défendeur est nécessairement un Etat, tous les
membres du Conseil de l’ Europe ayant accepté la juridiction obligatoire de la Cour.

Les recours individuels non écartés par le comité et tous les recours interétatiques sont portés
devant une chambre à sept juges qui se prononce sur la recevabilité des recours transmis. Si la
requête est retenue, la chambre doit se mettre à la disposition des parties en vue de parvenir à un
règlement amiable, à défaut de quoi elle statuera sous réserve de renvoi à la Grande Chambre.

Les arrêts de la Cour peuvent accorder au particulier victime d’ une violation de la Convention
une « satisfaction équitable » sous la forme d’une indemnité mise à la charge de l’ Etat défendeur
lequel doit par ailleurs prendre les mesures de nature à effacer ou à limiter les conséquences des
situations dénoncées pour la partie lésée. Pour éviter de nouvelles procédures et de nouvelles
condamnations, il arrive ainsi qu’ un Etat modifie sa législation ou qu’un juge suprême national
modifie sa jurisprudence afin de mettre le droit national en conformité avec la Convention.

La Grande Chambre joue un double rôle : elle peut en premier lieu être saisie par l’ effet du renvoi
prononcé par la chambre saisie d’ une requête qu’ elle s’
est abstenue de trancher ; elle peut en
second lieu être saisie par une partie dans les trois mois du prononcé de la décision de la
chambre, constituant ainsi une chambre d’ appel, sous réserve du filtrage d’ un collège de cinq
juges et dans les seuls cas où « l’
affaire soulève une question grave relative à l’
interprétation ou à

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l’
application de la Convention ou de ses protocoles ou encore une question grave de caractère
général ».

SECTION II. LA COUR AFRICAINE DES DROITS DE L'HOMME ET DES PEUPLES

La Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (la Cour) est une cour régionale créée
par les pays africains afin d’
assurer la protection des droits de l'homme et des peuples, des libertés
et des devoirs en Afrique. Elle complète et renforce les fonctions de la Commission africaine des
droits de l’
homme et des peuples..

La Cour a été créée en vertu de l'article 1 du Protocole de 1998, relatif à la Charte africaine des
droits de l’
homme et des peuples portant création d'une Cour africaine des droits de l'homme et
des peuples (le Protocole).

En septembre 1995, un projet de document sur la Cour africaine des droits de l’homme a été
élaboré à l’
issue d’
une réunion d’
experts organisée au Cap, en Afrique du Sud, par le Secrétariat
de l’OUA, en collaboration avec la Commission africaine et la Commission internationale des
Juristes.

Après une série de réunions, le projet de Protocole avait été adopté, en décembre 1997, par la
Conférence des Ministres de la Justice/Procureurs généraux de l’
OUA.

Le 10 juin 1998, la Conférence des Chefs d’ Etat et de Gouvernement de l’ Organisation de l’Unité


africaine (OUA), réunie à Ouagadougou, Burkina Faso, a adopté le Protocole à la Charte africaine
portant création de la Cour africaine. Le Protocole est entré en vigueur le 25 Janvier 2004, après
avoir été ratifié par plus de 15 pays.

À ce jour, trente (30) États seulement ont ratifié le Protocole. Il s’


agit de l’
Algérie, du Bénin, du
Burkina Faso, du Burundi, de la Côte d'Ivoire, des Comores, du Congo, du Gabon, de la Gambie,
du Ghana, du Kenya, de la Libye, du Lesotho, du Mali, du Malawi, du Mozambique, de la
Mauritanie, de Maurice, du Nigéria, du Niger, du Rwanda, de la République arabe sahraouie
démocratique, de l’ Afrique du Sud, du Sénégal, de la Tanzanie, du Tchad, du Togo, de la Tunisie,
l'Ouganda et la République du Cameroun.

Le Protocole établissant la Cour africaine prévoit qu’ une fois qu'un État a ratifié le Protocole, il
doit aussi faire une déclaration spéciale acceptant la compétence de la Cour africaine pour
permettre aux citoyens se saisir directement la Cour. À ce jour neuf pays seulement ont fait une
telle déclaration. Ces pays sont le Benin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, le
Malawi, le Mali, la Tanzanie et la Tunisie.

La Cour a compétence pour connaitre de toutes les affaires et les différends dont elle est saisie
concernant l'interprétation et l'application de la Charte africaine des droits de l’
homme et des
peuples (la Charte), du Protocole et de tout autre instrument pertinent relatif aux droits de
l'homme ratifié par les Etats concernés.

La Cour se compose de onze juges, ressortissants des États membres de l'Union africaine. Il
ressort des directives de l’
UA relatives à la désignation et à l’
élection des candidats au poste de
juge que la Cour a le nombre suivant de juges de chaque région : Est (2), Nord (2), Centre (2),
Ouest (3) et Sud (2). La Cour ne peut comprendre deux juges de la même nationalité.

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Les premiers juges de la Cour ont été élus en Janvier 2006, à Khartoum, au Soudan. Ils ont prêté
serment devant l'Assemblée des Chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine, le 2 Juillet
2006, à Banjul, en Gambie. Les juges de la Cour sont élus, après leur nomination par leurs Etats
respectifs, à titre personnel parmi des juristes africains jouissant d’
une très haute autorité morale,
et d'une compétence et d’ une expérience judiciaires ou académiques reconnues dans le domaine
des droits de l'homme.

Les juges sont élus pour une période de six ou quatre ans et sont rééligibles une seule fois. Les
juges de la Cour élisent parmi eux un président et un vice-président de la Cour pour un mandat
de deux ans. Ils ne peuvent être réélus qu'une seule fois. Le Président de la Cour exerce ses
fonctions à temps plein et réside au lieu du siège de la Cour, tandis que les dix autres (10) juges
travaillent à temps partiel. Dans l'exercice de ses fonctions, le Président est assisté par un greffier
qui exerce les fonctions de gestion administrative du Greffe de la Cour.

La Cour a officiellement débuté ses activités à Addis-Abeba, en Ethiopie en novembre 2006, mais
en août 2007, elle s’est délocalisée vers son siège à Arusha, en République Unie de Tanzanie, où le
Gouvernement de la République lui a fourni des locaux provisoires en attendant la construction
d'un structure permanente. Entre 2006 et 2008, la Cour s’ est occupée essentiellement des
questions opérationnelles et administratives, y compris l’ élaboration de la structure du Greffe de
la Cour, la préparation de son budget et la rédaction de son Règlement intérieur provisoire. En
2008, lors de la neuvième session ordinaire de la Cour, les juges de la Cour ont provisoirement
adopté ce Règlement intérieur provisoire en attendant la concertation avec la Commission
africaine des droits de l'homme et des peuples, basée à Banjul, en la Gambie, en vue d'harmoniser
les règlements intérieurs de ces deux institutions aux fins de réaliser l’ objet des dispositions du
Protocole portant création de la Cour. Ce Protocole exige que les deux institutions harmonisent
leurs règlements intérieurs respectifs afin de parvenir à la complémentarité souhaitée entre la
Cour africaine des droits de l’ homme et des peuples et la Commission africaine des droits de
l’homme et des peuples. Ce processus d'harmonisation est arrivé à son terme en avril 2010 et en
Juin 2010, la Cour a adopté le Règlement intérieur définitif de la Cour.

En vertu du Protocole (Article 5) et du Règlement intérieur de la Cour (Article 33), la Cour peut
recevoir des plaintes et /ou des requêtes qui lui sont soumises, soit par la Commission africaine
des droits de l'homme et des peuples ou par les Etats parties au Protocole ou des organisations
intergouvernementales africaines. Les organisations non gouvernementales jouissant du statut
d'observateur auprès de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples et des
individus ressortissant des États qui ont fait une déclaration acceptant la compétence de la Cour
peuvent également saisir directement la Cour.

La Cour a rendu son premier jugement en 2009 suite à une requête en date du 11 août 2008
introduite par M. Michelot Yogogombaye contre la République du Sénégal.

SECTION III. LA COUR INTERAMERICAINE DES DROITS DE L'HOMME

La Cour a été établie en 1979 dans le but de faire appliquer et interpréter les dispositions de la
Convention américaine relative aux droits de l'homme. Ses deux fonctions principales sont donc
d’arbitrage et le conseil. Dans le premier cas, elle entend et règle des cas spécifiques de violations
des droits humains qui lui sont soumis. Dans le second cas, elle émet des avis sur des questions
d’interprétation juridique qui ont été portées à son attention par d’ autres organes de l’OEA ou les
États membres.

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La fonction d’arbitrage porte la Cour à statuer sur des affaires portées devant elle dans lesquelles
un État partie à la Convention, qui a donc accepté la juridiction contentieuse de la Cour, est
accusé d’une violation des droits humains.

En plus de la ratification de la Convention, un État partie doit se soumettre volontairement à la


compétence de la Cour pour qu’ elle soit compétente pour connaître d’ une affaire mettant en
cause cet État. L’acceptation de la compétence contentieuse peut être donnée sur par un acte - -
ou, par défaut, un État peut accepter de se conformer à la compétence de la Cour dans un cadre
précis ou un cas unique.

Trinité-et-Tobago a d’abord signé la Convention le 28 mai 1991, mais a suspendu sa ratification,


le 26 mai 1998 (en vigueur le 26 mai 1999) autour de la question de la peine de mort. En 1999, en
vertu de l’ annonce du Président Alberto Fujimori, le Pérou a annoncé qu’ il retirait son
acceptation de la compétence de la Cour, mais cette décision a été renversée par le gouvernement
de transition de Valentin Paniagua en 2001.

En vertu de la Convention, les affaires peuvent être déférées à la Cour, soit de la Commission
interaméricaine des droits de l'homme soit d’ un État partie. Contrairement à la Cour européenne
des droits de l'homme, les citoyens des États membres de l’ OEA ne sont pas autorisés à saisir
directement la Cour: les particuliers qui estiment que leurs droits ont été violés doivent d’ abord
déposer une plainte auprès de la Commission et à elle de se prononcer sur la recevabilité de la
réclamation. Si l’affaire est jugée recevable et l’
État considéré comme en faute, la Commission
présentera généralement une liste de recommandations et une amende pour la violation à l’ État
concerné. C’ est seulement si l’ État ne respecte pas ces recommandations, ou si la Commission
décide que l’ affaire est d’ une importance particulière ou d’ intérêt juridique que l’affaire sera
renvoyée à la Cour. La présentation d’ une affaire devant la Cour peut donc être considérée
comme une mesure de dernier recours, prise seulement après que la Commission n’ ait pas réussi
à résoudre la question de façon non contentieuse.

La procédure devant la Cour est répartie en phase écrite et orale.

Phase écrite

Dans la phase écrite, l’affaire est déposée, en indiquant les faits de l’ affaire, les victimes, les
preuves et les témoins que le demandeur envisage de présenter au procès ainsi que les demandes
de réparation et des coûts. Si la demande est jugée recevable par le Secrétaire de la Cour, l’avis de
celle-ci est communiqué aux juges, à l’État ou à la Commission (en fonction de qui a déposé la
demande), les victimes ou leurs proches, les autres États membres, et au siège de l’ OEA.

Dans les 30 jours suivant la notification, l’


un des parties au procès peut soumettre une pétition
contenant des objections préliminaires à la demande. Si elle le juge nécessaire, la Cour peut
convoquer une audience pour faire face aux objections préliminaires. Sinon, dans l’ intérêt de
l’
économie de procédure, elle peut traiter avec des parties des exceptions préliminaires et du fond
de l’
affaire à une même audience.

Dans les 60 jours suivant la notification, le défendeur doit fournir une réponse écrite à la
demande, en indiquant s’
il accepte ou conteste les faits et les allégations qu’
elle contient.

Une fois que cette réponse a été présentée, l’ un des parties au procès peut demander
l’
autorisation du Président de la Cour de déposer d’
autres pièces avant le début de la phase orale.

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Phase orale

Le Président fixe la date pour le début de la procédure orale, pour laquelle le quorum de la Cour
est fixé à cinq juges.

Pendant la phase orale, les juges peuvent poser toutes les questions qu’ ils entendent nécessaires
de toute personne comparaissant devant eux. Les témoins, les experts, et d’ autres personnes
admises à la procédure peuvent, à la discrétion du Président, être passés à la question par les
représentants de la Commission ou de l’ État, ou par les victimes, leurs proches, ou leurs agents, le
cas échéant. Le Président est autorisé à se prononcer sur la pertinence des questions posées et
accorder à la personne interrogée un droit de silence, à moins qu’ il en soit empêché par la Cour.

Après avoir entendu les témoins et les experts et l’analyse de la preuve présentée, le tribunal rend
son jugement. Ses délibérations sont menées en privé et, une fois que la décision a été adoptée,
elle est notifiée à tous les parties concernés. Si le fond du jugement ne porte pas sur les
réparations pour l’affaire, elles doivent être fixées à une audience ou par une autre procédure
décidée par la Cour.

Les réparations fixées par la Cour peuvent être à la fois monétaire et non monétaire en nature. La
forme la plus directe de réparation est obtenue par des paiements en espèces accordés aux
victimes ou à leurs proches. Toutefois, l’ État peut également être contraint à accorder des
prestations en nature, afin d’ offrir une reconnaissance publique de sa responsabilité, à prendre
des mesures pour empêcher que des violations analogues se reproduisent à l’ avenir, et d’autres
formes de compensation non monétaires.

Par exemple, en novembre 2001, dans son jugement dans l’ affaire du massacre de Barrios Altos -
concernant le massacre de 15 personnes par l’ escadron de la mort aux mains de l’état-parrainé par
le Groupe Colina en novembre 1991 à Lima au Pérou - la Cour a ordonné le paiements de $
175 000 pour les quatre survivants et pour les proches des victimes assassinées et un paiement de
$ 250 000 dollars pour la famille de l’
une des victimes. L’
État du Pérou a aussi été contraint :

 à accorder aux familles des victimes des soins de santé gratuits et diverses formes de
soutien éducatif, y compris des bourses et des fournitures d’ uniformes scolaires, du
matériel et des livres;
 à abroger deux lois d’ amnistie controversés;
 à reconnaitre le crime d’ exécution extrajudiciaire dans son droit interne;
 à ratifier la Convention internationale sur la non applicabilité de la prescription pour les
crimes de guerre et crimes contre l’ Humanité];
 à publier le jugement de la Cour dans les médias nationaux;
 à faire des excuses publiques pour l’ incident et à s’engager pour que des événements
similaires ne se reproduisent pas à l’avenir;
 à ériger un monument à la mémoire des victimes du massacre.

Bien que les décisions de la Cour soient sans appel, les parties peuvent déposer des demandes
d’interprétation de la Cour au Secrétaire dans les 90 jours suivant la publication de l’
arrêt. Dans la
mesure du possible, les demandes d’ interprétation sont entendues par le même panel de juges qui
a statué sur le fond.

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Fonction consultative

La fonction consultative de la Cour lui permet de répondre aux consultations présentées par des
agences de l’OEA et les États membres en ce qui concerne l’ interprétation de la Convention ou
d’autres instruments régissant les Droits de l’ Homme dans les Amériques, mais l’ autorise
également à donner des conseils sur les lois nationales et des projets de loi, pour clarifier si les
droits internes sont ou non compatibles avec les dispositions de la Convention. Cette
compétence consultative est à la disponibilité de tous les États membres de l’ Organisation, pas
seulement ceux qui ont ratifié la Convention et accepté la fonction de la Cour. Les réponses de la
Cour à ces consultations sont publiées séparément de ses autres décisions controversées, les avis.

Composition

Comme stipulé par le Chapitre VIII de la Convention, la Cour est composée de sept juges de la
plus haute autorité morale de l’
Organisation des États membres. Ils sont élus pour six ans par
l’
Assemblée générale de l’OEA et peuvent être réélus pour une autre période de six ans.

Aucun État ne peut avoir deux juges siégeant à la Cour au même moment, même si, à la
différence des commissaires de la Commission Interaméricaine, les juges ne sont pas tenus de se
récuser de l’ audience si le procès implique leur pays d’ origine. En réalité, un État membre,
apparaissant comme un défendeur qui n’ aurait pas un de ses ressortissants parmi les juges de la
Cour est habilité, en vertu de l’
art. 55 de la Convention, de désigner ad hoc un juge pour siéger au
banc saisi de l’
affaire.

Après que la Convention soit entrée en vigueur le 18 juillet 1978, la première élection des juges a
eu lieu le 22 mai 1979, et la nouvelle Cour a été convoquée pour la première fois le 29 juin 1979
au siège de l’OEA à Washington, DC, États-Unis.

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