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BAC EPREUVES ANTICIPEES DE FRANÇAIS

BLANC DESCRIPTIF DES LECTURES ET ACTIVITES


PREMIERE 2021/2022

Objet d'étude : LE THEATRE DU XVIIE SIECLE AU XXIE SIECLE


Parcours : CRISE PERSONNELLE, CRISE FAMILIALE

Séquence n° 1 : œuvre intégrale : Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce (1990)
Problématique : En quoi, dans Juste la fin du monde, crise personnelle et crise familiale se
traduisent-elles par une crise du langage ?
Textes étudiés pour les lectures linéaires
 Texte 1 : Première partie, scène : Louis tu ne connais pas Catherine ?
 Texte 2 : Première partie, scène 3 : Les lettres elliptiques :
 Texte 3 : Deuxième partie, scène 3 : Tu es là, tu m’accables

Séquence n°2 : Groupement de textes : Réécritures du mythe d’Oedipe


Problématique : Du mythe d’Œdipe à Incendies : la machine infernale du destin ?
Textes étudiés pour les lectures linéaires
 Texte 4 : Dénouement : "Tu me vois parce que tu es aveugle", La Machine infernale, Acte IV, Jean
Cocteau (1932).
 Texte 5 : La scène de l’autobus. Tableau 19. « Les pelouses de banlieue », Wajdi Mouawad, Incendies
(2003)

Lecture cursive complémentaire, obligatoire : Incendies, Wajdi Mouawad

Objet d'étude : LE ROMAN ET LE RECIT DU MOYEN ÂGE AU XXIe SIECLE


Parcours : INDIVIDU, MORALE ET SOCIETE.

Séquence n° 3 : œuvre intégrale : La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette, 1678


Problématique : La princesse de Clèves : le poids de la morale, le choc de la passion : comment le poids du milieu,
des conventions (familiales, religieuses, morales) se heurtent-ils aux élans de la passion amoureuse ?
Textes étudiés pour les lectures linéaires
 Texte 6 : Portrait de Mademoiselle de Chartres (Partie 1) : « Il parut alors une beauté à la cour… sa personne
étaient pleins de grâce et de charmes. »
 Texte 7 : La première rencontre (Partie 1) : « Mme de Clèves avait ouï parler de ce prince à tout le monde … il
ne put admirer que Mme de Clèves.»
Texte 8 : L’aveu (Partie 3) : « – Eh bien, Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux… Et je crois que la
prudence ne veut pas que je vous le nomme ».

CORPUS D’OEUVRE POUR L’ENTRETIEN : une œuvre au choix du candidat


1. La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette, 1678
2. Le Parfum, Süskind 1986
3. Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce, 1990
4. Incendie, Wajdi Mouawad, 2003
LA QUESTION DE GRAMMAIRE
SECONDE PREMIERE
Les accords dans le groupe nominal et entre le sujet Les subordonnées conjonctives utilisées en fonction de
et le verbe compléments circonstanciels
Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles, modales L’interrogation : syntaxe, sémantique et pragmatique
; concordance des temps L’expression de la négation
Les relations au sein de la phrase complexe Lexique
La syntaxe des propositions subordonnées relatives
Lexique
Les notions soulignées ont été vues ( ou revues) cette année.

Objet d'étude : LE THEATRE DU XVIIE SIECLE AU XXIE SIECLE


Parcours : CRISE PERSONNELLE, CRISE FAMILIALE

Séquence n° 1 : œuvre intégrale : Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce (1990)
Problématique : En quoi, dans Juste la fin du monde, crise personnelle et crise familiale se traduisent-elles par
une crise du langage ?
Texte 1 : Première partie, scène 1 (Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce)
La présentation de Catherine à Louis
SUZANNE.- C’est Catherine.
Elle est Catherine.
Catherine c’est Louis.
Voilà Louis.
Catherine.

ANTOINE.- Suzanne, s’il te plaît, tu le laisses avancer, laisse-le avancer.

CATHERINE.- Elle est contente.

ANTOINE.- On dirait un épagneul.

LA MERE.- Ne me dis pas ça, ce que je viens d’entendre, c’est vrai, j’oubliais, ne me dites pas ça, ils ne se
connaissent pas.
Louis tu ne connais pas Catherine ? Tu ne dis pas ça, vous ne vous connaissez pas, jamais rencontrés, jamais ?

ANTOINE.- Comment veux-tu ? Tu sais très bien.

LOUIS.- Je suis très content.

CATHERINE.- Oui, moi aussi, bien sûr, moi aussi. Catherine.

SUZANNE.- Tu lui serres la main, il lui serre la main. Tu ne vas tout de même pas lui serrer la main ? Ils ne
vont pas se serrer la main, on dirait des étrangers.
Il ne change pas, je le voyais tout à fait ainsi,
tu ne changes pas,
il ne change pas, comme ça que je l’imagine, il ne change pas, Louis,
et avec elle, Catherine, elle, tu te trouveras, vous vous trouverez sans problème, elle est la même, vous allez
vous trouver.
Ne lui serre pas la main, embrasse-la.
Catherine.

ANTOINE.- Suzanne, ils se voient pour la première fois !

LOUIS.- Je vous embrasse, elle a raison, pardon, je suis très heureux, vous permettez ?

SUZANNE.- Tu vois ce que je disais, il faut leur dire.

LA MERE.- En même temps, qui est-ce qui m’a mis une idée pareille en tête, dans la tête ? Je le savais. Mais
je suis ainsi, jamais je n’aurais pu imaginer qu’ils ne se connaissent,
que vous ne vous connaissez pas,
que la femme de mon autre fils ne connaisse pas mon fils,
cela, je ne l’aurais pas imaginé,
cru pensable.
Vous vivez d’une drôle de manière.

CATHERINE. - Lorsque nous nous sommes mariés, il n’est pas venu et depuis, le reste du temps, les
occasions ne se sont pas trouvées.
Objet d'étude : LE THEATRE DU XVIIE SIECLE AU XXIE SIECLE
Parcours : CRISE PERSONNELLE, CRISE FAMILIALE

Séquence n° 1 : œuvre intégrale : Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce (1990)
Problématique : En quoi, dans Juste la fin du monde, crise personnelle et crise familiale se traduisent-elles par
une crise du langage ?
Texte 2 : Première partie, scène 3 (Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce)
Les lettres elliptiques : Parfois‚ tu nous envoyais des lettres… le parc des expositions internationales.
SUZANNE :
… Parfois‚ tu nous envoyais des lettres‚
parfois tu nous envoies des lettres‚
ce ne sont pas des lettres‚ qu’est-ce que c’est ?
de petits mots‚ juste des petits mots‚ une ou deux phrases‚
rien‚ comment est-ce qu’on dit ?
elliptiques.
« Parfois‚ tu nous envoyais des lettres elliptiques. »
Je pensais‚ lorsque tu es parti
(ce que j’ai pensé lorsque tu es parti)‚
lorsque j’étais enfant et lorsque tu nous as faussé compagnie
(là que ça commence)
je pensais que ton métier‚ ce que tu faisais ou allais faire dans la vie‚
ce que tu souhaitais faire dans la vie‚
je pensais que ton métier était d’écrire (serait d’écrire)
ou que‚ de toute façon
– et nous éprouvons les uns et les autres‚ ici‚ tu le sais‚ tu ne peux pas ne pas le savoir‚ une certaine forme d’admiration
c’est le terme exact‚ une certaine forme de l’admiration pour toi à cause de ça –‚
ou que‚ de toute façon‚
si tu en avais la nécessité‚
si tu en éprouvais la nécessité
si tu en avais‚ soudain‚ l’obligation ou le désir‚ tu saurais écrire‚
te servir de ça pour te sortir d’un mauvais pas ou avancer plus encore.
Mais jamais‚ nous concernant‚
jamais tu ne te sers de cette possibilité‚ de ce don (on dit comme ça‚ c’est une sorte de don‚ je crois‚ tu ris)
jamais‚ nous concernant‚ tu ne te sers de cette qualité
– c’est le mot et un drôle de mot puisqu’il s’agit de toi –
jamais tu ne te sers de cette qualité que tu possèdes‚ avec nous‚ pour nous.
Tu ne nous en donnes pas la preuve‚ tu ne nous en juges pas dignes.
C’est pour les autres.

Ces petits mots


– les phrases elliptiques –
ces petits mots‚ ils sont toujours écrits au dos de cartes postales
(nous en avons aujourd’hui une collection enviable)
comme si tu voulais‚ de cette manière‚ toujours paraître être en vacances‚
je ne sais pas‚ je croyais cela‚
ou encore‚ comme si‚ par avance‚
tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais
et laisser à tous les regards les messages sans importance que tu nous adresses.
« Je vais bien et j’espère qu’il en est de même pour vous. »
Et même‚ pour un jour comme celui d’aujourd’hui
même pour annoncer une nouvelle de cette importance‚
et tu ne peux pas ignorer que ce fut une nouvelle importante pour nous‚
nous tous‚ même si les autres ne te le disent pas‚
tu as juste écrit‚ là encore‚ quelques rapides indications d’heure et de jour au dos d’une carte postale achetée très
certainement dans un bureau de tabac et représentant‚ que je me souvienne‚ une ville nouvelle de la grande
périphérie‚ vue d’avion‚ avec‚ on peut s’en rendre compte aisément‚ au premier plan‚ le parc des expositions
internationales.
Objet d'étude : LE THEATRE DU XVIIE SIECLE AU XXIE SIECLE
Parcours : CRISE PERSONNELLE, CRISE FAMILIALE

Séquence n° 1 : œuvre intégrale : Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce (1990)
Problématique : En quoi, dans Juste la fin du monde, crise personnelle et crise familiale se traduisent-elles par une
crise du langage ?
Texte 3 : Deuxième partie, scène 3 (Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce) : Tu es là, tu m’accables
ANTOINE. : …
Tu es là, devant moi,
je savais que tu serais ainsi, à m’accuser sans mot,
à te mettre debout devant moi pour m’accuser sans mot,
mais j’ai de la pitié pour toi,
et de la peur aussi, et de l’inquiétude,
et malgré toute cette colère, j’espère qu’il ne t’arrive rien
de mal,
et je me reproche déjà
(tu n’es pas encore parti)
le mal aujourd’hui que je te fais.

Tu es là,
tu m’accables, on ne peut plus dire ça,
tu m’accables,
tu nous accables,
je te vois, j’ai encore plus peur pour toi que lorsque j’étais
enfant,
et je me dis que je ne peux rien reprocher à ma propre
existence,
qu’elle est paisible et douce
et que je suis une mauvais imbécile qui se reproche déjà
d’avoir failli se lamenter,
alors que toi,
silencieux, ô tellement silencieux,
bon, plein de bonté,
tu attends ,replié sur ton infinie douleur intérieure dont je
ne saurais pas même imaginer le début du début.
Je ne suis rien,
je n’ai pas le droit,
et lorsque tu nous quitteras encore, que tu me laisseras,
je serai moins encore,
juste là à me reprocher les phrases que j’ai dites,
à chercher à les retrouver avec exactitude,
moins encore,
avec juste le ressentiment,
le ressentiment contre moi-même.

Louis ?

LOUIS. - Oui ?

ANTOINE. - J’ai fini.


Je ne dirai plus rien.
Seuls les imbéciles ou ceux-là, saisis par la peur, auraient
pu en rire.

LOUIS. - Je ne les ai pas entendus.


Objet d'étude : LE THEATRE DU XVIIE SIECLE AU XXIE SIECLE
Parcours : CRISE PERSONNELLE, CRISE FAMILIALE
Séquence n°2 : Groupement de textes : Réécritures du mythe d’Oedipe

Problématique : Du mythe d’Œdipe à Incendies : la machine infernale du destin ?

Texte 4 : "Tu me vois parce que tu es aveugle", La Machine infernale, Acte IV, Jean Cocteau 1932.
L'acte IV se situe dix-sept ans après la nuit de noces. Directement inspiré d'Œdipe roi de Sophocle, il raconte la chute d'Œdipe. La
mort du roi de Corinthe, Polybe, déclenche le dévoilement progressif de la vérité : Œdipe a commis sans le savoir l'inceste et le
parricide. Jocaste se suicide et Œdipe se crève les yeux. Au moment où il s'apprête à quitter Thèbes, apparaît le fantôme de Jocaste

Tirésias (1) l'empoigne [Créon] par le bras et lui met la main sur la bouche... Car Jocaste paraît dans la porte. Jocaste
morte, blanche, belle, les yeux clos. Sa longue écharpe enroulée autour du cou.
ŒDIPE : Jocaste ! Toi ! Toi vivante !
JOCASTE : Non, Œdipe. Je suis morte. Tu me vois parce que tu es aveugle ; les autres ne peuvent plus me voir.
ŒDIPE : Tirésias est aveugle...
JOCASTE : Peut-être me voit-il un peu... mais il m'aime, il ne dira rien...
ŒDIPE : Femme ! ne me touche pas...
JOCASTE : Ta femme est morte pendue, Œdipe. Je suis ta mère. C'est ta mère qui vient à ton aide... Comment ferais-tu
rien que pour descendre seul cet escalier, mon pauvre petit ?
ŒDIPE : Ma mère !
JOCASTE : Oui, mon enfant, mon petit enfant... Les choses qui paraissent abominables aux humains, si tu savais, de
l'endroit où j'habite, si tu savais comme elles ont peu d'importance.
ŒDIPE : Je suis encore sur la terre.
JOCASTE : À peine...
CRÉON (2): Il parle avec des fantômes, il a le délire, la fièvre, je n'autoriserai pas cette petite...
TIRÉSIAS : Ils sont sous bonne garde.
CRÉON : Antigone ! Antigone ! je t'appelle...
ANTIGONE : Je ne veux pas rester chez mon oncle ! Je ne veux pas, je ne veux pas rester à la maison. Petit père, petit
père, ne me quitte pas ! Je te conduirai, je te dirigerai...
CRÉON : Nature ingrate.
ŒDIPE : Impossible, Antigone. Tu dois être sage... je ne peux pas t'emmener.
ANTIGONE : Si ! Si !
ŒDIPE : Tu abandonnerais Ismène (3)?
ANTIGONE : Elle doit rester auprès d'Etéocle et de Polynice (3). Emmène-moi, je t'en supplie ! Je t'en supplie ! Ne me
laisse pas seule ! Ne me laisse pas chez mon oncle ! Ne me laisse pas à la maison.
JOCASTE : La petite est si fière. Elle s'imagine être ton guide. Il faut le lui laisser croire. Emmène-la. Je me charge de
tout.
ŒDIPE : Oh !... 
Il porte la main à sa tête.
JOCASTE : Tu as mal ?
ŒDIPE : Oui, dans la tête et dans la nuque et dans les bras... C'est atroce.
JOCASTE : Je te panserai à la fontaine.
ŒDIPE, abandonné : Mère...
JOCASTE : Crois-tu ! cette méchante écharpe et cette affreuse broche (4) ! L'avais-je assez prédit.
CRÉON : C'est im-pos-si-ble. Je ne laisserai pas un fou sortir en liberté avec Antigone. J'ai le devoir...
TIRÉSIAS : Le devoir ! Ils ne t'appartiennent plus ; ils ne relèvent plus de ta puissance.
CRÉON : Et à qui appartiendraient-ils ?
TIRÉSIAS : Au peuple, aux poètes, aux cœurs purs.
JOCASTE : En route ! Empoigne ma robe solidement... n'aie pas peur...
Ils se mettent en route.
ANTIGONE : Viens, petit père... partons vite...
ŒDIPE : Où commencent les marches ?
JOCASTE et ANTIGONE : Il y a encore toute la plate-forme...
Ils disparaissent... On entend Jocaste et Antigone parler exactement ensemble.
JOCASTE et ANTIGONE : Attention... compte les marches... Un, deux, trois, quatre, cinq...
CRÉON : Et en admettant qu'ils sortent de la ville, qui s'en chargera, qui les recueillera ?...
TIRÉSIAS : La gloire.
CRÉON : Dites plutôt le déshonneur, la honte...
TIRÉSIAS : Qui sait ?

RIDEAU
1. Tirésias : prophète, oracle, devin aveugle de Thèbes
2. Créon : Frère de Jocaste, nouveau régent de Thèbes après la chute d’Oedipe
3. Ismène, Étéocle et Polynice : fille et fils d'Œdipe et Jocaste, sœur et frères d'Antigone.
4. Jocaste s’est pendu avec son écharpe, Œdipe s’est crevé les yeux avec la broche de Jocaste
Objet d'étude : LE THEATRE DU XVIIE SIECLE AU XXIE SIECLE
Parcours : CRISE PERSONNELLE, CRISE FAMILIALE
Séquence n°2 : Groupement de textes : Réécritures du mythe d’Oedipe

Problématique : Du mythe d’Œdipe à Incendies : la machine infernale du destin ?

Texte n° 5 : Tableau 19. « Les pelouses de banlieue », Wajdi Mouawad, Incendies (2003) : La scène de l’autobus
Chez Hermile Lebel. Dans son jardin.
Hermile. Jeanne. Simon.
Bruits de circulation et de marteaux-piqueurs à proximité.[…]

Jeanne : Qu'est-ce qu'elle vous a dit exactement au sujet de l'autobus ?


Simon : Tu vas faire quoi ? Fuck ! Tu vas aller le chercher où ?
Jeanne : Qu'est-ce qu'elle vous a dit ?
Sawda (hurlant). : Nawal !
Simon : Laisse tomber l'autobus et réponds-moi ! Tu vas le trouver où ?

Bruit de marteaux-piqueurs.

Jeanne : Qu'est-ce qu'elle vous a raconté ?


Sawda : Nawal !
Hermile Lebel : Elle m'a raconté qu'elle venait d'arriver dans une ville...
Sawda (à Jeanne). Vous n'avez pas vu une jeune fille qui s'appelle Nawal ?
Hermile Lebel : Un autobus est passé devant elle...
Sawda : Nawal !
Hermile Lebel : Bondé de monde !

Sawda : Nawal ! !

Hermile Lebel : Des hommes sont arrivés en courant, ils ont bloqué l'autobus, ils l'ont aspergé d'essence et puis
d'autres hommes sont arrivés avec des mitraillettes et...

Longue séquence de bruits de marteaux-piqueurs qui couvrent entièrement la voix d'Hermile Lebel. Les
arrosoirs crachent du sang et inondent tout. Jeanne s'en va.

Nawal : Sawda !

Simon : Jeanne ! Jeanne, reviens !

Nawal : J'étais dans l'autobus, Sawda, j'étais avec eux ! Quand ils nous ont arrosés d'essence j'ai hurlé : « Je ne
suis pas du camp, je ne suis pas une réfugiée du camp, je suis comme vous, je cherche mon enfant qu'ils m'ont
enlevé ! » Alors ils m'ont laissée descendre, et après, après, ils ont tiré, et d'un coup, d'un coup vraiment,
l'autobus a flambé, il a flambé avec tous ceux qu'il y avait dedans, il a flambé avec les vieux, les enfants, les
femmes, tout ! Une femme essayait de sortir par la fenêtre, mais les soldats lui ont tiré dessus, et elle est restée
comme ça, à cheval sur le bord de la fenêtre, son enfant dans ses bras au milieu du feu et sa peau a fondu, et la
peau de l'enfant a fondu et tout a fondu et tout le monde a brûlé ! Il n'y a plus de temps, Sawda. Le temps est
une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, le
sang nous inonde et nous noie.

Simon (au téléphone). : Jeanne ! Jeanne, je n’ai plus que toi. Jeanne, tu n’as plus que moi. On n'a pas le choix
que d'oublier ! Rappelle-moi Jeanne, rappelle-moi !
Objet d'étude : LE ROMAN ET LE RECIT DU MOYEN ÂGE AU XXIe SIECLE
Parcours : INDIVIDU, MORALE ET SOCIETE.

Séquence n° 3 : œuvre intégrale : La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette, 1678


Problématique : La princesse de Clèves : le poids de la morale, le choc de la passion : comment le poids du milieu,
des conventions (familiales, religieuses, morales) se heurtent-ils aux élans de la passion amoureuse ?
Texte 6 : Portrait de Mademoiselle de Chartres (Partie 1) : « Il parut alors une beauté à la cour… sa personne
étaient pleins de grâce et de charmes. »

Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une
beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles
personnes. Elle était de la même maison* que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de
France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le
bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années
sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne
travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui
rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes
personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille
des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle
lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur
infidélité, les malheurs domestiques* où plongent les engagements* ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté,
quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une
personne qui avait de la beauté et de la naissance. Mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de
conserver cette vertu, que par une extrême défiance* de soi-même, et par un grand soin de s'attacher à ce qui
seul peut faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer son mari et d'en être aimée.
    Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France ; et quoiqu'elle fût dans une extrême
jeunesse, l'on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse*,
ne trouvait presque rien digne de sa fille ; la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour.
Lorsqu'elle arriva, le vidame alla au-devant d'elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de
Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat
que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de
grâce et de charmes.

Maison : famille Engagements : liaisons amoureuses, ici extra-conjugales


Domestiques : intimes, privés, du couple, de la famille (du latin : Défiance : sentiment de doute qui invite à la réflexion, méfiance
domus : foyer, maison) Glorieuse : fière
Objet d'étude : LE ROMAN ET LE RECIT DU MOYEN ÂGE AU XXIe SIECLE
Parcours : INDIVIDU, MORALE ET SOCIETE.

Séquence n° 3 : œuvre intégrale : La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette, 1678


Problématique : La princesse de Clèves : le poids de la morale, le choc de la passion : comment le poids du milieu,
des conventions (familiales, religieuses, morales) se heurtent-ils aux élans de la passion amoureuse ?
Texte 7 : La première rencontre au bal (Partie 1) :
« Mme de Clèves avait ouï parler de ce prince à tout le monde … il ne put admirer que Mme de Clèves. »

Mme de Clèves avait ouï* parler de ce prince à tout le monde, comme de ce qu'il y avait de mieux fait et
de plus agréable à la cour ; et surtout madame la dauphine le lui avait dépeint d'une sorte, et lui en avait parlé
tant de fois, qu'elle lui avait donné de la curiosité, et même de l'impatience de le voir. Elle passa tout le jour
des fiançailles chez elle à se parer*, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre*.
Lorsqu'elle arriva, l'on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec M. de
Guise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu'un qui entrait et à qui on faisait
place. Mme de Clèves acheva de danser et, pendant qu'elle cherchait des yeux quelqu'un qu'elle avait dessein
de prendre*, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu'elle crut d'abord ne
pouvoir être que M. de Nemours, qui passait par-dessus quelques sièges pour arriver où l'on dansait. Ce prince
était fait d'une sorte qu'il était difficile de n'être pas surprise de le voir quand on ne l'avait jamais vu, surtout ce
soir-là, où le soin qu'il avait pris de se parer augmentait encore l'air brillant qui était dans sa personne ; mais il
était difficile aussi de voir Mme de Clèves pour la première fois sans avoir un grand étonnement.
M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche d'elle, et qu'elle lui fit la
révérence, il ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il
s'éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu'ils ne s'étaient jamais vus, et
trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaître. Ils les appelèrent quand
ils eurent fini sans leur donner le loisir de parler à personne et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie
de savoir qui ils étaient, et s'ils ne s'en doutaient point.
- Pour moi, madame, dit M. de Nemours, je n'ai pas d’incertitude ; mais comme Mme de Clèves n'a pas les
mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que j'ai pour la reconnaître, je voudrais bien que Votre
Majesté eût la bonté de lui apprendre mon nom.
- Je crois, dit Mme la dauphine, qu'elle le sait aussi bien que vous savez le sien.
- Je vous assure, madame, reprit Mme de Clèves, qui paraissait un peu embarrassée, que je ne devine pas si
bien que vous pensez.
- Vous devinez fort bien, répondit Mme la dauphine ; et il y a même quelque chose d'obligeant pour M. de
Nemours à ne vouloir pas avouer que vous le connaissez sans l'avoir jamais vu.
La reine les interrompit pour faire continuer le bal ; M. de Nemours prit la reine dauphine. Cette
princesse était d'une parfaite beauté et avait paru telle aux yeux de M. de Nemours avant qu'il allât en Flandre ;
mais, de tout le soir, il ne put admirer que Mme de Clèves.

Ouï : entendre Louvre : résidence du roi, avant l’installation à Versailles


Parer : préparer sa toilette Dessein de prendre : projet de prendre pour cavalier
Objet d'étude : LE ROMAN ET LE RECIT DU MOYEN ÂGE AU XXIe SIECLE
Parcours : INDIVIDU, MORALE ET SOCIETE.

Séquence n° 3 : œuvre intégrale : La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette, 1678


Problématique : La princesse de Clèves : le poids de la morale, le choc de la passion : comment le poids du milieu,
des conventions (familiales, religieuses, morales) se heurtent-ils aux élans de la passion amoureuse ?
Texte 8 : l’aveu (Partie 3) :
« – Eh bien, Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux… Et je crois que la prudence ne veut pas que je vous le nomme ».

 – Eh bien, Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l’on n’a jamais
fait à son mari, mais l’innocence de ma conduite et de mes intentions m’en donne la force. Il est vrai que j’ai des raisons
de m’éloigner de la cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n’ai
jamais donné nulle marque de faiblesse, et je ne craindrais pas d’en laisser paraître, si vous me laissiez la liberté de me
retirer de la cour, ou si j’avais encore madame de Chartres pour aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti
que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d’être à vous. Je vous demande mille pardons, si j’ai des
sentiments qui vous déplaisent, du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions. Songez que pour faire ce que je
fais, il faut avoir plus d’amitié et plus d’estime pour un mari que l’on en a jamais eu ; conduisez-moi, ayez pitié de moi,
et aimez-moi encore, si vous pouvez.
Monsieur de Clèves était demeuré pendant tout ce discours, la tête appuyée sur ses mains, hors de lui-même, et il
n’avait pas songé à faire relever sa femme. Quand elle eut cessé de parler, qu’il jeta les yeux sur elle, qu’il la vit à ses
genoux le visage couvert de larmes, et d’une beauté si admirable, il pensa mourir de douleur, et l’embrassant en la
relevant :
– Ayez pitié de moi, vous-même, Madame, lui dit-il, j’en suis digne ; et pardonnez si dans les premiers moments
d’une affliction aussi violente qu’est la mienne, je ne réponds pas, comme je dois, à un procédé comme le vôtre. Vous
me paraissez plus digne d’estime et d’admiration que tout ce qu’il y a jamais eu de femmes au monde ; mais aussi je me
trouve le plus malheureux homme qui ait jamais été. Vous m’avez donné de la passion dès le premier moment que je
vous ai vue, vos rigueurs et votre possession n’ont pu l’éteindre : elle dure encore ; je n’ai jamais pu vous donner de
l’amour, et je vois que vous craignez d’en avoir pour un autre. Et qui est-il, Madame, cet homme heureux qui vous
donne cette crainte ? Depuis quand vous plaît-il ? Qu’a-t-il fait pour vous plaire ? Quel chemin a-t-il trouvé pour aller à
votre coeur ? Je m’étais consolé en quelque sorte de ne l’avoir pas touché par la pensée qu’il était incapable de l’être.
Cependant un autre fait ce que je n’ai pu faire. J’ai tout ensemble la jalousie d’un mari et celle d’un amant ; mais il est
impossible d’avoir celle d’un mari après un procédé comme le vôtre. Il est trop noble pour ne me pas donner une sûreté
entière ; il me console même comme votre amant. La confiance et la sincérité que vous avez pour moi sont d’un prix
infini : vous m’estimez assez pour croire que je n’abuserai pas de cet aveu. Vous avez raison, Madame, je n’en abuserai
pas, et je ne vous en aimerai pas moins. Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais
une femme ait donnée à son mari mais, madame, achevez, et apprenez-moi qui est celui que vous voulez éviter.
- Je vous supplie de ne me le point demander, répondit-elle ; je suis résolue de ne vous le pas dire, et je crois que
la prudence ne veut pas que je vous le nomme.

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